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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 4

  • CRITIQUE de TWO LOVERS de JAMES GRAY (actuellement sur Arte.tv)

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    Two lovers est encore pour deux jours sur Arte TV, ici. Voici quelques bonnes raisons de (re)découvrir ce chef d’œuvre de 2008 signé James Gray.

    Direction New York, ville fétiche du cinéma de James Gray, où, après avoir tenté de se suicider, Léonard (Joaquin Phoenix) hésite entre suivre son destin en épousant Sandra (Vinessa Shaw), la femme que ses parents choisissent pour lui, ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle (Gwyneth Paltrow), belle, fragile et inconstante, dont il est tombé éperdument amoureux, pour laquelle il éprouve instantanément un amour dévastateur et irrépressible.

    Pour conter cette histoire d'amour, James Gray a de nouveau opté pour une atmosphère de film noir, genre auquel il s’était jusqu’alors cantonné avec ses trois (remarquables) films précédents : Little Odessa, The Yards, La nuit nous appartient. La tension est palpable, constamment, comme dans un polar, ici liée au désir qui s’empare du personnage principal, malade d’amour, magistralement interprété par Joaquin Phoenix avec son regard mélancolique, enfiévré de passion, ses gestes maladroits, son corps même qui semble crouler sous le poids de son existence, sa gaucherie adolescente. Dès le début, le film est placé sous le sceau du drame. Leonard se jette d’un pont puis rentre chez lui. Chez lui : en réalité, chez ses parents, chez lesquels il vit toujours, pour lesquels il travaille aussi (dans la blanchisserie de son père).

    C’est à travers le regard du personnage attachant et vulnérable de Leonard Kraditor (il ne quitte jamais l’écran) que nous suivons l’histoire. Celle d’un homme, atteint d'un trouble bipolaire qui, après une traumatisante déception sentimentale, revient vivre dans sa famille et fait la rencontre de deux femmes. Entre ces deux femmes, le cœur de Leonard balance. Entre l’équilibre et le déséquilibre. Entre celle qui veut prendre soin de lui et celle qui a besoin qu'on prenne soin d'elle. Entre le choix du père et son propre choix. Le dilemme et la figure paternelle : deux thèmes omniprésents dans le cinéma de James Gray.

    Leonard éprouve ainsi un amour obsessionnel, irrationnel, passionnel pour Michelle. Et une inclinaison plus tranquille pour Sandra. Two lovers ausculte la complexité du sentiment amoureux, la difficulté d’aimer et de l’être en retour, mais il ausculte aussi les fragilités de trois êtres qui s’accrochent les uns aux autres, comme des enfants égarés dans un monde d’adultes qui n’acceptent pas les écorchés vifs. Michelle et Leonard ont, parfois, « l’impression d’être morts », de vivre sans se sentir exister. Le toit sur lequel ils se retrouvent est une sorte d’ailleurs poétique, où ils échouent, se retrouvent, se noient, s’accrochent l’un à l’autre comme deux naufragés pris en pleine tempête. Une des forces de Two lovers  provient avant tout de la caractérisation des personnages, de leurs contradictions, de leurs faiblesses, de leur ambivalence.

    Cinq ans plus tard, dans The Immigrant, Joaquin Phoenix, incarnera à nouveau un personnage complexe et mystérieux qui prendra toute son ampleur au dénouement et montrera aussi à quel point le cinéma de James Gray derrière un apparent manichéisme est particulièrement nuancé et subtil.

    Par des gestes, des regards, des paroles esquissés ou éludés, James Gray dépeint de manière subtile la maladresse touchante d’un amour vain mais surtout la cruauté cinglante de l’amour sans retour qui emprisonne (plan de Michelle derrière des barreaux de son appartement, les appartements de Leonard et Michelle donnant sur la même cour rappelant ainsi Fenêtre sur cour d’Hitchcock de même que la blondeur toute hitchcockienne de Michelle), et qui exalte et détruit. Sandra dont le film préféré est La mélodie du bonheur représente en revanche la stabilité.

    Tout comme dans La Nuit nous appartient qui en apparence opposait les bons et les méchants, l’ordre et le désordre, la loi et l’illégalité, et semblait au départ très manichéen, dans lequel le personnage principal était écartelé,  allait évoluer,  passer de l’ombre à la lumière, ou plutôt d’un univers obscur où régnait la lumière à un univers normalement plus lumineux dominé par des couleurs sombres, ici aussi Leonard est confronté à un choix cornélien, ballotté entre le désir et la raison. Mais cette fois, ce n’est pas entre le bien et le mal mais entre deux femmes, entre la loi du cœur et la loi de la famille qu’il doit choisir.

    James Gray a opté pour une réalisation élégamment discrète et maîtrisée, au plus près des visages, et un scénario pudique magnifié par la photographie crépusculaire de Joaquin Baca-Asay qui procurent, des accents lyriques à cette histoire qui aurait pu être banale, mais dont il met ainsi en valeur les personnages d’une complexité, d’une richesse et d’une humanité poignantes.  James Gray n’a pas non plus délaissé son sujet fétiche, à savoir la famille qui symbolise la force et la fragilité de chacun des personnages : Leonard cherche à s’émanciper, Michelle est victime de la folie de son père…

     Un film d’une tendre cruauté et d’une amère beauté. Un thriller intime d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments, enivrants, qui s’emparent des personnages principaux, et de l’émotion qui s’empare du spectateur. Ajoutez à cela la bo entre jazz et opéra ( même influence du jazz et même extrait de l’opéra de Donizetti, L’elisir d’amore, Una furtiva lagrima que dans  le chef d’œuvre de Woody Allen, Match point, dans lequel on trouve la même élégance dans la mise en scène et la même dualité entre la femme brune et la femme blonde sans oublier également la référence commune à Dostoïevski, Crime et châtiment dans le film de Woody Allen, Les Nuits blanches ici) et vous obtiendrez un film dans lequel James Gray parvient à faire d’une histoire a priori simple un très grand film, à fleur de peau, d’une mélancolie, d’une poésie et d’une beauté déchirantes.

  • Critique de ENNIO de Giuseppe Tornatore

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    Ennio ne passe déjà plus que dans quelques salles malgré ses 2H36 absolument captivantes ! Ne soyez pas rebutés par la durée. Je vous assure que vous en ressortirez en vous disant que c'était trop court. Dans mon compte-rendu du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022, je vous avais déjà parlé de ce documentaire qui y fut présenté en avant-première après l’avoir été à la Mostra de Venise 2021. J’espère, par ces mots ,vous convaincre de partir pour ce périple savoureux dans la carrière et la vie de Morricone mais aussi dans l’histoire du cinéma qu’il a tant marquée de son empreinte. Un documentaire absolument incontournable qui retrace le parcours du compositeur né en 1928 à Rome et qui, à l’âge de 8 ans, rêvait de devenir médecin. Son père en décide autrement : il sera trompettiste, comme lui.

    Quelle émotion de réentendre toutes ses musiques et de voir ces extraits de films qu’elles ont sublimés. Le film contient nombre de moments d'anthologie : le tournage d’Il était une fois en Amérique lors duquel De Niro joue sur un plateau inondé de musique, lorsque l’on découvre comment les lettres de Bach se dissimulent derrière la musique du Clan des Siciliens, comment il a orchestré instruments et influences pour créer la bande originale de Mission. On découvre comment il va user d’audaces dans ses partitions et arrangements pour créer des sonorités inédites.

    Ennio Morricone ne sera pourtant récompensé d’un Oscar qu’en 2016 (à 87 ans !) pour les Huit salopards de Quentin Tarantino, même si, en 2007, lui avait été décerné un Oscar pour l’ensemble de sa carrière. Il regrette de n’avoir jamais travaillé avec Kubrick, qui était pourtant si mélomane.

    Tornatore lui rend le plus beau des hommages en mettant en valeur l’incroyable  richesse et diversité de sa carrière. Celle-ci ne se réduit en effet pas aux musiques de son camarade d’école Leone (aussi majestueuses et inoubliables soient-elles) mais on y trouve aussi des BO des films de  : Henri Verneuil, John Boorman, Terrence Malick, Bertolucci,Lautner, Deray, Friedkin, De Palma, Joffé, Almodovar, Carion, Tarantino et tant d'autres.

    Sa première composition pour Tornatore fut pour Cinema Paradiso en 1988 (ma critique en bonus en bas de cet article), qui remporta alors l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère et le Grand Prix au 42ème Festival de Cannes. Pour ce film, Morricone reçut le BAFTA de la Meilleure musique originale, avec son fils, Andrea, co-compositeur. Il a aussi signé la musique de neuf autres films de Tornatore. Quelques notes suffisent pour identifier la musique de celui qui a signé plus de 500 bandes originales. 

    Le documentaire nous permet d’entrer dans l’âme et les secrets du créateur par le truchement d’une longue interview de Giuseppe Tornatore et de nombreux témoignages qui auront nécessité 5 années de travail parmi lesquels ceux de Bernardo Bertolucci, Guiliano Montaldo, Marco Bellocchio, Dario Argento, les frères Taviani, Luca Verdone, Barry Levinson, Roland Joffé, Clint Eastwood, Oliver Stone, Quentin Tarantino Wong Kar Wai, Hans Zimmer, Bruce Springsteen.

    Tornatore, qui a travaillé 25 ans avec Ennio Morricone, sonde les mystères de la création, de sa passion pour les échecs à sa volonté constante d’expérimenter. Plus qu’un film, Ennio se regarde comme un spectacle constitué d’extraits des films, d’images d’archives, de concerts. Ces entretiens sont entrecoupés de fragments de vie privée de Morricone, des captations de ses tournées, des extraits de films, d’entretiens d’amis et de collaborateurs, et d’archives inédites sur une carrière qui s’étend sur plus de 70 ans. Morricone a inspiré de nombreux musiciens, des compositeurs de bandes originales de films aux groupes de rock, de Hans Zimmer, John Williams, Dire Straits à Muse, Metallica et Radiohead.

     Tornatore rend hommage à son incroyable audace, inventivité et originalité comme lorsqu’il mêle les instruments électriques aux instruments des orchestres symphoniques ou en ajoutant des sonorités bruitistes ou des  voix humaines. On en ressort en ayant envie d’écouter encore et encore ses musiques, de revoir les films pour lesquels il les a composées, de les redécouvrir différemment, et de regarder ceux à côté desquels nous serions passés parmi les...500 dont il a signé la BO. Bruce Springsteen évoque la « très très grande émotion » que procure sa musique, ce que nous procure aussi ce documentaire dont on ressort étourdi de musiques et de beauté, indissociable d'un certain mystère, celui de la création, celui d'une quête insatiable aussi. Un mystère qui demeure, et c'est tant mieux.

     

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    BONUS - Critique de CINEMA PARADISO de Giueseppe Tornatore

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    Je n’avais pas revu ce film depuis mon enfance. Simplement me souvenais-je de ce lieu suintant de vie et de chaleur, au cœur de la Sicile, où se trouve le Cinema Paradiso, du lien si touchant entre Toto et d’Alfredo, de ces extraits de films qui transpirent la passion du cinéma. Et qu’il m’avait bouleversée.  Avec le recul des années, l’émotion fut encore plus forte. Les thèmes évoqués ont pris une tout autre résonance parce que ce que l’enfance laissait deviner, l’âge adulte a permis de l’expérimenter. La nostalgie. La mélancolie. L’écoulement du temps qui emporte tout, même les êtres chers. Mais c’est aussi tout ce que le cinéma, par son pouvoir magique, peut rendre éternel. Et tout ce que ce même temps dévoreur n’emporte pas : les rêves. Parce que Cinéma Paradiso est avant tout cela, une déclaration d’amour fou au cinéma. A sa capacité à procurer à tout ce qui est éphémère des accents d’éternité. Le cinéma, dans ce film, est plus que jamais une fenêtre ouverte sur les rêves, ceux qui bercent d’illusions réconfortantes. Comme celles de cette histoire qu’Alfredo raconte à Toto, cet homme qui promet d’attendre la femme qu’il aime sous sa fenêtre 100 nuits et qui renonce à la 99ème. Comme le dit Alfredo, « La vie, c'est pas ce que tu as vu au cinéma. La vie c'est plus difficile que ça. » Oui, mais il y a le cinéma pour l’adoucir, l’éclairer, en sublimer les sentiments et transcender les émotions. Pour rêver d’une autre vie, pour s’identifier à d’autres destins, ceux projetés sur l’écran. Et pour croire à l'impossible, envers et contre tout.

    Sunset Boulevard de Billy Wilder. Eve et La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Les Ensorcelés de Minelli. The Artist d’Hazanavicius, La La Land de Damien Chazelle. 8 ½ de Fellini. Les grands films sur le cinéma ne manquent pas. Cinéma Paradiso ne dénote bien sûr pas dans cette liste. Je vous parle aujourd’hui de la version director’s cut de 2H35 dont la dernière partie évoque l’amour de jeunesse de Toto (incarné alors par Brigitte Fossey, coupée dans les autres versions.) La version originale de 173 minutes avait en effet été classifiée défavorablement lors de sa présentation au comité de censure italien en 1989. Le film fut donc écourté pour sa sortie en salle. En 2002 sortait la version « Director's cut ». Cinema Paradiso eut en effet trois versions différentes. Lors de la sortie initiale en 1988 en Italie, le film durait 2 h 35. Pour le Festival de Cannes 1989, la durée fut ramenée à 2 h 03 par la Miramax. Le film obtint alors le Prix spécial du Jury, puis le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, parmi de nombreuses autres récompenses.

    Un pot de fleurs face à la mer dans un appartement. Le vent qui agite les rideaux. Et la musique de Morricone. Ainsi commence Cinema Paradiso qui, par ce simple plan, déjà, nous ensorcelle par ses parfums de nostalgie. Puis, c’est le coup de fil de la mère de Salvatore qui essaie de le joindre depuis la Sicile. Il ne répond pas. « Il est trop occupé. Il y a bien 30 ans qu'il ne vient plus nous voir …» remarque la sœur de ce dernier. « Il se souviendra. Il se souviendra, j'en suis sûre… » rétorque sa mère. Sa compagne du moment transmet le message à Salvatore. Le message suivant :  « Un certain Alfredo est mort. Demain, c'est son enterrement. »

    Avec la mort d’Alfredo, incarné par Philippe Noiret, pour Salvatore di Vitta (Jacques Perrin), cinéaste reconnu, c'est tout un pan du passé qui s'écroule et qui, subitement, rejaillit dans sa vie. On l’appelait Toto a l'époque. Il partageait son temps libre entre l'office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo.

    Les souvenirs de Salvatore nous ramènent alors en 1954. Dans un village de Sicile, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Toto, petit garçon facétieux et malin, fou de cinéma, orphelin d’un père qui "ressemblait à Clark Gable", passe son temps à perturber le projectionniste de la salle paroissiale, le Paradiso, avant de devenir son ami, et même son assistant et remplaçant dans la cabine de projection. Alfredo était aussi employé par la paroisse pour couper les scènes trop osées ou en tout cas considérées comme telles à l’époque, quand ne serait-ce qu’un simple baiser constituait déjà une atteinte à la pudeur.  L'histoire de cette salle de cinéma, véritable personnage du film, se confond alors avec celle de Salvatore.

    Une véritable amitié se noue entre le petit garçon turbulent et le vieux bougon autour de leur passion commune pour le cinéma. Le premier va s’assagir et le second va s’adoucir et dévoiler toute sa générosité et tendresse devenant le père de substitution du petit garnement. Lors d’un immense incendie qui ravage le cinéma, Toto sauve Alfredo des flammes. « Comment je fais moi si t’es pas là… » dira ainsi Alfredo, bouleversé et bouleversant.  Alfredo devenu aveugle, Toto le remplace puis le seconde dans ce qui est devenu le Nuovo Cinema Paradiso, reconstruit par un riche mécène.  Toto croise alors Elena, fille d’une famille bourgeoise. Il en tombe fou amoureux et après de nombreux efforts, malgré l’opposition de sa famille, son amour se révèle réciproque.

    Alfredo demande ensuite à Toto de partir de leur village sicilien et de ne jamais revenir. « Va-t-en retourne à Rome. Je ne veux plus t'entendre parler. Je veux juste entendre parler de toi. Ne reviens plus. Ne te laisse pas envahir par la nostalgie. Et si tu ne résistes pas ne viens pas me voir. Je ne te laisserai pas entrer. Quel que soit le métier que tu choisiras, aime-le comme tu as aimé la cabine du Paradiso quand tu étais petit. » Il partira alors pour Rome et y restera 30 ans sans revenir, sans avoir revu Elena qu’il avait attendue et cherché en vain. Le destin, un concours de circonstances et Alfredo les auront séparés.  Quand il revient pour les obsèques d’Alfredo, il se remémore alors son passé et cet amour qu’il n’a jamais oublié…et qu’il croit reconnaître. « Après toutes ces années, je croyais que j'étais devenu plus fort et que j'avais oublié des tas de choses mais en fait je retrouve tout comme avant comme si je n'étais jamais parti. »

    Le cinéma a fermé ses portes, et va être dynamité pour devenir un parking. L’histoire de Cinema Paradiso est aussi celle de l’histoire de la salle de cinéma, ce paradis anéanti par de nouvelles habitudes et de nouveaux loisirs, et par la télévision. C’est la fin d’une époque, celle où il n’y avait pas de télévision chez soi, quand le cinéma concentrait tous les désirs, toute la fièvre d'un village, celle d’un cinéma fédérateur, véritable temple, avant la désaffection des salles dans les années 80.

    Après la mort d'Alfredo, Salvatore récupérera un cadeau rempli d’amour(s) :  toutes les séquences interdites qu’Alfred a soigneusement collées les unes après les autres « Le feu se termine toujours en cendres. Même les plus grandes histoires d'amour se terminent. Et après, il y en a d'autres qui naissent. Tandis que Toto n'a qu'un seul avenir devant lui. » avait dit Alfredo à Elena. La vie et les amours périclitent. Mais le cinéma les rend éternels...

    Que serait ce film sans sa magnifique distribution ? Salvatore Cascio puis Marco Leonardi qui incarnèrent Toto enfant puis adolescent. Mais surtout Jacques Perrin qui apparaît peu à l’écran mais dont la présence puissante et lumineuse procure toute sa force mélancolique au film. Que d’expressions sur son visage  ! La bonté, la nostalgie, l’amour, et l’enfance qui semble toujours là, si prégnante, et qui illumine son visage d'une douce innocence. Comment ne pas fondre quand il dit « Mais je ne t'ai jamais oubliée Elena » ? D’ailleurs, je me demande si le choix de ce prénom dans le scénario de Giuseppe Tornatore n’était pas un hommage au Dernier métro de Truffaut. J'ai alors pensé à cette réplique du film de Truffaut :

     Est-ce que l'amour fait mal?

    - Oui, ça fait mal. [...] Tu es belle, Héléna. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Hier, vous disiez que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.

    L'inoubliable musique d’Ennio Morricone vient renforcer toute la poésie mélancolique qui se dégage du film et du visage de Jacques Perrin. De ce "rêve merveilleux" comme Elena qualifiera son histoire d'amour avec Salvatore. Un rêve merveilleux, comme l'est le cinéma...Cinema Paradiso, c'est le récit nostalgique d'une époque révolue. Une ode au rêve. A la puissance du cinéma à laquelle le film par ses nombreux extraits de classiques rend le plus beau des hommages. Mais aussi par ce dernier plan sur le visage de Jacques Perrin qui, par le pouvoir magique du 7ème art, retrouve les émotions de son enfance et le message d'amour que lui envoie Alfredo, par-delà la mort. Un parfum d'éternité. Le cinéma est décidément un paradis. Celui des vivants. Peut-il y avoir plus belle invention que celle qui nous permet d' accéder vivants à ce paradis ? Comment ne pas aimer un film dont toute l'histoire traduit ainsi la magie du cinéma ?

    Je vous laisse reconnaître les nombreux films dont figurent des extraits : L’Ange bleu de Josef von Sternberg, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes et La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin,  Autant en emporte le vent de Victor Fleming , Casablanca de Michael Curtiz , Gilda de Charles Vidor, La chevauchée fantastique de John Ford, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton…et beaucoup d’autres. Un voyage dans l’histoire du cinéma, un édifice impressionnant auquel ce film s’ajoute. Tout aussi incontournable !

  • Nouveau podcast littéraire : écoutez ma nouvelle lauréate "Le reflet ébréché"

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    NOUVEAU PODCAST.

    Découvrez un nouveau texte enregistré en podcast, ma nouvelle Le reflet ébréché, lauréate d'un concours sur le thème de la résilience en mai 2022.

    Vous trouverez, ci-dessous, la liste de mes précédents podcasts dans l'ordre chronologique des enregistrements.

    La voix, je l'espère, se fait plus assurée entre le 1er et le dernier. Et le débit moins rapide. Peut-être réenregistrerai-je les 1ères nouvelles pour gommer ces imperfections.

    J'espère néanmoins parvenir à susciter quelques émotions, voire réflexions...

    Vos avis demeurent les bienvenus !

    À écouter sur Spotify. Podcast "In the mood for cinema". 

    1. Les âmes romanesques. Nouvelle lauréate du Prix Alain Spiess 2020 dont le thème était " Trouville et le confinement".

    2. L'air suffisant (cf post instagram du 23 mars pour en savoir plus sur cette nouvelle sur le harcèlement scolaire)

    3. Les traits assassins

    4. Un certain 14 novembre : nouvelle qui a pour cadre le Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule extraite du recueil "Les illusions parallèles" - Éditions du 38 - 2016

    5.NOUVEAU. Le reflet ébréché. Nouvelle lauréate d'un concours d'écriture sur le thème de la résilience en mai 2022.

    Et aussi...l'incipit de mon roman L'amor dans l'âme.

    Et pour lire des nouvelles :

    -Mon compte Short Édition dont celles lauréates du Grand Prix qui ne sont pas libres de droits et donc uniquement à lire sur le site précité avec déjà 16939 lectures de mes textes présents sur le site.

    -Mes 3 nouvelles publiées aux Éditions J'ai Lu  dans des recueils collectifs suite au concours "Nouveaux Talents" de 2018 :

    1- Une bouteille à la mer (recueil "Sur un malentendu, tout devient possible" - 2019)

    2- La porte des rêves  (recueil "Avec ou sans valentin"- 2022 )

    3-Le premier été du reste de notre vie (recueil "Allô maman" - 2022 - toujours en librairie)

    -Le recueil "Les illusions parallèles" : 16 nouvelles dans différents festivals de cinéma. (Editions du 38 - 2016)

    Et bientôt de nouveaux textes à lire et écouter !

  • Critique de AS BESTAS de Rodrigo Sorogoyen (Festival de Cannes 2022- Cannes Première)

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    Madre (le dernier film de Sorogoyen, sorti en 2019) débutait ainsi…Le téléphone sonne. Le fils d’Elena, 6 ans, paniqué, perdu, seul sur une plage des Landes, appelle sa mère à des kilomètres de là et dit ne plus trouver son père. C’est par ce plan-séquence brillantissime, haletant, qui nous met dans la peau d’Elena, saisie par cette angoisse absolue, que commence en effet ce film captivant, suffocant, déroutant, comme il le sera jusqu’à la dernière seconde. Constamment, il brouille les pistes, les genres même, comme le deuil lui-même abolit toute notion de réalité, aux frontières de la morale et de la folie : savant écho entre le fond et la forme dans ce thriller sur la confusion des sentiments autant que sur l’absence inacceptable. Ajoutez à cela un sens rare du cadre et du hors champ, une interprétation magistrale et vous obtiendrez un film d’une singularité rare, et palpitant.

    Si je vous parle de ce précédent film, c’est parce que As bestas ne manque pas de points communs avec celui-ci, à commencer par une maîtrise magistrale de chaque plan. Mais aussi sa scène d’introduction d’une puissance rare.  Elle montre des « aloitadores » qui luttent, et parviennent finalement à immobiliser un cheval. Une chorégraphie à la fois fascinante et violente. Un affrontement jusqu’à la capitulation finale d’un des deux « duellistes ». Une métaphore qui nous laisse deviner que la bataille qui s’annonce sera rude et impitoyable. Une allégorie qui place d’emblée le film sous le sceau de la tension et de l’étouffement…qui ne se relâchera qu’à la fin.

    Antoine (Denis Ménochet) et Olga (Marina Foïs), un couple de Français, sont installés depuis longtemps dans un petit village de Galice. Ils possèdent une ferme et restaurent des maisons abandonnées pour faciliter le repeuplement. Tout devrait être idyllique mais un grave conflit avec leurs voisins lié à leur opposition à un projet d’éoliennes fait monter la tension jusqu’à l’irréparable…  

    Ce serait réducteur de qualifier ce film uniquement de thriller, aussi palpitant soit-il. Drame personnel, social, il est à la frontière des genres, reprend et détourne même les codes du western. Sorogoyen a le don d’instiller de la tension dans des scènes a priori anodines (comme ces scènes de saloon dans les westerns dans lesquelles la tension est palpable, l’apparente tranquillité n’étant qu’un leurre et pouvant dégénérer en duel meurtrier), avec notamment deux plans-séquences magistraux. Les frères Anta rappellent bien des personnages de westerns aux visages patibulaires, nés sur leurs terres, ancrés dans leurs certitudes et leurs haines tenaces.

    Dans ce film en deux parties (comme Madre, là encore) la suffocation est progressive, jusqu’à l’étouffement. Ce film est d’ailleurs dichotomique à bien des égards. Il met ainsi face à face les citadins idéalistes face aux campagnards aux rudes conditions de vie dont le seul rêve est de partir vivre en ville, sans que cela soit pour autant manichéen. Deux mondes qui ne se comprennent pas, en partie en raison des préjugés des derniers. La rancœur devient bientôt irrationnelle. C’est celle d’un monde où l’on ne s’entend plus, où l’on ne cherche plus à se comprendre. Les deux frères sont en colère contre le reste du monde. Contre ces étrangers qui, pour eux, l’incarnent. La rancœur devient alors une haine sans limites, sans lois, sans morale et finalement sans raison.

    Le village en déclin et la campagne de Galice, sauvage, grisâtre et monotone, constituent un personnage à part entière, à la fois fascinant et inquiétant, hostile et admirable.  Ajoutez à cela un scénario impeccable ( de Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen), une interprétation de Marina Foïs et Denis Ménochet d’une justesse qui ne flanche jamais, et qui contribue beaucoup au parfait équilibre de l'ensemble, et vous obtiendrez un film âpre mais remarquable. A voir absolument au cinéma, dès ce 20 juillet.

     

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  • Compte-rendu et palmarès du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022 : la joyeuse valse des émotions

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    Selon Emmanuel Kant, « la musique est la langue des émotions ». Le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule qui met à l’honneur 7ème art, compositeurs et bandes originales est la parfaite incarnation de cette citation. A l’image de la plus longue plage d’Europe qui lui sert d’idyllique décor, depuis 8 ans, ce festival, créé par Sam Bobino et Christophe Barratier, nous emporte en effet dans une valse d’émotions réconfortantes, chaleureuses et doucement enivrantes. Cette année, pour sa 8ème édition (déjà !), ce fut plus que jamais le cas. Ayant assisté à chacune d'entre elles depuis la première, je constate avec plaisir que cet évènement gagne chaque année en ampleur et notoriété sans rien perdre de sa convivialité, et qu’il devient un des incontournables de l’année. C’est par ailleurs un festival accessible à tous qui entend le demeurer. Comme pour toute valse, lorsque la musique s’arrête, elle vous laisse alors joyeusement désorienté. Retour sur ces cinq jours de griserie cinématographique.

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    Il y a toujours, cette seconde, haletante, et vaguement inquiétante, qui précède le premier plan d'un film, la plongée dans une histoire inconnue, même si les éléments qui la composent ne le sont pas totalement. La sensation est un peu la même avant de m’immerger dans un festival dont je connais la thématique du voyage mais sans savoir où il me conduira, quelles péripéties il me réserve, quelles émotions vont m’y étreindre, quels en seront les personnages. Quoiqu’il en soit, une joyeuse impatience est toujours au rendez-vous. A fortiori à La Baule. Et vous l’aurez compris : cette édition ne fut pas avare d’émotions qui s'ajouteront à celles des 7 précédentes éditions, procurées par tant de films découverts dans le cadre de ce festival aussi, souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. Sans oublier des master class et les concerts mémorables de Francis Lai, Michel Legrand et Gabriel Yared (dont je vous invite à lire mon récit de la master class donnée au cinéma Le Balzac le mois dernier), l’inoubliable concert de Vladimir Cosma. Ou encore celui de Philippe Sarde l’an passé.

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    Que serait la vie sans musique, sans la mer, sans le cinéma ?! Un ersatz d’existence, non ?  A La Baule, ces trois-là s'enlacent et s'entrelacent. Passionnément. Comme sur l’affiche de cette 8ème édition du festival (de l'artiste franco-Argentine Carolina Spielmann).

    Au programme cette année : 35 projections dont 6 long-métrages en compétition que devait départager le jury présidé par Alexandre Astier, 6 courts-métrages en compétition, des films pour le jeune public, 4 passionnantes master class, des documentaires musicaux, des films classiques dans le cadre de l’hommage à Alexandre Desplat, invité d’honneur avec un concert  sous la direction musicale de Solrey avec le Traffic quintet et Alexandre Desplat lui-même, mais aussi, dans le cadre de l’hommage à Ennio Morricone et Jacques Perrin, un ciné-plage consacré à Cinema Paradiso.

    ENNIO MORRICONE…et GIUSEPPE TORNATORE

    1/ CINEMA PARADISO de GIUSEPPE TORNATORE

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    L’ombre du géant Morricone a d’ailleurs plané sur cette édition et lui a insufflé son souffle lyrique. Les festivaliers, à l’occasion d’une projection sur la plage, ont ainsi pu revoir le célèbre film de Giuseppe Tornatore.

    Une idée d’autant plus judicieuse que cette projection a été aussi l’occasion de rendre hommage au grand acteur et producteur qu’était Jacques Perrin à qui le festival avait d’ailleurs attribué un Ibis d’or d’honneur, en 2018.

    Je n’avais pas revu ce film depuis mon enfance. Simplement me souvenais-je de ce lieu suintant de vie et de chaleur, au cœur de la Sicile, où se trouve le Cinema Paradiso, du lien si touchant entre Toto et d’Alfredo, de ces extraits de films qui transpirent la passion du cinéma. Et qu’il m’avait bouleversée.  Avec le recul des années, l’émotion fut encore plus forte. Les thèmes évoqués ont pris une tout autre résonance parce que ce que l’enfance laissait deviner, l’âge adulte a permis de l’expérimenter. La nostalgie. La mélancolie. L’écoulement du temps qui emporte tout, même les êtres chers. Mais c’est aussi tout ce que le cinéma, par son pouvoir magique, peut rendre éternel. Et tout ce que ce même temps dévoreur n’emporte pas : les rêves. Parce que Cinéma Paradiso est avant tout cela, une déclaration d’amour fou au cinéma. A sa capacité à procurer à tout ce qui est éphémère des accents d’éternité. Le cinéma, dans ce film, est plus que jamais une fenêtre ouverte sur les rêves, ceux qui bercent d’illusions réconfortantes. Comme celles de cette histoire qu’Alfredo raconte à Toto, cet homme qui promet d’attendre la femme qu’il aime sous sa fenêtre 100 nuits et qui renonce à la 99ème. Comme le dit Alfredo, « La vie, c'est pas ce que tu as vu au cinéma. La vie c'est plus difficile que ça. » Oui, mais il y a le cinéma pour l’adoucir, l’éclairer, en sublimer les sentiments et transcender les émotions. Pour rêver d’une autre vie, pour s’identifier à d’autres destins, ceux projetés sur l’écran. Et pour croire à l'impossible, envers et contre tout.

    Sunset Boulevard de Billy Wilder. Eve et La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Les Ensorcelés de Minelli. The Artist d’Hazanavicius, La La Land de Damien Chazelle. 8 ½ de Fellini. Les grands films sur le cinéma ne manquent pas. Cinéma Paradiso ne dénote bien sûr pas dans cette liste. Je vous parle aujourd’hui de la version director’s cut de 2H35 dont la dernière partie évoque l’amour de jeunesse de Toto (incarné alors par Brigitte Fossey, coupée dans les autres versions.) La version originale de 173 minutes avait en effet été classifiée défavorablement lors de sa présentation au comité de censure italien en 1989. Le film fut donc écourté pour sa sortie en salle. En 2002 sortait la version « Director's cut ». Cinema Paradiso eut en effet trois versions différentes. Lors de la sortie initiale en 1988 en Italie, le film durait 2 h 35. Pour le Festival de Cannes 1989, la durée fut ramenée à 2 h 03 par la Miramax. Le film obtint alors le Prix spécial du Jury, puis le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, parmi de nombreuses autres récompenses.

    Un pot de fleurs face à la mer dans un appartement. Le vent qui agite les rideaux. Et la musique de Morricone. Ainsi commence Cinema Paradiso qui, par ce simple plan, déjà, nous ensorcelle par ses parfums de nostalgie. Puis, c’est le coup de fil de la mère de Salvatore qui essaie de le joindre depuis la Sicile. Il ne répond pas. « Il est trop occupé. Il y a bien 30 ans qu'il ne vient plus nous voir …» remarque la sœur de ce dernier. « Il se souviendra. Il se souviendra, j'en suis sûre… » rétorque sa mère. Sa compagne du moment transmet le message à Salvatore. Le message suivant :  « Un certain Alfredo est mort. Demain, c'est son enterrement. »

    Avec la mort d’Alfredo, incarné par Philippe Noiret, pour Salvatore di Vitta (Jacques Perrin), cinéaste reconnu, c'est tout un pan du passé qui s'écroule et qui, subitement, rejaillit dans sa vie. On l’appelait Toto a l'époque. Il partageait son temps libre entre l'office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo.

    Les souvenirs de Salvatore nous ramènent alors en 1954. Dans un village de Sicile, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Toto, petit garçon facétieux et malin, fou de cinéma, orphelin d’un père qui "ressemblait à Clark Gable", passe son temps à perturber le projectionniste de la salle paroissiale, le Paradiso, avant de devenir son ami, et même son assistant et remplaçant dans la cabine de projection. Alfredo était aussi employé par la paroisse pour couper les scènes trop osées ou en tout cas considérées comme telles à l’époque, quand ne serait-ce qu’un simple baiser constituait déjà une atteinte à la pudeur.  L'histoire de cette salle de cinéma, véritable personnage du film, se confond alors avec celle de Salvatore.

    Une véritable amitié se noue entre le petit garçon turbulent et le vieux bougon autour de leur passion commune pour le cinéma. Le premier va s’assagir et le second va s’adoucir et dévoiler toute sa générosité et tendresse devenant le père de substitution du petit garnement. Lors d’un immense incendie qui ravage le cinéma, Toto sauve Alfredo des flammes. « Comment je fais moi si t’es pas là… » dira ainsi Alfredo, bouleversé et bouleversant.  Alfredo devenu aveugle, Toto le remplace puis le seconde dans ce qui est devenu le Nuovo Cinema Paradiso, reconstruit par un riche mécène.  Toto croise alors Elena, fille d’une famille bourgeoise. Il en tombe fou amoureux et après de nombreux efforts, malgré l’opposition de sa famille, son amour se révèle réciproque.

    Alfredo demande ensuite à Toto de partir de leur village sicilien et de ne jamais revenir. « Va-t-en retourne à Rome. Je ne veux plus t'entendre parler. Je veux juste entendre parler de toi. Ne reviens plus. Ne te laisse pas envahir par la nostalgie. Et si tu ne résistes pas ne viens pas me voir. Je ne te laisserai pas entrer. Quel que soit le métier que tu choisiras, aime-le comme tu as aimé la cabine du Paradiso quand tu étais petit. » Il partira alors pour Rome et y restera 30 ans sans revenir, sans avoir revu Elena qu’il avait attendue et cherché en vain. Le destin, un concours de circonstances et Alfredo les auront séparés.  Quand il revient pour les obsèques d’Alfredo, il se remémore alors son passé et cet amour qu’il n’a jamais oublié…et qu’il croit reconnaître. « Après toutes ces années, je croyais que j'étais devenu plus fort et que j'avais oublié des tas de choses mais en fait je retrouve tout comme avant comme si je n'étais jamais parti. »

    Le cinéma a fermé ses portes, et va être dynamité pour devenir un parking. L’histoire de Cinema Paradiso est aussi celle de l’histoire de la salle de cinéma, ce paradis anéanti par de nouvelles habitudes et de nouveaux loisirs, et par la télévision. C’est la fin d’une époque, celle où il n’y avait pas de télévision chez soi, quand le cinéma concentrait tous les désirs, toute la fièvre d'un village, celle d’un cinéma fédérateur, véritable temple, avant la désaffection des salles dans les années 80.

    Après la mort d'Alfredo, Salvatore récupérera un cadeau rempli d’amour(s) :  toutes les séquences interdites qu’Alfred a soigneusement collées les unes après les autres « Le feu se termine toujours en cendres. Même les plus grandes histoires d'amour se terminent. Et après, il y en a d'autres qui naissent. Tandis que Toto n'a qu'un seul avenir devant lui. » avait dit Alfredo à Elena. La vie et les amours périclitent. Mais le cinéma les rend éternels...

    Que serait ce film sans sa magnifique distribution ? Salvatore Cascio puis Marco Leonardi qui incarnèrent Toto enfant puis adolescent. Mais surtout Jacques Perrin qui apparaît peu à l’écran mais dont la présence puissante et lumineuse procure toute sa force mélancolique au film. Que d’expressions sur son visage  ! La bonté, la nostalgie, l’amour, et l’enfance qui semble toujours là, si prégnante, et qui illumine son visage d'une douce innocence. Comment ne pas fondre quand il dit « Mais je ne t'ai jamais oubliée Elena » ? D’ailleurs, je me demande si le choix de ce prénom dans le scénario de Giuseppe Tornatore n’était pas un hommage au Dernier métro de Truffaut. J'ai alors pensé à cette réplique du film de Truffaut :

     Est-ce que l'amour fait mal?

    - Oui, ça fait mal. [...] Tu es belle, Héléna. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Hier, vous disiez que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.

    L'inoubliable musique d’Ennio Morricone vient renforcer toute la poésie mélancolique qui se dégage du film et du visage de Jacques Perrin. De ce "rêve merveilleux" comme Elena qualifiera son histoire d'amour avec Salvatore. Un rêve merveilleux, comme l'est le cinéma...Cinema Paradiso, c'est le récit nostalgique d'une époque révolue. Une ode au rêve. A la puissance du cinéma à laquelle le film par ses nombreux extraits de classiques rend le plus beau des hommages. Mais aussi par ce dernier plan sur le visage de Jacques Perrin qui, par le pouvoir magique du 7ème art, retrouve les émotions de son enfance et le message d'amour que lui envoie Alfredo, par-delà la mort. Un parfum d'éternité. Le cinéma est décidément un paradis. Celui des vivants. Peut-il y avoir plus belle invention que celle qui nous permet d' accéder vivants à ce paradis ? Comment ne pas aimer un film dont toute l'histoire traduit ainsi la magie du cinéma ?

    Je vous laisse reconnaître les nombreux films dont figurent des extraits : L’Ange bleu de Josef von Sternberg, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes et La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin,  Autant en emporte le vent de Victor Fleming , Casablanca de Michael Curtiz , Gilda de Charles Vidor, La chevauchée fantastique de John Ford, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton…et beaucoup d’autres. Un voyage dans l’histoire du cinéma, un édifice impressionnant auquel ce film s’ajoute. Tout aussi incontournable ! Rendez-vous sur la plage de La Baule le 1er juillet pour le (re)découvrir dans des conditions exceptionnelles.

    2/ ENNIO de GIUSEPPE TORNATORE

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    Si l’ombre de Morricone a plané sur ce festival, c’est aussi parce qu’y fut projeté en avant-première le documentaire fleuve de Giuseppe Tornatore : Ennio. 2H36 absolument captivantes ! Présenté à la Mostra de Venise 2021, ce documentaire en salles le 6 juillet est un périple savoureux et passionnant dans la carrière et la vie de Morricone mais aussi dans l’histoire du cinéma qu’il a tant marquée de son empreinte. Là aussi, j’y reviendrai, mais je ne peux que d’ores et déjà vous recommander vivement de découvrir ce documentaire, absolument incontournable pour qui aime la musique de film et le cinéma. Il retrace le parcours du compositeur né en 1928 à Rome et qui, à l’âge de 8 ans, rêvait de devenir médecin. Son père en décide autrement : il sera trompettiste, comme lui. Quelle émotion de réentendre toutes ses musiques et de voir ces extraits de film qu’elles ont sublimés. Sa première composition pour Tornatore fut pour Cinema Paradiso en 1988, qui remporta alors l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère et le Grand Prix au 42ème Festival de Cannes. Pour ce film, Morricone reçut le BAFTA de la Meilleure musique originale, avec son fils, Andrea, co-compositeur. Il a aussi signé la musique de neuf autres films de Tornatore. Quelques notes suffisent pour identifier la musique de celui qui a signé plus de 500 bandes originales. Le documentaire nous permet d’entrer dans l’âme et les secrets du créateur par le truchement d’une longue interview de Giuseppe Tornatore et de nombreux témoignages qui auront nécessité 5 années de travail parmi lesquels ceux de Bernardo Bertolucci, Guiliano Montaldo, Marco Bellocchio, Dario Argento, les frères Taviani, Luca Verdone, Barry Levinson, Roland Joffé, Clint Eastwood, Oliver Stone, Quentin Tarantino Wong Kar Wai, Hans Zimmer, Bruce Springsteen. Tornatore, qui a travaillé 25 ans avec Ennio Morricone, sonde les mystères de la création, de sa passion pour les échecs à sa volonté constante d’expérimenter. Plus qu’un film, Ennio se regarde comme un spectacle constitué d’extraits des films, d’images d’archives, de concerts. Ces entretiens sont entrecoupés de fragments de vie privée de Morricone, des captations de ses tournées, des extraits de films, d’entretiens d’amis et de collaborateurs, et d’archives inédites sur une carrière qui s’étend sur plus de 70 ans. Morricone a inspiré de nombreux musiciens, des compositeurs de bandes originales de films aux groupes de rock, de Hans Zimmer, John Williams, Dire Straits à Muse, Metallica et Radiohead. Le film contient nombre de moments forts comme le tournage d’Il était une fois en Amérique lors duquel De Niro joue sur un plateau inondé de musique, ou lorsque l’on découvre comme les lettres de Bach se dissimulent derrière la musique du Clan des Siciliens, ou encore comment il a orchestré instruments et influences pour créer la bande originale de Mission ou encore lorsqu’il  fredonne un air a capella. On découvre aussi sa fascination par Stravinsky, ou comment il va user d’audaces dans ses partitions et arrangements pour créer des sonorités inédites. Ennio Morricone ne sera pourtant récompensé d’un Oscar qu’en 2016 (à 87 ans !) pour les Huit salopards de Quentin Tarantino, même si, en 2007, lui avait été décerné un Oscar pour l’ensemble de sa carrière. Il regrette de n’avoir jamais travaillé avec Stanley Kubrick, qui était pourtant si mélomane. Morricone décortique les secrets de ses créations. Tornatore lui rend le plus beau des hommages en mettant en valeur l’incroyable  richesse de sa carrière dont il réhabilite aussi la diversité. Celle-ci ne se réduit en effet pas aux musiques de son camarade d’école Leone (aussi majestueuses et inoubliables soient-elles) mais on y trouve aussi des BO des films de  : Henri Verneuil, John Boorman, Terrence Malick, Bertolucci,Lautner, Deray, Friedkin, De Palma, Joffé, Almodovar, Carion, Tarantino et tant d'autres. Tornatore rend hommage à son incroyable audace, inventivité et originalité comme lorsqu’il mêle les instruments électriques aux instruments des orchestres symphoniques ou en ajoutant des sonorités bruitistes ou des la voix humaines  C’est plus passionnant et pédagogique que n’importe quel cours de musique. On en ressort en ayant envie d’écouter encore et encore ses musiques, de revoir les films pour lesquels il les a composées, de les redécouvrir différemment, et de regarder ceux à côté desquels nous serions passés.  C’est peut-être Bruce Springsteen qui définit le mieux sa musique en évoquant la « très profonde émotion » qu’elle procure et que nous procure aussi ce documentaire dont on ressort étourdi de musiques et de beauté… Encore la fameuse valse des émotions !

    COUP DE PROJECTEUR

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    4 longs-métrages étaient projetés dans la section « Coup de projecteur » : Ninja baby de Yingvild Sve Flikke, Flee de Jonas Poher Ramussen, After Yang de Koganada et I love Greece de Nafsika Guerry-Karamaounas. Le lauréat du prix Coup de projecteur 2022 Universciné est Flee de Jonas Poher Ramussen. Quelques mots sur mes deux coups de cœur de cette section : I love Greece de Nafsika Guerry-Karamounas et le film lauréat, absolument bouleversant, à voir absolument.

    Retrouvez également le corner La Baule 2022 sur Universciné, avec une programmation spéciale en lien avec le festival.

    1/ I LOVE GREECE de NAFSIKA GUERRY-KARAMOUNAS

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    Ce premier long-métrage nous emmène dans les Cyclades. Jean et Marina, un couple franco-grec, partent à Athènes pour les vacances d’été. Ils y retrouvent l’exubérante famille de Marina et une Grèce en crise. Alors qu’ils projettent de passer quelques jours en amoureux sur une petite île des Cyclades, toute la famille décide de les accompagner. Rien ne se passera comme prévu sous les feux de l’Attique…

    Dans ce film à la riche palette d’émotions, le rire se teinte constamment de mélancolie et inversement. Nafsika Guerry-Karamounas met en scène avec talent la fervente âme grecque, notamment grâce à un scénario ciselé coécrit avec Chloé Larouchi qui nous emmène, comme la Grèce, dans des émotions que l’on n’attendait pas forcément. Des émotions impétueuses. Vincent Dedienne et Stacy Martin en expriment brillamment tous les excès et nuances. Pour le premier, tout tourne autour de son travail et de son mal-être. Il est à la fois exaspérant et égocentrique, et se révèle finalement fragile. La crise que le couple traverse est comme un écho à celle que connaît la société grecque qui s’immisce jusque dans leur couple. Comme dans Le Guépard où « il faut que tout change pour que rien ne change », ici il faut que tout vole en éclats pour prendre un nouveau départ. Les personnages sont aussi iconoclastes, fantasques que touchants. Un film qui mêle les genres avec habileté et qui palpite : de vie, d’énergie, de rires, de larmes. Le tout porté par la très belle musique de Camille El Bacha. Un voyage dans les Cyclades que je vous recommande donc.

    Et puis, je ne peux pas ne pas évoquer cette magnifique scène sur la danse de l’aigle…une danse qui m’émeut tout particulièrement et que je connais bien au point d’en avoir fait un point central de mon roman Les Embrasés (qui se déroule dans les Cyclades, finaliste du Prix du Livre Romantique 2019) et de ma nouvelle Le premier été du reste de notre vie (qui se déroule à Corfou, Editions J’ai Lu, recueil de nouvelles Allô maman ?!). Cette danse qui s’appelle le Zeïbekiko est habituellement dansée par des hommes sur une musique de Rebetiko, une sorte de transe, pour moi une danse de l’âme qui donne lieu à une très belle scène du film.

    2/ FLEE de JONAS POHER RAMUSSEN

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    Pour la première fois, Amin, 36 ans, un jeune réfugié afghan homosexuel, accepte de raconter son histoire. Allongé les yeux clos sur une table recouverte d’un tissu oriental, il replonge dans son passé, entre innocence lumineuse de son enfance à Kaboul dans les années 1980 et traumatismes de la fuite de sa famille pendant la guerre civile, avant la prise du pouvoir par les talibans. Après des années de clandestinité en Russie, Amin – un pseudonyme – arrive seul à 16 ans au Danemark, où il rencontre le réalisateur qui devient son ami. Au fil de son récit et des douleurs enfouies, l’émotion resurgit. Aujourd’hui universitaire brillant installé avec son compagnon danois Kasper, le jeune homme confie un secret qu'il cachait depuis vingt ans.

    Ce film d’animation a cumulé les récompenses, à juste titre. Il a notamment gagné le Cristal du long-métrage au festival d'Annecy 2021 et figurait parmi les films de la sélection officielle du Festival de Cannes 2020.  Une histoire vraie racontée avec beaucoup de pudeur alternant les images d’animation et les images d’archives réelles pour souligner la dimension documentaire et les turbulences de l’Histoire. A 36 ans, Amin est désormais universitaire au Danemark où il vit en couple avec un homme. Il « s’est toujours senti un peu différent des autres » parce que, « en Afghanistan, l’homosexualité n’existe pas ». Il a accepté de se confier pour la première fois sur son passé (réel) à son ami réalisateur mais il ne souhaitait pas montrer son visage. Le film se compose ainsi de dessins plus ou moins réalistes. Ainsi, lorsqu’il se souvient moins bien ou lorsqu’il s’agit de souvenirs trop âpres ou violents, les dessins sont alors simplement griffonnés et brouillons mais il s'agit alors aussi d’images d'archives en prises de vue réelles. La musique joue une place centrale pour susciter l’émotion là où le récit est dénué de sentimentalisme, la violence à laquelle est confrontée Amin n’étant jamais ouvertement montrée. Quand il raconte son enfance dans une ville de Kaboul encore libre entre les posters de Van Damne, des tubes d’alors, notamment de a-Ha, l'accompagnent. Les moments de musique sont des invitations aux rêves et des portes ouvertes sur son imaginaire. Une autre fuite. A la prise de pouvoir des moudjahidine, son père est arrêté, le gouvernement le voyant alors « comme une menace pour le parti communiste ». Et la violence s’immisce dans son quotidien d’enfant. A partir de là, il faudra fuir pour survivre. Ce film universel et poignant permet à cet homme hanté par son passé gardé secret jusque-là de s’en libérer. L’émotion est d’autant plus présente qu’il entre en résonance avec l’actualité, celle connue par d’autres réfugiés, mais aussi avec le retour des Talibans au pouvoir en Afghanistan. Là où dans une actualité et un zapping carnassier, une information tragique en chasse tristement une autre, Flee, avec beaucoup de subtilité, force en douceur notre regard à s’y attarder. Poignant et indispensable.

     Flee est disponible en replay sur Arte.tv jusqu'au 28 juillet.

    FILMS EN COMPETITION

    Le jury présidé par Alexandre Astier, entouré de des actrices Mélanie Doutey, Anne Parillaud, Pascale Arbillot et de l'acteur et réalisateur Pascal Elbé a dû départager les 6 films suivants : La petite bande de Pierre Salvadori, Pétaouchnok d’Edouard Deluc, Maria rêve de  Laurianne Escaffre et Yvonnick Muller, Le petit Nicolas (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?) d'Amandine Freudon et Benjamin Massoubre et Citoyen d’honneur de Mohamed  Hamidi.

    Les films de cette compétition se sont avant tout distingués par leurs musiques mais aussi par des comédiens, particulièrement remarquables et engagés dans leurs interprétations. Par ailleurs, ces films mettaient souvent en scène des personnages indécis, immatures, en quête de sens, de nouveau souffle et de rêve. Le sens, le nouveau souffle et le rêve : tout ce qu’apporte finalement la bonne musique, non ?

    1/ MARIA RÊVE de LAURIANE ESCAFFRE et YVONNICK MULLER

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     Ce film est mon coup de cœur de cette compétition, lauréat du Grand Prix du public du Festival de Cabourg 2022. Maria (Karine Viard) est femme de ménage. Mariée depuis 25 ans, réservée, timide et maladroite, elle ne quitte jamais son carnet à fleurs dans lequel elle écrit des poèmes en secret. Lorsqu’elle est affectée à l'École des Beaux-Arts, elle rencontre Hubert (Grégory Gadebois), le gardien fantasque de l'école, et découvre un lieu fascinant où règnent la liberté, la créativité et l'audace... Dans ce monde si nouveau, Maria, qui a toujours été dévouée et discrète, va-t-elle enfin se laisser envahir par la vie ?

    Ce film est d’une infinie délicatesse, jusque dans la musique et les couleurs qui l’auréolent. Il est porté par les prestations tout en nuances de Grégory Gadebois et Karin Viard qui forment un couple d’une belle évidence. Au contact de l’art et grâce à l’amour de ce dernier, un gardien, secret, discret mais solaire qui se déhanche sur Elvis Presley, Maria va apprendre à conduire sa vie, à s’émanciper, à donner corps (dans tous les sens du terme) à ses rêves et par la même nous donne envie de croire en tous les possibles de l’existence, quels que soient l’âge et les circonstances. Le tout dans le décor magique des Beaux-Arts baigné comme tout ce film, d’une grande douceur et de poésie. Une bouffé d’optimisme qui fait un bien fou.  Je vous en parlerai plus longuement lors de sa sortie prévue le 28 septembre 2022.

    2/ UNE COMEDIE ROMANTIQUE de THIBAULT SEGOUIN

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    Après avoir disparu du jour au lendemain, César (Alex Lutz) réapparaît dans la vie de Salomé (Golshifteh Farahani) et découvre qu’il est le père d’une petite fille de 3 ans. Cette fois-ci, il va tout faire pour être à la hauteur de leur histoire.
    Une comédie romantique est le premier long métrage de Thibault Segouin qui avait notamment travaillé sur le scénario du remarquable Guy de et avec Alex Lutz qui tient ici le rôle masculin principal, celui d’un éternel adolescent, indécis pathologique, rêveur et menteur invétéré. Avec ses couleurs acidulées (photographie de Marie Demaison), sa musique ensorcelante, sa fantaisie douce, son Paris de carte postale, ce film tient les promesses de son titre tout en détournant les codes notamment lors de son dénouement. L’amoureuse (faussement) en colère est magistralement interprétée par Golshifteh Farahani dont on découvre que la comédie lui sied aussi bien le drame. Elle a d’ailleurs reçu le prix d’interprétation de cette édition. Ajoutez à cela la BO très réussie de François Villevieille et vous obtiendrez une tendre comédie à découvrir en salle, le 5 octobre 2022.

    4 /PETAOUCHNOK de EDOUARD DELUC

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    Au fin fond des Pyrénées, deux précaires (interprétés par Pio Marmaï et Philippe Rebbot), amis devant l’éternel, ont l’idée du siècle pour se sortir de la galère : lancer une chevauchée fantastique, à travers la montagne, pour touristes en mal de nature, de silence, d’aventure.  Le jury présidé par Alexandre Astier a attribué (à l'unanimité) le Prix du meilleur film de l’édition 2022 du festival à cette comédie dans l’air du temps, un parcours initiatique qui glorifie le retour à la nature et le temps donné au temps, prétexte à des situations ubuesques et à brosser toute une galerie de personnages en quête d’ailleurs et de repères. La réussite provient avant tout de l’interprétation de Philippe Rebbot, doux rêveur excentrique et Pio Marmaï, prêt à tous les mensonges et excentricités pour récupérer sa femme et sa fille. Comme la majorité des films de cette compétition, un feel good movie porté la musique, en l’occurrence celle du groupe folk rock français Herman Dune. A découvrir en salle le 9 novembre 2022

    4/CITOYEN D’HONNEUR de Mohamed Hamidi

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    Samir Amin (Kad Merad) est un écrivain comblé, Prix Nobel de littérature, qui vit à Paris, loin de son pays natal, l'Algérie. Il refuse systématiquement toutes les invitations qui lui sont faites. Jusqu'au jour où il décide d'accepter d'être fait « Citoyen d'honneur » de Sidi Mimoun, la petite ville où il est né. Mais est-ce vraiment une bonne idée que de revoir les habitants de cette ville, qui sont devenus, d'année en année, les personnages de ses différents romans ?

    Le principal atout de ce film est l’interprétation désopilante de  Fatsah Bouyahmed dans le rôle de Miloud en autochtone prêt à tout pour satisfaire le « citoyen d’honneur ». Dommage que le thème du "pillage de la réalité" et du détournement de celle-ci pour la création d'une œuvre (en l'occurrence littéraire) et de la volontaire  confusion entre fiction et réalité ne soit pas davantage exploité. Dans La vache, le précèdent film du cinéaste, il s'agissait d'un paysan algérien décidé à rejoindre la France avec sa vache pour participer au salon de l'Agriculture à Paris. L'écrivain effectue ici le chemin inverse. Cinq ans après la sortie du long-métrage argentin El ciudadano ilustre de Gastón Duprat et Mariano Cohn, le cinéaste franco-algérien Mohamed Hamidi met en scène un remake, porté par la musique de Ibrahim Maalouf. En salle le 14 septembre 2022.

    Je rattraperai prochainement de deux autres lauréats, La petite bande de Pierre Salvadori et Le petit Nicolas (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?) d'Amandine Freudon et Benjamin Massoubre dont je vous parlerai bien sûr également.

    AVANT-PREMIERES HORS COMPETITION

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    Parmi les avant-premières hors compétition ont été présentés, en ouverture,  Maestro(s) de Bruno Chiche (dont je vous parlerai également ultérieurement), Menteur de Olivier Baroux qui sort en salle le 14 juillet 2022, projeté en clôture, un remake d’une comédie d’Émile Gaudreault, et enfin  Rumba la vie de Franck Dubosc, son deuxième long-métrage après Tout le monde debout.  Il y incarne Tony, la cinquantaine, chauffeur d’autobus scolaire renfermé sur lui-même, vit seul après avoir abandonné femme et enfant vingt ans plus tôt. Bousculé par un malaise cardiaque, il trouve le courage nécessaire pour affronter son passé et s’inscrire incognito dans le cours de danse dirigé par sa fille, qu’il n’a jamais connue, dans le but de la (re)conquérir et de donner un sens à sa vie. Comme dans Tout le monde debout où son personnage, valide, se faisait passer pour handicapé, il recourt au mensonge pour affronter sa culpabilité et pour arriver à ses fins : se rapprocher de sa fille. En cela, il sera aidé de son ami Gilles (Jean-Pierre Darroussin), son collègue bienveillant et lunaire, et Fanny (Marie-Philomène Nga), sa voisine. Tony est bourré de préjugés. Pour lui, l’initiale F. sur la sonnette de sa voisine doit forcément signifier Fatou et toutes les personnes d'origine africaine connaissent forcément la Rumba congolaise. Dommage que le film n’aille pas plus loin dans la dénonciation des préjugés dont est pétri le personnage de Tony. Restent des scènes attendrissantes et une interprétation d’un médecin par Michel Houellebecq qui ajoute une salutaire touche d’absurde. Musique originale de Sylvain Goldberg et Matteo Locasciulli.

    ALEXANDRE DESPLAT

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    Cette huitième édition a ainsi comme chaque année rendu hommage à un compositeur invité : Alexandre Desplat qui succède ainsi à Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Vladimir Cosma, Eric Serra, Gabriel Yared et Philippe Sarde les années précédentes ! Ce furent à chaque fois de grands moments de musique et d’émotion que je vous ai chaque année racontés ici, et cela même par le biais de la fiction.

    1/CONCERT

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    En plus de sa master class, Alexandre Desplat participait cette année à un concert hommage de clôture, dirigé par la cheffe d’orchestre et violoniste Solrey. Alexandre Desplat, digne héritier des compositeurs français consacrés par Hollywood a déjà écrit les partitions de plus de 200 films et a été célébré́ par 2 Oscars, 2 Golden  Globes, 3 Césars, 3 Baftas, 2 Grammys...La liste des cinéastes avec lesquels il a collaboré est longue : Terrence Malick, Jacques Audiard, Stephen Frears, Roman Polanski, Wes Anderson, George Clooney, Kathryn Bigelow, David Fincher, Guillermo del Toro et les films Sur mes lèvres, The King’s speech, De battre mon cœur s’est arrêté, The Ghost Writer, Monuments men, Un prophète, The Grand Budapest hotel, The Shape of water, The Curious case of Benjamin Button, Twilight, Godzilla, Harry Potter and the deathly Hallows, The imitation game, Little women, The french dispatch ...

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    Ce concert événement, où il s’est produit sur scène comme flûtiste, a eu au Palais des Congrès et des Festivals Atlantia de La Baule et  a été l’occasion d’entendre les musiques de Harry Potter, La forme de l’eau, The Ghost Writer, Un Prophète et du Discours d’un roi qui fut justement projeté dans le cadre du festival.

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    2/ LE DISCOURS D’UN ROI de TOM HOOPER

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    Le roi en question, c’est George VI (Colin Firth), à la fois fragile et colérique, qui n’avait d’ailleurs pas vocation à le devenir puisque c’est sont frère Edouard VIII (Guy Pierce) qui était destiné au trône à la mort de leur père.  Seulement Edouard VIII préféra abdiquer pour vivre son amour avec une femme, Wallis Simpson, à la réputation légère (du moins pour un monarque) car notamment divorcée deux fois. George VI que toute la famille royale appelle « Bertie » va donc devoir surmonter son handicap, un bégaiement qui l’empêche de s’exprimer en public. Pour cela, il pourra compter sur le soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et sur l’aide d’un thérapeute du langage aux méthodes peu orthodoxes, Lionel Rogue (Geoffrey Rush). Alors qu’il mène cette guerre contre lui-même, une autre guerre beaucoup moins intime se fait de plus en plus menaçante…

    A priori, cela s’annonçait donc comme un énième biopic avec reconstitution historique spectaculaire de rigueur et c’est sans doute d’abord le choix de prendre le contrepied de ce à quoi nous aurions pu nous attendre qui fait de ce film une grande réussite. Tom Hooper et son scénariste David Seidler ont ainsi fait le judicieux choix de l’intime, de l’histoire sans nier son implication sur l’Histoire mais vue telle que la voyait George VI, relativement lointaine. Le monde extérieur et ses rumeurs sont étouffés par l’atmosphère ouatée et non moins redoutable des allées du pouvoir.

    Plutôt que de  filmer George VI comme un personnage historique distant, Tom Hooper le filme à portée d’homme avec ses angoisses et ses faiblesses. Il n’apparait alors pas comme le puissant lointain (éloigné de nous historiquement et humainement) mais comme un homme qui doit affronter ses faiblesses en lequel chacun peut se reconnaître. La caméra de Tom Hooper le suit au plus près de son visage, de ses doutes, de son angoisse qui s’amorce. Le jeu en nuances de Colin Firth et la caméra sensible de Tom Hooper qui l’enferme ans son cadre, (il est tantôt filmé à gauche ou à droite, à son image, en marge) comme il l’est dans son handicap, nous donne la sensation asphyxiante d’éprouver nous aussi son angoisse si bien que notre souffle est  suspendu à ses lèvres hésitantes. La maîtrise du langage devient alors le véritable enjeu du suspense du film, haletant comme un thriller. Arrivera-t-il à prononcer ce fameux discours qui fera entrer le Royaume-Uni dans la guerre contre l’Allemagne nazie ?

     Un sujet qui n’a rien d’anachronique et qui est même particulièrement actuel à une époque (la nôtre)  où le contenant, la forme, la communication priment sur le contenu et le message, où celui ou celle qui recevra le plus de suffrages ne sera pas forcément le ou la plus apte à gouverner mais le ou la plus apte à délivrer son message et à maîtriser la communication et le langage.  Un peu la génération twitter aussi qui recherche le choc de la formule et qui pousse souvent à l’exagération, quitte à piétiner quelques personnes voire la réalité au passage. Plutôt que le pouvoir des mots, c’est donc celui de la communication que doit donc maîtriser le monarque. Un pouvoir qu’il était d’autant plus urgent de détenir quand un dictateur outre-Rhin en faisait un des instruments de sa propagande et l’utilisait pour haranguer, galvaniser et endormir les foules.  

    Le scénario montre habilement et par petites touches comment le poids de l’enfance et de l’Histoire (son père, ceux qui l’ont précédé, tous ceux dont les regards pèsent sur lui) sont responsables de son handicap. Mais, au-delà du combat personnel, c’est aussi une très belle histoire d’amitié entre deux hommes à la fois très différents et en quête de reconnaissance. Rogue demande constamment à être sur un pied d’égalité avec George VI, lui qui toujours à été à distance : du peuple, des autres, des mots. Prendre la parole c’est prendre sa place et exister. Le langage, dans le titre même, a d’ailleurs toute son importance : il ne s’agit pas du discours du roi mais d’un roi, qui n’a pas encore son identité propre, écrasé  par le poids de l’Histoire et  de ses prédécesseurs.

    La richesse des dialogues saupoudrés d’un humour so british participe amplement de la réussite du film. Il est vrai que le langage d’un film dont le sujet est justement le langage se devait d’être exemplaire mais ce n’était pas pour autant gagné d’avance.

    Enfin, le grand atout du film ce sont ses acteurs principaux : Colin Firth (absolument remarquable, ne forçant pas trop le trait comme c’est souvent le cas dans ces rôles à Oscars mais reflétant le bégaiement essentiellement par l’angoisse qu’il générait , Colin Firth d’ailleurs qui interprétait déjà pour moi un des meilleurs rôles de 2010  dans le très beau « A single man » de Tom Ford pour lequel il était déjà nommé à l’Oscar du meilleur acteur), Geoffrey Rush( impeccable en médecin peu conventionnel et malicieux ) et Helena Bonham Carter ( parfaite en future reine, à la fois cinglante et épouse aimante. )

    Si « Le discours d’un roi » est un film marquant, c'est en particulier en raison du degré de raffinement de chacun des éléments qui le constituent (musique d'Alexandre Desplat, , scénario, interprétation, mise en scène), un film à résonance universelle autant de par le combat qu’il met en scène (un homme, fût-il roi, qui surpasse ses faiblesses et ses peurs) que de par le langage qu’il emploie et dont il souligne le poids historique.

    EXPOSITION "CINEMA MON AMOUR, ANNEES STUDIO"

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    Du 18 juin au 03 juillet 2022,  au centre culturel Chapelle Sainte-Anne, était également proposée une exposition de trois photographes de  Studio Magazine célébrant ainsi les années DU magazine cinéma des années 90/2000 créé par Jean-Pierre Lavoignat et Marc Esposito à la fin des années 80.

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    En attendant de rattraper les films manqués, je termine avec une citation d'Oscar Wilde :

    « La musique met l’âme en harmonie avec tout ce qui existe. » 

    En attendant la 9ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et de vous en communiquer les dates, je vous donne rendez-vous prochainement pour le Festival du Cinéma Américain de Deauville (du 2 au 11 septembre 2022) puis pour le Dinard Festival du Film Britannique (28 septembre au 2 octobre 2022).

    PALMARES COMPLET DU FESTIVAL DU CINEMA ET MUSIQUE DE FILM DE LA BAULE 2022

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    Meilleur Film 2022

    Pétaouchnok réalisé par Edouard Deluc

     

    Meilleure Musique de Film 2022

    Ludovic Bource pour Le Petit Nicolas, qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

     

    Prix d’Honneur 2022

    Alexandre Desplat récompensé pour l’ensemble de sa carrière

     

    Meilleur Court-Métrage 2022 – AG2R LA MONDIALE

    REPLAY réalisé par Thomas Deflandre

     

    Révélation Jeune Talent Compositeur 2022

    Antonin Browne du Conservatoire Paul Dukas – Paris

     

    Meilleure Musique de l’année 2022

    Amine Bouhafa pour Le Sommet des dieux

     

    Coup de Projecteur 2022 – Universciné

    FLEE de Jonas Poher Rasmussen

     

    Prix du public 2022 – Groupe Barrière

    La Petite Bande de Pierre Salvadori

     

    Meilleure Interprétation 2022

    Golshifteh Farahani pour Une Comédie Romantique

     

    110 ANS DU GROUPE BARRIERE

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    Cette édition fut aussi l’occasion de célébrer les 110 du Groupe Barrière.

    Retrouvez mon article consacré à l’hôtel Barrière L'Hermitage sur Inthemoodforhotelsdeluxe.com, ici.

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    PODCAST INEDIT :

    Une nouvelle au cœur du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2015

    Retrouvez ma nouvelle Un certain 14 novembre dans le recueil Les illusions parallèles  - Editions du 38 – 2016 (cette fiction se déroule entièrement dans le cadre du festival avec en toile de fond les évènements réels de cette édition). A l'occasion de la 8ème édition du festival, en accord avec mon éditeur, Les Editions du 38, j'ai enregistré cette nouvelle en podcast, à écouter ici.

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    POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE FESTIVAL

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    Pour en savoir plus  : le site officiel du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et son twitter et compte instagram (@festivallabaule). 

    Suivez également le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule sur Facebook.

    En complément, retrouvez sur Inthemoodforcinema.com tous mes articles sur les 7 premières éditions du festival et mes prochains articles sur cette 8ème édition.

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  • Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022 : programme complet détaillé

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    Hier soir, au Palais des Congrès Atlantia de La Baule, était présenté le programme complet du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022. Laissez-moi vous présenter ce festival que j'ai le plaisir de suivre depuis ses débuts et vous détailler sa singularité enchanteresse, ainsi que le programme  de cette 8ème édition.

    Selon Stendhal, « La bonne musique ne se trompe pas, et va droit au fond de l'âme chercher le chagrin qui nous dévore. » Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles ce festival dont ce sera (déjà !) la huitième édition, est-il aussi joyeusement consolateur ? Qu'elle aille chercher le chagrin qui nous dévore, la joie qui nous enflamme, l'illusion qui nous transporte, le secret qui nous tourmente, le rêve qui nous égare, le regret qui nous étreint, la peur qui nous tenaille, ou la passion qui nous élève...la musique cristallise toutes nos émotions, et en particulier la musique de film que met chaque année à l'honneur le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule qui, à l'image de son affiche 2022 (de l'artiste franco-Argentine Carolina Spielmann), enlace avec passion musique et cinéma, et nous embarque dans un joyeux tourbillon. Une affiche par ailleurs jaune et bleue, aux couleurs du drapeau de l'Ukraine à laquelle le festival témoigne ainsi de sa solidarité. Un festival donc également engagé puisqu'il présente aussi l'atout d'être un "green festival" comme je vous l'explique plus bas.

    Au programme de l'édition 2022 de ce festival à la fois populaire et exigeant, ouvert à tous et proposant une programmation diversifiée, idéale pour débuter l'été : 35 projections dont 5 long-métrages hors compétition que devra départager le jury présidé par Alexandre Astier, 6 courts-métrages en compétition, des films pour le jeune public, 4 master class, des documentaires musicaux, des films classiques dans le cadre de l’hommage à Alexandre Desplat, invité d’honneur de cette édition qui donnera un concert exceptionnel, mais aussi dans le cadre de l’hommage à Ennio Morricone et Jacques Perrin avec un ciné-plage consacré à Cinema Paradiso, le film de Giuseppe Tornatore dont vous pourrez retrouver également ma critique ci-dessous, et une exposition. Retrouvez, plus bas dans cet article, le détail de ce programme. 

    Le Festival du Cinéma et Musique de Film La Baule est ainsi un évènement unique et rare tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne. Le tout dans le cadre majestueux de la Baie de La Baule qui sert d’écrin à ce festival qui, en 8 ans, a réussi à s’imposer comme un évènement cinématographique et musical incontournable avec, à son générique, des films majeurs, mais aussi des concerts marquants des plus grands compositeurs de musiques de films à l’image de ce que sera sans aucun doute celui de cette année.

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    L’an passé, les organisateurs de ce festival (créé et dirigé par Sam Bobino, notamment fondateur des Paris Film Critics Awards dont je vous parle, ici-  et le cinéaste Christophe Barratier) avaient eu la judicieuse idée d’inaugurer une nouvelle formule mettant l’accent sur le cinéma français.  Le festival devient ainsi une fenêtre d’exposition pour les films qui sortent pendant l’été, une idée lumineuse quand certains films à l’affiche en juillet-août ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils mériteraient. Une mise en exergue d'autant plus nécessaire alors que le cinéma a plus que jamais besoin d’être défendu et soutenu en cette année où les entrées dans les salles fléchissent dramatiquement.

    Pour symboliser ses nouvelles dates, durant l’été, le Festival a opté cette année pour une affiche très différente de celles des années précédentes. "Les organisateurs ont fait appel, pour cela, à l’artiste Carolina Spielmann qui propose ici un visuel à la fois volontairement vintage et moderne (dans l’esprit de la Ville de La Baule, très attachée à son histoire et continuellement tournée vers l’avenir) et qui souligne aussi ce nouveau positionnement estival. Inspirée par la baie de La Baule et ses jolies tentes rayées bleu et blanc, l’artiste a souhaité combiner la tradition et la modernité avec cette baigneuse vintage et moderne à la fois. Cette baigneuse rigolote, qui enlace dans ses bras, avec passion, la musique et le cinéma, les deux thèmes du Festival. Sa bouche en forme de cœur exprime autant l’amour pour le cinéma que pour la musique, comme pour la Ville de La Baule et pour cette belle région Loire-Atlantique. Le jaune solaire nous invite à découvrir et à voyager dans cette région lumineuse et passionnée".

    Vladimir Cosma La Baule.jpg

    De ces sept années de ce passionnant festival s'entremêlent mes souvenirs et émotions, de vie et de cinéma. Comment oublier ce 13 novembre 2015 ? Comment ne pas penser au concert de Michel Legrand qui avait eu lieu le lendemain, ce fameux 14 novembre 2015 donc, concert lors duquel Michel Legrand, alors comme toute l’assistance bouleversé par l’ignominie impensable qui avait eu lieu la veille, avait débuté son concert par un morceau improvisé et deux mesures de La Marseillaise ? 

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    Les émotions sont aussi celles  procurées par tant de films découverts dans le cadre de ce festival aussi, souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. Sans oublier des masterclasses et le concert mémorable de Francis Lai ou l’inoubliable concert de Vladimir Cosma. Ou encore celui de Philippe Sarde l’an passé.

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     « La musique, c’est du rêve » selon le personnage incarné par Daniel Auteuil (le si fascinant, si hermétique, si ambigu, si complexe Stéphane) dans le chef-d’œuvre de Claude Sautet, Un cœur en hiver. Alors, prêts à rêver du 29 juin au 3 juillet à La Baule ?

    INVITE D'HONNEUR (ALEXANDRE DESPLAT) ET CONCERT

    Cette huitième édition qui se tiendra du 29 juin au 3 juillet rendra ainsi hommage au compositeur qui sera l’invité d’honneur du festival : Alexandre Desplat qui succède ainsi à Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Vladimir Cosma, Eric Serra, Gabriel Yared et Philippe Sarde les années précédentes !

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    Il participera à un concert hommage de clôture, dirigé par la cheffe d’orchestre et violoniste Solrey. Alexandre Desplat, digne héritier des compositeurs français consacrés par Hollywood a déjà écrit les partitions de plus de 200 films et a été célébré par 2 Oscars, 2 Golden  Globes, 3 Césars, 3 Baftas, 2 Grammys...La liste des cinéastes avec lesquels il a collaboré est longue : Terrence Malick, Jacques Audiard, Stephen Frears, Roman Polanski, Wes Anderson, George Clooney, Kathryn Bigelow, David Fincher, Guillermo del Toro et les films Sur mes lèvres, The King’s speech, De battre mon cœur s’est arrêté, The Ghost Writer, Monuments men, Un prophète, The Grand Budapest hotel, The Shape of water, The Curious case of Benjamin Button, Twilight, Godzilla, Harry Potter and the deathly Hallows, The imitation game, Little women, The french dispatch ...

    Ce concert événement, où le compositeur Alexandre Desplat se produira également sur scène comme flûtiste, aura lieu au Palais des Congrès et des Festivals Atlantia de La Baule, le dimanche 03 juillet à 16h30 (infos et réservations : https://billetterie.atlantia-labaule.com ou par téléphone au 02 40 11 51 51).

    JURY

    L’an passé, le jury du festival, alors présidé par François Berléand avait décerné l’Ibis d’or du meilleur film à C’est toi que j’attendais de Stephanie Pillonca tandis qu’ Un triomphe d’Emmanuel Courcol avait été récompensé de 2 Ibis d’Or dont celui de la meilleure musique de film de la sélection. Cette année le jury sera présidé par Alexandre Astier, réalisateur, scénariste et créateur de Kaamelott, mais aussi compositeur de musique de film. Il sera accompagné des actrices Mélanie Doutey, Anne Parillaud, Pascale Arbillot et de l'acteur et réalisateur Pascal Elbé. Ils devront départager les 6 longs-métrages en compétition.

    FILMS D'OUVERTURE ET DE CLÔTURE

    1. Film d'ouverture : Maestro(s) de Bruno Chiche 

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    2. Film de clôture : Menteur d'Olivier Baroux

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    LES 6 LONGS-METRAGES EN COMPETITION

    1. La Petite bande de Pierre Salvadori

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    2. Pétaouchnok de Edouard Deluc

    3. Une comédie romantique de Thibault Segouin

    4. Marianne rêve de Laurianne Escaffre et Yvonnick Muller

    5. Le petit Nicolas (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?) d'Amandine Freudon et Benjamin Massoubre

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    5 LONGS-METRAGES HORS COMPETITION

    1. Maestro(s) de Bruno Chiche (film d'ouverture)

    2. Rumba la vie de Franck Dubosc

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    3. Menteur d’Olivier Baroux (Film de clôture)

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    4. Les Minions 2 (Il était une fois Gru) de Kyle Balda

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    5. De l’autre côté du ciel de Yusuke Hirota

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    LONGS-METRAGES « COUPS DE PROJECTEUR »

    1. Flee de Jonas Poher Ramussen

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    2. Ninja baby de Yingvild Sve Flikke

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    3. After Yang de Koganada

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    4. I love Greece de Nafsika Guerry-Karamaounas 

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    LES SCOLAIRES AU FESTIVAL

    Le film d'animation, Le sommet des dieux, sera expliqué en musique et en images par son compositeur Amine Bouhafa.

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    MASTER CLASS ET CONFERENCES

    1. ALEXANDRE DESPLAT et SOLREY

    Dimanche 3 juillet, 14H30. Gulf-Stream

    2.ALEXANDRE ASTIER

    Jeudi 30 juin, 12h. Gulf-Stream

    3.Pierre Salvadori

    Jeudi 30 juin, 15H, Gulf-Stream

    4. Tchéky Karyo

    Vendredi 1er juillet, 16H, Gulf-Stream

    5.RENCONTRES UCMF

    Samedi 2 juillet, 12h00, Gulf-Stream

    Rencontre organisée autour des compositeurs et professionnels de la musique de film présents au festival.

    CINE MA PLAGE

    A (re) découvrir le sur la plage de La Baule le 1er juillet, à 22H30 :

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    CINEMA PARADISO de GIUSEPPE TORNATORE - Critique

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    Cinema Paradiso sera également diffusé sur la plage de La Baule le vendredi 1er juillet. Une idée d’autant plus judicieuse que cette projection sera aussi l’occasion de rendre hommage au grand acteur et producteur qu’était Jacques Perrin à qui le festival avait d’ailleurs attribué un Ibis d’or d’honneur, en 2018.

    Je n’avais pas revu ce film depuis mon enfance. Simplement me souvenais-je de ce lieu suintant de vie et de chaleur, au cœur de la Sicile, où se trouve le Cinema Paradiso, du lien si touchant entre Toto et d’Alfredo, de ces extraits de films qui transpirent la passion du cinéma. Et qu’il m’avait bouleversée.  Avec le recul des années, l’émotion fut encore plus forte. Les thèmes évoqués ont pris une tout autre résonance parce que ce que l’enfance laissait deviner, l’âge adulte a permis de l’expérimenter. La nostalgie. La mélancolie. L’écoulement du temps qui emporte tout, même les êtres chers. Mais c’est aussi tout ce que le cinéma, par son pouvoir magique, peut rendre éternel. Et tout ce que ce même temps dévoreur n’emporte pas : les rêves. Parce que Cinéma Paradiso est avant tout cela, une déclaration d’amour fou au cinéma. A sa capacité à procurer à tout ce qui est éphémère des accents d’éternité. Le cinéma, dans ce film, est plus que jamais une fenêtre ouverte sur les rêves, ceux qui bercent d’illusions réconfortantes. Comme celles de cette histoire qu’Alfredo raconte à Toto, cet homme qui promet d’attendre la femme qu’il aime sous sa fenêtre 100 nuits et qui renonce à la 99ème. Comme le dit Alfredo, « La vie, c'est pas ce que tu as vu au cinéma. La vie c'est plus difficile que ça. » Oui, mais il y a le cinéma pour l’adoucir, l’éclairer, en sublimer les sentiments et transcender les émotions. Pour rêver d’une autre vie, pour s’identifier à d’autres destins, ceux projetés sur l’écran. Et pour croire à l'impossible, envers et contre tout.

    Sunset Boulevard de Billy Wilder. Eve et La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Les Ensorcelés de Minelli. The Artist d’Hazanavicius, La La Land de Damien Chazelle. 8 ½ de Fellini. Les grands films sur le cinéma ne manquent pas. Cinéma Paradiso ne dénote bien sûr pas dans cette liste. Je vous parle aujourd’hui de la version director’s cut de 2H35 dont la dernière partie évoque l’amour de jeunesse de Toto (incarné alors par Brigitte Fossey, coupée dans les autres versions.) La version originale de 173 minutes avait en effet été classifiée défavorablement lors de sa présentation au comité de censure italien en 1989. Le film fut donc écourté pour sa sortie en salle. En 2002 sortait la version « Director's cut ». Cinema Paradiso eut en effet trois versions différentes. Lors de la sortie initiale en 1988 en Italie, le film durait 2 h 35. Pour le Festival de Cannes 1989, la durée fut ramenée à 2 h 03 par la Miramax. Le film obtint alors le Prix spécial du Jury, puis le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, parmi de nombreuses autres récompenses.

    Un pot de fleurs face à la mer dans un appartement. Le vent qui agite les rideaux. Et la musique de Morricone. Ainsi commence Cinema Paradiso qui, par ce simple plan, déjà, nous ensorcelle par ses parfums de nostalgie. Puis, c’est le coup de fil de la mère de Salvatore qui essaie de le joindre depuis la Sicile. Il ne répond pas. « Il est trop occupé. Il y a bien 30 ans qu'il ne vient plus nous voir …» remarque la sœur de ce dernier. « Il se souviendra. Il se souviendra, j'en suis sûre… » rétorque sa mère. Sa compagne du moment transmet le message à Salvatore. Le message suivant :  « Un certain Alfredo est mort. Demain, c'est son enterrement. »

    Avec la mort d’Alfredo, incarné par Philippe Noiret, pour Salvatore di Vitta (Jacques Perrin), cinéaste reconnu, c'est tout un pan du passé qui s'écroule et qui, subitement, rejaillit dans sa vie. On l’appelait Toto a l'époque. Il partageait son temps libre entre l'office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo.

    Les souvenirs de Salvatore nous ramènent alors en 1954. Dans un village de Sicile, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Toto, petit garçon facétieux et malin, fou de cinéma, orphelin d’un père qui "ressemblait à Clark Gable", passe son temps à perturber le projectionniste de la salle paroissiale, le Paradiso, avant de devenir son ami, et même son assistant et remplaçant dans la cabine de projection. Alfredo était aussi employé par la paroisse pour couper les scènes trop osées ou en tout cas considérées comme telles à l’époque, quand ne serait-ce qu’un simple baiser constituait déjà une atteinte à la pudeur.  L'histoire de cette salle de cinéma, véritable personnage du film, se confond alors avec celle de Salvatore.

    Une véritable amitié se noue entre le petit garçon turbulent et le vieux bougon autour de leur passion commune pour le cinéma. Le premier va s’assagir et le second va s’adoucir et dévoiler toute sa générosité et tendresse devenant le père de substitution du petit garnement. Lors d’un immense incendie qui ravage le cinéma, Toto sauve Alfredo des flammes. « Comment je fais moi si t’es pas là… » dira ainsi Alfredo, bouleversé et bouleversant.  Alfredo devenu aveugle, Toto le remplace puis le seconde dans ce qui est devenu le Nuovo Cinema Paradiso, reconstruit par un riche mécène.  Toto croise alors Elena, fille d’une famille bourgeoise. Il en tombe fou amoureux et après de nombreux efforts, malgré l’opposition de sa famille, son amour se révèle réciproque.

    Alfredo demande ensuite à Toto de partir de leur village sicilien et de ne jamais revenir. « Va-t-en retourne à Rome. Je ne veux plus t'entendre parler. Je veux juste entendre parler de toi. Ne reviens plus. Ne te laisse pas envahir par la nostalgie. Et si tu ne résistes pas ne viens pas me voir. Je ne te laisserai pas entrer. Quel que soit le métier que tu choisiras, aime-le comme tu as aimé la cabine du Paradiso quand tu étais petit. » Il partira alors pour Rome et y restera 30 ans sans revenir, sans avoir revu Elena qu’il avait attendue et cherché en vain. Le destin, un concours de circonstances et Alfredo les auront séparés.  Quand il revient pour les obsèques d’Alfredo, il se remémore alors son passé et cet amour qu’il n’a jamais oublié…et qu’il croit reconnaître. « Après toutes ces années, je croyais que j'étais devenu plus fort et que j'avais oublié des tas de choses mais en fait je retrouve tout comme avant comme si je n'étais jamais parti. »

    Le cinéma a fermé ses portes, et va être dynamité pour devenir un parking. L’histoire de Cinema Paradiso est aussi celle de l’histoire de la salle de cinéma, ce paradis anéanti par de nouvelles habitudes et de nouveaux loisirs, et par la télévision. C’est la fin d’une époque, celle où il n’y avait pas de télévision chez soi, quand le cinéma concentrait tous les désirs, toute la fièvre d'un village, celle d’un cinéma fédérateur, véritable temple, avant la désaffection des salles dans les années 80.

    Après la mort d'Alfredo, Salvatore récupérera un cadeau rempli d’amour(s) :  toutes les séquences interdites qu’Alfred a soigneusement collées les unes après les autres « Le feu se termine toujours en cendres. Même les plus grandes histoires d'amour se terminent. Et après, il y en a d'autres qui naissent. Tandis que Toto n'a qu'un seul avenir devant lui. » avait dit Alfredo à Elena. La vie et les amours périclitent. Mais le cinéma les rend éternels...

    Que serait ce film sans sa magnifique distribution ? Salvatore Cascio puis Marco Leonardi qui incarnèrent Toto enfant puis adolescent. Mais surtout Jacques Perrin qui apparaît peu à l’écran mais dont la présence puissante et lumineuse procure toute sa force mélancolique au film. Que d’expressions sur son visage  ! La bonté, la nostalgie, l’amour, et l’enfance qui semble toujours là, si prégnante, et qui illumine son visage d'une douce innocence. Comment ne pas fondre quand il dit « Mais je ne t'ai jamais oubliée Elena » ? D’ailleurs, je me demande si le choix de ce prénom dans le scénario de Giuseppe Tornatore n’était pas un hommage au Dernier métro de Truffaut. J'ai alors pensé à cette réplique du film de Truffaut :

     Est-ce que l'amour fait mal?

    - Oui, ça fait mal. [...] Tu es belle, Héléna. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Hier, vous disiez que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.

    L'inoubliable musique d’Ennio Morricone vient renforcer toute la poésie mélancolique qui se dégage du film et du visage de Jacques Perrin. De ce "rêve merveilleux" comme Elena qualifiera son histoire d'amour avec Salvatore. Un rêve merveilleux, comme l'est le cinéma...Cinema Paradiso, c'est le récit nostalgique d'une époque révolue. Une ode au rêve. A la puissance du cinéma à laquelle le film par ses nombreux extraits de classiques rend le plus beau des hommages. Mais aussi par ce dernier plan sur le visage de Jacques Perrin qui, par le pouvoir magique du 7ème art, retrouve les émotions de son enfance et le message d'amour que lui envoie Alfredo, par-delà la mort. Un parfum d'éternité. Le cinéma est décidément un paradis. Celui des vivants. Peut-il y avoir plus belle invention que celle qui nous permet d' accéder vivants à ce paradis ? Comment ne pas aimer un film dont toute l'histoire traduit ainsi la magie du cinéma ?

    Je vous laisse reconnaître les nombreux films dont figurent des extraits : L’Ange bleu de Josef von Sternberg, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes et La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin,  Autant en emporte le vent de Victor Fleming , Casablanca de Michael Curtiz , Gilda de Charles Vidor, La chevauchée fantastique de John Ford, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton…et beaucoup d’autres. Un voyage dans l’histoire du cinéma, un édifice impressionnant auquel ce film s’ajoute. Tout aussi incontournable ! Rendez-vous sur la plage de La Baule le 1er juillet pour le (re)découvrir dans des conditions exceptionnelles.

    DOCS MUSICAUX

    1. Le 8ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule  rendra cette année hommage à Ennio Morricone avec la projection du film évènement Ennio : The Maestro de Giuseppe Tornatore.

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    2. A-Ha the movie de Thomas Robsahm et Aslaug Holm

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    3. Studio 54 de Matt Tyrnauer

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    FILMS CLASSIQUES – HOMMAGE A ALEXANDRE DESPLAT (en partenariat avec Universcine.com)

    1. De battre mon coeur s'est arrêté  de Jacques Audiard

    2. Le Discours d'un roi de Tom Hooper - CRITIQUE

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    Le roi en question, c’est George VI (Colin Firth), à la fois fragile et colérique, qui n’avait d’ailleurs pas vocation à le devenir puisque c’est sont frère Edouard VIII (Guy Pierce) qui était destiné au trône à la mort de leur père.  Seulement Edouard VIII préféra abdiquer pour vivre son amour avec une femme, Wallis Simpson, à la réputation légère (du moins pour un monarque) car notamment divorcée deux fois. George VI que toute la famille royale appelle « Bertie » va donc devoir surmonter son handicap, un bégaiement qui l’empêche de s’exprimer en public. Pour cela, il pourra compter sur le soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et sur l’aide d’un thérapeute du langage aux méthodes peu orthodoxes, Lionel Rogue (Geoffrey Rush). Alors qu’il mène cette guerre contre lui-même, une autre guerre beaucoup moins intime se fait de plus en plus menaçante…

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    A priori, cela s’annonçait donc comme un énième biopic avec reconstitution historique spectaculaire de rigueur et c’est sans doute d’abord le choix de prendre le contrepied de ce à quoi nous aurions pu nous attendre qui fait de ce film une grande réussite. Tom Hooper et son scénariste David Seidler ont ainsi fait le judicieux choix de l’intime, de l’histoire sans nier son implication sur l’Histoire mais vue telle que la voyait George VI, relativement lointaine. Le monde extérieur et ses rumeurs sont étouffés par l’atmosphère ouatée et non moins redoutable des allées du pouvoir.

    Plutôt que de  filmer George VI comme un personnage historique distant, Tom Hooper le filme à portée d’homme avec ses angoisses et ses faiblesses. Il n’apparait alors pas comme le puissant lointain (éloigné de nous historiquement et humainement) mais comme un homme qui doit affronter ses faiblesses en lequel chacun peut se reconnaître. La caméra de Tom Hooper le suit au plus près de son visage, de ses doutes, de son angoisse qui s’amorce. Le jeu en nuances de Colin Firth et la caméra sensible de Tom Hooper qui l’enferme ans son cadre, (il est tantôt filmé à gauche ou à droite, à son image, en marge) comme il l’est dans son handicap, nous donne la sensation asphyxiante d’éprouver nous aussi son angoisse si bien que notre souffle est  suspendu à ses lèvres hésitantes. La maîtrise du langage devient alors le véritable enjeu du suspense du film, haletant comme un thriller. Arrivera-t-il à prononcer ce fameux discours qui fera entrer le Royaume-Uni dans la guerre contre l’Allemagne nazie ?

     Un sujet qui n’a rien d’anachronique et qui est même particulièrement actuel à une époque (la nôtre)  où le contenant, la forme, la communication priment sur le contenu et le message, où celui ou celle qui recevra le plus de suffrages ne sera pas forcément le ou la plus apte à gouverner mais le ou la plus apte à délivrer son message et à maîtriser la communication et le langage.  Un peu la génération twitter aussi qui recherche le choc de la formule et qui pousse souvent à l’exagération, quitte à piétiner quelques personnes voire la réalité au passage. Plutôt que le pouvoir des mots, c’est donc celui de la communication que doit donc maîtriser le monarque. Un pouvoir qu’il était d’autant plus urgent de détenir quand un dictateur outre-Rhin en faisait un des instruments de sa propagande et l’utilisait pour haranguer, galvaniser et endormir les foules.  

    Le scénario montre habilement et par petites touches comment le poids de l’enfance et de l’Histoire (son père, ceux qui l’ont précédé, tous ceux dont les regards pèsent sur lui) sont responsables de son handicap. Mais, au-delà du combat personnel, c’est aussi une très belle histoire d’amitié entre deux hommes à la fois très différents et en quête de reconnaissance. Rogue demande constamment à être sur un pied d’égalité avec George VI, lui qui toujours à été à distance : du peuple, des autres, des mots. Prendre la parole c’est prendre sa place et exister. Le langage, dans le titre même, a d’ailleurs toute son importance : il ne s’agit pas du discours du roi mais d’un roi, qui n’a pas encore son identité propre, écrasé  par le poids de l’Histoire et  de ses prédécesseurs.

    La richesse des dialogues saupoudrés d’un humour so british participe amplement de la réussite du film. Il est vrai que le langage d’un film dont le sujet est justement le langage se devait d’être exemplaire mais ce n’était pas pour autant gagné d’avance.

    Enfin, le grand atout du film ce sont ses acteurs principaux : Colin Firth (absolument remarquable, ne forçant pas trop le trait comme c’est souvent le cas dans ces rôles à Oscars mais reflétant le bégaiement essentiellement par l’angoisse qu’il générait , Colin Firth d’ailleurs qui interprétait déjà pour moi un des meilleurs rôles de 2010  dans le très beau « A single man » de Tom Ford pour lequel il était déjà nommé à l’Oscar du meilleur acteur), Geoffrey Rush( impeccable en médecin peu conventionnel et malicieux ) et Helena Bonham Carter ( parfaite en future reine, à la fois cinglante et épouse aimante. )

    Si « Le discours d’un roi » est un film marquant, c'est en particulier en raison du degré de raffinement de chacun des éléments qui le constituent (musique d'Alexandre Desplat, , scénario, interprétation, mise en scène), un film à résonance universelle autant de par le combat qu’il met en scène (un homme, fût-il roi, qui surpasse ses faiblesses et ses peurs) que de par le langage qu’il emploie et dont il souligne le poids historique.

    6 COURTS-METRAGE EN COMPETITION

    1. La Débandade

    2. La légère déviation des atomes

    3. La Pose

    4. Prudence Ledoux a le vent en poupe

    5. La vie d'avant

    6. Replay

    ANIMATIONS

    EXPOSITION "CINEMA MON AMOUR, ANNEES STUDIO"

    Du 18 juin au 03 juillet 2022, du mardi au dimanche, de 14h30 à 19h (entrée libre). Centre culturel Chapelle Sainte-Anne (Place du Maréchal Leclerc). Exposition de trois photographes de  Studio Magazine célébrant ainsi les années DU magazine cinéma des années 90/2000 créé par Jean-Pierre Lavoignat et Marc Esposito à la fin des années 80.

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    GREEN FESTIVAL

    Comme je l'évoquais plus haut, autre atout du festival : celui d'être un "green festival". Le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule s’attache ainsi à placer le développement durable au cœur de l’ensemble de ses actions. Cette 8ème édition s’engage en prenant en compte les enjeux environnementaux :

    Un Festival privilégiant le « tout à pied » concentré essentiellement autour du Palais des Congrès. Une billetterie dématérialisée au maximum (QR code) et des supports de communication sur matériaux recyclés, recyclables (catalogues, programmes, affiches…).

    Une restauration typique privilégiant des aliments sains et responsables mettant en avant la richesse des produits locaux (circuits courts) en respectant certains principes du Slow Food.

    Un Festival reposant sur les lieux existants, réunissant les Baulois, les Festivaliers et les premiers touristes estivaux.

    Un Palais des Congrès éco-responsable.

    PODCAST INEDIT :

    Une nouvelle au cœur du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2015

    Retrouvez ma nouvelle Un certain 14 novembre dans le recueil Les illusions parallèles  - Editions du 38 – 2016 (cette fiction se déroule entièrement dans le cadre du festival avec en toile de fond les évènements réels de cette édition). A l'occasion de la 8ème édition du festival, en accord avec mon éditeur, Les Editions du 38, j'ai enregistré cette nouvelle en podcast, à écouter ici.

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    INFORMATIONS PRATIQUES

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    Pour en savoir plus et pour réserver dès à présent vos pass : le site officiel du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et son twitter et compte instagram (@festivallabaule). Je vous rappelle que ce festival est accessible à tous. Réservez vos pass dès à présent (75 euros) pour en profiter pleinement... Ceux-ci donnent accès à l'ensemble des séances (ouverture et clôture comprises) et des conférences et master class. Cliquez ici pour accéder directement à la billetterie. 

    Suivez également le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule sur Facebook.

    En complément, retrouvez sur Inthemoodforcinema.com tous mes articles sur les 7 premières éditions du festival et mes prochains articles sur cette 8ème édition.

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    BONNES ADRESSES BAULOISES

    Retrouvez  mon article avec mon avis sur l'hôtel Barrière Le Royal de La Baule et sa thalasso.

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    Retrouvez également mon article avec mon avis sur l'hôtel Barrière L'Hermitage de La Baule

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    « La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. » Proust

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  • Critique de FRÈRE ET SŒUR d’Arnaud Desplechin

    cinéma, film, frère et soeur, Arnaud Desplechin, Marion Cotillard, Melvil Poupaud, Festival de Cannes 2022

    Dans Les Fantômes d’Ismaël, la vie d’un cinéaste, Ismaël (Mathieu Amalric) est bouleversée par la réapparition de Carlotta, un amour disparu 20 ans auparavant. Un personnage irréel à la présence troublante et fantomatique incarné par Marion Cotillard, filmée comme une apparition, pourtant incroyablement vivante et envoûtante, notamment dans cette magnifique scène d’une grâce infinie lors de laquelle elle danse sur It Ain't Me Babe de Bob Dylan, une scène qui, à elle seule, justifie de voir le film en question. Dans ce film de 2017, Desplechin jongle avec les codes du cinéma pour mieux les tordre et nous perdre. A la frontière du réel, à la frontière des genres (drame, espionnage, fantastique, comédie, histoire d’amour), à la frontière des influences (truffaldiennes, hitchcockiennes -Carlotta est ici une référence à Carlotta Valdes dans Vertigo d’Hitchcock-) ce film est savoureusement inclassable, et à l’image du personnage de Marion Cotillard : insaisissable, et nous laissant une forte empreinte. Comme le ferait un rêve ou un cauchemar. Un film plein de vie, un dédale dans lequel on s’égare avec délice. Un film résumé dans la réplique suivante : « la vie m'est arrivée. » La vie avec ses vicissitudes imprévisibles que la poésie du cinéma enchante et adoucit.

    Dans Tromperie, le précédent film d'Arnaud Desplechin, dès la séquence d’ouverture, le cinéma, à nouveau, (ré)enchante la vie. Le personnage de l’amante incarnée par Léa Seydoux se trouve ainsi dans une loge du théâtre des Bouffes du Nord. Là, elle se présente à nous face caméra et nous envoûte, déjà, et nous convie à cette farandole utopique, à jouer avec elle, à faire comme si, comme si tout cela n’était pas que du cinéma. Un film solaire et sensuel, parfois doucement cruel mais aussi tendre, même quand il évoque des sujets plus âpres. Une réflexion passionnante sur l’art aussi et sur la vérité. Une réflexion que l’on trouve aussi dans Frère et sœur.

    Si dans Les Fantômes d’Ismaël, la présence de Marion Cotillard était troublante, elle est ici dans le rôle d’Alice carrément dérangeante pour son frère Louis (Melvil Poupaud). Ces deux-là se vouent une haine sans bornes. Elle est actrice. Il est professeur et écrivain. Alice hait son frère depuis plus de vingt ans. Un terrible accident qui conduit leurs deux parents en soins intensifs à l’hôpital va les réunir. Une scène aussi magistrale que terrible. A l’image de ce film.

    On retrouve ici tous les thèmes habituels de Desplechin, dans une sorte de maelstrom d’émotions qui ne nous laisse pas indemnes. Comme un voyage qu’on n’aurait jamais eu la folie d'effectuer si on avait connu d’avance les épreuves auxquelles il nous confronterait mais qu’on ne regrette malgré tout pas d’avoir entrepris pour la sensation qu’il nous laisse. Ce film est déchirant, éprouvant, déroutant aussi. Et Desplechin s’y amuse une fois de plus avec les codes narratifs du cinéma.

    Le début est aussi suffocant qu’impressionnant. La famille s’est rassemblée autour de Louis et sa compagne après le décès de leur enfant. Tout à coup, le mari de la sœur de Louis surgit. Louis déborde soudain de colère contre lui et sa sœur qui attend à la porte.  « Tu avais 6 ans pour le rencontrer. Tu n’as rien perdu. J’ai perdu plus que ma vie. » Elle reste dehors, effondrée. Générique. Pas de temps mort. Survient ensuite l'accident qui nous saisit à son tour...

    Le spectateur ne connaîtra jamais vraiment les raisons de cette haine même si des indices sont parsemés et même si quelques flashbacks nous éclairent. L’orgueil blessé ? La jalousie ? Des relations dépassant ceux qui lient normalement un frère et une sœur ? Un amour excessif ? Ou bien une haine tenace mais surtout irrationnelle dont l’un et l’autre ne connaissent même peut-être pas la réelle cause. Il a fait d’elle un personnage de ses livres : « Je ne savais plus comment supporter la honte » dira-t-elle. Une honte telle qu’elle se frappera pour exorciser la douleur. « Je ne pardonnerai jamais à Louis. » Elle n’a pas supporté de ne plus être l’héroïne dans la vie. Son père avait écrit à son sujet : « Tu seras aimée, follement. ». « Cela me plaisait d’être son héroïne. Cela faisait dix ans qu’il n’arrêtait pas d’échouer. Il était dans mon ombre. » Alors un jour, elle lui dira « Je te hais » comme elle lui aurait dit « j’ai froid » ou « je suis là » ou « je suis lasse » . Et, laconiquement, il répondra « D’accord ». Il lui faudra dix ans pour réaliser qu’elle le hait vraiment, ou pour construire cette haine :  « Un jour, la haine avait pris toute la place. », « Je veux que tu ailles en prison. Que tu paies pour ton orgueil. »  Alors, ils se sont haïs. Follement.

    Louis peut être aussi affreusement cruel. Une cruauté qui parsème toujours les films de Desplechin. Une cruauté tranchante. Il l’est avec son père. Avec son neveu avec qui subitement il changera de ton : « Arrête de sourire. Les gentils, c’est tiède. » Melvil Poupaud est comme toujours sur le fil, à fleur de peau, d’une vérité troublante. Marion Cotillard se plonge aussi corps et âme dans son rôle.

    Tous deux sont enfermés dans cette haine au-delà d’eux-mêmes, au bout d’eux-mêmes, au-delà même peut-être de toute rationalité, comme une course folle vers l‘abîme après laquelle le retour en arrière semble impossible. « On ne va pas mourir et te laisser en prison. Tu es enfermée » dira ainsi son père à Alice.

    Dans un couloir de l’hôpital, ébloui par son âpre lumière, Louis qui y est assis ne verra pas tout de suite que la femme qui s’avance vers lui n’est autre qu’Alice. On retrouve quelques instants  le suspense cher aussi à Desplechin, le mélange des genres aussi comme si les deux ennemis d’un western allaient être confrontés l’un à l’autre, enfin (western auquel des chevauchées feront d’ailleurs explicitement référence). Elle avance. Louis ignore le danger de la confrontation qui le menace. Et quand il le réalise, il s’enfuit comme un enfant terrifié et elle s’effondre littéralement. Dans Rois et Reine et Un conte de noël, déjà Desplechin explorait cette haine entre frère et sœur.

    Et puis au milieu de tous ces moment suffocants (la haine étouffante, les scènes à l’hôpital qui saisissent de douleur, les drames successifs, la dépression d’Alice) il y a tous ces éclats de beauté lors desquels la lumière change, se fait plus douce, caressante, consolante. Les scènes, magnifiques, de Louis avec sa femme, qui illuminent le film d’une grâce infinie grâce notamment à la présence solaire de Golshifteh Farahani. Une scène de pardon. Un envol au-dessus des toits et de la réalité.  Un emprunt au fantastique. Ou même à Hitchcock qui rappelle ses célèbres oiseaux quand la grêle agresse Alice comme la neige qui la recouvrira sur la scène du théâtre. Il brouille les repères entre cinéma et réalité. Avant qu’ils ne se rejoignent…

    Et puis il y a a nouveau « Roubaix », cette « lumière ». Celle d'Irina Lubtchansky.  « Vous avez vu ? C’est affreux.  On dirait que le soleil ne va pas se lever» dit ainsi un pharmacien à Alice.  Au sens figuré aussi, le soleil souvent ne se lèvera pas et nimbera les âmes et le film d'une obscurité oppressante et glaçante. Mais lorsqu’il se lève, lorsque la noirceur laisse place à lumière chaude et apaisante, une sorte de poésie réconfortante nous envahit jusqu’au soulagement final, qui irradie de soleil, de chaleur et de vie après cette plongée dans les complexités de l’âme humaine.  « Ici je suis envahie d’histoires. Tu vois, j’ai tout laissé derrière moi. Le théâtre, mon homme, mon fils. Je suis partie. Je me souviens de ce vers que tu m’avais appris. Carte compas par-dessus bord. Je n’ai plus ni carte ni compas. Je suis en vie » écrira alors Alice. Comme un écho au « La vie m’est arrivée » des Fantômes d’Ismaël. Cette fois, on a la sensation que la vie va lui arriver, douce enfin. Et l'on respire avec elle après ce film riche, intense, qui chavire et serre le cœur. Prêts à affronter les vicissitudes torves et terrassantes de l'existence, et à laisser le cinéma et la poésie les réenchanter...une fois de plus.

     Frère et sœur figurait parmi les films de la compétition officielle du Festival de Cannes 2022.

    Arnaud Desplechin présidera le jury du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2022 dont voici l'affiche dévoilée cette semaine.

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