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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 5

  • Ma nouvelle "La complainte des regrets" en finale du Grand Prix du Court Automne 2020 de Short Edition

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    Encore des (bonnes) nouvelles de mes nouvelles puisque ma nouvelle "La complainte des regrets" vient d'être sélectionnée par l'équipe éditoriale de Short Édition pour figurer en finale du Grand Prix du Court automne 2020. Une nouvelle à lire ici. (sur près de 2300 nouvelles au départ parmi lesquelles 463 avaient été qualifiées lors d'une première étape, 30 nouvelles restent ainsi en lice ).

    Deuxième finale de Short Édition pour moi cette année puisque j'y avais déjà figuré en début d'année avec ma nouvelle "L'homme au gant" qui avait d'ailleurs ensuite remporté le Prix du jury du Grand Prix du Court de Short Édition printemps 2020. Une nouvelle que vous pouvez toujours lire, là.

    J'en profite pour vous remercier pour vos chaleureux retours sur ma nouvelle lauréate du Prix Alain Spiess "Les âmes romanesques". Vous pouvez continuer à me donner vos avis et désormais la lire aussi sur le site du Prix Alain Spiess   mais aussi toujours directement sur Calameo. Le recueil papier sera aussi très prochainement disponible. Vous verrez d'ailleurs que "La complainte des regrets" et "Les âmes romanesques" présentent deux points communs...

    Merci aussi pour vos retours sur ma tentative de réponse à cette question suite à l'appel à textes du site Lettres Capitales sur le sujet "Écrire ? Être écrivaine ?", un texte que vous pouvez également toujours lire, ici.

    Vous pouvez également retrouver la version lue par la douce voix de l'auteure et dramaturge Sarah Oling, lecture publiée sur la page Facebook de Lettres Capitales. Je la remercie ainsi que le fondateur du site Dan Burcea pour cette surprise.

    Et puisque de nouvelles il est question, pour vous remercier d'être désormais plus de 2000 à me suivre sur Instagram, vous pouvez y gagner un exemplaire de mon recueil de 16 nouvelles au cœur des festivals de cinéma, "Les illusions parallèles" (publié en 2016 par Les éditions du 38). Pour cela, rendez-vous sur mon compte instagram. 

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  • ÉTÉ 85 de François Ozon (désormais disponible en VOD, Blu-ray, DVD) : ma chronique

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    Les premières minutes des films d’Ozon, brillants exercices d’exposition mais aussi de manipulation, sont des éléments incontournables de ses scénarii ciselés, délicieusement retors et labyrinthiques, et sont toujours annonciatrices des thématiques que chacun de ses films explore : deuil, mensonge, désir, enfoui et/ou inavoué et/ou dévorant.  Avec toujours ce sens précis de la mise en scène (maligne, complice ou traitre), riche de mises en abyme. Dès les premières secondes, il happe l’attention et pose les fondations d’un univers dont la suite consistera bien souvent à le déconstruire. « Été 85 » ne déroge pas à la règle. C’est le cliquetis d’une cellule qu'on ouvre qui précède la vision de deux silhouettes dans la pénombre, fantomatiques. Et puis, ces mots tranchants et saisissants : « Je dois être dingue. Quand on a choisi la mort comme passe-temps, c'est qu'on est dingue. […]Ce qui m'intéresse c'est la mort. Un cadavre m'a fait un effet pas possible. Si vous n'avez pas envie de savoir comment il est devenu un cadavre alors vous n'avez qu'à laisser tomber ce n'est pas une histoire pour vous. » Ensuite, la rupture de style avec ces images éblouissantes de la plage du Tréport, sur fond de la musique de "In Between days" de The Cure. Toujours aussi cette dichotomie (ici entre ombre et lumière, désirs -de vie, amoureux- et mort qui plane), présente dès le début, qui laisse présager un drame, inéluctable. L’illusion aussi : du bonheur, et celle que crée le cinéma. Un début qui rappelle celui de « Frantz » : les cloches d’une église qui retentissent et une silhouette fantomatique qui apparaît, furtivement, un homme de dos, courant dans la rue.  Les premiers plans d’« Une nouvelle amie » jouaient aussi avec notre perception de la réalité, et là aussi, se référaient à la mort, donnant l’impression qu’une femme se prépare pour une cérémonie de mariage qui est en fait son enterrement. Là aussi, un premier plan dans lequel tout était dit : le deuil, l’apparence trompeuse, l’illusion, la double identité.

    L’été 85, c’est celui des 16 ans d’Alexis (Félix Lefebvre) qui, lors d’une sortie en mer, est sauvé héroïquement du naufrage (et donc de la mort, déjà) par David (Benjamin Voisin), 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu'un été ?  C’est aussi l’été 85, celui de ses 17 ans, que François Ozon a lu le roman d’Aidan Chambers, « La Danse du coucou » dont « Été 85 » est adapté. « Été 85 » faisait aussi partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes 2020.

    Alexis ne cesse de parler de la mort sans doute pour en exorciser la hantise : « Les baignoires m'ont toujours fait penser à des cercueils ». Quant à David, il a perdu son père et il feint de ne rien en éprouver (« T'inquiète, c'est passé. ») et il dégaine son peigne comme un cowboy dégainerait un couteau : Ozon met ainsi en scène une inquiétante normalité qui, d’un instant à l’autre, semble pouvoir dériver vers le drame, toujours latent.

    En 2001, « Sous le sable », était le premier film de François Ozon sur le deuil et le refus de son acceptation. Le personnage incarné par Charlotte Rampling refusait ainsi d’accepter la mort de son mari tout comme Adrien et Anna, dans « Frantz » sont éprouvés par la mort de ce dernier qu’ils tentent de faire revivre à leur manière.  Dans « Une nouvelle amie », lorsque Claire et David révèlent leurs vraies personnalités en assumant leur féminité, travestissant la réalité, maquillant leurs désirs et leurs identités, c’est aussi pour faire face au choc dévastateur du deuil. Dans « Le temps qui reste », film sur les instantanés immortels d’un mortel qui en avait plus que jamais conscience face à l’imminence de l’inéluctable dénouement, là aussi, déjà, la mort rôdait constamment.

    Dans le cinéma de François Ozon, les êtres ne sont jamais réellement ce qu’ils paraissent. Ils dissimulent une blessure, un secret, leur identité, un amour, une culpabilité.  Ses films sont ainsi souvent à l’image de ceux dont ils relatent l’histoire : en trompe-l’œil, multiples et audacieux, derrière une linéarité et un classicisme apparents.  Manipulateur hors-pair, Ozon fait ainsi l’éloge de l’illusion et ainsi de son propre art comme dans « Dans la maison » dans lequel il s’amusait avec les mots faussement dérisoires ou terriblement troublants et périlleux. Dans « Frantz », hymne à la vie comme peut l’être « Été 85 » Rilke était le poète préféré d’Anna, lui qui dans « Lettres à un jeune poète » mieux que quiconque a su définir l’art et l’amour, et les liens qui les unissent. Dans « Été 85 » aussi, l’écriture à nouveau permet à la vérité d’éclater et à l’amour de revivre, en tout cas une vérité, celle vue à travers le regard et les mots d’Alexis. Dans « Dans la maison », Ozon rendait déjà hommage au prodigieux pouvoir des mots (dans « Swimming pool » aussi), à leur troublante beauté, nous donnant des pistes pour mieux nous en écarter, bref, nous manipulant tout comme l’élève y manipule son professeur par un savant jeu de mise en abyme (un personnage de professeur d’ailleurs également présent dans « Été 85 » sous les traits de Melvil Poupaud.) Jeu de doubles, de miroirs et de reflets dans la réalisation comme dans les identités sont aussi souvent à l’œuvre dans le cinéma d’Ozon. Une fois de plus, Ozon fait ici l’éloge de l’art, de l’imaginaire, son pouvoir destructeur et salvateur. Ainsi, pour Alexis, la seule façon de retrouver David, c'est de lui redonner vie à travers les mots. Par la force de l’imaginaire. « Depuis que j'ai commencé à écrire c'est comme si j'étais devenu moi-même un personnage. » dit-il ainsi. L’imaginaire qui traduit ou trahit la réalité : « Ce n'est pas David que tu aimes mais l'idée que tu te fais de lui. », « Tu crois qu'on invente les gens qu'on aime ? ».

    Plusieurs scènes sont des bijoux d’émotion et/ou de tension avec toujours, un sens aigu du suspense : la scène du naufrage mais aussi deux scènes qui se répondent. Deux danses fiévreuses sur « Sailing » de Rod Stewart, foudroyantes de beauté qui glorifient la vie, la fureur de vivre même, celle de David épris de rage de vivre qui roule de plus en plus vite pour essayer de rattraper la vitesse (« Pourquoi perdre du temps, on est tous mortels ») mais aussi de l’amour, celui dont Alexis n’est « jamais rassasié. »

    Ce après quoi David court, Ozon nous le donne avec ce film envoûtant : une « bulle de temps intemporelle ». Une fois de plus, son film est construit comme une démonstration parfaite et implacable. En plus de ces deux scènes précédemment évoquées dans lesquelles vie et mort s’en(tre)lacent, le début et la fin se répondent comme dans presque tous ses films. Le plan de la fin (lumineux, ouvrant sur l’avenir, l’ailleurs, l’espoir, en extérieur, avec un personnage de dos) étant le parfait contraire de celui du début (obscur, annonciateur d’un avenir désespéré, dénué d’espoir, dans un lieu clos, avec un personnage de face). Une fin qui rappelle celle que Germain (Fabrice Luchini) définit comme idéale dans le cours d’écriture qu’il donne à son élève dans « Dans la maison » : « Quand le spectateur se dit : Je ne m’attendais pas à ça et ça ne pouvait pas finir autrement ».

    Ozon, une fois de plus, joue et jongle brillamment avec les genres cinématographiques,  les références (notamment  à la trouble incandescence de « Plein soleil », certains plans sur le bateau évoquant le film de René Clément), les perceptions, les illusions (du spectateur, des personnages) pour nous raconter une histoire d’amour universelle portée par deux acteurs à fleur de peau sidérants de justesse, Benjamin Voisin (déjà remarquable dans l’incroyablement inventif film de Léo Karmann, « La Dernière vie de Simon ») et Félix Lefebvre (sans oublier les excellents seconds rôles au premier rang desquels Valeria Bruni Tedeschi en mère loufoque), mais aussi grâce à une reconstitution à la fois réaliste et fantasmagorique d’une époque (aussi grâce au grain si particulier du Super 16), une bande-originale romantique et nostalgique. Un film fougueux, électrique, malicieusement dichotomique, sombre et lumineux, cruel et doux, tragique et ironique, qui enfièvre la réalité, enragé de fureur de vivre, d’aimer pour raconter la mort, ou la défier peut-être... Et une fois de plus, une passionnante réflexion sur le pouvoir des illusions, artistiques ou amoureuses, qui, au dénouement de ce film intense, portent et emportent vers un avenir radieux empreint de la beauté mélancolique d’un vers de Verlaine. Ou d’une danse funèbre, terriblement sublime, à jamais gravée dans nos mémoires de spectateurs.

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  • LA NUIT VENUE de Frédéric Farrucci

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    « Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle…peut-être… » peut-on lire au début du film de Melville, « Le Samouraï ». Jin (Guang Huo), personnage principal de « La nuit venue » de Frédéric Farrucci rappelle ainsi le Jef Costello incarné par Alain Delon. Même solitude. Même impassibilité. Même mutisme. Même élégance mystérieuse. Même allure ténébreuse. Et même atmosphère de film noir, de fatalité inéluctable. Dès le début du film, des immeubles monotones et déshumanisés évoquent la solitude citadine. La comparaison avec le film de Melville s’arrête là car non seulement Jin n'a même pas le bouvreuil de Costello pour lui tenir compagnie mais formellement, une fois la nuit venue justement, le film de Frédéric Farrucci emprunte plus aux couleurs chatoyantes du cinéma de Wong kar-wai qu’à la beauté rigoureuse et froide des films de Melville. Et puis, surtout, Jin, dont le film épouse le point de vue, n’est pas tueur à gages mais immigré chinois clandestin à Paris, ex-DJ devenu chauffeur de VTC de nuit pour rembourser sa dette envers des passeurs. Il rêve du moment, proche, où il pourra refaire de la musique.
     
    Dans sa berline noire, les passagers se succèdent, ombres dans la nuit, dans SA nuit. Souvent, le spectateur les entend avant de les voir. Ils n’ont pas un mot, pas un regard pour Jin. Ils partagent, l’espace d’un trajet, le même habitacle mais appartiennent à deux univers cloisonnés, déambulent dans un Paris semblable sur lequel ils portent un regard dissemblable. Lui, Jin, voit un monde à portée de regards sur lequel ses passagers ne portent pas les leurs : les chambres de marchands de sommeil, les campements de migrants le long du périphérique, les vendeurs de Tour Eiffel, les bangladeshis qui récupèrent des chargements de fleurs, les clandestins qui sous les ponts ou ailleurs tentent de survivre. Une de ces nuits, Jin prend une passagère, Naomi. Elle vit de son corps, la nuit venue, finalement pas plus libre que lui de ses mouvements. Elle aussi a sans doute l’impression d’être enfermée, que sa vie ne lui appartient pas. Elle aussi rêve d’un ailleurs. Mais, elle, d’emblée, avec une vive insolence, le regarde, l’interpelle, le questionne, le tutoie. Le voit. Dehors, de l’autre côté des vitres de la berline, dans un autre monde, des sapins scintillent, lueurs inaccessibles pour ces deux-là qui n'ont personne avec qui fêter noël. La musique qu’il écoute l’intrigue, la captive. Elle les rassemble, unit leurs deux solitudes, dans ce lieu protecteur sinuant dans un Paris à la fois menaçant et scintillant et en même temps en dehors, abrités. Une musique paradoxalement métallique et réconfortante comme autant d’éclats sonores dans la nuit et qui semble être le miroir des éclats de lumières des néons. Il lui propose de faire un tour de périphérique comme il lui proposerait un tour de manège. Et, soudain, cet univers glacial s’habille de poésie mélancolique et sensuelle. Le morceau que Jin compose s’intitule « La nuit venue Naomi est dans mon rétroviseur ». Comme le vers d’un poème, ce qu’est ce lumineux film noir : un poème élégant, sensuel, langoureux, qui n’en a pas moins une forte résonance sociale.
     
    J’aurais aussi pu commencer avec la même citation que celle avec laquelle j’ai débuté pour évoquer « In the mood for love » dans mon article à ce sujet, une citation d’Oscar Wilde (oui, encore) : « J’aime le secret. C’est, je crois, la seule chose qui puisse rendre la vie mystérieuse ou merveilleuse. » On retrouve en effet ici la même atmosphère ensorcelante avec ses lueurs rougeoyantes, presque irréelles, et les échanges entre Naomie et Jin dans l’habitacle rappellent ainsi les pas dansants et indolents lors des déambulations quasi-fantasmagoriques de Su et Chow. Là aussi la musique cristallise les sentiments. À tout film noir, ses rues sombres, ses destinées tragiques, mais aussi sa femme fatale ici incarnée par Camélia Jordana, à nouveau d’une justesse remarquable, face à laquelle Guang Huo, pourtant non-professionnel, interprète admirablement et aussi bien l'homme drapé dans sa froide carapace, l'amoureux ébloui que le fils désemparé qui pleure au milieu des bruits stridents, dans l’indifférence de la nuit. Il vient d’ailleurs d’être à juste titre nommé dans la première liste des Révélations aux César 2021.
     
    Les films auxquels nous fait songer cette « nuit venue » ne manquent pas : « Taxi Driver », « Drive », « Collatéral », « Le Samouraï », "In the mood for love" mais ce premier long métrage de fiction de Frédéric Farrucci, notamment grâce au scénario coécrit avec Nicolas Journet et Benjamin Charbit, avec son identité singulière, son propre rythme poétique qui vous emporte dans sa danse tragique ne ressemble finalement à aucun autre.
     
    « La nuit venue » a obtenu les prix de la mise en scène et de la meilleure musique originale (signée Rone) au Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz 2019, c’était déjà une bonne raison de le découvrir. Je vous y engage fortement.
     
    Peut-être peut-on trouver un dernier point commun avec "Le Samouraï", des plans de début et de fin qui se répondent. Ici ce sont deux visages en miroir. Là, en revanche, l’espoir est, malgré tout, permis, celui que porte la musique qui électrise et immortalise les émotions dont ce film foisonne à l'image de celle qui, parfois, nous étreint une fois la nuit venue : d'une mélancolie troublante.