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PARIS FILM CRITICS AWARDS

  • Palmarès de la 1ère édition des Paris Film Critics Awards

     

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    Ce lundi 7 février 2022, au Royal Monceau - Raffles Paris, a eu lieu la remise des prix de la première édition des Paris Film Critics Awards. J’ai le plaisir de faire partie du collège de 50 votants constitué de « critiques et journalistes professionnels de cinéma et culture basés à Paris (l’Académie des Paris Film Critics) qui, chaque année, décernera ainsi ses prix aux meilleurs longs-métrages (français et internationaux sortis en salles ou sur des plateformes durant l’année 2021) et talents du cinéma. » 

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    Pour rappel, à l’image des New York Film Critics Circle Awards, Los Angeles Film Critics Association Awards ou London Critics Film Awards, qui sont aujourd’hui des institutions, les Paris Film Critics Awards, créés par Sam Bobino, récompenseront en effet chaque année le meilleur du cinéma. Une louable initiative qui permet de défendre et de mettre en lumière le cinéma qui en a plus que jamais besoin, en rendant hommage aux membres de l'industrie cinématographique qui ont excellé dans leur domaine ainsi qu’aux grandes figures du cinéma.

    C’est dans cette optique que chaque année sera également remis un prix d’honneur pour l'accomplissement d’une carrière (Life Achievement Award)  qui, pour cette première édition, fut attribué à Claude Lelouch. « C’était tellement improbable qu’un jour les critiques me fassent ce petit clin d’œil. Je suis très honoré d’être honoré ainsi par la presse car souvent mes films l’ont mise de mauvaise humeur. Je suis là pour défendre le cinéma car il en a besoin en ce moment » a ainsi déclaré le cinéaste en recevant son prix.

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    « Qu'est-ce que vous choisiriez : l'art ou la vie ? » demande le personnage de Jean-Louis Trintignant dans Un homme et une femme.  « La vie est le plus grand cinéaste du monde » a aussi coutume de répéter Claude Lelouch. En 50 films, il n’a en effet eu de cesse de célébrer la vie. La plus flamboyante de ses réussites fut bien sûr Un homme et une femme, palme d’or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 autres récompenses. Un film qui narre la rencontre de deux solitudes blessées et qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires. La caméra de Lelouch y scrute les âmes. Par une main qui frôle une épaule si subtilement filmée. Par le plan d'un regard qui s'évade et s'égare. Par un sourire qui s'esquisse. Par des mots hésitants ou murmurés. Le tout sublimé par la musique de Francis Lai. Dans chacun de ses films, on retrouve ses « fragments de vérité », sa vision romanesque de l’existence, ses aphorismes, des sentiments grandiloquents, une naïveté irrévérencieuse (là où le cynisme est plus souvent roi), les hasards et coïncidences et leur beauté parfois cruelle. Et des personnages toujours passionnément vivants. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Sublime et dangereux. Grave et léger. Le mois dernier est sort en salles le 50ème film de Claude Lelouch L’amour, c’est mieux que la vie. Même si à ce film, je préfère Un homme et une femme, La bonne année (un des films préférés de Kubrick qui montrait ce film à ses comédiens avant de tourner), Itinéraire d’un enfant gâté, magnifique métaphore du cinéma qui nous permet de nous faire croire à l’impossible, y compris au retour des êtres disparus.  Ou encore Les plus belles années d’une vie avec ce visage de Trintignant qui soudain s'illumine par la force des souvenirs de son grand amour, comme transfiguré, jeune, si jeune soudain sans parler de cette intensité poétique et poignante lorsqu’Anouk Aimée est avec lui comme si le cinéma (et/ou l'amour) abolissai(en)t les frontières du temps et de la mémoire. Encore un des pouvoirs magiques du cinéma auquel ce film est aussi un hommage. Comme chacun des films de Lelouch l’est. Chacun de ses films est en effet une déclaration d’amour. Au cinéma. Aux acteurs. A l’amour.  Aux hasards et coïncidences. Et à la vie. En préambule des « plus belles années d’une vie » ainsi peut-on lire cette citation de Victor Hugo « Les plus belles années d’une vie sont celles que l’on n’a pas encore vécues. »

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    Le palmarès de cette première édition des Paris Film Critics Awards a couronné beaucoup de films français et a ainsi témoigné de la diversité de la production cinématographique française en 2021. C’est ainsi le long-métrage de Xavier Giannoli Illusions perdues qui a reçu le Paris Film Critics Awards du meilleur film tandis que son acteur Vincent Lacoste recevait celui du meilleur second rôle masculin pour cette adaptation magistrale du chef-d’œuvre de Balzac dont je vous propose à nouveau la critique ci-dessous, à la fin de cet article.

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    C’est le producteur Jean-Louis Livi qui est venu récupérer le prix du meilleur premier film pour The Father de Florian Zeller et celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour l’actrice britannique Olivia Colman, pour ce même film. L’occasion aussi pour le producteur de déplorer que « aujourd’hui, on n’arriverait pas à faire The Father car aucune aide n’est donnée pour les films internationaux. »

    Je ne peux m’empêcher de vous parler à nouveau de The Father… Il y a parfois des brûlures nécessaires pour nous rappeler la glaçante vanité de l’existence mais aussi pour nous rappeler de ne pas oublier l’essentiel : les sentiments, la fugacité du bonheur et de la mémoire, la fuite inexorable du temps qu’une montre ne suffit pas à retenir (ce n’est pas un hasard si c’est l’objet auquel s’accroche tant Anthony), la fragilité des êtres car il n’y a guère que sur un tableau (qui d’ailleurs finira aussi par disparaître) qu’une petite fille court sans jamais vieillir, sans jamais s’abîmer, sans jamais devoir mourir. « Je ne me souviens plus du film, mais je me souviens des sentiments » entend-on ainsi le personnage incarné Jean-Louis Trintignant dire en racontant une anecdote à son épouse, victime d’une attaque cérébrale, dans Amour d’Haneke, film dans lequel ces deux octogénaires sont enfermés dans leur appartement, unis pour un ultime face à face, une lente marche vers la déchéance puis la mort. Un Impromptu de Schubert accompagne cette marche funèbre. Dans The Father, Anthony lui aussi a son appartement pour seul univers et la musique pour compagnie (Norma de Bellini, Les Pêcheurs de perles de Bizet). De l’autre côté de sa fenêtre, la vie s’écoule, immuable, rassurante, mais à l’intérieur de l’appartement, comme dans son cerveau, tout est mouvant, incertain, fragile, inquiétant. Un labyrinthe inextricable, vertigineux. Peu à peu le spectateur s’enfonce avec lui dans ce brouillard, plonge dans cette expérience angoissante. Les repères spatio-temporels se brouillent, les visages familiers deviennent interchangeables. Dans chaque instant du quotidien s’insinue une inquiétante étrangeté qui devient parfois une équation insoluble. Une mise en scène et en abyme de la folie qui tisse sa toile arachnéenne nous envahit et progressivement nous glace d’effroi.  Pour cela nul besoin d’artifices mais un scénario, brillant, de Christopher Hampton et Florian Zeller, qui nous fait expérimenter ce chaos intérieur. L’interprétation magistrale d’Anthony Hopkins y est aussi pour beaucoup, jouant de la confusion entre son personnage (qui s’appelle d’ailleurs, à dessein, Anthony) et l’homme vieillissant qui l’incarne. Comment ne pas être bouleversée quand The Father redevient un enfant inconsolable secoué de sanglots, réclamant que sa maman vienne le chercher, l’emmener loin de cette prison mentale et de cette habitation carcérale ? Quand je suis sortie de la salle, une chaleur, accablante, s’est abattue sur moi, ressentie comme une caresse, celle de la vie tangible et harmonieuse, une respiration après ce suffocant voyage intérieur, me rappelant cette phrase du film : « Et tant qu’il y a du soleil il faut en profiter car cela ne dure jamais. »   Une brûlure décidément nécessaire.  Pour mieux savourer la sérénité de ces feuilles qui bruissent, là, de l’autre côté de la fenêtre, avant ou après la tempête. Ou la beauté d’un Impromptu de Schubert.

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    Annette, l’opéra-rock poétiquement sombre de Léos Carax, expérience déroutante et flamboyante, lyrique, tragique, étourdissante, cruelle, captivante, ode au pouvoir de l’imaginaire et donc du cinéma, a également reçu deux récompenses, l’une pour la photographie envoûtante de Caroline Champetier et l’autre pour la musique originale des Sparks. 

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    La remarquable adaptation du livre d’Annie Ernaux par Audrey Diwan et Marcia Romano, L’événement, a également reçu deux récompenses, celle la meilleure actrice pour Anamaria Vartolomei et celle, justement, de la meilleure adaptation.

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    Arthur Harari a, quant à lui, reçu le prix du meilleur réalisateur pour Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, un prix que lui a remis Régis Wargnier qui a ainsi déclaré que : « La grande mise en scène se voit assez mais ne dépasse jamais le récit » et qui a qualifié Arthur Harari de «fils naturel de Lean et Kurosawa» tout en ajoutant que «C’est une folie de faire un film pareil.» Là aussi une expérience, d’une lenteur paradoxalement palpitante, l’histoire vraie d’un Japonais qui, sur une île philippine, obsédé par une croyance obsessionnelle, a continué à se battre pendant des années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et cela malgré la reddition du Japon, ou la mise en scène inspirée d’une prison mentale ou d'un huis-clos dans un décor extérieur.

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    Je vous laisse découvrir l’intégralité du palmarès ci-dessous ainsi que ma critique du film Illusions perdues, lauréat du Paris Film Critics Awards du meilleur film.

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    Je vous invite également à suivre les Paris Film Critics Awards sur instagram : @parisfilmcritics. Pour en savoir plus, également le site internet :  www.parisfilmcritics.com.

    Critique de ILLUSIONS PERDUES de Xavier Giannoli – Paris Film Critics Award du meilleur film 2022

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    Sachant que pour l’adaptation de ce chef-d’œuvre de Balzac qu’est Illusions perdues, Xavier Giannoli était accompagné de Jacques Fieschi au scénario, il y avait déjà fort à parier que ce serait une réussite, l’un et l’autre ayant à leur actif des peintures ciselées des dissonances du cœur et des tourments de l’âme. Jacques Fieschi est notamment le scénariste de Quelques jours avec moi, Un cœur en hiver, Nelly et Monsieur Arnaud, Place Vendôme, Mal de pierresUn balcon sur la mer.

    Une fois la surprise passée de ne pas retrouver le personnage de David Séchard (et pour cause puisque le film se concentre sur la deuxième partie du roman « Un grand homme de province à Paris »), une fois notre imaginaire de lectrice ou de lecteur ayant évincé l’image du Lucien de Rubempré qu’il s’était inévitablement forgée pour s’accoutumer au visage de Benjamin Voisin qui l’incarne alors on se retrouve embarqué dans cette adaptation brillante, à plus d’un titre, à commencer par la manière dont elle exalte la modernité flagrante de Balzac. « Tout s'excuse et se justifie à une époque où l'on a transformé la vertu en vice, comme on a érigé certains vices en vertus. » Telle est une des multiples citations du roman qui pourrait s’appliquer aussi bien à ce monde d’il y a deux siècles qu’à celui d’aujourd’hui et qui montre que, bien qu’ayant été publié entre 1837 et 1843, ce roman est avant tout un miroir fascinant (et souvent terrifiant) de notre époque.

    Comme dans le roman de Balzac, Lucien Chardon est un jeune poète inconnu et naïf dans la France du XIXème siècle. Il quitte l’imprimerie familiale et Angoulême, sa province natale, pour tenter sa chance à Paris, aux côtés de de sa protectrice Louise de Bargeton (Cécile de France). Peu à peu, il va découvrir les rouages d’un monde dominé par les profits et les faux-semblants, une comédie humaine dans laquelle tout s’achète et tout se vend, même les âmes et les sentiments. Un monde d’ambitions voraces dans lequel le journalisme est le marchepied pour accéder à ce après quoi tous courent alors comme si résidait là le secret du bonheur, symbole suprême de la réussite : la richesse et les apparences. Venu à Paris avec le rêve de publier le recueil de poésie qu’il a dédié à Louise, Lucien finit ainsi par devenir journaliste. Dans ce Paris des années 1830, nombreux sont les jeunes provinciaux à choisir cette voie hasardeuse à leurs risques et périls car ce théâtre-là, celui de la vie parisienne, est aussi étincelant qu’impitoyable, éblouissant que destructeur.

    Illusions perdues fait partie des « Études de mœurs » de La Comédie humaine et, plus précisément, des « Scènes de la vie de province ». Et c’est avant tout ce regard que portent les Parisiens sur Lucien qui est vu comme un provincial débarqué à Paris qui essaie de se faire un nom. Ce sera d’ailleurs la volonté de faire reconnaître ce même nom « de Rubempré » (en réalité celui de sa mère) pour faire oublier celui de Chardon qui le fera courir à sa perte en le conduisant à passer du camp des Libéraux à celui des Royalistes.

    « Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l'ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l'étendue de la corruption humaine. », « Là où l'ambition commence, les naïfs sentiments cessent. », « Il se méprisera lui-même, il se repentira mais la nécessité revenant, il recommencerait car la volonté lui manque, il est sans force contre les amorces de la volupté, contre la satisfaction de de ses moindres ambitions. » écrivit Balzac. Illusions perdues est d’abord cela, l’histoire d’un jeune homme avide d’ascension sociale, de revanche, de réussite, aveuglé par celles-ci. Le romantisme et la naïveté de Lucien Chardon céderont bientôt devant le cynisme et l’ambition de Lucien de Rubempré. « Je ne sais même plus si je trouve le livre bon ou mauvais » dira-t-il ainsi dans le film, tant son opinion est devenue une marchandise qui se vend au plus offrant.

    La reconstitution historique de la vie trépidante et foisonnante de Paris sous la Restauration est minutieuse et limpide aussi (sans jamais être pédant, le film nous parle aussi brillamment de cette époque). Tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans ce monde constamment en mouvement dont la caméra de Giannoli épouse avec brio le cadence effrénée telle celle d’Ophuls, une caméra observatrice de ce monde impatient dans lequel le cynisme est toujours aux aguets, au centre du spectacle de la vie dont, malgré les décors et les costumes majestueusement reconstitués, on oublie qu’il est celui du monde d’hier et non d’aujourd’hui tant la tyrannie de l’information et de la rumeur et leur versatilité sont actuelles. Dans son roman, Balzac décrit les débuts du libéralisme économique lorsque l’opinion devient une marchandise mais aussi la réputation, le corps, l’amour. Ainsi, les romanciers mettent en scène des polémiques pour mieux vendre leurs livres, les propriétaires de théâtre ou metteurs en scène paient des figurants pour applaudir un spectacle (ou les concurrents pour les faire huer), les publicitaires et les actionnaires décident de tout et même l’amour devient une marchandise qui permet d’arriver à ses fins. « Une fausse information et un démenti, c’est déjà deux évènements » entend-on ainsi. Un journal est une boutique (comme une chaine de télévision aujourd’hui) alors il faut créer l’évènement, le buzz dirait-on en 2021. L’opinion est devenue un commerce comme un autre. Un outil de l’arrivisme carnassier. Les moyens importent peu, il faut arriver à ses fins (briller, paraître, gagner de l’argent) et, comme chez Machiavel, elles les justifient.

    La voix off n’est pas ici destinée à pallier d’éventuelles carences. Au contraire, elle donne un autre éclairage sur ce monde de faux-semblants et nous fait songer à celles utilisées par les plus grands cinéastes américains. Est-ce qu’il est possible dans ce monde fou de garder le goût de la beauté ? se demande Giannoli. Ce qui est pur semble pourrir de l’intérieur comme le cœur noble de Lucien sera perverti mais surtout comme Coralie et son corps malade dont les bas rouges sont une étincelle de vie, de sensualité, de poésie qui traverse le film et ce théâtre de la vie, vouées à la mort. On retrouve cette sensualité dans les mouvements de caméra qui nous emportent dans leur flamboyance et qui me rappellent ces plans étourdissants dans un autre film de Giannoli, « À l’origine », quand il filmait ces machines, véritables personnages d’acier, en les faisant tourner comme des danseurs dans un ballet, avec une force visuelle saisissante et captivante, image étrangement terrienne et aérienne, envoûtante.

    Le casting est aussi pour beaucoup dans cette réussite. À commencer par Benjamin Voisin qui crevait déjà l'écran dans Eté 85 de François Ozon qui, au bout de quelques minutes, m’a fait oublier l’image de Lucien de Rubempré que je m’étais forgée. Le héros de Balzac aura désormais ses traits, sa naïveté, sa fougue, son cynisme, sa vitalité, sa complexité (c’est aussi une richesse de cette adaptation de ne pas en faire un personnage manichéen) auxquels il donne corps et âme avec une véracité déconcertante. Il EST Lucien qui évolue, grandit, se fourvoie puis chute, Lucien ébloui par ses ambitions et sa soif de revanche jusqu’à tout perdre, y compris ses illusions. Vincent Lacoste est tout aussi sidérant de justesse dans le rôle d’Etienne à la fois charmant et horripilant. Xavier Dolan aussi dans le rôle de Nathan, un personnage qui est une judicieuse idée parmi d’autres de cette adaptation. Jeanne Balibar est une Marquise d'Espard manipulatrice et perfide à souhait. Cécile de France est, comme toujours, parfaite. Gérard Depardieu en éditeur qui ne sait ni lire ni écrire mais très bien compter bouillonne et tonitrue avec ardeur, Louis-Do de Lencquesaing est irréprochable en patron de presse, Jean-François Stévenin aussi en cynique marchant de succès et d’échecs, sans oublier Salomé Dewaels, vibrante Coralie qui a l’intelligence du cœur qui se donne sans retenue, corps et âme, telle que je l’aurais imaginée. Il faudrait encore parler de la photographie de Christophe Beaucarne et de la musique, notamment de Schubert, qui achèvent de nous transporter dans ce monde d’hier qui ressemble à s’y méprendre à celui d’aujourd’hui.

     Cette adaptation d’un classique de la littérature qu’est Illusions perdues est tout sauf académique. Cette satire de l’arrivisme, du théâtre des vanités que furent et sont encore Paris et le monde des médias, des « bons » mots, armes vengeresses qui blessent et tuent parfois, est d’une modernité époustouflante comme l’était l’œuvre de Balzac. Bien sûr, comme le roman, l’adaptation de Giannoli n’est pas seulement une peinture sociale mais aussi un film d’amour condamné sur l’autel d’une fallacieuse réussite.

    « L'amour véritable offre de constantes similitudes avec l'enfance : il en a l'irréflexion, l'imprudence, la dissipation, le rire et les pleurs. » écrivit ainsi magnifiquement Balzac dans Illusions perdues.

    Si, comme moi, vous aimez passionnément Balzac, son écriture, ses peintures de la société et des sentiments et leurs illusions (nobles, sacrifiés, sublimés, éperdus, terrassés), alors cette adaptation parfois intelligemment infidèle mais toujours fidèle à l’esprit de l’œuvre devrait vous séduire. Et si vous ne connaissez pas encore ce roman alors la modernité, la beauté, la clairvoyance et la flamboyance de cette adaptation devraient vous donner envie de le dévorer surtout que vous ne verrez pas passer ces 2H29 absolument captivantes qui s’achèvent sur cette citation de Balzac terrible et sublime : « Je pense à ceux qui doivent trouver quelque chose en eux après le désenchantement ».

    J’en profite pour vous recommander la visite de la remarquable Maison Balzac à Paris, située rue Raynouard, dans le 16ème. C’est là que Balzac a corrigé l’ensemble de la Comédie humaine, de 1840 à 1847. Dans son bureau, on retrouve ainsi, non sans émotion, sa chaise et sa petite table de travail mais aussi des manuscrits, des bustes et des épreuves qui démontrent son perfectionnisme...

    PALMARES DES PARIS FILM CRITICS AWARDS 2022 :

    MEILLEUR FILM

    ILLUSIONS PERDUES

    Xavier Giannoli

     

    MEILLEUR RÉALISATEUR

    ARTHUR HARARI

    Onoda, 10 000 nuits dans la jungle

     

    MEILLEURE ACTRICE

    ANAMARIA VARTOLOMEI

    L'Événement

     

    MEILLEUR ACTEUR

    BENOIT MAGIMEL

    De son vivant

     

    MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

    OLIVIA COLMAN

    The Father

     

    MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

    VINCENT LACOSTE

    Illusions perdues

     

    MEILLEURE REVELATION FÉMININE

    AGATHE ROUSSELLE

    Titane

     

    MEILLEURE REVELATION MASCULINE

    MAKITA SAMBA

    Les Olympiades

     

    MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL

    ADAM McKAY & DAVID SIROTA

    Don’t Look Up

     

    MEILLEURE ADAPTATION 

    AUDREY DIWAN & MARCIA ROMAN

    L’Événement

     

    MEILLEURE PHOTOGRAPHIE

    CAROLINE CHAMPETIER

    Annette

     

    MEILLEUR MONTAGE

    SIMON JACQUET

    Bac Nord

     

    MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

    RON MAEL & RUSSELL MAEL / SPARKS

     Annette

     

    MEILLEUR PREMIER FILM

    THE FATHER

    Florian Zeller

     

    MEILLEUR DOCUMENTAIRE

    LA PANTHÈRE DES NEIGES

    Vincent Munier & Marie Amiguet

     

    MEILLEUR FILM D’ANIMATION

    LE SOMMET DES DIEUX

    Patrick Imbert

     

    PRIX D’HONNEUR (POUR L’ENSEMBLE DE SA CARRIÈRE) / LIFE ACHIEVEMENT AWARD

    CLAUDE LELOUCH

  • Nominations des Paris Film Critics Awards 2022

    Visuel Nominations PFCA 2022.jpg

    Je vous en avais déjà parlé, ici, le mois dernier : à l’image des New York Film Critics Circle Awards, Los Angeles Film Critics Association Awards ou London Critics Film Awards, qui sont aujourd’hui des institutions, les Paris Film Critics Awards, créés à l'initiative de Sam Bobino, récompenseront chaque année le meilleur du cinéma.

    Un collège de 50 votants constitué de critiques et journalistes professionnels de cinéma et culture basés à Paris (l’académie des Paris Film Critics) décernera ses prix aux meilleurs longs-métrages (français et internationaux sortis en salles ou sur des plateformes durant l’année 2021) et talents du cinéma. Je me réjouis de faire partie des votants car j'y vois là avant tout un autre moyen de défendre les films que j'aime comme j'essaie de le faire, passionnément, depuis 2003 sur Inthemoodforcinema.com et ponctuellement ailleurs, surtout que le cinéma (plus que jamais !) a besoin d'être ardemment défendu.

    Les Paris Film Critics Awards 2022 seront remis lors d’une cérémonie qui aura lieu le 7 février à 20H à l'hôtel Le Royal Monceau - Raffles Paris. Ils rendront hommage aux membres de l'industrie cinématographique qui ont excellé dans leur domaine ainsi qu’aux grandes figures du cinéma avec le prix d’honneur pour l'accomplissement d’une carrière (Life Achievement Award) dont le nom sera dévoilé lors de la cérémonie.

    Vous trouverez ci-dessous la liste des nommés. Les lauréats seront donc annoncés le 7 février. Pour en savoir plus, je vous invite également à suivre les Paris Film Critics Awards sur instagram (@parisfilmcritics).

    En tête des nominations figurent Annette et Illusions perdues (7 nominations chacun). Vous y trouverez aussi des films que je vous ai recommandés ici tout au long de l'année 2021 comme celui précité de Xavier Giannoli mais aussi The Father (4 nominations), Les magnétiques (2 nominations), L'Etat du Texas contre Mélissa (1 nomination)...

    Je vous détaillerai bien entendu prochainement le palmarès suite à la cérémonie du 7 février. En attendant, je vous invite à découvrir la liste complète des nominations, ci-dessous.

    NOMINATIONS 2022

    MEILLEUR FILM / BEST PICTURE


    ANNETTE
    DRIVE MY CAR
    ILLUSIONS PERDUES
    L’ÉVÉNEMENT
    ONODA, 10 000 NUITS DANS LA JUNGLE
    THE CARD COUNTER


    MEILLEUR RÉALISATEUR / BEST DIRECTOR


    ARTHUR HARARI, Onoda, 10 000 nuits dans la jungle
    AUDREY DIWAN, L’Événement
    DENIS VILLENEUVE, Dune 
    JULIA DUCOURNAU, Titane
    LEOS CARAX, Annette
    XAVIER GIANNOLI, Illusions perdues


    MEILLEURE ACTRICE / BEST ACTRESS


    LADY GAGA, House of Gucci
    MARION COTILLARD, Annette
    PENELOPE CRUZ, Madres Paralelas
    RENATE REINSVE, Julie (en 12 Chapitres)
    VALERIA BRUNI TEDESCHI, La Fracture
    VALERIE LEMERCIER, Aline


    MEILLEUR ACTEUR / BEST ACTOR


    ADAM DRIVER, Annette
    ANTHONY HOPKINS, The Father
    BENOIT MAGIMEL, De son vivant
    OSCAR ISAAC, The Card Counter
    VINCENT LINDON, Titane
    YUYA ENDO, Onoda,10 000 nuits dans la jungle


    MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE / BEST SUPPORTING ACTRESS


    CHARLOTTE RAMPLING, Benedetta 
    CÉCILE DE FRANCE, Illusions perdues
    JODIE COMER, Le Dernier Duel
    MERYL STREEP, Don’t Look Up : Déni cosmique
    OLIVIA COLMAN, The Father
    TOKO MIURA, Drive My Car

    MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE / BEST SUPPORTING ACTOR


    ADAM DRIVER, Le Dernier Duel
    AL PACINO, House of Gucci
    KARIM LEKLOU, Bac Nord
    LAMBERT WILSON, Benedetta
    VINCENT LACOSTE, Illusions perdues
    WILLEM DAFOE, The Card Counter


    MEILLEURE REVELATION FÉMININE / BEST YOUNG ACTRESS


    AGATHE ROUSSELLE, Titane
    AISSATOU DIALLO SAGNA, La Fracture
    ANAMARIA VARTOLOMEI, L’Événement
    DAPHNÉ PATAKIA, Benedetta
    LUCIE ZHANG, Les Olympiades
    ZBEIDA BELHAJAMOR, Une histoire d’amour et de désir


    MEILLEURE REVELATION MASCULINE / BEST YOUNG ACTOR


    ABDEL BENDAHER, Ibrahim
    ALSENI BATHILY, Gagarine
    FILIPPO SCOTTI, La Main de Dieu 
    MAKITA SAMBA, Les Olympiades
    SAMI OUTALBALI, Une histoire d’amour et de désir
    THIMOTÉE ROBART, Les Magnétiques


    MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL / BEST ORIGINAL SCREENPLAY


    ADAM McKAY & DAVID SIROTA, Don’t Look Up : Déni cosmique
    ARTHUR HARARI & VINCENT POYMIRO, Onoda, 10 000 nuits dans la jungle
    ASGHAR FARHADI, Un Héros
    BRIGITTE BUC & VALÉRIE LEMERCIER, Aline
    CATHERINE CORSINI, La Fracture
    RON & RUSSELl MAEL, Annette 


    MEILLEURE ADAPTATION / BEST ADAPTED SCREENPLAY


    AUDREY DIWAN & MARCIA ROMANO, L’Événement
    CHRISTOPHER HAMPTON & FLORIAN ZELLER, The Father
    DENIS VILLENEUVE, ERIC ROTH & JON SPAIHTS, Dune 
    JACQUES AUDIARD, CELINE SCIAMMA & LEA MYSIUS, Les Olympiades 
    RYUSUKE HAMAGUCHI & TAKAMASA OE, Drive My Car
    XAVIER GIANNOLI & JACQUES FIESCHI, Illusions Perdues


    MEILLEURE PHOTOGRAPHIE / BEST CINEMATOGRAPHY


    CAROLINE CHAMPETIER, Annette
    CHRISTOPHE BEAUCARNE, IIlusions perdues
    GREIG FRASER, Dune
    JANUSZ KAMINSKI, West Side Story
    RUBEN IMPENS, Titane
    TOM HARARI, Onoda, 10 000 nuits dans la Jungle

    MEILLEUR MONTAGE / BEST FILM EDITING


    CYRIL NAKACHE, Illusions Perdues
    JEAN-CHRISTOPHE BOUZY, Titane
    LAURENT SÉNÉCHAL, Onoda, 10 000 nuits dans la jungle 
    LOURI KARIKH, La Fièvre de Petrov
    NELLY QUETTIER, Annette
    SIMON JACQUET, Bac Nord


    MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE / BEST ORIGINAL SCORE


    ALBERTO IGLESIAS, Madres Paralelas
    ALEXANDRE DESPLAT, The French Dispatch
    HANS ZIMMER, Dune
    RONE, Les Olympiades
    RON MAEL & RUSSELL MAEL / SPARKS, Annette
    WARREN ELLIS, NICK CAVE, La Panthère des Neiges


    MEILLEUR PREMIER FILM / BEST FIRST FILM


    GAGARINE
    LA NUÉE
    LES MAGNETIQUES
    SOUND OF METAL
    PLEASURE
    THE FATHER


    MEILLEUR DOCUMENTAIRE / BEST DOCUMENTARY


    DELPHINE ET CAROLE INSOUMUSES
    INDES GALANTES
    LA PANTHÈRE DES NEIGES
    L’ÉTAT DU TEXAS CONTRE MELISSA
    LEUR ALGÉRIE
    THE BEATLES GET BACK


    MEILLEUR FILM D’ANIMATION / BEST ANIMATED FILM


    ENCANTO
    LA TRAVERSEE
    LE SOMMET DES DIEUX
    LUCA
    OÙ EST ANNE FRANCK !
    TOUS EN SCÈNE 2

     

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  • Les 1ers Paris Film Critics Awards - le 7 février 2022 à Paris

    cinéma, film, Paris Film Critics Awards, Paris

    À l’image des New York Film Critics Circle Awards, Los Angeles Film Critics Association Awards ou London Critics Film Awards, qui sont aujourd’hui des institutions, les Paris Film Critics Awards, créés à l'initiative de Sam Bobino, récompenseront chaque année le meilleur du cinéma.

    Un collège de votants constitué de critiques et journalistes professionnels de cinéma et culture basés à Paris (l’académie des Paris Film Critics) décernera ses prix aux meilleurs films français et internationaux sortis en salle durant l’année.

    Je remercie Sam Bobino de m'avoir proposé d'en faire partie. Je m'en réjouis car j'y vois là avant tout un autre moyen de défendre les films que j'aime comme j'essaie de le faire, passionnément, depuis 2003 sur Inthemoodforcinema.com et ponctuellement ailleurs, surtout que le cinéma (plus que jamais !) a besoin d'être ardemment défendu.

    Les Paris Film Critics Awards seront remis lors d’une cérémonie qui aura lieu à Paris au début de l’année suivante. Ils rendront hommage aux membres de l'industrie cinématographique qui ont excellé dans leur domaine ainsi qu’aux grandes figures du cinéma avec le prix d’honneur pour l'accomplissement d’une carrière (Life Achievement Award).

    La 1ère Cérémonie de remise des Paris Film Critics Awards aura lieu à l’Hôtel Royal Monceau Raffles Paris, le lundi 7 février 2022. 50 journalistes et critiques parisiens devront départager les films sortis en salle en France en 2021.

    17 trophées seront décernés :

    Meilleur film

    Meilleur réalisateur

    Meilleure actrice

    Meilleur acteur

    Meilleure actrice dans un second rôle

    Meilleur acteur dans un second rôle

    Meilleure révélation féminine

    Meilleure révélation masculine

    Meilleur scénario original

    Meilleure adaptation

    Meilleure photographie

    Meilleur montage

    Meilleure musique originale

    Meilleur premier film

    Meilleur film d'animation

    Meilleur film documentaire

    Prix d’Honneur (pour l’ensemble d’une carrière)

    Relations presse du prix : Agence PMC

    Instagram du Prix : @parisfilmcritics

    Facebook du Prix : Paris Film Critics Association

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