26/12/2009
Mon bilan de l'année cinéma 2009 (version courte publiée dans le journal de l'ENA)
Il y a quelques jours, je publiais mon bilan de l'année cinéma 2009 dans sa version longue , ici . Je vous propose aujourd'hui la version courte, telle que publiée dans le journal de l'ENA (l'ENA hors les murs) de janvier prochain, en attendant demain et le retour de mes articles en direct.
Vous pouvez aussi toujours donner votre top 10 de l'année cinématographique et retrouver le mien, en cliquant ici.
Selon Jean Renoir, « L'art du cinéma consiste à s'approcher de la vérité des Hommes et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes ». En 2009, le cinéma, plus que jamais, semble s'être divisé en deux parties bien distinctes, à l'image d'un monde lui-même écartelé, avec d'un côté, des films ancrés dans la réalité, cherchant à la disséquer, à approcher la vérité, de l'autre des films, souvent fantastiques, de plus en plus surprenants, a priori éloignés du réel. Cette année aura été celle de la diversité : entre comédies classiques et cinéma engagé, succès et échecs inattendus... L'oxymore du titre d'un des premiers grands succès de cette année 2009, Slumdog Millionaire -slumdog signifiant chien des taudis- (auréolé de 8 Oscars) est à l'image de cette année cinématographique : riche de contradictions.
Un besoin de vérité et d'évasion : entre cinéma de l'intime et grand spectacle
Le point commun entre les grands succès de cette année est le besoin d'évasion, aussi bien des spectateurs souhaitant échapper à une actualité morose que des personnages des films, prisonniers de leur réalité ou même d'un univers carcéral au sens propre avec, d'un côté, des films intimistes, centrés sur la « cellule » familiale ou amoureuse, de l'autre des films à grand spectacle, souvent fantastiques.
Le grand succès critique de cette année, « Un Prophète » témoigne de ce désir insaisissable de liberté, tout en conciliant drame intime et universel, habile métaphore de la société (à l'intérieur de la prison) et génie poétique de son réalisateur Jacques Audiard. « Qu'un seul tienne et les autres suivront », premier long métrage choral réussi de Léa Fehner avait d'ailleurs pour cadre ce même univers carcéral.
Entre le film phénomène Paranormal Activity (11000 $ de budget pour plus de 20 millions de $ de recettes rien qu'aux Etats-Unis), Harry potter et le prince de sang mêlé, 2012, Twilight (respectivement 2ème, 7ème, 11ème-pour le chapitre 1- du box office français) mais aussi The box, les succès de cette année auront témoigné de cette envie d'ailleurs et de fantastique, de même avec L'étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher, une brillante allégorie sur l'effroyable écoulement du temps.
A l'inverse, cette année aura été aussi celle de films intimistes avec des personnages prisonniers d'un quotidien suffocant comme dans le chef d'œuvre de cette année 2009, Les noces rebelles de Sam Mendès réflexion palpitante sur les idéaux de jeunesse, la cruauté de la réalité, la médiocrité, l'hypocrisie et le conformisme de la société mettant en scène un couple unique et universel. On retrouve cette même volonté d'échapper au quotidien notamment dans Joueuse de Caroline Bottaro, dans le film de Catherine Corsini au titre significatif Partir ou encore dans Melle Chambon, le bijou de délicatesse de S.Brizé qui fait de ses personnages des héros du quotidien emprisonnés dans un fier et douloureux silence, dans la lancinance de l'existence. C'est aussi cette vérité humaine que capte magistralement Xavier Giannoli dans le bien nommé A l'origine, dans lequel le mensonge qui va étouffer, porter, puis enchaîner son personnage principal (d'ailleurs ancien prisonnier) sera le moyen d'échapper à cette prison.
Il est évidemment impossible de clore cette partie sans parler d'Avatar, révolution technique, film le plus cher de tous les temps, vibrant plaidoyer pour la défense de la planète et expérience cinématographique visuellement vertigineuse, voyage spectaculaire dans l'imaginaire qui en célèbre la magnifique force, créatrice et salvatrice. Finalement un film qui, aussi éloigné de la réalité puisse-t-il paraître, nous ramène aux blessures de notre époque, plus engagé et ancré dans le réel qu'il n'y paraît.
Un cinéma engagé et ancré dans le réel
En 2009 le cinéma cherche aussi plus que jamais à éveiller les consciences, à se faire le miroir informant du monde, le reflet de sa poésie mais aussi de ses colères, ses blessures. Home, le documentaire de Yann Arthus-Bertrand projeté dans 130 pays, visuellement époustouflant, et loin d'être exempt de contradictions a le mérite de vouloir (r)éveiller les consciences, individuelles et politiques. Avec la même optique, Nicolas Hulot, avec Le syndrome du Titanic a connu un cuisant échec.
C'est une autre cruelle réalité, de l'Amérique latine, que deux metteurs en scène ont filmée, et qui a coûté la vie au premier d'entre eux : Christian Poveda dans La vida loca et Cary Joji Fukunaga dans Sin nombre, éclairage édifiant sur la sombre et impitoyable réalité des gangs dont le style documentaire (caméra à l'épaule) épouse judicieusement l'impression de rage, de d'urgence que connaissent les personnages principaux en lesquels combattent innocence et violence, rage de vivre et de tuer pour vivre. Cette cruelle réalité est aussi celle de l'immigration également présente dans Eden à l'ouest de Costa-Gavras. Dans Puisque nous sommes nés, Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, par des images d'une beauté âpre, nous montrent quant à eux un Brésil où règne la ségrégation économique mais qui semble là-bas être devenue une morne habitude.
Le cinéma permet aussi de donner de la voix à une révolte étouffée, celle de la jeunesse iranienne dans le lyrique Les Chats persans de Bahman Ghobadi qui suit le bouillonnement musical underground et qui exprime l'audace, la révolte, la fureur de vivre de la jeunesse iranienne qui manifeste, et même joue de la musique au péril de sa vie, la transformant en acte de résistance pacifiste.
Avec L'armée du crime, c'est à une autre résistance d'une autre armée des ombres que Guédiguian, avec solennité et sobriété, rend hommage, celle de juifs résistants et communistes tandis qu'Haneke avec le multi primé « Le Ruban blanc « (notamment palme d'or 2009) poursuit son examen de la violence en décortiquant ici les racines du nazisme, par une démonstration implacable et saisissante et grâce à la somptuosité glaciale et glaçante de la réalisation, le ruban blanc étant le signe ostentatoire d'un passé qui voulait se donner le visage de l'innocence.
Avec The Messenger, grand prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville, Oren Movermann stigmatise les conséquences effroyables de la guerre en Irak et ses douleurs et horreurs indicibles.
Avec « Rapt » (inspiré de l'affaire du Baron Empain) Lucas Belvaux analyse la barbarie et l'inhumanité contemporaines mais dénonce aussi, en filigrane, les outrances des médias, lunatiques et amnésiques. Comme François Favrat, dans La Sainte-Victoire, il met en scène une société de l'image où cette dernière l'emporte sur les faits. Il montre comment, un homme politique, malgré son intégrité, pour appliquer sa politique, machiavélien sans être machiavélique va devoir renoncer à certaines de ses idées pour en défendre d'autres et pour conserver le pouvoir.
Les succès de l'année, habituels ou inattendus : la comédie à l'honneur
Outre le cinéma fantastique, le grand vainqueur de cette année 2009 aura été la comédie, l'humour ayant été plus que jamais « la politesse du désespoir ». Ce sont surtout des comédies sur l'enfance et l'adolescence, essentiellement françaises, qui ont emporté l'adhésion du public au premier rang desquelles Le petit Nicolas (plus de 5 millions d'entrées), LOL (3,6 millions d'entrées), Neuilly sa mère (2, 5 millions d'entrées)... sans oublier le phénomène Twilight également destiné à un public adolescent. Le grand vainqueur du box office français de cette année est une comédie d'animation qui totalise plus de 7, 8 millions de spectateurs : L'Age de glace 3.
Et puis il y a ceux qui, films après films, continuent à nous surprendre: Clint Eastwood avec Gran Torino, un film qui nous enserre subrepticement dans son univers et nous assène le coup (et le moment) de grâce au moment où nous nous y attendons le moins ; Woody Allen qui, avec Whatever works parvient encore à nous émouvoir et nous étonner, avec une audace toujours aussi réjouissante, avec cet hymne à la liberté amoureuse ou artistique, et à la vie et ses « hasards dénues de sens» ; Alain Resnais enfin qui, bien qu'octogénaire, avec Les herbes folles a signé le film le plus fou, jeune, inventif, iconoclaste de cette année.
De grands rôles plus que de grands films
Cette année 2009 aura surtout offert de beaux personnages permettant à des acteurs de se révéler et à d'autres de revenir là où on ne les attendait pas : celle qui, en recevant son prix d'interprétation à Cannes a espéré que son père aurait été « fier et choqué », Charlotte Gainsbourg pour Antéchrist mais aussi Isabelle Adjani dans le rôle inattendu d'un professeur de banlieue (La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld ) dans un film au départ destiné seulement à la télévision ; Mickey Rourke en boxeur dans The Wrestler sans oublier Kate Winslet dont, dans les Noces Rebelles, chacune de ses expressions contient une infinitude de possibles ou encore Yvan Attal, époustouflant dans Rapt, émacié, méconnaissable avec son regard renversant d'homme blessé et seul mais digne. Il faudrait encore parler de Penelope Cruz d'une mélancolie resplendissante dans Etreintes brisées ; Vincent Lindon dans Welcome et Melle Chambon tout en violence et sensibilité, certitudes et fêlures, force et fragilité. François Cluzet dans A l'origine incarne, quant à lui, un personnage énigmatique et dense qui, porté par un acteur au sommet de son art, nous emporte totalement dans ses mensonges et ses contradictions.
Quant aux révélations : Firat Ayverdi dans Welcome mais surtout Tahar Rahim dans Un Prophète qui campe un personnage à la fois fragile, énigmatique, égaré, malin, angélique et (puis) diabolique dont le regard et la présence, le jeu nuancé magnétisent l'écran mais aussi Christoph Waltz, acteur autrichien méconnu, lauréat du prix d'interprétation à Cannes.
Mais sans doute les plus bouleversants ont-il été deux acteurs à qui la magie du cinéma a redonné vie dans L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot : Romy Schneider et Serge Reggiani, la première qui hante, capture, éblouit l'écran, dont le jeu témoigne d'une fascinante modernité et face à elle, Reggiani qui épouse le visage de la folie maladive avec une rage bouleversante.
Un cinéma de la mise en abyme
Peut-être parce que, comme le disait Truffaut « Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps mort » le cinéma a-t-il autant été mis à l'honneur cette année, à commencer dans le film précité, une expérience visuelle et sonore, sensuelle, novatrice et éblouissante qui prouve qu'il n'est peut-être pas nécessaire d'atteindre le budget d'Avatar pour innover et surprendre, ce que Clouzot avait réussi avec ces images de 1964.
Avec Etreintes brisées, Pedro Almodovar, livre lui aussi une véritable déclaration d'amour au cinéma qui y est paré de toutes les vertus même celle de l'immortalité, un film d'une gravité mélancolique dans lequel, cinéma et réalité se répondent, s'imbriquent, se confondent. Avec Inglourious basterds Quentin Tarantino signe une leçon et une déclaration d'amour fou et d'un fou magnifique au cinéma à tel point qu'il permet de réécrire la page la plus tragique de l'Histoire
Evidemment, on ne peut évoquer ces films sur le cinéma sans songer au Bal des actrices de Maïwenn, à Visage de Tsaï Ming-Liang, Le père de mes enfants de Mia Hansen-Love... D'autres films ont aussi évoqué le cinéma de manière plus métaphorique comme Gran Torino dans lequel un mythe du cinéma américain que représente Clint Eastwood fait preuve d'autodérision en faisant se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant et nous donner une belle leçon d'espoir, de vie, d'humilité et de cinéma...
Nombreux sont donc ainsi les cinéastes à avoir signé des films de cinéphiles, des mises en abyme savoureuses, des déclarations passionnées au cinéma mais finalement aussi des hymnes à la vie que le cinéma exhale et exalte.
2009 aura donc été une année phare pour la comédie et le cinéma fantastique mais aussi pour les films de genre(s) conciliant les paradoxes et les transcendant. 2009 aura vu le cinéma redevenir un évènement (sorties savamment orchestrées : This is it, Avatar, Home...), s'inventer et se réinventer des mythes et des légendes. Plus que jamais, le cinéma aura signifié un besoin de rêve et d'évasion, un retour aux sources de l'enfance et de l'adolescence et, même si « la vraie vie est ailleurs », comme pour Rimbaud et dans le titre du film de Frédéric Choffat, c'est aussi dans son propre reflet et univers que le cinéma en trouve finalement les clefs, en décèle les failles et les remèdes. Peut-être que finalement l'art du cinéma, en 2009, consistait à concilier cet apparent paradoxe défini par Renoir : s'approcher de la vérité des hommes tout en ne cessant pas de nous surprendre ...
00:05 Écrit par Sandra Mézière dans IN THE MOOD FOR NEWS (toute l'actualité ciné) | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, bilan, ena |
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30/05/2009
Mon bilan du Festival de Cannes 2009 : l’étourdissante nostalgie d’une étreinte brisée
Cannes n’est déjà plus qu’une rumeur lointaine, qu’un brouhaha étouffé par l’actualité arachnéenne qui tisse sa toile dévoreuse et impitoyable, pourtant, il y a à peine une semaine que le Festival de Cannes s’achevait et avec lui 13 jours d’une tornade dévastatrice qui me laissent encore nostalgique, éblouie, incrédule, étourdie, mélancolique comme après une almodovarienne étreinte brisée, mais aussi enrichie d’illusions magnifiques, ou magnifiquement tragiques.
Nostalgique après ces 13 jours qui, dans ma mémoire, déjà, se teintent de noir et blanc tant ils semblent appartenir à une mythologie cinématographique. Tant le temps semblait glisser au lieu de s’écouler. Tant tout paraissait joyeux, idyllique, désinvolte, léger. Tant c’était agréable de jouer à l’être le temps d’un festival.
Comment, d’ailleurs, ne pas être nostalgique après 13 jours aussi intenses dont je n’ai pu et voulu retranscrire qu’une infime part ici? Comment ne pas être nostalgique après 13 jours où réalité et fiction n’ont cessé de s’entrelacer, s’enlacer même au point de se confondre, me duper parfois même? Comment ne pas être nostalgique après 13 jours de rencontres improbables et magiques, cinématographiques et humaines? Comment ne pas être nostalgique après ce qui était pour moi un 9ème Festival de Cannes et sans nul doute le meilleur...jusqu'à présent? Comment ne pas être nostalgique quand la déroutante réalité a repris ses droits ? Comment ne pas être nostalgique quand, à trop tutoyer les étoiles, on en oublie que même elles, meurent un jour, que l’éblouissement peut-être trompeur, voire fatal ?
Incrédule tant ce festival semble s’être évanoui comme un songe qui procure une douloureuse et parfois illusoire beauté à ces instants aussi magiques qu’éphémères. De projections en soirées, de l’ouverture à la clôture, de rencontres magnifiques en retrouvailles trop vite esquissées ou d'autres insensées démontrant l’imagination d’une beauté et d’une violence cruelles et sans bornes de la réalité, de la vertigineuse salle du Théâtre Lumière à la luminosité d’une Croisette insolemment radieuse, de la projection jubilatoire d’ « Inglourious Basterds » à ma journée ludique et princière avec l’équipe L’Oréal, de ces instants festifs et joyeux avec les autres blogueurs, de l’inénarrable projection du magistral et nerveux « Prophète » de Jacques Audiard à la leçon de cinéma des frères Dardenne, de la plage Miramar à la plage Majestic 62, de la plage du Martinez aux coulisses du Grand Journal, du 3 :14 à la villa Murano, d'un documentaire d'une poésie rageuse à des films mis en scène avec une maestria sidérante, de la voix ensorcelante de Bryan Ferry à l'enthousiasme communicatif de Quentin Tarantino, de la gravité légère d'Edouard Baer à l'exubérance mélancolique de Pedro Almodovar, de voitures officielles en limousines, de la salle du soixantième à la salle Bunuel, tant d’instants indicibles gravés dans ma mémoire, tant d’instants où lueurs et bruits incessants vous troublent, déguisent la réalité, transportent.
Etourdie comme après un rêve dont le réveil est parfois douloureux mais dont l’état semi-comateux dans lequel il vous laisse anesthésie agréablement les pensées aussi confuses et troublantes soient-elles. Etourdie comme après une danse endiablée qui ne vous laisse le temps de reprendre ni votre souffle ni vos esprits ni de saisir la (dé)mesure de l’instant.
Moi que l’actualité passionne habituellement, je me suis surprise à ne même pas ouvrir un journal pendant ces 13 jours si ce n’est le quotidien du Film Français, bible du festivalier. Cannes plus que jamais cette année pour moi a été une sorte de bulle où rien d’autre ne semblait exister, où le monde s’arrêtait aux portes de la Croisette et tournait autour du palais des festivals. Le cinéma m’environnait, m’absorbait, procurait des reflets éblouissants à la réalité. Bien sûr tout était, comme toujours, excessif et dérisoire. J’ai juste feint de l’ignorer. Bien sûr la crise n’était pas bien loin : les plages étaient cette année deux fois moins nombreuses, de même que les affiches de film qui ornent habituellement les façades, certaines sociétés comme la Paramount étaient d'ailleurs pour la première fois absentes de la Croisette, le cinéma américain était ainsi peu présent sur la Croisette… Qu’importe: Cannes, le temps de ce festival, nous a donné une illusion d’éternité. Comme ces deux amants magnifiques surpris et immortalisés en pleine étreinte dans « Voyage en Italie » de Rossellini qu’Almodovar cite dans ses « Etreintes brisées ».
Emportée par le tourbillon cannois, cette année plus que jamais, je regrette juste de n’avoir vu aucun film de la section Un Certain Regard où chaque année je fais les plus belles découvertes cinématographiques et de n’avoir vu qu’un film de la Quinzaine des Réalisateurs. Ma soif de découvertes cinématographiques n’a pas été étanchée, ce festival l’a même intensifiée…
J’évoquais il y a quelques jours mes pronostics avec un bref avis sur chaque film en compétition (voir article ici), j’y évoquais aussi ce que représente depuis quelques années une palme d’or cannoise, le message qu’elle adresse au monde, le reflet qu’elle souhaite donner de ses espoirs, ses blessures, ses craintes, ses désirs, ses désordres, sa folie, de ses rêves… même si depuis quelques années les rêves n’ont plus leur place dans un palmarès et surtout une palme d’or qui se veut avant tout engagée et sociale, ce qui sans doute éloignait d’office le film de Quentin Tarantino qui, pourtant, certes est un film de divertissement qui s’assume comme tel mais montre aussi un visage de la barbarie, étonnamment et tristement actuel à l’image du film de Haneke « Le ruban blanc », palme d’or de cette édition 2009, sans doute d’apparence (d’apparence seulement) plus cinéphilique (En lisant ma critique d’ “Inglourious Basterds” en cliquant ici vous constaterez à quel point ce film est celui d’un cinéphile pour les cinéphiles) et en tout cas plus austère. A la définition de l'art(iste) d'Anatole France "L'artiste doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle. Sous lui, nous en douterions", le palmarès a préféré celle de Rodin "L'art est la plus sublime mission de l'homme puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre." Sans doute cette "machine de vérité" qu'évoquait la présidente du jury de ce 62ème Festival de Cannes, Isabelle Huppert, en ouverture... mais le cinéma ne peut être que cela, n'est heureusement pas que cela, même si cet autre pan du cinéma a été ignoré cette année par le palmarès cannois (mais aussi, il faut le dire, par sa sélection).
Cette année, plus que jamais la compétition cannoise avait à son générique de grands réalisateurs qui, néanmoins, souvent , n’ont pas réalisé leurs meilleurs films et j’avoue que cette année aucun film ne m’a enthousiasmée comme « Entre les murs » de Laurent Cantet, « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, « La frontière de l’aube » de Philippe Garel, « Le silence de Lorna » des frères Dardenne, « Two lovers » de James Gray, « Valse avec Bachir » d’Ari Folman ou « Vicky Cristina Barcelona » de Woody Allen, l’année passée. (Vous pouvez trouver les critiques de tous ces films sur ce blog).
Cette année aucune thématique n’a été mise en exergue, si ce n’est la mise en abyme, comme si le cinéma, tel Narcisse, se mirait dans son reflet, à s’y noyer, pour oublier, s’oublier, se rassurer, à nous y perdre délicieusement, et dangereusement parfois aussi. On retrouve bien sûr, notamment dans “Un prophète” et “A l’origine” la thématique carcérale beaucoup plus présente l’an passé (avec de nombreux plans derrière une vitre, un grillage etc), témoignage d’un monde qui étouffe et peine à respirer mais ce dont a surtout témoigné ce cru 2009: c’est de la rassurante diversité du cinéma mondial (et l’étonnante inventivité, audace du cinéma asiatique ou de "jeunes" cinéastes comme Alain Resnais !) malgré une austérité, et même une radicalité, une violence assez prégnantes au-delà des disparités géographiques et cinématographiques, plaie béante qui semble dépasser les frontières. On a aussi observé cette année davantage de grandes mises en scènes (Almodovar, Tarantino, Resnais…) que de grands scénarii…
Mais pour l’heure, je vais essayer de comprendre et analyser les émotions ravageuses de ce festival, loin de la violence et / de l’éclat parfois trompeurs des images, loin de l'éblouissement cannois, loin de la frénésie carnassière, loin de l’urgence rageuse cannoise qui fait que les mots jetés à la va-vite trahissent parfois les pensées, et ne les traduisent pas toujours avec justesse et avec le recul nécessaire pour apprécier chaque instant à sa juste et (dé)mesurée valeur…
J’en profite aussi pour vous donner rendez-vous au Festival du Cinéma Américain de Deauville qui fêtera cette année ses 35 ans, prochain grand rendez-vous festivalier que vous pourrez suivre en direct sur mes blogs (avant-premières, films en compétition, soirées, conférences de presse…) et auquel j’assisterai pour la 17ème année consécutive… mais en attendant vous pourrez retrouver sur ce blog de nombreuses critiques de films , en avant-première, à l'affiche ou de classiques du septième art mais aussi des nouvelles...
A suivre : notamment ma critique de « Map of the sounds of Tokyo » d’Isabel Coixet (compétition officielle 2009)
22:59 Écrit par Sandra Mézière dans FESTIVAL DE CANNES 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, cannes, bilan, festival, palmarès, dardenne, l'oréal, tarantino, resnais, haneke |
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