27/05/2010
Interview de Bernard Blancan (prix d’interprétation du Festival de Cannes 2006 pour « Indigènes »)
Ce Festival de Cannes 2010 aura été pour moi particulièrement mouvementé et avant tout riche de belles rencontres. Derrière la superficialité, la frénésie, le bal des vanités et des masques que Cannes est aussi, il y a tous ceux qui font leur métier avec enthousiasme, le défendent avec passion, humilité, conviction à l'image de Bernard Blancan, présent cette année à Cannes pour « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb.
Je vous ai déjà dit ce que Cannes évoquait pour moi (ici) mais à cette définition il faudrait aussi ajouter la versatilité et le caractère souvent grégaire des médias traditionnels. Ainsi, vous vous souvenez sans doute du prix d'interprétation collectif reçu par les acteurs d' « Indigènes » en 2006 (Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan). Qui a oublié ce grand moment d'émotion de la clôture 2006 quand ils entonnèrent le chant des tirailleurs sénégalais ?
J'aime autant et aussi passionnément le cinéma et Cannes que j'en exècre d'autres aspects comme cette capacité à se laisser éblouir par un miroir aux alouettes, des personnalités excentriques dissimulant par cette esbroufe la vacuité de leur talent mais c'est aussi le jeu, parfois cruel, absurde, et injuste, de Cannes.
Pourquoi Bernard Blancan qui a au moins autant de talent que les autres, a reçu le prix d'interprétation exactement au même titre, a au moins autant de choses à dire et de l'avis général est exceptionnel dans « Hors-la-loi » comme il l'était dans « Indigènes », a-t-il été privé de conférence de presse et de montée des marches avec ses acolytes ? Pourquoi aucun journaliste ou presque n'a-t-il eu la curiosité de s'intéresser à son travail ? Pourquoi le festival, la production et la distribution du film ont-ils permis qu'il soit ainsi évincé de la promotion ? Mystère... Certes il ne répète pas deux fois la même plaisanterie douteuse pour attirer l'attention (ceux qui auront suivi Le Grand Journal et la conférence de presse comprendront). C'est d'autant plus absurde que son rôle est essentiel, qu'il en « impose » dans ce rôle du colonel Faivre (notamment lors d'un dialogue passionnant et une scène particulièrement forte avec Sami Bouajila) et qu'il l'impose avec beaucoup de force, de rigueur, de droiture. L'humilité et la simplicité ne font pas toujours bon ménage avec l'exubérance cannoise où Paris Hilton est précédée d'une nuée de photographes quand un acteur talentueux les voit l'ignorer.
Je vous reparlerai de « Hors-la-loi » dont j'ai écrit une première courte critique, ici et qui mérite beaucoup mieux que cette polémique absurde (le massacre sujet à polémique fait 6 minutes dans le film et se justifie par le point de vue qui est celui des Algériens).
Enfin avant de laisser place à l'interview, je voulais remercier l'équipe de touscoprod, une autre belle rencontre de ce festival dont je vous conseille vraiment de regarder les excellents reportages souvent faits (dans le cadre de tousàCannes) dans l'urgence mais avec enthousiasme et un vrai souci de bien faire et de s'intéresser REELLEMENT au cinéma et aux talents dans la lumière mais aussi dans l'ombre.
De mon côté, je pense renouveler sur le blog ces interviews pour donner la parole à ceux qui ne l'ont pas suffisamment et le méritent.
Je vous recommande également le blog de Bernard Blancan sur lequel vous pourrez notamment lire son point de vue sur son expérience cannoise mais aussi sur son métier de comédien pour lequel il vit et vibre et sur lequel vous constaterez là aussi une nouvelle fois que l'humilité est la marque du talent mais aussi la diversité de ce talent (one man show etc).
Alors que le marché du film commençait à être démonté, que Bernard Blancan repartait aussitôt après pour un tournage en Corse (je le remercie à nouveau de nous avoir accordé cette interview), rencontre sur une plage cannoise et sous un soleil éblouissant.
FILMOGRAPHIE DE BERNARD BLANCAN (vous avez également pu le voir dans de nombreuses séries tv ) :
Les Nuits de Sister Welsh de Jean-Claude Janer - Prochainement
Quand la guerre sera loin (TV)de Olivier Schatzky - 2010
Carmen 2010
Hors-la-loi de Rachid Bouchareb - 2010
La Robe du soir de Myriam Aziza - 2010
Louise Michel la rebelle de Solveig Anspach - 2010
London River de Rachid Bouchareb - 2009
No Pasaran de Emmanuel Caussé, Eric Martin - 2009
Léger tremblement du paysage de Philippe Fernandez - 2009
Partir de Catherine Corsini - 2009
Adieu Gary de Nassim Amaouche - 2009
Charlotte Corday (TV) de Henri Helman - 2008
Le Voyage de la Veuve (TV) de Philippe Laik - 2008
Le Voyage aux Pyrénées de Jean-Marie Larrieu, Arnaud Larrieu - 2008
Les Insoumis de Claude-Michel Rome - 2008
Capitaine Achab de Philippe Ramos - 2008
Les Hauts murs de Christian Faure - 2008
Résistance aux tremblements de Olivier Hems - 2007
Tel père, telle fille de Sylvie Ballyot - 2007
Indigènes de Rachid Bouchareb - 2006
Un jour d'été (TV) de Franck Guérin - 2006
La Chasse à l'homme (Mesrine) (TV) de Arnaud Selignac - 2006
Lettres de la mer rouge (TV) de Eric Martin, Emmanuel Caussé - 2006
Un an de Laurent Boulanger - 2006
Cache-cache de Yves Caumon - 2006
Les Mâtines de Annick Raoul - 2005
La Maison de Nina de Richard Dembo - 2005
La Ravisseuse de Antoine Santana - 2005
Connaissance du monde (drame psychologique) de Philippe Fernandez - 2004
Je suis un assassin de Thomas Vincent - 2004
Inguelezi de François Dupeyron - 2004
Rencontre avec le dragon de Hélène Angel - 2003
L'Etang 2002
A cause d'un garçon de Fabrice Cazeneuve - 2002
Le Chignon d'Olga de Jérôme Bonnell - 2002
Un moment de bonheur de Antoine Santana - 2002
Fais-moi des vacances de Didier Bivel - 2002
Amour d'enfance de Yves Caumon - 2001
Un dérangement considérable de Bernard Stora - 2000
Peau d'homme, coeur de bête de Hélène Angel - 1999
Réflexion de Philippe Fernandez - 1999
La Beauté du monde de Yves Caumon - 1998
Conte philosophique (la caverne) de Philippe Fernandez - 1998
Le Cri de Tarzan de Thomas Bardinet - 1996
Antonin de Yves Caumon - 1989
11:15 Écrit par Sandra.M dans INTERVIEWS "IN THE MOOD FOR CINEMA" | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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07/04/2010
Mon interview de Nader T.Homayoun , réalisateur de "Téhéran"
Il y a quelques semaines, on me proposait de rencontrer le réalisateur de "Téhéran", Nader T.Homayoun, pour l'interviewer. A mon grand regret, j'ai dû décliner l'invitation à la dernière minute mais ce dernier a eu la gentillesse de répondre à mes questions par écrit. Je l'en remercie de nouveau vivement et je vous conseille vraiment de lire ses réponses qui apportent un bel éclairage à ce film que je vous recommande d'ailleurs. Je vous rappelle au passage que "Téhéran" figure en compétition du 2ème Festival du Film Policier de Beaune, catégorie "sang-neuf".
Cliquez ici pour lire ma critique du film.
Quel a été l'élément déclencheur de votre projet ? L'envie de faire un film sur Téhéran ? De montrer un autre visage de cette ville ? Ou bien de réaliser un « thriller social » ?
Il est plus facile de répondre à cette question après coup. Au départ, votre projet de film oscille entre plusieurs désirs. Vous allez un peu dans toutes les directions pour trouver le ton et la forme adéquates. Je voulais d'abord faire un film de genre. Je trouvais que le cinéma iranien ne donnait pas assez d'importance au cinéma de genre, et que cette omission devenait même préjudiciable, car elle nous enfermait dans une certaine forme de cinéma qui commençait à sentir le formalisme. Néanmoins, je tenais à ce que le récit se passe à Téhéran. Et pour filmer Téhéran, je souhaitais être au plus proche de la température de la ville. Capter sa fièvre plus exactement, car Téhéran est pour moi une ville malade, elle a une infection. Ces deux approches à la fois sociale - presque sociologique - et urbaine, et en même temps très cinématographique devaient trouver une forme. La veine « thriller social » est donc apparue au fur et à mesure du développement du projet tant à l'écriture qu'au moment des repérages, puis évidemment au tournage.
Votre film comporte aussi un aspect documentaire ? La fiction était-elle votre choix d'emblée ou avez-vous hésité à réaliser un documentaire sur Téhéran ?
Faire un documentaire sur ou à Téhéran ne m'intéressait pas. Je sortais justement d'un documentaire qui m'avait pris 4 ans (Iran, une révolution cinématographique), et j'avais une véritable envie de fiction. Pour moi, il s'agissait de faire un film de genre qui aurait une dimension documentaire. La forme documentaire est presque pour moi dans ce film un exercice de style, dans le sens le plus noble du terme. Une forme qui permet au spectateur de plonger plus aisément dans la chaudière de Téhéran.
J'ai lu que vous étiez parti d'une rumeur selon laquelle des mendiants voleraient des bébés pour les accompagner dans leur mendicité. Avez-vous reçu des témoignages en ce sens depuis la réalisation du film ?
Je n'ai pas fait de recherches particulières dans ce sens-là, car je ne voulais pas brider mon fantasme, qui est aussi un fantasme collectif en Iran. Tout le monde est à peu près sûr en Iran que les bébés que l'on voit dans les bras des mendiants ne leur appartiennent pas. Mes recherches étaient de tout ordre, et elles se sont recentrées sur les ambiances urbaines, les choix des quartiers et des rues, les choix de la figuration, des passants, des « gueules » comme on dit dans le jargon, mais aussi dans le vocabulaire des dialogues.
Vous avez choisi de ne jamais montrer les forces de l'ordre mais finalement il me semble que cette absence rend l'Etat encore plus présent et surtout sa responsabilité encore plus présente, la pauvreté en étant une conséquence mais aussi le cynisme qui s'empare d'une partie de la société. Etait-ce un choix délibéré de votre part de ne jamais les montrer ?
Oui, tout à fait, je ne voulais pas mêler l'Etat à ça. Je trouvais que cette absence rendait la société iranienne plus dangereuse, plus inquiétante, « laissée pour compte ». Il y a un coté rassurant dans l'apparition de la police à la fin de certains films. Comme si on essayait de nous dire : « ne vous inquiétez pas, au final, ils sont toujours là pour vous sauver » ; un peu à l'image de l'arrivée de la cavalerie à la fin des westerns. Or, dans Téhéran, vous sentez la présence de la police et des forces de l'ordre, mais elle n'est pas rassurante. Vous ne vous sentez pas à l'aise. Tout est possible avec eux.
Il y avait aussi une autre raison pour laquelle j'ai évité de montrer les forces de l'ordre. Souvent dans les films, cette présence est un gage donné à l'état pour faire passer le film à travers les mailles de la censure. Je veux dire plus précisément que la présence des forces de l'ordre à la fin des films, et la fait que le dénouement de l'histoire passe par eux, est une garantie de la moralité du film. Leur absence dans le film est aussi un acte politique.
Pensez-vous que faire du cinéma en Iran est aujourd'hui une forme de résistance ? Je pense à votre film mais aussi à un autre très beau film « Les chats persans » de Bahman Ghobadi qui s'est également heurté à beaucoup de difficultés.
Faire des films partout dans le monde est devenu un acte de résistance. Face à la montée de la consommation d'images faciles et face à cette espèce de cannibalisme ou plus exactement face à cet aspect fast-food des images, quand un cinéaste essaye de faire un cinéma différent, avec une durée et un style différent, forcément il fait acte de résistance. Faire des films en Iran est difficile, mais je crois qu'on peut dire la même chose pour un cinéaste français ou américain... Les dangers ne sont pas les mêmes, mais il faut prendre des risques.
Ce que l'on peut dire en revanche pour les cinéastes iraniens, c'est qu'ils ont une double mission. La première est de faire des images et raconter des histoires, ils la partagent avec tous les cinéastes du monde. En revanche, un cinéaste iranien a aussi pour mission d'éveiller le regard du monde, même de façon très modeste, sur ce qui se passe dans son pays, car l'image de l'Iran n'appartient plus depuis longtemps aux Iraniens. Et les cinéastes iraniens sont devenus malgré eux les ambassadeurs de leur pays.
Votre film et celui précédemment évoqué ont d'ailleurs en commun d'avoir Téhéran pour protagoniste, une ville bouillonnante, tentaculaire mais aussi victime de ségrégation sociale. Dans quelle mesure cette ville est-elle pour vous différente des autres capitales ?
Téhéran ressemble à beaucoup d'égard aux autres mégapoles du monde, avec les mêmes problématiques connues et reconnues dans ce genre de cité. Mais ce qui change en Iran, c'est qu'en plus des difficultés sociales, les habitants de Téhéran souffrent d'un autoritarisme religieux et politique. Votre liberté individuelle n'est pas la même à Téhéran qu'à Mexico, même si à beaucoup d'égard, ces deux mégapoles endurent des mêmes maux. Un exemple simple : un ouvrier iranien ne peut à la fin de sa journée, se payer une bière pour se détendre.
Téhéran m'intéressait aussi parce que c'est la ville où tous les espoirs sont possibles, ou en tout cas, les gens de province ont ce fantasme. La capitale est devenue une ville très hétéroclite où l'on peut trouver des gens des quatre coins du pays. En somme Téhéran, vues sa dimension et sa population, est un micro-Iran, et devient par conséquent une métaphore du pays.
Finalement le sentiment d'urgence lors des conditions de tournage est le même que celui ressenti par Ebrahim et ces difficiles conditions de tournage donnent aussi l'impression de servir le sujet. Y a-t-il des scènes auxquelles vous avez dû renoncer ? Ou, au contraire, d'autres scènes sont-elles nées de ces contraintes ?
Je suis allé sur le plateau avec un scénario flottant. Je veux dire que rien n'était figé, tout pouvait changer sur le plateau notamment pour faire face aux contraintes du quotidien. J'ai beaucoup d'exemples. Pêle-mêle, il me vient à l'esprit la scène du concessionnaire. J'étais censé tourner la scène dans une boutique de vêtements très chics à Téhéran, mais le propriétaire nous a lâché à la dernière minute. Un ami d'un ami d'un ami connaissait un concessionnaire. Nous avons réécrit les dialogues en fonction du nouveau décor et du nouveau métier. Cerise sur le gâteau, les murs étaient couverts de miroirs. Un bonheur pour moi, un calvaire pour le chef'op. la scène a pris, je trouve plus de poids. Le concessionnaire vend des bébés comme des voitures.
Ce qui m'a aussi frappée, c'est votre vision sombre de l'Iran, « Téhéran » montre un peuple désenchanté qui, à l'image de la dernière scène, suffoque et meurt. La caméra s'éloigne alors comme si on regardait cela de loin, avec une relative indifférence. Partagez-vous ce pessimisme ou votre film reflète-t-il le sentiment général du peuple iranien ?
La dernière scène du film reflète très bien ma vision des choses pendant le tournage et la raison pour laquelle j'ai réalisé ce film : l'impuissance. Le peuple iranien n'est pas indifférent mais reste impuissant face à ce qu'on lui impose et ne réagit pas ou pas assez. Les choses ont beaucoup changé depuis les dernières élections et tant mieux. Il y a eu un sursaut national, une renaissance qui n'a pas l'air de faiblir. Le placement de la caméra dans la dernière scène n'est pas un éloignement par rapport à la réalité de la vie, elle évoque au contraire notre impuissance à prendre notre destinée en main, comme si on nous gardait à distance. Nous restons spectateur et non pas acteur de la pièce dans laquelle nous sommes censés jouer le rôle principal.
Pensez-vous que votre film pourra sortir en Iran ?
Je ne sais toujours pas. J'aimerais beaucoup. Je vais très prochainement envoyer une copie du film, avec un dossier de presse. La balle sera ainsi dans le camp du Ministère de la Culture et de l'Orientation Islamique.
Avez-vous d'autres projets ? Pensez-vous qu'il sera encore plus difficile pour vous de tourner en Iran après ce film ?
J'ai un autre projet que j'aimerais tourner cet hiver en Iran. Une comédie romantique à Téhéran, un film très différent dans la forme et dans le fond. Je vais me battre pour faire ce film en Iran, comme tout le monde. Pour le moment, je me concentre sur l'écriture. À chaque jour suffit sa peine. On ne sait pas de quoi demain est fait.
Suivez aussi les autres blogs "in the mood": In the mood for Cannes , In the mood for luxe et In the mood for Deauville .
18:41 Écrit par Sandra.M dans INTERVIEWS "IN THE MOOD FOR CINEMA" | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, interview, nader t.homayoun, téhéran |
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15/12/2009
Evènement- Interview -rencontre avec Alejandro Amenabar et avant-première d’« Agora »
Jeudi dernier, on me proposait de voir « Agora » ce lundi en avant-première à l'UGC de Bercy puis d'interviewer son réalisateur Alejandro Amenabar, le lendemain (aujourd'hui donc). J'étais évidemment aussi agréablement surprise qu'enthousiaste à cette idée même s'il m'a fallu pour cela renoncer à la Master class Jean-Laurent Cochet réservée de longue date (et ceux qui suivent ce blog depuis un moment savent à quel point j'en suis inconditionnelle) et même si je prends à cœur mais surtout avec humilité ce tout nouveau rôle d'intervieweuse (formation accélérée puisque c'était ma deuxième expérience en une semaine, après l'interview du cinéaste coréen Bong Joon-ho la semaine dernière). Et si je ne devais retenir qu'une chose de tous les beaux moments et les belles opportunités que ce blog a suscités (ou à l'inverse que j'ai suscités avant d'en parler sur ce blog) ce serait évidemment les rencontres qu'elles soient sur l'écran ou de l'autre côté mais pouvoir échanger ainsi avec des cinéastes dont on apprécie le travail est encore un plaisir supplémentaire et un immense privilège dont j'ai entièrement conscience et pour lequel je remercie vivement Cinefriends et Mars Distribution à l'origine de cette rencontre. Mais avant d'en venir au récit de cette rencontre et au compte rendu de l'interview, d'abord la critique du film. L'avant-première a eu lieu hier soir en présence du réalisateur.
Voici la présentation du film lors de l'avant-première par Alejandro Amenabar :
Critique d' « Agora » d'Alejandro Amenabar
Agora nous ramène 1600 ans en arrière, au IVème siècle après Jésus-Christ alors que l'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde alors. C'est là que vit la brillante astronome Hypatie (Rachel Weisz), réfugiée dans La Grande Bibliothèque, menacée par la colère des insurgés. Avec ses disciples elle tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles. Parmi ceux-ci, deux hommes qui se disputent son amour : Oreste et le jeune esclave Davus (Max Minghella), déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens de plus en plus puissants...
« Agora » est avant tout un film qui ne cède à aucune mode, à aucune facilité didactique, à aucune banalité démagogique. Et c'est d'abord ce qui m'a séduite, cette exigence que certains ont analysée comme de la froideur. Cette rigueur presque scientifique comme si la personnalité d'Hypatie se reflétait dans la forme du film qui, comme elle, possède aussi une noblesse, une force, une grandeur admirables. Cette volonté de ne pas tout simplifier pour rendre le film plus accessible ou sympathique. Et avec raison puisque le film a cette année connu un énorme succès en Espagne où il pourrait même devenir le plus gros succès de tous les temps, ce qui est d'ailleurs rassurant sur les goûts du public que l'on tend trop souvent à infantiliser ou mépriser, même si une partie du public a aussi été attirée par la polémique (le film ayant révolté certains conservateurs, en raison de l'image du christianisme qui y est donnée).
Mais n'allez pas croire qu'il s'agit d'un film hermétique et dénué de tout sentiment. Au contraire, la rareté des scènes où les sentiments s'expriment en renforce encore la majesté qui culmine dans le dénouement d'une beauté tragique et sublime, cruelle et sacrificielle, crue et poétique. Alliance et opposition des paradoxes comme l'est ce film tout entier. Entre science et religion. Savoir et intolérance. Réflexion et sentiment. Raison et passion. Liberté et enfermement.
Amenabar a aussi eu l'excellente idée d'appliquer à la forme le thème du cycle, symbole des travaux d'astronomie d'Hypatie mais aussi du cycle historique et des meurtrières intolérances qui se répètent inlassablement. Sa caméra prend aussi du recul sur les évènements comme un journal télévisé, ou comme si des extraterrestres ou un mystérieux démiurge (sous le fallacieux prétexte duquel toutes ces Hommes se battent, usent et abusent de leur violence) les observait.
« Agora » est ainsi aussi une condamnation des extrémismes et en nous parlant de l'Egypte il évoque évidemment notre société avec d'ailleurs un remarquable souci d'équité (entre Païens, Juifs et Chrétiens) et avec la volonté de dénoncer avec la même force l'absurdité des extrémismes religieux, les opprimés d'hier devenant les oppresseurs d'aujourd'hui. L'Agora c'est le lieu où les Hommes devraient s'écouter, se comprendre mais où ils s'enferment dans leurs croyances et leurs intolérances obstinées.
Grâce à un habile contraste de couleurs dans les tenues vestimentaires des défenseurs des différentes religions, Amenabar rend limpide un récit qui aurait rapidement pu être opaque et ennuyeux. Il n'en est rien, je n'ai pas vu passer les 2H que dure le film (une durée raccourcie après la projection cannoise.) La mise en scène y est évidemment pour beaucoup.
Avec ce film sur la nécessité des Hommes (parfois meurtrière) de croire, Amenabar nous donne envie de croire encore davantage en la force inépuisable de conviction du cinéma.
Et puis il y a Alexandrie, majestueusement reconstituée, ville monumentale et décadente mais surtout fascinante dans laquelle déambule une foule réelle et non créée par ordinateur, ce qui accroît l'impression de réalisme et d'actualité malgré les siècles qui nous séparent de l'époque de cette histoire.
C'est enfin un magnifique portrait de femme, celui d'une femme libre et fière qui voulait vivre comme un homme, qui risqua se vie pour des idéaux et dans ce rôle Rachel Weisz est absolument impeccable.
Cette fois Amenabar n'a pas signé lui-même la musique qu'il a laissée aux soins de Dario Marianelli.
« Agora » est donc un prodigieux mélange de rigueur scientifique et de souffle épique, d'auscultation de douleurs intimes dans un décor spectaculaire, une fresque ambitieuse qui nous fait voyager dans le temps et dans l'espace, qui apporte de la contemporanéité au péplum.
Amenabar (à partir d'un scénario coécrit avec Mateo Gil), avec ce cinquième long métrage, explore ainsi encore une nouvelle facette de son talent avec un film qui a la beauté intense du visage de Rachel Weisz et celle, ténébreuse et hantée de contradictions, de Max Minghella. Un film qui est aussi une irréfutable démonstration de l'absurdité des extrémismes religieux, du prosélytisme et de l'interprétation extrémiste des textes, quelle que soit la religion qu'ils sous-tendent.
Un film brillant et éclairant. Rigoureux et intense. Un miroir implacable d'une société qui, dans ce domaine de l'intolérance religieuse, n'a finalement pas su évoluer en...1600 ans, ni tirer les leçons des cruautés et violences du passé !
Un film dont que je vous recommande et dont je vous reparlerai, au moment de sa sortie, le 6 janvier 2010
Interview- Rencontre avec Alejandro Amenabar
Il y a des jours où m(l)a vie ressemble vraiment à du cinéma et je crois que si j'accumulais les troublants hasards et coïncidences -que Lelouch même n'oserait inventer- rien que de cette année, et les moments surréalistes et irréels, je pourrais en faire un film (même comique parfois, souvent). J'étais donc en train de penser à une très récente étrange coïncidence, tandis que dehors Paris était pétrifiée par l'air glacial sous un ciel mensongèrement bleutée, lorsque mon adorable chauffeuse de taxi qui, pendant tout le trajet, s'était déhanchée sur la musique à tue-tête de son autoradio (notamment un Guantanamera insolemment ensoleillé) -qui coïncidait avec mon humeur joviale-, tenant son volant par intermittence quand elle se souvenait que c'était quand même plus pratique pour conduire -ce qui coïncidait avec mon humeur inconsciente- quand la musique de Yann Tiersen pour le film « Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain » retentit dans le taxi et que, au même moment, ma chauffeuse me laissa, à Montmartre dans la rue même où avait eu lieu le tournage du film( encore une petite coïncidence donc) , à deux pas de l'hôtel particulier où avait lieu l'interview. Enfin un hôtel particulier...disons un endroit auquel on accède après un dédale, tamisé et presque inquiétant (un décor pour le film d'horreur qu'Amenabar projetterait de tourner ?). Amenabar, justement, revenons-y. Malgré le froid et l'heure matinale mes neurones parvinrent tout de même à décompter -seulement- 4 personnes (2 blogueurs, enfin-euses- et 2 journalistes) au lieu des 10 initialement prévues, de quoi accentuer le caractère, intime, privilégiée de cette belle rencontre dont voici un résumé . Après que cette immense assemblée se soit présentée, et qu'Alejandro Amenabar nous ait poliment salués puis tout aussi poliment et stoïquement écoutés, le jeu des questions réponses pouvait débuter.
Sur la genèse du projet, Alejandro Amenabar a d'abord évoqué son intérêt pour l'astronomie. Il a d'abord pensé à réaliser un film qui aurait retracé 20 siècles d'Histoire de l'astronomie. Quand il s'est aperçu que le projet aurait une envergure énorme, il s'est ensuite concentré sur le personnage d'Hypatie sans laisser de côté la cosmologie. Il a donc choisi ce lieu où régnait une ambiance d'hystérie collective où chacun essayait d'imposer ses idées par la force. Mais dans cette planète il devait bien exister un lieu où la diversité serait possible, ce lieu s'appelant l'Agora. Les changements dans le film concernent ainsi autant l'espace que le temps.
Concernant le budget, et le grand nombre de figurants, il a fait comme avec ses premiers films en « essayant d'optimiser les ressources et de faire le maximum avec les moyens » dont il disposait. Il s'y est ainsi pris de la même manière que pour son premier film à 700000 euros alors que le budget d' « Agora » était supérieur à 50 millions de dollars. Financer le film n'a ainsi pas été facile et ensuite il a fallu faire coïncider cet énorme budget avec la liberté créatrice absolue qu'il souhaitait avoir. Il fallait aussi concilier ceux qui avaient beaucoup d'expérience avec ceux qui en avaient moins.
Il aspirait avant tout à montrer une partie de l'Histoire du christianisme jamais montrée mais il a essayé de montrer toutes les religions sur le même plan.
A ma question sur le point commun entre ses films qui pourrait être le thème de l'enfermement (physique ou moral) il a répondu que pour lui le point commun était de faire en sorte, avant tout, que ses personnages soient confrontés à un dilemme. Dans « Mar Adentro » et dans « Agora » « les héros ne sont ainsi pas ceux qui se servent d'une épée mais qui se servent de leurs têtes. »
A la question sur le lieu qui selon lui aujourd'hui ressemblerait à l'Agora, Alejandro Amenabar a répondu... internet ajoutant que le film en lui-même était d'ailleurs une agora symbolique avec des Juifs et des Musulmans, et beaucoup de nationalités différentes.
Concernant la musique, lorsqu'il a fini la musique pour « Mar Adentro », il s'est dit que cela avait été une expérience très gratifiante et qu'il serait bien de laisser ce rôle à d'autres pour les prochains films.
Concernant le style de films vers lequel il souhaiterait aller, il ne pense pas qu'il fera un drame historique dans l'Empire romain mais qu'il changera de genre encore une fois. Pour lui l'important est de « se sentir libre. »
Concernant le choix de Rachel Weisz, il le justifie par son talent, sa beauté, par ses traits méditerranéens qu'il fallait pour le personnage. Par ailleurs elle est diplômée et il s'est dit qu'elle serait touchée par le personnage.
Pour lui, Agora est clairement un film féministe.
Concernant ce en quoi lui croit, il a répondu « croire en l'être humain ». Ce qu'il voulait dire avant tout dans ce film : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse » et pour lui cela réside dans le bon sens et non dans les 10 commandements chrétiens.
Concernant les débuts de sa passion pour le cinéma il croyait qu'elle était venue tardivement mais en fait il a réalisé que sa passion existait depuis très longtemps. Il aimait ainsi écrire, lire, faire de la musique et réunir tout ça il a réalisé que cela constituait un film.
Concernant ses coups de cœur cinématographiques de l'année, après un temps de réflexion, il a cité « The reader » et « Doubt».
Concernant le choix de Michael Lonsdale, il l'a qualifié d' « homme très spécial » avec « un côté intellectuel utile pour incarner le personnage ». Pendant le tournage il a ainsi constaté son « calme très professionnel » ajoutant qu'au début il croyait qu'il ne l'aimait pas mais que la maquilleuse l'a rassurée sur ce point.
Merci encore à Cinefriends et vous pourrez aussi lire un autre récit de cette rencontre sur le blog de la très sympathique blogueuse de Shunrize .
20:06 Écrit par Sandra.M dans AVANT-PREMIERES, INTERVIEWS "IN THE MOOD FOR CINEMA" | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
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10/12/2009
Interview de Bong Joon-ho ( réalisateur de « The Host », « Memories of murder », « Mother »)
Première (enrichissante) expérience d'intervieweuse "en live" avec le charmant et très loquace Bong Joon-Ho (réalisateur de « The Host », « Memories of Murder »...) hier soir, dans le cadre tamisé et chaleureux d'un hôtel du 6ème arrondissement.
Le film « Mother » dont il nous a essentiellement parlé sort en salles le 27 janvier 2010. Je vous le recommande vivement et vous pouvez lire ma critique en cliquant ici. « Mother » a été présenté dans la section « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2009 et vient d'être élu meilleur film au 30ème trophée « The Blue Dragon Awards » à Séoul (équivalent de nos César) . En 4 films, Bong Joon-Ho, au même titre par exemple que Park Chan-wook, a réussi à s'imposer comme une référence incontournable de cette nouvelle vague coréenne particulièrement inventive. Il connaîtra ainsi son premier succès (auprès du public comme de la critique et au-delà des frontières coréennes) avec "Memories of murder". "The Host" sera présenté à la Quizaine des Réalisateurs et récoltera une estime internationale. En 2008, il participe au triptyque "Tokyo" avec Leos Carax et Michel Gondry. Il adapte actuellement la bd "La Transperceneige" avec Park Chan-wook comme producteur.
Merci à Diaphana ainsi qu'à Florian et à Jérôme de Cinefriends d'avoir instigué cette passionnante et instructive rencontre. En attendant la vidéo, voici un résumé de ses réponses.
Ma première question concernait la critique de la société coréenne, un aspect commun à ses différents films, celui-ci stigmatisant ainsi ici l'inefficacité de la police et la corruption de la justice, déjà brocardées de manière plus ou moins métaphorique dans ses précédents films. Je lui ai ainsi demandé dans quelle mesure réaliser était pour lui un acte politique.
Selon lui en tant qu'être humain il est évidemment, par essence, amené à avoir une conscience politique mais il ne le fait pas forcément exprès. Pour Bong Joon-Ho, dans ce film en particulier, les policiers sont plus « mignons » qu'incompétents et s'ils commettent des fautes irréparables, ils le font comme tout être humain peut en commettre.
Il a ajouté aimer "montrer des gens ordinaires dans des situations exceptionnelles".
Pour lui « The Host » est une vitrine de la satire et dans « Mother », il voulait ainsi prendre le contrepied avec un film « plus intimiste ». Il voulait ainsi « mettre les individus dans une situation extrême pour montrer l'instinct de l'être humain » et voulait ainsi faire l'autoportrait de la société coréenne à travers eux.
Je lui ai ensuite parlé de Kim Hye-Ja qui interprète brillamment le rôle de la mère, sidérante dans l'intensité de son jeu et sa diversité d'expressions. Je lui ai demandé si elle avait été à la base du projet, si elle avait dicté son choix du sujet principal ou s'il avait dès le départ envie de traiter de cet amour fusionnel et obsessionnel et dans ce cas pour quelle raison il avait choisi ce sujet.
Bong Joon-Ho a répondu qu'elle avait été à l'origine du film. En Corée c'est une sorte d'icône mais il voyait en elle presque une « sorte de folie dans son jeu », une « sorte de psychopathe » alors qu'elle incarne toujours les mères vertueuses et généreuses. Avec beaucoup d'humour il a répondu qu'elle était aussi folle dans la vie que dans le film.
Je lui ai ensuite demandé s'il souhaitait renouveler l'expérience de « Tokyo » et tourner ainsi à l'étranger, pourquoi pas en France.
Pourquoi pas a-t-il répondu à condition de pouvoir garder le contrôle à 100%, et d'avoir le final cut comme c'est le cas pour lui en Corée. L'expérience à Tokyo a ainsi été pour lui « très satisfaisante ». Quant au cinéma français, sa rencontre avec Laurent Cantet la veille de cette interview avec lequel il a évoqué vaguement un projet lui a apparemment donné quelques idées.
Bong Joon-ho est ensuite revenu sur le personnage de la mère, sur lequel il voulait « vraiment se concentrer », la « regarder en gros plan. » Il faisait entièrement confiance à son interprète. Dans certains plans, très larges, elle ressemble ainsi à un grain de sable afin de montrer le caractère « acharné » de sa lutte.
Concernant le caractère très soigné de sa réalisation, Bong Joon-Ho a précisé avoir écrit le scénario et le storyboard et avoir toujours une idée précise des plans quand il va sur le tournage tout en se demandant ensuite comment se détacher du story-board une fois sur le tournage. Tout ce qui est technique respecte ainsi le story-board.
Je lui ai enfin demandé de parler du thème de la culpabilité autour duquel son film s'articule notamment. Ainsi « Memories of murder » traitait déjà du thème d'un serial killer qui ne fut jamais arrêté, dans « Mother », Do-joon sera finalement aussi relâché, et sa mère jamais jugé pour le meurtre qu'elle a commis, ma question consistait donc à savoir s'il avait une tendresse particulière pour les coupables innocentés ou s'il s'agissait pour lui avant tout d'un moyen de traiter du thème de la culpabilité.
Bong Joon-Ho a répondu que pour lui le sentiment de culpabilité était très important, ainsi que la notion de châtiment, se demandant ainsi si on est toujours condamné pour un crime qu'on a commis, trop d'innocents étaient jugés coupables. La mère se retrouve ainsi confrontée à un dilemme moral face à un innocent accusé.
J'aurais eu encore beaucoup de questions à lui poser... une demi-heure étant forcément trop courte pour aborder tous les aspects d'un film aussi hybride, d'une réjouissante complexité, à la fois teinté d'humour noir, de poésie, mais créant aussi un véritable suspense pour aboutir à un film indéfinissable mêlant les genres (policier, mélodrame, comédie...) avec énormément d'habileté.
11:45 Écrit par Sandra.M dans FESTIVAL DE CANNES 2009, INTERVIEWS "IN THE MOOD FOR CINEMA" | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, bong joon-ho, interview, diaphana, memories of murder, mother, the host |
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01/10/2009
Interviews d'Aymeric Cormerais et Yvon Marciano, respectivement acteur principal et réalisateur de "Vivre!"
Après l'interview de Rémi Bezançon, j'ai le grand plaisir de vous proposer aujourd'hui les interviews d'Aymeric Cormerais et Yvon Marciano, respectivement acteur principal et réalisateur de "Vivre!", qui sortira en salles ce 7 octobre un film que je vous recommande vivement ne serait-ce que parce qu'il donne vraiment envie de "Vivre", un film lumineux qui me trotte toujours dans la tête une semaine après la projection, et qui vous donne cet exaltant sentiment de liberté et de "carpe diem", et cette sensation qu'aujourd'hui est "le premier jour du reste de [votre] vie" pour paraphraser le titre d'un film d'un réalisateur précité dans lequel a également joué Aymeric Cormerais.
Un hymne à la liberté, la vie, Paris, l'amour, la jeunesse mais aussi un hommage au cinéma (d'hier et aujourd'hui avec une nouvelle génération d'acteurs) et à la Nouvelle Vague... à ne surtout pas manquer! Un film par ailleurs remarqué par Catherine Deneuve dont elle dit qu'il "aurait plu à Truffaut"!
Inthemoodforcinema.com a également le plaisir de vous faire gagner des places pour l'avant-première du film, en présence de l'équipe, le 6 octobre, à 20H, au Studio 66 (66 rue Jean Jaurès- 94500) à Champigny-sur-Marne. 10 places pour 2 sont à gagner! Pour remporter ces places, assurez vous d'abord d'être disponibles et de pouvoir vous rendre sur le lieu de la projection, ensuite il vous suffira de m'envoyer un email à inthemoodforcinema@gmail.com avec votre nom et le nom de la personne qui vous accompagnera, en me disant en une phrase pourquoi vous souhaitez assister à cette avant-première, et avec comme intitulé de l'email "Avant-première de "Vivre!"".
Cliquez ici pour lire ma critique de "Vivre" d'Yvon Marciano
INTERVIEW D'YVON MARCIAN0 (réalisateur de "Vivre!)
Pour Yvon Marciano, il s'agit d'un second long-métrage en tant que réalisateur. Yvon Marciano est réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, cadreur. Son premier long-métrage, il y a 13 ans déjà, "Le Cri de la soie" (avec Marie Trintignant) avait été très remarqué et avait reçu de nombreux prix. Marie Trintignant avait par ailleurs été nommée comme "meilleure interprète féminine" pour ce film aux César 1997. Yvon Marciano a également réalisé de nombreux courts-métrages pour lesquels il a été de nombreuses fois primé. Il a également réalisé plusieurs films publicitaires et programmes pour la télévision. Il est aussi professeur de réalisation à l'école de cinéma ESEC et il enseigne également à l'Ecole Florent le travail de l'acteur face à la caméra.
In the mood for cinema : Treize années séparent « Vivre ! » de votre précèdent long-métrage « Le Cri de la soie », est-ce un choix de votre part que de vous être consacré au court-métrage pendant cette période ou avez-vous eu d’autres projets de longs avortés entre-temps ?
Yvon Marciano : J’ai d’abord traversé un véritable « tsunami » dans ma vie personnelle qui m’a empêché, pendant au moins sept ans, de me consacrer au long métrage. Au cours de ces treize années, j’ai quand même réalisé huit courts métrages, mis en scène deux pièces de théâtre, et écrit deux scénarios de longs. Le premier intitulé « Le Beau Sexe » n’a malheureusement pas trouvé le financement nécessaire malgré un beau casting féminin (Marie Trintignant, Elsa Zylberstein, Marie-Josée Croze, Julie Gayet…). Quant au deuxième « Do not disturb », le montage financier est en cours, et j’espère pouvoir le tourner très prochainement. Le film sera produit par Mercredi Films.
ITMFC : Vous dîtes vous-même, après une dizaine de courts, avoir subitement décidé d’écrire et réaliser « Vivre ! », y a-t-il eu un élément déclencheur ?
Yvon Marciano : L’impatience. L’idée de devoir attendre encore deux ou trois ans avant de tourner me paraissait insupportable. L’idée de devoir refaire le parcours habituel (recherche de financement, attente des réponses) et de devoir supporter l’inertie terrible du système… Cela m’a incité à imaginer une toute autre méthode pour « Vivre ! » : se jeter à l’eau sans financement ou presque, écrire et préparer le film dans l’urgence, le plus librement possible, sans pression, en réunissant autour de moi de jeunes acteurs et de jeunes techniciens. J’avais en effet depuis longtemps le désir de parler de la jeunesse, et de donner leur chance à de jeunes comédiens. Et faire un film qui soit au maximum du côté du plaisir.
ITMFC : Comment résumeriez-vous et définiriez-vous « Vivre ! » ?
Yvon Marciano : Un film qui se voudrait tonique, vivant, libre. En réaction contre un cinéma très largement dépressif. Un film du côté de la lumière, qui essaie de parler de tout (même des choses graves) avec légèreté.
ITMFC : « Vivre ! » est un magnifique hommage à la Nouvelle Vague. On retrouve notamment une référence explicite à « A bout de souffle ». Dans quelle mesure le cinéma de cette époque vous a-t-il influencé et ce film de Godard en particulier ?
Yvon Marciano : Le cinéma de la Nouvelle Vague m’a nourri quand j’étais adolescent. Il m’a profondément marqué, à cause de sa liberté de ton, de sa liberté formelle. Certains films de Godard et Truffaut, pour ne citer que ceux-là, ont été déterminants pour moi.
ITMFC : Bresson aussi semble vous avoir influencé ou encore Truffaut, les personnages masculins de « Vivre ! » me semblent ainsi avoir tous un quelque chose d’Antoine Doinel, et en particulier Théo qui me rappelle beaucoup le Doinel de « Baisers volés ». Dans quelle mesure ces cinéastes et ce film en particulier vous ont-ils également influencé ?
Yvon Marciano : C’est très pércisément Bresson qui m’a donné envie de faire du cinéma. Son « Pickpocket » a été une révélation, un coup de fouet. Ce film m’avait bouleversé et sidéré par son sujet, son personnage principal, son traitement, sa mise en scène « au cordeau ». D’une maîtrise incroyable. Depuis, je me suis un peu éloigné de cet « art de la maîtrise » dont Bresson, Dreyer ou Hitchcock, sont les représentants illustres. J’ai envie aujourd’hui de plus de spontanéité, de plus de liberté. D’être surpris au moment du tournage. Les ressemblances avec Doinel et le cinéma de Truffaut ne sont pas conscientes. Il se trouve que j’ai toujours senti de très grandes affinités avec Truffaut, et une grande admiration, davantage pour l’homme d’aillleurs que pour le cinéaste. Catherine Deneuve a vu « Vivre ! » il y a quelques mois. Je ne l’avais jamais rencontrée, et ce qu’elle m’a dit après la projection m’a sincèrement touché, venant d’elle qui l’a très bien connu : « Ce film aurait beaucoup plu à François. »
ITMFC : Avez-vous donné des indications aux comédiens pour qu’ils s’inspirent du jeu de ceux de cette époque par exemple pour qu’ils aient cette fausse désinvolture qui me semble spécifique à la Nouvelle Vague ?
Yvon Marciano : Non, pas particulièrement. C’était à moi de créer, au moment du tournage, les conditions (rapidité d’exécution, liberté, décontraction, absence de pression, goût du jeu, plaisir) pour que cette « désinvolture » s’exprime au mieux.
ITMFC : De « Vivre ! » émane un sentiment de liberté et de légèreté auquel contribue aussi le mode de filmage. Etait-ce un choix délibéré de votre part ?
Yvon Marciano : Bien sûr ! Il était impensable pour moi de tourner autrement. Il fallait la caméra à l’épaule, sans aucune machinerie (ni pied, ni rails de travelling), le matériel d’éclairage le plus léger possible. Avec Pierre Befve, mon chef-opérateur, nous voulions que tout le matériel soit contenu dans une petite camionnette. Que la logistique soit la moins contraignante possible. Je voulais même qu’on puisse se déplacer à pied d’un décor à l’autre, en sachant que nous avions parfois cinq lieux différents dans la journée !
ITMFC : « Vivre ! » est un film à la fois intemporel et contemporain, un hymne à Paris, au cinéma, à l’amour mais c’est aussi un hymne à la jeunesse et à la nouvelle génération des comédiens qui interprètent ces personnages. Qu’est-ce qui selon vous caractérise cette nouvelle génération ? Comment avez-vous choisi ces jeunes comédiens et en particulier Aymeric Cormerais qui interprète le rôle principal ?
Yvon Marciano : J’ai fait un casting qui a duré 5 semaines, j’ai demandé conseil à quelques personnes de confiance qui travaillent dans le cinéma, j’ai profité de mes interventions à L’Ecole Florent (ou je dirigeais chaque année un stage de cinéma d’un mois et demi) pour proposer certains rôles à des élèves talentueux que j’avais depuis longtemps repérés (Gaël Tanniou, Lydie Waï, Pierre-Marie Baudoin). Arnaud Denis m’a été conseillé par une amie comédienne. Quant à Aymeric Cormerais, j’ai fait des essais avec lui qui m’ont convaincu : j’ai aimé sa liberté, sa désinvolture. Je me suis inspiré de la personnalité des comédiens pour écrire le scénario, l’écriture et le casting ayant été menés en parallèle. C’est assez grisant de partir des comédiens pour écrire, de dessiner leurs personnages en fonction de ce qu’ils vous inspirent. Je voulais parler de la jeunesse, pas forcément celle des années 2000, mais davantage de l’esprit de la jeunesse. Que ce film fasse un minimum de concessions à la mode, à l’air du temps, qu’il soit autant que possible intemporel. Ce qui me frappe, dans la jeunesse d’aujourd’hui, c’est souvent (et on peut la comprendre) une peur de l’avenir, une peur du lendemain. Qui génèrent une forme de passivité, de flottement, d’indécision, d’attentisme, d’inertie. Rien ne me fait plus peur que l’immobilisme. Quand on est jeune, il ne faut surtout pas rester au bord du chemin à attendre je ne sais quel espoir. Il faut agir, avancer, saisir la vie à bras le corps. Quelles que soient ses capacités, il faut aller de l’avant, tenter des choses, se casser la figure si besoin, prendre des coups peut-être, mais agir ! C’est la seule manière de rester vivant ! Ce sont en tout cas ces valeurs-là, cette philosophie-là, que j’ai voulu défendre dans le film.
ITMFC : « Vivre ! » a été tourné en un mois à Paris donc avec une économie de temps mais aussi de moyens, cela donne une impression de spontanéité rafraîchissante à l’ensemble, est-ce que cela a constitué une contrainte ou au contraire une liberté pour vous en tant que cinéaste?
Yvon Marciano : Les deux ! Des contraintes énormes au moment de l’écriture. Impossible de sortir de Paris car le moindre déplacement coûte cher, impossible de tourner dans des décors qui ne seraient pas gratuits. Le manque d’argent représentait la plus grande contrainte. Mais une fois passée l’étape de l’écriture, j’ai ressenti au moment du tournage un incroyable sentiment de liberté. Je me suis beaucoup amusé, j’étais porté par l’énergie du groupe, par l’investissement énorme de chacun des jeunes gens qui composaient l’équipe. Je ne crois pas avoir ressenti la moindre pression, la moindre frustration. Ce tournage a été assez miraculeux.
ITMFC : L’équipe technique était je crois majoritairement composée d’étudiants en cinéma, en quoi cela a-t-il influé sur votre travail ?
Yvon Marciano : Il était important pour moi qu’un film sur la jeunesse soit tourné par des jeunes gens. C’était impensable autrement. J’ai misé sur l’alchimie du groupe, la synergie, le plaisir partagé, le goût de la jeunesse pour le risque, le pari et le jeu. J’avais l’intuition que ces choix ne pouvaient qu’imprégner le film.
ITMFC : Paris est un personnage à part entière, comment avez-vous choisi les lieux, y avait-il un fil directeur particulier entre ces différents endroits ?
Yvon Marciano : Paris est une ville dont je ne me lasse pas. Cela fait trente ans que j’y habite, et je lui trouve toujours une beauté, une richesse, une diversité, une photogénie magnifiques. En tant que cinéaste, je suis toujours ébloui par la beauté de certaines rues, de certains sites, par la présence de la Seine, par une qualité de lumière, de ciel. Je voulais en effet que la ville ne soit pas qu’un décor, à l’arrière-plan. Qu’elle fasse partie intégrante du récit. Que mes personnages puissent dire : « Paris nous appartient » !
ITMFC : Dans « Vivre ! » plus de 80 lieux de tournages ont été utilisés je suppose que cela a constitué une contrainte supplémentaire pour les comédiens mais aussi pour vous ?
Yvon Marciano : Cela faisait partie du pari initial. J’avais très peur que le film, à cause de l’extrême modestie de son budget, apparaisse comme un film pauvre. C’est pourquoi j’ai multiplié les lieux, les personnages, les séquences. Avant de commencer à tourner, je voulais que mon film soit un peu comme une mosaïque, un kaléïdoscope.
ITMFC : Claude Sautet disait que le cinéma « doit faire aimer la vie ». C’est le sentiment avec lequel je suis ressortie de la projection de votre film. Etait-ce votre intention première ?
Yvon Marciano : Votre réaction me fait très plaisir. Je souscris entièrement à ce que disait Sautet. On sait tous que la vie est difficile, semée d’obstacles, de souffrances, de dangers et parfois de périls. Mais cela ne m’intéresse pas d’aller dans le courant souvent « dépressif » du cinéma d’aujourd’hui. Je me sens, en tant que cinéaste, l’obligation morale (j’insiste sur ce qualificatif « morale »), d’être plutôt du côté de la lumière que de l’ombre, et d’exalter la vie. Sans chercher à mentir ou à tromper les gens, en étant au plus près de la vérité des situations et des personnages, mais en faisant un cinéma, je l’espère, tonique. Qui donne envie de se battre, d’ouvrir grand ses yeux et ses oreilles, et de savourer la vie.
ITMFC : Si vous deviez convaincre les spectateurs d’aller voir « Vivre ! » plutôt qu’un autre film ce 7 octobre que leur diriez-vous?
Yvon Marciano : Je leur dirais que j’ai essayé de faire un film libre, vivant, en toute indépendance, en ce sens qu’il ne m’a été imposé par personne, qu’il s’est fait en dehors des règles habituelles du système, en refusant de passer sous les fourches caudines du « formatage ». Et qui, je l’espère, transmet des ondes positives, et donne envie de vivre !
ITMFC : Quels sont vos projets ? Attendrez-vous 13 ans avant de réaliser un nouveau long-métrage ?
Yvon Marciano : Non, surtout pas ! Je voudrais réaliser « Do not disturb » dans un avenir proche, et faire encore mille choses. Mes désirs de films sont divers, multiples, et très nombreux. Mais, comme vous vous en doutez, tout cela ne dépend pas que de moi…
INTERVIEW D'AYMERIC CORMERAIS (acteur principal de "Vivre!" d'Yvon Marciano)
Pour Aymeric Cormerais il s'agit d'un premier premier rôle dans un long-métrage même si vous avez déjà pu le remarquer dans "Béa", le court-métrage de Romual Beugnon pour lequel il a reçu le prix d'interprétation au Festival du Film Romantique de Cabourg un excellent court-métrage que vous pouvez visionner en cliquant ici- , vous avez également pu le voir dans le non moins excellent "Elle viendra pas" d'Olivier Serrano ou encore dans un rôle secondaire et non moins mémorable dans « Le premier jour du reste de ta vie » de Rémi Bezançon). Vous le retrouverez aussi demain , à 20H30, sur France 2 dans « Pour une nuit d'amour », un inédit de la collection « Contes et nouvelles » du XIXème siècle adapté de Zola et réalisé par Gérard Jourd'hui.
In the mood for cinema : Aymeric, Théo dans « Vivre ! » est ton premier premier rôle dans un long-métrage, avant d’en venir au film, peux-tu nous dire comment est né ton désir d’être comédien ?
Aymeric Cormerais : Quand j'étais petit, après avoir regardé un film qui m'avait vraiment plu, je voulais faire le même métier que le héros. Quand j'ai vu « Indiana Jones » je voulais être aventurier. Quand j'ai vu « Jack le Tueur de Géants » je voulais chasser des monstres. Quand j'ai vu « La Grande Evasion » je voulais m'évader. Quand je regardais « Mac Gyver » … heu en fait j'ai jamais vraiment compris son boulot mais ça avait l'air vraiment cool. Tous les ans, quand il fallait mettre le métier qu'on voulait faire sur une feuille à la rentrée des classes, je changeais d'avis. Et puis un jour j'ai compris que la meilleure solution pour être tout ça à la fois, c'était d'être comédien.
ITMFC : Même si «Vivre ! » est le premier long dans lequel tu interprètes un premier rôle, tu as déjà eu un rôle marquant dans « Béa » de Romuald Beugnon, un film primé dans de nombreux festivals pour lequel tu as obtenu le prix d’interprétation au Festival du Film Romantique de Cabourg en 2006, que t’a apportée cette expérience (dans l’évolution de ton travail et au regard d’éventuelles opportunités professionnelles)?
Aymeric Cormerais : Romuald a été le premier réalisateur à me faire confiance, et ce malgré la réticence de plusieurs personnes de son équipe. « Béa » est vraiment le film qui m'a permis d'avancer. J'ai pu trouver mon premier agent, rencontrer des directeurs de castings, des réalisateurs … Sans parler du prix d'interprétation. La cerise sur le gâteau ! Et puis lors de projections dans les festivals j'ai remarqué que les mamies m'aimaient bien (certaines me faisaient des clins d'oeil).
ITMFC : Dans « Béa » de Romuald Beugnon, dans le court-métrage d’Olivier Serrano « Elle viendra pas », dans "Le Premier jour du reste de ta vie" de Rémi Bezançon, et dans le téléfilm de Gérard Jourd’hui « Pour une nuit d’amour » (diffusé ce vendredi 2 octobre sur France 2) tu interprètes des personnages plutôt antipathiques, jubilatoires pour le spectateur. Le sont-ils aussi à interpréter ? Est-ce vers ce genre de rôle que tu souhaites aller ?
Aymeric Cormerais : Je trouve que le personnage de « Béa » n'est pas antipathique. Il est juste paumé et maladroit. Par contre, le personnage de Sacha dans « Le Premier Jour du Reste de ta Vie » de Rémi Bezançon n'est vraiment pas très sympa.
Je ne sais pas si c'est jubilatoire pour le spectateur mais en tout cas ça l'est pour un acteur. On sait qu'on peut faire ce qu'on veut sur scène sans que ça ait un impact sur la vie réelle, ou presque. On m'a parlé d'amis d'amis qui me détestaient avant de me connaître car ils avaient vu « Le Premier Jour ... ».
ITMFC: Dans "Le premier jour du reste de ta vie" de Rémi Bezançon tu interprétais ton premier rôle dans un long-métrage...et encore un personnage antipathique.:-) J'imagine que cette expérience sur un film qui a de surcroît rencontré un succès autant publique que critique a dû être particulièrement enrichissante. En quoi cette expérience t'a-t-elle aidé pour le tournage de "Vivre!" dont les conditions de tournage étaient certes très différentes?
Aymeric Cormerais: Travailler avec Rémi Bezançon sur "Le Premier Jour du Reste de ta Vie" a été une expérience incroyable.
"Vivre !" s'est monté en très peu de temps avec très peu de moyens contrairement au "Premier Jour". Ce que j'espère c'est que "Vivre !" prouvera qu'il est possible de faire des films sans passer par le circuit "classique" et que cela donnera des idées à d'autres jeunes réalisateurs. J'ai aussi eu une plus grande liberté dans le jeu sur "le premier jour" que sur "Vivre !" .
ITMFC : Dans « Vivre !», tu interprètes une sorte de dandy intemporel plutôt différent de tes précédents rôles, qu'est-ce ce qui t’a séduit dans ce personnage ?
Aymeric Cormerais : Avant tout je suis séduit par une histoire avant de l'être par un personnage. Si une histoire me touche, j'ai envie d'y participer, de la défendre. Même si ce n'est que pour quelques jours de tournage.
ITMFC : D’ailleurs, comment définirais-tu ton personnage et le film d’Yvon Marciano ?
Aymeric Cormerais: Théo c'est quelqu'un qui, en accompagnant son ami vers la mort, va réapprendre à vivre (elle est bien cette phrase hein ?).
« Vivre ! » c'est un film « pas comme les autres » comme on nous l'a souvent dit. Certain programmateurs de cinema ont dit qu'il était « inclassable ». Je prends ça comme un compliment.
ITMFC : « Vivre ! » est très influencé par la Nouvelle Vague, t’es-tu inspiré de certains comédiens de l’époque pour interpréter Théo ? Yvon Marciano vous a-t-il donné des indications en ce sens ? Plus généralement, est-ce un cinéma qui t’influence ?
Aymeric Cormerais : On n'a pas eu le temps de se préparer pour ce film. J'ai su le rôle que j'allais interpréter une semaine seulement avant le tournage. D'habitude on nous le dit au moins un mois à l'avance ce qui nous laisse le temps de répéter et faire des recherches sur le personnage. Là ce n'était pas possible. Cependant c'était aussi le but. Faire un film en très peu de temps pour garder un maximum de liberté. Yvon a voulu faire un film très libre, comme on aurait pu le faire pendant la Nouvelle Vague.
ITMFC : « Vivre » a été tourné en un mois à Paris, donc avec une économie de temps mais aussi de moyens, cela donne une impression de spontanéité rafraîchissante à l’ensemble, est-ce que cela a constitué une contrainte ou au contraire une liberté pour toi en tant que comédien ?
Aymeric Cormerais : Dans la contrainte on peut trouver une certaine liberté. On a transporté nos costumes avec nous à travers Paris, on a tourné sans autorisations, cette année il ne faisait pas beau au mois d'août... Tout cela à contribué à créer une énergie nécessaire pour le film.
ITMFC : Comme je le disais précédemment tu as également joué dans « Pour une nuit d’amour » de Gérard Jourd’hui diffusé ce vendredi sur France 2. J’imagine que le temps de tournage était là aussi restreint comme pour « Vivre ! ». Est-ce que ton rôle dans le film d’Yvon Marciano et les conditions particulières de tournage (qui a eu lieu il y a deux ans je crois) t’ont aidé pour ce téléfilm soumis par définition à des contraintes temporelles assez similaires ?
Aymeric Cormerais : On ne peut pas comparer ces deux projets. Ne serait ce que du niveau du budget ou de l'organisation. Ce qui est sûr c'est que sur chaque tournage on apprend quelque chose. Entre autres, « Vivre ! » m'a permis d'appréhender un premier rôle dans un long métrage.
ITMFC : Dans « Vivre ! » plus de 80 lieux de tournages ont été utilisés, même si tu n’es pas présent dans tous les plans, je suppose que cela a constitué une contrainte supplémentaire pour les comédiens ?
Aymeric Cormerais : Ce qui a posé le plus de contraintes c'était le temps. Si la météo prévoyait de la pluie pour le lendemain, on était prévenu la veille au soir pour le changement de scène et de lieu de tournage le lendemain matin. Je pense que cette « urgence » nous a permis de trouver une certaine énergie.
ITMFC : Si tu devais définir « Vivre ! » en trois adjectifs quels seraient-ils ? Si tu devais convaincre les spectateurs d’aller voir « Vivre ! » plutôt qu’un autre film ce 7 octobre que leur dirais-tu?
Aymeric Cormerais : Liberté, égalité, fraternité.
Catherine Deneuve a adoré !
ITMFC : Si je me transformais en Harry Potter muni d’une baguette magique ayant la possibilité de te permettre de tourner le(s) rôle de tes rêves pour le(s) cinéaste(s) de tes rêves, quel(s) serai(en)t-il(s) ?
Aymeric Cormerais : Remi Bezançon (eh oui, encore), Michel Gondry (pour sa fantaisie), Zabou Breitman (pour sa poésie), Jacques Audiard (pour son indescriptible talent), Fred Cavayé, Romuald Beugnon …
ITMFC : Quels sont tes projets après la sortie de "Vivre!" ?
Aymeric Cormerais : Je vais tourner dans l'adaptation de « La Peau de Chagrin » de Balzac, réalisé par Alain Berliner.
15:11 Écrit par Sandra.M dans AVANT-PREMIERES, CONCOURS, INTERVIEWS "IN THE MOOD FOR CINEMA" | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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21/02/2009
L'interview "in the mood for cinema" de Rémi Bezançon (réalisateur du "Premier jour du reste de ta vie")
Je lance aujourd'hui à nouveau une nouvelle rubrique, cette fois consacrée à des interviews de personnalités du septième art ayant un lien avec l'actualité.
Rémi Bezançon a eu la gentillesse de répondre à mes questions, et d'inaugurer ainsi cette rubrique, je l'en remercie vivement de nouveau.
A une semaine de la cérémonie des Césars, alors que, comme il nous rappelle lui-même, "Le premier jour du reste de ta vie" est encore à l'affiche après avoir totalisé 1,2 millions d'entrées, et 9 nominations aux Césars (Jacques Gamblin est nommé comme meilleur acteur, , Marc-André Grondin et Pio Marmai sont nommés comme meilleurs espoirs masculins, Déborah François est nommée comme meilleur espoir féminin, Rémi Bezançon est nommé comme meilleur réalisateur et pour le meilleur film ainsi que pour le meilleur scénario original, Sinclair est nommé pour la meilleure musique et Sophie Reine pour le meilleur montage) cette interview a donc lieu en pleine actualité et tourne essentiellement autour de la cérémonie du 27 février.
Le principe de ces interviews "in the mood for cinema" sera toujours le même : 9 ou 10 questions simples divisées en 3 parties (l'actualité de l'interviewé, ses projets, ses goûts cinématographiques) dont les réponses seront retranscrites telles quelles...
CLIQUEZ ICI POUR LIRE MA CRITIQUE DU PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE (le DVD est en vente depuis le 27 janvier).
In the mood for cinema : Après son 1, 2 millions d'entrées, « Le premier jour du reste de ta vie » a récolté 9 nominations aux Césars, quel est votre état d'esprit à quelques jours de la Cérémonie. Que représente cette cérémonie pour
vous ?
Rémi Bezançon: Je suis serein. Avoir 9 nominations constitue déjà une très belle victoire. Pour le reste... Inch'Allah.
ITMFC: Toutes les composantes qui contribuent à la belle alchimie de ce film sont nommées (musique, scénario, comédiens, réalisation,
montage.) Y a-t-il une nomination à laquelle vous êtes plus sensible que les autres et a fortiori un César auquel vous seriez plus sensible
que les autres ?
Rémi Bezançon: Le scénario. N'étant pas vraiment un littéraire, j'ai du tout apprendre tout seul.
ITMFC: Cette année que j'imagine trépidante vous a-t-elle laissé le temps de voir les films des autres nommés. Avez-vous eu des coups de cœur ?
Rémi Bezançon : Un vrai coup de coeur pour Séraphine, que j'ai trouvé juste et puissant. C'est un film sur la création que je compare au Shining de Kubrick. Magnifique.
ITMFC: Un avis sur la décision de Dany Boon de boycotter la cérémonie pour n'avoir été nommé qu'une fois (dans la catégorie meilleur scénario) et sur l'idée de la création du César de la meilleure comédie?
Rémi Bezançon: Peut-être l'Académie aurait-elle du remettre à Dany Boon un César d'honneur rapport aux 20 millions d'entrées, histoire de désarmorcer les non-nominations des Chtis qui semblaient assez évidentes. Ça aurait évité toutes ces histoires assez minables...
ITMFC: Ces nominations ont-elles d'ores et déjà changé quelque chose et facilité vos projets ?
Rémi Bezançon: Non. Avant la sortie du Premier Jour, j'étais déjà sur l'écriture du suivant, l'adaptation d'"Un heureux événement" d'Eliette Abecassis.
ITMFC: Si vous aviez une baguette magique, ou disons à défaut un César magique, quels seraient pour vous le casting et le film idéal (même
totalement utopiques)?
Rémi Bezançon: Water Music, d'après T.C. Boyle, avec Johnny Depp et Leonardo Di Caprio.
ITMFC: Y a-t-il un film en particulier qui a déclenché votre envie de faire du cinéma ?
Rémi Bezançon: Il était une fois dans l'ouest.
ITMFC: Si vous deviez choisir un acteur, une actrice, un réalisateur en tête de votre panthéon cinématographique, quels seraient-ils ?
Rémi Bezançon: Marcello Mastrioani
Isabelle Adjani
Stanley Kubrick
ITMFC: Quel film de ce début 2009 recommanderiez-vous aux lecteurs d' « In the mood for cinema » ?
Rémi Bezançon: Le Premier Jour du Reste de ta Vie! Eh oui, il est encore à l'affiche 31 semaines après sa sortie!!
;-)
BANDE-ANNONCE ET EXTRAITS:
11:18 Écrit par Sandra.M dans INTERVIEWS "IN THE MOOD FOR CINEMA" | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : cinéma, interview, premier jour du reste de ta vie, rémi bezançon, césar, marc-andré grondin, pio marmai, déborah françois, sophie reine, scénario |
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