01/09/2010

La grille de programmation du Festival Lumière de Lyon 2010

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Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de ce festival et de son édition 2010. Je vous invite à découvrir la grille de programmation avec, en ouverture, le 4 octobre, à 20H  des projections surprises suivies de Chantons sous la pluie (1952), en présence du réalisateur Stanley Donen à  qui un hommage sera rendu et, en clôture, à 15h, le dimanche 10 octobre, "Le Guépard" de Luchino Visconti en présence de Claudia Cardinale et (sous réserve) d'Alain Delon. A l'occasion de l'hommage rendu à Visconti dans le cadre du festival retrouvez le cycle Visconti sur inthemoodforcinema.

Cliquez ici pour télécharger l'impressionnant programme du Festival Lumière de Lyon 2010

 

30/08/2010

Sortie du DVD de "Vivre" d'Yvon Marciano, le 7 septembre : à ne pas manquer!

 Le 7 septembre prochain sortira en DVD "Vivre" d'Yvon Marciano avec Aymeric Cormerais dans le rôle principal . Je vous avais déjà parlé de ce très bon film malheureusement passé inaperçu à sa sortie (vous pouvez retrouver ma critique publiée lors de la sortie, ci-dessous, ainsi que mes interviews de l'acteur principal et du réalisateur). C'est donc l'occasion de se rattraper. Vous pourrez le trouver à la FNAC, au Virgin et sur internet: sur Amazon, le site FNAC... N'hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires, je transmettrai aux intéressés, et n'hésitez pas non plus à parler du film!

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Avant-hier, j'ai vu deux films en avant-première : le premier dont je tairai le nom et dont je ne vous parlerai pas (mais j'imagine que beaucoup d'autres se chargeront de faire l'éloge de son alliance qu'ils trouveront sans doute astucieuse, voire révolutionnaire, d'hémoglobine et d'humour noir) car c'est après tout encore la jubilatoire liberté d'un blog (celui-ci en tout cas) que celle de choisir ses sujets et de n'être soumis à aucun diktat  et tant pis si pour cela il faut être rayé de certains fichiers ; le second dont, malheureusement, très peu parleront et pour lequel j'espère vous faire partager mon coup de cœur et susciter votre intérêt ou, à défaut, au moins votre curiosité.

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Dans la lumière étincelante et impertinente de l'été, à Paris, Matthieu (Jean-Jacques Levessier), âgé d'une quarantaine d'années, s'éteint, atteint d'un cancer. Théo (Aymeric Cormerais) avec lequel il s'était lié d'amitié, est chargé de contacter une liste de personnes, trois garçons et trois filles qui, comme lui, ont entre 22 et 26 ans et qui connaissaient Matthieu séparément et croyaient tous être son seul ami. Leur rencontre liée par la mort va pourtant leur donner un élan, le goût de vivre intensément... Pour Yvon Marciano, l'idée était d'abord de « tourner un film, en trois semaines, au mois d'août, à Paris, dans une totale liberté. »

En mai dernier, au Festival de Cannes, le film le plus jeune, le plus fou et finalement peut-être le plus irrévérencieux de la compétition était celui réalisé par un jeune octogénaire nommé Alain Resnais : « Les Herbes folles ». Yvon  Marciano ayant lui aussi plus du double de l'âge de ses protagonistes a pourtant signé un des films les plus rafraîchissants, alertes et finalement audacieux de cette rentrée. Si « Vivre ! » n'est que son second long métrage, 13 ans après son premier, « Le cri de la soie », il a été de nombreuses fois primé et sélectionné en festivals pour des courts-métrages et le film précité.

« Vivre ! » est un film sur un sujet sérieux qui ne se prend pas au sérieux, qui nous parle de l'essentiel avec une fausse désinvolture,  un film choral « dans Paris » qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler le film éponyme de Christophe Honoré tant il est imprégné de la Nouvelle Vague (et de cinéma en général d'ailleurs avec des références notamment à Charles Laughton et à beaucoup d'autres) auquel il est un hommage notamment de par ses références littéraires et cinématographiques : « Pickpocket » de Bresson (lequel Bresson a beaucoup influencé la Nouvelle Vague), « A bout de souffle »  de Godard ... et surtout un ton très truffaldien avec  au passage une référence à la Cinémathèque (dans une scène qui est d'ailleurs autant un hommage au cinéma d'hier qu'à celui d'aujourd'hui par la présence d'une célèbre actrice que je vous laisse découvrir) qui rappelle le premier plan de « Baisers volés »de Truffaut et  un Théo qui a le romantisme cavalier, le charme désinvolte, le panache et la naïveté d'Antoine Doinel qui prend la légèreté au sérieux et qui rencontre d'ailleurs, là aussi, sa Fabienne Tabard. On retrouve également ce mélange de légèreté et de mélancolie, de désinvolture et de nostalgie, d'anachronisme et de contemporanéité caractéristiques de la série des Doinel.

Avant tout, ce qui séduit dans ce second long d'Yvon Marciano,  ce sont ces personnages rongés par le feu de l'existence qui ont la belle intransigeance et insolence mais aussi les certitudes insensées de la jeunesse (qui les oublie pourtant souvent, dans la réalité autant que dans le cinéma), leurs idéaux savoureusement déraisonnables comme si la légèreté était l'audace suprême et qu'il fallait un cinéaste ayant dépassé l'âge et ayant la nostalgie rageuse de la jeunesse pour la voir avec lucidité et la sublimer. Et si ces personnages ont des caractéristiques marquées, loin de les rendre  caricaturaux cela procure à l'ensemble une intemporalité renforcée par l'image d'un Paris à la fois contemporain et irréel.

« Vivre ! » pourrait aussi s'intituler « Voir ! »  tant chaque scène semble nous intimer de regarder et de voir : de voir à quel point la vie peut-être ludique mais aussi à la fois grave et légère, de voir la beauté de Paris, de voir qu'il faut profiter de chaque instant, de voir qu'il faut saisir la chance et la balle au bond (ici au propre comme au figuré).

Un film sincère d'une touchante spontanéité et maladresse (tourné en trois semaines en DV -à partir d'un scénario écrit en un mois-, le mode de filmage épouse ici judicieusement le fond), d'une louable et revigorante naïveté, un film nostalgique et optimiste dont on ressort avec « la fureur de vivre » de ses personnages.  Une déclaration d'amour au cinéma (on retrouve même des extraits de BO d'Almodovar) et notamment à la Nouvelle Vague, à Paris (pas moins de 80 lieux de tournage dans Paris), théâtre lumineux de ce joyeux marivaudage, un hymne à la jeunesse, à l'amour et à la vie, une bouffée d'air frais qui vous donne le goût de vivre, de savourer chaque seconde... et de faire et voir du cinéma !

 Un vent de jeunesse et de liberté salutaires qui a la douce mélancolie de Mozart et la gravité légère de l'air de jazz qui l'accompagnent et celui de Léonard Cohen sur lequel il s'achève... donc je vous le recommande : prenez le temps de « Vivre ! ».

Vous pourrez retrouver l'acteur principal, le très prometteur Aymeric Cormerais (prix d'interprétation au Festival du Film Romantique de Cabourg pour l'excellent court-métrage de Romuald Beugnon « Béa »-que vous pouvez visionner en cliquant ici- mais aussi interprète dans le non moins excellent "Elle viendra pas" d'Olivier Serrano ou encore interprète d'un secondaire et non moins mémorable rôle dans « Le premier jour du reste de ta vie » de Rémi Bezançon) le vendredi 2 octobre, à  20H30, sur France 2 dans « Pour une nuit d'amour », un inédit de la collection « Contes et nouvelles » du XIXème siècle adapté de Zola et réalisé par Gérard Jourd'hui.

Et vous pourrez bientôt retrouver une interview d'Aymeric Cormerais sur inthemoodforcinema.com ...

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« Vivre ! » : Avec une nouvelle génération d'acteurs (des acteurs pour la plupart professionnels et non amateurs comme ce fut parfois malencontreusement écrit) Aymeric Cormerais, Arnaud Denis, Jean-Jacques Levessier, Gaël Tanniou, Lydie Waï, Pamela Ravassard, Pierre-Marie Baudouin, Natasha Andrews, Macha Polikarpova, Ornella Bes,...

Sortie en salles de « Vivre » d'Yvon Marciano : le 7 octobre

INTERVIEW D'YVON MARCIAN0 (réalisateur de "Vivre!)

 

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Ci-dessus, la comédienne Ornella Bes et le réalisateur Yvon Marciano sur le tournage de "Vivre!"

 

 Pour Yvon Marciano, il s'agit d'un second long-métrage en tant que réalisateur. Yvon Marciano est réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, cadreur. Son premier long-métrage, il y a 13 ans déjà, "Le Cri de la soie" (avec Marie Trintignant) avait été très remarqué et avait reçu de nombreux prix. Marie Trintignant avait par ailleurs été nommée comme "meilleure interprète féminine" pour ce film aux César 1997. Yvon Marciano a également réalisé de nombreux courts-métrages pour lesquels il a été de nombreuses fois primé. Il a également réalisé plusieurs films publicitaires et programmes pour la télévision. Il est aussi professeur de réalisation à l'école de cinéma ESEC et il enseigne également à l'Ecole Florent le travail de l'acteur face à la caméra.

 

In the mood for cinema : Treize années séparent « Vivre ! » de votre précèdent long-métrage « Le Cri de la soie », est-ce un choix de votre part que de vous être consacré au court-métrage pendant cette période ou avez-vous eu d’autres projets de longs avortés entre-temps ?

 

Yvon Marciano : J’ai d’abord traversé un véritable « tsunami » dans ma vie personnelle qui m’a empêché, pendant au moins sept ans, de me consacrer au long métrage. Au cours de ces treize années, j’ai quand même réalisé huit courts métrages, mis en scène deux pièces de théâtre, et écrit deux scénarios de longs. Le premier intitulé « Le Beau Sexe » n’a malheureusement pas trouvé le financement nécessaire malgré un beau casting féminin (Marie Trintignant, Elsa Zylberstein, Marie-Josée Croze, Julie Gayet…). Quant au deuxième « Do not disturb », le montage financier est en cours, et j’espère pouvoir le tourner très prochainement. Le film sera produit par Mercredi Films.

 

ITMFC : Vous dîtes vous-même, après une dizaine de courts, avoir subitement décidé d’écrire et réaliser « Vivre ! », y a-t-il eu un élément déclencheur ?

 

Yvon Marciano : L’impatience. L’idée de devoir attendre encore deux ou trois ans avant de tourner me paraissait insupportable. L’idée de devoir refaire le parcours habituel (recherche de financement, attente des réponses) et de devoir supporter l’inertie terrible du système… Cela m’a incité à imaginer une toute autre méthode pour « Vivre ! » : se jeter à l’eau sans financement ou presque, écrire et préparer le film dans l’urgence, le plus librement possible, sans pression, en réunissant autour de moi de jeunes acteurs et de jeunes techniciens. J’avais en effet depuis longtemps le désir de parler de la jeunesse, et de donner leur chance à de jeunes comédiens. Et faire un film qui soit au maximum du côté du plaisir.

 

ITMFC : Comment résumeriez-vous et définiriez-vous « Vivre ! » ?

 

Yvon Marciano : Un film qui se voudrait tonique, vivant, libre. En réaction contre un cinéma très largement dépressif. Un film du côté de la lumière, qui essaie de parler de tout (même des choses graves) avec légèreté.

 

ITMFC : « Vivre ! » est un magnifique hommage à la Nouvelle Vague. On retrouve notamment une référence explicite à « A bout de souffle ».  Dans quelle mesure le cinéma de cette époque vous a-t-il influencé et ce film de Godard en particulier ?

 

Yvon Marciano : Le cinéma de la Nouvelle Vague m’a nourri quand j’étais adolescent. Il m’a profondément marqué, à cause de sa liberté de ton, de sa liberté formelle. Certains films de Godard et Truffaut, pour ne citer que ceux-là, ont été déterminants pour moi.

 

ITMFC : Bresson aussi semble vous avoir influencé ou encore Truffaut, les personnages masculins de « Vivre ! » me semblent ainsi avoir tous un quelque chose d’Antoine Doinel, et en particulier Théo qui me rappelle beaucoup le Doinel de « Baisers volés ». Dans quelle mesure ces cinéastes et ce film en particulier vous ont-ils également influencé ?

 

Yvon Marciano : C’est très pércisément Bresson qui m’a donné envie de faire du cinéma. Son « Pickpocket » a été une révélation, un coup de fouet. Ce film m’avait bouleversé et sidéré par son sujet, son personnage principal, son traitement, sa mise en scène « au cordeau ». D’une maîtrise incroyable. Depuis, je me suis un peu éloigné de cet « art de la maîtrise » dont Bresson, Dreyer ou Hitchcock, sont les représentants illustres. J’ai envie aujourd’hui de plus de spontanéité, de plus de liberté. D’être surpris au moment du tournage. Les ressemblances avec Doinel et le cinéma de Truffaut ne sont pas conscientes. Il se trouve que j’ai toujours senti de très grandes affinités avec Truffaut, et une grande admiration, davantage pour l’homme d’aillleurs que pour le cinéaste. Catherine Deneuve a vu « Vivre ! » il y a quelques mois. Je ne l’avais jamais rencontrée, et ce qu’elle m’a dit après la projection m’a sincèrement touché, venant d’elle qui l’a très bien connu : « Ce film aurait beaucoup plu à François. »

 

ITMFC : Avez-vous donné des indications aux comédiens pour qu’ils s’inspirent du jeu de ceux de cette époque par exemple pour qu’ils aient cette fausse désinvolture qui me semble spécifique à la Nouvelle Vague ?

 

Yvon Marciano : Non, pas particulièrement. C’était à moi de créer, au moment du tournage, les conditions (rapidité d’exécution, liberté, décontraction, absence de pression, goût du jeu, plaisir) pour que cette « désinvolture » s’exprime au mieux.

 

ITMFC : De « Vivre ! » émane un sentiment de liberté et de légèreté auquel contribue aussi le mode de filmage. Etait-ce un choix délibéré de votre part ?

 

Yvon Marciano : Bien sûr ! Il était impensable pour moi de tourner autrement. Il fallait la caméra à l’épaule, sans aucune machinerie (ni pied, ni rails de travelling), le matériel d’éclairage le plus léger possible. Avec Pierre Befve, mon chef-opérateur, nous voulions que tout le matériel soit contenu dans une petite camionnette. Que la logistique soit la moins contraignante possible. Je voulais même qu’on puisse se déplacer à pied d’un décor à l’autre, en sachant que nous avions parfois cinq lieux différents dans la journée !

 

ITMFC : « Vivre ! » est un film à la fois intemporel et contemporain, un hymne à Paris, au cinéma, à l’amour mais c’est aussi un hymne à la jeunesse et à la nouvelle génération des comédiens qui interprètent ces personnages. Qu’est-ce qui selon vous caractérise cette nouvelle génération ? Comment avez-vous choisi ces jeunes comédiens et en particulier Aymeric Cormerais qui interprète le rôle principal ?

 

Yvon Marciano : J’ai fait un casting qui a duré 5 semaines, j’ai demandé conseil à quelques personnes de confiance qui travaillent dans le cinéma, j’ai profité de mes interventions à L’Ecole Florent (ou je dirigeais chaque année un stage de cinéma d’un mois et demi) pour proposer certains rôles à des élèves talentueux que j’avais depuis longtemps repérés (Gaël Tanniou, Lydie Waï, Pierre-Marie Baudoin). Arnaud Denis m’a été conseillé par une amie comédienne. Quant à Aymeric Cormerais, j’ai fait des essais avec lui qui m’ont convaincu : j’ai aimé sa liberté, sa désinvolture. Je me suis inspiré de la personnalité des comédiens pour écrire le scénario, l’écriture et le casting ayant été menés en parallèle. C’est assez grisant de partir des comédiens pour écrire, de dessiner leurs personnages en fonction de ce qu’ils vous inspirent. Je voulais parler de la jeunesse, pas forcément celle des années 2000, mais davantage de l’esprit de la jeunesse. Que ce film fasse un minimum de concessions à la mode, à l’air du temps, qu’il soit autant que possible intemporel. Ce qui me frappe, dans la jeunesse d’aujourd’hui, c’est souvent (et on peut la comprendre) une peur de l’avenir, une peur du lendemain. Qui génèrent une forme de passivité, de flottement, d’indécision, d’attentisme, d’inertie. Rien ne me fait plus peur que l’immobilisme. Quand on est jeune, il ne faut surtout pas rester au bord du chemin à attendre je ne sais quel espoir. Il faut agir, avancer, saisir la vie à bras le corps. Quelles que soient ses capacités, il faut aller de l’avant, tenter des choses, se casser la figure si besoin, prendre des coups peut-être, mais agir ! C’est la seule manière de rester vivant ! Ce sont en tout cas ces valeurs-là, cette philosophie-là, que j’ai voulu défendre dans le film.

 

ITMFC : « Vivre ! » a été tourné en un mois à Paris donc avec une économie de temps mais aussi de moyens, cela donne une impression de spontanéité rafraîchissante à l’ensemble, est-ce que cela a constitué une contrainte ou au contraire une liberté pour vous en tant que cinéaste?

 

Yvon Marciano : Les deux ! Des contraintes énormes au moment de l’écriture. Impossible de sortir de Paris car le moindre déplacement coûte cher, impossible de tourner dans des décors qui ne seraient pas gratuits. Le manque d’argent représentait la plus grande contrainte. Mais une fois passée l’étape de l’écriture, j’ai ressenti au moment du tournage un incroyable sentiment de liberté. Je me suis beaucoup amusé, j’étais porté par l’énergie du groupe, par l’investissement énorme de chacun des jeunes gens qui composaient l’équipe. Je ne crois pas avoir ressenti la moindre pression, la moindre frustration. Ce tournage a été assez miraculeux.

 

ITMFC : L’équipe technique était je crois majoritairement composée d’étudiants en cinéma, en quoi cela a-t-il influé sur votre travail ?

 

Yvon Marciano : Il était important pour moi qu’un film sur la jeunesse soit tourné par des jeunes gens. C’était impensable autrement. J’ai misé sur l’alchimie du groupe, la synergie, le plaisir partagé, le goût de la jeunesse pour le risque, le pari et le jeu. J’avais l’intuition que ces choix ne pouvaient qu’imprégner le film.

 

ITMFC : Paris est un personnage à part entière, comment avez-vous choisi les lieux, y avait-il un fil directeur particulier entre ces différents endroits ?

 

Yvon Marciano : Paris est une ville dont je ne me lasse pas. Cela fait trente ans que j’y habite, et je lui trouve toujours une beauté, une richesse, une diversité, une photogénie magnifiques. En tant que cinéaste, je suis toujours ébloui par la beauté de certaines rues, de certains sites, par la présence de la Seine, par une qualité de lumière, de ciel. Je voulais en effet que la ville ne soit pas qu’un décor, à l’arrière-plan. Qu’elle fasse partie intégrante du récit. Que mes personnages puissent dire : « Paris nous appartient » !

 

ITMFC : Dans «  Vivre ! » plus de 80 lieux de tournages ont été utilisés je suppose que cela a constitué une contrainte supplémentaire pour les comédiens  mais aussi pour vous ?

 

Yvon Marciano : Cela faisait partie du pari initial. J’avais très peur que le film, à cause de l’extrême modestie de son budget, apparaisse comme un film pauvre. C’est pourquoi j’ai multiplié les lieux, les personnages, les séquences. Avant de commencer à tourner, je voulais que mon film soit un peu comme une mosaïque, un kaléïdoscope.

 

ITMFC : Claude Sautet disait que le cinéma « doit faire aimer la vie ». C’est le sentiment avec lequel je suis ressortie de la projection de votre film. Etait-ce votre intention première ?

 

Yvon Marciano : Votre réaction me fait très plaisir. Je souscris entièrement à ce que disait Sautet. On sait tous que la vie est difficile, semée d’obstacles, de souffrances, de dangers et parfois de périls. Mais cela ne m’intéresse pas d’aller dans le courant souvent « dépressif » du cinéma d’aujourd’hui. Je me sens, en tant que cinéaste, l’obligation morale (j’insiste sur ce qualificatif « morale »), d’être plutôt du côté de la lumière que de l’ombre, et d’exalter la vie. Sans chercher à mentir ou à tromper les gens, en étant au plus près de la vérité des situations et des personnages, mais en faisant un cinéma, je l’espère, tonique. Qui donne envie de se battre, d’ouvrir grand ses yeux et ses oreilles, et de savourer la vie.

 

ITMFC : Si vous deviez convaincre les spectateurs d’aller voir « Vivre ! » plutôt qu’un autre film ce 7 octobre que leur diriez-vous?

 

Yvon Marciano : Je leur dirais que j’ai essayé de faire un film libre, vivant, en toute indépendance, en ce sens qu’il ne m’a été imposé par personne, qu’il s’est fait en dehors des règles habituelles du système, en refusant de passer sous les fourches caudines du « formatage ». Et qui, je l’espère, transmet des ondes positives, et donne envie de vivre ! 

 

ITMFC : Quels sont  vos projets ? Attendrez-vous 13 ans avant de réaliser un nouveau long-métrage ?

 

Yvon Marciano : Non, surtout pas ! Je voudrais réaliser « Do not disturb » dans un avenir proche, et faire encore mille choses. Mes désirs de films sont divers, multiples, et très nombreux. Mais, comme vous vous en doutez, tout cela ne dépend pas que de moi…

 

 

INTERVIEW D'AYMERIC CORMERAIS (acteur principal de "Vivre!" d'Yvon Marciano)

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Aymeric Cormerais dans "Vivre!"

Pour Aymeric Cormerais il s'agit d'un premier premier rôle dans un long-métrage même si vous avez déjà pu le remarquer dans "Béa", le court-métrage de Romual Beugnon pour lequel il a reçu le prix d'interprétation au Festival du Film Romantique de Cabourg un excellent court-métrage que vous pouvez visionner en cliquant ici- , vous avez également pu le voir dans le non moins excellent "Elle viendra pas" d'Olivier Serrano ou encore dans un rôle  secondaire et non moins mémorable dans « Le premier jour du reste de ta vie » de Rémi Bezançon). Vous le retrouverez aussi demain , à  20H30, sur France 2 dans « Pour une nuit d'amour », un inédit de la collection « Contes et nouvelles » du XIXème siècle adapté de Zola et réalisé par Gérard Jourd'hui.

In the mood for cinema : Aymeric, Théo dans « Vivre ! » est ton premier premier rôle dans un long-métrage, avant d’en venir au film,  peux-tu nous dire comment est né ton désir d’être comédien ?

 

Aymeric Cormerais : Quand j'étais petit, après avoir regardé un film qui m'avait vraiment plu, je voulais faire le même métier que le héros. Quand j'ai vu « Indiana Jones » je voulais être aventurier. Quand j'ai vu « Jack le Tueur de Géants » je voulais chasser des monstres. Quand j'ai vu « La Grande Evasion » je voulais m'évader. Quand je regardais « Mac Gyver » … heu en fait j'ai jamais vraiment compris son boulot mais ça avait l'air vraiment cool. Tous les ans, quand il fallait mettre le métier qu'on voulait faire sur une feuille à la rentrée des classes, je changeais d'avis. Et puis un jour j'ai compris que la meilleure solution pour être tout ça à la fois, c'était d'être comédien.

 

ITMFC :  Même si «Vivre ! » est le premier long dans lequel tu interprètes un premier rôle, tu as déjà eu un rôle marquant dans « Béa » de Romuald Beugnon, un film primé dans de nombreux festivals pour lequel tu as obtenu le prix d’interprétation au Festival du Film Romantique de Cabourg en 2006, que t’a apportée cette expérience (dans l’évolution de ton travail et  au regard d’éventuelles  opportunités professionnelles)?

 

Aymeric Cormerais : Romuald a été le premier réalisateur à me faire confiance, et ce malgré la réticence de plusieurs personnes de son équipe. « Béa » est vraiment le film qui m'a permis d'avancer. J'ai pu trouver mon premier agent, rencontrer des directeurs de castings, des réalisateurs … Sans parler du prix d'interprétation. La cerise sur le gâteau ! Et puis lors de projections dans les festivals j'ai remarqué que les mamies m'aimaient bien (certaines me faisaient des clins d'oeil).

 

ITMFC : Dans « Béa » de Romuald Beugnon, dans le court-métrage d’Olivier Serrano « Elle viendra pas », dans "Le Premier jour du reste de ta vie" de Rémi Bezançon,  et dans  le téléfilm de Gérard Jourd’hui « Pour une nuit d’amour » (diffusé ce vendredi 2 octobre sur France 2) tu interprètes des personnages plutôt antipathiques, jubilatoires pour le spectateur. Le sont-ils aussi à interpréter ? Est-ce vers ce genre de rôle que tu souhaites aller ?

 

Aymeric Cormerais : Je trouve que le personnage de « Béa » n'est pas antipathique. Il est juste paumé et maladroit. Par contre, le personnage de Sacha dans « Le Premier Jour du Reste de ta Vie » de Rémi Bezançon n'est vraiment pas très sympa.

Je ne sais pas si c'est jubilatoire pour le spectateur mais en tout cas ça l'est pour un acteur. On sait qu'on peut faire ce qu'on veut sur scène sans que ça ait un impact sur la vie réelle, ou presque. On m'a parlé d'amis d'amis qui me détestaient avant de me connaître car ils avaient vu « Le Premier Jour ... ».

 

ITMFC: Dans "Le premier jour du reste de ta vie" de Rémi Bezançon tu interprétais  ton premier rôle dans un long-métrage...et encore un personnage antipathique.:-) J'imagine que cette expérience sur un film qui a de surcroît rencontré un succès autant publique que critique a dû être particulièrement enrichissante. En quoi cette expérience t'a-t-elle aidé pour le tournage de "Vivre!" dont les conditions de tournage étaient certes très différentes?

 

Aymeric Cormerais: Travailler avec Rémi Bezançon sur "Le Premier Jour du Reste de ta Vie" a été une expérience incroyable.
"Vivre !" s'est monté en très peu de temps avec très peu de moyens contrairement au "Premier Jour". Ce que j'espère c'est que "Vivre !" prouvera qu'il est possible de faire des films sans passer par le circuit "classique" et que cela donnera des idées à d'autres jeunes réalisateurs. J'ai aussi eu une plus grande liberté dans le jeu sur "le premier jour" que sur "Vivre !" .

ITMFC : Dans « Vivre !», tu interprètes une sorte de dandy intemporel plutôt différent de tes précédents rôles, qu'est-ce ce qui t’a séduit dans ce personnage ?

 

Aymeric Cormerais : Avant tout je suis séduit par une histoire avant de l'être par un personnage. Si une histoire me touche, j'ai envie d'y participer, de la défendre. Même si ce n'est que pour quelques jours de tournage.

 

ITMFC : D’ailleurs, comment définirais-tu ton personnage et le film d’Yvon Marciano ?

 

Aymeric  Cormerais: Théo c'est quelqu'un qui, en accompagnant son ami vers la mort, va réapprendre à vivre (elle est bien cette phrase hein ?).

« Vivre ! » c'est un film « pas comme les autres » comme on nous l'a souvent dit. Certain programmateurs de cinema ont dit qu'il était « inclassable ». Je prends ça comme un compliment.

 

ITMFC : « Vivre ! » est très influencé par la Nouvelle Vague, t’es-tu inspiré de certains comédiens de l’époque pour interpréter Théo ? Yvon Marciano vous a-t-il donné des indications en ce sens ? Plus généralement, est-ce un cinéma qui t’influence ?

 

Aymeric Cormerais : On n'a pas eu le temps de se préparer pour ce film. J'ai su le rôle que j'allais interpréter une semaine seulement avant le tournage. D'habitude on nous le dit au moins un mois à l'avance ce qui nous laisse le temps de répéter et faire des recherches sur le personnage. Là ce n'était pas possible. Cependant c'était aussi le but. Faire un film en très peu de temps pour garder un maximum de liberté. Yvon a voulu faire un film très libre, comme on aurait pu le faire pendant la Nouvelle Vague.

 

ITMFC : « Vivre » a été tourné en un mois à Paris, donc avec une économie de temps mais aussi de moyens, cela donne une impression de spontanéité rafraîchissante à l’ensemble, est-ce que cela a constitué une contrainte ou au contraire une liberté pour toi en tant que comédien ?

 

Aymeric Cormerais : Dans la contrainte on peut trouver une certaine liberté. On a transporté nos costumes avec nous à travers Paris, on a tourné sans autorisations, cette année il ne faisait pas beau au mois d'août... Tout cela à contribué à créer une énergie nécessaire pour le film.

 

ITMFC : Comme je le disais précédemment tu as également joué dans « Pour une nuit d’amour » de Gérard Jourd’hui diffusé ce vendredi sur France 2.  J’imagine que le temps de tournage était là aussi restreint comme pour « Vivre ! ». Est-ce que ton rôle dans le film d’Yvon Marciano et les conditions particulières de tournage (qui a eu lieu il y a deux ans je crois) t’ont aidé pour ce téléfilm soumis par définition à des contraintes temporelles assez similaires ?

 

Aymeric Cormerais : On ne peut pas comparer ces deux projets. Ne serait ce que du niveau du budget ou de l'organisation. Ce qui est sûr c'est que sur chaque tournage on apprend quelque chose. Entre autres, « Vivre ! » m'a permis d'appréhender un premier rôle dans un long métrage.

 

ITMFC : Dans «  Vivre ! » plus de 80 lieux de tournages ont été utilisés, même si tu n’es pas présent dans tous les plans, je suppose que cela a constitué une contrainte supplémentaire pour les comédiens ?

 

Aymeric Cormerais : Ce qui a posé le plus de contraintes c'était le temps. Si la météo prévoyait de la pluie pour le lendemain, on était prévenu la veille au soir pour le changement de scène et de lieu de tournage le lendemain matin. Je pense que cette « urgence » nous a permis de trouver une certaine énergie.

 

ITMFC : Si tu devais définir « Vivre ! » en trois adjectifs quels seraient-ils ? Si tu devais convaincre les spectateurs d’aller voir « Vivre ! » plutôt qu’un autre film ce 7 octobre que leur dirais-tu?

 

Aymeric Cormerais : Liberté, égalité, fraternité.

Catherine Deneuve a adoré !

 

ITMFC : Si je me transformais en Harry Potter muni d’une baguette magique ayant la possibilité de te permettre de tourner le(s) rôle de tes rêves pour le(s) cinéaste(s) de tes rêves, quel(s) serai(en)t-il(s) ?

 

Aymeric Cormerais : Remi Bezançon (eh oui, encore), Michel Gondry (pour sa fantaisie), Zabou Breitman (pour sa poésie), Jacques Audiard (pour son indescriptible talent), Fred Cavayé, Romuald Beugnon …

 

ITMFC : Quels sont tes projets après la sortie de "Vivre!" ?

 

Aymeric Cormerais : Je vais tourner dans l'adaptation de « La Peau de Chagrin » de Balzac, réalisé par Alain Berliner.

13:51 Écrit par Sandra.M dans IN THE MOOD FOR NEWS (Festivals, Oscars etc) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/08/2010

Mostra de Venise 2010 : le programme

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Si cette année encore j'ai opté pour le Festival du Cinéma Américain de Deauville , il n'est pas impossible que ce soit pour la 17ème et dernière année et que l'an prochain je me décide enfin à céder à la tentation vénitienne. Si auparavant les équipes de films américaines faisant le voyage pour Venise passaient également par Deauville, c'est devenu de plus en plus rare avec pour preuve les films américains très attendus qui, cette année encore, seront  projetés à Venise et non à Deauville comme ceux de Sofia Coppola , Darren Aronofsky (qui avait pourtant projeté à Deauville le magnifique "The Fountain")  sans oublier les présences de Vincent Gallo ou Ben Affleck ( qui présentera son film The Town , hors compétition, aux côtés de son  frère Casey qui, lui , viendra présenter son documentaire sur la fausse retraite de Joaquin Phoenix.)

Comme chaque année les festivals de Deauville et Venise se chevauchent puisque le premier se déroulera du 3 au 12 septembre et le second du 1er au 11 septembre.

Je vous rappelle que c'est Quentin Tarantino qui présidera le jury de cette 67ème Mostra (A quand un grand cinéaste américain dans le jury à Deauville?) et notamment composé de Guillermo Arriaga, Ingeborga Dapkunaite, Arnaud Desplechin, Danny Elfman, Luca Guadagnino, Gabriele Salvatores.

La  sélection de cette 67ème Mostra est donc encore une fois particulièrement alléchante.

Voici la liste  (impressionnante)des films en compétition pour le Lion d'or:

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Black Swan de Darren Aronofsky (film d’ouverture)

La pecora Nera de Ascanio Celestini

Somewhere de Sofia Coppola

Happy Few de Antony Cordier

La solitude des nombres premiers de Saverio Costanzo

Silent souls de Aleksei Fedorchenko

Promises writen in water de Vincent Gallo

Road to nowhere de Monte Hellman

Balada triste de trompeta de Alex de la Iglesia

Venus noir de Abdellatif Kechiche

Post mortem de Pablo Larrain

Barney's version de Richard J. Lewis

We believed de Mario Martone

La passione de Carlo Mazzacurati

13 Assassins de Takashi Miike

Potiche de François Ozon

Meek's cutoff de Kelly Reichardt

Miral de Julian Schnabel

Norvegian wood de Tran Anh Hung

Attenberg de Athnia Rachel Tsangari

Detective Dee and the mystery of Phantom Flame de Tsui Hark

Three de Tom Tykwer

Egalement au programme:

- Un hommage à Denis Hopper sera rendu (avec projection de son film The Last Movie (1971).)

Machete , de Robert Rodriguez en séance de minuit

Martin Scorsese présentera son documentaire  A letter to Elia

-John Turturro présentera son documentaire :  Passione

-Catherine Breillat ouvrira Orizzonti, une sélection dédiée aux nouveautés indépendantes, avec La belle endormie

- Oki's movie, d' Hong Sang-Soo  clôturera Orizzonti,

- Vincent Gallo présentera Agent

- Nicolas Provost présenterai Stardust (film expérimental réunissant Jack Nicholson , Dennis Hopper et John Voight ).

- Une rétrospective dédiée à la comédie italienne est programmée tout au long du festival

Site officiel de la Mostra de Venise

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18/08/2010

Soirée spéciale Romy Schneider le 7 septembre sur France 2 avec diffusion de "La Piscine" de Jacques Deray

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France 2 consacrera une soirée à Romy Schneider, le mardi 7 septembre à partir de 20h35 .

En première partie de soirée sera diffusé un numéro inédit de "Un jour, un destin" présenté par Laurent Delahousse et à 22h25, France 2 rediffusera  "La piscine" de Jacques Deray, un film que je vous recommande à nouveau et dont vous pourrez lire ma critique ci-dessous.

CRITIQUE DE LA PISCINE DE JACQUES DERAY

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Ce film date de 1968, c’est déjà tout un programme. Il réunit Maurice Ronet, Alain Delon, Romy Schneider, Jane Birkin dans un huis-clos sensuel et palpitant, ce quatuor est déjà une belle promesse.

Marianne (Romy Schneider) et Jean-Paul (Alain Delon) passent en effet des vacances en amoureux dans la magnifique villa qui leur a été prêtée sur les hauteurs de Saint-Tropez. L’harmonie est rompue lorsqu’arrive Harry (Maurice Ronet),  ami de Jean-Paul et de Marianne chez lequel ils se sont d’ailleurs rencontrés, cette dernière entretenant le trouble sur la nature de ses relations passées avec Harry. Il arrive accompagné de sa fille de 18 ans, la gracile et nonchalante Pénélope (Jane Birkin).

« La piscine » fait partie de ces films que l’on peut revoir un nombre incalculable de fois (du moins que je peux revoir un nombre incalculable de fois) avec le même plaisir pour de nombreuses raisons mais surtout pour son caractère intelligemment elliptique et son exceptionnelle distribution et direction d’acteurs.

Dès les premières secondes la sensualité trouble et la beauté magnétique qui émane du couple formé par Romy Schneider et Alain Delon, la langueur que chaque plan exhale plonge le spectateur dans une atmosphère particulière, captivante. La tension monte avec l’arrivée d’Harry et de sa fille, menaces insidieuses dans le ciel imperturbablement bleu de Saint-Tropez. Le malaise est palpable entre Jean-Paul et Harry qui rabaisse sans cesse le premier, par une parole cinglante ou un geste méprisant, s’impose comme si tout et tout le monde lui appartenait, comme si rien ni personne ne lui résistait.

Pour tromper le langoureux ennui de l’été, un jeu périlleusement jubilatoire de désirs et de jalousies va alors commencer, entretenu par chacun des personnages, au péril du fragile équilibre de cet été en apparence si parfait et de leur propre fragile équilibre, surtout celui de Jean-Paul, interprété par Alain Delon qui, comme rarement, incarne un personnage vulnérable à la sensualité non moins troublante. L’ambiguïté est distillée par touches subtiles : un regard fuyant ou trop insistant, une posture enjôleuse, une main effleurée, une allusion assassine. Tout semble pouvoir basculer dans le drame d’un instant à l’autre. La menace plane. L’atmosphère devient de plus en plus suffocante.

Dès le début tout tourne autour de la piscine : cette eau bleutée trompeusement limpide et cristalline autour de laquelle ils s’effleurent, se défient, s’ignorent, s’esquivent, se séduisent autour de laquelle la caméra virevolte, enserre, comme une menace constante, inéluctable, attirante et périlleuse comme les relations qui unissent ces 4 personnages. Harry alimente constamment la jalousie et la susceptibilité de Jean-Paul par son arrogance, par des allusions à sa relation passée avec Marianne que cette dernière a pourtant toujours niée devant Jean-Paul. Penelope va alors devenir l’instrument innocent de ce désir vengeur et ambigu puisqu’on ne sait jamais vraiment si Jean-Paul la désire réellement, s’il désire atteindre Harry par son biais, s’il désire attiser la jalousie de Marianne, probablement un peu tout à la fois, et probablement aussi se raccrochent-ils l’un à l’autre, victimes de l’arrogance, la misanthropie masquée et de la désinvolture de Harry. C’est d’ailleurs là que réside tout l’intérêt du film : tout insinuer et ne jamais rien proclamer, démontrer. Un dialogue en apparence anodin autour de la cuisine asiatique et de la cuisson du riz alors que Jean-Paul et Penelope reviennent d’un bain nocturne ne laissant guère planer de doutes sur la nature de ce bain, Penelope (dé)vêtue de la veste de Jean-Paul dans laquelle elle l’admirait de dos, enlacer Marianne, quelques jours auparavant, est particulièrement symptomatique de cet aspect du film, cette façon d’insinuer, cette sensualité trouble et troublante, ce jeu qui les dépasse. Cette scène entremêle savoureusement désirs et haines latents. Les regards de chacun : respectivement frondeurs, évasifs, provocants, dignes, déroutés… font que l’attention du spectateur est suspendue à chaque geste, chaque ton, chaque froncement de sourcil, accroissant l’impression de malaise et de fatalité inévitable.

Aucun des 4 personnages n’est délaissé, la richesse de leurs psychologies, de la direction d’acteurs font que chacune de leurs notes est indispensable à la partition. La musique discrète et subtile de Michel Legrand renforce encore cette atmosphère trouble. Chacun des 4 acteurs est parfait dans son rôle : Delon dans celui de l’amoureux jaloux, fragile, hanté par de vieux démons, d’une sensualité à fleur de peau, mal dans sa peau même, Romy Schneider dans celui de la femme sublime séductrice dévouée, forte, provocante et maternelle, Jane Birkin dont c’est le premier film français dans celui de la fausse ingénue et Maurice Ronet dans celui de l’ « ami »  séduisant et détestable, transpirant de suffisance et d’arrogance…et la piscine, incandescente à souhait, véritable « acteur ».  Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas lever le voile sur les mystères qui entourent ce film et son dénouement.

Deray retrouvera ensuite Delon à 8 reprises notamment dans « Borsalino », « Flic story », « Trois hommes à abattre »… mais « La piscine » reste un film à part dans la carrière du réalisateur qui mettra en scène surtout un cinéma de genre.

Neuf ans après « Plein soleil » de René Clément (que je vous recommande également), la piscine réunit donc de nouveau Ronet et Delon, les similitudes entres les personnages de ces deux films sont d’ailleurs nombreuses et le duel fonctionne de nouveau à merveille.

Un chef d’œuvre dont le « Swimming pool » de François Ozon apparaît comme une copie détournée, certes réussie mais moins que l’original. En lisant récemment « UV » de Serge Joncour je me dis que cette piscine-là n’a pas fini d’inspirer écrivains, scénaristes et réalisateurs mais qu’aucune encore n’a réussi à susciter la même incandescence trouble.

Un film sensuel porté par des acteurs magistraux, aussi fascinants que cette eau bleutée fatale, un film qui se termine par une des plus belles preuves d’amour que le cinéma ait inventé. A voir et à revoir. Plongez dans les eaux troubles de cette « piscine » sans attendre une seconde !

Retrouvez également ma critique de "César et Rosalie" avec Romy Schneider en cliquant ici.

Retrouvez également ma critique de "L'enfer" de Henri-Georges Clouzot en cliquant ici

Filmographie de Romy Schneider:

  • 1953 : Lilas blancs (Wenn der weiße Flieder wieder blüht) de Hans Deppe : Evchen Forster
  • 1954 : Feu d'artifice (Feuerwerk) de Kurt Hoffmann : Anna Oberholzer
  • 1954 : Les Jeunes Années d'une reine (Mädchenjahre einer Königin) d'Ernst Marischka : Victoria
  • 1955 : Mon premier amour (Der letzte Mann) de Harald Braun : Niddy
  • 1955 : Mam'zelle Cri-Cri (Die Deutschmeister) d'Ernst Marischka : Stanzi Huebner
  • 1955 : Sissi (Sissi) d'Ernst Marischka : Elisabeth de Bavière, dite Sissi
  • 1956 : Kitty à la conquête du monde (Kitty und die große Welt) d'Alfred Weidenmann : Kitty Dupont
  • 1956 : Sissi impératrice (Sissi, die junge Kaiserin) d'Ernst Marischka : Sissi
  • 1957 : Monpti (Monpti) de Helmut Käutner : Anne-Claire
  • 1957 : Un petit coin de paradis (Robinson soll nicht sterben) de Josef von Báky : Maud Cantley
  • 1957 : Sissi face à son destin (Sissi, Schicksalsjahre einer Kaiserin) d'Ernst Marischka : Sissi
  • 1958 : Carnets intimes de jeune fille (Die Halbzarte) de Rolf Thiele : Nicole Dassau/Eva
  • 1958 : Mademoiselle Scampolo (Scampolo) d'Alfred Weidenmann : Mademoiselle Scampolo
  • 1958 : Christine de Pierre Gaspard-Huit : Christine Weiring
  • 1958 : Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform) de Géza von Radványi (remake)
  • 1959 : Katia de Robert Siodmak : Katia
  • 1959 : La Belle et l'empereur (Die schöne Lügnerin) d'Axel von Ambesser : Fanny Emmetsrieder
  • 1960 : Plein soleil de René Clément : l'amie de Freddy
  • 1960 : Mademoiselle Ange (Ein Engel auf Erden) de Géza von Radványi : Line/L'ange
  • 1961 : Lysistrata - (Die Sendung der Lysistrata) (TV) de Fritz Kortner
  • 1962 : Le Combat dans l'île d'Alain Cavalier : Anne
  • 1962 : Le Procès d'Orson Welles : Leni
  • 1962 : Boccace 70 (Boccaccio '70) de Luchino Visconti : Pupé (Il Lavoro)
  • 1963 : Les Vainqueurs (The Victors) de Carl Foreman
  • 1963 : Le Cardinal (The Cardinal) d'Otto Preminger : Annemarie von Hartman
  • 1964 : Prête-moi ton mari (Good Neighbor Sam) de David Swift : Janet Lagerlof
  • 1964 : L'Enfer de Henri-Georges Clouzot (inachevé)
  • 1964 : Romy , anatomie eines gesichts de Hans-Jürgen Syberberg - documentaire -
  • 1965 : L'Amour à la mer de Guy Gilles : la vedette
  • 1965 : Paris brûle-t-il ? de René Clément - scènes coupées au montage -
  • 1965 : Quoi de neuf, Pussycat ? (What's New Pussycat?) de Clive Donner : Carole Werner
  • 1966 : Dix heures et demie du soir en été (10:30 P.M. Summer) de Jules Dassin : Claire
  • 1966 : La Voleuse de Jean Chapot : Julia Kreuz
  • 1966 : La Fantastique histoire vraie d'Eddie Chapman (Triple cross) de Terence Young : Comtesse
  • 1968 : Otley de Dick Clement : Imogen
  • 1968 : La Piscine de Jacques Deray : Marianne
  • 1970 : La Califfa d'Alberto Bevilacqua : La Califfa
  • 1970 : L'Inceste (My lover, my son) de John Newland : Francesca Anderson
  • 1970 : Les Choses de la vie de Claude Sautet : Hélène
  • 1970 : Qui ? de Léonard Keigel : Marina
  • 1971 : L'Assassinat de Trotsky (The Assassination of Trotsky) de Joseph Losey : Gita Samuels
  • 1971 : Max et les ferrailleurs de Claude Sautet : Lily
  • 1971 : Bloomfield (Bloomfield) de Richard Harris
  • 1972 : César et Rosalie de Claude Sautet : Rosalie
  • 1973 : Un amour de pluie de Jean-Claude Brialy : Elizabeth
  • 1973 : Le Train de Pierre Granier-Deferre : Anna
  • 1973 : Ludwig, le crépuscule des dieux (Ludwig) de Luchino Visconti : Elisabeth d'Autriche
  • 1974 : Le Trio infernal de Francis Girod : Philomena Schmidt
  • 1974 : L'important c'est d'aimer d'Andrzej Żuławski : Nadine Chevalier
  • 1974 : Le Mouton enragé de Michel Deville : Roberte Groult
  • 1975 : Le Vieux Fusil de Robert Enrico : Clara Dandieu
  • 1975 : Les Innocents aux mains sales de Claude Chabrol : Julie Wormser
  • 1976 : Mado de Claude Sautet : Hélène
  • 1976 : Une femme à sa fenêtre de Pierre Granier-Deferre : Margot Santorini
  • 1977 : Portrait de groupe avec dame (Gruppenbild mit Dame) d'Aleksandar Petrovic : Leni Gruyten
  • 1978 : Une histoire simple de Claude Sautet : Marie
  • 1979 : Liés par le sang (Bloodline) de Terence Young : Hélène Martin
  • 1979 : Clair de femme de Costa-Gavras : Lydia
  • 1979 : La Mort en direct de Bertrand Tavernier : Katherine Mortenhoe
  • 1980 : La Banquière de Francis Girod : Emma Eckhert
  • 1981 : Fantôme d'amour (Fantasma d'amore) de Dino Risi : Anna Brigatti
  • 1981 : Garde à vue de Claude Miller : Chantal Martinaud
  • 1982 : La Passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio : Elsa Wiener/Lina Baumstein

Récompenses et nominations

  • 1976 : César de la meilleure actrice - L'important c'est d'aimer
  • 1977 : Nomination au César de la meilleure actrice - Une femme à sa fenêtre
  • 1979 : César de la meilleure actrice - Une histoire simple
  • 1980 : Nomination au César de la meilleure actrice - Clair de femme
  • 1983 : Nomination au César de la meilleure actrice - La Passante du Sans-Souci
  • 2008 : César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière

12:03 Écrit par Sandra.M dans IN THE MOOD FOR NEWS (Festivals, Oscars etc) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/08/2010

Programme du 3ème Festival du Film Francophone d'Angoulême

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Créé par le célèbre agent devenu producteur Dominique Besnehard, le Festival du Film francophone d'Angoulême se déroulera cette année du 25 au 29 aôut avec, au programme: 10 films en compétition (parmi lesquels "Belle Epine", "Le nom des gens", "Pieds nus sur des limaces"...), un focus Coline Serreau, des avant-premières (avec notamment le dernier Claude Lelouch "Ces amours-là", le très beau film de Xavier Beauvois "Des hommes et des dieux", "Le bruit des glaçons" de Bertrand Blier...) , 5 bijoux Pathé ( "L'ours", "La dolce vita"...), des films montrant l'influence de la BD sur le cinéma (comme "Gainsbourg, vie héroïque"), des séances spéciales avec notamment la projection de "Sweet Valentine" d'Emma Luchini.

Nathalie Baye est la présidente du jury composé de : Dora Bouchoucha, Bruno Cras, Emilie Dequenne, Léa Fazer, Michel Ouédraogo, Luc Plamondon, Micheline Presle, Nicolas Steil.

Un festival qui se veut populaire, découvreur de jeunes talents tout en faisant venir des stars du cinéma francophone et qui présente une belle programmation. Si vous êtes dans la région, je vous encourage donc à en profiter.

Pour tous les renseignements pratiques et pour en savoir plus, rendez-vous sur le site officiel du festival.

18:10 Écrit par Sandra.M dans IN THE MOOD FOR NEWS (Festivals, Oscars etc) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/08/2010

Un été sous les étoiles avec TCM pour revoir les grands classiques du cinéma

En ce mois d'août, encore sous l'effet des bienfaits balnéaires et en quête frénétique de grand air, j'ai décidé de fréquenter les salles obscures avec parcimonie (mais rassurez-vous, dès septembre, de retour du Festival du Cinéma Américain de Deauville, je reprendrai mes critiques des films à l'affiche) et d'ailleurs sans regrets (le mois d'août est toujours très calme en sorties cinématographiques) et de privilégier l'actualité liée aux festivals et aux classiques du cinéma. Cela tombe bien puisque ma chaîne fétiche, TCM, dans le cadre de "Un été sous les étoiles", pour rendre hommage à 60 stars du cinéma, diffuse actuellement de nombreux grands classiques,  l'occasion pour moi de découvrir hier soir "Yakuza", un film de 1975 de Sydney Pollack qui n'a pas très bien vieilli (contrairement à son acteur principal, Robert Mitchum) mais non dénué d'un certain charme désuet mais surtout l'occasion de revoir de nombreux classiques dont je vous laisse découvrir le passionnant programme pour ces prochains jours, ci-dessous:

VENDREDI 13 AOUT 2010 > ALFRED HITCHCOCK

A l’occasion de l’anniversaire de sa naissance

20:40 Mais qui a tué Harry ? (The Trouble with Harry, 1956, d’Alfred Hitchcock, avec Edmund Gwenn, John Forsythe, Shirley MacLaine, Mildred Natwick)

22:15 L’Inconnu du Nord Express (Strangers on a Train, 1951, d’Alfred Hitchcock, de Farley Granger, Ruth Roman, Robert Walker, Patricia Hitchcock)

23:55 L’Ombre d’un doute (Shadow of a Doubt, 1943, d’Alfred Hitchcock, de Teresa Wright, Joseph Cotten, Macdonald Carey, Henry Travers, Patricia Collinge)

01:45 Frenzy (1972, d’Alfred Hitchcock, avec Jon Finch, Barry Foster, Barbara Leigh-Hunt, Anna Massey)

 SAMEDI 14 AOUT 2010 > MICHAEL CAINE

20:40 Ipcress - Danger immédiat (The Ipcress File, 1965, de Sidney J. Furie, de Michael Caine, Nigel Green, Guy Doleman, Sue Lloyd)

22:30 La main du cauchemar (The Hand, 1981, d’Oliver Stone, avec Michael Caine, Andrea Marcovicci, Annie McEnroe 

DIMANCHE 15 AOUT 2010 > CATHERINE DENEUVE 

20:40 Belle de jour (1967, de Luis Buñuel, avec Catherine Deneuve, Jean Sorel, Michel Piccoli, Geneviève Page)

22:25 Mayerling (1968, de Terence Young, avec Omar Sharif, Catherine Deneuve, Ava Gardner, James Mason 

LUNDI 16 AOUT 2010 > BURT LANCASTER

20:40 Airport (1970, de George Seaton, avec Burt Lancaster, Dean Martin, Jean Seberg, Jacqueline Bisset)

22:50 La Furie du désert (Desert Fury, 1947, de Lewis Allen, avec Burt Lancaster, Lizabeth Scott, John Hodiak, Wendell Corey)

 MARDI 17 AOUT 2010 > JACK NICHOLSON 

20:30 Plan(s) rapproché(s) Mars Attacks par Christophe Carrière

20:40 Mars Attacks! (Mars Attacks! 1996  Tim Burton avec Jack Nicholson, Glenn Close, Annette Bening, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Natalie Portman)

 MERCREDI 18 AOUT 2010 > LIZ TAYLOR

2

0:40 La Vénus au vison (Butterfield 8, 1960, de Daniel Mann, avec Elizabeth Taylor, Laurence Harvey, Eddie Fisher, Dina Merrill)

22:25 Le Père de la mariée (Father of the Bride, 1950, de Vincente Minnelli, avec Spencer Tracy, Elizabeth Taylor, Joan Bennett, Don Taylor)

23:55 Cérémonie secrete (Secret Ceremony, 1968, de Joseph Losey, avec Elizabeth Taylor, Robert Mitchum, Mia Farrow)

01:45 Ivanhoe (1953, de Richard Thorpe, avec Elizabeth Taylor, Robert Taylor, Joan Fontaine, George Sanders)

 JEUDI 19 AOUT 2010 > KEN LOACH

  

20:40 Kes (1969, de Ken Loach, avec David Bradley, Freddie Fletcher, Lynne Perrie, Colin Welland)

 VENDREDI 20 AOUT 2010 > ROBERT MITCHUM

20:40 Massacre pour un fauve (Rampage, 1963, de Phil Karlson avec Robert Mitchum, Jack Hawkins, Elsa Martinelli, Sabu)

22:15 Yakuza (1975, de Sydney Pollack, avec Robert Mitchum, Ken Takakura, Brian Keith

 SAMEDI 21 AOUT 2010 > CLINT EASTWOOD

20:40 L’Epreuve de force (The Gauntlet, 1977, de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle, William Prince, Bill McKinney, Michael Cavanaugh)

22:35 Un frisson dans la nuit (Play Misty for Me, 1971, de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Jessica Walter, Donna Mills, John Larch)

 DIMANCHE 22 AOUT 2010 > CYD CHARISSE

20:40 Quinze jours ailleurs (Two Weeks in Another Town, 1962  Vincente Minnelli Kirk Douglas, Cyd Charisse, Edward G. Robinson, George Hamilton)

22:30 Traquenard (Party Girl, 1958, de Nicholas Ray , avec Robert Taylor, Cyd Charisse, Lee J. Cobb, John Ireland, Kent Smith)

 LUNDI 23 AOUT 2010 > CHARLES BRONSON

20:40 La Bataille des Ardennes (Battle of the Bulge, 1965, de Ken Annakin, avec Henry Fonda, Robert Shaw, James Mac Arthur, Robert Ryan, Charles Bronson)

23:05 Le Chevalier des sables (The Sandpiper, 1965, de Vincente Minnelli, avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Eva Marie Saint, Charles Bronson)

 MARDI 24 AOUT 2010 > BEN AFFLECK

20:40 Les Glandeurs (Mallrats, 1995, de Kevin Smith, avec Shannen Doherty, Ben Affleck, Jeremy London, Jason Lee)

 MERCREDI 25 AOUT 2010 > FRITZ LANG

 

20:40 Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet, 1955, de Fritz Lang, avec Stewart Granger, George Sanders, Joan Greenwood, Viveca Lindfors)

22:05 Espions sur la Tamise (Ministry of Fear, 1944, de Fritz Lang, avec Ray Milland, Marjorie Reynolds, Carl Esmond, Hillary Brooke)

 JEUDI 26 AOUT 2010 > DENNIS HOPPER

 

20:40 Johnny Guitare (Johnny Guitar, 1954, de Nicholas Ray, avec Joan Crawford, Sterling Hayden, Mercedes McCambridge, Scott Brady et Dennis Hopper)

 VENDREDI 27 AOUT 2010 > STEVEN SPIELBERG

20:40 Always (1989, de Steven Spielberg, avec Richard Dreyfuss, Audrey Hepburn, Holly Hunter, John Goodman)

 SAMEDI 28 AOUT 2010 > STEVE MC QUEEN

20:40 Bullitt (1968, de Peter Yates, avec Steve Mc Queen, Robert Vaughn, Jacqueline Bisset)

 DIMANCHE 29 AOUT 2010 > MONTGOMERY CLIFT

20:40 Soudain l’été dernier (Suddenly Last Summer, 1959, de Joseph L. Mankiewicz, avec Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Montgomery Clift)

22:30 Les Anges marqués (The Search, 1948, de Fred Zinnemann, avec Montgomery Clift, Wendell Corey, Aline MacMahon, Ivan Jandl)

LUNDI 30 AOUT 2010 > PAUL NEWMAN

20:25 Plan(s) Rapproché(s) L’Arnaque par Bruno Solo

20:40 L’Arnaque (The Sting, 1973, de George Roy Hill, avec Paul Newman, Robert Redford, Robert Shaw, Charles Durning)

22:45 Juge et hors-la-loi (Life and Times of Judge Roy Bean, 1972, de John Huston, avec Paul Newman, Ava Gardner, Jacqueline Bisset, John Huston)

MARDI 31 AOUT 2010 > NICOLAS CAGE

20:40 Leaving Las Vegas (1995, de Mike Figgis, avec Nicolas Cage, Elisabeth Shue, Julian Sands, Richard Lewis)

12/08/2010

Making-of des "Petits mouchoirs" de Guillaume Canet

En attendant de reprendre le chemin des salles obscures, après vous avoir proposé le synopsis, la bande-annonce et l'affiche des "Petits mouchoirs" de Guillaume Canet, hier, voici maintenant une nouvelle vidéo du making-of:

11/08/2010

Plus de 2,8 millions d'entrées pour "Inception" au box-office français

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A l'occasion des 2,8 millions d'entrées d'"Inception" au box-office français, vous trouverez à nouveau ci-dessous mon dossier complèté consacré au film de Christopher Nolan que je vous recommande de voir...ou revoir! N'hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires si vous avez vu le film une fois ou plusieurs (comme c'est déjà le cas pour un certain nombre de spectateurs).

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Photo ci-dessus, Leonardo DiCaprio par inthemoodforcinema.com

Pour tout savoir sur le film, retrouvez (en cliquant sur les liens):

-ma critique du fillm, ici,

-La vidéo de l'interview des acteurs d' "Inception" (Cillian Murphy, Tom Hardy, Joseph Gordon-Lewitt, Elle page, Ken Watanabe) par quelques blogueurs ...dont moi-même sur Allociné. ,

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mes vidéos et photos de la conférence de presse, là, 

-la conférence de presse en intégralité, ici 

la vidéo de la première, ici.

-la bande-annonce et une featurette, ici

-la bande-annonce avec Marion Cotillard, ici

18:56 Écrit par Sandra.M dans IN THE MOOD FOR NEWS (Festivals, Oscars etc) | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

"Joueuse" de Caroline Bottaro: à voir actuellement sur Canal +

Ne m'étant pas encore décidée à reprendre le chemin des salles obscures, je poursuis mes conseils télévisuels en vous recommandant aujourd'hui le très beau film de Caroline Bottaro "Joueuse". Je vous invite à lire ma critique publiée à l'occasion de la sortie du film (ci-dessous). Le film a été  diffusé hier soir sur Canal plus, vous pourrez également le voir ce soir à 20H45 sur Canal plus décalé, à 0H55 dimanche sur Canal plus cinéma et samedi 21 à 18H45 sur cette même chaîne.

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jouese2.jpgCette année, parmi mes lectures de vacances figuraient de nombreux romans récemment adaptés au cinéma : « Le liseur» de Bernhard Schlink,  «   L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery,  « La Joueuse d’échecs » de Bertina Henrichs…  Malheureusement, les deux premiers ne sont plus à l’affiche là où je me trouve actuellement.  J’ai donc évidemment opté pour le troisième adapté au cinéma par Caroline Bottaro sous le titre « Joueuse », un premier film ( premier en tant que réalisatrice car Caroline Bottaro est scénariste de plusieurs films de Jean-Pierre Améris et notamment du très beau "C'est la vie" déjà avec Sandrine Bonnaire) très prometteur qui aura mis cinq ans à se monter.

 

Dans le premier plan, Hélène (Sandrine Bonnaire) se tient devant le miroir, attache ses cheveux sans même  songer à se regarder. Hélène qui vit machinalement.  Les jours se suivent et se ressemblent. Son mari (Francis Renaud) la voit sans la regarder et sa fille la méprise. Femme de ménage dans un hôtel, dans un petit village corse,  son existence routinière bascule le jour où, en faisant le ménage dans une chambre, elle est fascinée par un couple d’Américains jouant aux échecs sur la terrasse.  Son regard s’attarde sur la sensualité de leurs gestes et leurs regards. Et la femme de ménage discrète et effacée va se prendre de passion pour ce jeu  et l’apprendre avec une inébranlable détermination, au point même d’insister auprès du mystérieux docteur Kröger (Kevin Kline),  chez qui elle fait également le ménage, pour qu’il joue avec elle et lui apprenne les échecs qui  vont alors devenir bien plus qu’un jeu. Une raison de vivre. Un moyen de s’émanciper. Et peut-être beaucoup plus encore…

 

A la luminosité envoûtante de l’île grecque de Naxos où se déroule le roman, Caroline Bottaro (aussi certainement pour des raisons pratiques) a préféré la beauté triste d’un petit village corse. Eleni devient Hélène. Mais, en Corse ou dans une île perdue des Cyclades, c’est le même sentiment d’enfermement, de solitude, de soumission. Au mari. Au destin. Au regard des autres.

 

Comment ne pas commencer en parlant de Sandrine Bonnaire. De dos, courbée puis droite et résolue, de face,  dans son regard, dur ou conquis, dans son sourire,  rare et ravageur, ses gestes, ses intonations, ses traits tirés puis illuminés, elle EST Hélène avec une justesse admirable sans en faire des tonnes, sans non plus donner l’impression de réaliser une performance. C’est d’abord grâce à elle si cette histoire est si attachante, si on la suit, captivés, sans décrocher une seule seconde. C’est ensuite grâce au choix judicieux de Kevin Kline et à leur troublante relation. Lui, d’abord, fier, imposant, blasé, misanthrope. Elle, d'abord courbée, frêle, fragile,  puis réapprenant le désir et le goût d’exister par et pour soi-même. Alors que lui va peu à peu s’affaiblir et s’humaniser, il va peu à peu l’aider à se redresser, à transgresser les règles, des échecs et de la vie, l'ordre établi.

 

Et puis il y a les échecs dont la caméra caresse la sensualité des pièces, des gestes de ceux qui les manipulent, des regards qui s’affrontent avec une douce fièvre. Les échecs dont les règles même représentent  pour Hélène une métaphore rassurante de la vie, les échecs dont la reine est la pièce la plus forte.

 

Sans emphase, juste appuyée de temps à autre par la musique de Nicola Piovani, la caméra accompagne avec sensibilité et sensualité le cheminement  d’Hélène vers la liberté et vers la confiance en elle.

 

martineden.jpgEt puis un film qui évoque «  Martin Eden » de Jack London ne pouvait que me conquérir ( Si vous ne l’avez pas lu, achetez-le sur le champ ! C’est un roman d’un romantisme désenchanté empreint de passion puis de désillusions. C’est aussi et avant tout un roman sur la fièvre créatrice et la fièvre amoureuse qui emprisonnent, aveuglent et libèrent à la fois. Le roman le plus autobiographique de Jack London publié en 1909). La fièvre créatrice qui emprisonne, aveugle et libère. Comme les échecs libèreront Hélène qui, comme Martin,   être a priori taciturne, voire frustre,  avec la lecture et l’écriture, va se révéler et s’émanciper avec les échecs.

 

S’il fallait émettre une réserve sur cette « Joueuse », ce serait de regretter une fin un peu expéditive et peut-être un plan de trop… mais l’ensemble est suffisamment séduisant, subtile, convaincant pour nous le faire oublier et pour que je vous le recommande. Vivement.

13:20 Écrit par Sandra.M dans IN THE MOOD FOR NEWS (Festivals, Oscars etc) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/08/2010

"Le Guépard" de Luchino Visconti en version restaurée ce soir sur Orange cinégéants

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Si vous ne deviez voir qu'un film, si vous ne deviez en emporter qu'un seul sur une île déserte, si je ne devais en choisir et ne vous en recommander qu'un ... c'est celui-là alors aucune excuse ne sera valable pour ne pas regarder "Le Guépard" de Luchino Visconti, ce soir, en version restaurée, sur Orange cinégéants, à 20H40.

 J'espère que mon article (avec critique du film et vidéos pour revivre cet événement exceptionnel comme si vous y étiez) "Quand la réalité rejoint le cinéma" publié à l'occasion du dernier Festival de Cannes (et republié ci-dessous) suite la projection exceptionnelle de cette version restaurée en présence d'Alain Delon et Claudia Cardinale, achèvera de vous convaincre de le découvrir ou de le revoir.

 J'en profite pour vous rappeler que le Grand Lyon Film Festival rendra hommage à Luchino Visconti, en présence d'Alain Delon, mais je vous en reparlerai.

Enfin, je vous rappelle que, mardi, sur France 2, à 20H35, vous pourrez revoir un autre chef d'oeuvre avec Alain Delon: "Le Cercle rouge" de Jean-Pierre Melville.

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Quand la réalité rejoint le cinéma (article déjà publié suite à la projection exceptionnelle du "Guépard"  en version restaurée dans le cadre du Festival de Cannes 2010)

Parmi mes très nombreux souvenirs du Festival de Cannes, celui de ce soir restera sans aucun doute un des plus émouvants et inoubliables. Ce soir, dans le cadre de Cannes Classics était en effet projetée la version restaurée du chef d'œuvre de Luchino Visconti « Le Guépard », palme d'or du Festival 1963. Un des films à l'origine de ma passion pour le cinéma avec  l'acteur que j'admire le plus (et tant pis pour ceux qu'il horripile... qu'ils me trouvent juste un seul acteur ayant tourné autant de chefs d'œuvre de « Rocco et ses frères » à « Monsieur Klein » en passant par « Le Cercle rouge » , « La Piscine » et tant d'autres...).

 Alors que nous étions très peu nombreux dans la file presse et que, en face, dans la file Cannes cinéphiles on se bousculait tout le monde a finalement pu entrer. J'avais une place de choix puisque juste à côté de moi figurait un siège sur lequel était écrit  Martin Scorsese  et devant  Alain Delon et Claudia Cardinale! Tandis que les premiers invités commençaient à arriver (Benicio Del Toro, Kate Beckinsale, Aishwarya Rai puis Salma Hayek, Juliette Binoche...), la fébrilité était de plus en plus palpable dans la salle. Avec son humour et son enthousiasme légendaires, Thierry Frémaux est venu prévenir que Martin Scorsese était retenu dans les embouteillages en ajoutant qu'Alain Delon avait tenu à préciser que lui n'était pas en retard.

 Puis Martin Scorsese est enfin sorti des embouteillages pour monter sur scène ( réalisateur du plus grand film de cette année « Shutter island », à voir absolument) pour parler de ce film si important pour lui. Puis ce fut au tour d'Alain Delon et Claudia Cardinale de monter sur scène. Tous deux émus, Alain Delon aussi nostalgique que Claudia Cardinale semblait enjouée. Je vous laisse découvrir cet instant que j'ai intégralement filmé. Puis, ils se sont installés, juste devant moi et le film, ce film que j'ai vu tant de fois a commencé.

Quelle étrange sensation de le découvrir enfin sur grand écran, tout en voyant ses acteurs au premier plan, juste devant moi, en chair et en os. Aussi fascinant et somptueux soit « Le Guépard » (et ce soir il m'a à nouveau et plus que jamais éblouie) mon regard ne pouvait s'empêcher de dévier vers Delon et Cardinale. Instant irréel où l'image de la réalité se superposait à celle de l'écran. Je ne pouvais m'empêcher d'essayer d'imaginer leurs pensées. Claudia Cardinale qui semblait littéralement transportée (mais avec gaieté) dans le film, tapant des mains, se tournant vers Alain Delon, lorsque des scènes, sans doute, lui rappelait des souvenirs particuliers, riant aussi souvent, son rire se superposant même sur la célèbre cavalcade de celui d'Angelica dans la scène du dîner. Et Alain Delon, qui regardait l'écran avec tant de solennité, de nostalgie, de tristesse peut-être comme ailleurs, dans le passé, comme  s'il voyait une ombre du passé ressurgie en pleine lumière, pensant, probablement,  comme il le dit souvent, à ceux qui ont disparu : Reggiani, Lancaster, Visconti....

Delon et Cardnale plus humains sans doute que ces êtres d'une beauté irréelle sur l'écran et qu'ils ont incarnés mais aussi beaux et touchants. D'autant plus troublant que la scène de la réalité semblait faire étrangement écho à celle du film qui raconte  la déliquescence d'un monde, la nostalgie d'une époque. Comme si Delon était devenu le Prince Salina (incarné par Lancaster dans le film) qui regarde avec mélancolie une époque disparaître. J'avais l'impression de ressentir leur émotions, ce  qui, ajouté, à celle que me procure immanquablement ce film, a fait de cet instant un moment magique de vie et de cinéma entremêlés, bouleversant. 

 Je n'ai pas vu passer les trois heures que dure le film dont la beauté, la modernité, la richesse, la complexité mais aussi la vitalité, l'humour  (c'était étonnant d'entendre ainsi la salle rire) me sont apparus plus que jamais éclatants et surtout inégalés. 47 ans après, quel film a pu rivaliser ? Quel film contient des plans séquences aussi voluptueux ? Des plans aussi somptueux ? On comprend aisément pourquoi le jury lui a attribué la palme d'or à l'unanimité !

Hypnotisée par ces images confuses de réalité et de cinéma superposées, de splendeur visuelle, de mélancolie, de nostalgie, je suis repartie avec dans ma poche la lettre destinée à Alain Delon parlant du scénario que j'aimerais lui soumettre, mais sans regrets : il aurait été maladroit, voire indécent de lui donner à cet instant si intense, particulier. Et encore maintenant il me semble entendre la valse qui a sublimé Angelica et Tancrède,  et d'en ressentir toute la somptuosité nostalgique...  Cette phrase prononcée par Burt Lancaster dans « Le Guépard » pourrait ainsi peut-être être désormais prononcée par ceux qui ont joué à ses côtés, il y a 47 ans déjà  : « Nous étions les Guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ».

 Ma critique du « Guépard » de Luchino Visconti

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En 1860, en Sicile, tandis que Garibaldi et ses chemises rouges débarquent pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster) ainsi que sa famille et son confesseur le Père Pirrone (Romolo Valli), quitte ses domaines pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède rejoint les troupes de Garibaldi. Tancrède s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale), la fille du riche maire libéral  de Donnafugata : Don Calogero. Le Prince Salina s’arrange pour qu’ils puissent se marier. Après l’annexion de la Sicile au royaume d’Italie, Tancrède qui s’était engagé aux côtés des Garibaldiens les abandonne pour rejoindre l’armée régulière…

Les premiers plans nous montrent une allée qui mène à une demeure, belle et triste à la fois. Les allées du pouvoir. Un pouvoir beau et triste, lui aussi. Triste car sur le déclin, celui de l’aristocratie que symbolise le Prince Salina. Beau car fascinant comme l’est le prince Salina et l’aristocratie digne qu’il représente. Ce plan fait écho à celui de la fin : le prince Salina avance seul, de dos, dans des ruelles sombres et menaçantes puis il s’y engouffre comme s’il entrait dans son propre tombeau. Ces deux plans pourraient résumer l’histoire, l’Histoire, celles d’un monde qui se meurt. Les plans suivants nous emmènent à l’intérieur du domaine, nous offrant une vision spectrale et non moins sublime de cette famille. Seuls des rideaux blancs dans lesquels le vent s’engouffre apportent une respiration, une clarté dans cet univers somptueusement sombre. Ce vent de nouveauté annonce l’arrivée de Tancrède, Tancrède qui apparaît dans le miroir dans lequel Salina se mire.  Son nouveau visage. Le nouveau visage du pouvoir. Le film est à peine commencé et déjà son image est vouée à disparaître. Déjà la fin est annoncée. Le renouveau aussi.

Fidèle adaptation d’un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa, Le Guépard témoigne d’une époque représentée par cette famille aristocrate pendant le Risorgimento, « Résurrection » qui désigne le mouvement nationaliste idéologique et politique qui aboutit à la formation de l’unité nationale entre 1859 et 1870. Le Guépard est avant tout l’histoire du déclin de l’aristocratie et de l’avènement de la bourgeoisie, sous le regard et la présence félins, impétueux, dominateurs du Guépard, le prince Salina. Face à lui, Tancrède est un être audacieux, vorace, cynique, l’image de cette nouvelle ère qui s’annonce.

medium_guepard4.JPGLa scène du fastueux bal qui occupe un tiers du film est aussi la plus célèbre, la plus significative, la plus fascinante. Elle marque d'abord par sa magnificence et sa somptuosité :  somptuosité des décors, soin du détail du Maestro Visconti qui tourna cette scène en huit nuits parmi 300 figurants. Magnificence du couple formé par Tancrède et Angelica, impériale et rayonnante dans sa robe blanche. Rayonnement du couple qu’elle forme en dansant avec Salina, aussi.  La fin du monde de Salina est proche mais le temps de cette valse, dans ce décor somptueux, le temps se fige. Ils nous font penser à cette réplique de Salina à propos de la Sicile : "cette ombre venait de cette lumière". Tancrède regarde avec admiration, jalousie presque, ce couple qui représente pourtant la déchéance de l’aristocratie et l’avènement de la bourgeoisie. Un suicide de l'aristocratie même puisque c’est Salina qui scelle l’union de Tancrède et Angelica, la fille du maire libéral, un mariage d’amour mais aussi et avant tout de raison entre deux univers, entre l'aristocratie et la bourgeoisie. Ces deux mondes se rencontrent et s’épousent donc aussi le temps de la valse d’Angelica et Salina. Là, dans le tumulte des passions, un monde disparaît et un autre naît. Ce bal est donc aussi remarquable par ce qu’il symbolise : Tancrède, autrefois révolutionnaire, se rallie à la prudence des nouveaux bourgeois tandis que Salina, est dans une pièce à côté, face à sa solitude, songeur,  devant un tableau de Greuze, la Mort du juste, faisant « la cour à la mort » comme lui dira ensuite magnifiquement Tancrède.

Angelica, Tancrède et Salina se retrouvent ensuite dans cette même pièce face à ce tableau morbide alors qu’à côté se fait entendre la musique joyeuse et presque insultante du bal. L’aristocratie vit ses derniers feux mais déjà la fête bat son plein. Devant les regards attristés et admiratifs de Tancrède et Angelica, Salina s’interroge sur sa propre mort. Cette scène est pour moi une des plus intenses de ce film qui en comptent pourtant tant qui pourraient rivaliser avec elle. Les regards lourds de signification qui s’échangent entre eux trois, la sueur qui perle sur les trois visages, ce mouchoir qu’ils s’échangent pour s’éponger en font une scène d’une profonde cruauté et sensualité où entre deux regards et deux silences, devant ce tableau terriblement prémonitoire de la mort d’un monde et d’un homme, illuminé par deux bougies que Salina a lui-même allumées comme s’il admirait, appelait, attendait sa propre mort, devant ces deux êtres resplendissants de jeunesse, de gaieté, de vigueur, devant Salina las mais toujours aussi majestueux, plus que jamais peut-être, rien n’est dit et tout est compris.

medium_guepard3.JPG Les décors minutieusement reconstitués d’ une beauté visuelle sidérante, la sublime photo de Giuseppe Rotunno, font de ce Guépard une véritable fresque tragique, une composition sur la décomposition d’un monde, dont chaque plan se regarde comme un tableau, un film mythique à la réputation duquel ses voluptueux plans séquences (notamment la scène du dîner pendant laquelle résonne le rire interminable et strident d’Angelica comme une insulte à l’aristocratie décadente, au cour duquel se superposent des propos, parfois à peine audibles, faussement anodins, d’autres vulgaires, une scène autour de laquelle la caméra virevolte avec virtuosité, qui, comme celle du bal, symbolise la fin d’une époque), son admirable travail sur le son donc, son travail sur les couleurs (la séquence dans l’Eglise où les personnages sont auréolés d’une significative lumière grise et poussiéreuse ) ses personnages stendhaliens, ses seconds rôles judicieusement choisis (notamment Serge Reggiani en chasseur et organiste), le charisme de ses trois interprètes principaux, la noblesse féline de Burt Lancaster, la majesté du couple Delon-Cardinale, la volubilité, la gaieté et le cynisme de Tancrède formidablement interprété par Alain Delon, la grâce de Claudia Cardinale, la musique lyrique, mélancolique et ensorcelante de Nino Rota ont également contribué à faire de cette fresque romantique, engagée, moderne, un chef d’œuvre du septième Art. Le Guépard a ainsi obtenu la Palme d’or 1963… à l’unanimité.

 La lenteur envoûtante dont est empreinte le film métaphorise la déliquescence du monde qu’il dépeint. Certains assimileront à de l’ennui ce qui est au contraire une magistrale immersion  dont on peinera ensuite à émerger hypnotisés par l’âpreté lumineuse de la campagne sicilienne, par l’écho du pesant silence, par la beauté et la splendeur stupéfiantes de chaque plan. Par cette symphonie visuelle cruelle, nostalgique et sensuelle l’admirateur de Proust qu’était Visconti nous invite à l’introspection et à la recherche du temps perdu.

La personnalité du Prince Salina devait beaucoup à celle de Visconti, lui aussi aristocrate, qui songea même à l’interpréter lui-même, lui que cette aristocratie révulsait et fascinait à la fois et qui, comme Salina, aurait pu dire : « Nous étions les Guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ».

Que vous fassiez partie des guépards, lion, chacals ou brebis, ce film est un éblouissement inégalé par lequel je vous engage vivement à vous laisser hypnotiser...

A lire également, dans le cadre du cycle Alain Delon sur inthemoodforcinema.com, mes critiques de :  La Piscine », « Borsalino », « Le Guépard », « Monsieur Klein »,  « Le Cercle rouge », "Le Professeur", "Plein soleil"

14:56 Écrit par Sandra.M dans IN THE MOOD FOR NEWS (Festivals, Oscars etc) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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