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IN THE MOOD FOR NEWS (toute l'actualité ciné)

  • Critique - LES PETITS MOUCHOIRS de Guillaume Canet

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    Direction le Cap-Ferret, une maison en bord de mer appartenant à Max (François Cluzet), une maison où chaque été se réunit une bande d’amis. Seulement cet été-là, tout est comme d’habitude et à la fois différent car l’un d’entre eux, Ludo (Jean Dujardin) manque à l’appel, retenu sur un lit d’hôpital. Chacun va mettre un « petit mouchoir » sur la vérité. Le petit mouchoir, c’est le voile du mensonge, le masque que chacun arbore pour ne pas dévoiler ses doutes, ses failles et ses angoisses. Les petits mouchoirs, ce sont les mensonges faits aux autres mais surtout à soi-même.


    Cela commence au Baron, boîte de nuit du 8ème arrondissement. Un habile plan-séquence qui nous plonge dans cette frénésie et en capture la gravité masquée de bonne humeur excessive : la gaieté feinte et les rires factices et exubérants suscités par l’alcool, la drogue, la tristesse dissimulée. Puis c’est le fracas de la réalité. Et le retour à la vie normale comme si de rien n’était… ou presque.


    Guillaume Canet nous immerge alors dans la vie de ces amis au Cap-Ferret avec la volonté délibérée de faire « un film de potes » comme il le dit lui-même. S’il évoque notamment « Mes meilleurs copains » de Jean-Marie Poiré, en inconditionnelle du cinéma de Claude Sautet, j’ai évidemment plutôt pensé à « Vincent, François, Paul et les autres ». D’ailleurs, Benoît Magimel s’appelle Vincent, François Cluzet s’appelle ici Max (comme Michel Piccoli dans « Max et les ferrailleurs ») et il m’a rappelé ce dernier dans la fameuse scène de colère de « Vincent, François, Paul et les autres ». Gabin aussi, si célèbre pour ses scènes de colère. Et la maison du Cap-Ferret peut faire songer à celle de « César et Rosalie ».


    Même si Guillaume Canet réalisateur n’atteint pas cette note parfaite, cette virtuosité à laquelle accédait Claude Sautet, mélomane averti, il y a dans ce film cette même quête de raconter la complexité derrière « une histoire simple », de quérir les frémissements de vie, les fléchissements en chacun, de dévoiler une part du mystère dans lequel chacun se drape.


    Plus qu’à Claude Sautet, il m’a d’ailleurs fait penser à Lelouch (même s’il reniera peut-être cette comparaison, lui qui lorgne davantage du côté du cinéma américain et cite plus volontiers Cassavetes) dans sa quête de « fragments de vérité », dans sa sincérité, dans sa façon de filmer au plus près des visages, d’effleurer presque amoureusement ses personnages, et de constamment chercher à tirer le meilleur de ses acteurs. Les virtuoses, ce sont eux et c’est la raison pour laquelle il n’a pas voulu faire de l’esbroufe dans sa réalisation. Sa mise en scène se fait donc ainsi discrète. Le cadre à la fois étouffe et caresse les personnages et les enserre, comme ils le sont dans leurs apparences et leurs mensonges.


    Le casting est irréprochable. Chaque apparition de François Cluzet est un pur bonheur, à la fois irascible et touchant, volubile et secret. Benoît Magimel dégage un charme mélancolique irrésistible. Marion Cotillard n’a jamais été filmée aussi amoureusement, à la fois frontalement et délicatement. Valérie Bonneton est férocement drôle et Gilles Lellouche incarne avec beaucoup de nuances son personnage qui accepte enfin et trop tard de grandir. Quant à Joel Dupuch, il est plus qu’il ne joue et le film y gagne en émotion et gravité.
    La comparaison avec Lelouch s’arrête là parce que Canet impose son propre rythme et son propre style et de films en films construit son propre univers.


    « Les petits mouchoirs » dure 2H25, beaucoup trop semble-t-il pour certains. Or, justement, c’est cette durée qui nous permet de créer la proximité avec les personnages, c’est une durée qui coïncide judicieusement avec le fond du film. Une durée nécessaire pour donner du temps au temps, pour laisser tomber les masques, pour prendre le temps de vivre, d’accepter la qualité des silences, du temps qui passe, et pour en saisir la beauté et la violence fugaces. Canet n’est pas dans le spectaculaire mais dans l’intime. Il ne cherche pas à nous en mettre plein la vue mais à ouvrir notre regard, lui laisser le temps de se poser, de regarder la vie qui passe et qu’il tente de capter. Certaines scènes peut-être auraient pu être écourtées voire supprimées –même si beaucoup l’ont déjà été puisque le montage initial faisait près de 4H-(et c’est là sans doute que le film est « trop » personnel, en totale empathie pour son sujet, ses personnages et ses acteurs, Guillaume Canet nous oublie un peu) mais il a en tout cas beaucoup de tendresse communicative pour ses personnages et ses acteurs et nous donne envie , malgré et à cause de leurs failles, de se joindre à eux.


    A l’issue de la projection (cette critique avait été écrite suite à l'avant-première du film, en présence de l'équipe il y a 9 ans), Guillaume Canet avait demandé que nous n’évoquions ni la fin ni le début, tétanisé visiblement à l’idée qu’ils puissent être dévoilés, pourtant ce n’est pas là que réside le principal intérêt de son film. La fin est d’ailleurs attendue mais non moins bouleversante faisant surgir l’émotion contenue qui explose et avec elle les masques de chacun, faisant voler en éclats les petits mouchoirs posés sur la vérité. Le rire n’a jamais si bien illustré sa définition de « politesse du désespoir », tout son film est jalonné de moments drôles et savoureux mais qui sont aussi touchants parce que la culpabilité et/ou la tristesse affleurent dans un regard soudainement assombri. Son film souffre donc (un peu) mais s’enrichit (surtout) d’être très personnel.


    Un film choral qui vous donne envie de prendre le temps de vivre, de laisser choir le voile du mensonge, de regarder et voir, d’écouter et d’entendre. Et c’est finalement là sans doute la plus discrète des audaces et sa vraie réussite. . Malgré quelques longueurs vous ne verrez pas passer les 2H25 de ce troisième long-métrage de Guillaume Canet qui enlace ses personnages avec une tendre lucidité et embrasse la vie et sa cruauté poignante et involontaire avec tendresse et qui, à son image, complexe et paradoxale, s’achève sur une touchante note de tristesse et d’espoir et nous laisse avec le souvenir de son entêtante bo et de ses personnages que nous avons hâte de retrouver dans "Nous finirons ensemble" (en salles le 1er Mai).

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  • "Normandes en tête" au CID de Deauville et avant-première de "Mon bébé de Lisa Azuelos à Deauville

    Pour lire mon article à ce sujet, rendez-vous sur mon autre blog Inthemoodfordeauville.com, en cliquant ici.

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  • Palmarès des 24èmes Lumières de la presse internationale

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    Comme chaque début d'année ont été remis  les prix Lumières, prix annuels créés en 1995 à l’initiative de Daniel Toscan du Plantier et du journaliste anglais Edward Behr.  Par ce prix, l'Académie des Lumières veut souligner le grand intérêt que porte au cinéma français la presse internationale largement représentée à Paris. L'Académie des Lumières réunit plus de 130 correspondants de la presse internationale qui représentent une vingtaine de pays. Ces journalistes sont appelés à voter sur les films français sortis en salles tout au long de l’année 2018.   Au total, treize catégories sont mises en avant : film, réalisateur, scénario, actrice, acteur, révélation féminine, révélation masculine, premier long métrage, pays francophones, animation, documentaire, photographie et musique.

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    130 films sortis en salles en 2018 concouraient au départ pour les nominations aux Lumières de la presse internationale et 37 ont été soumis au vote final de 80 académiciens représentant plus de trente pays.  Ces nommés sont candidats aux Flammes, les trophées conçus par Joaquín Jiménez et la Monnaie de Paris qui ont été remis le 4 février 2019, lors de la 24ème Cérémonie des Lumières qui a eu lieu à l'Institut du Monde Arabe.

    L'an passé, 12O battements par minute  s’était imposé dans les six catégories où il avait été nommé. Un hommage avait aussi été rendu à Monica Bellucci et Jean-Paul Belmondo pour leur contribution au rayonnement mondial du cinéma français.

    Retrouvez, ici, mon compte rendu détaillé de la cérémonie 2018 des Prix Lumières de la presse internationale. 

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    Les films Les Frères Sisters (dont vous pouvez retrouver ma critique ci-dessous ), Jusqu’à la garde, Mademoiselle de Joncquières et Pupille arrivaient en tête des nominations pour les 24èmes Lumières de la presse internationale, Se détachent aussi Les Chatouilles, En Liberté !, Guy et Shéhérazade, ou encore Climax, Les Garçons sauvages, Marche ou crève, Première année, Sauvage et Un amour impossible.

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    Les réalisateurs Jacques Audiard, Jeanne Herry, Xavier Legrand, Gaspar Noé et Pierre Salvadori ; les actrices Elodie Bouchez, Cécile de France, Léa Drucker, Virginie Efira, Mélanie Thierry ; les acteurs Romain Duris, Vincent Lacoste, Vincent Lindon, Alex Lutz et Denis Ménochet ont également attiré l’attention des académiciens, qui mettent en avant, une année de plus, des noms confirmés, des talents émergents et des révélations éclatantes. 


    Les Frères Sisters a remporté trois prix - film, mise en scène, pour Jacques Audiard, et image, pour Benoît Debie - lors de cette 24ème cérémonie des Lumières de la presse internationale.

    Alex Lutz a été récompensé comme acteur dans Guy, film primé aussi pour la musique signée Vincent Blanchard et Romain Greffe.

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    Élodie Bouchez comme actrice, pour Pupille ; Ophélie Bau, comme révélation féminine dans Mektoub My Love, et Félix Maritaud, comme révélation masculine pour Sauvage, ont été récompensés également au cours de la soirée animée par Eve Jackson et Pierre Zéni.
     
    Les correspondants de la presse internationale ont distingué Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit pour le scénario de En liberté !.
     
    Le prix du documentaire est allé à Samouni Road, de Stefano Savona, tandis que Dilili à Paris, de Michel Ocelot, a reçu le prix de l’animation.
     
    L'âpre, hitchcockien et poignant Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand, a été primé dans la catégorie du premier long métrage, et Girl, de Lukas Dhont (Belgique), a remporté le prix réservé aux films des pays francophones.
     
    L’Académie des Lumières, composée d’une centaine de correspondants représentant plus de vingt pays, a tenu à rendre un hommage spécial à l’actrice Jane Birkin et au film Un homme et une femme, en présence de Anouk Aimée et Claude Lelouch, pour leur contribution au rayonnement mondial du cinéma français, ce qui a donné lieu à de beaux moments d'émotion notamment lorsqu'a retenti la voix inénarrable de Jean-Louis Trintignant. Nous aurons ainsi bientôt le plaisir de retrouver Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée dans Les plus belles années de Claude Lelouch (suite de son chef-d'œuvre Un homme et une femme 50 ans après, tourné notamment à Deauville, dont la sortie aura probablement lieu en Mai, à suivre…).

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    La vidéothèque Cinando mise à disposition des membres actifs de l’Académie des Lumières a enregistré 1.489 visionnements, chiffre encore en nette augmentation par rapport à l’année précédente (949 visites). Au total, 72 votes ont été validés.
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    Palmarès
     
    Film
    Les Frères Sisters, de Jacques Audiard                                                                                           
     
    Réalisateur
    Jacques Audiard – Les Frères Sisters                                                                        

    Actrice
    Elodie Bouchez – Pupille                                                                                                                                                
     
    Acteur
    Alex Lutz – Guy                                                                                                                                                                                                      
     
    Scénario
    Pierre Salvadori, Benoît Graffin et Benjamin Charbit – En liberté !      
                                                                                                          
    Image
    Benoît Debie – Les Frères Sisters                                                                                                            

    Musique
    Vincent Blanchard et Romain Greffe – Guy
     
    Révélation féminine
    Ophélie Bau – Mektoub My Love
     
    Révélation masculine
    Félix Maritaud – Sauvage                                                                                                                                                

    Premier film
    Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand                                                                                          
     
    Pays francophones
    Girl, de Lukas Dhont (Belgique)             
                                                                                                                                                         
    Documentaire
    Samouni Road, de Stefano Savona                                                                                                            
     
    Animation
    Dilili à Paris, de Michel Ocelot    

     

    Critique - Les Frères Sisters de Jacques Audiard (et conférence de presse lors du Festival du Cinéma Américain de Deauville)

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    Jacques Audiard, Joaquin Phoenix, John C.Reilly, Alexandre Desplat et Thomas Bidegain ont en effet reçu pour ce film le Prix du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, un prix décerné à ce film « pour les qualités de sa mise en scène, pour la force de l’interprétation de quatre acteurs majeurs du cinéma américain contemporain - John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, et Riz Ahmed - pour saluer les producteurs, grâce à qui un projet si noble a pu naître. Pour, enfin, célébrer une œuvre qui porte l’espoir d’un monde meilleur, d’une résipiscence possible. Pour toutes ces raisons, il nous a paru naturel qu’un tel travail soit récompensé d’une manière inhabituelle, originale et exceptionnelle » a déclaré Bruno Barde, le Directeur du Festival. Les Frères Sisters est le premier film tourné intégralement en langue anglaise (et avec des acteurs majoritairement américains) de Jacques Audiard. Ce sont John C. Reilly et Alison Dickey ( productrice et épouse du comédien) qui ont demandé au réalisateur de lire le roman de Patrick deWitt dont ils détenaient les droits.

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    Synopsis : Les Sisters, ce sont Charlie et Elie. Deux frères qui évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d'innocents... Ils n'éprouvent aucun état d'âme à tuer. C'est leur métier. Charlie, le cadet ( Joaquin Phoenix), est né pour ça. Elie (John C.Reilly), lui, ne rêve que d'une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l'Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

    Après sa palme d'or à Cannes en 2015 pour Dheepan, le cinéaste français n’a pourtant pas «choisi » la Croisette pour présenter son nouveau film. Lui qui a déjà exploré différents genres avec talent s’attaque cette fois à un style de film auquel il ne s’était pas encore attelé: le western. Un western qui, fort probablement, aurait figuré au palmarès cannois s’il avait été en lice. Lors de la conférence de presse du film dans le cadre du festival, Jacques Audiard a expliqué qu’il n’avait pas forcément le fantasme du western mais qu’il avait surtout envie de travailler avec des acteurs américains car « ils ont constitué un savoir du jeu cinématographique et ils ont une très grande conscience d'eux-mêmes quand ils jouent » a-t-il précisé. Ce film l’a également intéressé en raison de son « thème de la fraternité » et « l’héritage de la sauvagerie » qu’il dépeint.

    Les ingrédients du western sont pourtant là, en apparence du moins : les grandes étendues, les chevauchées fantastiques, le Far West, les personnages aux physiques patibulaires, la violence fulgurante, la menace latente. Et pourtant Les frères Sisters, à l’image de ce titre, est un film constitué de contrastes et de dualités qui détournent les codes du western. « La nuit du chasseur a été une vraie référence pour ce film» a ainsi expliqué Thomas Bidegain lors de la conférence de presse. Alors, en effet, certes il y a ici les grandes étendues et le Far West mais le film a été tourné en Espagne et en Roumanie et l’atmosphère ne ressemble ainsi à celle d’aucun autre western. Certes, il y a là les personnages aux physiques patibulaires mais ici pas de héros qui chevauchent fièrement leurs montures mais des méchants qui vont évoluer après ce parcours initiatique parsemé de violence. Alors, certes la violence justement est là, parfois suffocante, mais elle laissera finalement place à une douceur et une paix inattendues.

    Les premières images nous éblouissent d’emblée par leur beauté macabre: des coups de feu et des flammes qui luisent dans la nuit. Des granges brûlées. Des innocents et criminels tués froidement et impitoyablement. L’œuvre de deux tueurs à gages. Les frères Sisters.

    Loin des héros ou antihéros mutiques des westerns, les deux frères Sisters (les si bien et malicieusement nommés) débattent de leurs rêves et de leurs états d’âme, comme deux grands enfants. «Ce sang, c'est grâce à lui qu'on est bons dans ce qu'on fait » selon l’un des deux frères. Ce sang, c’est celui de leur père, violent et alcoolique. Leur vie n’a jamais été constituée que de violence. Ce duo improbable est constitué d’un tireur fou, le cadet, et de l’aîné, plus sage, plus raisonnable, plus émotif et même sentimental, ce qui donne parfois lieu à des scènes humoristiques tant le contraste est saisissant entre les tueurs sanglants qu’ils sont aussi et l’émotion qui étreint parfois le cadet, qui par exemple pleure lorsqu'il perd son cheval.

    A ce duo improbable s’oppose un autre duo (que je vous laisse découvrir car il fait prendre une autre tournure à l’histoire qui ne cesse d’ailleurs de nous emmener là où on ne l’attend pas, là où le western ne nous a pas habitués à aller) notamment constitué d’ un prospecteur qui détient une mystérieuse formule chimique qui permet de trouver de l’or. Incarné par Riz Ahmed, cet homme rêve d’utopies socialistes, une société de justice dans lequel l’homme serait libre, vraiment libre. Audiard détourne aussi les codes du western en ce que son film présente plusieurs degrés de lecture. La violence héritée de leur père que manifestent les deux frères, c’est aussi celle de cette Amérique héritée des pères fondateurs. Pour trouver de l’or et donc s’enrichir, les compères vont polluer la rivière sans souci des conséquences sur l’environnement et sur leur propre vie. Des drames vont pourtant découler de cet acte métaphorique d’un capitalisme carnassier et impitoyable.

    Mais les frères Sisters est aussi un conte à la fois cruel et doux. Lr dénouement est ainsi aussi paisible que le début du film était brutal. Comme la plupart des films de cette sélection, il s’achève sur une note d’espoir. L’espoir d’une Amérique qui ouvre enfin les yeux, se montre apaisée et fraternelle. Si les frères Sisters, ces tueurs à gages sans états d’âme ont changé, qui ne le pourrait pas ? Tout est possible…Ajoutez à cela la photographie sublime de Benoît Debie, la musique d’Alexandre Desplat et vous obtiendrez un western à la fois sombre et flamboyant. Et d’une originalité incontestable.

     


     

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  • Palmarès des Prix Henri Langlois

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    Mardi dernier était décerné le palmarès des Prix Henri Langlois qui ont été remis à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, lieu symbolique de la première Cinémathèque créée par Henri Langlois. 16 films emblématiques étaient en compétition, un jury d’étudiants en écoles de cinéma a ainsi attribué les prix.

    Un prix d’honneur a été remis à la Mostra de Venise, en présence de son président Alberto Barbera. Pasolini, Cassavetes, Sergio Leone étaient ainsi à l'honneur. Mais aussi Catherine Corsini, Gilles Lellouche, la Mostra de Venise donc…
    Cette cérémonie s'est déroulée en présence de nombreuses personnalités, dont Amelle Chahbi, Thibault de Montalembert, Victoria Bedos, Thomas Lilti, Catherine Corsini, Frédérique Bredin, Jean-Pierre Mocky, Lola Dewaere...
     
    En bonus, ma critique du "Grand bain" de Gilles Lellouche qui a reçu le PRIX LONG MÉTRAGE COMÉDIEN.ENNE RÉALISATEUR.TRICE.

    Palmarès des Prix Henri Langlois

    GRAND PRIX : 

    « Théorème » de Pier Paolo Pasolini

    PRIX D’INTERPRÉTATION :  

    « Faces » de John Cassavetes  pour l’interprétation globale et mythique de chacun des acteurs

     PRIX DE LA MEILLEURE MUSIQUE : 

    « If… » de Lindsay Anderson  avec la Bande Originale composée par Marc Wilkinson

     PRIX DU PUBLIC ALLOCINÉ :

      « Il Etait une Fois dans l’Ouest » de Sergio Leone

     LES REGARDS D’HENRI : 

    « Un Amour Impossible » de Catherine Corsini

    LES REGARDS D'HENRI (MEILLEUR FILM ÉTRANGER 2018) :

     « L'Île aux chiens » de Wes Anderson

    LES REGARDS D'HENRI (MEILLEUR SÉRIE 2018) : 

    « Hippocrate » de Thomas Lilti

    PRIX LONG MÉTRAGE COMÉDIEN.ENNE RÉALISATEUR.TRICE :

     « Le Grand Bain » de Gilles Lellouche

    PRIX D’HONNEUR HENRI LANGLOIS :

     Festival International du Film de Venise Remise à Alberto Barbera pour la Mostra de Venise, à l’occasion de son 75ème anniversaire

     MENTION JEUNE FESTIVAL : 

    Les Arcs Films Festival Remise à Pierre-Emmanuel Fleurantin, directeur général, et Guillaume Calop, délégué général à l'occasion du 10ème anniversaire du festival.

    MENTION SPÉCIALE LONG MÉTRAGE :  

    « Mon Tissu Préféré » de Gaya Jiji Remise par l’association Henri Langlois

    CRITIQUE - LE GRAND BAIN

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    Lors de la conférence de presse cannoise du film Le grand bain, à laquelle j’avais eu le plaisir d’assister en mai dernier, régnait une indéniable fébrilité, celle-ci succédant à la projection presse (le film était hors compétition) qui avait suscité émotions et enthousiasme (ce qui est rare en projection presse, a fortiori à Cannes, a fortiori pour une comédie française même si cette définition est un peu étriquée pour ce film aux multiples facettes).

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    Dans le cadre de cette conférence, Gilles Lellouche déclara que c’était sa « plus belle expérience professionnelle ». Elle l’est sans doute d’autant plus avec le box-office qui vient de dépasser les 4 millions d’entrées (et la perspective, qui sait, du César du public, décerné au film français de l’année ayant remporté le plus d’entrées que certains voyaient déjà à nouveau remporté par Dany Boon). Si les spectateurs sont au rendez-vous, c’est d’abord parce que Le grand bain n’est pas seulement drôle.  « J'aimais l'idée qu'on puisse être léger, drôle et dramatique dans le même film. J'aimais l'idée de mixité de talents et de tons », avait ainsi également déclaré Gilles Lellouche à Cannes. C’est aussi sans doute parce que si nous rions, ce n’est pas des personnages mais AVEC eux et parce que ces personnages suscitent notre empathie, que les spectateurs sont si nombreux à voir et même à retourner voir Le grand bain, mais pas seulement…

    Ces personnages, ce sont : Bertrand (Mathieu Amalric), Marcus (Benoît Poelvoorde), Simon (Jean-Hugues Anglade), Laurent (Guillaume Canet), Thierry (Philippe Katerine), Basile (Alban Ivanov), Avanish (Balasingham Tamilchelvan), John (Félix Moati). Ils s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine (Virginie Effira), ancienne gloire des bassins qui a dû abandonner, suite à une blessure de sa coéquipière Amanda (Leïla Bekhti). Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie...

    Après Narco qu'il avait co-réalisé avec Tristan Aurouet en 2004 et dans lequel il dirigeait déjà Guillaume Canet, et après le sketch de la comédie Les Infidèles avec Guillaume Canet en 2012, Gilles Lellouche revient à la réalisation avec Le grand bain qui est d’une certaine manière son premier « vrai » film puisque Narco était un film de commande coréalisé.

    En premier lieu, si le spectateur rit avec les personnages, c’est parce qu’il peut facilement s’identifier. Les personnages ne sont pas de jeunes super-héros bodybuildés qui franchissent tous les obstacles et les vicissitudes de l’existence avec une facilité déconcertante et un sourire extatique. Non. Ce sont des hommes dans la force de l’âge, pétris de doutes et d’inquiétudes qui, dans les vestiaires, dévoilent leurs fêlures et leurs bleus à l’âme. Bertrand est ainsi en pleine dépression. Simon est un rockeur démodé qui ne connaîtra jamais le succès attendu et dont la fille a honte. Marcus est au bord de sa énième faillite. Laurent dissimule ses problèmes (séparation et mère psychologiquement malade) derrière sa colère et son sectarisme. Le lunaire Thierry est tellement seul qu’il rit aux blagues des tables avoisinantes lorsqu’il déjeune (seul). Les femmes ne sont pas en reste puisque Delphine lutte contre l’alcoolisme et se noie dans un amour imaginaire après s’être noyé dans l’alcool. Finalement la moins « handicapée » par l’existence est peut-être celle qui est en chaise roulante et qui ne sait parler autrement qu’en aboyant ses ordres, ses insultes et en entraînant son équipe telle une tortionnaire. Et puis il y a Claire (Marina Foïs), l’épouse de Bertrand, compréhensive, d’une patience admirable, loin du cliché de la femme qui s’en va au premier accident de parcours. « J'avais envie de féminiser les hommes, de les fragiliser », avait ainsi déclaré Gilles Lellouche lors de la conférence de presse cannoise. Ou peut-être simplement les montrer dans toute leur humanité… Dans cet univers cloisonné qui n’appartient qu’à eux, ils peuvent se livrer tels qu’ils sont.

    Le film débute par une réflexion métaphysique sur la vanité et l’absurdité de l’existence dont la fin du film sera l’optimiste contraire. Une ouverture aussi désenchantée que poétique et originale, une « politesse du désespoir » qui, d’emblée, nous embarque dans le ton du film. Le ton, justement, est donné par le personnage de Bertrand, Amalric particulièrement touchant et juste en homme dépressif qui a perdu le goût des choses et des rêves qu’il va retrouver grâce à son improbable équipe de natation synchronisée et leur objectif un peu fou : participer aux championnats du monde.

    Le succès s’explique sans doute aussi par la valorisation de l’amitié qui permet d’échapper à la solitude (dont le sentiment est sans doute exacerbé par une époque d’individualisme forcené), à l’inquiétude face au temps qui passe et à la mélancolie. « Je voulais parler de cette dépression latente qu'on a un certain âge avec un manque d'envie. Je voulais parler de gens qui ne vont pas bien », avait ainsi expliqué Gilles Lellouche à Cannes.  Gilles Lellouche filme (de manière d’ailleurs soignée et inspirée) ses personnages avec beaucoup de tendresse. Chacun met son corps et son âme à nu, les deux meurtris, imparfaits, ayant vécu, pas des gravures de mode figés et insipides. Evidemment l’équipe sportive locale (bodybuildée, elle) se moque allègrement de cette équipe de bras cassés. Evidemment ils auront leur revanche, jubilatoire pour eux…et pour nous.

    Les acteurs sont pour beaucoup dans cette réussite avec, en tête de file, Amalric mais chacun trouve la note juste pour interpréter sa partition et les dialogues, d’ailleurs ciselés et savoureux : Katerine est parfait en grand enfant décalé et lunaire, Anglade -remarquable- dans son rôle de père chanteur démodé rempli de bonne volonté et d’amour pour sa fille, Canet dans ses colères à la Gabin… Seul léger regret, qu’existent un peu moins Alban Ivanov et Balasingham Thamilchelvan dont c’est le premier rôle au cinéma, avec un gag récurrent (parler dans sa langue seulement comprise de ses acolytes, galimatias pour le téléspectateur, mais langue universelle de la gentillesse). Malgré tout, ce qui est toujours une gageure dans un film choral, chacun des personnages existe réellement, chacun exprime les raisons de sa ravageuse solitude.

    La fin est un vrai modèle de feel good movie, du genre à vous donner envie de rire et de pleurer en même temps, de battre la mesure, de danser avec les personnages (j’allais oublier de souligner la judicieuse bande originale indissociable de tout feel good movie), d’empoigner la vie, votre destin et vos rêves. Du genre à vous faire penser qu’on peut affronter des accidents de la vie, accepter d’en être brisé, blessé, de s’en relever sans que ce soit un challenge, ou une obligation, du genre à vous rappeler qu’il n’est jamais trop tard pour plonger dans le grand bain, pour penser qu’un nouveau départ ensoleillé est toujours possible, quels que soient votre âge, vos rêves déchus et vos blessures. Du genre à vous dire que le pouvoir du cinéma est sacrément magique quand il parvient à cela, que Gilles Lellouche est un cinéaste avec lequel il va falloir compter (dont je suis vraiment curieuse de voir la suite du parcours après cette success-story sur l’écran et dans les salles, méritée).

    Et puis, rien que pour me donner l’envie de relire ce chef-d’œuvre de Rilke qu’est Lettres à un jeune poète, Le grand bain valait la peine de se déplacer. Alors terminons avec cet extrait que Delphine lit à ses élèves nageurs, et acceptons encore, comme des enfants que nous sommes toujours au fond un peu, d’être tristes et heureux :

     « Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes : tristes et heureux ; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien. »

    Lettres à un jeune poète.jpg

    Quelques clichés complémentaires de la conférence de presse :

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