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FESTIVAL PARIS CINEMA 2010

  • Festival Paris Cinéma: Mahamat Saleh Haroun présente "Un homme qui crie"

    Comme le temps me manque pour vous parler de ce film qui m'a particulièrement touchée, je vous livre ci-dessous la vidéo de sa présentation par son réalisateur lors de la projection en avant-première dans le cadre du Festival Paris Cinéma ainsi qu'un très bel extrait du film.

     Je retournerai le voir pour vous en parler, à l'occasion de sa sortie en salles, le 29 septembre 2010. Il a obtenu le prix du jury au dernier Festival de Cannes, un prix amplement mérité.

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  • Palmarès et bilan du Festival Paris Cinéma 2010

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    Après délibérations (mouvementées et à rebondissements dignes de « 12 hommes en colère » concernant notre jury) les différents jurys du festival ont décerné leur palmarès parmi les 8 films de la compétition internationale suivants :

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    « Alamar » du Mexicain Pedro Gonzalez-Rubio dont je vous ai déjà parlé (ici) film dans lequel la beauté, la simplicité, la richesse d’une nature sauvage font écho à celles de la relation entre un père et son fils qui vivent à son rythme, une rencontre à la fois simple, universelle et magique entre ces deux hommes et entre des Hommes et la nature. Une parenthèse enchantée empreinte d’une lumineuse nostalgie qui vous ensorcelle progressivement bien après la projection et qui m’a laissé une forte empreinte comme on imagine que ces quelques mois agiront dans la mémoire du petit garçon qui s’ouvre au monde et à sa fragile beauté que ce film éclaire magnifiquement. Il interroge aussi les notions de fiction et documentaire et, à l’image de sa très belle mise en image du titre, celle de cinéma « fenêtre ouverte sur le monde »…ou sur la mer.

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    « Le Braqueur » de l’Allemand Benjamin Heisenberg dans lequel Johann Rettenberg, coureur de marathon et braqueur de banque est en fuite perpétuelle qui le condamne à une impossible liberté et à continuer malgré tout à la quérir, même à bout de souffle. Une course effrénée, rageuse et vaine pour la liberté d’un être opaque parfaitement interprété qui finira par laisser filtrer une lueur d’humanité.

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    « Cleveland contre Wall Street » du Suisse Jean-Stéphane Bron qui raconte l’histoire d’un procès qui aurait dû avoir lieu, celui de la ville de Cleveland contre Wall Street. Le film organise un procès de cinéma dans une reconstitution des conditions réelles, avec participation des vraies victimes des subprimes. Le procédé vain décrédibilise le propos, pourtant passionnant, et est beaucoup plus pédagogique (voire démagogique pour ne pas dire poujadiste quand il désigne le président américain comme impuissant à résoudre la crise) que cinématographique.

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    « If I want to whistle, I whistle » du Roumain Florin Serban (dont je vous ai déjà parlé plus longuement, ici) dans lequel Silviu, un jeune délinquant de 18 ans, attend sa libération de la maison de redressement où il termine sa quatrième et dernière année d’emprisonnement.  Seulement, après une longue absence, sa mère est rentrée d’Italie pour emmener son petit frère avec elle. Il la tient pour responsable de sa situation et ne veut pas que son frère vive la même chose. Son enfermement devient insupportable. Pris de panique, il kidnappe Ana la jeune assistance sociale dont il est tombé amoureux. La caméra à l’épaule au plus près de Silviu, au plus près de sa fébrilité, de sa rage qui affleure, des tourments qui le hantent, de la déraison qui le menace, nous plonge entre ces quatre murs qui l’oppressent, à cette liberté qu’il enrage de retrouver. Le film doit beaucoup à son acteur principal, George Pistireanu au mélange de force, de fragilité, de tension qui émanent de son regard et de ses gestes. Florin Serban le filme comme un animal sauvage, apeuré, dont la violence est, à ses yeux, une question de survie. Un huis-clos haletant et fiévreux, tout en forces et fragilités, sur la fureur de vivre et d’être libre que la caméra de Florin Serban sait si bien débusquer dans le regard de son talentueux acteur principal. Après « Un Prophète » de Jacques Audiard, la prison et le sentiment de révolte qui l’anime n’a visiblement pas fini d’inspirer les cinéastes et de procurer à leurs films une rage fascinante.

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    « Mundane history » du Thaïlandais Anocha Suwichakornpong sur les relations entre une jeune paralysé par un accident, Ake, et son infirmier. Le film est traversé de scènes hypnotiques et envoûtantes qui contrastent avec la sobriété, l’austérité des scènes entre le jeune homme et son infirmer et symbolisent l’échappatoire que celui-ci se construit progressivement au contact de ce dernier. Un film déconcertant avec de brillantes références (« 2001 Odyssée de l’espace ») et d’obscures paraboles (sur la situation en Thaïlande). Un film hypnotique et allégorique qui oppose l’infiniment petit (l’homme impuissant physiquement et socialement) à l’infiniment grand (le cosmos).

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    « La rivière Tumen »  est un film sud-coréen réalisé par Zhang Lu. La Rivière Tumen est celle qui marque la frontière entre la Chine et la Corée du Sud. C’est dans cette région au climat rigoureux de laquelle ses habitants cherchent à fuir que les drames se confrontent, que les incompréhensions et les malheurs s’entrechoquent. Un film judicieusement glacial et glaçant qui nous fait appréhender l’âpreté de la vie de ses habitants. Une vie qui semble sans espoir et dont la puissance du hors champ (que ce soit celui de la situation politique qui n’est que brièvement évoquée par le prisme de l’écran de télévision ou celui de drames personnels) renforce encore le sentiment d’oppression politique, sociale, physique. La rigueur de la mise en scène fait écho à la vie rigoureuse des habitants. La violence, subite, terrifiante, éclate comme un terrible appel à l’aide et le hors-champ comme un appel au regard, celui du reste du monde qui détourne peut-être parfois trop facilement les yeux.

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    « Sawako decides » du Japonais Yuya Ishii. La Sawako en question enchaîne les boulots d’intérimaires et subit sans cesse les humiliations de ses patrons et collègues. Sa solution de repli et ses refuges : l’apathie, les canettes de bière, le défaitisme. Entre humour scatologique et absurde, Yuya Ishii a choisi le rire grinçant pour dénoncer une société visiblement en perte de repères, une société qui exclut plus qu’elle ne rassemble et en déliquescence, qu’il s’agisse de la cellule familiale, de la Société dans son ensemble ou de l’entreprise. Le manque total de subtilité nuit au rire et au propos. Le seul film de cette compétition que je ne souhaitais absolument pas voir figurer au palmarès.

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    « Sweet little lies » du Japonais Hitoshi Yazaki : la vie d’un couple en apparence parfaitement harmonieuse. Chacun des époux entame une liaison… Yazaki a voulu traiter avec humour les petits mensonges quotidiens tout en parsemant son film de poétiques métaphores. Vérité, quotidien  et passion sont-ils compatibles ? Hitoshi Yazaki tente d’y répondre avec tendresse, humour, poésie. Quelques belles images éclairent ce film attachant qui aurait gagné à être plus court et mieux rythmé.

    S’il fallait établir des points communs entre les différents films de la compétition ce serait une quête de liberté, qu’elle soit amoureuse ou sociale et une réalité suffocante, un sentiment d’impuissance face une situation politique, sociale, physique, amoureuse paralysante. Peut-être à l’image d’un monde sclérosé et en crise qu’un film évoquait d’ailleurs explicitement. Une sélection de bonne qualité qui donne néanmoins des envies d’ailleurs et dans laquelle « Alamar » ressortait comme une lumineuse et salutaire fenêtre ouverte, sur le monde certes mais aussi sur l’espoir. L’espoir : le grand oublié du cinéma actuel…

    PALMARES

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    PRIX DU JURY 

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    La Rivière Tumen de Zhang Lu

    PRIX DES ETUDIANTS

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    LA Rivière Tumen de Zhang Lu

    PRIX DES BLOGUEURS

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    Le Braqueur de Benjamin Heisenberg

    PRIX DU PUBLIC

    Cleveland contre Wall Street de Jean-Stéphane Bron

    Une soirée qui clôturait donc 12 jours intenses et de très belles découvertes cinématographiques dont les meilleurs moments sont les suivants : « Amore », « Les amours imaginaires », « Un homme qui crie » (je vous en parlerai plus tard mais je ne comprends pas que le jury cannois ait préféré attribuer la palme d’or à Apichatpong plutôt qu’à ce film), « You will meet a tall dark stranger », « Alamar », « If I want to whistle, I whistle », la master class incroyable de la tout aussi incroyable Jane Fonda, la projection des « Félins » de René Clément (dont je vous parlerai également plus tard) et de passionnants débats cinéphiliques. Je ne reviendrai en revanche pas sur le film de clôture : « Tamara Drewe » de Stephen Frears, la plus grande déception de ce festival.

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    Merci encore à Paris Cinéma de m’avoir permis de vivre pleinement cette édition 2010 et merci à Alexandra, Anne, Dimitri, Aude, Adrien, Mathilde pour leur chaleureux accueil et pour cette belle nouvelle expérience d’immersion festivalière.

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    Ci-dessous, le jury blogueurs et ci-dessus le jury blogueurs ET le jury étudiants.
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    Ci-dessus, le quartier général du festival...

    Je vous rappelle que le festival n’est pas encore tout à fait terminé et que vous pouvez assister ce soir au ciné-karaoké géant de 21H30 à 3H du matin. Renseignements : http://www.pariscinema.org/fr/programmes-2010/evenements/cloture.html .

    Prochain Festival à suivre en direct sur In the mood for cinema ( et sur In the mood for Deauville et In the mood for luxe) : le Festival du Cinéma Américain de Deauville. J’en profite pour vous annoncer trois concours exceptionnels concernant ce festival très bientôt en ligne sur les blogs in the mood…

  • Festival Paris Cinéma 2010- Compétition : « Alamar » de Pedro Gonzalez-Rubio et « If I want to whistle, I whistle » de Florin Serban

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    Parmi nos privilèges de jurés blogueurs de ce Festival Paris Cinéma 2010, nous avons celui, inédit, de pouvoir parler des films en compétition avant le palmarès. Voici donc un premier rapide tour d’horizon des quatre premiers films de cette compétition sur lesquels je reviendrai plus en détails ultérieurement.

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    La compétition a débuté avec le film mexicain « Alamar » de Pedro Gonzalez-Rubio. « Alamar » raconte la vie d’un père, Jorge, et de son petit garçon, Natan, sur la barrière de corail de Chinchorro. Une parenthèse enchantée pour l’un et l’autre puisque le petit garçon n’est là que pour quelques mois devant ensuite retrouver sa mère, qui vit à Rome, dont Jorge est séparé.  Pedro Gonzalez-Rubio vient du documentaire duquel sa première fiction tire le meilleur : une caméra qui laisse vivre ses personnages et une très petite équipe (le réalisateur et un preneur de son) en harmonie avec le dépouillement du sujet, facilitant la proximité avec le sujet donc mais aussi avec le spectateur, les acteurs et la nature. La beauté, la simplicité, la richesse de la nature font ainsi écho à celles de la relation père/fils qui vivent à son rythme doux, lent, empreint d’une lumineuse nostalgie suscitée par le caractère éphémère de ces quelques mois.  A l’image de la nature qui les environne, ces quelques mois sont pour eux un ilot paradisiaque, ensemble, et loin de la vie urbaine pour Natan. Avec Natan, nous apprivoisons la nature, belle et sauvage, à laquelle le film est un hymne constant. La qualité d’un film se juge souvent à l’empreinte qu’il vous laisse quelques jours après l’avoir vu et « Alamar », quelques jours après, m’accompagne encore, renforçant la douce empreinte laissée lors de la projection.  « Alamar » est une rencontre à la fois simple, universelle et magique entre un père et son fils, entre des Hommes et la nature… une parenthèse enchantée d’une beauté enchanteresse qui vous ensorcelle progressivement bien après la projection comme on imagine que ces quelques mois agiront dans la mémoire du petit garçon passée des bras (dont l’île a la forme circulaire symbolique) de sa mère à ceux de la mer qui l’auront d’une certaine manière l’une et l’autre enfanté et ouvert au monde, à sa fragile beauté que ce film éclaire magnifiquement.

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    La compétition s’est poursuivie avec un film roumain : « If I want to whistle, I whistle » de Florin Serban dans lequel Silviu, un jeune délinquant de 18 ans, attend sa libération de la maison de redressement où il termine sa quatrième et dernière année d’emprisonnement.  Seulement, après une longue absence, sa mère est rentrée d’Italie pour emmener son petit frère avec elle. Il la tient pour responsable de sa situation et ne veut pas que son frère vive la même chose. Son enfermement devient insupportable. Pris de panique, il kidnappe Ana la jeune assistance sociale dont il est tombé amoureux.  Il y a des films, comme celui-ci, et plutôt rares, qui captent votre attention pour ne plus la lâcher. La caméra à l’épaule au plus près de Silviu, au plus près de sa fébrilité, de sa rage qui affleure, des tourments qui le hantent, de la déraison qui le menace, nous plonge entre ces quatre murs qui l’oppressent, à cette liberté qu’il enrage de retrouver. Le film doit beaucoup à son acteur principal, George Pistireanu au mélange de force, de fragilité, de tension qui émanent de son regard et de ses gestes. Florin Serban le filme comme un animal sauvage, apeuré, dont la violence est, à ses yeux, une question de survie. La tension culmine lors de la scène de la prise d’otage, lorsque Silviu et Ana se retrouvent seuls. Notre souffle est suspendu à chacun de ses gestes, à ce corps-à-corps presque fiévreux, au souffle saccadé d’Ana, au regard à la fois déterminé et perdu de Silviu. Puis, le cadre, les couleurs, le décor changent. Le décor champêtre procure à cette liberté chèrement payée et éphémère une tension encore plus palpable alors que le calme règne et que pourtant le piège qu’il s’est construit se referme sur lui. Les longs silences et regards entre Ana et Silviu sont alors riches de sens, de douleurs, de regrets, de pardons après ce corps-à-corps intense, d’une violence presque sensuelle.  Un huis-clos haletant et fiévreux, tout en forces et fragilités, sur la fureur de vivre et d’être libre que la caméra de Florin Serban sait si bien débusquer dans le regard de son talentueux acteur principal. Après « Un Prophète » de Jacques Audiard, la prison et le sentiment de révolte qui l’anime n’a visiblement pas fini d’inspirer les cinéastes et de procurer à leurs films une rage fascinante.

    Cet article serait complété ultérieurement par les critiques des deux autres films en compétition déjà visionnés.  Mon « devoir » de festivalière m’appelle pour aller voir « Les Félins » de René Clément… Je vous en parlerai évidemment également ainsi que du très beau film de Neil Jordan « Ondine », vu en avant-première hier.

  • Festival Paris Cinéma- Avant-première- Critique - « Les Amours imaginaires » de Xavier Dolan : une grisante fantasmagorie

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    Après « Amore », changement d’univers avec la seconde avant-première de cette première journée de festival, le très attendu « Les Amours imaginaires » de Xavier Dolan (titre qui aurait d’ailleurs très bien pu convenir au premier film précité) après son arrivée explosive dans le monde du 7ème art avec «  J’ai tué ma mère », film qu’il avait réalisé à 17 ans, présenté l’an passé à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs où il avait obtenu trois prix, film que j’avais ignominieusement manqué. La rencontre de ces amours imaginaires (présenté à Cannes cette année dans la section « Un Certain Regard ») était donc aussi pour moi celle avec l’univers de Xavier Dolan.

    Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) sont tous deux amis et épris du même jeune homme rencontré lors d’une soirée, Nicolas (Niels Schneider), et tous les deux bien déterminés à le conquérir, analysant, interprétant, scrutant obsessionnellement le moindre geste ou comportement de leur (obscur) objet du désir.

    Dès les premiers plans se dégage de ce film un charme irrésistible et surtout un ton, un style qui font souffler un vent d’air frais et revigorant sur le cinéma actuel.  Xavier Dolan est un vrai cinéphile et son film regorge de références cinématographiques   (entre les ralentis langoureux et poétiques à la Wong Kar Waï, les couleurs chatoyantes et la fantaisie jubilatoire à la Almodovar,  les plans de dos à la Gus Van Sant, les références à la Nouvelle Vague, au « Mépris » de Godard, un trio à la « Jules et Jim » de Truffaut ou encore des confessions face caméra qui rappellent Woody Allen) mais aussi picturales (Boticelli, Michel Ange) ou littéraire (Musset…).

    Que de brillantes références me direz-vous.  Tout cela aurait pu donner un film présomptueux mais Xavier Dolan, d’une part, a su assimiler toutes ces références pour créer son propre univers et d’autre part, y apporter une légèreté masquant savamment la mélancolie sous-jacente (que ne faut-il pas avoir souffert en amour pour faire preuve d’une telle maturité et clairvoyance  à seulement 21 ans!), que ce soit par les dialogues, légèrement précieux, souvent hilarants, toujours caustiques ou le jeu des comédiens (à commencer par lui-même mais surtout celui de Monia Chokri absolument irrésistible).

    La caméra de Xavier Dolan est au plus près des visages, ignorant le plus souvent le cadre spatial à l’image de cet amour obsédant qui rend Marie et Francis aveugles au monde qui les entoure. La mise en scène non seulement épouse le propos du film mais devient un élément scénaristique : puisque Marie et Francis se « font des films » (l’un se prenant pour James Dean, l’autre pour Audrey Hepburn), et sont enivrés par leur fantasmagorie amoureuse, par ce destructeur et grisant vertige de l’idéalisation amoureuse, le film en devient lui-même un  vertige fantasmatique. Cette soirée aux images syncopées rappelle ce vertige à la fois grisant et déstabilisant, ce manège qui rend si floue la frontière entre enchantement et désenchantement, rêve et illusion. Marie et Francis sont amoureux d’une chimère, d’une image,  d’un idéal, d’une illusion, de l’amour même qui prend ici les traits d’un bellâtre ambigu aux allures de Dieu Grec. L’histoire de notre trio est entrecoupée de « témoignages » face caméra de style documentaire de victimes d’illusions amoureuses, là aussi irrésistibles.

    Xavier Dolan a aussi en commun avec quelques uns des plus brillants réalisateurs auxquels il se réfère une bande originale particulièrement soignée, à l’image du film, mêlant modernité, et titres plus anciens, et musique classique : de Dalida qui reprend « Bang Bang » à Indochine jusqu’à « The Knife », « Fever Ray », « Vive la fête » en passant par Bach qui rappelle mélodieusement la douleur de ces irrépressibles et irrationnels élans amoureux, de ces amours qui rongent et enragent.

    Xavier Dolan est un véritable chef d’orchestre qui mêle les couleurs, les références les arts, un prodige du cinéma (à la fois monteur, scénariste, producteur, acteur, s’occupant aussi des costumes) faisant à la fois preuve de l’inventivité et de l’audace de sa jeunesse mais aussi d’une étonnante maturité. Déclaration d’amour au cinéma, déclaration de désespoir d’un amoureux désillusionné sous des allures de fable burlesque et hilarante, « Les amours imaginaires » est un film mélancoliquement caustique.

    Xavier Dolan signe là une fantasmagorie pop, poétique sur la cristallisation amoureuse, sur ces illusions exaltantes et destructrices, sublimes et pathétiques un film enivrant et entêtant comme un amour imaginaire… sans les effets secondaires. A prescrire donc et à très haute dose !

    Il vous faudra attendre le 29 septembre 2010 pour découvrir ce petit bijou cinématographique, alors en attendant, vous pouvez toujours regarder la bande-annonce (voir dans note ci-dessous)… Je vous en reparlerai. J’ai vu ce film il y a deux jours et je ne cesse d’y repenser… Beaucoup d’autres belles surprises cinématographiques pour moi au programme de ce Festival Paris Cinéma, je vous en parlerai ultérieurement, notamment de « Ondine » de Neil Jordan mais aussi des films en compétition, pour l’instant d’un haut niveau également. Si vous êtes cinéphiles et à Paris, je vous recommande vivement ce festival…

  • Festival Paris Cinéma- Avant-première : critique de « Amore » (Io sono l’amore) de Luca Guadagnino avec Tilda Swinton, Marisa Berenson…

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    amore1.jpgAu programme de ma journée d’hier, en plus de la passionnante master class de Jane Fonda, deux avant-premières : « Amore » de Luca Guadagnino et « Les Amours imaginaires » de Xavier Dolan (dont je vous parlerai ultérieurement mais que je vous recommande d’ores et déjà). Pour la première avant-première publique du festival, les organisateurs nous avaient réservé une belle surprise avec ce film italien qui débute dans la demeure des Recchi, grande famille industrielle lombarde, à l’heure d’un tournant pour la famille puisque le fondateur de l’entreprise lègue l’affaire familiale à son fils Tancredi et à l’un de ses petits fils, Edouardo. Emma (Tilda Swinton), l’épouse de Tancredi, qui l’a épousé des années auparavant pour échapper à sa vie en Russie, rencontre Antonio, un cuisinier, ami de son fils par lequel elle va être immédiatement attirée…

    Dès les premiers plans : la ville de Milan alors inhabituellement grisâtre et enneigée, ce repas aux rituels et au rythme d’un autre temps, les plans silencieux et les couloirs interminables qui évoquent la monotonie suffocante de l’existence d’Emma…, Luca Guadagnino nous plonge dans une atmosphère d’une intemporelle étrangeté. Elégante, digne, laissant à peine affleurer sa  mélancolie, Emma semble être à la fois présente et absente, un peu différente (malgré son souci apparent des conventions sociales). Sa rencontre avec Edouardo, et d’abord avec sa cuisine filmée avec sensualité qu’elle déguste avec gourmandise, va progressivement la transformer. Une passion irrépressible va s’emparer d’elle : pour cette cuisine qui réveille ses sens et pour Antonio, le jeune cuisinier.

    « Amore » est un film foisonnant : de références, de sensations, d’intentions, de styles. Brillantes références puisque « Amore » cite ostensiblement  «Le  Guépard » de Visconti que ce soit par le nom d’un des personnages « Tancredi » qui rappelle Tancrède (le personnage d’Alain Delon dans « Le Guépard ») , la famille Recchi rappelant celle des Salina, mais aussi par l’opportunisme et la fin d’une époque que symbolise Tancredi qui vend son entreprise pour cause de globalisation à des Indiens pour qui « Le capitalisme c’est la démocratie » tout comme le Prince de Salina laissait la place à Tancrède et à une nouvelle ère dans « Le Guépard ». A ce capitalisme cynique et glacial s’oppose la cuisine généreuse et colorée par laquelle Emma est tellement séduite.

     Puis de Visconti nous passons à Hitchcock. Le film glisse progressivement vers un autre genre. La musique de John Adams se fait plus présente, la  réalisation plus nerveuse. Emma arbore un chignon rappelant celui de Kim Novak dans « Vertigo » auquel une scène fait explicitement référence. La neige laisse place à un éblouissant soleil. Emma est transfigurée, libérée, moins lisse mais enfin libre comme sa fille qui comme elle échappera aux archaïques principes familiaux et sera transformée par l’amour.

    Malgré ses maladresses (métaphore florale un peu trop surlignée à laquelle Jean Renoir –comme bien d’autres- avait déjà pensé dans « Une Partie de campagne »), ce film m’a littéralement happée dans son univers successivement étouffant puis lumineux, elliptique et énigmatique et même onirique. Il est porté par Tilda Swinton, qui interprète avec retenue et classe ce personnage mystérieux que la passion va faire revivre, renaitre, retrouver ses racines, sa personnalité enfouies et par la richesse de son personnage qui va se libérer peu à peu de toutes contraintes : vestimentaires, physiques, familiales, sociales.

    De chronique sociale, le film se transforme en thriller dont on sait le drame imminent mais qui ne nous surprend pas moins. Les dix dernières minutes sont réellement sublimes et d’une intensité inouïe. Riches de symboles (comme cette chaussure que Tancrèdi remet à Emma, la renvoyant à cette contrainte sociale, alors que Edouardo lui avait enlevé avec sensualité l’y faisant échapper),  de douleurs sourdes (d’Emma mais aussi du troisième enfant de la famille, que la caméra comme le reste de la famille tient à l’écart), de révoltes contenues que la musique (qui rappelle alors celle d’Hermann dans les films d’Hitchcock), les mouvements de caméra saccadés, les visages tendus portent à leur paroxysme, nous faisant retenir notre souffle.

    La caméra d’abord volontairement distante puis sensible puis sensuelle de Guadagnino épouse les atermoiements du cœur d’Emma et crée intelligemment une empathie du spectateur pour cette dernière. Un film de sensations (visuelles, sonores -que ce soit dans l’utilisation judicieuse de la musique ou des silences-, et presque gustatives) visuellement magnifique, envoûtant, sensible, sensuel, onirique,  prenant, l’œuvre d’un cinéphile et d’un cinéaste qui nous enserre dans son univers avec une rare maestria. A voir absolument.

    Sortie nationale : 22/09/2010

     

  • Festival Paris Cinéma (épisode 2) : Vidéos et résumé de la Master Class de la pétillante Jane Fonda à la Filmothèque

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    Hier après-midi avait lieu le deuxième grand événement de ce Festival Paris Cinéma 2010, après l’ouverture avec Woody Allen : la master class de Jane Fonda. La petite rue Champollion où se trouve la Filmothèque du Quartier Latin et où se déroulait la master class a connu hier une fébrilité inhabituelle. C’est dans une petite salle chaleureuse et intime sous le regard bienveillant d’un portrait warholien de Marylin que s’est ainsi déroulée cette master class. Jane Fonda est arrivée avec… sa silhouette longiligne, son regard pétillant et… son petit chien dans les bras, accompagnée de son compagnon avant de s’asseoir aux côtés de Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de Studio CinéLive qui a dirigé l’interview. En quelques secondes le ton était donné : celui d’un humour décapant, d’un regard lucide et souvent ironique sur le milieu du cinéma (et surtout sur elle-même !), d’une véritable interaction avec le public et d'une énergie débordante. Une actrice aussi généreuse, malicieuse que talentueuse dotée d’une franchise salutaire et d’un humour et d’une bonne humeur communicatifs qui semblait réellement heureuse d’être là mais aussi une actrice engagée qui surtout ne veut pas être mise dans une case, elle a bien raison tant elle est unique et inclassable. Un moment rare. Une comédienne dans tous les (bons) sens du terme, s’inquiétant malicieusement de la lumière, ironisant sur son compagnon, demandant des nouvelles de son chien pendant la master class, passant du Français (qu’elle parle impeccablement) à l’Anglais. Jane Fonda a tourné avec les plus grands ( Cukor, Vadim, Penn, Pollack, Losey, Pakula, A.Penn…), le sujets ne manquaient donc pas.

    Dans les vidéos ci-dessous (10 vidéos seront bientôt en ligne, vous en trouverez la première partie ci-dessous), vous l’entendrez parler (toujours avec beaucoup d’humour) du film qu’elle tourne actuellement en France et de ses partenaires dans le film, de Roger Vadim, de Marlon Brando, d’Alain Delon, du cinéma français, du cinéma américain, de son père Henri Fonda, de ses engagements contre la guerre au Vietnam… et de bien d’autres sujets.  Je vous conseille vraiment de les regarder ! Pour le reste en voici un petit résumé ci-dessous :

    Jane Fonda a d’abord évoqué le film qu’elle tourne actuellement en France, précisant qu’elle l’avait accepté sans lire le scénario (pour les acteurs !), un film sur la vieillesse a-t-elle précisé. Elle est ensuite revenue sur ses débuts disant qu’elle était devenue actrice « par hasard », qu’elle ne voulait pas être actrice mais qu’elle ne savait pas quoi faire pour gagner sa vie. Elle a également dit toute son admiration pour son père Henri Fonda que ce soit « en tant qu’acteur, être humain ou peintre », son père avec qui elle a tourné dans « La Maison du lac ». Elle a ainsi évoqué les difficultés pour monter le film car « personne ne voulait d’un film avec un couple de vieux » et c’est finalement ce film qui a permis à Henri Fonda d’obtenir un Oscar à la toute fin de sa carrière. Elle a ensuite évoqué Cukor pour qui elle a, selon elle, tourné « dans de mauvais films ». Elle a ensuite parlé de « Barbarella », film pour lequel elle était le « troisième choix après Brigitte Bardot et Sophia Lauren ».  A la question sur les raisons pour lesquelles elle accepte un rôle, avec beaucoup d’humour … et d’honnêteté elle a répondu : « parfois c’est le scénario, parfois c’est le besoin d’argent qui fait accepter un film », « Ce que j’aime au cinéma c’est qu’on n’est pas seuls ». A propos de sa filmographie dans les années 80 : « Je manquais de foi, j’ai décidé d’arrêter. Je voulais être activiste tout le temps. J’étais tellement malheureuse que je ne pouvais plus continuer à jouer. C’est difficile quand on a mon âge de recommencer ». Sur une question sur ce qu’elle aime dans le cinéma Français, elle parlé de Truffaut, de Lelouch (citant « Un homme et une femme »), de Simone Signoret, de Renoir (citant « La Règle du jeu »). Quant à Hollywood selon elle « il y a de moins en moins de bons films car ils prennent de moins en moins de risques. C’est maintenant la télévision qui prend des risques ». Le cinéma est loin d’être toute sa vie : « J’ai autre chose dans la vie : j’écris des livres, j’ai un ami, j’ai un chien, je voyage, je milite… ».  Elle a enfin évoqué la guerre du Vietnam, notamment la photo qui avait fait scandale (celle où elle posait sur un char anti-missiles vietnamien) disant que c’était à l’époque « un manque complet de jugement » qu’elle « regrette énormément. » Pour tout le reste de son engagement qui a parfois été (mal) interprété comme de l’anti-américanisme elle dit avoir été « très contente d’avoir fait ça ».

    Si vous n’avez pas ou assister à la master class, sachez que vous pourrez retrouver Jane Fonda ce soir, au MK2 Bibliothèque pour la Projection en sa présence de « Klute » d'Alan J. Pakula  le dimanche 4 juillet à 19h30 et regardez les vidéos ci-dessous !

    Retrouvez également ma critique de « La Poursuite impitoyable » d’Arthur Penn (avec Jane Fonda, Marlon Brando, Robert Redford…en cliquant ici)

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    LES FILMS AVEC JANE FONDA PROJETES DANS LE CADRE DU FESTIVAL

      Barbarella, Roger Vadim

    -  Le Cavalier électrique, Sydney Pollack

    -  Les Félins, René Clément

    -  Julia, Fred Zinnemann                              

    -  Klute, Alan J. Pakula

    -  La Maison du lac, Mark Rydell

    -  On achève bien les chevaux, Sydney Pollack

    -  Les Poupées de l’espoir, Daniel Petrie

    -  La Poursuite impitoyable, Arthur Penn

    -  Le Retour, Hal Ashby

    -  La Rue chaude, Edward Dmytryk

    -  Le Syndrome chinois, James Bridges

    -  Tout va bien, Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Gorin

     Renseignements pratiques : http://www.pariscinema.org/fr/programmes-2010/invites/invites.html

     FILMOGRAPHIE DE JANE FONDA ET RECOMPENSES

    Oscar :

    1970 : nomination en tant que meilleure actrice, On achève bien les chevaux

    1971 : meilleure actrice, Klute

    1978 : nomination en tant que meilleure actrice, Julia

    1978 : meilleure actrice, Le Retour

    1980 : nomination en tant que meilleure actrice, Le Syndrome chinois

    1982 : nomination en tant que meilleure actrice de soutien, La Maison du lac

    1987 : nomination en tant que meilleure actrice, Le Lendemain du crime

     Golden Globes :

    1961 : actrice au meilleur potentiel

    1971 : meilleure actrice dans un film (drame), Klute

    1972 : actrice mondialement favorite

    1977 : meilleure actrice dans un film (drame), Julia

    1978 : actrice mondialement favorite

    1978 : meilleure actrice dans un film (drame), Le Retour

     Autres

    1984, Emmy Awards, The Dollmaker

     Filmographie

    1960 : La Tête à l'envers (Tall Story) de Joshua Logan : June Ryder

    1962 : La Rue chaude (Walk on the Wild Side) d'Edward Dmytryk

    1962 : Les Liaisons coupables (The Chapman Report) de George Cukor

    1962 : L'École des jeunes mariés (Period of Adjustment) de George Roy Hill

    1963 : Dans la douceur du jour (In the Cool of the Day) de Robert Stevens

    1963 : Un dimanche à New York (Sunday in New York) de Peter Tewksbury

    1964 : Les Félins de René Clément : Melinda

    1964 : La Ronde de Roger Vadim

    1965 : Cat Ballou d'Elliot Silverstein

    1966 : La Poursuite impitoyable (The Chase) d'Arthur Penn

    1966 : La Curée de Roger Vadim

    1966 : Chaque mercredi (Any Wednesday) de Robert Ellis Miller

    1967 : Pieds nus dans le parc (Barefoot in the Park) de Gene Saks

    1967 : Que vienne la nuit (Hurry Sundown) d'Otto Preminger

    1968 : Histoires extraordinaires, sketch Metzengerstein de Roger Vadim : la comtesse Frederica

    1968 : Barbarella de Roger Vadim : Barbarella

    1968 : On achève bien les chevaux (They Shoot Horses, Don't They?) de Sydney Pollack

    1971 : Klute de Alan J. Pakula

    1972 : Tout va bien de Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Gorin

    1972 : F.T.A de Francine Parke

    1973 : Steelyard blues d'Alan Myerson

    1973 : Maison de poupée (A Doll's House) de Joseph Losey

    1973 : We Can't go Home Again

    1976 : L'Oiseau bleu (The Blue Bird) de George Cukor

    1977 : Touche pas à mon gazon (Fun with Dick and Jane) de Ted Kotcheff

    1977 : Julia de Fred Zinnemann

    1978 : Le Retour (Coming Home) d'Hal Ashby

    1978 : Le Souffle de la tempête (Comes a Horseman) d'Alan J. Pakula

    1978 : California Hôtel (California Suite) d'Herbert Ross

    1980 : Le Cavalier électrique (The Electric Horseman) de Sydney Pollack

    1979 : Le Syndrome chinois (The China Syndrome) de James Bridges

    1980 : Comment se débarrasser de son patron (Nine to Five|9 to 5) de Colin Higgins

    1981 : La Maison du lac (On Golden Pond) de Mark Rydell

    1981 : Une femme d'affaires (Rollover) d'Alan J. Pakula

    1984 : Les Poupées de l'espoir (The dollmaker) de Daniel Petrie (TV) : Gertie Nevels

    1985 : Agnès de Dieu (Agnes of God) de Norman Jewison

    1986 : Le Lendemain du crime (The Morning After) de Sidney Lumet

    1987 : Leonard Part 6

    1989 : Old Gringo de Luis Puenzo

    1990 : Stanley & Iris de Martin Ritt

    1990 : Mandela in America

    1994 : A Century of Cinema

    2002 : Searching for Debra Winger de Rosanna Arquette (documentaire)

    2005 : Sa mère ou moi ! (Monster-in-Law) de Robert Luketic

    2007 : Georgia Rule de Garry Marshall

    Tell Them Who You Are (produit en 2004, pas de date de sortie annoncée)

     Autobiographie

    Jane Fonda, Ma vie (traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Hélène Dumas). Paris : éditions Plon, 2005. 590 pp.-[48] pp. de pl., 24 cm. ISBN 2-259-20281-0. Titre original : My life so far.

    Ma sélection Paris Cinéma du jour :

    Aujourd’hui, ne manquez pas « Klute » d’Alan J.Pakula, à 19H30, au MK2. Vous pouvez également assister à l’avant-première de  « L’Age de raison » de Yann Samuell, à 19H, au Gaumont Opéra Capucines, présenté par le réalisateur et en présence de la comédienne Sophie Marceau. Par ailleurs, la compétition débute aujourd'hui avec le film roumain "If I want to whistle, I whistle" de Florin Serban. (à 21H, au mk2 Bibliothèque).

    A suivre: mes critiques des deux excellents films vus hier: "Amore" de Luca Guadagnino et "Les Amours imaginaires" de Xavier Dolan.

  • Festival Paris Cinéma 2010 (épisode 1) : une ouverture teintée de la savoureuse gravité légère de Woody Allen

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    Hier soir, au cinéma Gaumont Opéra, avait lieu l’ouverture du Festival Paris Cinéma 2010 avec, en plus de la Présidente du festival Charlotte Rampling et du Maire de Paris, un invité de marque : Woody Allen, actuellement en tournage à Paris, venu présenter « Vous aller rencontrer un bel et sombre inconnu » ( « You will meet a tall dark stranger »), en présence également de Marisa Berenson, Hippolyte Girardot, Rosanna Arquette entre autres invités du festival. N’ayant pas été autant enthousiasmée par ce film-ci que par les précédents Woody Allen lors de ma première vision de celui-ci au dernier Festival de Cannes dans le cadre duquel le film était présenté hors compétition, je redoutais l’ennui d’une deuxième projection.

    Est-ce le plaisir d’avoir vu et entendu Woody Allen présenter le film- en Français s'il vous plaît- (cf  vidéo n°4 ci-dessous) avec, à l’image de ce qui imprègne ses films,  un humour noir et décalé pudiquement et intelligemment dissimulé derrière une apparente légèreté ? Est-ce le plaisir de débuter ces 14 jours d’immersion festivalière en joyeuse compagnie ? Toujours est-il que j’ai été totalement charmée par ce « You will meet a tall dark stranger », davantage que lors de la première vision, la frénésie cannoise et l’accumulation de projections ne permettant peut-être pas toujours de vraiment déguster les films.

     Moins concentrée sur l’intrigue que je connaissais déjà (voir ma critique du film en bas de cet article), j’ai pu focaliser mon attention sur tout ce qui fait des films de Woody Allen des moments uniques et de l’ensemble de son cinéma un univers singulier. J’ai été envoûtée par la photographie lumineuse et même chaleureuse comme un écho visuel à cette légèreté avec laquelle Woody Allen voile pudiquement la gravité de l’existence. Le jeu des acteurs (et la direction d’acteurs) m’a bluffée (avec une mention spéciale pour Lucy Punch, irrésistible) ou comment dans un même plan fixe avec deux comédiens, grâce à son talent de metteur en scène, de directeur d’acteurs et de dialoguiste il fait passer une multitude d’émotions et rend une scène dramatique irrésistiblement drôle ou une scène comique irrésistiblement dramatique, parfois les deux dans le même plan. L’art du montage et du récit, ou comment en quelques plans d’une fluidité remarquable, il parvient à nous raconter une rencontre qui préfigure l’avenir des personnages. Le mélange de lucidité et de tendresse, sur ses personnages et la vanité de l’existence. Les dialogues savoureux, tendrement cyniques. Une sorte de paradoxe que lui seul sait aussi brillamment manier : un pessimisme joyeux. Une lucidité gaie.

     Woody Allen n’a décidément pas son pareil pour nous embarquer et pour transformer le tragique de l’existence en comédie jubilatoire. En ressortant du cinéma, après ce régal cinématographique, l’air de Paris était  à la fois lourd et empreint d’une clarté éblouissante et de rassurantes illusions comme un écho à la gravité légère de Woody Allen à l’image de laquelle, je l’espère, seront ces 13 jours de festival. A suivre !

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    Retrouvez mon dossier consacré à Woody Allen avec de nombreuses critiques de films, une filmographie etc.

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    Ci-dessous ma critique de « You will meet a tall dark stranger » suite à la projection cannoise:

     Fidèle à son habitude Woody Allen  a préféré le confort d'une sélection hors compétition aux « risques » de la compétition. Lui qui faisait pourtant l'apologie de la chance dans « Match point » ne semble pas être si confiant en la sienne. Pour une fois, il n'a peut-être pas eu totalement tort... Après sa remarquable trilogie britannique ( « Match point » -qui reste pour moi la perfection scénaristique-, « Scoop », « Le Rêve de Cassandre »), après son escapade espagnole avec « Vicky Barcelona », Woody Allen était déjà revenu aux Etats-Unis avec le très réussi « Whatever works », il revient donc à nouveau à Londres (on retrouve aussi un air d'opéra qui nous rappelle « Match point »), cette fois pour une comédie.

    Synopsis : les amours croisés de différents personnages tous à une époque charnière de leurs existences qui aimeraient tous avoir des illusions sur leur avenir et d'une certaine manière croire qu'ils vont rencontrer un mystérieux inconnu (a tall dark stranger) comme le prédit Cristal la voyante de l'une d'entre eux. Avec : Josh Brolin, Naomi Watts, Anthony Hopkins, Antonio Banderas, Freida Pinto (« Slumdog Millionaire »)...

    Même un moins bon film de Woody Allen comme l'est celui-ci (mais on peut bien lui pardonner avec les films brillants qu'il a accumulés ces derniers temps) reste un moment savoureux avec des dialogues rythmés et caustiques et une mise en scène toujours  alerte et astucieuse et de très beaux plans séquences.

    « C'est la vitalité » disait François Truffaut du cinéma de Claude Sautet. Il aurait sans doute également pu attribuer ce terme au cinéma de Woody Allen. Cette vitalité, cette apparente légèreté cherchent pourtant comme toujours à dissimuler et aborder la fragilité de l'existence que ce soit en évoquant la mort avec une pudique désinvolture (certes ici prétexte à des scènes de comédie) ou la pathétique et touchante course contre le temps (remarquable Anthony Hopkins, ici sorte de double du cinéaste qui s'amourache d'une jeune « actrice » qu'il épouse). 

    Woody Allen croque ses personnages à la fois avec lucidité et tendresse pour nous donner une sorte de conte sur la manière de s'arranger avec la vanité de l'existence, qu'importe si c'est avec des illusions. Ce film illustre à nouveau très bien cette lucide phrase du cinéaste citée par Kristin Scott Thomas lors de l'ouverture du festival (« L'éternité, c'est long ... surtout vers la fin »).

    Une fantaisie pétillante beaucoup moins légère qu'elle n'en a l'air mais aussi moins pessimiste puisque chacun trouvera un (certes fragile) nouveau départ, le tout illuminé par une très belle photographie et des acteurs lumineux.  Vous auriez tort de vous en priver !