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FESTIVAL DU CINEMA AMERICAIN DE DEAUVILLE 2025

  • Bilan et palmarès du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2025 – 51ème édition

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    Ci-dessous, retrouvez mon bilan émotionnel de ce 51ème Festival du Cinéma Américain de Deauville auquel j'ai assisté de l'ouverture à la clôture. Je reviendrai ultérieurement en détails sur les films présentés lors de leurs sorties en salles.

    Retrouvez aussi de nombreuses photos et vidéos de cette édition sur mon compte Instagram @Sandra_Meziere, ici.

    Mes stories Instagram consacrées au 51ème Festival du Cinéma Américain de Deauville sont à retrouver ici.

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    « Il n'y a pas d'âge pour réapprendre à vivre. On dirait même qu'on ne fait que ça toute sa vie : repartir, recommencer, respirer à nouveau. » Françoise Sagan

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    Réapprendre à vivre. Repartir. Recommencer. Respirer à nouveau. Il me semble que ce sont ces pouvoirs magiques que m'insuffle Deauville chaque année depuis ce tout premier Festival du Cinéma Américain de Deauville auquel j’ai assisté, il y a trois décennies. Peut-être parce que là flotte toujours dans l'air le parfum de réminiscences de souvenirs heureux. Probablement est-ce le reflet du passé qui pare les planches de cette aura particulière. Ainsi, la lumière ici me semble puissamment douce, comme nulle part ailleurs, si ce n'est quelque part sur les bords de la mer Égée peut-être.

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    Comment résumer ces dix jours intenses de cinéma ? Que va-t-il me rester de ce défilé enivrant de sons, d’images, d’émotions, de rencontres, de soleil ardent et d’ombres brûlantes ? Des images de films certainement qui vont s’intégrer à celles de ma propre vie. La claustrophobie enchantée et l’apocalypse tamisée de The End de Joshua Oppenheimer. Le pouvoir réparateur des mots et les cicatrices suintantes The Chronology of water de Kristen Stewart. L’hémoglobine de la fable paranoïaque de Yorgos Lanthimos, Bugonia. La nostalgie poignante et la musique consolatrice de The History of sounds de Olivier Hermanus. Les mensonges bouleversants, la vitalité et le cœur brisé de Eleanor the great de Scarlett Johansson. Le discours lyrique et marquant de Pamela Anderson, et son éloge de la vulnérabilité.

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    Les vœux de résistance et la douce puissance de la brillante Golshifteh Farahani face à l’Amérique, à l’image du monde : vacillante et fracturée. La danse aérienne de Marie-Agnès Gillot lors de la cérémonie d’ouverture, sur la musique de Philip Glass (The Hours de Stephen Daldry).

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    La valse des goëlands dans le projecteur de la pleine lune. Les vagues hypnotiques de la mer (trompeusement donc) prometteuse. Les idées insensées qui s’élancent et me grisent et m’égarent. Les promenades jusqu’à l’épuisement pour se gaver d’éclats et d’illusions.

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    Cette édition fut placée sous le signe du vertige. Celui de Kim Novak (qui a illuminé le festival de sa présence mythique et insaisissable) et d’Hitchcock auquel se référaient deux films de la compétition (dont le troublant After this death de Lucio Castro oublié du palmarès) et le documentaire qui était consacré à la comédienne, Kim Novak’s Vertigo de Alexandre O. Philippe. Même le film de clôture, Vie privée de Rebecca Zlotowski jongle avec les vertiges de l’identité et certains plans (notamment d’un escalier en spirale) se référent au film d’Hitchcock.

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    Un festival est un peu comme le chignon de Madeleine/ Carlotta, cercle de fatalité inexorable, non ? Tout est faux-semblants et nous hypnotise. Avant que la chute ne ramène au début, au présent, à la réalité, et à la beauté à jamais insondable de cet amour illusoire et incandescent.

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    Vous avez pu écouter quelques-unes de mes chroniques sur Deauville La Radio. J'y évoque quelques classiques que vous avez pu (re)découvrir pendant le festival : Sueurs froides (Vertigo ) d’Alfred Hitchcock (hommage à Kim Novak), La chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks (hommage à Paul Newman), mais aussi Gatsby le magnifique de Baz Luhrmann (hommage à Joel Edgerton)... presque une mise en abyme d'un festival de cinéma et de ses apparences trompeuses. Ou de cette fameuse « poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » pour reprendre les mots de Francis Scott Fitzgerald. Retrouvez aussi ces chroniques en version écrite en bas de cet article.

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    « Nous célébrons non seulement les œuvres d'aujourd'hui mais aussi les rêves de demain » a déclaré le Maire de Deauville, Philippe Augier, lors de la cérémonie d’ouverture. C’est en effet ce qui distingue ce festival, ce à quoi nous pouvons aussi ajouter qu’il célèbre les œuvres d’hier puisque le festival a cette année rendu hommage à Paul Newman, Kim Novak et Alice Guy. Ironie du sort alors que vient de s’éteindre une autre légende du cinéma, Robert Redford. En 2013, All is lost dans lequel il incarnait le rôle principal avait d’ailleurs remporté le prix du jury à Deauville (je vous en parlais, ici). Le Maire de Deauville a aussi rappelé que cette 51ème édition était placée sous le signe du rêve californien, ce sont pourtant avant tout sur les cauchemars, les peurs et les ombres de l’Amérique qui les cinéastes en compétition ont braqué leurs projecteurs. « Un cinéma qui bouscule nos certitudes » a-t-il ajouté, se félicitant aussi que le jury de cette édition ait brillé par sa «convivialité et bonne humeur communicative.»

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    Ce festival était aussi placé sous le signe de la « rébellion féminine, puissante et joyeuse » pour reprendre les termes de la directrice du festival, Aude Hesbert. De la rétrospective Alice Guy, à Kristen Stewart, en passant par Kim Novak, Pamela Anderson, et la formidable Eleanor the great (qui prouve qu’une femme peut être une héroïne à 94 ans, merci Scarlett Johansson) en passant par Zoey Deutch ( récipiendaire du prix du Nouvel Hollywood, Jean Seberg dans le film Nouvelle vague de Richard Linklater présenté en avant-première à Deauville) ou encore la présidente du jury, Golshifteh Farahani (qui a reçu la distinction numérique de l’INA), les femmes étaient en effet à l’honneur.

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    Chaque soir, avant la projection officielle s'affichait cette phrase de Jack London : « The proper function of a man is to live, not to exist. » C'est cette impression que procure un festival de cinéma. Vivre. Impression fallacieuse peut-être, mais si douce. Car c'est vivre au rythme de 24 images par seconde, certes. Au rythme d'un réjouissant vertige. Vertigo. Tel le titre du chef-d’œuvre d'Hitchcock sous le signe duquel était placé la première journée du festival avec la présence de l'éblouissante Madeleine/Judy : Kim Novak. Et la projection du passionnant documentaire que lui consacre Alexandre O.Philippe, Kim Novak's Vertigo, dans lequel il est bien sûr question de Sueurs froides qu'elle évoque comme si ses personnages avaient déteint sur elle, dans une troublante et fascinante confusion.

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    Il fut aussi souvent question du poids de chagrins condamnés au silence, notamment dans le premier film en tant que réalisatrice de Kristen Stewart, The Chronology of water (adaptation de La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch) qui a ainsi récolté le Prix de la Révélation pour ce film audacieux, impressionniste, âpre et sensible, mais aussi dans celui de Scarlett Johansson, Eleanor the great (qui a remporté le prix du public) mais aussi dans The History of sounds de Olivier Hermanus, présenté en avant-première après sa sélection en compétition du dernier Festival de Cannes. L'un évoque un amour impossible. Un autre deux deuils qui le sont tout autant. Le troisième un cœur qui saigne. Les trois m'ont bouleversée par la justesse et la résonance de leurs notes finales qui viennent débusquer nos propres chagrins et les apaiser, un temps. En nous démontrant le pouvoir des mots et de la musique comme forces réparatrices, ou pour nous permettre « disparaître dans l’imagination ».

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    Dans The History of sound de O.Hermanus, les sons viennent débusquer la nostalgie nichée au fond de nos cœurs. Une note finale implacable qui justifie la partition antérieure, tout en retenue. Celle d'une rencontre vibrante qui influe sur la mélodie d'une vie entière. L'art rend les étreintes éternelles.

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     Dans Eleanor the great, Eleanor Morgenstein, 94 ans, tente de reconstruire sa vie après la mort de sa meilleure amie, Bessie. Elle retourne à New York auprès de sa fille et de son petit-fils, après avoir vécu en Floride pendant des décennies. Incarnée par l'inégalable June Squibb, Eleanor, pour faire revivre Bessie, son amie survivante de la Shoah, va s'emparer de son histoire. Un film poignant sur les chagrins indicibles, le pardon, écrite et filmée avec beaucoup de délicatesse, humour et tendresse. « Il faut parler des choses qui nous rendent tristes. » « J'avais peur d'admettre que j'ai le cœur brisé ». Deux phrases extraites de ce film sur le « tabou du chagrin ». Il y a parfois des mots qui vous donnent envie de humer plus que jamais le parfum du présent... et de savourer la beauté incendiaire de Deauville.

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    N'avez-vous pas remarqué d’ailleurs qu'il en va des films comme des êtres humains ? Les plus intéressants sont ceux qui ne se contentent pas des apparences. Qui débusquent les failles, et tentent de les comprendre. Derrière le sourire. Derrière l'image lisse. Lisse comme semble l'être le cadre dans lequel évolue la famille de The End, premier long métrage de fiction de Joshua Oppenheimer déjà multi primé pour ses précédentes œuvres (documentaire et docu-fiction).

    « Vingt-cinq ans après qu’une catastrophe écologique a rendu la Terre inhabitable, Mère, Père et Fils vivent reclus dans leur luxueux bunker. Pour garder espoir et préserver une illusion de normalité, ils s’accrochent aux rituels du quotidien – jusqu’à l’arrivée de Fille, une inconnue qui bouleverse leur routine bien rodée. À mesure que les tensions montent, leur existence en apparence idyllique commence à s’effondrer. » Tableaux de maître. Intérieur luxueux. Mais pas de fenêtres. Et quelques dissonances et étrangetés nous font rapidement comprendre que ce décor aseptisé dissimule une terrible réalité. Le vernis va rapidement se craqueler et les égoïsmes meurtriers de chacun vont se révéler. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que cette fable écologiste est prémonitoire. Les intermèdes musicaux apportent des notes trompeusement enchanteresses, dévoilant les états d'âme avec une gaieté trompeuse. Je vous parlerai longuement de ce film lors de sa sortie, film à la fois magique et terrifiant. Qui nous fait frissonner de jubilation et de terreur. La durée (2h29) a découragé quelques spectateurs qui ont quitté la salle en cours de route. Ce voyage déroutant et fascinant vaut pourtant le détour. Voilà qui me fait songer à cette phrase extraite de La chatte sur un toit brûlant programmé dans le cadre de l'hommage à Paul Newman :

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    « L'être humain sait qu'il doit mourir et il est le seul à le savoir dans la nature et cela ne le rend ni meilleur ni plus charitable que les autres bêtes. »

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    « Disparaître dans l'imagination » : je ne cesse de repenser à cette idée formulée dans le film The Chronology of water de Kristen Stewart. Là me semble la clef de tout, pour laisser les écorchures apparaître, les panser, les penser sans entraves. Disparaître dans l'imagination et y renaître.  Un film sur une femme qui saigne qui ne peut pas appeler à l'aide. Lors du débat d’après film, la réalisatrice a ainsi évoqué comme référence Tarkovski et la nécessité pour les films de « nous aider à nous comprendre nous-mêmes ».

    Ce sont 13 films en compétition qu’ont dû départager les deux jurys, l'un présidé par Golshifteh Farahani et l'autre (de la révélation) présidé par Jean-Pascal Zadi avec pas moins de 10 premiers films parmi lesquels ceux des comédiennes Scarlett Johansson et Kristen Stewart. « Une sélection vibrante et kaléidoscopique, qui dresse le portrait d’une jeunesse américaine composite, en quête de sens et d’identité » avait annoncé la Directrice du Festival, Aude Hesbert. Une sélection qui met à mal la figure paternelle, reflète une Amérique repliée sur elle-même en quête d'espoir, qui (se) ment pour supporter une réalité ineffable.

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    Soulignons cette ouveauté appréciable cette année : la reprise du palmarès, le dimanche 21 septembre, au Cinéma Le Grand Action, à Paris.  J'y rattraperai les films du palmarès que j'ai manqués.

    En attendant, voici la liste des films en compétition :

    AFTER THIS DEATH 
    Lucio Castro
    (Première française)
    ELEANOR THE GREAT 
    Scarlett Johansson
    (1er film)
    I LIVE HERE NOW
    Julie Pacino 
    (1er film - Première française)
    IN TRANSIT
    Jaclyn Bethany
    (Première française)
    LURKER
    Alex Russell
    (1er film - Première française)
    OLMO
    Fernando Eimbcke
    (Première française)
    OMAHA
    Cole Webley
    (1er film - Première française)
    REBUILDING
    Max Walker-Silverman
    (1er film - Première française)
    SOVEREIGN
    Christian Swegal
    (1er film - Première européenne)
    THE CHRONOLOGY OF WATER
    Kristen Stewart
    (1er film)
    THE END
    Joshua Oppenheimer
    (1er film - Première française)
    THE NEW WEST 
    Kate Beecroft
    (1er film - Première française)
    THE PLAGUE 
    Charlie Polinger
    (1er film)

    PALMARES

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    Le Jury de la 51ème édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, présidé par Golshifteh Farahani, entourée de Thomas Cailley, Eye Haïdara, Katell Quillévéré, Philippine Leroy-Beaulieu, Vincent Macaigne, Benjamin Millepied et Emilie Tronche a dévoilé son palmarès, établi à partir des 13 films présentés en compétition cette année.

    Grand Prix
    THE PLAGUE de Charlie Polinger

    Prix du Jury
    OLMO de Fernando Eimbcke

    Prix du Jury
    OMAHA de Cole Webley

    Le Jury de la Révélation la 51eédition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, présidé par Jean-Pascal Zadi, entouré de Suzy Bemba, Julien Colonna, Bilal Hassani et Anaïde Rozam a dévoilé son palmarès, établi à partir des 13 films présentés en Compétition cette année.

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    Prix de la Révélation
    THE CHRONOLOGY OF WATER
    de Kristen Stewart
    En salles le 15 octobre 2025

    Prix du public de la ville de Deauville
    ELEANOR THE GREAT
    de Scarlett Johansson

     

    Prix CANAL+
    SOVEREIGN de Christian Swegal

    Le Jury de la Critique la 51e édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, composé des critiques et journalistes Eva Bettan (Présidente), Sophie Avon, Emily Barnett, Lily Bloom et Gael Golhen a remis un prix au film suivant :

    Prix de la critique
    THE PLAGUE
    de Charlie Polinger

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    Prix d'Ornano-Valenti
    NINO
    de Pauline Loquès
    En salles le 17 septembre 2025

    Hommage à Paul Newman – La chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks

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    Une des forces du Festival de Deauville est d’être à la fois un découvreur de talents, notamment avec les films en compétition, mais aussi une vitrine étincelante du cinéma d’hier et du glamour hollywoodien. Ainsi, à 19H30, le mercredi 10 septembre, au CID, les festivaliers ont pu assister à un hommage à Paul Newman en présence de sa fille.


    Dans le cadre de cet hommage étaient programmés plusieurs films dont La chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks, le 6 septembre à 11h au Morny. Ce film est adapté de la pièce de Tennessee Williams, Cat on a Hot Tin Roof, qui fut présentée à Broadway en 1955, mise en scène par Elia Kazan et qui eut un grand succès critique, remportant ainsi le Pulitzer Price. On accuse souvent le film d’être plus consensuel que la pièce, l’auteur qui avait pourtant été régulièrement consulté pendant le tournage le qualifiera même de saccage total. Il s’agit ainsi du 13ème long métrage de Richard Brooks qui connut un triomphe au box-office 1958, récolta six nominations aux Oscars 1959 dont celles de meilleure actrice pour Elisabeth Taylor et du meilleur acteur pour Paul Newman. L’intrigue nous plonge dans l’atmosphère moite d’une immense villa du Sud des Etats Unis, une prospère plantation du Mississippi, où se réunit une famille pour fêter le 65ème anniversaire du patriarche, surnommé « Big Daddy» sur le point de mourir, ce qu’il ignore. Sont présents sa belle-fille, Maggie, (Elisabeth Taylor) et son fils, Brick, (Paul Newman), ancien champion de football, terrassé par le suicide de son ami et coéquipier Skipper, après un mystérieux moment passé avec Maggie et un énigmatique coup de téléphone avec ce dernier. Brick se réfugie alors dans l’alcool et repousse sa femme au prétexte qu’il considère comme responsable de la mort de son ami. Elle se compare alors à une « chatte sur un toit brûlant. »  Pendant ce temps, la famille se déchire pour l'héritage de Big Daddy que Cooper, le frère de Brick, et son épouse, assoiffée d’argent et exaspérante, veulent absolument s’accaparer. Ils sont accompagnés de ceux que Maggie qualifie de « monstres sans tête », leurs cinq enfants insolents et pas très malins, que leur mère force à chanter des airs stupides à tout instant, pour flatter leur grand-père.

    C'est Richard Brooks qui insista pour que le Newman tienne le rôle principal, les producteurs étant réticents à cette idée. Le réalisateur disait l’avoir choisi parce « qu'il y a toujours en lui quelque chose qui demeure secret et refuse de se dévoiler facilement (...). Paul Newman livre une prestation habitée et bouleversante, de ce personnage tourmenté mais attachant. « Je suis un vieux gosse de 30 ans. » Ainsi Brick se qualifie-t-il. Il dit ne plus croire en rien et que le dégoût qu’il 'éprouve pour le mensonge est en fait le dégoût de lui-même.  Sa solitude et sa souffrance, emportent d’emblée l’empathie du spectateur, même si le sens de la pièce est ici trahi, censure oblige, et volonté du réalisateur de s’adresser au plus grand nombre, les liens plus affectifs qui l’unissaient à son coéquipier étant ici transformés en simple amitié.

    Face à Paul Newman, Liz Taylor, d’une insolence réjouissante, avec une palette de jeu très étendue, de la tendresse a cynisme, est d’une sensualité animale, d’une vitalité féroce et d’une beauté flamboyante.  Le film était prévu pour être tourné en noir et blanc mais Richard Brooks insista pour tourner en couleurs afin de mettre en valeur des yeux bleus de Paul Newman et ceux d’Elizabeth Taylor, couleur violette. Les couleurs y sont là aussi éblouissantes.


    Il y a une vraie jubilation à entendre ces dialogues délicieusement lucides et cruelles, à assister à l’effondrement de ce petit monde dominé par le mensonge, la duplicité, la cupidité, dans lequel tout le monde ment. La mise en scène est aussi particulièrement inventive, la tension étant rythmée par un orage et des pluies torrentielles qui les cristallisent. L’orage se déchaîne ainsi aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Vous ferez aussi attention décor qui sert de séparation des clans ou qui dément ce que les mots disent. Il faut aussi louer la mise en scène inventive et ce scénario ciselé.


    Qui sait …. Peut-être le calme reviendra-t-il après la tempête, après cette chaleur suffocante, ces mensonges étouffants, mais vous en ressortirez étourdis comme après un voyage aussi palpitant qu’éreintant. Terminons par une phrase du film qui en reflète la cruelle lucidité, et la qualité littéraire : « L'être humain sait qu'il doit mourir et il est le seul à le savoir dabs la nature et cela ne le rend ni meilleur ni plus charitable que les autres bêtes. »

    Hommage à Kim Novak – Sueurs froides (Vertigo) d’Alfred Hitchcock

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    Parmi les évènements incontournables de cette 51ème édition du Festival du Cinéma Américain, il y eut la venue de Kim Novak qui a reçu un Icon Award le 6 septembre à 17h au CID avant la projection du documentaire que lui est consacré. Les festivaliers ont également pu (voir ou revoir le chef d’œuvre d’Hitchcock Sueurs froides, intitulé en vo Vertigo, le 7 septembre au Morny et le 11 au Casino.


    En 1958, le maître du suspense adapte le roman de Boileau et Narcejac, D’entre les morts. Ce sera la quatrième et dernière collaboration de James Stewart et Alfred Hitchcock. L’acteur incarne ici un personnage moins sympathique et plus trouble que dans ses précédents rôles. Ce film aux multiples visages et interprétations décontenança ainsi le public et la critique lors de sa sortie, ne recevant que deux nominations aux Oscars. Il est aujourd’hui unanimement reconnu comme un chef-d’œuvre, voire comme le plus grand film de l’histoire du cinéma. Un film fascinant et captivant dès son générique en spirale hypnotique qui préfigure celle du fameux chignon de Kim Novak.


    James Stewart incarne ici Scottie, policier, sujet à l’acrophobie, une peur du vide. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, Madeleine, Kim Novak, dont le comportement étrange lui fait redouter qu’elle se suicide. Elle serait possédée par l'esprit de son aïeule, Carlotta Valdès. Scottie s'éprend immédiatement de la jeune femme. D’elle ou d’une image idéalisée. Puis peut-être de son sosie. Vivants et morts, Illusion et réalité, s’enlacent et s’entrelacent en effet dans un étourdissant manège visuel.


    Alfred Hitchcock souhaitait que Vera Miles incarne Madeleine. Celle-ci étant tombée enceinte, il engage Kim Novak. Il déclarera après le tournage que ce changement lui avait fait perdre « tout intérêt pour le personnage et le film en lui-même ». On se demande pourtant qui mieux qu’elle aurait pu incarner la blonde hitchcockienne, douloureusement belle, élégante et mystérieuse, idéalisée par Scottie, une sorte de rêve morbide dans lequel il se laisse emporter. Kim Novak était d’ailleurs déjà une star quand elle tourna Sueurs froides. Elle avait notamment déjà joué dans L'Homme au bras d'or sous la direction d'Otto Preminger.  Alfred Hitchcock a utilisé de nombreux filtres pour les apparitions de l’actrice, ce qui rend son personnage encore plus énigmatique, à la fois éblouissant et fantomatique.

    Sueurs froides marque aussi la quatrième collaboration entre Alfred Hitchcock et son compositeur Bernard Hermann. La beauté énigmatique, romantique et grave de sa musique fait écho à celle de Kim Novak et contribue à l’atmosphère sombrement envoûtante du film. Regardez bien aussi les couleurs avec lesquelles Hitchcock  joue admirablement, du gris des vêtements de Madeleine pour exacerber son étrangeté, au vert, pour évoquer ce qui a trait au passé, et le rouge, pour annoncer la mort.


    Un film insaisissable comme Madeleine avec une atmosphère troublante, qui nous emporte dans son vertige (au sens figuré et au sens propre lors de la magistrale scène de l’escalier du clocher, une des nombreuses scènes d’anthologie que compte le film), qui nous aspire dans son étourdissant mystère. Un thriller en trompe-l’œil sur l’obsession et la culpabilité. Une histoire d’amour bouleversante. Ce film dans lequel tout est faux-semblants nous hypnotise comme le chignon de Madeleine qui signifie aussi l’idée de répétition du drame, comme un cercle de la fatalité inexorable.


    Hitchcock a réalisé là un film dans lequel chacun peut aussi projeter ses rêves ou ses cauchemars. La fin est certainement une des plus marquantes et redoutablement et ironiquement poignante de l’histoire du cinéma. Un film qui a inspiré de nombreux cinéastes comme Brian de Palma. Enfin, ne manquez le cameo d’Alfred Hitchcock qui fait une courte apparition comme dans chacun de ses longs-métrages. Vous l’aurez compris, je vous recommande de voir ou revoir ce chef-d’œuvre aussi intrigant et ensorcelant à la première vision qu’à la dixième.

    Hommage à Joel Edgerton – Gatsby le magnifique de Baz Luhrmann

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    Le lundi 8 septembre, à l’occasion de l’hommage à Joel Edgerton, à 10H30 au Cinéma Le Morny les festivaliers ont pu voir Gatsby le Magnifique, un film de 2013 de Baz Luhrmann, adaptation de l’intemporel chef-d’œuvre éponyme de Francis Scott Fitzgerald. Peut-être certains d’entre vous connaissent-ils uniquement la version de Michael Clayton de 1974 avec Mia Farrow et Robert Redford dans les rôles repris par Carey Mulligan et Leonardo Di Caprio. Joel Edgerton incarne Tom Buchanan décrit par Francis Scott Fitzgerald comme un riche colosse. Il fallait un acteur au physique imposant qui puisse rivaliser de charisme avec Di Caprio.

    Nous sommes au printemps 1922. Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s’installer à New York, où son voisin est le mystérieux millionnaire, Jay Gatsby qui s’étourdit en fêtes mondaines. Dans son entourage figure aussi sa cousine Daisy et son mari volage, Tom Buchanan. Nick se retrouve au cœur de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges.

    L’adaptation de Clayton (écrite par Coppola), se distinguait avant tout par la magnificence crépusculaire de la photographie et par la langueur fiévreuse qui étreignait les personnages et laissait entendre que tout s’achèverait dans le drame. C’est avant tout dans la retranscription de la flamboyance de l’univers de Gatsby que Luhrmann se distingue. La mélancolie affleure néanmoins dans cette débauche festive. L’amertume derrière l’apparente légèreté. Le désenchantement derrière la désinvolture. Gatsby le magnifique est une critique de l’insouciance cruelle de l’aristocratie que symbolise Daisy, mais aussi le portrait fascinant d’un homme au passé trouble et à l’aura romantique dont la seule obsession est de ressusciter le passé et qui ne vit que pour satisfaire son amour inconditionnel et aveugle. Face à lui Daisy, frivole et lâche, qui préfère sa réputation et sa richesse à Gatsby dont la réussite sociale n’avait d’autre but que de l’étonner. Gatsby est une histoire de contrastes. Entre le goût de l’éphémère de Daisy et celui de l’éternité de Gatsby. Entre la réputation sulfureuse de Gatsby et la pureté de ses sentiments. Entre la fragilité apparente de Daisy et sa cruauté. Entre la douce lumière d’été et la violence des sentiments. Des contrastes d’une douloureuse beauté dans le roman, et dans l’adaptation de Luhrmann. Joel Edgerton ne démérite pas face à Di Caprio et représente avec beaucoup de crédibilité l’arrogance et le privilège associés à l’ancienne richesse.  Enfin signalons la B.O exceptionnelle qui vaut aussi le déplacement.


    Un film, comme celui de Clayton, empreint de la fugace beauté de l’éphémère et de la nostalgie désenchantée que symbolise Gatsby. Baz Luhrmann y ajoute une mélancolique flamboyance.

    Relisez le magnifique texte de Fitzgerald, ne serait-ce que pour des expressions sublimes telles que « La poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » …mais ne passez pas non plus à côté de cette adaptation qui ne déshonore pas la beauté de ce roman bouleversant sur l’amour absolu, la solitude et les illusions perdues derrière le faste et la multitude. Presque une mise en abyme puisque cela pourrait finalement être aussi la définition d’un festival de cinéma.

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    Le bilan du 51ème Festival du Cinéma Américain de Deauville en chiffres :

    - 64 films présentés

    - plus de 150 séances et évènements

    - plus de 100 invités américains

    - 36 films inédits

    - 19 premières françaises

    -3 premières européennes

    - 16 premiers films

    -plus de 500 professionnels et équipes de films accrédités

     

  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Critique de VIE PRIVÉE de Rebecca Zlotowski (film de clôture)

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    En clôture de ce 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville fut projeté le dernier film de Rebecca Zlotowski avec un casting cinq étoiles qui est pour beaucoup dans le caractère réjouissant de ce film, idéal pour un dernier jour de festival, et pour clore en beauté cette magistrale édition.

    Synopsis : Lilian Steiner est une psychiatre reconnue. Quand elle apprend la mort de l’une de ses patientes, elle se persuade qu’il s’agit d’un meurtre. Troublée, elle décide de mener son enquête.

    À partir de cette disparition, Rebecca Zlotowski construit un récit qui avance par glissements successifs. Plus Lilian cherche à comprendre ce qui est arrivé à sa patiente, plus ses certitudes vacillent et plus son propre équilibre se fissure. L'enquête devient alors moins une quête de vérité qu'un cheminement intérieur où chaque découverte renvoie l'héroïne à ses propres zones d'ombre.

    Le film séduit d'abord par son plaisir évident de raconter. Les pistes se croisent, les situations se répondent, les personnages apparaissent toujours là où on ne les attend pas. Cette liberté narrative donne au récit une légèreté bienvenue, sans jamais faire disparaître la gravité qui affleure sous la surface.

    Le choix de Jodie Foster s'impose comme une évidence. Sa manière d'incarner une femme dont la maîtrise se lézarde progressivement impressionne. Face à elle, Daniel Auteuil apporte une présence chaleureuse et subtile, tandis que Vincent Lacoste, Mathieu Amalric et Virginie Efira composent une galerie de personnages qui enrichissent le récit.

    Rebecca Zlotowski s'amuse à brouiller les frontières entre ce qui relève de la raison, de l'intuition ou de l'inconscient. Cette circulation permanente entre plusieurs niveaux de lecture nourrit la singularité du film. Certains détours pourront sembler déroutants, mais ils participent aussi à cette impression de suivre une pensée en mouvement, faite d'associations d'idées, de souvenirs et d'interprétations.

    Sous les apparences d'un divertissement élégant, Vie privée interroge finalement notre besoin de donner un sens à ce qui nous échappe. Peut-on réellement comprendre les autres sans se confronter à soi-même ? Jusqu'où notre regard est-il influencé par nos propres blessures ? Ce sont ces questions qui procurent au film sa profondeur.

    Porté par des interprètes manifestement heureux de jouer ensemble, Vie privée referme le Festival de Deauville sur une note aussi vive qu'intelligente. Un film qui invite le spectateur à suivre les méandres de l'esprit humain avec curiosité, humour et une élégante malice.

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (compétition) - Critique de THE CHRONOLOGY OF WATER de Kristen Stewart

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    Cette année, deux actrices présentaient leur premier long métrage en compétition au Festival du Cinéma Américain de Deauville : Kristen Stewart avec The Chronology of Water et Scarlett Johansson avec Eleanor the Great. Deux propositions que tout oppose dans leur forme, mais qui se rejoignent dans leur désir de faire émerger des blessures longtemps condamnées au silence. Là où Scarlett Johansson choisit l'épure et la douceur, Kristen Stewart emprunte un chemin autrement plus accidenté, où chaque image semble porter la trace d'un combat intérieur.

    Synopsis : Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

    Adapté de l'œuvre autobiographique de Lidia Yuknavitch, le film refuse toute progression linéaire. Il épouse les mouvements de la mémoire, avec ses surgissements, ses fractures, ses retours en arrière et ses zones d'ombre. Kristen Stewart ne raconte pas un traumatisme : elle tente d'en retrouver les secousses, les éclats, les déformations. Son cinéma épouse ainsi les mécanismes d'un esprit qui cherche moins à se souvenir qu'à survivre.

    Cette approche donne naissance à une mise en scène profondément sensorielle. Les images semblent parfois se heurter les unes aux autres, le montage avance par associations, les sons débordent le cadre, comme si le film cherchait moins à illustrer une histoire qu'à faire ressentir ce qui échappe aux mots. Cette liberté formelle pourra désarçonner. Elle possède pourtant sa propre nécessité.

    Car The Chronology of Water parle avant tout de la création. De cette faculté qu'ont les livres, l'écriture et l'imagination de transformer ce qui détruit en une matière vivante. Une phrase résonne comme un manifeste : « Disparaître dans l'imagination. » Elle éclaire tout le film. Disparaître pour pouvoir enfin se reconstruire. Se perdre dans les mots afin de retrouver une voix que la violence avait confisquée.

    Cette volonté d'aller jusqu'au bout de son geste artistique donne parfois au film un caractère excessif. Kristen Stewart préfère manifestement le débordement au contrôle, l'intuition à la démonstration. Tout n'atteint pas la même intensité, certaines séquences auraient gagné à davantage de respiration, mais cette absence de compromis fait aussi la singularité de son premier long métrage. On y sent une cinéaste qui cherche déjà son propre langage plutôt qu'une réalisatrice soucieuse de rassurer son public.

    Face à cette matière brûlante, Imogen Poots livre une interprétation d'une remarquable générosité. Son visage devient le lieu où se déposent les blessures invisibles, les élans de révolte, les instants d'abandon comme les timides renaissances. Elle traverse le film avec une implication qui ne relève jamais de la performance démonstrative mais d'un engagement total.

    Lors de la rencontre organisée avec les spectateurs de Deauville après la projection, Kristen Stewart évoquait Andreï Tarkovski parmi les cinéastes qui l'ont nourrie, avant d'ajouter que les films devaient « nous aider à nous comprendre nous-mêmes ». Cette phrase résume sans doute le mieux son ambition. The Chronology of Water ne prétend pas apporter des réponses. Il ouvre un espace où les blessures peuvent enfin être regardées autrement.

    Âpre, parfois déroutant, souvent d'une beauté saisissante, ce premier film annonce surtout la naissance d'une véritable voix de cinéaste. Une voix encore indocile, parfois débordante, mais déjà profondément singulière. Et c'est peut-être là sa plus grande réussite : rappeler que le cinéma, comme la littérature, peut offrir un refuge lorsque les mots du quotidien ne suffisent plus à dire l'indicible.

     

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  • Titre de l’article : 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Remise du Prix du Nouvel Hollywood à Zoey Deutch et critique de NOUVELLE VAGUE de Richard Linklater (Première)

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    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville a cette capacité singulière de faire dialoguer toutes les époques du cinéma. En décernant cette année son prix du Nouvel Hollywood à Zoey Deutch, il saluait une actrice qui, de film en film, construit une carrière à la fois exigeante et populaire. Quelques heures plus tard, le public découvrait en avant-première Nouvelle Vague, le nouveau long métrage de Richard Linklater, dans lequel elle prête ses traits à Jean Seberg.

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    Synopsis : Ceci est l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle ».

    Il fallait une certaine témérité pour s'aventurer sur un terrain aussi sacré. Revenir sur la naissance d'À bout de souffle, c'est toucher à l'un des instants fondateurs du cinéma moderne, à une œuvre dont chaque image semble appartenir autant à l'histoire qu'à la légende. Richard Linklater évite pourtant l'écueil de la commémoration solennelle. Plutôt que de figer ces figures mythiques dans le marbre, il leur restitue leur jeunesse, leurs doutes, leur insouciance et leur incroyable liberté créatrice.

    Le pari est d'autant plus audacieux que le réalisateur américain ne cherche jamais à expliquer Jean-Luc Godard ni à dresser son portrait psychologique. Son personnage demeure volontairement insaisissable, traversant le récit comme une force en mouvement davantage qu'un homme que l'on pourrait entièrement comprendre. Cette distance est moins une faiblesse qu'un choix de mise en scène : ce qui intéresse Linklater n'est pas tant le mystère de Godard que l'énergie collective qui permit à une poignée de jeunes artistes de réinventer le langage cinématographique.

    Le dispositif adopté est particulièrement stimulant. Le noir et blanc, le format de l'image, les mouvements de caméra, le rythme du montage ou encore les ruptures de ton évoquent constamment l'univers de la Nouvelle Vague sans jamais donner l'impression d'un simple exercice d'imitation. Le film emprunte certaines de ses libertés formelles pour mieux retrouver l'esprit d'invention qui animait cette génération. Il ne copie pas une esthétique : il tente d'en retrouver l'élan.

    Cette vitalité irrigue chaque séquence. Les discussions passionnées sur le cinéma, les tournages improvisés dans les rues de Paris, les contraintes budgétaires transformées en opportunités créatives rappellent combien certaines révolutions artistiques naissent moins de moyens considérables que d'une confiance absolue dans le pouvoir des idées.

    Le casting participe largement à cette réussite. Guillaume Marbeck compose un Jean-Luc Godard étonnamment crédible sans tomber dans la caricature. Derrière les célèbres lunettes noires affleure constamment une intelligence en ébullition, parfois déroutante, souvent fascinante. Aubry Dullin restitue toute la décontraction de Jean-Paul Belmondo, tandis qu'Adrien Rouyard campe un François Truffaut dont la bienveillance contraste avec le tempérament plus radical de Godard.

    Mais c'est sans doute Zoey Deutch qui apporte au film son émotion la plus délicate. Son interprétation de Jean Seberg échappe à toute imitation mécanique. Elle retrouve la douceur, la modernité et la fragilité de l'actrice américaine avec une grâce qui rend parfaitement justice à cette icône du cinéma français. Quelques heures après avoir reçu le prix du Nouvel Hollywood à Deauville, sa prestation prenait une résonance toute particulière, comme si un pont invisible reliait les nouvelles figures du cinéma américain à celles qui, quelques décennies plus tôt, avaient participé à en écrire une page essentielle.

    Si certains spectateurs auraient peut-être souhaité un regard plus irrévérencieux ou davantage de zones d'ombre, Richard Linklater privilégie manifestement un autre chemin : celui de la transmission. Son film rappelle avec simplicité que les œuvres majeures naissent souvent d'expériences collectives, d'intuitions fragiles, d'accidents heureux et d'un enthousiasme presque enfantin. Sans jamais céder au didactisme, il donne envie de revoir À bout de souffle, mais aussi de découvrir ceux qui l'ont précédé ou suivi.

    Rarement un film consacré à l'histoire du cinéma aura donné une telle impression de proximité avec ceux qui l'ont écrite. Les monuments redeviennent des jeunes gens qui cherchent, doutent, improvisent et inventent sans mesurer encore qu'ils sont en train de bouleverser durablement le septième art. C'est sans doute la plus belle réussite de Richard Linklater : rappeler qu'avant d'entrer dans les livres d'histoire, les légendes furent simplement des artistes animés par une irrépressible envie de créer.

    Sortie en salles le 8 octobre 2025.

     

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (Première) - Critique LE SON DES SOUVENIRS d’Oliver Hermanus

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    Il existe des films qui frappent d'emblée et d'autres qui semblent s'installer discrètement en nous avant de révéler, bien après la dernière image, toute leur puissance. Le Son des souvenirs appartient à cette seconde catégorie. Oliver Hermanus compose une œuvre qui ne cherche jamais à provoquer les larmes. Elle préfère déposer, presque imperceptiblement, une émotion qui grandit à mesure que les souvenirs se déploient.

    Synopsis : Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, grandit au son des chansons que son père chantait sur le perron de leur maison. En 1917, il quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il fait la rencontre de David, un étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre. En 1920, réunis le temps d’un hiver, Lionel et David sillonnent les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Cette parenthèse marquera à jamais Lionel. Au cours des décennies suivantes, Lionel connaît la reconnaissance, la réussite, et d’autres histoires d’amour au fil de ses voyages à travers l’Europe. Mais ses souvenirs avec David le hantent encore, jusqu’au jour où une trace de leur œuvre commune ressurgit et lui révèle combien cette relation a résonné plus fort que toutes les autres.

    Le titre pourrait laisser croire que la musique constitue le véritable sujet du film. Elle en est plutôt la matière invisible. Chez Hermanus, les chansons ne servent pas seulement à accompagner les images : elles deviennent des lieux où le passé continue de vivre.

    L'histoire d'amour entre Lionel et David ne s'écrit jamais dans les grandes déclarations. Elle se construit dans les silences, dans les regards retenus, dans ce que les conventions de l'époque empêchent d'exprimer. Cette retenue donne paradoxalement davantage de poids à leurs sentiments. L'absence devient une présence constante, et le temps, loin d'effacer les blessures, leur confère une profondeur nouvelle.

    Paul Mescal et Josh O'Connor trouvent un équilibre remarquable entre pudeur et intensité. Leur complicité ne repose jamais sur l'emphase. Quelques gestes, quelques hésitations, quelques sourires suffisent à faire exister un attachement dont les répercussions se prolongeront durant toute une vie.

    La nature participe pleinement au récit. Les paysages du Maine, les forêts enneigées, les rivages battus par le vent semblent conserver les traces de ceux qui les ont parcourus avant nous. Ils deviennent les gardiens silencieux d'une histoire que les personnages eux-mêmes peinent parfois à raconter.

    Ce qui bouleverse le plus dans Le Son des souvenirs réside peut-être dans sa manière de montrer que certaines rencontres continuent de façonner une existence bien longtemps après leur disparition. Nous croyons avancer, multiplier les expériences, aimer de nouveau, alors qu'une part essentielle de nous demeure secrètement accordée à une émotion ancienne.

    Oliver Hermanus construit son film avec une grande confiance envers son spectateur. Il refuse les effets démonstratifs et laisse les résonances naître d'elles-mêmes. Ce choix exige de se laisser porter par son rythme, mais il trouve sa pleine justification dans un dernier mouvement d'une remarquable justesse.

    Car ce sont finalement les sons qui viennent réveiller cette nostalgie enfouie au plus profond de nous. Et cette ultime note, aussi inévitable que bouleversante, éclaire soudain tout ce qui l'a précédée. Comme si la vie entière de Lionel n'avait été qu'une longue variation autour d'une rencontre fondatrice, dont l'écho continue de vibrer longtemps après que la musique s'est tue.

    Sortie en salles le 29 octobre 2025.

     

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (compétition) - Critique de THE END de Joshua Oppenheimer

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    Voir derrière les images. N'avez-vous pas remarqué qu'il en va des films comme des êtres humains ? Les plus intéressants sont ceux qui ne se contentent pas des apparences. Qui débusquent les failles, et tentent de les comprendre. Derrière le sourire. Derrière l'image lisse. Lisse comme semble l'être le cadre dans lequel évolue la famille de The End,  premier long métrage de fiction de Joshua Oppenheimer déjà multiprimé pour ses précédentes œuvres (documentaire et docu-fiction). Il ne serait pas étonnant que ce film soit lauréat du Grand Prix. 
     
    "Vingt-cinq ans après qu’une catastrophe écologique a rendu la Terre inhabitable, Mère, Père et Fils vivent reclus dans leur luxueux bunker. Pour garder espoir et préserver une illusion de normalité, ils s’accrochent aux rituels du quotidien – jusqu’à l’arrivée de Fille, une inconnue qui bouleverse leur routine bien rodée. À mesure que les tensions montent, leur existence en apparence idyllique commence à s’effondrer." 
     
    Tableaux de maître. Intérieur luxueux. Mais pas de fenêtres. Et quelques dissonances et étrangetés nous font rapidement comprendre que ce décor aseptisé dissimule une terrible réalité. Le vernis va rapidement se craqueler et les égoïsmes meurtriers de chacun vont se révéler.
     
    Nous ne pouvons nous empêcher de penser que cette "fable" écologiste pourrait être prémonitoire.
     
    Les intermèdes musicaux apportent des notes trompeusement enchanteresses, dévoilant les états d'âme avec une gaieté illusoire.
     
    Je vous parlerai longuement de ce film à la fois magique et terrifiant. Qui nous fait frissonner de jubilation et d'effroi.
     
    La durée (2h29) a découragé quelques spectateurs qui ont quitté la salle en cours de route. Ce voyage déroutant et fascinant vaut pourtant le détour...
     
    Décidément, cette édition est placée sous le signe d'Hitchcock avec Vertigo maintes fois cité dans l'énigmatique et envoûtant After this death de Lucio Castro. Le temps me manque pour vous en parler comme il se doit. J'y reviendrai.
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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Critique de THE GREAT GATSBY de Baz Luhrmann (hommage à Joel Edgerton)

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    Le lundi 8 septembre, à l’occasion de l’hommage à Joel Edgerton, à 10H30 au Cinéma Le Morny les festivaliers ont pu voir Gatsby le Magnifique, un film de 2013 de Baz Luhrmann, adaptation de l’intemporel chef-d’œuvre éponyme de Francis Scott Fitzgerald. Peut-être certains d’entre vous connaissent-ils uniquement la version de Michael Clayton de 1974 avec Mia Farrow et Robert Redford dans les rôles repris par Carey Mulligan et Leonardo Di Caprio. Joel Edgerton incarne Tom Buchanan décrit par Francis Scott Fitzgerald comme un riche colosse. Il fallait un acteur au physique imposant qui puisse rivaliser de charisme avec Di Caprio.

    Printemps 1922. L’époque est propice au relâchement des moeurs, à l’essor du jazz et à l’enrichissement des contrebandiers d’alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway (Tobey Maguire » quitte la région du Middle-West pour s’installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d’un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio), qui s’étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy ( Carey Mulligan) et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C’est ainsi que Nick se retrouve au coeur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges.

    Dans l’adaptation de Clayton (rappelons que le scénario de cette précédente adaptation était écrit par Coppola), je me souviens de la magnificence crépusculaire de la photographie et de la langueur fiévreuse qui étreignait les personnages et nous laissaient entendre que tout cela s’achèverait dans le drame. Ici, c’est plus implicite même si de la fête émane toujours une certaine mélancolie. C’est d’ailleurs ce qui semble avoir déçu une grande partie des festivaliers hier qui s’attendaient sans doute à une joyeuse flamboyance…et, c’est selon moi, au contraire, toute la réussite de cette adaptation que de retranscrire la flamboyance de l’univers de Gatsby sans dissimuler totalement la mélancolie et même la tristesse qui affleurent dans cette débauche festive. L’amertume dissimulée derrière l’apparente légèreté. La mélancolie et le désenchantement derrière la désinvolture.

    Là aussi, Jay Gatsby n’apparaît qu’au bout de vingt minutes, voire plus.  Nous nous trouvons alors dans la même situation que Nick qui ne le connaît que par sa réputation : on dit qu’il « a tué un homme » et qu’il n’apparaît jamais aux fêtes somptueuses qu’il donne dans une joyeuse décadence.

    « Gatsby le magnifique » est à la fois une critique de l’insouciance cruelle et de la superficialité de l’aristocratie que symbolise Daisy, c’est aussi le portrait fascinant d’un homme au passé troublant, voire trouble et à l’aura romantique dont la seule obsession est de ressusciter le passé et qui ne vit que pour satisfaire son amour inconditionnel et aveugle. (Je me souvenais de la magnifique scène où Jay et Daisy dansaient dans une pièce vide éclairée à la bougie, dans le film de Clayton,  moins réussie ici). Face à lui Daisy, frivole et lâche, qui préfère sa réputation et sa richesse à Gatsby  dont la réussite sociale n’avait d’autre but que de l’étonner et de poursuivre son rêve qui pour lui n’avait pas de prix. Gatsby dont par bribes la personnalité se dessine : par sa manie d’appeler tout le monde « vieux frère », par ses relations peu recommandables. Pour Daisy, la richesse est un but (même si elle me parait moins frivole que dans le roman de Fitzgerald et que dans l’adaptation de Clayton). Pour Jay, un moyen (de la reconquérir). Elle qui ne sait que faire des 30 années à venir où il va falloir tuer le temps.

    Gatsby est une histoire de contrastes. Entre le goût de l’éphémère de Daisy et celui de l’éternité de Gatsby. Entre la réputation sulfureuse de Gatsby et la pureté de ses sentiments. Entre la fragilité apparente de Daisy et sa cruauté. Entre la douce lumière d’été et la violence des sentiments. Entre le luxe dans lequel vit Gatsby et son désarroi. Entre son extravagance apparente et sa simplicité réelle. Entre la magnificence de Gatsby et sa naïveté. Et tant d’autres encore. Des contrastes d’une douloureuse beauté dans le roman, et dans l’adaptation de Clayton dont la mise en scène (trop rare) est la réussite du film de Luhrmann (comme ces plans de Gatsby seul sur son ponton) davantage que les fastueuses et non moins réussies scènes de fête qui ne comblent pas le vide de l’existence de Gatsby.

    C’est à travers le regard sensible et lucide de Nick qui seul semble voir toute l’amertume, la vanité, et la beauté tragique de l’amour, mélancolique, pur et désenchanté, que Gatsby porte à Daisy que nous (re)découvrons cette histoire tragique. Bien que le connaissant par cœur, j’en suis ressortie avec l’irrésistible envie de relire encore et encore le chef d’œuvre de Fitzgerald, une nouvelle fois bouleversée par cette histoire d’amour absolu, d’illusions perdues, de bal des apparences, de solitude, de lâcheté, de cruauté (oui, il y a tout cela dans Gatsby) et avec l’irrésistible envie de  me laisser dangereusement griser par l’atmosphère de chaleur écrasante, d’extravagance et d’ennui étrangement mêlés dans une confusion finalement criminelle.

    Mia Farrow interprétait Daisy entre cruauté, ennui, insouciance et même folie. La Daisy de Carey Mulligan est moins déjantée, presque moins pitoyable. Si Gatsby restera pour moi à jamais Robert Redford, Leonardo DiCaprio, une fois de plus, excelle, et est un Gatsby bouleversant, énigmatique, mélancolique, fragile, charismatique, avec ce sourire triste, si caractéristique du personnage. Il incarne magnifiquement celui qui est pour moi un des plus beaux personnages de la littérature. Le talent de Leonardo Di Caprio n’est plus à prouver : que ce soit dans « Les Noces rebelles« , « Inception » ,  « Shutter Island« ou, plus récemment dans « Django unchained »  , il crève invariablement l’écran et prouve aussi son intelligence par ses judicieux choix de rôles.

    Ont participé à la B.O du film: Lana Del Rey, Beyoncé x André 3000, Florence + The Machine, will.i.am, The xx, Fergie + Q Tip + GoonRock, et The Bryan Ferry Orchestra … Ces anachronismes et cette volonté de moderniser un roman et des sentiments de toute façon intemporel  restent ici (heureusement) mesurés.

    Un film, comme celui de Clayton, empreint de la fugace beauté de l’éphémère et de la nostalgie désenchantée que représente le fascinant et romanesque Gatsby auxquelles Baz Luhrmann ajoute une mélancolique flamboyance. Il n’a pas dénaturé l’essence du roman, en choisissant justement de modérer ses envolées musicales.

    Relisez le magnifique texte de Fitzgerald, ne serait-ce que pour « La poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » ou cette expression de « nuages roses » qui définit si bien le ton du roman et du film et revoyez l’adaptation de Jack Clayton …mais ne passez pas non plus à côté de celle-ci qui ne déshonore pas la beauté de ce roman bouleversant sur l’amour absolu, la solitude et les illusions perdues derrière le faste et la multitude

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