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EVENEMENTS CINEMATOGRAPHIQUES DIVERS

  • Mon article et mon interview dans le Magazine "L'ENA hors les murs": Cinéma et pouvoirs

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    J'avais déjà eu le plaisir de contribuer au  très beau magazine des anciens élèves de l'ENA (l'ENA hors les murs) pour effectuer les bilans de deux années cinématographiques consécutives. Cette fois, dans ce numéro 433, j'ai eu le plaisir d'y parler adaptation littéraire, un peu aussi de mon roman "Les Orgueilleux", mais aussi de trois œuvres pour lesquelles je voulais partager mon enthousiasme: le livre de Gilles Jacob "Les pas perdus", le film de James Gray "The Immigrant" (qui figurait en compétition du dernier Festival de Cannes d'où il était malheureusement reparti bredouille, il faut dire que la concurrence était rude), de "All is lost" de J.C Chandor (présenté hors compétition lors du dernier Festival de Cannes et prochainement en compétition du Festival du Cinéma Américain de Deauville).

    Je vous recommande vraiment ce magazine qui laisse le temps à la pensée d'être développée, ce qui est (trop) rare.  Pour commander le magazine et notamment ce numéro de juillet/août 2013 c'est ici: http://www.aaeena.fr/publications/la-revue.

    Pour une meilleure lecture de l'article, accédez aux pdf directement en cliquant sur les liens ci-dessous:

    1/ Littérature et pouvoir: entretien sur l'adaptation littéraire et "Les Orgueilleux"

    2/ Recensions sur "Les pas perdus" de Gilles Jacob, "The Immigrant" de James Gray, "All is lost" de J.C Chandor.

     

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  • Vidéo - Voeux à la presse 2013 de la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti

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    J'étais ce matin invitée aux voeux à la presse de la Ministre de la Culture et de la communication, Aurélie Filippetti, au Ministère de la Culture, rue de Valois. Retrouvez ma vidéo de l'intégralité du discours ci-dessous (il manque juste les 10 premières secondes, désolée pour la qualité approximative de l'image). Vous pouvez aussi retrouver la version écrite du discours en cliquant ici.

  • Jury du Grand prix du Cinéma de ELLE 2012 – Compte-rendu et critiques des 7 films en lice

     

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    A peine revenue du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012 (au sujet duquel vous pouvez retrouver de nombreux articles sur mon blog « In the mood for Deauville » en attendant le bilan complet, demain) et pas encore tout à fait à la réalité, me voilà repartie pour une immersion cinématographique grâce au jury du Grand Prix Cinéma de Elle 2012 dont je faisais partie ce week end, au Mk2 Bibliothèque, après avoir fait partie du jury littéraire du magazine il y a quelques années. Encore un jury de cinéma, me direz-vous (le 15ème, il me semble), mais la soif insatiable des découverte cinématographiques, le plaisir de vivre au rythme de projections et discussions enflammées sur celles-ci avec des inconnus, grâce à ce langage universel créant des liens immédiats, demeurent intacts, 14 ans après avoir intégré un jury de festival pour la première fois. Sept films dont la sortie en salles est prévue entre le 24 octobre et le 26 décembre 2012 ont été sélectionnés pour ce prix. La remise du prix aura lieu le 22 octobre au Grand Palais, à Paris. C’est là seulement que nous connaîtrons l’issue des votes (il y a trois jurys dans trois villes différentes, Paris, Lyon et Lille). 

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     L'an passé, c'est "Polisse" de Maïwenn (dont vous pouvez retrouver ma critique, ici) qui avait remporté le prix.

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    Au programme de cette -belle- sélection 2012 : des films très divers parmi lesquels deux comédies (« Nous york » de Géraldine Nakache et Hervé Mimran, « Populaire » de Régis Roinsard), des films sélectionnés, voire primés, à Cannes (« Au-delà des collines » de Cristian Mungiu – double prix d’interprétation féminine et prix du scénario-, « La Chasse » de Thomas Vinterberg –prix d’interprétation masculine-, « Les Bêtes du Sud Sauvage » de Benh Zeitlin – caméra d’or de Cannes 2012, grand prix et prix de la révélation du Festival du Cinéma Américain de Deauville-, « Trois mondes » de Catherine Corsini), un film danois historique et de passion amoureuse en costumes (« A royal affair » de Nikolaj Arcel).

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     Les critiques issues des débats furent souvent élogieuses, parfois particulièrement cruelles, et heureusement pour certains cinéastes qu’ils ne purent les entendre. Après avoir débattu, nous avons attribué des notes à chacun des films. Une fois de plus, tenant à ne jamais attribuer de notes à des films sur mes blogs (tout comme un film pour moi ne PEUT être nul, il ne peut se réduire à une note et si cette note signifiait quelque chose pour établir un classement, elle ne signifierait plus rien ici), je ne vous livrerai pas les miennes ici mais simplement mon classement, le film y figurant en premier étant celui que je souhaite voir gagner ; pour savoir si mon souhait sera exaucé il faudra attendre le 22 octobre…

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    Vous trouverez ci-dessous un simple avis sur chaque film et prochainement je vous livrerai des critiques plus détaillées de chacun d’entre eux.

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    1. « Les Bêtes du Sud sauvage »  de Benh Zeitlin

     L’ayant vu au Festival du Cinéma Américain de Deauville il y a 10 jours, je tenais à le revoir avant d’attribuer une note et je ne m’attendais pas à être ainsi, à nouveau, emportée par une émotion joliment dévastatrice. « Quand le cinéma est beau comme le vôtre,  quand les films sont beaux comme le vôtre, cela rassemble », avait déclaré la présidente du jury Sandrine Bonnaire lors de la cérémonie du palmarès du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012 lors de laquelle le film avait été couronné du Grand Prix et du prix de la révélation Cartier.

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    Ci-dessus, Benh Zeitlin, lors de la cérémonie du palmarès de Deauville (photo inthemoodfordeauville.com )

    A Cannes, déjà, où je l'avais manqué et où le film a notamment été couronné de la caméra d’or, c’était une incessante litanie « il faut voir Les Bêtes du Sud sauvage ». Alors, ce film méritait-il autant de louanges et autant de prix ?

    « Les Bêtes du Sud sauvage » est le premier long-métrage de Benh Zeitlin adapté de « Juicy and Delicious», une pièce écrite par Lucy Alibar, une amie de Benh Zeitlin qui a coécrit le scénario avec lui. Il se déroule dans le Sud de la Louisiane, dans le bayou, «le « bathtub », une terre sauvage et âpre où vit Hushpuppy (Quvenzhané Wallis), une petite fille de 6 ans et son père Wink (Dwight Henry). Soudain cette nature rebelle s’emballe, les glaciers fondent, des aurochs apparaissent, le monde s’effondre pour Hushpuppy (la nature qui l’environne mais aussi le sien, son monde, puisque la santé de son père décline) ; elle va alors partir à la recherche de sa mère.

    Ne vous fiez pas à mon synopsis réducteur car ce film possède tout ce qu’un synopsis ou une critique ne pourront jamais refléter. Il en va ainsi de certains films, rares, comme de certaines personnes qui possèdent ce charme indescriptible, cette grâce ineffable, ce supplément d’âme que rien ni personne ne pourront décrire ni construire car, justement, il n’est pas le fruit d’un calcul mais une sorte de magie qui surgit presque par miracle (et sans doute grâce à la bienveillance et la sensibilité du regard du cinéaste) comme celle qui peuple les rêves de Hushpuppy.

    Dès les premières secondes, malgré la rudesse de la vie qu’il décrit, malgré l’âpreté de cette terre et celle du père de Hushpuppy, ce film vous séduit et vous emporte pour ne plus vous lâcher. C’est à travers les yeux innocents et l’imagination débordante de Hushpuppy que nous sommes embarqués dans cette histoire guidés par sa voix qui nous berce comme un poème envoûtant.

    La vie grouille, palpite, dans chaque seconde du film, dans cet endroit où elle est (et parce qu'elle est) si fragile, son cœur bat et résonne comme celui de ces animaux qu’écoute Hushpuppy pour, finalement, faire chavirer le vôtre. Un monde qu'il donne envie de préserver avant que les marées noires ne le ravagent et que la magie n'en disparaisse à jamais.

    Son monde est condamné mais Hushpuppy (incroyable présence et maturité de la jeune Quvenzhané Wallis) , avec son regard attendrissant, opiniâtre et frondeur résiste, lutte, et s’invente un univers magique où le feu s’allume au passage d’une belle femme, où elle résiste aux aurochs du haut de ses 6 ans. Benh Zeitlin filme à hauteur d'enfant et du regard d'Hushpuppy imprégnant tout le film de son riche imaginaire.

    Film inclassable : autant une histoire d’amour ( d’un réalisateur pour une terre sauvage et noble qui se confond avec la mer dans un tumulte tourmenté que pour ses habitants, fiers et courageux viscéralement attachés à leur terre mais aussi d’une fille pour son père et réciproquement dont les relations sont faites de dureté attendrissante), fantastique ou fantasmagorique que conte philosophique et initiatique, « Les bêtes du sud sauvage » est aussi un poème onirique qui mêle majestueusement tendresse et rudesse (des êtres, de la terre), réalité et imaginaire, violence (des éléments) et douceur (d’une voix), dureté et flamboyance (comme lors de ce défilé d'une gaieté triste pour célébrer la mort). Voilà, ce film est beau et contrasté comme un oxymore.

    Un film d'une beauté indescriptible, celle des êtres libres, des êtres qui résistent, des êtres qui rêvent, envers et contre tout, tous et cela s’applique aussi bien au film qu’à celui qui l’a réalisé avec un petit budget et des acteurs non professionnels sans parler des conditions de tournage puisque l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon de BP s’est produite le premier jour du tournage le 20 avril 2010.

    Un film universel, audacieux et dense, un hymne à la vie et l’espoir, au doux refuge de l'imaginaire aussi quand la réalité devient trop violente, un film d’une beauté âpre et flamboyante qui vous emmènera loin et vous accompagnera longtemps comme cette voix (texte de la voix off dit par Hushpuppy magnifiquement écrit), ce regard et cette musique qui reflètent ce mélange de force et de magie, de grâce et de détermination ( une musique dont Benh Zeitlin est le coauteur, elle fut même utilisée pour la campagne d’Obama) et, à l'image de son affiche, un feu d'artifices d'émotions. Un film rare qui méritait indéniablement son avalanche de récompenses. Je vous en reparlerai plus longuement au moment de sa sortie.

    Sortie en salles : le 12 décembre 2012

    Sortie en salles : le 12 décembre 2012

    2.« Au-delà des collines » de Cristian Mungiu

     

    Si je devais mettre de côté toute émotion, et ne juger que d’un point de vue purement cinématographique, ce film dominerait à mon avis la sélection tant j’ai été époustouflée par la perfection atteinte par celui-ci qui possède en commun avec le précédent de confronter deux univers (le monde du bayou et le reste du monde pour le film précédent, le couvent et le reste du monde, ce monde au-delà des collines, si proche et lointain, et sa modernité, certes relative, ici).

    « Alina (Cristina Flutur) revient d’Allemagne pour y emmener Voichita (Cosmina Stratan), la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais imée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est difficile d’avoir Dieu comme rival. »

    Ce film s'inspire de deux livres de la journaliste Tatiana Niculescu qui traitaient de l'affaire dite de Tacanu,  de 2005 : une jeune religieuse schizophrène avait été retrouvée morte après un exorcisme.

    Je doute que ce film l’emporte tant les avis des jurées étaient divisés à propos de celui-ci, certaines l’ayant trouvé lent et ennuyeux alors, que, au contraire, je n’ai pas vu passer ses 2H30 tant chaque plan d’une beauté –souvent sombre-picturale, trouve sa justification ultérieure, tant chaque seconde du film apporte un élément comme une preuve accablante, tant cette lenteur aussi concilie la forme et le fond, reflétant ainsi le rythme de vie au ralenti de ce couvent chrétien orthodoxe mais aussi cette forme de lancinante indifférence qui se révèlera meurtrière.

     La situation de l’intrigue dans ce couvent importe (presque) peu, le réalisateur ne condamne pas forcément plus la religion que tout autre groupe. Sa portée est beaucoup plus universelle et peut s’appliquer à n’importe quel groupe dans lequel l’indifférence peut tuer (une dictature comme celle qui exista en Roumanie), dans lequel le silence ou l’effet de groupe peuvent être meurtriers.

     Le souci du détail, la véracité qui en émane lui procurent un intérêt presque documentaire et les longs plans séquences parfois fixes   sont d’une justesse et parfois d’une cruauté (non à cause de ce qui se passe mais plutôt à cause de ce qui ne se passe pas) terrifiantes. Le film fait aussi preuve d’un symbolisme appuyé qui se justifie ici entièrement par le fait que la religion est justement affaire de symboles.

    Une histoire de foi redoutablement universelle empreint de l’implacable douleur d’un meurtre commis par innocence. Un double  prix d’interprétation à Cannes entièrement justifié tant les deux protagonistes semblent vivre et non jouer, que ce soit  la retenue pour l’une, la fougue pour l’autre, avec des regards pareillement enflammés par une foi (en l’amour, en Dieu) différente pour chacune. Bouleversant. Cinq ans après la palme d’or, ce film coproduit par les Dardenne méritait aussi son prix du scénario pour sa justesse et tant chaque seconde du film semble être « utile » (j’oserais même le comparer à un film policier dans lequel les preuves s’accumulent) et justifier son terrible dénouement. Mon second coup de cœur de cette sélection.

    Photo ci-dessus inthemoodforcannes.com, Cristian Mungiu et ses deux comédiennes lors de la conférence de presse de clôture du Festival de Cannes 2012

    Sortie en salles : le 21 novembre 2012

    3. « A royal affair » de Nikolaj Arcel

     

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    Là aussi, d’une certaine manière deux mondes s’affrontent et l’idée de faute causera la perte des protagonistes.

    « A royal affair » est l'histoire vraie d'un homme ordinaire qui gagne le cœur d'une reine et démarre une révolution. Centré sur le triangle amoureux constitué par Christian VII (Mikkel Folsgaard), roi cyclothymique et débauché, l'idéaliste Struensee ( Mads Mikkelsen), médecin imprégné de la pensée des Lumières, et la jeune reine Caroline Mathilde (Alicia Vikander), Royal Affair relate l'épopée d'idéalistes audacieux qui, vingt ans avant la révolution française, risquèrent tout pour imposer des mesures en faveur du peuple. »

    Il faut d’abord souligner qu’il s’agit là d’un première long-métrage, ce dont on ne se douterait pas à première vue tant l’écriture, la photographie, la direction d’acteurs et la réalisation sont maitrisées.

    Ce film sous-titré « Une passion secrète qui changea à jamais l’avenir d’une nation » est passionnant et à plus d’un titre. Il débute comme un conte de fée, une jeune princesse anglaise va épouser le roi du Danemark et devenir reine mais la santé mentale fragile de son époux, sa vie de débauche et les complots de cour vont rapidement le transformer en intrigue politique, historique et amoureuse passionnante et nous plonger dans cet épisode historique bien connu des Danois et méconnu du reste du monde.

    Le réalisateur a eu la bonne idée de traiter de manière contemporaine un fait historique, d’abord parce que Struensee était lui-même avant-gardiste et visionnaire en faisant appliquer les idées des philosophes des Lumières bien avant la Révolution française.

     Le film est porté par une musique inspirée ( comme souvent lorsqu’elle est signée Gabriel Yared), une photographie qui passe rapidement des couleurs lumineuses d’une vie idéalisée à celles plus grisâtres des réalités de la cour, et l’interprétation remarquable du trio –Mikkel Boefolsgaard qui interprète le roi Cristian VIII a obtenu le prix d’interprétation au Festival de Berlin 2012 et il faut dire qu’il est bluffant dans le rôle de ce roi débauché, égocentrique, manipulable et finalement surtout fragile et plus touchant qu’il n’en a l’air- et face à lui, Mads Mikkelsen qui incarne à merveille le charisme et le mystère de cette figure illustre et Alicia Vikander parfaite dans le rôle de cette reine qui gagne peu à peu en autorité, force et détermination.   Ce sont les relations de ce trio et l’évolution de ces personnages qui rendent ce film passionnant avec quelques scènes magistrales comme celle lors de laquelle l’un d’entre eux monte à l’échafaud. Un premier film passionnant, historique et moderne, romanesque et instructif, étonnamment maitrisé.  

    Sortie en salles : le 21 novembre 2012

     4.« La chasse » de Thomas Vinterberg

     Ce film a apparemment bouleversé grand nombre de jurées (et est donc le sérieux prétendant au prix Elle face aux « Bêtes du sud sauvage »). Il repose avant tout sur l’incroyable prestation de Mads Mikkelsen (oui, celui-là même qui joue Struensee dans « A royal affair ») couronnée du prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes. Le film tourne en effet entièrement autour de son personnage principal avec lequel nous sommes d’emblée en empathie, ce qui fait que certains autres personnages sont parfois moins nuancés (d’emblée persuadés de son innocence ou au contraire de sa culpabilité). Il est donc ici à nouveau question de l’idée de faute, de crime même, et d’homme broyé par le groupe.

     " Après un divorce difficile, Lucas (Mads Mikkelsen), quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s'applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s'illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l'hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité. » 

    Le mensonge peut-il s’incarner dans l’innocence ? Quelle place donner à la parole de l’enfant, ici sacralisée ?  Quatorze ans après le cruel et magistral « Festen » qui révélait le passé pédophile d’un père d’une rare abjection, Vinterberg traite d’un sujet similaire avec un film qui en est quasiment le contraire puisque, ici, à l’inverse, c’est l’innocent qui passe pour coupable.

     Le sujet a déjà été traité maintes fois au cinéma et on songe évidemment au film de Cayatte « Les risques du métier ». Si celui-ci ne présente pas d’originalité particulière, il n’en est pas moins une démonstration implacable (comme le film de Mungiu) de la violence du groupe se transformant en meute, le chasseur qu’est aussi Lucas devenant l’homme traqué, l’homme à abattre.

     Si la tension est présente du début à la fin, elle doit beaucoup et surtout à l’interprétation nuancée et magistrale de Mads Mikkelsen (prix d'interprétation du Festival de Cannes 2012), un homme qui reste digne bien que broyé par le mensonge et la rumeur.

    Mads Mikkelsen lors de la conférence de presse de clôture du Festival de Cannes 2012 - Photo inthemoodforcannes.com

    Sortie en salles : le 14 novembre 2012

    5.    « Trois mondes » de Catherine Corsini

    A nouveau ce sont ici des mondes qui se confrontent, se rencontrent, c’est même le sujet du film. Trois mondes incarnés par Al, Juliette et Véra. Il est là encore question de faute, de pardon, de rédemption, et de la relativité du bien et du mal ( comme dans le film de Mungiu).

    « Al (Raphaël Personnaz) est un jeune homme d’origine modeste à qui tout réussit : il se marie dans huit jours avec la fille de son patron et doit prendre la tête de l'entreprise de son futur beau-père. Une nuit, après une soirée arrosée à fêter dignement tous ces projets d’avenir, il renverse un inconnu. Poussé par ses deux amis d’enfance, il abandonne le blessé et s’enfuit. De son balcon, Juliette (Clotilde Hesme) a tout vu. Hantée par l’accident, elle va aider Véra (Arta Dobroshi), la femme du blessé, à retrouver l’homme qu’elle a vu fuir. »

    Dans « Partir » déjà, Catherine Corsini confrontait des mondes qui n’auraient pas dû se rencontrer, c’est cette fois le sujet au centre de ce nouveau long-métrage. Dès les premières secondes, Catherine Corsini place son film sous le signe de l’urgence et de la tension et du côté de Al. Le film oscille entre un cinéma à la Claude Sautet (mon cinéaste de prédilection, donc un compliment ) avec les scènes sous la pluie de rigueur qui rapprochent les personnages et, selon ses propres dires, de thrillers celle-ci citant Hitchcock ou James Gray dont la principale qualité est justement de savoir mêler thriller et histoire d’amour.

    Catherine Corsini ne choisit finalement ni l’une ni l’autre, ce qui laisse une impression d’inachevé (mais, après tout, à l’image de ces mondes qui n’achèveront pas la rencontre forcée et entamée). Le film n’en reste pas moins palpitant mais inégal dans les mondes qu’il relate : dommage que les personnages moldaves n’échappent pas aux clichés, elle semble ici avoir plus d’attachement pour le personnage de Al sur lequel commence et se termine le film, et tirer un constat pessimiste puisque chacun, finalement, restera dans son monde.

     De cette confrontation l’un d’eux, bien que détruit, aura peut-être juste gagné en liberté. Là encore, le film est porté par ses interprètes principaux : Raphaël Personaz qui, par l’intensité de son jeu, et sa présence magnétique, me fait penser à Alain Delon ; Arta Dobroshi (inoubliable dans « Le silence de Lorna » des Dardenne) et Clothilde Hesme, écartelé entre deux mondes mais, comme toujours, très juste.

    Un film que je vous recommande malgré ses criantes invraisemblances scénaristiques (Al se rend à l’hôpital auprès de celui qu’il a renversé risquant d’être démasqué; Juliette a une liaison brève avec Al qui tombe dans ses bras, sans doute réunis par la violence de ce qu’ils ont vécu, mais elle est quand même enceinte et lui sur le point de se marier; Juliette qui ne travaille pourtant pas pour les services secrets retrouve Al miraculeusement en en disposant que du numéro de sa plaque d’immatriculation)

    Je serai plus brève sur les deux films suivants.

    6.    « Populaire » de Régis Roinsard

    « Printemps 1958. Rose Pamphyle (Déborah François), 21 ans, vit avec son père, veuf bourru qui tient le bazar d’un petit village normand. Elle doit épouser le fils du garagiste et est promise au destin d’une femme au foyer docile et appliquée. Mais Rose ne veut pas de cette vie. Elle part pour Lisieux où Louis Echard (Romain Duris), 36 ans, patron charismatique d’un cabinet d’assurance, cherche une secrétaire. L’entretien d’embauche est un fiasco. Mais Rose a un don : elle tape à la machine à écrire à une vitesse vertigineuse. La jeune femme réveille malgré elle le sportif ambitieux qui sommeille en Louis… Si elle veut le poste, elle devra participer à des concours de vitesse dactylographique. Qu’importent les sacrifices qu’elle devra faire pour arriver au sommet, il s’improvise entraîneur et décrète qu’il fera d’elle la fille la plus rapide du pays, voire du monde ! Et l’amour du sport ne fait pas forcément bon ménage avec l’amour tout court… »

    De ce film au sujet improbable se dégage un charme joliment suranné qui doit beaucoup à la mise en scène très imprégné du cinéma des années 1950 et à ses brillantes références (clins d’œil à « Vertigo », influence de Demy etc) ainsi qu’ aux prestations de Déborah François et Romain Duris qui manient le second degré avec une dextérité admirable et qui sont d’une justesse irrésistible du début à la fin servis par de belles répliques et desservis par un scénario qui tourne en rond et incroyablement prévisible (c’est le concept même de la comédie romantique, me direz-vous, mais certaines tout de même savent nous réserver quelques surprises) et d’une naïveté, à la fois confondante et rafraîchissante.

     Le film repose sur leurs épaules car, pour le reste, j’avoue être restée à distance. Pour moi, un film doit reposer sur un besoin viscéral de raconter une histoire, de traiter d’un sujet… sans doute est-ici seulement l’envie de divertir (même si en filigrane, il est question de l’émancipation des femmes en cette fin des années 1950), ce n’est sans doute pas si mal mais pour moi pas suffisant.

    Je vous le recommanderais donc pour deux seules raisons, l’incroyable numéro d’acteurs de Romain Duris et Déborah François…et pour les nostalgiques des années 50, les décors étant particulièrement soignés et remarquables.  Une parenthèse légère (dans tous les sens du terme) et néanmoins rafraîchissante. Pourquoi pas…

    Sortie : le 28 novembre 2012

    7.  « Nous York » de Géraldine Nakache et Hervé Mimran

    Venons-en maintenant à l’unique véritable déception de cette sélection. J’en attendais peut-être trop de ce « Nous York » après avoir été si agréablement surprise par « Tout ce qui brille », film joyeux, rafraîchissant, pétillant, lumineux, d'une tendre drôlerie et justesse, intelligemment écrit et interprété. Si « Nous York » n’est pas une suite, il surfe indéniablement sur le succès du premier reprenant des personnages identiques.

    « Michaël (Manu  Payet), Nabil ( Nader Boussandel) et Sylvain (Baptiste Lecaplain), trois trentenaires de Nanterre, débarquent à New-York par surprise à l'occasion de l’anniversaire de Samia (Leïla Bekhti), leur amie d'enfance. C'est Gabrielle (Géraldine Nakache), elle aussi une amie de toujours qui a tout organisé. Les deux copines ont quitté leur cité depuis deux ans pour tenter leurs chances aux États-Unis. Samia est l'assistante personnelle d'une célèbre comédienne avec qui elle partage un sublime appartement. Gabrielle, quant à elle, travaille dans une maison de retraite où elle a lié une relation tendre avec Mme Hazan, une française placée ici par ses enfants.Transposés à New-York, les liens étroits tissés depuis toujours prennent un relief particulier, au rythme des péripéties de leur séjour, du quotidien new-yorkais des deux amies et de la découverte de la ville culte... ».

    Certes, la petite bande semble s’entendre à merveille et s’amuser à jouer, à découvrir New York mais en oublier un peu trop le « eux », le spectateur au seul profit du Nous. Certes le film contient de nombreux beaux plans (je dois même avouer que les comédies sont rarement aussi bien filmées) et que le regard émerveillé de Français débarquant aux Etats-Unis imprègne l’image et donne à New York des couleurs chatoyantes et parfois nouvelles.

     Pour le reste… j’ai eu l’impression d’un immense gâchis, que le talent d’écriture des deux auteurs s’est perdu dans une admiration béate pour New York, totalement hypnotisés et paralysés par cette beauté de d'acier tant de fois filmée, aussi par l’envie de filmer la ville en long, en large et en travers et de filmer leur bande d’amis en oubliant totalement le scénario et réduisant le film à une suite de saynètes sans réelle consistance entre situations convenues, prévisibles et parfois plans interminables et inutiles. Les personnages censés être trentenaires sont particulièrement enfantins (peut-être le reflet d’une génération qui essaie de prolonger l’enfance mais en tout cas contrairement à « Tout ce qui brille », je ne m’y suis pas reconnue).

    Je suis néanmoins moins sévère que les autres jurées (vous pouvez me croire), beaucoup ayant attribué la note de 0 au film et ayant considéré qu’il n’y avait que le « générique à sauver ».

    CONCLUSION

     7 films et un voyage dans autant d’univers passionnants malgré des thématiques communes (l’individu broyé par le groupe, la faute et le pardon, des mondes qui se confrontent et qui n’auraient jamais dû se rencontrer, la relativité du Bien et du Mal, l'innocence de l'enfance).

     Retrouvez bientôt ici mes critiques détaillées de chacun d’entre eux et rendez-vous le 22 octobre pour l’annonce du lauréat et la remise du prix (je peux d’ores et déjà vous dire qu’il ne s’agira pas de « Nous York », vous l’aurez compris.)  Les discussions avec les autres jurées ont été un réel plaisir. Si certaines d'entre elles passent par ici, je les invite à laisser un petit commentaire et leurs avis sur les films sélectionnés.

    Découvrez les 6 blogs inthemood: http://inthemoodlemag.com , http://inthemoodforfilmfestivals.com , http://www.inthemoodforcinema.com , http://www.inthemoodforcannes.com , http://www.inthemoodfordeauville.com , http://www.inthemoodforluxe.com et suivez-moi sur mes différents comptes twitter (le principal: @moodforcinema ).

  • Palmarès et compte-rendu de jurée au Festival International du film de Boulogne-Billancourt 2012

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    Ci-dessus, le jury blogueurs du Festival du Film de Boulogne-Billancourt 2012: Thomas Clément, Didier Allouch et moi-même.

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    Les lauréats du Festival International du Film de Boulogne-Billancourt 2012


    Exceptionnellement, vous aurez constaté que ce blog a été délaissé ces derniers jours pour cause de Festival du Film de Boulogne-Billancourt où j’ai eu le plaisir d’être membre du jury présidé par le journaliste Didier Allouch et également composé du blogueur-animateur des Tomcasts Thomas Clément.

    « La Philosophie de ce Festival est de privilégier tout ce qui fait aimer la vie » avait ainsi déclaré Claude Pinoteau, le Président d’honneur de ce festival, dans son édito. Cette édition y est indéniablement parvenue. Il y va des bons festivals comme des beaux voyages : j’en reviens joyeusement nostalgique et gaiement exténuée, la tête pleine de belles rencontres, avec l’irrépressible envie de reprendre un billet immédiatement, malheureusement si rien n’empêche de repartir en voyage, il me faudra attendre une année pour repartir au Festival de Boulogne-Billancourt. Comme pour un voyage, l’atmosphère dépend principalement des organisateurs et des accompagnateurs et dans les deux cas les conditions étaient idéales. Un festival convivial comme ceux qui prennent de l’ampleur n’arrivent parfois pas à le rester. Cette 13ème  (ou 14ème ? Je ne sais plus vraiment…) expérience de jurée, quelques jours après avoir été membre du jury de la critique du Festival du Film Asiatique de Deauville 2012,  restera ainsi parmi les plus agréables. Quand le cynisme est tristement à la mode, c’était finalement une gageure d’organiser un festival qui a pour slogan « le festival qui souffle positif ».

    Boulogne-Billancourt était la ville idéale pour un festival de cinéma puisque dans ses studios ont été tournés plus de 500 films parmi lesquels des chefs d’œuvre comme « Le dernier métro » de François Truffaut et des films dont vous pouvez d’ailleurs retrouver des critiques ici : « Borsalino » de Jacques Deray, « Ridicule » de Patrice Leconte…ou « César et Rosalie » de Claude Sautet. La boucle est bouclée puisque son cinéma avait pour objectif de « faire aimer la vie », à l’image du festival de Boulogne-Billancourt donc. Et s’il vous manque encore une raison de venir au festival, sachez que les recettes, cette année, étaient reversées au profit du fonds de dotation Bernard Giraudeau ( qui aident les malades du cancer et leurs familles), une finalité généreuse pour un festival qui l’est tout autant.

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    Tout a commencé par la projection en avant-première du « Prénom », l’adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, également réalisateurs du film,  une pièce qui a connu un grand succès au Théâtre Edouard VII : pas moins de 250 représentations !

    Vincent (Patrick Bruel), la quarantaine, va être père pour la première fois. Cela s’annonce comme un dîner convivial comme un autre, celui organisé chez Élisabeth (Valérie Benguigui) et  Pierre (Charles Berling), sa sœur et son beau-frère. Il y retrouve également Claude (Guillaume de Tonquedec, photo ci-dessus), un ami d’enfance.
    En attendant l’arrivée d’Anna (Julie El Zein, photo ci-dessus), sa jeune épouse en retard, on le presse de questions sur sa future paternité dans la bonne humeur générale... jusqu’à ce qu’il donne, fièrement, le prénom choisi pour l’enfant à naître. Sa réponse plonge la famille dans la stupéfaction, et engendre le chaos.

    Le casting est identique à celui de la pièce à l'exception de Charles Berling, qui incarne Pierre, le beau-frère de Vincent, reprenant ainsi le rôle interprété par Jean-Michel Dupuis.

    Adapter une pièce de théâtre constitue toujours un défi qui consiste à ne pas tomber dans l’écueil et la facilité du théâtre filmé. La scène d’introduction qui présente les personnages et qui reprend la voix off déjà utilisée dans la pièce instaure un rythme haletant, un ton incisif et rompt avec l’unité de lieu. Evidemment le sujet fait d’emblée songer à « Carnage » (la pièce de Yasmina Reza adaptée récemment par Roman Polanski). Finalement dans les deux cas, une histoire de mots qui font éclater une vérité blessante et qui révèlent des maux enfouis et des frustrations. Dans « Carnage » un enfant en blessait un autre au visage et lors de la déclaration destinée aux assurances,  le père du « coupable » demandait à remplacer le terme «armé » d’un bâton par celui de « muni ».

      Polanski ne s’était pas contenté de filmer une pièce de théâtre mais avait proposé une vraie mise en scène signifiante avec un cadrage, parfois étouffant, par une manière de placer sa caméra dans l’espace et de diviser cet espace au gré des clans qui se forment, par des gros plans ou des plongées ou contre-plongées qui révèlent toute la laideur de ses personnages. Si la mise en scène du « Prénom » n’est pas aussi inspirée, elle n’en est pas statique pour autant. Et tandis que dans « Carnage », tout n’est qu’amertume et cynisme, chacun n’agissant que sous un seul diktat, celui de l’égoïsme censé régir la vie de chacun, dans « Le prénom », il s’agit d’autre chose…

    « Le Prénom » devient en effet finalement un révélateur qui va faire ressurgir les rancœurs de chacun. Celui-ci étant souvent un indice social ou même politique, il va faire éclater les préjugés sociaux et politiques que même des amis peuvent avoir entre eux et que Vincent prend plaisir à exagérer, par provocation. Les masques tombent alors. Dommage que celui de Vincent ne tombe jamais vraiment (son personnage et le film y auraient gagné en épaisseur) et que son arrogance et sa provocation ne soient là que pour faire tomber ceux des autres qui finalement n’en révèleront d’ailleurs pas beaucoup plus sur leurs réelles personnalités que ce que leur catégorisation initiale laissait supposer sur celles-ci, si ce ne sont quelques secrets. « Le Prénom » n’en est pas moins une satire sociale réjouissante aux dialogues ciselés qui, à n’en pas douter, déplaira à ceux qui fustigent le politiquement correct et en argueront plutôt que de s’y reconnaître.

     Mention spéciale à Valérie Benguigui absolument irrésistible même si sa diatribe de femme/sœur/enfant mal aimée casse le rythme du film. Bruel est parfait en vieil enfant gâté, agent immobilier provocateur, sûr de lui, arrogant. Il avait déjà prouvé dans « Un secret » de Claude Miller à quel point il pouvait l’être. A défaut d’être un très grand film (ce qu’il n’a d’ailleurs pas la prétention d’être), « Le Prénom » est un très bon divertissement, gentiment cruel, d’une ironie finalement tendre malgré sa causticité à voir a fortiori en cette période électorale dont il vous divertira tout en jouant avec les codes politiques et sociaux auxquels celle-ci nous cantonne parfois.

    Mais Boulogne-Billancourt c’est avant tout et surtout une compétition, cinq films très différents avec pour point commun de « souffler positif », cinq films parmi lesquels nous avions la lourde et passionnante tâche de décerner les prix du meilleur réalisateur, du meilleur acteur et de la meilleure actrice tandis que le jury jeunes présidé par la comédienne Zoé Félix devait décerner le prix du meilleur film. Si les sujets étaient parfois sombres : maladie d’Alzheimer, solitude, perte de l’innocence, conflit-israélo palestinien en arrière-plan, ou même invasion nazie, les cinéastes en compétition, par la légèreté, la folie poétique, la lumière, la musique cherchaient avant tout à donner de l’espoir. Cinq histoires dans lesquelles les personnages partaient en quête d’un autre ou d’eux-mêmes. Pour ne rien dévoiler de nos délibérations, je n’évoquerai donc que les films primés, de manière moins exhaustive que d’habitude.

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    Nous avons attribué le prix de la meilleure actrice à la jeune comédienne Lou de Laâge (photo ci-dessus) pour le film « Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer » de Thomas Bardinet, ce dont je me réjouis d’autant plus qu’elle irradiait déjà dans le très beau premier film de Frédéric Louf « J’aime regarder les filles » dont je vous ai parlé à maintes reprises (dont vous pouvez également retrouver ma critique ici ainsi que l’interview du réalisateur et de l’acteur principal). Dans ce film, elle interprète Natacha, comédienne au théâtre comme dans la vie. C’est le début des vacances et le cœur de Nino balance entre cette dernière rencontrée dans le train et la délicieuse Nathalie qu’il connaît depuis toujours. Celle-ci refuse que «l’homme de sa vie» s’éloigne d’elle aussi inexorablement que son enfance… Ce film possède toute la fraîcheur, l’innocence et la violence mêlées de l’adolescence, toute la fragilité aussi. Le réalisateur Thomas Bardinet a fait de ce qui aurait pu être un défaut une force : du manque de moyens (il occupe tous les postes du film et a tourné sans équipe technique), de la photographie parfois très sombre émane la sensation de voir une adolescence telle qu’elle est dans le souvenir, au milieu d’une sorte de brouillard qui, à la fois, l’idéalise et la radicalise, comme dans un conte. Le décor est parfois inexistant tout comme les parents le sont d’ailleurs (nous ne voyons jamais leurs visages) pour laisser la part belle au jeu, aux visages des jeunes interprètes qui interprètent un texte volontairement très écrit, de manière un peu théâtrale, comme dans les films de Rohmer, référence assumée, le ton rappelant fortement ses contes moraux. Si toute la distribution est remarquable, Lou de Laâge est indéniablement au-dessus du lot et confirme la révélation de « J’aime regarder les filles » tant elle dévore l’écran. Située dans les années 50 l’intrigue a un caractère intemporel, presque anachronique. Les métaphores parfois un peu simplistes comme le papillon de la fin pour signifier le passage à l’âge adulte, au lieu de faire tomber le film dans la mièvrerie lui donne une jolie candeur parfaitement assumée, mélange de gravité et de légèreté propre à cet âge. Un réalisateur à suivre qui a su sublimer ses jeunes interprètes et tirer profit des limites budgétaires. Pour moi, la plus belle et rafraîchissante surprise de ce festival…et, rassurez-vous, il ne s’agit pas là d’un énième biopic comme son titre pourrait le laisser croire, Nino Ferrer n’étant là que comme une référence musicale et judicieuse pour établir un parallèle avec l’adolescence du jeune Nino.

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    Pour le prix du meilleur acteur, il nous a été impossible de départager Mehdi Dehbi et Jules Sitruk (photo ci-dessus) dans « Le Fils de l’autre » de Lorraine Lévy. Alors qu’il s’apprête à intégrer l’armée israélienne pour effectuer son service militaire, Joseph (Jules Sitruk) découvre qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents et qu’il a été échangé à la naissance avec Yacine (Mehid Dehbi), l’enfant d’une famille palestinienne de Cisjordanie. La vie de ces deux familles est brutalement bouleversée par cette révélation qui les oblige à reconsidérer leurs identités respectives, leurs valeurs et leurs convictions. Si, comme moi, vous avez vu « La folle histoire de Simon Eskenazy » (La suite de « L’homme est une femme comme les autres » de Jean-Jacques Zilberman), vous n’avez pas pu oublier Mehdi Dehbi qui y interprétait avec pudeur et nuance un jeune travesti alors que son rôle aurait pu facilement tomber dans la caricature et la vulgarité. Dans « Le fils de l’autre », il porte un message plein d’espoir, celui d’une réconciliation a priori impossible que sa personnalité faîte de deux identités réunit. Son jeu est d’une sensibilité, d’une justesse, d’un magnétisme tellement éclatants, au-delà du message, qu’il nous était impossible de ne pas le primer. Face à lui, Jules Sitruk (que vous avez découvert dans « Monsieur Batignole » il y a quelques années) fait également preuve d’une belle maturité et présence et d’une émotion communicative. Malgré un trop grand nombre d’ellipses, des réactions parfois un peu trop édulcorées des personnages, la réalisation appliquée, la photographie particulièrement soignée  portent un message d’espoir apaisant et, espérons-le, pas seulement utopique, dans une zone qui en a bien besoin. Ce film efficace et émouvant plein de bienveillance sur la quête d’identité et de la réconciliation avec soi et « l’autre » que Lorraine Lévy revendique comme « idéologique » et non « politique » a également reçu le prix du public.

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    C’est à un film espagnol que nous avons choisi d’attribuer le prix du meilleur réalisateur (et que le jury jeunes présidé par Zoé Félix a choisi d’attribuer le prix du meilleur film ex-æquo) : « Crebinsky » de Enrique Otero. Enfants, les deux frères Feodor et Mijail et leur vache Muchka sont emportés par des pluies torrentielles vers un coin perdu de la côte. Isolés du monde, ils grandissent au pied d’un phare.. Aujourd’hui adultes, ils survivent en récupérant les objets venus de la mer, « las crebas » et vivent dans leur propre univers imaginaire. Si ce film a remporté les suffrages des deux jurys, c’est notamment parce que c’est celui qui possède l’univers le plus marqué, et qui témoigne le plus d’un vrai parti pris, d’un point de vue et d’un regard de cinéaste. Enrique Otero assume ses multiples références : à Chaplin, Jeunet, Kusturica…des références à la hauteur desquels il est évidemment difficile d’arriver mais de ce film se dégage un charme burlesque, une folie poétique, une singularité loufoques incontestables… Un cinéaste à suivre !

    Enfin, nous avons choisi d’attribuer une mention spéciale au film australien « Lou » de Belinda Cheyko (ce film a également reçu le prix du meilleur film du jury jeunes). Aussi rapidement que le père de Lou sort de sa vie, son grand-père y fait irruption en semant le désordre dans la petite maison que Lou partage avec sa jeune maman et ses deux soeurs. Doyle, le grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer, confond Lou avec sa propre femme. En entrant dans son drôle de jeu, Lou croit pouvoir utiliser Doyle contra sa mère. Sans s’y attendre, elle découvre ce que c’est qu’être aimée. D’un sujet qui aurait pu être scabreux, Belinda Cheyko, par une mise en scène d’une étonnante maîtrise et sensibilité pour un premier film, signe un film lumineux, tendre, plein de délicatesse, un nouveau départ plein d’espoir porté également par la jeune Lily Bell-Tindley parfaitement dirigée à l’image des autres enfants du film.

    En clôture du festival, était projeté « Indian palace » de John Madden (son nouveau film après « The Debt »), une comédie romantique qui met en scène des retraités britanniques qui partent en Inde car la vie y est moins chère avec pour destination le Marigold Hotel. Porté par une sublime photographie, malgré un rythme inégal et des lacunes scénaristiques, la qualité de la distribution, le regard bienveillant porté sur l’Inde, la causticité des dialogues, la manière de considérer les personnes âgées (et de considérer qu’elles ont un avenir et ne sont pas condamnées à attendre la fin), en font là aussi un divertissement de qualité, idéal pour terminer ce festival sur une note à son image : optimiste.

     N’oublions pas non plus la projection de « Sur la piste du Marsupilami » dont je vous parlerai ultérieurement en détails, film réalisé par Alain Chabat dont là aussi la drôlerie des saynètes qui s’y succèdent et la qualité de la distribution font oublier les potentielles lacunes scénaristiques. Une mention spéciale à Lambert Wilson pour l’humour sur lui-même dont il y fait preuve (pour une scène qui à elle seule vaut le déplacement) et à Alain Chabat pour le débat avec les enfants qui a suivi au moins aussi drôle et tendre que le film.

     

    Le festival projetait également « La vie est belle », la fable tragique, inoubliable et éloquente, la démonstration brillante et implacable par l’absurde de toute la folie humaine signée Roberto Benigni dont vous pouvez retrouver ma critique complète en cliquant ici.

    Ce festival possède décidément tous les pouvoirs et en plus de « souffler » positif, souffle aussi un peu de magie puisque, comme Woody Allen dans « La rose pourpre du Caire », il permet aux acteurs de sortir de l’écran et nous rejoindre. J’ai donc eu le plaisir de remettre leurs prix sur scène à Jules Sitruk et Mehdi Dehbi…en espérant vraiment que ce prix qu’ils méritent amplement leur portera bonheur pour la suite.

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    Photo ci-dessus et ci-dessous, copyright Patrick Monin

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    Vous l’aurez compris, le Festival International du Film de Boulogne-Billancourt est un évènement plein de bienveillance à l’image des films projetés qui nous donne le privilège de découvrir de nouveaux talents. Résultat : malgré un soleil insolent plusieurs projections ont affiché complet.

    Un grand merci à mes collègues jurés, Thomas Clément et Didier Allouch, pour leur charmante compagnie, à Brigitte Fossey, marraine du festival, et à Zoé Félix pour leurs lumineuses présences, et à Caroline Mitchell, à sa petite et non moins compétente et sympathique équipe pour leur très chaleureux accueil. Merci à Delphine Rouiller de m’avoir permis d’utiliser ici les photos du festival.

    Pour en savoir plus : le site officiel du Festival du Film de Boulogne-Billancourt, sa page Facebook, son compte twitter.

    Prochain festival à suivre en direct sur mes blogs : le 65ème Festival de Cannes du 16 au 27 mai (sur http://inthemoodlemag.com , http://www.inthemoodforcinema.com

    http://www.inthemoodforcannes.com ).

     

    Palmarès du Festival International du Film de Boulogne-Billancourt  2012

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    > Prix du Public : Le Fils de l'Autre de Lorraine Levy
    > Meilleur film ex-aequo : Crebinsky de Enrique Otero, et Lou de Belinda Chayko
    > Meilleur réalisateur : Enrique Otero pour Crebinsky
    > Meilleure actrice : Lou de Lââge pour Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer
    > Meilleur acteur ex-aequo : Jules Sitruck et Medhi Dehbi pour Le fils de l'Autre

    Lien permanent Imprimer Catégories : EVENEMENTS CINEMATOGRAPHIQUES DIVERS Pin it! 2 commentaires
  • Festival International des Jeunes réalisateurs de Saint Jean de Luz 2011 : palmarès et compte-rendu

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    Samedi dernier s’est achevée la 16ème édition du Festival des Jeunes Réalisateurs de Saint Jean de Luz que j’ai eu le plaisir d’être invitée à découvrir. Un festival qui, au fil des années, a gagné en notoriété mais n’a rien perdu de la convivialité caractéristique des débuts d’un festival qui s’éclipse parfois au fil des ans. Comme son nom l’indique, le principe du festival est de ne projeter que des films de jeunes réalisateurs, jeunes non pas forcément en âge mais dans leur carrière de réalisateurs de longs-métrages puisque le festival ne projette que des premiers et des deuxièmes films.

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     J’ai vu tous les films de la sélection, à savoir 10 films en compétition, 2 avant-premières hors compétition et 8 courts-métrages en compétition…même si j’en avais déjà vu certains comme « En secret » et « On the ice » déjà en compétition du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville, preuve de la qualité de la sélection (la qualité de la compétition de ce dernier Festival du Cinéma Américain ayant été, comme chaque année ou presque, remarquable).

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     Un festival qui remplit pleinement ses objectifs, celui de découvrir des talents et d’être un lieu d’échanges (après chaque projection se tient un débat avec l’équipe du film animé avec enthousiasme par Patrick Fabre, le délégué général du festival) au cinéma Le Sélect, à deux pas de la rue principale et du charmant port de Saint Jean de Luz… Un festival qui a l’humilité de mettre en avant les cinéastes qu’il présente et non ses organisateurs (ce n’est pas le cas partout…).

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     Découvrir un festival et même si je ne compte plus le nombre de ceux que j’ai déjà parcourus ou auxquels j’ai participés, cela reste toujours un plaisir et c’est aussi découvrir ses codes (et c’est d’autant plus agréable lorsqu’un festival est aussi accessible) et ses incontournables comme Claude Pinoteau et Georges Lautner qui y ont même leurs fauteuils attitrés, semble-t-il présents et assidus chaque année….et on les comprend !

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    Ce festival propose des films très divers, avec néanmoins pour points communs cette année, autre celui d’être des premiers et seconds films, de mettre en scène des personnages, souvent de femmes fortes et courageuses,  enfermés dans une réalité oppressante (guerre, absence de logement, dictature, deuil, solitude) qui trouvent finalement une lueur d’espoir dans l’évasion, sous diverses formes. Des films souvent très lumineux pour mettre en scène des sujets graves.

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    Ci-dessus, le jury lors de l'ouverture et ci-dessous lors de la clôture

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    C’est Mélanie Laurent qui a fait l’ouverture du festival avec « Les Adoptés », également en compétition, qui a reçu le prix du jury et le prix du public, 10 ans après avoir été elle-même membre du jury du festival. L’histoire d’une famille de femmes unies par un bel et fragile équilibre qui se rompra quand l’une d’entre elles tombera amoureuse. Elles n’auront pas le temps de le reconstruire, un drame frappant l’une d’elles qui se retrouve dans le coma. Il faudra alors vivre avec l’absence et le manque, s’adopter (il s’agit bien évidemment ici d’une adoption symbolique), tisser des liens nouveaux, un nouvel équilibre peut-être encore plus fort car soudé par le drame… Mélanie Laurent a "le malheur" d’être polyvalente : elle chante (avec talent), joue, réalise, et a même présenté la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, ce qui est forcément mal vu dans un pays où on souhaite mettre dans  des cases mais ce qui montre surtout qu’elle est une artiste à part entière, guidée par le désir de créer. Elle dit que ce sont avant tout les idées de mise en scène qui l’ont conduite à réaliser ce film, et c’est ce qui en fait la grande qualité et la faiblesse. La réalisation est sensible, inspirée, et témoigne d’un vrai regard de cinéaste, très influencée par le cinéma indépendant américain. Elle fait alterner humour et larmes, et une réalisation lumineuse, portée par des comédiens de talent malheureusement encore peu connus (Marie Denarnaud et Denis Ménochet) à tel point que Mélanie Laurent qui ne souhaitait pas jouer au préalable à dû s’y résoudre pour que le film puisse être monté, qui vient contrebalancer la dureté du sujet, le tout porté par la douceur des Nocturnes de Chopin. Un film lumineux et tendre sur un sujet grave, qui n’échappe pas à quelques longueurs mais en tout cas très prometteur pour la suite. Peut-être le fait que le sujet ne soit pas personnel explique-t-il que ce petit plus  qui rende un film marquant et poignant lui fasse défaut. Mélanie Laurent a également eu la bonne idée de tourner à Lyon sans que le lieu soit pour autant clairement identifiable, sa caméra étant principalement centrée sur ses acteurs principaux, leurs émotions. « On fait des films pour soi avec des équipes, avec des acteurs mais aussi pour le public. Et pour moi donc c’est le plus beau des prix » a-t-elle déclaré en recevant son prix du public.

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    Mon vrai coup de cœur du festival est signé Thierry Binisti, s’intitule « Une bouteille à la mer » et a reçu le prix du meilleur film (Chistera d’or), adapté du roman de Valérie Zenatti « Une bouteille à la mer de Gaza ». C’est l’histoire de Tal  (Agathe Bonitzer), une jeune Française installée à Jérusalem avec sa famille. A dix-sept ans, elle a l’âge des premières fois : premier amour, première cigarette, premier piercing. Et premier attentat, aussi. Après l’explosion d’un kamikaze dans un café de son quartier, elle écrit une lettre à un Palestinien imaginaire où elle exprime ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Elle glisse la lettre dans une bouteille qu’elle confie à son frère pour qu’il la jette à la mer, près de Gaza, où il fait son service militaire. Quelques semaines plus tard, Tal reçoit une réponse d’un mystérieux « Gazaman » (Mahmoud Shalaby)…..  Sujet sensible pour un film qui l’est tout autant. Cela commence par le fracas d’une bombe et s’achève par une lumière d’espoir. Thierry Binisti ne tombe jamais dans l’angélisme ni la diabolisation de l’un ou l’autre côté du mur. Il les montre au contraire si différents mais si semblables dans leurs craintes et leurs aspirations, et dans l’absurdité de ce qu’ils vivent. Film épistolaire d’un genre nouveau, il nous fait tour à tour épouser le point de vue de l’un puis de l’autre. Une poignante histoire d’amour mais surtout un vibrant hymne à la tolérance et à la paix qui m’a fait verser une petite larme. Agathe Bonitzer épouse parfaitement la belle maturité de son jeune personnage et face à elle Mahmoud Shalaby est bouleversant. Ce film sortira en salles le 28 décembre. Je vous en reparlerai plus longuement d’ici là.

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    Autre grand vainqueur de ce festival, « Bullhead » dont l’acteur principal Matthias Schoenaerts est reparti avec un prix d’interprétation et dont le réalisateur Michael R.Roskam a également été récompensé du Chistera du meilleur réalisateur. Un film qui a le mérite de ne pas laisser indifférent. Jacky est issu d'une importante famille d'agriculteurs et d'engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d'hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent… Pour moi, c’est un peu l’imposture de ce festival. Si le prix d’interprétation était amplement mérité, Matthias Schoenarts faisant passer dans son regard toute l’inhumanité apparente, et l’humanité meurtrie de son personnage, en revanche la réalisation relève davantage de l’exercice de style pour film de fin d’études, le réalisateur insistant avec beaucoup de lourdeur sur l’animalité du personnage soulignée encore par la mise en scène en long, en large et en travers sans parler des personnages qui rivalisent de bêtise et de violence, que le réalisateur tente de dédramatiser par un humour noir (ou plutôt obscur).

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    Dommage quand d’autres films auraient mérité de figurer au palmarès comme « Louise Wimmer », le grand oublié du jury signé Cyril Mennegun. « Insoumise et révoltée, Louise Wimmer a tout perdu. Armée de sa voiture et de la voix de Nina Simone, elle va tout faire pour reconquérir sa vie. » nous dit le synopsis. Louise Wimmer c’est une femme comme il y en a tant d’autres, que nous croisons sans le savoir, qui se drapent dans leur fierté pour dissimuler leurs malheurs. Son histoire se déroule par bribes mais reste heureusement elliptique pour conserver le caractère universel du sujet, ce qui donne encore plus de force au récit. Nous devinons qu’elle s’est retrouvée à la rue suite à une séparation, ce que tout son entourage ignore. Au lieu d’en faire une femme pitoyable, il en fait une femme noble et fière et même au départ un peu antipathique que le spectateur au fil du récit, accompagnant dans ses échecs révoltants, prend en empathie. Il est incompréhensible que Corinne Masiero n’ait pas eu le prix d’interprétation tant son visage âpre marqué par la vie qui en devient beau tant Cyril Mennegun la filme avec justesse, empathie, et dignité, dévore l’écran, nous happe, tant elle donne corps et âme à cette femme qui ressemble à la fois à tant d’autres et aucune autre qui dort dans sa voiture dans l’attente de son logement social. Je partage l’émotion qui a submergé le délégué général du festival quand il a dû interviewer le réalisateur et son actrice juste après la projection. Une belle leçon d’humanité (mais qui, surtout ne se donne pas des airs de leçon ). Sans oublier la musique de Nina Simone symbole de liberté et d’emprisonnement aussi puisque c’est la seule musique qu’elle peut écouter, symbole de sa pauvreté. Cyril Mennegun est avant tout réalisateur de documentaires (notamment de « Tahar  l’étudiant », portrait de Tahar Rahim qui sera d’ailleurs l’acteur principal de son prochain film comme il l’a révélé à Saint Jean de Luz) et son expérience nourrit prodigieusement son film qui a de troublants accents de réalisme, sa caméra ne quittant pas cette femme. Un film plein de vie, de violence dramatiquement quotidienne aussi, empreint d’un regard jamais complaisant. Cyril Mennegun a ainsi raconté que c'est après avoir croisé, lors du tournage d'un documentaire, une femme qui s'appelait Corinne et vivait dans sa voiture, mais qu'il n'a "jamais pu filmer" et qu'il a "perdu assez vite", qu'est née l'idée du film, une histoire semble-t-il aussi proche de ce qu’a pu vivre la comédienne (que Cyril Mennegun dit avoir découverte dans un téléfilm diffusé un soir à la télévision). "Ce film est empreint de ce qu'elle est » a-t-il ainsi déclaré. On la retrouvera bien heureusement prochainement dans le prochain film de Jacques Audiard.

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    Egalement en compétition, deux films dont je vous parlais précédemment, déjà évoqués dans mon compte rendu du Festival du Cinéma Américain de Deauville, « On the ice » et « En secret », deux films en apparence très différents mais qui, d’une certaine manière, montrent des adolescents qui étouffent et suffoquent . Dans « En secret » de l’Iranienne Maryam Keshawarz, Atafeh et sa meilleure amie Shireen fréquentent les soirées branchées du Téhéran underground. Elles essayent de profiter au mieux de leur jeunesse quand Mehran, le frère et complice d’Atafeh, devient membre de la police des mœurs. Alors qu’il désapprouve sévèrement leur besoin de liberté, Mehran tombe amoureux de Shireen. Ses sentiments vont vite tourner à l’obsession et mettre à l’épreuve l’amitié des jeunes filles.  « En secret » a reçu le prix du public du dernier Festival de Sundance. Le film montre  ce qui devrait être la légèreté de la jeunesse mais qui est étouffée par le poids l’intégrisme, dont la seule lueur d’espoir semble être dans la fuite, là où le bonheur semble être condamné au secret. La jeune et talentueuse actrice Sarah Kazemy, présente à Saint Jean de Luz a ainsi expliqué que si elle retournait en Iran, elle ne pourrait sans doute plus en sortir. Bouleversant témoignage sur un Etat qui oppresse la jeunesse, toute tentative de pensée libre, tout désir et qui scrute les moindres et faits et gestes (omniprésence des caméras dans la sphère privée et publique). Si le style est parfois rpesque « clipesque », le sujet habilement traité en fait presque un documentaire sur une réalité qui nie l’individu, où faire la fête ou doubler des films américains, ou s’aimer, est considéré comme subversif, condamnable. Un film courageux et nécessaire.

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    C’est aussi à Téhéran que nous emmènent Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi dans « Poulet aux prunes », mais un tout autre Téhéran, d’abord nous sommes en 1958 et ensuite l’atmosphère est ici celle du conte enchanté et enchanteur.Depuis que son violon tant aimé a été brisé, Nasser Ali Khan, un des plus célèbres musiciens de son époque, a perdu le goût de vivre. Ne trouvant aucun instrument digne de le remplacer, il décide de se mettre au lit et d'attendre la mort. En espérant qu'elle vienne, il s'enfonce dans de profondes rêveries aussi mélancoliques que joyeuse, qui, tout à la fois, le ramènent à sa jeunesse, le conduisent à parler à Azraël, l'ange de la mort, et nous révèlent l'avenir de ses enfants... Au fur et à mesure que s'assemblent les pièces de ce puzzle, apparaît le secret bouleversant de sa vie : une magnifique histoire d'amour qui a nourri son génie et sa musique... Mélancolique, poétique, nostalgique, « Poulet aux prunes » mêle habilement les genres, les techniques, les émotions. La musique y est une bouleversante réminiscence du passé. Dommage comme l’ont souligné quelques personnes dans le public que le titre ne fasse pas honneur à la poésie mélancolique et lumineuse qui émane de ce film, même s’il témoigne d’un moment clé du film (et est aussi le titre de la bd dont il s’inspire). Dommage que le jury ait préféré, pour le prix du meilleur réalisateur, la violence et l’esbroufe de « Bullhead » plutôt que ce film qui traite  d’un sujet tragique avec poésie, sans mièvrerie, avec une construction habile et des comédiens réjouissants. Quel plaisir de voir Edouard Baër dans le rôle de l’Ange de la mort ou de retrouver Maria de Medeiros!  Le tout au son envoûtant des sanglots longs des violons.

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    La déception, et d’ailleurs l’unique déception, de la sélection est venue du film « De force » de Frank Henry, une déception d’autant plus grande qu’au casting figure Isabelle Adjani qui a joué dans tant de chefs d’œuvre et reste sans doute la plus grande comédienne française. Alors comment a-t-elle pu accepter (et même être emballée à en croire le réalisateur) un film aussi invraisemblable et ennuyeux (le comble pour un film qui se veut de divertissement pur). Du casting (improbable rôle d’Anne Consigny), au scénario (pas crédible une seconde, qui ne nous tient jamais en haleine et aligne les invraisemblances) même jusqu’au son (paroles parfois incompréhensibles d’Eric Cantona), la déception est totale pour un film dont le synopsis et le casting était pourtant si prometteurs.

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    A contrario, « Forces spéciales » de Stéphane Rybojad, le film de clôture, n’est peut-être pas un grand film mais il remplit pleinement sa mission de divertissement. Afghanistan. Elsa Casanova, grand reporter, est prise en otage par les talibans. Devant l’imminence de son exécution, une unité des Forces Spéciales est envoyée pour la libérer. Dans des paysages à la fois hostiles et magnifiques, une poursuite impitoyable s’engage alors entre ses ex-ravisseurs qui n’entendent pas laisser leur proie leur échapper et ce groupe de soldats qui, au péril de leur vie, n’ont qu’un objectif : la ramener vivante. Entre cette femme de caractère et ces hommes de devoir, contraints d’affronter ensemble les pires dangers, vont se nouer des liens affectifs, violents, intimes…

    Surtout le débat qui a suivi le film s’est révélé passionnant et, a postériori, a donné encore plus d’intérêt au film. Raphael Personnaz a ainsi raconté comment il s’était réellement entraîné auprès des forces spéciales, et le réalisateur é évoqué ses précédents reportages (notamment pour « Envoyé spécial ») qui ont nourri ce film tourné dans des conditions particulièrement difficiles (au Tadjikistan). Il avait d’ailleurs déjà tourné un documentaire sur les « Forces spéciales ».

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    Egalement hors compétition « JC comme Jésus Christ » de Jonathan Zaccaï, farce très drôle sur le milieu du cinéma dans laquelle Vincent Lacoste interprète un jeune réalisateur prodige qui a obtenu la palme d’or à 15 ans et dont, à 17 ans, le seul vrai problème est de passer le bac.  Dommage que cela se réduise à une farce justement, relevant plus d’une suite de sketchs que du scénario construit et surtout que le milieu du cinéma y soit traité uniquement comme une vaste imposture dépourvue de toute passion ou intelligence, et regardé avec un certain mépris… A prendre au 36ème degré donc et à voir  pour d’Elsa Zylberstein qui se moque d’elle-même, semble-t-il avec beaucoup de plaisir.

    Côté compétition de courts-métrages, c’est l’humour cruel et dévastateur qui l’a emporté avec « Aime-moi » de David Courtil. Dommage que mon favori « Alexis Ivanovitch vous êtes mon héros » de Guillaume Gouix déjà favori à Cabourg soit à nouveau reparti sans récompenses. « Alex et Cerise s’aiment d’un amour joyeux. Un jour, Alex est agressé devant Cerise et la peur l’empêche de réagir. Alors que Cerise fait de cette histoire une simple anecdote, Alex la vit comme une réelle humiliation. Et si son amour-propre le faisait passer à côté du bonheur. » Le fait que Guillaume Gouix soit acteur n’est sûrement pas étranger au jeu des comédiens qui résonne ici si juste (Swann Arlaud est réellement remarquable et me fait aussi penser à cette phrase de Pierre Duculot à propos de son actrice principale lors du festival de Cabourg « la beauté des filles ordinaires qui ne le sont pas », Swann Arnaud a ainsi la beauté d’un garçon ordinaire dont Guillaume Gouix révèle la belle fragilité, cela confirme d’ailleurs au passage le talent de découvreur d’acteurs de Jean-Pierre Améris puisque, Swann Arlaud, comme Pierre Niney, dont je vous parlais  lors de la sortie de « J’aime regarder les filles » jouait dans « Les Emotifs anonymes », son dernier film.) Guillaume Gouix arrive à rendre particulièrement touchant ce personnage radieux et joyeusement désinvolte qui, en une fraction seconde, blessé dans son orgueil, va tout remettre en question, découvrant ne pas être le héros qu’il aurait aimé être aux yeux de son amoureuse. Ce film recèle de ces instants de vérité dont parle si souvent Lelouch ( même si ce court-métrage n’a rien d’un Lelouch) qui auraient à eux seuls valu une récompense à ce film très juste et sensible.

    Quoiqu’il en soit, un festival avec une programmation de belle qualité avec un objectif louable, celui de permettre de découvrir les talents de demain, le tout dans un cadre particulièrement agréable que je connaissais certes déjà mais que j’ai redécouvert avec plaisir. A noter également : l’accueil particulièrement chaleureux de l’équipe du festival. Je vous le recommande et en attendant n’oubliez pas d’aller voir « Une bouteille à la mer », le 28 décembre.

     Pour en savoir plus : http://www.fijr-sj.com

    Retrouvez également prochainement quelques conseils gastronomiques et touristiques à Saint Jean de Luz sur mon blog http://www.inthemoodforluxe.com .

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    Concert de musique de films sur la place Louis XIV le jour de la clôture

     

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    Ci-dessus, les très expressives et originales photos de Maxime Bruno exposées dans le hall du Sélect. A découvrir également les photos de Christophe Brachet, l'autre photographe du festival.

     

    PALMARES COMPLET DU FESTIVAL

    CHISTERA du Meilleur Réalisateur parrainé par CINE +

     Michaël R. ROSKAM pour le film « Bullhead» (Belgique)

     CHISTERA du Meilleur Film parrainé par France BLEU

    « Une bouteille à la mer » de Thierry BENISTI (France)

     CHISTERA de la Meilleure Interprétation Féminine

    Sandra HULLER dans « L’amour et rien d’autre » de Jan SCHOMBURG (Allemagne)

    CHISTERA de la Meilleure Interprétation Masculine parrainé par JOACASINO

     Matthias SCHOENAERTS dans «Bullhead » de Michaël R. ROSKAM (Belgique)

     CHISTERA DU PUBLIC

    « Les adoptés » de Mélanie LAURENT (France)

     CHISTERA DU JURY DES JEUNES parrainé par ALLIANZ

    « Les adoptés » de Mélanie LAURENT (France)

      CHISTERA DU JURY DU COURT-METRAGE parrainé par Suez-GDF

     « L’accordeur » de Olivier Treiner (France)

       CHISTERA DU PUBLIC DU COURT-METRAGE

     « Aime-moi » de David Courtil (France)