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IN THE MOOD FOR CINEMA

  • Lauréate du Prix de la nouvelle Alain Spiess 2020

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    Quelle joie d'apprendre que je suis lauréate du Prix de la nouvelle Alain Spiess ! Merci à son prestigieux jury !

    Ma nouvelle (inédite, écrite pour le concours) intitulée "Les âmes romanesques" sera publiée dans un recueil avec les nouvelles des deux autres lauréats.

    Cette nouvelle sera également lue par un comédien lors de la remise des prix, le 21 novembre, à midi, à la bibliothèque de Trouville.

    La conférence de presse parisienne aura lieu le 23 octobre.

    Le jury était composé de :

    - Tahar Ben Jelloun de l’Académie Goncourt, romancier et peintre

    - Françoise Spiess, écrivaine et fondatrice du prix

    - Anita Weber, inspectrice générale honoraire de la Culture

    - Véronique Jacob, éditrice

    - Lola Gruber, écrivaine et lauréate du Prix Alain Spiess 2019

    - Geneviève Damas, écrivaine, comédienne et metteure en scène

    - François Emmanuel de l’Académie royale de Belgique.

    - Frank Lanot, écrivain.

    - Vincent Blin professeur de Lettres

    - Michel Lederer, traducteur.

    - Jean-Luc Vincent, comédien.

    - Emmanuelle Lambert, écrivaine et commissaire d'exposition indépendante, prix Médicis 2019

    Le thème du concours lancé en mai dernier était "Trouville et le confinement."

    Le prix Alain Spiess récompense aussi un deuxième roman et donne lieu à deux jours à Trouville autour de la littérature en présence des finalistes et lauréats. Je suis invitée à participer à ces deux jours. Je vous donnerai prochainement le programme détaillé. Au plaisir de vous y voir !

     

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  • A nouveau en lice pour le Grand Prix du Court de Short Edition

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    Voici à nouveau une de mes nouvelles sélectionnée par Short Édition.

    Ma nouvelle "La complainte des regrets" est en effet en lice pour le Grand Prix du Court de Short Édition Automne 2020, à lire ici :

    https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/la-complainte-des-regrets

    - Ma nouvelle "La mélodie de l'âme" (qui vous emmène sur l'île de Corfou) était en lice pour le Grand Prix du Court Été 2020 :

    https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/la-melodie-de-lame

    -J'avais par ailleurs remporté le Grand Prix du Court de Short Édition Printemps 2020 (sélection du jury) avec ma nouvelle intitulée "L'homme au gant" (inspirée du tableau éponyme et qui vous emmènera au Jardin du Palais Royal, au Louvre et à l'Académie Française), à lire ici :

    https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lhomme-au-gant).

    En complément, quelques textes parmi d'autres :

    .Des nouvelles :

    -Ma nouvelle inédite "Un rendez-vous cinématographique" publiée cet été par Les éditions du 38, une nouvelle qui se déroule dans le cadre du Festival de Cannes et qui pourrait être la 17ème de mon recueil de 16 nouvelles sur le cinéma "Les illusions parallèles" : https://www.editionsdu38.com/special-gratuit/un-rendez-vous-cin%C3%A9matographique/

    -Le recueil "Les illusions parallèles" (publié en 2016 par Les Éditions du 38), chacune des 16 nouvelles du recueil a pour cadre un festival de cinéma différent : https://www.editionsdu38.com/fiction-contemporaine/romans/les-illusions-parall%C3%A8les/ (actuellement les frais de port vous sont offerts pour toute commande directe sur le site de mon éditeur).

    - Ma nouvelle "La voleuse de rêves" (récemment traduite en néerlandais) sélectionnée par l'Institut Curie et Short Édition suite à l’appel à textes sur le cancer lancé l’an passé avec pour condition de s’exprimer autour de cette citation ,

    « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. » À lire ici et également disponible dans les distributeurs Short Édition :

    https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-voleuse-de-reves-2

    - "Une bouteille à la mer", ma nouvelle lauréate du concours Nouveaux talents des Éditions J'ai Lu présente dans le recueil "Sur un malentendu, tout devient possible" avec celles des 10 autres lauréats ( Éditions J'ai Lu, 2019) :

    https://livre.fnac.com/a13706952/Collectif-Sur-un-malentendu-tout-devient-possible

    - Ma nouvelle "Faits divers" présente sur le site Short Édition (prix du jury) et aussi présente dans un des recueils de Short Édition et dans les distributeurs Short Édition :

    https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/faits-divers-10

    -Ma nouvelle "L'être romanesque", prix du jury, aussi présente dans un des recueils de Short Édition et dans les distributeurs Short Édition, en accès libre ici :

    https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-etre-romanesque

    - Et de nombreuses autres nouvelles en accès libre sur ma page auteure Short Édition comme les récentes nouvelles "L'impasse des ombres" (https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/limpasse-des-ombres) et "L'air suffisant" (https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lair-suffisant)

    .Des romans :

    -Mon premier roman "L'amor dans l'âme" (publié en 2016 par Les Éditions du 38, actuellement les frais de port vous sont offerts pour toute commande directe sur le site de mon éditeur) :

    https://www.editionsdu38.com/fiction-contemporaine/l-amor-dans-l-%C3%A2me/

    -Mon roman "Les Embrasés"  que je vous invite à lire puis à commenter sur Amazon, ici :

    https://www.amazon.fr/Embras%C3%A9s-Sandra-M%C3%A9zi%C3%A8re/dp/B08CMYCJRD

    ...et bientôt d'autres textes inédits.

    Pour en savoir plus sur Short Édition :

    Vous pouvez retrouver les distributeurs de Short Édition un peu partout en France et à l'étranger dans des entreprises, gares, hôpitaux etc et même dans le café de Francis Ford Coppola à San Francisco, "parrain" américain de Short Édition à sa demande, le cinéaste ayant eu un coup de cœur pour les distributeurs. Short Édition propose en effet des nouvelles dans ses distributeurs et sur son site (qui compte 408000 lecteurs abonnés) mais publie aussi des recueils papier de nouvelles. Vous pouvez ainsi retrouver deux de mes nouvelles lauréates de leurs concours dans leurs recueils. Et plusieurs de mes nouvelles dans des magazines ou dans leurs distributeurs, certaines aussi à l'étranger ainsi traduites en anglais, allemand et néerlandais.

     

    Bonne(s) lecture(s) !

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  • Critique - LE CERCLE ROUGE de Jean-Pierre Melville (de retour en salles le 4 novembre 2020)

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    Le retour en salles, le 4 novembre prochain, du chef-d'oeuvre de Melville, "Le cercle rouge"(1970) (grâce à Carlotta et Studio Canal, dans sa version restaurée 4K inédite, est pour moi l'excellent prétexte pour vous en parler en espérant ainsi vous donner envie de le (re)découvrir ainsi que les autres films de Melville parmi lesquels "Le Samouraï" (1967) et "L'armée des ombres"(1969) dont je vous parle aussi ci-dessous au gré de quelques (nombreuses) digressions.
     
    Synopsis : Le commissaire Matteï (Bourvil) de la brigade criminelle est chargé de convoyer Vogel (Gian Maria Volonte), un détenu. Ce dernier parvient à s’enfuir et demeure introuvable malgré l’importance des moyens déployés. Au même moment, à Marseille, Corey (Alain Delon), à la veille de sa libération de prison, reçoit dans sa cellule la visite d’un gardien venu lui proposer une « affaire ». Alors que Corey gagne Paris, par hasard, Vogel se cache dans le coffre de la voiture. Corey et Vogel montent alors ensemble l’affaire proposée par le gardien : le cambriolage d’une bijouterie de la Place Vendôme. Ils s’adjoignent ensuite les services d’un tireur d’élite : Jansen (Yves Montand), un ancien policier, rongé par l’alcool.
     
    Dès la phrase d’exergue, le film est placé sous le sceau de la noirceur et de la fatalité :  "Çakyamuni le Solitaire, dit Siderta Gautama le Sage, dit le Bouddha, se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit :  Quand des hommes, même s'ils l’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents, au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge ."
     
    Comment ne pas établir un parallèle avec le debut du "Samourai" dans lequel Melville parvient là aussi d'emblée à nous captiver et plonger dans son atmosphère, celle d’un film hommage aux polars américains… Le premier plan met en scène le Samouraï, à peine perceptible, fumant, allongé sur son lit, à la droite de l’écran, dans une pièce morne dans laquelle le seul signe de vie est le pépiement d’un oiseau, un bouvreuil.
     
    La chambre, presque carcérale, est grisâtre, ascétique et spartiate, avec en son centre la cage de l’oiseau, le seul signe d’humanité dans cette pièce morte (tout comme le commissaire Mattei dans « Le Cercle rouge » a ses chats pour seuls amis).  Jef Costello est un homme presque invisible, même dans la sphère privée, comme son « métier » exige qu’il le soit. Le temps s’étire. Sur l’écran s’inscrit « Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle…peut-être… » ( une phrase censée provenir du « Bushido, le livre des Samouraï » et en fait inventée par Melville). Un début là aussi placé sous le sceau de la noirceur et de la fatalité.
     
    Même parallèle avec le début de "L'armée des ombres". Dès le premier plan, on éprouve là aussi cette sensation d’étirement du temps. La place est d’abord vide puis on entend les bruits de bottes hors champ puis on distingue les soldats allemands qui arrivent vers nous. C’est un plan fixe. Puis vient le générique mais le décor est alors gris et il pleut abondamment. L’atmosphère, sombre, pluvieuse, est déjà plantée. Le récit lui-même est claustrophobique, enfermé sur lui-même et semble sans issue. Ainsi, en effet, le film commence par une trahison et par le meurtre de celui qui a donné un résistant et il s’achève par l’exécution « nécessaire » de Mathilde (la Résistante incarnée par Simone Signoret) par ses propres compagnons. Le film commence à l’Arc de triomphe et s’achève à l’Arc de triomphe. Par ailleurs, les deux indices temporels sont ceux du début, le 20 octobre 1942 et de la fin, le 23 février 1943, un peu moins d’une année qui enferme le récit et les personnages dans leurs tragiques destins. Un sentiment oppressant se dégage du film et pas même les panneaux de la fin ne viendront le démentir puisqu’ils nous annoncent la mort de tous les protagonistes, le plus souvent torturés et exécutés. Ils nous renvoient ainsi au défilé militaire du début et ce qui s’est passé entre les deux semble n’y avoir rien changé, ce qui exacerbe encore l’horreur vaine des actes commis.
     
    Dans "Le cercle rouge", c’est cette fatalité qui fera se rencontrer Corey et Vogel puis Jansen et qui les conduira là aussi tous les trois à la mort « réunis dans le cercle rouge ». Ce cercle rouge réunit aussi policiers et gangsters, Mattei ressemblant à bien des égards davantage à ces derniers qu’à l’inspecteur général qu'il est censé être pour qui les hommes sont « tous coupables ».
     
    Dès le début, le film joue sur la confusion : le feu rouge grillé par la police, les deux hommes (Vogel et Matteï) qui rentrent en silence dans la cabine de train, habités par la même solitude, et dont on ne découvre que plus tard que l’un est policier et l’autre un prévenu. Il n’y a plus de gangsters et de policiers. Juste des hommes. Coupables. Matteï comme ceux qu’ils traquent sont des hommes seuls. À deux reprises, il nous est montré avec ses chats qu’il materne tandis que Jansen a pour seule compagnie «  les habitants du placard », des animaux hostiles que l’alcool lui fait imaginer. Tous sont prisonniers. Prisonniers d’une vie de solitude. Prisonniers d’intérieurs qui les étouffent. Jansen qui vit dans un appartement carcéral avec son papier peint rayé et ses valises en guise de placards. Matteï dont l’appartement ne nous est jamais montré avec une ouverture sur l’extérieur. Ou Corey qui, de la prison, passe à son appartement devenu un lieu hostile et étranger. Prisonniers ou gangsters, ils subissent le même enfermement. Ils sont avant tout prisonniers du cercle du destin qui les réunira dans sa logique. Implacable. Des hommes seuls et uniquement des hommes, les femmes étant celles qui les ont abandonnés et qui ne sont plus que des photos d’une époque révolue (que ce soit Corey qui jette les photos que le greffe lui rend ou Matteï dont on aperçoit les photos de celle dont on imagine qu’elle fut sa femme, chez lui, dans un cadre).
     
    Dans "L'armée des ombres", c'était déjà là aussi un univers sombre, cruel, sordide qui nous était dépeint, rappelant l’univers de gangsters que Melville s’attache habituellement à filmer que ce soit dans "Le Doulos,", "le Samouraï" ou "Le deuxième souffle" etc.
     
    Les hommes de la Résistance sont là aussi plongés dans ce « cercle rouge », ce « cercle de la mort où les hommes se retrouvent tous un jour. Dans « Le Doulos », « Le Deuxième souffle » et même dans une autre mesure « L’armée des ombres », on retrouve toujours chez Melville cet univers sombre et cruel, et ces personnages solitaires qui firent dirent à certains, à propos de « L’armée des ombres » qu’il réalisait un « film de gangsters sous couverture historique » … à moins que ses « films de gangsters » n’aient été à l’inverse le moyen d’évoquer cette idée de clandestinité qu’il avait connue sous la Résistance. Dans les  films précédant « L’armée des ombres » comme « Le Samouraï », Melville se serait donc abrité derrière des intrigues policières comme il s’abritait derrière ses indéfectibles lunettes, pour éviter de raconter ce qui lui était le plus intime : la fidélité à la parole donnée, les codes qui régissent les individus vivant en communauté. Les mêmes acteurs jouent d d'ailleurs dans ses deux « catégories » de films, encore faudrait-il y voir deux catégories distinctes car les points communs foisonnent. Ainsi Paul Meurisse et Lino Ventura étaient déjà à l’affiche du "Deuxième souffle" et Serge Reggiani avait interprété un rôle dans l"e Doulos". Par ailleurs, les poursuites rappellent celles entre policiers et truands. Ainsi, certaines scènes de "L’armée des ombres", sorties de leur contexte pourraient très bien figurer dans un film policier notamment lorsque Félix (Paul Crauchet) est arrêté dans une rue tranquille puis encadré et entraîné brutalement par deux hommes surgis de nulle part vers une voiture qui démarre en trombe. La chambre où le traître est exécuté rappelle ainsi celle de Costello/Delon dans "Le Samouraï". Leur allure vestimentaire rappelle également celle des gangsters, notamment le chapeau qu’arbore la plupart du temps les Résistants du film et qui renvoie au fameux chapeau de Costello dans "Le Samouraï". Gangsters et Résistants sont obsédés par le secret et les uns et les autres ont bien souvent une double vie.
     
    Les personnages vivent ici aussi dans la clandestinité afin de pouvoir réaliser leur objectif qui est de libérer la France tout comme ils vivent en clandestinité quand ils sont dans l’illégalité. Enfin, les protagonistes de ces deux types de films sont également soumis à la solitude, à l’angoisse, au danger. Dans "L'Armée des ombres", les Résistants ne sont pas des jeunes aventuriers intrépides comme on l’a souvent vu au cinéma. Melville casse délibérément cette image. Il montre des combattants de l’ombre dans leur quotidien. Ils se cachent, fuient, attendent dans un silence quasi absolu. On les voit douter des leurs convictions et parfois poussés par la peur à trahir, trahison qui engendre une exécution par la suite. On retrouve également l’influence du cinéma américain de ce cinéaste qui était un grand admirateur de Wyler. Melville rend même explicitement hommage au cinéma américain en reprenant le son du "Coup de l’escalier" dans la scène de l’ambulance où Mathilde vient sauver Félix. Ce son saccadé, haché, semble faire écho aux battements de cœur des Résistants que nous imaginons derrière leur impassibilité de façade. Ils martèlent aussi le temps qui passe et l’étirement des secondes dont chacune d’entre elles peut être décisive ou fatale. Tout comme le montrera ensuite Louis Malle avec le controversé Lacombe Lucien, la frontière entre le traître et le héros, l’homme de loi et le hors la loi, est bien fragile, surtout à cette époque troublée au cours de laquelle Melville nous montre ainsi qu’elle devait parfois être franchie, ainsi le nécessitait le passage de la lumière à l’ombre pour ensuite revenir à une autre lumière, celle de la Libération.
     
    Comme dans « L’armée des ombres », dans « Le Samouraï » déjà la claustrophobie psychique des personnages se reflète dans les lieux de l’action et est renforcée d’une part par le silence, le secret qui entoure cette action et d’autre part par les «couleurs », terme d’ailleurs inadéquat puisqu’elles sont ici aussi souvent proches du noir et blanc et de l’obscurité.
     
    Le film est en effet auréolé d’une lumière grisonnante, froide, lumière de la nuit, des rues éteintes, de ces autres ombres condamnées à la clandestinité pour agir.
     
    Le scénario du "Samouraï" comme celii du "Cercle rouge" sert magistralement la précision de la mise en scène avec ses personnages solitaires, voire anonymes. C’est ainsi « le commissaire », fantastique personnage de François Périer en  flic odieux prêt à tout pour satisfaire son instinct de chasseur de loup (Costello est ainsi comparé à un loup) aux méthodes parfois douteuses qui fait songer à Mattei et à son « tous coupables » dans « Le Cercle rouge ». C’est encore « La pianiste » (même si on connaît son prénom, Valérie) et Jane semble n’exister que par rapport à Costello et à travers lui dont on ne saura jamais s’il l’aime en retour. Personnages prisonniers d’une vie ou d’intérieurs qui les étouffent comme dans « Le cercle rouge ».
     
    Avec "Le Samouraï', film noir, polar exemplaire, Meville avait inventé un genre, le film melvillien avec ses personnages solitaires portés à leur paroxysme, un style épuré d’une beauté rigoureuse et froide et surtout il avait déjà donné à Alain Delon l’un de ses rôles les plus marquants, finalement peut-être pas si éloigné de ce samouraï charismatique, mystérieux, élégant et mélancolique au regard bleu acier, brutal et d’une tristesse presque attendrissante, et dont le seul vrai ami est un oiseau. Rôle en tout cas essentiel dans sa carrière que celui de ce Costello auquel Delon lui-même fera un clin d’oeil dans « Le Battant ». Melville, Delon, Costello, trois noms devenus indissociables au-delà de la fiction.
     
    Évidemment, ce film ne serait sans doute pas devenu un chef d’œuvre sans la présence d’Alain Delon qui parvient à rendre attachant ce personnage de tueur à gages froid, mystérieux, silencieux, élégant dont le regard, l’espace d’un instant face à la pianiste, exprime une forme de détresse, de gratitude, de regret, de mélancolie pour ensuite redevenir sec et brutal. N’en reste pourtant que l’image d’un loup solitaire impassible d’une tristesse déchirante, un personnage quasiment irréel (Melville s’amuse d’ailleurs avec la vraisemblance comme lorsqu’il tire sans vraiment dégainer) transformant l’archétype de son personnage en mythe, celui du fameux (anti)héros melvillien.
     
    De même déjà dans "Le Samouraï", le plan du début et celui de la fin se répondaient ainsi ingénieusement : deux solitudes qui se font face, deux atmosphères aussi, celle grisâtre de la chambre de Costello, celle, plus lumineuse, de la boîte de jazz mais finalement deux prisons auxquelles sont condamnés ces êtres solitaires qui se sont croisés l’espace d’un instant.  Une danse de regards avec la mort qui semble annoncée dès le premier plan, dès le titre et la phrase d’exergue là aussi comme dans "Le Cercle rouge". Une fin cruelle, magnifique, tragique (les spectateurs quittent d’ailleurs le « théâtre » du crime comme les spectateurs d’une pièce ou d’une tragédie) qui éclaire ce personnage si sombre qui se comporte alors comme un samouraï sans que l’on sache si c’est par sens du devoir, de l’honneur…ou par un sursaut d’humanité.
     
    Dans "Le cercle rouge" avec une économie de mots (la longue -25 minutes- haletante et impressionnante scène du cambriolage se déroule ainsi sans qu’une parole ne soit échangée), grâce à une mise en scène brillante, Melville signe là aussi un polar d’une noirceur, d’une intensité, d’une sobriété rarement égalées.
     
    Le casting, impeccable, donne au film une dimension supplémentaire : Delon en gangster désabusé et hiératique (dont c’est le seul film avec Melville dont le titre ne le désigne pas directement, après « Le Samouraï » et avant « Un flic »), Montand en ex-flic rongé par l’alcool, et  Bourvil, mort peu de temps après le tournage, avant la sortie du film (même s’il tourna ensuite « Le mur de l’Atlantique »), est ici bouleversant dans ce contre-emploi, selon moi son meilleur deuxième rôle dramatique avec « Le Miroir à deux faces ».  Ce sont pourtant d’autres acteurs qui étaient initialement prévus : Lino Ventura pour Le commissaire Matteï, Paul Meurisse pour Jansen et Jean-Paul Belmondo pour Vogel.
     
    La critique salua unanimement ce film qui fut aussi le plus grand succès de Melville dont il faut par ailleurs souligner qu’il est l’auteur du scénario original et de cette idée qu’il portait en lui depuis 20 ans, ce qui lui fit dire : « Ce film est de loin le plus difficile de ceux qu’ j’ai tournés, parce que j’en ai écrit toutes les péripéties et que je ne me suis pas fait de cadeau en l’écrivant. »
    En tout cas, il nous a fait un cadeau, celui de réunir pour la première et dernières fois de grands acteurs dans un « Cercle rouge » aux accents hawksiens, aussi sombre, fatal qu’inoubliable. À (re)voir absolument de même que les autres films de Melville avec lesquels il forme une oeuvre dont chaque élément se fait brillamment écho.
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  • Programme du 46ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

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    Deauville à l'heure de la Croisette.png

    « Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films, il n’y a pas de temps mort. ».

    Pourquoi cette citation pour vous parler de ce 46ème Festival du Cinéma Américain de Deauville ? Parce que Truffaut avait raison, non ? Au cinéma, tout est plus harmonieux. Ou à l'inverse follement dissonant. Mais aussi trépidant. Exaltant. Passionné. Passionnant. Intense. Sans temps mort. La succession de films qu'est un festival de cinéma (et évidemment celui de Deauville) nous plonge a fortiori dans une bulle d'irréalité où la frontière avec la fiction devient si délicieusement et délictueusement étanche. Où tout semble possible, pensable, où même la fin semble soudain n'être qu'une chimère puisque le générique passé, les cœurs broyés recommencent à battre. Moins intensément que sur grand écran peut-être. Où la réalité se tait avant de reprendre son assourdissant tintamarre. Même si ces films sont aussi des miroirs de la société, à Deauville en particulier où les films en compétition reflètent une réalité souvent âpre, d'autant plus depuis la présidence Trump depuis laquelle inégalités et iniquités s'accroissent terriblement. Sans doute cette parenthèse enchantée est-elle la raison pour laquelle plus de 20 ans plus tard, je reste fidèle au rendez-vous de ce festival. Quoiqu'il advienne. Malgré les vicissitudes de l'existence. Le Festival de Deauville a en effet toujours été le repère insubmersible. Malgré le temps qui dévore tout. Mais heureusement pas les rêves d'enfance. Pas cette passion ardente pour le cinéma que les festivals ont exacerbé, au premier rang desquels celui-ci. 

    « Qu’on écrive un roman ou un scénario, on organise des rencontres, on vit avec des personnages ; c’est le même plaisir, le même travail, on intensifie la vie » écrivit encore Truffaut.

    Intensifier la vie. Pouvoir suave et ensorceleur de l’écriture. De la musique aussi. Et du cinéma. Et des festivals qui en sont la quintessence. Alors que se consumeront les derniers feux de l'été (fragiles, si précieux, plus intenses) débutera le Festival du Cinéma Américain de Deauville 2020 lors duquel nous pourrons nous autoriser à imaginer que cette frontière entre réalité et fiction, en cet endroit si ténue, comme dans « La rose pourpre du Caire », abdiquera devant nos yeux de rêveurs intarissables avides de romanesque. Ou comme dans "Inception" que nous manipulerons les rêves jusqu'à nous égarer dans ce savoureux dédale filmique dont nous serions à la fois scénaristes et protagonistes, démiurges et marionnettes, dans lequel rien ne semblerait impossible pour peu qu'on le rêve ardemment. Pourquoi ne pas se permettre de feindre de le croire le temps d'un festival ? De CE festival. Comme des enfants qui ignoreraient que tout, irrémédiablement, s'achève par un générique de fin, d'un implacable prosaïsme. Et faire ainsi nôtre cette phrase extraite du film d’ouverture de l'édition 2019 du festival : « Laissons la réalité à ceux qui ne trouvent pas mieux ». Oubliant ainsi que la toupie ( forcément !), à l'issue de ces 9 jours, cessera de tournoyer. Et nos illusions de rêves éternels avec.

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    Pour sa 46ème édition qui aura lieu du 4 au 13 septembre 2020, le Festival du Cinéma Américain de Deauville a décidé de se réinventer. En cette année dramatiquement exceptionnelle, marquée par une crise sanitaire que n'auraient osé imaginer les scénaristes hollywoodiens les plus inventifs ou à l'imagination la plus retorse, sans doute car comme disait Truffaut (encore lui !) "La vie a beaucoup plus d'imagination que nous", le Festival du Cinéma Américain de Deauville innove donc pour cette 46ème édition et se veut ainsi solidaire de l’industrie du cinéma mondial durement éprouvée.

    Au programme de cette édition, 100 films répartis en 13 catégories. « Ce sera le festival du cinéma américain mais aussi du cinéma tout court » a ainsi déclaré le Maire de Deauville, Philippe Augier. Ce sera en effet aussi le retour à la vie pour le cinéma, le Festival du Cinéma Américain de Deauville étant le deuxième festival de cinéma depuis la crise sanitaire (le Festival du Film Francophone d'Angoulême ouvrant le bal quelques jours plus tôt) à cause de laquelle de nombreux autres comme Cannes ou Beaune ont été annulés.

     

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    Le festival ouvre ainsi ses portes à deux des plus grands festivals internationaux de cinéma dont le déroulement, en France, a été perturbé : le Festival de Cannes et le Festival international du film d’animation d’Annecy. L’occasion pour le public de découvrir sur grand écran des films inédits dont il aura été privé.
     
     
     
    Vanessa Paradis présidente jury Deauville 2020.jpg
     
    Le jury sera présidé par la comédienne et chanteuse Vanessa Paradis, également égérie Chanel, partenaire officiel du festival. Bruno Barde a qualifié ce jury « d’ouvert et artistique ».
     

    Vanes­sa Para­dis sera entou­rée de :

    Yann Gon­za­lez (Réa­li­sa­teur & scé­na­riste)
    Zita Han­rot (Comé­dienne)
    Del­phine Hor­vil­leur (Auteure, confé­ren­cière & rab­bin)
    Vincent Lacoste (Comé­dien)
    Mou­nia Med­dour (Réa­li­sa­trice & scé­na­riste)
    Syl­vie Pia­lat (Pro­duc­trice)
    Bru­no Poda­ly­dès (Réa­li­sa­teur, scé­na­riste & comé­dien)
    Oxmo Puc­ci­no (Rap­peur)

    Le jury remet­tra lors de la céré­mo­nie du pal­ma­rès, same­di 12 sep­tembre, le Grand Prix et le Prix du jury.

     

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    La réalisatrice Rebecca Zlotowski présidera le jury Révélation.

     

    Rebec­ca Zlo­tows­ki sera entou­rée de :

    Lua­na Baj­ra­mi (Comé­dienne & réa­li­sa­trice)
    Mya Bol­laers (Comé­dienne)
    Arnaud Rebo­ti­ni (Auteur, com­po­si­teur, inter­prète & pro­duc­teur)
    Antoine Rei­nartz (Comé­dien)

    Le jury de la Révé­la­tion remet­tra lors de la céré­mo­nie du pal­ma­rès, same­di 12 sep­tembre, le Prix Fon­da­tion Louis Roe­de­rer de la Révé­la­tion.

    la porte s'ouvre.jpg

     
    Dans Le Point, le directeur du festival, Bruno Barde, annonçait ainsi un festival "aux dimensions pantagruéliques" avec une centaine de films au programme. Mais aussi un hommage au personnel soignant avec (parmi d'autres), La porte s'ouvre de Mankiewicz, Le Cirque infernal de Richard Brooks, et Le Secret magnifique de Douglas Sirk.
     
    "En cette année exceptionnelle, marquée par une crise sanitaire défiant l’imagination, Deauville se veut en effet solidaire du monde médical durement éprouvé, aux États-Unis comme en France, en lui rendant un hommage à travers la présentation de films et français et américains, dont les héros cinématographiques sont issus du personnel soignant: chirurgiens, chirurgiennes, doctoresses, docteurs… mais aussi infirmières, infirmiers, sages-femmes, aides-soignantes, aides-soignants. " Dans ce cadre seront ainsi projetés les films suivants :
     
    AMERICAN DOCTORS 
     
    5B de Paul Haggis & Dan Krauss  
    C’EST MA VIE APRES TOUT ! (Whose Life Is It Anyway?) de John Badham
    LA CITE DE LA JOIE (City of Joy) de Roland Joffé
    LA PORTE S’OUVRE (No Way Out) de Joseph L. Mankiewicz
    LE SECRET MAGNIFIQUE (Magnificent Obsession) de Douglas Sirk
    L’EVEIL (Awakenings) de Penny Marshall M.A.S.H. de Robert Altman
     
    FRENCH DOCTORS
     
    DE CHAQUE INSTANT de Nicolas Philibert
    JOURNAL D’UNE FEMME EN BLANC de Claude Autant-Lara  
    LA MALADIE DE SACHS de Michel Deville
    L’AMOUR D’UNE FEMME de Jean Grémillon
    PATIENTS de Grand Corps Malade & Mehdi Idir
    UN GRAND PATRON de Yves Ciampi 
    VOIR LE JOUR de Marion Lai
     

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    Pendant cette édition sera  aussi rendu un hommage à Kirk Douglas, légende d'Hollywood disparue cette année à l'âge de 103 ans dont la mythique silhouette avait foulé les planches de Deauville en 1999 (je m'en souviens encore...année mémorable du festival). Il honora ainsi deux fois Deauville de sa présence.  En 1978 pour un hom­mage et en 1999, en com­pa­gnie de son amie de tou­jours Lau­ren Bacall, pour pré­sen­ter Dia­monds de John Asher et rece­voir un Prix lit­té­raire pour son livre « En gra­vis­sant la mon­tagne ».

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    Dans ce cadre seront projetés les films suivants (je vous les recommande tous, vous pourrez notamment retrouver ma critique du film "Les Ensorcelés" à la fin de cet article) :
    NIMITZ, RETOUR VERS L’ENFER (The final Countdown) de Don Taylor (1980) 
    SEPT JOURS EN MAI (Seven days in May) de John Frankenheimer (1964)
    SEULS SONT LES INDOMPTES (Lonely are the braves) de David Miller (1962)
    SPARTACUS de Stanley Kubrick (1960)
    LES VIKINGS (The Vikings) de Richard Fleischer (1958)
    LES SENTIERS DE LA GLOIRE (Paths of Glory) de Stanley Kubrick (1957) 
    LA VIE PASSIONNEE DE VINCENT VAN GOGH (Lust for life) de Vincente Minnelli & George Cukor (1956) LES ENSORCELES (The bad and the beautiful) de Vincente Minnelli (1952)
    LA CAPTIVE AUX YEUX CLAIRS (The big sky) de Howard Hawks (1952)
    LE GOUFFRE AUX CHIMERES (Ace in the hole) de Billy Wilder (1951)
    LE CHAMPION (Champion) de Mark Robson (1949)
    LA GRIFFE DU PASSE (Out of the past) de Jacques Tourneur (1947)
     

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    Comme chaque année, le festival présentera des films classiques restaurés. Parmi eux, seront présentés :  
     
    LES TROIS JOURS DU CONDOR (Three Days of the Condor) de Sydney Pollack (1975)
    THE GAME de David Fincher (1997)
    TOTAL RECALL de Paul Verhoeven (1990)

     

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    Au programme de cette édition, la Croisette qui s'invite à Cannes avec dix films de Cannes et des films d'Annecy. 10 films sélectionnés parmi les 56 titres de la Sélection officielle du Festival de Cannes seront ainsi présentés en présence de Thierry Frémaux et de Pierre Lescure.

    Tous les publics pourront découvrir ces films sur grand écran, en présence de son délégué général Thierry Frémaux et de son président Pierre Lescure.

    Les films de Cannes irrigueront ainsi toutes les sections de cette édition 2020, conférant une teinte originale et cosmopolite à la programmation. De nombreuses équipes de films, pour une grande majorité française, seront présentes pour échanger avec le public. Pour les amoureux du cinéma d'outre-Atlantique, en dehors de cette sélection cannoise, le festival proposera, comme à son habitude, quelques 70 films américains. Et comme le dit Philippe Augier, Maire
    de Deauville, « Cette année, le festival de Deauville, c’est avant tout le rendez-vous du cinéma ».

    Le films de la sélection cannoise  présentés dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2020 : 

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    ADN de Maïwenn
    AMMONITE de Francis Lee
    DES HOMMES de Lucas Belvaux
    LES DEUX ALFRED de Bruno Podalydès
    A GOOD MAN de MarieCastille Mention-Schaar
    LAST WORDS de Jonathan Nossiter
    PENINSULA de Yeon Sang-ho
    ROUGE de Farid Bentoumi
    SLALOM de Charlène Favier
    TEDDY de Ludovic & Zoran Boukherma

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    Pour l’ouverture du festival qui se fera avec un film de la compétition, Bruno Barde a annoncé « un film qui rend heureux » : « Minari » de Lee Isaac Chung. Les organisateurs ont ainsi souhaité ouvrir ce fes­ti­val avec un film de la com­pé­ti­tion, afin d’affirmer celle-ci comme une prio­ri­té. Cette œuvre définie comme un film « aux accents for­diens » affirme leur « désir d’un ciné­ma exi­geant et popu­laire. »

    Pitch : « Une famille américaine d’origine sud-coréenne s’installe dans l’Arkansas où le père de famille veut devenir fermier. Son petit garçon devra s’habituer à cette nouvelle vie, et à la présence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connaissait pas. »

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    C’est cette même volon­té qui les a poussés à choi­sir en clô­ture Com­ment je suis deve­nu super-héros, film fran­çais en hom­mage aux héros mar­vel­liens (véri­table X‑Men à la fran­çaise) mais aus­si au ciné­ma amé­ri­cain dans sa veine fan­tas­tique. « Les deux films ont en com­mun de nous rendre heu­reux» ont précisé les organisateurs. Un film réalisé par Dou­glas Attal  avec Pio Mar­maï, Vima­la Pons, Benoît Poel­voorde, Leï­la Bekh­ti & Swann Arlaud. Une projection en pré­sence de l’équipe du film.

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    Ont également été annoncés les films de la compétition. Sur 14 films, 7 sont des premiers films et 8 sont des films de réalisatrices :

    FIRST COW de Kelly Reichardt GIANTS BEING LONELY de Grear Patterson - 1er film

    HOLLER de Nicole Riegel - 1er film

    KAJILLIONAIRE de Miranda July - sortie le 30 septembre

    LORELEI de Sabrina Doyle - 1er film

    LAST WORDS de Jonathan Nossiter - sortie le 21 octobre

    LOVE IS LOVE IS LOVE d‘Eleanor Coppola

    MINARI de Lee Isaac Chung

    SHIVA BABY d’Emma Seligman - 1er film

    SOPHIE JONES de Jessie Barr - 1er film

    SOUND OF METAL de Darius Marder - 1er film

    THE ASSISTANT de Kitty Green - 1er film

    THE VIOLENT HEART de Kerem Sanga

    UNCLE FRANK de Alan Ball - 2e film

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    Le film THE NEST de Sean Dur­kin, avec Jude Law, Car­rie Coon & Anne Reid rejoint la com­pé­ti­tion lors de la conférence du 18 août portant à 15 le nombre de films en compétition.

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    Le Prix du Festival de Deauville est remis chaque année à un cinéaste qui a franchi l’Atlantique pour réaliser un film aux Etats-Unis, matérialisant ainsi un pont franco-américain issu d’une longue tradition artistique.

    Après Jacques Audiard (Les Frères Sisters), Olivier Assayas (Cuban Network), c’est Barbet Schroeder qui sera honoré par la 46ème édition du Festival du Cinéma Américain de Deauville, non pas pour un film, mais pour l’ensemble de son oeuvre américaine.
    Comme le précise le communiqué de presse du festival, "La simple évocation de son nom fait surgir des images mythiques de la Nouvelle vague et des jeunes turcs des « Cahiers du cinéma ». Mais c’est aussi bien sûr aussi aux Films du Losange que l’on songe, société de production qu’il créé à 20 ans à peine pour produire les films d’Eric Rohmer et qui continue d’éclairer le paysage de la cinéphilie française aujourd’hui." A cette occasion, je vous propose ci-dessous la critique de L'avocat de la terreur de Barbet Schroeder.

     

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    Comme chaque année, des films seront présentés dans la section « Premières » :

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    BAD EDUCATION de Cory Finley

    COMMENT JE SUIS DEVENU SUPER-HEROS de Douglas Attal 

    CRITICAL THINKING de John Leguizamo

    DON’T TELL A SOUL de Alex McAulay

    RESISTANCE de Jonathan Jakubowicz

    SONS OF PHILADELPHIA (Sounds of Philadelphia) de Jérémie Guez

    THE PROFESSOR AND THE MADMAN de P.B. Shemran 

    WANDER de April Mullen

    WENDY de Benh Zeitlin

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    Comme chaque année également, la section "Les Docs de l'Oncle Sam" nous réservera certainement de belles découvertes de documentaires. Seront au programme : 


    BILLIE de James Erskine

    DEAUVILLE ET LE REVE AMERICAIN de Daphné Baiwir

    KIRK DOUGLAS, L’INDOMPTE de Hubert Attal

    KUBRICK PAR KUBRICK de Gregory Monro

    LEAP OF FAITH: WILLIAM FRIEDKIN ON “THE EXORCIST” d’Alexandre O. Philippe

    PIERRE & LESCURE de Maxime Switek & Philippe Lézin

    THE LAST HILLBILLY de Diane Sara Bouzgarrou & Thomas Jenkoe

    WEED AND WINE de Rebecca Richman Cohen
     

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    Lors de la cérémonie du palmarès du Festival du cinéma américain de Deauville, le Prix d’Ornano-Valenti 2020 sera officiellement remis par Jean-Guillaume d’Ornano, Président du jury du Prix d’Ornano-Valenti composé de journalistes anglo-saxons, au long métrage français : Slalom réalisé par Charlène Favier qui succédera ainsi aux Misérables de Ladj Ly.

    Synopsis : (Le film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020)

    Lyz, 15 ans, vient d'intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred, ex-champion et désormais entraîneur, décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Galvanisée par son soutien, Lyz s'investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès mais bascule rapidement sous l'emprise absolue de Fred.

    Comme annoncé en juin, le Festival international du film d'animation d'Annecy viendra à Deauville avec un programme jeunesse de trois films, afin de "retrouver la joie de projections sur grand écran, en public, où la magnificence des trois films présentés prendra tout son essor." Au tarif de 10 euros*, le pass Annecy donnera accès aux trois films sélectionnés suivants :

    CALAMITY de Rémi Chayé - Cristal d’or de l’édition 2020 - à partir de 6 ans

    LUPIN III de Takashi Yamazaki - à partir de 10 ans

    PETIT VAMPIRE de Joann Sfar - à partir de 6 ans

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    Pour les festivaliers amateurs de sensations fortes et de cinéma de genre, le Festival proposera également cette année le Pass Frissons. Pour un tarif exceptionnel de 10 euros, ils pourront découvrir en avant-première les films suivants :

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    PENINSULA de Yeon Sang Ho (Corée du Sud)

    TEDDY de Ludovic Boukherma & Zoran Boukherma (France)

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    Un jury composé des journalistes et écrivains Ariane Bois Heilbronn, François Forestier, Éric Neuhoff, Patrick Poivre d’Arvor, Colombe Schneck et Laurent Seksick remettra le Prix littéraire Lucien-Barrière lors du Festival du cinéma américain de Deauville, sous la bienveillance de Béatrice Nakache Halimi.

    Le Prix littéraire Lucien-Barrière 2020 est décerné au roman Le monde n’existe pas de Fabrice Humbert, publié aux éditions Gallimard.

    Ce captivant roman  nous entraîne dans les pensées tortueuses d’Adam Voll­mann, lequel, jour­na­liste au New Yor­ker, voit s’afficher sur les écrans de Times Square le por­trait d’Ethan Shaw. Celui qui fut la star du lycée. Celui dont la beauté était le pouvoir. Celui qui faisait penser à Robert Redford dans « Nos plus belles années. » Celui qui a un nom et une allure de personnage hollywoodien d’ailleurs. Son seul ami d’alors, accu­sé de viol et de meurtre. Refu­sant de croire à sa culpa­bi­li­té, Adam retourne à Drys­den, où ils se sont connus pour enquêter. Là où certains ont été déçus par l’énigmatique dénouement, j’y ai vu la seule fin possible. Logique. Implacable. Brillante. Un monde qui n’existe pas ne peut s’achever, non ? Tel le MacGuffin cher à Hitchcock qu’il évoque d’ailleurs, la quête n’est ici qu’un prétexte. Une mise en scène pour nous emmener dans une ville morne qui concentre tout ce que Vollmann déteste en Amérique : la petitesse, le conformisme. Pour nous emmener dans un voyage dans les méandres de l’identité entre vérité et mensonge, réalité et fiction. Dans une mise en abyme vertigineuse, de poupées russes qui se dévoilent indéfiniment, il nous égare pour nous inviter à trouver la vérité, notre « rosebud ». Citizen Kane était ainsi « la somme de ses légendes et des cinq témoignages du film racontant cinq histoires différentes. » A nous de trouver la vérité dans ce monde qui affectionne les récits à rebondissements, qui fictionnalise la réalité. En partant à la rechercher d’un homme qui ne finissait jamais les puzzles, il nous confronte nous-mêmes à un puzzle dont il nous appartient de trouver la dernière pièce. Vollmann est d’ailleurs devenu journaliste par passion de la littérature. De la fiction donc. Vollmann ne signifie-t-il d’ailleurs pas « homme plein », lui qui recherche son ami de lycée…à propos duquel d’autres parlent de case vide ? Réflexion passionnante sur notre besoin de dramatisation, de « susciter la tempête des passions par la construction d’une intrigue simple », il nous interroge : « tout ce que nous vivons est un livre ou un film. En tout cas, une fiction recomposée ou non. » Non ? Il nous invite à composer notre fiction à nous interroger sur celles qui se composent (ou décomposent avec parfois autant d’obstination, il n’est qu’à voir les foisonnantes théories du complot) à nos regards, à nous interroger sur la manipulation du récit…tout en manipulant son personnage narrateur et à travers lui le lecteur. Laissez-vous embarquer par ce récit aux accents lynchiens qui, en vous égarant, vous invite à trouver une vérité sur une société (qui fait évidemment songer à celle de Trump, il suffit de voir ses clips de campagne qui pourraient rivaliser avec les plus abracadabrantesques et grandiloquents des blockbusters) qui en scénarisant tout brouille les repères…à l’image de ce roman dans lequel réalité et fiction, vérité et mensonges s’imbriquent pour finalement se confondre. Brillante mise en abyme vous dis-je !

    Concernant la sécurité sanitaire, sachez que tout sera mis en œuvre pour que celle-ci  soit assurée au mieux :

    Les lieux d’accueil sont nettoyés et désinfectés régulièrement.

    La ventilation du C.I.D est contrôlée, l’air est renouvelé.

    Le port du masque est obligatoire dans tous les lieux du Festival, à tout moment : - En intérieur - dans le C.I.D et les salles du Casino et du Morny - En extérieur - aux abords du tapis rouge, dans les files d’attente et sur les terrasses du Festival (retrait du masque autorisé une fois assis pour se restaurer).

    La capacité d’accueil des salles est adaptée pour répondre aux exigences sanitaires en cours et garantir votre sécurité. Des solutions hydroalcooliques sont à disposition à l’entrée du C.I.D, du Casino et du Morny, et sur les terrasses du Festival.   La distanciation physique est recommandée.

    Vous pouvez bien sûr d'ores et déjà réserver vos pass pour le festival, ici.

    Venez fêter le retour du cinéma à Deauville 10 jours et près de 100 films projetés : 

    RÉSERVEZ VOS PASS DÈS MAINTENANT www.festival-deauville.com

    PASS JOURNÉE / 35€ (tarif réduit : 16€) PASS FESTIVAL / 160€ (tarif réduit : 99€)

    En attendant de vous en dire plus sur cette 46ème édition du festival, je vous invite à lire mon article consacré à l'édition 2019 publié dans le magazine annuel Normandie Prestige (cf ci-dessous).

    Vous pouvez aussi retrouver mon bilan détaillé de l'édition 2019, ici. 

    Comme chaque année, je serai en direct du festival, de l'ouverture à la clôture. En attendant mon bilan du festival, suivez-moi en direct sur instagram et twitter (@sandra_meziere), je vous y livrerai chaque jour mon journal de bord du festival.

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    Critique - "Les Ensorcelés"  de Vincente Minnelli

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    Les films sur le cinéma se sont  multipliés dans le cinéma américain des années 1950, avec d’ailleurs également une commune structure en flashback comme dans les deux chefs-d’œuvre de Mankiewicz (« Eve » et « La Comtesse aux pieds nus ») qui, avec « Les Ensorcelés » de Minnelli, sont les films sur ce thème que je vous recommande, trois chefs-d’œuvre.

    Synopsis : Le producteur Harry Pebel (Walter Pidgeon)  convoque dans son bureau Georgia Lorrison (Lana Turner), une grande actrice, Fred Amiel (Barry Sullivan), un jeune réalisateur, et James Lee Bartlow (Dick Powell), un écrivain. Pebel attend un coup de téléphone du producteur Jonathan Shields (Kirk Douglas) qui a permis à ces trois personnes d’accéder au rang de star mais s’est parfois mal comporté avec elles. Aujourd’hui en difficulté, il leur demande de l’aider. Avant d’accepter ou refuser, chacun d’eux raconte comment il les a rencontrés et comment il les a déçus, voire blessés…

    « The Bad and The Beautiful ». Tel est le titre original en VO des « Ensorcelés » et qui résume parfaitement la sublime et subtile dualité du personnage de Jonathan (incarné par Kirk Douglas) et du film tout entier. Dualité entre son altruisme apparent et son ambition tueuse et ravageuse dont il est le masque. Lorsque le masque tombe, Minnelli a, à chaque fois, la judicieuse idée de le filmer en gros plan frontalement, le réduisant alors à son égoïsme, alors que le reste du temps il est souvent filmé en plan plus large et rarement de face.

     Dualité aussi des sentiments du spectateur face à ce personnage complexe, digne successeur d’un père diabolique à la personnalité, pour son fils, aussi fascinante qu’écrasante dont il suivra finalement le modèle et face à ce personnage qui, au nom de la gloire et l’ambition, sacrifiera ceux qu’il aime ou qu’il est incapable d’aimer … même si finalement ils y gagneront tous aussi la gloire.

    La gloire ce pourrait aussi d’ailleurs être elle « The bad and the beautiful ». Etincelante en surface, au regard des autres mais qui a nécessité combien de « bad » compromis et de trahisons inavouables ?

     Dualité aussi entre la sincère Georgia (the beautiful)  et le manipulateur Jonathan (the bad).

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     Dualité entre la forme et le fond. Le fond qui critique le monde du cinéma : son hypocrisie, l’arrivisme, la superficialité, la déchéance, le commerce qu’il est souvent, les trahisons, les manipulations. La forme qui est un des plus beaux hommages qu’on puisse lui rendre avec des plans d’une virtuosité admirable (Ah, cette scène où Georgia, époustouflante et lumineuse Lana Turner ici terrifiante tant elle semble réellement terrifiée, fuit en voiture et où le spectateur a la sensation de ressentir sa suffocation cauchemardesque !), un scénario d’une construction astucieuse, une photographie envoûtante et somptueuse, et des acteurs au sommet de leur art et de leur beauté. Dualité entre le rêve que représente le monde du cinéma et la réalité que dépeint Minnelli.

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    « Les Ensorcelés » est à la fois une magnifique déclaration d’amour au cinéma et un regard lucide sur ses travers s’inspirant de la réalité, notamment de David O.Selznick (le producteur et créateur d’ « Autant en emporte le vent ») ou encore de « La Féline » de Jacques Tourneur pour le script du « Crépuscule des hommes chats » que Jonathan produit.

    Les Ensorcelés : ce sont Georgia, Fred et James, ensorcelés et aveuglés par Jonathan. C’est Jonathan, ensorcelé par le cinéma, prêt à tout au nom de celui-ci. Et c’est surtout le spectateur, ensorcelé par la magie du cinéma, de ce cinéma que Minnelli magnifie tout en le montrant dans toute son ambiguïté, d’une cruelle beauté. De ce cinéma qui finalement sort vainqueur. Malgré tout. Plus important que tout.

    « Les Ensorcelés » (1952) remporta 6 Oscars : celui de la meilleure interprétation pour Kirk Douglas, du meilleur second rôle féminin pour Gloria Grahame,  de la meilleure photographie,  de la meilleure direction artistique, des meilleurs costumes et du meilleur scénario.

    A la différence près que le rôle du producteur n’est aujourd’hui plus le même que celui du producteur du cinéma d’Hollywood des années 30, 40, 50 « Les Ensorcelés » est un film intemporel qui pourrait presque être tourné aujourd’hui. L’ambitieux Jonathan pourrait être le même aujourd’hui. Il se pourrait même que vous croisiez quelques Jonathan Shields, et surtout bien pire, à Cannes ou ailleurs. Alors si vous voulez découvrir Hollywood, son univers impitoyable, voir un film ensorcelant et éblouissant,  un personnage aussi manipulateur qu’amoureux du cinéma bien fait, et fascinant, et surtout si vous aimez le cinéma et forcément les films sur le cinéma, alors laissez-vous envoûter etne manquez pas ce chef-d’œuvre de Minnelli à (re)voir dans le cadre de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville 2020.

    Critique de L'AVOCAT DE LA TERREUR de Barbet Schroeder

    Présenté en sélection officielle (Un Certain Regard) du Festival de Cannes , "L'avocat de la terreur" avait obtenu le César du meilleur documentaire en 2008, un prix entièrement mérité pour ce qui fut un des meilleurs film de cette année-là et que je vous recommande. Retrouvez ci-dessous ma critique de ce documentaire qui dresse le portrait de d'un avocat aussi énigmatique que médiatique : Jacques Vergès. 

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    Communiste, anticolonialiste, d’extrême droite ?  Quelle(s) conviction(s) guide(nt) Jacques Vergès ? Barbet Schroeder mène l’enquête pour élucider le mystère. Au départ de la carrière de cet avocat énigmatique : la guerre d’Algérie et Djamila Bouhired, la pasionaria qui porte la volonté de libération de son peuple. Le jeune homme de loi épouse la cause anticolonialiste (procès mémorable où il fait le procès de la justice, Djamila Bouhired sera ainsi condamnée à mort puis graciée !), et la femme. Puis, entre 1970 et 1978, il disparaît. 8 longues années de clandestinité qui suscitent les rumeurs les plus folles. A son retour, il défend les terroristes de tous horizons et des monstres historiques tels que Klaus Barbie, le tristement célèbre ancien chef de la Gestapo de Lyon (là, il ne fera pas le procès de la justice mais… celui de la Résistance !).

    Le documentaire commence donc en Algérie, là où débute aussi la carrière de l’avocat qui y défendit Djamila Bouhired puis qui l’épousa.  Les images d’archives alternent avec l’interview de l’avocat, et les entretiens avec des proches de ce dernier, des fréquentations souvent peu recommandables (il revendique ainsi son amitié avec un ancien nazi notoire : le banquier suisse François Genoud).

     A travers le portrait de cet homme ambigu passant de l’extrême gauche à l’extrême droite, de la défense des persécutés à celle des persécuteurs, de la clandestinité à l’exposition médiatique, de l’opposition à l’Etat Français à une éventuelle collaboration avec les services secrets, ses 8 années de disparition n’ayant jamais réellement été élucidées (même si on évoque un exil au Cambodge…), c’est celui du terrorisme du 20ème siècle qu’effectue Barbet Schroeder.

     Dictateurs africains,  Khmers rouges et Pol Pot, Klaus Barbie…tout ce que le 20ème siècle a compté de terroristes semble avoir un jour ou l’autre croisé la route de Jacques Vergès qui, loin de s’en défendre, le revendique avec cynisme, suffisance et bravade.  L’Algérie, la Palestine, l’Afrique, le Cambodge, aucune partie du globe où règne ou où a régné la violence ne lui est inconnue.

    Si la longueur de ce documentaire vous rebute, sachez que le parcours de cet avocat de la terreur se regarde comme un thriller palpitant, qu’il nous paraît trop court tant Barbet Schroeder fait preuve d’habileté dans sa mise en scène et dans son montage. Il  ne recourt ainsi jamais à la voix off mais à une musique qui donne des allures de films d’espionnage à ce documentaire  qui ressemble à s’y méprendre à une fiction qui nous permet de reconstituer les pièces du parcours mystérieux de l’avocat, puzzle aux multiples et dangereuses ramifications.

    Il révèle l’ambiguïté d’un homme dont il explique l’engagement autant par ses origines desquelles résulterait son horreur de la soumission et de l’oppression que par ses histoires d’amour ( Djamila Bouhired puis la femme de Carlos) : l’ambiguïté de celui qui pleure dans les prisons des combattants algériens et qui défend Klaus Barbie sans un remord en déclarant, avec une jubilation délibérément ostentatoire qui ne peut que susciter le malaise du spectateur (et qui la suscite à dessein, la provocation étant l’arme favorite de l’avocat), que c’est « euphorisant de le défendre seul contre 39 avocats », l’épicurien parfois enfantin qui tire avec un pistolet à eau sur les passants et qui se déclare capable de tuer…

    Barbet Schroeder (qui a eu le final cut) ne prend pas parti, mais certains plans sont particulièrement éloquents comme ceux des interviews de Vergès qui se met lui-même en scène avec une vanité stupéfiante, jouant du silence entre deux bouffées de cigare, entre deux paroles délibérément provocatrices, dans un décor aussi fastueux qu’était misérable celui de certains de ses clients, des paroles parfois démenties par les interviews qui leur succèdent grâce à un montage astucieux. Le générique de fin est ainsi un clin d'oeil ingénieux, il énumère les noms des clients de Jacques Vergès et défilent sous nos regards effarés les plus grands criminels du 20ème siècle.

     Plus qu’un documentaire, c’est une plongée passionnante et instructive dans l’Histoire du 20ème siècle, dans ses zones d’ombre à travers celles d’un homme (ses années de disparition, son énigmatique enrichissement…),  qui donne parfois froid dans le dos et est tellement réussie qu’elle nous fait presque oublier qu’elle relate des faits dramatiquement réels dont Vergès a tour à tour été le protagoniste, l’avocat et parfois la victime autoproclamée… Fascinant et terrifiant à l’image de son protagoniste, un documentaire qui est aussi une réflexion sur la vérité et la sincérité d’un engagement. A voir absolument !