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FESTIVAL DE CANNES 2005

  • Dimanche 22 Mai 2005 : Palme d’or et dernières impressions du festival de Cannes 2005

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    Un air de nostalgie rythme les pas désorientés des derniers festivaliers titubant qui errent sur la Croisette, encore grisés par ces jours de fête et revenant néanmoins peu à peu à la réalité de laquelle le festival les avaient momentanément éloignés. Ce n’est pourtant pas terminé, pas encore tout à fait. Depuis deux ans, le festival a inauguré une nouvelle formule pour le dimanche, repassant tous les films de la sélection la journée et la palme d’or le soir. Ne possédant pas le don d’ubiquité qui serait si salutaire au festivalier cannois, il m’est impossible de revoir les 4 films de la compétition que j’ai manqués et dont les horaires se chevauchent. Je décide donc de privilégier Jim Jarmusch et Wim Wenders délaissant à regret Cronenberg me souvenant des méandres tourmentés du cerveau de son «Spider » dans lesquels j’avais eu plaisir à m’égarer.

    Je commence par « Broken Flowers » de Jarmusch, ma curiosité aiguisée par le grand prix que le jury lui a attribué. Dès les premiers plans un Bill Murray chaplinesque capte notre attention par l’irrésistibilité de son jeu. Il incarne ici un ancien Don Juan (d’ailleurs prénommé Don) qui reçoit une mystérieuse lettre anonyme lui apprenant soudain qu’il a un fils de 19 ans. Il va alors partir à la recherche des 4 mères potentielles. Chaque rencontre est un prétexte à des saynètes ironiques elles-mêmes prétextes aux facéties de Bill Murray, là encore « lost in translation » face à ces témoins incongrus de son passé. La transition entre chaque saynète est signalée par des plans d’avion et de trajets en voiture dont la réitération les rend caduques et ennuyeux. Restent un film léger et une belle performance d’acteur qui, à défaut de laisser une trace indélébile dans les mémoires des festivaliers, leur permirent au moins de passer un bon moment.

    J’en attends davantage de Wim Wenders et de son « Don’t come knocking » malgré son absence au palmarès. Encore un road movie. Encore un film sur la paternité. Deux thèmes dont cette édition 2005 a été friande. Paternité ici incarnée par Howard Spence (Sam Shepard), ex-gloire du septième art qui ne décroche plus que des rôles secondaires et noie son dégoût de lui-même dans l’alcool jusqu’à ce que sa mère lui apprenne qu’il a peut-être un enfant. Il part alors « à la recherche du temps perdu. » Malheureusement Wim Wenders n’est pas ici à la hauteur des espoirs suscités et de sa réputation ni de « Paris-Texas » qu’il singe quelque peu, vingt et un ans après sa palme d’or, se perdant dans des digressions et alignant les clichés et les invraisemblances : le rachat d’une vie de débauche en découvrant sa double ( !) paternité et la seconde par hasard( !) à une rapidité déconcertante. De toute façon l’intérêt ne réside pas ici dans le scénario mais plutôt dans le cadre de l’errance du héros dans une Amérique fantomatique sublimement photographiée et judicieusement mise en scène. Il en fallait néanmoins davantage pour créer la surprise et l’engouement pour un cinéaste dont le talent de metteur en scène n’est plus à prouver.

    A peine le temps de me remémorer les deux films de la journée que je me retrouve une ultime fois sur le mythique tapis rouge surplombant la Croisette et la foule, néanmoins moins nombreuse que d’habitude. Les cris impitoyablement stridents des photographes me sortent de mes songes : pas le temps de s’attarder et de regarder en arrière pour effectuer un flash-back et un travelling arrière empreints de nostalgie, le jury arrive en bas des marches pour accueillir les frère Dardenne. C’est donc de la salle que je les verrai ensuite les attendre, en haut des marches cette fois. La rumeur selon laquelle l’entente entre certains membres du jury n’aurait pas été si cordiale semble confirmée, leur malaise est presque palpable à moins que ce ne soit leur vie harassante de ces 12 jours qui n’ait eu raison de leur sourire et de toute velléité de conversation. Après avoir été salués et félicités par le jury, les frères Dardenne entrent, radieux, dans le grand théâtre Lumière. Je revois avec plaisir « L’enfant » dont l’âpreté me paraît néanmoins encore plus prégnante que la première fois. Le film s’achève sur une scène rédemptrice bouleversante. Le générique, un générique, encore, pour la dernière fois. Générique de fin du festival aussi. Je m’apprête à applaudir à un rythme effréné. Quelle n’est pas ma déception… Rien, ou presque. Le public est groggy, déçu, perplexe, blasé, aseptisé, consensuel et surtout silencieux. Silence pesant. Clap de fin abrupte sans rappel.

    Cannes va ranger son tapis rouge, éteindre ses projecteurs. Les nombreuses affiches qui ornent ou défigurent la Croisette (c’est selon) vont être décrochées, les plateaux de télévision vont déserter la plage et les festivaliers vont s’éclipser avec plus de célérité que les 24 images par seconde qui ont rythmé ces 12 jours. Une multitude de souvenirs afflue entremêlant images cinématographiques et de la réalité, ma réalité si irréelle parfois pourtant, et entraînant la mélancolie inhérente à toute fin de festival, un de ces moments hors du temps que l’on aimerait éternel et dont on se demande toujours si sa magie intransmissible pourra se renouveler. Pour évincer la vague à l’âme inéluctable qui menace de submerger mes neurones endoloris, je songe déjà à Cabourg où je serai très bientôt et où je ne suis pas retournée depuis ma participation à son jury de courts-métrages en 2002, jury alors présidé par Marie Trintignant…mais là encore c’est une autre (belle) histoire.

    En attendant retrouvez ci-dessous mon récit intégral jour après jour du festival de Cannes 2005.

    Merci pour vos très nombreux mails d’encouragement et n’hésitez pas à continuer à me faire part de vos commentaires et réactions.

    Vous pourrez donc bientôt retrouver mon récit des Journées Romantiques de Cabourg qui se dérouleront du 16 au 19 juin 2005 puis en septembre mon récit du festival du film américain de Deauville (du 2 au 11 septembre 2005) où je serai également et cela pour la 12ème année consécutive.

    Pour ceux qui désireraient partir au festival de Cannes 2006, si vous avez entre 18 et 25 ans, vous pouvez tenter votre chance avec le prix de la jeunesse organisé par le Ministère de la jeunesse et des sports (critique de film+CV+ lettre sur le cinéma à partir d’un thème différent chaque année, en 2005 c’était « le regard »), prix de la jeunesse grâce auquel je suis allée au festival de Cannes pour la première fois en 2001.

    Sandra.M

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  • Samedi 21 Mai 2005 : clôture et palmarès du 58ème Festival de Cannes

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    La Croisette, qui n’en est pourtant pas avare, bruisse encore plus de rumeurs que de coutume. De nombreux festivaliers viennent ou reviennent de Paris ou d’ailleurs pour la clôture, pour assister au palmarès ou parfois même juste pour monter les marches, y faire leur cinéma…et les redescendre juste après sans même être entrés dans le Grand Théâtre Lumière. Pour eux, Cannes n’est pas un festival de cinéma, juste le théâtre de leur propre cinéma. De mon côté, avant l’heure fatidique, rendez-vous est donné dans un grand hôtel cannois. A l’entrée une multitude de photographes et de badauds attendent à l’affût de la moindre starlette ou de la moindre information. A l’intérieur règne une agitation inaccoutumée. L’atmosphère est électrique à quelques minutes de l’instant crucial. Je m’installe un peu en retrait pour attendre tout en observant ce spectacle tragi-comique. A l’entrée de l’hôtel, un célèbre judoka médaillé olympique interpelle autoritairement et grossièrement les photographes pour qu’ils effectuent leur travail plus prestement. Pendant ce temps une starlette se remaquille en se regardant dans les grandes glaces du hall. Pour elle, c’est visiblement le combat de sa vie. Un peu plus loin je remarque de dos deux hommes qui font les cents pas avec une rigueur presque géométrique. Plus tard en entendant leurs noms prononcés pour la récompense suprême je me souviendrai que les frères Dardenne, puisque des frères Dardenne il s’agit, avaient l’air particulièrement fébriles. A la réception le téléphone ne cesse de sonner. De nombreuses voitures officielles attendent devant le hall. Les caméras et les micros du monde entier sont très temporairement braqués sur Cannes, du moins c'est ce que cette dernière se plaît à croire avec l'égocentrisme qui la caractérise. L’heure me sort de mes tergiversations. Il est temps de se diriger vers le palais. Tout en marchant sous le soleil toujours étincelant et au milieu du brouhaha toujours ininterrompu et d’une foule de festivaliers qui rendent les trottoirs pratiquement impraticables, j’élabore mon propre palmarès :

    -Palme d’or : « Free zone » d’Amos Gitaï
    -Prix de la mise en scène : « Caché » d’Haneke
    ou « Kilomètre zéro » de Hiner Saleem
    -Prix d’interprétation masculine : Jérémie Rénier pour « L’enfant »
    Ou Bill Murray pour « Broken Flowers »
    -Prix d’interprétation féminine : Hanna Laslo pour « Free zone » (uniquement si la palme d’or ne lui est pas attribué), ou
    Bryce Dallas Howard pour « Manderlay »
    -Grand prix : « Three times » de Hou Hsiao-Hsien
    -Prix du jury : Shangaï Dreams de Wang Xiaoshai
    -Prix du scénario : « L’enfant » des fréres Dardenne

    A peine le temps d’en débattre que la lumière s’éteint. Le palais retient son souffle, suspendu aux lèvres du président du jury : Emir Kusturica. Lambert Wilson et Valérie Lemercier et leurs clowneries dérident salutairement et temporairement la salle. Les prix, les lauréats et les remettants prestigieux (Abbas Kiarostami, Milla Jovovich, Fanny Ardant, Ralph Fiennes, Pénélope Cruz, Hillary Swank, Morgan Freeman, Kristin Scott Thomas etc) défilent sous les applaudissements retenus et timides à l’image de ce qu’ils ont été tout au long de ce 58ème festival.

    Court-métrage, palme d’or : « Podorozhni » d’Igor Strembitskyy (Ukraine), Mention spéciale : « Clara » de Van Sowerwine
    Caméra d’or : « Moi, toi et les autres » de Miranda July (Etats-Unis) et « La terre abandonnée » de Vimukhti Jayasundara (Sri Lanka)
    Prix du jury : « Shangaï dreams » de Wang Xiaoshai (Chine)
    Prix du scénario : Guillermo Arriaga pour « Trois enterrements » (Etats-Unis)
    Prix de la mise en scène : Michel Henke pour « Caché » (France)
    Grand prix : Jim Jarmusch pour « Broken Flowers » (Etats-Unis)
    Prix d’interprétation masculine : Tommy Lee Jones pour son propre film « Trois enterrements »
    Prix d’interprétation féminine : Hanna Laslo pour « Free zone » d’Amos Gitaï (Israël)
    Palme d’or : « L’enfant » de Luc et Jean-Pierre Dardenne(Belgique)

    Une nouvelle fois la salle a applaudi poliment devant ce palmarès très conventionnel à l’image de cette 58ème édition...trop conventionnel peut-être même de la part d’un président dont on attendait davantage d’audace et au regard du nombre de prix américains notamment pour « Trois enterrements » qui selon moi ne méritait pas autant d’honneur. Finalement c’est l’émotion qui a remporté la palme et les suffrages du jury avec le poignant «L’enfant » des frères Dardenne lesquels, n’oubliant pas la résonance internationale du festival, dédient leur film à « Florence Aubenas et son chauffeur Hussein Hanoun pour montrer à leurs ravisseurs que nous sommes aussi obstinés qu’eux ». Après Imamura, Bille August, Visconti, Kusturica et Coppola, c’est donc au tour des frères DArdenne de recevoir la récompense cinématographique suprême pour la deuxième fois. Le palmarès pouvait de toute façon difficilement créer la surprise tant la compétition était homogène, et de qualité, avec presque uniquement des cinéastes au talent largement reconnu : Wenders, Cronenberg, Van Sant, Lars Von Trier, Jarmusch etc.

    A suivre demain : la palme d’or et le récit du dernier jour et de mes dernières impressions du festival de Cannes 2005…
    Retrouvez ci-dessous le récit jour par jour du festival de l’ouverture à la clôture.

    Sandra.M

    Photo : les frères Dardenne avec la palme d’or reçue pour « L’enfant ».

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  • Résumé du Vendredi 20 Mai 2005 (Dixième jour du festival de Cannes)

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    Profondeur de champ remarquable. Réalisation magistrale. Scénario ciselé. Acteurs admirablement dirigés. Extrait ludique et insolent. Novateur même. Le public applaudit allègrement. Son auteur fait visiblement l’unanimité. Malheureusement, ce n’est pas un film en compétition mais l’extrait d’un film de Jean Renoir qui précède certaines projections du Grand Théâtre Lumière ou de la salle Debussy. A l’heure des pronostics, la compétition suscite toujours des réactions aussi tièdes. Pas d’envolées lyriques ou de déclamations admiratives. Pas non plus de dédain ostentatoire. La passion et l’exaltation ont déserté les projections de la Croisette, pour cette année en tout cas. L’Europe et le référendum pour son traité constitutionnel les ont peut-être monopolisées. L’enjeu est là crucial, certes. A Cannes aussi c’est pourtant une page d’Histoire qui se tourne, une page de l’Histoire du cinéma sur laquelle le nom de l’heureux lauréat va bientôt être immortalisé. Cela pourrait-il être Tommy Lee Jones pour son premier long-métrage en tant que réalisateur « The three burials of Melquiades Estrada » (trois enterrements) ou bien Hou Hsia-Hsien pour « Three times » ? Tels sont en tout cas les deux films du jour et les deux derniers de la compétition.

    Avant les « 3 enterrements », il faut au moins une mort, en l’espèce celle de Melquiades Estrada, paysan mexicain dont le corps est retrouvé en plein désert où il a été rapidement enterré après son assassinat. Pour savoir qui en est l’auteur, Pete Perkins, contremaître du Ranch et meilleur ami de Melquiades va mener lui-même l’enquête que les autorités locales refusent d’assumer. Seul garant, dans cette étrange région du Texas, d’une réelle humanité, il va découvrir le meurtrier, lui faire déterrer le corps et offrir à son ami une sépulture honorable dans son Eldorado natal, le Mexique. Il va aussi offrir à son assassin une leçon de vie sur la vie des hommes, le sens des valeurs, le respect de la vie. Le festival du film américain de Deauville, auquel on a pourtant longtemps reproché d’être une vitrine pour les blockbusters américains (à tort …depuis que la compétition existe en tout cas) n’aurait probablement pourtant pas osé mettre ce film en compétition qui aligne les clichés du genre en essayant de les détourner sans vraiment les renouveler, si ce n’est un humour noir jouant aussi parfois sur les anachronismes de ce western des temps modernes. Sans vouloir tomber dans l’ostracisme simplificateur et caricatural, spécifions quand même que le film est produit par Europacorp…ceci expliquant peut-être cela. Ce périple macabre et rédempteur est avant tout le portrait d’un homme étrange et obstiné ou étrangement obstiné interprété par… Tommy Lee Jones. Sa détermination inébranlable et sa loyauté aveuglée l’amènent à faire preuve d’une violence vengeresse, prétexte à des scènes renouvelées qui alourdissent et décrédibilisent le récit. Tommy Lee Jones s’évertue tellement à vouloir créer une atmosphère qu’il finit par effectuer des digressions inutiles et par en oublier de terminer les portraits de personnages tout juste esquissés. Le véritable personnage de ce road movie funèbre est peut-être ce paysage fascinant et impitoyable, cadre du décalage social entre les terres au Nord et au Sud du Rio Grande, dans lequel il aura eu au moins le mérite de nous faire voyager.

    Le dernier film du jour et de la compétition promet d’être aux antipodes de celui de Tommy Lee Jones. Hou Hsiao Hsien avec ces « Three times » se lance, et nous lance, en effet un défi poétique : retrouver un moment d’euphorie qui ne reviendra jamais, un instant dont nous avons la nostalgie non parce-qu’il serait le meilleur mais parce-que nous l’avons perdu à jamais. De cet instant notre mémoire ne conserve que les réminiscences, et de cette manière cet instant demeure le plus beau sans comparaison possible. Ces « Three times » sont en effet trois époques, trois histoires (1911, 1966, 2005) incarnées par le même couple de comédiens. C’est surtout la triple réincarnation d’un amour infini. Dès les premiers plans le spectateur se retrouve immergé dans ce conte sentimental, fasciné par sa langueur ensorcelante, comme un tableau qui vous hypnotise et vous bouleverse instantanément sans que vous sachiez réellement pourquoi. La magie des sentiments et des moments uniques qu’il retranscrit transparaît dans chaque geste et surtout chaque silence des personnages qu’il filme comme des danses langoureuses. On songe évidemment à « In the Mood for love » de Wong Kar Waï qu’il ne détrône néanmoins pas de son piédestal, véritable perfection du genre. Ici le non dit et le silence remplacent des dialogues inutilement explicatifs (comme au temps du muet des cartons remplacent les dialogues), la lenteur judicieuse incite à la rêverie qu’une réalisation plus didactique n’aurait pas permis. Si « three times » est un bel exercice de style il ne l’est pas seulement. L’envoûtement est tel qu’on voudrait ne plus quitter cette atmosphère et ces instants sublimés. Dommage que la troisième partie ne soit pas à la hauteur des deux premières, plus expéditive, plus explicative, peut-être aussi car la contemporanéité et sa violence empêchent l’éternité. C’est enfin un poème intemporelle et nostalgique au rythme délicieusement séduisant. Plus qu’un film c’est une expérience, une belle utopie à laquelle il parvient à nous faire croire, un rêve dont on n’aimerait pas se réveiller, comme celui dans lequel vous plonge ce festival et ses instants surréalistes, pourtant demain déjà le suspense prendra fin par la révélation du palmarès. Un petit tour au Club Arte s’impose donc pour en débattre…mais c’est là une autre histoire…

    A suivre demain: "mon" palmarès, le palmarès officiel, la cérémonie de clôture et le compte-rendu de "Broken Flowers" de Jim Jarmusch et « Don’t come knocking » de Wim Wenders .

    Sandra.M

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  • Résumé du jeudi 19 Mai 2005 (neuvième jour de festival de Cannes 2005)

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    (ci-dessus le président du jury du festival 2005: Emir Kusturica. Photo: SAndra.M)

    Avant-dernier jour de la compétition. Dès 8H30, heure des premières projections (projections presse), le bourdonnement continuel et le va et vient incessant de la Croisette reprend son rythme toujours aussi endiablé quoique..., à y regarder de plus près, en ce neuvième jour de festival, les festivaliers sont plus susceptibles, leurs pas moins assurés, et leurs yeux quelque peu embués…, non pas d’émotion incontrôlable sous l’effet de films bouleversants, malheureusement absents de la compétition, mais plutôt victimes du cocktail explosif de salles obscures et de soirées. Pour ma part c’est toujours aussi enthousiaste que je me dirige vers le palais des festivals avec néanmoins une pointe de déception à l’idée que cette 58ème édition approche de son dénouement sans avoir encore réservé de réelle surprise cinématographique. Peut-être viendra-t-elle de « Keuk Jang Jeon » (Conte de cinéma) de Hong Sansoo dont le titre suscite déjà ma curiosité, ou bien de « Free Zone » d’Amos Gitaï, les deux films de la compétition à mon programme du jour ?

    Concernant Hon Sang Soo, je m’interroge encore quant à cette soudaine sobriété dans le titre sachant que ce « conte de cinéma » fut précédé de « La femme est l’avenir de l’homme » (2004) et « le jour où le cochon est tombé dans le puits » (1996) etc. Conte de cinéma ? Un remake de « la nuit américaine » en perspective ? L’admiratrice du cinéma de Truffaut que je suis décide d’écouter son cœur et d’ignorer les avertissements de sa raison au souvenir de la perplexité dans laquelle m’avait plongée ses mémorables dialogues dans son film présenté à Cannes l’an passé, évoqué ci-dessus. La même sobriété apparente dans la réalisation que dans le titre dissimule en réalité un vrai film gigogne avec mise en abyme et qui passe donc de la fiction (film dans le film) à la réalité (filmique…et donc quand même irréelle) sans qu’aucun procédé de mise en scène ou aucune indication scénaristique ne nous avertisse. Cet aspect puzzle, puzzle qu’il nous appartient de reconstituer, et ce jeu de miroirs avec une même comédienne pour deux rôles distincts est peut-être le seul attrait réel de ce film sombre qui se déroule à Séoul et nous raconte donc les trajectoires de deux hommes et une femme qui se côtoient et s’éloignent comme des reflets changeants dont le cinéma est le pivot avec, d’un côté, un étudiant suicidaire qui rencontre une jeune fille qui décide de l’accompagner dans son geste fatal et de l’autre côté, un cinéaste velléitaire qui, à la sortie d’une salle de cinéma, repère une femme qu’il reconnaît comme étant l’actrice de film qu’il vient de voir . Je me surprends même à regretter les dialogues de « La femme est l’avenir de l’homme ». C’est dire… Dommage qu’Hong Sang Soo se soit contenté de sa bonne idée sans réellement l’exploiter.

    J’en attends davantage du film suivant « Free Zone » d’Amos Gitaï dont le sujet, certes sensible, me paraît néanmoins intéressant et de ceux qui pourraient emporter les faveurs du jury, la palme d’or ayant eu ces dernières années un retentissement politique à l’image des sujets traités par le réalisateur israélien dans ses 40 films. Ce film ne déroge pas à la règle puisque l’histoire est celle de Rebecca, une Américaine qui vit à Jérusalem depuis quelques mois et qui vient de rompre avec son fiancé. Elle monte dans la voiture de Hanna, une Israélienne mais cette dernière doit aller en Jordanie, dans la « Free Zone » récupérer une grosse somme d’argent que leur doit un associé de son mari, « l’Américain ». Rebecca parvient à la convaincre de l’emmener avec elle. Quand elles arrivent dans la Free Zone, Leila, une Palestinienne, leur explique que l’Américain n’est pas là et que l’argent a disparu…
    Dès le très long premier plan séquence le spectateur se sent impliqué dans la tragédie vécue par l’héroïne, Rebecca (Nathalie Portman). Son visage en larmes filmé en gros plan et les supplications qui l’accompagnent nous plongent d’emblée dans les douleurs et les drames indicibles suscités par le conflit israelo-palestinien dont ce visage si expressivement désespéré est plus démonstratif que n’importe quel discours. Le reste du film se devait d’être à la hauteur et de ce premier plan et du sujet. La tâche était donc ardue pour Amos Gitaï. Road movie ? Plaidoyer politique ? En tout cas un témoignage pertinent sur les difficultés de la vie quotidienne locale et plus encore sur la difficulté du dialogue dans cette zone explosive, et non l'impossibilité du dialogue néanmoins… : cruciale nuance. Un mot, un geste, un regard et tout semble pouvoir basculer brusquement dans l’irréparable. Gitaï retranscrit brillamment la fébrilité et la tension qui y affleurent, n’économisant pas les symboles comme cette dernière scène où l’Américaine se tient dans la voiture entre l’Israélienne et la Palestinienne comme des métaphores de leurs pays respectifs. Puis une dispute pour un motif quelconque éclate entre la Palestinienne et l’Israélienne, se terminant en galimatias. L’Américaine finit alors par sortir de la voiture. Métaphore de l’Amérique qui abandonne la table des négociations ? Malgré ce pessimisme final le film de Gitaï n’est pas dénué de lueurs d’espoir…formidablement portées par les 3 comédiennes du film au premier rang desquelles Hanna Laslo ( Hanna) . Avec toutes ces qualités probablement le film n’avait-il pas besoin de fioritures dans la mise en scène comme ces images en surimpressions superflues dont Gitaï abuse ici quelque peu. Un film qui m’a néanmoins profondément touchée et dont le sujet et son traitement sensibles pourraient lui valoir une palme d’or ou un prix du jury, ou bien simplement un prix d’interprétation qui lui donnerait une portée moins « politique ».

    Après ces émotions fortes, je retrouve avec plaisir l’air pacifique et le ciel sans nuages de l’extérieur. Je déambule au gré de mon humeur, tantôt joviale, tantôt mélancolique, passant d’une soirée à une autre sur la plage (la futilité ambiante, parfois salutaire, me menacerait-elle ?) avant de me retrouver à nouveau au Club Arte pour profiter de l’air vivifiant et de la tranquillité de sa terrasse d’où j’imagine que plusieurs Rastignac locaux ont dû s’exclamer « à nous deux Cannes » revigorés par la supériorité illusoire que confère la topographie des lieux. Décidant de fermer pour ce jour le livre de la « Comédie humaine » et sa jubilatoire observation je me décide enfin à rentrer, non sans croiser les nombreux festivaliers qui arpentent encore la Croisette à cette heure tardive…surtout à cette heure tardive.

    Sandra.M

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  • Résumé du mercredi 18 Mai 2005(huitième jour du festival de Cannes 2005)

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    Cela fait déjà une semaine que le festival a débuté et dans cette ambiance constamment euphorisante, on perd tellement la notion du temps que je croyais n’en être encore qu’aux prémisses du festival. Aucun film n’a encore fait l’unanimité ou suscité de déchaînements passionnés, les deux critères essentiels pour distinguer une palme d’or lors de sa projection dans le Grand Théâtre Lumière. Pas de projection nimbée de mystère à l’exemple de celle de « 2046 » de Wong Kar Waï l’an passé, ni de polémique dynamisante à l’exemple de celle suscitée par Michael Moore et son documentaire. Cannes sans scandales ni excès n’est plus Cannes et il faut avouer que cette année l’un et l’autre font cruellement défaut. L’évènement du jour semble être « Sin City » de Franck Miller et Robert Rodriguez, premier « film-bd » de l’histoire du cinéma, symbole de l’ouverture croissante du festival aux grosses productions américaines. Les premiers échos des festivaliers qui ont assisté à la projection du matin sont plutôt négatifs « Sin City » ne serait qu’une démonstration esthétique sans réel scénario ou plutôt doté d’un scénario grandguignolesque. Choc visuel à défaut d’être un choc scénaristique et cinématographique « Sin City » est une histoire improbable qui se déroule dans une atmosphère glauque, et qui n’est à la hauteur ni de ses promesses, ni de son casting. Reste la prouesse esthétique, indéniable. Dommage donc qu'il y ait un tel hiatus entre le fond (affligeant) et la forme (époustouflante). Les organisateurs désiraient-ils simplement attiré davantage l’attention sur un évènement qui, avec les jeux olympiques, est le plus médiatisé au monde ? Evènement tronqué en tout cas. Tout juste la montée des marches se clôt-elle par l’arrivée surprise de Liza Minelli, du moins annoncée comme telle.

    Je préfère donc me remémorer le réel évènement cinématographique du jour, le troisième long-métrage des frères Larrieu au titre poétiquement énigmatique « Peindre ou faire l’amour ». Les premières minutes me plongent dans la perplexité devant le classicisme outrancier de cette ébauche, m’interrogeant encore une fois quant aux critères du choix de ce film dans la compétition qui débute avec l’achat d’une maison de campagne par William (Daniel Auteuil) et Madeleine (Sabine Azéma). La demeure de leurs voisins prend feu. Ils décident de les héberger... mais progressivement s’opère un glissement subtil du classicisme vers le transgressif, le tout apparaissant comme un vaste trompe l’œil habilement dépeint. Quelques murmures dans la salle… De malaise ? Non, le festivalier en a vu bien d’autres, le festivalier, surtout celui-là se doit d’afficher un flegme imperturbable, témoignage ostensible de sa vie de baroudeur des salles obscures qui a tout vu tout connu. J’espère ne jamais lui ressembler. Murmures de surprise donc devant ce glissement du visible vers l’imprévisible avec pour guide un aveugle dans cette confusion des sentiments (Sergi Lopez) intelligemment mise en scène entre obscurité dissimulatrice et récit elliptique. Film amoral et trompeusement désinvolte qui vous laisse le souvenir troublant et entêtant d’un parfum sensuel, tantôt charmant, tantôt agaçant… mais assurément singulier.

    Cannes ne serait plus Cannes non plus sans ses soirées où le festivalier va autant pour voir que pour être vu à défaut d’entendre en raison d’une cacophonie assourdissante, soirée où à peine arrivé la question existentielle sera de savoir où il ira ensuite et après laquelle un autre festivalier plein d’empathie et compatissant lui dira que la meilleure soirée était celle où il n’était pas, forcément. Cannes tentaculaire et sa frénésie filmique et festive, soûlante et fascinante à la fois. La nuit tombée, la Croisette devient un vaste camp retranché et une symphonie visuelle et mélodique…à défaut d’être mélodieuse. Loin du vacarme tentateur de la Croisette, ce soir, je me décide donc à aller au club Arte qui paraît-il la surplombe majestueusement. Après avoir passé la journée à montrer son badge puis son invitation puis son sac puis son badge puis son invitation avant d’être menée à sa place par une hôtesse pas toujours affable, le soir venu il faut de nouveau être muni d’un précieux sésame auquel celui de la journée ne vous donne pas forcément accès. Munie de ce sésame en question donc, passée l’heure du crime à laquelle l’invitation indique que les portes du lieu en question s’ouvrent, je me présente devant l’entrée, l’invitation convoitée en évidence. Ladite porte est fermée par un grillage et gardée par trois cerbères plutôt souriants… moi qui croyais que c’était antinomique, Cannes me réserve décidément encore des surprises à cette heure tardive. Après avoir montré le sésame en question et après que la porte se soit ouverte sous l’injonction des cerbères instantanément déridés, on nous guide ensuite jusqu’à l’ascenseur devant lequel est écrit qu’il s’agit d’une résidence et qu’il est recommandé de ne pas faire de bruit. Il me semble que dans les autres soirées la consigne, implicite celle-là, était inverse : cet endroit me plaît déjà. Ascenseur. Porte. Cerbère remplacé par l’hôtesse des lieux. Notre hôtesse donc, dont j’ignore le nom me serre la main puis je serre une seconde main dont je ne connais pas plus l’identité du possesseur. On nous souhaite la bienvenue puis on nous fait visiter les lieux, un immense loft en marbre plongé dans une semie-pénombre doté de DJ et de bar pour l’occasion. Je vais humer l’air estival sur la terrasse qui offre effectivement une vue magnifique sur la Croisette et sa multitude de yachts illuminés venus l’honorer de leur présence à l’occasion du festival. Anonymes et célébrités, artistes en devenir ou reconnus se croisent et devisent en toute discrétion dans ce lieu feutré et clairsemé, hors du temps, de la réalité et surtout du brouhaha de la Croisette et de ses pingouins survoltés.
    19 Mai, déjà. Il est 5H, Paris s’éveille et Cannes s’endort. Dans les brumes de l’aurore et dans celles de mes pensées engourdies je décrypte quelques messages qui me rappellent dans ce cadre enchanteur que j’ai aujourd’hui un an de plus…à nouveau parmi les intemporelles étoiles cannoises.
    Sandra.M

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