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FESTIVAL DE CABOURG 2011

  • Bilan du Festival du Film de Cabourg (Journées romantiques ) : 25ème anniversaire

    cab56.jpgCette année, Cabourg célébrait ses 25 années de cinéma romantique, un romantisme qui, dans la sélection de cette année, était souvent désenchanté, déçu, timoré, condamné, vain quand il n’était pas implicite ou même absent des films présentés. Les âmes des personnages étaient en effet plus souvent esseulées ou perdues que tourmentées. Le romantisme était peut-être finalement davantage dans l’atmosphère follement mélancolique et passionnément pluvieuse de Cabourg que dans les salles obscures.  Quelques films néanmoins (heureusement ) répondaient à cette définition et sortaient du lot.

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    regarder.jpgParmi ceux-ci, « J’aime regarder les filles », premier long métrage  de Frédéric Louf présenté dans la section Panorama du festival et dont l’action débute la veille du 10 mai 1981. C’est ce jour-là que Primo (Pierre Niney) et Gabrielle (Lou de Laâge) se rencontrent. Ils ont 18 ans. Primo va bientôt passer le bac. Gabrielle fait partie de la bourgeoisie parisienne, lui est fils de petits commerçants de province. Primo est ébloui par le charme de Gabrielle. Il va s’inventer une vie qui n’est pas la sienne… Frédéric Louf arrive à transcrire la fébrilité et la fougue de la jeunesse, cet âge où tout est possible, à la fois infiniment grave et profondément léger, où tout peut basculer d’un instant à l’autre dans un bonheur ou un malheur pareillement excessifs, où les sentiments peuvent éclore, évoluer ou mourir d’un instant à l’autre, où tout est brûlant et incandescent. De son film et de ses interprètes se dégagent toute la candeur, la fraîcheur mais aussi parfois la violence et l’intransigeance de cet âge décisif. Et puis il y a la littérature qui cristallise magnifiquement les sentiments avec une des œuvres les plus marquantes du romantisme « On ne badine pas avec l’amour » de Musset car romantique « J’aime regarder les filles » l’est indéniablement. Et en arrière plan l’éveil à la politique, la violence sociale étant d’ailleurs aussi présente comme dans l’œuvre de Musset.  Un film simple, touchant, drôle qui a la grâce des 18 ans de ses personnages, à la fois fragiles et résolus, audacieux, insouciants et tourmentés et qui incarnent à merveille les héros romantiques intemporels même si le film est volontairement très ancré dans les années 80. Au sommet de la distribution, Pierre Niney (que vous avez pu notamment voir dans « les Emotifs anonymes » et « L’autre monde ») et Audrey Bastien qui incarnent toutes les nuances, les excès, les passions, la vulnérabilité et la force de la jeunesse avec un naturel confondant et avec ce petit quelque chose en plus, si rare et précieux, qui se nomme la grâce, le tout servi par des dialogues bien écrits. Mon coup de cœur de cette édition 2011 dont je vous reparlerai.

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     Mon autre coup de cœur s’intitule « Au cul du loup » et est le premier long métrage de Pierre Duculot présenté dans la section Panorama du festival. Il suit Cristina, presque trentenaire, qui vit dans la région de Charleroi avec son petit ami ;  elle y travaille comme serveuse. L’héritage d’une maison en Corse que lui a léguée sa grand-mère va chambouler son existence. Alors que tout le monde l’incite à vendre, elle va peu à peu y trouver un sens à sa vie et le goût de vivre, vraiment. Pierre Duculot filme son anti-héroïne avec beaucoup de délicatesse, d’empathie, de sensibilité et son éveil à un nouvel amour (surtout celui de la vie mais aussi celui d’un berger) au contact de la rudesse et de la beauté des paysages corses. Le film est porté par sa fascinante actrice principale Christelle Cornil, une actrice malheureusement encore méconnue d’une étonnante présence. « J’aime la beauté des filles ordinaires qui ne le sont pas » a déclaré Pierre Duculot lors du débat d’après film et c’est exactement ça. Christelle Cornil derrière une apparence banale révèle peu à peu, grâce à la délicatesse du regard de Pierre Duculot derrière la caméra, une beauté, une détermination et un caractère tout sauf ordinaires. Pierre Duculot a débuté sa carrière comme assistant des Dardenne et on retrouve dans son cinéma cette manière de révéler le meilleur des acteurs et des êtres derrière leur froideur parfois, cette manière d’accorder beaucoup de place au silence, à l’implicite, aux fêlures tacites des personnages, cinéaste également de l’intime  et de l’universel. Son film a été « fait avec le budget de la bande-annonce de l’élève Ducobu » a ironisé le réalisateur (800 000 euros) et c’est insensé qu’il n’ait pas de distributeur. J’espère que cette sélection l’aidera à en trouver un.

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    « Bonsaï » film en compétition du chilien Cristian Jimenez entrelaçait lui aussi fiction, réalité et littérature comme les branches du Bonsaï qui donne son titre au film.   Julio (Diego Noguera) y rencontre un écrivain qui cherche un assistant pour dactylographier son roman mais il n’est pas retenu. Il décide cependant d’écrire un manuscrit qu’il fait passer pour celui de l’écrivain auprès de sa maîtresse. Il s’inspire en réalité de son histoire d’amour passionnelle avec Emilia, huit ans plus tôt, lorsqu’ils étaient étudiants en littérature. La complexité et la fragilité de l’architecture du bonsaï mais aussi le soin qu’il faut lui apporter constituent une parabole de son histoire d’amour. «Bonsaï » est avant tout une belle déclaration d’amour à Proust et à la littérature. « On n'aime que ce en quoi on poursuit quelque chose d'inaccessible, on n'aime que ce qu'on ne possède pas », écrivait par exemple Proust dans «  La Prisonnière ». Cette citation pourrait parfaitement résumer ce film triste et sensuel comme une recherche du temps perdu…celui vécu entre le jeune romancier et son héroïne, amour de jeunesse, sans doute le seul véritable amour de sa vie…

    ville3.jpgProust décidément omniprésent puisqu’il l’était également dans « En ville » de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer qui suit la jeune Iris, 16 ans, qui vit dans une petite ville de province la fin de son adolescence. Elle rencontre par hasard Jean, photographe parisien d’une quarantaine d’années. Leur relation va évoluer en amitié amoureuse. Proust est cette fois présent par son célèbre questionnaire. Là aussi un film très littéraire aux accents parfois truffaldiens qui vaut surtout par la relation trouble entre Jean interprété par le beaucoup trop rare Stanislas Merhar (son très beau monologue dans lequel il exprime ce sentiment amoureux qu’il voit renaitre avec bonheur vaut à lui seul le déplacement) et Iris interprétée par la lumineuse Lola Créton. Une parenthèse qui a pour eux toute la beauté ambivalente d’une amitié amoureuse, celle d’une renaissance. Vous y retrouverez Valérie Donzelli…présente dans 3 films de ce festival !

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    Littérature toujours avec « Brighton rock » de Rowan Joffe adapté d’un roman de  Graham Greene de 1938 ( par le scénariste de l’excellent « The American » de Anton Corbijn dont l’atmosphère était d’ailleurs déjà menaçante et fascinante) transposé dans les années 1960.  Entre le thriller et la romance, « Brighton Rock » vaut surtout pour la beauté mélancolique et inquiétante de Brighton et du personnage principal qui emprunte au cadre du film ce mélange de rudesse et de fragilité mélancoliques. Sam Riley interprète à merveille ce personnage complexe de Pinkie Brown, petite frappe de 17 ans tourmenté et mégalomane qui veut venger le meurtre de son chef de gang et s’imposer comme leader. Lorsque Rose, une jeune et innocente serveuse tombe sur les preuves le liant à un règlement de comptes, il décide de la séduire afin de s’assurer de son silence. Elle tombe sous son charme aussi envoûtant qu’inquiétant… Le traitement comme la réalisation manquent un peu de fougue pour donner à cette histoire les accents lyriques auxquels elle aurait pu se prêter, néanmoins une des bonnes surprises de cette édition avec une distribution remarquable :  Helen Mirren, John Hurt, Andrea Riseborough dans le rôle, sur le fil, de la candide et passionnée Rose.

    Je passe sur la déception Miranda July qui cette fois avec son nouveau film « The future » oublie un peu la poésie (toujours néanmoins présente par petite touches) pour privilégier l’absurde en abordant la difficulté de créer, de vivre dans le présent dont elle fait l’éloge en oubliant peut-être un peu trop celui du spectateur. Je passe également sur le sympathique « L’art de séduire » de Guy Mazarguil qui vaut surtout pour Mathieu Demy formidable en personnage de comédie romantique maladroit…et une nouvelle fois pour Valérie Donzelli fantasque et volubile à souhait.

    Comme chaque année, la compétition des courts-métrages réservait de belles surprises même si là aussi romantisme signifiait plutôt solitude, amours désenchantés ou déçus, voire morbides,  avec un réel coup de cœur pour « Alexis Ivanovich vous êtes mon héros » de Guillaume Gouix, malheureusement oublié du palmarès : « Alex et Cerise s’aiment d’un amour joyeux. Un jour, Alex est agressé devant Cerise et la peur l’empêche de réagir. Alors que Cerise fait de cette histoire une simple anecdote, Alex la vit comme une réelle humiliation. Et si son amour-propre le faisait passer à côté du bonheur. » Le fait que Guillaume Gouix soit acteur n’est sûrement pas étranger au jeu des comédiens qui résonne ici si juste (Swann Arlaud est réellement remarquable et me fait aussi penser à cette phrase plus haut  de Pierre Duculot à propos de son actrice principale « la beauté des filles ordinaires qui ne le sont pas », Swann Arnaud a ainsi la beauté d’un garçon ordinaire dont Guillaume Gouix révèle la belle fragilité, cela confirme d’ailleurs au passage le talent de découvreur d’acteurs de Jean-Pierre Améris puisque, Swann Arlaud, comme Pierre Niney, dont je vous parlais plus haut jouait dans « Les Emotifs anonymes », son dernier film.) Guillaume Gouix arrive à rendre particulièrement touchant ce personnage radieux et joyeusement désinvolte qui, en une fraction seconde, blessé dans son orgueil, va tout remettre en question, découvrant ne pas être le héros qu’il aurait aimé être aux yeux de son amoureuse. Ce film recèle de ces instants de vérité dont parle si souvent Lelouch ( même si ce court-métrage n’a rien d’un Lelouch) qui auraient à eux seuls valu une récompense à ce film très juste et sensible.

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    Mention spéciale (de ma part et non de celle du jury puisque ce film ne figurait pas non plus au palmarès) également pour « Aglaée » de Rudi Rosenberg  (« un collégien perd un pari et a pour gage de proposer à une jeune handicapée de sortir avec lui ») dans lequel tous les jeunes comédiens sont étonnants de justesse à commencer par l’interprète principale mais aussi pour « Cheveu » de Julien Hallard pour lequel Franc Bruneau a obtenu le prix d’interprétation masculine et dans lequel « Philippe perd ses cheveux. Combien de temps lui reste-t-il avant la calvitie ? Son dermatologue est formel : seul son père a la réponse à cette question ». Cette rencontre avec son père va le ramener vers le passé, et confronter l’essentiel et le dérisoire avec là aussi beaucoup de justesse...même si ce film, à mon sens n’a rien de romantique.

     « Prochainement sur vos écrans » de Fabrice Maruca est à voir absolument pour sa succession de bandes annonces pour raconter une rencontre : comédie romantique, film d’horreur, film d’action, mélo et témoigne d’un réel don de l’observation mais aussi d’adaptation de son auteur. Un pastiche très drôle de ces différents styles cinématographiques et accessoirement une formidable carte de visite pour le réalisateur qui témoigne de sa faculté d’adaptation à ces différents genres.

    Et enfin « Hymen » de Cédric Prévost pour l’interprétation remarquable notamment de Grégory Gadebois (déjà remarquable dans le prix Michel d’Ornano du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville « Angèle et Tony »).

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    Dommage que pour la clôture la salle ait été divisée en deux (retrouvez le palmarès complet en cliquant ici), ce qui a rendu inaudible les propos des lauréats pour la moitié des spectateurs réduits à regarder la cérémonie sur des écrans.  Toute la salle a néanmoins pu se retrouver pour profiter du karaoké  et du concert improvisé qui a suivi entre l’improbable hommage de Dominique Besnehard à Sylvie Vartan (bien meilleur agent et désormais producteur que chanteur donc), celui de Pauline Lefevre à Elvis et  « Stand by me » remarquablement chanté par Tomer Sisley (un petit extrait ci-dessous).

    Je me réjouis du prix du public attribué à « Et maintenant on va où » dont je vous parlais le premier jour du festival, ici. Sans grande surprise Valérie Donzelli a obtenu le Swann d’or avec « La guerre est déclarée » inspiré du combat qu’elle a mené avec son compagnon contre la maladie de son fils.  Une déclaration de guerre mais surtout d’amour. Un hymne à la vie, au courage, à la fugacité du bonheur, un film plein de douce fantaisie, avec une inspiration toujours très truffaldienne, et jamais mièvre. Un film bouleversant d’une beauté subtile et sensible.  A cette occasion, je vous invite à redécouvrir ma vidéo du passionnant débat qui avait suivi la projection à Cannes et je vous rappelle que vous pourrez également voir ce film à Paris Cinéma puisqu’il figurera en compétition.

    Un festival qui a au moins le mérite de mettre en avant un cinéma populaire parfois méprisé par une certaine presse, un festival malheureusement boudé par les grands médias et dont le grand mérite est d’avoir révélé de nombreux cinéastes et comédiens qui reviennent d’ailleurs chaque année avec plaisir. Un festival pour moi aussi rythmé par la mélodie douce et mélancolique des souvenirs, réminiscence proustienne sans doute même si contrairement l’auteur indissociable de Cabourg (et a fortiori cette année où il était tellement présent dans les films en sélection), je ne pense heureusement pas que seul le temps écoulé, perdu, a une valeur. Un festival qui, à défaut de nous parler vraiment d’amour, a renforcé le mien pour les mots, l’écriture…et les festivals une fois de plus indissociables de jolis rencontres et de précieux moments hors du temps, fut-il irrémédiablement pluvieux. Dommage d’ailleurs que la météo capricieuse ait empêché les projections des films sur la plage comme « Voir la mer » de Patrice Leconte, « Les Yeux de sa mère » de Thierry Klifa et « Les émotifs anonymes » de Jean-Pierre Améris que je vous encourage à voir si ce n’est déjà fait.

    Prochains festivals à suivre en direct sur inthemoodforcinema.com : Paris cinéma du 30 juin au 13 juillet, Festival du Cinéma Américain de Deauville du 2 au 11 septembre 2011 et Festival du Film Britannique de Dinard du 5 au 9 octobre 2011. Et très bientôt, le retour des critiques de films un peu délaissées ces derniers temps.

    Et en attendant, je vous engage à revoir quelques chefs d’œuvre du cinéma romantique dont vous pouvez lire mes critiques en cliquant sur leurs titres:

    Sur la route de Madison de Clint Eastwood

    Un coeur en hiver de Claude Sautet

    Casablanca de Michael Curtiz

    La femme d'à côté de François Truffaut

    Un homme et une femme de Claude Lelouch

    Le Quai des brumes de Marcel Carné

    La fièvre dans le sang d'Elia Kazan

    Les Enchaînés d'Alfred Hitchcock

    Gatsby le Magnifique de Jack Clayton

    Ludwig ou le crépuscule des Dieux de Luchino Visconti

    Etreintes brisées de Pedro Almodovar

    César et Rosalie de Claude Sautet

    L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher

    Les noces rebelles de Sam Mendes

    Les amours imaginaires de Xavier Dolan

    Les émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris

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  • Le Palmarès des Swann d'or du Festival du Film de Cabourg 2011 (25ème anniversaire)

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    Alors que la soirée de clôture du 25ème Festival du Film de Cabourg vient de s'achever, je vous en livre le palmarès complet, ci-dessous, avant de publier ici en début de semaine mon compte rendu complet du festival, des longs-métrages comme des courts-métrages, ainsi que mes commentaires sur ce palmarès. 

     En attendant retrouvez mes critiques des films récompensés de Swann d'or: "Voir la mer" de Patrice Leconte, "Les yeux de sa mère" de Thierry Klifa (ainsi que mes interviews de l'équipe du film), "Les émotifs anonymes" de Jean-Pierre Améris, "Un balcon sur la mer" de Nicole Garcia.

     

    Grand Prix du Festival de Cabourg 2011

    La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli 

    Mention spéciale du jury à

    Happy, Happy, de Anne Sewitsky 

    Prix de la Jeunesse 2011

    Le Monde de Barney de Richard J. Lewis

     

    Prix du public 2011

    Et maintenant on va où? de Nadine Labaki

     

    Coup de foudre 2011

    Si tu meurs je te tue de Hiner Saleem

     

    Swann d’Or de la meilleure actrice 2011

    Isabelle Carré

    Dans Les Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris

     

    Swann d’Or du meilleur acteur 2011

    Jean Dujardin

    Dans Un Balcon sur la mer Nicole Garcia

     

    Swann d’Or du meilleur réalisateur 2011

    Patrice Leconte pour Voir la mer

     

    Swann d’Or du film romantique 2011

                   Les yeux de sa mère de Thierry Klifa                                                               

    Swann d’Or des révélations du cinéma en 2011

    Révélation féminine : Pauline Lefèvre

    Dans Voir la mer de Patrice Leconte 

    Révélation masculine : Raphaël Personnaz dans

    La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier 

    Coup de cœur

    Pour ses 50 ans de carrière romantique à Sylvie Vartan  

    * 

    Section Courts Métrages 2011 : 

    Mention spéciale : Prochainement sur vos écrans

    De Fabrice Maruca 

    Meilleur film :J’aurais pu être une pute de Baya Kasmi

     

    Meilleure Actrice : Vimala Pons pour J’aurais pu être une pute de Baya Kasmi

     

    Meilleur Acteur : Franc Bruneau pour Cheveu de Julien Hallard 

    *

     

    Le vendredi 17 juin 2011 au soir, ont été remis

    les Prix Premiers Rendez-Vous à  

    Ana Girardot pour Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert 

    Jérémie Duvall pour Le Fils à Jode Philippe Guillard et Mon père est femme de ménage de Safia Azzedine.

  • Festival du Film de Cabourg 2011 (1er jour) : à la recherche du romantisme (perdu ?)

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    Au-delà de la référence évidence et certes un peu facile à l’écrivain indissociable de Cabourg, je me demande tout de même si le romantisme n’est pas une notion devenue rare, voire malheureusement surannée, ou totalement disparue, au cinéma du moins, et peut-être pas seulement. En tout cas, s’il y a bien un lieu ou il doit être, c’est à Cabourg puisque ce festival est sous-titré « Journées romantiques » même si aucun des deux films à mon programme aujourd’hui ne correspondait à la définition du romantisme que je vous donnais récemment.

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    Pour ce retour au Festival du Film de Cabourg, après 4 ans d’absence, j’ai commencé ma journée festivalière par un film présenté dans la section Panorama et intitulé « Ni à vendre ni à louer », le troisième long-métrage de l’auteur de bandes-dessinées Pascal Rabaté qui, après l’adaptation de sa bande-dessinée éponyme « Les petits ruisseaux »,  s’essaie à un genre nouveau avec le film burlesque muet ou plus exactement sonore mais sans dialogues, ceux-ci se réduisant à quelques sons et onomatopées, comme chez Tati. Difficile de résumer ce film qui juxtapose les situations cocasses, loufoques, fantaisistes, parfois lourdes, et beaucoup plus rarement poétiques sans qu’il y ait de réelle trame, en réalité 5 histoires parallèles qui rarement s’entrecroisent, celle d’un couple de retraités qui, en guise de résidence secondaire, possède une maisonnette astucieuse, un couple de punks,  un représentant en parapluie victime de sa maîtresse sado-maso, deux couples qui séjournent dans le même hôtel, et deux imposteurs amateurs de golfs, le tout à côté d’une procession funéraire.  Le film de Pascal Rabaté fait immédiatement penser à Tati mais c’est évidemment toujours dangereux de se confronter à un tel monument du cinéma quand on ne possède ni son génie ni forcément sa délicatesse. Truffaut, Lynch, Kaurismaki : nombreux sont pourtant les grands cinéastes à avoir cité le créateur de Monsieur Hulot. Là où Tati, par exemple dans « Playtime », avec son manège aussi enchanteur que désenchanté, nous donne l’impression de tourner en rond tout en nous emmenant malicieusement quelque part, en nous parlant de modernité aliénante, Pascal Rabaté nous fait assister à un spectacle certes parfois amusant, mais vain, ne nous emmenant nulle part.  Et puis là où Tati responsabilité le spectateur, Pscal Rabaté nous présente une suite de saynètes dans lesquelles tout est dit et dicté.  Et malheureusement pour lui un autre film muet (« L’artist » de Michel Hazanavicius pour lequel Jean Dujardin a reçu  à Cannes un prix d’interprétation amplement mérité) laissera sans doute, lui, une forte empreinte dans le cinéma. Le casting est réjouissant ( Maria de Medeiros, Jacques Gamblin, Dominique Pinon, François Damiens, François Morel…)mes ne donne pas la pleine mesure du talent de ces derniers. Reste un souci notable du cadre, Le Croisic joliment filmé ( mais désertique et déserté, seul le sable appartient à tous et aux amoureux sans toit fixe, n’étant  ni à vendre ni à louer) et qui vous feront peut-être oublier le temps qui passe à défaut de vous faire retrouver le temps perdu.  Ce film sortira en salles le 29 juin 2011.  Le film a été suivi d’un débat avec Pascal Rabaté, Dominique Pinon et Catherine Hosmalin (l’un et l’autre peu loquaces et visiblement assez embarrassés d’en parler).  Pascal Rabaté a précisé avoir voulu faire un « portrait de la France prolétaire en vacances » (« il fallait que ce soit le miroir de la société, que la crise apparaisse à l’image ») tout en spécifiant n’avoir jamais aimé les vacances quand il était enfant. Il a évoqué sa difficulté à convaincre les financiers, le scénario d’un film muet contenant peu de pages, raison pour laquelle il a réalisé un story board du film.

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    A peine sortie du film de Pascal Rabaté, je rentre à nouveau dans la même salle (cette fois à moitié vide alors qu'elle était pleine pour la précèdente séance) pour découvrir une  autre avant-première, également dans la section Panorama : « Et maintenant on va où ? » de la cinéaste libanaise Nadine Labaki, film également sélectionné au dernier Festival de Cannes, à Un Certain Regard et film auquel j’ai été beaucoup plus sensible même si je ne le range pas davantage que le précèdent dans la catégorie des films romantiques.  Ce film raconte la vie d’un village libanais dans lequel les femmes s’évertuent à protéger le village et leurs familles des menaces extérieures et surtout des dissensions religieuses. Chrétiens et musulmans y vivent en effet en bonne entente mais cette entente est très fragile et le fruit de la détermination sans failles des femmes du village, faisant tout pour distraire les hommes et les empêcher de se haïr ou de trouver le moindre prétexte à leur haine. Comme une mine prête à exploser à tout instant. Nadine Labaki mêle gravité et légèreté et les styles (comédie musicale, comédie, drame) passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante pour ne nous dire qu’une seule chose qu’elle le chante, le crie ou le pleure : cessez cette haine meurtrière absurde.  « Et maintenant on va où » parle de la nécessité absurde mais finalement rassurante (car devenant un mode d’expression voire de distraction ou d’identification) d’appartenir à un camp, de s’exprimer par la violence qui peut surgir à tout instant et briser l’harmonie.  Une utopie enchantée, une fable parfois douloureuse et une démonstration par l’absurde maligne et efficace.  Le tout servi par des actrices remarquables (à commencer par la réalisatrice elle-même) et une lumière chaleureuse rendant hommage à ces dernières et à la beauté du Liban. Et un plan de la fin qui fait joliment et dramatiquement écho à celui du début illustrant l’insoluble question du titre.  Je vous reparlerai plus longuement de ce film que je vous recommande d’ores et déjà.

    A défaut de romantisme dans les salles obscures, je me suis consolée en regardant les teintes mélancoliques, changeantes et mystérieuses de la mer, toile éphémère porteuse de tumultueuses et romantiques promesses, mais aussi de nostalgie.

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    La journée s’est terminée sous une pluie diluvienne vidant les rues de Cabourg et ses restaurants dès 22h rendant la moindre denrée alimentaire encore plus rare que le romantisme affiché partout, ici, pourtant. Espérons que la journée de demain sera plus radieuse et riche en romantisme. A mon programme, pas moins de 5 films dont j’espère avoir le temps de vous parler demain soir. Peut-être ma quête du romantisme y trouvera-t-elle davantage de satisfaction. A suivre…

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    Ambiance débridée au stand d'informations...

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    La ville de Cabourg prend décidément soin du coeur des autochtones

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    Le Grand Hôtel qui trône au centre de Cabourg

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    Le Casino, l'autre salle du festival...

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    Les Swann d'or, symboles et récompenses du festival...

  • Festival du Film de Cabourg 2011 : critiques des films projetés dans le cadre de Ciné-swann

    cab67.jpgÀ la nuit tombante, le vendredi 17 et le samedi soir -18 juin-, les succès romantiques de l’année sont projetés sur un  écran géant (18 mètres au sol par 14 mètres de haut) installé sur la plage. Les spectateurs assistent à ces séances, installés sur la plage dans 500 transats du partenaire officiel CINE+, entre la mer et le Grand Hôtel. L'accès est gratuit, après retrait des tickets en billetterie. En attendant de vous parler des avant-premières en direct du festival (puisque je vous rappelle que j'y serai du 15 au 19 juin), retrouvez, ci-dessous, mes critiques de ces films avec en bonus, le récit de ma rencontre avec l'équipe des "Yeux de sa mère" de Thierry Klifa. Je vous recommande ces séances, d'abord parce que j'ai vu (à l'exception de "Si tu meurs, je te tue"),  et aimé ces films mais aussi parce que le cadre particulier sied particulièrement au caractère romantique de ces films, des séances qui présentent par ailleurs l'avantage d'être gratuites.

    Vendredi 17 juin, 22H30 / 00H30

    Les émotifs anonymes, de Jean-Pierre Améris

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    La comédie française se porte bien : après le réjouissant « Tout ce qui brille », le pétillant « De vrais mensonges », le romantique « L’Arnacoeur », le décalé « La reine des pommes », le sucré acide « Potiche »  cette année 2010 s’achève par une comédie qui n’est pas la plus clinquante ni la plus formatée mais sans aucun doute la plus attachante à des années lumière d’une « comédie » désolante, démagogique et opportuniste comme « Fatal ».

    Le gérant d’une chocolaterie au prénom aussi improbable que ses costumes démodés est un grand émotif. Jean-René (Benoît Poelvoorde) donc, puisque tel est ce fameux prénom suranné, cherche à employer une nouvelle commerciale. Angélique (Isabelle Carré) est la première à se présenter. Chocolatière de talent, elle est au moins aussi émotive que Jean-René, participant même à des séances des «Emotifs anonymes ». Entre eux le charme opère immédiatement, malgré leurs maladresses, leurs hésitations, leurs regards fuyants.  Seulement leur timidité maladive tend à les éloigner…

    Quant la mode est aux cyniques célèbres, un film qui s’intitule « Les Emotifs anonymes » est déjà en soi rafraîchissant et j’avoue avoir d’emblée beaucoup plus de tendresse pour les seconds. Cela tombe bien : de la tendresse, le film de Jean-Pierre Améris en regorge. Pas de la tendresse mièvre, non. Celle qui, comme l’humour qu’il a préféré judicieusement employer ici, est la politesse du désespoir. Jean-Pierre Améris connaît bien son sujet puisqu’il est lui-même hyper émotif. J’en connais aussi un rayon en émotivité et évidemment à l’entendre je comprends pourquoi son film (me) touche en plein cœur et pourquoi il est un petit bijou de délicatesse.

    La première grande idée est d’avoir choisi pour couple de cinéma Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré déjà réunis dans « Entre ses mains », le très beau film d’Anne Fontaine. Poelvoorde donne ici brillamment corps (mal à l’aise, transpirant, maladroit), vie (prévoyante et tétanisée par l’imprévu) et âme (torturée et tendre) à cet émotif avec le mélange de rudesse involontaire et de personnalité à fleur de peau caractéristiques des émotifs et Isabelle Carré, elle aussi à la fois drôle et touchante, sait aussi nous faire rire sans que jamais cela soit aux dépends de son personnage. L’un et l’autre sont pour moi parmi les plus grands acteurs actuels, capables de tout jouer et de nous émouvoir autant que de nous faire rire. Ici ils font les deux, parfois en même temps. Poelvoorde en devient même beau à force d’être touchant et bouleversant, notamment lorsqu’il chante, dans une scène magnifique que je vous laisse découvrir. Le film de Jean-Pierre Améris est ainsi à l’image de l’entreprise de chocolaterie vacillante de son personnage principal : artisanal mais soigné, à taille humaine, et terriblement touchant.

     La (première) scène du restaurant est un exemple de comédie et symptomatique du ton du film, de ce savant mélange de sucreries, douces et amères, de drôlerie et de tendresse. Cette scène doit (aussi) beaucoup au jeu des acteurs. Leur maladresse dans leurs gestes et leurs paroles (leurs silences aussi), leurs mots hésitants, leurs phrases inachevées, leurs regards craintifs nous font ressentir leur angoisse, l’étirement du temps autant que cela nous enchante, nous amuse et nous séduit.

    Le deuxième est le caractère joliment désuet, intemporel du film qui ne cherche pas à faire à la mode mais qui emprunte ses références à Demy ou à des pépites de la comédie comme « The shop around the Corner » de Lubitsch avec ses personnages simples en apparence, plus compliqués, complexes et intéressants qu’il n’y paraît sans doute à ceux qui préfèrent les cyniques célèbres précités. 

    Avec son univers tendrement burlesque, avec ses couleurs rouges et vertes, Jean-Pierre Améris nous embarque dans ce conte de noël qui se déguste comme un bon chocolat à l’apparence démodée mais qui se révèle joliment intemporel. Un film tout simplement délicieux, craquant à l’extérieur et doux et fondant à l’intérieur qui vous reste en mémoire...comme un bon chocolat à la saveur inimitable.

    Jean-Pierre Améris m’avait déjà bouleversée avec « C’est la vie » et « Poids léger », maintenant en plus il nous fait rire. Vivement le prochain film du cinéaste et vivement le prochain film avec Isabelle Carré ET Benoît Poelvoorde ! Si vous n’avez pas encore vu ce film allez-y de préférence le 25 décembre, vous ferez en plus une bonne action. Un film qui fait du bien comme celui-ci, c'est vraiment l'idéal un jour de noël et vous auriez tort de vous en priver.

    En bonus, regardez le clip de "Big jet lane" d'Angus et Julia Stone, très belle bo qui prolonge le film.

     

     

    Les yeux de sa mère, de Thierry Klifa

     Samedi 18 juin, 22h30 / 00h30

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    Parmi mes très nombreuses péripéties au cours de mes pérégrinations festivalières et cinématographiques, depuis déjà une bonne dizaine d’années, celle de ce 14 mars restera parmi les excellents souvenirs puisque, après avoir assisté à la projection du film « Les yeux de sa mère »,   j’ai partagé un déjeuner presse avec l’équipe du film : Catherine Deneuve, Marina Foïs, Marisa Paredes, Géraldine Pailhas, Nicolas Duvauchelle, Jean-Baptiste Lafarge… mais un peu de patience, avant de vous faire le compte rendu de ce déjeuner et de (presque) tout vous dire sur ces rencontres, place à la critique du film.

     Critique – « Les yeux de sa mère » de Thierry Klifa

     « Les yeux de sa mère » est le troisième film de Thierry Klifa, ancien critique de Studio (du temps où il n’était que Studio Magazine et pas encore Studio Ciné Live),  après « Une vie à t’attendre » et « Le héros de la famille », il sortira en salles le 23 mars. Après s’être intéressé au père dans « Le héros de la famille », Thierry Klifa (avec son coscénariste Christopher Thompson avec qui il a également coécrit le premier film en tant que réalisateur de ce dernier « Bus Palladium » auquel il est d’ailleurs fait un clin d’œil dans ce film) s’est, cette fois-ci, intéressé  à la mère qu’elle soit présente ou absente.

     A Paris, un écrivain en mal d'inspiration, Mathieu Roussel (Nicolas Duvauchelle) infiltre la vie d'une journaliste qui présente le journal télévisé, Lena Weber (Catherine Deneuve) et de sa fille danseuse étoile, Maria Canalès (Géraldine Pailhas) pour écrire à leur insu une biographie non autorisée. Pendant ce temps, en Bretagne, un garçon de 20 ans, Bruno (Jean-Baptiste Lafarge), qui habite avec ses parents, ne sait pas encore les conséquences que toute cette histoire va avoir sur son existence.

      Les yeux de sa mère » débute par le décès du père de Maria, dans les larmes et la douleur. Thierry Klifa revendique ainsi d’emblée le genre du film, celui du mélodrame auquel il est une sorte d’hommage. Un cinéma des sentiments exacerbés, des secrets enfouis, des trahisons amères, des amours impossibles. Un cinéma qui, sans doute, irritera ceux qui, il fut un temps, évoquait ce « cinéma de qualité française » avec un certain mépris  mais qui enchantera les autres pour qui comme disait Gabin "pour faire un bon film il faut trois choses: une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire » et ceux pour qui le cinéma doit faire preuve de la flamboyance et de l’exaltation qui font parfois défaut à l’existence.

    Depuis son succès, dix ans auparavant intitulé « Palimpseste », à l’image d’un palimpseste qui justement se construit par destruction et reconstruction successive, Mathieu, écorché par la vie, ayant perdu sa mère jeune, va donc d’abord s’acharner à déconstruire, au départ sans se soucier des conséquences, étant un peu « hors de l’existence » à l’image du personnage de Stephan interprété par Daniel Auteuil dans « Un cœur en hiver » que Thierry Klifa a d’ailleurs conseillé à Nicolas Duvauchelle de revoir. Mathieu, c’est Nicolas Duvauchelle un peu inquiétant, un peu ailleurs, qui en voulait déconstruire la vie des autres va, peut-être, se reconstruire.

    « Les yeux de sa mère » est un film dense et ambitieux avec beaucoup de séquences. Cela va vite, presque trop, tant les sujets (trahison, filiation, deuil insurmontable, création…) et personnages qui les incarnent sont nombreux.  La très belle musique de Gustavo Santaolalla (lauréat d’un Oscar en 2007 pour un magnifique film, là aussi choral, « Babel ») fait heureusement le lien entre ces différentes séquences.

     Le film reflète ce que j’ai pu entrevoir de Thierry Klifa : de l’enthousiasme,  une connaissance et un amour du cinéma et des acteurs, et de l’humilité. De l’enthousiasme pour la vie, pour ses personnages malgré ou à cause de leurs fêlures. De l’humilité qui peut-être est cause du principal défaut du film, celui de brasser trop de personnages (certes caractéristique du film choral) et de sujets de peur, peut-être, que le spectateur ne s’ennuie alors que dans « Une vie à t’attendre » il montrait justement qu’il savait raconter une histoire simple sans trop de personnages. « Les yeux de sa mère » semble contenir plein d’ébauches de films tant Thierry Klifa est sans doute imprégné de films et de sujets si bien qu’il nous laisse un peu sur notre faim, regrettant de laisser ses personnages finalement tous attachants à leurs destins (qui pourraient d’ailleurs donner lieu à une suite). Enfin un amour des acteurs.  Aucun n’est délaissé, des rôles principaux aux rôles plus secondaires, chacun ayant  sa  scène phare et il faut reconnaître à Thierry Klifa et Christopher Thompson possèdent le talent d’esquisser les traits de leurs personnages et de les faire pleinement exister en quelques plans.

     Mention spéciale à la découverte Jean-Baptiste Lafarge (qui n’avait jamais rien tourné jusqu’alors et dont la seule expérience se réduisait aux cours de théâtre de son lycée) parfait en jeune boxeur, personnage déterminé et à fleur de peau, à la fois sincère, naïf et épris d’absolu.

     Quant à Catherine Deneuve, dans un rôle encore une fois très différent du précèdent, dans « Potiche » (où elle était irrésistiblement drôle), en quelques secondes, en un regard, elle passe d’un état à un autre (et par voie de conséquence le spectateur lui aussi passe d’un état à un autre), soudainement bouleversée et absolument bouleversante (notamment dans la scène sur le quai de la gare avec Nicolas Duvauchelle tournée en un plan séquence). Ce regard m’a rappelée celui de ce sublime film dont Julien Hirsh, directeur de la photographie des « Yeux de sa mère » était aussi directeur de la photographie : « Je veux voir »  de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (dont je vous ai souvent parlé mais que je vous recommande vraiment !).

     Le film est aussi un jeu de miroirs et mises en abyme. Entre Catherine Deneuve qui incarne une star du petit écran et Catherine Deneuve star de cinéma. Entre Géraldine Pailhas ancienne danseuse  qui incarne une danseuse étoile. Entre l’écrivain dans le film qui infiltre la vie des autres et le cinéaste qui, par définition, même involontairement, forcément la pille aussi un peu. Entre l’écrivain voyeur de la vie des autres et le spectateur qui l’est aussi.

     Hommage au mélodrame donc mais aussi aux acteurs, et à la mère chère au cinéma d’Almodovar dont une lumineuse représentante figure dans le film de Thierry Klifa en la personne de Marisa Paredes. Mère absente,  qui abandonne, de substitution, adoptive, ou même morte.  « Les yeux de sa mère » est aussi un thriller sentimental qui instaure un vrai suspense qui n’est néanmoins jamais meilleur que lorsqu’il prend le temps de se poser, de regarder en face « les choses de la vie » et de laisser l’émotion surgir ou dans un très beau montage parallèle qui reflète au propre comme au figuré la filiation du courage.

     Un film de regards. Celui d’un réalisateur plein d’empathie pour ses personnages, d’admiration pour ses acteurs, et d’enthousiasme et qui nous les transmet. Ceux des acteurs dont sa caméra débusque les belles nuances. Et celui de Catherine Deneuve, une fois de plus dans les yeux de qui, si multiples et fascinants, il ne vous reste qu’à plonger. Ils vous émouvront et surprendront une fois de plus, je vous le garantis.  J’attends aussi avec impatience le prochain film de Thierry Klifa, un cinéma de qualité française et populaire au sens noble du terme, un cinéma que je revendique d’aimer aussi bien qu’un cinéma plus social comme celui de Ken Loach ou Mike Leigh.

    Récit de la rencontre exceptionnelle avec  Catherine Deneuve, Marina Foïs, Marisa Paredes, Géraldine Pailhas, Nicolas Duvauchelle, Jean-Baptiste Lafarge

     En préambule, je précise qu’aucune photo ou vidéo ne viendront illustrer cet article, celles-ci étant interdites par la maison de distribution en ces circonstances qui se doivent d’être plutôt conviviales. Il faudra vous contenter de mes mots, mon enregistrement sonore de trois heures n’étant pas très audible avec le cliquetis des couverts et aussi préférant je crois vous le relater et raconter mes impressions plutôt que de vous faire écouter une conversation décousue. Après la projection du film au cinéma du Panthéon, lieu que je fréquente assidûment et dont j’apprécie le caractère intimiste (et que je vous recommande au passage), rendez-vous était donné à 12H30 au-dessus dans le café restaurant de ce même cinéma, d’ailleurs décoré d’après les instructions de Catherine Deneuve.

    Si, comme moi, pour qui ce déjeuner presse était une première (et une première prestigieuse) vous en ignorez le fonctionnement, sachez qu’il consistait en l’occurrence en quatre tables, chaque table composée de six places, dont quatre pour les « journalistes » et deux pour les membres de l’équipe du film qui tournent entre l’entrée, le plat de résistance, le fromage et le dessert.  J’ai donc pris place et ai fait connaissance avec les autres convives, un sympathique blogueur-et non ce n’est pas du tout un pléonasme- de Publik’Art, une affable journaliste belge du quotidien le Soir totalement obnubilée par Catherine Deneuve et un journaliste dont je préserverai l’anonymat mais qui se contentait de regarder avec un œil goguenard l’assistance et moi a fortiori (car pas journaliste, pas du cénacle, pas considérable à ses yeux inquisiteurs et éreintés, sans doute). Je posai donc pas mal de questions à mes voisins (à l’exception du troisième dont il ne fallait pas être très perspicace pour constater qu’il n’aurait guère eu envie d’y répondre) pour évacuer mon anxiété et tenter d’oublier que quelques minutes plus tard j’allais me retrouver face à  l’héroïne des films de Bunuel, Téchiné, Truffaut, Demy et de tant d’autres que j’aime tant, doutant encore néanmoins que la mystérieuse Catherine Deneuve serait vraiment quelques minutes dans cette même salle où déambulaient déjà les autres acteurs du film.

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    Puis Marisa Paredes accompagnée de sa traductrice s’est installée à notre table, un peu sur la réserve, dégageant beaucoup de classe, de retenue. Pas peu fière de comprendre ce qu’elle disait en Espagnol, je ne poussai néanmoins pas la témérité, le ridicule ou l’inconscience jusqu’à lui poser mes questions en Espagnol, me contenter d’osciller de la tête comme un chien sur la plage arrière d’une voiture lorsqu’elle parlait et attendant patiemment la traduction pour parler à nouveau. Je me surpris à me prêter à l’exercice que je redoutais pourtant (parce que non, je ne suis pas journaliste, et non d’ailleurs je ne souhaite pas l’être) et de poser des questions, en Français donc. Elle nous a d’abord parlé du film, évidemment,  disant avoir accepté le projet car « l’histoire était intéressante, les personnages aussi » et parce qu’elle avait « la curiosité de travailler avec des personnes qu’elle ne connaissait pas » même si pour elle il y avait « une insécurité de ne pas parler la langue ». Elle a évoqué Paris où elle aime tout « sauf les taxis qu’on ne trouve jamais quand on en a besoin » et sa « grande complicité avec Catherine Deneuve,  une grande vedette. » Evidemment impossible de rencontrer Marisa Paredes sans parler de Pedro Almodovar et son prochain film « La peau que j’habite », « un film encore plus complexe  que ses précédents» selon elle. Elle n’a pas voulu répondre sur la possible sélection du film à Cannes mais son sourire valait acquiescement. Quand il lui propose un projet, il procède particulièrement en lui demandant d’abord si elle est libre à telle ou telle date plutôt que de lui envoyer d’abord le scénario toujours « très construit en profondeur », a-t-elle précisé. « Personne ne dirait non à Almodovar. On se sent privilégié d’être appelée par Almodovar. Pedro et moi avons une relation très complice, cela rend les choses plus faciles. Il  a inventé un style qui lui est propre, a donné une autre image de l’Espagne  » a-t-elle ajouté.  Elle a également évoqué le Franquisme comme « une blessure qu’il faut refermer mais dont il y a toujours un risque qu’elle s’infecte » et aussi de la  séparation stricte entre sa vie privée et sa vie professionnelle malgré « le problème de la presse rose  très agressive. » 

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    L’entrée n’était pas tout à fait terminée que déjà il fallait passer aux invités suivants : Marina Foïs et Jean-Baptiste Lafarge. J’ai été agréablement surprise par la sincérité, l’intelligence, la douce folie de la première qui, après avoir parlé de son rôle de « mère courageuse qui affronte ses émotions, la magnanimité du personnage, un rôle qui canalise sa folie » et de Catherine Deneuve « belle, intelligente avec ce truc prodigieux »  a parlé aussi bien des  scénarii qu’elle reçoit à réaliser alors qu’elle n’a aucun désir de réalisation car elle « ne raisonne pas en images », que de son rêve d’incarner Simone Weil au cinéma, que du théâtre auquel elle préfère le cinéma à cause du côté volatile du premier et parce qu’elle se trouve toujours « de moins en moins bien au fil des représentations car la mécanique intervient et que c’est donc moins intéressant et qu’il faudrait 30 représentations, pas plus». De temps à autre je ne pouvais m’empêcher de regarder autour espérant et redoutant à la fois la silhouette de Catherine Deneuve qui a fini par « apparaître » à l’autre extrémité de la pièce.   Evidemment moins de questions pour Jean-Baptiste Lafarge, forcément parce que sa carrière débute tout juste et que jusque là il n’avait joué que dans des cours de théâtre au lycée, et des réponses moins longues, forcément aussi, parce qu’il n’est pas encore rodé à l’exercice. Il s’est tout de même dit impressionné mais que c’était finalement « plus facile de jouer face à des acteurs de ce niveau » et que « quand c’était parti il n’était plus le temps d’angoisser. »

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    Changement de plats et changement d’interlocuteurs avec cette fois Géraldine Pailhas et Nicolas Duvauchelle, en apparence très différents l’un de l’autre, une vraie maitrise de soi de la première, et une certaine désinvolture du second, l’une cherchant visiblement à dissimuler ses doutes, fêlures à tout prix et l’autre non (pas plus que son ennui assez visible, d’être là, et compréhensible tant cela doit être à la longue lassant de répondre toujours aux mêmes questions, de subir les mêmes regards inquisiteurs). En réponse à la journaliste belge (qui m’avait avoué, mais ne le répétez pas, n’être là QUE pour Catherine Deneuve et dont les questions tournaient donc essentiellement autour de cette dernière), Géraldine Pailhas a donc à son tour évoqué Catherine Deneuve, comme « une actrice de chair et de sang capable de tout jouer » (Catherine Deneuve dont je ne pouvais m’empêcher d’entendre la voix tellement reconnaissable à la table d’à côté). Pour elle ce rôle représente « une conquête plus qu’un défi. » Il s’agissait d’une « opportunité à saisir. » Les réponses de Géraldine Pailhas étaient parfois très longues sans doute un peu pour pallier celles, très courtes de son voisin, aussi il m’a semblée pour masquer ses doutes, paraissant parfois presque trop sûre d’elle, s’enorgueillissant, au contraire et à la surprise de Nicholas Duvauchelle, de ne pas être gênée de jouer dans le conflit et du fait que le danger soit pour elle au contraire d’être dans la complaisance. Ce dernier a avoué avoir été très éprouvé par la scène du cimetière.  Et évidemment ma voisine belge lui a demandé ce qu’il pensait de Catherine Deneuve, ce à quoi il a répondu (sans doute pour la énième fois) qu’elle était « très drôle, très maternelle, toujours dans le vif, une évidence ». 

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    Puis est arrivée l’heure du dessert… et de Catherine Deneuve et Thierry Klifa. Accompagnés de deux personnes. Enfin accompagnéE de deux personnes aux petits soins. Silence respectueux et un peu intimidé de trois des convives et toujours goguenard pour le quatrième. Thierry Klifa particulièrement souriant, sous doute habitué aussi à ce manège probablement instructif à observer. Catherine Deneuve presque grave, déplaçant une lampe et ce cher journaliste dont je respecterai, toujours et malgré tout, l’anonymat ayant un humour aussi légendaire que son air goguenard de demander à Catherine Deneuve « si elle refaisait ainsi la décoration à chaque fois qu’elle venait », ce à quoi elle a répondu avec une douce autorité que simplement la lumière la gênait.  Il a précisé que c’était de l’humour. Vous vous en doutez tout le monde a trouvé cela absolument irrésistible, surtout lui-même. Puis silence… Je ne pouvais m’empêcher de me dire à quel point tout cela devait être amusant et lassant à ses yeux. Amusant de voir qu’elle dont je ne doute pas une seconde qu’elle sache être si drôle, ironique, brillante, modifie ainsi l’atmosphère et provoque le silence et le trouble. Elle dont je me souviens que lors de cette mémorable master class à sciences po elle avait parlé de ces rencontres qui la terrifiaient. Elle que j’avais aussi vue un peu lointaine et éblouissante lors de sa master class cannoise. Elle que certains sans doute auront trouvé froide ou distante mais dont je devinai à la fois l’amusement, le trac, la lassitude, tour à tour ou en même temps. Finalement notre journaliste belge a enfin posé ses questions à celle pour qui seule elle était là dont une particulièrement délicate sur la fin de sa carrière (et moi qui, avant cette rencontre redoutais de poser des questions ridicules ou absurdes). Elle a allumé une cigarette, avec classe, presque détachement, en apparence du moins, sans doute un moyen  de se donner une contenance et de se conformer à son rôle, celle de la star, pas parce qu’il lui plait de le jouer mais parce que c’est ce que chacun semble attendre d’elle. J’étais bien décidée à poser mes nombreuses questions d’abord à Thierry Klifa mais notre ami-dont-je-respecterai-l’anonymat semblait prendre un malin plaisir à me couper la parole pour poser des questions extrêmement originales à Catherine Deneuve « Est-ce que vous arrivez à sortir de vos rôles après un film ? Est-ce une nécessité pour vous de jouer ? ». Puis enfin, j’ai pu m’exprimer et parler avec Thierry Klifa de mon film préféré « Un cœur en hiver » auquel il se réfère dans le dossier de presse (ainsi qu’à deux de mes films fétiches « La femme d’à côté » de Truffaut et « La fièvre dans le sang » de Kazan ou encore au cinéma de James Gray mais malheureusement le temps a manqué pour évoquer ces sujets) , plus pour lui « une musique qui l’accompagne qu’un modèle » . Ses réponses étaient vraiment intéressantes et j’avoue que j’aurais eu encore des dizaines de questions à lui poser. Puis je lui ai parlé du directeur de la photographie Julien Hirsch moyen aussi de parler à Catherine Deneuve de ce sublime film « Je veux voir » -dont il est aussi directeur de la photographie- qui est aussi affaire de regards  (manière détournée de m’adresser à elle tout en posant une question à Thierry Klifa) seul moment où je crois avoir vu son regard s’illuminer. J’aurais voulu qu’elle parle de ce film mais le temps était compté. Thierry Klifa a répondu avoir été heureux de travailler pour la première fois avec Julien Hirsch avec qui il n’avait jamais travaillé mais qui avait déjà travaillé à plusieurs reprises avec Catherine Deneuve et qui sait s’adapter aux univers de chaque cinéaste. C’est le seul dialogue au cours duquel je n’ai pas pris de notes. J’étais captivée par la lumineuse présence de Catherine Deneuve  tout de rose vêtue, à la fois là et un peu ailleurs, croisant furtivement son regard perçant. Je n’osais la regarder de peur que ce regard passe pour scrutateur  ou  comme tant d’autres cherchant des stigmates du temps que chacun doit tenter de débusquer (mais qui l’ont épargnée et que de toute façon sa magnétique présence ferait oublier) ou ayant l’impression que ce regard, un de plus encore s’ajouterait à tous ceux qui la fixent constamment et serait presque indécent (pour ceux qui ne le sauraient pas encore, ma devise est « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué »). Elle a parlé des témoignages de sympathie qu’elle reçoit, de ces personnes (comme c’est le cas pour Lena dans le film) qui la dévisagent constamment qu’elle envisage différemment selon qu’elle est déprimée ou de bonne humeur, des rôles qu’elle reçoit qui sont souvent les mêmes et en réponse à Monsieur Goguenard du cinéma dont elle ne sait si c’est nécessaire car elle a toujours vécu là-dedans. Je ne me souviens pas de tout. Je n’ai pas noté donc. Je ne le souhaitais pas.  Juste être dans l’instant. Profiter de ce moment rare. J’ai rebondi sur une ou deux questions mais il me semble que ce qui se disait dans les gestes, les silences et les regards étaient plus intéressants que les mots. Puis elle est partie. Un peu comme une ombre ou un beau mirage évanescent.  Elle a sans doute dit au revoir, je n’ai rien entendu. Moi aussi je crois que j’étais à mon tour un peu ailleurs…

    Trois heures qui se sont écoulées comme un rêve, à la rapidité d’un générique de cinéma auquel elles ressemblaient.  Bien sûr de ces trois heures je ne vous ai retranscrit que quelques bribes, l’essentiel ayant finalement été dans l’implicite.

     Vous ne serez pas surpris si je vous dis que notre ami goguenard est parti sans dire au revoir, que mes tentatives d’amorce de conversation, connaissant bien son journal ayant un lien particulier avec, ne se sont soldées que par des soupirs de consternation (au moins aurons-nous eu celle-ci en commun). Et je ne peux que comprendre la lassitude de Nicholas Duvauchelle, de Catherine Deneuve ou des autres face à ce manque d’élégance, marque, au-delà de l’absence d’humilité, d’un défaut de talent, en tout cas de psychologie, belle illustration des propos de Marina Foïs sur les grands acteurs face auxquelles il est si facile de jouer, qui d’une certaine manière ne s’embarrassent pas d’une comédie pathétique. Cette comédie humaine que j’ai constaté dans tant de circonstances cinématographiques (pour connaître réellement quelqu’un, placez le soit dans un théâtre de guerre ou dans un théâtre des vanités, par exemple un festival, c’est imparable) à la fois belle et pathétique ne cessera de m’amuser, ou consterner, selon les jours.

     Un beau moment en tout cas dont je suis ressortie  avec  des tas d’images, d’impressions (que je retranscrirai ailleurs…) mais surtout de regards insolents, lasses, farouches, maquillés (au figuré), absents, incisifs, mécaniques, brumeux, enthousiastes et surtout d’un perçant que je ne verrai plus jamais pareil même si et heureusement il a  conservé tout son mystère, résisté à la lumière tapageuse et insatiable. D’une lampe détournée et pas seulement…

    Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia

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    Quatre ans après « Selon Charlie » (alors injustement malmené par la critique, notamment lors de sa présentation en compétition du Festival de Cannes), Nicole Garcia revient en tant que réalisatrice avec « Un balcon sur la mer » dans lequel Marc (Jean Dujardin), marié à un professeur (Sandrine Kiberlain), et père d’une petite fille, est agent immobilier dans le Sud de la France. Il mène une vie paisible et confortable jusqu’au jour où, lors d’une visite immobilière, il rencontre une femme mystérieuse (Marie-Josée Croze) représentant un acquéreur. Il pense reconnaître en cette femme énigmatique au charme envoûtant Cathy, l’amour de ses 12 ans, alors qu’il vivait en Algérie, à la fin de la guerre d’indépendance. Après une nuit d’amour la jeune femme disparait et le doute s’empare de Marc sur la réelle identité de cette dernière. Va alors débuter pour lui une quête. Amoureuse et identitaire. En partant à se recherche, c’est avant tout son propre passé enfoui qu’il va (re)trouver.

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    Une nouvelle fois, Nicole Garcia se penche sur l’enfance, ce qu’il en reste, et sur les méandres de la mémoire et la complexité de l’identité. Tout en finesse. Avec une lenteur appréciable quand le cinéma vise de plus en plus l’efficacité, oubliant d’ailleurs qu’elle n’est pas forcément synonyme de fracas et de vitesse mais parfois de silences et de lenteur, oubliant que le message ou le sujet qu’il véhicule n’en a que plus de force en s’immisçant plutôt qu’en s’imposant bruyamment.

    Ce « balcon sur la mer » est à l’image de la lumière du sud dont il est baigné, d’abord éblouissante puis laissant entrevoir la mélancolie et la profondeur, plus ombrageuse, derrière cette luminosité éclatante, laissant entrevoir aussi ce qui était injustement resté dans l’ombre, d’une beauté a priori moins étincelante mais plus profonde et poignante.

     A l’image de la mémoire fragmentaire et sélective de Marc, le passé et la vérité apparaissent par petites touches, laissant sur le côté ce qui devient secondaire. Ainsi peut-on d’abord regretter le caractère elliptique du scénario, par exemple concernant la vie conjugale de Marc, mais cette ellipse se révèle avec le recul un judicieux élément dramatique puisque notre point de vue épouse alors celui de Marc. Sa femme est effacée comme son présent s’efface pour laisser place au passé qui ressurgit. Avec lui, on chemine vers ce balcon sur la mer, vers ce lieu de l’enfance perdue.

    Sans doute la présence de Jacques Fieschi, coscénariste (et notamment ancien scénariste de Claude Sautet) n’y est-elle pas étrangère, mais Nicole Garcia est une des rares à savoir raconter des « histoires simples » qui révèlent subtilement la complexité des « choses de la vie ». Des idées simples de mise en scène mais qui ont toutes une réelle signification comme ces souvenirs (re)vus à hauteur d’enfant, laissant les adultes et parfois la violence dans les limbes de la mémoire. Une manière délicate de dire l’indicible. De montrer simplement toute l’ambivalence humaine comme le personnage de Marie-Josée Croze qui multiplie ainsi les identités : celle qu’elle endosse en tant que prête-nom, celle qu’elle endosse pour Marc, jouant donc constamment un rôle dans la vie avant de le faire sur scène débarrassée de ses artifices. C’est paradoxalement en jouant qu’elle se trouvera elle-même. En cela, « Un balcon sur la mer » est aussi une véritable mise en abyme de l’imaginaire et donc du cinéma, un hommage à leur pouvoir salvateur.

    La plus grande réussite du film c’est néanmoins sans aucun doute les choix de Jean Dujardin et Marie-Josée Croze dans les rôles principaux. Le premier incarne Marc à la perfection, traduisant avec beaucoup de justesse et de nuances les doutes de cet homme qui retrouve son passé, son enfance et ainsi un ancrage dans le présent. Il rend son personnage touchant et bouleversant sans jamais forcer le trait et montre une nouvelle fois la large palette de son jeu (ici à mille lieux  de 0SS 117 dans lequel il excellait pourtant également), encore inexplorée. Face à lui, Marie-Josée, Croze est plus mystérieuse et incandescente que jamais après le mésestimé « Je l’aimais » de Zabou Breitman. De leur couple se dégage beaucoup de charme, de mystère, mais aussi une forme d’innocence qui renvoie à l’enfance.

    En toile de fond, l’Algérie, sa violence et la nostalgie qu’elle suscite, et la ville d’Oran où a vécu Nicole Garcia enfant (et d’ailleurs également Jacques Fieschi). Une violente nostalgie qui est aussi celle de ces souvenirs d’enfance et de ces doux regrets qui ressurgissent brutalement et submergent, dans ce sens « Un balcon sur la mer » est un film à la fois très personnel et universel. Le balcon sur la mer :  c’est cet endroit secret de nos mémoires qui donne sur les souvenirs d’enfance enfouis, dont la réminiscence est tantôt douloureusement heureuse ou joyeusement douloureuse mais jamais exempte d’émotion. Un balcon sur la mer dont je vous engage à aller respirer l’air iodé, le 15 décembre. Un subtil thriller sentimental au parfum doux, violent et enivrant des souvenirs d’enfance.

     

    Si tu meurs, je te tue, de Hiner Saleem

    Séance spéciale Ciné Swann, présentée en salle de cinéma

    Voir la mer, de Patrice Leconte

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    En général, les grands cinéastes se distinguent par la ressemblance de styles entre leurs différents films qui, d’une scène ou même juste d’un plan, permettent de reconnaître leurs signatures, sans aucun doute. Patrice Leconte est l’exception qui confirme à la règle, car, à l’inverse, même si on retrouve des ressemblances ou des thématiques communes dans ses différents films, ils ont surtout pour point commun de ne pas en avoir… A chaque fois, Patrice Leconte nous embarque dans un nouvel univers, dans un nouveau style. Difficile d’imaginer que c’est le même cinéaste qui a réalisé « Monsieur Hire », « Ridicule », « La Fille sur le pont » (bijou scénaristique et de mise en scène, avec sa musique et ses métaphores envoûtantes), « La Veuve de Saint-Pierre », « Dogora », des films très différents les uns des autres. Je ne cite pas ceux-là par hasard, ce sont ceux que je préfère (d’ailleurs en bonus, retrouvez ma critique de « Ridicule », ci-dessous) et j’avais aussi beaucoup aimé des films comme « Une chance sur deux », qui n’avait pas eu le succès escompté mais qui jouait avec beaucoup d’humour sur le statut de stars de ses protagonistes, ou « L’homme du train », au succès encore plus confidentiel, mais réussi. En fait, je crois que les deux seuls qui me semblent détoner dans sa filmographie et que je n’ai pas aimés  sont « Les Bronzés 3 » dans lequel les personnages étaient devenus mesquins ou vraiment médiocres et « La Guerre des Miss », peut-être le film de trop. Deux ans plus, tard, je me demandais donc bien à quoi pourrait ressembler ce nouveau film intitulé « Voir la mer ».

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    « Voir la mer », c’est d’abord l’histoire de deux frères, Clément (Clément Sibony) et Nicolas (Nicolas Giraud). Ils habitent à Montbard, en Bourgogne et,  pour les vacances d’été, ont décidé d’aller voir leur mère à Saint-Jean-de-Luz qu’ils n’ont pas vue depuis longtemps. Clément vient de se séparer de sa petite amie et Nicolas, lors d’une soirée, rencontre Prudence (Pauline Lefevre)… qu’il retrouve le lendemain matin sur son pallier. Elle, Prudence, c’est la mèrE qu’elle n’a jamais vue. Elle va les accompagner sur les routes, partant tous finalement pour (re)voir la mer(e). Nicolas d’abord réticent en voyant ce périple entre frères ainsi troublé par une troisième présence va peu à peu tomber sous son charme…

    Que pouvait donc bien faire Patrice Leconte après tant de films et après les deux derniers qui témoignaient d’une certaine lassitude ? Repartir de zéro. D’ailleurs, il signe pour la première fois le scénario seul (à l’exception du « Parfum d’Yvonne » mais qui était une adaptation de Modiano.) Faire un film qui ressemble, non pas à un 28ème film, mais à un premier. Avec ce que cela implique de légèreté, de liberté, d’insouciance, de sincérité et de touchantes maladresses. Il aurait pu choisir une grosse production, mais non, il a finalement choisi ce qui réclamait le plus d’audace, un film simple avec trois acteurs principaux dont une actrice qui fait ses débuts au cinéma.

    De ce synopsis, il aurait pu tirer une histoire de jalousie, de rancœur, de cynisme sur les désillusions de l’existence, sur la duplicité. Il a choisi tout le contraire. Une parenthèse enchantée, hors du temps, hors de la réalité, cette réalité, dans laquelle, normalement, il faut choisir et transiger.  Prudence ne choisira pas entre Jules et Jim, pardon, Clément et Nicolas. Clément et Nicolas ne se déchireront pas, rongés par la jalousie et l’aigreur. Non. Dans leur motor-home d’occasion, ils vont simplement faire la route tous les trois, au gré de leurs envies, de leurs désirs. Désirs de liberté et désirs amoureux. La caméra de Patrice Leconte caresse l’épaule, les cheveux, le visage de Prudence, empreinte du regard ensorcelé des deux frères. C’est avant tout le film de la légèreté. Pas au sens péjoratif. Mais au sens d’insouciance, presque d’inconscience. Légèreté technique aussi puisque Patrice Leconte s’est entouré d’une petite équipe (14 personnes).

    Et puis il y a la découverte. Prudence, qui est d’ailleurs tout le contraire de son prénom, cette fille inattendue », attachante, libre, franche, une « femme aux cheveux courts », qui est « ce qui leur est arrivé de mieux dans la vie » incarnée par Pauline Lefevre, l’ex miss Météo de Canal + qui fait ses premiers pas au cinéma et qui apporte au film son indéniable charme lumineux, et sa justesse. Elle rappelle un peu le personnage de « La Fille sur le pont » qui portait elle aussi un prénom tout aussi charmant qu’improbable, Adèle. Là aussi un road movie. Un film sur la chance (mais là aussi finalement, la chance de la bonne rencontre) et sur le cirque que rappelle parfois aussi la musique de « Voir la mer », une bo d’ailleurs très réussie.

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     Les deux garçons eux aussi sont pleins de charme : Nicolas qui ne semble pas encore totalement sorti de l’enfance, avec son regard enfantin, naïf, avec ses tshirts d’adolescent, Clément, d’abord plus méfiant vis-à-vis de Prudence car un peu blessé par la vie. Seul le personnage de Max (l’ex jaloux –un peu trop- grandiloquent de Prudence) incarné par Gilles Cohen vient troubler cette quiétude et apporter une note dissonante, entièrement assumée par une musique de cirque.

    Encore une fois, Patrice Leconte a décidé de ne pas tenir compte des critiques (et il a bien raison !), de faire comme ses personnages, (ou plutôt ses personnages reflètent-ils sont état d’esprit ou ce que à quoi il aspire) qui suivent leurs envies sans se soucier du regard des autres ou du lendemain, trois grands enfants attachants que les aigris trouveront sans doute « naïfs ». Tant pis pour eux. C’est cela aussi le cinéma, nous donner à voir des personnages autres, presque « irréels ».

    C’est néanmoins un peu exagérer que de dire que ce film a des airs de premier film car pour célébrer ainsi l’éclat et l’éternité fugace de la jeunesse, sans doute faut-il l’avoir déjà passée et en avoir éprouvé la cruelle nostalgie. C’est aussi exagérer que de dire que ses films n’ont aucune ressemblance. On retrouve cette rencontre providentielle qui change le cours d’un destin, ces êtres un peu paumés mais attachants… et une photographie comme toujours remarquable, baignée d'une lumière d'été à la fois douce et incandescente (signée ici Jean-Marie Dreujou également comme dans « La Fille sur le pont »).

    Allez voir cette parenthèse enchantée et rafraîchissante, ce road movie sentimental, solaire, tendrement sensuel, empreint d'une douce candeur, et découvrez un « premier » film plein de charme (qui fait surgir l’émotion  le temps d’un « si Maman si » ) qui nous ferait presque croire à la possibilité de « vivre au jour le jour » ou en tout cas nous en donnerait envie; un jeune cinéaste dont on ne peut croire que le titre de son livre « J’arrête le cinéma » reflète réellement ce qu’il désire. Ce serait bien dommage qu’il s’arrête là. Sa (nouvelle) carrière ne fait que commencer. Vivement le second film  (déjà tourné : « Le magasin des suicides » dont la date de sortie n’est pas encore fixée) de ce jeune cinéaste, libre et insouciant, et qui nous donne envie de l’être, ou de voir la mer et la mère peut-être simplement,…et dans une époque où le cinéma se complait parfois un peu trop dans la morosité, le réalisme et le cynisme (souvent les trois en même temps, imaginez…), cela fait beaucoup de bien.

  • Le programme complet du 25ème Festival du Film de Cabourg - Journées romantiques 2011

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    Je me réjouis d’autant plus de retourner au Festival du Film de Cabourg (qui fête cette année ses 25 ans)  que le programme que je viens de découvrir est des plus réjouissants (presque trop dense, les choix seront cornéliens!) avec, d’un côté, les meilleurs films romantiques de l’année passée dont vous avez pu retrouver mes critiques sur inthemoodforcinema (cliquez sur les noms des films pour accéder à mes critiques, je vous recommande vivement ces différents films):

     -« Les yeux de sa mère » de Thierry Klifa  et retrouvez également le récit de ma rencontre  avec l’équipe : Catherine Deneuve, Nicolas Duvauchelle, Marina Foïs, Thierry Klifa etc

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    -«  Voir la mer » de Patrice Leconte,

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    -« Les émotifs anonymes » de Jean-Pierre Améris

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     -« Un balcon sur la mer » de Nicole Garcia

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    et, de l’autre, des avant-premières de films que je suis impatiente de découvrir ou de revoir comme « La guerre est déclarée » de Valérie Donzelli découvert dans le cadre de la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes dont il faisant l’ouverture, un film qui a bouleversé les festivaliers ( Un hymne à la vie, au courage, à la fugacité du bonheur, un film plein de douce fantaisie, avec une inspiration toujours très truffaldienne, et jamais mièvre. Un film bouleversant. ) et qui fait partie de la compétition à Cabourg mais également au Festival Paris Cinéma que vous pourrez aussi suivre en direct sur ce blog, en juillet prochain. Retrouvez ma vidéo du débat qui a suivi la projection de "La guerre est déclarée", à Cannes, ci-dessous.

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     Au programme , pas moins de 76 séances et 4 Ciné-Swann sur la plage (qui existaient déjà lors de ma participation au jury en 2002 et qui font partie des rendez-vous incontournables du festival.

    A ne pas manquer:

    .un Panorama de longs métrages en avant-première,

    . une Compétition de longs métrages,

    . une Compétition de courts métrages,

    . des séances Ciné-Swann sur la plage,

    . une section Premiers Rendez-vous,

    . une programmation Jeunesse,

    . une section Fenêtre sur le Pacifique,

    . un Coup de cœur (décerné à Sylvie Vartan).

     Les films de la section panorama parmi lesquels sera élu le prix du public (par les spectateurs votant à l’issue de la séance) :

    -3 fois 20 ans, de Julie Gavras (France)

    Interprétation : William Hurt, Isabella Rosselini, …

     -L’art de séduire, de Guy Mazarguil (France)

    Interprétation : Julie Gayet, Mathieu Demy, Valérie Donzelli, …

     -Au cul du loup, de Pierre Duculot (Belgique, France)

    Interprétation : Christelle Cornil, Jean-Jacques Rousin, …

     -Chico & Rita, de Fernando Trueba & Javier Mariscal (Espagne, Grande-Bretagne)Animation / VOSTFR

    Interprétations des chansons : Bebo Valdés, Idania Valdés, Estrella Morente, …

     -L’élève Ducobu, de Philippe de Chauveron (France)

    Interprétation : Elie Semoun, Héléna Noguerra, Bruno Polydadès, Claude Vincent, …

     -Et maintenant, on va où ?, de Nadine Labaki (Liban, France)

    Interprétation : Nadine Labaki , Claude Msawbaa, Leyla Fouad, …

      -La Fée, de et avec Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy (Belgique, France)  

    -J’aime regarder les filles, de Frédéric Louf (France )

    Interprétation : Pierre Niney de la comédie française, Lou de Lâage, …

     -Mes meilleures amies, de Paul Feig (États-Unis)

    Interprétation : Kristen Wiig, Maya Rudolph, Ellie Kemper, …

     -Ni à vendre, ni à louer, de Pascal Rabaté (France)

    Interprétation : Jacques Gamblin, Maria De Medeiros, François Damiens, …

     - Pourquoi tu pleures ?, de Katia Lewkowicz (France )

    Interprétation : Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia, Valérie Donzelli, …

     - Noces Éphémères, de Reza Serkanian (Iran, France)

    Interprétation : Mahnaz Mohammadi, Hossein Farzi Zadeh, …

     -La prima cosa bella, de Paolo Virzì (Italie) Interprétation : Valerio Mastandrea, Stefania Sandrelli, Micaela Ramazotti, …

     La compétition de longs métrages (soumise au vote du Grand jury et du jury du prix de la jeunesse) :

     -Amador, de Fernando Leon de Aranoa (Espagne )

    Interprétation : Magaly Solier, Ceslo Bugalo, Pietro Sibille, …

     -Bonsaï, de Cristian Jiménez (Chili, France )

    Interprétation : Diego Noguera, Nathalie Galgani, …

     -Brighton Rock, de Rowan Joffe (Angleterre)

    Interprétation : Helen Mirren, Sam Riley, John Hurt,

     -En ville, de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer (France)

    Interprétation : Lola Créton, Stanislas Merhar, Valérie Donzelli, …

     -The Future, de Miranda July

    Interprétation : Miranda July, Hamish Linklater, …

     -La Guerre est déclarée, de Valérie Donzelli (France)

     Interprétation : Valérie Donzelli, Jérémie Elkaim, …

     -Happy Happy, de Anne Sewitski( Norvège )

    Interprétation : Agnes Kittelsen, Kenrik Rafaelsen, …

     -Le monde de Barney, de Richard J Lewis (Canada, Italie)

    Interprétation : Paul Giamatti, Rosamund Pike, Minnie Driver, …

     Courts-métrages en compétition: retrouvez la liste dans mon article, ici.

    Seront également projetés deux courts-métrages hors compétition :

    L’oeil du Paon, de Gerlando Infuso

    Haram, de Benoît Martin

    Composition du jury longs métrages :

    Un Jury composé de personnalités du cinéma décerne le Grand Prix du Festival du Film de Cabourg lors de la Cérémonie des Swann d’Or.

    Co-Présidents : Radu Mihaileanu (réalisateur), Sylvie Vartan (chanteuse, comédienne)

    Membres du Jury : Astrid Bergès-Frisbey (comédienne), Audrey Dana (comédienne, réalisatrice), Virginie Despentes (écrivain, réalisatrice), Emmanuel Mouret (réalisateur), Frédéric Niedermayer (producteur), Tomer Sisley (comédien), Saïd Taghmaoui (comédien).

    Le jury du prix de la jeunesse, composé de lycéens, sera parrainé par : Lola Naymark (comédienne), Frédéric de Nexon (scénariste), Ivan Calbérac (réalisateur).

    Le jury des courts-métrages sera composé de :

    Président :

    Gustave Kervern (réalisateur)

    Membres du Jury : Deborah François (comédienne), Vénus Khoury-Ghata (écrivain), Heremoana Maamaatuaiahutapu (vice-président du FIFO, directeur de la Maison de la Culture de Tahiti), Isabelle Frilley (représentante de TITRATVS), Michèle Simmonet (représentante de l’ADAMI), Emmanuel Cléré-Zacharias (gagnant du concours STUDIO CINE LIVE), Sophie Conan (gagnante du concours FRANCE BLEU).

    Coup de cœur à Sylvie Vartan :

    Le Festival a souhaité célébrer les 50 ans de carrière romantique en chansons et en films de la co-présidente du Grand Jury : Sylvie Vartan. Sylvie Vartan présente au public : L’ange noir, de Jean-Claude Brisseau. Sylvie Vartan dédicace son album Soleil Bleu, Dimanche 19 juin à 11h - Salle des fêtes de l’Hôtel de Ville, accés côté parking. Entrée gratuite après retrait d’un ticket en billetterie.

     Ciné-Swann sur la plage :

    À la nuit tombante, le vendredi et le samedi soir, les succès romantiques de l’année sont projetés sur écran géant (18 mètres au sol par 14 mètres de haut). Les spectateurs assistent à ces séances, installés sur la plage dans 500 transats du partenaire officiel CINE+, entre la mer et le Grand Hôtel. Accès gratuit, après retrait des tickets en billetterie.

    Vendredi 17 juin, 22H30 / 00H30

    Les émotifs anonymes, de Jean-Pierre Améris

    Les yeux de sa mère, de Thierry Klifa

     Samedi 18 juin, 22h30 / 00h30

    Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia

    Si tu meurs, je te tue, de Hiner Saleem

    Séance spéciale Ciné Swann, présentée en salle de cinéma

    Voir la mer, de Patrice Leconte

     Le Prix du premier rendez-vous:

    Pour soutenir l’émergence de jeunes talents cinématographiques, le Prix Premier Rendez-vous, créé en 2008, récompense la première apparition d’une actrice et d’un acteur dans un rôle de premier plan. La Cérémonie des Premiers Rendez-vous 2011 se déroulera au Grand Casino de Cabourg le vendredi 17 juin, en partenariat avec ALLIANZ et CHAUMET. ALLIANZ remettra un chèque de 1500 euros à chaque lauréat pour le soutenir dans sa formation d’acteur. Le joaillier CHAUMET offrira également une montre à l’actrice et à l’acteur pour marquer ce « Premier Rendez-vous » avec le public, et cette première reconnaissance de la profession. Le public peut faire connaissance avec les jeunes lauréats, lors des projections de :

     Le fils à Joe, de Philippe Guillard

    Interprétation : Gérard Lanvin, Olivier Marchal, Jérémie Duvall, …

     Simon Werner a disparu, de Fabrice Gobert

    Interprétation : Ana Girardot, Jules Pélissier, Audrey Bastien, …

     Egalement au programme : la section jeunesse, Fenêtre sur le Pacifique  (section documentaire qui a vu le jour en 2010, en partenariat avec le Festival International du Film d’Océanie), l’allée des talents (rencontre professionnelle informelle),  la sélection européenne (11 films européens au programme),  une séance spéciale (Rendez-vous avec un ange, de Sophie de Daruvar et Yves Thomas France / 2010 / 1h38 / Couleur Interprétation : Isabelle Carré, Sergi Lopez, …) , l’édition du livre-anniversaire du festival en vente sur place, une TV festival pour fêter les 25 ans (www.dailymotion.com/festival-cabourg) , le jardin idéal de Emmanuelle Béart, une exposition « Que s’est-il passé à MArienbad », le tapis rouge en centre ville,  la retransmission de la cérémonie des Swann d’or.

     Mais aussi, des Conférences signatures :

    › Marie d’Agoult, par Charles Dupêchez, dans le cadre du bicentenaire de la naissance du grand compositeur romantique Franz Liszt.

    › Mémoires de cinéma, par Mylène Demongeot, Coup de chapeau du Festival en 2002.

    › Balzac, par Gonzague Saint Bris, fondateur du Festival.

    Samedi 18 juin, 14h - Salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville, accés côté parking.

    Entrée gratuite après retrait d’un ticket en billetterie.

     Egalement à ne pas manquer:  la soirée des roses le 17 juin (Une soirée de gala, la Soirée des roses, se tiendra le vendredi 17 juin en présence du Jury et des équipes de la section courts métrages, et de représentants de l’Association de Festival. Les convives se rendront au Grand Hôtel de Cabourg pour un dîner qui se clôturera par un mini récital de la comédienne et chanteuse Arielle Dombasle. Cette soirée est également placée sous le signe de la charité grâce à la désormais mythique Tombola des roses, dont les bénéfices sont reversés à l’Association L’Enfant Bien Entendu - Enfance maltraitée Normandie. ) .

     Liste des personnalités attendues au 25ème Festival du Film de Cabourg :

     

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    Emmanuelle Béart, Christine Citti, Guillaume Laurant, Gonzague Saint Bris, Mathieu Demy, Elie Semoun, Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy, Dominique Pinon, Pascal Rabaté, Marie Kremer, Stanislas Merhar, Jérémie Elkaïm, Valérie Donzelli, Guillaume Gouix, Johan Libéreau, Hafsia Herzi, Charles Dupêchez, Gustave Kervern, Vénus Khoury-Ghata, Ivan Calbérac, Frédéric de Nexon, Lola Naymark, Astrid Berges-Frisbey, Audrey Dana, Virginie Despentes, Emmanuel Mouret, Tomer Sisley, Sylvie Vartan, Dominique Besnéhard, Jérémie Duvall, Ana Girardot, François-Xavier Demaison, Arielle Dombasle, Isabelle Carré, Jean Dujardin, Thierry Klifa, Patrice Leconte, Pauline Lefevre, Claude Lelouch, Raphaël Personnaz, Hiner Saleem,Jean-Pierre Ameris, Mylène Demongeot, Nicolas Duvauchelle, Nicole Garcia, Tonie Marshall, Mélanie Thierry, Jean-Claude Brisseau, Radu Mihaileanu, Deborah François, Saïd Taghmaoui, Bruno Nuytten, Baya Kasmi ...

    Billetterie

    Les projections du festival sont accessibles à l’achat d’un laissez-passer (25 euros, pour 5 séances de cinéma), remis dans un kit-festivalier comprenant le catalogue et la grille-horaire. Muni de ce laissez-passer, chaque spectateur retire les places pour les films de son choix en billetterie. Aucun ticket n’est donc vendu à l’unité. Avant l’ouverture du festival, la vente des laissez-passer et des produits dérivés (livre anniversaire, affiche et carte postale) est assurée à l’Office du Tourisme de Cabourg les week-ends du 2 au 5 juin et du 11 au 14 juin. À partir du mercredi 15 juin, l’espace billetterie ouvre ses portes. Les ventes de livres et de laissezpasser y sont assurées, ainsi que le retrait des places. Attention, ces retraits ne peuvent s’effectuer que pour les séances du jour même et du lendemain : le mercredi seules les places des séances du mercredi et du jeudi sont disponibles, le jeudi, sont uniquement distribuées les places du jeudi et du vendredi, et ainsi de suite...

    Nouveauté : lorsque des séances affichent complet, les festivaliers ont la possibilité de retirer des « tickets dernière minute » numérotés. A l’heure exacte du début de séance, les sièges restés libres seront proposées au personnes disposant de ces tickets spéciaux.

    Attention : les tickets n’étant ni échangeables, ni remboursables, la ponctualité sera de mise en 2011 !

    Espace billetterie

    Pavillon Charles Bertrand sur les Jardins du Casino, Du mercredi 15 au dimanche 19 juin,

    Ouverture à 8h30, fermeture à la dernière séance. Conditions générales de vente disponibles sur www.festival-cabourg.com

    En savoir plus:

    Cliquez ici pour retrouver tous mes articles consacrés au Festival du Film de Cabourg 2011 et notamment mon top du cinéma romantique.  Cliquez là pour lire mon compte rendu du Festival du Film de Cabourg 2007. 

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    Grille de programmation
     

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  • Top des meilleurs films du cinéma romantique...en attendant Cabourg

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    A l’occasion du Festival du Film de Cabourg (Journées romantiques) en direct duquel je serai du 15 au 19 juin, je vous propose, à nouveau et revisité, ci-dessous, mon classement des meilleurs films du cinéma romantique. Je me souviens que l’année où j’avais fait partie du jury du festival, nous avions eu un débat sur ce qu’est le cinéma romantique avant de décerner le prix du meilleur film romantique dans la section courts-métrages à "J'attendrai le suivant" qui, d'ailleurs, était sans doute plus cruel que romantique (et non moins réussi) comme vous pourrez le voir, ici.

     Le romantisme c'est avant tout un courant artistique qui, pour la France, apparut au 19ème siècle et est bien souvent associé à  des auteurs comme Hugo, Balzac, Stendhal, Mme de Staël, Chateaubriand... Il exalte le mystère, le sentiment ( des sentiments qui élèvent ou ravagent, qui subliment ou détruisent la réalité), la mélancolie, la passion, le rêve, le plus souvent en opposition à la raison et est défini dans le dictionnaire  comme « les tourments du cœur et de l’âme ». Il pourrait aussi se définir comme « Les ombres du cœur » pour reprendre le titre d'un très beau film de Richard Attenborough.

     La comédie romantique est, quant à elle, un genre à part du film romantique puisqu'elle a cela de particulier qu'elle se termine toujours bien et que, par une sorte de convention implicite, nous le savons dès le départ, après que les protagonistes aient franchi un certain nombre d'obstacles.

    Ce que j’apprécie à Cabourg, c’est que le romantisme n’est pas synonyme de mièvrerie mais s’entend dans son acception la plus large avec des films fièvreux, parfois cruels et parfois évidemment plus fleur bleue. Comme pour les films projetés à Cabourg, dans cette  liste, vous trouverez donc de véritables chefs d’œuvre avec d’indéniables qualités artistiques (comme ceux de Chaplin, Visconti, Murnau, Lubitsch... ) et des films de divertissement qui n’aspirent d’ailleurs pas à être autre chose et revendiquent même parfois leur côté un peu kitsch comme  « Love actually ».

     Les films sont classés dans le désordre car je serais bien incapable d’établir une hiérarchie entre  Sur la route de Madison, CasablancaUn cœur en hiver, Ludwig ou le crépuscule des Dieux, la Boutique au coin de la rue, Les Enchaînés, Les lumières de la ville et quelques autres que je placerais en tête de classement.

     Les critiques de la plupart de ces films figurent sur ce blog. Cliquez sur leurs titres pour y accéder. D’autres les complèteront prochainement.

    Sur la route de Madison de Clint Eastwood

    Un coeur en hiver de Claude Sautet

    Lost in translation de Sofia Coppola

    Casablanca de Michael Curtiz

    L’Aurore de Friedrich Wilhelm  Murnau

    La boutique au coin de la rue de Ernst Lubitsch

    La femme d'à côté de François Truffaut

    La fille sur le pont de Patrice Leconte

    Les enfants du paradis de Marcel Carné

    Indochine de Régis Wargnier

    Un homme et une femme de Claude Lelouch

    Le Quai des brumes de Marcel Carné

    Les lumières de la ville de Charles Chaplin

    La fièvre dans le sang d'Elia Kazan

    Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet

    Retour à Howards end de James Ivory

    Les poupées russes de Cédric Klapisch

    In the mood for love de Wong Kar Wai

    Les Enchaînés d'Alfred Hitchcock

    La leçon de piano de Jane Campion

    Elle et lui de Leo Mc Carey

    Gatsby le Magnifique de Jack Clayton

    Out of Africa de Sydney Pollack

    Ludwig ou le crépuscule des Dieux de Luchino Visconti

    Le Patient Anglais d'Antony Minghella

    Autant en emporte le vent de Victor Fleming

    La Rose pourpre du Caire de Woody Allen

    Le Docteur Jivago de David Lean

    Two lovers de James Gray

    Etreintes brisées de Pedro Almodovar

    Love actually de Richard Curtis

    Pretty woman de Garry Marshall

    Quatre mariages et un enterrement de Mike Newell

    César et Rosalie de Claude Sautet

    La Strada de Federico Fellini

    L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher

    Titanic de James Cameron

    Les noces rebelles de Sam Mendes

    Les amours imaginaires de Xavier Dolan

    Les émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris

     

  • Programme du 25ème Festival du Film de Cabourg ( Journée romantiques )

    Cabourg, Festival, romantique, cinéma, film

    Alors que le Festival de Cannes vient de s'achever (retrouvez tous mes articles en direct sur In the mood for Cannes), alors que Deauville vient d'écrire une nouvelle page de son Histoire en accueillant le G8, et en attendant de vous faire suivre ici, comme chaque année, le Festival du Cinéma Américain, je vous propose de retrouver ci-dessous les premiers éléments de programmation d'un autre festival qui m'est cher, le Festival du Film de Cabourg et de ses "Journées romantiques".

    Voici les noms des premières personnalités attendues...et non des moindres:

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    Le Festival du Film de Cabourg (Journées romantiques) célèbrera cette année sa 25ème édition et aura lieu du 15 au 19 juin 2011. Un festival qui me tient tout particulièrement à coeur depuis ma participation à son jury des courts-métrages en 2002 (et que je vous recommande vraiment autant pour la qualité des films présentés que pour sa convivialité).

    Les courts-métrages sélectionnés pour la compétition sont (je vous recommande vraiment les séances des courts-métrages toujours d'excellent niveau à Cabourg):

    Aglaée de Rudi Rosenberg

    Alexis Ivanovitch vous êtes mon héros de Guillaume Gouix

    Cheveu de Julien Hallard

    Cinderela de Magali Magistry

    Les cybernautes rêvent-ils d'amours digitales  de Gilles Bindi

    Douce de Sébastien Bailly

    Haram de Benoît Martin

    Hymen de Cédric Prévost

    J'aurais pu être une pute de Baya Kasmi

    Leave not a cloud behind de Pablo Gonzales

    Prochainement sur vos écrans de Fabrice Maruca

    Le Rodba de Hafsia Herzi

    Nous savons également que L'Elève Ducobu de Philippe de Chauveron sera présenté en avant-première le mercredi 15 juin à 14h au Cinéma Le Normandie en présence d'Elie Semoun.

    -Le festival fera un coup de coeur à Sylvie Vartan pour ses 50 ans de carrière romantique

    -Le festival proposera "Une fenêtre sur le Pacifique" à travers des films primés au Festival International du Film Documentaire Océanien, en résonance avec 2011, anée des Outre-Mer.

    -Paraîtra un livre anniversaire sur le festival

    Et toujours, en plus des courts-métrages: des longs-métrages en compétition, le Ciné-Swan sur l'écran géant de la plage, le prix du public, des conférences et dédicaces, une exposition...

    Comme chaque année, vous pourrez vous offrir  un moment privilégié au coeur du Festival en participant à la Soirée des Roses le vendredi 17 juin. (renseignements ici).

      Vous pourrez bien entendu trouver ici toutes les informations concernant le festival ainsi que sur son site officiel: Site offficiel du Festival de Cabourg.

    En attendant d'en savoir plus sur cette édition 2011, retrouvez mon compte rendu du Festival du Film de Cabourg 2007.