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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 8

  • Titre de l’article : 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Remise du Prix du Nouvel Hollywood à Zoey Deutch et critique de NOUVELLE VAGUE de Richard Linklater (Première)

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    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville a cette capacité singulière de faire dialoguer toutes les époques du cinéma. En décernant cette année son prix du Nouvel Hollywood à Zoey Deutch, il saluait une actrice qui, de film en film, construit une carrière à la fois exigeante et populaire. Quelques heures plus tard, le public découvrait en avant-première Nouvelle Vague, le nouveau long métrage de Richard Linklater, dans lequel elle prête ses traits à Jean Seberg.

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    Synopsis : Ceci est l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle ».

    Il fallait une certaine témérité pour s'aventurer sur un terrain aussi sacré. Revenir sur la naissance d'À bout de souffle, c'est toucher à l'un des instants fondateurs du cinéma moderne, à une œuvre dont chaque image semble appartenir autant à l'histoire qu'à la légende. Richard Linklater évite pourtant l'écueil de la commémoration solennelle. Plutôt que de figer ces figures mythiques dans le marbre, il leur restitue leur jeunesse, leurs doutes, leur insouciance et leur incroyable liberté créatrice.

    Le pari est d'autant plus audacieux que le réalisateur américain ne cherche jamais à expliquer Jean-Luc Godard ni à dresser son portrait psychologique. Son personnage demeure volontairement insaisissable, traversant le récit comme une force en mouvement davantage qu'un homme que l'on pourrait entièrement comprendre. Cette distance est moins une faiblesse qu'un choix de mise en scène : ce qui intéresse Linklater n'est pas tant le mystère de Godard que l'énergie collective qui permit à une poignée de jeunes artistes de réinventer le langage cinématographique.

    Le dispositif adopté est particulièrement stimulant. Le noir et blanc, le format de l'image, les mouvements de caméra, le rythme du montage ou encore les ruptures de ton évoquent constamment l'univers de la Nouvelle Vague sans jamais donner l'impression d'un simple exercice d'imitation. Le film emprunte certaines de ses libertés formelles pour mieux retrouver l'esprit d'invention qui animait cette génération. Il ne copie pas une esthétique : il tente d'en retrouver l'élan.

    Cette vitalité irrigue chaque séquence. Les discussions passionnées sur le cinéma, les tournages improvisés dans les rues de Paris, les contraintes budgétaires transformées en opportunités créatives rappellent combien certaines révolutions artistiques naissent moins de moyens considérables que d'une confiance absolue dans le pouvoir des idées.

    Le casting participe largement à cette réussite. Guillaume Marbeck compose un Jean-Luc Godard étonnamment crédible sans tomber dans la caricature. Derrière les célèbres lunettes noires affleure constamment une intelligence en ébullition, parfois déroutante, souvent fascinante. Aubry Dullin restitue toute la décontraction de Jean-Paul Belmondo, tandis qu'Adrien Rouyard campe un François Truffaut dont la bienveillance contraste avec le tempérament plus radical de Godard.

    Mais c'est sans doute Zoey Deutch qui apporte au film son émotion la plus délicate. Son interprétation de Jean Seberg échappe à toute imitation mécanique. Elle retrouve la douceur, la modernité et la fragilité de l'actrice américaine avec une grâce qui rend parfaitement justice à cette icône du cinéma français. Quelques heures après avoir reçu le prix du Nouvel Hollywood à Deauville, sa prestation prenait une résonance toute particulière, comme si un pont invisible reliait les nouvelles figures du cinéma américain à celles qui, quelques décennies plus tôt, avaient participé à en écrire une page essentielle.

    Si certains spectateurs auraient peut-être souhaité un regard plus irrévérencieux ou davantage de zones d'ombre, Richard Linklater privilégie manifestement un autre chemin : celui de la transmission. Son film rappelle avec simplicité que les œuvres majeures naissent souvent d'expériences collectives, d'intuitions fragiles, d'accidents heureux et d'un enthousiasme presque enfantin. Sans jamais céder au didactisme, il donne envie de revoir À bout de souffle, mais aussi de découvrir ceux qui l'ont précédé ou suivi.

    Rarement un film consacré à l'histoire du cinéma aura donné une telle impression de proximité avec ceux qui l'ont écrite. Les monuments redeviennent des jeunes gens qui cherchent, doutent, improvisent et inventent sans mesurer encore qu'ils sont en train de bouleverser durablement le septième art. C'est sans doute la plus belle réussite de Richard Linklater : rappeler qu'avant d'entrer dans les livres d'histoire, les légendes furent simplement des artistes animés par une irrépressible envie de créer.

    Sortie en salles le 8 octobre 2025.

     

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (Première) - Critique LE SON DES SOUVENIRS d’Oliver Hermanus

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    Il existe des films qui frappent d'emblée et d'autres qui semblent s'installer discrètement en nous avant de révéler, bien après la dernière image, toute leur puissance. Le Son des souvenirs appartient à cette seconde catégorie. Oliver Hermanus compose une œuvre qui ne cherche jamais à provoquer les larmes. Elle préfère déposer, presque imperceptiblement, une émotion qui grandit à mesure que les souvenirs se déploient.

    Synopsis : Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, grandit au son des chansons que son père chantait sur le perron de leur maison. En 1917, il quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il fait la rencontre de David, un étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre. En 1920, réunis le temps d’un hiver, Lionel et David sillonnent les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Cette parenthèse marquera à jamais Lionel. Au cours des décennies suivantes, Lionel connaît la reconnaissance, la réussite, et d’autres histoires d’amour au fil de ses voyages à travers l’Europe. Mais ses souvenirs avec David le hantent encore, jusqu’au jour où une trace de leur œuvre commune ressurgit et lui révèle combien cette relation a résonné plus fort que toutes les autres.

    Le titre pourrait laisser croire que la musique constitue le véritable sujet du film. Elle en est plutôt la matière invisible. Chez Hermanus, les chansons ne servent pas seulement à accompagner les images : elles deviennent des lieux où le passé continue de vivre.

    L'histoire d'amour entre Lionel et David ne s'écrit jamais dans les grandes déclarations. Elle se construit dans les silences, dans les regards retenus, dans ce que les conventions de l'époque empêchent d'exprimer. Cette retenue donne paradoxalement davantage de poids à leurs sentiments. L'absence devient une présence constante, et le temps, loin d'effacer les blessures, leur confère une profondeur nouvelle.

    Paul Mescal et Josh O'Connor trouvent un équilibre remarquable entre pudeur et intensité. Leur complicité ne repose jamais sur l'emphase. Quelques gestes, quelques hésitations, quelques sourires suffisent à faire exister un attachement dont les répercussions se prolongeront durant toute une vie.

    La nature participe pleinement au récit. Les paysages du Maine, les forêts enneigées, les rivages battus par le vent semblent conserver les traces de ceux qui les ont parcourus avant nous. Ils deviennent les gardiens silencieux d'une histoire que les personnages eux-mêmes peinent parfois à raconter.

    Ce qui bouleverse le plus dans Le Son des souvenirs réside peut-être dans sa manière de montrer que certaines rencontres continuent de façonner une existence bien longtemps après leur disparition. Nous croyons avancer, multiplier les expériences, aimer de nouveau, alors qu'une part essentielle de nous demeure secrètement accordée à une émotion ancienne.

    Oliver Hermanus construit son film avec une grande confiance envers son spectateur. Il refuse les effets démonstratifs et laisse les résonances naître d'elles-mêmes. Ce choix exige de se laisser porter par son rythme, mais il trouve sa pleine justification dans un dernier mouvement d'une remarquable justesse.

    Car ce sont finalement les sons qui viennent réveiller cette nostalgie enfouie au plus profond de nous. Et cette ultime note, aussi inévitable que bouleversante, éclaire soudain tout ce qui l'a précédée. Comme si la vie entière de Lionel n'avait été qu'une longue variation autour d'une rencontre fondatrice, dont l'écho continue de vibrer longtemps après que la musique s'est tue.

    Sortie en salles le 29 octobre 2025.

     

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (compétition) - Critique de THE END de Joshua Oppenheimer

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    Voir derrière les images. N'avez-vous pas remarqué qu'il en va des films comme des êtres humains ? Les plus intéressants sont ceux qui ne se contentent pas des apparences. Qui débusquent les failles, et tentent de les comprendre. Derrière le sourire. Derrière l'image lisse. Lisse comme semble l'être le cadre dans lequel évolue la famille de The End,  premier long métrage de fiction de Joshua Oppenheimer déjà multiprimé pour ses précédentes œuvres (documentaire et docu-fiction). Il ne serait pas étonnant que ce film soit lauréat du Grand Prix. 
     
    "Vingt-cinq ans après qu’une catastrophe écologique a rendu la Terre inhabitable, Mère, Père et Fils vivent reclus dans leur luxueux bunker. Pour garder espoir et préserver une illusion de normalité, ils s’accrochent aux rituels du quotidien – jusqu’à l’arrivée de Fille, une inconnue qui bouleverse leur routine bien rodée. À mesure que les tensions montent, leur existence en apparence idyllique commence à s’effondrer." 
     
    Tableaux de maître. Intérieur luxueux. Mais pas de fenêtres. Et quelques dissonances et étrangetés nous font rapidement comprendre que ce décor aseptisé dissimule une terrible réalité. Le vernis va rapidement se craqueler et les égoïsmes meurtriers de chacun vont se révéler.
     
    Nous ne pouvons nous empêcher de penser que cette "fable" écologiste pourrait être prémonitoire.
     
    Les intermèdes musicaux apportent des notes trompeusement enchanteresses, dévoilant les états d'âme avec une gaieté illusoire.
     
    Je vous parlerai longuement de ce film à la fois magique et terrifiant. Qui nous fait frissonner de jubilation et d'effroi.
     
    La durée (2h29) a découragé quelques spectateurs qui ont quitté la salle en cours de route. Ce voyage déroutant et fascinant vaut pourtant le détour...
     
    Décidément, cette édition est placée sous le signe d'Hitchcock avec Vertigo maintes fois cité dans l'énigmatique et envoûtant After this death de Lucio Castro. Le temps me manque pour vous en parler comme il se doit. J'y reviendrai.
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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Critique de THE GREAT GATSBY de Baz Luhrmann (hommage à Joel Edgerton)

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    Le lundi 8 septembre, à l’occasion de l’hommage à Joel Edgerton, à 10H30 au Cinéma Le Morny les festivaliers ont pu voir Gatsby le Magnifique, un film de 2013 de Baz Luhrmann, adaptation de l’intemporel chef-d’œuvre éponyme de Francis Scott Fitzgerald. Peut-être certains d’entre vous connaissent-ils uniquement la version de Michael Clayton de 1974 avec Mia Farrow et Robert Redford dans les rôles repris par Carey Mulligan et Leonardo Di Caprio. Joel Edgerton incarne Tom Buchanan décrit par Francis Scott Fitzgerald comme un riche colosse. Il fallait un acteur au physique imposant qui puisse rivaliser de charisme avec Di Caprio.

    Printemps 1922. L’époque est propice au relâchement des moeurs, à l’essor du jazz et à l’enrichissement des contrebandiers d’alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway (Tobey Maguire » quitte la région du Middle-West pour s’installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d’un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio), qui s’étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy ( Carey Mulligan) et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C’est ainsi que Nick se retrouve au coeur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges.

    Dans l’adaptation de Clayton (rappelons que le scénario de cette précédente adaptation était écrit par Coppola), je me souviens de la magnificence crépusculaire de la photographie et de la langueur fiévreuse qui étreignait les personnages et nous laissaient entendre que tout cela s’achèverait dans le drame. Ici, c’est plus implicite même si de la fête émane toujours une certaine mélancolie. C’est d’ailleurs ce qui semble avoir déçu une grande partie des festivaliers hier qui s’attendaient sans doute à une joyeuse flamboyance…et, c’est selon moi, au contraire, toute la réussite de cette adaptation que de retranscrire la flamboyance de l’univers de Gatsby sans dissimuler totalement la mélancolie et même la tristesse qui affleurent dans cette débauche festive. L’amertume dissimulée derrière l’apparente légèreté. La mélancolie et le désenchantement derrière la désinvolture.

    Là aussi, Jay Gatsby n’apparaît qu’au bout de vingt minutes, voire plus.  Nous nous trouvons alors dans la même situation que Nick qui ne le connaît que par sa réputation : on dit qu’il « a tué un homme » et qu’il n’apparaît jamais aux fêtes somptueuses qu’il donne dans une joyeuse décadence.

    « Gatsby le magnifique » est à la fois une critique de l’insouciance cruelle et de la superficialité de l’aristocratie que symbolise Daisy, c’est aussi le portrait fascinant d’un homme au passé troublant, voire trouble et à l’aura romantique dont la seule obsession est de ressusciter le passé et qui ne vit que pour satisfaire son amour inconditionnel et aveugle. (Je me souvenais de la magnifique scène où Jay et Daisy dansaient dans une pièce vide éclairée à la bougie, dans le film de Clayton,  moins réussie ici). Face à lui Daisy, frivole et lâche, qui préfère sa réputation et sa richesse à Gatsby  dont la réussite sociale n’avait d’autre but que de l’étonner et de poursuivre son rêve qui pour lui n’avait pas de prix. Gatsby dont par bribes la personnalité se dessine : par sa manie d’appeler tout le monde « vieux frère », par ses relations peu recommandables. Pour Daisy, la richesse est un but (même si elle me parait moins frivole que dans le roman de Fitzgerald et que dans l’adaptation de Clayton). Pour Jay, un moyen (de la reconquérir). Elle qui ne sait que faire des 30 années à venir où il va falloir tuer le temps.

    Gatsby est une histoire de contrastes. Entre le goût de l’éphémère de Daisy et celui de l’éternité de Gatsby. Entre la réputation sulfureuse de Gatsby et la pureté de ses sentiments. Entre la fragilité apparente de Daisy et sa cruauté. Entre la douce lumière d’été et la violence des sentiments. Entre le luxe dans lequel vit Gatsby et son désarroi. Entre son extravagance apparente et sa simplicité réelle. Entre la magnificence de Gatsby et sa naïveté. Et tant d’autres encore. Des contrastes d’une douloureuse beauté dans le roman, et dans l’adaptation de Clayton dont la mise en scène (trop rare) est la réussite du film de Luhrmann (comme ces plans de Gatsby seul sur son ponton) davantage que les fastueuses et non moins réussies scènes de fête qui ne comblent pas le vide de l’existence de Gatsby.

    C’est à travers le regard sensible et lucide de Nick qui seul semble voir toute l’amertume, la vanité, et la beauté tragique de l’amour, mélancolique, pur et désenchanté, que Gatsby porte à Daisy que nous (re)découvrons cette histoire tragique. Bien que le connaissant par cœur, j’en suis ressortie avec l’irrésistible envie de relire encore et encore le chef d’œuvre de Fitzgerald, une nouvelle fois bouleversée par cette histoire d’amour absolu, d’illusions perdues, de bal des apparences, de solitude, de lâcheté, de cruauté (oui, il y a tout cela dans Gatsby) et avec l’irrésistible envie de  me laisser dangereusement griser par l’atmosphère de chaleur écrasante, d’extravagance et d’ennui étrangement mêlés dans une confusion finalement criminelle.

    Mia Farrow interprétait Daisy entre cruauté, ennui, insouciance et même folie. La Daisy de Carey Mulligan est moins déjantée, presque moins pitoyable. Si Gatsby restera pour moi à jamais Robert Redford, Leonardo DiCaprio, une fois de plus, excelle, et est un Gatsby bouleversant, énigmatique, mélancolique, fragile, charismatique, avec ce sourire triste, si caractéristique du personnage. Il incarne magnifiquement celui qui est pour moi un des plus beaux personnages de la littérature. Le talent de Leonardo Di Caprio n’est plus à prouver : que ce soit dans « Les Noces rebelles« , « Inception » ,  « Shutter Island« ou, plus récemment dans « Django unchained »  , il crève invariablement l’écran et prouve aussi son intelligence par ses judicieux choix de rôles.

    Ont participé à la B.O du film: Lana Del Rey, Beyoncé x André 3000, Florence + The Machine, will.i.am, The xx, Fergie + Q Tip + GoonRock, et The Bryan Ferry Orchestra … Ces anachronismes et cette volonté de moderniser un roman et des sentiments de toute façon intemporel  restent ici (heureusement) mesurés.

    Un film, comme celui de Clayton, empreint de la fugace beauté de l’éphémère et de la nostalgie désenchantée que représente le fascinant et romanesque Gatsby auxquelles Baz Luhrmann ajoute une mélancolique flamboyance. Il n’a pas dénaturé l’essence du roman, en choisissant justement de modérer ses envolées musicales.

    Relisez le magnifique texte de Fitzgerald, ne serait-ce que pour « La poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » ou cette expression de « nuages roses » qui définit si bien le ton du roman et du film et revoyez l’adaptation de Jack Clayton …mais ne passez pas non plus à côté de celle-ci qui ne déshonore pas la beauté de ce roman bouleversant sur l’amour absolu, la solitude et les illusions perdues derrière le faste et la multitude

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (compétition) - Critique de ELEONOR THE GREAT de Scarlett Johansson

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    Ce film fut présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025 et en compétition de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville 2025 dans le cadre duquel je l’ai découvert. 

    Deux actrices présentaient ainsi leur premier long-métrage en compétition à Deauville cette année : Kristen Stewart (The Chronology of water) et Scarlett Johansson. Ces deux films, certes très différents, l’un étant aussi visuellement inventif que l’autre est policé, évoquent cependant tous deux le poids de chagrins (là aussi très dissemblables) condamnés au silence.

    Dans Eleanor The Great, Eleanor va être victime de son imagination qui, dans un premier temps, va en effet l’aider à endormir sa souffrance.

    Si Eleanor The Great est le premier long-métrage réalisé par la comédienne Scarlett Johansson, elle avait déjà réalisé un court-métrage, These vagabond shoes (2009), dans lequel elle jouait également.

    Si son film est une fiction, elle l’a cependant dédié à sa grand-mère, Dorothy Sloan.

    Eleanor Morgenstein (formidable June Squibb) est une femme de 94 ans pleine de vivacité. Après une perte bouleversante, elle raconte une histoire qui prend un tournant dangereux…

    Espiègle et joviale, Eleanor attire d’emblée notre empathie. Cela commence dans une chambre d’un appartement en Floride, bercée par la douce lumière du jour levant. Là où Eleanor partage son quotidien avec son amie Bessie avec qui elle entretient une relation tendre et complice depuis la mort de son mari, onze ans plus tôt. Les journées s’écoulent avec sérénité. Mais quand Bessie meurt à son tour, pour la première fois depuis onze ans, la nonagénaire se retrouve seule et démunie face à sa solitude. Elle prend alors la décision de quitter la Floride pour rejoindre sa fille et son petit-fils à New-York. Sa fille, qui ne sait que faire de cette présence encombrante, lui recommande de s’inscrire à une chorale d’un centre communautaire juif. Là, Eleanor se trompe de salle, et se retrouve au milieu d’un groupe de soutien pour rescapés de l’Holocauste dans lequel chacun raconte son histoire. Quand on demande à Eleanor (dont on a auparavant découvert le fort potentiel d’affabulatrice) de se présenter et de raconter la sienne, elle reprend alors celle de son amie Bessie dont la famille fut déportée, et se fait passer pour une survivante de la Shoah. Son histoire bouleverse Nina (Erin Kellyman), une étudiante en journalisme et fille d’un présentateur star. Elle propose à Eleanor de se confier à elle pour qu’elle écrive un article sur cette histoire. Eleanor finit par accepter. La jeune fille ayant aussi perdu sa mère, un lien inattendu se noue entre les deux femmes malgré les décennies qui les séparent, toutes deux étant éprouvées par un deuil et forcées de vivre leur peine en silence face au déni de l’entourage. Que l’on ait 20 ans ou 94 ans, le deuil demeure tabou, et une épreuve…

    Le film a été tourné à New York, sur l’île de Coney Island.  Scarlett Johansson a fait appel à des rescapés de la Shoah (rencontrés grâce au soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et d’autres organisations) pour interpréter les membres du groupe de parole. Elle désirait que son film soit aussi un hommage aux rescapés de la Shoah qui avaient refait leur vie en Amérique après avoir appris, en 2020 seulement, que son arrière-grand-oncle, Mosze Szlamberg, et sa famille avaient péri dans le ghetto de Varsovie.

    Comment supporter l’absence ? Que ne ferait-on pas pour surmonter la solitude ? Comment continuer à vivre quand des blessures ineffables vous rongent ? Si le mensonge d’Eleanor est particulièrement immoral et condamnable, pouvons-nous vraiment la blâmer alors qu’elle souhaitait sans doute avant tout au début faire revivre son amie plus que s’approprier son histoire ? La délicatesse de l’écriture et la tendresse du regard que la réalisatrice porte sur son personnage mythomane fait en sorte que le récit se maintient toujours sur le fil, avec justesse et pudeur. Eleanor a avant tout envie de faire résonner l’histoire de son amie qui n’a jamais pu transmettre son récit. C’est aussi une manière de la faire revivre et exister à travers elle. Si notre raison la désapprouve, elle ne perd jamais notre empathie, alors qu’elle s’enferme pourtant de plus en plus dans son mensonge. Elle est avant tout dévastée par le chagrin. La réalisatrice ne la condamne pas mais brosse au contraire le portrait bouleversant d’une nonagénaire qui est une femme qui souffre et dont la douleur est inaudible et qui vibre de nouveau au contact de cette jeune femme qui la comprend et partage une peine similaire. Scarlett Johansson donne à voir un visage inhabituel, celui d’une femme de 94 ans, et en fait une héroïne attachante à laquelle nous nous identifions. Avec cette audace derrière une réalisation convenue (audace du sujet délicat, audace de choisir une héroïne de cet âge), Scarlett Johansson réalise un film courageux qui est le portrait d’une solitude universelle, avant tout. De cet éclat qui illumine le visage quand elle trouve un écho.

    Les dialogues savoureux du scénario signé Tory Kamen (qui s’est inspirée de sa propre histoire familiale) et les images de la directrice de la photographie française Hélène Louvart contribuent aussi à la délicatesse de ce portrait. De même que la musique de Dustin O’Halloran, douce, mélancolique, avec quelques notes de folie, dominée par le piano, qui accompagne ce regard empathique portée sur Eleanor. Quelques standards viennent compléter la bande originale, standards du jazz comme Is you is or is you ain't my baby de Louis Jordan. La longue liste de musiques inclut également des tubes pop des années 90 comme Save the best for last de Vanessa Williams.

    Le film, éloge de l’empathie et de l’amitié à tout âge, d’une grande simplicité qui sied au sujet, lumineux aussi, touche en plein cœur, en nous parlant de deuil, de chagrin, d’amitié, d’amour et de solitude, et nous fait habilement passer du rire aux larmes. Un film poignant, intense, drôle et tendre, pudique, sur les douleurs indicibles et le pardon, écrite et filmée avec beaucoup de délicatesse, qui nous donne envie de traverser l’écran pour prendre Eleanor dans nos bras, et lui dire que tout ira bien, que nous la comprenons, et que Bessie lui pardonne.

    « Il faut parler des choses qui nous rendent tristes. » « J'avais peur d'admettre que j'ai le cœur brisé ». Ces deux phrases extraites du film illustrent ainsi le « tabou du chagrin ». Il y a parfois des mots, des personnages et des images qui vous donnent envie de respirer plus que jamais le parfum du présent et de savourer la beauté incendiaire de ce qui vous environne, à Deauville en l’occurrence. C’est déjà une excellente raison d’aller voir ce film, non ?

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Documentaire - Critique de HOLDING LIAT de Brandon Kramer

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    Ce documentaire, coproduit par le réalisateur Darren Aronofsky, est tourné avec la famille de l'otage Liat Beinin Atzili (enlevé au kibboutz Nir Oz) dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi son enlèvement le 7 octobre 2023. C’est avant tout une ode à la paix, le récit poignant et nuancé d’une situation complexe et explosive. Le réalisateur est un proche de la famille Atzili. Lors de sa première visite en Israël, vingt ans auparavant, il avait séjourné chez les parents de Liat, Yehuda et Chaya, dans leur kibboutz. Cette relation étroite lui a permis de les filmer dans les moments les plus tendus, y compris lorsque les membres de la famille ne sont pas d’accord sur la marche à adopter. Liat étant à la fois citoyenne américaine et citoyenne israélienne, son père décide de prendre l’avion pour Washington D.C., afin de plaider en faveur de sa libération. Là, il n’hésite pas à échanger avec un militant palestinien, et à parler des deux États et de paix, quand son petit-fils et son autre fille voudraient aborder seulement la question de la libération des otages. 54 jours. C’est la durée pendant laquelle Liat demeurera détenue. Avec la famille, nous suivons les espoirs, déçus, les listes de noms sur lesquelles Liat n’est pas, la colère et l’attente insoutenable. Et enfin la libération. Malgré tout ce que Liat a traversé (son mari a été tué, des traces de sang sur un mur du Kibboutz suffisent à faire comprendre l’émotion de la famille et son calvaire), elle exprime de l’empathie pour les Palestiniens et la souffrance de ceux, tous ceux qui sont victimes de ce conflit. Un message de paix, de résilience. Et un film qui a bouleversé les festivaliers.

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  • 51e Festival du Cinéma Américain de Deauville - Critique de SUEURS FROIDES d'Alfred Hitchcock (hommage à Kim Novak)

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    Parmi les évènements incontournables de cette 51ème édition du Festival du Cinéma Américain, il y a la venue de Kim Novak qui a reçu un Icon Award le 6 septembre à 17h au CID avant la projection du documentaire que lui est consacré. Les festivaliers ont également puvoir ou revoir le chef d’œuvre d’Hitchcock Sueurs froides, intitulé en vo Vertigo, le 7 septembre au Morny et le 11 au Casino.


    En 1958, le maître du suspense adapte le roman de Boileau et Narcejac, D’entre les morts. Ce sera la quatrième et dernière collaboration de James Stewart et Alfred Hitchcock. L’acteur incarne ici un personnage moins sympathique et plus trouble que dans ses précédents rôles. Ce film aux multiples visages et interprétations décontenança ainsi le public et la critique lors de sa sortie, ne recevant que deux nominations aux Oscars. Il est aujourd’hui unanimement reconnu comme un chef-d’œuvre, voire comme le plus grand film de l’histoire du cinéma. Un film fascinant et captivant dès son générique en spirale hypnotique qui préfigure celle du fameux chignon de Kim Novak.


    James Stewart incarne ici Scottie, policier, sujet à l’acrophobie, une peur du vide. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, Madeleine, Kim Novak, dont le comportement étrange lui fait redouter qu’elle se suicide. Elle serait possédée par l'esprit de son aïeule, Carlotta Valdès. Scottie s'éprend immédiatement de la jeune femme. D’elle ou d’une image idéalisée. Puis peut-être de son sosie. Vivants et morts, Illusion et réalité, s’enlacent et s’entrelacent en effet dans un étourdissant manège visuel.


    Alfred Hitchcock souhaitait que Vera Miles incarne Madeleine. Celle-ci étant tombée enceinte, il engage Kim Novak. Il déclarera après le tournage que ce changement lui avait fait perdre « tout intérêt pour le personnage et le film en lui-même ». On se demande pourtant qui mieux qu’elle aurait pu incarner la blonde hitchcockienne, douloureusement belle, élégante et mystérieuse, idéalisée par Scottie, une sorte de rêve morbide dans lequel il se laisse emporter. Kim Novak était d’ailleurs déjà une star quand elle tourna Sueurs froides. Elle avait notamment déjà joué dans L'Homme au bras d'or sous la direction d'Otto Preminger.  Alfred Hitchcock a utilisé de nombreux filtres pour les apparitions de l’actrice, ce qui rend son personnage encore plus énigmatique, à la fois éblouissant et fantomatique.

    Sueurs froides marque aussi la quatrième collaboration entre Alfred Hitchcock et son compositeur Bernard Hermann. La beauté énigmatique, romantique et grave de sa musique fait écho à celle de Kim Novak et contribue à l’atmosphère sombrement envoûtante du film. Regardez bien aussi les couleurs avec lesquelles Hitchcock  joue admirablement, du gris des vêtements de Madeleine pour exacerber son étrangeté, au vert, pour évoquer ce qui a trait au passé, et le rouge, pour annoncer la mort.


    Un film insaisissable comme Madeleine avec une atmosphère troublante, qui nous emporte dans son vertige (au sens figuré et au sens propre lors de la magistrale scène de l’escalier du clocher, une des nombreuses scènes d’anthologie que compte le film), qui nous aspire dans son étourdissant mystère. Un thriller en trompe-l’œil sur l’obsession et la culpabilité. Une histoire d’amour bouleversante. Ce film dans lequel tout est faux-semblants nous hypnotise comme le chignon de Madeleine qui signifie aussi l’idée de répétition du drame, comme un cercle de la fatalité inexorable.


    Hitchcock a réalisé là un film dans lequel chacun peut aussi projeter ses rêves ou ses cauchemars. La fin est certainement une des plus marquantes et redoutablement et ironiquement poignante de l’histoire du cinéma. Un film qui a inspiré de nombreux cinéastes comme Brian de Palma. Enfin, ne manquez le cameo d’Alfred Hitchcock qui fait une courte apparition comme dans chacun de ses longs-métrages. Vous l’aurez compris, je vous recommande de voir ou revoir ce chef-d’œuvre aussi intrigant et ensorcelant à la première vision qu’à la dixième.

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