Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

FESTIVAL INTERNATIONAL DU 1ER FILM D'ANNONAY

  • Découvrez le Festival International du Premier Film d'Annonay à l'occasion de sa 28ème édition

    cinéma,film,annonay,festival

    Je vous parle de chaque année de ce festival parce qu'il est associé pour moi à d'excellents souvenirs de ma participation à son jury de cinéphiles en 2007 (dont je vous parle d'ailleurs chaque année en relayant le concours ici, à ce propos si vous en avez fait partie, n'hésitez pas à venir partager votre expérience ici) mais surtout parce que c'est un festival organisé par de vrais passionnés qui propose chaque année une sélection de qualité dans une atmosphère particulièrement conviviale. A Annonay pas de carré vip, de listing, de pass prioritaires et c'est tant mieux! Tout le monde peut accéder aux projections et à l'espace où se côtoient festivaliers et équipes de films avec lesquelles vous pourrez échanger à loisir.

     Cette année, au programme, vous trouverez:

    -Compétition internationale de premiers longs métrages de fiction
    -Thématique « artistes à l’écran » avec "Amadeus", "Benda Bilili"...
    -1er week-end consacré au cinéma belge francophone
    -Carte blanche à l’ACID
    -Ciné concert Le Cameraman / Marc Perrone
    -Premiers films hors compétition / films jeune public
    -Avant-premières / rencontres / nombreux invités

    En plus cette année, le festival s'est enrichi d'un vrai site internet de qualité avec des reportages vidéos. Vous pouvez également vous inscrire à sa page Facebook.

    Le jury de cinéphiles est cette année présidé par Nicolas Saada et le jury des lycéens par Azouz Begag.

    Parmi les invités de cette année:  Benoît Mariage, Christelle Cornil, Joachim Lafosse, Sophie Schoukens, Alain Marcoen, Richard Olivier...

    La compétition est toujours l'occasion de découvrir des pépites cinématographiques et je sais d'ores et déjà que cette année ne dérogera pas à la règle, ayant vu un des films de la compétition, mon film favori de la compétition du Festival Paris Cinéma 2010 "If I want to whistle, I whistle" de Florin Serban (dont vous pouvez retrouver ma critique en bas de cet article).

    Parmi les films hors compétition, vous pourrez également (re)découvrir des premiers films qui ont fait l'évènement "Un poison violent" ou "Sound of noise"...

    Je ne peux que vous encourager à découvrir ce festival qui ne met pas en avant ses organisateurs mais de jeunes et souvent talentueux cinéastes. Le festival s'achève le 8 février, vous avez donc encore tout le temps de vous organiser une petite escapade à Annonay... Je vous le recommande vivement!

    whistle.jpg

     « If I want to whistle, I whistle »est un film roumain de Florin Serban dans lequel Silviu, un jeune délinquant de 18 ans, attend sa libération de la maison de redressement où il termine sa quatrième et dernière année d’emprisonnement.  Seulement, après une longue absence, sa mère est rentrée d’Italie pour emmener son petit frère avec elle. Il la tient pour responsable de sa situation et ne veut pas que son frère vive la même chose. Son enfermement devient insupportable. Pris de panique, il kidnappe Ana la jeune assistance sociale dont il est tombé amoureux.

     Il y a des films, comme celui-ci, et plutôt rares, qui captent votre attention pour ne plus la lâcher. La caméra à l’épaule au plus près de Silviu, au plus près de sa fébrilité, de sa rage qui affleure, des tourments qui le hantent, de la déraison qui le menace, nous plonge entre ces quatre murs qui l’oppressent, face à cette liberté qu’il enrage de retrouver.

     Le film doit beaucoup à son acteur principal, George Pistireanu au mélange de force, de fragilité, de tension qui émanent de son regard et de ses gestes. Florin Serban le filme comme un animal sauvage, apeuré, dont la violence est, à ses yeux, une question de survie.

    La tension culmine lors de la scène de la prise d’otage, lorsque Silviu et Ana se retrouvent seuls. Notre souffle est suspendu à chacun de ses gestes, à ce corps-à-corps presque fiévreux, au souffle saccadé d’Ana, au regard à la fois déterminé et perdu de Silviu. Puis, le cadre, les couleurs, le décor changent. Le décor champêtre procure à cette liberté chèrement payée et éphémère une tension encore plus palpable alors que le calme règne et que pourtant le piège qu’il s’est construit se referme sur lui.  Les longs silences et regards entre Ana et Silviu sont alors riches de sens, de douleurs, de regrets, de pardons après ce corps-à-corps intense, d’une violence presque sensuelle.

     Un huis-clos haletant et fiévreux, tout en forces et fragilités, sur la fureur de vivre et d’être libre que la caméra de Florin Serban sait si bien débusquer dans le regard de son talentueux acteur principal. Après « Un Prophète » de Jacques Audiard, la prison et le sentiment de révolte qui l’anime n’a visiblement pas fini d’inspirer les cinéastes et de procurer à leurs films une rage fascinante.

  • Devenez membre du jury du Festival International du 1er Film d'Annonay 2010!

    annonay3bis.jpg

    Aujourd'hui, j'ai décidé de vous parler d'un festival que j'apprécie tout particulièrement: le Festival International du Premier Film d'Annonay dont j'ai été membre du jury en 2007 (cliquez ici pour lire mon récit de cette expérience) et où j'espère bien retourner l'année prochaine. Un festival convivial dirigé par des passionnés fous de cinéma et cinéphiles où vous pourrez découvrir des petits bijoux du septième art (la compétition est destinée aux premiers films).

    A Annonay, pas de carré vip, pas de soirée people, pas de séparation entre les spectateurs et les invités mais un festival avec de vrais cinéphiles où on parle, rêve, mange ou même dévore cinéma jusqu'au bout de la nuit... et indiscutablement une expérience unique et enrichissante.

     Donc si vous aussi voulez tenter votre chance, répondez à l'annonce ci-dessous... et tenez-moi au courant si vous êtes ensuite sélectionné(s)!

    Quelques infos sur la 27 ème édition qui se déroulera du 29 janvier au 8 février 2010:

    -Panorama thématique intitulé Rêves et Cauchemars
    - un week-end consacré à un (e ) comédien(ne) en sa présence
    - une sélection de films pour jeune public avec cette année un clin d'œil aux studios Folimage.
    - Carte Blanche à Rhône-Alpes Cinéma (Adieu Gary, un dernier pour la route...) et au Festival d'Aubenas
    - Ciné-concert autour du film Duel de Steven Spielberg (mercredi 3 février 2010 - création originale du groupe Antiquarks

    Règlement du concours:

    Amateurs de Cinema ? Devenez membre du jury du 27ème festival international du 1er film d'Annonay (07).
    Le Festival d’Annonay se déroulera du 29 janvier au 8 février 2010, et proposera une compétition internationale de premiers films (longs métrages de fiction) venus du monde entier.
    Le Jury, présidé par un réalisateur, sera majoritairement composé de spectateurs cinéphiles choisis dans toute la France.
    Ce jury se réunira à Annonay du jeudi 4 au dimanche 7 février 2010, période pendant laquelle tous les films en compétition seront projetés en présence de leurs réalisateurs.
    Si vous souhaitez devenir membre de ce jury du festival, écrivez-nous et faites-nous part de votre candidature.
     
    Dans votre courrier de candidature (3 pages maximum), indiquez vos nom, prénom, âge, profession, adresse et numéro de téléphone, adresse mel éventuellement. Indiquez également tout ce qui peut nous aider à cerner votre personnalité de cinéphile : les deux ou trois films que vous avez le plus aimés cette année, vos réalisateurs préférés, les genres cinématographiques que vous aimez et ceux que vous n’aimez pas, les raisons pour lesquelles vous souhaitez devenir membre du jury, la place qu’occupe le septième art dans votre vie, …
     
    Votre courrier doit parvenir avant le 15 décembre 2009 à :
     
    Festival International du Premier Film
    MJC - Avenue Jean Jaurès - 07100 ANNONAY
    Tél. : 04 75.32.40.80
    www.annonaypremierfilm.org
    email : direction@annonaypremierfilm.org
    Les frais de séjour des membres du jury sont pris en charge par le festival ainsi qu’une participation aux frais de déplacement.

  • Première édition du Festival International du Film Policier de Beaune: ouverture le 1er avril avec "Dans la brume électrique" de Bertrand Tavernier...

    beaune2.jpg

    nuitnous.jpgJe  vous rappelle que ce 1er Avril débutera la 1ère édition du Festival International Du Film Policier de Beaune dont je vous ai déjà parlé.

     Notamment au programme: Robert Duvall comme invité d'honneur qui ouvrira le festival, un hommage à William Friedkin, un jury longs métrages présidé par Claude Chabrol et notamment composé de François Berléand, Amira Casar, Benoit Cohen, Anne Consigny, François Guérif, Noémy Lvovsky, Elsa Zylberstein.

    femmedacote.jpgMais aussi: de nombreux films inédits présentés en compétition et hors compétition, une compétition de courts métrages, les " Femmes Fatales " de Claude Chabrol, Paris à l'honneur avec " Paris-Polar ", une projection spéciale du film culte " Les tontons flingueurs ", un hommage au cinéaste américain William Friedkin, des remises de prix littéraires, une master class ouverte à tous et de nombreuses animations proposées dans la ville….

     Serons également présent à Beaune : Claude Lelouch, Bertrand Tavernier, Georges Lautner, Etienne Chatillez, Amira Cazar, Jean-Pierre Mocky, Jean-Paul Rouve, Vincent Lindon, Vahina Giocante, François Berléand, Elsa Zyberstein, Jean Dujardin, Samuel Le Bihan, Rachida Brakni, Sami Bouajila, Anne Consigny, Olivier Marchal, Bruno Wolkowitch... et bien d'autres encore.

    Au programme également quelques films dont vous pouvez trouver les critiques sur Inthemoodforcinema.com (cliquez sur les titres des films pour voir mes critiques de ceux-ci):

    "La femme d'à côté" de François Truffaut

    "OSS 117: Rio ne répond plus" de Michel Hazanavicius (Avant-première)

    "La Nuit nous appartient" de James Gray

    oss.jpg

    mais également des classiques du 7ème art à ne pas manquer comme "Laura", "La bête humaine" ou "Quai des Orfèvres"...

    Le film d'ouverture sera "Dans la brume électrique" de Bertrand Tavernier, en sa présence, ce 1er Avril, à 19H, un film qui figure également en compétition officielle, dont vous pouvez voir la bande annonce ci-dessous.

    brume.jpg

    Cliquez ici pour voir l'intégralité du programme du 1er Festival International du Film Policier de Beaune

    Cliquez ici pour voir tous les articles concernant le 1er Festival International du Film Policier de Beaune sur "Inthemoodforcinema.com "

    Site officiel du Festival International du Film Policier de Beaune

  • Le "vrai" cinéma est "ailleurs" au 24ème Festival International du Premier Film d’Annonay:compte-rendu

    • medium_fest2007_large.3.jpgAlors qu’un film monopolise la sphère médiatique, la Môme d’Olivier Dahan (mais est-ce nécessaire de le citer ?), à Annonay vient de s’achever la 24ème édition du Festival International du 1er Film où j’étais membre du jury. Probablement n’avez-vous pas entendu parler de ce festival…et c’est bien dommage. C’est bien dommage parce que sous nos yeux de cinéphiles à la curiosité et l’enthousiasme insatiables ont émergé des cinéastes, des vrais qui, contre vents et marées, se battent pour faire entendre leur voix, évidemment moins résonante, mais non moins percutante, que celle d’Edith Piaf. Là-bas, dans le silence. Loin du vacarme médiatique.  
    • Avant de vous conter ces 4 magnifiques journées, revenons donc en quelques mots, quelques mots seulement (tant, trop d’encre ayant déjà coulé sur ce sujet) sur ce film (presque ?) unanimement annoncé comme un chef d’œuvre. Mardi soir avait lieu la dernière avant-première  de La Môme à l’UGC Ciné Cité les Halles présentée par l’équipe du film, visiblement harassée à tel point qu’Olivier Dahan n’a pas daigné adresser un seul mot au public si ce n’est pour préciser qu’il était trop fatigué pour le faire. Puis 2H20 de cris, de medium_mome.JPGlarmes, de colère, d’un visage ravagé. 2H20 harassantes. Le spectateur est pris en otage : il faut qu’il pleure, qu’il compatisse. Les affres de la création et de la drogue et de l’alcool et de la maladie et de la mort de sa grande passion et de son visage attendrissant d’enfant mal aimée et un coucher de soleil mais  que vient-il donc faire là celui-là ? Ah oui: cristalliser l’émotion à tout prix. Et la musique évidemment. Alors, certes, la musique d’Edith Piaf, sublime complainte mélancolique apporte force, intensité, lyrisme, flamboyance à ce biopic. Forcément. Alors, certes, les construction, déconstruction, reconstruction, traduisent les souvenirs forcément parcellaires de Piaf à la fin de sa vie. Le montage, donc très habile, vous emporte dans son tourbillon vertigineux sans vous laisser le temps de respirer et surtout de penser. Alors, certes, il y a ce sublime et déchirant plan séquence de six minutes lorsque Edith apprend la mort de Marcel.  Certes Marion Cotillard imite les gestes, fait du play back à la perfection, se donne sans compter (quoique je me suis demandée si Edith Piaf avait vraiment la voix d’ET  quand elle parlait?), de même que Clotilde Courau (dommage qu’elle ne tourne pas davantage). Certes, enfin, c’est une medium_piafbis.JPGmagnifique bande annonce pour tous les produits dérivés estampillés Piaf déjà dans les rayons avant la sortie du film.  Mais est-ce cela vraiment le cinéma ? Qu’on nous dicte nos choix, qu’on nous prenne par la main, qu’on nous assiste ? J’aime la liberté. D’aimer ou de ne pas aimer. De laisser mon imagination vagabonder. Là, nous n’en avons ni le temps ni l’opportunité. Aller à l’essentiel (mais ne peut-il être aussi dans le superflu ?). Pas de place pour le silence. La musique est omniprésente. Les images sont hypnotiques. La caméra nous emprisonne. Trop de larmes et d’émotions tuent l’émotion, la mienne en tout cas, pourtant toujours si prompte à se manifester. Il est rare que sur ce blog je fasse part de mon mécontentement, préférant laisser cela à d’autres et partager mon enthousiasme, mais je reste perplexe devant l’unanimisme suscité par ce film et j’aimerais comprendre... alors que tant d’autres films, eux magnifiques (La vie des autres par exemple, premier film extrêmement maîtrisé dont je vous reparle bientôt) sortent dans une quasi indifférence, je me demande si’ l’esprit critique, vraiment libre, existe encore !  Alors quoi ? La crainte de critiquer un monument comme Edith Piaf ? Mais ne pas aimer son biopic n’empêche pas de savourer sa musique et de reconnaître son incontestable talent (ce qui est mon cas) ? L’impact des chaînes de télévision ? Le consensualisme ? Une société impatiente, consumériste qui ne prend plus le temps. D’analyser. De la distance.  De se laisser prendre par une émotion subreptice et non tapageuse.

    medium_train.JPGJe l’ignore mais je préfère laisser la question en suspens pour évoquer un autre film, celui, empreint d’une indéfinissable magie, que j’ai vécu pendant ces 4 jours à Annonay. Cannes, Deauville, Cognac, Dinard, Paris,  Cabourg … peu importe le lieu, chaque festival est une expérience unique. Une savoureuse irréalité. Je l’avoue, pourtant : à  quelques heures du départ, je me demandais ce que j’allais fabriquer dans ce village de l’Ardèche, là où a été tourné L’homme du train et là où il n’y pas de gare, un village connu des seuls initiés en montgolfière et des cinéphiles plus qu’avertis. C’était oublier que je n’étais pas la seule protagoniste de l’histoire. C’était oublier que 8 autres cinéphiles avaient emprunté la même route serpentée pour faire partie de ce jury et arriver à Annonay. Enivrante angoisse de l’inconnu. Elle est là aussi la magie du cinéma : réunir des inconnus autour d’une même dévorante passion, les débarrasser de tout préjugé, et leur donner l’impression de se connaître depuis toujours, le sentiment partagé de rencontres uniques et marquantes, l’envie de continuer ces débats aussi exaltés qu’exaltants. Un moment hors du temps, à la fois si réel et vivant, irréel aussi.

    medium_crime2.2.JPGPuis, vient l’heure du film d’ouverture au cinéma Les Nacelles, déjà une invitation à l’envol, au voyage vers un ailleurs rêvé. La première projection était celle du président de notre jury, Manuel Pradal, son troisième long métrage aussi, Un crime déjà présenté en avant-première au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville à l’occasion duquel je vous l’avais d’ailleurs déjà recommandé, une histoire coécrite par Manuel Pradal et Tonino Benacquista. Un homme, Vincent, (Norman Reedus) a perdu le goût de la vie depuis l’assassinat de sa femme. Sa voisine, de sa « fenêtre sur cour » Alice (Emmanuelle Béart) est persuadée qu’elle le rendrait heureux. Alors elle décide de fabriquer un coupable, un chauffeur de taxi new-yorkais (Harvey Keitel) pour qu’il se venge et tourne la page.  Mais le coupable idéal n’existe pas…Le crime parfait non plus.  Avant tout, ce film, noir indiscutablement, a une vraie « gueule d’atmosphère. » C’est là aussi son principal intérêt, les rebondissements pourtant parfois abracadabrantesques étant finalement secondaires, favorisent la linéarité du récit  et ne nuisent nullement à la jubilation que procure ce film, une jubilation avant tout suscitée par la confrontation judicieuse entre Emmanuelle Béart (femme fatale, impressionnante de fragilité mais aussi de passion déterminée) et Harvey Keitel. Dès sa première apparition, derrière les barreaux d’une prison, indolente, mystérieuse, avec le regard sauvage d’un animal blessé mais aussi défiant et résolu d’un fauve en cage, Emmanuelle Béart happe la caméra comme elle le fera avec sa proie, et elle ne la et ne nous lâchera plus jusqu’à la dernière seconde. Un crime est donc plus et avant tout un film de personnages,  trois personnages  prêts à tout par amour.  A tout oublier. A tout accepter. A se perdre. A dériver. A tomber dans un gouffre dont Brooklyn est le sombre et non moins magnifique reflet : à la fois inquiétant et fascinant. L’histoire n’a alors plus vraiment d’importance. L’intérêt réside dans l’ambiguïté des sentiments et de ce face à face d’une âpreté ensorcelante, saisissant, sensuel, carnassier même et dans cette atmosphère nocturne des rues sombres et menaçantes, des bars enfumés et énigmatiques de New York, cadre oppressant, rythmé par la musique discrète et non moins essentielle d’Ennio Morricone. Tel le boomerang le passé revient toujours en pleine figure. Je n'en révèlerai pas plus. On se laisse volontiers embarquer dans ce New York fantomatique et mystérieux avec cette femme qui aime à la folie, faisant fi de toute morale et de toute raison.  Avec cet homme trouble et troublant qui se laisse capturer. Ils jouent avec le feu, consumés par une passion destructrice. A l’image du  spectacle de danse et de feu qui a lieu dans le bar où se rencontrent Alice et le chauffeur de taxi, c’est un film incandescent et brûlant, un conte (« Alice » au pays des merveilles obscures) d’une noirceur romantique qui réfute toute tiédeur et ne pourra vous laisser de glace!

    Si Annonay a chaque année un thème pour leitmotiv, cette année le road movie, le véritable temps fort de ce festival est la compétition de premiers films n’ayant pas encore de distributeur, la raison de notre présence, nous l’aurions presque oublié. Je précise que cet avis n’engage que moi et pas les autres membres du jury et ne remet aucunement en cause le palmarès et nos longues et palpitantes heures de délibération.

    medium_vie_ailleurs.JPGCeci étant, je tiens à vous parler d’abord et avant tout d’un film à l’image de ces 4 jours, intitulé La vraie vie est ailleurs, un film suisse réalisé par Frédéric Choffat.

    Gare de Genève. Une femme va à Marseille donner une conférence. Un homme court à Berlin découvrir son enfant. Une jeune femme part vivre à Naples. Et quand l’autre s’invite sur le siège d’en face, une réalité nouvelle peut surgir. Trois rencontres, trois histoires de vie qui basculent sur un quai de gare.

    Qui n’a pas une anecdote dans un train ou une gare ? Quel lieu plus propice au surgissement de l’imprévu, de l’inconnu, du singulier dans une existence  que celui de tous ces destins qui se frôlent, de toutes ces vies entre parenthèses, de tous ces regards qui se croisent, s’esquissent ou s’esquivent furtivement? Peu importe le lieu. Seul ce qui s’y déroule compte. Cela peut se dérouler à Annonay où neuf routes se rejoignent le temps d’un festival. Cela peut avoir lieu dans un train ou une gare. Dans tous les cas, les préjugés et les catégorisations volent en éclats. L’anecdotique aussi. L’instant est à la fois banal et crucial et la poésie parce que inattendue est sublimée par cette quotidienneté. Ces personnages sont tous entre deux moments, entre deux pays, en route vers un ailleurs redouté ou idéalisé. Ils n’ont pas de nom, pas de prénom. Leur histoire est singulière et universelle. Leurs solitudes se rencontrent et la même altérité débarque dans leurs habitudes. La vraie vie n’est pas ailleurs, même s’ils le croient, (ne le croit, craint-on pas toujours ?) mais bel et bien là sous nos yeux. Capturer ce reflet-là relève d’un talent incontestable. Grâce au regard d’une acuité sidérante du réalisateur. Grâce au jeu impeccable, aux accents de vérité époustouflants et à l’improvisation des acteurs, à l’image de ce long plan où, sur une musique italienne, la jeune femme passe de la tristesse, à la joie du retour, à la nostalgie, au regrets, à la réalité étouffante. Grâce au montage qui permet que chaque histoire se fasse subtilement écho. Grâce à l’attention portée aux gestes et aux regards qui semblent vibrer, exister, surgir sous nos yeux. Grâce à cette tension contenue où s’entrelacent rage et désir. De et contre l’autre. D’exister et contre l’existence. Grâce à cette maladresse  d’inconnus si proches et si lointains, qui paraît si réelle. La brièveté renforce l’intensité de leurs relations. Ils ne maquillent plus leurs émotions. C’est la vie sans fards. Parfois quelques heures, une seconde suffisent pour faire basculer une existence, ici une nuit blanche peut permettre de l’appréhender différemment. C’est une formidable bouffée d’oxygène, un huis clos haletant, bouleversant, dont on ressort, comme après ce festival, avec l’envie de saisir chaque seconde, de ne jamais oublier que comme le dit Molière (Romain Duris) dans le film éponyme de Laurent Tirard « rien n’est impossible ». Si Laurent Tirard le fait dire, Frédéric Joffat le montre dans chaque seconde du film. Cette fiction a  la force incomparable d’un documentaire sur la vraie vie et l’intensité poétique de la beauté éphémère qui surgit de l’inattendu et de l’inconnu. A l’image de ces 4 jours.  C’est dans La vraie vie est ailleurs que vous trouverez les résonances de l’existence, plus présente et prégnante que jamais.

    Deux autres films radicalement différents mais non moins intéressants ont émergé de cette compétition dont le niveau était d’ailleurs étonnamment élevé pour des premiers films n’ayant pas de distributeurs. C’est tout d’abord La part animale, le film français de Sébastien Jaudeau qui a obtenu le Prix spécial du jury, une adaptation du roman d’Yves Bichet. Etienne vient d’être embauché comme ouvrier dans une exploitation avicole moderne. Il est en charge de la reproduction des dindons. Peu à peu, au contact des bêtes, le regard qu’il porte sur l’humanité évolue.La part animale est une œuvre. Avec tout ce que cela peut impliquer. De radicalité. De point de vue. D’étrangeté. D’audace. Elle décontenance et malgré et à cause de cela force notre admiration. Le thème de l’animalité s’insinue dans le moindre fragment du film (jusqu’à l’excès : plans de sangliers, excès de références, notamment picturales, comme L’origine du monde de Courbet qui lui font frôler le didactisme et toujours en éviter l’écueil), se reflète dans le jeu des comédiens, dans leurs excès et leurs dérives. Tel le Rhinocéros de Ionesco, le dindon s’immisce partout.  L’animalité s’empare des comportements et les travestit, déteint sur l’existence et en fait ressortir la noirceur inavouable. En filigrane, un discours intéressant sur l’aliénation du travail, sur les effets pervers de la technique qui, si on n’y adhère pas forcément, n’en demeure pas moins intelligemment mise en scène malgré sa démonstration ostentatoire et revendicatrice. Une réalisation et un montage très maîtrisés, la photographie de Pierre Cottereau, des images qui vous hantent longtemps après la dernière minute du film contribuent à faire de cette part animale un film salutairement dérangeant. Pour ceux qui ne craignent pas de ne plus jamais voir les dindons et les petits pains de la même manière et de faire surgir la part animale qui est en eux.  A noter : Niels Arestrup, parfait en patron bourru et inquiétant, de même que Sava Lolov en employé effacé qui se laisse peu à peu envahir et submerger par sa part animale.

    medium_mouth.JPG Un autre film coup de poing a marqué ce festival au point de recevoir le prix de la meilleure musique, le prix des Lycéens et le Grand Prix du Jury. Il s’agit de Mouth to Mouth, le premier long métrage de la britannique Alison Murray, qui n’est d’ailleurs pas sans présenter quelques points communs avec La part animale, titre qui sied d’ailleurs très bien aussi à Mouth to Mouth. Sherry a 15 ans. A la recherche d’un mode de vie qui lui laisserait l’opportunité de rester elle-même, elle intègre le SPARK, groupe de jeunes voyageant dans toute l’Europe de technivals en petits boulots. S’apercevant rapidement du côté sectaire de cette communauté, Sherry va bientôt devoir lutter pour se protéger et protéger ceux qu’elle aime. Mouth to mouth est de ces films rares, à l’image de Little Miss Sunshine, qui s’empare des clichés pour mieux s’en affranchir et vous emporter. Mouth to Mouth est aussi de ceux là. Se présentant d’emblée comme un énième film sur le mal être et les dérives adolescentes à l’aspect « clipesque », Mouth to Mouth nous surprend ensuite habilement en nous emmenant sur un autre terrain, celui concentrationnaire des sectes par lequel elle se trouve fascinée, puis enfermée. D’aliénation il est donc aussi ici question. La force du film est celle de la relation fébrile entre Sherry et sa mère et de l’aveuglement de l’une qui éclairera l’autre, pas forcément celle que l’on aurait pu croire. Avant cela, il aura fallu passer par des scènes initiatiques d’une force inouïe. Ellen Page qui incarne Sherry et qui avait déjà marqué le dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville par son incroyable performance dans Hard Candy, est ici remarquable, à l’image de la majorité des acteurs de ce film. La mise en scène chorégraphiée permet d’alterner moments d’âpreté et de poésie. Un « bouche à bouche » électrisant dont vous ressortez avec l’impression d’avoir effectué un voyage au bout de l’enfer, qui vous bouscule et vous éclaire.

    Les 5 autres films en compétition nous ont emmené aux 4 coins du monde, avec des thèmes (la paternité, la maternité, le deuil) et musiques (Alléluia) et victimes (nos « amis » les bêtes) récurrents malgré une compétition dont l’éclectisme est à souligner.

    Elle nous a donc conduits au Québec avec Luc Picard, le réalisateur et acteur de L’audition. Agent de recouvrement aux méthodes musclées Louis rêve, depuis sa tendre enfance, d’être acteur. Grâce à une cousine, il est invité à passer une audition dans laquelle il jouera un père léguant un dernier message à son fils. Luc Picard est un comédien renommé au Canada qui passe ici à la réalisation. Malgré un pré générique poétique, onirique et prometteur, malgré une réflexion intéressante sur le métier de comédien et la paternité le film s’enfonce malheureusement dans des clichés qui atteignent leur paroxysme au dénouement d’une prévisibilité déconcertante, abusant des ralentis, d’Alléluia et de l’hémoglobine. Dommage, cette audition n’était pas dénuée de (trop) bonnes  intentions.

    Avec Look both ways de Sarah Watt, nous prenons la route de l’Australie. C’est le week-end le plus chaud de l’été et un récent tragique accident de train est dans les esprits de tous. Avec cette nouvelle en trame de fond, sept personnes tentent de gérer des évènements inattendus. Ce film choral fait s’entrecroiser les routes de personnages tous confrontés à la mort d’une manière ou d’une autre. Malgré des dialogues parfois percutants, le brassage d’un trop grand nombre de hasards et coïncidences et de thèmes  (la vie, la mort, l’amour) finit par nuire à l’ensemble et le happy end sirupeux décrédibilise le propos qui n’était pourtant pas inintéressant, d’autant plus que les images d’animation permettaient d’instiller une distance avec leur sujet, et de leur donner d’autant plus de force. Dommage que l’idée n’ait finalement été qu’esquissée.

    Après la chaleur de l’Australie, c’est le vent glacial de la Norvège qui nous conduit à l’étape suivante, celle de  Kissed by winter, le polar intimiste de Sara Johnsen. Victoria entame une nouvelle vie comme médecin dans un village de Norvège. Elle se plonge dans son travail pour éviter que ses souvenirs viennent la hanter. Un matin d’hiver, le corps d’un jeune homme est retrouvé dans la neige. La question est presque insoluble : comment se remettre de la mort d’un enfant ? Comment, si c’est possible, résoudre son sentiment de culpabilité ? Résolu par un pardon simpliste et soudain (le syndrome Red road et Little children ?) ce thriller psychologique dans une atmosphère glaciale aurait pu être une réflexion intéressante sur la culpabilité et le deuil. Sa construction à rebours, certes sans grande originalité qui s’achève par un plan paroxystique longuement annoncé, sur la musique de Jeff Buckley (Alleluia bis), et le jeu convaincant et convaincu de Annika Hallin valent néanmoins la peine de faire le détour pour arpenter les paysages enneigées de cet hiver paralysant.

    Pour se remettre de cette glaciale étape, rien de mieux que le chemin de l’Argentine avec le film de Gabriel Lichtmann, Judios en el espacio. Le jour de la fête de la Pâque Juive, Santiago retrouve Luciana sa cousine et amour d’enfance qu’il n’a pas revu depuis 15 ans. En effet, toute la famille est de nouveau réunie au chevet du grand-père qui vient de rater sa tentative du suicide. Judios en el espacio est une chronique familiale qui alterne, sans jamais vraiment savoir choisir ou l’atteindre, entre nostalgie et causticité. Si ce film attendrissant nous arrache quelques sourires, son charme ne suffit pas à nous faire passer tout ennui.

    Enfin, c’est en Italie que s’est achevé le périple de la compétition, avec  Il vento fa il suo giro de Giorgio Diritti. Suite à la construction d’une centrale nucléaire à côté de chez lui, Philippe, un berger français, décide de partir vivre avec sa famille dans un petit village des Alpes italiennes. Malgré un discours et des intentions louables : la dénonciation de l’esprit de communautarisme déchaîné par un nouvel arrivant, différent et donc perçu comme menaçant,  et un discours sur la liberté de choix non dénué d’intérêt, le mélange de fiction et de documentaire entre lesquels le réalisateur ne se décide pas à choisir nuit finalement à ses intentions, de même qu’un excès de ralenti et le jeu approximatif de certains acteurs.

    medium_ping.JPGC’est un film allemand, Ping Pong de Matthias Luthard qui a clôturé le festival. Marqué par le récent suicide de son père, Paul, 16 ans, s’enfuit de la maison et débarque à l’improviste chez son oncle et sa tante, une famille d’apparence parfaite. L’oncle est cadre supérieur au caractère effacé, la tante est femme au foyer autoritaire, leur fils prépare une audition de piano pour l’entrée au Conservatoire de Leipzig. Paul leur demande l’hébergement le temps des vacances et la famille l’accueille sans trop de problèmes. D’abord intrus, Paul devient peu à peu arbitre puis élément perturbateur. Récompensé par le prix SACD de la Semaine de la Critique du festival de Cannes 2006, ce ping pong là est aussi ludique qu’audacieux, voire dérangeant. La mélodie de cette chronique familiale acerbe est  parcourue de notes volontairement dissonantes, dont le chien qui répond au doux nom de Schumann est un des dièses. Ping pong est un huis clos cruel à l’humour cynique, même sinistre, qui malgré une fin attendue (mais est-ce là l’essentiel ?) instaure une tension latente et constante  notamment grâce à une mise en scène aussi aseptisée que la trompeuse apparence des protagonistes de cette impitoyable partie.

    Trois jours après, que reste-t-il de ce film, le mien de 4 jours ? Comment était-il ? Enrichissant comme un film historique. Inattendu comme un thriller (ou un dindon). Virevoltant comme une comédie musicale. Fellinien comme un certain soir de clôture. Désopilant et attendrissant comme un Woody Allen. Inoubliable, intense et rare comme un chef d’œuvre. De ces films après lesquels rien n’a changé, et après lesquels, aussi, vous avez la sensation de n’être plus tout à fait pareil, de croire à tout, surtout aux rencontres magiquement improbables et à l’impossible, même aux réponses aux bouteilles à la mer ( private message ). Tout cela, grâce  à eux, ci-dessous, éminente photographe y compris :

    medium_palmares.JPG

    Palmarès

    Grand Prix du Jury, Prix de la Ville d'Annonay

    Mouth to Mouth d’Alison Murray (Royaume-Uni)

    Prix Spécial du Jury

    La Part Animale de Sébastien Jaudeau (France)

    Prix du Public

    L’Audition de Luc Picard (Québec)

    Prix des Lycéens

    Mouth to Mouth d’Alison Murray (Royaume-Uni)

    Prix de la Meilleure Musique de film

    Mouth to Mouth d’Alison Murray (Royaume-Uni)

    LIENS

                 Le site officiel du 24ème Festival International du Premier Film d’Annonay 

    Pour tout savoir sur le jury de cette 24ème édition : http://www.annonaypremierfilm.org/festival/images_docs/doc_141.pdf

    Le blog de la supernounou de notre jury (et auteur de toutes les photos de cet article prises lors du festival) sur lequel vous trouverez un compte-rendu vibrant et très complet du festival : Sur la route du cinéma

     Le poétique blog d'une autre jurée:  Carnets de nuages

    Sandra.M

  • Jurée au Festival International du Premier Film d'Annonay

    medium_fest2007_large.2.jpgAprès Deauville, Dinard, Cannes, Cognac, Cabourg, Paris, Saint-Malo, je viens d'apprendre que je serai jurée à Annonay, au Festival International du Premier Film, du 9 au 12 février 2007. Je vous imagine déjà railler ce festival en comparaison de ceux précités. Détrompez-vous ! J’en ai eu d’élogieux échos (notamment par une ancienne jurée blogueuse-très- cinéphile) et je suis fière d’avoir été choisie pour faire partie du jury de cette 24 ème édition, d’abord parce que ce festival met à l’honneur des premiers films dont la compétition s’annonce d’ores et déjà alléchante, et parce qu’il est toujours passionnant de voir éclore de nouveaux talents, ensuite parce que notre président sera Manuel Pradal dont j’avais beaucoup apprécié le dernier long métrage  Un Crime (voir mon article, ici) présenté au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville, enfin parce qu’un festival est toujours une expérience enrichissante et délicieusement étrange…Bien sûr vous aurez le récit exclusif de ce festival à mon retour.

    Le Festival du Premier Film d’Annonay se déroulera du 2 au 12 février. Ce festival met les premiers films à l'honneur, hors compétition et en compétition (8 films de pays divers). Des films qui ont marqué l’année 2006 comme Sarajevo mon amour seront également projetés. La section thématique du festival portera cette année sur les road movies. Un hommage sera notamment rendu à Hippolyte Girardot.

    Pour avoir de plus amples informations, rendez-vous sur le site officiel :

    http://www.annonaypremierfilm.org/festival/

    J’en profite pour vous dire ou vous rappeler :

    1. Que vous pouvez toujours voter pour ce blog (et cela jusqu’au 20 janvier à minuit) qui participe au Concours organisé par le Festival de la Création sur Internet. En cliquant ici, vous arriverez directement sur la page des votes, cela vous prendra deux secondes et vous rapportera mes inestimables remerciements empressés. Pour en savoir plus sur ce concours et ce blog, cliquez là.

    2. Je vous invite également à élire votre film de l’année : voir l’article ici. Vous avez jusqu’au 21 janvier pour le faire.

    3. Demande débute le 1er Salon du Cinéma.

    4. Enfin, se déroule actuellement le festival Paris tout court, au cinéma l’Arlequin, rue de Rennes. Je vous en parle plus longuement bientôt. En attendant, rendez-vous sur le site officiel du festival.

    Sandra.M