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Par Sandra Mézière. Le 7ème art raconté avec passion depuis 2003. 4000 articles. Festivals de cinéma en direct : Deauville, La Baule, Cannes, Dinard...Critiques de films : avant-premières, à l'affiche, classiques. Actualité de romancière. Podcast.
La Bataille de Gaulle. Les Rayons et les ombres. Moulin. Notre Salut. Et maintenant, Fausse note. Rarement une année aura concentré autant de films sur cette période. Je n’ai pas encore vu le film d’Emmanuel Marre. Les trois premiers sont en tout cas d’immenses films qui feront date.
Le premier réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans jamais se montrer didactique, en privilégiant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry livre ici un de Gaulle parfois décalé magistralement incarné par Simon Abkarian. C’est précisément ce qui l’empêche de devenir une statue. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ce film, aussi inclassable que mémorable.
« Tout homme sur la terre a deux faces, le bien et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien. Le même être est victime et bourreau tour à tour. » Concernant le deuxième, cette citation extraite du recueil Les Rayons et les ombres de Victor Hugo résume mieux que nulle autre ce film, sa profondeur, son audace, sa puissance, sa complexité et son désir louable de comprendre celle de l’être humain quand les idées et les Hommes sont de plus en plus réduits à des concepts et à des caricatures, quand toute nuance est si souvent bannie, mais aussi quand des humanistes peuvent parfois se laisser corrompre et avilir par les pensées les plus ombrageuses et nauséabondes.
Quant au glaçant et non moins magistral Moulin, je vous en parlerai demain dans mon compte-rendu du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, dans le cadre duquel il fut projeté.
Alors, un nouveau film encore sur cette période était-il nécessaire, me direz-vous ? Indéniablement oui. D’abord parce que se souvenir est plus que jamais indispensable. La sortie du film, un 7 octobre, date aux résonances tragiques, n’est d’ailleurs évidemment pas un hasard. Ce jour funeste est en partie à l’origine de l’idée du cinéaste, même si le film est une adaptation de l’œuvre de Didier Caron, produite par Diane Kurys et Alexandre Arcady.
Ne pas oublier. C’est ce que nous demande le cinéaste à la fin du film : « N’oubliez jamais. » Tout en dédiant le film à ses petits-enfants. C’est aussi certainement pour cette raison qu’autant de films sur ce sujet sortent cette année, alors que partout s’observent des résurgences d’idées nauséabondes que nous aurions pu croire enterrées dans les geôles de l’Histoire.
Pour son dix-neuvième film, quarante-sept ans après son premier long-métrage, Le Coup de Sirocco, Alexandre Arcady délaisse ici les fresques romanesques et lyriques qui ont marqué une partie de son cinéma pour se concentrer sur un duel fascinant entre deux immenses comédiens que nous aurions tort de croire cantonnés à la comédie : Benoît Poelvoorde et Kad Merad. Le premier s’était notamment illustré dans le drame avec Anne Fontaine. Ainsi, dans Entre ses mains, film sur l’amour impensable encore plus qu’impossible, Poelvoorde incarne un vétérinaire, mais surtout un fauve face à son animalité, un prédateur de femmes qui, comme les lions qu’il soigne, fascine et effraie. Il est à la fois terrifiant et bouleversant dans ce rôle de meurtrier meurtri. Un rôle parmi d'autres dans lequel il fut magistral, comme également dans Adieu Paris d'Edouard Baer. Plus récemment, dans Finalement de Claude Lelouch, fable mélancolique et joyeuse, ode à la folie des sentiments, film qui oscille entre comédie musicale et road movie, teinté de fantastique, et qui fait l’éloge de l’amour, de la famille, de la liberté… mais aussi du cinéma, avec des références explicites à Sur la route de Madison de Clint Eastwood et à La Grande Illusion de Jean Renoir, Kad Merad, avait lui aussi démontré de nombreuses facettes de son jeu, y compris dramatique.
Ici, il incarne un admirateur insistant qui vient assister à l’ultime concert parisien d’un chef d’orchestre, Alexandre Miller, à l’Opéra-Comique, à Paris. Sous ses apparences de « Monsieur tout le monde », le « fan » s’infiltre dans l’Opéra, perturbe la soirée et force un face-à-face inattendu avec le chef d’orchestre. Surgit alors un passé commun enfoui, où la musique devient le révélateur d’une vérité bouleversante. Une nuit de tension et de vérité où la mémoire, la culpabilité et la justice s’affrontent en sourdine. Alexandre Miller s’est vu proposer la direction du Philharmonique de Berlin. Lui qui est allemand d’origine va donc donner son concert d’adieu quand arrive dans la salle ce fan « bizarre », Nathan Dinkel, interprété par Kad Merad, qui s’incruste après le concert et devient rapidement envahissant, tel un François Pignon. Mais peu à peu, la situation va se détériorer. Les références à la Seconde Guerre mondiale nous laissent deviner la cause de la tension sous-jacente entre les deux hommes, qui se retrouvent bientôt enfermés. La neige recouvre la capitale. L’Opéra-Comique devient alors un véritable personnage, tantôt rassurant, tantôt ombre menaçante. Nathan devient de plus en plus inquiétant. Nous comprenons alors qu’il veut conduire Alexandre vers une vérité. Le vrai visage du personnage. Sa fausse note dissimulée derrière le masque de la notoriété et de la respectabilité.
Le début nous distille déjà quelques indices. Sa femme dit ainsi à Nathan : « Je ne sais pas ce que j’ai aimé chez toi en premier. Ta folie, ta passion pour les livres ou ta fascination pour le monstre. » Puis surgit cette phrase énigmatique de Nathan : « Mon père avait une belle technique lui aussi. Il aurait pu faire carrière mais il est mort. » Et encore cette évocation de l’anniversaire de la mort de John Lennon et de son assassinat : « C’est amusant de commémorer la mort d’un des Beatles cette nuit. Vous ne trouvez pas ? » Autant de paroles qui semblent d’abord anodines, mais qui, rétrospectivement, prennent une autre résonance. Arcady sème ses indices comme autant de petites notes dissonantes dans une partition qui, progressivement, va révéler son véritable motif. Car le chef d’orchestre, derrière le vernis, laisse lui aussi affleurer un tempérament irascible, une mélancolie certaine, mais également un cynisme et un sentiment de supériorité. « Mon pauvre ami, sachez-le : les mauvais restent toujours de l’autre côté de la porte. » Une phrase qui en dit davantage sur celui qui la prononce que sur celui auquel elle s’adresse. Sans compter qu'il y a cette neige qui tombe sans discontinuer et qui inspire cette autre phrase à Nathan : « À chaque fois qu’il neige, j’ai la gorge qui se serre. »
Malgré le huis clos, le film est très dynamique (1600 plans) et le souffle du spectateur reste suspendu à la prochaine réplique. La caméra nous embarque entre les coulisses, les coursives, les loges et le hall majestueux de l’Opéra, théâtre de ce duel implacable dont nous devinons qu'au moins un des deux hommes n’en sortira pas indemne. C’est là que le film acquiert une véritable intensité théâtrale tout en utilisant pleinement les ressources du cinéma. Une confrontation haletante, même si nous devinons assez rapidement l’ignominie qui la sous-tend et le passé qui lie les deux hommes. Ce qui compte n’est bientôt plus seulement de savoir ce qui s’est passé, mais de découvrir jusqu’où chacun acceptera d’aller lorsque les masques tomberont.
Le quatrième élément de ce quatuor, avec les deux comédiens et le décor, est bien entendu la musique. Un film qui emploie la Sérénade de Schubert (je le confesse, une de mes musiques préférées, donc peut-être ne suis-je pas objective, une musique d’ailleurs maintes fois utilisée au cinéma) n’est jamais tout à fait ordinaire, une musique qui apporte toujours un supplément d’âme et d’émotion. Ainsi, lorsqu’Arcady convoque la Sérénade de Schubert, comment ne pas penser à toutes ces œuvres cinématographiques où Schubert devient bien davantage qu’un accompagnement : un révélateur de l’intime, du trouble et de la mémoire ?
Le début nous montre Alexandre dans son appartement, où trône un disque de… Wagner, ce qui, là non plus, n’est évidemment pas un hasard. La Septième de Beethoven, la Petite musique de nuit de Mozart, un nocturne de Chopin jouent également un rôle important. Sans compter qu’un immense compositeur contemporain les rejoint, celui qui est indissociable de Claude Sautet notamment : Philippe Sarde, qu’Arcady retrouve ici pour la sixième fois depuis Pour Sacha, en 1991. Roland Romanelli, qui avait déjà signé avec Jean-Jacques Goldman la musique de L’Union sacrée, a également apporté tout son talent pour accompagner la partition de Sarde au fil des scènes d’action. La musique permet d’harmoniser l’ensemble et de faire passer le film de son atmosphère de comédie, presque vaudevillesque, à celle de la tension psychologique et du drame.
Merad et Poelvoorde sont parfaits chacun dans leurs registres. L’un dans celui de l’homme faussement maladroit, en apparence banal, presque invisible. L’autre dans celui du chef d’orchestre renommé et respecté.
Fausse Note pose une question qui dépasse largement son intrigue : peut-on dissocier un homme de son œuvre ? La question résonne avec une singulière acuité dans notre époque où artistes, créateurs et personnalités publiques sont tour à tour célébrés, condamnés, réhabilités ou voués aux gémonies. Ici, cette dissociation semble impossible. Nathan l’exprime dans l’une des phrases les plus fortes du film : « Vous étiez pour moi le plus grand chef d’orchestre au monde. Quand j’écoutais vos disques, j’avais l’impression de voler. De ne plus être sur terre. D’entendre ce qu’il y a de plus beau dans le monde. Je n’arrivais pas à haïr l’assassin que vous êtes. Comment séparer les deux ? » Toute l’ambiguïté du film est là. Comment continuer à admirer la beauté lorsqu’on découvre l’horreur de celui qui l’a créée ou interprétée ? Comment continuer à écouter une musique qui vous a élevé lorsque vous savez que celui qui l’a jouée, dirigée ou créée porte en lui une part d’abjection ?
Le cinéaste recourt également à un procédé qui rappelle inévitablement Spielberg dans La Liste de Schindler : le rouge, surgissant au cœur d’une reconstitution en noir et blanc. Le procédé est immédiatement signifiant. Peut-être même un peu trop car cette reconstitution aurait parfois gagné à rester hors champ, la suggestion pouvant se révéler plus bouleversante encore que ce que l’image montre explicitement.
L’Histoire ressurgit partout. Dans les mots. Dans les silences. Dans les objets. Dans la musique. Dans les visages. Dans cette neige qui semble recouvrir la ville sans parvenir à ensevelir les souvenirs mais qui au contraire les fait remonter à la surface. Et c’est bien de cela qu’il est question : ce qui revient toujours à la surface. La culpabilité, surtout. Car la culpabilité n’est peut-être pas seulement celle que l’on imagine au début. Il y a la culpabilité du bourreau, évidemment, impossible à effacer. Mais il y a aussi celle de la victime. Peut-elle porter, durant des décennies, le poids d’une histoire dont elle n’est pourtant pas responsable ?
La dernière phrase du film prend une dimension particulière : « La barbarie se perpétue. Se taire est impossible. » Une phrase associée à Elie Wiesel et Jorge Semprún, qui résonne ici comme un impératif. Le film est d’ailleurs dédié « à la mémoire des anciens déportés et assassinés par les nazis ». À la fin, des visages apparaissent. Des visages qui ne sont plus ceux de personnages de fiction mais ceux de femmes et d’hommes dont la mémoire vient soudain envahir l’écran. Ce que demande Alexandre Arcady n’est pas seulement de regarder et apprécier son film. Il demande de se souvenir. De se souvenir lorsque les témoins disparaissent. De se souvenir lorsque les crimes deviennent des dates dans les manuels scolaires. De se souvenir lorsque les mots eux-mêmes risquent de perdre leur sens à force d’être utilisés sans mesure. De se souvenir surtout lorsque ressurgissent, ici et là, les idéologies que l’on croyait définitivement reléguées au passé. « N’oubliez jamais. »
Fausse Note n’est sans doute pas parfait. Certaines démonstrations auraient gagné à être davantage suggérées, certaines reconstitutions à demeurer dans le hors-champ, et la révélation qui sous-tend le face-à-face est perceptible assez tôt. Ce n’est finalement pas l’essentiel. Le film d’Alexandre Arcady est d’abord une confrontation. Une confrontation entre deux hommes, entre deux mémoires, entre l’art et la morale, entre l’admiration et l’horreur, entre la victime et celui qui porte le poids du crime. Et entre deux grands acteurs. La « fausse note » du titre n’est donc pas seulement celle d’un musicien. Elle est celle d’un homme dans sa propre partition. Celle qui révèle, derrière l’harmonie parfaite d’une œuvre, la dissonance d’une existence. C’est aussi pour cela que ces films sont nécessaires. La mémoire n’est jamais acquise. Il faut donc continuer à regarder, à transmettre, à questionner, à mettre des visages sur les victimes et des mots et des images sur les crimes. Il faut continuer à faire vivre et imprégner la mémoire. La barbarie se nourrit aussi du silence. Alors, oui, un film de plus sur cette période était nécessaire. Plus que jamais.
Hier matin, à la Cinémathèque française, avait lieu le vernissage presse de l’exposition Belmondo le Magnifique, que vous pourrez découvrir du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027. Si cette visite m’a autant passionnée qu’émue, c’est sans doute parce que les films de Jean-Paul Belmondo ont jalonné mon existence depuis l’enfance, au même titre que ceux d’Alain Delon et de Jean Gabin. Certains acteurs accompagnent ainsi une vie entière, se mêlent à nos souvenirs et finissent par intégrer notre histoire personnelle. Belmondo est de ceux-là.
Je me souviens de l’avoir applaudi sur la scène du Théâtre des Variétés, en 1996, dans La Puce à l’oreille de Feydeau, mise en scène par Bernard Murat puis dans Frédérick ou le Boulevard du crime, au Théâtre Marigny, en 1998. J’ai également eu le bonheur d’assister à la remise de sa Palme d’or d’honneur au Festival de Cannes, le 17 mai 2011, ainsi qu’à la cérémonie des prix Lumières, à Paris, en 2018, où un prix lui avait également été remis. Et puis il y eut ce jour de septembre 2021 où, en plein Festival du Cinéma Américain de Deauville, sa disparition a plongé la salle dans une profonde émotion, lorsque les premières notes de Chi Mai, la musique d’Ennio Morricone pour Le Professionnel, ont retenti et que son visage est apparu sur l’écran. Vous retrouverez les vidéos et les photos de ce moment sur mon compte Instagram.
Photo personnelle
Solaire, ludique, bondissante, facétieuse : cette exposition est à son image. Elle célèbre une légèreté joyeuse, un art de vivre et de jouer. Cette exposition m’a également émue parce qu’elle fait revivre toute une époque, avec une nostalgie lumineuse. Elle nous immerge dans l’univers de Belmondo, dont la voix résonne au fil du parcours, et nous ramène à nos premiers émois de cinéphiles. À qui douterait encore de l’immense acteur qu’il fut, cette exposition apporte une réponse magistrale.
Prêtre, boxeur, soldat, policier, voyou, compositeur… : quelle extraordinaire galerie de personnages ! Mais Belmondo ne se résume pas à ses rôles. Une réplique de Claudia Cardinale dans Cartouche (1962), citée dans l’exposition, me semble d’ailleurs résumer admirablement sa philosophie, autant que l’esprit qui l’animait : « Oh si Dominique, amuse-toi, cela empêche de mourir. »
Pour rendre hommage à ce mythe du cinéma français, la Cinémathèque a réuni une sélection foisonnante d’archives personnelles, d’affiches, de costumes et de photographies inédites, qui racontent tout à la fois une carrière exceptionnelle et une vie menée tambour battant.
Il s’agit de la première exposition rétrospective consacrée à Belmondo, de sa naissance dans une famille aimante jusqu'à la fin de sa vie. Elle raconte la façon dont il a révolutionné le cinéma mondial par ses choix de carrière qu’il a menée avec une joie immense. Il inventa ainsi une façon de jouer en devenant une marque jusqu’à l’excès. La vie était pour lui avant temps un immense terrain de jeu. La commissaire de l’exposition, Clémentine Deroudille, a ainsi expliqué la volonté de « proposer une exposition solaire dans une période de difficultés parce que Belmondo réunit et permet à des gens de toutes opinions et de tous pays de se retrouver. Le Magnifique est un soleil qui émet de la chaleur, qui réchauffe. »
Difficile de résumer en quelques lignes la carrière de cet acteur qui a tourné près de 90 films et qui demeure immédiatement reconnaissable à sa façon unique de bouger, de prendre des risques et de se réinventer. L’exposition s’attache à montrer comment, par sa grâce et son talent, il a révolutionné le cinéma français et, sans nécessairement l’avoir cherché, contribué à inventer une figure de l’homme moderne.
Conçue en étroite complicité avec sa famille, et notamment avec son fils Paul, cette exposition originale mêle les archives personnelles de l’acteur aux collections de la Cinémathèque française : photographies, affiches, dessins et documents rares, notamment issus des fonds consacrés à Jean-Luc Godard et à François Truffaut. D’autres ensembles viennent enrichir le parcours : ceux des agences photographiques Escoop et Gamma, des ayants droit et de proches tels que Claude Lelouch, Danièle Thompson et Philippe de Broca, sans oublier son ami Jeff Domenech, qui prête une partie de sa collection privée.
Une enfance placée sous le signe du jeu
Direction le cinquième étage du temple de la cinéphilie, où un Belmondo bondissant nous accueille, son nom inscrit en lettres dorées sur un fond rouge flamboyant. La première partie de l’exposition nous ramène à ses origines, à l’enfance du fils de la peintre Sarah Madeleine Rainaud-Richard et du sculpteur Paul Belmondo.
« Le grand privilège du comédien est d’être autorisé à conserver sa jeunesse. Rester enfant, faire pour de faux, transformer la réalité en fiction jubilatoire, se plaire dans l’instant, dans le jaillissement. »
Né à Neuilly-sur-Seine le 9 avril 1933, Jean-Paul Belmondo grandit entre l’atelier de son père et les sorties au théâtre avec sa mère. Il connaît une enfance heureuse, au sein d’une famille où règne ce que l’on pourrait appeler le goût du bonheur. Deux passions vont bientôt s’imposer à lui : la boxe et la comédie. Enfant, il avait rêvé de devenir clown, fasciné par les numéros de cirque auxquels sa mère conduisait ses enfants chaque année, à Noël.
Déjà, il détonne par son physique et son énergie spectaculaire. Cette vitalité, qui deviendra l’une de ses signatures à l’écran, ne correspond guère aux canons de l’institution théâtrale. Il intègre finalement le Conservatoire à sa troisième tentative, en 1952, mais ses professeurs restent perplexes devant ce jeune homme « turbulent, drôle, farceur et noctambule. »
Pierre Dux, son professeur, lui aurait ainsi lancé, avec une lucidité que la suite de sa carrière allait singulièrement démentir : « Avec la tête que vous avez, vous ne tiendrez jamais une femme dans vos bras. »
En 1956, lors de l’audition publique du concours de sortie du Conservatoire, Belmondo est ovationné par le public. Pourtant, les professeurs ne lui accordent qu’un simple accessit, qui lui ferme définitivement les portes de la Comédie-Française. Ses camarades, eux, le portent en triomphe. En guise d’adieu au jury, il adresse un bras d’honneur à ceux qui viennent de le désavouer : une sortie devenue légendaire, à l’image de son tempérament. Toute sa vie, comme il le racontera dans sa biographie, il cherchera à démontrer qu’ils avaient eu tort.
Avec ses amis comédiens candidats au concours du Conservatoire, il partage une devise qui annonce déjà sa conception de l’existence : « Notre objectif à tout prix : la jouissance ; notre chemin, la liberté. »
Le cinéma, pourtant, n’est pas encore son horizon exclusif. Il enchaîne les essais, court les cachets et décroche quelques rôles. En 1957, il apparaît dans Sois belle et tais-toi de Marc Allégret, où il croise un certain Alain Delon. Mais l’année suivante, la guerre d’Algérie interrompt momentanément cet élan : appelé sous les drapeaux en 1958, il doit mettre sa carrière entre parenthèses.
Les premiers pas d’un futur mythe
L’exposition nous apprend une multitude de choses, à commencer par l’origine de son surnom, Bébel. Celui-ci lui aurait été donné par ses amis, qui trouvaient une ressemblance entre lui et Pépel, le personnage des Bas-fonds de Jean Renoir interprété par Jean Gabin. Une filiation symbolique, en somme, avec l’un des acteurs qu’il admirait.
Le parcours retrace également sa rencontre décisive avec Jean-Luc Godard, qui l’aborde à Saint-Germain-des-Prés. Leur collaboration commence par le court-métrage Charlotte et son Jules (1958), dont l’exposition propose un extrait. Déjà, l’énergie de Belmondo crève l’écran : sa gestuelle et son insolence annoncent un acteur qui ne ressemblera à aucun autre.
« Jean-Luc Godard, avec À bout de souffle, a scellé mon destin », dira-t-il.
Le 4 avril 1960, À bout de souffle sort dans les salles parisiennes. En s’affranchissant des conventions du cinéma traditionnel, Godard signe un film qui bouleverse les codes de la mise en scène et rencontre un accueil triomphal. Belmondo devient l’un des visages emblématiques de la Nouvelle Vague.
Godard et lui se retrouveront ensuite pour Une femme est une femme, en 1961, qui remportera l’Ours d’argent à Berlin, puis pour Pierrot le Fou, en 1965.
À propos de ce dernier film, Godard explique : « Pour moi, c’est un film sur la vie. La vie est noire et rose, ça dépend comment on la regarde, s’il y a du soleil ou des nuages. En général, il y a les deux ensembles. C’est l’histoire de gens qui vont vers le soleil mais ils doivent traverser beaucoup de nuages pour y arriver. »
Les pages de dialogues d’À bout de souffle présentées dans l’exposition permettent de mesurer concrètement le travail de création derrière ce film devenu mythique.
Une exposition foisonnante d’archives
L’un des grands mérites de l’exposition est de ne jamais se limiter à une succession d’affiches ou d’extraits de films. Elle fourmille de documents qui nous plongent dans l’intimité de la création : extraits vidéo et sonores, photographies, télégrammes, lettres, échanges entre cinéastes et producteurs.
On découvre ainsi une lettre de François Truffaut à Jean-Luc Godard, un courrier de Claude Sautet au scénariste Ennio Flaiano, ou encore des échanges entre Truffaut et Robert Hakim au sujet de La Sirène du Mississipi.
Un vieux téléphone rouge permet même au visiteur de décrocher le combiné pour écouter quelques répliques cultes.
Une expérience ludique qui nous transporte dans une autre époque et au cœur du cinéma de Belmondo.
Parmi les pièces exposées figure également le disque d’or récompensant la musique d’Ennio Morricone pour Le Professionnel, immense succès de Georges Lautner sorti en 1981, qui attira plus de 5,2 millions de spectateurs en France. Il provient de la collection de Jeff Domenech, notamment réalisateur de Belmondo, itinéraire…, le documentaire que j’évoquerai plus loin et dont je vous avais déjà parlé ici.
Autre document marquant : la retranscription d’une colère de Belmondo à l’encontre de Jean-Pierre Melville, sur le tournage de L’Aîné des Ferchaux.
On découvre enfin les télégrammes adressés par Isabelle Adjani, Claude Lelouch, Johnny Hallyday et Barbara à Belmondo au Théâtre Marigny, à l’occasion de Cyrano de Bergerac.
Autant de traces qui donnent chair à une carrière, mais aussi à un réseau d’amitiés et de fidélités artistiques.
De la Nouvelle Vague aux grandes aventures populaires
Entre 1960 et 1965, Belmondo enchaîne les tournages à un rythme vertigineux, passant d’un univers à l’autre sans jamais se laisser enfermer dans une seule image. Lui que certains surnomment « il brutto » (le laid) en Italie, devient pourtant l’un des partenaires privilégiés des plus grandes actrices italiennes, parmi lesquelles Claudia Cardinale, Gina Lollobrigida et Sophia Loren. Dans La Ciociara de Vittorio De Sica, il partage notamment l’affiche avec Sophia Loren, dont l’interprétation sera récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice et le prix d’interprétation féminine à Cannes.
Mais Belmondo ne se contente jamais de capitaliser sur son succès. Il recherche constamment le contre-emploi, explorant des personnages plus ambigus, plus troubles, parfois plus sombres, notamment dans Le Voleur, Un homme qui me plaît ou La Sirène du Mississipi.
Puis vient sa collaboration avec Philippe de Broca, qui donne naissance à quelques-uns de ses rôles les plus emblématiques. « Nous avions choisi de rester des enfants qui jouent, qui transgressent, qui se comportent de façon inconséquente », explique-t-il à propos de leur manière de travailler. Les cinq films qu’ils tourneront ensemble illustrent parfaitement cette philosophie. De Broca trouve en Belmondo un acteur dont l’énergie débordante devient une formidable matière cinématographique. « Belmondo trouve en de Broca un metteur en scène capable de donner une cohérence à sa turbulence. »
Cartouche connaît un immense succès, avec plus de 3,5 millions d’entrées. Belmondo s’impose peu à peu comme le héros d’un cinéma d’action à la française, capable de conjuguer humour, panache, virtuosité physique et goût de l’aventure.
Il voue également une admiration sans bornes à Jean Gabin, avec lequel il entretient une amitié profonde. Gabin lui aurait lancé un jour cette phrase affectueuse : « Viens, je t’embrasse, t’es mes vingt ans. » Tout est dit dans cette formule : la transmission entre deux générations d’acteurs, mais aussi la tendresse d’un aîné qui reconnaît chez son cadet quelque chose de sa propre jeunesse.
Avec L’Homme de Rio (1964), Belmondo contribue à renouveler le film d’aventures. Le film sera nommé aux Oscars pour son scénario original. Steven Spielberg, alors jeune cinéphile, découvrira notamment dans cette œuvre une source d’inspiration pour les aventures d’Indiana Jones, créées quinze ans plus tard.
Belmondo, c’est aussi une certaine élégance morale. Sur Stavisky, il accepte notamment de produire le film sans le faire savoir à Alain Resnais, afin de préserver la liberté du cinéaste. Pourtant, la projection cannoise du film, accueillie par des sifflets, constitua pour lui un véritable traumatisme.
En 1969, il tourne Le Cerveau de Gérard Oury, production spectaculaire qui réunit alors des moyens considérables pour le cinéma français.
Belmondo et Delon : deux mythes face à face
Leurs trajectoires se croisent à plusieurs reprises, bien avant que Borsalino ne les réunisse au sommet de leur popularité. Ils apparaissent ensemble dans Sois belle et tais-toi de Marc Allégret (1958), Les Amours célèbres de Michel Boisrond (1961), puis Paris brûle-t-il ? de René Clément (1966), avant de partager l’affiche de Borsalino de Jacques Deray (1970), adapté du roman Bandits à Marseille d’Eugène Saccomano.
Le film attire plus de 4,7 millions de spectateurs et consacre la rencontre de deux légendes du cinéma français.
Entre les deux hommes, l’émulation est réelle, mais elle n’empêche ni le respect ni l’admiration. Belmondo aurait ainsi déclaré, à propos du rôle de Monsieur Klein, finalement interprété par Delon : « Le seul rôle que je devais tenir et qu’il aura finalement eu est celui de Monsieur Klein. »
Belmondo, une marque et un phénomène populaire
À partir des années 1970, Belmondo devient bien davantage qu’un acteur : une véritable marque, dont chaque film constitue un événement. Il s’entoure de réalisateurs fidèles, parmi lesquels Henri Verneuil, Georges Lautner et Jacques Deray. Son nom s’affiche en caractères imposants sur les affiches, tandis que ses films sortent toujours à la même date, la troisième semaine d’octobre. La communication est maîtrisée, les apparitions dans la presse limitées et l’ensemble de sa carrière organisé avec une précision qui contraste avec la spontanéité apparente de son jeu. Devenu producteur avec Cerito Films, il supervise, avec René Château et Gérard Lebovici, de nombreux aspects de la fabrication et de la promotion de ses films, de leur date de sortie à leur affiche.
Sur les plateaux, il réalise lui-même ses cascades, une passion née notamment du tournage de L’Homme de Rio. Les plus spectaculaires restent associées à Peur sur la ville, en particulier la séquence devenue culte sur le métro aérien du pont de Bir-Hakeim, à Paris.
Il collabore également à quinze films avec le dialoguiste Michel Audiard, dont les répliques contribuent à façonner son personnage de héros gouailleur et insolent.
Puis vient L’As des as de Gérard Oury, nouveau triomphe populaire qui attire 72 000 spectateurs à Paris le jour de sa sortie.
En 1987, Le Solitaire de Jacques Deray ne rencontre pas l’audience espérée. Cet échec relatif marque un tournant : Belmondo peut désormais envisager de quitter les films d’action qui ont fait sa gloire.
Il revient sur les planches avec Kean, grâce à Robert Hossein. Enthousiasmé par l’accueil du public, il se consacre de nouveau au théâtre et délaisse progressivement les plateaux de cinéma.
Il fait toutefois une exception pour Claude Lelouch, qui lui propose Itinéraire d’un enfant gâté en 1988. Le rôle de Sam Lion lui permet de s’éloigner de l’image du héros invincible qu’il a longtemps incarné et de composer un personnage plus introspectif, marqué par le temps, les blessures et le désir de liberté. Sa prestation lui vaut le César du meilleur acteur en 1989, qu’il refuse d’aller chercher. « Le public est le seul jury qui puisse vous accorder des distinctions, car nous n’existons que par lui et que pour lui », explique-t-il.
Ce refus, fidèle à sa conception de la relation entre l’acteur et son public, ne l’empêche pas de poursuivre sa carrière au cinéma. Il tourne encore avec des réalisateurs proches de lui : L’Inconnu dans la maison de Georges Lautner, Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma d’Agnès Varda, Les Misérables de Claude Lelouch, Une chance sur deux de Patrice Leconte ou encore Peut-être de Cédric Klapisch.
En 2001, un grave accident de santé l’éloigne durablement des plateaux et de la scène. Un homme et son chien, réalisé par Francis Huster en 2008, sera son dernier film.
Le théâtre, une autre passion
« Mais quand vas-tu faire ton vrai métier ? » lui demande son père avant sa mort, en 1982.
Belmondo, qui a conquis le public au cinéma, n’a jamais cessé d’être un homme de théâtre. Après Kean, il triomphe dans Cyrano de Bergerac, mis en scène par Robert Hossein. Le spectacle, qui dure trois heures et demie, connaît un succès considérable et s’achève par une tournée dont la dernière étape le conduit au Japon, le 11 mars 1982.
Il rachète ensuite le Théâtre des Variétés et interprète plusieurs pièces mises en scène par Bernard Murat, parmi lesquelles Tailleur pour dames, La Puce à l’oreille et Frédérick ou le Boulevard du crime.
Mais derrière cette énergie et ce goût du spectacle se cache aussi une existence traversée par les épreuves. Le 31 octobre 1993, sa fille Patricia meurt à l’âge de 40 ans dans un incendie. Le médecin venu le voir lui aurait alors dit : « Si vous ne jouez pas ce soir, vous ne jouerez plus jamais. » Belmondo remonte sur scène le soir même pour jouer Tailleur pour dames.
Il se consacrera encore largement à la scène, tout en retrouvant ponctuellement le cinéma. Itinéraire d’un enfant gâté demeure à cet égard une œuvre charnière, un film de synthèse dans lequel l’acteur semble revisiter sa propre existence. « C’est le film de synthèse de ma vie, à la fois d’acteur et d’homme… tu as compris qui j’étais », confie-t-il à Claude Lelouch après le tournage.
En 1994, Les Misérables, sa troisième collaboration avec Lelouch, reçoit le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.
En 1998, vingt-huit ans après Borsalino, Belmondo retrouve Alain Delon dans Une chance sur deux de Patrice Leconte.
Belmondo, éternel
« On ne pensait pas qu’il était mortel », dira Jean Dujardin. Et pourtant, Jean-Paul Belmondo meurt le 6 septembre 2021, à l’âge de 88 ans. La France voit disparaître un acteur qui avait su abolir les frontières entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, entre l’élégance et l’insolence.
Il reçoit un hommage national aux Invalides. Son influence, elle, dépasse largement les frontières françaises. De Martin Scorsese à Quentin Tarantino, de Steven Spielberg à Jackie Chan, John Woo et Spike Lee, de nombreux cinéastes reconnaissent en lui une source d’inspiration.
Son empreinte se retrouve également dans la bande dessinée et le manga. Jean Giraud, alias Mœbius, s’inspire notamment de ses traits pour le personnage de Blueberry, tandis que le mangaka japonais Buichi Terasawa puise dans son allure désinvolte et son attitude nonchalante pour créer Cobra. Joann Sfar et Christophe Blain comptent eux aussi parmi les artistes qui lui témoignent leur admiration.
C’est peut-être là que réside le véritable secret de Belmondo : avoir incarné une liberté, une insolence et une joie de vivre qui ne vieillissent pas. Il appartient désormais à la mémoire collective et ses films continuent de nous restituer son énergie intacte, son sourire malicieux et cette manière unique d’habiter l’écran.
Belmondo est bel et bien immortel : non parce que les légendes échappent à la mort, mais parce que les acteurs de cette trempe continuent de vivre en nous, à travers leurs films et les émotions qu’ils nous ont offertes.
INFORMATIONS PRATIQUES HORAIRES
Lu, Me à Ve : 12h-19h
WE, vacances scolaires et jours fériés : 11h-20h.
Fermeture les mardis et le 25 décembre
Nocturnes gratuites réservées aux 18-25 ans le 2e jeudi du mois jusqu’à 21h, sur inscription
TARIFS :
PT 14 € / TR et 18-25 ans 11 € / - de 18 ans 7 € / Libre Pass : accès libre
VISITES GUIDÉES
Les samedis et dimanches à 16h30
Et tous les jours, sur réservation, pour les groupes adultes, et groupes scolaires et étudiants
Rétrospective Jean-Paul Belmondo (sélection de 35 films) du 7 octobre au 29 novembre. Puis, projections tous les week-ends.
CONFÉRENCES
« Belmondo en musique, sans demi-mesure » par Stéphane Lerouge Samedi 7 novembre à 14h30
SÉANCES AVEC DIALOGUE
À bout de souffle, suivi du Ciné-club de Murielle Joudet Jeudi 15 octobre à 19h00
Un homme qui me plaît, suivi d’un dialogue avec Claude Lelouch Dimanche 15 novembre à 14h30 - Séance suivie d'une signature par ses auteurs du catalogue de l'exposition, à partir de 17h30 à la librairie.
Pierrot le fou, suivi d’un dialogue avec Alain Bergala - Samedi 21 novembre à 14h30
SÉANCES PRÉSENTÉES
Toujours pas... à bout de souffle et Belmondo l'influenceur, par Jeff Domenech Samedi 10 octobre à 17h
Le Doulos, par Volker Schlöndorff Dimanche 11 octobre à 18h Stavisky, par François Thomas Dimanche 18 octobre à 14h30
L'Homme de Rio, par Bernard Payen Dimanche 8 novembre à 15h
Peur sur la ville, par Bernard Payen Samedi 14 novembre à 14h30
Les Tribulations d'un Chinois en Chine, par Jérémie Imbert Dimanche 22 novembre à 15h
LES JEUDIS JEUNES
Accès gratuit à l’exposition, tous les deuxièmes jeudis du mois de 18h à 21h, pour les étudiants et les -26 ans. Inscription en ligne obligatoire.
8 octobre 2026 :"Le mythe Belmondo : comment raconter une légende du cinéma ?" Rencontre avec Clémentine Deroudille, commissaire de l'exposition.
12 novembre 2026 : Lecture par les étudiants de L’Entrée des Artistes - Olivier Belmondo, l’école de théâtre parrainée par Jean-Paul Belmondo de 18h30 à 20h30
En partenariat avec les élèves de L’Entrée des artistes
10 décembre 2026 : Points paroles dans l'exposition par les étudiants du master cinéma et audiovisuel de l'université Sorbonne Nouvelle UFR Arts & Médias entre 18h30 et 20h30
14 janvier 2027 : Points paroles dans l'exposition par les étudiants du master cinéma et audiovisuel de l'université Sorbonne Nouvelle UFR Arts & Médias entre 18h30 et 20h30
JEUNE PUBLIC
Ma petite Cinémathèque, des séances accessibles au Jeune Public, à partir de 8 ans.
Cartouche Di 1er nov mai 15h
L’Homme de Rio Di 8 nov 15h
Les Tribulations d’un Chinois en Chine Di 22 nov 15h
Une heure avec... Jean-Paul Belmondo (dès 8 ans)
Pour prolonger la visite de l'exposition, un atelier en salle de cinéma pour regarder sur grand écran quelques scènes mémorables avec Jean-Paul Belmondo et échanger, avec un conférencier ou une conférencière, sur son jeu d'acteur, son art de la réplique et ses prouesses acrobatiques.
Di 18 oct / Di 13 déc /Di 10 jan de 16h à 17h
ACTUALITÉS
CINÉ-BALADE
Le Paris de Jean-Paul Belmondo
Belmondo a traversé Paris de long en large, devant les caméras de Godard, Melville, Lautner, Oury et Verneuil, et marqué les rues de ses courses-poursuites légendaires. Juliette Dubois propose de découvrir sa capitale, au cours d’une ciné-balade autour du Trocadéro et de Bir-Hakeim. Infos et réservations : cine-balade.com MUSIQUE
En bonus, je vous propose trois critiques de films avec Jean-Paul Belmondo, ce qui ne signifie pas que je ne vous recommande pas tous les autres, et avant cela mon compte-rendu de la remise de sa palme d’or au Festival de Cannes.
L’HOMMAGE BOULEVERSANT DU FESTIVAL DE CANNES À BELMONDO : PALME D’OR D’HONNEUR et PROJECTION de BELMONDO, ITINÉRAIRE de JEFF DOMENECH et VINCENT PERROT (17 mai 2011 )
Photo personnelle
Le festival s’achève dans 5 jours déjà, et les journées (et les soirées) se succèdent à un rythme joyeux et vertigineux sans que je trouve le temps de vous raconter tout ce que je souhaiterais (mais je le ferai après le festival), mais je ne pouvais pas ne pas vous parler de l’incroyable émotion qui s’est emparée de Cannes hier soir, un de ces moments qui resteront sans aucun doute comme un des plus beaux de la mémoire du festival, et de ma mémoire de festivalière. Devant la salle Debussy où s’est déroulé l’hommage, l’affluence n’était étrangement pas au rendez-vous, beaucoup de festivaliers ayant préféré, sans doute, assister à la montée des marches, une montée des marches qui a bouleversé l’assistance, les photographes français et internationaux ayant exceptionnellement déposé leurs appareils photos, non pas en signe de protestation comme avec Isabelle Adjani il y a quelques années mais pour applaudir Jean-Paul Belmondo (sur la musique de Chi Mai, composé par Ennio Morricone , sublime musique du film Le Professionnel) comme nous l’a raconté Thierry Frémaux en arrivant dans la salle, précisant que le présentateur de la montée des marches en avait même perdu la voix.
Photo personnelle
Pendant ce temps, dans la salle Debussy, de plus en plus fébrile, tandis qu’arrivaient les premiers invités (Faye Dunaway, l’indétrônable Jack Lang…), nous attendions l’arrivée de cet acteur qui a su concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, et qui ne s’est jamais pris pour la star incontestable qu’il est. Belmondo n’était pas venu à Cannes depuis l’hommage à Gérard Oury en 2001 (auquel je me souviens d’avoir assisté, dans la salle Buñuel, avec, là aussi, une incroyable assistance), sa dernière sélection en compétition remontant à 1974 pour Stavisky d’Alain Resnais.
Photo personnelle
Puis est arrivé le moment tant attendu avec la montée sur scène d’un formidable générique où se mêlaient des acteurs ayant tourné avec lui, ses amis du Conservatoire (leur présence étant la première chose souhaitée par Belmondo lorsque cet hommage lui a été annoncé), des réalisateurs pour lesquels il a tourné : Claudia Cardinale, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Piere Vernier, Charles Gérard, Guy Bedos, Claude Lelouch, Albert Dupontel, Samy Naceri, Richard Anconina, Xavier Beauvois, Michel Hazanavicius, Nicole Calfan… Puis « Il » est arrivé, descendant aussi rapidement que lui permettait son état de santé, acclamé par la salle Debussy et ses amis sur scène. Quand, comme pour moi, la passion du cinéma est née avec Borsalino, Le Doulos, La Sirène du Mississippi mais aussi tous ces films populaires et jubilatoires, et évidemment A bout de souffle, impossible de ne pas être bouleversée par cet homme qui a incarné tous ces rôles et qui cheminait vers la scène avec tant de difficultés mais avec un imperturbable sourire d’enfant, et sous les acclamations d’un public particulièrement ému.
Photo personnelle
Avec lui, c’était tout un pan du cinéma français qui se déplaçait vers la scène, dans un lent, magnifique et douloureux flashback. Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont rivalisé d’humour et d’élégance, visiblement eux aussi émus, Gilles Jacob lui disant « vous avez réussi ce soir votre plus belle cascade ». Puis ce dernier lui a remis un palme d’or pour sa carrière, une distinction reçue avant lui par Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Clint Eastwood et Gérard Oury. Pour Gilles Jacob : « L'étendue du registre de Bébel, le charisme de sa personnalité, la précision de son jeu, la gouaille de ses propos, l'aisance de son allure en ont fait avec Jean Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps ». « Je suis très ému par cette Palme qui me va droit au cœur. Je veux remercier tous ceux qui sont ici, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Un grand merci du fond du cœur ! » a alors déclaré Jean-Paul Belmondo, avant que la salle, toujours debout, ne l’acclame à nouveau.
Photo personnelle
A ses côtés, son fils Paul arborait un visage grave, peut-être pour contenir son émotion, Claude Lelouch et Richard Anconina ne pouvaient retenir leurs larmes, à l’image d’une grande partie de l’assistance. Enfin, Vincent Perrot et Jeff Domenech ont pris la parole, ce dernier n’oubliant pas d’adresser une pensée pour Marie-France Pisier (qui aurait dû être là…) et pour celle qui fut sa costumière pendant plus de 50 ans.
A ensuite débuté la projection du documentaire que vous avez pu également voir sur France 2…sans entendre néanmoins les applaudissements de la salle Debussy qui ont ponctué la projection : lors des cascades impressionnantes de Belmondo (notamment celles du Guignolo à Venise), lors de la lecture d’une lettre d’amitié de Bruno Crémer, lors de l’apparition à l’écran de Marie-France Pisier, lors de scènes inoubliables (comme celle d’Itinéraire d’un enfant gâté, une de mes préférées, ou comme celle de la fin du Professionnel avec Robert Hossein)...ou lorsque Delon dit que la différence entre eux se résume au fait que si Belmondo passe sa tête hors du train tout le monde rit, et reste impassible s’il s’agit de lui.
Le documentaire fait défiler sa carrière à travers des extraits de ses films mêlés avec les témoignages d’acteurs de sa génération et d’aujourd’hui, le tout accompagné par une voix-off signée Jean Dujardin, le film commençant par Belmondo qui va assister lui-même au film de sa vie d’acteur (et le documentaire s’y cantonne strictement et c’est tant mieux), étrange mise en abyme puisque nous-mêmes voyions le film en sa compagnie. De temps à autre, je ne pouvais m’empêcher de me retourner pour voir ses réactions, deux rangs derrière moi, assis à côté de Claudia Cardinale, comme l’était Alain Delon, dans cette même salle, pour la projection de la version restaurée du Guépard, l’an passé. Tandis que, l’un, l’année dernière, Alain Delon, avait le visage grave et soucieux, Belmondo avait à nouveau ce visage d’enfant ébloui et amusé de ses propres blagues, échangeant des sourires complices avec Claudia Cardinale, radieuse. Que pouvait-il bien penser, en voyant défiler tous ces témoignages d’amitié, en se voyant effectuer les cascades les plus improbables, en revoyant tous ces extraits sans doute associés pour lui à tant de souvenirs ? Que pouvait bien penser Claudia Cardinale, voyant ce film, qui d’une certaine manière, à l’image du Guépard de Visconti, l’an passé, lui montrait l’évanouissement d’un monde, la fin d’une époque ? C’était à la fois joyeux (le festival voulait faire de cet hommage une fête et il l’a été) et douloureux, au souvenir de sa lente montée vers la scène qui contrastait tellement avec ses cascades spectaculaires sur l’écran, et qui résonnait parfois comme un hommage posthume à cet acteur qui, aujourd’hui encore incarne tellement la vie, « foudroyant de vie et d’amitié ». Comment ne pas être nostalgique aussi en revoyant tous ces comédiens comme Gabin dans l’inénarrable scène de Un singe en hiver … ?
Cannes ne pouvait pas ne pas rendre hommage à celui qui résume finalement ce festival qui sait concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire. Un grand moment, vraiment. Merci Cannes. Merci M. Belmondo. Merci Jeff Domenech (qui, auparavant travaillait dans la restauration rapide à Grasse, très cinéphile et proche de Lautner et qui, avec Vincent Perrot, a monté ce projet que leur envie certainement plus d’un réalisateur) pour ce documentaire qui m’a replongée dans le cinéma que j’aime et qui m’a fait aimer le septième art, un documentaire malheureusement trop court (les extraits donnant envie de revoir tous ses films !). Je crois que je garderai longtemps le souvenir de ce géant du cinéma au regard et au sourire d’un enfant malicieux qui n’a pas dit son dernier mot et qui semble déjà songer à sa prochaine blague ou pirouette. En revoyant ces archives Belmondo aurait déclaré à Vincent Perrot que cela lui avait donné envie de remonter sur scène. Si seulement…
CRITIQUE d’ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ de Claude Lelouch (1988)
Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va l’y rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…
« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen qui ouvre le film le place sous le sceau du pessimisme et de la solitude, impression que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le film. « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné. La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues juste avec la musique pour établir le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.
Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, d’un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, d’histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), du fait de jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), de nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et des rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).
Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre-temps, il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille. Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.
Peu à peu, le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.
Alors, bien sûr, il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprétée par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) est un moment d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps, lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin… !
Jean-Paul Belmondo, plusieurs années après Un homme qui me plaît, retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui permettant d'incarner pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.
Itinéraire d’un enfant gâté est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres chers disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.
On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma (le temps malheureusement reste assassin), mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… » et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large, ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.
Critique de LA SIRENE DU MISSISSIPI de François Truffaut
Dédié à Jean Renoir, adapté, scénarisé et dialogué par Truffaut d’après un roman de William Irish intitulé Waltz into Darkness (pour acquérir les droits, François Truffaut dut emprunter à Jeanne Moreau, Claude Lelouch et Claude Berri), c’est davantage vers le cinéma d’Alfred Hitchcock que lorgne pourtant ce film-ci, Hitchcock s’étant d’ailleurs lui-même inspiré d’une nouvelle de William Irish pour Fenêtre sur cour. Truffaut avait lui-même aussi déjà adapté William Irish pour La Mariée était en noir, en 1968.
Synopsis : Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est fabricant de cigarettes à La Réunion. Il doit épouser Julie Roussel qu’il a rencontrée par petite annonce et dont il doit faire la connaissance le jour du mariage. Lorsqu’elle débarque à La Réunion, d’une beauté aussi froide que ravageuse, elle ressemble peu à la photo qu’il possédait d’elle. Elle lui affirme ainsi lui avoir envoyé un faux portrait, par méfiance. Peu de temps après le mariage, l’énigmatique Julie s’enfuit avec la fortune de Louis. Louis engage alors le solitaire et pointilleux détective Comolli (Michel Bouquet) pour la rechercher, et il rentre en France. Après une cure de sommeil à Nice, il retrouve Julie qui se nomme en réalité Marion (Catherine Deneuve) par hasard : elle travaille désormais comme hôtesse dans une discothèque. Il est déterminé à la tuer mais elle l’apitoie en évoquant son enfance malheureuse et ses sentiments pour lui qui l’aime d’ailleurs toujours… Commence alors une vie clandestine pour ce singulier couple.
Ce film connut un échec public et critique à sa sortie. Truffaut expliqua ainsi cet échec : « Il est aisé d’imaginer ce qui a choqué le monde occidental. La Sirène du Mississipi montre un homme faible (en dépit de son allure), envoûté par une femme forte (en dépit de ses apparences) ». Voir ainsi Belmondo ravagé par la passion qui lui sacrifie tout explique pour Truffaut l’échec du film. C’est vrai que ce film peut dérouter après Baisers volés, quintessence du style Nouvelle Vague. Son romantisme échevelé, sombre, voire désespéré (même si Doinel était déjà un personnage romantique) mais aussi son mélange des genres (comédie, drame, film d’aventures, film noir, policier) ont également pu dérouter ceux qui voyaient avant tout en Truffaut un des éminents représentants de la Nouvelle Vague.
Comme chacun de ses films, La Sirène du Mississipi n’en révèle pas moins une maîtrise impressionnante de la réalisation et du sens de la narration, des scènes et des dialogues marquants, des références (cinématographiques mais aussi littéraires) intelligemment distillées et le touchant témoignage d’un triple amour fou : de Louis pour Marion, de Truffaut pour Catherine Deneuve, de Truffaut pour le cinéma d’Hitchcock.
Truffaut traite ainsi de nouveau d’un de ses thèmes de prédilection : l’amour fou, dévastateur, destructeur. Malgré la trahison de la femme qu’il aime, Louis tue pour elle et la suit au péril de sa propre existence… Après les premières scènes, véritable ode à l’île de La Réunion qui nous laisse penser que Truffaut va signer là son premier film d’aventures, exotique, le film se recentre sur leur couple, la troublante et trouble Marion, et l’amour aveugle qu’elle inspire à Louis. Truffaut traitera ce thème de manière plus tragique, plus subtile, plus précise encore dans L’Histoire d’Adèle H., dans La Peau douce (réalisé avant La Sirène du Mississipi) notamment ou, comme nous l’avons vu, dans La Femme d’à côté, où, là aussi, Bernard (Gérard Depardieu) emporté par la passion perd ses repères sociaux, professionnels, aime à en perdre la raison avec un mélange détonant de douceur et de douleur, de sensualité et de violence, de joie et de souffrance dont La Sirène du Mississipi porte déjà les prémisses.
Bien qu’imprégné du style inimitable de Truffaut, ce film est donc aussi une déclaration d’amour au cinéma d’Hitchcock, leurs entretiens restant le livre de référence sur le cinéma hitchcockien (si vous ne l’avez pas encore, je vous le conseille vivement, il se lit et relit indéfiniment, et c’est sans doute une des meilleures leçons de cinéma qui soit). Les Oiseaux, Pas de printemps pour Marnie, Sueurs froides, Psychose, autant de films du maître du suspense auxquels se réfère La Sirène du Mississipi. Et puis évidemment le personnage même de Marion interprétée par Catherine Deneuve, femme fatale ambivalente, d’une beauté troublante et mystérieuse, d’une blondeur et d’une froideur implacables, tantôt cruelle, tantôt fragile, emprunte beaucoup aux héroïnes hitchcockiennes, à la fois à Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie ou à Kim Novak dans Sueurs froides, notamment pour la double identité du personnage dont les deux prénoms (Marion et Julie) commencent d’ailleurs comme ceux de Kim Novak dans le film d’Hitchcock (Madeleine et Judy).
A Deneuve, qui vient d'accepter le film, Truffaut écrivit : « Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux. » Et il est vrai qu’émane de ce couple, une beauté ambivalente et tragique, un charme, tantôt léger, tantôt empreint de gravité. On retrouve Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo dans des contre-emplois dans lesquels ils ne sont pas moins remarquables. Elle en femme fatale, vénale, manipulatrice, sirène envoûtante mais néanmoins touchante dont on ne sait jamais vraiment si elle aime ou agit par intérêt. Lui en homme réservé, follement amoureux, prêt à tout par amour, même à tuer.
A l’image de l’Antiquaire qui avait prévenu Raphaël de Valentin dans La Peau de chagrin, à laquelle Truffaut se réfère d’ailleurs, Louis tombant par hasard sur le roman en question dans une cabane où ils se réfugient ( faisant donc de nouveau référence à Balzac après cette scène mémorable se référant au Lys dans la vallée dans Baisers volés), et alors que la fortune se réduit comme une peau de chagrin, Marion aurait pu dire à Louis : « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ».
Enfin, ce film est une déclaration d’amour de Louis à Marion mais aussi et surtout, à travers eux, de Truffaut à Catherine Deneuve comme dans cette scène au coin du feu où Louis décrit son visage comme un paysage, où l’acteur semble alors être le porte-parole du cinéaste. Le personnage insaisissable, mystérieux de Catherine Deneuve contribue largement à l’intérêt du film, si bien qu’on imagine difficilement quelqu’un d’autre interprétant son rôle.
Comme souvent, Truffaut manie l’ellipse avec brio, joue de nouveau avec les temporalités pour imposer un rythme soutenu. Il cultive de nouveau le hasard comme dans Baisers volés où il était le principal allié de Doinel, pour accélérer l’intrigue.
Alors, même si ce film n’est pas cité comme l’un des meilleurs de Truffaut, il n’en demeure pas moins fiévreux, rythmé, marqué par cette passion, joliment douloureuse, qui fait l’éloge des grands silences et que symbolise si bien le magnifique couple incarné par Deneuve et Belmondo. Avec La Sirène du Mississipi qui passe brillamment de la légèreté au drame et qui dissèque cet amour qui fait mal, à la fois joie et souffrance, Truffaut signe le film d’un cinéaste et d’un cinéphile comme le fit par exemple également plus tard Pedro Almodovar avecLes Étreintes brisées.
La Sirène du Mississipi s’achève par un plan dans la neige immaculée qui laisse ce couple troublant partir vers son destin, un nouveau départ, et nous avec le souvenir ému de cet amour fou dont Truffaut est sans doute le meilleur cinéaste.
Onze ans plus tard, Catherine Deneuve interprétera de nouveau une Marion dans un film de Truffaut, Le Dernier métro, et sera de nouveau la destinataire d’une des plus célèbres et des plus belles répliques de Truffaut, et du cinéma, que Belmondo lui adresse déjà dans La Sirène du Mississipi :
« - Quand je te regarde, c'est une souffrance.
- Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.
- C'est une joie et une souffrance.''
Sans doute une des meilleures définitions de l’amour, en tout cas de l’amour dans le cinéma de Truffaut… que nous continuerons à analyser prochainement avec L’Histoire d’Adèle H.. En attendant, je vous laisse méditer sur cette citation et sur le chant ensorcelant et parfois déroutant de cette insaisissable Sirène du Mississipi.
CRITIQUE de BORSALINO de Jacques Deray
C'était en 1970. 4, 7 millions de spectateurs avaient alors vu ce film produit par Alain Delon. Un film alors très médiatisé. Et pour cause : deux mythes du cinéma s'y retrouvaient pour la première fois, 28 ans avant que Patrice Leconte les réunisse à nouveau pour Une chance sur deux. Belmondo avait d'ailleurs reproché à Delon d'être deux fois sur l'affiche, en tant que producteur et en tant qu'acteur. Ce jeu et cette apparente concurrence entre les deux acteurs avaient même conduit Jacques Deray à s'arranger pour qu'ils aient exactement le même nombre de plans et il est vrai que les deux acteurs y sont autant l'un que l'autre à leur avantage...
Basé sur le roman Bandits à Marseille d'Eugène Saccomano, Borsalino » est inspiré de l'histoire des bandits Carbone et Spirito dont les noms avaient finalement été remplacés en raison de leurs rôles pendant l'Occupation. On y retrouve, outre Delon et Belmondo, Nicole Calfan, Françoise Christophe, Corinne Marchand, Mireille Darc (qui fait une apparition remarquée) mais aussi Michel Bouquet, Julien Guiomar, Mario David, Laura Adani. Les dialogues sont signés Jean-Claude Carrière, coscénariste avec Claude Sautet, Jacques Deray, Jean Cau. Rien de moins !
Début des années 30 à Marseille. Roch Siffredi (Alain Delon) sort de prison. Venu retrouver son amie Lola (Catherine Rouvel) il rencontre par la même occasion son nouvel amant François Capella (Jean-Paul Belmondo). S'ensuit une bagarre entre les deux rivaux, elle scellera le début d'une indéfectible amitié. Capella cherche à se faire une place dans la pègre marseillaise. Les deux truands vont ainsi se trouver et se respecter. De cette réunion va naître une association de malfaiteurs florissante puis une amitié à la vie, à la mort qui va leur permettre de gravir les échelons de la pègre marseillaise !
D'un côté, Capella/Belmondo séducteur, désinvolte, bon vivant, aux goûts clinquants et aux manières cavalières. De l'autre Siffredi/Delon élégant, ambitieux, taciturne, froid, implacable, presque inquiétant. Deux mythes du cinéma face à face, côte à côte qui jouent avec leurs images. Parfois avec dérision (ah la scène de la baignade, ah la bagarre...), démontrant ainsi d'ailleurs l'humour dont ils savaient et savent faire preuve même celui dont certains de ses détracteurs l'accusaient à tort d'en être dépourvu, même si dans le DVD on reconnaît plus volontiers cette qualité à Jean-Paul Belmondo et à Delon... sa générosité. Jouant avec leur image encore lorsqu'ils deviennent des gangsters stars sur le passage desquels on se détourne, et applaudis par la foule, comme ils le sont en tant qu'acteurs.
C'est aussi un hommage aux films de gangsters américains, aux films de genre, avec leurs voitures rutilantes, leurs tenues élégantes parfois aussi clinquantes (dont le fameux borsalino qui inspira le titre du film), leurs femmes fatales mystérieuses ou provocantes, leurs lieux aussi folkloriques et hauts en couleurs que les personnages qui les occupent. En toile de fond la pittoresque Marseille, Marseille des années 30, sorte de Chicago française, Marseille luxueusement reconstituée que Deray filme avec minutie, avec l'allégresse qui illumine son film influencé par l'atmosphère ensoleillée et chaleureuse de Marseille. Sa caméra est alerte et virevoltante et elle accompagne avec une belle légèreté et application quelques scènes d'anthologie comme celle de la fusillade dans la boucherie. Tout cela donne au film une vraie « gueule d'atmosphère » qui n'appartient qu'à lui. Et s'il n'y a pas réellement de suspense, Deray nous fait suivre et vivre l'action sans penser à la suivante, à l'image de Siffredi et Capella qui vivent au jour le jour; il ne nous embarque pas moins avec vivacité dans cette balade réjouissante, autant teintée d'humour et de second degré (dans de nombreuses scènes mais aussi dans les dialogues, savoureux) que de nostalgie, voire de mélancolie suscitée par la solitude du personnage de Delon dont la majesté de fauve, parfois la violence, semblent être les masques de la fragilité. Et dont la solitude fait écho à celle de l'acteur, auréolé d'un séduisant mystère. Celui d'un fauve blessé.
Un film que ses deux acteurs principaux font entrer dans la mythologie de l'Histoire du cinéma, et qui joue intelligemment avec cette mythologie, ce film étant par ailleurs avant tout un hymne à l'amitié incarnée par deux prétendus rivaux de cinéma. Ce sont évidemment deux rôles sur mesure pour eux mais c'est aussi toute une galerie de portraits et de personnages aussi pittoresques que la ville dans laquelle ils évoluent qui constitue d'ailleurs un véritable personnage (parmi lesquels le personnage de l'avocat magistralement interprété par Michel Bouquet). Un film avec un cadre, une ambiance, un ton, un décor, deux acteurs uniques. Et puis il y a l'inoubliable musique de Claude Bolling avec ses notes métalliques parfois teintées d'humour et de violence, de second degré et de nostalgie, d'allégresse et de mélancolie, de comédie et de polar entre lesquels alterne ce film inclassable.
Borsalino fut nommé aux Golden Globes et à l'Ours d'or. Quatre ans plus tard Jacques Deray réalisera Borsalino and co, de nouveau avec Alain Delon, sans connaître le même succès auprès du public et de la critique. Reste un film qui, 40 ans après, n'a rien perdu de son aspect jubilatoire et semble même aujourd'hui encore, pour son habile mélange des genres, en avoir inspiré beaucoup d'autres.
Un nouveau festival de cinéma est toujours une bonne nouvelle, a fortiori quand il est consacré au cinéma français, et que sa première édition a pour président d'honneur Claude Lelouch.
Le Festival du Cinéma Français de Cassis tiendra sa première édition du 16 au 20 octobre 2026. Ce festival a pour louable ambition de "mettre à l’honneur le cinéma français d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le festival proposera une sélection de films en compétition, des avant-premières, des séances spéciales, des films de patrimoine, des rencontres et des masterclasses. Il offrira ainsi un espace de transmission et de dialogue entre les générations, tout en donnant une place essentielle aux nouveaux talents et aux métiers qui font vivre le septième art. À travers une programmation exigeante, populaire et accessible, cette manifestation souhaite rapprocher le public de celles et ceux qui créent les films. Les projections, les échanges avec les équipes, les hommages et les temps forts organisés dans la ville feront de Cassis un lieu vivant de découverte, de partage et d’émotion."
Pour la "petite" histoire, la déléguée générale du festival est Louisa Maurin qui fut aussi la fondatrice et déléguée générale du formidable Festival du Film de Paris, dont j'avais eu le plaisir de faire partie du jury jeunes en 1998, alors présidé par Nadia Farès et Thierry Frémont. Nous avions récompensé Gadjo Dilo de Tony Gatlif. Le temps carnassier dévore les êtres (Nadia Farès et Tony Gatlif sont décédés cette année) mais heureusement pas certains souvenirs.
Je vous laisse découvrir l'enthousiasmante sélection de cette édition qui prouve une nouvelle fois la vitalité du cinéma français qui déjoue les pronostics, à plus forte raison quand il est audacieux et ambitieux, comme le démontre le succès de La Bataille de Gaulle dont je vous parlais lundi dont les deux volets totalisent près de 6 millions d'entrées.
Je vous recommande tous ces films, et évidemment La Californie, premier long-métrage réalisé par le si talentueux scénariste Jacques Fieschi (scénariste de chefs-d'œuvre comme mon film préféré, dont je vous parle si souvent ici, Un Coeur en hiver de Claude Sautet -si vous ne l'avez jamais vu, j'espère que cette critique en lien ci-contre saura vous convaincre de le découvrir) ou encore plus récemment le mésestimé Bolero d'Anne Fontaine ou du magistral Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli) mais aussi l'incontournable Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch dont vous pouvez lire ma critique en bas de cet article.
Président d’honneur : Claude Lelouch
Président du Jury : Richard Anconina (avec Jacques Fieschi, Eric Fraticelli, Anne Parillaud). La liste des membres du jury sera complétée ultérieurement. Un jury des Cassidens sera par ailleurs présidé par l'actrice Françoise Gillard.
FILM D’OUVERTURE
7h40 ce matin-là réalisé par Nicole Garcia
FILMS EN COMPETITION
Les Filles d’Abraham réalisé par Hanaël El Yousfi
L’Âge d’or réalisé par Bérenger Thouin
La Gradiva réalisé par Marine Atlan
Du fioul dans les artères réalisé par Pierre Le Gall
Les yeux verts réalisé par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
Chercheurs réalisé par Aurélien Peilloux
FILM DE CLOTURE
Demain je tombe amoureux réalisé par Martin Provost
FILMS HORS COMPETITION
Une femme aujourd’hui réalisé par Robert Guédiguian
Un jeu dangereux réalisé par Karine Silla
Malika réalisé par Mounia Medour
FILMS EN ANIMATION
Le Corset réalisé par Louis Clichy
Carmen, l’oiseau rebelle réalisé par Sébastien Laudenbach
FILMS DOCUMENTAIRES
Gabin réalisé par Maxence Voiseux
Vous en faites trop Madame réalisé par Lisa Billuart Monet
D’un film à l’autre réalisé par Claude Lelouch
Coeur secret réalisé par Tom Fontenille
FILM CLASSIQUE
La Prière aux étoiles réalisé par Marcel Pagnol
HOMMAGES
Itinéraire d’un enfant gâté réalisé par Claude Lelouch
La Californie réalisé par Jacques Fieschi “Pensée pour Nathalie Baye”
Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va le rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…
« Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen en exergue place le film sous le sceau du pessimisme et de la solitude, une impression que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le long-métrage : « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné. La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues, juste avec la musique pour établir le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.
Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).
Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre-temps, il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille. Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.
Peu à peu, le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.
Alors, bien sûr, il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprétée par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) est un moment d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin… !
Jean-Paul Belmondo, plusieurs années après Un homme qui me plaît, retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui permettant d'incarner pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.
Itinéraire d’un enfant gâté est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.
On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma (le temps malheureusement reste assassin), mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… » et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.
Désormais, régulièrement, pour vous faire patienter en attendant que je retrouve le chemin des librairies avec mes nouveaux romans, je vous proposerai une nouvelle sur Instagram, parfois inédite ou primée, mais forcément toujours libre de droits.
Plus de 50 de mes textes courts ont été publiés et une dizaine d’entre eux ont été lauréats de concours d'écriture, tels que le Prix Nouveaux Talents des Éditions J'ai Lu, ou le Prix Alain Spiess de la nouvelle, en 2020.
J'ai également publié un recueil de 16 nouvelles intitulé Les Illusions parallèles, en 2016.
Je possède au moins autant de textes courts qui sont restés dans mes tiroirs.
Elle s'intitule L'Impasse des ombres, et fut lauréate du Grand Prix Short Édition du Printemps 2021, parmi 2000 textes initialement envoyés.
Pour ceux qui ne connaissent pas : Short Édition met aussi à disposition des distributeurs de nouvelles dans des gares, hôpitaux,...partout en France et même à New York.
« Il faut qu’il y ait un soleil. Il faut qu’il y ait une espérance. Il faut que quelque part brille et brûle la flamme de la résistance. » De Gaulle
Il y a des films qui me rappellent pourquoi j’aime le cinéma, ainsi : passionnément. Les deux longs-métrages dont je vais vous parler aujourd’hui en font partie. Parce que La Bataille de Gaulle est de ces films populaires, spectaculaires, instructifs, captivants et époustouflants pendant lesquels la réalité retient son souffle. Parce que si j’ai regardé ma montre pendant la projection, ce n’est pas en attendant la fin, c’est parce que j’espérais que l’échéance arriverait le plus tard possible.
J’ai en général plutôt tendance à être critique vis-à-vis des films comme celui-ci, trépidants, menés tambour battant et qui ne laissent pas au spectateur le temps de réfléchir, de respirer, de s’attarder sur un dialogue, une émotion ou un plan. Le film trouve pourtant admirablement cet équilibre fragile entre récit historique et divertissement. Je suis sortie de la projection avec l’envie d’en apprendre encore davantage et mon premier réflexe a été de rechercher les mémoires de De Gaulle dans la bibliothèque familiale, mais aussi d’en savoir plus sur ces personnages historiques comme Leclerc. J’ai réalisé que je ne connaissais que les grandes lignes de leurs destinées.
Ces deux films ne prétendent pas remplacer les livres d’Histoire mais ils donnent envie de les ouvrir. Les deux longs-métrages sont inspirés de De Gaulle. Une certaine idée de la France, la monumentale biographie de l’historien britannique Julian Jackson, adaptée à l’écran par Antonin Baudry (aussi scénariste du désopilant et tourbillonnant Quai d’Orsay et réalisateur du Chant du loup) et Bérénice Vila.
Les deux parties ont rencontré un large public : L’Âge de fer totalise 3 050 836 entrées et J’écris ton nom 2 645 915, soit près de 5,7 millions d’entrées pour le diptyque. Et alors que les spectateurs continuent d’affluer, le coffret des deux films en Blu-ray et DVD est annoncé pour le 4 novembre 2026. Un succès aussi inattendu (alors que l’attention est de plus en plus volatile, qui aurait parié sur la réussite de deux films historiques de cette durée ?) qu’amplement mérité.
Il y a plusieurs manières de raconter l’Histoire.
Il y a celle de Melville, dans un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, un chef-d’œuvre, L’Armée des ombres. Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, le film pourrait sembler résolument classique. Il est pourtant tout sauf consensuel. Melville n’a pas cherché à reconstituer la Résistance comme une épopée héroïque. Il en offre une radiographie minutieuse, s’attache à des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas à des mythes déshumanisés. Des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. C’est peut-être ce qui rend son film si bouleversant. Les actions de ces résistants ne sont pas toutes utiles, héroïques et récompensées. Elles sont parfois viles, silencieuses et inutiles. Melville ne glorifie donc pas la Résistance : il en montre la banalité tragique, et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Tout, dans la mise en scène, semble prolonger cette condition : la lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit et des rues éteintes, ces personnages condamnés à la clandestinité pour agir, le temps qui s’étire jusqu’au malaise, les silences et les non-dits qui disent souvent davantage que les paroles.
Il y a celle, presque inverse, de Xavier Giannoli dans Les Rayons et les ombres. Chez lui, tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans un monde constamment en mouvement dont la caméra épouse la cadence effrénée. À la sobriété sépulcrale de Melville, Giannoli oppose une mise en scène flamboyante, une opulence presque asphyxiante. Les uns meurent dans l’ombre tandis que les autres s’étourdissent dans la lumière. Des rayons qui aveuglent. Les Rayons et les ombres dissèque le glissement des rayons vers les ombres : comment des bonnes intentions initiales peuvent-elles conduire au pire ? Comment l’aveuglement devient-il coupable ? Où s’arrête le compromis ? Où commence la compromission ? Giannoli aime ces personnages troubles, guidés par l’orgueil, l’ambition, le besoin d’être regardés et reconnus. Il refuse la caricature pour mieux nous confronter à la zone grise de notre propre conscience et aux contradictions humaines. Comprendre n’est jamais ici excuser.
Ainsi, deux cinéastes, deux écritures, deux rapports presque opposés à la lumière et au silence, aux rayons et aux ombres. Chez Melville, les hommes se cachent pour agir et la grandeur naît de gestes invisibles. Chez Giannoli, les personnages s’exposent, s’étourdissent. Mais derrière ces différences, une même question : comment filmer l’Histoire sans transformer les hommes qui l’ont faite en statues ? Comment faire apparaître, derrière les choix, les fautes ou les actes héroïques, les contradictions de ceux qui les ont accomplis ?
C’est à ces deux films que j’ai pensé après avoir vu La Bataille de Gaulle. Non parce que le diptyque d’Antonin Baudry leur ressemblerait. Il en est même, à bien des égards, profondément éloigné. Cette différence permet cependant de mesurer ce que chaque mise en scène choisit de montrer et de taire, ce qu’elle éclaire et ce qu’elle laisse dans l’ombre, ce qu’elle fait de l’Histoire lorsqu’elle la transforme en récit, et des hommes lorsqu’elle les arrache à leur légende.
Il serait évidemment absurde de reprocher à un film de ne pas être L’Armée des ombres, pas plus qu’il ne serait juste d’exiger de Baudry le foisonnement de Giannoli. Chaque cinéaste choisit sa distance avec l’Histoire. Et faire de Charles de Gaulle un personnage de cinéma est une sacrée gageure. C’est filmer un homme que l’Histoire a depuis longtemps transformé en personnage, puis en symbole, presque en monument. C’est tenter de retrouver l’homme derrière la légende.
Avant Antonin Baudry, d’autres cinéastes s’y étaient essayés, avec des partis pris et des résultats très différents (notamment Gabriel Le Bomin avec De Gaulle, sorti en 2020, avec Lambert Wilson dans le rôle du Général. Le cinéaste est d’ailleurs le président du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule que je couvrirai la semaine prochaine). Mais La Bataille de Gaulle ne raconte pas seulement une nouvelle fois une histoire que nous connaissons : elle cherche à la vulgariser.
De Gaulle. Une certaine idée de la France, l’ouvrage colossal de Julian Jackson, de plus de 1 400 pages, tente justement de retrouver l’homme complexe derrière la légende. Un homme confronté aux échecs, aux humiliations et aux doutes face aux figures de l’époque, Churchill ou Roosevelt. Un De Gaulle déterminé et fragilisé. Le cinéaste explique avoir voulu se concentrer sur les années 1940 à 1945, et voir dans cette période « à la fois le combat d’un homme mais aussi celui d’un peuple et d’un pays ». Le titre L’Âge de fer renvoie à cette idée mythologique d’un âge d’or auquel succède un âge de fer dominé par l’injustice.
Mais Baudry voit surtout chez de Gaulle un homme qui possède une « vision féérique de la France ». « Il a le réel en face de lui, la capitulation, et il choisit le rêve. » Et il va réussir à faire en sorte que ce rêve s’incarne « à travers une forme de persévérance, de folie, d’habileté tactique, un mélange de choses très complexes et humaines », malgré l’isolement qu’est initialement le sien. De Gaulle est immense, dans tous les sens du terme, mais il est aussi parfois étrange, colérique, et même, dans le regard du cinéaste : burlesque. Le film ne cherche pas constamment à le grandir. Il accepte parfois de le regarder dans son étrangeté. Une scène le montre se savonnant le corps dans sa baignoire. Anodine en apparence mais significative du contraste entre le gigantesque et l’intime qui traverse le film. C’est aussi ce que Baudry cherchait avec le duo Churchill-De Gaulle : une relation parfois tragi-comique, qui ne bascule pourtant jamais complètement dans le numéro de comédie. « Il fallait trouver l’équilibre entre la narration et le divertissement. Mais le plus important, c’est l’incarnation », a ainsi souligné le réalisateur. Et cette incarnation est justement l’une des grandes forces du film.
Synopsis officiel : Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
En regardant ce film, j’ai beaucoup pensé à des films comme James Bond ou Mission : Impossible. À ces blockbusters avec lesquels nous pensons parfois, à tort, que le cinéma français est incapable de rivaliser. Baudry en reprend certains ressorts : le rythme, le spectaculaire, le sentiment permanent d’urgence, cette manière de faire de l’Histoire un récit d’aventures. Il sacrifie parfois la vérité historique au souci de maintenir l’attention, mais plus que répréhensible, l’objectif me paraît ici louable : donner envie de comprendre et d’approfondir.
Ce sont deux films multiples, traversés de contrastes. Deux films historiques teintés de comédie, sans jamais que celle-ci ne tourne au ridicule. Cela peut surprendre, mais c’est justement ce mélange de tons qui leur donne leur identité. Le premier volet commence avec une chanson de Trenet, puis l’invasion de Varsovie par les troupes allemandes. La date du 18 juin s’inscrit ensuite sur l’Arc de Triomphe. Puis s’affiche le titre. Et l’Histoire se déploie. Le Tchad, le Cameroun, le Sénégal, l’Angleterre, la France. Le montage ne laisse presque jamais le spectateur s’installer durablement dans une situation. Dans J’écris ton nom, cette impression devient encore plus frappante. Cela commence en janvier 1943. Une date apparaît sur le désert. Nous sommes dans le Fezzan, en Libye, puis soudain à Lyon, dans la France occupée, où Livia dépasse une file de Juifs portant l’étoile jaune. Giraud remplace Darlan à Casablanca. Le drapeau orné de la croix de Lorraine, emblème de la France libre, est hissé en Libye. Leclerc le salue. Et le générique arrive.
Cette manière de faire circuler le récit est parfois vertigineuse. Elle peut aussi expliquer le reproche qui a été fait au film de ressembler par moments à une « fiche Wikipédia » : trop de personnages, trop d’événements, trop de lieux, trop d’Histoire à faire tenir dans un récit de cinéma. Mais c’est aussi ce qui fait sa générosité. Le film veut raconter beaucoup et surtout, il veut transmettre. Il y a ainsi dans La Bataille de Gaulle des scènes historiques dont le temps a presque broyé la signification et que le cinéma permet soudain de regarder autrement. Celle des étudiants à l’Arc de Triomphe, le 11 novembre 1940, en est un exemple. Le premier message de refus des occupants nazis est alors porté par des lycéens dans une manifestation spontanée. Le film permet de redécouvrir ce moment essentiel. Il y en a beaucoup d’autres.
Des scènes qui restent en mémoire aussi. La beauté presque irréelle de ce chant dans le désert. Le passage consacré à la météo du D-Day, qui m’a forcément rappelé Pressure d’Anthony Maras, découvert au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville (un film actuellement à l’affiche, je vous le recommande), qui s’attache avec une minutie remarquable à l’impact des conditions météorologiques sur le débarquement. Ou encore ces transitions, toujours extrêmement travaillées, qui donnent au film une véritable identité. Un chant dans le désert. Puis une explosion. La braise de la cigarette de De Gaulle. Le film passe ainsi constamment du collectif à l’intime, du grandiose au détail.
La caméra accompagne sans cesse les déplacements des personnages et les mouvements de l’Histoire. La photographie de Giora Bejach et Pierre Cottereau participe à cette ampleur, en mettant en ombres et lumières avec le même souci du détail les espaces désertiques africains et les intérieurs londoniens.
Le travail de montage est impressionnant (Katie McQuerrey et Rehman Nizar Ali pour L’Âge de fer, puis Rehman Nizar Ali pour J’écris ton nom). Le film ne donne presque jamais l’impression d’avancer par blocs. Les événements se répondent, les discours se prolongent d’un lieu à l’autre, une action fait écho à une autre. Le montage crée ainsi une forme de circulation permanente : l’Histoire ne semble jamais se dérouler en ligne droite, mais par correspondances, accélérations, télescopages. Le parallèle entre les discours de Leclerc dans le désert et de De Gaulle à Alger en est un bel exemple. « Dans l’existence, on ne réussit que si on est obsédé par une idée », dit Leclerc. La phrase pourrait presque résumer le film entier.
La musique participe elle aussi à cette construction audacieuse et ambitieuse, et lui procure une ampleur particulière. Certains la jugeront peut-être emphatique mais elle apporte de l’élan et du souffle, reliant magistralement l’intime et le spectaculaire . Volker Bertelmann signe la partition de L’Âge de fer, tandis que Théo Cascio prend le relais pour J’écris ton nom. La première accompagne l’urgence, la tension, la solitude de De Gaulle et son obstination à faire exister une France libre. La seconde semble donner davantage de place aux voix multiples et aux destins croisés. Deux partitions pour deux moments différents du récit. Cascio reprend par ailleurs un thème de Bertelmann, comme un fil qui relierait discrètement les deux films. Cela fonctionne particulièrement bien dans le passage consacré à la Libération de Paris. En off, résonne le poème d’Éluard : Liberté. Le titre du deuxième film prend alors tout son sens. Magnifique passage. Impossible de ne pas être bouleversée.
Le film est aussi passionnant lorsqu’il s’intéresse aux rapports de force. De Gaulle n’existe jamais complètement seul, même si le récit aime parfois donner cette impression de solitude. « Ma croix la plus difficile à porter en cette guerre est la croix de Lorraine », dit Churchill. Pour De Gaulle, « La guerre est une affaire morale. », « La France a besoin d’une autorité morale. »
Le film rend accessibles des enjeux géopolitiques extrêmement complexes. Les projets américains concernant l’administration de la France libérée. Les tensions avec Roosevelt. Le rapport de force autour de la constitution d’un gouvernement provisoire. La question de la souveraineté française. Tout cela pourrait être aride et abscons. Le film réussit souvent à rendre cela limpide. C’est probablement l’une de ses grandes qualités pédagogiques.
Pour les personnages aussi, les scénaristes ont pris des libertés avec la réalité. Et c’est tant mieux. Chaque figure de cette période est ainsi incarnée. Par exemple, Livia, jouée par Anamaria Vartolomei, n’a pas existé telle quelle. Elle est une figure composite inspirée de plusieurs résistantes. Anamaria Vartolomei lui donne une grande intensité intérieure.
Il y a aussi Fernand joué par Florian Lesieur, une merveilleuse découverte. Candide et déterminé, et immédiatement attachant. Fernand Bonnier de La Chapelle a réellement existé. Il avait vingt ans lorsqu’il assassina l’amiral Darlan à Alger, le 24 décembre 1942. Il fut exécuté deux jours plus tard avant d’être réhabilité en 1945. La trajectoire de ce personnage est suffisamment romanesque pour que le cinéma n’ait presque rien à inventer.
Il y a évidemment Jean Moulin, interprété par Félix Kysyl. Un choix de casting judicieux. Il incarne aussi l’obstination, le courage mais aussi la fragilité d’un homme qui n’a que 41 ans au moment de l’armistice. Il doit mettre sur pied une armée secrète composée de fortes personnalités très diverses. Félix Kysyl apporte à cette figure historique, là aussi légendaire, une humanité complexe. Simon Russell Beale est un Churchill incroyable. Il parvient à rendre le personnage à la fois impressionnant, drôle, autoritaire et profondément humain. Avec Simon Abkarian, il forme un duo qui aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Il n’en est rien. Mathieu Kassovitz, en Darlan, apporte une stature évidente au personnage. Son image rebelle et son autorité naturelle donnent à Darlan une présence immédiatement identifiable. Benoît Magimel est tout simplement parfait en général Koenig. Il incarne ce chef de guerre à la fois tendre et humain. Karim Leklou apporte la touche comique attendue par Baudry. Ses expressions, son visage, sa manière d’être composent un étonnant contrepoint à la rigidité de De Gaulle. Loïc Corbery, qui joue René Pleven, vient du théâtre, et possède cette écoute remarquable, cette attention à la parole qui donnent au personnage une véritable existence. Quant à Niels Schneider, il donne à Leclerc une présence, une autorité et une folie obsessionnelle fascinantes.
Abkarian est un De Gaulle déterminé, visionnaire, audacieux, habile, passionné, profondément humain. Constamment sur le fil. Il avait déjà incarné Missak Manouchian chez Robert Guédiguian, et cette présence particulière, cette façon de donner de la densité à des personnages historiques sans les transformer en icônes, lui sert ici admirablement. Cette phrase de De Gaulle dit peut-être mieux que beaucoup d’autres la logique du personnage : « Les passionnés ont vécu. Nous sommes des passionnés mais en fait de passion, nous n’avons que la France. »
Des historiens ont souligné certaines libertés avec l’Histoire. L’Appel du 18 juin, notamment, est largement reconstruit. Antonin Baudry a volontairement mêlé au texte mythique des répliques issues de discours ultérieurs. De même, le film accentue le sentiment d’isolement absolu de De Gaulle à Londres. Historiquement, sa situation était évidemment extrêmement difficile, mais il n’était pas un inconnu débarqué de nulle part : il avait été sous-secrétaire d’État à la Guerre dans le gouvernement de Paul Reynaud et avait déjà eu des contacts officiels avec Churchill. Ce sont des simplifications mais je ne suis pas certaine qu’elles constituent nécessairement une faiblesse. Parce que la richesse du film est justement de simplifier certains événements pour permettre au spectateur d’appréhender leur complexité. Et surtout de lui donner envie de l’explorer. Le film prend aussi le risque d’embrasser la vision de De Gaulle, notamment dans sa manière de présenter son rôle face aux Alliés. Certains historiens lui reprocheront de trop épouser cette perspective.
Le film s’achève le 11 novembre 1944. De Gaulle retrouve Churchill à l’Arc de triomphe, devant la flamme du Soldat inconnu. Les deux silhouettes s’éloignent. Les ombres reculent, la flamme continue de brûler. Et enfin, c’est Paris aujourd’hui. Cette dernière image nous rappelle que cette paix que nous considérons si souvent comme acquise existe aussi grâce à ceux dont le film raconte le combat. Mais elle rappelle en même temps combien cette paix demeure fragile. Impossible, en voyant cette image aujourd’hui, de ne pas penser à la guerre qui se poursuit en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine et à la manière dont les soubresauts périlleux de l’Histoire peuvent soudain recommencer à sembler terriblement proches. Le film s’achève donc dans le présent et ce présent donne à ce qui précède une résonance particulière. Bouleversante.
La Bataille de Gaulle m’a finalement ramenée à L’Armée des ombres. Pas parce que les deux films se ressemblent. Ils sont presque aux antipodes. Melville filme la Résistance dans le silence, la clandestinité, le froid, l’ombre. Baudry filme une épopée, ses foules, ses paysages, ses batailles, ses hommes célèbres et ses anonymes. Mais tous deux cherchent, chacun avec leurs moyens, à filmer des hommes plongés dans une Histoire qui les dépasse.
Cette épopée historique réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans se montrer didactique, en valorisant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry livre ici un de Gaulle parfois décalé. C’est précisément ce qui l’empêche de devenir une statue. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant, et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ces deux films, aussi inclassables que mémorables.
Enfin, il y a cette idée qui me semble essentielle : les questionnements et l’avidité d’apprendre avec lesquels nous sortons du film. L’envie de lire. L’envie de comprendre et d’approfondir. L’envie de se plonger dans les livres et les autres films sur cette période. C’est peut-être la plus grande réussite de ce film. La Bataille de Gaulle est une épopée historique foncièrement audacieuse et profondément généreuse. Une œuvre qui ajoute sa pierre à l’édifice des grands films consacrés à la guerre (de Paris brûle-t-il ? au Jour le plus long, de L’Armée des ombres à Il faut sauver le soldat Ryan), autant de films qui ont, chacun à leur manière, façonné notre mémoire cinématographique de la guerre et la figure de De Gaulle. Et qui, surtout, décidément, me rappelle pourquoi j’aime le cinéma. Ainsi : passionnément.
Certaines images du film prennent une autre force, décuplée, et une émotion supplémentaire, lorsqu’elles viennent se superposer à celles que nous avons quotidiennement sous les yeux. Comme cette plaque, au 48 rue du Four, que je regarde régulièrement en passant. Elle rappelle que c’est ici, le 27 mai 1943, que s’est tenue la première réunion du Conseil national de la Résistance, sous la présidence de Jean Moulin. Une dizaine de représentants des mouvements de Résistance, des partis politiques et des syndicats, réunis clandestinement avec Jean Moulin au cœur de Paris occupé, pour tenter d’unifier des mouvements, des sensibilités et des hommes que tout semblait parfois opposer.
Depuis que j’ai vu le film, cette plaque n’est plus tout à fait la même. Elle me donne surtout envie d’en savoir davantage sur cette page de l’Histoire, sur Jean Moulin, sur ceux qui étaient là ce jour-là, sur ce qui s’est joué dans cet appartement et sur tout ce qui a rendu possible cette réunion.
Et pour cela aussi, j’ai envie de remercier le cinéma et en particulier ce film : pour m’avoir donné cette envie d’apprendre, de chercher, de lire encore. Derrière cette envie, il y a le travail de tous ceux qui l’ont fait naître à l’écran (acteurs, décorateurs, monteurs, compositeurs…) et qui ont, chacun dans leur métier, donné le meilleur de leur art et de leur savoir-faire pour que ces hommes, ces lieux et ces pages de l’Histoire reprennent vie.
« La société politique contemporaine est une machine à désespérer les hommes », écrivait Albert Camus. Stefan Zweig, quant à lui, considérait que « la raison et la politique suivent rarement le même chemin ».
Deux citations qui pourraient sembler tristement d’actualité et qui rendent d’autant plus nécessaire un festival comme celui de La Baule. Le Festival de la Fiction et du Documentaire Politique revient en effet pour une 4ème édition, du 1er au 4 octobre, au Cinéma Le Gulf Stream.
Je vous ai souvent parlé de La Baule, notamment à travers mes fictions romanesques et à l’occasion des dix années pendant lesquelles j’ai couvert un autre festival baulois. L’an passé, je fus enchantée de (dé)couvrir ce tout jeune festival, réunissant deux de mes passions, le cinéma et la politique (dans une autre vie, j’ai suivi des études de sciences politiques). « Jeune festival » ne signifie pas « festival amateur » : la qualité de la sélection, des invités et des échanges des premières éditions en témoigne.
Porté par ses fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, et présidé par le réalisateur Gabriel Le Bomin, le festival a une ambition que je trouve particulièrement louable : permettre, grâce au cinéma, de prendre le temps d’écouter et de regarder autrement notre époque, de décrypter l’actualité et ses enjeux, et surtout de confronter les points de vue sans céder à la crispation.
C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée lors de l’édition 2025 : dans une période où le débat public semble souvent condamné à l’affrontement, politiques, journalistes, cinéastes et spectateurs pouvaient ici s’écouter, dialoguer et parfois ne pas être d’accord… mais sans que le désaccord empêche l’échange. À l’approche d’une échéance aussi décisive que l’élection présidentielle de 2027, alors que le débat public risque plus que jamais d’être traversé par les crispations, les simplifications et la polarisation (il l’est déjà), préserver de tels espaces de réflexion, de dialogue et de nuance me paraît plus précieux que jamais.
Et puis il y a les films...
Parce qu’avant d’être un festival « politique », c’est évidemment un festival de cinéma. Parce qu’un film peut nous permettre de regarder autrement ce qui nous entoure, de prendre du recul, de comprendre un événement ou une époque autrement que dans le flux incessant de l’actualité. Et parce que la programmation fait dialoguer fictions et documentaires, offrant des regards multiples sur les grands enjeux politiques et sociétaux de notre temps.
J’espère vous donner l’envie de découvrir ce festival singulier, convivial, exigeant et nécessaire dont je vous invite à lire mon compte-rendu de l’édition 2025 sur Inthemoodforcinema.com dans lequel j’évoque plusieurs très beaux moments de cinéma que m’a offerts ce festival, parmi lesquels : La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, Deux Procureurs de Sergei Loznitsa, Holding Liat de Brandon Kramer, The President’s cake de Hasan Hadi (Prix du jury, prix des médias), Dossier 137 de Dominik Moll (prix du public), Les Braises de Thomas Kruithof (mention spéciale du jury des médias, mention spéciale du jury fictions), Les combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury documentaire ex-aequo), L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier (film de clôture)...
Voici le programme de l'édition 2026, particulièrement prometteur :
En ouverture sera projeté le nouveau film de Mathias Mlekuz, Mon fils président. L'occasion pour moi de vous recommander à nouveau son film précédent, À bicylette !, dont vous pouvez lire ma critique, ici.
En clôture, vous pourrez découvrir le film Jupiter d'Alexandre Smia.
Parmi les fictions en compétition figure En haut de la pile, le nouveau long-métrage de Louis-Julien Petit dont je vous avais vivement recommandé les précédents films, notamment La Brigade (ma critique, ici).
- 5 fictions en compétition :
- 5 documentaires en compétition :
- 3 films hors compétition
mais aussi :
1 séance de dédicaces qui vous permettra de rencontrer les équipes de films,
1 masterclass sur le thème : 2027, quels enjeux pour l'audiovisuel et le cinéma,
1 master class sur le thème : Antisémitisme, une haine toujours en mouvements.
Romancière et critique de cinéma, je vous emmène dans mon quartier parisien de prédilection, entre hôtels confidentiels, cafés mythiques, librairies, rooftops, cinémas et musées. Je vous propose de me suivre pour une journée hors du temps sur la rive gauche, vécue comme une scène de film. Laissez-moi vous guider pour 24 heures d’immersion dans « mon » Saint-Germain-des-Prés, dans le 6e arrondissement donc, avec quelques incursions dans le 5e et le 7e.
Pourquoi, au bout de tant d’années à le fréquenter, ce quartier m’ensorcelle-t-il toujours autant ? Sans doute en raison de son aura romanesque. Il est des lieux où la réalité s’efface doucement pour laisser place à une atmosphère fictionnelle. Saint-Germain-des-Prés est de ceux-là.
Dès que l’on franchit la Seine (de préférence par le si romantique pont des Arts, après être passé par la non moins romantique cour Carrée du Louvre) pour arriver sur la rive gauche, même la lumière semble s’adoucir et se teinter de romanesque. On devine l’ombre d’une Sagan filant à mille à l’heure dans la nuit, le fantôme d’un Hemingway ayant abandonné un instant le Ritz pour relire ses notes au Flore, ou un dialogue murmuré par les personnages d’un film d’Éric Rohmer.
Saint-Germain ne se visite pas : il se vit comme un scénario ou un roman dont vous êtes le héros ou l’héroïne. Pour moi qui partage ma vie entre l’écriture de romans et l’obscurité des salles de cinéma, Saint-Germain-des-Prés est un décor ultime qui ne cesse d’ailleurs de m’inspirer. Celui d’un luxe qui n’est jamais tonitruant mais se chuchote à l’abri des regards, de rues pavées intemporelles et de lieux mythiques.
Installez-vous. Le film commence. La première page se tourne.
Bienvenue dans mon Saint-Germain-des-Prés intime.
1.Commencer la journée par une promenade au jardin du Luxembourg
C’est presque toujours ainsi que commence (et/ou s’achève) pour moi une journée idéale à Saint-Germain-des-Prés. Par une promenade au jardin du Luxembourg. Mon îlot de sérénité et de romanesque. Jamais le même. Je l’aime tout particulièrement à la fin du printemps, quand il retrouve ses palmiers, quand il est écrasé de chaleur et presque désert (comme c’est arrivé certains jours de canicule de cet été 2026) mais aussi l’hiver quand les arbres sont décharnés et que la mélancolie s’empare des lieux. Maintes fois, j’ai écrit ici et (sur ce) jardin. Maintes fois, j’ai essayé de lui arracher son secret, d’en dessiner la puissance des silences. Mais je ne m’explique toujours pas le pouvoir magnétique, presque sacré, qu’il exerce sur moi. Là, je déambule dans un décor de film. Ou plutôt dans les pages d’un roman dont je serais à la fois l’autrice, l’héroïne, et la lectrice fiévreuse. Là, tout est pensable. Là, tout est jouable. Là, j’ai l’impression que des personnages d’une autre époque vont surgir pour m’embarquer dans une intrigue étourdissante. Un abri face au réel et à la brutalité de l’époque. Un enclos romanesque qui procure l’illusion enivrante de panser les blessures, qui redonne le goût de l’audace.
Ne résistez pas à la tentation de tirer une de ces mythiques chaises vertes jusqu’au bord du bassin ou sous un marronnier. Elles invitent à l’immobilité, à la lecture, à la rêverie. Peu de lieux à Paris procurent autant l’impression que le temps suspend son vol. Vous pourrez ainsi vous poser auprès du bassin central avec ses voiliers que vous pouvez louer pour vos enfants. Ne manquez pas non plus la romantique Fontaine Médicis. Mais aussi le kiosque à musique où, même vide, j’ai l’impression d’entendre un orchestre jouer et m’embarquer dans une valse étourdissante. Ma statue préférée demeure Le Marchand de masques (elle m’inspira même une nouvelle littéraire). Je vous laisse la découvrir et lire son histoire. Ne manquez pas non plus la réplique de La Statue de la Liberté, le théâtre des marionnettes, les terrains de pétanque, les serres de l’Orangerie. Observez les joueurs d’échec, de tennis de table ou de tennis, les ruches, les statues d’écrivains.
Vous repartirez de là reposés, revigorés, la tête pleine de rêves. Prêts à profiter pleinement de votre journée. Et peut-être avec l’impression, comme moi, d’avoir traversé non pas un jardin mais quelques siècles de littérature. Victor Hugo y fit se rencontrer Marius et Cosette dans Les Misérables et les statues de George Sand, Flaubert, Stendhal, Baudelaire ou Stefan Zweig semblent aujourd’hui veiller silencieusement sur les lecteurs. À Saint-Germain-des-Prés, la littérature n’est décidément jamais loin.
2. Acheter une viennoiserie chez Thévenin
Ensuite, je vais souvent rue de Buci m’acheter un journal chez Buci News, 4 rue Grégoire de Tours, puis un pain au chocolat chez Thévenin, 6 rue de Buci. Je vous recommande aussi leurs pâtisseries, traditionnelles et délicieuses, comme on n’en trouve presque plus. Je n’ai jamais vu ce lieu vide. La file d’attente est toujours impressionnante mais vous comprendrez rapidement pourquoi.
Il y a aussi la Maison Mulot, 76 rue de Seine. Là, je vous recommanderais plutôt les grands macarons, en particulier au chocolat. Mais il se fait encore tôt pour cela. Alors, allons plutôt prendre un café pour profiter de la tranquillité matinale.
3. Prendre un café au Café de la Mairie ou au Rostand
J’hésiterais entre le Café de la Mairie (8 place Saint-Sulpice) et Le Rostand (6 place Edmond-Rostand). Sans doute choisirais-je le premier car la vue sur la Fontaine Saint-Sulpice me rassérène toujours. J’aime y observer la vie qui va ou voir les premières pages d’un roman qui se soulèvent sous une légère brise. Les habitués arrivent un à un. Les touristes dorment encore. Saint-Germain m’appartient pendant quelques minutes. J’ai envie de dire « À nous deux » comme Rastignac. C’est d’ailleurs le livre avec lequel je me suis posée en terrasse il y a quelques jours : Le Père Goriot (photo prise en l’occurrence en plein après-midi).
Au Rostand, autre institution du quartier, vous pourrez aussi profiter de la vue sur le jardin du Luxembourg. Le café est ouvert dès 8 heures et jusqu’à minuit : une amplitude idéale pour y commencer ou y prolonger une journée germanopratine.
Vous pourrez aussi choisir de vous attabler au Café Madame (25 rue de Vaugirard), dans le jardin, ou bien chez Angelina, à côté du musée du jardin, ou encore au Bar du Marché (75 rue de Seine) pour profiter du spectacle et de l’agitation de la rue éponyme.
4. Passer par la rue Férou, la rue de Furstemberg et la rue Visconti
Il y a des rues dont le mystère romanesque fait que mes pas m’y conduisent presque toujours.
– La rue Férou est de celles-là. Sur l’un de ses murs, le poème Le Bateau ivre d’Arthur Rimbaud se déploie sur près de 300 m². On peut y lire les premiers vers : « Comme je descendais des Fleuves impassibles, / Je ne me sentis plus guidé par les haleurs. » Puis le regard se perd dans cette longue dérive de mots, comme si Rimbaud avait transformé la pierre parisienne en page immense. Difficile d’imaginer plus belle façon de rappeler que ce quartier est encore celui de la littérature même si de nombreuses librairies ont disparu. Restent encore notamment La Procure, 3 rue Mézières, à deux pas de là, ou encore Le neuvième pays, 84 rue Bonaparte.
– La rue Visconti. Je pourrais vous parler des rues moins obscures qu’elle relie, la rue Bonaparte et la rue de Seine, mais finalement elles ne me disent rien alors que cette rue est romanesquement loquace. Son étroitesse alambiquée et ses recoins me paraissent propices aux secrets murmurés, aux hasards troublants, aux rendez-vous mystérieux et aux pensées indociles. Cette rue se nomme Visconti donc. Comme le cinéaste. Déjà une bonne raison de l’admirer. Même si, en réalité, ce nom fait référence à son homonyme architecte. J’ai découvert seulement il y a peu que Racine y mourut le 21 avril 1699 et que Balzac y établit son imprimerie entre 1826 et 1828.
– Ne manquez pas non plus la rue de Furstemberg pour acheter des fleurs chez Oz Garden (au numéro 8), pour visiter le musée Delacroix et pour rêver à cette scène sublime de la fin du Temps de l’innocence de Martin Scorsese quand Newland Archer regarde la fenêtre de Madame Olenska, qu’il a tant aimée, puis repart, sans l’avoir revue.
5. Faire un tour au Bon Marché et à la Grande Épicerie
Ensuite, il me plaît souvent d’aller rêvasser entre les rayons du Bon Marché. Le matin, à certaines périodes de l’année, les travées sont presque vides et j’ai l’impression que cet antre du luxe et de la mode est ouvert juste pour moi. Vous y trouverez toutes les grandes marques, mais aussi des marques plus confidentielles. Le magasin se met souvent en scène sur une thématique.
Le Bon Marché est aussi un décor à lui seul. En 1852, Aristide et Marguerite Boucicaut prennent la direction du Bon Marché et le transforment en premier grand magasin parisien.
Il fut dès l’origine un lieu où le commerce se mêlait à la culture, à l’art et à l’invention. On y venait déjà pour flâner autant que pour acheter. J’aime cette idée que, près de deux siècles plus tard, on puisse encore y entrer sans autre projet que celui de se laisser surprendre.
Juste en face, poussez jusqu’à La Grande Épicerie de Paris. Son histoire est intimement liée à celle du Bon Marché : dès le début du XXe siècle, l’enseigne proposait thés, épices, cacao et chocolats. En 1923, un véritable « coin des gourmets » fut installé dans le bâtiment de la rue du Bac. Aujourd’hui, c’est moins une épicerie qu’un immense cabinet de curiosités gastronomiques où je pourrais passer des heures à chercher des produits que je ne trouverai nulle part ailleurs.
6. Visiter le musée Rodin ou le musée du Luxembourg
Le musée du Luxembourg (19 rue de Vaugirard) propose toujours de remarquables expositions. Voici quelques photos de l’exposition Soulages qui m’avait particulièrement marquée.
J’étais quasiment seule à déambuler entre les toiles. Entourée de tout ce noir captivant, intrigant, ensorcelant. Happée. Envoûtée. Comme si un ruban de ténèbres rassurantes me capturait délicieusement, m’enveloppait dans son entrelacs obscur et m’entraînait dans une danse suave vers la lumière, et vers les délices du mystère. Je voyais là la possibilité de la lueur même au fond du gouffre. Je voyais la possibilité du secret dans un monde avide de transparence. La possibilité apaisante de l’opacité et du foudroiement. D’une danse (d’une transe même) consolatrice. Et surtout la possibilité de l’émotion irrationnelle et insaisissable. Il en va des œuvres comme des êtres, non ? Ce sont leurs ombres insondables qui les rendent irrésistibles, grâce auxquelles la lumière qu’ils laissent sourdre est plus éblouissante encore.
J’avoue un peu honteusement avoir découvert seulement récemment le musée Rodin qui certes vous fait sortir de Saint-Germain-des-Prés (situé au 77 rue de Varenne, dans le 7e). Ces quelques kilomètres en plus valent vraiment la peine pour découvrir ce musée peu fréquenté, avec un magnifique parc mais surtout des œuvres d’une beauté et d’une puissance à couper le souffle comme Le Baiser, La porte de l’Enfer, Le Secret, les Bourgeois de Calais ou encore les œuvres de Camille Claudel et même des Van Gogh et Monet.
Ne manquez pas non plus le musée national Eugène Delacroix (6 rue de Furstemberg) précédemment cité.
7. Déjeuner chez Agata ou à Casa di Mario ou aux Éditeurs
Pour recharger les batteries, rien de mieux qu’une bonne pizza. Il n’est pas rare que j’aille chez Agata (168 Boulevard Saint-Germain), me poser au son de la musique italienne pour observer la vie qui bouillonne sur le Boulevard Saint-Germain. J’apprécie aussi particulièrement les pizzas de la Casa di Mario, au 132 rue du Bac, pour les pizzas autant que pour l’amabilité des propriétaires, juste derrière le Bon Marché. Si vous aimez la cuisine italienne, je ne peux aussi que vous recommander l’incontournable Marco Polo, restaurant auquel j’avais consacré un article ici il y a dix ans : Mon avis sur Marco Polo : restaurant italien coup de coeur à Saint-Germain-des-Prés (rue Saint-Sulpice) – IN THE MOOD FOR HÔTELS.
Je peux aussi me poser aux Éditeurs (4 Carrefour de l’Odéon), emblème de l’âme littéraire du quartier. Jusqu’au 23 août, le restaurant vous propose une formule pus abordable (Fish and chips sauce tartare ou Filet de poulet fermier français ou Cœur de faux filet de bœuf français et frites à volonté et sauce verte secrète. Dessert et boisson non compris. Midi et soir. L’endroit idéal pour aller ensuite au jardin du Luxembourg, à deux pas.
8. Aller au cinéma au Saint-Germain-des-Prés
Là, c’est mon domaine de prédilection et même si le choix est cornélien tant les cinémas art et essai avec une remarquable programmation sont nombreux dans le quartier, je vous suggèrerais en premier mon cinéma préféré, le cinéma Saint-Germain-des-Prés rénové et réouvert en juin 2026 (22 rue Guillaume Apollinaire), avec une incroyable programmation, notamment estivale (juste une semaine de fermeture en août, du 5 au 11).
Le Champo (51 rue des Écoles) aussi avec la programmation Tati actuellement (je vous en parle, ici, dans mon compte-rendu du Festival du Film de La Rochelle). Mais aussi la Filmothèque du Quartier Latin (9 rue Champollion), L’Arlequin (76 rue de Rennes), les Trois Luxembourg (67 rue Monsieur le Prince), le Christine Cinéma Club (4 rue Christine) …
9. Aller au spa
Après plusieurs heures à parcourir le quartier, pourquoi ne pas ralentir le rythme ? Plusieurs hôtels du quartier permettent aux visiteurs extérieurs de réserver un soin donnant accès à leur espace bien-être. Une parenthèse idéale entre deux promenades avant de replonger dans l’effervescence de Saint-Germain.
Mon coup de cœur va au Spa de La Belle Juliette (92 rue du Cherche Midi), avec son bassin de relaxation et son hammam, véritable refuge au cœur de la rive gauche. Les clients extérieurs peuvent accéder au spa en réservant un soin d’une heure minimum.
Les amateurs d’adresses confidentielles pourront également pousser les portes du Da Vinci Hotel & Spa (25 rue des Saints-Pères). Le spa est inspiré de Léonard de Vinci et possède une petite piscine intérieure privatisable selon les créneaux.
Vous pourrez aussi profiter du spa du Pavillon Faubourg Saint-Germain & Spa (5 rue du Pré-aux-Clercs), où une piscine intérieure prolonge agréablement l’expérience.
La Villa-des-Prés (29 rue de Buci) dispose d’un superbe espace bien-être avec piscine intérieure réservé principalement aux clients, mais certaines offres «&nb sp;spa » ou « day experience » peuvent être proposées selon les périodes. Mieux vaut appeler avant.
Et évidemment, si vous avez le budget pour cela, le Spa du Lutetia (45 boulevard Raspail) reste le summum du luxe. Voir descriptif plus bas.
10. Prendre une glace ou un chocolat chaud aux Deux Magots
Vous pouvez bien sûr vous arrêter au très charmant et germanopratin Ladurée Bonaparte (21 rue Bonaparte),
ou au Café Ladurée Luxembourg (4 place Edmond Rostand), plus récent, à côté du jardin du Luxembourg (le premier a plus de charme) ou profiter d’un chocolat chaud au bar de l’hôtel Dame des Arts. Mais pour ressentir l’âme littéraire de Saint-Germain-des-Prés, ma préférence va indéniablement aux Deux Magots (6 place Saint-Germain-des-Prés).
Le café existe depuis 1884 et son histoire ressemble presque à une anthologie de la littérature française du XXe siècle : Apollinaire, Aragon, Gide, Prévert, Hemingway… Puis les surréalistes autour d’André Breton et les existentialistes autour de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Le Prix des Deux Magots, créé en 1933, prolonge encore aujourd’hui cette vocation littéraire.
J’aime m’asseoir quelques instants à la terrasse d’un lieu devenu mythique, et me demander, en regardant les passants, ce que serait le prochain roman qui pourrait naître ici. J’aime tout particulièrement m’installer sous la verrière côté Église Saint-Germain.
Face au Bon Marché, vous trouverez aussi désormais le Comptoir du Ritz (45 rue de Sèvres), où vous pourrez acheter les pâtisseries du célèbre palace de la rive droite, ou bien en été, savourer quelques glaces. Vous pourrez aussi en trouver au célèbre Bac à glaces (109 rue du Bac), ou au Glacier des Prés, accolé à la Brasserie des Prés (6 rue du Commerce Saint-André), l’occasion de faire un tour dans cette rue à l’âme ensorcelante.
11. Ou un tea time au Lutetia
Là, c’est évidemment le lieu si vous souhaitez transformer une simple pause sucrée en véritable séquence de cinéma. Sous la verrière historique du Salon Saint-Germain, la lumière auréole les lieux de douceur. Elle tombe suavement sur les fauteuils, les tables, les pâtisseries et les livres. On pourrait presque croire que le temps, lui aussi, a décidé de s’attarder quelques heures au Lutetia. C’est ici que je choisirais de m’installer pour écrire quelques pages ou relire un chapitre. Le luxe du Lutetia tient aussi à cela : un lieu où l’on peut ne rien faire, et où ne rien faire devient soudain une activité parfaitement jubilatoire. Le service y est absolument irréprochable. L’endroit idéal pour une pause solo (nombreux sont les clients à venir y travailler ou se poser avec un livre), venir en duo ou avec des amis.
Et si vous préférez observer la vie du quartier, la Brasserie Lutetia, à l’angle du boulevard Raspail et de la rue de Sèvres, possède une terrasse qui permet de retrouver, après cette parenthèse feutrée, le mouvement de Saint-Germain-des-Prés.
12. Faire un tour à la boutique Ralph Lauren et au Ralph’s
Avant que la nuit ne s’installe tout à fait, cap sur la cour pavée du Ralph’s. Franchir le portail du 173 boulevard Saint-Germain revient à s’offrir un fondu enchaîné immédiat : vous quittez la Rive Gauche pour plonger dans un décor digne d’un film de Francis Ford Coppola ou de Woody Allen.
L’hôtel particulier du XVIIe siècle abrite l’un des secrets les plus chics du quartier.
L’été, la cour végétalisée offre un romantisme fou avec ses coussins rayés et ses lanternes tamisées. L’hiver, le salon intérieur, avec ses boiseries sombres, ses banquettes en cuir patiné et sa cheminée crépitante, prend des airs de club très privé. On y commande un cocktail signature ou un café serré dans une atmosphère de luxe décontracté, délicieusement romanesque.
Ma boutique préférée, étant inconditionnelle de la marque. Ne manquez pas les robes de soirée, au premier étage, mais aussi la collection Polo avec les indétrônables de la marque. Il y a souvent très peu de monde dans l’endroit idéal pour essayer les modèles de la marque américaine au cavalier.
13. Dîner chez Evi Evane
Je vous ai parlé maintes fois de ce restaurant. Tant pis, cela fera une fois de plus. Cela reste pour moi l’adresse incontournable du quartier. Vous serez reçus par Brahim qui saura vous conseiller mieux que quiconque, parfait connaisseur de la carte du restaurant, aussi chaleureux que le lieu, d’une amabilité rare. Il contribue beaucoup à l’âme de l’endroit.
Dans ce bistrot gourmand et confidentiel, le luxe prend la forme d’un voyage sensoriel sous le soleil de la Méditerranée. Les plats sont de véritables poèmes : mezze raffinés, moussaka réinventée, huile d’olive divine… L’ambiance y est intime, presque complice. On s’attarde à table, les rires fusent, le vin grec coule doucement, et l’on refait le monde jusqu’à tard dans la nuit.
L’amoureuse inconditionnelle de la Grèce que je suis retourne toujours avec autant de plaisir dans ce qui est non seulement LE restaurant grec de Paris mais aussi un des meilleurs restaurants du 6e, et de la capitale. Il se situe dans la très animée rue Guisarde, au numéro 10, juste à côté de la place Saint-Sulpice, au pied d’un immeuble du XVIIème siècle. Sa façade discrète ne vous laissera pas forcément présager de l’excellent moment que vous y passerez…mais, croyez-moi, cela vaut la peine de franchir le seuil. Déjà, la musique (grecque évidemment, pour moi nostalgie assurée), et surtout l’accueil d’une gentillesse non feinte de Maria ou de Brahim vous transporteront immédiatement ailleurs, à l’image du nom du restaurant qui signifie « À votre santé » en grec ancien et qui est un cri de joie de vivre. Chez Evi Evane, tout est cuisiné à base de recettes méditerranéennes, traditionnelles, généreuses, authentiques et familiales.
C’est la sœur de Maria, Dina Nikolaou (aussi affable et souriante que Maria, très connue en Grèce où elle anime des émissions de cuisine, enseigne la gastronomie et signe de nombreux livres sur la gastronomie et les produits grecs) qui en est la cheffe. S’inspirant du serment d’Hippocrate « Que notre nourriture soit notre médecine », Maria et Dina proposent une nourriture saine, équilibrée, et non moins copieuse, conscientes que l’alimentation est la base de notre santé. Je ne saurais quoi vous recommander tant tout est créatif, délicieux, de qualité (excellents produits, cela se sent, cela se voit aussi), très bien présenté…et le Baklava est sans aucun doute le meilleur qu’il me soit arrivé de déguster de même que la moussaka.
Rien à voir avec les « attrape-touristes » de la rue de la Harpe. Evi Evane est une véritable adresse, gastronomique et d’une rare convivialité. La carte des vins grecs est également particulièrement bien fournie. Je vous recommande le rosé ! J’y vais régulièrement et je n’ai jamais été déçue et un détail qui ne trompe pas : nombreux sont les clients grecs à y venir et revenir. Le meilleur restaurant grec de Paris où vous trouverez soleil et hospitalité helléniques, et je vous mets au défi de trouver un accueil aussi chaleureux et ensoleillé ailleurs dans le quartier.
Maria et Dina ont choisi d’y représenter les petits producteurs de différentes régions de Grèce dont Evi Evane est le prestigieux ambassadeur mais elles possèdent aussi plusieurs boutiques (notamment rue Saint-Placide, face au Bon Marché, vous pouvez aussi manger sur place) et un service traiteur. Vous y trouverez : de nombreux fromages et vins grecs, la fameuse pita grecque, du thé ou des tisanes biologiques évidemment grecs, diverses huiles d’olive, et même les livres de Dina et à vrai dire tous les produits possibles et (in)imaginables en provenance de Grèce mais toujours des produits de qualité, soigneusement sélectionnés, le plus souvent totalement introuvables ailleurs qu’en Grèce. L’été, la rue Guisarde est piétonnisée à certaines heures. Vous pourrez ainsi profiter d’un déjeuner ou dîner en terrasse.
Je vous conseille également de faire un tour sur le site internet Evi Evane qui est à l’image des deux établissements et de leurs cuisines : accueillant et alliant tradition et inventivité avec beaucoup de goût : http://www.evievane.com.
Si vous aimez les brasseries plus traditionnelles, je vous recommande Vagenende situé au 142 boulevard Saint-Germain, pour le décor autant que pour les plats.
Ouverte récemment, la brasserie Brass, 131 boulevard Saint-Germain, connaît un joli succès avec un décor plus moderne.
14. Prendre un verre à l’Hôtel Dame des Arts, sur le rooftop
Pour embrasser tout Paris du regard après le dîner, il faut prendre de la hauteur et grimper au sommet de l’hôtel Dame des Arts (4 rue Danton). Le changement de décor est saisissant : après la tradition germanopratine, place à une modernité léchée, très cinématographique. Arriver sur cette terrasse suspendue, c’est comme pénétrer dans la séquence d’ouverture d’un long-métrage contemporain.
La tour Eiffel scintille à l’horizon, Notre-Dame se dessine dans la pénombre, et les toits de zinc s’étendent à perte de vue. Un verre de vin à la main, le vent frais sur le visage, on domine la ville dans une ambiance jazzy et vibrante.
C’est le plan d’ensemble idéal pour marquer la bascule vers la nuit. La vue est réellement à couper le souffle. Votre regard pourra embrasser tout Saint-Germain-des-Prés.
La réservation est fortement conseillée, avec empreinte bancaire. Il est accessible au grand public, pas seulement aux clients de l’hôtel.
15. Faire un tour à la librairie L’Écume des pages
Une bonne journée à Saint-Germain-des-Prés se termine toujours pour moi par un passage à ma librairie préférée, L’Écume des Pages, au 174 boulevard Saint-Germain. Et surtout le soir, tard.
J’aime ce moment où le quartier commence à ralentir et où, derrière la vitrine encore éclairée, les livres semblent attendre leurs lecteurs. Je peux y passer de longues minutes à lire les quatrièmes de couverture, ouvrir un roman au hasard, parcourir quelques pages et ressortir avec un livre que je n’avais absolument pas prévu d’acheter.
L’Écume des Pages est ouverte jusqu’à minuit du lundi au samedi et jusqu’à 21 heures le dimanche : une particularité assez rare pour une librairie parisienne et une raison supplémentaire d’y faire un dernier détour avant de rentrer.
Je vous recommande aussi, un peu plus loin, près du Panthéon, la Librairie du Cinéma du Panthéon (15 rue Victor Cousin, dans le 5e), véritable institution pour les amoureux du septième art, où j’avais eu le plaisir de dédicacer mes ouvrages. Vous y trouverez tous les livres ayant un lien avec le cinéma.
Enfin, je vous recommande la péniche Nanna à l’inauguration de laquelle j’ai eu le plaisir d’assister, le 11 juin dernier. Vous y trouverez 5000 livres en libre accès. Au programme de ce lieu situé au pied de Notre-Dame, dans le port de Montebello : une vingtaine d’évènements par mois pour faire vivre la littérature comme des lancements de livres, séances de dédicaces, ateliers d’écriture, rendez-vous BookTok… Nanna, lieu d’échanges entre auteurs et lecteurs, compte bien montrer à quel point le livre est un objet vivant. Surtout quand vient l’heure bénie à laquelle la nuit tombe sur la Ville Lumière. Alors, les mots s’allument, les ombres de la littérature surgissent, rassurantes soudain, et le souffle des livres que j’ai aimés et intégrés à ma propre vie, m’insuffle une joie rêveuse.
16. Prendre un verre au Flore
Et puis il reste le Flore (172 boulevard Saint-Germain).
Je pourrais vous raconter son histoire. Vous dire qu’il fut fréquenté par Apollinaire, Breton, Prévert, Camus, Sartre, Simone de Beauvoir, Hemingway, et tant d’autres. Je pourrais vous rappeler qu’il fut, après-guerre, l’un des épicentres de cette incroyable effervescence intellectuelle qui fit de Saint-Germain-des-Prés l’un des lieux les plus libres et les plus créatifs du monde.
Mais ce n’est pas pour cela que j’aime y revenir.
J’aime le Flore parce qu’il suffit de pousser la porte pour avoir la sensation étrange de pénétrer dans une histoire qui a commencé bien avant nous et qui, peut-être, continuera après nous. J’aime m’asseoir, commander quelque chose, observer les serveurs, les tables, les visages, les conversations qui s’ébauchent. Imaginer les phrases qui ont été écrites ici, les déclarations d’amour, les ruptures, les idées révolutionnaires, les premières pages de romans et les conversations qui n’ont probablement mené nulle part mais dont quelqu’un, des années plus tard, se souviendra.
Sartre racontait qu’ils avaient fini par être « chez eux au Flore ». Un café devient véritablement mythique lorsqu’il cesse d’être seulement un lieu où l’on vient boire quelque chose et devient une sorte de chambre d’écriture à ciel ouvert.
17. Rentrer à l’hôtel
Puis vient l’heure de retrouver votre hôtel.
– Le Mandarin Oriental Lutetia (45 boulevard Raspail) :
Si le 6e ne compte qu’un seul palace, le Lutetia, c’est aussi certainement l’arrondissement qui compte le plus d’hôtels de charme.
– Si vous disposez d’un budget conséquent, c’est donc le Mandarin Oriental Lutetia que je vous recommande, sans hésiter. Le service y relève de la perfection depuis que l’hôtel a rejoint le groupe Mandarin Oriental. L’amabilité y est exemplaire. L’endroit possède une âme, une Histoire, et une multitude d’atouts, à commencer par sa situation centrale et son décor Art déco ensorcelant mais aussi son bar, sa brasserie, son sublime spa.
12 juillet 2018, le mythique établissement germanopratin Le Lutetia, ainsi nommé en hommage aux origines romaines de la capitale (dont il adopta même la devise « Fluctuat nec mergitur » qui signifie « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas »), ouvrait ses portes après quatre années de travaux pharaoniques. Il fallait bien ça pour ce symbole de la rive gauche, son seul palace, quintessence de l’âme germanopratine. Dans le passionnant livre de Pierre Assouline qui lui est consacré, nous y croisons Matisse, Joyce et son secrétaire Samuel Beckett ou encore André Gide ou Albert Cohen qui y écrivit le sublime Belle du Seigneur, son chef-d’œuvre. Charles et Yvonne de Gaulle y passèrent leur nuit de noces le 7 avril 1921. Les célébrités y ont aussi souvent élu domicile, de Joséphine Baker à, bien plus tard, Serge Gainsbourg, Isabelle Huppert, David Lynch, Catherine Deneuve, …
J’ai d’ailleurs eu le plaisir de visiter récemment pour vous la suite Isabelle Huppert, un véritable cocon, une loge d’artiste luxueuse où l’actrice a laissé son empreinte.
L’hôtel servit de décor à des films comme Le parfum d’Yvonne de Patrice Leconte. Par ailleurs, la série The White Lotus, saison 4, y a actuellement posé ses caméras.
C’est à ces histoires qui ont souvent constitué et croisé la grande que je pense toujours en allant au Lutetia, celui d’hier et celui d’aujourd’hui. Mais aussi à la grande Histoire dont il fut le témoin et le décor.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Lutetia fut en effet réquisitionné par les services allemands, avant de devenir, à la Libération, un centre d’accueil où furent reçus les déportés et prisonniers de retour des camps. L’hôtel fut notamment utilisé par l’Abwehr, le service de renseignement militaire allemand avant de devenir un centre de rapatriement pour les survivants des camps. Les sources mémorielles consacrées au Lutetia estiment qu’environ 18 000 à 20 000 déportés y sont passés en 1945.
L’emplacement est idéal, entre le Bon Marché et sa Grande Épicerie. Situé au 45 Boulevard Raspail. L’hôtel a été initié par le directoire du Bon Marché en 1907 et inauguré en 1910. Pour les héritiers de la Famille Boucicaut, fondatrice du Bon Marché, c’était alors l’idéal pour accommoder clients et fournisseurs. Les rénovations ont eu lieu sous la direction de l’architecte Jean-Michel Wilmotte.
Ainsi, ce qui marque le visiteur dès l’entrée, c’est la lumière qui inonde les espaces, l’impression de grandeur, de majesté, la magnifique mosaïque du hall et son imposant lustre mais aussi la sculpture de Gustave Eiffel réalisée par César qui prend place dans la conciergerie.
On retrouve bien sûr l’influence Art déco dont l’établissement fut précurseur. Ainsi, dans la galerie, murs, sols, moulures et ferronneries Art déco ont été restaurés à l’identique parfois même sortis de l’oubli grâce à une photo d’archive ou un écrit du passé… Un important travail sur la lumière a été opéré, avec des éclairages tamisés pour souligner de manière subtile le détail d’une frise ou d’un ornement.
Les 233 chambres que l’hôtel comptait lors de sa fermeture en 2014 ont laissé place à 184 élégantes chambres et suites réparties sur 7 étages. Parmi elles, sept suites signature dont deux s’ouvrant sur de superbes terrasses panoramiques. De grands noms apporteront leur créativité unique aux autres suites « signature ».
Faire entrer la lumière a été le maître mot de la rénovation de l’hôtel avec notamment la création d’un patio, la mise en lumière de la verrière historique du Saint Germain (là aussi suite à des travaux pharaoniques, mais cela valait la peine tant l’endroit est lumineux et donne envie d’y rester à écrire, se restaurer, discuter, rêvasser…) ainsi que la révélation du somptueux bar Joséphine dans lequel se marient astucieusement la fresque historique du Bar (pour laquelle 17 000 heures de travail ont été nécessaires à sa restauration, les artisans de l’Atelier de Ricou ont ainsi remis en lumière la magnifique fresque d’Adrien Karbowsky, découverte sous six couches de peinture, une fresque qui rend hommage au jardin de l’Abbaye-aux-Bois, sur lequel fut construit le Lutetia) et la vision contemporaine de l’architecte Jean-Michel Wilmotte.
Vous pouvez également profiter du Salon Saint Germain et de sa splendide bibliothèque, sous sa verrière historique rehaussée d’une œuvre contemporaine et colorée de l’artiste Fabrice Hyber qui vous invite à un voyage onirique.
Le Spa du Mandarin Oriental Lutetia constitue l’une des expériences bien-être les plus spectaculaires du quartier. Le spa s’étend sur 700 m² et conserve l’un de ses atouts les plus rares sur la rive gauche : une piscine intérieure de 17 mètres baignée de lumière naturelle. Sauna, hammam, bassin d’hydrothérapie, salle de fitness de plus de 100 m² et espaces de soins complètent cette parenthèse de luxe sous les rues de Saint-Germain-des-Prés.
L’espace est accessible aux visiteurs extérieurs dans le cadre de soins et d’expériences bien-être. Les conditions et tarifs d’accès évoluant selon les offres du moment, je vous conseille de vous renseigner directement auprès de l’hôtel avant votre visite.
Ce que j’aime particulièrement ici, c’est ce contraste presque irréel : quelques mètres au-dessus, le boulevard Raspail, les voitures, les terrasses, le tumulte parisien ; sous terre, une piscine de 17 mètres, de la lumière et un silence presque absolu.
L’accueil irréprochable. La luminosité incandescente et reposante des lieux. La part belle faite à l’art. Sa piscine unique pour un hôtel sur la rive gauche. Ses suites majestueuses. Sa discrète et chaleureuse bibliothèque. Son spectaculaire bar Joséphine. Son somptueux salon Saint-Germain et son patio hors de l’agitation parisienne et en son cœur. Son respect de l’Histoire (sublimes, les fresques et mosaïques restaurées et/ou reconstituées) tout en s’inscrivant dans la modernité, ce qui l’apparente lui-même à une véritable œuvre d’art. Sa large offre gastronomique. Autant de raisons de choisir l’unique palace de la rive gauche.
– L’Hôtel (13 rue des Beaux-Arts)
Passer les portes de cet hôtel situé rue des Beaux-Arts, tout près de l’école éponyme, c’est quitter le Paris contemporain pour plonger dans une scénographie signée Jacques Garcia en 2000, à la théâtralité assumée. On imagine aisément Oscar Wilde y murmurer ses derniers bons mots, ou un couple s’y retrouver à l’abri des regards. L’escalier en colimaçon est un vertige, une spirale hitchcockienne qui mène à des chambres pensées comme des boudoirs. Tissus lourds, pénombre calculée, dorures patinées… Chaque chambre est une alcôve. Un hôtel secret où chaque chambre semble attendre un écrivain insomniaque, guidé par l’âme d’Oscar Wilde, dans une mise en scène théâtrale. La décoration, respectueuse de l’Histoire des lieux, en souligne la particularité.
L’Hôtel est aujourd’hui la propriété de « A Curious Group of Hôtels » (depuis 2009), une société britannique qui regroupe une collection de boutique-hôtels (Cowley Manor en Angleterre, l’hôtel Canal House à Amsterdam…).
Adresse presque confidentielle, L’Hôtel fait partie de ces lieux où les personnalités du monde de l’art et du spectacle aiment séjourner en toute discrétion au cœur de la vie germanopratine. Parmi elles : les Stones, Jim Morrison, Ava Gardner, Grace de Monaco, Salvador Dali et, plus récemment, Daniel Craig. Serge Gainsbourg y vécut un an avec Jane Birkin…et y composa même le sublime album Histoire de Melody Nelson. Dès sa construction, le bâtiment fut entouré de légendes puisqu’il fut édifié pour abriter les amours secrètes de la Reine Margot. Les premières pierres de l’édifice actuel furent posées en 1824, sous la Restauration. En 1963, un industriel du textile, Edmond Dreyfus racheta l’immeuble. Et l’hôtel devint alors…L’Hôtel. Un imposant miroir baroque domine le vertigineux escalier et l’époustouflante cage d’escalier, véritable puits de lumière, qui mènent aux chambres Toutes les chambres sont décorées différemment (avec un vrai souci du détail, des meubles chinés d’où une disparité visuelle parfois mais qui contribue au charme et à l’authenticité du lieu) et vous inviteront au voyage, à l’évasion, dans un luxe discret, exhalant un parfum de romanesque, de théâtre, d’Histoire qui plaira aux doux rêveurs dont je suis. Marco Polo, Viollet-Le-Duc, Mistinguett, Pierre Loti… : tels sont les noms prestigieux et évocateurs des chambres dont la décoration reflète la personnalité de ceux qui l’ont inspirée.
Évidemment, aux amoureux de littérature, je recommande la chambre Oscar Wilde. Ce dernier termina ses jours à L’Hôtel, son point de chute après ses années d’emprisonnement en Angleterre. Vous y trouverez notamment une lettre du directeur de l’hôtel de l’époque lui demandant de régler sa note et ses frais de toilettes. « Je meurs au-dessus de mes moyens » écrivit-il. Malade et abandonné de tous, Wilde ne quittait plus son lit et ses droits d’auteur ne suffisaient plus à payer ses dettes. La chambre la n°16 possède une terrasse (qui n’existait pas à l’origine). Au mur, se trouve une fresque en émail émeraude représentant des paons qui est la réplique de celle qui figurait dans la salle à manger de l’auteur à Londres. L’atmosphère de cette chambre oscille entre ensorcèlement et étrangeté et y plane l’ombre de l’auteur du Portrait de Dorian Gray. Les salles de bains sont pour la plupart pourvues de baignoires à l’ancienne nichées dans une alcôve.
Attention : en raison de son succès et de son petit nombre de chambres, l’hôtel est souvent complet. Réservez longtemps à l’avance si vous souhaitez absolument y séjourner. Le restaurant qui se prolonge par un mini jardin est propice à la dégustation et aux conversations secrètes. Le bar est un lieu propice à la conversation, la discrétion, lieu intemporel et confortable avec ses murs habillés de soie mauve et ses tableaux originaux. Vous pourrez ainsi y déguster les cocktails signature ou encore une tisane pour le moins détonante et étonnante qui associe la verveine-menthe au gin, le tout servi dans une tasse. Rares sont les hôtels du quartier, et même de la Rive gauche, à posséder une piscine. Celle de L’Hôtel fait cinq mètres sur trois et permet de se relaxer ou nager à contre-courant dans le décor presque mystique des caves voûtées du XVIIIe siècle. Le lieu est privatisé pour les résidents de l’Hôtel qui ont également accès à un hammam et à une gamme complète de massages.
La visite, il y a quelques années, par son directeur passionné des lieux et de son Histoire, avait été un enchantement et m’avait transportée dans ce lieu hors du temps, à la fois moderne et intemporel, au cœur de Paris et loin des vicissitudes de la capitale. En plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, il en possède l’âme, la singularité ineffable, et exhale le parfum de mystère de ce quartier que j’aime tant. Ce lieu est indéniablement unique et à part et plaira à une clientèle en quête de luxe discret, d’authenticité, d’originalité, amoureuse d’art et d’Histoire, pas en quête d’exubérance et de gigantisme mais d’intimité. Le lieu, mythique, possède un charme envoûtant, presque mystique et est à mon sens le lieu idéal pour un couple qui désirerait séjourner dans Saint-Germain-des-Prés, et en ressentir l’atmosphère si particulière et délicieusement envoûtante. Le seul bémol (mais qui est simplement lié à la configuration intrinsèque du lieu) concerne l’exiguïté de certains espaces (claustrophobes s’abstenir), ce qui contribue d’ailleurs à sa singularité.
« J’adore les plaisirs tout simples ; ils constituent le dernier refuge des êtres complexes ». Oscar Wilde
– Le Relais Christine (3 rue Christine)
Le refuge secret : un hôtel caché derrière une cour pavée, parfait pour ceux qui rêvent d’un Paris confidentiel et feutré. Laura Gonzalez qui a insufflé le renouveau de la maison tout en conservant son esprit hors du temps. L’hôtel possède notamment un spa Guerlain. Un hôtel labellisé Clé verte. L’Hôtel Relais Christine est un hôtel de luxe 5 étoiles intime qui se compose de 48 chambres et suites. Membre de la prestigieuse collection Relais & Châteaux, l’établissement propose un spa Guerlain aménagé sous des voûtes du XIIIe siècle et un cadre paisible entre cour et jardin. Caché derrière une cour pavée et un jardin privé, cet hôtel donne l’impression d’avoir découvert une maison particulière plutôt qu’un hôtel. Son spa voûté et son décor prolongent cette sensation de refuge hors du temps.
– le Pavillon Faubourg Saint-Germain (5 rue du Pré-aux-Clercs)
Cet hôtel appartient au groupe Chevalier, une famille déjà propriétaire du Pavillon de la Reine (situé Place des Vosges) mais aussi du Pavillon des Lettres (Quartier Faubourg Saint-Honoré) et de l’Hôtel du Petit Moulin (dans le Marais). Situé dans le 7e arrondissement de Paris, dans la si calme et coquette rue du Pré-aux-clercs, à l’angle de la rue de l’Université, entre le Boulevard Saint-Germain et la Seine, cet hôtel respire l’âme chic, chaleureuse et discrète de Saint-Germain-des-Prés. Entre son salon bibliothèque composé uniquement de livres de la collection blanche de Gallimard, son spa, son restaurant Les Parisiens et son bar James Joyce, vous éprouverez immédiatement une sensation de délicieux ailleurs.
C’est l’architecte Vincent Bastie qui a été en charge du projet avec, à ses côtés, l’architecte d’intérieur Didier Benderli qui avait déjà œuvré pour Le Pavillon de la Reine et pour Le Pavillon des Lettres. Le haut plafond du lobby que prolonge le salon aussi cosy que lumineux vous donnera immédiatement une impression de bien-être. Mélange astucieux de classique et de moderne, l’hôtel&nb sp;se compose de 47 chambres et suites lumineuses et chaleureuses de 20 m² minimum. Avec vue sur les façades et les toits du quartier qui, là aussi, donnent envie de crier « À nous deux » tel Rastignac. Dans les chambres, la décoration a été soigneusement pensée et les tissus ont été sélectionnés parmi les grandes maisons telles que Nobilis, Dedar ou Edmond Petit, afin de procurer à chacune des chambres de catégorie « Classique » une atmosphère personnalisée. C’est dans une chambre qui appartient aujourd’hui au Pavillon Faubourg Saint-Germain que l’écrivain irlandais James Joyce acheva sa « cathédrale de prose », Ulysse. Pour lui rendre hommage, l’hôtel lui attribue sa suite Signature sous les toits, d’une superficie de 70 m². Une suite qui transpose dans une réalité luxueuse l’imaginaire bohème : avec ses poutres apparentes, ses parties mansardées et sa vue dégagée sur les toits de Paris.
C’est par ailleurs en hommage à son ouvrage Dubliners que le restaurant est baptisé Les Parisiens dirigé par le Chef Thibault Sombardier, figure de la haute-bistronomie parisienne, accompagné de Matthieu Pirola. Une néo-brasserie qui porte une attention toute particulière aux produits et aux saisons et qui, en quelques mois, est déjà devenue une adresse incontournable du quartier. Pour cette nouvelle néo-brasserie, le chef défend ici les valeurs de la haute-bistronomie qui lui sont chères, dans des recettes qu’il veut accessibles, lisibles, simples d’apparence et précises dans le « travail de fond ».
Enfin, vous pourrez profiter du Spa des Prés by Codage. Au XXe siècle, les caves voûtées du Pavillon Faubourg Saint-Germain abritaient le Quod Libet, un cabaret mythique où Léo Ferré entre autres, débuta sa carrière. Les marches qui mènent dans cet ancien temple de la chanson sont aujourd’hui classées Monument Historique. Le Spa intègre ainsi : un bassin profond avec jets d’eau, une salle de fitness, une salle de méditation et yoga, deux cabines de massage et un hammam. Le Spa des Près est ouvert tous les jours de 7h30 à 21h00.Bref, un véritable havre de paix et de bien-être germanopratin, lieu idéal pour les touristes qui souhaiteront visiter Paris en séjournant dans un quartier mythique mais aussi idéal pour les Parisiens qui voudront déjeuner ou dîner ou boire un verre à l’abri du tumulte dans une atmosphère hors du temps…surtout qu’y sont aussi organisées des soirées live jazz auxquelles le caractère intime et historique des lieux se prête tout particulièrement, l’occasion de découvrir la nouvelle carte de cocktails Signatures imaginés par le chef barman Clément Lepage.
Cet hôtel possède indéniablement une âme, littéraire et réconfortante.
– L’Hôtel Dame des Arts (4 rue Danton)
C’est un de mes lieux de prédilection, autant pour prendre un chocolat chaud au bar l’hiver que pour profiter de son spectaculaire Roof top l’été. Cet hôtel incarne le Paris d’aujourd’hui avec des chambres baignées de lumière, avec une esthétique contemporaine. L’hôtel compte 109 chambres et suites, certaines avec terrasses, et a été conçu par Raphaël Navot. Il possède aujourd’hui le restaurant Pimpan du chef Clément Courtemanche, un jardin intérieur, un sauna, une salle de fitness et le fameux rooftop. Bois, matières naturelles, œuvres d’art, chambres avec terrasse et, surtout, un rooftop qui transforme Paris en décor panoramique. Et le plus : une entrée très discrète qui vous donne la sensation d’entrer dans un lieu confidentiel, réservé aux initiés.
– L’hôtel Esprit Saint Germain (22 rue Saint-Sulpice)
L’adresse des habitués et des adeptes de la discrétion : on s’y sent moins client qu’invité dans une maison d’amis très cultivés. Comme le souligne l’établissement sur son site internet « L’hôtel Esprit Saint Germain, avec ses 28 chambres et suites et son appartement, a été imaginé à la manière d’une maison particulière. Dans cet hôtel 5* totalement rénové en 2021, la discrétion est de mise. Rien d’ostentatoire mais un esprit : délicat mélange d’élégance, de confort et de raffinement. » On n’y séjourne pas comme dans un hôtel mais comme chez un ami très élégant : bibliothèque, cheminée, boissons offertes, accueil chaleureux… la version la plus intime et la plus « maison d’écrivain » de Saint-Germain.
– L’Hôtel Bel Ami (7 – 11 rue Saint Benoît)
Le chic sans ostentation là aussi. Le compromis idéal entre luxe discret, emplacement parfait et confort moderne : à deux pas du Flore et des Deux Magots, c’est l’hôtel de ceux qui veulent tout faire à pied sans renoncer au calme. Au 7 rue Saint-Benoît, dans un bâtiment du XIXᵉ siècle qui abritait en 1885 l’imprimerie du roman Bel-Ami de Guy de Maupassant, l’Hôtel Bel Ami incarne avec élégance et modernité l’âme vibrante du 6ᵉ arrondissement, une adresse idéale pour un séjour sur la rive gauche de Paris. Une adresse pour vivre Paris et Saint-Germain-des-Prés au plus près de son histoire et de son effervescence culturelle. Propice au confort et à la détente, cet hôtel 5 étoiles compte 102 chambres, suites et appartements aux prestations luxueuses, véritables refuges élégants pour se ressourcer après une journée dans la capitale.
L’Hôtel d’Aubusson (33 rue Dauphine)
Depuis le 1er Novembre 2025, l’hôtel de la rue Dauphine a fermé ses portes pour une période de transformation, avant une réouverture prévue à la fin de l’été 2026. 44 chambres rénovées, entre l’île de la Cité et le jardin du Luxembourg. 400 m2 dédiés au bien-être. L’une des piscines les plus longues de Paris de 20 mètres.
Une renaissance que je suivrai évidemment de près.
L’Hôtel Montalembert (3 rue Montalembert)
Un hôtel particulier du XVIIe siècle où l’on vient autant pour dormir que pour écouter un concert dans l’un des plus beaux bars à jazz de la rive gauche, sous des voûtes qui semblent résonner des nuits parisiennes. L’Hôtel Montalembert, premier hôtel 5 étoiles boutique de la rive gauche, cultive depuis longtemps une élégance discrète et très germanopratine. Avec seulement 50 chambres et un espace bien-être Calma Paris, il privilégie l’intimité et le service personnalisé plutôt que le gigantisme.
– La Villa des prés (29 rue de Buci)
Le plus récent des refuges germanopratins : Villa-des-Prés mêle design, art et esprit résidentiel dans une adresse de la rue de Buci. Son patio, ses œuvres d’art, ses terrasses privées et son espace bien-être avec piscine intérieure en font une maison contemporaine où l’on a immédiatement envie de poser ses valises.
Un havre d’élégance et de tranquillité, imaginé par l’architecte d’intérieur Bruno Borrione. Des œuvres d’art originales s’invitent dans les espaces communs comme les chambres, dans l’esprit d’une collection privée. Le petit patio végétalisé constitue un lieu intime où profiter de chaque moment de la journée tandis que les terrasses ou balcons privatifs de certaines des 34 chambres et suites permettent de saisir l’air germanopratin. De la piscine intérieure au mobilier sur-mesure, chaque détail concorde à créer un cadre raffiné et confortable où vous détendre et goûter à l’esprit de Saint-Germain-des-Prés. Poussez la porte de cette maison d’exception ! Dans l’espace bien-être comme partout à Villa-des-Prés, raffinement et élégance sont de mise. Offrez-vous une parenthèse de douceur dans la piscine intérieure, avec un large sauna en demi-lune. L’ensemble offre un lumineux mariage de pierre et de bois, illuminé par de vastes miroirs. Le plus récent des hôtels de luxe de Saint-Germain : lignes contemporaines, piscine intérieure et emplacement idéal rue de Buci pour ceux qui veulent conjuguer bien-être, gastronomie et vie de quartier.
– L’Hôtel Madison (143 boulevard Saint-Germain)
Le Madison, nouvelle scène de Saint-Germain : né en 1925, face aux Deux Magots et au Café de Flore, l’hôtel vient d’entrer dans un nouveau chapitre après une rénovation de ses espaces communs signée Friedmann & Versace. Nouveau lobby, bar Jay, verrière et espace dédié à la photographie contemporaine : le Madison cherche désormais moins à être un hôtel qu’une maison ouverte sur le quartier. Une évolution particulièrement intéressante pour ceux qui aiment les adresses où l’hôtel et la vie parisienne se confondent.
Né en 1925, le Madison veille depuis un siècle sur Saint-Germain-des-Prés, face aux Deux Magots et au Café de Flore. Hôtel historique et ancré dans son quartier, il partage l’élégance vivante de la Rive Gauche. Pousser sa porte, c’est entrer dans une maison parisienne singulière : un salon à la lumière tamisée, une bibliothèque d’art, une cuisine généreuse. Autour, galeries, artisans et cafés prolongent naturellement l’expérience. Le Madison unit héritage et modernité avec justesse. Des chambres pensées comme des refuges : lumières douces, voilages légers, matières chaleureuses et touches Art Déco qui murmurent l’élégance des années folles. Sous les lumières dorées du bar, les soirées prennent un autre tempo. Cocktails inspirés, bougies scintillantes, rires feutrés : un salon vibrant où l’on savoure autant l’instant que la conversation. L’esprit Gatsby, revisité avec douceur. Au Jay, la carte du Madison (très abordable) propose des assiettes à partager, élégantes et de saison. Des produits soigneusement sélectionnés, des associations inspirées et une cuisine pensée pour la convivialité, à savourer autour d’un verre au bar, sous la verrière, ou dans l’intimité de votre chambre. Le meilleur point de vue sur l’âme de Saint-Germain : face à l’église Saint-Germain, au cœur même de la légende.
– Hôtel La Folie des prés (50 rue du Four)
Le charme des petites adresses : un hôtel à taille humaine, parfait pour ceux qui préfèrent les coulisses aux projecteurs. Plus petit, plus abordable et plein de personnalité : une adresse confidentielle pour ceux qui préfèrent les hôtels à taille humaine aux grandes machines du luxe.
– Hôtel La Louisiane (60 rue de Seine)
Et puis il y a La Louisiane. Ici, on ne vient pas chercher le luxe spectaculaire d’un palace. On vient chercher quelque chose de beaucoup plus rare : l’Histoire.
L’hôtel appartient toujours à la famille Blanchot, qui l’a racheté au début du XXe siècle et dont plusieurs générations ont entretenu cette tradition d’accueil des artistes.
C’est ici que Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s’installèrent en 1943. Albert Camus, Boris Vian, Juliette Gréco, Miles Davis, puis Albert Cossery et tant d’autres figures de la littérature, de la musique et des arts fréquentèrent ou habitèrent les lieux. Albert Cossery y vécut notamment pendant 57 ans. L’hôtel reste aujourd’hui l’antre des auteurs du quartier.
La chambre 10, celle de Simone de Beauvoir, est devenue mythique. Les murs portent encore quelque chose de cette époque où l’on pouvait écrire, refaire le monde, tomber amoureux, se disputer et inventer une philosophie dans quelques rues autour du Flore.
Ce qui me plaît surtout, c’est que La Louisiane n’a pas transformé cette histoire en musée. Le lieu continue d’accueillir des rencontres littéraires, des lectures et des événements artistiques. L’histoire n’y est donc pas figée derrière une vitrine : elle continue de s’écrire.
C’est probablement l’une des adresses où je dormirais le plus volontiers si je voulais, le temps d’une nuit, avoir l’illusion d’entrer dans un roman. D’ailleurs plusieurs ont été écrits à son sujet, dont un signé de la compagne du propriétaire des lieux, Charlotte Saliou (Le Refuge des étoiles). Julie Duchatel vient également de sortir un roman intitulé Hôtel Louisiane, qui raconte l’histoire de l’hôtel.
Hôtel très abordable avec un emplacement de rêve au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Si vous cherchez le luxe, choisissez un autre établissement. Mais si vous voulez vous immerger dans l’ambiance germanopratine et en ressentir l’âme, c’est là qu’il vous faut aller.
Moins spectaculaire mais très rive gauche, avec un joli jardin intérieur. Une adresse discrète où le jardin intérieur offre une respiration inattendue au cœur du tumulte germanopratin.
– Hôtel Récamier (3 bis place Saint-Sulpice)
Le plus discret de la place Saint-Sulpice : l’Hôtel Récamier, avec ses seulement 24 chambres toutes différentes, cultive une élégance de maison particulière. Les chambres Club, notamment, offrent une double exposition sur la place et la cour : un luxe rare, celui de pouvoir regarder Saint-Germain vivre tout en conservant le calme d’une adresse confidentielle.
– Hôtel de Buci (22 rue de Buci)
Le plus XVIIIe : l’Hôtel de Buci cultive un Saint-Germain de boudoir, chaleureux et intimiste, avec ses 24 chambres et suites et son décor inspiré de l’élégance du siècle des Lumières. Rénové en 2024 et désormais labellisé Green Key, il offre surtout un emplacement rêvé, au cœur de la rue de Buci et de son effervescence.
– Hôtel Baume (7 rue Casimir Delavigne)
Cet hôtel ne ressemble à aucun autre et respecte parfaitement l’atmosphère artistique, le luxe discret et l’Histoire du quartier. Un lieu qui possède une âme et ne cherche pas à ressembler aux établissements standardisés et impersonnels qui fleurissent dans Paris. Ce chaleureux hôtel 4 étoiles de 35 chambres allie savamment confort et élégance dans une ambiance 1930 revisitée.
L’hôtel est aussi une invitation au voyage imaginaire. Ainsi, au travers de l’histoire de 6 personnages (qui s’exposent à l’entrée de chaque étage) et à travers 6 thématiques de décoration vous pourrez vous évader tout en restant dans l’établissement qui tient son nom de Vicki Baum, romancière autrichienne contemporaine de la période Art Déco qui partit tenter sa chance à Hollywood où elle devint une scénariste célèbre. Les histoires de ses romans sont ainsi construites de la même façon que celles de cet hôtel : des groupes d’individus qui se croisent et traversent les époques. Le lieu se singularise également par sa signature olfactive. Le parfum, secteur phare des années 30 est ainsi également à l’honneur dans les couloirs de l’hôtel qui exhalent un parfum ensorcelant. Le parfum est ainsi un des 6 thèmes à l’honneur, les autres étant : la mode, la joaillerie, le cinéma, l’architecture, le club. Ces 6 thématiques se retrouvent à tous les étages et dans toutes les catégories de chambres. Ma préférence va aux chambres cinéma mais aussi aux chambres club dans lesquelles des photos et certains détails du mobilier évoquent les années festives des clubs de Shanghai… Vous y croiserez aussi des figures emblématiques du cinéma de Wong Kar Wai… Des chambres au charme envoûtant, véritables cocons au cœur de la capitale.
Vous pourrez également profiter du lobby dans lequel vous retrouverez les habillages en macassar qui rappellent le Club et les luminaires à l’esprit bijou qui évoquent le thème de la Joaillerie. Les plus : l’élégance discrète et originale des chambres, a fortiori les chambres cinéma et club, la décoration singulière (bijoux exposés dans les tables vitrines des chambres Joaillerie, créations d’Anna Rivka, les gravures qui sont des originaux pour la collection 1932 de la Maison Pernet par Mme Jeannest, splendides miroirs surplombant les lits…) un lieu qui sied parfaitement au quartier et à son charme ensorcelant. Et pour ceux qui veulent se faire plaisir en s’offrant une véritable bulle de bien-être en plein cœur de Paris, je recommande la chambre l’Unique qui bénéficie d’une somptueuse terrasse de 20 m² vous procurant une douce sensation d’ailleurs et de quiétude.
Générique de fin
Les lumières s’éteignent doucement sur Saint-Germain-des-Prés. Les derniers verres tintent derrière les vitres des hôtels, les libraires ferment leurs portes, les silhouettes disparaissent dans les rues pavées. Demain, d’autres voyageurs écriront leur propre scénario. Quant à moi, je continuerai à savourer le bonheur de flâner dans ce quartier, persuadée qu’il existe peu d’endroits où le cinéma, la littérature et le luxe dialoguent avec une telle évidence. Saint-Germain n’est pas seulement un quartier. C’est un décor qui attend ses personnages. Peut-être serez-vous le prochain.
Où dormir à Saint-Germain-des-Prés ? Ma sélection d’hôtels en un tableau :
Hôtel
Pour qui ?
Mon qualificatif
Lutetia
Luxe absolu
La grande évasion
L’Hôtel
Couples, littérature
Le film noir
Relais Christine
Romantisme
Le refuge secret
Pavillon Faubourg
Littérature
L’hôtel de l’écrivain
Dame des Arts
Design
Le Paris contemporain
Esprit Saint-Germain
Intimité
La maison d’amis
Bel Ami
Emplacement
Le parfait germanopratin
Villa-des-Prés
Design + bien-être
Le nouveau venu
Madison
Actualité + culture
La renaissance
Montalembert
Luxe discret
La rive gauche chic
Hôtel Récamier
Confidentialité
La maison Saint-Sulpice
Hôtel de Buci
Romantisme
Le boudoir
Baume
Cinéma / Art déco
Les années 1930
La Louisiane
Littérature
La légende
Grands Voyageurs
Cinéma / voyage
Le transatlantique
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Romancière, journaliste et critique de cinéma (cf aussi mon site http://inthemoodforcinema.com), je partage depuis de nombreuses années mes adresses et mes expériences sur Inthemoodforhotelsdeluxe.com, avec un regard qui privilégie autant l’histoire et l’atmosphère d’un lieu que ses prestations.
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Retrouvez également mes escapades, mes hôtels et mes adresses préférées sur Instagram : @inthemoodforhotels. Retrouvez aussi de nombreux clichés de Saint-Germain-des-Prés sur mon compte Instagram de romancière et critique de cinéma @Sandra_Meziere (compte dont sont extraites presque toutes les photos illustrant cet article).
Cet article pourra aussi être complété avec des adresses que j’aurais oubliées ou de nouvelles bonnes adresses germanopratines que je découvrirais. Alors, n’hésitez pas aussi à me contacter si vous souhaitez me faire découvrir votre adresse à Saint-Germain-des-Prés.