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« Il faut qu’il y ait un soleil. Il faut qu’il y ait une espérance. Il faut que quelque part brille et brûle la flamme de la résistance. » De Gaulle
Il y a des films qui me rappellent pourquoi j’aime le cinéma, ainsi : passionnément. Les deux longs-métrages dont je vais vous parler aujourd’hui en font partie. Parce que La Bataille de Gaulle est de ces films populaires, spectaculaires, instructifs, captivants et époustouflants pendant lesquels la réalité retient son souffle. Parce que si j’ai regardé ma montre pendant la projection, ce n’est pas en attendant la fin, c’est parce que j’espérais que l’échéance arriverait le plus tard possible.
J’ai en général plutôt tendance à être critique vis-à-vis des films comme celui-ci, trépidants, menés tambour battant et qui ne laissent pas au spectateur le temps de réfléchir, de respirer, de s’attarder sur un dialogue, une émotion ou un plan. Le film trouve pourtant admirablement cet équilibre fragile entre récit historique et divertissement. Je suis sortie de la projection avec l’envie d’en apprendre encore davantage et mon premier réflexe a été de rechercher les mémoires de De Gaulle dans la bibliothèque familiale, mais aussi d’en savoir plus sur ces personnages historiques comme Leclerc. J’ai réalisé que je ne connaissais que les grandes lignes de leurs destinées.
Ces deux films ne prétendent pas remplacer les livres d’Histoire mais ils donnent envie de les ouvrir. Les deux longs-métrages sont inspirés de De Gaulle. Une certaine idée de la France, la monumentale biographie de l’historien britannique Julian Jackson, adaptée à l’écran par Antonin Baudry (aussi scénariste du désopilant et tourbillonnant Quai d’Orsay et réalisateur du Chant du loup) et Bérénice Vila.
Les deux parties ont rencontré un large public : L’Âge de fer totalise 3 050 836 entrées et J’écris ton nom 2 645 915, soit près de 5,7 millions d’entrées pour le diptyque. Et alors que les spectateurs continuent d’affluer, le coffret des deux films en Blu-ray et DVD est annoncé pour le 4 novembre 2026. Un succès aussi inattendu (alors que l’attention est de plus en plus volatile, qui aurait parié sur la réussite de deux films historiques de cette durée ?) qu’amplement mérité.
Il y a plusieurs manières de raconter l’Histoire.
Il y a celle de Melville, dans un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, un chef-d’œuvre, L’Armée des ombres. Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, le film pourrait sembler résolument classique. Il est pourtant tout sauf consensuel. Melville n’a pas cherché à reconstituer la Résistance comme une épopée héroïque. Il en offre une radiographie minutieuse, s’attache à des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas à des mythes déshumanisés. Des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. C’est peut-être ce qui rend son film si bouleversant. Les actions de ces résistants ne sont pas toutes utiles, héroïques et récompensées. Elles sont parfois viles, silencieuses et inutiles. Melville ne glorifie donc pas la Résistance : il en montre la banalité tragique, et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Tout, dans la mise en scène, semble prolonger cette condition : la lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit et des rues éteintes, ces personnages condamnés à la clandestinité pour agir, le temps qui s’étire jusqu’au malaise, les silences et les non-dits qui disent souvent davantage que les paroles.
Il y a celle, presque inverse, de Xavier Giannoli dans Les Rayons et les ombres. Chez lui, tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans un monde constamment en mouvement dont la caméra épouse la cadence effrénée. À la sobriété sépulcrale de Melville, Giannoli oppose une mise en scène flamboyante, une opulence presque asphyxiante. Les uns meurent dans l’ombre tandis que les autres s’étourdissent dans la lumière. Des rayons qui aveuglent. Les Rayons et les ombres dissèque le glissement des rayons vers les ombres : comment des bonnes intentions initiales peuvent-elles conduire au pire ? Comment l’aveuglement devient-il coupable ? Où s’arrête le compromis ? Où commence la compromission ? Giannoli aime ces personnages troubles, guidés par l’orgueil, l’ambition, le besoin d’être regardés et reconnus. Il refuse la caricature pour mieux nous confronter à la zone grise de notre propre conscience et aux contradictions humaines. Comprendre n’est jamais ici excuser.
Ainsi, deux cinéastes, deux écritures, deux rapports presque opposés à la lumière et au silence, aux rayons et aux ombres. Chez Melville, les hommes se cachent pour agir et la grandeur naît de gestes invisibles. Chez Giannoli, les personnages s’exposent, s’étourdissent. Mais derrière ces différences, une même question : comment filmer l’Histoire sans transformer les hommes qui l’ont faite en statues ? Comment faire apparaître, derrière les choix, les fautes ou les actes héroïques, les contradictions de ceux qui les ont accomplis ?
C’est à ces deux films que j’ai pensé après avoir vu La Bataille de Gaulle. Non parce que le diptyque d’Antonin Baudry leur ressemblerait. Il en est même, à bien des égards, profondément éloigné. Cette différence permet cependant de mesurer ce que chaque mise en scène choisit de montrer et de taire, ce qu’elle éclaire et ce qu’elle laisse dans l’ombre, ce qu’elle fait de l’Histoire lorsqu’elle la transforme en récit, et des hommes lorsqu’elle les arrache à leur légende.
Il serait évidemment absurde de reprocher à un film de ne pas être L’Armée des ombres, pas plus qu’il ne serait juste d’exiger de Baudry le foisonnement de Giannoli. Chaque cinéaste choisit sa distance avec l’Histoire. Et faire de Charles de Gaulle un personnage de cinéma est une sacrée gageure. C’est filmer un homme que l’Histoire a depuis longtemps transformé en personnage, puis en symbole, presque en monument. C’est tenter de retrouver l’homme derrière la légende.
Avant Antonin Baudry, d’autres cinéastes s’y étaient essayés, avec des partis pris et des résultats très différents (notamment Gabriel Le Bomin avec De Gaulle, sorti en 2020, avec Lambert Wilson dans le rôle du Général. Le cinéaste est d’ailleurs le président du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule que je couvrirai la semaine prochaine). Mais La Bataille de Gaulle ne raconte pas seulement une nouvelle fois une histoire que nous connaissons : elle cherche à la vulgariser.
De Gaulle. Une certaine idée de la France, l’ouvrage colossal de Julian Jackson, de plus de 1 400 pages, tente justement de retrouver l’homme complexe derrière la légende. Un homme confronté aux échecs, aux humiliations et aux doutes face aux figures de l’époque, Churchill ou Roosevelt. Un De Gaulle déterminé et fragilisé. Le cinéaste explique avoir voulu se concentrer sur les années 1940 à 1945, et voir dans cette période « à la fois le combat d’un homme mais aussi celui d’un peuple et d’un pays ». Le titre L’Âge de fer renvoie à cette idée mythologique d’un âge d’or auquel succède un âge de fer dominé par l’injustice.
Mais Baudry voit surtout chez de Gaulle un homme qui possède une « vision féérique de la France ». « Il a le réel en face de lui, la capitulation, et il choisit le rêve. » Et il va réussir à faire en sorte que ce rêve s’incarne « à travers une forme de persévérance, de folie, d’habileté tactique, un mélange de choses très complexes et humaines », malgré l’isolement qu’est initialement le sien. De Gaulle est immense, dans tous les sens du terme, mais il est aussi parfois étrange, colérique, et même, dans le regard du cinéaste : burlesque. Le film ne cherche pas constamment à le grandir. Il accepte parfois de le regarder dans son étrangeté. Une scène le montre se savonnant le corps dans sa baignoire. Anodine en apparence mais significative du contraste entre le gigantesque et l’intime qui traverse le film. C’est aussi ce que Baudry cherchait avec le duo Churchill-De Gaulle : une relation parfois tragi-comique, qui ne bascule pourtant jamais complètement dans le numéro de comédie. « Il fallait trouver l’équilibre entre la narration et le divertissement. Mais le plus important, c’est l’incarnation », a ainsi souligné le réalisateur. Et cette incarnation est justement l’une des grandes forces du film.
Synopsis officiel : Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
En regardant ce film, j’ai beaucoup pensé à des films comme James Bond ou Mission : Impossible. À ces blockbusters avec lesquels nous pensons parfois, à tort, que le cinéma français est incapable de rivaliser. Baudry en reprend certains ressorts : le rythme, le spectaculaire, le sentiment permanent d’urgence, cette manière de faire de l’Histoire un récit d’aventures. Il sacrifie parfois la vérité historique au souci de maintenir l’attention, mais plus que répréhensible, l’objectif me paraît ici louable : donner envie de comprendre et d’approfondir.
Ce sont deux films multiples, traversés de contrastes. Deux films historiques teintés de comédie, sans jamais que celle-ci ne tourne au ridicule. Cela peut surprendre, mais c’est justement ce mélange de tons qui leur donne leur identité. Le premier volet commence avec une chanson de Trenet, puis l’invasion de Varsovie par les troupes allemandes. La date du 18 juin s’inscrit ensuite sur l’Arc de Triomphe. Puis s’affiche le titre. Et l’Histoire se déploie. Le Tchad, le Cameroun, le Sénégal, l’Angleterre, la France. Le montage ne laisse presque jamais le spectateur s’installer durablement dans une situation. Dans J’écris ton nom, cette impression devient encore plus frappante. Cela commence en janvier 1943. Une date apparaît sur le désert. Nous sommes dans le Fezzan, en Libye, puis soudain à Lyon, dans la France occupée, où Livia dépasse une file de Juifs portant l’étoile jaune. Giraud remplace Darlan à Casablanca. Le drapeau orné de la croix de Lorraine, emblème de la France libre, est hissé en Libye. Leclerc le salue. Et le générique arrive.
Cette manière de faire circuler le récit est parfois vertigineuse. Elle peut aussi expliquer le reproche qui a été fait au film de ressembler par moments à une « fiche Wikipédia » : trop de personnages, trop d’événements, trop de lieux, trop d’Histoire à faire tenir dans un récit de cinéma. Mais c’est aussi ce qui fait sa générosité. Le film veut raconter beaucoup et surtout, il veut transmettre. Il y a ainsi dans La Bataille de Gaulle des scènes historiques dont le temps a presque broyé la signification et que le cinéma permet soudain de regarder autrement. Celle des étudiants à l’Arc de Triomphe, le 11 novembre 1940, en est un exemple. Le premier message de refus des occupants nazis est alors porté par des lycéens dans une manifestation spontanée. Le film permet de redécouvrir ce moment essentiel. Il y en a beaucoup d’autres.
Des scènes qui restent en mémoire aussi. La beauté presque irréelle de ce chant dans le désert. Le passage consacré à la météo du D-Day, qui m’a forcément rappelé Pressure d’Anthony Maras, découvert au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville (un film actuellement à l’affiche, je vous le recommande), qui s’attache avec une minutie remarquable à l’impact des conditions météorologiques sur le débarquement. Ou encore ces transitions, toujours extrêmement travaillées, qui donnent au film une véritable identité. Un chant dans le désert. Puis une explosion. La braise de la cigarette de De Gaulle. Le film passe ainsi constamment du collectif à l’intime, du grandiose au détail.
La caméra accompagne sans cesse les déplacements des personnages et les mouvements de l’Histoire. La photographie de Giora Bejach et Pierre Cottereau participe à cette ampleur, en mettant en ombres et lumières avec le même souci du détail les espaces désertiques africains et les intérieurs londoniens.
Le travail de montage est impressionnant (Katie McQuerrey et Rehman Nizar Ali pour L’Âge de fer, puis Rehman Nizar Ali pour J’écris ton nom). Le film ne donne presque jamais l’impression d’avancer par blocs. Les événements se répondent, les discours se prolongent d’un lieu à l’autre, une action fait écho à une autre. Le montage crée ainsi une forme de circulation permanente : l’Histoire ne semble jamais se dérouler en ligne droite, mais par correspondances, accélérations, télescopages. Le parallèle entre les discours de Leclerc dans le désert et de De Gaulle à Alger en est un bel exemple. « Dans l’existence, on ne réussit que si on est obsédé par une idée », dit Leclerc. La phrase pourrait presque résumer le film entier.
La musique participe elle aussi à cette construction audacieuse et ambitieuse, et lui procure une ampleur particulière. Certains la jugeront peut-être emphatique mais elle apporte de l’élan et du souffle, reliant magistralement l’intime et le spectaculaire . Volker Bertelmann signe la partition de L’Âge de fer, tandis que Théo Cascio prend le relais pour J’écris ton nom. La première accompagne l’urgence, la tension, la solitude de De Gaulle et son obstination à faire exister une France libre. La seconde semble donner davantage de place aux voix multiples et aux destins croisés. Deux partitions pour deux moments différents du récit. Cascio reprend par ailleurs un thème de Bertelmann, comme un fil qui relierait discrètement les deux films. Cela fonctionne particulièrement bien dans le passage consacré à la Libération de Paris. En off, résonne le poème d’Éluard : Liberté. Le titre du deuxième film prend alors tout son sens. Magnifique passage. Impossible de ne pas être bouleversée.
Le film est aussi passionnant lorsqu’il s’intéresse aux rapports de force. De Gaulle n’existe jamais complètement seul, même si le récit aime parfois donner cette impression de solitude. « Ma croix la plus difficile à porter en cette guerre est la croix de Lorraine », dit Churchill. Pour De Gaulle, « La guerre est une affaire morale. », « La France a besoin d’une autorité morale. »
Le film rend accessibles des enjeux géopolitiques extrêmement complexes. Les projets américains concernant l’administration de la France libérée. Les tensions avec Roosevelt. Le rapport de force autour de la constitution d’un gouvernement provisoire. La question de la souveraineté française. Tout cela pourrait être aride et abscons. Le film réussit souvent à rendre cela limpide. C’est probablement l’une de ses grandes qualités pédagogiques.
Pour les personnages aussi, les scénaristes ont pris des libertés avec la réalité. Et c’est tant mieux. Chaque figure de cette période est ainsi incarnée. Par exemple, Livia, jouée par Anamaria Vartolomei, n’a pas existé telle quelle. Elle est une figure composite inspirée de plusieurs résistantes. Anamaria Vartolomei lui donne une grande intensité intérieure.
Il y a aussi Fernand joué par Florian Lesieur, une merveilleuse découverte. Candide et déterminé, et immédiatement attachant. Fernand Bonnier de La Chapelle a réellement existé. Il avait vingt ans lorsqu’il assassina l’amiral Darlan à Alger, le 24 décembre 1942. Il fut exécuté deux jours plus tard avant d’être réhabilité en 1945. La trajectoire de ce personnage est suffisamment romanesque pour que le cinéma n’ait presque rien à inventer.
Il y a évidemment Jean Moulin, interprété par Félix Kysyl. Un choix de casting judicieux. Il incarne aussi l’obstination, le courage mais aussi la fragilité d’un homme qui n’a que 41 ans au moment de l’armistice. Il doit mettre sur pied une armée secrète composée de fortes personnalités très diverses. Félix Kysyl apporte à cette figure historique, là aussi légendaire, une humanité complexe. Simon Russell Beale est un Churchill incroyable. Il parvient à rendre le personnage à la fois impressionnant, drôle, autoritaire et profondément humain. Avec Simon Abkarian, il forme un duo qui aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Il n’en est rien. Mathieu Kassovitz, en Darlan, apporte une stature évidente au personnage. Son image rebelle et son autorité naturelle donnent à Darlan une présence immédiatement identifiable. Benoît Magimel est tout simplement parfait en général Koenig. Il incarne ce chef de guerre à la fois tendre et humain. Karim Leklou apporte la touche comique attendue par Baudry. Ses expressions, son visage, sa manière d’être composent un étonnant contrepoint à la rigidité de De Gaulle. Loïc Corbery, qui joue René Pleven, vient du théâtre, et possède cette écoute remarquable, cette attention à la parole qui donnent au personnage une véritable existence. Quant à Niels Schneider, il donne à Leclerc une présence, une autorité et une folie obsessionnelle fascinantes.
Abkarian est un De Gaulle déterminé, visionnaire, audacieux, habile, passionné, profondément humain. Constamment sur le fil. Il avait déjà incarné Missak Manouchian chez Robert Guédiguian, et cette présence particulière, cette façon de donner de la densité à des personnages historiques sans les transformer en icônes, lui sert ici admirablement. Cette phrase de De Gaulle dit peut-être mieux que beaucoup d’autres la logique du personnage : « Les passionnés ont vécu. Nous sommes des passionnés mais en fait de passion, nous n’avons que la France. »
Des historiens ont souligné certaines libertés avec l’Histoire. L’Appel du 18 juin, notamment, est largement reconstruit. Antonin Baudry a volontairement mêlé au texte mythique des répliques issues de discours ultérieurs. De même, le film accentue le sentiment d’isolement absolu de De Gaulle à Londres. Historiquement, sa situation était évidemment extrêmement difficile, mais il n’était pas un inconnu débarqué de nulle part : il avait été sous-secrétaire d’État à la Guerre dans le gouvernement de Paul Reynaud et avait déjà eu des contacts officiels avec Churchill. Ce sont des simplifications mais je ne suis pas certaine qu’elles constituent nécessairement une faiblesse. Parce que la richesse du film est justement de simplifier certains événements pour permettre au spectateur d’appréhender leur complexité. Et surtout de lui donner envie de l’explorer. Le film prend aussi le risque d’embrasser la vision de De Gaulle, notamment dans sa manière de présenter son rôle face aux Alliés. Certains historiens lui reprocheront de trop épouser cette perspective.
Le film s’achève le 11 novembre 1944. De Gaulle retrouve Churchill à l’Arc de triomphe, devant la flamme du Soldat inconnu. Les deux silhouettes s’éloignent. Les ombres reculent, la flamme continue de brûler. Et enfin, c’est Paris aujourd’hui. Cette dernière image nous rappelle que cette paix que nous considérons si souvent comme acquise existe aussi grâce à ceux dont le film raconte le combat. Mais elle rappelle en même temps combien cette paix demeure fragile. Impossible, en voyant cette image aujourd’hui, de ne pas penser à la guerre qui se poursuit en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine et à la manière dont les soubresauts périlleux de l’Histoire peuvent soudain recommencer à sembler terriblement proches. Le film s’achève donc dans le présent et ce présent donne à ce qui précède une résonance particulière. Bouleversante.
La Bataille de Gaulle m’a finalement ramenée à L’Armée des ombres. Pas parce que les deux films se ressemblent. Ils sont presque aux antipodes. Melville filme la Résistance dans le silence, la clandestinité, le froid, l’ombre. Baudry filme une épopée, ses foules, ses paysages, ses batailles, ses hommes célèbres et ses anonymes. Mais tous deux cherchent, chacun avec leurs moyens, à filmer des hommes plongés dans une Histoire qui les dépasse.
Cette épopée historique réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans se montrer didactique, en valorisant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry livre ici un de Gaulle parfois décalé. C’est précisément ce qui l’empêche de devenir une statue. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant, et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ces deux films, aussi inclassables que mémorables.
Enfin, il y a cette idée qui me semble essentielle : les questionnements et l’avidité d’apprendre avec lesquels nous sortons du film. L’envie de lire. L’envie de comprendre et d’approfondir. L’envie de se plonger dans les livres et les autres films sur cette période. C’est peut-être la plus grande réussite de ce film. La Bataille de Gaulle est une épopée historique foncièrement audacieuse et profondément généreuse. Une œuvre qui ajoute sa pierre à l’édifice des grands films consacrés à la guerre (de Paris brûle-t-il ? au Jour le plus long, de L’Armée des ombres à Il faut sauver le soldat Ryan), autant de films qui ont, chacun à leur manière, façonné notre mémoire cinématographique de la guerre et la figure de De Gaulle. Et qui, surtout, décidément, me rappelle pourquoi j’aime le cinéma. Ainsi : passionnément.
Certaines images du film prennent une autre force, décuplée, et une émotion supplémentaire, lorsqu’elles viennent se superposer à celles que nous avons quotidiennement sous les yeux. Comme cette plaque, au 48 rue du Four, que je regarde régulièrement en passant. Elle rappelle que c’est ici, le 27 mai 1943, que s’est tenue la première réunion du Conseil national de la Résistance, sous la présidence de Jean Moulin. Une dizaine de représentants des mouvements de Résistance, des partis politiques et des syndicats, réunis clandestinement avec Jean Moulin au cœur de Paris occupé, pour tenter d’unifier des mouvements, des sensibilités et des hommes que tout semblait parfois opposer.
Depuis que j’ai vu le film, cette plaque n’est plus tout à fait la même. Elle me donne surtout envie d’en savoir davantage sur cette page de l’Histoire, sur Jean Moulin, sur ceux qui étaient là ce jour-là, sur ce qui s’est joué dans cet appartement et sur tout ce qui a rendu possible cette réunion.
Et pour cela aussi, j’ai envie de remercier le cinéma et en particulier ce film : pour m’avoir donné cette envie d’apprendre, de chercher, de lire encore. Derrière cette envie, il y a le travail de tous ceux qui l’ont fait naître à l’écran (acteurs, décorateurs, monteurs, compositeurs…) et qui ont, chacun dans leur métier, donné le meilleur de leur art et de leur savoir-faire pour que ces hommes, ces lieux et ces pages de l’Histoire reprennent vie.
En complément, je vous invite à lire ma critique du film Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli et mon analyse de L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville.

« La société politique contemporaine est une machine à désespérer les hommes », écrivait Albert Camus. Stefan Zweig, quant à lui, considérait que « la raison et la politique suivent rarement le même chemin ».
Deux citations qui pourraient sembler tristement d’actualité et qui rendent d’autant plus nécessaire un festival comme celui de La Baule. Le Festival de la Fiction et du Documentaire Politique revient en effet pour une 4ème édition, du 1er au 4 octobre, au Cinéma Le Gulf Stream.
Je vous ai souvent parlé de La Baule, notamment à travers mes fictions romanesques et à l’occasion des dix années pendant lesquelles j’ai couvert un autre festival baulois. L’an passé, je fus enchantée de (dé)couvrir ce tout jeune festival, réunissant deux de mes passions, le cinéma et la politique (dans une autre vie, j’ai suivi des études de sciences politiques). « Jeune festival » ne signifie pas « festival amateur » : la qualité de la sélection, des invités et des échanges des premières éditions en témoigne.
J'aurai de nouveau le plaisir de couvrir le festival cette année. Je vous invite à me suivre en direct sur Instagram avant de retrouver mon compte-rendu détaillé ici. En attendant, vous pouvez lire mon compte-rendu de l'édition 2025 du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, là.
Porté par ses fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, et présidé par le réalisateur Gabriel Le Bomin, le festival a une ambition que je trouve particulièrement louable : permettre, grâce au cinéma, de prendre le temps d’écouter et de regarder autrement notre époque, de décrypter l’actualité et ses enjeux, et surtout de confronter les points de vue sans céder à la crispation.
C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée lors de l’édition 2025 : dans une période où le débat public semble souvent condamné à l’affrontement, politiques, journalistes, cinéastes et spectateurs pouvaient ici s’écouter, dialoguer et parfois ne pas être d’accord… mais sans que le désaccord empêche l’échange. À l’approche d’une échéance aussi décisive que l’élection présidentielle de 2027, alors que le débat public risque plus que jamais d’être traversé par les crispations, les simplifications et la polarisation (il l’est déjà), préserver de tels espaces de réflexion, de dialogue et de nuance me paraît plus précieux que jamais.
Et puis il y a les films...
Parce qu’avant d’être un festival « politique », c’est évidemment un festival de cinéma. Parce qu’un film peut nous permettre de regarder autrement ce qui nous entoure, de prendre du recul, de comprendre un événement ou une époque autrement que dans le flux incessant de l’actualité. Et parce que la programmation fait dialoguer fictions et documentaires, offrant des regards multiples sur les grands enjeux politiques et sociétaux de notre temps.
J’espère vous donner l’envie de découvrir ce festival singulier, convivial, exigeant et nécessaire dont je vous invite à lire mon compte-rendu de l’édition 2025 sur Inthemoodforcinema.com dans lequel j’évoque plusieurs très beaux moments de cinéma que m’a offerts ce festival, parmi lesquels : La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, Deux Procureurs de Sergei Loznitsa, Holding Liat de Brandon Kramer, The President’s cake de Hasan Hadi (Prix du jury, prix des médias), Dossier 137 de Dominik Moll (prix du public), Les Braises de Thomas Kruithof (mention spéciale du jury des médias, mention spéciale du jury fictions), Les combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury documentaire ex-aequo), L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier (film de clôture)...
Voici le programme de l'édition 2026, particulièrement prometteur :
En ouverture sera projeté le nouveau film de Mathias Mlekuz, Mon fils président. L'occasion pour moi de vous recommander à nouveau son film précédent, À bicylette !, dont vous pouvez lire ma critique, ici.
En clôture, vous pourrez découvrir le film Jupiter d'Alexandre Smia.
Parmi les fictions en compétition figure En haut de la pile, le nouveau long-métrage de Louis-Julien Petit dont je vous avais vivement recommandé les précédents films, notamment La Brigade (ma critique, ici).
- 5 fictions en compétition :


- 5 documentaires en compétition :


- 3 films hors compétition

mais aussi :
1 séance de dédicaces qui vous permettra de rencontrer les équipes de films,
1 masterclass sur le thème : 2027, quels enjeux pour l'audiovisuel et le cinéma,
1 master class sur le thème : Antisémitisme, une haine toujours en mouvements.
Le Président du festival : Gabriel le Bomin
Le jury fiction
Président du jury fiction : Thierry Klifa (retrouvez, ici, ma critique de son dernier film, l'excellent La femme la plus riche du monde, qui fut projeté en ouverture du festival, l'an passé).
accompagné de
Daphné Bürki
Agnès Evren
Alban Ivanov
Isabelle Madelaine
Le jury documentaire
Jérémie Patrier-Leitus
Joana Preiss
Le jury presse et médias
Président du jury : Bruce Toussaint
accompagné de
Jean-François Achilli
Christophe Carrière
Soizick David
Soazig Quémener
Le jury lycéen
Présidente : Najat Vallaud-Belkacem
accompagnée d'élèves du lycée Grand Air de la Baule
Invités d'honneur :
Yaël Braun-Pivet
Hugues Cazenave
Vincent Chauvet
Sarah Ek Haïry
Catherine Fieschi
Michel Field
Christian Giacomini
Cyril Graziani
Emmanuelle Guilcher
Emmanuel Kessler
Chloé Morin
Denis Olivennes
Pascal Perrineau
Emmanuel Prévost
François de Rugy
Anne Sinclair
Thomas Sotto
Mario Stasi
Informations pratiques
Cinéma Le Gulf Stream - 52 avenue du Général de Gaulle - salles 1 et 5 - 0251751541 - cinegulfstream.fr
Rendez-vous sur le site internet officiel du festival, pour en savoir plus : ici.
Suivez également le compte Instagram du festival : @festival.fiction.politique

Romancière et critique de cinéma, je vous emmène dans mon quartier parisien de prédilection, entre hôtels confidentiels, cafés mythiques, librairies, rooftops, cinémas et musées. Je vous propose de me suivre pour une journée hors du temps sur la rive gauche, vécue comme une scène de film. Laissez-moi vous guider pour 24 heures d’immersion dans « mon » Saint-Germain-des-Prés, dans le 6e arrondissement donc, avec quelques incursions dans le 5e et le 7e.

Pourquoi, au bout de tant d’années à le fréquenter, ce quartier m’ensorcelle-t-il toujours autant ? Sans doute en raison de son aura romanesque. Il est des lieux où la réalité s’efface doucement pour laisser place à une atmosphère fictionnelle. Saint-Germain-des-Prés est de ceux-là.
Dès que l’on franchit la Seine (de préférence par le si romantique pont des Arts, après être passé par la non moins romantique cour Carrée du Louvre) pour arriver sur la rive gauche, même la lumière semble s’adoucir et se teinter de romanesque. On devine l’ombre d’une Sagan filant à mille à l’heure dans la nuit, le fantôme d’un Hemingway ayant abandonné un instant le Ritz pour relire ses notes au Flore, ou un dialogue murmuré par les personnages d’un film d’Éric Rohmer.

Saint-Germain ne se visite pas : il se vit comme un scénario ou un roman dont vous êtes le héros ou l’héroïne. Pour moi qui partage ma vie entre l’écriture de romans et l’obscurité des salles de cinéma, Saint-Germain-des-Prés est un décor ultime qui ne cesse d’ailleurs de m’inspirer. Celui d’un luxe qui n’est jamais tonitruant mais se chuchote à l’abri des regards, de rues pavées intemporelles et de lieux mythiques.
Installez-vous. Le film commence. La première page se tourne.
Bienvenue dans mon Saint-Germain-des-Prés intime.

1. Commencer la journée par une promenade au jardin du Luxembourg

C’est presque toujours ainsi que commence (et/ou s’achève) pour moi une journée idéale à Saint-Germain-des-Prés. Par une promenade au jardin du Luxembourg. Mon îlot de sérénité et de romanesque. Jamais le même. Je l’aime tout particulièrement à la fin du printemps, quand il retrouve ses palmiers, quand il est écrasé de chaleur et presque désert (comme c’est arrivé certains jours de canicule de cet été 2026) mais aussi l’hiver quand les arbres sont décharnés et que la mélancolie s’empare des lieux. Maintes fois, j’ai écrit ici et (sur ce) jardin. Maintes fois, j’ai essayé de lui arracher son secret, d’en dessiner la puissance des silences. Mais je ne m’explique toujours pas le pouvoir magnétique, presque sacré, qu’il exerce sur moi. Là, je déambule dans un décor de film. Ou plutôt dans les pages d’un roman dont je serais à la fois l’autrice, l’héroïne, et la lectrice fiévreuse. Là, tout est pensable. Là, tout est jouable. Là, j’ai l’impression que des personnages d’une autre époque vont surgir pour m’embarquer dans une intrigue étourdissante. Un abri face au réel et à la brutalité de l’époque. Un enclos romanesque qui procure l’illusion enivrante de panser les blessures, qui redonne le goût de l’audace.

Ne résistez pas à la tentation de tirer une de ces mythiques chaises vertes jusqu’au bord du bassin ou sous un marronnier. Elles invitent à l’immobilité, à la lecture, à la rêverie. Peu de lieux à Paris procurent autant l’impression que le temps suspend son vol. Vous pourrez ainsi vous poser auprès du bassin central avec ses voiliers que vous pouvez louer pour vos enfants. Ne manquez pas non plus la romantique Fontaine Médicis. Mais aussi le kiosque à musique où, même vide, j’ai l’impression d’entendre un orchestre jouer et m’embarquer dans une valse étourdissante. Ma statue préférée demeure Le Marchand de masques (elle m’inspira même une nouvelle littéraire). Je vous laisse la découvrir et lire son histoire. Ne manquez pas non plus la réplique de La Statue de la Liberté, le théâtre des marionnettes, les terrains de pétanque, les serres de l’Orangerie. Observez les joueurs d’échec, de tennis de table ou de tennis, les ruches, les statues d’écrivains.

Vous repartirez de là reposés, revigorés, la tête pleine de rêves. Prêts à profiter pleinement de votre journée. Et peut-être avec l’impression, comme moi, d’avoir traversé non pas un jardin mais quelques siècles de littérature. Victor Hugo y fit se rencontrer Marius et Cosette dans Les Misérables et les statues de George Sand, Flaubert, Stendhal, Baudelaire ou Stefan Zweig semblent aujourd’hui veiller silencieusement sur les lecteurs. À Saint-Germain-des-Prés, la littérature n’est décidément jamais loin.
2. Acheter une viennoiserie chez Thévenin
Ensuite, je vais souvent rue de Buci m’acheter un journal chez Buci News, 4 rue Grégoire de Tours, puis un pain au chocolat chez Thévenin, 6 rue de Buci. Je vous recommande aussi leurs pâtisseries, traditionnelles et délicieuses, comme on n’en trouve presque plus. Je n’ai jamais vu ce lieu vide. La file d’attente est toujours impressionnante mais vous comprendrez rapidement pourquoi.
Il y a aussi la Maison Mulot, 76 rue de Seine. Là, je vous recommanderais plutôt les grands macarons, en particulier au chocolat. Mais il se fait encore tôt pour cela. Alors, allons plutôt prendre un café pour profiter de la tranquillité matinale.
3. Prendre un café au Café de la Mairie ou au Rostand

J’hésiterais entre le Café de la Mairie (8 place Saint-Sulpice) et Le Rostand (6 place Edmond-Rostand). Sans doute choisirais-je le premier car la vue sur la Fontaine Saint-Sulpice me rassérène toujours. J’aime y observer la vie qui va ou voir les premières pages d’un roman qui se soulèvent sous une légère brise. Les habitués arrivent un à un. Les touristes dorment encore. Saint-Germain m’appartient pendant quelques minutes. J’ai envie de dire « À nous deux » comme Rastignac. C’est d’ailleurs le livre avec lequel je me suis posée en terrasse il y a quelques jours : Le Père Goriot (photo prise en l’occurrence en plein après-midi).

Au Rostand, autre institution du quartier, vous pourrez aussi profiter de la vue sur le jardin du Luxembourg. Le café est ouvert dès 8 heures et jusqu’à minuit : une amplitude idéale pour y commencer ou y prolonger une journée germanopratine.
Vous pourrez aussi choisir de vous attabler au Café Madame (25 rue de Vaugirard), dans le jardin, ou bien chez Angelina, à côté du musée du jardin, ou encore au Bar du Marché (75 rue de Seine) pour profiter du spectacle et de l’agitation de la rue éponyme.

4. Passer par la rue Férou, la rue de Furstemberg et la rue Visconti
Il y a des rues dont le mystère romanesque fait que mes pas m’y conduisent presque toujours.
– La rue Férou est de celles-là. Sur l’un de ses murs, le poème Le Bateau ivre d’Arthur Rimbaud se déploie sur près de 300 m². On peut y lire les premiers vers : « Comme je descendais des Fleuves impassibles, / Je ne me sentis plus guidé par les haleurs. » Puis le regard se perd dans cette longue dérive de mots, comme si Rimbaud avait transformé la pierre parisienne en page immense. Difficile d’imaginer plus belle façon de rappeler que ce quartier est encore celui de la littérature même si de nombreuses librairies ont disparu. Restent encore notamment La Procure, 3 rue Mézières, à deux pas de là, ou encore Le neuvième pays, 84 rue Bonaparte.

– La rue Visconti. Je pourrais vous parler des rues moins obscures qu’elle relie, la rue Bonaparte et la rue de Seine, mais finalement elles ne me disent rien alors que cette rue est romanesquement loquace. Son étroitesse alambiquée et ses recoins me paraissent propices aux secrets murmurés, aux hasards troublants, aux rendez-vous mystérieux et aux pensées indociles. Cette rue se nomme Visconti donc. Comme le cinéaste. Déjà une bonne raison de l’admirer. Même si, en réalité, ce nom fait référence à son homonyme architecte. J’ai découvert seulement il y a peu que Racine y mourut le 21 avril 1699 et que Balzac y établit son imprimerie entre 1826 et 1828.
– Ne manquez pas non plus la rue de Furstemberg pour acheter des fleurs chez Oz Garden (au numéro 8), pour visiter le musée Delacroix et pour rêver à cette scène sublime de la fin du Temps de l’innocence de Martin Scorsese quand Newland Archer regarde la fenêtre de Madame Olenska, qu’il a tant aimée, puis repart, sans l’avoir revue.

5. Faire un tour au Bon Marché et à la Grande Épicerie

Ensuite, il me plaît souvent d’aller rêvasser entre les rayons du Bon Marché. Le matin, à certaines périodes de l’année, les travées sont presque vides et j’ai l’impression que cet antre du luxe et de la mode est ouvert juste pour moi. Vous y trouverez toutes les grandes marques, mais aussi des marques plus confidentielles. Le magasin se met souvent en scène sur une thématique.

Le Bon Marché est aussi un décor à lui seul. En 1852, Aristide et Marguerite Boucicaut prennent la direction du Bon Marché et le transforment en premier grand magasin parisien.

Il fut dès l’origine un lieu où le commerce se mêlait à la culture, à l’art et à l’invention. On y venait déjà pour flâner autant que pour acheter. J’aime cette idée que, près de deux siècles plus tard, on puisse encore y entrer sans autre projet que celui de se laisser surprendre.


Juste en face, poussez jusqu’à La Grande Épicerie de Paris. Son histoire est intimement liée à celle du Bon Marché : dès le début du XXe siècle, l’enseigne proposait thés, épices, cacao et chocolats. En 1923, un véritable « coin des gourmets » fut installé dans le bâtiment de la rue du Bac. Aujourd’hui, c’est moins une épicerie qu’un immense cabinet de curiosités gastronomiques où je pourrais passer des heures à chercher des produits que je ne trouverai nulle part ailleurs.
6. Visiter le musée Rodin ou le musée du Luxembourg

Le musée du Luxembourg (19 rue de Vaugirard) propose toujours de remarquables expositions. Voici quelques photos de l’exposition Soulages qui m’avait particulièrement marquée.

J’étais quasiment seule à déambuler entre les toiles. Entourée de tout ce noir captivant, intrigant, ensorcelant. Happée. Envoûtée. Comme si un ruban de ténèbres rassurantes me capturait délicieusement, m’enveloppait dans son entrelacs obscur et m’entraînait dans une danse suave vers la lumière, et vers les délices du mystère. Je voyais là la possibilité de la lueur même au fond du gouffre. Je voyais la possibilité du secret dans un monde avide de transparence. La possibilité apaisante de l’opacité et du foudroiement. D’une danse (d’une transe même) consolatrice. Et surtout la possibilité de l’émotion irrationnelle et insaisissable. Il en va des œuvres comme des êtres, non ? Ce sont leurs ombres insondables qui les rendent irrésistibles, grâce auxquelles la lumière qu’ils laissent sourdre est plus éblouissante encore.


J’avoue un peu honteusement avoir découvert seulement récemment le musée Rodin qui certes vous fait sortir de Saint-Germain-des-Prés (situé au 77 rue de Varenne, dans le 7e). Ces quelques kilomètres en plus valent vraiment la peine pour découvrir ce musée peu fréquenté, avec un magnifique parc mais surtout des œuvres d’une beauté et d’une puissance à couper le souffle comme Le Baiser, La porte de l’Enfer, Le Secret, les Bourgeois de Calais ou encore les œuvres de Camille Claudel et même des Van Gogh et Monet.

Ne manquez pas non plus le musée national Eugène Delacroix (6 rue de Furstemberg) précédemment cité.
7. Déjeuner chez Agata ou à Casa di Mario ou aux Éditeurs

Pour recharger les batteries, rien de mieux qu’une bonne pizza. Il n’est pas rare que j’aille chez Agata (168 Boulevard Saint-Germain), me poser au son de la musique italienne pour observer la vie qui bouillonne sur le Boulevard Saint-Germain. J’apprécie aussi particulièrement les pizzas de la Casa di Mario, au 132 rue du Bac, pour les pizzas autant que pour l’amabilité des propriétaires, juste derrière le Bon Marché. Si vous aimez la cuisine italienne, je ne peux aussi que vous recommander l’incontournable Marco Polo, restaurant auquel j’avais consacré un article ici il y a dix ans : Mon avis sur Marco Polo : restaurant italien coup de coeur à Saint-Germain-des-Prés (rue Saint-Sulpice) – IN THE MOOD FOR HÔTELS.

Je peux aussi me poser aux Éditeurs (4 Carrefour de l’Odéon), emblème de l’âme littéraire du quartier. Jusqu’au 23 août, le restaurant vous propose une formule pus abordable (Fish and chips sauce tartare ou Filet de poulet fermier français ou Cœur de faux filet de bœuf français et frites à volonté et sauce verte secrète. Dessert et boisson non compris. Midi et soir. L’endroit idéal pour aller ensuite au jardin du Luxembourg, à deux pas.
8. Aller au cinéma au Saint-Germain-des-Prés

Là, c’est mon domaine de prédilection et même si le choix est cornélien tant les cinémas art et essai avec une remarquable programmation sont nombreux dans le quartier, je vous suggèrerais en premier mon cinéma préféré, le cinéma Saint-Germain-des-Prés rénové et réouvert en juin 2026 (22 rue Guillaume Apollinaire), avec une incroyable programmation, notamment estivale (juste une semaine de fermeture en août, du 5 au 11).

Le Champo (51 rue des Écoles) aussi avec la programmation Tati actuellement (je vous en parle, ici, dans mon compte-rendu du Festival du Film de La Rochelle). Mais aussi la Filmothèque du Quartier Latin (9 rue Champollion), L’Arlequin (76 rue de Rennes), les Trois Luxembourg (67 rue Monsieur le Prince), le Christine Cinéma Club (4 rue Christine) …
9. Aller au spa
Après plusieurs heures à parcourir le quartier, pourquoi ne pas ralentir le rythme ? Plusieurs hôtels du quartier permettent aux visiteurs extérieurs de réserver un soin donnant accès à leur espace bien-être. Une parenthèse idéale entre deux promenades avant de replonger dans l’effervescence de Saint-Germain.
Mon coup de cœur va au Spa de La Belle Juliette (92 rue du Cherche Midi), avec son bassin de relaxation et son hammam, véritable refuge au cœur de la rive gauche. Les clients extérieurs peuvent accéder au spa en réservant un soin d’une heure minimum.

Les amateurs d’adresses confidentielles pourront également pousser les portes du Da Vinci Hotel & Spa (25 rue des Saints-Pères). Le spa est inspiré de Léonard de Vinci et possède une petite piscine intérieure privatisable selon les créneaux.
Vous pourrez aussi profiter du spa du Pavillon Faubourg Saint-Germain & Spa (5 rue du Pré-aux-Clercs), où une piscine intérieure prolonge agréablement l’expérience.
La Villa-des-Prés (29 rue de Buci) dispose d’un superbe espace bien-être avec piscine intérieure réservé principalement aux clients, mais certaines offres «&nb sp;spa » ou « day experience » peuvent être proposées selon les périodes. Mieux vaut appeler avant.
Et évidemment, si vous avez le budget pour cela, le Spa du Lutetia (45 boulevard Raspail) reste le summum du luxe. Voir descriptif plus bas.
10. Prendre une glace ou un chocolat chaud aux Deux Magots

Vous pouvez bien sûr vous arrêter au très charmant et germanopratin Ladurée Bonaparte (21 rue Bonaparte),



ou au Café Ladurée Luxembourg (4 place Edmond Rostand), plus récent, à côté du jardin du Luxembourg (le premier a plus de charme) ou profiter d’un chocolat chaud au bar de l’hôtel Dame des Arts. Mais pour ressentir l’âme littéraire de Saint-Germain-des-Prés, ma préférence va indéniablement aux Deux Magots (6 place Saint-Germain-des-Prés).

Le café existe depuis 1884 et son histoire ressemble presque à une anthologie de la littérature française du XXe siècle : Apollinaire, Aragon, Gide, Prévert, Hemingway… Puis les surréalistes autour d’André Breton et les existentialistes autour de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Le Prix des Deux Magots, créé en 1933, prolonge encore aujourd’hui cette vocation littéraire.
J’aime m’asseoir quelques instants à la terrasse d’un lieu devenu mythique, et me demander, en regardant les passants, ce que serait le prochain roman qui pourrait naître ici. J’aime tout particulièrement m’installer sous la verrière côté Église Saint-Germain.

Face au Bon Marché, vous trouverez aussi désormais le Comptoir du Ritz (45 rue de Sèvres), où vous pourrez acheter les pâtisseries du célèbre palace de la rive droite, ou bien en été, savourer quelques glaces. Vous pourrez aussi en trouver au célèbre Bac à glaces (109 rue du Bac), ou au Glacier des Prés, accolé à la Brasserie des Prés (6 rue du Commerce Saint-André), l’occasion de faire un tour dans cette rue à l’âme ensorcelante.
11. Ou un tea time au Lutetia

Là, c’est évidemment le lieu si vous souhaitez transformer une simple pause sucrée en véritable séquence de cinéma. Sous la verrière historique du Salon Saint-Germain, la lumière auréole les lieux de douceur. Elle tombe suavement sur les fauteuils, les tables, les pâtisseries et les livres. On pourrait presque croire que le temps, lui aussi, a décidé de s’attarder quelques heures au Lutetia. C’est ici que je choisirais de m’installer pour écrire quelques pages ou relire un chapitre. Le luxe du Lutetia tient aussi à cela : un lieu où l’on peut ne rien faire, et où ne rien faire devient soudain une activité parfaitement jubilatoire. Le service y est absolument irréprochable. L’endroit idéal pour une pause solo (nombreux sont les clients à venir y travailler ou se poser avec un livre), venir en duo ou avec des amis.

Et si vous préférez observer la vie du quartier, la Brasserie Lutetia, à l’angle du boulevard Raspail et de la rue de Sèvres, possède une terrasse qui permet de retrouver, après cette parenthèse feutrée, le mouvement de Saint-Germain-des-Prés.

12. Faire un tour à la boutique Ralph Lauren et au Ralph’s
Avant que la nuit ne s’installe tout à fait, cap sur la cour pavée du Ralph’s. Franchir le portail du 173 boulevard Saint-Germain revient à s’offrir un fondu enchaîné immédiat : vous quittez la Rive Gauche pour plonger dans un décor digne d’un film de Francis Ford Coppola ou de Woody Allen.

L’hôtel particulier du XVIIe siècle abrite l’un des secrets les plus chics du quartier.

L’été, la cour végétalisée offre un romantisme fou avec ses coussins rayés et ses lanternes tamisées. L’hiver, le salon intérieur, avec ses boiseries sombres, ses banquettes en cuir patiné et sa cheminée crépitante, prend des airs de club très privé. On y commande un cocktail signature ou un café serré dans une atmosphère de luxe décontracté, délicieusement romanesque.

Ma boutique préférée, étant inconditionnelle de la marque. Ne manquez pas les robes de soirée, au premier étage, mais aussi la collection Polo avec les indétrônables de la marque. Il y a souvent très peu de monde dans l’endroit idéal pour essayer les modèles de la marque américaine au cavalier.

13. Dîner chez Evi Evane

Je vous ai parlé maintes fois de ce restaurant. Tant pis, cela fera une fois de plus. Cela reste pour moi l’adresse incontournable du quartier. Vous serez reçus par Brahim qui saura vous conseiller mieux que quiconque, parfait connaisseur de la carte du restaurant, aussi chaleureux que le lieu, d’une amabilité rare. Il contribue beaucoup à l’âme de l’endroit.

Dans ce bistrot gourmand et confidentiel, le luxe prend la forme d’un voyage sensoriel sous le soleil de la Méditerranée. Les plats sont de véritables poèmes : mezze raffinés, moussaka réinventée, huile d’olive divine… L’ambiance y est intime, presque complice. On s’attarde à table, les rires fusent, le vin grec coule doucement, et l’on refait le monde jusqu’à tard dans la nuit.

L’amoureuse inconditionnelle de la Grèce que je suis retourne toujours avec autant de plaisir dans ce qui est non seulement LE restaurant grec de Paris mais aussi un des meilleurs restaurants du 6e, et de la capitale. Il se situe dans la très animée rue Guisarde, au numéro 10, juste à côté de la place Saint-Sulpice, au pied d’un immeuble du XVIIème siècle. Sa façade discrète ne vous laissera pas forcément présager de l’excellent moment que vous y passerez…mais, croyez-moi, cela vaut la peine de franchir le seuil. Déjà, la musique (grecque évidemment, pour moi nostalgie assurée), et surtout l’accueil d’une gentillesse non feinte de Maria ou de Brahim vous transporteront immédiatement ailleurs, à l’image du nom du restaurant qui signifie « À votre santé » en grec ancien et qui est un cri de joie de vivre. Chez Evi Evane, tout est cuisiné à base de recettes méditerranéennes, traditionnelles, généreuses, authentiques et familiales.

C’est la sœur de Maria, Dina Nikolaou (aussi affable et souriante que Maria, très connue en Grèce où elle anime des émissions de cuisine, enseigne la gastronomie et signe de nombreux livres sur la gastronomie et les produits grecs) qui en est la cheffe. S’inspirant du serment d’Hippocrate « Que notre nourriture soit notre médecine », Maria et Dina proposent une nourriture saine, équilibrée, et non moins copieuse, conscientes que l’alimentation est la base de notre santé. Je ne saurais quoi vous recommander tant tout est créatif, délicieux, de qualité (excellents produits, cela se sent, cela se voit aussi), très bien présenté…et le Baklava est sans aucun doute le meilleur qu’il me soit arrivé de déguster de même que la moussaka.

Rien à voir avec les « attrape-touristes » de la rue de la Harpe. Evi Evane est une véritable adresse, gastronomique et d’une rare convivialité. La carte des vins grecs est également particulièrement bien fournie. Je vous recommande le rosé ! J’y vais régulièrement et je n’ai jamais été déçue et un détail qui ne trompe pas : nombreux sont les clients grecs à y venir et revenir. Le meilleur restaurant grec de Paris où vous trouverez soleil et hospitalité helléniques, et je vous mets au défi de trouver un accueil aussi chaleureux et ensoleillé ailleurs dans le quartier.
Maria et Dina ont choisi d’y représenter les petits producteurs de différentes régions de Grèce dont Evi Evane est le prestigieux ambassadeur mais elles possèdent aussi plusieurs boutiques (notamment rue Saint-Placide, face au Bon Marché, vous pouvez aussi manger sur place) et un service traiteur. Vous y trouverez : de nombreux fromages et vins grecs, la fameuse pita grecque, du thé ou des tisanes biologiques évidemment grecs, diverses huiles d’olive, et même les livres de Dina et à vrai dire tous les produits possibles et (in)imaginables en provenance de Grèce mais toujours des produits de qualité, soigneusement sélectionnés, le plus souvent totalement introuvables ailleurs qu’en Grèce. L’été, la rue Guisarde est piétonnisée à certaines heures. Vous pourrez ainsi profiter d’un déjeuner ou dîner en terrasse.
Je vous conseille également de faire un tour sur le site internet Evi Evane qui est à l’image des deux établissements et de leurs cuisines : accueillant et alliant tradition et inventivité avec beaucoup de goût : http://www.evievane.com.
Si vous aimez les brasseries plus traditionnelles, je vous recommande Vagenende situé au 142 boulevard Saint-Germain, pour le décor autant que pour les plats.
Ouverte récemment, la brasserie Brass, 131 boulevard Saint-Germain, connaît un joli succès avec un décor plus moderne.
14. Prendre un verre à l’Hôtel Dame des Arts, sur le rooftop

Pour embrasser tout Paris du regard après le dîner, il faut prendre de la hauteur et grimper au sommet de l’hôtel Dame des Arts (4 rue Danton). Le changement de décor est saisissant : après la tradition germanopratine, place à une modernité léchée, très cinématographique. Arriver sur cette terrasse suspendue, c’est comme pénétrer dans la séquence d’ouverture d’un long-métrage contemporain.

La tour Eiffel scintille à l’horizon, Notre-Dame se dessine dans la pénombre, et les toits de zinc s’étendent à perte de vue. Un verre de vin à la main, le vent frais sur le visage, on domine la ville dans une ambiance jazzy et vibrante.

C’est le plan d’ensemble idéal pour marquer la bascule vers la nuit. La vue est réellement à couper le souffle. Votre regard pourra embrasser tout Saint-Germain-des-Prés.

La réservation est fortement conseillée, avec empreinte bancaire. Il est accessible au grand public, pas seulement aux clients de l’hôtel.

15. Faire un tour à la librairie L’Écume des pages

Une bonne journée à Saint-Germain-des-Prés se termine toujours pour moi par un passage à ma librairie préférée, L’Écume des Pages, au 174 boulevard Saint-Germain. Et surtout le soir, tard.
J’aime ce moment où le quartier commence à ralentir et où, derrière la vitrine encore éclairée, les livres semblent attendre leurs lecteurs. Je peux y passer de longues minutes à lire les quatrièmes de couverture, ouvrir un roman au hasard, parcourir quelques pages et ressortir avec un livre que je n’avais absolument pas prévu d’acheter.
L’Écume des Pages est ouverte jusqu’à minuit du lundi au samedi et jusqu’à 21 heures le dimanche : une particularité assez rare pour une librairie parisienne et une raison supplémentaire d’y faire un dernier détour avant de rentrer.
Je vous recommande aussi, un peu plus loin, près du Panthéon, la Librairie du Cinéma du Panthéon (15 rue Victor Cousin, dans le 5e), véritable institution pour les amoureux du septième art, où j’avais eu le plaisir de dédicacer mes ouvrages. Vous y trouverez tous les livres ayant un lien avec le cinéma.

Enfin, je vous recommande la péniche Nanna à l’inauguration de laquelle j’ai eu le plaisir d’assister, le 11 juin dernier. Vous y trouverez 5000 livres en libre accès. Au programme de ce lieu situé au pied de Notre-Dame, dans le port de Montebello : une vingtaine d’évènements par mois pour faire vivre la littérature comme des lancements de livres, séances de dédicaces, ateliers d’écriture, rendez-vous BookTok… Nanna, lieu d’échanges entre auteurs et lecteurs, compte bien montrer à quel point le livre est un objet vivant. Surtout quand vient l’heure bénie à laquelle la nuit tombe sur la Ville Lumière. Alors, les mots s’allument, les ombres de la littérature surgissent, rassurantes soudain, et le souffle des livres que j’ai aimés et intégrés à ma propre vie, m’insuffle une joie rêveuse.
16. Prendre un verre au Flore
Et puis il reste le Flore (172 boulevard Saint-Germain).

Je pourrais vous raconter son histoire. Vous dire qu’il fut fréquenté par Apollinaire, Breton, Prévert, Camus, Sartre, Simone de Beauvoir, Hemingway, et tant d’autres. Je pourrais vous rappeler qu’il fut, après-guerre, l’un des épicentres de cette incroyable effervescence intellectuelle qui fit de Saint-Germain-des-Prés l’un des lieux les plus libres et les plus créatifs du monde.
Mais ce n’est pas pour cela que j’aime y revenir.
J’aime le Flore parce qu’il suffit de pousser la porte pour avoir la sensation étrange de pénétrer dans une histoire qui a commencé bien avant nous et qui, peut-être, continuera après nous. J’aime m’asseoir, commander quelque chose, observer les serveurs, les tables, les visages, les conversations qui s’ébauchent. Imaginer les phrases qui ont été écrites ici, les déclarations d’amour, les ruptures, les idées révolutionnaires, les premières pages de romans et les conversations qui n’ont probablement mené nulle part mais dont quelqu’un, des années plus tard, se souviendra.
Sartre racontait qu’ils avaient fini par être « chez eux au Flore ». Un café devient véritablement mythique lorsqu’il cesse d’être seulement un lieu où l’on vient boire quelque chose et devient une sorte de chambre d’écriture à ciel ouvert.
17. Rentrer à l’hôtel
Puis vient l’heure de retrouver votre hôtel.
– Le Mandarin Oriental Lutetia (45 boulevard Raspail) :

Si le 6e ne compte qu’un seul palace, le Lutetia, c’est aussi certainement l’arrondissement qui compte le plus d’hôtels de charme.
– Si vous disposez d’un budget conséquent, c’est donc le Mandarin Oriental Lutetia que je vous recommande, sans hésiter. Le service y relève de la perfection depuis que l’hôtel a rejoint le groupe Mandarin Oriental. L’amabilité y est exemplaire. L’endroit possède une âme, une Histoire, et une multitude d’atouts, à commencer par sa situation centrale et son décor Art déco ensorcelant mais aussi son bar, sa brasserie, son sublime spa.

12 juillet 2018, le mythique établissement germanopratin Le Lutetia, ainsi nommé en hommage aux origines romaines de la capitale (dont il adopta même la devise « Fluctuat nec mergitur » qui signifie « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas »), ouvrait ses portes après quatre années de travaux pharaoniques. Il fallait bien ça pour ce symbole de la rive gauche, son seul palace, quintessence de l’âme germanopratine. Dans le passionnant livre de Pierre Assouline qui lui est consacré, nous y croisons Matisse, Joyce et son secrétaire Samuel Beckett ou encore André Gide ou Albert Cohen qui y écrivit le sublime Belle du Seigneur, son chef-d’œuvre. Charles et Yvonne de Gaulle y passèrent leur nuit de noces le 7 avril 1921. Les célébrités y ont aussi souvent élu domicile, de Joséphine Baker à, bien plus tard, Serge Gainsbourg, Isabelle Huppert, David Lynch, Catherine Deneuve, …
J’ai d’ailleurs eu le plaisir de visiter récemment pour vous la suite Isabelle Huppert, un véritable cocon, une loge d’artiste luxueuse où l’actrice a laissé son empreinte.



L’hôtel servit de décor à des films comme Le parfum d’Yvonne de Patrice Leconte. Par ailleurs, la série The White Lotus, saison 4, y a actuellement posé ses caméras.
C’est à ces histoires qui ont souvent constitué et croisé la grande que je pense toujours en allant au Lutetia, celui d’hier et celui d’aujourd’hui. Mais aussi à la grande Histoire dont il fut le témoin et le décor.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Lutetia fut en effet réquisitionné par les services allemands, avant de devenir, à la Libération, un centre d’accueil où furent reçus les déportés et prisonniers de retour des camps. L’hôtel fut notamment utilisé par l’Abwehr, le service de renseignement militaire allemand avant de devenir un centre de rapatriement pour les survivants des camps. Les sources mémorielles consacrées au Lutetia estiment qu’environ 18 000 à 20 000 déportés y sont passés en 1945.

L’emplacement est idéal, entre le Bon Marché et sa Grande Épicerie. Situé au 45 Boulevard Raspail. L’hôtel a été initié par le directoire du Bon Marché en 1907 et inauguré en 1910. Pour les héritiers de la Famille Boucicaut, fondatrice du Bon Marché, c’était alors l’idéal pour accommoder clients et fournisseurs. Les rénovations ont eu lieu sous la direction de l’architecte Jean-Michel Wilmotte.

Ainsi, ce qui marque le visiteur dès l’entrée, c’est la lumière qui inonde les espaces, l’impression de grandeur, de majesté, la magnifique mosaïque du hall et son imposant lustre mais aussi la sculpture de Gustave Eiffel réalisée par César qui prend place dans la conciergerie.

On retrouve bien sûr l’influence Art déco dont l’établissement fut précurseur. Ainsi, dans la galerie, murs, sols, moulures et ferronneries Art déco ont été restaurés à l’identique parfois même sortis de l’oubli grâce à une photo d’archive ou un écrit du passé… Un important travail sur la lumière a été opéré, avec des éclairages tamisés pour souligner de manière subtile le détail d’une frise ou d’un ornement.

Les 233 chambres que l’hôtel comptait lors de sa fermeture en 2014 ont laissé place à 184 élégantes chambres et suites réparties sur 7 étages. Parmi elles, sept suites signature dont deux s’ouvrant sur de superbes terrasses panoramiques. De grands noms apporteront leur créativité unique aux autres suites « signature ».

Faire entrer la lumière a été le maître mot de la rénovation de l’hôtel avec notamment la création d’un patio, la mise en lumière de la verrière historique du Saint Germain (là aussi suite à des travaux pharaoniques, mais cela valait la peine tant l’endroit est lumineux et donne envie d’y rester à écrire, se restaurer, discuter, rêvasser…) ainsi que la révélation du somptueux bar Joséphine dans lequel se marient astucieusement la fresque historique du Bar (pour laquelle 17 000 heures de travail ont été nécessaires à sa restauration, les artisans de l’Atelier de Ricou ont ainsi remis en lumière la magnifique fresque d’Adrien Karbowsky, découverte sous six couches de peinture, une fresque qui rend hommage au jardin de l’Abbaye-aux-Bois, sur lequel fut construit le Lutetia) et la vision contemporaine de l’architecte Jean-Michel Wilmotte.

Vous pouvez également profiter du Salon Saint Germain et de sa splendide bibliothèque, sous sa verrière historique rehaussée d’une œuvre contemporaine et colorée de l’artiste Fabrice Hyber qui vous invite à un voyage onirique.

Le Spa du Mandarin Oriental Lutetia constitue l’une des expériences bien-être les plus spectaculaires du quartier. Le spa s’étend sur 700 m² et conserve l’un de ses atouts les plus rares sur la rive gauche : une piscine intérieure de 17 mètres baignée de lumière naturelle. Sauna, hammam, bassin d’hydrothérapie, salle de fitness de plus de 100 m² et espaces de soins complètent cette parenthèse de luxe sous les rues de Saint-Germain-des-Prés.
L’espace est accessible aux visiteurs extérieurs dans le cadre de soins et d’expériences bien-être. Les conditions et tarifs d’accès évoluant selon les offres du moment, je vous conseille de vous renseigner directement auprès de l’hôtel avant votre visite.
Ce que j’aime particulièrement ici, c’est ce contraste presque irréel : quelques mètres au-dessus, le boulevard Raspail, les voitures, les terrasses, le tumulte parisien ; sous terre, une piscine de 17 mètres, de la lumière et un silence presque absolu.
L’accueil irréprochable. La luminosité incandescente et reposante des lieux. La part belle faite à l’art. Sa piscine unique pour un hôtel sur la rive gauche. Ses suites majestueuses. Sa discrète et chaleureuse bibliothèque. Son spectaculaire bar Joséphine. Son somptueux salon Saint-Germain et son patio hors de l’agitation parisienne et en son cœur. Son respect de l’Histoire (sublimes, les fresques et mosaïques restaurées et/ou reconstituées) tout en s’inscrivant dans la modernité, ce qui l’apparente lui-même à une véritable œuvre d’art. Sa large offre gastronomique. Autant de raisons de choisir l’unique palace de la rive gauche.
– L’Hôtel (13 rue des Beaux-Arts)

Passer les portes de cet hôtel situé rue des Beaux-Arts, tout près de l’école éponyme, c’est quitter le Paris contemporain pour plonger dans une scénographie signée Jacques Garcia en 2000, à la théâtralité assumée. On imagine aisément Oscar Wilde y murmurer ses derniers bons mots, ou un couple s’y retrouver à l’abri des regards. L’escalier en colimaçon est un vertige, une spirale hitchcockienne qui mène à des chambres pensées comme des boudoirs. Tissus lourds, pénombre calculée, dorures patinées… Chaque chambre est une alcôve. Un hôtel secret où chaque chambre semble attendre un écrivain insomniaque, guidé par l’âme d’Oscar Wilde, dans une mise en scène théâtrale. La décoration, respectueuse de l’Histoire des lieux, en souligne la particularité.

L’Hôtel est aujourd’hui la propriété de « A Curious Group of Hôtels » (depuis 2009), une société britannique qui regroupe une collection de boutique-hôtels (Cowley Manor en Angleterre, l’hôtel Canal House à Amsterdam…).

Adresse presque confidentielle, L’Hôtel fait partie de ces lieux où les personnalités du monde de l’art et du spectacle aiment séjourner en toute discrétion au cœur de la vie germanopratine. Parmi elles : les Stones, Jim Morrison, Ava Gardner, Grace de Monaco, Salvador Dali et, plus récemment, Daniel Craig. Serge Gainsbourg y vécut un an avec Jane Birkin…et y composa même le sublime album Histoire de Melody Nelson. Dès sa construction, le bâtiment fut entouré de légendes puisqu’il fut édifié pour abriter les amours secrètes de la Reine Margot. Les premières pierres de l’édifice actuel furent posées en 1824, sous la Restauration. En 1963, un industriel du textile, Edmond Dreyfus racheta l’immeuble. Et l’hôtel devint alors…L’Hôtel. Un imposant miroir baroque domine le vertigineux escalier et l’époustouflante cage d’escalier, véritable puits de lumière, qui mènent aux chambres Toutes les chambres sont décorées différemment (avec un vrai souci du détail, des meubles chinés d’où une disparité visuelle parfois mais qui contribue au charme et à l’authenticité du lieu) et vous inviteront au voyage, à l’évasion, dans un luxe discret, exhalant un parfum de romanesque, de théâtre, d’Histoire qui plaira aux doux rêveurs dont je suis. Marco Polo, Viollet-Le-Duc, Mistinguett, Pierre Loti… : tels sont les noms prestigieux et évocateurs des chambres dont la décoration reflète la personnalité de ceux qui l’ont inspirée.

Évidemment, aux amoureux de littérature, je recommande la chambre Oscar Wilde. Ce dernier termina ses jours à L’Hôtel, son point de chute après ses années d’emprisonnement en Angleterre. Vous y trouverez notamment une lettre du directeur de l’hôtel de l’époque lui demandant de régler sa note et ses frais de toilettes. « Je meurs au-dessus de mes moyens » écrivit-il. Malade et abandonné de tous, Wilde ne quittait plus son lit et ses droits d’auteur ne suffisaient plus à payer ses dettes. La chambre la n°16 possède une terrasse (qui n’existait pas à l’origine). Au mur, se trouve une fresque en émail émeraude représentant des paons qui est la réplique de celle qui figurait dans la salle à manger de l’auteur à Londres. L’atmosphère de cette chambre oscille entre ensorcèlement et étrangeté et y plane l’ombre de l’auteur du Portrait de Dorian Gray. Les salles de bains sont pour la plupart pourvues de baignoires à l’ancienne nichées dans une alcôve.

Attention : en raison de son succès et de son petit nombre de chambres, l’hôtel est souvent complet. Réservez longtemps à l’avance si vous souhaitez absolument y séjourner. Le restaurant qui se prolonge par un mini jardin est propice à la dégustation et aux conversations secrètes. Le bar est un lieu propice à la conversation, la discrétion, lieu intemporel et confortable avec ses murs habillés de soie mauve et ses tableaux originaux. Vous pourrez ainsi y déguster les cocktails signature ou encore une tisane pour le moins détonante et étonnante qui associe la verveine-menthe au gin, le tout servi dans une tasse. Rares sont les hôtels du quartier, et même de la Rive gauche, à posséder une piscine. Celle de L’Hôtel fait cinq mètres sur trois et permet de se relaxer ou nager à contre-courant dans le décor presque mystique des caves voûtées du XVIIIe siècle. Le lieu est privatisé pour les résidents de l’Hôtel qui ont également accès à un hammam et à une gamme complète de massages.

La visite, il y a quelques années, par son directeur passionné des lieux et de son Histoire, avait été un enchantement et m’avait transportée dans ce lieu hors du temps, à la fois moderne et intemporel, au cœur de Paris et loin des vicissitudes de la capitale. En plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, il en possède l’âme, la singularité ineffable, et exhale le parfum de mystère de ce quartier que j’aime tant. Ce lieu est indéniablement unique et à part et plaira à une clientèle en quête de luxe discret, d’authenticité, d’originalité, amoureuse d’art et d’Histoire, pas en quête d’exubérance et de gigantisme mais d’intimité. Le lieu, mythique, possède un charme envoûtant, presque mystique et est à mon sens le lieu idéal pour un couple qui désirerait séjourner dans Saint-Germain-des-Prés, et en ressentir l’atmosphère si particulière et délicieusement envoûtante. Le seul bémol (mais qui est simplement lié à la configuration intrinsèque du lieu) concerne l’exiguïté de certains espaces (claustrophobes s’abstenir), ce qui contribue d’ailleurs à sa singularité.

« J’adore les plaisirs tout simples ; ils constituent le dernier refuge des êtres complexes ». Oscar Wilde
– Le Relais Christine (3 rue Christine)

Le refuge secret : un hôtel caché derrière une cour pavée, parfait pour ceux qui rêvent d’un Paris confidentiel et feutré. Laura Gonzalez qui a insufflé le renouveau de la maison tout en conservant son esprit hors du temps. L’hôtel possède notamment un spa Guerlain. Un hôtel labellisé Clé verte. L’Hôtel Relais Christine est un hôtel de luxe 5 étoiles intime qui se compose de 48 chambres et suites. Membre de la prestigieuse collection Relais & Châteaux, l’établissement propose un spa Guerlain aménagé sous des voûtes du XIIIe siècle et un cadre paisible entre cour et jardin. Caché derrière une cour pavée et un jardin privé, cet hôtel donne l’impression d’avoir découvert une maison particulière plutôt qu’un hôtel. Son spa voûté et son décor prolongent cette sensation de refuge hors du temps.
– le Pavillon Faubourg Saint-Germain (5 rue du Pré-aux-Clercs)

Cet hôtel appartient au groupe Chevalier, une famille déjà propriétaire du Pavillon de la Reine (situé Place des Vosges) mais aussi du Pavillon des Lettres (Quartier Faubourg Saint-Honoré) et de l’Hôtel du Petit Moulin (dans le Marais). Situé dans le 7e arrondissement de Paris, dans la si calme et coquette rue du Pré-aux-clercs, à l’angle de la rue de l’Université, entre le Boulevard Saint-Germain et la Seine, cet hôtel respire l’âme chic, chaleureuse et discrète de Saint-Germain-des-Prés. Entre son salon bibliothèque composé uniquement de livres de la collection blanche de Gallimard, son spa, son restaurant Les Parisiens et son bar James Joyce, vous éprouverez immédiatement une sensation de délicieux ailleurs.

C’est l’architecte Vincent Bastie qui a été en charge du projet avec, à ses côtés, l’architecte d’intérieur Didier Benderli qui avait déjà œuvré pour Le Pavillon de la Reine et pour Le Pavillon des Lettres. Le haut plafond du lobby que prolonge le salon aussi cosy que lumineux vous donnera immédiatement une impression de bien-être. Mélange astucieux de classique et de moderne, l’hôtel&nb sp;se compose de 47 chambres et suites lumineuses et chaleureuses de 20 m² minimum. Avec vue sur les façades et les toits du quartier qui, là aussi, donnent envie de crier « À nous deux » tel Rastignac. Dans les chambres, la décoration a été soigneusement pensée et les tissus ont été sélectionnés parmi les grandes maisons telles que Nobilis, Dedar ou Edmond Petit, afin de procurer à chacune des chambres de catégorie « Classique » une atmosphère personnalisée. C’est dans une chambre qui appartient aujourd’hui au Pavillon Faubourg Saint-Germain que l’écrivain irlandais James Joyce acheva sa « cathédrale de prose », Ulysse. Pour lui rendre hommage, l’hôtel lui attribue sa suite Signature sous les toits, d’une superficie de 70 m². Une suite qui transpose dans une réalité luxueuse l’imaginaire bohème : avec ses poutres apparentes, ses parties mansardées et sa vue dégagée sur les toits de Paris.

C’est par ailleurs en hommage à son ouvrage Dubliners que le restaurant est baptisé Les Parisiens dirigé par le Chef Thibault Sombardier, figure de la haute-bistronomie parisienne, accompagné de Matthieu Pirola. Une néo-brasserie qui porte une attention toute particulière aux produits et aux saisons et qui, en quelques mois, est déjà devenue une adresse incontournable du quartier. Pour cette nouvelle néo-brasserie, le chef défend ici les valeurs de la haute-bistronomie qui lui sont chères, dans des recettes qu’il veut accessibles, lisibles, simples d’apparence et précises dans le « travail de fond ».

Enfin, vous pourrez profiter du Spa des Prés by Codage. Au XXe siècle, les caves voûtées du Pavillon Faubourg Saint-Germain abritaient le Quod Libet, un cabaret mythique où Léo Ferré entre autres, débuta sa carrière. Les marches qui mènent dans cet ancien temple de la chanson sont aujourd’hui classées Monument Historique. Le Spa intègre ainsi : un bassin profond avec jets d’eau, une salle de fitness, une salle de méditation et yoga, deux cabines de massage et un hammam. Le Spa des Près est ouvert tous les jours de 7h30 à 21h00.Bref, un véritable havre de paix et de bien-être germanopratin, lieu idéal pour les touristes qui souhaiteront visiter Paris en séjournant dans un quartier mythique mais aussi idéal pour les Parisiens qui voudront déjeuner ou dîner ou boire un verre à l’abri du tumulte dans une atmosphère hors du temps…surtout qu’y sont aussi organisées des soirées live jazz auxquelles le caractère intime et historique des lieux se prête tout particulièrement, l’occasion de découvrir la nouvelle carte de cocktails Signatures imaginés par le chef barman Clément Lepage.
Cet hôtel possède indéniablement une âme, littéraire et réconfortante.
– L’Hôtel Dame des Arts (4 rue Danton)

C’est un de mes lieux de prédilection, autant pour prendre un chocolat chaud au bar l’hiver que pour profiter de son spectaculaire Roof top l’été. Cet hôtel incarne le Paris d’aujourd’hui avec des chambres baignées de lumière, avec une esthétique contemporaine. L’hôtel compte 109 chambres et suites, certaines avec terrasses, et a été conçu par Raphaël Navot. Il possède aujourd’hui le restaurant Pimpan du chef Clément Courtemanche, un jardin intérieur, un sauna, une salle de fitness et le fameux rooftop. Bois, matières naturelles, œuvres d’art, chambres avec terrasse et, surtout, un rooftop qui transforme Paris en décor panoramique. Et le plus : une entrée très discrète qui vous donne la sensation d’entrer dans un lieu confidentiel, réservé aux initiés.
– L’hôtel Esprit Saint Germain (22 rue Saint-Sulpice)

L’adresse des habitués et des adeptes de la discrétion : on s’y sent moins client qu’invité dans une maison d’amis très cultivés. Comme le souligne l’établissement sur son site internet « L’hôtel Esprit Saint Germain, avec ses 28 chambres et suites et son appartement, a été imaginé à la manière d’une maison particulière. Dans cet hôtel 5* totalement rénové en 2021, la discrétion est de mise. Rien d’ostentatoire mais un esprit : délicat mélange d’élégance, de confort et de raffinement. » On n’y séjourne pas comme dans un hôtel mais comme chez un ami très élégant : bibliothèque, cheminée, boissons offertes, accueil chaleureux… la version la plus intime et la plus « maison d’écrivain » de Saint-Germain.
– L’Hôtel Bel Ami (7 – 11 rue Saint Benoît)

Le chic sans ostentation là aussi. Le compromis idéal entre luxe discret, emplacement parfait et confort moderne : à deux pas du Flore et des Deux Magots, c’est l’hôtel de ceux qui veulent tout faire à pied sans renoncer au calme. Au 7 rue Saint-Benoît, dans un bâtiment du XIXᵉ siècle qui abritait en 1885 l’imprimerie du roman Bel-Ami de Guy de Maupassant, l’Hôtel Bel Ami incarne avec élégance et modernité l’âme vibrante du 6ᵉ arrondissement, une adresse idéale pour un séjour sur la rive gauche de Paris. Une adresse pour vivre Paris et Saint-Germain-des-Prés au plus près de son histoire et de son effervescence culturelle. Propice au confort et à la détente, cet hôtel 5 étoiles compte 102 chambres, suites et appartements aux prestations luxueuses, véritables refuges élégants pour se ressourcer après une journée dans la capitale.
L’Hôtel d’Aubusson (33 rue Dauphine)

Depuis le 1er Novembre 2025, l’hôtel de la rue Dauphine a fermé ses portes pour une période de transformation, avant une réouverture prévue à la fin de l’été 2026. 44 chambres rénovées, entre l’île de la Cité et le jardin du Luxembourg. 400 m2 dédiés au bien-être. L’une des piscines les plus longues de Paris de 20 mètres.
Une renaissance que je suivrai évidemment de près.
L’Hôtel Montalembert (3 rue Montalembert)

Un hôtel particulier du XVIIe siècle où l’on vient autant pour dormir que pour écouter un concert dans l’un des plus beaux bars à jazz de la rive gauche, sous des voûtes qui semblent résonner des nuits parisiennes. L’Hôtel Montalembert, premier hôtel 5 étoiles boutique de la rive gauche, cultive depuis longtemps une élégance discrète et très germanopratine. Avec seulement 50 chambres et un espace bien-être Calma Paris, il privilégie l’intimité et le service personnalisé plutôt que le gigantisme.
– La Villa des prés (29 rue de Buci)

Le plus récent des refuges germanopratins : Villa-des-Prés mêle design, art et esprit résidentiel dans une adresse de la rue de Buci. Son patio, ses œuvres d’art, ses terrasses privées et son espace bien-être avec piscine intérieure en font une maison contemporaine où l’on a immédiatement envie de poser ses valises.

Un havre d’élégance et de tranquillité, imaginé par l’architecte d’intérieur Bruno Borrione. Des œuvres d’art originales s’invitent dans les espaces communs comme les chambres, dans l’esprit d’une collection privée. Le petit patio végétalisé constitue un lieu intime où profiter de chaque moment de la journée tandis que les terrasses ou balcons privatifs de certaines des 34 chambres et suites permettent de saisir l’air germanopratin. De la piscine intérieure au mobilier sur-mesure, chaque détail concorde à créer un cadre raffiné et confortable où vous détendre et goûter à l’esprit de Saint-Germain-des-Prés. Poussez la porte de cette maison d’exception ! Dans l’espace bien-être comme partout à Villa-des-Prés, raffinement et élégance sont de mise. Offrez-vous une parenthèse de douceur dans la piscine intérieure, avec un large sauna en demi-lune. L’ensemble offre un lumineux mariage de pierre et de bois, illuminé par de vastes miroirs. Le plus récent des hôtels de luxe de Saint-Germain : lignes contemporaines, piscine intérieure et emplacement idéal rue de Buci pour ceux qui veulent conjuguer bien-être, gastronomie et vie de quartier.
– L’Hôtel Madison (143 boulevard Saint-Germain)

Le Madison, nouvelle scène de Saint-Germain : né en 1925, face aux Deux Magots et au Café de Flore, l’hôtel vient d’entrer dans un nouveau chapitre après une rénovation de ses espaces communs signée Friedmann & Versace. Nouveau lobby, bar Jay, verrière et espace dédié à la photographie contemporaine : le Madison cherche désormais moins à être un hôtel qu’une maison ouverte sur le quartier. Une évolution particulièrement intéressante pour ceux qui aiment les adresses où l’hôtel et la vie parisienne se confondent.
Né en 1925, le Madison veille depuis un siècle sur Saint-Germain-des-Prés, face aux Deux Magots et au Café de Flore. Hôtel historique et ancré dans son quartier, il partage l’élégance vivante de la Rive Gauche. Pousser sa porte, c’est entrer dans une maison parisienne singulière : un salon à la lumière tamisée, une bibliothèque d’art, une cuisine généreuse. Autour, galeries, artisans et cafés prolongent naturellement l’expérience. Le Madison unit héritage et modernité avec justesse. Des chambres pensées comme des refuges : lumières douces, voilages légers, matières chaleureuses et touches Art Déco qui murmurent l’élégance des années folles. Sous les lumières dorées du bar, les soirées prennent un autre tempo. Cocktails inspirés, bougies scintillantes, rires feutrés : un salon vibrant où l’on savoure autant l’instant que la conversation. L’esprit Gatsby, revisité avec douceur. Au Jay, la carte du Madison (très abordable) propose des assiettes à partager, élégantes et de saison. Des produits soigneusement sélectionnés, des associations inspirées et une cuisine pensée pour la convivialité, à savourer autour d’un verre au bar, sous la verrière, ou dans l’intimité de votre chambre. Le meilleur point de vue sur l’âme de Saint-Germain : face à l’église Saint-Germain, au cœur même de la légende.
– Hôtel La Folie des prés (50 rue du Four)

Le charme des petites adresses : un hôtel à taille humaine, parfait pour ceux qui préfèrent les coulisses aux projecteurs. Plus petit, plus abordable et plein de personnalité : une adresse confidentielle pour ceux qui préfèrent les hôtels à taille humaine aux grandes machines du luxe.
– Hôtel La Louisiane (60 rue de Seine)

Et puis il y a La Louisiane. Ici, on ne vient pas chercher le luxe spectaculaire d’un palace. On vient chercher quelque chose de beaucoup plus rare : l’Histoire.
L’hôtel appartient toujours à la famille Blanchot, qui l’a racheté au début du XXe siècle et dont plusieurs générations ont entretenu cette tradition d’accueil des artistes.
C’est ici que Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s’installèrent en 1943. Albert Camus, Boris Vian, Juliette Gréco, Miles Davis, puis Albert Cossery et tant d’autres figures de la littérature, de la musique et des arts fréquentèrent ou habitèrent les lieux. Albert Cossery y vécut notamment pendant 57 ans. L’hôtel reste aujourd’hui l’antre des auteurs du quartier.
La chambre 10, celle de Simone de Beauvoir, est devenue mythique. Les murs portent encore quelque chose de cette époque où l’on pouvait écrire, refaire le monde, tomber amoureux, se disputer et inventer une philosophie dans quelques rues autour du Flore.
Ce qui me plaît surtout, c’est que La Louisiane n’a pas transformé cette histoire en musée. Le lieu continue d’accueillir des rencontres littéraires, des lectures et des événements artistiques. L’histoire n’y est donc pas figée derrière une vitrine : elle continue de s’écrire.
C’est probablement l’une des adresses où je dormirais le plus volontiers si je voulais, le temps d’une nuit, avoir l’illusion d’entrer dans un roman. D’ailleurs plusieurs ont été écrits à son sujet, dont un signé de la compagne du propriétaire des lieux, Charlotte Saliou (Le Refuge des étoiles). Julie Duchatel vient également de sortir un roman intitulé Hôtel Louisiane, qui raconte l’histoire de l’hôtel.
Hôtel très abordable avec un emplacement de rêve au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Si vous cherchez le luxe, choisissez un autre établissement. Mais si vous voulez vous immerger dans l’ambiance germanopratine et en ressentir l’âme, c’est là qu’il vous faut aller.
Je vous recommande le tout nouveau site internet de l’hôtel sur lequel vous pourrez découvrir la merveilleuse histoire de l’établissement : Hôtel La Louisiane | Hôtel historique à Saint-Germain-des-Prés, Paris.
– Hôtel des Saints-Pères (65 rue de Saints-Pères)

Moins spectaculaire mais très rive gauche, avec un joli jardin intérieur. Une adresse discrète où le jardin intérieur offre une respiration inattendue au cœur du tumulte germanopratin.
– Hôtel Récamier (3 bis place Saint-Sulpice)

Le plus discret de la place Saint-Sulpice : l’Hôtel Récamier, avec ses seulement 24 chambres toutes différentes, cultive une élégance de maison particulière. Les chambres Club, notamment, offrent une double exposition sur la place et la cour : un luxe rare, celui de pouvoir regarder Saint-Germain vivre tout en conservant le calme d’une adresse confidentielle.
– Hôtel de Buci (22 rue de Buci)

Le plus XVIIIe : l’Hôtel de Buci cultive un Saint-Germain de boudoir, chaleureux et intimiste, avec ses 24 chambres et suites et son décor inspiré de l’élégance du siècle des Lumières. Rénové en 2024 et désormais labellisé Green Key, il offre surtout un emplacement rêvé, au cœur de la rue de Buci et de son effervescence.
– Hôtel Baume (7 rue Casimir Delavigne)

Cet hôtel ne ressemble à aucun autre et respecte parfaitement l’atmosphère artistique, le luxe discret et l’Histoire du quartier. Un lieu qui possède une âme et ne cherche pas à ressembler aux établissements standardisés et impersonnels qui fleurissent dans Paris. Ce chaleureux hôtel 4 étoiles de 35 chambres allie savamment confort et élégance dans une ambiance 1930 revisitée.

L’hôtel est aussi une invitation au voyage imaginaire. Ainsi, au travers de l’histoire de 6 personnages (qui s’exposent à l’entrée de chaque étage) et à travers 6 thématiques de décoration vous pourrez vous évader tout en restant dans l’établissement qui tient son nom de Vicki Baum, romancière autrichienne contemporaine de la période Art Déco qui partit tenter sa chance à Hollywood où elle devint une scénariste célèbre. Les histoires de ses romans sont ainsi construites de la même façon que celles de cet hôtel : des groupes d’individus qui se croisent et traversent les époques. Le lieu se singularise également par sa signature olfactive. Le parfum, secteur phare des années 30 est ainsi également à l’honneur dans les couloirs de l’hôtel qui exhalent un parfum ensorcelant. Le parfum est ainsi un des 6 thèmes à l’honneur, les autres étant : la mode, la joaillerie, le cinéma, l’architecture, le club. Ces 6 thématiques se retrouvent à tous les étages et dans toutes les catégories de chambres. Ma préférence va aux chambres cinéma mais aussi aux chambres club dans lesquelles des photos et certains détails du mobilier évoquent les années festives des clubs de Shanghai… Vous y croiserez aussi des figures emblématiques du cinéma de Wong Kar Wai… Des chambres au charme envoûtant, véritables cocons au cœur de la capitale.

Vous pourrez également profiter du lobby dans lequel vous retrouverez les habillages en macassar qui rappellent le Club et les luminaires à l’esprit bijou qui évoquent le thème de la Joaillerie. Les plus : l’élégance discrète et originale des chambres, a fortiori les chambres cinéma et club, la décoration singulière (bijoux exposés dans les tables vitrines des chambres Joaillerie, créations d’Anna Rivka, les gravures qui sont des originaux pour la collection 1932 de la Maison Pernet par Mme Jeannest, splendides miroirs surplombant les lits…) un lieu qui sied parfaitement au quartier et à son charme ensorcelant. Et pour ceux qui veulent se faire plaisir en s’offrant une véritable bulle de bien-être en plein cœur de Paris, je recommande la chambre l’Unique qui bénéficie d’une somptueuse terrasse de 20 m² vous procurant une douce sensation d’ailleurs et de quiétude.
Générique de fin
Les lumières s’éteignent doucement sur Saint-Germain-des-Prés. Les derniers verres tintent derrière les vitres des hôtels, les libraires ferment leurs portes, les silhouettes disparaissent dans les rues pavées. Demain, d’autres voyageurs écriront leur propre scénario. Quant à moi, je continuerai à savourer le bonheur de flâner dans ce quartier, persuadée qu’il existe peu d’endroits où le cinéma, la littérature et le luxe dialoguent avec une telle évidence. Saint-Germain n’est pas seulement un quartier. C’est un décor qui attend ses personnages. Peut-être serez-vous le prochain.
Où dormir à Saint-Germain-des-Prés ? Ma sélection d’hôtels en un tableau :
| Hôtel | Pour qui ? | Mon qualificatif |
| Lutetia | Luxe absolu | La grande évasion |
| L’Hôtel | Couples, littérature | Le film noir |
| Relais Christine | Romantisme | Le refuge secret |
| Pavillon Faubourg | Littérature | L’hôtel de l’écrivain |
| Dame des Arts | Design | Le Paris contemporain |
| Esprit Saint-Germain | Intimité | La maison d’amis |
| Bel Ami | Emplacement | Le parfait germanopratin |
| Villa-des-Prés | Design + bien-être | Le nouveau venu |
| Madison | Actualité + culture | La renaissance |
| Montalembert | Luxe discret | La rive gauche chic |
| Hôtel Récamier | Confidentialité | La maison Saint-Sulpice |
| Hôtel de Buci | Romantisme | Le boudoir |
| Baume | Cinéma / Art déco | Les années 1930 |
| La Louisiane | Littérature | La légende |
| Grands Voyageurs | Cinéma / voyage | Le transatlantique |
Vous êtes hôtelier, attaché de presse ou professionnel du tourisme ?
Vous souhaitez faire découvrir votre établissement à une communauté de voyageurs sensibles au cinéma, à la littérature, à l’art de vivre et aux belles adresses ?
Romancière, journaliste et critique de cinéma (cf aussi mon site http://inthemoodforcinema.com), je partage depuis de nombreuses années mes adresses et mes expériences sur Inthemoodforhotelsdeluxe.com, avec un regard qui privilégie autant l’histoire et l’atmosphère d’un lieu que ses prestations.
Pour une invitation, une visite, un reportage ou une collaboration éditoriale :
Retrouvez également mes escapades, mes hôtels et mes adresses préférées sur Instagram : @inthemoodforhotels. Retrouvez aussi de nombreux clichés de Saint-Germain-des-Prés sur mon compte Instagram de romancière et critique de cinéma @Sandra_Meziere (compte dont sont extraites presque toutes les photos illustrant cet article).
Cet article pourra aussi être complété avec des adresses que j’aurais oubliées ou de nouvelles bonnes adresses germanopratines que je découvrirais. Alors, n’hésitez pas aussi à me contacter si vous souhaitez me faire découvrir votre adresse à Saint-Germain-des-Prés.

(Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des annonces. Dernière mise à jour : le 21/08/2026).
« Le cinéma est une question de ce qui est dans le cadre et de ce qui en sort. » Martin Scorsese
Il y a des festivals dont on repart avec une liste de films en tête. Et puis il y a Deauville, dont on revient avec des images, des musiques, des visages, la beauté incendiaire de la plage et des dialogues qui continuent longtemps à résonner en nous. Chaque année, en septembre, cette parenthèse hors du temps me rappelle que le cinéma n'est jamais seulement un divertissement : il représente aussi un moyen de questionner le monde, de le rêver et parfois même de tenter de le réparer. Chaque année, depuis une vingtaine d'années, j'ai le plaisir de couvrir ce festival qui a changé le cours de mon existence et auquel je n'ai cessé d'être fidèle. Cette année encore, je serai au rendez-vous, dans la splendide salle du CID pour assister au festival, dès l'ouverture.
(Pour en savoir plus sur mon lien particulier avec Deauville, retrouvez mes posts à ce sujet sur Instagram, ici, et sur Linkedin, là).
C'est aussi ce qui rend ce festival si singulier à mes yeux. Depuis toutes ces années, Deauville me donne l'impression de parcourir les États-Unis sans traverser l'Atlantique, d'en appréhender les mille visages et les contradictions. Hollywood et Sundance à la fois, le festival fait dialoguer les mythes et leur envers, les blockbusters et le cinéma indépendant, le rêve américain et ses désillusions. Année après année, les films y composent un instantané de l'Amérique contemporaine, de ses ombres et de ses lumières, de ses blessures et de ses espoirs. Et peut-être est-ce aussi pour cela que j'y reviens toujours : parce que le cinéma y permet à la fois de regarder le monde en face, de braquer la lumière sur ses ombres et, pendant quelques heures, de s'en évader.
Chaque soir, l'an passé, avant la projection officielle, s'affichait cette phrase de Jack London : « The proper function of a man is to live, not to exist. » C'est peut-être cela, avant tout, un festival de cinéma : cette impression de vivre plus intensément. Impression fallacieuse, peut-être, mais si douce. Vivre au rythme de vingt-quatre images par seconde.
L'édition 2025 fut de celles qui laissent une empreinte durable. Je repense à la danse aérienne de Marie-Agnès Gillot lors de la cérémonie d'ouverture, sur la musique de The Hours de Philip Glass. Aux mots lumineux de Golshifteh Farahani, appelant à la résistance et à l'espérance. Aux découvertes marquantes de la compétition, aux hommages à Paul Newman, Kim Novak et Alice Guy, aux premiers films de Scarlett Johansson et Kristen Stewart, aux œuvres qui interrogeaient les faux-semblants, les blessures invisibles, la mémoire, le deuil et la capacité du cinéma à nous aider, selon les mots de Kristen Stewart, « à nous comprendre nous-mêmes ».
Le Maire de Deauville avait déclaré lors de la cérémonie d'ouverture : « Nous célébrons non seulement les œuvres d'aujourd'hui mais aussi les rêves de demain. » Cette phrase résume sans doute mieux que toute autre ce qui distingue ce festival : sa capacité à faire dialoguer le patrimoine du cinéma américain avec ceux qui en écriront l'avenir.
Avant de nous tourner vers cette 52e édition, un dernier regard vers la précédente : vous pouvez retrouver mon bilan complet du 51e Festival dans le magazine Le 21e, désormais disponible (ainsi que tous mes articles consacrés au festival ici et sur In the Mood for Deauville). Il est désormais temps de regarder vers 2026, et vers une édition qui s'annonce particulièrement exceptionnelle.
Au programme : avant-premières de films très attendus (notamment The Bunker de Florian Zeller, Her private hell de Nicolas Winding Refn, Diamond d'Andy Garcia, The man I love de Ira Sachs...), de prestigieux hommages (Susan Sarandon, Ethan Hawke, Faye Dunaway...), des documentaires toujours particulièrement instructifs sur l'état de l'Amérique, la remise de la distinction numérique de l'INA au président du jury Roschdy Zem et des rencontres d'exception (notamment avec Catherine Deneuve, dans le splendide cadre du musée des Franciscaines dont je vous recommande vivement la visite). Le programme des projections sera disponible le mardi 25 août. En ouverture, en première française, en présence de l'équipe du film sera projeté le film Les Contrebandiers de Padraic McKinley. La projection sera précédée d'un moment musical qui promet d'être riche en émotions. En effet, le compositeur et pianiste Sofiane Pamart offrira un moment musical au public du Festival de Deauville, le vendredi 4 septembre, à 19h. En clôture sera projeté le film Pressure, en présence de Brendan Fraser et du réalisateur Anthony Maras. Comme chaque année, la compétition mettra l'accent sur les ombres et les espoirs de l'Amérique, et constituera un des temps forts du festival. Le jury sera présidé par Roschdy Zem et le jury de la Révélation par Lio. Parmi les autres rendez-vous à ne pas manquer : 15 projections de films mettant l'accent sur les 250 ans des États-Unis, présentés par des personnalités du septième art.
Les dates de cette 52e édition : du 4 au 13 septembre 2026. Dix jours pendant lesquels, comme chaque année, les journées sembleront compter bien plus de vingt-quatre heures, rythmées par les projections, les rencontres, les discussions autour du cinéma et quelques échappées sur les Planches.
L'affiche : celle-ci rend hommage à la statue de la liberté, offerte par les Français aux Américains.
Extrait du communiqué de presse du festival à ce sujet :
"Elle fête en effet cette année ses 140 ans, au moment même où nous célébrons, de part et d’autre de l’Atlantique, les 250 ans de l’indépendance des Etats-Unis. Ce visage de fer et de légende, sorti des ateliers Gustave Eiffel, symbole de l’hospitalité, de la générosité et de la foi en l’avenir, fait écho à ce rôle de vigie et cette puissance visionnaire qu’ont toujours représenté les artistes américains et la ville de New York. A travers le choix du très gros plan, c’est une syntaxe cinématographique que nous convoquons pour provoquer, interroger, émouvoir, comme seul sait le faire le 7e art et continuer de porter l’espérance de la lumière, dans le monde, comme dans les salles obscures. En cette date anniversaire, le Festival de Deauville scelle une amitié indéfectible sur le terreau artistique et réaffirme son attachement à la liberté, liberté qu’Alexis de Tocqueville avait si justement consacrée comme la valeur suprême de ce jeune état encore en devenir."
Le jury

Le président du jury de cette 52e édition : Roschdy Zem. Lors du festival, il recevra également une distinction numérique de l'INA.

Il sera accompagné de :
Simon Abkarian (Comédien, dramaturge & metteur en scène),
Camille Chamoux (Comédienne, autrice & scénariste),
Cécile de France (Comédienne),
Euzhan Palcy (Réalisatrice, scénariste & productrice),
Raphaël Personnaz (Comédien),
Lola Quivoron (Réalisatrice & scénariste),
Mohamed Mbougar Sarr (Écrivain),
Laura Smet (Comédienne, réalisatrice & scénariste).

La présidente du jury de la Révélation : Lio.
Elle sera entourée de quatre personnalités dont les parcours témoignent de la vitalité du jeune cinéma français : Noée Abita, Marion Barbeau, Manon Clavel, Sayyid El Alami. Ensemble, ils attribueront le Prix de la Révélation, le 12 septembre prochain.
Les films en Compétition
La compétition demeure pour moi le cœur battant du festival : celui où l'on entre souvent sans rien savoir d'un film en ressortant parfois avec la sensation d'avoir découvert un cinéaste qui marquera l'histoire du festival... et du cinéma.

Ainsi, la directrice du festival, Aude Hesbert, évoque-t-elle les films en compétition de cette édition 2026 :
« 13 films cette année qui dessinent une Compétition aux enjeux artistiques et éthiques ambitieux, flirtant avec l’amour et la mort, la cruauté et la tendresse et composant avec les genres les plus actifs du cinéma indépendant contemporain (de l’animation, au western en passant par la comédie et le coming-of-age movie). Cette sélection particulièrement puissante fera la part belle aux forces obscures et telluriques de la nature, aux méfaits de notre contemporanéité individualiste et déshumanisée, à la réinvention de l’amour dans un imaginaire de la famille fracassé sur les rives de la modernité, à la panne d'inspiration et d'expiration. Des nuits new-yorkaises jazzy et/ou débridées, au San Francisco gay des années 90, des quartiers déshérités de Los Angeles d’aujourd‘hui au Wisconsin post guerre de Sécession, du Nouveau Mexique post-Covid aux banlieues résidentielles de la Floride, de l’Ohio et de l’Arkansas, en passant par l'ambiance loufoque d’une petite ville de Géorgie, cette Compétition livrera son lot de formes et de récits immersifs, en couleurs et en noir & blanc, oniriques et gothiques, de chroniques amères et adolescentes, de comédies noires et satiriques, de films d’époque aussi, pour dessiner une Amérique un tantinet désenchantée dans sa quête éternelle de jeunesse, d’amour et de liberté, d’avenir radieux et d’illusions perdues. »
A PRAYER FOR THE DYING
Dara Van Dusen
— 1er film
— Première française
CLUB KID
Jordan Firstman
— 1er film
COMPANY
Casey Affleck
— Première française
EVERYBODY DIGS BILL EVANS
Grant Gee
— 1er film
— Première française
HERE I'M ALIVE
Joshua Z. Weinstein
— Première française
I'LL BE GONE IN JUNE
Katharina Rivilis
— 1er film
IF I GO WILL THEY MISS ME
Walter Thompson-Hernández
— Première française
MÉLI-MÉLO
Leah Nelson
— 1er film
MOUSE
Kelly O’Sullivan
— Première française
PARTY USA
Jared Sprouse
— Première française
QUEEN AT SEA
Lance Hammer
— Première française
TEST
Sam McConnell
— 1er film
— Première française
THE LIBERATION OF RITA COOPER
Guy Nattiv
— Première française
Les Deauville Industry Days auront lieu les 6 et 7 septembre : après un lancement réussi l'année dernière, le volet professionnel du Festival de Deauville s'enrichit et revient pour une deuxième édition de 2 jours, réservée aux festivaliers accrédités. Le programme complet (100% anglophone) et les partenaires des Deauville Industry Days seront dévoilés courant août.

Poursuivant sa tradition de célébrer des artistes exceptionnels du 7e art, le Festival de Deauville honore cette année Ethan Hawke en lui décernant un Deauville Talent Award. La cérémonie se tiendra le dimanche 6 septembre et sera suivie de la projection en avant-première de Les Contrebandiers, réalisé par Padraic McKinley, dans lequel Ethan Hawke tient le rôle principal. Le film sortira en salles le 16 septembre sous la bannière SND. Plusieurs de ses films emblématiques seront aussi projetés durant le Festival pour permettre au public de (re)découvrir son travail. Le jour de la remise de son Deauville Talent Award sera également marqué par l'inauguration d'une cabine de plage à son nom, lors d'une cérémonie publique.

La comédienne Sophie Thatcher recevra un Deauville Rising-Star award. Cette année, elle tient le rôle principal dans Her Private Hell, réalisé par Nicolas Winding Refn, qui marque le retour du cinéaste au grand écran après dix ans d’absence. Elle y interprète Elle, une jeune actrice montante dont la meilleure amie épouse son père, tandis qu’un tueur en série sème la terreur dans une métropole futuriste. Le film est présenté au dernier Festival de Cannes. Elle sera prochainement à l’affiche de la comédie Peaches de Jenny Suen, du drame de science-fiction The Girl Who Was Plugged In de Jennifer Kent et du film d’action Cavendish de Chris Andrews. La remise du Deauville Rising-Star Award aura lieu le samedi 5 septembre et sera suivie de la projection de Her Private Hell, en présence de Sophie Thatcher et du réalisateur Nicolas Winding Refn.
Susan Sarandon recevra un Deauville Icon Award le jeudi 10 septembre

Elle sera prochainement à l’affiche de The Accompanist, premier long métrage réalisé par Zach Woods, dont la projection en avant-première suivra la remise du Deauville Icon Award le jeudi 10 septembre.
Patrick Schwarzenegger recevra un Deauville Rising-Star Award

Riche d'un parcours de plus en plus marqué par des projets prestigieux, au cinéma comme à la télévision, Patrick Schwarzenegger est désormais un acteur confirmé, prêt à entamer une nouvelle étape de sa carrière. Bunker, du réalisateur oscarisé Florian Zeller, sera présenté en avant-première à la suite de la remise du Deauville Rising-Star Award, le vendredi 11 septembre, en présence de Florian Zeller.

Faye Dunaway recevra un Deauville Icon Award le mardi 8 septembre

Depuis plus de cinquante ans, Faye Dunaway fascine le public par sa capacité à incarner des femmes fortes et complexes, entre vulnérabilité et détermination. De la jeune hors-la-loi de Bonnie & Clyde à la redoutable Diana Christensen de Network, en passant par la déesse en détresse dans Barfly, elle a marqué le cinéma américain avec ses rôles devenus légendaires. Muse du Nouvel Hollywood, elle a su traverser les genres avec une élégance et une intensité qui n'appartiennent qu'à elle. C'est cette trajectoire hors du commun que le Festival de Deauville célèbre cette année en lui remettant un Deauville Icon Award, à l'occasion de sa 52e édition. Véritable icône dont l’influence dépasse largement le cinéma pour s’étendre à la mode et à la culture populaire, Faye Dunaway poursuit aujourd’hui son parcours avec la même exigence artistique. Elle sera prochainement à l’affiche de Prima d’Alessandro et Luca Morelli, aux côtés de Nicola Peltz Beckham, présenté à Deauville à l'occasion de cet hommage. En voici le synopsis : Margo, une prima ballerina dévouée est élevée par sa grand-mère stricte. Sa vie commence à se fissurer lorsque le directeur de sa compagnie de ballet épouse un chorégraphe contemporain, bouleversant les traditions de la compagnie.

Un Deauville Talent Award sera décerné à l’acteur Brendan Fraser. La cérémonie de remise de prix sera suivie par l'avant-première de Pressure, en présence de Brendan Fraser et du réalisateur Anthony Maras. STUDIOCANAL et Working Title ont développé Pressure avec Anthony Maras, d'après l'extraordinaire histoire vraie des trois jours précédant le Jour J du débarquement. David Haig, lauréat d'un Olivier Award, et Anthony Maras ont écrit le scénario d'après la pièce de Haig, saluée par la critique, qui a connu un succès retentissant dans le West End à Londres, avant d'être jouée devant Sa Majesté la Reine et des chefs d'État pour marquer le 75e anniversaire du Débarquement en 2019. Pressure est une production STUDIOCANAL et Working Title, réalisée par Anthony Maras. STUDIOCANAL sortira Pressure dans les salles françaises le 9 septembre 2026. Le film sera également distribué par STUDIOCANAL au Royaume-Uni, en Allemagne, au Benelux, en Pologne, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. STUDIOCANAL assure également les ventes internationales du film. Plusieurs films emblématiques de Brendan Fraser seront également projetés au cours du Festival afin de permettre au public de (re)découvrir sa palette de talents.

Pour cette 52e édition, le Festival du cinéma américain de Deauville propose au public une rencontre exceptionnelle avec une icône du 7e art. Le samedi 12 septembre, la comédienne Catherine Deneuve (qui fut présidente de la 45e édition du festival) échangera sur sa vision du cinéma américain en dévoilant sa filmothèque coup de cœur. Une conversation animée par le journaliste Loïc Prigent, aux Franciscaines.

Cette année, le Prix d’Ornano-Valenti sera remis à La Gradiva de Marine Atlan lors de la Cérémonie du Palmarès du Festival de Deauville, le 12 septembre.

Le Prix Lucien-Barrière du Roman Américain 2026 est décerné à Siri Hustvedt pour Ghost Stories, publié aux Éditions Gallimard et traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Joly.

Le Prix des Voyageurs Air France sera remis le samedi 5 septembre à la réalisatrice Rebecca Zlotowski pour son film Vie Privée, présenté l’année dernière lors du 51e Festival du cinéma américain de Deauville.
Premières

Comme chaque année, le festival propose aux festivaliers une sélection de prestigieuses avant-premières.
BUNKER
Florian Zeller
— Première française
— En présence de l'équipe
BUTTERFLY JAM
Kantemir Balagov
DIAMOND
Andy Garcia
HER PRIVATE HELL
Nicolas Winding Refn
— En présence de l'équipe
L'ÎLE DES SOUVENIRS
Joel Crawford & Januel P. Mercado
— Séance Jeune Public
L’INVITATION
Olivia Wilde
— Première française
LES CONTREBANDIERS
Padraic McKinley
— 1er film
— Film d'Ouverture
— Première française
— En présence de l'équipe
MOTHER MARY
David Lowery
— Première française
ONLY WHAT WE CARRY
Jamie Adams
— Première française
— En présence de l'équipe
PRESSURE
Anthony Maras
— En présence de l'équipe
STOP! THAT! TRAIN!
Adam Shankman
— Première française
TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA
Jane Schoenbrun
THE ACCOMPANIST
Zach Woods
— 1er film
— Première française
— En présence de l'équipe
THE LAST DAY
Rachel Rose
— 1er film
— Première française
— En présence de l'équipe
THE LAST PICKPOCKET IN NEW YORK
Noah Segan
— Première française
THE MAN I LOVE
Ira Sachs
— En présence de l'équipe
VICTORIAN PSYCHO
Zachary Wigon
WHERE TO LAND
Hal Hartley
— Première française

Séances Spéciales
GREMLINS 2 : LA NOUVELLE GÉNÉRATION (1990)
Joe Dante
HIGH ART (1998)
Lisa Cholodenko
Prix du Jury Deauville 1998
— 1er film
— Version restaurée
L’ENFANCE D’UN CHEF (2015)
Brady Corbet
— 1er film
— Première française
— En présence de l'équipe
NOT A PRETTY PICTURE (1976)
Martha Coolidge
— 1er film
— Première française
— Version restaurée
American Doc Stories
BUCKS HARBOR
Pete Muller
— 1er film
— Première française
— En présence de l'équipe
BURGUNDY
Michael Dweck & Gregory Kershaw
— Film de Clôture
— Première française
DERNSIE: THE AMAZING LIFE OF BRUCE DERN
Mike Mendez
FAYE
Laurent Bouzereau
GREMLINS, L’AMÉRIQUE PARASITÉE
Adrien Dénouette
— En présence de l'équipe
ONCE UPON A TIME IN HARLEM
William & David Greaves
— 1er film
Once Upon a Time (in) America - 250 ans en 15 films

« Tous les grands films américains parlent de l’Amérique » Jean-Luc Godard.
Le Festival du Cinéma Américain de Deauville, en écho à son affiche, a l’idée judicieuse de programmer 15 films qui racontent les 250 ans des États-Unis, de ses grands mythes à ses grands chapitres d’une histoire intimement liée à celle de la France depuis les balbutiements de sa révolution. « Le Festival de Deauville ne pouvait passer à côté de cette date fondatrice pour raconter l’Amérique et le rêve américain, l’Amérique de la conquête et de la défense des libertés, des droits civiques, et des grands espaces ; l’Amérique de l’optimisme, de la jeunesse, et de la liberté, sans pour autant occulter les parts d’ombres d’une jeune nation que le plus subtil et visionnaire des analystes de la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, avait si tôt décelées », a ainsi déclaré la directrice du festival, Aude Hesbert.
1925
LA RUÉE VERS L'OR
Charlie Chaplin
1939
MONSIEUR SMITH AU SÉNAT
Frank Capra
1947
LES RAISINS DE LA COLÈRE
John Ford
1964
DOCTEUR FOLAMOUR
Stanley Kubrick
1980
LA PORTE DU PARADIS
Michael Cimino
1984
IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE
Sergio Leone
1987
FULL METAL JACKET
Stanley Kubrick
2009
HARVEY MILK
Gus Van Sant
2012
ZERO DARK THIRTY
Kathryn Bigelow
2013
Quentin Tarantino
2014
SELMA
Ava DuVernay
2015
THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE
Adam McKay
2022
SHE SAID
Maria Schrader
2023
KILLERS OF THE FLOWER MOON
Martin Scorsese
2024
HERE - LES PLUS BELLES ANNÉES DE NOTRE VIE
Robert Zemeckis
Ces films seront notamment présentés par :
Pete Doherty (chanteur, compositeur), Manuel Alduy (responsable cinéma France 2), Olivier Père (Arte France), Damien Bonnard (comédien), Ava Cahen (directrice Semaine de la Critique), Vincent Pérez (comédien), Anne Berest (écrivaine, scénariste), Thierry Klifa (réalisateur), Lou Lampros (comédienne), Julien Colonna (réalisateur), Martin Bourboulon (réalisateur)...
Vous pouvez réserver vos accréditations sur le site officiel du festival.

Comme chaque année, le groupe Barrière sera un des partenaires essentiels du festival, proposant des expériences exclusives : les After Parties, l’O2 Sofa bar (lounge du festival)... Le Salon des Ambassadeurs du Casino Barrière Deauville accueillera, comme chaque année, le dîner officiel du Festival, réunissant près de 550 invités, imaginé par le chef étoilé Pierre Gagnaire et réalisé en sa présence par les équipes Barrière. Pour la deuxième année consécutive, Barrière s’associe à Air France afin de créer l'événement en marge du Festival. Le 5 septembre 2026, à l’issue de la remise du prix des voyageurs, les deux partenaires organisent un dîner exclusif, notamment en présence des membres du jury du festival présidé cette année par Roschdy Zem. Les invités se retrouveront au Ciro’s, adresse emblématique des planches, pour un moment d’exception qui incarne l’art de recevoir propre à Barrière. Ils pourront aussi déguster une création de Claire Hertzler, élue cheffe pâtissière de l’année 2013 par Gault & Millau, qui signe les desserts servis en cabine la Première d’Air France au départ de Paris. Enfin, le Groupe Barrière vous propose l'offre "Escapade Festival". Proposée dans les hôtels Le Normandy et Le Royal, elle permet au public de vivre le Festival de l’intérieur avec un séjour incluant nuit en chambre double, petit-déjeuner buffet, accès privilégié aux projections et activités du Resort. Offre valable jusqu’au 12 septembre 2026 inclus, à partir de 499 € pour l’hôtel Le Royal et 699€ pour l’hôtel du Normandy, sous réserve de disponibilité.
Retrouvez mon article consacré à l'Hôtel Barrière Le Normandy de Deauville et ses liens avec le septième art, ici.
Rendez-vous aussi sur mon autre site https://inthemoodforhotelsdeluxe.com pour retrouver d'autres bonnes adresses à Deauville.
Suivez-moi en direct du festival, dès le 4 septembre, pour l'ouverture, notamment sur Instagram (sur mon compte @Sandra_Meziere).
Rendez-vous donc le 4 septembre. Pour dix jours de cinéma, de rencontres, de courses d'une salle à l'autre, de lumière sur les Planches et, je l'espère, de ces émotions imprévues pour lesquelles, après toutes ces années, je continue de revenir à Deauville avec le même enthousiasme.

« Tout s’excuse et se justifie à une époque où l’on a transformé la vertu en vice, comme on a érigé certains vices en vertus. » Cette citation, extraite du roman Illusions perdues de Balzac, adapté en 2021 par Xavier Giannoli, aurait pu aussi être employée au sujet des personnages de son nouveau film, Les Rayons et les ombres.

Ils sont rares, les films qui continuent à vous accompagner et à vous questionner ainsi des jours après les avoir découverts. Tout aussi rares sont les films de plus de trois heures (trois heures quinze en l’occurrence). Et rare, le dernier film de Xavier Giannoli, qui porte pour titre magnifique celui d’un recueil de poèmes de Victor Hugo, l’est indéniablement.
Ce nouveau long-métrage est inspiré d’une histoire vraie, celle de Jean Luchaire (Jean Dujardin) et Corinne Luchaire (Nastya Golubeva), un père et sa fille entraînés dans l'engrenage de la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la magistrale adaptation du chef-d’œuvre de Balzac et ses 7 César, dont celui du meilleur film, il était difficile pour Xavier Giannoli de proposer une œuvre encore plus marquante… Et pourtant…
Il en fallait certainement de la détermination pour réaliser ce film de 30 millions d’euros de budget sur l’Occupation. Tant de films ont déjà évoqué cette période, cependant Les Rayons et les ombres n’est pas un film de plus mais une œuvre qui fera date.
Cela commence par le plan d’un miroir taché dans une chambre spartiate, signifiant l’effacement d’une identité. Un miroir dans lequel apparaît ensuite un visage, celui de Corinne. Un visage triste, livide, malade. À la fin de ce périple aussi passionnant qu’éprouvant nous reviendra cette image initiale de ce miroir sans reflet à laquelle succédera celle de ce visage éprouvé. Accompagnée d’une petite fille au manteau rouge (rappelant un célèbre film sur cette période avec une autre petite fille au manteau rouge), elle est insultée, frappée, se fait cracher au visage. Elle va alors raconter son histoire pour l’enregistrer grâce au magnétophone d’une voisine et de son mari, et tenter d’expliquer comment une jeune star du cinéma des années 30 en est arrivée là, à être ainsi détestée. La vraie Corinne publia ainsi, en 1949, l’année précédant sa mort, une autobiographie intitulée Ma Drôle de vie.
Nous la retrouvons ensuite, petite fille, entre les deux guerres mondiales, au Cercle franco-allemand, avec son père, journaliste, alors pacifiste convaincu : « Plus jamais ça », « La guerre ne résout rien, elle ne fait que préparer la prochaine guerre. », « J'en fais le serment, elle ne grandira pas dans une Europe déchirée par les conflits entre les peuples ». Jean est alors guidé par de nobles principes. Avec lui, son ami Otto Abetz veut « préserver la paix coûte que coûte ». Ce dernier est un amoureux de la littérature française dont il traduit les grands auteurs. La petite fille grandit dans cette « illusion rassurante » avec ce père qui « aimait un peu trop les petites actrices », un père qu’elle admire et qu’elle veut impressionner. La mère mène sa vie, dissolue, de son côté. C’est à peine si nous la voyons, le duo père/fille l'éclipse. Le père tousse beaucoup, crache du sang. Il découvre rapidement qu’il est atteint de cette maladie qui fait alors 100000 morts par an, la tuberculose, un mal qu’il a transmis à sa fille : un poison qui condamne leurs destins avant même que l’Histoire ne s’en charge. Comment ce père, fou de sa fille, pacifiste prosélyte, en arrive-t-il à être finalement condamné à mort pour « collaboration avec l’ennemi » et exécuté le 22 février 1946 ? Si Lucien de Rubempré vendait sa plume au plus offrant, Jean Luchaire, lui, aliène son âme pour une illusion de paix d’abord, pour l’argent ensuite. Où s'arrête alors l'aveuglement ? Où commence la lâcheté ? Quand devient-elle coupable ?
Otto convainc son ami : Hitler a fait la couverture du Times, « il faut discuter avec Hitler », « Chaque révolution a ses excès. », « Il n'y aura pas de grand projet européen sans une Allemagne forte. En attendant mieux, c'est avec Hitler qu'il faut parler. » « L'Allemagne veut la paix. » À Vichy, Jean rencontre Laval dont il reçoit même de l’argent. C’est lui qui lui demande de voir Otto devenu ambassadeur du Troisième Reich à Paris, rue de Lille. « Laval m'a dit : Allez voir votre ami Abetz et essayez de savoir ce que les Allemands ont dans la tête. » Pour Jean, la collaboration est alors une noble cause destinée à éviter la guerre. Pendant ce temps, Corinne démarre sa carrière d’actrice, avec Prison sans barreaux, le film d’un Juif ukrainien : « c’est un humaniste, un vrai, comme mon père ». Le réalisateur refuse de serrer la main d’Otto. Il la met en garde : « Ce n’est pas qui tu crois. » « Mon père a voulu défendre son ami victime d’un complot national-socialiste » continue à clamer Corinne. Pour Jean, l’idée d’Otto est « une politique de collaboration loyale et sincère ».
Rien ne laisse alors présager que Jean Luchaire deviendra l’un des défenseurs les plus fervents de la collaboration. Les Rayons et les ombres dissèque ce glissement des rayons vers les ombres et comment l’un, Jean, devint un défenseur ardent de la collaboration et l’autre, Otto, un de ses artisans. Comment leurs bonnes intentions initiales (éviter la guerre) ont-elles pu les conduire à épouser le pire ? Pour Jean, la collaboration, c’était d’abord poursuivre le dialogue pour éviter la guerre. Pour Otto, il s’agissait de « limiter la casse. »
Cette architecture du récit doit beaucoup à la plume de Jacques Fieschi. Avec ce dernier au scénario, nous pouvons toujours nous attendre à un travail d’orfèvre, ciselé, nuancé, et sensible, et c’est à nouveau le cas ici pour ce film dans lequel il insuffle une densité psychologique qui évite tout manichéisme, et navigue habilement sur une fragile frontière au seuil de la complaisance (toujours soigneusement évitée), avec le souci de vérité historique et de refléter la complexité des âmes. Il est notamment le scénariste de Claude Sautet (Quelques jours avec moi, Nelly et Monsieur Arnaud et le chef d’œuvre Un cœur en hiver), de Nicole Garcia (Le fils préféré, Place Vendôme, Mal de pierres, Un balcon sur la mer…), du film Yves Saint Laurent de Jalil Lespert ou encore d’Olivier Assayas (Les Destinées sentimentales). Le scénario est à l’image de la réalisation : un maelström foisonnant.
Peut-on comparer Jean Luchaire à Lucien de Rubempré ? L’un et l’autre utilisent le journalisme comme un marchepied. L’opinion est devenue un commerce comme un autre au temps de la Restauration. Un outil de l’arrivisme carnassier. Les moyens importent peu, il faut arriver à ses fins (briller, paraître, gagner de l’argent) et, comme chez Machiavel, elles les justifient. C’est aussi le cas pour Jean. Otto le qualifie même de « généreux ». Jean est pourtant avant tout soucieux de conserver son train de vie : « L’important, c'est de sortir le journal. Sans cela, je ne suis rien. ».
« Vous connaissez mon engagement sincère pour la collaboration. » À l’entendre, la collaboration serait le côté du bien. C’est pourtant le même Jean qui laissera utiliser ses locaux par des résistants qu’il surprend (du moins il ne les dénoncera pas), et qui aidera une famille juive à s’enfuir. Mais comment le défendre ou l’excuser quand il dit dans sa lettre à Céline : « je suis même devenu entièrement antisémite. Je ne suis pas enjuivé. » Céline raconte partout dans Paris qu’il n’a pas de convictions. Cela peut lui nuire comme à sa fille, lui explique Otto. « Il n'y a jamais eu des idées comme ça dans ma famille. » « On a voulu l'oublier mais les gens soutenaient Pétain au début de l'Occupation, le héros de Verdun » rappelle Corinne.
Le glissement progressif va s’opérer. Le père de Jean va s’éloigner de lui (André Marcon, toujours d’une grande justesse à laquelle s'ajoute ici la dignité). Il lui adresse une lettre intitulée L'exercice de la vertu, publiée dans Le Figaro. « Tu regardes ailleurs » l’accuse-t-il. Jean hausse les épaules : « C'est à ses amis les bien-pensants et ceux de sa femme qu’il écrit. » Le discours d’Otto se radicalise, aux portes de la folie : « Un pays divisé est plus vulnérable, manipulable. » Et à propos d’une rafle : « C'est la police française qui a organisé l’opération, ils ont manqué de zèle d’ailleurs. » Mais toujours il se justifie ainsi, de vouloir éviter les combats armés : « Il vaut mieux une vache à traire qu'une vache à tuer. » Jean a bien conscience que « l'opinion n'acceptera jamais cette violence. » « C'est pour cela qu’on a besoin de la presse » lui rétorque Otto.
Père et fille ont « le goût du sang dans la bouche » comme le raconte Corinne à propos de leur maladie. Peut-on expliquer alors leur aveuglement coupable, et plus ou moins inconscient, par ce désir de défier la mort ? Une image, parmi d'autres, matérialise cette idée : Corinne, fumant, dans la morgue du sanatorium. « On avait notre guerre à nous contre la douleur. Pendant tout ce temps, je pensais à ma douleur et pas à celle des autres. » Lors du séjour de Corinne au sanatorium, d’effroyables traitements lui sont infligés. Coralie dans Illusions perdues et Corinne dans Les Rayons et les ombres : deux actrices au corps malade à l’image d’un monde en décomposition. La tuberculose qui ronge le père et la fille semble être alors la métaphore de leur déchéance morale. Père et fille se laissent entraîner dans ces réceptions où il y a tout Paris, dans la débauche aussi. Et puis, si tout Paris est là, c’est qu’il n’y a rien de répréhensible : Guitry, Céline. Et tant d’autres. « Des collaborateurs, des fanatiques, des opportunistes. » Corinne a une confiance aveugle en son père : « J’ai suivi le mouvement. J'ai suivi mon père. Il ne pouvait pas me compromettre. » Et quand une amie tente de lui ouvrir les yeux : « Regarde-les bien, ils vont tous être pendus » elle répond : « Des envieux. On fait rien de mal, tu sais. » Otto lui promet des ausweis et en échange lui demande de venir aux cocktails à l'ambassade. Il lui montre fièrement sa collection de tableaux, ce que les nazis appellent « l’art dégénéré », comme il semble le déplorer, tout en en occultant pourtant l’effroyable provenance.
Au milieu de ce naufrage, l’amour filial demeure le seul point fixe. Ce qui traverse tout le film jusqu’à la fin, c’est l’amour qui unit ce père et sa fille jusqu’à leur fuite à Sigmaringen. Et c’est ce qui est aussi troublant dans cette histoire. Cet amour, sans excuser, semble tout justifier. « C’était mon père. On ne savait pas » clame Corinne de son côté, un cri déchirant auquel fera écho celui de son père. En effet, lors de son procès, le seul moment où le père réagira, c’est quand on mettra en cause sa fille : « C'est ignoble ce que vous dites ! » Le grand amour de la vie de Corinne, celui dont la photo l’accompagne dans son portefeuille, même après son exécution, c’est son père.
La seule fois où Corinne a peut-être trouvé un autre amour et l’apaisement, c’est le recueil d’Hugo qui en est le magnifique liant et symbole. Mais, une fois de plus, l’ombre l’emporte : elle choisira de fuir avec son père. Les Rayons et les Ombres est un recueil de 44 poèmes écrits après 1830 que Victor Hugo publia en 1840. Il reflète la dualité du monde. Les rayons évoquent la beauté, l'amour, la nature en fête et le souvenir des jours heureux. Les ombres expriment la tristesse, les morts, les héros oubliés. Les rayons représentent la connaissance avec le poète pour guide et, à l'inverse, les ombres désignent l'ignorance.
Le contrepoint nécessaire à cet étourdissement arrive avec le discours vibrant de l’avocat général ( désormais trop rare Philippe Torreton, qui en quelques plans, d’une justesse et d’une force mémorables rétablit la vérité) qui désamorce les éventuels reproches de complaisance. Il rappelle que pendant ce temps, il y avait des actes de bravoure, qu’un résistant n’aura donné qu’un seul nom, « le sien. » Mais Jean, lui, « a choisi l'ennemi. Il a choisi l'or. Il a choisi de trahir. », il a choisi « l'intelligence avec l’ennemi. » « Lui, l'homme de gauche » a été « complaisant avec les pensées les plus nauséabondes ». Son réquisitoire vient déchirer le voile des rayons pour faire apparaître la réalité des ombres.
Alors, vous lirez ici et là dire que le film est trop long. On vous rappellera même que À l’origine, un des précédents films de Giannoli, avait été amputé de vingt-cinq minutes après sa projection cannoise. Je crois au contraire que la durée de ce film est une de ses grandes qualités. Il nous fait entrer dans la danse macabre, brouille nos repères entre le bien et le mal, la conscience et l’inconscience, la lucidité et l’aveuglement. Souvent avec des coupes abruptes, il empêche l’émotion de s’installer, et donc toute complaisance. Abrupte et rude comme cette période. Nous voilà nous aussi entraînés dans une folie qui ne nous laisse pas le temps de réfléchir, de vraiment distinguer le bien du mal. Tout devient flou. L’anti Marty Suprême en somme parce que le film ne cherche pas à nous séduire ou hypnotiser mais à nous éclairer en nous plongeant dans les abîmes de l'Histoire avec ses personnages. Ces 3H15 ne sont donc pas une coquetterie de cinéaste mais une nécessité immersive. Il faut ce temps long pour ressentir l’étourdissement des cocktails de la rue de Lille, ce tourbillon de rayons faciles qui finissent par occulter les ombres de la déportation jusqu’à ce discours de l’avocat général qui nous remet les idées en place et nous rappelle la vérité historique. L’aveuglement et l’amour qui unit un père et sa fille ne peuvent tout excuser, au mieux peut-être expliquer.
Giannoli aime ces personnages troubles, guidés par l’orgueil souvent. Dans À l’origine, Philippe (François Cluzet) éprouve avant tout ce besoin de ne pas être seul, et surtout d’être considéré. Il devient quelqu’un dans le regard des autres par une escroquerie. Dans Illusions perdues, Lucien Chardon est un jeune poète inconnu et naïf dans la France du XIXe siècle. Il quitte l’imprimerie familiale et Angoulême, sa province natale, pour tenter sa chance à Paris, aux côtés de sa protectrice Louise de Bargeton. Peu à peu, il va découvrir les rouages d’un monde dominé par les profits et les faux-semblants, une comédie humaine dans laquelle tout s’achète et tout se vend, même les âmes et les sentiments. Comme dans Les Rayons et les ombres… Un monde d’ambitions voraces dans lequel le journalisme est le marchepied pour accéder à ce après quoi tous courent alors comme si résidait là le secret du bonheur, symbole suprême de la réussite : la richesse et les apparences. Pour Philippe, le marchepied est l’escroquerie. Pour Lucien, le journalisme mordant. Pour Jean, le journalisme aussi, les trafics…et la collaboration.
Après Les Corps impatients (2003), Une aventure (2005), Quand j'étais chanteur (2006), À l'origine (2009), Superstar (2012), Marguerite (2015), L'Apparition (2018), Illusions perdues (2021), Les Rayons et les Ombres est le neuvième long-métrage de Xavier Giannoli.
La caméra de Xavier Giannoli, une nouvelle fois, filme au plus près des visages, au plus près de l’émotion, au plus près du malaise. Dans Illusions perdues, la voix off n’est pas destinée à pallier d’éventuelles carences scénaristiques. Elle donne au contraire un autre éclairage sur ce monde de faux-semblants. Ce qui est pur semble pourrir de l’intérieur comme le cœur noble de Lucien sera perverti, mais surtout comme Coralie et son corps malade dont les bas rouges sont une étincelle de vie, de sensualité et de poésie qui traverse le film et ce théâtre de la vie, vouées à la mort. Dans Les Rayons et les ombres, la voix off n’est pas non plus un artifice suranné. Elle nous fait entrer dans cette histoire d’ombres par la personnalité rayonnante de Corinne, pour faire trembler nos certitudes.
Cette sensualité dans les mouvements de caméra nous emporte dans chacun de ses films. Je me souviens de ces plans étourdissants dans À l’origine quand il filmait ces machines, véritables personnages d’acier, qui tournoyaient comme des danseurs dans un ballet, avec une force visuelle saisissante et captivante, image étrangement terrienne et aérienne, envoûtante, avec la musique de Cliff Martinez qui achève de rendre poétique ce qui aurait pu être prosaïque. Ici, Giannoli filme les rouages de l’horreur de la collaboration comme une valse macabre. Des passages en noir et blanc rappellent la frénésie du temps passé. Tant de plans mémorables… Comme celui-ci : dans les coulisses d’un cabaret, entre teintes sombres et rougeoyantes, comme se retrouvant en Enfer, entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, Jean s’assied, toussant jusqu'à l'étouffement, accablé, avec ces masques autour de lui et la voix de son père, de sa conscience qui lui assène : « Je vais t'écrire, Jean. »
Nous retrouvons la même minutie dans la reconstitution de la France sous l’Occupation que dans la reconstitution historique de la vie trépidante et foisonnante de Paris sous la Restauration. Pareillement, dans Les Rayons et les ombres, tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans ce monde constamment en mouvement dont la caméra de Giannoli épouse avec brio la cadence effrénée telle celle d’Ophuls, une caméra observatrice de ce monde impatient dans lequel le cynisme est toujours aux aguets, au centre du spectacle de la vie dont, malgré les décors et les costumes majestueusement reconstitués, nous oublions presque qu’il est celui du monde d’hier et non d’aujourd’hui. Le chef décorateur Riton Dupire-Clément accomplit ici pourtant des merveilles de réalisme.
Le scénario multiplie les échos avec le présent. Là encore, à qui accuserait le film de complaisance, il résonne avant tout comme un avertissement : « Les Centristes croient qu'en s'associant avec l’extrême droite, ils pourront la contrôler. » « On nous disait : ne vous inquiétez pas. La France a été humiliée en quelques semaines. » Et puis il y a cet homme qui veut faire « un groupe de presse. Il en profite pour acheter tout ce qui passe. » Le parallèle avec la concentration actuelle des médias, arme de propagande, est évident.
Que dire du casting ! Nastya Golubeva (qui n'est pas une actrice mais un miracle, selon Giannoli), accessoirement fille de Leos Carax, vue auparavant dans Revoir Paris et Annette, nous plonge dans ce récit, nous touche souvent, sans nous attendrir totalement, mais en tout cas nous emporte avec elle dans cette plongée en Enfer, livrant une performance d’une dualité saisissante, lumineuse et spectrale. Drôle de mise en abyme que l'histoire de cette actrice qui éclot dans son premier grand rôle en en incarnant une autre dont les premières scènes crèvent aussi l'écran.
Quant à Dujardin, il nous avait déjà prouvé l’étendue de son talent en incarnant George Valentin dans The Artist qui lui valut tant de récompenses, à commencer par l’Oscar du meilleur acteur en 2012. Il fallait déjà beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage, sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt. Il y est aussi flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps, faisant passer dans son regard, une foule d’émotions, de la fierté aux regrets, de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance. Dans Un balcon sur la mer de Nicole Garcia, il est bouleversant dans le rôle de cet homme qui retrouve son passé, son enfance et ainsi un ancrage dans le présent. Dans les OSS 117, il est hilarant, n’économisant ni ses rictus, ciselés, ni ses soulèvements de sourcils, ni ses silences, ni ses incoercibles rires gras. Jean Dujardin a déjà maintes fois prouvé la large palette de son jeu et de son talent. Il faudrait encore citer les remarquables Möbius, Un + une ou encore Sur les chemins noirs dans lequel il a l’intelligence de ne pas forcer le trait, de faire corps avec le paysage ( la balafre comme un sillon sur son visage, un autre chemin noir : comme ces paysages hors des sentiers battus, portant l'empreinte du passé). Là aussi, dans le film de Giannoli, il incarne corps et âme cette personnalité trouble, le pacifiste prosélyte qui devient le traître à la nation. Celui qui voulait « limiter les dégâts » qui devient l’artisan du désastre, qui s’est persuadé de « vivre sans se compromettre ». Il n’est jamais totalement antipathique (ses propos, parfois, sont en revanche indignes) sans être jamais vraiment sympathique. Il dit tant dans ses silences. Il est tout simplement à l'image du film, et de son actrice principale : magistral. Il fallait ces deux acteurs exceptionnels pour nous faire croire à cette humanité qui circule entre eux malgré leur immoralité et leur compromission.
August Diehl (La disparition de Josef Mengele de Kirill Serebrennikov, Une vie cachée de Terrence Malick) dans le rôle d’Otto, Vincent Colombe dans le rôle de Guy Crouzet…apportent tous une épaisseur tragique à cette galerie ombrageuse. C'est en le voyant dans Une vie cachée de Terrence Malick que Giannoli a eu envie de travailler avec lui.
La photographie de Christophe Beaucarne, d'une flamboyance glacée, sculpte la lumière pour rendre compte de cet étourdissement doré et funeste, et plonge souvent les visages entre l'ombre et la lumière pour signifier la dualité.
La musique de Guillaume Roussel (La French, Kompromat, Les Trois Mousquetaires, 13 jours, 13 nuits), qui travaille pour la première fois avec Xavier Giannoli, est aussi d’une rare puissance. Elle est notamment magistrale, emphatique et lugubre, sur la scène du retour des cendres de l’Aiglon, fils de Napoléon 1er, le 15 décembre 1940, lors de la « messe noire aux Invalides » terrifiante, quand on nous explique la déception qu’Hitler et Pétain ne fussent pas venus. La musique personnalise alors l’horreur de la collaboration comme si elle murmurait à l’oreille ce que les personnages ne veulent pas admettre. Elle est lyrique, mélancolique, dissonante aussi souvent, reflétant la dualité des personnages, entre ombre et lumière.
Il faut aussi souligner le montage, d'une rare intelligence, dans les parallèles qu'il sous-entend, et qui là aussi expliquent sans justifier.
Comme presque tous les films de Giannoli, celui-ci est aussi un hommage à l’art en général, au cinéma en particulier. Cette « réponse pacifiste à la folie des hommes. » Surtout avec la dernière réplique du film que je vous laisse découvrir. À l’origine était aussi une belle métaphore du cinéma et du métier de comédien qui est finalement aussi une imposture, qui fait devenir quelqu’un d’autre, fabriquer un chemin, un univers qui ne mène pas forcément quelque part mais reste, là aussi, une belle aventure humaine. À l’origine nous fait croire à l’impossible, à ce que le cinéma lui aussi était à l’origine : un mensonge exaltant qui peut nous faire croire que tout est possible. Même si la réalité, un jour ou l’autre, finira par reprendre ses droits.
« Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l'ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l'étendue de la corruption humaine.», « Là où l'ambition commence, les naïfs sentiments cessent. », « Il se méprisera lui-même, il se repentira mais la nécessité revenant, il recommencerait car la volonté lui manque, il est sans force contre les amorces de la volupté, contre la satisfaction de ses moindres ambitions » écrivit Balzac dans Illusions perdues. Le romantisme et la naïveté de Lucien Chardon céderont bientôt devant le cynisme et l’ambition de Lucien de Rubempré. « Je ne sais même plus si je trouve le livre bon ou mauvais » dit-il ainsi dans le film, tant son opinion est devenue une marchandise qui se vend au plus offrant. On pense alors aux « idées » défendues par Jean dans son journal, pour vendre.
Comme Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974), les Luchaire ne sont pas au départ des idéologues du nazisme, mais des opportunistes, à deux échelles différentes. Comme dans Monsieur Klein de Losey (1976), les décors cachent une abjection croissante, mais Luchaire n’aura jamais le sursaut final que connaît Klein qui finira par rejoindre le destin des opprimés. Le Dernier Métro de Truffaut (1980) met en scène une actrice dans une bulle de théâtre alors que le monde s’effondre. Le cinéma est le refuge de Corinne, mais quand la Marion de Truffaut protège un homme juif, Corinne ne sert que ses intérêts. Pour l'une, le théâtre est un refuge héroïque, pour l'autre le cinéma est une bulle narcissique. Dans L’Armée des ombres de Melville (1969) tout est gris, froid, silencieux. Chez Giannoli, tout est bruyant, excessif, d’une opulence asphyxiante. Les uns meurent dans l'ombre, tandis que les autres s'étourdissent dans la lumière. À l’inverse de la sobriété sépulcrale de Melville, Giannoli choisit une mise en scène flamboyante pour souligner l’ivresse et la décadence.
Quand s’achève cette fresque historique et cet implacable engrenage nous revient cette phrase de Corinne qui, pour un rôle, répète jusqu’aux frontières de la folie et de l’épuisement « Je suis innocente ! Innocente ! Innocente ! » Et cette question à son réalisateur : « Comment on dit je suis innocente en ukrainien ? ». Pouvons-nous la juger totalement coupable, sans pour autant l’excuser ? Quel défi réalisé par ce film que de disséquer ainsi la complexité de l’âme humaine et d’une période lors de laquelle l’impensable survint. Savaient-ils vraiment ce que personne n’aurait pu imaginer ?
Jacques Fieschi, une fois de plus, signe un scénario magistral (coécrit avec Giannoli). L'histoire de ce Luchaire, artisan de la paix devenu artisan de l’horreur, résonne comme un avertissement. Cette dualité traverse le film de Giannoli, qui refuse la caricature pour mieux nous confronter à la zone grise de notre propre conscience, et aux contradictions humaines. Les Rayons et les ombres nous laisse avec le goût du sang dans la bouche et une question vertigineuse : à quel moment le compromis devient-il une compromission irréparable ? Si Hugo voyait le poète comme un guide sauveur, Luchaire est un guide qui mène les siens vers l’abîme. Mais ce qui reste finalement de cet immense film, courageux, audacieux, foisonnant, passionnant, éprouvant, fascinant, pas toujours aimable mais toujours admirable, ce sont les derniers mots du film, hommage au cinéma réconciliateur, c’est le « Je suis innocente » scandé par Corinne, et ce sont les mots sentencieux de l’avocat général : « Se voyant déjà condamné, il a voulu danser avec la mort, mais la mort qui rôde peut vous élever au-dessus de vous-même, faire de vous un résistant et pas un traître.»
Cette citation extraite du recueil Les Rayons et les ombres de Victor Hugo résume mieux que nulle autre ce film, sa profondeur, son audace, sa puissance, sa complexité et son désir louable de comprendre celle de l'être humain quand les idées et les Hommes sont de plus en plus réduits à des concepts et caricatures, et quand toute nuance est si souvent bannie, mais aussi quand des humanistes peuvent parfois se laisser corrompre et avilir par les pensées les plus ombrageuses et nauséabondes :
« Tout homme sur la terre a deux faces, le bien et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien. Le même être est victime et bourreau tour à tour. »

Ces trois jours à La Rochelle l'ont une nouvelle fois démontré : face aux censeurs et aux tumultes du monde, le cinéma demeure ce merveilleux refuge pour « une pensée libre dont nul ne peut arrêter l'envol », selon la magnifique formule qui clôt Le Destin de Youssef Chahine (1997), l'un des nombreux joyaux projetés lors de ce 54e Fema.

Quel bonheur de découvrir ce festival ! Un festival à l'image de son film d'ouverture : foisonnant, généreux et convivial. Avec des intervenants passionnants et une sélection aussi éclectique qu'enthousiasmante. Des fidèles du festival, comme Yolande Moreau, mais également des cinéphiles venus de La Rochelle ou de beaucoup plus loin, choisissent délibérément de faire coïncider leurs vacances avec le Fema. Comment ne pas les comprendre… ! Ces trois jours ont filé à une vitesse vertigineuse, mais ils m'ont permis de m'immerger pleinement dans cette atmosphère aussi chaleureuse que passionnée. D'une salle à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, les films semblaient se répondre, dialoguer à travers les décennies.

Comme l'a rappelé lors de l'ouverture le président du CNC, Gaëtan Bruel, ce festival unique en son genre est une « traversée de cinéma foisonnante » : 150 séances accompagnées, 300 séances au total, 160 longs métrages, 76 courts. Il a également souligné que la France était le « pays au monde où on va le plus au cinéma ». Les salles combles en apportaient la plus belle démonstration. L’an passé, deux Français sur trois sont allés au cinéma, a-t-il également remarqué.

Pour rappel, depuis 1973, le Festival La Rochelle Cinéma (Fema) est une grande fête du cinéma, au début de l’été, avec un public nombreux et fidèle, et des films d’hier et d’aujourd’hui venus du monde entier. « Il n’y a pas de compétition à La Rochelle. L’important pour nous c’est l’esprit de curiosité, l’important pour nous c’est d’aller explorer dans tous les pays du monde », déclarait ainsi, en 1980, le critique de cinéma Jean-Loup Passek, alors directeur du festival, ce qu'il fut jusqu'en 2001. En 2018, Arnaud Dumatin et Sophie Mirouze, présents dans l’équipe depuis 2001 et 2003, reprennent à leur tour la direction et changent le nom du Festival, qui revient à ses origines en devenant le Festival La Rochelle Cinéma (Fema). Aujourd’hui, le Fema, qui a pour présidente Sylvie Pialat, reste non-compétitif et se veut une grande fête du cinéma, au début de l’été. L'affiche est peinte depuis 1991 par Stanislas Bouvier, une fidélité exceptionnelle entre un artiste et un festival (vous pouvez en voir quelques-unes, toutes de véritables œuvres d’art, à la gare de La Rochelle).

Le Fema propose ainsi des rétrospectives consacrées à des cinéastes qui ont marqué l’Histoire du 7e art et des hommages à des réalisatrices et réalisateurs, actrices et acteurs contemporains. D’autres sections sont proposées à chaque édition : « Découverte d’une cinématographie d’un pays peu diffusée », « Animation » avec la découverte d’une technique ou d’un cinéaste, « d’hier à aujourd’hui » une sélection de films restaurés et réédités en salles, « ici et ailleurs », des longs métrages coups de cœur de l’année inédits en France ou présentés en avant-première, etc. Un volet autour de la musique au cinéma s’est développé depuis 2009 avec l’invitation d’une compositrice ou d’un compositeur et la création de ciné-concerts. Depuis 2019, l’image est aussi à l’honneur avec une leçon de lumière d’une directrice ou d’un directeur de la photo. Enfin, le Festival se termine traditionnellement par une nuit blanche consacrée à un thème, un genre, une actrice ou un acteur.

Outre six films, deux documentaires consacrés à Jacques Tati ont été présentés. Dans le cadre de rétrospectives, les festivaliers ont aussi pu revoir de nombreux chefs-d'œuvre, réalisés par Youssef Chahine avec notamment une soirée spéciale et la projection de Gare centrale, ou des films dans lesquels joue Diane Keaton.

Il était aussi possible de (re)voir l'intégrale de Nanni Moretti, les films de Léa Mysius ou Cristian Mungiu, et notamment Fjord, la palme d'or 2026. Un film qui se garde de tout simplisme et manichéisme, dans un monde de plus en plus polarisé, prisonnier des postures, où les grands discours sur la bienveillance dissimulent souvent une profonde intransigeance, où les jugements hâtifs remplacent l'empathie et l'écoute. Une époque paradoxale qui, sous prétexte de vertu, condamne sans nuances et érige de nouveaux dogmes. Le cinéaste nous pousse à interroger nos propres préjugés et contradictions, et cette notion de tolérance, devenue le privilège de ceux qui n'en font preuve que lorsque cela les arrange. « Les sociétés aujourd'hui sont fracturées, radicalisées. C'est un message pour la tolérance, l'inclusion, l'empathie. Ce sont des termes magnifiques, que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent » a ainsi déclaré le cinéaste lors de la cérémonie de clôture du 79e Festival de Cannes. Ce film n’était pas le seul du palmarès cannois que les festivaliers ont pu découvrir à La Rochelle. Il était également possible de voir le Grand Prix (Minotaure d'Andreï Zviaguintsev), le Prix du Scénario (Notre Salut d'Emmanuel Mare) et le film couronné du double Prix d'interprétation féminine (Soudain de Ryusuke Hamaguchi). Il était aussi possible de découvrir d'autres films en compétition à Cannes comme L'Inconnue d'Arthur Harari ou encore de savourer des films restaurés ou réédités, des classiques avec Michel Piccoli, mais aussi des films noirs savoureux de la collection Rivages/Noir : Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, Police Python 357 d'Alain Corneau... Mais aussi des raretés comme les films d'une cinéaste majeure en Estonie, à qui le Fema a consacré la première rétrospective, Leida Laius. Au total, ce sont 19 longs-métrages inédits ou en avant-première qui ont été projetés et 17 documentaires inédits ou en avant-première. Le festival proposait cette année aussi une rencontre autour de la musique avec Olivier Marguerit (musicien, compositeur), en présence de Dominik Moll (cinéaste), animée par Stéphane Lerouge (spécialiste de la musique pour l'image).

La projection de Mariage au goût d'orange de Christophe Honoré (en salles le 9 décembre 2026) a succédé à la cérémonie d'ouverture, un film présenté à Cannes Première lors de la 79e édition du Festival de Cannes.

Le film nous transporte en mars 1978, le jour de la mort de Claude François, dans les faubourgs de Nantes, à l'occasion du mariage de Jacques (Paul Kircher) et Martine (Malou Khebizi), l'un des sept enfants de la famille Puig. Christophe Honoré compose moins le récit d'un mariage qu'un vaste tableau familial, traversé par des bonheurs fragiles, des rancœurs anciennes et des désirs inavoués. Notre regard est invité à circuler librement parmi les personnages, à se perdre dans les détails, les silences et les mouvements du groupe : une joyeuse idée à une époque où le cinéma cherche encore trop souvent à tout expliquer.
Autour des mariés gravite une galerie de personnages : Claudie, sensible et à fleur de peau (Adèle Exarchopoulos), Dominique, le meneur de la fratrie (Vincent Lacoste), ou encore Roger (Alban Lenoir), personnage explosif hanté par la guerre d'Algérie. Chacun semble apporter sa propre mélodie à cette partition collective, où l'intime se mêle constamment à l'histoire d'une génération.
Cette circulation permanente du regard entre les personnages, cette manière de faire vivre le cadre comme un espace ouvert où plusieurs scènes coexistent simultanément, annonçaient d'ailleurs déjà l'un des grands plaisirs du festival : la redécouverte du cinéma de Jacques Tati, maître incomparable de l'observation et des compositions chorales.
Cette liberté du regard, Christophe Honoré la revendique à sa manière. Jacques Tati, auquel le festival consacrait sa grande rétrospective, l'avait érigée en véritable principe de mise en scène. Chez lui, le spectateur n'est jamais guidé : il observe, choisit, découvre. Une confiance rare, qui irrigue toute son œuvre.
JACQUES TATI – Rétrospective

L'un des grands bonheurs de cette édition fut en effet la rétrospective consacrée à Jacques Tati, dont l'élégante silhouette de Monsieur Hulot ornait d'ailleurs l'affiche du festival. Revoir ses films sur grand écran rappelle combien son cinéma demeure d'une modernité saisissante. Souvent rapproché de Charlie Chaplin, Tati revendiquait pourtant une filiation avec Buster Keaton, dont il admirait l'impassibilité burlesque. À l'ère du cinéma parlant, il inventa un personnage unique, Monsieur Hulot, silhouette dégingandée et rêveuse qui semble toujours légèrement en décalage avec le monde. Cinéaste du mouvement, du bruit, de l'espace et de la poésie du quotidien, il n'a cessé, depuis Jour de fête, de réinventer notre manière de regarder.
Le festival proposait ainsi ces 6 films, à (re)découvrir au cinéma en version restaurée grâce à Carlotta.
2 documentaires
TRAFIC de Jacques Tati

La projection de Trafic présentée par Jérôme Deschamps était proposée en ciné-concert, un film sublimé par la musique presque futuriste du trio Temps Calme, en écho à la modernité (et sa critique) toujours aussi sidérante et réjouissante de l’œuvre du cinéaste. Trafic fut tourné entre 1969 et 1971 et sortit en 1971.

Monsieur Hulot, dessinateur d’un camping-car expérimental doté de nombreux gadgets de chez Altra, une petite société automobile, accompagne celui-ci sur les autoroutes de France et de Belgique en direction du salon de l’automobile d’Amsterdam où le modèle doit être exposé. Une « public relations » américaine survoltée et très apprêtée, Maria, flanquée de son petit chien, l’accompagne avec sa voiture de sport. Mais entre les nombreuses pannes, les problèmes mécaniques, la fouille à la douane, l’accident, la route est longue et semée d’embûches. Ils mettent en péril la réussite commerciale de l’opération, menaçant Hulot et son camping-car de ne pas arriver à temps pour l’ouverture du salon…ce qui sera d’ailleurs le cas. Hulot arrivera à Amsterdam au moment de la clôture de l'exposition, ce qui lui vaudra un renvoi immédiat. Je ne dévoile rien ici : chez Tati, l'intrigue importe finalement bien moins que le regard porté sur le monde.
C'est le seul film de Jacques Tati dans lequel Monsieur Hulot poursuit véritablement un objectif. D'une certaine manière, cette quête est aussi celle du cinéaste lui-même. Après l'échec commercial de Playtime, Tati revient à une forme plus accessible. Hulot parle davantage, les cadrages se resserrent, son métier est clairement identifié. Comme si le cinéaste acceptait, en partie du moins, les critiques qui lui avaient été adressées.
Mais rien n'altère son génie. Chaque scène devient un tableau vivant où plusieurs actions coexistent, se répondent et composent une véritable chorégraphie du quotidien. Une filiation inattendue apparaît alors avec Mariage au goût d'orange de Christophe Honoré : chez l'un comme chez l'autre, le regard est libre de circuler dans le cadre, d'y construire son propre récit.
La séquence finale résume à elle seule toute la philosophie de Tati.. Une scène tournée en plan large qui matérialise la victoire de l’homme, sautillant, sur la machine et les « temps modernes », avec un Hulot qui n’a plus de travail, plus de parapluie, mais qui repart accompagné. Une scène rappelant la fin d’un chef-d’œuvre d’un autre génie du burlesque.
LES VACANCES DE MONSIEUR HULOT de Jacques Tati

Retour en arrière. Tourné en 1951 et sorti en 1953, Les Vacances de Monsieur Hulot marque la première apparition de ce personnage maladroit, lunaire et délicieusement inadapté qui allait devenir l'alter ego de Jacques Tati. « Un monument du cinéma », comme l'a justement rappelé le critique Stéphane Goudet qui a présenté le film, une copie restaurée par Carlotta Films.
Présenté en compétition au Festival de Cannes en 1953, le film ne remporta pas le Grand Prix, attribué cette année-là au Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot, mais reçut le Prix de la critique internationale ainsi que le Prix Louis-Delluc. Bien des années plus tard, en 1990, il fut également distingué par le Delluc des Delluc, qui récompensa le meilleur film parmi tous les lauréats du prix depuis sa création. Il figure aussi sur la liste du British Film Institute des cinquante films à voir avant l'âge de quatorze ans. Il fut ensuite restauré en 2009 puis en 2026.
Comme souvent chez Tati, le scénario paraît d'une grande simplicité. Derrière cette modestie se cache une mécanique d'orfèvre, faite d'une multitude de micro-récits qui s'entrecroisent avec une précision remarquable. Plus qu'une histoire, Tati orchestre une partition où chaque personnage, chaque geste et chaque bruit participent à une vaste chorégraphie du quotidien.
L'action se déroule à Saint-Marc-sur-Mer, petite station balnéaire de la côte Atlantique où une galerie de vacanciers retrouve chaque été ses habitudes. L'arrivée de Monsieur Hulot agit comme un grain de sable dans cette mécanique parfaitement huilée. Dès qu'il pousse la porte de l'hôtel de la Plage, une bourrasque envahit le hall, annonçant le désordre joyeux qui va suivre.
Avant même que son visage n'apparaisse, Tati met son personnage en scène par fragments : une silhouette, une voiture pétaradante chargée de valises et d'une épuisette, une démarche reconnaissable entre toutes. Lorsqu'il se présente enfin à la réception, il balbutie quelques mots. En quelques secondes naît un anti-héros inoubliable, personnage presque échappé du cinéma muet, qui semble avoir traversé le temps pour venir se perdre dans celui du parlant.
Le travail sur le son, déjà si extraordinaire chez Tati, devient ici un véritable langage. Les claquements de portes, les pas sur le gravier, les vagues, les rires, les moteurs ou les conversations lointaines composent une véritable partition musicale où les dialogues deviennent secondaires.
Autour de Hulot s'agite toute une galerie de personnages délicieusement croqués : le commandant qui ressasse inlassablement ses exploits militaires, le vieux couple qui déambule selon un cérémonial immuable, l'élégante Martine et sa tante distinguée, ou encore cette vacancière anglaise, seule à accueillir avec bienveillance les maladresses de Hulot. Tous appartiennent à cette petite bourgeoisie des congés payés que Tati observe avec une ironie tendre, jamais méprisante.
Sur un court de tennis, lors d'un bal costumé ou même lors de funérailles, Hulot transforme chaque situation en ballet burlesque. Mais derrière le rire affleure peu à peu une discrète mélancolie. Lorsque vient l'heure des départs, chacun retrouve sa vie comme si rien ne s'était passé. Seuls deux résidents viennent saluer cet étrange vacancier qui, en dérangeant les habitudes de tous, aura pourtant apporté de la fantaisie à leurs vacances.
C'est peut-être là que réside le génie de Tati. Sous l'apparente légèreté de ses gags se cache une infinie tendresse pour les êtres. Son humour ne ridiculise jamais ; il révèle. Et si Monsieur Hulot paraît si maladroit, c'est peut-être parce qu'il demeure le seul à ne jamais sacrifier son innocence aux conventions sociales.
Le tournage en extérieur s'étala de la fin juin à la fin octobre. Cette sensation de temps suspendu irrigue tout le film. Les plans larges permettent au regard de vagabonder librement, chaque spectateur composant en quelque sorte son propre film à l'intérieur de celui de Tati. Une confiance accordée au public qui demeure, aujourd'hui encore, d'une étonnante modernité. Notez enfin que Tati ajouta une scène supplémentaire après la sortie des Dents de la mer de Spielberg. Je vous laisse la découvrir.
PLAYTIME de Jacques Tati

Bien que sorti en 1967, Playtime pourrait avoir été réalisé aujourd'hui tant il reflète notre époque contemporaine. Ce film fut tourné entre 1964 et 1967 avant de sortir cette même année. Il est organisé en six séquences qui nous emmènent successivement à Orly, dans un dédale de bureaux, au salon des arts ménagers, dans des appartements ultramodernes, au Royal Garden et dans un manège urbain. Ces scènes sont reliées entre elles grâce à l'utilisation de deux personnages qui se croiseront au cours du récit : Barbara, une jeune touriste américaine en visite à Paris et Monsieur Hulot (Jacques Tati), qui a un rendez-vous avec un personnage important.
Si le film a été un retentissant échec à sa sortie et un véritable gouffre financier pour Tati (il dut hypothéquer sa propre maison ainsi que les droits des Vacances de Monsieur Hulot et de Mon oncle), il est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma qui a par ailleurs influencé de nombreux cinéastes : : de Truffaut (qui lui rend hommage dans Domicile conjugal reprenant le gag du fauteuil de Playtime) à Lynch ou Kaurismäki. Prévu pour 2,5 millions de francs, le budget de Playtime est ainsi passé de 6 millions en 1964 à plus de 15 millions en 1967. Pour l'occasion, Tati avait fait reconstituer une ville moderne entière, « Tativille ».
Peut-être, la première fois où vous verrez ce film, serez-vous déconcertés par le refus de la narration classique, par cette sollicitation permanente de l'ouïe et surtout de l’attention visuelle, par cette responsabilisation du spectateur mais le monde de Tati mérite un deuxième voyage, une deuxième chance et surtout un deuxième regard.
Playtime qui est pourtant sorti en 1967, pourrait ainsi avoir été réalisé aujourd'hui tant il reflète notre époque contemporaine : une époque avide de transparence, d'exhibition (« nous appartenons à une génération qui éprouve le besoin de se mettre en vitrine », disait-il déjà) et souvent aveugle à ce qui l'entoure. Une époque tonitruante et sourde. Une époque de l’ultra-communication égocentrique, voire égoïste. Une époque ouverte et cloisonnée. Une époque où les technologies compliquent parfois les rapports humains. Une époque d'une modernité aliénante (de l'uniformisation de l'architecture au rôle de la télévision en passant par l'influence de la société de consommation), déshumanisante et parfois inhumaine. C'est tout ce que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège parfois (contrairement à ce qu'on pourrait croire) plus désenchanté qu'enchanté, en tout cas enchanteur. Le premier plan sur l'immeuble gigantesque, en contre-plongée est ainsi le reflet, à la fois inquiétant et fascinant, de ce que représente la modernité pour Tati.
Quelle clairvoyance, quand il y a plusieurs décennies, Tati nous montre une société aseptisée, uniformisée, qui perd son identité et sa convivialité mais qui perd aussi la notion d'intimité (même si ici la transparence est un leurre, au propre comme au figuré), des vies standardisées, une société monochrome, un monde moderne qui aliène dans lequel « la vedette est avant tout le décor » ! Les corps et décors sont alors pareillement soumis à la standardisation et à la répétition. Playtime a ainsi été tourné en 70mm pour souligner la démesure de l'architecture par rapport à l'homme.
Quel cinéaste arrive aujourd'hui à construire des plans (souvent des plans-séquence et des plans d'ensemble) d'une telle richesse, d'une telle densité, d'une telle polysémie avec un tel travail sur le son, les couleurs, l'organisation en apparence désorganisée de l'espace, créant un univers tellement singulier à la fois absurde et clairvoyant, tendre et mélancolique ? Wes Anderson, peut-être…
Playtime est un bijou burlesque, héritier de Keaton mais aussi de Chaplin avec ses objets métonymiques (canne, chapeau), d'une beauté inégalée et qui nous embarque dans son univers aussi gris que fantaisiste, aussi absurde que réaliste : Tati met ainsi en lumière les paradoxes de notre société par un cinéma lui-même en apparence paradoxal, mais savamment orchestré.
Ah, la séquence du Royal Garden ! Quelle lucidité. Quelle drôlerie ! Quel discernement ! Quelle folie savante et poétique ! Quel sens du détail ! 45 minutes d'une inventivité et d'une intelligence jubilatoires et incomparables ! Quelle confiance accordée au spectateur, que l'on cherche si souvent aujourd'hui à infantiliser, et à son regard, que l'on cherche si souvent à guider. Un tourbillon spectaculaire, une récréation savoureuse dont le spectateur fait partie intégrante.
Tati se fait chorégraphe et maître de ballet de son univers labyrinthique si particulier et fascinant, tout en folie, déplacement et transparence, avec ses mouvements qui épousent d'abord les lignes architecturales, puis prennent leur liberté, leur envol et deviennent plus audacieux comme une invitation à ne pas se laisser emprisonner par les lignes du décor et donc à se désaliéner de la modernité dans laquelle Paris n'est plus qu'un reflet inaccessible et nostalgique. L'artiste prend alors le pas sur les lignes rectilignes et glaciales de l'architecture. Tati s'inspire lui-même de plusieurs peintres : Mondrian, Klee, Bruegel... Il tente alors de décloisonner et perturber l'espace.
Au milieu de cette modernité intrigante, inquiétante, constituée de tant d'incongruités, le spectateur est en permanence sollicité, surtout responsabilisé. Tati nous déconcerte et nous ensorcelle, nous interpelle et nous responsabilise, donc, et nous invite à voir la poésie, certes parfois désespérée, qui se cache derrière (et parfois émane de) l'absurdité de la société et de l'existence modernes. Une invitation à un ballet de la modernité, lucide et ludique, d'une drôlerie burlesque et caustique.
Si Jacques Tati scrutait les dérives silencieuses de la modernité occidentale, Youssef Chahine affrontait, lui, les fractures politiques, religieuses et idéologiques de son temps. Deux univers en apparence opposés, mais une même conviction : le cinéma peut éclairer le monde sans jamais renoncer à la poésie.
LE DESTIN de Youssef Chahine

Le Fema célébrait aussi le réalisateur le plus inventif du cinéma égyptien qui, en une quarantaine de films, aura raconté les grands bouleversements du monde arabe du XXe siècle et inscrit l’Égypte sur la carte de la cinéphilie mondiale : Youssef Chahine (1926-2008). À l’occasion du centenaire de sa naissance, cette rétrospective a été l’occasion de (re)découvrir son œuvre généreuse, courageuse, combative, exceptionnelle par sa longévité et sa diversité esthétique, mêlant divertissement et engagement, autant inspirée par l’âge d’or du musical américain que par sa propre vie.
10 films
Dès le lendemain de l’ouverture, les festivaliers ont pu retrouver le cinéaste Christophe Honoré venu présenter Le Destin de Youssef Chahine. Il a rappelé que les années 1990, durant lesquelles le film fut réalisé, furent celles de la montée du fondamentalisme religieux, et que ce « film politique » était la réponse à celui-ci, bien qu’il ne s’agisse « pas d’une œuvre austère » mais d’un film dans lequel la joie, la beauté et la sensualité sont à l’œuvre, avec « quelque chose de débraillé qui le rend essentiel ». Il a conclu en disant que Chahine était un cinéaste qui pensait que « la beauté peut sauver le monde » comme le reflète la magnifique citation qui clôt le film : « La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol. » Un film qui défend la liberté et la très voltairienne idée de « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire. »
Voulant amadouer les intégristes, le calife el-Mansou ordonne l'autodafé de toutes les œuvres du philosophe andalou Averroes dont les concepts influenceront non seulement l’âge des Lumières en Occident, mais toute la pensée humaine. Les disciples d'Averroes et ses proches décident d'en faire des copies et de les passer à travers les frontières. Chahine nous plonge ainsi dans l'Andalousie musulmane du XIIe siècle, lieu d'affrontements entre religieux fanatiques et savants soucieux de la diffusion des connaissances. C’est Joseph, fils d'un chrétien du Languedoc mort sur le bûcher pour avoir traduit Averroès, qui rejoint Cordoue, où la famille du philosophe l'accueille. Le philosophe Averroès est le premier conseiller du Calife al-Mansour, reconnu pour sa modération. Il a deux fils, Abdellah, qui passe son temps à danser chez les Gitans, et Nasser, héritier du trône que les membres d'une secte fanatique parviennent à le recruter.
Le film remporta le prix du 50ème anniversaire du Festival de Cannes, en 1997. Près de trente ans après, il est plus que jamais d’actualité. Mais plutôt que de proposer une œuvre obscure dans le fond comme dans la forme et plutôt que de céder à la démonstration, Chahine signe une grande fresque romanesque dans laquelle le western, le conte, le mélodrame, la comédie musicale et le film historique se répondent avec une liberté réjouissante.
Alors que l'intégrisme religieux gagnait du terrain, notamment en Égypte, Chahine oppose à l'obscurantisme les armes de l'art, du savoir et de la pensée, sans jamais céder au manichéisme. Lui-même fut la cible du fanatisme lorsque L'Émigré, en 1994, fut attaqué en justice pour son prétendu caractère blasphématoire. En choisissant de situer son récit dans l'Andalousie du XIIe siècle, il dépasse pourtant largement le cadre historique : son film acquiert une portée universelle, qui résonne aujourd'hui avec une force peut-être encore plus saisissante qu'à sa sortie.
Cette idée d'une pensée libre qui résiste aux enfermements trouvait d'ailleurs un écho inattendu dans plusieurs œuvres contemporaines présentées à La Rochelle. À commencer par L'Inconnue d'Arthur Harari, autre film de métamorphose, où les certitudes vacillent jusque dans l'identité même des êtres.
L’INCONNUE d’Arthur Harari (au cinéma le 26 août)

Je veux vous dire d'emblée combien ce film est captivant, troublant et profondément singulier. Cette fable vertigineuse fut présentée en compétition du 79e Festival de Cannes. Cinq ans après Onoda, 10000 nuits dans la jungle, Arthur Harari nous déroute donc de nouveau. Lors de la présentation à La Rochelle, le cinéaste a notamment expliqué s’être inspiré de Blow up d’Antonioni pour la scène lors de laquelle le rapport à la réalité de David (Niels Schneider) change après avoir photographié Eva (Léa Seydoux). Il s’est également dit « fasciné par l’intériorité ».
Léa Seydoux incarne Eva cette inconnue qui rappelle la Carlotta de Vertigo, personnage fantomatique qui prend toute la place à la fin. Il a expliqué avoir travaillé neuf mois sur le montage. Il a notamment cité La Nausée de Sartre, ce passage dans lequel Roquentin éprouve soudain le monde dans toute son étrangeté, jusqu'à la nausée. Il a aussi revendiqué la présence tutélaire de Kafka qui « provoque aussi ce malaise froid à la lecture ». « Je cherche des histoires et des rapports physiques qui puissent créer des expériences », a ajouté Harrari. Il a également confirmé que le personnage de David Zimmerman porte un nom qui n’a évidemment rien d’innocent. Le patronyme Zimmerman renvoie évidemment au véritable nom de Bob Dylan. Arthur Harari revendique explicitement ce clin d’œil, fasciné par « la dimension caméléon » de Dylan et sa capacité à changer de peau.
À bientôt quarante ans, David Zimmerman est photographe. Il documente, cent ans après, les cartes postales d’époque et trente ans après son père, différents lieux de la banlieue parisienne. Mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.
Le scénario aurait mérité un prix à Cannes où il figurait en compétition. Dans ce film, le réel tangue en permanence. Il questionne l'intériorité dans un vertige hitchcockien qui rappelle celui de Vertigo. Une expérience marquante. Une réussite à tous points de vue, portée par un remarquable travail de montage, une interprétation saisissante et une musique qui semble osciller entre Bernard Herrmann et Philippe Sarde.
Le travail de David consiste ainsi à cartographier ce qui n’est plus. C’est en photographiant exceptionnellement, des personnes, un couple qui célèbre ses cinquante ans de mariage que, derrière eux, il observe et prend en photo une serveuse qui renverse son plateau. C’est en la retrouvant par hasard lors d’une fête chaotique (déjà), qu’il la suit. Puis, dans ce cadre, sans un mot échangé, ils font l’amour. Le lendemain, David se réveille dans le corps de l’inconnue.
Arthur Harari et son frère Lucas adaptent ici leur propre bande dessinée, Le Cas David Zimmerman. Et il en fallait, du talent pour faire en sorte que le spectateur croie en cette mutation. Bien sûr, cette idée de départ provoque la perturbation, le malaise et l’inconfort, dès le premier plan d’ailleurs. Celui de David, seul dans sa voiture, derrière un rideau de pluie, à regarder un paysage qui n’est plus, qui lui non plus n’a plus son identité d’hier.
Harari n’opte ni pour le fantastique ni pour l’explication rationnelle. Nous y croyons pourtant à ces métamorphoses qui sont des maladies ignorées de la population.
Impossible, évidemment, de ne pas voir là une métaphore du métier d’acteur, son rapport à l’autre, au masque que portent les acteurs, et au corps, surtout quand ceux des deux acteurs principaux sont presque méconnaissables, surtout celui de Niels Schneider, rachitique, les traits émaciés, les cheveux gras, semble avoir erré dans une autre dimension. C’est parfois ainsi bouleversant, comme lorsque la jeune Malia habitant le corps de David se retrouve face à son père qui ne reconnaît pas le cœur et l’âme de sa fille derrière ce corps inconnu et la rejette brutalement.
Après la colère, l’incompréhension et l’abasourdissement viendra le temps de l’acceptation. Le chemin aura été aussi passionnant qu’éprouvant. Du grand art en tout cas.
Ce film nous raconte aussi la rencontre de personnes seules en souffrance. Comme dans l'autre coup au cœur de ce festival. Le bouleversant Adieu monde cruel de Félix de Givry au dénouement duquel l'émotion m'a totalement submergée. Des larmes inextinguibles.
ADIEU MONDE CRUEL de Félix de Givry

Dans ce premier long métrage, qui sortira le 9 septembre 2026, Félix de Givry aborde le harcèlement scolaire (toujours hors champ) avec une infinie sensibilité.
Otto Vidal, quatorze ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Mais sa tentative de suicide échoue. Trop honteux pour rentrer chez lui, alors que tout le monde le croit mort, il se réfugie d’abord dans un couvent désaffecté. Léna, une élève de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville et lui propose alors de se réfugier dans une chambre condamnée de l’hôtel de sa mère. Otto et Léna sont deux adolescents en souffrance. Léna n’a presque pas connu son père mort alors qu’elle était toute petite.
Ce film fut présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2026 en séance spéciale et en clôture.
Lors de la présentation du film à La Rochelle, Félix de Givry, notamment producteur d’Arco d’Ugo Bienvenu mais aussi acteur, notamment acteur principal du film Eden de Mia Hansen-løve, mais aussi chez Assayas (Après Mai), a raconté avoir lui-même vécu ce harcèlement, la honte de ne pas pouvoir en parler et l’impression de ne pas pouvoir exister.
Parmi ses influences, il a notamment cité Quatre nuits d'un rêveur de Bresson, inspiré des Nuits blanches de Dostoïevski. Un film que je vous recommande au passage avec ses quatre soirs aux accents d’éternité, entre nuit et jour, entre réalité et idéalisation, entre joie et peine, film sublime et douloureux comme l’amour qu’il dépeint, une déambulation dans un Paris exhalant une séduisante nostalgie.
Le film de Félix de Givry se déroule à Lisieux, ce qui inscrit discrètement la religion à l'arrière-plan du récit, choix délibéré comme celui du prototype de la ville de province à la Chabrol.
Arnaud Toulon a composé la musique (il avait aussi composé celle d’Arco). Et décidément les parallèles se poursuivent entre ce film et celui d’Arthur Harrari puisque cette musique évoque celle fantomatique de Vertigo d’Herrmann, et m’a surtout rappelée celle des Choses de la vie de Philippe Sarde. Comme références, le cinéaste a également cité Legrand et Morricone. Et Truffaut comme réalisateur.
Tout commence par un cri de désespoir : un enfant traqué tente d'échapper à ses poursuivants. Seule sa lettre d'adieu nous en dira un peu plus (et encore, de manière sibylline) sur ce qu’il a subi. La suite emprunte les chemins du conte, à l’image du personnage de Noé qui semble échappé tout droit d’un autre univers.
Avec ce premier long métrage, tourné en Super 16, Félix de Givry nous transporte dans un ailleurs proche. Cet hôtel de la mère de Léna où cette dernière cache Otto est comme ces refuges imaginaires que s’inventent les enfants pour s’évader de la réalité. Les rues autour sont désertes, les chambres surannées plongées dans un étrange clair-obscur comme si tout cela n’était pas tout à fait réel. Ce décor, qui semble n'appartenir qu'à eux, confère au récit un profond sentiment d'intemporalité, de même que la voix off très littéraire et très truffaldienne.
Milo Machado-Graner (qui avait tant marqué les esprits dans Anatomie d’une chute de Justine Triet dont le coscénariste est d'ailleurs un certain Arthur Harari) et Jane Beeve apportent de la fragilité, de la candeur, de la retenue, de la poésie, de la douceur et de la délicatesse à leurs personnages, et à leur errance fantomatique et rêveuse. Les mères (il n’y a pas de pères, Milo ne veut plus voir le sien) n’apparaissent que très peu, ce qui contribue à tenir encore plus la réalité à distance. Cet intermède les fait passer de l’obscurité à la lumière aveuglante de l’été par laquelle s’achève le film.
Cette échappée belle hors du temps, cette fuite immobile, est empreinte des doux élans de l’adolescence, imprégnée des films de la Nouvelle Vague. Un premier film d’une sensibilité rare qui m’a littéralement bouleversée.
Il fallait beaucoup de courage pour traiter un sujet aussi douloureux sans jamais céder au misérabilisme ni aux facilités du mélodrame. Félix de Givry y parvient avec une grâce remarquable. Son film rappelle que les blessures de l'adolescence ne disparaissent jamais tout à fait, mais que la beauté, la rencontre et l'imaginaire peuvent parfois ouvrir un chemin vers la lumière. L'un des premiers films français les plus sensibles et les plus prometteurs que j'aie vus depuis longtemps.
Après les métamorphoses de L'Inconnue, avant celles de Trois Adieux, Adieu monde cruel raconte, lui aussi, une renaissance. Celle de deux êtres cabossés qui, en se rencontrant, réapprennent peu à peu à habiter le monde.
Lorsque les lumières se sont rallumées, il m'a fallu quelques instants pour revenir à la réalité. Les dernières minutes du film m'ont submergée d'émotion, parce qu'elles parlent avec une infinie justesse de ces blessures indicibles, mais aussi de cette fragile espérance qui permet parfois de continuer à avancer.
Cette renaissance intérieure traverse décidément nombre des films présentés cette année. Isabel Coixet en proposait aussi sa variation avec Trois Adieux, où l'annonce de la maladie devient paradoxalement une célébration de la vie.
TROIS ADIEUX d'Isabel Coixet

Trois Adieux d’Isabel Coixet sortira au cinéma le 2 septembre 2026.
Après une dispute en apparence anodine, Marta (Alba Rohrwacher) et Antonio (Elio Germano) se séparent. Lui, chef cuisinier en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans un silence d'abord presque imperceptible, voit son corps lui envoyer un signal inattendu : elle perd l'appétit. Ce symptôme, qui semble d'abord anodin, révèle une réalité autrement plus vertigineuse. À partir de cet instant, chaque sensation prend une intensité nouvelle. Les saveurs deviennent plus précieuses, la musique plus bouleversante, le désir plus impérieux, comme si l'imminence de la fin rendait soudain chaque instant infiniment plus vivant.
À l'image de L'Inconnue d'Arthur Harari ou d'Adieu monde cruel de Félix de Givry, Trois Adieux déjoue constamment les attentes du spectateur. Là où l'on pourrait redouter un mélodrame sur la maladie, Isabel Coixet choisit au contraire la délicatesse, l'épure et la lumière. Adapté du roman Tre ciotole de Michela Murgia, publié peu avant la disparition de l'écrivaine italienne en 2023, le film prolonge cette même volonté de transformer l'épreuve en un geste de création, en source d'élan.
Ce qui frappe avant tout, c'est la pudeur avec laquelle la réalisatrice accompagne son héroïne. Jamais la maladie ne définit Marta. Elle agit plutôt comme un révélateur. Face à l'urgence du temps, les conventions s'effacent, les faux-semblants tombent, laissant place à une femme qui s'autorise enfin à vivre selon ses propres désirs. Loin de toute complaisance, Isabel Coixet filme cette métamorphose avec une infinie douceur, sans jamais chercher à provoquer artificiellement les larmes.
Rome devient alors bien davantage qu'un décor. La ville baignée de lumière semble répondre à cette renaissance intérieure, participant de cette célébration discrète de la vie, comme si chaque lieu rappelait à Marta la beauté fragile du présent. La cinéaste compose ainsi un film lumineux sur un sujet qui aurait pu sombrer dans l'obscurité.
Ce qui demeure après la projection n'est d'ailleurs pas le souvenir de la maladie, mais celui d'un regard. Celui d'une femme qui redécouvre le monde avec une acuité nouvelle. Isabel Coixet rappelle avec une élégance rare que la conscience de notre finitude peut aussi être une formidable invitation à vivre davantage, à aimer plus librement et à savourer pleinement chaque instant.
Une œuvre profondément sensible, d'une grande délicatesse, qui préfère la grâce à l'emphase et l'émotion à la démonstration.
CONCLUSION

Pendant ces trois jours, il aura finalement été beaucoup question de métamorphoses. Celle d'un homme qui se réveille dans le corps d'une inconnue, chez Arthur Harari. Celle de deux adolescents qui réapprennent à vivre dans Adieu monde cruel. Celle d'une femme qui, confrontée à la maladie, redécouvre avec une intensité nouvelle la saveur du monde dans Trois Adieux. Celle aussi d'un philosophe qui refuse que la pensée soit muselée dans Le Destin. Et, derrière le rire de Jacques Tati, celle d'une société qui se transforme jusqu'à oublier parfois ce qui fait son humanité.
Des films très différents, mais traversés par une même interrogation : comment rester libre, sensible et profondément vivant dans un monde qui tend à nous uniformiser, nous enfermer ou nous museler ?
C'est peut-être cela qui constitue la singularité du Festival La Rochelle Cinéma. Ici, aucune compétition ne vient dicter le regard. Les œuvres dialoguent entre elles, les générations se répondent, les découvertes côtoient les chefs-d'œuvre restaurés. On passe de Youssef Chahine à Jacques Tati, d'Isabel Coixet à Arthur Harari, de Christophe Honoré à Félix de Givry, avec le sentiment qu'un même fil invisible relie tous ces cinéastes : celui d'un cinéma qui nous invite à regarder autrement.

Je quitte La Rochelle avec cette conviction renforcée : le cinéma demeure un refuge, mais un refuge qui ne nous détourne jamais du monde. Il nous aide au contraire à mieux le comprendre, à l'habiter avec davantage de curiosité, d'empathie et d'émerveillement. Ces trois jours auront filé à une vitesse fulgurante, mais ils laisseront longtemps leur empreinte.
Le Fema est de ceux où l'on enchaîne les projections tout en accumulant aussi des souvenirs, des rencontres et des émotions. Une parenthèse précieuse que je ne peux que recommander à tous les amoureux du septième art.

Je suis repartie avec le souvenir d'une ville dont la beauté semble dialoguer avec les films qu'elle accueille. Entre la lumière si changeante du Vieux-Port, les tours qui veillent sur l'océan, les ruelles où l'on aime se perdre et la Coursive, La Rochelle possède une grâce singulière. Comme le Fema, elle invite à ralentir, à observer, à s'émerveiller. Elle ne sert pas seulement d'écrin au festival : elle en prolonge l'esprit. Je comprends désormais pourquoi tant de festivaliers y reviennent chaque été. Pour ma part, elle m'a profondément ensorcelée. C’est certain : je reviendrai pour la 55e édition !


