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  • Critique de LA FRENCH de Cédric Jimenez à 20H55 sur Canal + ce 12 décembre 2015

    La French, Cédric Jimenez, Jean Dujardin, La French, Gilles Lellouche, critique, film, cinéma, télévision, Canal plus, Canal +

    Melville. Verneuil. Deray. Corneau. Les cinéastes qui ont donné ses lettres de noblesse au cinéma policier français. Un cinéma de codes, de genre, parfois manichéen, à dessein. Un cinéma avec ses héros, flics ou gangsters. Le cinéma que j’aime, parfois aveuglément, parfois pour ses défauts, pour ce manichéisme justement, réjouissant. Autant dire que j’attendais avec énormément d’impatience « La French » qui renouait avec ce cinéma d’antan, essentiellement à l’honneur dans les années 1970.

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    C’est justement dans les années 1970 que débute « La French », plus exactement en 1975, à Marseille. Pierre Michel incarné par Jean Dujardin est un jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, nommé juge du grand banditisme à Marseille. Il décide de s’attaquer à la French Connection (dite « La French »), organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier et en particulier à Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche), figure emblématique du milieu et parrain intouchable contre lequel le juge Michel va partir en croisade.

    Tous les ingrédients d’un grand film policier sont là : une fiction librement inspirée d’une histoire vraie connue et encore malgré tout auréolée de zones d’ombres, un décor très cinématographique, -Marseille-, le combat entre deux (anti)héros, le gangster et le juge, des seconds rôles forts, de vraies « gueules » de cinéma, une histoire placée sous le sceau de la tragédie.

    Pour son deuxième long-métrage de fiction après « Aux yeux de tous » (Il a également réalisé un documentaire intitulé « Who’s the Boss : Boss of Scandalz Strategyz »), Cédric Jimenez s’est attelé à un projet pour le moins ambitieux, et pas seulement financièrement (21 millions d’euros). Toute la qualité du scénario écrit par celui-ci et sa compagne Audrey Diwan réside dans l’alternance de scènes spectaculaires et de scènes intimes, de scènes d’action et de scènes d’émotion, pareillement réussies. Les scènes d’émotion parsèment le film et n’en sont que plus touchantes quand le juge ou Zampa (plus rarement) baissent la garde.

    Si le héros de l’histoire est indéniablement le juge, un homme droit, intègre jusqu’à l’obsession, son parcours est mis en parallèle avec celui de Zampa : intelligente construction dichotomique du film qui croise constamment ces deux destinées devenues indissociables. Leurs deux rencontres, dont l’une est filmée de telle sorte qu’elle semble avoir lieu dans les cieux, n’en ont que plus d’impact. Le Marseille des années 1970 est magnifiquement reconstitué et mis en lumière par Laurent Tangy. Le réalisateur, Cédric Jimenez, sait d’ailleurs d’autant mieux ce dont il parle qu’il est lui-même originaire de la cité phocéenne.

    Lellouche et Dujardin sont parfaits, l’un dans le rôle du juge intègre, humain mais obstiné, faisant passer son devoir avant son intérêt, l’autre dans le rôle du « parrain » charismatique, Gilles Lellouche tout en puissance, impressionnant. Dujardin prouve une nouvelle fois sa capacité à incarner des personnages très différents mais surtout à être une figure du cinéma qui, justement, avait un peu disparu, celle qu’incarnaient Belmondo ou Delon, celle du personnage qui, flic ou voyou, emporte d’emblée la sympathie du public qui n’allait plus voir un film de Verneuil ou Deray mais le dernier Belmondo ou Delon ou Ventura tout comme, sans aucun doute, j’irai voir le prochain Dujardin. Dans les rôles secondaires, Benoît Magimel, Guillaume Gouix, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Moussa Maaskri, Cyril Lecomte sont parfaits sans oublier Bernard Blancan, trop rare et qui trouve ici un nouveau rôle à sa (dé)mesure (pour ceux qui l’auraient oublié : prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2006 pour « Indigènes »).

    Un « french » film doté des qualités que certains prêtent uniquement au cinéma américain, oubliant un peu vite ou méconnaissant l’histoire du cinéma français, riche de chefs d’œuvre du cinéma policier. Plus qu’un film policier, une page de notre Histoire (passionnantes scènes avec Gaston Defferre, sur son rôle trouble), un récit à la fois intime et spectaculaire palpitant, le film qui réconcilie les années 1970 avec le cinéma contemporain et qui plaira autant aux amateurs de l’un qu’aux amateurs de l’autre, mais aussi aux amoureux du cinéma de Scorsese (vers lequel lorgne évidemment Jimenez autant de par ses mouvements de caméra, la construction du film, son univers que l’usage de la musique, notamment, à noter, une bo remarquable) qu’à ceux de celui de Deray ou Verneuil. Bref, 2H15 à consacrer à « La French » et que vous auriez tort de ne pas  passer dans la ville de « Borsalino » avec un face-à-face qui a la force du duo/duel Delon/Belmondo.

    Retrouvez également Jean Dujardin dans UN + UNE de Claude Lelouch, actuellement à l'affiche. Ma critique, ici.

  • Avant-première – Critique – « A bout portant » de Fred Cavayé : la comédie de l’année ?

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    Ayant beaucoup apprécié le premier film de Fred Cavayé, le nerveux, efficace, rythmé et haletant « Pour elle » sorti en 2008 qui, par ailleurs, marquait la naissance d’un cinéaste français imprégné de cinéma américain initiant un film de genre et son genre de film bien à lui, j’étais impatiente de découvrir son deuxième film « A bout portant ».

    Dans  « A bout portant », tout va pour le mieux pour Nadia (Elena Anaya) et Samuel (Gilles Lellouche) : lui va bientôt passer les examens pour devenir infirmer, elle est enceinte de leur premier enfant et ils sont visiblement très amoureux. Tout bascule le jour où un truand recherché, un certain Hugo Sartet-Roschdy Zem- (un nom de famille qui rappellera quelqu’un aux cinéphiles) est hospitalisé dans le service de Samuel. Chez lui, Samuel est brutalement agressé. Sa femme est kidnappée. Samuel a alors trois heures pour sortir Sartet, alors sous surveillance policière, de l’hôpital…

    Voilà un pitch plutôt alléchant qui nous en rappelle d’ailleurs un autre. Celui du premier film de Fred Cavayé. Même basculement brusque d’un quotidien joyeux et tranquille dans l’absurdité et dans l’horreur. Même principe hitchcockien d’un homme ordinaire plongé dans une situation horriblement extraordinaire. Scène similaire du début pour nous montrer un couple amoureux dans son quotidien. Même recours à un slogan, hier « Jusqu’où iriez-vous par amour ?», aujourd’hui « Il a trois heures pour sauver sa femme. » Chacun des deux slogans peuvent d’ailleurs s’appliquer pareillement aux deux films, de même que les titres également interchangeables, « A bout portant », aurait très bien pu s’intituler « Pour elle ». La comparaison s’arrête là.

    D’abord, qu’on arrête de comparer le cinéma français au cinéma américain, toujours au profit du second. Le cinéma français est justement intéressant (oui, il l’est) quand il conserve sa spécificité et non quand il cherche, souvent vainement, à singer une caricature du cinéma américain. D’ailleurs, Fred Cavayé n’aime pas seulement le cinéma américain puisqu’il cite ouvertement Verneuil en nommant le personnage de Roschdy Zem Sartet (Alain Delon s’appelle Roger Sartet dans « Le Clan des Siciliens » d’Henri Verneuil). Sorte de personnage melvillien imperturbable, le Sartet de Fred Cavayé n’est guère plus loquace et expansif que celui de Verneuil. Là aussi, la comparaison s’arrête là.

    Un pitch accrocheur. De brillantes références (qui s’avèreront présomptueuses). Une noble ambition.  Et tout cela s’avère être finalement un décevant trompe l’œil. Comme si le film lui-même était la bande-annonce du long-métrage intéressant qu’il aurait pu être. Le film ne correspond d’ailleurs pas à son slogan puisque les trois heures fatidiques seront bien vite mises de côté au profit d’une course poursuite  harassante qui nous hypnotise et nous ferait presque oublier la vacuité du scénario et l’enjeu initial qui n’a finalement plus aucun intérêt.

     Premier problème : l’absence totale de vraisemblance. L’injection d’adrénaline que Sartet a reçue doit être bigrement efficace pour qu’il se rétablisse aussi vite, et passe du statut de presque mort à celui de champion olympique capable de braver les pires poursuivants. Sans parler de la facilité avec laquelle il entre dans l’antre des policiers alors que son portrait de truand recherché  est  absolument partout. Ni de celle avec laquelle une femme enceinte ( de 7 mois et demi pour corser l’affaire et ne devant absolument pas bouger de chez elle) résiste à la violence physique et morale puis se rebelle avec une même violence. Le summum est quand même atteint avec cette bande de flics ripoux à la tête desquels se trouve Gérard Lanvin tous sur le même moule psychologique ( corrompus, impitoyables, violents) et agissant au siège même de la police sans que personne ne s’en aperçoive ( !!). A part la corruption qui les anime entièrement, on ne saura jamais qui ils sont. D’ailleurs tout le film est à cette image. Comme si les personnages correspondaient à des prototypes pas vraiment incarnés. Il y a les flics ripoux impitoyables. L’homme ordinaire dans la situation extraordinaire. Le truand brutal et hiératique (pensez donc il ne bronche même pas en découvrant la mort de son frère). La femme enceinte terrifiée qui ne comprend rien et qui subitement comprend tout sans qu’on lui ait rien expliqué (le film est très avare de dialogues).

     Passons encore sur l’invraisemblance, la vraisemblance n’était pas la condition sine qua non d’un bon film. Après tout sans doute l’amour, la vengeance  donnent-ils des ailes à notre infirmier/superman en devenir. Seulement 1H24 de courses-poursuites, pour nous dire que l’homme ordinaire plongé dans une situation extraordinaire peut se surpasser perdant toute notion de morale ou de bien ou de mal, suffisent-elles à faire un film ?

    Et 1H24 peut être très longue avec presque pas de dialogues ou alors eux aussi absurdes « Ma femme est enceinte » ( dit par un Gilles Lellouche affolé, yeux globuleux de rigueur, comme si à 7 mois et demi personne ne s’en était aperçu) ou « Qu’est-ce que vous faîtes », (un automobiliste parterre affolé venant de se faire voler sa voiture). Melville a pourtant montré qu’on peut très bien se passer de dialogues (cf la longue et palpitante scène du casse dans « Le Cercle rouge ») seulement n’est pas Meville ou Verneuil qui veut.  Jamais la tension ne retombe si bien qu’à être constamment sur la même note, il n’y a plus de crescendo ou de decrescendo, la note en question perd toute force et sa répétition finit par  ennuyer. Un comble pour un film d’action qui n’aspire justement qu’à divertir. Fred Cavayé et ses mouvements de caméra frénétiques ne ménage pourtant pas ses efforts pour que nous aussi nous sentions « à bout portant », suffoqués, prisonniers de ce qui aurait dû être ou en tant ou cas était initialement annoncé comme un inéluctable compte à rebours.

    Heureusement : Roschdy Zem, comme toujours excellent, est là pour essayer de tenter de sauver le film. Il met toute l’intensité qu’il peut dans son rôle stéréotypé et silencieux. La relation qui le lie à Samuel lié à lui par la force des choses aurait pu être passionnante, mais ils semblent coexister sans que rien ne se passe. Les seconds rôles ont visiblement été négligés au profit de l’action tant là encore les interprétations manquent de nuances (mais comment faire exister des personnages qui ne parlent pas et ne sont que des stéréotypes ?).

    Je me suis même demandée s’il ne s’agissait pas d’une parodie tant ce film est une caricature de blockbusters américains : absence de dialogues ou alors dialogues ineptes, absence de psychologie, musique omniprésente, pitch en forme de slogan sans réel rapport avec le film, scènes violentes finalement ridicules, fin morale et rassurante etc. Non, pourtant, ce film est dramatiquement sérieux.

    En bref, une injection d’adrénaline pour nous en mettre plein la vue et nous anesthésier, nous garder, nous aussi, artificiellement éveillés. Un écran de fumée pour masquer une absence totale de scénario, de psychologie, de dialogues, d’enjeu. Je ne pense pas que le cinéma français consiste à « parler dans une cuisine » (boutade introductive à la projection de Fred Cavayé, et quand bien même, une conversation dans une cuisine peut s’avérer plus palpitante qu’une course-poursuites), pas plus que le cinéma américain consiste à des courses-poursuites sans dialogues et des personnages sans consistance. Ma déception a été à la hauteur de mon attente et de l’enthousiasme que j’avais éprouvé en voyant « Pour elle », espérons que le troisième film de Fred Cavayé saura prendre le meilleur de l’un et de l’autre, et de son premier film pour nous faire oublier le second!

    Cliquez ici pour lire ma critique de « Pour elle » de Fred Cavayé

  • Avant-première - Critique du film « Les petits mouchoirs » de Guillaume Canet avec François Cluzet, Marion Cotillard…

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    Après les succès de « Mon idole » (dont j’avais aimé la causticité) et « Ne le dis à personne » (par lequel je n’avais pas été convaincue, voir ici) Guillaume Canet, comme beaucoup de réalisateurs, aurait pu se contenter d’adapter un best-seller avec une part de risque minimale. Il a au contraire choisi un sujet très personnel (pour lequel il a même refusé de travailler pour Scorsese) et c’est à la fois la grande force et la faiblesse du film.

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    Direction le Cap-Ferret, une maison en bord de mer appartenant à Max (François Cluzet), une maison où chaque été se réunit une bande d’amis. Seulement cet été-là,  tout est comme d’habitude et à la fois différent car l’un d’entre eux, Ludo (Jean Dujardin) manque à l’appel, retenu sur un lit d’hôpital. Chacun va mettre un « petit mouchoir » sur la vérité. Le petit mouchoir c’est le voile du mensonge, le masque que chacun arbore pour ne pas dévoiler ses doutes, ses failles et ses angoisses. Les petits mouchoirs, ce sont les mensonges faits aux autres mais surtout à soi-même. 

    Cela commence au Baron, célèbre boîte de nuit du 8ème arrondissement. Un habile plan-séquence qui nous plonge dans cette frénésie et en capture la gravité masquée de bonne humeur excessive : la gaieté feinte et les rires factices et exubérants suscités par l’alcool, la drogue, la tristesse dissimulée.  Puis c’est le fracas de la réalité. Et le retour à la vie normale comme si de rien n’était… ou presque.

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    Guillaume Canet nous immerge alors dans la vie de ces amis au Cap-Ferret avec la volonté délibérée de faire « un film de potes » comme il le dit lui-même. S’il évoque notamment « Mes meilleurs copains » de Jean-Marie Poiré, en inconditionnelle du cinéma de Claude Sautet, j’ai évidemment plutôt pensé à « Vincent, François, Paul et les autres ». D’ailleurs, Benoît Magimel s’appelle Vincent ; François Cluzet s’appelle ici Max (comme Michel Piccoli dans « Max et les ferrailleurs ») et il m’a  rappelé ce dernier dans la fameuse scène de colère de « Vincent, François, Paul et les autres ». Gabin aussi, si célèbre pour ses scènes de colère. Et la maison du Cap-Ferret m’a fait penser à celle de « César et Rosalie ».

     Même si Guillaume Canet/réalisateur n’atteint pas cette note parfaite, cette virtuosité à laquelle accédait Claude Sautet, mélomane averti, il y a dans ce film cette même quête de raconter la complexité derrière « une histoire simple », de quérir les frémissements de vie, les fléchissements en chacun, de dévoiler une part du mystère dans lequel chacun se drape.

    Plus qu’à Claude Sautet, il m’a d’ailleurs fait penser à Lelouch (même s’il reniera peut-être cette comparaison, lui qui lorgne davantage du côté du cinéma américain et cite plus volontiers Cassavetes) dans sa quête de « fragment de vérité », dans sa sincérité, dans sa façon de filmer au plus près des visages, d’effleurer presque amoureusement ses personnages, et de constamment chercher à tirer le meilleur de ses acteurs. Les virtuoses ce sont eux et c’est la raison pour laquelle il n’a pas voulu faire de l’esbroufe dans sa réalisation. Sa mise en scène se fait donc ainsi discrète. Le cadre à la fois étouffe et caresse les personnages et les  enserre, comme ils le sont dans leurs apparences et leurs mensonges.

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     A l’exception de Laurent Lafitte (dont les rires et les larmes m’ont semblé parfois forcés), le casting est irréprochable. Chaque apparition de François Cluzet est un pur bonheur, à la fois irascible et touchant, volubile et secret. Benoît Magimel dégage un charme mélancolique irrésistible. Marion Cotillard n’a jamais été filmée aussi amoureusement, à la fois frontalement et délicatement. Valérie Bonneton est férocement drôle et Gilles Lellouche incarne avec beaucoup de nuances son personnage qui accepte enfin et trop tard de grandir. Quant à Joel Dupuch,  il est plus qu’il ne joue et le film y gagne en émotion et gravité.

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     La comparaison avec Lelouch s’arrête là, si ce n’est qu’elle explique sans doute aussi la virulence de certaines réactions suite à l’avant-première. Elle s’arrête là parce que Canet impose son propre rythme et son propre style et de films en films construit son propre univers.

     « Les petits mouchoirs » dure 2H25, beaucoup trop semble-t-il pour certains. Or, justement, c’est cette durée qui nous permet de créer la proximité avec les personnages, c’est une durée qui coïncide judicieusement avec le fond du film. Une durée nécessaire pour donner du temps au temps, pour laisser tomber les masques, pour prendre le temps de vivre, d’accepter la qualité des silences, du temps qui passe et en saisir la beauté et la violence fugaces. Il n’est pas dans le spectaculaire mais dans l’intime. Il ne cherche pas à nous en mettre plein la vue mais à ouvrir notre regard, lui laisser le temps de se poser, de regarder la vie qui passe et qu’il tente de capter. Certaines scènes peut-être auraient pu être écourtées voire supprimées –même si beaucoup l’ont déjà été puisque le montage initial faisait près de 4H-(et c’est là sans doute que le film est « trop » personnel, en totale empathie pour son sujet, ses personnages et ses acteurs, Guillaume Canet nous oublie un peu) mais il a en tout cas beaucoup de tendresse communicative pour ses personnages et ses acteurs et nous donne envie , malgré et à cause de leurs failles, de se joindre à eux.

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    A l’issue de la projection, Guillaume Canet a demandé que nous n’évoquions ni la fin ni le début, tétanisé visiblement à l’idée qu’ils puissent être dévoilés, pourtant ce n’est pas là que réside le principal intérêt de son film. La fin est d’ailleurs attendue mais non moins bouleversante faisant surgir l’émotion contenue qui explose et  avec elle les masques de chacun, faisant voler en éclats les petits mouchoirs posés sur la vérité. Le rire n’a jamais  si bien illustré sa définition de « politesse du désespoir », tout son film étant jalonné de moments drôles et savoureux mais qui sont aussi touchants parce que le masque de la culpabilité et/ou de la tristesse qui affleurent dans un regard soudainement assombri.  Son film souffre  donc (un peu) mais s’enrichit (surtout) d’être très personnel. Pour moi, Guillaume Canet/réalisateur  est donc indéniablement meilleur quand il signe un sujet personnel que quand il adapte Harlan Coben. J’en attends beaucoup de son futur projet avec James Gray.

    Un film choral qui ne cherche pas à révolutionner le cinéma (et dont je n’ai d’ailleurs cessé de me dire pendant toute la projection qu’il ferait une excellente pièce de théâtre) mais qui vous donne envie de prendre le temps de vivre, de laisser choir le voile du mensonge, de regarder et voir, d’écouter et d’entendre. Et c’est finalement là sans doute la plus discrète des audaces et sa vraie réussite.  . Malgré quelques longueurs vous ne verrez pas passer les 2H25 de ce troisième long-métrage de Guillaume Canet qui enlace ses personnages avec une tendre lucidité et embrasse la vie et sa cruauté poignante et involontaire avec tendresse et qui, à son image, complexe et paradoxale, s’achève sur une touchante note de tristesse et d’espoir.

    BONUS: Mes vidéos du débat à l'issue de la projection en avant-première avec Guillaume Canet et Gilles Lellouche

    

    

    MAKING-OF "Les petits mouchoirs"

    

    

    

    

  • Vidéos : Guillaume Canet présente "Les petits mouchoirs" avec Gilles Lellouche

     mouchoirs2.jpgEn attendant ma critique, voici deux vidéos de l'avant-première du troisième long-métrage de Guillaume Canet en tant que réalisateur, "Les petits mouchoirs", hier soir, au Forum des Images, dans le cadre du club 300 d'Allociné.  A l'issue du film, Guillaume Canet et Gilles Lellouche ont répondu aux questions du public et le premier a notamment évoqué la genèse de celui-ci, un projet très personnel au sujet duquel il s'est exprimé avec passion. En voici deux extraits: