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marty supreme

  • Critique - MARTY SUPRÊME de Josh Safdie (au cinéma le 18 février 2026)

    cinéma, film, critique, Marty suprême, Marty supreme, Timothée Chalamet, Oscars 2026, critique de Marty suprême de Josh Safdie, Josh Safdie, Abel Ferrara

    Avec neuf nominations aux Oscars 2026 dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Timothée Chalamet, le film de Josh Safdie (coécrit avec Ronald Bronstein) est-il le chef-d’œuvre annoncé ?

    1952. New York. Manhattan. Lower East Side. C’est là que travaille Marty Mauser (Timothée Chalamet), à contre-cœur, comme vendeur de chaussures, dans la boutique de son oncle qui lui propose le poste de gérant, mais Marty n’a qu’une seule idée en tête : que le tennis de table soit son tremplin pour la gloire, celui qui lui permettra de fuir sa famille et son quartier. Mais, à cette époque, ce sport n’est guère respecté, et dans son entourage personne ne prend vraiment au sérieux le rêve de Marty, pourtant extrêmement doué dans ce domaine. Le tennis de table se pratiquait dans des salles clandestines enfumées, des lieux souvent interlopes. Marty, jeune homme à l’ambition démesurée, est alors prêt à tout pour prouver au monde entier que rien ne lui est impossible. Dans cette Amérique de l’après-guerre, les obstacles auxquels Marty doit faire face s’accumulent et entravent ses espoirs de gloire : la grossesse de sa petite amie (mariée…à un autre), son manque d’argent chronique, la traque du chien d’un gangster (Abel Ferrara), une fédération de tennis de table avec laquelle il est quelque peu en froid, une mère autoritaire éternelle malade imaginaire… Rien n’y fait. Marty se considère comme « Marty Supreme » et est déterminé à prouver qu’il l’est en participant aux championnats du monde au Japon. Sur son chemin, il rencontre une ancienne vedette d’Hollywood (Gwyneth Paltrow) et son riche mari. Un personnage librement inspiré par Marty Reisman, qui fut champion de ping-pong des années 1940 jusqu’au début du siècle.

     Forever Young, d’Alphaville ouvre le film et donne le ton d’emblée, pas forcément subtil mais tonitruant et trépidant. Là, dans ces premières secondes, réside pourtant la clef du film et du personnage. Et si ce montage initial peut sembler téléphoné, celui de la scène finale est en revanche un modèle du genre, justifiant et excusant le premier (et le personnage pour ses excès).

    Marty incarne le rêve américain…et son désenchantement. Ce récit initiatique mené tambour battant accompagne ce personnage intransigeant jusqu’à la découverte de lui-même.

    Avec ce septième long métrage, Josh Safdie nous embarque aux quatre coins du globe, du Lower East Side à Londres, de Paris à Tokyo, jusqu’aux grandes pyramides. Un parcours inspiré du mythe de Sisyphe.  Ici, les Enfers pour Marty ne consistent pas à rouler un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, mais à essayer de trouver l’argent pour gagner Tokyo, et y participer aux championnats du monde. Il est sans cesse obligé de repartir de zéro, écrasé par de nouveaux dangers ou responsabilités. Rien ne peut freiner l’ambition insatiable de ce joueur prétentieux, sans scrupule et romantique, à la confiance en lui démesurée.

    Nous l’accompagnons alors, le souffle coupé, dans cette quête effrénée vers un idéal en lequel il est le seul à croire, quel qu’en soit le prix à payer, même celui d’humiliations. L’échec est-il alors envisageable quand la concrétisation d’un rêve nécessite d’affronter autant de situations cauchemardesques ?  

    Marty est ainsi l’incarnation du rêve américain. Celui de l’individu solitaire contre qui le destin se déchaîne (et les personnages malhonnêtes) mais qui est prêt à braver tous les dangers et obstacles pour réaliser son rêve. Il doit aussi faire face aux conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Il affronte ainsi Koto Endo, joueur japonais et héros national en devenir, interprété par Koto Kawaguchi (dans la réalité, lauréat du Championnat japonais de tennis de table pour les malentendants). Ce sont deux réalités qui s’affrontent. L’individualisme américain face à des individus qui tentent de se reconstruire.

    Odessa A’zion incarne Rachel, la petite amie incontrôlable de Marty, avec un mélange de fébrilité, d’émotivité, de force et d’assurance. Gwyneth Paltrow interprète Kay Stone, ancienne starlette hollywoodienne qui a troqué sa carrière depuis bien longtemps pour le confort et la sécurité en épousant le riche industriel, magnat du stylo plume, le féroce Milton Rockwell, joué par Kevin O’Leary qui s’est fait connaître grâce à une émission de téléréalité. Le célèbre artiste de hip-hop, Tyler the Creator, de son vrai nom Tyler Okonma, débute également au cinéma en interprétant Wally, meilleur ami et complice de Marty.

    Safdie s’est aussi entouré des meilleurs techniciens, à l’instar de Darius Khondji, le directeur de la photographie qui a travaillé avec David Fincher, Paul Thomas Anderson, Ari Aster, Bong Joon Ho, et Alejandro González Iñárritu. Il a filmé à plusieurs caméras, avec des objectifs grand-angle, pour restituer les échanges de balles vertigineux, ce qui insuffle beaucoup de rythme et d’énergie, et nimbe le film d’une lumière dorée, joliment surannée. Le compositeur Daniel Lopatin collabore avec Safdie pour la troisième fois. La partition, rythmée par les tubes pop et les chansons New Wave des années 80 intégrées au scénario, convoque un orchestre de trente musiciens et un chœur de trente voix. Ses flûtes envoûtantes vous restent en tête après le générique de fin. Le grand chef-décorateur Jack Fisk collabore pour la première fois avec Safdie. Celui qui a travaillé avec Terrence Malick, David Lynch et Martin Scorsese conçoit des décors depuis près de soixante ans.

    Enfin, il y a Timothée Chalamet qui s’efface devant ce personnage, auquel il se donne corps et âme. Il a été le plus jeune artiste nommé dans la catégorie « Meilleur acteur » depuis 1939 aux Oscars pour le rôle qui l’a révélé dans Call me by your name de Luca Guadagnino (2018). De la guitare de Bob Dylan (Un parfait inconnu de James Mangold - 2024) à la raquette de Marty, il se glisse dans la peau de ses personnages avec une déconcertante maestria.

    Il compte déjà à son actif de nombreux rôles mémorables, d’Interstellar de Christopher Nolan (2014) à Un jour de pluie à New York de Woody Allen (2019).

    Bien entendu, le film est émaillé de matchs mémorables, mais la quête de Marty est d’abord celle de l’argent nécessaire à son voyage, dans une fuite incessante qui nous tient rivés à l’écran, comme dans Catch me if you can, même si celui-ci est surtout dépassé par les situations comme Paul Hackett dans After Hours de Scorsese davantage qu’il ne les maîtrise comme Frank Abagnale dans le film de Spielberg.

    Alors, ce film est-il un chef-d’œuvre ? Il est en tout cas à l’image de l’époque : une succession ininterrompue d’images, de sons, à un rythme survolté, dans un chaos harassant et une tension permanente qui ne nous laissent pas le temps de réfléchir. Si le but du cinéma est de distraire de la réalité, l’objectif est rempli. Nous suivons avec curiosité ce personnage égocentrique, avides de savoir si, au bout du chemin, il trouvera non pas la victoire sportive mais un certain apaisement, et si l’insolence laissera place à l’humanité. Il vous faudra accompagner Marty dans sa poursuite éreintante pour le savoir. De préférence au cinéma l’Arlequin à Paris, seule salle à diffuser le film en copie 70 mm en Europe.

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  • Critique - MARTY SUPRÊME de Josh Safdie (au cinéma le 18 février 2026)

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    Avec neuf nominations aux Oscars 2026 dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Timothée Chalamet, le film de Josh Safdie (coécrit avec Ronald Bronstein) est-il le chef-d’œuvre annoncé ?

    1952. New York. Manhattan. Lower East Side. C’est là que travaille Marty Mauser (Timothée Chalamet), à contre-cœur, comme vendeur de chaussures, dans la boutique de son oncle qui lui propose le poste de gérant, mais Marty n’a qu’une seule idée en tête : que le tennis de table soit son tremplin pour la gloire, celui qui lui permettra de fuir sa famille et son quartier. Mais, à cette époque, ce sport n’est guère respecté, et dans son entourage personne ne prend vraiment au sérieux le rêve de Marty, pourtant extrêmement doué dans ce domaine. Le tennis de table se pratiquait dans des salles clandestines enfumées, des lieux souvent interlopes. Marty, jeune homme à l’ambition démesurée, est alors prêt à tout pour prouver au monde entier que rien ne lui est impossible. Dans cette Amérique de l’après-guerre, les obstacles auxquels Marty doit faire face s’accumulent et entravent ses espoirs de gloire : la grossesse de sa petite amie (mariée…à un autre), son manque d’argent chronique, la traque du chien d’un gangster (Abel Ferrara), une fédération de tennis de table avec laquelle il est quelque peu en froid, une mère autoritaire éternelle malade imaginaire… Rien n’y fait. Marty se considère comme « Marty Supreme » et est déterminé à prouver qu’il l’est en participant aux championnats du monde au Japon. Sur son chemin, il rencontre une ancienne vedette d’Hollywood (Gwyneth Paltrow) et son riche mari. Un personnage librement inspiré par Marty Reisman, qui fut champion de ping-pong des années 1940 jusqu’au début du siècle.

     Forever Young, d’Alphaville ouvre le film et donne le ton d’emblée, pas forcément subtil mais tonitruant et trépidant. Là, dans ces premières secondes, réside pourtant la clef du film et du personnage. Et si ce montage initial peut sembler téléphoné, celui de la scène finale est en revanche un modèle du genre, justifiant et excusant le premier (et le personnage pour ses excès).

    Marty incarne le rêve américain…et son désenchantement. Ce récit initiatique mené tambour battant accompagne ce personnage intransigeant jusqu’à la découverte de lui-même.

    Avec ce septième long métrage, Josh Safdie nous embarque aux quatre coins du globe, du Lower East Side à Londres, de Paris à Tokyo, jusqu’aux grandes pyramides. Un parcours inspiré du mythe de Sisyphe.  Ici, les Enfers pour Marty ne consistent pas à rouler un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, mais à essayer de trouver l’argent pour gagner Tokyo, et y participer aux championnats du monde. Il est sans cesse obligé de repartir de zéro, écrasé par de nouveaux dangers ou responsabilités. Rien ne peut freiner l’ambition insatiable de ce joueur prétentieux, sans scrupule et romantique, à la confiance en lui démesurée.

    Nous l’accompagnons alors, le souffle coupé, dans cette quête effrénée vers un idéal en lequel il est le seul à croire, quel qu’en soit le prix à payer, même celui d’humiliations. L’échec est-il alors envisageable quand la concrétisation d’un rêve nécessite d’affronter autant de situations cauchemardesques ?  

    Marty est ainsi l’incarnation du rêve américain. Celui de l’individu solitaire contre qui le destin se déchaîne (et les personnages malhonnêtes) mais qui est prêt à braver tous les dangers et obstacles pour réaliser son rêve. Il doit aussi faire face aux conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Il affronte ainsi Koto Endo, joueur japonais et héros national en devenir, interprété par Koto Kawaguchi (dans la réalité, lauréat du Championnat japonais de tennis de table pour les malentendants). Ce sont deux réalités qui s’affrontent. L’individualisme américain face à des individus qui tentent de se reconstruire.

    Odessa A’zion incarne Rachel, la petite amie incontrôlable de Marty, avec un mélange de fébrilité, d’émotivité, de force et d’assurance. Gwyneth Paltrow interprète Kay Stone, ancienne starlette hollywoodienne qui a troqué sa carrière depuis bien longtemps pour le confort et la sécurité en épousant le riche industriel, magnat du stylo plume, le féroce Milton Rockwell, joué par Kevin O’Leary qui s’est fait connaître grâce à une émission de téléréalité. Le célèbre artiste de hip-hop, Tyler the Creator, de son vrai nom Tyler Okonma, débute également au cinéma en interprétant Wally, meilleur ami et complice de Marty.

    Safdie s’est aussi entouré des meilleurs techniciens, à l’instar de Darius Khondji, le directeur de la photographie qui a travaillé avec David Fincher, Paul Thomas Anderson, Ari Aster, Bong Joon Ho, et Alejandro González Iñárritu. Il a filmé à plusieurs caméras, avec des objectifs grand-angle, pour restituer les échanges de balles vertigineux, ce qui insuffle beaucoup de rythme et d’énergie, et nimbe le film d’une lumière dorée, joliment surannée. Le compositeur Daniel Lopatin collabore avec Safdie pour la troisième fois. La partition, rythmée par les tubes pop et les chansons New Wave des années 80 intégrées au scénario, convoque un orchestre de trente musiciens et un chœur de trente voix. Ses flûtes envoûtantes vous restent en tête après le générique de fin. Le grand chef-décorateur Jack Fisk collabore pour la première fois avec Safdie. Celui qui a travaillé avec Terrence Malick, David Lynch et Martin Scorsese conçoit des décors depuis près de soixante ans.

    Enfin, il y a Timothée Chalamet qui s’efface devant ce personnage, auquel il se donne corps et âme. Il a été le plus jeune artiste nommé dans la catégorie « Meilleur acteur » depuis 1939 aux Oscars pour le rôle qui l’a révélé dans Call me by your name de Luca Guadagnino (2018). De la guitare de Bob Dylan (Un parfait inconnu de James Mangold - 2024) à la raquette de Marty, il se glisse dans la peau de ses personnages avec une déconcertante maestria.

    Il compte déjà à son actif de nombreux rôles mémorables, d’Interstellar de Christopher Nolan (2014) à Un jour de pluie à New York de Woody Allen (2019).

    Bien entendu, le film est émaillé de matchs mémorables, mais la quête de Marty est d’abord celle de l’argent nécessaire à son voyage, dans une fuite incessante qui nous tient rivés à l’écran, comme dans Catch me if you can, même si celui-ci est surtout dépassé par les situations comme Paul Hackett dans After Hours de Scorsese davantage qu’il ne les maîtrise comme Frank Abagnale dans le film de Spielberg.

    Alors, ce film est-il un chef-d’œuvre ? Il est en tout cas à l’image de l’époque : une succession ininterrompue d’images, de sons, à un rythme survolté, dans un chaos harassant et une tension permanente qui ne nous laissent pas le temps de réfléchir. Si le but du cinéma est de distraire de la réalité, l’objectif est rempli. Nous suivons avec curiosité ce personnage égocentrique, avides de savoir si, au bout du chemin, il trouvera non pas la victoire sportive mais un certain apaisement, et si l’insolence laissera place à l’humanité. Il vous faudra accompagner Marty dans sa poursuite éreintante pour le savoir. De préférence au cinéma l’Arlequin à Paris, seule salle à diffuser le film en copie 70 mm en Europe.

    cinéma, film, critique, Marty suprême, Marty supreme, Timothée Chalamet, Oscars 2026, critique de Marty suprême de Josh Safdie, Josh Safdie, Abel Ferrara