Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

xavier giannoli

  • 27ème Cérémonie des Lumières de la Presse internationale : les nominations

    27ème cérémonie des Lumières de la Presse internationale.png

    20211209_124243.jpg

    Ce matin, au Cinéma des Cinéastes, furent annoncées les nominations des Prix Lumières 2022 en tête desquelles on retrouve la flamboyante et passionnante adaptation du chef-d'œuvre de Balzac par Xavier Giannoli, Illusions perdues.  

    illusions perdues giannoli prix lumières.jpg

    Cette adaptation d’un classique de la littérature qu’est Illusions perdues est tout sauf académique et méritait ainsi de figurer en tête des nominations. Cette satire de l’arrivisme, du théâtre des vanités que furent et sont encore Paris et le monde des médias, des « bons » mots, armes vengeresses qui blessent et tuent parfois, est d’une modernité époustouflante comme l’était l’œuvre de Balzac. Bien sûr, comme le roman, l’adaptation de Giannoli n’est pas seulement une peinture sociale mais aussi un film d’amour condamné sur l’autel d’une fallacieuse réussite. « L'amour véritable offre de constantes similitudes avec l'enfance : il en a l'irréflexion, l'imprudence, la dissipation, le rire et les pleurs. » écrivit ainsi magnifiquement Balzac dans Illusions perdues. Si, comme moi, vous aimez passionnément Balzac, son écriture, ses peintures de la société et des sentiments (nobles, sacrifiés, sublimés, éperdus, terrassés), alors cette adaptation parfois intelligemment infidèle mais toujours fidèle à l’esprit de l’œuvre devrait vous séduire. Et si vous ne connaissez pas encore ce roman alors la modernité, la beauté, la clairvoyance et la flamboyance de cette adaptation devraient vous donner envie de le dévorer surtout que vous ne verrez pas passer ces 2H29 absolument captivantes qui s’achèvent sur cette citation de Balzac terrible et sublime : « Je pense à ceux qui doivent trouver quelque chose en eux après le désenchantement ».

    Créés en 1995 par la volonté d’un journaliste britannique, Edward Behr, et d’un producteur français, Daniel Toscan du Plantier, les prix annuels de l’Académie des Lumières se veulent un regard différent, international, sur le cinéma français. L’Académie des Lumières se donne pour but de susciter l’intérêt parmi les nombreux correspondants à Paris de la presse internationale pour le cinéma français.

    L'an passé, le petit bijou d'écriture signé Emmanuel Mouret, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait avait remporté le Lumière du meilleur film. Pour savoir quel film lui succèdera, il vous faudra suivre la cérémonie le 17 janvier à 20H et en clair sur Canal +.

    Pour en savoir plus  : L'Académie des Lumières - Académie des lumières (academiedeslumieres.com)

    20211209_130143.jpg

    NOMINATIONS 2022

    FILM
    ANNETTE de Leos Carax
    DE SON VIVANT de Emmanuelle Bercot
    L’ÉVÉNEMENT de Audrey Diwan
    ILLUSIONS PERDUES de Xavier Giannoli
    ONODA, 10 000 nuits dans la jungle de Arthur Harari

    MISE EN SCENE
    Jacques Audiard pour LES OLYMPIADES
    Leos Carax pour ANNETTE
    Audrey Diwan pour L’ÉVÉNEMENT
    Xavier Giannoli pour ILLUSIONS PERDUES
    Arthur Harari pour ONODA, 10 000 nuits dans la jungle

    SCÉNARIO
    Antoine Barraud pour MADELEINE COLLINS
    Leyla Bouzid pour UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DÉSIR
    Catherine Corsini pour LA FRACTURE
    Xavier Giannoli pour ILLUSIONS PERDUES
    Arthur Harari, Vincent Poymiro pour ONODA, 10 000 nuits dans la jungle

    FILM DOCUMENTAIRE
    9 JOURS À RAQQA de Xavier de Lauzanne
    DELPHINE ET CAROLE INSOUMUSES de Callisto Mc Nulty
    INDES GALANTES de Philippe Béziat
    LE KIOSQUE de Alexandra Pianelli
    LA PANTHÈRE DES NEIGES de Marie Amiguet et Vincent Munier

    FILM D’ANIMATION
    PIL de Julien Fournet
    PRINCESSE DRAGON de Anthony « Tot » Roux et Jean-Jacques Denis
    LE SOMMET DES DIEUX de Patrick Imbert
    LA TRAVERSÉE de Florence Miailhe
    LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS de Samuel Tourneux

    ACTRICE
    Suliane Brahim pour LA NUÉE
    Virginie Efira pour BENEDETTA
    Valérie Lemercier pour ALINE
    Sophie Marceau pour TOUT S’EST BIEN PASSÉ
    Anamaria Vartolomei pour L’ÉVÉNEMENT

    ACTEUR
    Damien Bonnard pour LES INTRANQUILLES
    André Dussollier pour TOUT S’EST BIEN PASSÉ
    Vincent Lindon pour TITANE
    Benoît Magimel pour DE SON VIVANT
    Benjamin Voisin pour ILLUSIONS PERDUES

    REVELATION FEMININE
    Zbeida Belhajamor pour UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DÉSIR
    Aïssatou Diallo Sagna pour LA FRACTURE
    Daphné Patakia pour BENEDETTA
    Agathe Rousselle pour TITANE
    Lucie Zhang pour LES OLYMPIADES

    REVELATION MASCULINE
    Alseni Bathily pour GAGARINE
    Abdel Bendaher pour IBRAHIM
    Sami Outalbali pour UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DÉSIR
    Thimotée Robart pour LES MAGNÉTIQUES
    Makita Samba pour LES OLYMPIADES

    PREMIER FILM
    GAGARINE de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
    IBRAHIM de Samir Guesmi
    LES MAGNÉTIQUES de Vincent Maël Cardona
    LA NUÉE de Just Philippot
    SOUS LE CIEL D’ALICE de Chloé Mazlo

    COPRODUCTION INTERNATIONALE
    FÉVRIER de Kamen Kalev
    LA FIÈVRE DE PETROV de Kirill Serebrennikov
    LES INTRANQUILLES de Joachim Lafosse
    JULIE (EN 12 CHAPITRES) de Joachim Trier
    THE FATHER de Florian Zeller

    IMAGE
    Christophe Beaucarne pour ILLUSIONS PERDUES
    Romain Carcanade pour LA NUÉE
    Caroline Champetier pour ANNETTE
    Tom Harari pour ONODA, 10 000 nuits dans la jungle
    Laurent Tangy pour L’EVENEMENT

    MUSIQUE
    Amine Bouhafa pour LE SOMMET DES DIEUX
    Warren Ellis et Nick Cave pour LA PANTHERE DES NEIGES
    Evgueni Galperine, Sacha Galperine, Amine Bouhafa pour GAGARINE
    Ron Mael et Russell Mael / SPARKS pour ANNETTE
    Jim Williams pour TITANE

  • Critique- "A l'origine" de Xavier Giannoli, actuellement sur Canal +

    Canal + diffuse actuellement "A l'origine" de Xavier Giannoli, un film que je vous avais recommandé lors de sa sortie et que je vous recommande à nouveau et dont vous pouvez retrouver ma critique ci-dessous. Première diffusion: mardi à 20h50 sur Canal+. Et aussi: sur Canal+ décalé à 22H25 et le 1er décembre à 20H45.

    origine2.jpg

     A l’origine, il y avait un film beaucoup trop long que j’avais vu à Cannes où il figurait en compétition officielle, mais malgré cela très séduisant. Depuis, le film a été amputé de 25 minutes, c’est la raison pour laquelle je souhaitais le revoir, en espérant que ces 25 minutes en moins lui feraient gagner en rythme.

     

    L’histoire est toujours la même que celle du film projeté à Cannes. Celle de Philippe Miller (François Cluzet), un escroc solitaire  qui découvre un chantier d’autoroute abandonné depuis des années, tout cela à cause d’un scarabée ! De l’arrêt des travaux avait découlé une véritable catastrophe  économique pour les habitants de la région. Si pour Philippe il s’agit d’une chance de réaliser une escroquerie aussi improbable qu’inédite en reprenant les travaux, pour les habitants de la région, il est le messie (c’est d’ailleurs ce qui lui dira le maire de la ville à son arrivée), celui qui va leur redonner espoir.  Les choses se compliquent quand Philippe prend conscience de l’importance considérable que prend son escroquerie dans la vie de ces gens surtout que dans le même temps, son passé va le rattraper.

     

    Mettons tout de suite fin au suspense : ce nouveau montage est une incontestable réussite…même si pour cela il a fallu sacrifier certains personnages (et dans le même temps certains comédiens qui ont vu leurs rôles réduits ou supprimés comme l’ex-femme de « Philippe Miller », en réalité son pseudonyme). Ce que le film perd en minutes, le personnage interprété par François Cluzet le gagne en mystère,  en densité, en intérêt, en épaisseur, en charme ; et le film également. Ce montage radicalisé fait revenir à l’essentiel,  à l’être, à ce que l’homme était « à l’origine », à cette vérité humaine que la caméra de Xavier Giannoli, une nouvelle fois, capte avec une grande sensibilité, en filmant au plus près des visages, au plus près de l’émotion, au plus près du malaise. Et même quand il filme ces machines, véritables personnages d’acier, il les fait tourner comme des danseurs dans un ballet, avec une force visuelle saisissante et captivante. Image étrangement terrienne et aérienne, envoûtante. La musique de Cliff Martinez achève de rendre poétique ce qui aurait pu être prosaïque. Une poésie aussi inattendue que la tournure que prend cette histoire pour Philippe Miller qui va finalement vivre les choses plutôt que les prévoir.

     

     A l’origine il y avait aussi ce besoin de ne pas être seul, et surtout d’être considéré. Philippe devient quelqu’un et dans le regard des autres, il prend toute la mesure de sa soudaine importance. A l’origine il y avait un scarabée. Un homme qui aurait pu aussi être ce scarabée. Là pour détruire puis, par la force des choses et des rencontres, pour aider.

     

    Il faut voir avec quel brio François Cluzet interprète cet être mal à l’aise, introverti, peu bavard, qui peu à peu va gagner en confiance. Le malaise de son imposture le dépasse, et les traits de son visage, ses gestes, tout semble témoigner de son tiraillement intérieur. Et dans cette scène où il se retrouve face au conseil municipal, son malaise est tellement palpable, crédible, que je l’ai ressenti comme si j’étais moi aussi dans cette pièce, prise dans un étau de mensonges. Et puis, il faut voir son visage s’illuminer éclairé par un soleil braqué sur lui comme un projecteur braqué sur celui dont le pouvoir est devenu quasiment démiurgique ; il faut le voir aussi patauger dans la boue en frappant dans ses mains, exalté, le voir tomber, se relever, aller au bout de lui-même pour les autres. Ce mensonge va l’étouffer, puis, le porter, puis l’enchaîner, pourtant il aura conquis un territoire, planté son drapeau.

     

    Face à lui, le maire de la ville interprété avec beaucoup de justesse par Emmanuelle Devos qui dissimule sa solitude et ses blessures derrière une belle assurance.   Tous deux, comme tous les habitants du village, vont avoir une seconde chance, tout reprendre du départ, de l’origine.

     

    Cette route qui va nulle part va les mener quelque part, à vivre une aventure humaine à se créer une famille (formidable Vincent Rottiers dans le rôle du « fils de substitution »).

     C’est aussi une belle métaphore du cinéma et du métier de comédien qui est finalement aussi une imposture, qui fait devenir quelqu’un d ‘autre, fabriquer un chemin, un univers qui ne mène pas forcément quelque part mais reste, là aussi, une belle aventure humaine.

     

    Ce film est avant tout un portrait d’homme touchant, énigmatique et dense qui porté par un acteur au sommet de son art nous emporte totalement  dans son aventure aussi improbable soit-elle (et pourtant inspirée d’une histoire vraie s’étant déroulée en 1997 dans la Sarthe), dans ses mensonges, dans ses contradictions, dans sa conquête. Un césar du meilleur acteur sinon rien.

     

     Et ce nouveau montage a su faire d’un bon film un très beau film qui nous faire revenir à l’essentiel. A l’origine. Nous fait croire à l’impossible. A une seconde chance. Aux routes qui ne mènent nulle part.  A ce que le cinéma lui aussi était à l’origine : un mensonge exaltant qui peut nous faire croire que tout est possible. Même si la réalité, un jour ou l’autre, finira par reprendre ses droits.

    Lien permanent Imprimer Catégories : IN THE MOOD FOR NEWS (actualité cinématographique) Pin it! 2 commentaires