18/05/2010

Semaine de la Critique (séance spéciale)- « Copacabana » de Marc Fitoussi avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah, Aure Atika

copacaban2.jpg
copacabana1.jpg
huppert 009.JPG
huppert 010.JPG

Alors que « la ville qui ne dort jamais » ( pour reprendre les termes de Kristin Scott Thomas lors de l'ouverture) commence à m'imprégner délicieusement de ce sentiment étrange que cette vie festivalière entre cinéma et réalité, sous un soleil lui aussi irréel, ne s'achèvera jamais, et que ces journées cette année plus que jamais extraordinaires sont parfaitement normales, hier soir, c'est vers un quartier d'une autre ville qui ne semble jamais dormir, Copacabana, que je me suis dirigée. C'est en tout cas ainsi que se nomme le film de Marc Fitoussi présenté dans le cadre de la 49ème Semaine de la Critique avec notamment dans la distribution : Isabelle Huppert (présidente du jury la 62èmé édition du Festival de Cannes qui revient donc ici dans un tout autre rôle), Lolita Chammah, (et en leur présence) Aure Atika.

 Babou (Isabelle Huppert) y incarne une femme joviale, délurée,  qui ne se soucie pas du lendemain. Ce n'est pourtant pas au Brésil qu'elle vit mais à Tourcoing. Quand elle découvre que sa fille a trop honte d'elle pour l'inviter à son mariage, elle décide pourtant de rentrer dans le droit chemin. En plein hiver, elle trouve ainsi un emploi de vente d'appartements en multipropriété à Ostende.

Le grand atout de ce film c'est le personnage de Babou et évidemment celle qui l'incarne, Isabelle Huppert, qui lui insuffle une folie inhabituelle, loin des rôles en retenue et en silence auxquels elle nous a habitués. Si besoin était ce rôle confirme qu'elle peut tout jouer, y compris donc un personnage joyeusement désinvolte et iconoclaste. Elle est absolument étonnante dans ce rôle aux antipodes de ceux qu'elle a incarnés jusqu'alors. A l'image du film auquel son personnage apporte son extravagante empreinte malgré le cadre  a priori grisâtre (Ostende) d'ailleurs filmé avec une belle luminosité, elle est à la fois fantasque, drôle et touchante. Un véritable arc-en-ciel (que l'on retrouve aussi dans son apparence vestimentaire) que ne reflète malheureusement pas l'affiche du film, sans doute à dessein mais c'est bien dommage...

Cinquième film du réalisateur Marc Fitoussi qui avait notamment réalisé « La vie d'artiste » dans lequel on trouvait également ce mélange d'émotion et de drôlerie, c'est ici  à une autre artiste finalement que s'intéresse Marc Fitoussi, quelqu'un qui en tout cas refuse les règle, et vit dans une forme de marginalité. Elle préfère d'ailleurs la compagnie de marginaux à celle de sa fille (incarnée par Lolita Chammah, également sa fille dans la réalité loin de démériter face à elle) qui souhaite une vie à l'opposé de cette de sa mère.

 Moins léger qu'il n'y paraît cette comédie est aussi le moyen de dénoncer une société qui exploite, broie, cherche à formater ceux pour qui  un travail devient une nécessité vitale, peu en importe le prix, parfois même celui de leur dignité et liberté.

 A signaler également Aure Atika une nouvelle fois formidable avec un rôle très différent de celui qu'elle incarnait dans « Melle Chambon » dans lequel elle excellait également.

La vitalité de l'impétueux personnage d'Isabelle Huppert pour qui la vie est un jeu nous fait oublier les imperfections scénaristiques qui à l'image des défauts de cette dernière rendent ce film ludique, attachant et jubilatoire et font souffler un vent de gaieté brésilienne et de liberté salvateur.

Présentation du film par ses actrices: (en m'excusant pour les problèmes de visibilité dus à des passages inopinés devant la caméra).

 

Bonus: Critique de "La vie d'artiste" de Marc Fitoussi

« La vie d’artiste » qu’est-ce donc alors ? (voir pitch ici).  Ici, en tout cas, ce sont : le plaisir viscéral d’exercer son art, la rage (de dire, d’écrire, chanter, jouer … ou de paraître) les amitiés intéressées  feintes avec tellement d’habileté, les rancœurs assassines, les coups du destin (oui, encore), les concessions à ses idéaux, les vicissitudes de la chance,  un directeur de casting arrogant, des applaudissements qui résonnent comme des coups de poignard ou comme des regrets amers, des regards qui se détournent  ou captivés en fonction d’un succès ou d’un échec,  des situations cocasses,  la duplicité de ceux qui la méprisent ou feignent de la mépriser, des masques de  jalousies si réussis. C’est oublier un peu la vie, l’autre, celle que certains disent la vraie. C’est un désir avoué ou inavoué, un regret, un remords. La vie d’artiste, c’est ce qui altère les comportements de ceux qui la vivent, de ceux qui  les côtoient ou  ceux qui les regardent plus encore. Si certaines situations sont prévisibles, elles n’en demeurent pas moins très justes. « La vie d’artiste » me fait penser à cette phrase de Martin Scorsese lors du dernier Festival de Cannes : pour faire un film il faut le vouloir plus que toute autre chose au monde. La vie d’artiste c’est le vouloir plus que toute autre chose au monde. Une nécessité impérieuse. Parfois, au détriment des autres. La vie d’artiste, c’est être parfois égocentrique à moins que ce ne soit être injustement jugé comme tel. La vie d’artiste c’est être aveugle au monde extérieur. A moins que ce ne soit un moyen de l’oublier ou de le sublimer ou de le regarder. Autrement. Dommage que les passions des trois protagonistes, ou de qui devraient être leurs passions ( le personnage de Denis Poladydès semble ainsi davantage être guidé par l’envie  de reconnaissance que par celle d’écrire) semblent vécues davantage comme un poids que comme une libération. La passion : poids ou liberté (ou libération) : hein, je vous le demande… J’ai bien ma petite idée… Dommage que certains personnages soient aussi caricaturaux (certes délibérément, comme ressorts de la comédie  que ce film est avant tout) comme celui d’Aure Atika non moins irrésistible en patronne d’Hippopotamus irascible, ou comme celui de Valérie Benguigui jalouse de la passion, de la « vie d’artiste « de son amant qui le lui vole. La vie d’artiste c’est surtout  ce qui donne cette petite flamme dans les yeux et la vie de ceux qui la vivent ou y aspirent. La petite lueur dans les yeux du spectateur au dénouement de ce film drôle et prometteur qui explore toutes les situations ou sensations insolites (souvent), magiques (presque pas, pas suffisamment) que suscitent la « vie d’artiste ». La vie, passionnément. Plus intensément. Un désir ardent que le film ne reflète peut-être pas suffisamment ayant néanmoins ainsi gagné en comédie et drôlerie ce qu’il perd en profondeur.

09:44 Écrit par Sandra Mézière dans FESTIVAL DE CANNES 2010(2) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, cannes, festival, isabelle huppert | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

12/12/2009

Palmarès des European Film Awards 2009

rubanblanc.jpgAprès le prix Louis Delluc qui lui a été décerné cette semaine, la pluie de récompenses se poursuit (et promet de continuer) pour "Un Prophète" de Jacques Audiard, Tahar Rahim venant de recevoir le prix du meilleur acteur européen.

C'est également une nouvelle reconnaissance pour la palme d'or 2009, "Le Ruban blanc" recevant notamment  ainsi le European award du meilleur film  et permettant à son réalisateur de recevoir celui du meilleur réalisateur.

Meilleur film européen
LE RUBAN BLANC de Michael Haneke

Meilleur réalisateur européen
Michael Haneke pour LE RUBAN BLANC

Meilleure Actrice Européenne
Kate Winslet pour "Le liseur"

Meilleur Acteur Européen
Tahar Rahim pour UN PROPHÈTE

Meilleur Scénariste Européen

Michael Haneke pour "Le Ruban blanc"

Meilleur directeur de la photographie

Anthony Dod Mantle
ANTICHRIST

Anthony Dod Mantle
SLUMDOG MILLIONAIRE

Meilleur Compositeur Européen
Alberto Iglesias

European Discovery
Katalin Varga de Peter Strickland

European Film Academy Prix d'Excellence
VINCERE

European Film Academy film d'animation
Mia et le Migou de Jacques-Rémy Girerd

European Film Academy Lifetime Achievement Award
 Ken Loach

Récompense de la carrière d'une personnalité européenne dans le cinéma mondial
 Isabelle Huppert

Prix de la meilleure coproduction européenne - Prix Eurimages
 Diana Elbaum & Jani Thiltges

Meilleur Film Documentaire Européen - Prix Arte
Summen DER INSEKTEN, DAS - Bericht einer Mumie / bruit des insectes, THE - Records d'une momie
Suisse de Peter Liechti

Meilleur court-métrage européen
POSTE RESTANTE de Marcel Lozinski

People's Choice Award du meilleur film européen
SLUMDOG MILLIONAIRE de Danny Boyle

24/05/2009

Palmarès du Festival de Cannes 2009, mes pronostics: un festival truffaldien

affichecannes20093.png

Il y a 11 jours, lors de la cérémonie d’ouverture, lorsqu’il faisait référence à François Truffaut, le maître de cérémonie, Edouard Baer, n’imaginait sans doute pas à quel point l’ombre du cinéaste planerait sur ce festival… mais avant d’en venir au caractère truffaldien de ce Festival de Cannes 2009, pour moi en tout cas, et des films qui y ont été présentés, je tenais à préciser que Cannes continuera toute la semaine prochaine sur « In the mood for cinema » et sur « In the mood for Cannes » puisque vous y retrouverez de très nombreuses photos et vidéos  que je n’ai pas encore eu le temps de mettre en ligne mais aussi mes critiques de « A l’origine » de Xavier Giannoli, « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar, « Les Herbes folles » d’Alain Resnais, « The time that remains » d’Elia Suleiman, « Visage » de Tsai Ming-Liang etc. Vous pourrez également lire mon bilan de ce festival, et mes commentaires sur le palmarès.

 

Cette année, je n’ai ainsi pas eu le temps que j’aurais aimé avoir pour vous parler de chaque film mais finalement j’aime cette idée de vous en parler avec recul, loin de l’agitation, la frénésie, cette course à l’information vorace et effrénée, et parfois vaine qui règne à Cannes, et si je n’ai probablement pas eu le temps c’est sans doute, parce que, comme disait Truffaut « la vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». Oui, décidément, la vie a été particulièrement imaginative cette année me faisant vivre un festival incroyable insolite, unique, irréel maniant les fils du hasard et du destin avec une habileté et une inventivité inégalées. Peut-être cette inventivité de la réalité est-elle la raison pour laquelle j’ai vu cette année certes de très bons films qui ne m’ont néanmoins pas enthousiasmée comme d’autres les années passées à l’exception d’ « Inglourious Basterds » (cliquez ici pour lire ma critique d' "Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino), un film que, pourtant, je pensais détester, et qui pour moi mérite désormais la palme d’or. Le jury d’Isabelle Huppert décernera-t-il une deuxième palme d’or à Quentin Tarantino qui l’avait déjà obtenue pour « Pulp Fiction » , un cinéaste avec lequel elle a de surcroît eu quelques dissensions au moment du casting de ce même « Inglourious Basterds » ?

 

 Avant le festival, un blogueur m’a demandé, à la simple lecture des synopsis, sans avoir vu aucun film, quel serait, selon moi la palme d’or 2009. J’avais alors nommé « The time that remains » d’Elia Suleiman. Et je le nommerai, aussi, à nouveau. Dans ce film Elia Suleiman déjà récompensé par le Festival pour « Intervention divine » (prix du jury en 2002), mêle ses propres souvenirs à ceux des membres de sa famille, dressant un portrait de la vie quotidienne de ces Palestiniens qui sont restés sur leurs terres natales et qu’on nomme « Arabes-Israéliens » vivant comme une minorité dans leur propre pays. Ce film burlesque et politique, grave et poétique, visuellement parfait (à l’image  d’« Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino, « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar) qui emprunte à Keaton et à Tati pourrait bien se voir couronné de la distinction suprême pour la perfection de chacun de ses plans mais aussi pour l’absurdité d’une guerre qu’il souligne à la manière de Tati, la désamorçant par la "politesse du désespoir", le rire, mais aussi par sa poésie enchanteresse. Un film pacifiste, de surcroît drôle et poétique : une palme d’or idéale non ?

 

Si la palme d’or est un prix cinématographique, couronnant le talent d’un cinéaste, elle est, en effet, bien au-delà de ça, le reflet d’un message adressé au monde, ou bien le reflet de ses souffrances, d’une plaie mise à nu. Et si cette palme devait être politique, alors elle reviendrait indéniablement à Suleiman. Si elle devait couronner le talent, l’imagination, la jubilation du spectateur, le plaisir (une notion parfois oubliée cette année mais que Tarantino concilie admirablement avec une exigence artistique remarquable) ce serait Tarantino.

 

Viennent ensuite « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar et « Un Prophète » de Jacques Audiard. Le premier présente comme point commun avec le film de Tarantino d’être une déclaration d’amour fou au cinéma ( et à Penelope Cruz dont le cinéaste sublime et révèle le talent et la beauté ravageuse comme rarement un cinéaste l’a fait avec une actrice),  pour certains un film moins bon que les précédents, il n’en demeure pas moins d’une maîtrise parfaite, d’un graphisme fascinant,  influencé par Hitchcock, Bunuel, Rossellini (et même Truffaut par le biais de Jeanne Moreau décidément très présente dans l’esprit des cinéastes cannois, voir plus bas)… un film d’une sensualité mélancolique  qui est aussi un régal de chaque instant pour les cinéphiles. Certains lui ont reproché son manque d’émotion qui à mon avis sied au contraire au caractère des personnages et montre encore une évolution dans son cinéma.

 

 Non seulement cette mise en abyme relie le film d’Almodovar et celui de Tarantino mais aussi leurs dénouements qui se font joliment écho. Pour moi, il serait impossible que l’un et l’autre ne figurent pas au palmarès même si un prix autre que la palme d’or serait peut-être une déception pour le cinéaste espagnol dont on dit qu’il pensait déjà l’obtenir pour « Volver » (couronné d’un prix d’interprétation collectif).

 

Vient ensuite « Un Prophète » de Jacques Audiard, un film d’une intensité rare qui non seulement met en exergue les difficultés de vie dans les prisons, l’inhumanité qui y règne et qu’elle suscite, une plaie à vif de notre société, mais qui est aussi un divertissement. Ce sujet en pleine actualité et la maîtrise là aussi impressionnante du cinéaste pourraient lui valoir une palme d’or même si on dit sur la Croisette que deux palmes d’or françaises consécutives seraient impossibles pour deux films qui par ailleurs possèdent en commun de souligner des réalités sociales brûlantes. Il pourrait donc se voir remettre, au même titre que les films précédemment cités, le prix du jury ou le Grand prix du jury (qui en général prime l’originalité et la recherche) ou bien un prix spécial du jury et plus vraisemblablement un prix d'interprétation (voir ci-dessous).

 

Concernant le Grand Prix du jury, qui en général crée la surprise, le jury pourrait également primer un film plus déconcertant  (et ils n’ont pas manqué pendant ce festival)  à l’exemple de « Visage » de Tsai Ming-Liang, allègrement sifflé hier soir et qui a pourtant le mérite de dérouter, de nous embarquer sur des chemins inhabituels mais à Cannes l’impatience, l’exigence de l’immédiateté, le refus de laisser le temps au temps ont fait que la moitié de la salle avait quitté la projection quand la lumière s’est rallumée. Ce film est pourtant (lui aussi) un vibrant hommage au cinéma et à Truffaut (on retrouve ainsi trois de ses actrices fétiches avec une mariée non plus en noir mais en blanc, dans une scène irrésistible ; il souligne les jambes de Fanny Ardant à la manière de Truffaut dans « Vivement dimanche » et puis bien sûr la présence de Jean-Pierre Léaud, sans oublier « le tourbillon de la vie » fredonné comme si de rien n’était)… Et comme le dit  Ken Loach : « Le cinéma, c’est comme le foot : quand on joue sans risque, on peut gagner mais le match sera bien vite oublié ».

 

 Le jury pourrait également créer la surprise en remettant ce prix à « Nuit d’ivresse printanière » de Lou Ye ou à un film qui a suscité la polémique : « Antichrist » de Lars Von Trier (que je n’ai pas vu mais au cours de la projection duquel de nombreux spectateurs se sont évanouis, sans compter le réalisateur refusant de revenir dans le Grand Théâtre et s’étant enfermé dans les toilettes). Oui, Gilles Jacob avait raison : Cannes n’est pas un festival pour « les âmes sensibles ». Sa violence peut surgir, brutalement, à chaque instant.

 

 Ce prix pourrait aussi être beaucoup plus consensuel en couronnant un film d’un classicisme irréprochable comme « Bright star » de Jane Campion, ou « Map of the sounds of Tokyo » d’Isabel Coixet, un film d’une simplicité envoûtante, ou bien encore la folie juvénile de l’octogénaire Alain Resnais dans "Les herbes folles" (là encore un film avec une mise en abyme qui pour moi s’apparente davantage à un court-métrage à chute, le cinéaste semble s’être beaucoup amusé mais ce film dont je vous reparlerai ces jours prochains est loin d’être son meilleur).

 

Ce prix pourrait aussi être attribué à un film de genre, le western urbain de Johnnie To « Vengeance ». Les films précités pourraient également se voir remettre un prix spécial ou une mention spéciale.

 

Concernant le prix du scénario : les films de Pedro Almodovar, Quentin Tarantino, Jacques Audiard ou encore celui d’Isabel Coixet (« Map of the sounds of Tokyo ») pourraient également y prétendre. Ce sont en tout cas mes favoris dans ce domaine et parmi ceux que j’ai vus. (même si d’après les échos de la Croisette « Vincere » pourrait aussi prétendre à ce prix, mais je ne l’ai pas vu…)

 

Enfin concernant les prix d’interprétation,  pour le prix d’interprétation masculine : Tahar Rahim dans « Un Prophète », LA révélation de ce festival (ce qui serait par ailleurs un moyen de récompenser le talent de directeur d’acteurs de Jacques Audiard, et une « consolation » si ni la palme d’or ni le grand prix ni le prix du jury ne pouvaient lui être remis), Elliot Tiber pour « Taking Woodstock » (je précise que je n’ai pas vu ce film), François Cluzet dans « A l’origine »,  Sergi Lopez dans « Map of the sounds of Tokyo ».

 

 Concernant le prix d’interprétation féminine : Abbie Cornish dans « Bright star » ou Penelope Cruz dans « Les Etreintes brisées » (mes choix avec Tahar Rahim dans le film de Jacques Audiard, pour le prix d’interprétation masculine). Récompenser l’actrice espagnole serait là aussi une manière de récompenser l’immense directeur d’acteurs qu’est Pedro Almodovar  et empêcher qu’il ne reparte bredouille (ce qui, à mon sens, est impossible). Il pourrait également s’agir de Katie Jarvis dans « Fish tank », Charlotte Gainsbourg dans « Antichrist », Giovanna Mezzogiorno dans « Vincere » (je précise que je n’ai pas vu ces trois derniers films).

 

Je précise en effet à nouveau que je n’ai pas vu tous les films de la compétition et notamment le film de Michael Haneke «  Le Ruban blanc » et « Vincere » de Marco Bellochio dont on dit également qu’ils pourraient figurer au palmarès (même si concernant le premier la position d’isabelle Huppert est un peu délicate puisqu’il s’agit du cinéaste qui lui avait permis d’obtenir le prix d’interprétation féminine à Cannes pour « La Pianiste ».)

 

Si ce festival a été pour moi une « joie » immense, à tel point que je me demande encore si qui était réel ou ne l’était pas, la réalité ayant bien souvent dépassé l(m)a fiction et me confrontant chaque jour à un choix cornélien entre la vie et le cinéma (même si les deux se subliment réciproquement, se consacrer à l'un c'est parfois oublier l'autre, aussi entremêlés soient-ils à Cannes, comme nulle part ailleurs), j’espère que le retour à la réalité ne sera pas une « souffrance ».  « Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’ya pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps mort » écrivait François Truffaut (citation de « La Nuit Américaine »). Ce festival qui s’est apparenté à un film, aussi a été plus harmonieux que la vie qu’il a sublimée.  Sans aucun temps mort. Sans une seconde pour éprouver l’écoulement du temps. Sans une seconde pour réaliser. Pour réaliser que c’était la vraie vie. Pour réaliser que ces instants vont s’enfuir à jamais mais que leur souvenir restera, majestueux, inaltérable. Claude Sautet (que, je sais, je ne me lasse pas non plus de citer) disait que le cinéma doit « faire aimer la vie ». La vie est-elle si cruelle, insupportable pour que les cinéastes nous donnent cette année surtout envie d’aimer le cinéma ? Resnais, Tarantino, Almodovar, Tsai Ming-Liang ont ainsi signé des films de cinéastes et de cinéphiles, des mises en abyme tortueuses et savoureuses. Non, je crois surtout qu’ils avaient envie de dire qu’ils aimaient le cinéma. Passionnément.   Je vous avais bien dit dans mon édito que le cinéma sortirait grand vainqueur. Quoiqu’il arrive.  Viva il cinema !

 

A suivre sur « In the mood for cinema », « In the mood for Cannes » et « Off Cannes » (le blog d'Allociné à Cannes pour lequel j'écris également) : de nouvelles critiques de films présentés sur la Croisette, mes commentaires sur le palmarès, mon bilan de ce Festival de Cannes 2009,  de nombreuses vidéos et photos inédites et des remerciements auxquels cette année tout particulièrement je tiens à consacrer un article entier.

 

Mes favoris de ce Festival de Cannes 2009: "Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino, "Les Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, " The time that remains" d'Elia Suleiman, "Un prophète" de Jacques Audiard,  "Map of the sounds of Tokyo" d'Isabel Coixet .

 

 Alors, quel(s) message(s) Isabelle Huppert et son jury veulent-ils adresser au monde et à celui du cinéma, quel(s) reflet (s) veulent-ils en donner? Réponse et analyse ce soir sur ce blog...

 

14/05/2009

Inthemoodforcannes.com à l'ouverture du 62ème Festival de Cannes

J'étais présente à la cérémonie d'ouverture du 62ème Festival de Cannes.

Retrouvez mon récit, mes photos et mes vidéos de cette cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes 2009 sur "In the mood for Cannes"   en cliquant ici!

Cannestéléphone1 001.jpg
2009_0514Cannesouverture20090053.JPG

10:21 Écrit par Sandra Mézière dans FESTIVAL DE CANNES 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, cannes, festival, ouverture, isabelle huppert | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | |

23/04/2009

La sélection officielle du 62ème Festival de Cannes : jurys, compétition, hors compétition, Un Certain Regard etc

affichecannes2009.jpg Après 1670  longs métrages visionnés, le comité de sélection du Festival de Cannes vient de dévoiler son choix et les 20 films en compétition tant attendus, ainsi que les deux jurys de ce Festival de Cannes 2009.  

 

Au final, 53 longs métrages sélectionnés représentant 32 pays de production différents dont 46 premières mondiales. 

 

Une sélection particulièrement attrayante que je me réjouis tout particulièrement de découvrir (en particulier le film d’Alain Resnais et celui d’Ang Lee dont je suis inconditionnelle mais aussi ceux d’Audiard, de Loach, de Campion, de Park Chan-Wook-grand prix du jury avec "Old boy" en 2004- ou encore celui de Johnnie To que je promets de vous commenter, entre autres, sur In the mood for cinema et In the mood for Cannes) et qui comprend notamment 4 films français ( Alain Resnais, Jacques Audiard, Xavier Gianoli, Gaspard Noé- dont on se souvient du passage à Cannes très controversé pour « Irréversible », en 2002-), 6 films asiatiques dont « Vengeance » de Johnnie To (avec Johnny Hallyday et Sylvie Testud dans les rôles principaux) mais aussi « Visage » de Tsai Mong-liang dont le casting est également en grande partie français (Fanny Ardant, Laetitia Casta...) ...

 

On remarque un absent pourtant annoncé par de nombreuses rumeurs : « Public Enemies » de Michael Mann. Viendra-t-il ultérieurement rejoindre la liste des films hors compétition ?

 

 

 On retrouve de nombreux habitués de la Croisette et de sa compétition et même de nombreux etreintes.jpglauréats : Almodovar (prix de la mise en scène 1999 pour « Tout sur ma mère »), Tarantino (palme d’or 1994 avec « Pulp Fiction »), Campion (palme d’or ex-æquo avec « La leçon de piano » en 1993), Loach (palme d’or 200- avec « Le vent se lève »), Haneke (notamment grand prix du jury pour « La Pianiste » en 2001) Lars Von Trier (palme d’or 2000 avec « Dancer in the dark ») et un scandale annoncé pour son « Antichrist » avec Charlotte Gainsbourg…

 

 "Coco Chanel & Igor Stravinski" de Jan Kounen (et alors que "Coco avant Chanel" d'Anne Fontaine est à l'affiche depuis hier -critique demain sur Inthemoodforcinema.com- ), avec Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen, clôturera le festival.  "L’Armée du crime" de Robert Guédiguian et "Agora" d’Alejandro Amenabar, deux films également très attendus seront projetés hors compétition ainsi que "L’Imaginarium du Docteur Parnassus" de Terry Gilliam dans lequel Heath Ledger tenait son dernier rôle.

 

19 films sont en compétition pour Un Certain Regard et notamment pour la France, "Irène" d’Alain Cavalier, "Demain dès l’aube" de Denis Dercourt et "Le Père de mes enfants" de Mia Hansen-Love .

 

 A l'occasion de cette conférence de presse du 62ème Festival de Cannes,  Gilles Jacob a aussi souhaité apporter son soutien aux "créateurs indépendants". Il a également indiqué que le nouveau site internet du festival proposerait non plus la "sampiternelle" bande-annonce mais les cinq premières minutes des films de la sélection officielle. Nous pouvons d'ores et déjà constaté que le très agréable nouveau site internet officiel du festival (http://www.festival-cannes) est largement tourné vers les nouveaux médias...

 

 

LE JURY DU FESTIVAL DE CANNES 2009

isabelle.jpg

 

Nous savions déjà qu’Isabelle HUPPERT présiderait le jury de cette 62ème édition. Elle sera accompagnée de:  Asia ARGENTO (Actrice, Réalisatrice, Scénariste - Italie), Nuri BILGE CEYLAN (Réalisateur, Scénariste, Acteur - Turquie), Lee CHANG-DONG (Réalisateur, Ecrivain, Scénariste - Corée), James GRAY (Réalisateur, Scénariste - Etats-Unis) , Hanif KUREISHI (Ecrivain, Scénariste - Royaume Uni), Shu QI (Actrice - Taiwan), Robin WRIGHT PENN (Actrice - Etats-Unis).

 

LE JURY DE LA CINEFONDATION ET DES COURTS-METRAGES

 

Le jury de la Cinéfondation et des courts-métrages sera présidé par John BOORMAN (Réalisateur, Ecrivain, Producteur - Royaume Uni) et composé de  Bertrand BONELLO (Réalisateur - France), Ferid BOUGHEDIR (Réalisateur - Tunisie) , Leonor SILVEIRA (Actrice - Portugal), ZHANG Ziyi (Actrice - Chine).

 

 

FILMS D’OUVERTURE ET DE CLÔTURE

là-haut.jpg

 

cocochanel2.jpgLes cérémonies d’ouverture et de clôture seront présentées par le comédien Edouard BAER.

 

 Concernant la sélection officielle, nous savions déjà que « LA-HAUT » ferait l’ouverture (hors compétition).  C’est Jan KOUNEN avec « COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY » qui fera la clôture.

 

 

COMPETITION OFFICIELLE

inglourious2.jpg

 

Voici la liste des 20 films en compétition :  Pedro ALMODÓVAR « LOS ABRAZOS ROTOS » (Etreintes brisées),  Andrea ARNOLD “FISH TANK”,  Jacques AUDIARD « UN PROPHÈTE » , Marco BELLOCCHIO « VINCERE », Jane CAMPION “BRIGHT STAR”, Isabel COIXET “MAP OF THE SOUNDS OF TOKYO” ,  Xavier GIANNOLI “A L’ORIGINE” , Michael HANEKE “DAS WEISSE BAND” (Le Ruban blanc), Ang LEE “TAKING WOODSTOCK”, Ken LOACH “LOOKING FOR ERIC”,  LOU Ye CHUN FENG CHEN ZUI DE YE WAN (Nuits d'ivresse printanière), Brillante MENDOZA “KINATAY”, Gaspar NOE « ENTER THE VOID » (Soudain le vide), PARK Chan-Wook “BAK-JWI” (Thirst, ceci est mon sang...), Alain RESNAIS “LES HERBES FOLLES » , Elia SULEIMAN “THE TIME THAT REMAINS”,  Quentin TARANTINO “INGLOURIOUS BASTERDS” , Johnnie TO “VENGEANCE”,  TSAI Ming-liang “VISAGE “, Lars VON TRIER “ANTICHRIST”.

veangeance2.jpg

 

SELECTION OFFICIELLE (HORS-COMPETITION)

 Alejandro AMENABAR “AGORA”,  Terry GILLIAM “THE IMAGINARIUM OF DOCTOR PARNASSUS” (L'imaginarium du Docteur Parnassus), Robert GUÉDIGUIAN « L'ARMÉE DU CRIME ». En séances de minuit : Stéphane AUBIER, Vincent PATAR « A TOWN CALLED PANIC » (Panique au village) - 1er film,  Sam RAIMI « DRAG ME TO HELL » (Jusqu'en enfer), Marina de VAN « NE TE RETOURNE PAS ».

 

SEANCES SPECIALES

 Anne AGHION “MY NEIGHBOR, MY KILLER” (Mon voisin, mon tueur), Adolfo ALIX, JR., Raya MARTIN « MANILA », Souleymane CISSE « MIN YE », Michel GONDRY « L'EPINE DANS LE CŒUR »,  Zhao LIANG « PETITION » (La Cour des plaignants)

Keren YEDAYA KALAT HAYAM(Jaffa).

 

 

SELECTION "UN CERTAIN  REGARD" 

BONG Joon « Ho MOTHER », Alain CAVALIER « IRENE », Lee DANIELS « PRECIOUS »,  Denis DERCOURT « DEMAIN DES L'AUBE », Heitor DHALIA “À DERIVA”, Bahman GHOBADI « KASI AZ GORBEHAYE IRANI KHABAR NADAREH » , Ciro GUERRA « LOS VIAJES DEL VIENTO » (Les Voyages Du Vent), Mia HANSEN-LOVE » LE PÈRE DE MES ENFANTS »,  Hanno HÖFER, Razvan MARCULESCU, Cristian MUNGIU, Constantin POPESCU, Ioana URICARU « AMINTIRI DIN EPOCA DE AUR », Nikolay KHOMERIKI « SKAZKA PRO TEMNOTU » , HIrokazu KORE-EDA “KUKI NINGYO” , Yorgos LANTHIMOS “KYNODONTAS » (Dogtooth), Pavel LOUNGUINE “TZAR” (Le Tsar), Raya MARTIN “INDEPENDENCIA”  (Independence), Corneliu PORUMBOIU “POLITIST, ADJECTIV” (Policier, Adjectif), Pen-Ek RATANARUANG « NANG MAI », João Pedro RODRIGUES « MORRER COMO UM HOMEM » (Mourir Comme Un Homme), Haim TABAKMAN « EYES WIDE OPEN », Warwick THORNTON SAMSON AND DELILAH- 1er film,   Jean VAN DE VELDE  « THE SILENT ARMY ».

 

 

Je reviendrai bien sûr sur tous ces films en détails sur mon blog consacré à ce 62ème Festival de Cannes. Vous pouvez par ailleurs d’ores  et déjà y trouver de nombreuses informations concernant ce 62ème Festival et bientôt de nombreuses informations complémentaires concernant cette sélection mais aussi concernant La Quinzaine des Réalisateurs, la Semaine de la Critique, Cannes Classics etc.

 

Sandra.M

18/04/2009

« Villa Amalia » de Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois…

villa.jpg

Année chargée pour la Présidente du jury du 62ème Festival de Cannes puisque, après « Un  Barrage contre le Pacifique », l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Marguerite Duras par Rithy Panh, Isabelle Huppert est en effet actuellement à l’affiche de « Villa Amalia » de Benoît Jacquot.

 

Par hasard, Ann (Isabelle Huppert),  pianiste de profession,  surprend son mari Thomas (Xavier Beauvois) embrassant une autre femme. Au même instant, alors qu’elle est hypnotisée et terrassée par cette scène, se déroulant derrière les grilles d’un jardin, un ami surgi de l’enfance, Georges, (Jean-Hugues Anglade) la surprend. Avec son appui, elle décide alors de changer de vie, de tout quitter, pour bientôt se retrouver sur une île, là où se trouve la villa Amalia…

 

Adapté du roman éponyme de Pascal Quignard, « Villa Amalia » est le cinquième film du réalisateur avec Isabelle Huppert et pour cette cinquième collaboration il a choisi un thème universel pour un film qui ne l’est pas. Le profond malaise (et même l’agacement) que m’a inspiré ce film m’a probablement ôté tout jugement purement cinématographique, d’où cette critique inhabituellement courte et négative… En effet, rarement l’atmosphère d’un film m’aura mise si mal à l’aise, à tel point que j’ai failli quitter la salle avant la fin. Le film est ainsi imprégné du dépouillement, de la brutalité et de l’austérité de son personnage principal, et alternativement d’une musique (de Bruno Coulais) et d’un silence vertigineux.

 

Ann se dépouille de tout ce qui lui pèse et l’emprisonne et caractérise sa vie d’avant : biens matériels (photos, sa maison d’une blancheur terrifiante et nauséeuse, cheveux, pianos …) et même de son identité pour endosser celle de son ami d’enfance, symbole de cette innocence qu’elle veut retrouver et de sa renaissance. Comme un signe du destin, elle qui a perdu son frère va habiter la maison qu’un homme décédé avait construit pour sa sœur, une maison qui domine la mer, où elle fait corps avec le paysage et la nature. (Benoît Jacquot use et abuse des plans larges pour bien nous le faire comprendre).

 

Le réalisateur de « L’école de la chair » signe ici un film désincarné et nous embarque dans une maison sans âme où son héroïne semble s’évader tandis que je ne rêvais que d’une chose : en faire de même pour fuir ce film oppressant, où le bleu de la mer et le rouge de cette villa Amalia ne parviennent pas à apporter des couleurs à ce film d’une pâleur cadavérique…

 

Isabelle Huppert interprète avec justesse ce personnage antipathique noyé (elle nage, beaucoup et avec violence, pour ne pas couler, ne pas être submergée)  dans sa pesante réalité qui prend visage humain le temps d’une main sur un visage, et Jean-Hugues Anglade, irréprochable, avec ce rôle d’homme sentimental et attachant, atténue par sa douceur la rugosité d’Ann et celle du film. Leurs scènes communes apportent cette émotion qui fait défaut au reste du film,  se tenant par la main, comme deux enfants partageant un secret, égarés dans un monde d’adultes qui ne comprend pas leur singularité, leurs envies de fuites.

 

 Ne parlons pas du scénario : là n’est pas l’objet de ce film délibérément elliptique (et se noyant paradoxalement, lui aussi, dans des détails inutiles) qui certes nous donne le goût de l’abandon, et  de la liberté : celle en tout cas de fuir ce film sombre et morose  comme Ann sa réalité étouffante…

 

Sur le même thème voyez plutôt le splendide « Into the wild » de Sean Penn et pour lire un autre point de vue sur ce film et contrebalancer cette critique, je vous conseille la critique suivante : http://www.toujoursraison.com/2009/04/villa-amalia.html .

 

Sandra.M

 

05/02/2009

"In the mood for cinema" au Festival de Cannes 2009

carteca1.jpg

Voilà, ça y est: mon accréditation pour le 62ème Festival de Cannes vient de m'être confirmée.

Je serai donc au Festival de Cannes, cette année encore et cela pour la 9ème année consécutive, après avoir "attrapé le virus" de la Croisette lors de ma participation au prix de la jeunesse  du Festival de Cannes 2001 ( un concours que je vous recommande d'ailleurs de tenter, si vous êtes cinéphiles... et jeunes, pour connaître toutes les modalités du concours, cliquez ici). Ce prix de la jeunesse est, je crois, une expérience collective cinématographique et humaine inoubliable pour tous ceux qui l'ont vécu. M'en restent aujourd'hui de belles amitiés, de magnifiques souvenirs et un goût prononcé pour ce festival, ce qui était d'ailleurs le cas avant d'y mettre les pieds mais ce qui n'a fait que s'aggraver par la suite malgré tous les travers, excentricités, absurdités, aberrations de ce festival dont je vous parlerai un autre jour, mais c'est avant tout la plus grande et la plus belle fenêtre ouverte sur le cinéma et sur les cinémas du monde entier, sans oublier évidemment le Marché du film. De tout cela aussi, de ma vision de ce festival, je vous reparlerai ultérieurement même si je vous en ai déjà longuement parlé ici, ou encore là.

Chaque année je termine le Festival pleine de bonnes (ou mauvaises?) résolutions: non, non, je n'y retournerai pas l'année prochaine. Et chaque année lorsque le mois de février se profile je ne peux m'empêcher d'effectuer (non, vraiment, c'est irrépressible)  toutes les démarches pour être accréditée. C'est incurable, je le crains bien.

J'y serai donc doublement cette année, d'abord en tant qu'invitée de L'Oréal pour avoir remporté le concours de blogs qu'ils ont organisé l'an passé en partenariat avec le Festival 

2008_0919loreal0003.JPG

...mais aussi accréditée en tant que jeune scénariste et  "blogueuse". Vous pourrez donc, comme les années passées retrouver mon compte rendu quotidien en direct de la Croisette sur "In the mood for Cannes" avec des critiques de films en compétition et hors compétition mais aussi des critiques des films des sections parallèles, des vidéos, des "récits d'ambiance" et de soirées..., et de nombreuses informations concernant le festival, dès à présent, même si, pour l'heure, nous savons seulement que le 62ème Festival de Cannes aura lieu du 13 au 24 Mai 2009 et que son jury sera présidé par Isabelle Huppert. Vous y retrouverez également l'intégralité de la programmation mise à jour au fur et à mesure de son annonce.

J'en profite pour conseiller à tous ceux qui voudraient être accrédités en 2009 d'effectuer leurs démarches dès à présent, chaque secteur d'activité détenant un quota d'accréditations qui diminue au fil du temps et certaines accréditations nécessitant par ailleurs de réunir un nombre conséquent de documents justificatifs. Oui, être accrédité à Cannes peut être plus compliqué que de devenir agent secret! (Renseignements ici).

Pour tous ceux qui assisteront à ce Festival de Cannes 2009, je vous propose de vous inscrire ( en cliquant ici pour y accéder)  sur le groupe Facebook que j'ai créé associé à mon blog "In the mood for Cannes" sur lequel nous pourrons également échanger toutes nos informations et tous nos bons  plans concernant ce Festival qui peut parfois ressembler à un parcours du combattant pour les novices...ou même pour les autres.  Si vous avez des informations ou des bons plans ou des questions, vous pouvez aussi en faire part dans les commentaires de cette note.

Prochainement de nouvelles informations concernant ce 62ème Festival de Cannes  seront publiées sur "In the mood for Cannes" mais aussi sur "In the mood for cinema"... Allez, plus que 3 petits mois avant de plonger "in the mood for Cannes"!

Sandra.M

14/01/2009

« Un Barrage contre le Pacifique » de Rithy Panh

barragepacifique.jpg

Indochine, 1931. Dans le Golfe du Siam, au bord de l’Océan Pacifique, une mère (jamais nommée car vivant par, pour, à travers ses enfants, incarnée par Isabelle Huppert) survit tant bien que mal avec ses deux enfants, Joseph (20 ans) –Gaspard Ulliel- et Suzanne (16 ans)-Astrid Bergès-Frisbey-, qu’elle voit grandir et dont elle sait le départ inéluctable. Abusée par l’administration coloniale, elle a investi toutes ses économies dans une terre régulièrement inondée, donc incultivable. Se battant contre les bureaucrates corrompus qui l’ont escroquée, et qui menacent à présent de l’expulser, elle met toute son énergie dans un projet fou : construire un barrage contre la mer avec l’aide des paysans du village.  Alors que la mère est ruinée et obsédée par son entreprise arrive le mystérieux M.Jo (Randal Douc), fils d’un riche homme d’affaires chinois qui s’éprend de Suzanne. La famille va tenter d’en tirer profit.

Difficile d’adapter au cinéma Marguerite Duras (« Un barrage contre le Pacifique » est son premier roman paru au printemps 1950, adapté de son enfance coloniale, tout comme « L’Amant ») quand on sait qu’elle était tellement mécontente de l’adaptation de « L’amant » par Jean-Jacques Annaud dont, malade, elle n’a pu suivre la fin de l’élaboration du scénario qu’en guise de revanche elle en a sorti sa propre version scénaristique. « Un barrage contre le Pacifique » est certainement très différent d’un film réalisé par Marguerite Duras, éloigné de son style expérimental  notamment basé sur le décalage entre l’image et le son comme elle les affectionnait, comme ce qu’elle mit en œuvre dans ses propres films. Aurait-elle renié cette adaptation-ci ? Pas sûr…

Difficile aussi en raison de son style littéraire difficilement adaptable même si « Un barrage contre le Pacifique » est certainement le plus classique de ses romans (d’ailleurs déjà adapté au cinéma, en 1958, par René Clément, sous le titre « Barrage contre le Pacifique ») , ce qui explique aussi le classicisme que certains ont reproché au film de Rithy Panh, un film dans lequel, pourtant, le délitement du temps, le refus de tout spectaculaire et de toute dramatisation auxquels le sujet se prêtait si bien ne sont d’ailleurs pas si académiques. Un cinéaste qui laisse le temps au temps, laisse aussi le soin au spectateur de remplir les ellipses et les non dits : voilà qui est plutôt destiné à me plaire et je trouve que beaucoup de critiques ont été bien injustes.

La lenteur, ce refus de la grandiloquence et donc la forme reflètent judicieusement la fin des illusions de la mère qui expire finalement tout au long du film. Ce qu’on lui a reproché aussi, sans doutes, c’est de filmer avec distance et donc sans passions des sentiments passionnels et extrêmes (l’amour, la passion, le désir, l’injustice, la mort, le mensonge, la violence…), mais c’est là justement, dans ce décalage, que réside tout l’intérêt du film et l’univers que lui a apporté Rithy Panh.

 Filmé tout en douceur malgré la violence des sentiments, en lenteur, en simplicité malgré l’ambiguïté des personnages,  le film de Rithy Panh nous imprègne progressivement, sans fracas mais peut-être avec d’autant plus de force comme cette révolte contre le colonialisme qui s’empare progressivement de la mère.

Et puis il y a les paysages, la nature récalcitrante et sauvage que Rithy Panh n’enjolive pas mais filme dans sa beauté brute et d'autant plus fascinante.

Isabelle Huppert incarne merveilleusement cette femme aride comme la terre qu’elle tente vainement d’exploiter, provocatrice et indomptable, qui aime un peu trop son fils, qui rudoie un peu trop sa fille avec lesquels elle entretient des rapports plus qu’ambigus à l’image de ceux de Suzanne avec le troublant et ambivalent M.Jo, ce qui donne à l’ensemble une opacité salutaire dans un cinéma qui veut de plus en plus aller à l’essentiel (et d’ailleurs l’oubliant et le niant ainsi).  Un film à la fois simple et hermétique comme un livre de Duras.

Gaspard Ulliel et Astrid Berges-Frisbey, quant à eux, manient savamment force et douceur, innocence et sensualité et sont aussi pour beaucoup dans la réussite de ce film que, vous l’aurez compris, In the mood for cinema vous recommande.

 « Un Barrage contre le Pacifique » a été présenté au Festival de Rome 2008.

02/01/2009

Isabelle Huppert présidera le jury du 62ème Festival de Cannes

isabelle.jpg

pianiste.jpgC’est Isabelle Huppert qui succédera à Sean Penn et présidera le jury du 62e Festival international de Cannes du 13 au 24 mai 2009, un festival qui l'a récompensée du prix d’interprétation féminine à deux reprises :  avec "La Pianiste" de Michael Haneke en 2001 (un prix décerné à l'unanimité) et "Violette Nozière" de Claude Chabrol en 1978.

 Isabelle Huppert est en effet une habituée de ce festival dont elle fut également jurée (en 1984, sous la présidence de Dirk Bogarde, la palme d'or sera alors remise à Wim Wenders pour "Paris, Texas") et maîtresse de cérémonie, et où pas moins de 14 films dans lesquels elle a joué ont été présentés en compétition.

Très peu de femmes ont présidé ce prestigieux jury : Liv Ullman, Jeanne Moreau, Françoise Sagan...

violette.jpgEn plus de ses récompenses cannoises, parmi de nombreux prix l'actrice fétiche de Claude Chabrol (qu'il serait d'ailleurs amusant de retrouver également dans le jury...?) a été récompensée de prix spéciaux pour sa carrière à San Sebastian en 2003 et à Venise en 2005 (Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière).

"Je suis très heureuse et très fière. Cannes et moi, c'est une longue histoire et ce prochain rendez-vous scelle définitivement mon amour pour le festival, et donc pour le cinéma mondial.Cannes, c'est la porte ouverte à toutes les nouvelles idées du monde. En être une spectatrice privilégiée m'enthousiasme", a déclaré Isabelle Huppert.

Thierry Frémaux, délégué général du festival présidé par Gilles Jacob, a expliqué avoir voulu "rendre hommage à celle qui met sa popularité de comédienne au service du cinéma d'auteur, qui s'engage auprès des jeunes metteurs en scène et que les cinéastes étrangers admirent".

FILMOGRAPHIE D’ISABELLE HUPPERT

I'm Not A Fucking Princess (projet) (Prochainement), de Eva Ionesco

Copacabana (Prochainement), de Marc Fitoussi

Des parents formidables (projet) (Prochainement), de Jean-Marie Poiré

Une affaire de trahison (projet) (Prochainement), de Olivier Assayas

White Material (Prochainement), de Claire Denis Maria

L'Amour caché (Prochainement), de Alessandro Capone Danielle

Villa Amalia (2009), de Benoît Jacquot

Un barrage contre le Pacifique (2009), de Rithy Panh

Home (2008), de Ursula Meier

Nue propriété (2007), de Joachim Lafosse

nuep.jpg

Médée Miracle (2007), de Tonino De Bernardi

L'Ivresse du pouvoir (2006), de Claude Chabrol  

ivresse.jpg

Gabrielle (2005), de Patrice Chéreau

J'adore Huckabees (2005), de David O. Russell

Les Soeurs fâchées (2004), de Alexandra Leclère

soeurs.jpg

Ma mère (2004), de Christophe Honoré

Le Temps du loup (2003), de Michael Haneke

Deux (2002), de Werner Schroeter

La Vie promise (2002), de Olivier Dahan

viep.jpg

8 femmes (2002), de François Ozon

deux.jpg

La Pianiste (2001), de Michael Haneke

Comédie de l'innocence (2001), de Raoul Ruiz

Merci pour le chocolat (2000), de Claude Chabrol

Les Destinées sentimentales (2000), de Olivier Assayas

Saint-Cyr (2000), de Patricia Mazuy

La Fausse Suivante (2000), de Benoît Jacquot

La Vie moderne (2000), de Laurence Ferreira Barbosa

Pas de scandale (1999), de Benoît Jacquot

L'Ecole de la chair (1998), de Benoît Jacquot

Rien ne va plus (1997), de Claude Chabrol

Les Affinités électives (1997), de Paolo Taviani

Les Palmes de M. Schutz (1997), de Claude Pinoteau

Poussieres d'amour (1996), de Werner Schroeter  

Les Voyages de Gulliver (TV) (1996), de Charles Sturridge

La Cérémonie (1995), de Claude Chabrol

Lumière et compagnie (1995), de Lasse Hallström Voix (segment A. Kiarostami)

Un siècle d'écrivains : Nathalie Sarraute (TV) (1995), de Jacques Doillon récitante (voix)

Amateur (1994), de Hal Hartley

La Séparation (1994), de Christian Vincent

L'Inondation (1994), de Igor Minaiev

Après l'amour (1992), de Diane Kurys

Madame Bovary (1991), de Claude Chabrol

Malina (1991), de Werner Schroeter

Contre l'oubli (1991), de Patrice Chéreau

La Vengeance d'une femme (1990), de Jacques Doillon

Une Affaire de femmes (1988), de Claude Chabrol

Migrations (1988), de Aleksandar Petrovic

Les Possédés (1988), de Andrzej Wajda  

Faux témoin (1987), de Curtis Hanson

Milan noir (1987), de Kerry McMullen

Cactus (1986), de Paul Cox

Sac de noeuds (1985), de Josiane Balasko

Signé Charlotte (1985), de Caroline Huppert

La Garce (1984), de Christine Pascal

Passion (1984), de Jean-Luc Godard  

Coup de foudre (1983), de Diane Kurys

La Femme de mon pote (1983), de Bertrand Blier

L'Histoire de Piera (1983), de Marco Ferreri

La Truite (1982), de Joseph Losey

Eaux profondes (1981), de Michel Deville

Coup de torchon (1981), de Bertrand Tavernier

La Porte du paradis (1981), de Michael Cimino

Les Ailes de la colombe (1981), de Benoît Jacquot

La Dame aux camelias (1981), de Mauro Bolognini

Loulou (1980), de Maurice Pialat

Les Héritières (1980), de Marta Meszaros

Les Soeurs Brontë (1979), de André Téchiné

Retour à la bien-aimee (1979), de Jean-François Adam

Sauve qui peut (la vie) (1979), de Jean-Luc Godard

Violette Nozière (1978), de Claude Chabrol

Des enfants gâtés (1977), de Bertrand Tavernier

Les Indiens sont encore loin (1977), de Patricia Moraz

Le Juge et l'Assassin (1976), de Bertrand Tavernier

La Dentellière (1976), de Claude Goretta

Le Petit Marcel (1976), de Jacques Fansten

Docteur Françoise Gailland (1976), de Jean-Louis Bertucelli

Je suis Pierre Rivière (1976), de Christine Lipinska

Dupont Lajoie (1975), de Yves Boisset

Aloïse (1975), de Liliane de Kermadec

Rosebud (1975), de Otto Preminger

Le Grand délire (1975), de Denis Berry

Les Valseuses (1974), de Bertrand Blier   

Glissements progressifs du plaisir (1974), de Alain Robbe-Grillet  

Sérieux comme le plaisir (1974), de Robert Benayoun

César et Rosalie (1972), de Claude Sautet

Le Bar de la fourche (1972), de Alain Levent  

Faustine et le bel été (1972), de Nina Companeez

Je vous rappelle que vous pourrez suivre ce 62ème Festival de Cannes, en direct sur « In the mood for cinema » et sur « In the mood for Cannes ».