Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La Baule

  • Roman - La Symphonie des rêves (Editions Blacklephant) - premiers épisodes de la belle aventure : critiques et dédicaces

    La Symphonies des reves 3.jpg

    Ci-dessus, La Symphonie des rêves à la librairie du Bon Marché Rive Gauche

    La Symphonie des rêves roman librairie Albin Michel.jpg

    Ci-dessus, La Symphonie des rêves à la nouvelle librairie Albin Michel, Boulevard Raspail, à Paris

    symphonie des rêves 2.jpg

    Ci-dessus et ci-dessous, à la FNAC

    symphonie 4.jpg

    Ci-dessous, à la librairie Gibert à Paris

    FB_IMG_1704466268430.jpg

    Il est là. Le rêve qui se concrétise. Au milieu des autres. Un peu intimidé par ce prestigieux compagnonnage. Un peu fier d’y être, enfin. Je me souviens de ce sentiment d’exaltation quand l’idée s’est imposée, obsessionnelle, quand l’envie irréfragable d’écrire ce livre m’a transportée, quand j’ai établi un véritable plan d’attaque pour en bâtir l’univers en six mois alors que j’écris d’habitude à l’instinct, me laissant porter par mes personnages et émotions. L’émotion. C’est toujours la source et le but. Une émotion qui me submerge et m’envahit tant qu’il est vital de la transformer en histoire. Celle que j’espère réussir à vous transmettre, aussi. Je me souviens de cette énergie démente pendant ces six mois, à l’image de l’émotion d’alors qui la guidait. Je me souviens de ce journal intime auquel, à huit ans, j’avais confié le rêve secret, celui de devenir romancière. La voie me semblait impossible mais aussi être la seule possibilité de faire résonner ma voix. Je me souviens de ces livres dits d’adultes (Balzac, Hugo, Stendhal), que je dévorais à l’âge où ce n'était pas "normal", où au cours imposé de lecture à l’école je feignais de lire des BD pour avoir l’air « comme les autres ». Je me souviens que la normalité n’est qu’une invention des êtres sans fantaisie pour claquemurer celles des autres, et se rassurer. Je me souviens que les livres furent les derniers compagnons de vie de mon père qui m'en a transmis la passion, qu’ils nous relient au passé, aux disparus, aux rêves et êtres impossibles. Je me souviens qu’il vaut mieux éviter de se souvenir, parfois. Je me souviens d’une musique qui a tout enclenché, consolante et magnétique. Je me souviens que j’écris, à la fois pour me souvenir et pour oublier, pour une seule personne et pour tous. Et comme l’héroïne sur la couverture, pour regarder vers la mer, l’avenir, l’ailleurs, l’espoir.
    Je me souviens enfin de ces deux phrases déjà citées mais qui évoquent si bien la genèse de ce roman :
    « Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. » Cocteau
    « Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. » Duras

    blacklephant la symphonie des rêves.jpg

    Je pourrais vous parler des chemins détournés et épineux qu'empruntent les rêves pour se concrétiser. Je pourrais vous parler de tous les hasards et coïncidences, des turbulences et des rebondissements qui ont jalonné ces derniers mois avant et après la publication de ce roman. Je pourrais vous parler de ce qui, profondément, viscéralement, a suscité l'envie irrépressible de raconter cette histoire sur la force des rêves et la puissance émotionnelle de la musique qui, dans ce roman, bouscule et relie les destinées, enfièvre et console. Je pourrais vous parler des désillusions, des drames, des joies, des rencontres, des doutes qui l'ont nourri. Mais au fond je ne "parlerai" jamais aussi sincèrement et aussi bien de tout cela qu'à travers les personnages de La Symphonie des rêves, sorte de kaléidoscope de toutes ces émotions qui vous feront voyager, d'Athènes à Venise, de Trouville à Nice, de Dinard à Cannes, de La Baule à Hydra, de Beaune à Paris, du Festival de Cannes au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, au rythme des élans musicaux et de leurs élans du cœur.

    D'autres, aussi, en ont parlé magnifiquement, et je les remercie, tout particulièrement Dan Burcea pour son sublime article et sa magnifique analyse dans la revue littéraire Lettres Capitales, une chronique que vous pouvez lire, ici.

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    Retrouvez également mon interview sur le site littéraire A la lettre pour en savoir plus sur le roman, sa genèse, mes goûts cinématographiques, en matière de musiques de films...

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    Quelques avis de lecteurs, aussi (partagés avec leur accord) :

    avis La Symphonie des rêves sandra mézière.jpg

    avis la symphonie des rêves sandra mézière 2.jpg

    littérature, roman, La Symphonie des rêves, Sandra Mézière, La Symphonie des rêves de Sandra Mézière, cinéma, musique, critique, librairie, dédicace, Paris, Deauville, La Baule, festival de cinéma, critique littéraire, Blacklephant éditions, rentrée littéraire, avis roman La Symphonie des rêves, salon littéraire

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    avis 3.jpg

    Merci à radio J pour l'invitation, et en particulier à Line Toubiana et Lise Gutman, les premières à avoir parlé de La Symphonie des rêves.

    roman 6.jpg

    roman 9.jpg

    Enfin, les premières séances de dédicaces furent un bonheur, à la Librairie du Marché de Deauville, à la FNAC de Laval et à la Librairie du Cinéma du Panthéon de Paris que je remercie pour leur confiance.

    dedi 6.jpg

    dedi 5.jpg

    Photo ci-dessus, copyright Dominique Saint

    dedi 4.jpg

    dedi Deauville 3.jpg

    dedi 7.jpg

    dedicace la symphonie des rêves fnac.jpg

    roman 4.jpg

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    littérature,roman,la symphonie des rêves,sandra mézière,la symphonie des rêves de sandra mézière,cinéma,musique,critique,librairie,dédicace,paris,deauville,la baule,festival de cinéma,critique littéraire,blacklephant éditions,rentrée littéraire,avis roman la symphonie des rêves,salon littéraire

    Retrouvez d'autres photos et vidéos des séances de dédicaces sur mon compte Instagram @Sandra_Meziere.

     

  • Programme du Festival de la Fiction et du Documentaire politique de la Baule ( 5 au 8 octobre 2023)

    FB_IMG_1693208627044 (1).jpg

    Après le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule (dont vous pouvez retrouver mon compte-rendu de la dernière édition, ici) qui célèbrera sa 10ème édition à l'été prochain, la semaine prochaine, La Baule accueillera un nouveau festival de cinéma qui s'annonce non moins enthousiasmant : le Festival de la fiction et du documentaire politique. Passionnée de politique comme je le suis de cinéma, je ne pouvais pas ne pas vous parler de ce festival qui va les entrelacer et interroger leurs liens, a fortiori en tant qu'inconditionnelle de La Baule, cadre de mon prochain roman de surcroît. 

    cinéma,film,festival,la baule,politique,festival de la fiction et du documentaire politique de la baule

    Ce nouvel évènement cinématographique se tiendra du 5 au 8 octobre 2023. Ce festival créé en 2017 avait auparavant lieu en Corse, à Porto Vecchio. Il fut suspendu lors de la pandémie. Fondé par Jérôme Paoli et Anne-Catherine Mendez, c'est désormais Gabriel Le Bomin (réalisateur de nombreux documentaires sur la politique et sur l'Histoire mais aussi notamment du long-métrage De Gaulle en 2020 avec Lambert Wilson et Isabelle Carré) qui prendra la présidence de ce nouveau festival. 

    cinéma,film,festival,la baule,politique,festival de la fiction et du documentaire politique de la baule

    Pas moins de 14 avant-premières figurent au programme de cette première édition bauloise.  14 films en avant-première, fictions et documentaires, mais aussi une master class qui s’annonce passionnante sur le thème : « Quand la politique utilise le langage du cinéma. »

    Le très attendu Bernadette de Léa Domenach fera l'ouverture du festival. Vous pourrez notamment découvrir le remarquable dernier film de Marco Bellochio, L'Enlèvement, qui figurait parmi les films en compétition du dernier Festival de Cannes.

    cinéma,film,festival,la baule,politique,festival de la fiction et du documentaire politique de la baule

    Le jury 2023 sera présidé par Elie Chouraqui. Il sera entouré de Najat Vallaud-Belkacem, Georges-Marc Benamou, Armelle, Géraldine Danon.

    Le jury documentaire politique sera composé de : Aïssa Maïga, Mario Stasi et Christophe Castaner.

    Le jury presse sera composé de : Pascal Perrineau, Solenn Deroyer, Cyril Graziani,Catherine Ivanichtchenko et Yannick Urrien.

    Monsieur Éric Dupond-Moretti, Ministre de la Justice - Garde des Sceaux, sera l’invité exceptionnel de cette première édition du festival. Il remettra l'ensemble des prix le samedi 7 octobre à partir de 19h.

    Au programme : 5 fictions en avant-première, 5 documentaires exclusifs, 4 films hors compétition, 1 master class.

    PROGRAMME COMPLET

    HORS COMPÉTITION

    Bernadette de Léa Domenach

    Clemenceau, la force d’aimer de Lorraine Lévy

    Les larmes de la Légion de Guy Padovani Beauché

    Ma France à moi de Benoît Cohen

    LES FICTIONS

    La Hija de todas las rabias de Laura Baumeister de Montis

    HLM Pussy de Nora El Hourch

    Monsieur, le Maire de Karine Blanc et Michel Tavares

    The Survival Of Kindness de Rolf De Heer

    L’Enlèvement de Marco Bellocchio

    LES DOCUMENTAIRES

    Dieu peut se défendre tout seul d’Isabelle Cottenceau

    Love It Was Not de Maya Sarfaty

    L’Archipel du goulag, le courage de la vérité de Nicolas Milétitch et Jean Crépu

    Les Présidents face à la société de Pauline Pallier

    Vigneronnes de Guillaume Bodi

    Les invités d’honneur politique : Christopher Baldelli, Bertrand Délais, Jean-Emmanuel Casalta, Hugues Cazenave, Patrice Duhamel, Michel Field, Pascal Perri, Christian Giacomini, Emmanuel Prévost, Philippe Vandel, Emmanuelle Guilcher, Frédéric Haziza, Jérôme Korkikian, Nathalie Saint-Cricq, Thomas Sotto.

    Vous pouvez suivre le festival sur Instagram (@festival.fiction.politique). 

  • Compte-rendu et palmarès du 9ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Cet article sera complété au fur et à mesure des visionnages des films programmés dans le cadre du festival que je n’ai pas encore eu la possibilité de découvrir.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    « J'étais très angoissée par l'infini, l'idée que l'univers n'avait pas de fin. Goldbach, c'était un moyen de mettre de l'ordre dans l'infini. » Cette phrase extraite du film Le Théorème de Marguerite d'Anna Novion, lauréat du prix de la meilleure musique de film, pourrait être aussi une magnifique définition du cinéma, et de l'art en général : une tentative de mettre de l'ordre dans l'infini, et de dompter les angoisses qu'il engendre. Et donc de maîtriser le temps. Le temps et la volonté de le maîtriser ou distordre étaient aussi au centre de plusieurs films de cette édition (Une nuit, Les Promesses). Cela tombe bien, un festival, et celui-ci en particulier, est avant tout un moyen d'en suspendre le vol ou d'en savourer chaque poussière de seconde.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    « La fiction est le mensonge par lequel nous disons la vérité » écrivit Albert Camus. En attendant de vous livrer ma vérité en mensonge avec mon roman La Symphonie des rêves, en librairie le 5.10.2023 (Editions Blacklephant), qui a en partie pour cadre le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et au centre duquel se trouve la musique et en particulier la musique de film, je vous propose un récapitulatif de mes trois jours au festival au cours desquels la fiction, justement, fut à l’honneur. « Seule la musique est à hauteur de la mer » disait encore Albert Camus. Au Festival de La Baule, musique et mer s’enlacent ainsi dans une valse joyeuse…Chaque année, le festival est synonyme de réjouissantes et surprenantes découvertes cinématographiques, cette 9ème édition n’a pas dérogé à la règle. Elle fut portée par les battements trépidants de jazz de Kyle Eastwood. Le musicien, compositeur et arrangeur de musiques de film était en effet l’invité d’honneur de cette année. Le point culminant de sa présence fut un concert hommage aux plus belles musiques des films de son père, l’acteur et réalisateur Clint Eastwood, dont certaines qu’il a composées lui-même, un concert inédit intitulé Eastwood by Eastwood pour lequel il fut entouré de son quintet. Fils de Clint (à qui l'affiche de cette édition 2023 du festival rendait hommage), mais avant tout talentueux contrebassiste de jazz et compositeur ou arrangeur de musiques de film dont Gran Torino, Mystic River, Million Dollar Baby, Lettres d’Iwo Jima et Invictus, Kyle Eastwood est l’auteur de huit albums dont le dernier, Cinematic, est une variation sur des thèmes cultes du cinéma : Gran Torino, Pink Panther, Skyfall...

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Le Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, auquel j'ai le plaisir d'assister depuis sa première année, revenait ainsi pour une 9ème édition qui eut lieu du 28 juin au 2 juillet 2023 avec, comme toujours, une sélection de longs et courts-métrages français en avant-première, en compétition ou hors compétition et, notamment, le dernier film du cofondateur du festival, Christophe Barratier, tourné en partie à La Baule, Comme par magie, en ouverture, présenté hors compétition pour la première fois au public en présence du réalisateur et de Gérard Jugnot. Cette comédie produite par M.E.S Productions, marque ainsi les retrouvailles entre Christophe Barratier et Gérard Jugnot, 20 ans après Les Choristes et 15 ans après Faubourg 36. 

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

     

    Kev Adams incarne Victor, un jeune magicien en pleine ascension. Cela commence par une scène d’ouverture trépidante : un numéro de magie drôle et étourdissant interrompu par l’annonce de la naissance imminente de la fille du magicien. Seulement, rien ne se passe comme prévu et la tragédie succède rapidement à l'euphorie : la mère décède lors de l'accouchement. Victor doit alors élever seul sa fille qu’il prénomme Lison. Jacques (Gérard Jugnot), son fantasque beau-père, se mêle contre son avis de l’éducation de la petite auprès de laquelle il retrouve une seconde jeunesse. Ce tandem improbable aura pour arbitre Nina (Claire Chust), l’amie d’enfance de Victor…

    Christophe Barratier travaillait sur un autre projet quand le producteur Marc-Etienne Schwartz lui a proposé ce scénario, écrit à l’origine par Serge Lamadie et Cyril Gelbat, rejoints par Fabrice Bracq. Après quelques réussites en tant que producteur délégué et en tant que réalisateur de courts-métrages, Christophe Barratier, en 2004, connaissait un succès retentissant avec Les Choristes et ses 8,5 millions d’entrées puis ses deux César et ses deux nominations aux Oscars (meilleur film en langue étrangère et meilleure chanson pour Vois sur ton chemin). Vinrent après Faubourg 36 en 2008 et La Nouvelle guerre des boutons en 2011, des films nostalgiques dont l'action se déroulait dans les années 30, un cinéma populaire (au sens noble du terme) et de beaux hommages au cinéma d’hier.

    Faubourg 36 regorgeait ainsi de réjouissantes références au cinéma d’entre-deux guerres. Clovis Cornillac y ressemblait à s’y méprendre à Jean Gabin dans les films d’avant-guerre, Nora Arnezeder (la découverte du film comme Jean-Baptiste Maunier l'avait été auparavant dans Les Choristes) à Michèle Morgan : tous deux y faisaient penser au couple mythique Nelly et Jean du Quai des Brumes de Marcel Carné auquel un plan se référait d’ailleurs explicitement. Bernard-Pierre Donnadieu, quant à lui, rappelait Pierre Brasseur (Frédérick Lemaître) dans Les enfants du paradis de Carné et Jules Berry (Valentin) dans Le jour se lève du même Carné dont j’avais même cru reconnaître le célèbre immeuble dessiné par Alexandre Trauner dans le premier plan du film. Les décors du film entier paraissaient d’ailleurs rendre hommage à ceux de Trauner, avec cette photographie hypnotique et exagérément lumineuse entre projecteurs de théâtre et réverbères sous lesquels Paris et les regards scintillent de mille feux incandescents et mélancoliques. Et l'amitié qui unissait les protagonistes de ce Faubourg 36 résonnait comme un clin d’œil à celle qui unissait les personnages de La belle équipe de Duvivier.  Bref, Christophe Barratier est un cinéaste cinéphile. D'ailleurs, Les Choristes déjà était une adaptation du film de 1945 de Jean Dréville, La Cage aux rossignols.

    En 2016, il changea de registre avec le remarquable L’Outsider, thriller financier contemporain, très différent des films précités, une adaptation du livre écrit par Kerviel lui-même et publié en 2010, L'Engrenage : mémoires d'un trader, l’histoire d’un anti-héros pris dans une spirale infernale, dans l’ivresse de cette puissance de l’argent qui le grise et l’égare, et dans laquelle il se jette comme d’autres se seraient plongés dans la drogue ou l’alcool.  Barratier a réussi non seulement à vulgariser cet univers mais aussi à le rendre aussi passionnant et palpitant qu’un thriller. Ce film pourrait d’ailleurs illustrer un cours de scénario : ellipses à-propos (Kerviel sous le feu des blagues méprisantes qui deux ans plus tard en est l’auteur et répond avec aplomb aux sarcasmes), dialogues percutants, répliques et expressions mémorables, touche sentimentale (très bon choix de Sabrina Ouazani) sans qu'elles fassent tomber le film dans le mélo, caractérisation des personnages en quelques plans et répliques (le père, pas dupe), rythme haletant et personnage victime d'un système et d'une obsession et une addiction qui le dépassent et donc attachant malgré tout. Un film fiévreux, intense, captivant, et même émouvant, et très ancré dans son époque et dans le cinéma contemporain tout en s'emparant du meilleur des films d'hier qui ont forgé la culture cinématographique du réalisateur.

    Ensuite, en 2021, il sortit l’excellent Envole-moi, avec Victor Belmondo (quelle révélation !) et Gérard Lanvin puis, en 2022, Le Temps des secrets, magnifique adaptation du roman éponyme, troisième tome des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol, paru en 1960. 

    Comme dans ses précédents films, avec ce Comme par magie, Christophe Barratier révèle un acteur (il y eut Jean-Baptiste Maunier, Nora Arzeneder...) ou fait éclater le talent d’un comédien déjà un peu connu (Arthur Dupont, Victor Belmondo) ou révèle l’étendue de la palette de jeu d’un acteur déjà renommé comme c’est le cas ici avec Kev Adams qui joue pour la première fois un rôle de père, oscillant entre drame et comédie, et dévoilant plus de nuances dans son interprétation. A nouveau, Christophe Barratier met également en scène un duo improbable et attachant, celui formé par Victor et son beau-père sous les traits de Gérard Jugnot que le cinéaste retrouve ici pour la quatrième fois, toujours aussi juste et sachant faire passer une émotion dans un silence, un geste ou un regard.

    Mais la révélation du film est pour moi Claire Chust (dont le visage est malheureusement absent de l'affiche...) qui incarne Nina, une jeune femme qui a grandi avec Victor, élevée d’abord en foyer comme lui, deux enfants nés sous X dont l’amitié est aussi ancienne qu’indéfectible. Elle dégage un charme enfantin et une grâce ingénue, et son personnage évolue joliment. La femme-enfant fragile se mue ainsi progressivement en femme qui s’assume davantage. Comme Victor, elle grandit. Quand l’un va vers l’enfant qu’il a et devient peu à peu père, l’autre pour évoluer doit aller vers ses origines et renouer avec l’enfant qu’elle fut sans doute pour se débarrasser du manteau encombrant de l’enfance blessées.

    Contrairement à ses précédents films, ce n’est pas Philippe Rombi  (et avant lui Bruno Coulais et Reinhardt Wagner) qui a écrit la bande originale mais Bertrand Burgalat, une bo teintée de notes jazzy qui accompagne judicieusement ce film tendre et drôle, avec mélancolie et malice, entre piano, guitare et flûte.

    Je déplore simplement qu'il n'y ait pas plus de tours de magie à l’image de celui final, réjouissant, qui n’est pas sans rappeler celui vertigineux du Prestige de Christopher Nolan. 

    Ce qui se dégage de ce film, entre rires et larmes, c’est donc avant tout une énorme tendresse. En résulte aussi une réflexion intéressante et pleine d'espoir sur la filiation, la transmission et la (re)construction malgré le deuil ou l’absence, sur la famille aussi, celle que l’on bâtit, en dépit des aléas de l'existence. Victor, Nina, Jacques et Lison sont finalement tous victimes de l’abandon, et vont aller de l’ombre vers la lumière, grâce aux liens qui se tissent entre eux. Si les derniers plans les montrent isolés les uns des autres, c'est parce qu'ils se sont certes trouvés une famille mais aussi parce qu'ils ont trouvé qui ils étaient vraiment ou voulaient être.

     Un film délicat, ludique, drôle et tendre qui ne juge pas ses personnages et ne tombe jamais dans le cynisme, sans doute la raison pour laquelle la critique l’a (injustement) snobé. Je vous le recommande. En ces temps troublés, cette douce mélodie qui se fraie un chemin vers l'harmonie n’est jamais larmoyante, et cela fait un bien fou ! On quitte même à regret ce quatuor particulièrement attachant dont on aimerait connaître la suite des aventures...

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

     Au programme comme chaque année figuraient : un panorama de films internationaux singuliers (les “coups de projecteur’’, en partenariat avec Universciné parmi lesquels, comme chaque année, des pépites à découvrir), l’organisation de rencontres et d’échanges avec les artistes (les masters class : cette année Radu Mihaileanu, Ariane Ascaride, mais aussi celle de Ludovic Bource, Jean-Michel Bernard, Sacha Chaban à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister, passionnante et sans langue de bois, un échange instructif sur les différences de traitement du compositeur en France et aux USA), des projections de classiques (The Artist de Michel Hazavanicius, en présence de son compositeur Ludovic Bource, à l'occasion des 100 ans de la Warner Bros -photo anniversaire ci-dessus-, dont vous trouverez ma critique ci-dessous), une grande exposition intitulée Music & Iconic et des animations…sans oublier l'incontournable concert précité lors de la soirée du palmarès, celui de Kyle Eastwood qui a également donné une passionnante master class.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    24 films furent présentés dont 22 en avant-première (19 longs métrages dont 5 en compétition et 5 courts métrages également en compétition). Au total, ce sont 34 projections qui ont été organisées durant 5 jours (avec les reprises des films durant le week-end).

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Le jury présidé par le réalisateur Radu Mihaileanu et composé d’Amanda Sthers, Victoria Bedos, Irène Dresel et Stéphane de Groodt a récompensé les films suivants.

    Prix du Meilleur Film 2023 : Le syndrome des amours passées, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni (en salles le 25 octobre 2023)

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    « Rémy et Sandra n’arrivent pas à avoir d’enfant car ils sont atteints du “Syndrome des Amours Passées”. Pour guérir, il n’y a qu’une seule solution : ils doivent recoucher une fois avec tou.te.s leurs ex. » Tel est le prosaïque pitch officiel (écriture inclusive comprise, au risque de chagriner les amoureux de l’orthographe dont je suis…) de ce film projeté en séance spéciale de la Semaine de la Critique et couronné par cette 9ème édition du festival. Une Vie Démente, le premier long métrage du duo/couple avait été multi primé. Le jury de La Baule a lui aussi visiblement été charmé par cette comédie loufoque qui préfère la fantasmagorie, le ton décalé, la fantaisie et l’absurde au réalisme pour disséquer les méandres de la vie de couple. Une comédie portée par deux remarquables acteurs en lesquels réside la richesse du film et sur lesquels se centre entièrement la mise en scène : Lucie Debay et Lazare Gousseau, la première incarnant (au départ) un personnage aussi libéré et terre-à-terre que le second est coincé et romantique.  Au gré des retrouvailles, leurs certitudes vont voler en éclat et leur relation qui semblait d’une solidité inaltérable va peu à peu se détériorer. D’une inventivité indéniable, laissant une large part à l’improvisation qui met en exergue le talent de ses interprètes, ce film sur les fragilités et atermoiements du couple, traite par le burlesque le désir d’enfant et se conclut d’une manière aussi politiquement correcte que son postulat de départ revendiquait de ne pas l’être. Les saynètes avec les seconds rôles incarnés par Laurence Loiret-Caille (surtout), Nora Hamzawi, Alice Dutoit sont néanmoins un régal et méritent le déplacement.

    J’avoue cependant avoir été davantage transportée par Le Théorème de Marguerite d’Anna Novion.

    Prix de la Meilleure Musique de film : Pascal Bideau avec Le Théorème de Marguerite d’Anna Novion (en salles le 1er novembre 2023)

    Ce film, présenté en séance spéciale du Festival de Cannes, a reçu le prix de la meilleure musique de ce 9ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule mais aurait aussi mérité celui du meilleur film.

    La Marguerite du théorème est une brillante élève en Mathématiques à l'ENS, dont le destin semble tout tracé. Seule fille de sa promo, elle termine une thèse qu’elle doit exposer devant un parterre de chercheurs. Le jour J, une erreur bouscule toutes ses certitudes et l’édifice s’effondre. Marguerite décide de tout quitter pour tout recommencer.

    Résumé ainsi, ce film pourrait s’annoncer comme particulièrement rébarbatif. Il ne l’est aucunement, pas une seule seconde. Quand on demande à Marguerite ce qu’elle aime dans les mathématiques, elle répond : « Je ne pourrais pas vivre sans. » Le Théorème de Marguerite est avant tout cela, une histoire de passion, de solitude face à l’engagement qu’elle implique. « Les mathématiques ne doivent souffrir d'aucun sentiment » lui assène son mentor, pourtant pour Marguerite ce n’est que cela. Un moyen aussi d’affronter les mystères du monde et la vanité de l’existence : « J'étais très angoissée par l'infini, l'idée que l'univers n'avait pas de fin. Goldbach, c'était un moyen de mettre de l'ordre dans l'infini. »

    Si vous êtes hermétique aux mathématiques, rassurez-vous, ce film vous parlera malgré tout, a fortiori si vous connaissez cet état second dans lequel vous plonge une passion ou les affres de la création. Les mathématiques sont presque un prétexte, poétique, comme ces murs recouverts de formules qui en deviennent soudain abstraits et admirables. Le parallèle est évident avec l’engagement que nécessite un film, cette formule complexe qui aboutit à la magie, ce travail acharné au résultat incertain.

    C’est avant tout le (magnifique) portrait d’une femme moderne, singulière, qui ne tombe dans aucun cliché (et cela fait un bien fou). Froide, fermée, à l’image de son prénom suranné, Marguerite n’est pas de prime abord sympathique. Les lignes cliniques et l’âpreté des décors reflètent son état d’esprit et, comme elle, ils chemineront progressivement vers la lumière, le désordre, l’asymétrie.

    Jean-Pierre Darroussin, faussement dur et autoritaire, mais surtout blessé dans son orgueil, est parfait dans le personnage du directeur de thèse et mentor, Werner. Ella Rumpf, découverte dans Grave de Julia Ducournau, se glisse totalement dans la peau de Marguerite, renfermée sur sa passion et sur elle-même, combattive, et s’ouvrant peu à peu aux autres. Elle procure toute sa force captivante au film. Celle qu’on surnomme « la mathématicienne en chaussons », le corps recroquevillé, le regard frondeur, n’est pas là pour se distraire mais dévouée corps et âme à la conjecture de Goldbach, problème irrésolu et en apparence insoluble de la théorie des nombres. Quelle intelligence dans l’écriture du scénario pour transformer ce qui aurait pu être ennuyeux et abscons en véritable thriller des émotions, palpitant. Il faudra l'arrivée d'un nouvel étudiant particulièrement brillant (Julien Frison de la Comédie Française) pour faire s’écrouler tout son édifice et la faire renaître, s’abandonner.

    Clotilde Courau dans le rôle de la mère fascinée par le « don » de sa fille et dépassée par sa mue, est une nouvelle fois d’une justesse remarquable. La magnifique Sonia Bonny incarne la lumineuse et sensuelle colocataire de Marguerite. Grâce à elle, Marguerite découvre un autre univers, celui des joueurs de Mahjong du quartier chinois de Paris et des virées nocturnes. Marguerite va peu à peu (re)naitre au monde, à la vie, à la lumière, aux désirs autres que ceux suscités par l’envie de trouver des solutions aux formules mathématiques. Elle se relève et se redresse dans tous les sens du terme, et l’environnement s’illumine.

    Un sublime portrait de femme et une brillante dissection métaphorique des effets de la création, de la solitude et de l'abnégation qu'elle implique, mais surtout un film sensible, parfaitement écrit et interprété, passionnant de la première à la dernière seconde, porté par la musique inspirée de Pascal Bideau.

    Si Ella Rumpf aurait aussi mérité un prix d’interprétation tant elle donne corps, vie et âme à Marguerite, c’est à deux autres comédiens que le jury a choisi d’attribuer le prix d’interprétation, ex-aequo.

    Prix de la Meilleure Interprétation : Alex Lutz & Karin Viard (ex-æquo) pour La Nuit, d’Alex Lutz

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Ce dernier film d’Alex Lutz fut auparavant présenté en clôture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion



    Paris, métro bondé, un soir comme les autres.
    Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite le courant électrique se transforme… en désir brûlant. Les deux inconnus sortent de la rame et font l’amour dans la cabine d’un photomaton.
    La nuit, désormais, leur appartient.
    Dans ce Paris aux rues désertées, aux heures étirées, faudra-t-il se dire au revoir ?

    On songe évidemment à Before Sunrise de Richard Linklater mais aussi au moins connu et non moins excellent After, avec Raphaël Personnaz et Julie Gayet, de Géraldine Maillet qui explorait également déjà cette idée de la nuit comme vecteur de rencontre et comme instrument de suspension de vol du temps. La nuit, le temps semble en effet s’étirer, et être le moment de tous les possibles (ceux de la jeunesse retrouvée), toutes les libertés et de toutes les audaces, de l’oubli de la rude réalité et des drames que le jour viendra réveiller de sa lumière crue. Entre maladresse et audace, ces deux-là vont se livrer comme ils ne l’ont jamais fait, réécrire et réinventer leur nuit, laisser affleurer leurs fragilités, mais surtout disserter sur leur couple et faire le bilan de leur vie. Peu à peu, ils se dépouillent du masque des apparences (au propre comme au figuré : ils empruntent des vêtements à des étudiants, se débarrassent de leurs portables, perdent leurs portefeuilles…). Parfois l’incongruité s’en mêle, ou la poésie le temps d’une rencontre avec un cheval. Même au milieu des autres, ils semblent couper du monde, dans leur bulle onirique, que ce soit dans un parc, un magasin de meubles ou une soirée étudiante. La caméra filme au plus près leurs visages, leur fugue et leur fouge. Les logorrhées désordonnées du personnage incarné par Alex Lutz font penser à Woody Allen comédien dans ses propres films, de même que leurs conversations pseudo-psychanalytiques débridées sur le couple rappellent évidemment les longs-métrages du cinéaste américain. Le « twist » final que de multiples indices disséminés dès le début mais aussi le jeu des deux comédiens auront permis aux plus attentifs de deviner, apporte un autre éclairage, romantique et dramatique, à cette histoire. Si elle n’a pas l’inventivité de Guy, cette promenade nocturne dans les rues de Paris n’en est pas moins émouvante et la nuit parisienne le terrain de jeu de deux talentueux comédiens dont le plaisir à écrire et jouer ensemble transpire dans chaque plan.

    Prix Spécial Coup de Projecteur – Universciné : Les Meutes de Kamal Lazraq

    Prix du Public – Groupe Barrière : Sous le tapis de Camille Japy

    Prix de la Meilleure Musique de l’année : Delphine Malausséna pour En plein feux de Quentin Reynaud

    Prix de la Révélation Jeune Talent Compositeur : Thibault Duclos Malidor

    Prix du Meilleur Court-Métrage : Boussa the Kiss de Azedine Kasri

    Prix d’Honneur : Kyle Eastwood

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    En clôture du festival, fut projeté le film d’une des membres du jury de cette 9ème édition, Amanda Sthers, Les Promesses, adapté de son roman éponyme, à découvrir au cinéma le 9 août 2023.

    Synopsis : La vie, en général, n’en finit pas de faire des promesses qu’elle prend plaisir, ensuite, à ne pas tenir. L’histoire d’amour inachevée entre Alexander et Laura …

    Ce film, dont je vous parlerai ultérieurement plus longuement, est à l’image de la musique signée Andrea Lazslo de la Simone, d’une lumineuse mélancolie et d’une réconfortante nostalgie. Les 4 saisons d’Alexander. Les 4 saisons de la vie d’un homme incarné par trois acteurs mais surtout Pierfrancesco Favino, magistral, de 40 à 77 ans. Une magnifique histoire d’amour impossible et un film sur lequel plane l’ombre de Visconti, en ce qu’il raconte la déliquescence d’un monde, et la solitude abyssale d’un homme. C’est avant tout cela, un magnifique portrait d’homme sur lequel Amanda Sthers porte un regard attendri, compatissant, un homme écartelé, perdu, à la dérive dont la seule bouée semble être cette femme inaccessible et fascinante dont le portrait apparaît en pointillés comme si elle n’était qu’un rêve évanescent (sublime Kelly Reilly). Entre passé et présent, enfance et âge adulte, premier et dernier amour, France et Italie, la toile se tisse peu à peu, la peinture devient plus précise et le personnage plus attachant, et surtout l’émotion plus prégnante, jusqu’à nous saisir au dénouement. Un film bouleversant qui entremêle subtilement passé et présent.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Le dernier film de Pierre Jolivet figure parmi les projections marquantes de cette édition, il fut projeté dans la section "Coups de projecteurs". 

    Il y a un peu plus d’un an, je vous parlais ici du film Goliath de Frédéric Tellier qui se penchait sur la lutte contre le glyphosate qui est, depuis 2015, considéré comme « cancérogène probable » par l’OMS. Un film percutant sur un sujet essentiel dont je pensais naïvement qu’il recevrait davantage d’échos médiatiques et de soutiens dans le combat qu'il met en exergue. De nombreux films engagés, à l’image de celui précité, évoquent des combats de David contre Goliath. Ceux de Costa-Gavras, Loach, Boisset, Varda ou des films comme L’affaire Pélican de Pakula ou Effets secondaires de Soderbergh.  Si le cinéma ne change pas toujours le monde, il peut y contribuer, et en tout cas la fiction sans aucun doute peut permettre que les projecteurs soient braqués sur des réalités révoltantes. J’en suis intimement persuadée et plus encore après voir vu le passionnant et édifiant dernier film de Pierre Jolivet que je vous recommande d’emblée. Vous avez tout le temps d’aller voir le dernier volet de Mission impossible (que je vous recommande aussi) mais ce film-ci est fragile, restera forcément moins longtemps à l’affiche, alors allez le voir en premier lieu, et ne tardez pas.

     Pierre Jolivet a co-écrit ce film avec la journaliste Inès Léraud, un film inspiré d’une BD vendue à plus de 130000 exemplaires. En 2019, Inès Léraud publiait ainsi avec Pierre Van Hove Algues vertes, l’histoire interdite aux éditions La Revue dessinée - Delcourt, une BD qui remporta 6 prix dont le grand prix du journalisme et le prix de la BD bretonne. Ensuite, en 2021, elle co-fonda le média d’investigation indépendant Splann ! avec d'autres journalistes travaillant en Bretagne.

    Synopsis : À la suite de morts suspectes, Inès Léraud (Céline Sallette), jeune journaliste, décide de s’installer en Bretagne pour enquêter sur le phénomène des algues vertes. À travers ses rencontres, elle découvre la fabrique du silence qui entoure ce désastre écologique et social. Face aux pressions, parviendra-t-elle à faire triompher la vérité ?

    « On doit des égards aux vivants ; on ne doit aux morts que la vérité. » Le long-métrage commence par cette citation de Voltaire, judicieusement choisie, reflétant le double discours du film qui est à la fois une déclaration d’amour à la Bretagne (celle des vivants à qui on « doit des égards ») et un combat légitime et acharné contre le silence retentissant et aberrant qui entoure les algues vertes (la vérité due aux morts qui en furent victimes).

    La première scène du film nous montre le rivage vu d’en haut. Indistinctes tout d’abord, les algues vertes dessinent un tableau abstrait presque fascinant. En se rapprochant, on découvre leurs ramifications tentaculaires. Le scandale est flagrant, indéniable… Et pourtant le silence règne face à l’évidence de la prolifération des algues. Bien sûr, rien dans cette image ne traduit encore leur dangerosité que le film démontre ensuite de manière magistrale.

    Ce film a ainsi l’intelligence d’être autant une déclaration d’amour à la Bretagne qu’une déclaration de guerre aux algues vertes (et au silence qui entoure ce fléau), et de mettre en parallèle l’histoire personnelle d’Inès (son histoire avec sa compagne Judith et son histoire d’amour avec la Bretagne où elles finiront par s’installer) et son combat. Il commence véritablement au moment du décès de Jean-René Auffray, joggeur retrouvé mort dans une vasière remplie d’algues vertes, dans la baie de Saint-Brieuc, en septembre 2016. Inès ne va avoir de cesse de lutter contre « la fabrique du silence qui entoure l’agroalimentaire breton », en enquêtant inlassablement et en y consacrant toutes ses chroniques radiophoniques, malgré les pressions, les menaces de morts et le silence obstiné des personnes qu’elle sollicite.

    Céline Sallette incarne subtilement l’opiniâtreté d’Inès, son courage, son investissement, son empathie, son intégrité, qui ne fléchissent pas, que ce soit face à la virulence d’un représentant de la FNSEA (qui ne réfutera pas l’importance du syndicat dans cette exploitation de la terre à outrance, pas même quand elle dira que la « FNSEA choisit le Ministre de l’Agriculture » et pour qui la vraie violence c’est « le prix du lait à cause des consommateurs qui ne veulent pas payer le prix »), ou face à  la couardise d’un vice-président de Conseil Régional devenu député (incarné par Jonathan Lambert) qui reconnaîtra l’ingratitude de sa profession et arguera des intérêts contradictoires qu’il doit gérer. L’agro-alimentaire est « un État dans l’État » et c’est à ce mastodonte invincible que se confronte Inès. Certains chiffrent donnent le tournis. Imaginez :  on dénombre 14 millions de cochons en Bretagne, soit 4 fois plus que d’habitants !

    Le film ne cède jamais au manichéisme. Inès ne fait pas de son combat une lutte contre les agriculteurs, bien au contraire, rappelant qu’ils ne sont que des pions dans cette surexploitation de la terre, des victimes de cette guerre et d’intérêts économiques supérieurs, et que deux agriculteurs par jour se suicident. Ce développement des algues vertes est en effet la conséquence de l’industrie agroalimentaire et notamment des rejets de nitrates provenant de l’élevage intensif. En cas d’accumulation importante, leur décomposition au soleil produit des gaz dangereux pour l’humain comme pour l’animal, notamment l’hydrogène sulfuré (H2S) qui « peut tuer aussi rapidement que du cyanure ».

     Il était tout aussi courageux de la part de Pierre Jolivet de s’attaquer à ce sujet, de dénoncer les complicités politiques (qui nient ou parfois même maquillent la réalité pour préserver les intérêts touristiques et plus largement économiques de toute une région). Tourné essentiellement dans le Finistère-nord, et autour de Saint-Brieuc, là où se concentre une grande partie des algues vertes, le tournage même, en six semaines avec presque 2 décors par jour, fut aussi un véritable défi. Certaines images restent gravées et suscitent forcément notre indignation : ces sangliers morts, ce cours d’eau rouge sang, ces algues vertes à perte de vue.

    Ce n’est pas la Bretagne qu’attaque Inès mais cette aberration écologique qui met en danger les populations qui y vivent. La Bretagne est montrée dans toute sa splendeur avec ses paysages d’une rudesse envoûtante. La compagne d’Inès (lumineuse Nina Meurisse dans le rôle de Judith), dira clairement qu’elle tombe amoureuse de la région. Et les baignades d’Inès constituent une respiration dans son quotidien éprouvant, mais aussi pour le spectateur qui suit comme un thriller son haletante et périlleuse enquête.

    Céline Sallette est entourée d’une pléiade de remarquables acteurs qui incarnent des personnages parfois bruts mais souvent très attachants : Hervé Mahieux, Françoise Comacle, Eric Combernous. Le personnage de Rosy Auffray (Julie Ferrier) représente magnifiquement, à la fois l’aveuglement, le scepticisme, les choix cornéliens (préserver sa tranquillité ou combattre) en lesquels chacun peut se reconnaître et contribue à l’émotion qui nous emporte totalement à la fin avec l’espoir que, enfin, David l’emporte contre Goliath, nous donnant envie de nous intéresser encore plus au sujet et de savoir ce que donnera l’appel de la vraie Rosy (en cours) dans le procès pour la reconnaissance de la responsabilité des algues vertes dans le décès de son mari.

    Pierre Jolivet signe là un magnifique portrait d’héroïne contemporaine, mais surtout un film engagé, militant même, qui pour autant n’oublie jamais le spectateur, et d’être une fiction, certes particulièrement documentée et instructive mais qui s’avère captivante et prenante de la première à la dernière seconde, tout en décrivant avec beaucoup d’humanité et subtilité un scandale sanitaire et toutes les réalités sociales qu’il implique. Ajoutez à cela la subtile musique originale d’Adrien Jolivet et vous obtiendrez un film marquant à la hauteur du sujet, des victimes d’hier et des personnes qui pourraient en être demain, qui rend aussi un vibrant hommage à la beauté renversante de la Bretagne.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Ce festival demeure un évènement unique et rare tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne. Le tout dans le cadre majestueux de la Baie de La Baule qui sert d’écrin à ce festival qui, en 9 ans, a réussi à s’imposer comme un évènement cinématographique et musical indispensable avec, à son générique, des films majeurs, mais aussi des concerts marquants des plus grands compositeurs de musiques de films à l’image de ce que sera sans aucun doute celui de cette année.

    Il y a trois ans, les organisateurs de ce festival (créé et dirigé par Sam Bobino, notamment fondateur des Paris Film Critics Awards -vous trouverez ici mon compte-rendu détaillé et le palmarès de l'édition 2023 -  et le cinéaste Christophe Barratier) avaient eu la judicieuse idée d’inaugurer une nouvelle formule mettant l’accent sur le cinéma français.  Le festival devient ainsi une fenêtre d’exposition pour les films qui sortent pendant l’été, une idée lumineuse quand certains films à l’affiche en juillet-août ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils mériteraient. 

    Les films découverts dans le cadre de ce festival sont souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels il y eut : Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. L'édition 2022 n'avait pas dérogé à la règle notamment avec la projection du documentaire Ennio de Giuseppe Tornatore, ou encore en compétition les films I love Greece de Nafsika Guerry-Karamounas, Flee de Jonas Poher Ramussen, mais aussi Maria rêve de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller... Retrouvez, ici, mon compte-rendu détaillé de l'édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Chaque année, le festival propose aussi  des master class passionnantes et des concerts mémorables comme le furent ceux de Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Eric Serra, Gabriel Yared, Vladimir Cosma, Philippe Sarde et Alexandre Desplat l’an passé.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    J’ai consacré il y a quelques jours, ici, un article aux 100 ans de la Warner. Le Festival de La Baule a eu l’excellente idée de les célébrer également avec la projection  du film The Artist que viendra présenter son compositeur Ludovic Bource. 

    Critique de The Artist de Michel Hazanavicius - et souvenir de projection au Festival de Cannes 2011, ma critique ci-dessous fut intialement publiée suite à cette projection -

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    C’était un dimanche matin de mai 2011, le début du Festival de Cannes encore, en projection presse. Pas encore vraiment l’effervescence pour le film qui obtint la palme d’or mais un joli bruissement d’impatience parmi les regards déjà las, ou obstinément sceptiques. 1H40 plus tard, la salle résonnait d’applaudissements, pendant dix minutes, fait rare en projection presse. Le soir même, j'étais retournée le voir en projection officielle. L’émotion fut la même, redoublée par la présence de l’équipe du film, terriblement émue elle aussi par les réactions enthousiastes du public, par les rires tendres, par cette cavalcade d’applaudissements qui a commencé lors de la dernière scène et ne s’est plus arrêtée pour continuer pendant un temps qui m’a paru délicieusement long. Un beau, rare et grand moment du Festival de Cannes.

    Le pari était pourtant loin d’être gagné d’avance. Un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages). En noir et blanc. Tourné à Hollywood. En 35 jours. Par un réalisateur qui jusque là avait excellé dans son genre, celui de la brillante reconstitution parodique mais très éloigné de l’univers dans lequel ce film nous plonge. Il fallait beaucoup d’audace, de détermination, de patience, de passion, de confiance, et un peu de chance sans doute aussi, sans oublier le courage -et l’intuition- d’un producteur (Thomas Langmann) pour arriver à bout d’un tel projet. Le pari était déjà gagné quand le Festival de Cannes l’a sélectionné d’abord hors compétition pour le faire passer ensuite en compétition, là encore fait exceptionnel.

    Le film débute à Hollywood, en 1927, date fatidique pour le cinéma puisque c’est celle de l’arrivée du parlant. George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du cinéma muet qui connaît un succès retentissant mais l’arrivée des films parlants va le faire passer de la lumière à l’ombre et le plonger dans l’oubli. Pendant ce temps, une jeune figurante, Peppy Miller (Bérénice Béjo) qu’il aura au départ involontairement  placée dans la lumière, va voir sa carrière débuter de manière éblouissante. Le film raconte l’histoire de leurs destins croisés.

    Qui aime sincèrement le cinéma ne peut pas ne pas aimer ce film qui y est un hommage permanent et éclatant. Hommage à ceux qui ont jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi,  lui surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un hymne à l'art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster Kane (magnifiques citations de Citizen Kane) et Bérénice Béjo, avec le personnage de Peppy Miller est, quant à elle, un mélange de Louise Brooks, Marlène Dietrich, Joan Crawford…et nombreuses autres inoubliables stars du muet.

    Le cinéma a souvent parlé de lui-même… ce qui a d’ailleurs souvent produit des chefs d’œuvre. Il y a évidemment La comtesse aux pieds nus de MankiewiczLa Nuit américaine de Truffaut, Sunset Boulevard de Billy Wilder, Une étoile est née de George Cukor et encore Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly auxquels The Artist, de par son sujet, fait évidemment penser. Désormais, parmi ces classiques, il faudra citer The Artist de Michel Hazanavicius. Ses précédents films étaient d'ailleurs déjà des hommages au cinéma. On se souvient ainsi des références à Sueurs froides ou La Mort aux trousses d'Hitchcock dans OSS 117 : Rio ne répond plus.

    Hazanavicius joue ainsi constamment et doublement la mise en abyme : un film muet en noir et blanc qui nous parle du cinéma muet en noir et blanc mais aussi qui est un écho à une autre révolution que connaît alors le cinéma, celle du Numérique.

    Le mot jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film, constamment réjouissant, vous faisant passer du rire aux larmes, ou parfois vous faisant rire et pleurer en même temps. Le scénario et la réalisation y sont pour beaucoup mais aussi la photographie (formidable travail du chef opérateur Guillaume Schiffman qui, par des nuances de gris, traduit les états d’âme de Georges Valentin), la musique envoûtante (signée Ludovic Bource, qui porte l’émotion à son paroxysme, avec quelques emprunts assumés là aussi, notamment à Bernard Herrmann) et évidemment les acteurs au premier rang desquels Jean Dujardin qui méritait amplement son prix d’interprétation cannois.

    Flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps, il fait passer dans son regard une foule d’émotions, de la fierté aux regrets,  de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance.  Il faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage (sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt). Il avait déjà prouvé dans Un balcon sur la mer de Nicole Garcia qu’il pouvait nous faire pleurer.  Il confirme ici l’impressionnant éclectisme de sa palette de jeu et d'expressions de son visage.

     Une des plus belles et significatives scènes est sans doute celle où il croise Peppy Miller dans un escalier, le jour  du Krach de 1929. Elle monte, lui descend. A l’image de leurs carrières. Lui masque son désarroi. Elle, sa conscience de celui-ci, sans pour autant dissimuler son enthousiasme lié à sa propre réussite. Dujardin y est d’une fierté, d’une mélancolie, et d’une gaieté feinte bouleversantes, comme à bien d’autres moments du film. Bérénice Béjo ne démérite pas non plus dans ce nouveau rôle de « meilleur espoir féminin » à la personnalité étincelante et généreuse, malgré un bref sursaut de vanité de son personnage. Il ne faudrait pas non plus oublier les comédiens anglo-saxons : John Goodman, Malcolm McDowell et John Cromwell (formidablement touchant dans le rôle du fidèle Clifton).

    Il y eut bien quelques cyniques pour dire que ce mélodrame  est plein de bons sentiments, mais Hazanicius assume justement ce mélodrame. The Artist est en effet aussi une très belle histoire d’amour simple et émouvante, entre Peppy et Georges mais aussi entre Georges et son cabot-in Uggy : leur duo donne lieu à des scènes tantôt drôles, tantôt poétiques, tantôt touchantes, et là encore parfois au trois en même temps. Hommage aussi à ce pouvoir magique du cinéma que de susciter des émotions si diverses et parfois contradictoires.

    Michel Hazanavicius  évite tous les écueils et signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité.

    Ce film m’a éblouie, amusée, émue. Parce qu’il convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Parce qu’il est une déclaration d’amour follement belle au cinéma. Parce qu’il ressemble à tant de films du passé et à aucun autre film contemporain. Parce qu’il m’a fait ressentir cette même émotion que ces films des années 20 et 30 auxquels il rend un vibrant hommage. Parce que la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, Michel Hazanavicius a revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Parce qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant.  Parce qu’il montre les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures.

    Il ne se rapproche d’aucun autre film primé jusqu’à présent à Cannes…et en sélectionnant cet hymne au cinéma en compétition puis en le  primant,  le Festival de  Cannes a prouvé qu’il était avant tout le festival qui aime le cinéma, tous les cinémas, loin de la caricature d’une compétition de films d’auteurs représentant toujours le même petit cercle d’habitués dans laquelle on tend parfois à l’enfermer.

     Un film à ne manquer sous aucun prétexte si, comme moi, vous aimez passionnément et même à la folie, le cinéma. Rarement un film aura aussi bien su en concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante. Oui, foudroyante comme la découverte  de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente ici.

    Gran Torino de Clint Eastwood - Critique

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Walt Kowalski ( oui, Kowalski comme Marlon Brando dans Un tramway nommé désir), Walt Kowalski (Clint Eastwood) donc, ancien vétéran de la guerre de Corée et retraité de l’usine Ford de Détroit, a tout pour plaire : misanthrope, raciste, aigri, violent, cynique, irascible, intolérant. Et  très seul. D’autant plus que lorsque débute l’intrigue, il enterre sa femme méprisant autant ses enfants et petits-enfants que ceux-ci le dédaignent.  Enfin, seul… ou presque : il est toujours accompagné de la fidèle Daisy, son labrador,  de son fusil, de sa voiture de collection, une splendide Gran Torino qu’il ne se lasse pas d’admirer depuis la terrasse de son pavillon de Détroit,  de ses bières et ses douloureux souvenirs. La dernière volonté de sa femme était qu’il aille se confesser mais Walt ne fait confiance à personne ni à un prêtre (Christopher Carley) qui va le poursuivra inlassablement pour réveiller sa bonne (ou mauvaise) conscience pour susciter sa confession, ni à sa famille et encore moins ses voisins, des immigrants asiatiques qu’il méprise et qui lui rappellent de cruelles blessures. Jusqu’au jour où, sous la pression d’un gang, un adolescent Hmong, le fils de ses voisins,  le jeune, timide -et lui aussi solitaire et incompris- Thao (Bee Vang),  tente de lui voler sa voiture, ce à quoi il tient le plus au monde. Et lorsque le gang s’attaque à Thao,  Walt s’attaque au gang non pas pour le défendre mais pour les chasser de son jardin.  Sur ce malentendu, ayant ainsi défendu Thao, malgré lui, il devient ainsi le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la sœur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Ce dernier va alors lui confier des travaux d’intérêt général. Et peu à peu,  en apprenant à se comprendre, le timide adolescent aux prémisses de son existence, et le misanthrope, aux dernières lueurs de la sienne, vont révéler un nouveau visage, et emprunter une nouvelle route…

    Gran Torino est un film multiple et fait partie de ces films, rares, qui  ne cherchent pas l’esbroufe et à vous en mettre plein la vue mais de ces films qui vous enserrent subrepticement dans leur univers pour vous asséner le coup de grâce au moment où vous y attendiez le moins, ou plutôt alors que vous vous y attendiez. Mais pas de cette manière. Oui la grâce. Coup de grâce dans tous les sens du terme.

    Multiple parce qu’il est aussi drôle que touchant, passant parfois de l’humour à l’émotion, du comique au tragique  en un quart de seconde, dans une même scène. La scène où son fils et sa belle-fille viennent fêter son anniversaire est à la fois redoutablement triste et drôle.

    Multiple parce qu’il réunit tous les clichés du film manichéen pour subtilement et mieux s’en départir. Et après le justement très manichéen et excessivement mélodramatique L’Echange on pouvait redouter le pire, surtout que ce sujet pouvait donner lieu aux pires excès.

    Multiple parce que derrière cette histoire de vétéran de la guerre de Corée, c’est aussi celle d’un mythe du cinéma américain qui fait preuve d’autodérision, répondant à ses détracteurs, exagérant toutes les tares qui lui ont été attribuées et les faisant une à une voler en éclats mais créant aussi un personnage, sorte de condensé de tous ceux qu’il a précédemment interprétés. Souvent des hommes en marge, solitaires, sortes de cowboys intemporels. Et ce Kowalski  ressemble  un peu à l’entraîneur de  Million Dollar Baby, lui aussi fâché avec sa famille et la religion. Mais aussi à l’inspecteur Harry. Ou même au Robert Kincaid de Sur la route de Madison dont il semble pourtant de prime abord être aux antipodes.

    Multiple parce que c’est à la fois un film réaliste (les acteurs Hmong sont non professionnels, Gran Torino est ainsi le premier scénario de Nick Schenk –coécrit avec Dave Johannson- qui a travaillé longtemps dans des usines au milieu d’ouvriers Hmong, peuple d’Asie répartie dans plusieurs pays  avec sa propre culture,  religion, langue) et utopique dans son sublime dénouement. C’est aussi  à la fois un thriller, une comédie, un film intimiste, un drame, un portrait social, et même un western.

    Evidemment nous sommes dans un film de Clint Eastwood. Dans un film américain. Evidemment nous nous doutons que cet homme antipathique va racheter ses fautes, que la Gran Torino en sera l’emblème, qu'il ne pourra rester insensible à cet enfant, à la fois son double et son opposé, sa mauvaise conscience (lui rappelant ses mauvais souvenirs et ses pires forfaits) et sa bonne conscience (lui permettant de se racheter, et réciproquement d'ailleurs),  que la morale sera sauve et qu’il finira par nous séduire. Malgré tout. Mais c’est là tout l’immense talent de Clint Eastwood : nous surprendre, saisir, bouleverser avec ce qui est attendu et prévisible, faire un film d’une richesse inouïe à partir d’une histoire qui aurait pu se révéler mince, univoque et classique, voire simpliste.  D’abord, par une scène de confession qui aurait pu être celle d’un homme face à un prêtre dans une Eglise, scène qui aurait alors été convenue et moralisatrice. Une scène qui n’est qu’un leurre pour que lui succède la véritable scène de confession, derrière d’autres grilles. A un jeune garçon qui pourrait être le fantôme de son passé et sera aussi le symbole de sa rédemption.  Scène déchirante, à la fois attendue et surprenante. Ensuite et surtout,  avec cette fin qui, en quelques plans, nous parle de transmission, de remords, de vie et de mort, de filiation, de rédemption, de non violence, du sens de la vie. Cette fin sublimée par la photographie crépusculaire de Tom Stern (dont c’est la septième collaboration avec Clint Eastwood, cette photographie incomparable qui, en un plan, vous fait entrevoir la beauté évanescente d'un instant ou la terreur d'un autre) qui illumine tout le film, ou l’obscurcit majestueusement aussi, et par la musique de Kyle Eastwood  d’une douceur envoûtante  nous assénant le coup fatal.

    Vous quitterez ce film encore éblouis par sa drôlerie désenchantée,  à la fois terrassés et portés par sa sagesse, sa beauté douloureuse, sa lucidité, sa mélancolie crépusculaire, entre ombre et lumière, noirceur et espoir, mal et rédemption, vie et mort, premières et dernières lueurs de l'existence. Le tout servi par une réalisation irréprochable et par un acteur au sommet de son art qui réconciliera les amateurs de l’inspecteur Harry et les inconditionnels de Sur la route de Madison et même ceux qui, comme moi, avaient trouvé Million dollar baby et L’Echange  démesurément grandiloquents et mélodramatiques. Si, les premières minutes ou même la première heure vous laissent vous aussi parfois sceptiques, attendez…attendez que ce film ait joué sa dernière note, dévoilé sa dernière carte qui éclaireront l’ensemble et qui  font de ce film un hymne à la tolérance, la non violence (oui, finalement) et à la vie qui peut rebondir et prendre un autre sens (et même prendre sens!) à chaque instant.   Même l'ultime. Même pour un homme seul, irascible, cynique et condamné à mort et a priori à la solitude. Même pour un enfant seul, timide, a priori condamné à  une vie terne et violente. 

    Un film qui confirme le talent d’un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d’un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant.  Une belle leçon d’espoir, de vie, d’humilité. Et de cinéma…

    Ma vision romanesque du festival

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    En attendant de pouvoir vous parler de mon nouveau roman qui a en grande partie le festival pour cadre, je vous invite également à écouter ma nouvelle qui se déroule intégralement au Festival de La Baule, Un Certain 14 novembre, publiée dans le recueil de 16 nouvelles sur le cinéma Les illusions parallèles (Editions du 38 - 2016) que j'avais eu le plaisir de dédicacer au festival, une nouvelle enregistrée dans mon podcast In the mood for cinema, composé de 13 fictions littéraires, la plupart lauréates de concours d'écriture. A écouter ici sur Spotify mais aussi sur Deezer, Amazon Music, Google podcasts...

    Pour en savoir plus sur le festival

    Pour en savoir plus sur le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule , rendez-vous aussi sur le site officiel du festival, ainsi que sur le compte Instagram du festival (@festivallabaule).

    Mes bonnes adresses

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

    Retrouvez mes articles sur mes bonnes adresses bauloises, le Castel Marie-Louise, L'hôtel Barrière L'Hermitage et l' Hôtel Royal Thalasso Barrière.

    cinéma,la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule,9ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2023,film,palmarès,les promesses d'amanda sthers,le théorème de marguerite d'anna novion

  • 9ème Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule : programme de l'incontournable rendez-vous cinématographique de l'été

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Présentation du festival

    Pour Victor Hugo, "La musique exprime ce qui ne peut être dit et sur quoi il est impossible de rester silencieux." Exprimer l'indicible est une des qualités (parmi d'autres) de la musique de film que le Festival du Cinéma et Musique de Film La Baule a la judicieuse idée de mettre à l'honneur chaque année depuis 9 ans. Si vous voulez avoir une idée de ce en quoi consiste ce festival et des raisons pour lesquelles c'est désormais un évènement incontournable de l'année cinématographique (au même titre que des festivals plus anciens comme Cabourg ou Dinard), retrouvez mes articles depuis la première édition et, ici, mon compte-rendu détaillé de l'édition 2022.

    Ce festival est ainsi un évènement unique et rare tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne. Le tout dans le cadre majestueux de la Baie de La Baule qui sert d’écrin à ce festival qui, en 9 ans, a réussi à s’imposer comme un évènement cinématographique et musical indispensable avec, à son générique, des films majeurs, mais aussi des concerts marquants des plus grands compositeurs de musiques de films à l’image de ce que sera sans aucun doute celui de cette année.

    Il y a deux ans, les organisateurs de ce festival (créé et dirigé par Sam Bobino, notamment fondateur des Paris Film Critics Awards -vous trouverez ici mon compte-rendu détaillé et le palmarès de l'édition 2023 -  et le cinéaste Christophe Barratier) avaient eu la judicieuse idée d’inaugurer une nouvelle formule mettant l’accent sur le cinéma français.  Le festival devient ainsi une fenêtre d’exposition pour les films qui sortent pendant l’été, une idée lumineuse quand certains films à l’affiche en juillet-août ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils mériteraient. 

    9ème édition

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    "Comme par magie" de Christophe Barratier fera l'ouverture du festival.

    Le Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule revient ainsi pour une 9ème édition, du 28 juin au 2 juillet 2023. Pour cette nouvelle édition, les organisateurs ont prévu de nombreuses surprises. Et toujours une sélection de longs et courts-métrages français en avant-première (en compétition ou hors compétition avec, notamment, le dernier film du cofondateur du festival, Christophe Barratier, tourné en partie à La Baule, Comme par magie, en ouverture (le film sera présenté en hors compétition pour la première fois au public en présence du réalisateur, celle du compositeur Bertrand Burgalat et des acteurs principaux, Kev Adams et Gérard Jugnot. Cette comédie produite par M.E.S Productions, marquera les retrouvailles entre Christophe Barratier et Gérard Jugnot, 20 ans après Les Choristes et 15 ans après Faubourg 36), un panorama de films internationaux singuliers (les “coups de projecteur’’, en partenariat avec Universciné parmi lesquels, comme chaque année, des pépites à découvrir), l’organisation de rencontres et d’échanges avec les artistes (les masters class : cette année Radu Mihaileanu, Ariane Ascaride, Ludovic Bource, Jean-Michel Bernard, Sacha Chaban), des projections sur la plage (The Artist de Michel Hazavanicius, en présence de son compositeur Ludovic Bource, à l'occasion des 100 ans de la Warner Bros, à revoir absolument, vous trouverez ma critique ci-dessous, dans cet article), une grande exposition intitulée Music & Iconic et des animations…sans oublier l'incontournable concert lors de la soirée du palmarès, cette année celui de Kyle Eastwood. Cette année, 24 films seront présentés dont 22 en avant-première (19 longs métrages dont 5 en compétition et 5 courts métrages également en compétition). Au total ce sont 34 projections qui seront organisées durant 5 jours (avec les reprises des films durant le week-end).

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood

    Un festival découvreur de talents

    Les films découverts dans le cadre de ce festival sont souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels il y eut : Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. L'édition 2022 n'avait pas dérogé à la règle notamment avec la projection du documentaire Ennio de Giuseppe Tornatore, ou encore en compétition les films I love Greece de Nafsika Guerry-Karamounas, Flee de Jonas Poher Ramussen, mais aussi Maria rêve de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller...

    Des concerts mémorables

    Chaque année, le festival propose aussi  des master class passionnantes et des concerts mémorables comme le furent ceux de Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Eric Serra, Gabriel Yared, Vladimir Cosma, Philippe Sarde et Alexandre Desplat l’an passé.

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood

    Photos ci-dessus par Inthemoodforcinema.com : Francis Lai, Lalo Schifrin et Vladimir Cosma au Festival de La Baule.

    Kyle Eastwood, invité d'honneur de la 9ème édition et concert hommage "Eastwood by Eastwood" dirigé par Kyle Eastwood et son quintet

    Cette année, le Festival de La Baule met à l’honneur le musicien, compositeur et arrangeur de musiques de film, Kyle Eastwood. Il se produira sur la scène du Palais des Festivals et des Congrès Jacques Chirac–Atlantia de La Baule lors d’un concert hommage aux plus belles musiques des films de son père, l’acteur et réalisateur Clint Eastwood, dont certaines qu’il a composées lui-même, un concert inédit de Kyle Eastwood, entouré de son quintet, intitulé Eastwood by Eastwood, le samedi 1er juillet prochain à 19H (pour lequel je vous recommande d'ores et déjà de réserver, ce concert sera précédé de la cérémonie de remise des prix du festival).

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood

    Crédit photos  : Jérôme Bonnet

    Fils de Clint, mais avant tout talentueux contrebassiste de jazz et compositeur ou arrangeur de musiques de film dont Gran Torino, Mystic River, Million Dollar Baby, Lettres d’Iwo Jima et Invictus, Kyle Eastwood est l’auteur de huit albums dont le dernier , Cinematic, est une variation sur des thèmes cultes du cinéma. Le quintet de Kyle Eastwood y sublime la ballade de Gran Torino, y fait swinguer Pink Panther et groover le thème de Skyfall.

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Le jury

    Radu Mihaileanu, président du jury de la 9ème édition

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    C’est Radu Mihaileanu, le réalisateur du film aux 2 millions de spectateurs, Le Concert, qui présidera le jury de cette 9ème édition. Grand cinéaste humaniste et lyrique, découvert avec un second film à l’incroyable trajectoire internationale (Train de vie), Radu Mihaileanu incarne la solidité du lien franco-roumain, comme autrefois Cioran ou Sergiu Celibidache. Son plus grand succès public, Le Concert, film autour de l’univers de la musique, exprime pleinement la passion de Radu Mihaileanu pour la musique en général et pour celle aux tonalités slaves ou orientales en particulier, comme le démontre sa collaboration avec le compositeur Goran Bregović pour Train de vie ou Armand Amar son compositeur d’élection avec qui il a signé quatre films : Va, Vis et deviens (un très grand film que je vous recommande vivement, récompensé par le César du meilleur scénario original l’année suivante, après avoir reçu plusieurs prix lors de la Berlinale 2005), Le Concert, La Source des Femmes et L’Histoire de l’Amour, sans oublier Béatrice Thiriet pour le téléfilm Les Pygmées de Carlo. Pour Radu Mihaileanu « la musique c’est la vie » et elle est indissociable de son œuvre. C’est en passionné et grand connaisseur de musiques que Radu Mihaileanu présidera ce 9e jury du Festival de La Baule.

    Il sera entouré de : Amanda Sthers (qui viendra présenter son dernier film, Les Promesses), Irène Drésel Drésel (César 2023 de la meilleure musique originale pour À plein temps), Victoria Bedos, Stéphane de Groodt.

    9 prix seront décernés : Meilleur Film 2023, Meilleure Musique de film 2023, Meilleure Interprétation 2023, Meilleur Court-Métrage 2023, Prix du Public 2023  Groupe Barrière, Prix spécial Coup de Projecteur 2023 UniversCiné, Meilleure Musique de l’année 2023, Révélation Jeune Talent Compositeur 2023, Prix d’Honneur 2023.

    Les films en compétition

    - Le théorème de Marguerite de Anna Novion

    Musique : Pascal Bideau

    - Sur la branche de Marie Garel Weiss

    Musique : Ferdinand Berville et Pierre Allio

    - Une nuit de Alex Lutz

    Musique : Vincent Blanchard

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    - Sous le tapis de Camille Japy

    Musique : M (Matthieu Chedid)

    - Le Syndrome des amours passées de Ann Sirot Raphaël Balboni

    Musique : Julie Roué

    Courts métrages en compétition

    - Le Père, le Fils et le Rav Kalmenson de Dayan D. Oualid

    - Love on the beach de Anne Barbier

    - Mukbanger de Hugo Becker (qui fut présenté dans le cadre des courts métrages de l’ADAMI Talents Cannes, je vous recommande ce film choc)

    - The last dinner de Marie-Ange Casalta

    - Boussa the kiss de Azedine Kasri

    Longs métrages hors compétition

    - Comme par magie de Christophe Barratier (film d’ouverture)

    Musique : Bertrand Burgalat

    - Toni en famille de Nathan Ambrosioni

    -Petit Jésus de Julien Rigoulot

    Musique : Mahieu Lafontaine

    - Super bourrés de Bastien Milheau

    Musique : Alexis Rault

    - Les Promesses de Amanda Sthers

    Musique : Andrea Laszlo de Simone

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Ciné Jeunesse – Hors compétition

    - Super lion de Rasmus A. Sivertsen

    Musique : Stein Johan Grieg Halvorsen, Eyvind Andreas Skeie

    Coups de projecteurs longs métrages avec Universciné

    - Club zéro de Jessica Hausner

    Musique : Markus Binder

    - Le Colibri de Francesca Archibugi

    Musique : Battista Lena

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    - Linda veut du poulet de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach

    Musique : Clément Ducol

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    - Les Meutes de Kamal Lazraq

    Musique : Pauline Rambeau de Baralon

    - Les Algues vertes de Pierre Jolivet

    Musique : Adrien Jolivet

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Doc musical

    - Squaring the circle de Anton Corbijn

    L’invité : Ludovic Bource

    Le compositeur oscarisé pour The Artist de Michel Hazanavicius (en 2012), lauréat du prix de la meilleure musique au Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule 2022 pour e Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?, sera cette année présent au festival comme invité de deux master-class (dont une scolaire) et, en passage de relais, comme remettant au lauréat 2023 de la meilleure musique.

    Le Festival de La Baule célèbre les 100 ans de la Warner

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    J’ai consacré il y a quelques jours, ici, un article aux 100 ans de la Warner. Le Festival de La Baule a l’excellente idée de les célébrer également avec la projection sur la plage de La Baule du film The Artist que viendra présenter son compositeur Ludovic Bource. Il donnera une master class et participera à une initiation à la musique à l'image destinée aux élèves des écoles primaires de La Baule.

    Critique de The Artist de Michel Hazanavicius

    - et souvenir de projection au Festival de Cannes 2011, ma critique ci-dessous fut intialement publiée suite à cette projection -

    (Un film à -re-voir sur la plage de la Baule)

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    C’était un dimanche matin de mai 2011, le début du Festival de Cannes encore, en projection presse. Pas encore vraiment l’effervescence pour le film qui obtint la palme d’or mais un joli bruissement d’impatience parmi les regards déjà las, ou obstinément sceptiques. 1H40 plus tard, la salle résonnait d’applaudissements, pendant dix minutes, fait rare en projection presse. Le soir même, j'étais retournée le voir en projection officielle. L’émotion fut la même, redoublée par la présence de l’équipe du film, terriblement émue elle aussi par les réactions enthousiastes du public, par les rires tendres, par cette cavalcade d’applaudissements qui a commencé lors de la dernière scène et ne s’est plus arrêtée pour continuer pendant un temps qui m’a paru délicieusement long. Un beau, rare et grand moment du Festival de Cannes.

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse des lauréats du Festival de Cannes 2011

    Le pari était pourtant loin d’être gagné d’avance. Un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages). En noir et blanc. Tourné à Hollywood. En 35 jours. Par un réalisateur qui jusque là avait excellé dans son genre, celui de la brillante reconstitution parodique, mais très éloigné de l’univers dans lequel ce film nous plonge. Il fallait beaucoup d’audace, de détermination, de patience, de passion, de confiance, et un peu de chance sans doute aussi, sans oublier le courage -et l’intuition- d’un producteur (Thomas Langmann) pour arriver à bout d’un tel projet. Le pari était déjà gagné quand le Festival de Cannes l’a sélectionné d’abord hors compétition pour le faire passer ensuite en compétition, là encore fait exceptionnel.

    Le film débute à Hollywood, en 1927, date fatidique pour le cinéma puisque c’est celle de l’arrivée du parlant. George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du cinéma muet qui connaît un succès retentissant mais l’arrivée des films parlants va le faire passer de la lumière à l’ombre et le plonger dans l’oubli. Pendant ce temps, une jeune figurante, Peppy Miller (Bérénice Béjo) qu’il aura au départ involontairement  placée dans la lumière, va voir sa carrière débuter de manière éblouissante. Le film raconte l’histoire de leurs destins croisés.

    Qui aime sincèrement le cinéma ne peut pas ne pas aimer ce film qui y est un hommage permanent et éclatant. Hommage à ceux qui ont jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi,  lui surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un hymne à l'art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster Kane (magnifiques citations de Citizen Kane) et Bérénice Béjo, avec le personnage de Peppy Miller est, quant à elle, un mélange de Louise Brooks, Marlène Dietrich, Joan Crawford…et nombreuses autres inoubliables stars du muet.

    Le cinéma a souvent parlé de lui-même… ce qui a d’ailleurs souvent produit des chefs d’œuvre. Il y a évidemment La comtesse aux pieds nus de Mankiewicz, La Nuit américaine de Truffaut, Sunset Boulevard de Billy Wilder, Une étoile est née de George Cukor et encore Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly auxquels The Artist, de par son sujet, fait évidemment penser. Désormais, parmi ces classiques, il faudra citer The Artist de Michel Hazanavicius. Ses précédents films étaient d'ailleurs déjà des hommages au cinéma. On se souvient ainsi des références à Sueurs froides ou La Mort aux trousses d'Hitchcock dans OSS 117 : Rio ne répond plus.

    Hazanavicius joue ainsi constamment et doublement la mise en abyme : un film muet en noir et blanc qui nous parle du cinéma muet en noir et blanc mais aussi qui est un écho à une autre révolution que connaît alors le cinéma, celle du Numérique.

    Le mot jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film, constamment réjouissant, vous faisant passer du rire aux larmes, ou parfois vous faisant rire et pleurer en même temps. Le scénario et la réalisation y sont pour beaucoup mais aussi la photographie (formidable travail du chef opérateur Guillaume Schiffman qui, par des nuances de gris, traduit les états d’âme de Georges Valentin), la musique envoûtante (signée Ludovic Bource, qui porte l’émotion à son paroxysme, avec quelques emprunts assumés là aussi, notamment à Bernard Herrmann) et évidemment les acteurs au premier rang desquels Jean Dujardin qui méritait amplement son prix d’interprétation cannois.

    Flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps, il fait passer dans son regard une foule d’émotions, de la fierté aux regrets,  de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance.  Il faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage (sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt). Il avait déjà prouvé dans Un balcon sur la mer de Nicole Garcia qu’il pouvait nous faire pleurer.  Il confirme ici l’impressionnant éclectisme de sa palette de jeu et d'expressions de son visage.

     Une des plus belles et significatives scènes est sans doute celle où il croise Peppy Miller dans un escalier, le jour  du Krach de 1929. Elle monte, lui descend. A l’image de leurs carrières. Lui masque son désarroi. Elle, sa conscience de celui-ci, sans pour autant dissimuler son enthousiasme lié à sa propre réussite. Dujardin y est d’une fierté, d’une mélancolie, et d’une gaieté feinte bouleversantes, comme à bien d’autres moments du film. Bérénice Béjo ne démérite pas non plus dans ce nouveau rôle de « meilleur espoir féminin » à la personnalité étincelante et généreuse, malgré un bref sursaut de vanité de son personnage. Il ne faudrait pas non plus oublier les comédiens anglo-saxons : John Goodman, Malcolm McDowell et John Cromwell (formidablement touchant dans le rôle du fidèle Clifton).

    Il y eut bien quelques cyniques pour dire que ce mélodrame  est plein de bons sentiments, mais Hazanicius assume justement ce mélodrame. The Artist est en effet aussi une très belle histoire d’amour simple et émouvante, entre Peppy et Georges mais aussi entre Georges et son cabot-in Uggy : leur duo donne lieu à des scènes tantôt drôles, tantôt poétiques, tantôt touchantes, et là encore parfois au trois en même temps. Hommage aussi à ce pouvoir magique du cinéma que de susciter des émotions si diverses et parfois contradictoires.

    Michel Hazanavicius  évite tous les écueils et signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité.

    Ce film m’a éblouie, amusée, émue. Parce qu’il convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Parce qu’il est une déclaration d’amour follement belle au cinéma. Parce qu’il ressemble à tant de films du passé et à aucun autre film contemporain. Parce qu’il m’a fait ressentir cette même émotion que ces films des années 20 et 30 auxquels il rend un vibrant hommage. Parce que la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, Michel Hazanavicius a revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Parce qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant.  Parce qu’il montre les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures.

    Il ne se rapproche d’aucun autre film primé jusqu’à présent à Cannes…et en sélectionnant cet hymne au cinéma en compétition puis en le  primant,  le Festival de  Cannes a prouvé qu’il était avant tout le festival qui aime le cinéma, tous les cinémas, loin de la caricature d’une compétition de films d’auteurs représentant toujours le même petit cercle d’habitués dans laquelle on tend parfois à l’enfermer.

     The Artist fait partie de ces films qui ont fait de cette édition cannoise 2011 une des meilleures de celles auxquelles j’ai assisté, pour ne pas dire la meilleure…avec des films  aussi différents et marquants que  This must be the place de Paolo Sorrentino, Melancholia de Lars von Trier, La piel que habito de Pedro Almodovar.

     Un film à ne manquer sous aucun prétexte si, comme moi, vous aimez passionnément et même à la folie, le cinéma. Rarement un film aura aussi bien su en concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante. Oui, foudroyante comme la découverte  de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente ici.

    Gran Torino de Clint Eastwood - Critique

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Walt Kowalski ( oui, Kowalski comme Marlon Brando dans Un tramway nommé désir), Walt Kowalski (Clint Eastwood) donc, ancien vétéran de la guerre de Corée et retraité de l’usine Ford de Détroit, a tout pour plaire : misanthrope, raciste, aigri, violent, cynique, irascible, intolérant. Et  très seul. D’autant plus que lorsque débute l’intrigue, il enterre sa femme méprisant autant ses enfants et petits-enfants que ceux-ci le dédaignent.  Enfin, seul… ou presque : il est toujours accompagné de la fidèle Daisy, son labrador,  de son fusil, de sa voiture de collection, une splendide Gran Torino qu’il ne se lasse pas d’admirer depuis la terrasse de son pavillon de Détroit,  de ses bières et ses douloureux souvenirs. La dernière volonté de sa femme était qu’il aille se confesser mais Walt ne fait confiance à personne ni à un prêtre (Christopher Carley) qui va le poursuivra inlassablement pour réveiller sa bonne (ou mauvaise) conscience pour susciter sa confession, ni à sa famille et encore moins ses voisins, des immigrants asiatiques qu’il méprise et qui lui rappellent de cruelles blessures. Jusqu’au jour où, sous la pression d’un gang, un adolescent Hmong, le fils de ses voisins,  le jeune, timide -et lui aussi solitaire et incompris- Thao (Bee Vang),  tente de lui voler sa voiture, ce à quoi il tient le plus au monde. Et lorsque le gang s’attaque à Thao,  Walt s’attaque au gang non pas pour le défendre mais pour les chasser de son jardin.  Sur ce malentendu, ayant ainsi défendu Thao, malgré lui, il devient ainsi le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la sœur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Ce dernier va alors lui confier des travaux d’intérêt général. Et peu à peu,  en apprenant à se comprendre, le timide adolescent aux prémisses de son existence, et le misanthrope, aux dernières lueurs de la sienne, vont révéler un nouveau visage, et emprunter une nouvelle route…

    Gran Torino est un film multiple et fait partie de ces films, rares, qui  ne cherchent pas l’esbroufe et à vous en mettre plein la vue mais de ces films qui vous enserrent subrepticement dans leur univers pour vous asséner le coup de grâce au moment où vous y attendiez le moins, ou plutôt alors que vous vous y attendiez. Mais pas de cette manière. Oui la grâce. Coup de grâce dans tous les sens du terme.

    Multiple parce qu’il est aussi drôle que touchant, passant parfois de l’humour à l’émotion, du comique au tragique  en un quart de seconde, dans une même scène. La scène où son fils et sa belle-fille viennent fêter son anniversaire est à la fois redoutablement triste et drôle.

    Multiple parce qu’il réunit tous les clichés du film manichéen pour subtilement et mieux s’en départir. Et après le justement très manichéen et excessivement mélodramatique L’Echange on pouvait redouter le pire, surtout que ce sujet pouvait donner lieu aux pires excès.

    Multiple parce que derrière cette histoire de vétéran de la guerre de Corée, c’est aussi celle d’un mythe du cinéma américain qui fait preuve d’autodérision, répondant à ses détracteurs, exagérant toutes les tares qui lui ont été attribuées et les faisant une à une voler en éclats mais créant aussi un personnage, sorte de condensé de tous ceux qu’il a précédemment interprétés. Souvent des hommes en marge, solitaires, sortes de cowboys intemporels. Et ce Kowalski  ressemble  un peu à l’entraîneur de  Million Dollar Baby, lui aussi fâché avec sa famille et la religion. Mais aussi à l’inspecteur Harry. Ou même au Robert Kincaid de Sur la route de Madison dont il semble pourtant de prime abord être aux antipodes.

    Multiple parce que c’est à la fois un film réaliste (les acteurs Hmong sont non professionnels, Gran Torino est ainsi le premier scénario de Nick Schenk –coécrit avec Dave Johannson- qui a travaillé longtemps dans des usines au milieu d’ouvriers Hmong, peuple d’Asie répartie dans plusieurs pays  avec sa propre culture,  religion, langue) et utopique dans son sublime dénouement. C’est aussi  à la fois un thriller, une comédie, un film intimiste, un drame, un portrait social, et même un western.

    Evidemment nous sommes dans un film de Clint Eastwood. Dans un film américain. Evidemment nous nous doutons que cet homme antipathique va racheter ses fautes, que la Gran Torino en sera l’emblème, qu'il ne pourra rester insensible à cet enfant, à la fois son double et son opposé, sa mauvaise conscience (lui rappelant ses mauvais souvenirs et ses pires forfaits) et sa bonne conscience (lui permettant de se racheter, et réciproquement d'ailleurs),  que la morale sera sauve et qu’il finira par nous séduire. Malgré tout. Mais c’est là tout l’immense talent de Clint Eastwood : nous surprendre, saisir, bouleverser avec ce qui est attendu et prévisible, faire un film d’une richesse inouïe à partir d’une histoire qui aurait pu se révéler mince, univoque et classique, voire simpliste.  D’abord, par une scène de confession qui aurait pu être celle d’un homme face à un prêtre dans une Eglise, scène qui aurait alors été convenue et moralisatrice. Une scène qui n’est qu’un leurre pour que lui succède la véritable scène de confession, derrière d’autres grilles. A un jeune garçon qui pourrait être le fantôme de son passé et sera aussi le symbole de sa rédemption.  Scène déchirante, à la fois attendue et surprenante. Ensuite et surtout,  avec cette fin qui, en quelques plans, nous parle de transmission, de remords, de vie et de mort, de filiation, de rédemption, de non violence, du sens de la vie. Cette fin sublimée par la photographie crépusculaire de Tom Stern (dont c’est la septième collaboration avec Clint Eastwood, cette photographie incomparable qui, en un plan, vous fait entrevoir la beauté évanescente d'un instant ou la terreur d'un autre) qui illumine tout le film, ou l’obscurcit majestueusement aussi, et par la musique de Kyle Eastwood  d’une douceur envoûtante  nous assénant le coup fatal.

    Vous quitterez ce film encore éblouis par sa drôlerie désenchantée,  à la fois terrassés et portés par sa sagesse, sa beauté douloureuse, sa lucidité, sa mélancolie crépusculaire, entre ombre et lumière, noirceur et espoir, mal et rédemption, vie et mort, premières et dernières lueurs de l'existence. Le tout servi par une réalisation irréprochable et par un acteur au sommet de son art qui réconciliera les amateurs de l’inspecteur Harry et les inconditionnels de Sur la route de Madison et même ceux qui, comme moi, avaient trouvé Million dollar baby et L’Echange  démesurément grandiloquents et mélodramatiques. Si, les premières minutes ou même la première heure vous laissent vous aussi parfois sceptiques, attendez…attendez que ce film ait joué sa dernière note, dévoilé sa dernière carte qui éclaireront l’ensemble et qui  font de ce film un hymne à la tolérance, la non violence (oui, finalement) et à la vie qui peut rebondir et prendre un autre sens (et même prendre sens!) à chaque instant.   Même l'ultime. Même pour un homme seul, irascible, cynique et condamné à mort et a priori à la solitude. Même pour un enfant seul, timide, a priori condamné à  une vie terne et violente. 

    Un film qui confirme le talent d’un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d’un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant.  Une belle leçon d’espoir, de vie, d’humilité. Et de cinéma…

    Les Rencontres

    Animées par Stéphane Lerouge, Romain Balland et Emmanuel D’Orlando

    "Les master-class et rencontres sont conçues comme des séances de réflexion et de vulgarisation, à destination du grand public. Extraits à l’appui, elles permettent aux invités d’évoquer les choix de leur parcours et, notamment aux cinéastes et compositeurs, de montrer comment un film s’écrit aussi par sa musique."

    Rencontre avec Radu Mihaileanu

    Rencontre avec Ariane Ascaride

    Rencontre avec Ludovic Bource, Jean-Michel Bernard, Sacha Chaban

    Complément de programmation

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

     

    L'affiche de la 9ème édition

    Pour cette nouvelle affiche du Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, l’artiste Carolina Spielmann (déjà à l’origine de la création de l’affiche 2022) et le studio La Femme assise, ont imaginé un visuel qui fait directement référence à l’univers de l’acteur et réalisateur Clint Eastwood. Cette nouvelle affiche du Festival de La Baule met en avant deux éléments forts qui sont associés à la filmographie de Clint Eastwood : le revolver Smith & Wesson, utilisé par l’inspecteur Harry Callahan dans la série des films L’inspecteur Harry (qui s’inspire directement d’une des affiches américaines de Dirty Harry et qui rappelle aussi le colt utilisé par Clint Eastwood dans ses westerns) ; et la trompette, pour le côté jazz et musical de ses films comme Bird. Le Festival a fait aussi le choix d’un aplat de couleur un peu sixties et surtout très seventies (la couleur orange) référence directe aux deux décennies de « l’âge d’or » de Clint Eastwood en tant qu’acteur avec des films aussi emblématiques que ceux de la « Trilogie du dollar », dans les années 60 (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la Brute et le Truand) ; et les polars des années 70 (L’inspecteur Harry, Magnum Force, L’inspecteur ne renonce jamais). La couleur orange dominante est également un clin d’œil au côté ensoleillé de La Baule.

    Exposition Music & Iconic

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Extrait du communiqué de presse du festival à ce sujet :

    Les plus grandes stars de la musique et la plus grande icône du cinéma, Marilyn Monroe, sont ainsi réunis dans une seule et même exposition. Cette exposition rend hommage à ces icônes comme les Rolling Stones, que Jean-Luc Godard a immortalisées dans son film One + One et Martin Scorsese avec Shine a Light, lui qui a souvent utilisé aussi les chansons des Stones dans ses films (Jumpin’Jack Flash dans Mean Streets et Gimme Shelter et Let It Loose dans Les Infiltrés), Scorsese qui a aussi croisé la route de Bob Dylan avec le film Rolling Thunder Revue. On retrouvera aussi les chansons des Stones dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola et Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, comme emblèmes de la contre-culture et pour mieux dénoncer la guerre du Vietnam. Les musiques des Rolling Stones seront également à l’affiche de La Famille Tenenbaum et À bord du Darjeeling Limited, de Wes Anderson, ou encore C.R.A.Z.Y, V pour Vendetta, Le Fan, Flight, Zabriskie Point et même Les Minions dont la personnalité même de Keith Richards inspirera le personnage de Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes ! David Bowie, presque autant chanteur qu’acteur marquera aussi beaucoup le cinéma avec des rôles mythiques comme celui du Major Jack dans Furyo, d’un alien dans L’Homme qui venait d’ailleurs, de Jareth le roi des gobelins dans Labyrinthe, des films suivis par Les Prédateurs (de Tony Scott aux côtés de Catherine Deneuve), Absolute Beginners, La Dernière Tentation du Christ, Twin Peaks: Fire Walk with Me, Basquiat, Le Prestige… Ou encore Madonna, qui jouera dans plus d’une vingtaine de longs métrages de Recherche Suzanne Désespérément (Who’s That Girl) à Dick Tracy réalisé par Warren Beatty et Ombres et brouillard de Woody Allen, en passant par le sulfureux Snake Eyes d’Abel Ferrara et bien sûr Evita d’Alan Parker ou le James Bond–Meurs un autre jour, et qui signera certaines de ces bandes originales. Les autres icônes ce sont aussi les Doors, dont le biopic sera porté à l’écran par Oliver Stone (également grand amateur des Stones), Serge Gainsbourg aussi, acteur, réalisateur et compositeur pour le cinéma dont le nom est automatiquement associé au film Le Pacha de Georges Lautner avec la chanson Requiem pour un c… .Mais lorsqu’on parle d’icône on ne peut oublier celle qui est l’incarnation de la star iconique hollywoodienne par excellence, Marilyn Monroe, son incroyable et tragique destinée, sa grâce, son sourire, sa mélancolie… comme un puits sans fond ! Une exposition photo idéale et idéalisée, sous forme d’un témoignage, celui d’une époque, d’une innocence et d’une liberté, dont nous rêvons parfois, que nous envions et qui nous inspire et nous aide à vivre sans aucun doute. Une déclaration d’amour aussi à toutes ces icônes de la musique mais également icônes du cinéma. Pour une expérience encore plus immersive, vous pourrez plonger dans l’univers musical de cette exposition en scannant un QR Code qui vous donnera accès à la Playlist «Music & Iconic»… À écouter tout au long de votre parcours. Chaque visiteur devenant ainsi « ACTEUR & ICÔNE MUSICALE » de l’exposition pour la rendre encore plus vivante !

    EXPOSITION DU 27 MAI AU 02 JUILLET 2023 DU MARDI AU DIMANCHE DE 14H30 À 19H
    CENTRE CULTUREL CHAPELLE SAINTE-ANNE – LA BAULE-ESCOUBLAC – 02.40.23.34.34 – ENTRÉE LIBRE
    EN PARTENARIAT AVEC LA GALERIE DE L’INSTANT

    La Factory

    Pour la quatrième année consécutive aura lieu « La Factory ». Le Festival, soucieux de faire émerger de nouveaux talents, fera participer de jeunes apprentis compositeurs, étudiants en musique de films, issus exceptionnellement cette année du Conservatoire Paul Dukas et du CRR de Paris. Encadré par le compositeur confirmé Emmanuel d’Orlando (« Populaire », « House of time », « Si j’étais un homme »…), ces jeunes compositeurs (Thibault Duclos Malidor, Guillaume Genet, Jazz Roussel, Electra Drossos, Andrew Gebrayel, Basile Andrieu, Jean-Baptiste Vrillon et Alexandre Treille) auront quatre jours pour composer une musique originale sur une œuvre cinématographique déjà existante, issu du catalogue Gaumont. Cette année, c’est une scène de Santa & Cie d’Alain Chabat, dont Matthieu Gonet est le compositeur qui a été sélectionnée. Un Prix de la Révélation Jeune Talent, récompensera la meilleure musique réalisée et sera décerné, lors de la Cérémonie de remise des prix, au meilleur d’entre eux.

    Ma vision romanesque du festival

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    En attendant de pouvoir vous parler de mon nouveau roman qui a en grande partie le festival pour cadre, je vous invite également à écouter ma nouvelle qui se déroule intégralement au Festival de La Baule, Un Certain 14 novembre, publiée dans le recueil de 16 nouvelles sur le cinéma Les illusions parallèles (Editions du 38 - 2016) que j'avais eu le plaisir de dédicacer au festival, une nouvelle enregistrée dans mon podcast In the mood for cinema, composé de 13 fictions littéraires, la plupart lauréates de concours d'écriture. A écouter ici sur Spotify mais aussi sur Deezer, Amazon Music, Google podcasts...

    Pour en savoir plus sur le festival

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Pour en savoir plus sur le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et pour réserver vos pass, rendez-vous aussi sur le site officiel du festival, ainsi que sur le compte Instagram du festival (@festivallabaule).

    TARIF PASS FESTIVAL 50 €
    PLACE À L’UNITÉ 8 € (5 € tarif réduit)
    Concert Kyle EASTWOOD, «Eastwood by Eastwood» & Remise des prix
    du Festival – Samedi 1er juillet 2023 – 19H – Palais des congrès – Atlantia
    La Baule
    TARIF À partir de 55 € (30 € tarif réduit)
    INFOS & RÉSERVATIONS WWW.FESTIVAL-LABAULE.COM
    ENTRÉE LIBRE POUR L’EXPOSITION « MUSIC & ICONIC » JUSQU’AU 2 JUILLET

    Mes bonnes adresses

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

    Retrouvez mes articles sur mes bonnes adresses bauloises, L'hôtel Barrière L'Hermitage et l' Hôtel Royal Thalasso Barrière.

    cinéma,musique,la baule,festival,musique de film,festival de cinéma et de musique de film de la baule 2023,9ème festival de cinéma et de musique de film de la baule,kyle eastwood,radu mihaileanu

  • Compte-rendu et palmarès du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022 : la joyeuse valse des émotions

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Selon Emmanuel Kant, « la musique est la langue des émotions ». Le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule qui met à l’honneur 7ème art, compositeurs et bandes originales est la parfaite incarnation de cette citation. A l’image de la plus longue plage d’Europe qui lui sert d’idyllique décor, depuis 8 ans, ce festival, créé par Sam Bobino et Christophe Barratier, nous emporte en effet dans une valse d’émotions réconfortantes, chaleureuses et doucement enivrantes. Cette année, pour sa 8ème édition (déjà !), ce fut plus que jamais le cas. Ayant assisté à chacune d'entre elles depuis la première, je constate avec plaisir que cet évènement gagne chaque année en ampleur et notoriété sans rien perdre de sa convivialité, et qu’il devient un des incontournables de l’année. C’est par ailleurs un festival accessible à tous qui entend le demeurer. Comme pour toute valse, lorsque la musique s’arrête, elle vous laisse alors joyeusement désorienté. Retour sur ces cinq jours de griserie cinématographique.

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Il y a toujours, cette seconde, haletante, et vaguement inquiétante, qui précède le premier plan d'un film, la plongée dans une histoire inconnue, même si les éléments qui la composent ne le sont pas totalement. La sensation est un peu la même avant de m’immerger dans un festival dont je connais la thématique du voyage mais sans savoir où il me conduira, quelles péripéties il me réserve, quelles émotions vont m’y étreindre, quels en seront les personnages. Quoiqu’il en soit, une joyeuse impatience est toujours au rendez-vous. A fortiori à La Baule. Et vous l’aurez compris : cette édition ne fut pas avare d’émotions qui s'ajouteront à celles des 7 précédentes éditions, procurées par tant de films découverts dans le cadre de ce festival aussi, souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. Sans oublier des master class et les concerts mémorables de Francis Lai, Michel Legrand et Gabriel Yared (dont je vous invite à lire mon récit de la master class donnée au cinéma Le Balzac le mois dernier), l’inoubliable concert de Vladimir Cosma. Ou encore celui de Philippe Sarde l’an passé.

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage


    Que serait la vie sans musique, sans la mer, sans le cinéma ?! Un ersatz d’existence, non ?  A La Baule, ces trois-là s'enlacent et s'entrelacent. Passionnément. Comme sur l’affiche de cette 8ème édition du festival (de l'artiste franco-Argentine Carolina Spielmann).

    Au programme cette année : 35 projections dont 6 long-métrages en compétition que devait départager le jury présidé par Alexandre Astier, 6 courts-métrages en compétition, des films pour le jeune public, 4 passionnantes master class, des documentaires musicaux, des films classiques dans le cadre de l’hommage à Alexandre Desplat, invité d’honneur avec un concert  sous la direction musicale de Solrey avec le Traffic quintet et Alexandre Desplat lui-même, mais aussi, dans le cadre de l’hommage à Ennio Morricone et Jacques Perrin, un ciné-plage consacré à Cinema Paradiso.

    ENNIO MORRICONE…et GIUSEPPE TORNATORE

    1/ CINEMA PARADISO de GIUSEPPE TORNATORE

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    L’ombre du géant Morricone a d’ailleurs plané sur cette édition et lui a insufflé son souffle lyrique. Les festivaliers, à l’occasion d’une projection sur la plage, ont ainsi pu revoir le célèbre film de Giuseppe Tornatore.

    Une idée d’autant plus judicieuse que cette projection a été aussi l’occasion de rendre hommage au grand acteur et producteur qu’était Jacques Perrin à qui le festival avait d’ailleurs attribué un Ibis d’or d’honneur, en 2018.

    Je n’avais pas revu ce film depuis mon enfance. Simplement me souvenais-je de ce lieu suintant de vie et de chaleur, au cœur de la Sicile, où se trouve le Cinema Paradiso, du lien si touchant entre Toto et d’Alfredo, de ces extraits de films qui transpirent la passion du cinéma. Et qu’il m’avait bouleversée.  Avec le recul des années, l’émotion fut encore plus forte. Les thèmes évoqués ont pris une tout autre résonance parce que ce que l’enfance laissait deviner, l’âge adulte a permis de l’expérimenter. La nostalgie. La mélancolie. L’écoulement du temps qui emporte tout, même les êtres chers. Mais c’est aussi tout ce que le cinéma, par son pouvoir magique, peut rendre éternel. Et tout ce que ce même temps dévoreur n’emporte pas : les rêves. Parce que Cinéma Paradiso est avant tout cela, une déclaration d’amour fou au cinéma. A sa capacité à procurer à tout ce qui est éphémère des accents d’éternité. Le cinéma, dans ce film, est plus que jamais une fenêtre ouverte sur les rêves, ceux qui bercent d’illusions réconfortantes. Comme celles de cette histoire qu’Alfredo raconte à Toto, cet homme qui promet d’attendre la femme qu’il aime sous sa fenêtre 100 nuits et qui renonce à la 99ème. Comme le dit Alfredo, « La vie, c'est pas ce que tu as vu au cinéma. La vie c'est plus difficile que ça. » Oui, mais il y a le cinéma pour l’adoucir, l’éclairer, en sublimer les sentiments et transcender les émotions. Pour rêver d’une autre vie, pour s’identifier à d’autres destins, ceux projetés sur l’écran. Et pour croire à l'impossible, envers et contre tout.

    Sunset Boulevard de Billy Wilder. Eve et La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Les Ensorcelés de Minelli. The Artist d’Hazanavicius, La La Land de Damien Chazelle. 8 ½ de Fellini. Les grands films sur le cinéma ne manquent pas. Cinéma Paradiso ne dénote bien sûr pas dans cette liste. Je vous parle aujourd’hui de la version director’s cut de 2H35 dont la dernière partie évoque l’amour de jeunesse de Toto (incarné alors par Brigitte Fossey, coupée dans les autres versions.) La version originale de 173 minutes avait en effet été classifiée défavorablement lors de sa présentation au comité de censure italien en 1989. Le film fut donc écourté pour sa sortie en salle. En 2002 sortait la version « Director's cut ». Cinema Paradiso eut en effet trois versions différentes. Lors de la sortie initiale en 1988 en Italie, le film durait 2 h 35. Pour le Festival de Cannes 1989, la durée fut ramenée à 2 h 03 par la Miramax. Le film obtint alors le Prix spécial du Jury, puis le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, parmi de nombreuses autres récompenses.

    Un pot de fleurs face à la mer dans un appartement. Le vent qui agite les rideaux. Et la musique de Morricone. Ainsi commence Cinema Paradiso qui, par ce simple plan, déjà, nous ensorcelle par ses parfums de nostalgie. Puis, c’est le coup de fil de la mère de Salvatore qui essaie de le joindre depuis la Sicile. Il ne répond pas. « Il est trop occupé. Il y a bien 30 ans qu'il ne vient plus nous voir …» remarque la sœur de ce dernier. « Il se souviendra. Il se souviendra, j'en suis sûre… » rétorque sa mère. Sa compagne du moment transmet le message à Salvatore. Le message suivant :  « Un certain Alfredo est mort. Demain, c'est son enterrement. »

    Avec la mort d’Alfredo, incarné par Philippe Noiret, pour Salvatore di Vitta (Jacques Perrin), cinéaste reconnu, c'est tout un pan du passé qui s'écroule et qui, subitement, rejaillit dans sa vie. On l’appelait Toto a l'époque. Il partageait son temps libre entre l'office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo.

    Les souvenirs de Salvatore nous ramènent alors en 1954. Dans un village de Sicile, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Toto, petit garçon facétieux et malin, fou de cinéma, orphelin d’un père qui "ressemblait à Clark Gable", passe son temps à perturber le projectionniste de la salle paroissiale, le Paradiso, avant de devenir son ami, et même son assistant et remplaçant dans la cabine de projection. Alfredo était aussi employé par la paroisse pour couper les scènes trop osées ou en tout cas considérées comme telles à l’époque, quand ne serait-ce qu’un simple baiser constituait déjà une atteinte à la pudeur.  L'histoire de cette salle de cinéma, véritable personnage du film, se confond alors avec celle de Salvatore.

    Une véritable amitié se noue entre le petit garçon turbulent et le vieux bougon autour de leur passion commune pour le cinéma. Le premier va s’assagir et le second va s’adoucir et dévoiler toute sa générosité et tendresse devenant le père de substitution du petit garnement. Lors d’un immense incendie qui ravage le cinéma, Toto sauve Alfredo des flammes. « Comment je fais moi si t’es pas là… » dira ainsi Alfredo, bouleversé et bouleversant.  Alfredo devenu aveugle, Toto le remplace puis le seconde dans ce qui est devenu le Nuovo Cinema Paradiso, reconstruit par un riche mécène.  Toto croise alors Elena, fille d’une famille bourgeoise. Il en tombe fou amoureux et après de nombreux efforts, malgré l’opposition de sa famille, son amour se révèle réciproque.

    Alfredo demande ensuite à Toto de partir de leur village sicilien et de ne jamais revenir. « Va-t-en retourne à Rome. Je ne veux plus t'entendre parler. Je veux juste entendre parler de toi. Ne reviens plus. Ne te laisse pas envahir par la nostalgie. Et si tu ne résistes pas ne viens pas me voir. Je ne te laisserai pas entrer. Quel que soit le métier que tu choisiras, aime-le comme tu as aimé la cabine du Paradiso quand tu étais petit. » Il partira alors pour Rome et y restera 30 ans sans revenir, sans avoir revu Elena qu’il avait attendue et cherché en vain. Le destin, un concours de circonstances et Alfredo les auront séparés.  Quand il revient pour les obsèques d’Alfredo, il se remémore alors son passé et cet amour qu’il n’a jamais oublié…et qu’il croit reconnaître. « Après toutes ces années, je croyais que j'étais devenu plus fort et que j'avais oublié des tas de choses mais en fait je retrouve tout comme avant comme si je n'étais jamais parti. »

    Le cinéma a fermé ses portes, et va être dynamité pour devenir un parking. L’histoire de Cinema Paradiso est aussi celle de l’histoire de la salle de cinéma, ce paradis anéanti par de nouvelles habitudes et de nouveaux loisirs, et par la télévision. C’est la fin d’une époque, celle où il n’y avait pas de télévision chez soi, quand le cinéma concentrait tous les désirs, toute la fièvre d'un village, celle d’un cinéma fédérateur, véritable temple, avant la désaffection des salles dans les années 80.

    Après la mort d'Alfredo, Salvatore récupérera un cadeau rempli d’amour(s) :  toutes les séquences interdites qu’Alfred a soigneusement collées les unes après les autres « Le feu se termine toujours en cendres. Même les plus grandes histoires d'amour se terminent. Et après, il y en a d'autres qui naissent. Tandis que Toto n'a qu'un seul avenir devant lui. » avait dit Alfredo à Elena. La vie et les amours périclitent. Mais le cinéma les rend éternels...

    Que serait ce film sans sa magnifique distribution ? Salvatore Cascio puis Marco Leonardi qui incarnèrent Toto enfant puis adolescent. Mais surtout Jacques Perrin qui apparaît peu à l’écran mais dont la présence puissante et lumineuse procure toute sa force mélancolique au film. Que d’expressions sur son visage  ! La bonté, la nostalgie, l’amour, et l’enfance qui semble toujours là, si prégnante, et qui illumine son visage d'une douce innocence. Comment ne pas fondre quand il dit « Mais je ne t'ai jamais oubliée Elena » ? D’ailleurs, je me demande si le choix de ce prénom dans le scénario de Giuseppe Tornatore n’était pas un hommage au Dernier métro de Truffaut. J'ai alors pensé à cette réplique du film de Truffaut :

     Est-ce que l'amour fait mal?

    - Oui, ça fait mal. [...] Tu es belle, Héléna. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Hier, vous disiez que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.

    L'inoubliable musique d’Ennio Morricone vient renforcer toute la poésie mélancolique qui se dégage du film et du visage de Jacques Perrin. De ce "rêve merveilleux" comme Elena qualifiera son histoire d'amour avec Salvatore. Un rêve merveilleux, comme l'est le cinéma...Cinema Paradiso, c'est le récit nostalgique d'une époque révolue. Une ode au rêve. A la puissance du cinéma à laquelle le film par ses nombreux extraits de classiques rend le plus beau des hommages. Mais aussi par ce dernier plan sur le visage de Jacques Perrin qui, par le pouvoir magique du 7ème art, retrouve les émotions de son enfance et le message d'amour que lui envoie Alfredo, par-delà la mort. Un parfum d'éternité. Le cinéma est décidément un paradis. Celui des vivants. Peut-il y avoir plus belle invention que celle qui nous permet d' accéder vivants à ce paradis ? Comment ne pas aimer un film dont toute l'histoire traduit ainsi la magie du cinéma ?

    Je vous laisse reconnaître les nombreux films dont figurent des extraits : L’Ange bleu de Josef von Sternberg, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes et La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin,  Autant en emporte le vent de Victor Fleming , Casablanca de Michael Curtiz , Gilda de Charles Vidor, La chevauchée fantastique de John Ford, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton…et beaucoup d’autres. Un voyage dans l’histoire du cinéma, un édifice impressionnant auquel ce film s’ajoute. Tout aussi incontournable ! Rendez-vous sur la plage de La Baule le 1er juillet pour le (re)découvrir dans des conditions exceptionnelles.

    2/ ENNIO de GIUSEPPE TORNATORE

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Si l’ombre de Morricone a plané sur ce festival, c’est aussi parce qu’y fut projeté en avant-première le documentaire fleuve de Giuseppe Tornatore : Ennio. 2H36 absolument captivantes ! Présenté à la Mostra de Venise 2021, ce documentaire en salles le 6 juillet est un périple savoureux et passionnant dans la carrière et la vie de Morricone mais aussi dans l’histoire du cinéma qu’il a tant marquée de son empreinte. Là aussi, j’y reviendrai, mais je ne peux que d’ores et déjà vous recommander vivement de découvrir ce documentaire, absolument incontournable pour qui aime la musique de film et le cinéma. Il retrace le parcours du compositeur né en 1928 à Rome et qui, à l’âge de 8 ans, rêvait de devenir médecin. Son père en décide autrement : il sera trompettiste, comme lui. Quelle émotion de réentendre toutes ses musiques et de voir ces extraits de film qu’elles ont sublimés. Sa première composition pour Tornatore fut pour Cinema Paradiso en 1988, qui remporta alors l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère et le Grand Prix au 42ème Festival de Cannes. Pour ce film, Morricone reçut le BAFTA de la Meilleure musique originale, avec son fils, Andrea, co-compositeur. Il a aussi signé la musique de neuf autres films de Tornatore. Quelques notes suffisent pour identifier la musique de celui qui a signé plus de 500 bandes originales. Le documentaire nous permet d’entrer dans l’âme et les secrets du créateur par le truchement d’une longue interview de Giuseppe Tornatore et de nombreux témoignages qui auront nécessité 5 années de travail parmi lesquels ceux de Bernardo Bertolucci, Guiliano Montaldo, Marco Bellocchio, Dario Argento, les frères Taviani, Luca Verdone, Barry Levinson, Roland Joffé, Clint Eastwood, Oliver Stone, Quentin Tarantino Wong Kar Wai, Hans Zimmer, Bruce Springsteen. Tornatore, qui a travaillé 25 ans avec Ennio Morricone, sonde les mystères de la création, de sa passion pour les échecs à sa volonté constante d’expérimenter. Plus qu’un film, Ennio se regarde comme un spectacle constitué d’extraits des films, d’images d’archives, de concerts. Ces entretiens sont entrecoupés de fragments de vie privée de Morricone, des captations de ses tournées, des extraits de films, d’entretiens d’amis et de collaborateurs, et d’archives inédites sur une carrière qui s’étend sur plus de 70 ans. Morricone a inspiré de nombreux musiciens, des compositeurs de bandes originales de films aux groupes de rock, de Hans Zimmer, John Williams, Dire Straits à Muse, Metallica et Radiohead. Le film contient nombre de moments forts comme le tournage d’Il était une fois en Amérique lors duquel De Niro joue sur un plateau inondé de musique, ou lorsque l’on découvre comme les lettres de Bach se dissimulent derrière la musique du Clan des Siciliens, ou encore comment il a orchestré instruments et influences pour créer la bande originale de Mission ou encore lorsqu’il  fredonne un air a capella. On découvre aussi sa fascination par Stravinsky, ou comment il va user d’audaces dans ses partitions et arrangements pour créer des sonorités inédites. Ennio Morricone ne sera pourtant récompensé d’un Oscar qu’en 2016 (à 87 ans !) pour les Huit salopards de Quentin Tarantino, même si, en 2007, lui avait été décerné un Oscar pour l’ensemble de sa carrière. Il regrette de n’avoir jamais travaillé avec Stanley Kubrick, qui était pourtant si mélomane. Morricone décortique les secrets de ses créations. Tornatore lui rend le plus beau des hommages en mettant en valeur l’incroyable  richesse de sa carrière dont il réhabilite aussi la diversité. Celle-ci ne se réduit en effet pas aux musiques de son camarade d’école Leone (aussi majestueuses et inoubliables soient-elles) mais on y trouve aussi des BO des films de  : Henri Verneuil, John Boorman, Terrence Malick, Bertolucci,Lautner, Deray, Friedkin, De Palma, Joffé, Almodovar, Carion, Tarantino et tant d'autres. Tornatore rend hommage à son incroyable audace, inventivité et originalité comme lorsqu’il mêle les instruments électriques aux instruments des orchestres symphoniques ou en ajoutant des sonorités bruitistes ou des la voix humaines  C’est plus passionnant et pédagogique que n’importe quel cours de musique. On en ressort en ayant envie d’écouter encore et encore ses musiques, de revoir les films pour lesquels il les a composées, de les redécouvrir différemment, et de regarder ceux à côté desquels nous serions passés.  C’est peut-être Bruce Springsteen qui définit le mieux sa musique en évoquant la « très profonde émotion » qu’elle procure et que nous procure aussi ce documentaire dont on ressort étourdi de musiques et de beauté… Encore la fameuse valse des émotions !

    COUP DE PROJECTEUR

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    4 longs-métrages étaient projetés dans la section « Coup de projecteur » : Ninja baby de Yingvild Sve Flikke, Flee de Jonas Poher Ramussen, After Yang de Koganada et I love Greece de Nafsika Guerry-Karamaounas. Le lauréat du prix Coup de projecteur 2022 Universciné est Flee de Jonas Poher Ramussen. Quelques mots sur mes deux coups de cœur de cette section : I love Greece de Nafsika Guerry-Karamounas et le film lauréat, absolument bouleversant, à voir absolument.

    Retrouvez également le corner La Baule 2022 sur Universciné, avec une programmation spéciale en lien avec le festival.

    1/ I LOVE GREECE de NAFSIKA GUERRY-KARAMOUNAS

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Ce premier long-métrage nous emmène dans les Cyclades. Jean et Marina, un couple franco-grec, partent à Athènes pour les vacances d’été. Ils y retrouvent l’exubérante famille de Marina et une Grèce en crise. Alors qu’ils projettent de passer quelques jours en amoureux sur une petite île des Cyclades, toute la famille décide de les accompagner. Rien ne se passera comme prévu sous les feux de l’Attique…

    Dans ce film à la riche palette d’émotions, le rire se teinte constamment de mélancolie et inversement. Nafsika Guerry-Karamounas met en scène avec talent la fervente âme grecque, notamment grâce à un scénario ciselé coécrit avec Chloé Larouchi qui nous emmène, comme la Grèce, dans des émotions que l’on n’attendait pas forcément. Des émotions impétueuses. Vincent Dedienne et Stacy Martin en expriment brillamment tous les excès et nuances. Pour le premier, tout tourne autour de son travail et de son mal-être. Il est à la fois exaspérant et égocentrique, et se révèle finalement fragile. La crise que le couple traverse est comme un écho à celle que connaît la société grecque qui s’immisce jusque dans leur couple. Comme dans Le Guépard où « il faut que tout change pour que rien ne change », ici il faut que tout vole en éclats pour prendre un nouveau départ. Les personnages sont aussi iconoclastes, fantasques que touchants. Un film qui mêle les genres avec habileté et qui palpite : de vie, d’énergie, de rires, de larmes. Le tout porté par la très belle musique de Camille El Bacha. Un voyage dans les Cyclades que je vous recommande donc.

    Et puis, je ne peux pas ne pas évoquer cette magnifique scène sur la danse de l’aigle…une danse qui m’émeut tout particulièrement et que je connais bien au point d’en avoir fait un point central de mon roman Les Embrasés (qui se déroule dans les Cyclades, finaliste du Prix du Livre Romantique 2019) et de ma nouvelle Le premier été du reste de notre vie (qui se déroule à Corfou, Editions J’ai Lu, recueil de nouvelles Allô maman ?!). Cette danse qui s’appelle le Zeïbekiko est habituellement dansée par des hommes sur une musique de Rebetiko, une sorte de transe, pour moi une danse de l’âme qui donne lieu à une très belle scène du film.

    2/ FLEE de JONAS POHER RAMUSSEN

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Pour la première fois, Amin, 36 ans, un jeune réfugié afghan homosexuel, accepte de raconter son histoire. Allongé les yeux clos sur une table recouverte d’un tissu oriental, il replonge dans son passé, entre innocence lumineuse de son enfance à Kaboul dans les années 1980 et traumatismes de la fuite de sa famille pendant la guerre civile, avant la prise du pouvoir par les talibans. Après des années de clandestinité en Russie, Amin – un pseudonyme – arrive seul à 16 ans au Danemark, où il rencontre le réalisateur qui devient son ami. Au fil de son récit et des douleurs enfouies, l’émotion resurgit. Aujourd’hui universitaire brillant installé avec son compagnon danois Kasper, le jeune homme confie un secret qu'il cachait depuis vingt ans.

    Ce film d’animation a cumulé les récompenses, à juste titre. Il a notamment gagné le Cristal du long-métrage au festival d'Annecy 2021 et figurait parmi les films de la sélection officielle du Festival de Cannes 2020.  Une histoire vraie racontée avec beaucoup de pudeur alternant les images d’animation et les images d’archives réelles pour souligner la dimension documentaire et les turbulences de l’Histoire. A 36 ans, Amin est désormais universitaire au Danemark où il vit en couple avec un homme. Il « s’est toujours senti un peu différent des autres » parce que, « en Afghanistan, l’homosexualité n’existe pas ». Il a accepté de se confier pour la première fois sur son passé (réel) à son ami réalisateur mais il ne souhaitait pas montrer son visage. Le film se compose ainsi de dessins plus ou moins réalistes. Ainsi, lorsqu’il se souvient moins bien ou lorsqu’il s’agit de souvenirs trop âpres ou violents, les dessins sont alors simplement griffonnés et brouillons mais il s'agit alors aussi d’images d'archives en prises de vue réelles. La musique joue une place centrale pour susciter l’émotion là où le récit est dénué de sentimentalisme, la violence à laquelle est confrontée Amin n’étant jamais ouvertement montrée. Quand il raconte son enfance dans une ville de Kaboul encore libre entre les posters de Van Damne, des tubes d’alors, notamment de a-Ha, l'accompagnent. Les moments de musique sont des invitations aux rêves et des portes ouvertes sur son imaginaire. Une autre fuite. A la prise de pouvoir des moudjahidine, son père est arrêté, le gouvernement le voyant alors « comme une menace pour le parti communiste ». Et la violence s’immisce dans son quotidien d’enfant. A partir de là, il faudra fuir pour survivre. Ce film universel et poignant permet à cet homme hanté par son passé gardé secret jusque-là de s’en libérer. L’émotion est d’autant plus présente qu’il entre en résonance avec l’actualité, celle connue par d’autres réfugiés, mais aussi avec le retour des Talibans au pouvoir en Afghanistan. Là où dans une actualité et un zapping carnassier, une information tragique en chasse tristement une autre, Flee, avec beaucoup de subtilité, force en douceur notre regard à s’y attarder. Poignant et indispensable.

     Flee est disponible en replay sur Arte.tv jusqu'au 28 juillet.

    FILMS EN COMPETITION

    Le jury présidé par Alexandre Astier, entouré de des actrices Mélanie Doutey, Anne Parillaud, Pascale Arbillot et de l'acteur et réalisateur Pascal Elbé a dû départager les 6 films suivants : La petite bande de Pierre Salvadori, Pétaouchnok d’Edouard Deluc, Maria rêve de  Laurianne Escaffre et Yvonnick Muller, Le petit Nicolas (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?) d'Amandine Freudon et Benjamin Massoubre et Citoyen d’honneur de Mohamed  Hamidi.

    Les films de cette compétition se sont avant tout distingués par leurs musiques mais aussi par des comédiens, particulièrement remarquables et engagés dans leurs interprétations. Par ailleurs, ces films mettaient souvent en scène des personnages indécis, immatures, en quête de sens, de nouveau souffle et de rêve. Le sens, le nouveau souffle et le rêve : tout ce qu’apporte finalement la bonne musique, non ?

    1/ MARIA RÊVE de LAURIANE ESCAFFRE et YVONNICK MULLER

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

     Ce film est mon coup de cœur de cette compétition, lauréat du Grand Prix du public du Festival de Cabourg 2022. Maria (Karine Viard) est femme de ménage. Mariée depuis 25 ans, réservée, timide et maladroite, elle ne quitte jamais son carnet à fleurs dans lequel elle écrit des poèmes en secret. Lorsqu’elle est affectée à l'École des Beaux-Arts, elle rencontre Hubert (Grégory Gadebois), le gardien fantasque de l'école, et découvre un lieu fascinant où règnent la liberté, la créativité et l'audace... Dans ce monde si nouveau, Maria, qui a toujours été dévouée et discrète, va-t-elle enfin se laisser envahir par la vie ?

    Ce film est d’une infinie délicatesse, jusque dans la musique et les couleurs qui l’auréolent. Il est porté par les prestations tout en nuances de Grégory Gadebois et Karin Viard qui forment un couple d’une belle évidence. Au contact de l’art et grâce à l’amour de ce dernier, un gardien, secret, discret mais solaire qui se déhanche sur Elvis Presley, Maria va apprendre à conduire sa vie, à s’émanciper, à donner corps (dans tous les sens du terme) à ses rêves et par la même nous donne envie de croire en tous les possibles de l’existence, quels que soient l’âge et les circonstances. Le tout dans le décor magique des Beaux-Arts baigné comme tout ce film, d’une grande douceur et de poésie. Une bouffé d’optimisme qui fait un bien fou.  Je vous en parlerai plus longuement lors de sa sortie prévue le 28 septembre 2022.

    2/ UNE COMEDIE ROMANTIQUE de THIBAULT SEGOUIN

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Après avoir disparu du jour au lendemain, César (Alex Lutz) réapparaît dans la vie de Salomé (Golshifteh Farahani) et découvre qu’il est le père d’une petite fille de 3 ans. Cette fois-ci, il va tout faire pour être à la hauteur de leur histoire.
    Une comédie romantique est le premier long métrage de Thibault Segouin qui avait notamment travaillé sur le scénario du remarquable Guy de et avec Alex Lutz qui tient ici le rôle masculin principal, celui d’un éternel adolescent, indécis pathologique, rêveur et menteur invétéré. Avec ses couleurs acidulées (photographie de Marie Demaison), sa musique ensorcelante, sa fantaisie douce, son Paris de carte postale, ce film tient les promesses de son titre tout en détournant les codes notamment lors de son dénouement. L’amoureuse (faussement) en colère est magistralement interprétée par Golshifteh Farahani dont on découvre que la comédie lui sied aussi bien le drame. Elle a d’ailleurs reçu le prix d’interprétation de cette édition. Ajoutez à cela la BO très réussie de François Villevieille et vous obtiendrez une tendre comédie à découvrir en salle, le 5 octobre 2022.

    4 /PETAOUCHNOK de EDOUARD DELUC

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Au fin fond des Pyrénées, deux précaires (interprétés par Pio Marmaï et Philippe Rebbot), amis devant l’éternel, ont l’idée du siècle pour se sortir de la galère : lancer une chevauchée fantastique, à travers la montagne, pour touristes en mal de nature, de silence, d’aventure.  Le jury présidé par Alexandre Astier a attribué (à l'unanimité) le Prix du meilleur film de l’édition 2022 du festival à cette comédie dans l’air du temps, un parcours initiatique qui glorifie le retour à la nature et le temps donné au temps, prétexte à des situations ubuesques et à brosser toute une galerie de personnages en quête d’ailleurs et de repères. La réussite provient avant tout de l’interprétation de Philippe Rebbot, doux rêveur excentrique et Pio Marmaï, prêt à tous les mensonges et excentricités pour récupérer sa femme et sa fille. Comme la majorité des films de cette compétition, un feel good movie porté la musique, en l’occurrence celle du groupe folk rock français Herman Dune. A découvrir en salle le 9 novembre 2022

    4/CITOYEN D’HONNEUR de Mohamed Hamidi

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Samir Amin (Kad Merad) est un écrivain comblé, Prix Nobel de littérature, qui vit à Paris, loin de son pays natal, l'Algérie. Il refuse systématiquement toutes les invitations qui lui sont faites. Jusqu'au jour où il décide d'accepter d'être fait « Citoyen d'honneur » de Sidi Mimoun, la petite ville où il est né. Mais est-ce vraiment une bonne idée que de revoir les habitants de cette ville, qui sont devenus, d'année en année, les personnages de ses différents romans ?

    Le principal atout de ce film est l’interprétation désopilante de  Fatsah Bouyahmed dans le rôle de Miloud en autochtone prêt à tout pour satisfaire le « citoyen d’honneur ». Dommage que le thème du "pillage de la réalité" et du détournement de celle-ci pour la création d'une œuvre (en l'occurrence littéraire) et de la volontaire  confusion entre fiction et réalité ne soit pas davantage exploité. Dans La vache, le précèdent film du cinéaste, il s'agissait d'un paysan algérien décidé à rejoindre la France avec sa vache pour participer au salon de l'Agriculture à Paris. L'écrivain effectue ici le chemin inverse. Cinq ans après la sortie du long-métrage argentin El ciudadano ilustre de Gastón Duprat et Mariano Cohn, le cinéaste franco-algérien Mohamed Hamidi met en scène un remake, porté par la musique de Ibrahim Maalouf. En salle le 14 septembre 2022.

    Je rattraperai prochainement de deux autres lauréats, La petite bande de Pierre Salvadori et Le petit Nicolas (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?) d'Amandine Freudon et Benjamin Massoubre dont je vous parlerai bien sûr également.

    AVANT-PREMIERES HORS COMPETITION

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Parmi les avant-premières hors compétition ont été présentés, en ouverture,  Maestro(s) de Bruno Chiche (dont je vous parlerai également ultérieurement), Menteur de Olivier Baroux qui sort en salle le 14 juillet 2022, projeté en clôture, un remake d’une comédie d’Émile Gaudreault, et enfin  Rumba la vie de Franck Dubosc, son deuxième long-métrage après Tout le monde debout.  Il y incarne Tony, la cinquantaine, chauffeur d’autobus scolaire renfermé sur lui-même, vit seul après avoir abandonné femme et enfant vingt ans plus tôt. Bousculé par un malaise cardiaque, il trouve le courage nécessaire pour affronter son passé et s’inscrire incognito dans le cours de danse dirigé par sa fille, qu’il n’a jamais connue, dans le but de la (re)conquérir et de donner un sens à sa vie. Comme dans Tout le monde debout où son personnage, valide, se faisait passer pour handicapé, il recourt au mensonge pour affronter sa culpabilité et pour arriver à ses fins : se rapprocher de sa fille. En cela, il sera aidé de son ami Gilles (Jean-Pierre Darroussin), son collègue bienveillant et lunaire, et Fanny (Marie-Philomène Nga), sa voisine. Tony est bourré de préjugés. Pour lui, l’initiale F. sur la sonnette de sa voisine doit forcément signifier Fatou et toutes les personnes d'origine africaine connaissent forcément la Rumba congolaise. Dommage que le film n’aille pas plus loin dans la dénonciation des préjugés dont est pétri le personnage de Tony. Restent des scènes attendrissantes et une interprétation d’un médecin par Michel Houellebecq qui ajoute une salutaire touche d’absurde. Musique originale de Sylvain Goldberg et Matteo Locasciulli.

    ALEXANDRE DESPLAT

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Cette huitième édition a ainsi comme chaque année rendu hommage à un compositeur invité : Alexandre Desplat qui succède ainsi à Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Vladimir Cosma, Eric Serra, Gabriel Yared et Philippe Sarde les années précédentes ! Ce furent à chaque fois de grands moments de musique et d’émotion que je vous ai chaque année racontés ici, et cela même par le biais de la fiction.

    1/CONCERT

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    En plus de sa master class, Alexandre Desplat participait cette année à un concert hommage de clôture, dirigé par la cheffe d’orchestre et violoniste Solrey. Alexandre Desplat, digne héritier des compositeurs français consacrés par Hollywood a déjà écrit les partitions de plus de 200 films et a été célébré́ par 2 Oscars, 2 Golden  Globes, 3 Césars, 3 Baftas, 2 Grammys...La liste des cinéastes avec lesquels il a collaboré est longue : Terrence Malick, Jacques Audiard, Stephen Frears, Roman Polanski, Wes Anderson, George Clooney, Kathryn Bigelow, David Fincher, Guillermo del Toro et les films Sur mes lèvres, The King’s speech, De battre mon cœur s’est arrêté, The Ghost Writer, Monuments men, Un prophète, The Grand Budapest hotel, The Shape of water, The Curious case of Benjamin Button, Twilight, Godzilla, Harry Potter and the deathly Hallows, The imitation game, Little women, The french dispatch ...

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Ce concert événement, où il s’est produit sur scène comme flûtiste, a eu au Palais des Congrès et des Festivals Atlantia de La Baule et  a été l’occasion d’entendre les musiques de Harry Potter, La forme de l’eau, The Ghost Writer, Un Prophète et du Discours d’un roi qui fut justement projeté dans le cadre du festival.

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    2/ LE DISCOURS D’UN ROI de TOM HOOPER

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Le roi en question, c’est George VI (Colin Firth), à la fois fragile et colérique, qui n’avait d’ailleurs pas vocation à le devenir puisque c’est sont frère Edouard VIII (Guy Pierce) qui était destiné au trône à la mort de leur père.  Seulement Edouard VIII préféra abdiquer pour vivre son amour avec une femme, Wallis Simpson, à la réputation légère (du moins pour un monarque) car notamment divorcée deux fois. George VI que toute la famille royale appelle « Bertie » va donc devoir surmonter son handicap, un bégaiement qui l’empêche de s’exprimer en public. Pour cela, il pourra compter sur le soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et sur l’aide d’un thérapeute du langage aux méthodes peu orthodoxes, Lionel Rogue (Geoffrey Rush). Alors qu’il mène cette guerre contre lui-même, une autre guerre beaucoup moins intime se fait de plus en plus menaçante…

    A priori, cela s’annonçait donc comme un énième biopic avec reconstitution historique spectaculaire de rigueur et c’est sans doute d’abord le choix de prendre le contrepied de ce à quoi nous aurions pu nous attendre qui fait de ce film une grande réussite. Tom Hooper et son scénariste David Seidler ont ainsi fait le judicieux choix de l’intime, de l’histoire sans nier son implication sur l’Histoire mais vue telle que la voyait George VI, relativement lointaine. Le monde extérieur et ses rumeurs sont étouffés par l’atmosphère ouatée et non moins redoutable des allées du pouvoir.

    Plutôt que de  filmer George VI comme un personnage historique distant, Tom Hooper le filme à portée d’homme avec ses angoisses et ses faiblesses. Il n’apparait alors pas comme le puissant lointain (éloigné de nous historiquement et humainement) mais comme un homme qui doit affronter ses faiblesses en lequel chacun peut se reconnaître. La caméra de Tom Hooper le suit au plus près de son visage, de ses doutes, de son angoisse qui s’amorce. Le jeu en nuances de Colin Firth et la caméra sensible de Tom Hooper qui l’enferme ans son cadre, (il est tantôt filmé à gauche ou à droite, à son image, en marge) comme il l’est dans son handicap, nous donne la sensation asphyxiante d’éprouver nous aussi son angoisse si bien que notre souffle est  suspendu à ses lèvres hésitantes. La maîtrise du langage devient alors le véritable enjeu du suspense du film, haletant comme un thriller. Arrivera-t-il à prononcer ce fameux discours qui fera entrer le Royaume-Uni dans la guerre contre l’Allemagne nazie ?

     Un sujet qui n’a rien d’anachronique et qui est même particulièrement actuel à une époque (la nôtre)  où le contenant, la forme, la communication priment sur le contenu et le message, où celui ou celle qui recevra le plus de suffrages ne sera pas forcément le ou la plus apte à gouverner mais le ou la plus apte à délivrer son message et à maîtriser la communication et le langage.  Un peu la génération twitter aussi qui recherche le choc de la formule et qui pousse souvent à l’exagération, quitte à piétiner quelques personnes voire la réalité au passage. Plutôt que le pouvoir des mots, c’est donc celui de la communication que doit donc maîtriser le monarque. Un pouvoir qu’il était d’autant plus urgent de détenir quand un dictateur outre-Rhin en faisait un des instruments de sa propagande et l’utilisait pour haranguer, galvaniser et endormir les foules.  

    Le scénario montre habilement et par petites touches comment le poids de l’enfance et de l’Histoire (son père, ceux qui l’ont précédé, tous ceux dont les regards pèsent sur lui) sont responsables de son handicap. Mais, au-delà du combat personnel, c’est aussi une très belle histoire d’amitié entre deux hommes à la fois très différents et en quête de reconnaissance. Rogue demande constamment à être sur un pied d’égalité avec George VI, lui qui toujours à été à distance : du peuple, des autres, des mots. Prendre la parole c’est prendre sa place et exister. Le langage, dans le titre même, a d’ailleurs toute son importance : il ne s’agit pas du discours du roi mais d’un roi, qui n’a pas encore son identité propre, écrasé  par le poids de l’Histoire et  de ses prédécesseurs.

    La richesse des dialogues saupoudrés d’un humour so british participe amplement de la réussite du film. Il est vrai que le langage d’un film dont le sujet est justement le langage se devait d’être exemplaire mais ce n’était pas pour autant gagné d’avance.

    Enfin, le grand atout du film ce sont ses acteurs principaux : Colin Firth (absolument remarquable, ne forçant pas trop le trait comme c’est souvent le cas dans ces rôles à Oscars mais reflétant le bégaiement essentiellement par l’angoisse qu’il générait , Colin Firth d’ailleurs qui interprétait déjà pour moi un des meilleurs rôles de 2010  dans le très beau « A single man » de Tom Ford pour lequel il était déjà nommé à l’Oscar du meilleur acteur), Geoffrey Rush( impeccable en médecin peu conventionnel et malicieux ) et Helena Bonham Carter ( parfaite en future reine, à la fois cinglante et épouse aimante. )

    Si « Le discours d’un roi » est un film marquant, c'est en particulier en raison du degré de raffinement de chacun des éléments qui le constituent (musique d'Alexandre Desplat, , scénario, interprétation, mise en scène), un film à résonance universelle autant de par le combat qu’il met en scène (un homme, fût-il roi, qui surpasse ses faiblesses et ses peurs) que de par le langage qu’il emploie et dont il souligne le poids historique.

    EXPOSITION "CINEMA MON AMOUR, ANNEES STUDIO"

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Du 18 juin au 03 juillet 2022,  au centre culturel Chapelle Sainte-Anne, était également proposée une exposition de trois photographes de  Studio Magazine célébrant ainsi les années DU magazine cinéma des années 90/2000 créé par Jean-Pierre Lavoignat et Marc Esposito à la fin des années 80.

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    En attendant de rattraper les films manqués, je termine avec une citation d'Oscar Wilde :

    « La musique met l’âme en harmonie avec tout ce qui existe. » 

    En attendant la 9ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et de vous en communiquer les dates, je vous donne rendez-vous prochainement pour le Festival du Cinéma Américain de Deauville (du 2 au 11 septembre 2022) puis pour le Dinard Festival du Film Britannique (28 septembre au 2 octobre 2022).

    PALMARES COMPLET DU FESTIVAL DU CINEMA ET MUSIQUE DE FILM DE LA BAULE 2022

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Meilleur Film 2022

    Pétaouchnok réalisé par Edouard Deluc

     

    Meilleure Musique de Film 2022

    Ludovic Bource pour Le Petit Nicolas, qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

     

    Prix d’Honneur 2022

    Alexandre Desplat récompensé pour l’ensemble de sa carrière

     

    Meilleur Court-Métrage 2022 – AG2R LA MONDIALE

    REPLAY réalisé par Thomas Deflandre

     

    Révélation Jeune Talent Compositeur 2022

    Antonin Browne du Conservatoire Paul Dukas – Paris

     

    Meilleure Musique de l’année 2022

    Amine Bouhafa pour Le Sommet des dieux

     

    Coup de Projecteur 2022 – Universciné

    FLEE de Jonas Poher Rasmussen

     

    Prix du public 2022 – Groupe Barrière

    La Petite Bande de Pierre Salvadori

     

    Meilleure Interprétation 2022

    Golshifteh Farahani pour Une Comédie Romantique

     

    110 ANS DU GROUPE BARRIERE

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Cette édition fut aussi l’occasion de célébrer les 110 du Groupe Barrière.

    Retrouvez mon article consacré à l’hôtel Barrière L'Hermitage sur Inthemoodforhotelsdeluxe.com, ici.

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    PODCAST INEDIT :

    Une nouvelle au cœur du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2015

    Retrouvez ma nouvelle Un certain 14 novembre dans le recueil Les illusions parallèles  - Editions du 38 – 2016 (cette fiction se déroule entièrement dans le cadre du festival avec en toile de fond les évènements réels de cette édition). A l'occasion de la 8ème édition du festival, en accord avec mon éditeur, Les Editions du 38, j'ai enregistré cette nouvelle en podcast, à écouter ici.

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE FESTIVAL

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    Pour en savoir plus  : le site officiel du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et son twitter et compte instagram (@festivallabaule). 

    Suivez également le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule sur Facebook.

    En complément, retrouvez sur Inthemoodforcinema.com tous mes articles sur les 7 premières éditions du festival et mes prochains articles sur cette 8ème édition.

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    cinéma,musique,musique de film,festival de cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,christophe barratier,sam bobino,alexandre astier,alexandre desplat,maria rêve,i love greece,petaouchnok,une comédie romantique,hôtel barrière l'hermitage

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

  • Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022 : programme complet détaillé

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

    Hier soir, au Palais des Congrès Atlantia de La Baule, était présenté le programme complet du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022. Laissez-moi vous présenter ce festival que j'ai le plaisir de suivre depuis ses débuts et vous détailler sa singularité enchanteresse, ainsi que le programme  de cette 8ème édition.

    Selon Stendhal, « La bonne musique ne se trompe pas, et va droit au fond de l'âme chercher le chagrin qui nous dévore. » Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles ce festival dont ce sera (déjà !) la huitième édition, est-il aussi joyeusement consolateur ? Qu'elle aille chercher le chagrin qui nous dévore, la joie qui nous enflamme, l'illusion qui nous transporte, le secret qui nous tourmente, le rêve qui nous égare, le regret qui nous étreint, la peur qui nous tenaille, ou la passion qui nous élève...la musique cristallise toutes nos émotions, et en particulier la musique de film que met chaque année à l'honneur le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule qui, à l'image de son affiche 2022 (de l'artiste franco-Argentine Carolina Spielmann), enlace avec passion musique et cinéma, et nous embarque dans un joyeux tourbillon. Une affiche par ailleurs jaune et bleue, aux couleurs du drapeau de l'Ukraine à laquelle le festival témoigne ainsi de sa solidarité. Un festival donc également engagé puisqu'il présente aussi l'atout d'être un "green festival" comme je vous l'explique plus bas.

    Au programme de l'édition 2022 de ce festival à la fois populaire et exigeant, ouvert à tous et proposant une programmation diversifiée, idéale pour débuter l'été : 35 projections dont 5 long-métrages hors compétition que devra départager le jury présidé par Alexandre Astier, 6 courts-métrages en compétition, des films pour le jeune public, 4 master class, des documentaires musicaux, des films classiques dans le cadre de l’hommage à Alexandre Desplat, invité d’honneur de cette édition qui donnera un concert exceptionnel, mais aussi dans le cadre de l’hommage à Ennio Morricone et Jacques Perrin avec un ciné-plage consacré à Cinema Paradiso, le film de Giuseppe Tornatore dont vous pourrez retrouver également ma critique ci-dessous, et une exposition. Retrouvez, plus bas dans cet article, le détail de ce programme. 

    Le Festival du Cinéma et Musique de Film La Baule est ainsi un évènement unique et rare tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne. Le tout dans le cadre majestueux de la Baie de La Baule qui sert d’écrin à ce festival qui, en 8 ans, a réussi à s’imposer comme un évènement cinématographique et musical incontournable avec, à son générique, des films majeurs, mais aussi des concerts marquants des plus grands compositeurs de musiques de films à l’image de ce que sera sans aucun doute celui de cette année.

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

    L’an passé, les organisateurs de ce festival (créé et dirigé par Sam Bobino, notamment fondateur des Paris Film Critics Awards dont je vous parle, ici-  et le cinéaste Christophe Barratier) avaient eu la judicieuse idée d’inaugurer une nouvelle formule mettant l’accent sur le cinéma français.  Le festival devient ainsi une fenêtre d’exposition pour les films qui sortent pendant l’été, une idée lumineuse quand certains films à l’affiche en juillet-août ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils mériteraient. Une mise en exergue d'autant plus nécessaire alors que le cinéma a plus que jamais besoin d’être défendu et soutenu en cette année où les entrées dans les salles fléchissent dramatiquement.

    Pour symboliser ses nouvelles dates, durant l’été, le Festival a opté cette année pour une affiche très différente de celles des années précédentes. "Les organisateurs ont fait appel, pour cela, à l’artiste Carolina Spielmann qui propose ici un visuel à la fois volontairement vintage et moderne (dans l’esprit de la Ville de La Baule, très attachée à son histoire et continuellement tournée vers l’avenir) et qui souligne aussi ce nouveau positionnement estival. Inspirée par la baie de La Baule et ses jolies tentes rayées bleu et blanc, l’artiste a souhaité combiner la tradition et la modernité avec cette baigneuse vintage et moderne à la fois. Cette baigneuse rigolote, qui enlace dans ses bras, avec passion, la musique et le cinéma, les deux thèmes du Festival. Sa bouche en forme de cœur exprime autant l’amour pour le cinéma que pour la musique, comme pour la Ville de La Baule et pour cette belle région Loire-Atlantique. Le jaune solaire nous invite à découvrir et à voyager dans cette région lumineuse et passionnée".

    Vladimir Cosma La Baule.jpg

    De ces sept années de ce passionnant festival s'entremêlent mes souvenirs et émotions, de vie et de cinéma. Comment oublier ce 13 novembre 2015 ? Comment ne pas penser au concert de Michel Legrand qui avait eu lieu le lendemain, ce fameux 14 novembre 2015 donc, concert lors duquel Michel Legrand, alors comme toute l’assistance bouleversé par l’ignominie impensable qui avait eu lieu la veille, avait débuté son concert par un morceau improvisé et deux mesures de La Marseillaise ? 

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

    Les émotions sont aussi celles  procurées par tant de films découverts dans le cadre de ce festival aussi, souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. Sans oublier des masterclasses et le concert mémorable de Francis Lai ou l’inoubliable concert de Vladimir Cosma. Ou encore celui de Philippe Sarde l’an passé.

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

     « La musique, c’est du rêve » selon le personnage incarné par Daniel Auteuil (le si fascinant, si hermétique, si ambigu, si complexe Stéphane) dans le chef-d’œuvre de Claude Sautet, Un cœur en hiver. Alors, prêts à rêver du 29 juin au 3 juillet à La Baule ?

    INVITE D'HONNEUR (ALEXANDRE DESPLAT) ET CONCERT

    Cette huitième édition qui se tiendra du 29 juin au 3 juillet rendra ainsi hommage au compositeur qui sera l’invité d’honneur du festival : Alexandre Desplat qui succède ainsi à Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Vladimir Cosma, Eric Serra, Gabriel Yared et Philippe Sarde les années précédentes !

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

    Il participera à un concert hommage de clôture, dirigé par la cheffe d’orchestre et violoniste Solrey. Alexandre Desplat, digne héritier des compositeurs français consacrés par Hollywood a déjà écrit les partitions de plus de 200 films et a été célébré par 2 Oscars, 2 Golden  Globes, 3 Césars, 3 Baftas, 2 Grammys...La liste des cinéastes avec lesquels il a collaboré est longue : Terrence Malick, Jacques Audiard, Stephen Frears, Roman Polanski, Wes Anderson, George Clooney, Kathryn Bigelow, David Fincher, Guillermo del Toro et les films Sur mes lèvres, The King’s speech, De battre mon cœur s’est arrêté, The Ghost Writer, Monuments men, Un prophète, The Grand Budapest hotel, The Shape of water, The Curious case of Benjamin Button, Twilight, Godzilla, Harry Potter and the deathly Hallows, The imitation game, Little women, The french dispatch ...

    Ce concert événement, où le compositeur Alexandre Desplat se produira également sur scène comme flûtiste, aura lieu au Palais des Congrès et des Festivals Atlantia de La Baule, le dimanche 03 juillet à 16h30 (infos et réservations : https://billetterie.atlantia-labaule.com ou par téléphone au 02 40 11 51 51).

    JURY

    L’an passé, le jury du festival, alors présidé par François Berléand avait décerné l’Ibis d’or du meilleur film à C’est toi que j’attendais de Stephanie Pillonca tandis qu’ Un triomphe d’Emmanuel Courcol avait été récompensé de 2 Ibis d’Or dont celui de la meilleure musique de film de la sélection. Cette année le jury sera présidé par Alexandre Astier, réalisateur, scénariste et créateur de Kaamelott, mais aussi compositeur de musique de film. Il sera accompagné des actrices Mélanie Doutey, Anne Parillaud, Pascale Arbillot et de l'acteur et réalisateur Pascal Elbé. Ils devront départager les 6 longs-métrages en compétition.

    FILMS D'OUVERTURE ET DE CLÔTURE

    1. Film d'ouverture : Maestro(s) de Bruno Chiche 

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    2. Film de clôture : Menteur d'Olivier Baroux

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    LES 6 LONGS-METRAGES EN COMPETITION

    1. La Petite bande de Pierre Salvadori

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    2. Pétaouchnok de Edouard Deluc

    3. Une comédie romantique de Thibault Segouin

    4. Marianne rêve de Laurianne Escaffre et Yvonnick Muller

    5. Le petit Nicolas (Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?) d'Amandine Freudon et Benjamin Massoubre

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    5 LONGS-METRAGES HORS COMPETITION

    1. Maestro(s) de Bruno Chiche (film d'ouverture)

    2. Rumba la vie de Franck Dubosc

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    3. Menteur d’Olivier Baroux (Film de clôture)

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    4. Les Minions 2 (Il était une fois Gru) de Kyle Balda

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    5. De l’autre côté du ciel de Yusuke Hirota

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    LONGS-METRAGES « COUPS DE PROJECTEUR »

    1. Flee de Jonas Poher Ramussen

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    2. Ninja baby de Yingvild Sve Flikke

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    3. After Yang de Koganada

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    4. I love Greece de Nafsika Guerry-Karamaounas 

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    LES SCOLAIRES AU FESTIVAL

    Le film d'animation, Le sommet des dieux, sera expliqué en musique et en images par son compositeur Amine Bouhafa.

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    MASTER CLASS ET CONFERENCES

    1. ALEXANDRE DESPLAT et SOLREY

    Dimanche 3 juillet, 14H30. Gulf-Stream

    2.ALEXANDRE ASTIER

    Jeudi 30 juin, 12h. Gulf-Stream

    3.Pierre Salvadori

    Jeudi 30 juin, 15H, Gulf-Stream

    4. Tchéky Karyo

    Vendredi 1er juillet, 16H, Gulf-Stream

    5.RENCONTRES UCMF

    Samedi 2 juillet, 12h00, Gulf-Stream

    Rencontre organisée autour des compositeurs et professionnels de la musique de film présents au festival.

    CINE MA PLAGE

    A (re) découvrir le sur la plage de La Baule le 1er juillet, à 22H30 :

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    CINEMA PARADISO de GIUSEPPE TORNATORE - Critique

    cinéma, Festival, festival de cinéma, Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, 8ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022, Cinema Paradiso, Giuseppe Tornatore, critique, Ennio Morricone, Jacques Perrin, La Baule

    Cinema Paradiso sera également diffusé sur la plage de La Baule le vendredi 1er juillet. Une idée d’autant plus judicieuse que cette projection sera aussi l’occasion de rendre hommage au grand acteur et producteur qu’était Jacques Perrin à qui le festival avait d’ailleurs attribué un Ibis d’or d’honneur, en 2018.

    Je n’avais pas revu ce film depuis mon enfance. Simplement me souvenais-je de ce lieu suintant de vie et de chaleur, au cœur de la Sicile, où se trouve le Cinema Paradiso, du lien si touchant entre Toto et d’Alfredo, de ces extraits de films qui transpirent la passion du cinéma. Et qu’il m’avait bouleversée.  Avec le recul des années, l’émotion fut encore plus forte. Les thèmes évoqués ont pris une tout autre résonance parce que ce que l’enfance laissait deviner, l’âge adulte a permis de l’expérimenter. La nostalgie. La mélancolie. L’écoulement du temps qui emporte tout, même les êtres chers. Mais c’est aussi tout ce que le cinéma, par son pouvoir magique, peut rendre éternel. Et tout ce que ce même temps dévoreur n’emporte pas : les rêves. Parce que Cinéma Paradiso est avant tout cela, une déclaration d’amour fou au cinéma. A sa capacité à procurer à tout ce qui est éphémère des accents d’éternité. Le cinéma, dans ce film, est plus que jamais une fenêtre ouverte sur les rêves, ceux qui bercent d’illusions réconfortantes. Comme celles de cette histoire qu’Alfredo raconte à Toto, cet homme qui promet d’attendre la femme qu’il aime sous sa fenêtre 100 nuits et qui renonce à la 99ème. Comme le dit Alfredo, « La vie, c'est pas ce que tu as vu au cinéma. La vie c'est plus difficile que ça. » Oui, mais il y a le cinéma pour l’adoucir, l’éclairer, en sublimer les sentiments et transcender les émotions. Pour rêver d’une autre vie, pour s’identifier à d’autres destins, ceux projetés sur l’écran. Et pour croire à l'impossible, envers et contre tout.

    Sunset Boulevard de Billy Wilder. Eve et La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Les Ensorcelés de Minelli. The Artist d’Hazanavicius, La La Land de Damien Chazelle. 8 ½ de Fellini. Les grands films sur le cinéma ne manquent pas. Cinéma Paradiso ne dénote bien sûr pas dans cette liste. Je vous parle aujourd’hui de la version director’s cut de 2H35 dont la dernière partie évoque l’amour de jeunesse de Toto (incarné alors par Brigitte Fossey, coupée dans les autres versions.) La version originale de 173 minutes avait en effet été classifiée défavorablement lors de sa présentation au comité de censure italien en 1989. Le film fut donc écourté pour sa sortie en salle. En 2002 sortait la version « Director's cut ». Cinema Paradiso eut en effet trois versions différentes. Lors de la sortie initiale en 1988 en Italie, le film durait 2 h 35. Pour le Festival de Cannes 1989, la durée fut ramenée à 2 h 03 par la Miramax. Le film obtint alors le Prix spécial du Jury, puis le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, parmi de nombreuses autres récompenses.

    Un pot de fleurs face à la mer dans un appartement. Le vent qui agite les rideaux. Et la musique de Morricone. Ainsi commence Cinema Paradiso qui, par ce simple plan, déjà, nous ensorcelle par ses parfums de nostalgie. Puis, c’est le coup de fil de la mère de Salvatore qui essaie de le joindre depuis la Sicile. Il ne répond pas. « Il est trop occupé. Il y a bien 30 ans qu'il ne vient plus nous voir …» remarque la sœur de ce dernier. « Il se souviendra. Il se souviendra, j'en suis sûre… » rétorque sa mère. Sa compagne du moment transmet le message à Salvatore. Le message suivant :  « Un certain Alfredo est mort. Demain, c'est son enterrement. »

    Avec la mort d’Alfredo, incarné par Philippe Noiret, pour Salvatore di Vitta (Jacques Perrin), cinéaste reconnu, c'est tout un pan du passé qui s'écroule et qui, subitement, rejaillit dans sa vie. On l’appelait Toto a l'époque. Il partageait son temps libre entre l'office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo.

    Les souvenirs de Salvatore nous ramènent alors en 1954. Dans un village de Sicile, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Toto, petit garçon facétieux et malin, fou de cinéma, orphelin d’un père qui "ressemblait à Clark Gable", passe son temps à perturber le projectionniste de la salle paroissiale, le Paradiso, avant de devenir son ami, et même son assistant et remplaçant dans la cabine de projection. Alfredo était aussi employé par la paroisse pour couper les scènes trop osées ou en tout cas considérées comme telles à l’époque, quand ne serait-ce qu’un simple baiser constituait déjà une atteinte à la pudeur.  L'histoire de cette salle de cinéma, véritable personnage du film, se confond alors avec celle de Salvatore.

    Une véritable amitié se noue entre le petit garçon turbulent et le vieux bougon autour de leur passion commune pour le cinéma. Le premier va s’assagir et le second va s’adoucir et dévoiler toute sa générosité et tendresse devenant le père de substitution du petit garnement. Lors d’un immense incendie qui ravage le cinéma, Toto sauve Alfredo des flammes. « Comment je fais moi si t’es pas là… » dira ainsi Alfredo, bouleversé et bouleversant.  Alfredo devenu aveugle, Toto le remplace puis le seconde dans ce qui est devenu le Nuovo Cinema Paradiso, reconstruit par un riche mécène.  Toto croise alors Elena, fille d’une famille bourgeoise. Il en tombe fou amoureux et après de nombreux efforts, malgré l’opposition de sa famille, son amour se révèle réciproque.

    Alfredo demande ensuite à Toto de partir de leur village sicilien et de ne jamais revenir. « Va-t-en retourne à Rome. Je ne veux plus t'entendre parler. Je veux juste entendre parler de toi. Ne reviens plus. Ne te laisse pas envahir par la nostalgie. Et si tu ne résistes pas ne viens pas me voir. Je ne te laisserai pas entrer. Quel que soit le métier que tu choisiras, aime-le comme tu as aimé la cabine du Paradiso quand tu étais petit. » Il partira alors pour Rome et y restera 30 ans sans revenir, sans avoir revu Elena qu’il avait attendue et cherché en vain. Le destin, un concours de circonstances et Alfredo les auront séparés.  Quand il revient pour les obsèques d’Alfredo, il se remémore alors son passé et cet amour qu’il n’a jamais oublié…et qu’il croit reconnaître. « Après toutes ces années, je croyais que j'étais devenu plus fort et que j'avais oublié des tas de choses mais en fait je retrouve tout comme avant comme si je n'étais jamais parti. »

    Le cinéma a fermé ses portes, et va être dynamité pour devenir un parking. L’histoire de Cinema Paradiso est aussi celle de l’histoire de la salle de cinéma, ce paradis anéanti par de nouvelles habitudes et de nouveaux loisirs, et par la télévision. C’est la fin d’une époque, celle où il n’y avait pas de télévision chez soi, quand le cinéma concentrait tous les désirs, toute la fièvre d'un village, celle d’un cinéma fédérateur, véritable temple, avant la désaffection des salles dans les années 80.

    Après la mort d'Alfredo, Salvatore récupérera un cadeau rempli d’amour(s) :  toutes les séquences interdites qu’Alfred a soigneusement collées les unes après les autres « Le feu se termine toujours en cendres. Même les plus grandes histoires d'amour se terminent. Et après, il y en a d'autres qui naissent. Tandis que Toto n'a qu'un seul avenir devant lui. » avait dit Alfredo à Elena. La vie et les amours périclitent. Mais le cinéma les rend éternels...

    Que serait ce film sans sa magnifique distribution ? Salvatore Cascio puis Marco Leonardi qui incarnèrent Toto enfant puis adolescent. Mais surtout Jacques Perrin qui apparaît peu à l’écran mais dont la présence puissante et lumineuse procure toute sa force mélancolique au film. Que d’expressions sur son visage  ! La bonté, la nostalgie, l’amour, et l’enfance qui semble toujours là, si prégnante, et qui illumine son visage d'une douce innocence. Comment ne pas fondre quand il dit « Mais je ne t'ai jamais oubliée Elena » ? D’ailleurs, je me demande si le choix de ce prénom dans le scénario de Giuseppe Tornatore n’était pas un hommage au Dernier métro de Truffaut. J'ai alors pensé à cette réplique du film de Truffaut :

     Est-ce que l'amour fait mal?

    - Oui, ça fait mal. [...] Tu es belle, Héléna. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Hier, vous disiez que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.

    L'inoubliable musique d’Ennio Morricone vient renforcer toute la poésie mélancolique qui se dégage du film et du visage de Jacques Perrin. De ce "rêve merveilleux" comme Elena qualifiera son histoire d'amour avec Salvatore. Un rêve merveilleux, comme l'est le cinéma...Cinema Paradiso, c'est le récit nostalgique d'une époque révolue. Une ode au rêve. A la puissance du cinéma à laquelle le film par ses nombreux extraits de classiques rend le plus beau des hommages. Mais aussi par ce dernier plan sur le visage de Jacques Perrin qui, par le pouvoir magique du 7ème art, retrouve les émotions de son enfance et le message d'amour que lui envoie Alfredo, par-delà la mort. Un parfum d'éternité. Le cinéma est décidément un paradis. Celui des vivants. Peut-il y avoir plus belle invention que celle qui nous permet d' accéder vivants à ce paradis ? Comment ne pas aimer un film dont toute l'histoire traduit ainsi la magie du cinéma ?

    Je vous laisse reconnaître les nombreux films dont figurent des extraits : L’Ange bleu de Josef von Sternberg, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes et La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin,  Autant en emporte le vent de Victor Fleming , Casablanca de Michael Curtiz , Gilda de Charles Vidor, La chevauchée fantastique de John Ford, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton…et beaucoup d’autres. Un voyage dans l’histoire du cinéma, un édifice impressionnant auquel ce film s’ajoute. Tout aussi incontournable ! Rendez-vous sur la plage de La Baule le 1er juillet pour le (re)découvrir dans des conditions exceptionnelles.

    DOCS MUSICAUX

    1. Le 8ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule  rendra cette année hommage à Ennio Morricone avec la projection du film évènement Ennio : The Maestro de Giuseppe Tornatore.

    cinéma,festival,festival de cinéma,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,cinema paradiso,giuseppe tornatore,critique,ennio morricone,jacques perrin,la baule

    2. A-Ha the movie de Thomas Robsahm et Aslaug Holm

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    3. Studio 54 de Matt Tyrnauer

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    FILMS CLASSIQUES – HOMMAGE A ALEXANDRE DESPLAT (en partenariat avec Universcine.com)

    1. De battre mon coeur s'est arrêté  de Jacques Audiard

    2. Le Discours d'un roi de Tom Hooper - CRITIQUE

    discours1.jpg

     

    Le roi en question, c’est George VI (Colin Firth), à la fois fragile et colérique, qui n’avait d’ailleurs pas vocation à le devenir puisque c’est sont frère Edouard VIII (Guy Pierce) qui était destiné au trône à la mort de leur père.  Seulement Edouard VIII préféra abdiquer pour vivre son amour avec une femme, Wallis Simpson, à la réputation légère (du moins pour un monarque) car notamment divorcée deux fois. George VI que toute la famille royale appelle « Bertie » va donc devoir surmonter son handicap, un bégaiement qui l’empêche de s’exprimer en public. Pour cela, il pourra compter sur le soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et sur l’aide d’un thérapeute du langage aux méthodes peu orthodoxes, Lionel Rogue (Geoffrey Rush). Alors qu’il mène cette guerre contre lui-même, une autre guerre beaucoup moins intime se fait de plus en plus menaçante…

    discours2.jpg

    A priori, cela s’annonçait donc comme un énième biopic avec reconstitution historique spectaculaire de rigueur et c’est sans doute d’abord le choix de prendre le contrepied de ce à quoi nous aurions pu nous attendre qui fait de ce film une grande réussite. Tom Hooper et son scénariste David Seidler ont ainsi fait le judicieux choix de l’intime, de l’histoire sans nier son implication sur l’Histoire mais vue telle que la voyait George VI, relativement lointaine. Le monde extérieur et ses rumeurs sont étouffés par l’atmosphère ouatée et non moins redoutable des allées du pouvoir.

    Plutôt que de  filmer George VI comme un personnage historique distant, Tom Hooper le filme à portée d’homme avec ses angoisses et ses faiblesses. Il n’apparait alors pas comme le puissant lointain (éloigné de nous historiquement et humainement) mais comme un homme qui doit affronter ses faiblesses en lequel chacun peut se reconnaître. La caméra de Tom Hooper le suit au plus près de son visage, de ses doutes, de son angoisse qui s’amorce. Le jeu en nuances de Colin Firth et la caméra sensible de Tom Hooper qui l’enferme ans son cadre, (il est tantôt filmé à gauche ou à droite, à son image, en marge) comme il l’est dans son handicap, nous donne la sensation asphyxiante d’éprouver nous aussi son angoisse si bien que notre souffle est  suspendu à ses lèvres hésitantes. La maîtrise du langage devient alors le véritable enjeu du suspense du film, haletant comme un thriller. Arrivera-t-il à prononcer ce fameux discours qui fera entrer le Royaume-Uni dans la guerre contre l’Allemagne nazie ?

     Un sujet qui n’a rien d’anachronique et qui est même particulièrement actuel à une époque (la nôtre)  où le contenant, la forme, la communication priment sur le contenu et le message, où celui ou celle qui recevra le plus de suffrages ne sera pas forcément le ou la plus apte à gouverner mais le ou la plus apte à délivrer son message et à maîtriser la communication et le langage.  Un peu la génération twitter aussi qui recherche le choc de la formule et qui pousse souvent à l’exagération, quitte à piétiner quelques personnes voire la réalité au passage. Plutôt que le pouvoir des mots, c’est donc celui de la communication que doit donc maîtriser le monarque. Un pouvoir qu’il était d’autant plus urgent de détenir quand un dictateur outre-Rhin en faisait un des instruments de sa propagande et l’utilisait pour haranguer, galvaniser et endormir les foules.  

    Le scénario montre habilement et par petites touches comment le poids de l’enfance et de l’Histoire (son père, ceux qui l’ont précédé, tous ceux dont les regards pèsent sur lui) sont responsables de son handicap. Mais, au-delà du combat personnel, c’est aussi une très belle histoire d’amitié entre deux hommes à la fois très différents et en quête de reconnaissance. Rogue demande constamment à être sur un pied d’égalité avec George VI, lui qui toujours à été à distance : du peuple, des autres, des mots. Prendre la parole c’est prendre sa place et exister. Le langage, dans le titre même, a d’ailleurs toute son importance : il ne s’agit pas du discours du roi mais d’un roi, qui n’a pas encore son identité propre, écrasé  par le poids de l’Histoire et  de ses prédécesseurs.

    La richesse des dialogues saupoudrés d’un humour so british participe amplement de la réussite du film. Il est vrai que le langage d’un film dont le sujet est justement le langage se devait d’être exemplaire mais ce n’était pas pour autant gagné d’avance.

    Enfin, le grand atout du film ce sont ses acteurs principaux : Colin Firth (absolument remarquable, ne forçant pas trop le trait comme c’est souvent le cas dans ces rôles à Oscars mais reflétant le bégaiement essentiellement par l’angoisse qu’il générait , Colin Firth d’ailleurs qui interprétait déjà pour moi un des meilleurs rôles de 2010  dans le très beau « A single man » de Tom Ford pour lequel il était déjà nommé à l’Oscar du meilleur acteur), Geoffrey Rush( impeccable en médecin peu conventionnel et malicieux ) et Helena Bonham Carter ( parfaite en future reine, à la fois cinglante et épouse aimante. )

    Si « Le discours d’un roi » est un film marquant, c'est en particulier en raison du degré de raffinement de chacun des éléments qui le constituent (musique d'Alexandre Desplat, , scénario, interprétation, mise en scène), un film à résonance universelle autant de par le combat qu’il met en scène (un homme, fût-il roi, qui surpasse ses faiblesses et ses peurs) que de par le langage qu’il emploie et dont il souligne le poids historique.

    6 COURTS-METRAGE EN COMPETITION

    1. La Débandade

    2. La légère déviation des atomes

    3. La Pose

    4. Prudence Ledoux a le vent en poupe

    5. La vie d'avant

    6. Replay

    ANIMATIONS

    EXPOSITION "CINEMA MON AMOUR, ANNEES STUDIO"

    Du 18 juin au 03 juillet 2022, du mardi au dimanche, de 14h30 à 19h (entrée libre). Centre culturel Chapelle Sainte-Anne (Place du Maréchal Leclerc). Exposition de trois photographes de  Studio Magazine célébrant ainsi les années DU magazine cinéma des années 90/2000 créé par Jean-Pierre Lavoignat et Marc Esposito à la fin des années 80.

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    GREEN FESTIVAL

    Comme je l'évoquais plus haut, autre atout du festival : celui d'être un "green festival". Le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule s’attache ainsi à placer le développement durable au cœur de l’ensemble de ses actions. Cette 8ème édition s’engage en prenant en compte les enjeux environnementaux :

    Un Festival privilégiant le « tout à pied » concentré essentiellement autour du Palais des Congrès. Une billetterie dématérialisée au maximum (QR code) et des supports de communication sur matériaux recyclés, recyclables (catalogues, programmes, affiches…).

    Une restauration typique privilégiant des aliments sains et responsables mettant en avant la richesse des produits locaux (circuits courts) en respectant certains principes du Slow Food.

    Un Festival reposant sur les lieux existants, réunissant les Baulois, les Festivaliers et les premiers touristes estivaux.

    Un Palais des Congrès éco-responsable.

    PODCAST INEDIT :

    Une nouvelle au cœur du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2015

    Retrouvez ma nouvelle Un certain 14 novembre dans le recueil Les illusions parallèles  - Editions du 38 – 2016 (cette fiction se déroule entièrement dans le cadre du festival avec en toile de fond les évènements réels de cette édition). A l'occasion de la 8ème édition du festival, en accord avec mon éditeur, Les Editions du 38, j'ai enregistré cette nouvelle en podcast, à écouter ici.

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    INFORMATIONS PRATIQUES

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    Pour en savoir plus et pour réserver dès à présent vos pass : le site officiel du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et son twitter et compte instagram (@festivallabaule). Je vous rappelle que ce festival est accessible à tous. Réservez vos pass dès à présent (75 euros) pour en profiter pleinement... Ceux-ci donnent accès à l'ensemble des séances (ouverture et clôture comprises) et des conférences et master class. Cliquez ici pour accéder directement à la billetterie. 

    Suivez également le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule sur Facebook.

    En complément, retrouvez sur Inthemoodforcinema.com tous mes articles sur les 7 premières éditions du festival et mes prochains articles sur cette 8ème édition.

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

    BONNES ADRESSES BAULOISES

    Retrouvez  mon article avec mon avis sur l'hôtel Barrière Le Royal de La Baule et sa thalasso.

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    Retrouvez également mon article avec mon avis sur l'hôtel Barrière L'Hermitage de La Baule

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    « La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. » Proust

    Téléchargez le programme du festival :

    cinéma,musique,film,musique de film,festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,8ème festival du cinéma et musique de film,la baule,alexandre desplat,alexandre astier,royal barrière,hôtel barrière le royal de la baule,thalasso la baule,hôtel l'hermitage barrière la baule,podcast

    cinéma,film,festival,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème édition,alexandre desplat,musique de film,musique,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,la baule

  • Critique de CINEMA PARADISO de Giuseppe Tornatore (à -re-voir au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022)

    cinéma, Festival, festival de cinéma, Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, 8ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022, Cinema Paradiso, Giuseppe Tornatore, critique, Ennio Morricone, Jacques Perrin, La Baule

    Le 8ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule (dont je vous parle plus longuement, ici, et dont nous venons également d’apprendre que son jury serait présidé par Alexandre Astier) rendra cette année hommage à Ennio Morricone avec la projection du film Ennio : The Maestro de Giuseppe Tornatore.

    cinéma,festival,festival de cinéma,festival du cinéma et musique de film de la baule,8ème festival du cinéma et musique de film de la baule,festival du cinéma et musique de film de la baule 2022,cinema paradiso,giuseppe tornatore,critique,ennio morricone,jacques perrin,la baule

    Cinema Paradiso sera également diffusé sur la plage de La Baule le vendredi 1er juillet. Une idée d’autant plus judicieuse que cette projection sera aussi l’occasion de rendre hommage au grand acteur et producteur qu’était Jacques Perrin à qui le festival avait d’ailleurs attribué un Ibis d’or d’honneur, en 2018.

    cinéma, Festival, festival de cinéma, Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, 8ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022, Cinema Paradiso, Giuseppe Tornatore, critique, Ennio Morricone, Jacques Perrin, La Baule

    Je n’avais pas revu ce film depuis mon enfance. Simplement me souvenais-je de ce lieu suintant de vie et de chaleur, au cœur de la Sicile, où se trouve le Cinema Paradiso, du lien si touchant entre Toto et d’Alfredo, de ces extraits de films qui transpirent la passion du cinéma. Et qu’il m’avait bouleversée.  Avec le recul des années, l’émotion fut encore plus forte. Les thèmes évoqués ont pris une tout autre résonance parce que ce que l’enfance laissait deviner, l’âge adulte a permis de l’expérimenter. La nostalgie. La mélancolie. L’écoulement du temps qui emporte tout, même les êtres chers. Mais c’est aussi tout ce que le cinéma, par son pouvoir magique, peut rendre éternel. Et tout ce que ce même temps dévoreur n’emporte pas : les rêves. Parce que Cinéma Paradiso est avant tout cela, une déclaration d’amour fou au cinéma. A sa capacité à procurer à tout ce qui est éphémère des accents d’éternité. Le cinéma, dans ce film, est plus que jamais une fenêtre ouverte sur les rêves, ceux qui bercent d’illusions réconfortantes. Comme celles de cette histoire qu’Alfredo raconte à Toto, cet homme qui promet d’attendre la femme qu’il aime sous sa fenêtre 100 nuits et qui renonce à la 99ème. Comme le dit Alfredo, « La vie, c'est pas ce que tu as vu au cinéma. La vie c'est plus difficile que ça. » Oui, mais il y a le cinéma pour l’adoucir, l’éclairer, en sublimer les sentiments et transcender les émotions. Pour rêver d’une autre vie, pour s’identifier à d’autres destins, ceux projetés sur l’écran. Et pour croire à l'impossible, envers et contre tout.

    Sunset Boulevard de Billy Wilder. Eve et La Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly. Les Ensorcelés de Minelli. The Artist d’Hazanavicius, La La Land de Damien Chazelle. 8 ½ de Fellini. Les grands films sur le cinéma ne manquent pas. Cinéma Paradiso ne dénote bien sûr pas dans cette liste. Je vous parle aujourd’hui de la version director’s cut de 2H35 dont la dernière partie évoque l’amour de jeunesse de Toto (incarné alors par Brigitte Fossey, coupée dans les autres versions.) La version originale de 173 minutes avait en effet été classifiée défavorablement lors de sa présentation au comité de censure italien en 1989. Le film fut donc écourté pour sa sortie en salle. En 2002 sortait la version « Director's cut ». Cinema Paradiso eut en effet trois versions différentes. Lors de la sortie initiale en 1988 en Italie, le film durait 2 h 35. Pour le Festival de Cannes 1989, la durée fut ramenée à 2 h 03 par la Miramax. Le film obtint alors le Prix spécial du Jury, puis le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, parmi de nombreuses autres récompenses.

    Un pot de fleurs face à la mer dans un appartement. Le vent qui agite les rideaux. Et la musique de Morricone. Ainsi commence Cinema Paradiso qui, par ce simple plan, déjà, nous ensorcelle par ses parfums de nostalgie. Puis, c’est le coup de fil de la mère de Salvatore qui essaie de le joindre depuis la Sicile. Il ne répond pas. « Il est trop occupé. Il y a bien 30 ans qu'il ne vient plus nous voir …» remarque la sœur de ce dernier. « Il se souviendra. Il se souviendra, j'en suis sûre… » rétorque sa mère. Sa compagne du moment transmet le message à Salvatore. Le message suivant :  « Un certain Alfredo est mort. Demain, c'est son enterrement. »

    Avec la mort d’Alfredo, incarné par Philippe Noiret, pour Salvatore di Vitta (Jacques Perrin), cinéaste reconnu, c'est tout un pan du passé qui s'écroule et qui, subitement, rejaillit dans sa vie. On l’appelait Toto a l'époque. Il partageait son temps libre entre l'office où il était enfant de chœur et la salle de cinéma paroissiale, en particulier la cabine de projection où régnait Alfredo.

    Les souvenirs de Salvatore nous ramènent alors en 1954. Dans un village de Sicile, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Toto, petit garçon facétieux et malin, fou de cinéma, orphelin d’un père qui "ressemblait à Clark Gable", passe son temps à perturber le projectionniste de la salle paroissiale, le Paradiso, avant de devenir son ami, et même son assistant et remplaçant dans la cabine de projection. Alfredo était aussi employé par la paroisse pour couper les scènes trop osées ou en tout cas considérées comme telles à l’époque, quand ne serait-ce qu’un simple baiser constituait déjà une atteinte à la pudeur.  L'histoire de cette salle de cinéma, véritable personnage du film, se confond alors avec celle de Salvatore.

    Une véritable amitié se noue entre le petit garçon turbulent et le vieux bougon autour de leur passion commune pour le cinéma. Le premier va s’assagir et le second va s’adoucir et dévoiler toute sa générosité et tendresse devenant le père de substitution du petit garnement. Lors d’un immense incendie qui ravage le cinéma, Toto sauve Alfredo des flammes. « Comment je fais moi si t’es pas là… » dira ainsi Alfredo, bouleversé et bouleversant.  Alfredo devenu aveugle, Toto le remplace puis le seconde dans ce qui est devenu le Nuovo Cinema Paradiso, reconstruit par un riche mécène.  Toto croise alors Elena, fille d’une famille bourgeoise. Il en tombe fou amoureux et après de nombreux efforts, malgré l’opposition de sa famille, son amour se révèle réciproque.

    Alfredo demande ensuite à Toto de partir de leur village sicilien et de ne jamais revenir. « Va-t-en retourne à Rome. Je ne veux plus t'entendre parler. Je veux juste entendre parler de toi. Ne reviens plus. Ne te laisse pas envahir par la nostalgie. Et si tu ne résistes pas ne viens pas me voir. Je ne te laisserai pas entrer. Quel que soit le métier que tu choisiras, aime-le comme tu as aimé la cabine du Paradiso quand tu étais petit. » Il partira alors pour Rome et y restera 30 ans sans revenir, sans avoir revu Elena qu’il avait attendue et cherché en vain. Le destin, un concours de circonstances et Alfredo les auront séparés.  Quand il revient pour les obsèques d’Alfredo, il se remémore alors son passé et cet amour qu’il n’a jamais oublié…et qu’il croit reconnaître. « Après toutes ces années, je croyais que j'étais devenu plus fort et que j'avais oublié des tas de choses mais en fait je retrouve tout comme avant comme si je n'étais jamais parti. »

    Le cinéma a fermé ses portes, et va être dynamité pour devenir un parking. L’histoire de Cinema Paradiso est aussi celle de l’histoire de la salle de cinéma, ce paradis anéanti par de nouvelles habitudes et de nouveaux loisirs, et par la télévision. C’est la fin d’une époque, celle où il n’y avait pas de télévision chez soi, quand le cinéma concentrait tous les désirs, toute la fièvre d'un village, celle d’un cinéma fédérateur, véritable temple, avant la désaffection des salles dans les années 80.

    Après la mort d'Alfredo, Salvatore récupérera un cadeau rempli d’amour(s) :  toutes les séquences interdites qu’Alfred a soigneusement collées les unes après les autres « Le feu se termine toujours en cendres. Même les plus grandes histoires d'amour se terminent. Et après, il y en a d'autres qui naissent. Tandis que Toto n'a qu'un seul avenir devant lui. » avait dit Alfredo à Elena. La vie et les amours périclitent. Mais le cinéma les rend éternels...

    Que serait ce film sans sa magnifique distribution ? Salvatore Cascio puis Marco Leonardi qui incarnèrent Toto enfant puis adolescent. Mais surtout Jacques Perrin qui apparaît peu à l’écran mais dont la présence puissante et lumineuse procure toute sa force mélancolique au film. Que d’expressions sur son visage  ! La bonté, la nostalgie, l’amour, et l’enfance qui semble toujours là, si prégnante, et qui illumine son visage d'une douce innocence. Comment ne pas fondre quand il dit « Mais je ne t'ai jamais oubliée Elena » ? D’ailleurs, je me demande si le choix de ce prénom dans le scénario de Giuseppe Tornatore n’était pas un hommage au Dernier métro de Truffaut. J'ai alors pensé à cette réplique du film de Truffaut :

     Est-ce que l'amour fait mal?

    - Oui, ça fait mal. [...] Tu es belle, Héléna. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Hier, vous disiez que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.

    L'inoubliable musique d’Ennio Morricone vient renforcer toute la poésie mélancolique qui se dégage du film et du visage de Jacques Perrin. De ce "rêve merveilleux" comme Elena qualifiera son histoire d'amour avec Salvatore. Un rêve merveilleux, comme l'est le cinéma...Cinema Paradiso, c'est le récit nostalgique d'une époque révolue. Une ode au rêve. A la puissance du cinéma à laquelle le film par ses nombreux extraits de classiques rend le plus beau des hommages. Mais aussi par ce dernier plan sur le visage de Jacques Perrin qui, par le pouvoir magique du 7ème art, retrouve les émotions de son enfance et le message d'amour que lui envoie Alfredo, par-delà la mort. Un parfum d'éternité. Le cinéma est décidément un paradis. Celui des vivants. Peut-il y avoir plus belle invention que celle qui nous permet d' accéder vivants à ce paradis ? Comment ne pas aimer un film dont toute l'histoire traduit ainsi la magie du cinéma ?

    Je vous laisse reconnaître les nombreux films dont figurent des extraits : L’Ange bleu de Josef von Sternberg, Les Lumières de la ville et Les Temps modernes et La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin,  Autant en emporte le vent de Victor Fleming , Casablanca de Michael Curtiz , Gilda de Charles Vidor, La chevauchée fantastique de John Ford, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton…et beaucoup d’autres. Un voyage dans l’histoire du cinéma, un édifice impressionnant auquel ce film s’ajoute. Tout aussi incontournable ! Rendez-vous sur la plage de La Baule le 1er juillet pour le (re)découvrir dans des conditions exceptionnelles.