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La Baule

  • Compte-rendu du 4ème Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule (1er au 4 octobre 2026)

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    « Le réel est tellement dingue que parfois nous avons l’impression que la fiction se déroule sous nos yeux. » En prononçant ces mots lors de la cérémonie d’ouverture du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, Michel Field, qui la présentait, a finalement exprimé la raison d’être de ce festival. Là, le cinéma éclaire le réel, la fiction en révèle les absurdités et les contradictions, et le documentaire nous aide à en décrypter les mécanismes.

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    Pour la deuxième année consécutive, j’ai eu le plaisir de couvrir ce rendez-vous qui m’aura autant enthousiasmée que le précédent, tant par la qualité de sa sélection que par l’atmosphère chaleureuse et les échanges passionnés que les films suscitent.

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    Il faut saluer le travail des fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, ainsi que celui du président du festival, le réalisateur Gabriel Le Bomin. Leur ambition est aussi simple qu’essentielle : faire du cinéma un espace de réflexion et de dialogue. Ici, les films donnent matière à penser, les rencontres prolongent les projections et les débats permettent de confronter les sensibilités sans que le désaccord devienne un affrontement.

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    À l’heure où le débat public se crispe, à quelques mois d’une élection présidentielle française qui s’annonce capitale, cette possibilité de prendre le temps d’écouter, de comprendre et de discuter ensemble est plus nécessaire que jamais. Le maire de La Baule, Franck Louvrier, l’a d’ailleurs souligné en rappelant que « la politique et le cinéma font bon ménage ». Une évidence, peut-être, mais qu’il est précieux de voir ainsi mise en pratique.

    Pour cette quatrième édition, treize films inédits étaient proposés au cinéma Le Gulf Stream : cinq fictions et cinq documentaires en compétition, auxquels s’ajoutaient trois œuvres hors compétition. Mon fils président, le nouveau film de Mathias Mlekuz, ouvrait le festival, tandis que Jupiter, premier long métrage d’Alexandre Smia, en assurait la clôture. Deux œuvres qui, à leur manière, nous plongent dans les coulisses du pouvoir et les dilemmes de celles et ceux qui doivent prendre des décisions aux conséquences considérables.

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    Le palmarès, dévoilé le 4 octobre en présence de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a distingué deux œuvres qui ont particulièrement marqué cette édition.

    Dans la catégorie fiction, Les Fraises de Laïla Marrakchi a remporté le Prix du Jury et le Prix des Médias, tandis que le Prix du Public est revenu à Congo Boy de Rafiki Fariala.

    Dans la catégorie documentaire, Petite ville devient cité d’Orian Ziad a réalisé un remarquable triplé en remportant le Prix du Jury, le Prix du Jury des Lycéens et le Prix du Public.

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    La mention spéciale du jury documentaire a été attribuée à Primaires : une machine à perdre ? de Pauline Pallier.

    Le jury fiction était présidé par le réalisateur et scénariste Thierry Klifa (qui avait présenté La femme la plus riche du monde, en ouverture du festival, l'an passé), entouré de Daphné Bürki, animatrice et productrice, d’Agnès Evren, sénatrice de Paris, du comédien et humoriste Alban Ivanov et de la productrice Isabelle Madelaine.

    Le jury documentaire, présidé par Catherine Alvaresse, présidente de KM Production, réunissait le député Jérémie Patrier-Leitus et l’actrice et réalisatrice Joana Preiss.

    Le jury Presse et Médias était placé sous la présidence du journaliste Bruce Toussaint, avec Jean-François Achilli, Christophe Carrière, Soizick David et Soazig Quéméner.

    Enfin, le jury lycéen, présidé par Najat Vallaud-Belkacem, rassemblait sept élèves du lycée Grand Air de La Baule : Hugo Fraslin, Lisa Bertho, Nathan Briand, Clara Didenot, Élise Tachon, Morine Pouffary-Kioi et Éffie Gautier.

    Le choix de Les Fraises a été particulièrement bien résumé par Thierry Klifa lors de la remise des prix. Il a salué le parcours de Laïla Marrakchi, seule réalisatrice de la compétition fiction, et son troisième film, qui « échappe au côté film dossier ». « Il y a du cinéma tout le temps. C’est romanesque. Il y a quelque chose qui nous a emportés, qui nous a émus, et des actrices absolument formidables. » 

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    Au fil des films, une thématique s’est imposée : celle de la résistance, envisagée dans toute sa diversité. Résister à l’oppression et à la barbarie, comme dans Moulin. Opposer les mots à la propagande et à la violence, comme dans Le Faux Soir. Dénoncer l’exploitation et défendre la dignité des femmes, comme dans Les Fraises. Faire renaître une communauté grâce à la culture, comme dans Petite ville devient cité. Ou encore affronter les dilemmes vertigineux du pouvoir et la menace nucléaire, comme dans Jupiter. Dans En haut de la pile, Louis-Julien Petit fait également de l’amour et du désir de fonder une famille une forme de résistance aux obstacles sociaux et administratifs. Quant au documentaire Antisémitisme : une haine toujours en mouvements, il nous rappelle combien la connaissance de l’Histoire et la précision des mots sont indispensables pour reconnaître les mécanismes d’une haine qui se transforme sans disparaître.

    Le pouvoir de la parole a ainsi traversé cette sélection : parole clandestine, parole politique, parole intime, parole de celles et ceux que l’on entend trop peu. Elle peut dénoncer, transmettre, convaincre, rassembler, mais aussi manipuler, désigner des boucs émissaires ou masquer les responsabilités. Le débat qui a suivi la projection du documentaire de Gabriel Le Bomin l’a particulièrement illustré. Anne Sinclair a rappelé que l’antisémitisme est « un phénomène de société », une haine qui « serpente de manière sournoise » et traverse différents milieux sociaux et partis politiques. Denis Olivennes a souligné la difficulté de combattre un antisémitisme qui se drape parfois « dans les habits de la vertu et de la dignité morale », en rendant tous les Juifs comptables de la politique de l’État d’Israël. Ces échanges ont montré combien il est nécessaire de nommer précisément les choses, sans amalgames ni complaisance.

    Le festival permet aussi d’explorer la France contemporaine à hauteur de femmes et d’hommes.  Petite ville devient cité montre qu’une commune peut retrouver son élan lorsque ses habitants se mobilisent. Les Fraises met en lumière les travailleurs invisibles et les violences que peut dissimuler une économie fondée sur leur précarité. D’autres films nous conduisent vers les fractures de l’Histoire ou les tensions géopolitiques qui menacent notre avenir. Ensemble, ils dessinent une époque inquiète, traversée par les inégalités, les replis et les rapports de force, mais aussi par des élans de solidarité et des engagements qui empêchent de céder au fatalisme.

    C’est sans doute ce qui fait la singularité de ce rendez-vous baulois : le politique n’y est jamais réduit aux discours institutionnels ni aux stratégies électorales. Il est partout où se joue notre vie commune, dans le choix d’accueillir ou d’exclure, de transmettre ou d’oublier, de résister ou de se résigner, de décider pour soi ou d’assumer une responsabilité envers les autres. La fiction permet d’en éprouver les dilemmes de l’intérieur tandis que le documentaire nous confronte au réel et à ses contradictions.

    À La Baule, pendant quelques jours, le cinéma aura ainsi fait vivre une certaine idée de la démocratie : celle qui suppose de pouvoir écouter des voix différentes, de confronter les arguments et de préserver la complexité du réel.

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    MON FILS PRÉSIDENT de Mathias Mlekuz (hors compétition – film d’ouverture)

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    D’abord comédien au théâtre (notamment au Théâtre du Campagnol, où il a travaillé pendant dix ans) puis au cinéma (Deux jours à tuer, Nos enfants chéris, Tout pour plaire…) et à la télévision, Mathias Mlekuz est également passé derrière la caméra avec Mine de rien, une comédie tendre et populaire ancrée dans la mémoire ouvrière du Nord. En 2024, avec À bicyclette !, il signait un film profondément personnel, dans lequel il proposait à son meilleur ami Philippe Rebbot un road trip à bicyclette, de l’Atlantique à la mer Noire, de La Rochelle à la Turquie.

    Ce trajet était celui qu’avait entrepris Youri, le fils de Mathias, en 2018, avant de disparaître tragiquement en septembre 2022. À partir du livre illustré que Youri avait tiré de ce voyage, les deux compères retrouvaient les lieux précis par lesquels il était passé.

    Le film avait récolté une avalanche de prix, notamment des prix du public, amplement mérités. D’abord pour ses deux protagonistes, Mathias Mlekuz et Philippe Rebbot, chaplinesques, avec leurs rires au bord des larmes et leurs larmes au bord du rire. Youri était d’ailleurs clown et, avec une touchante modestie, les deux amis s’initiaient à cet art dans des écoles où le jeune homme était lui-même passé. Entre leurs colères, leurs méditations sur la vie et la mort et leurs larmes, ils formaient un duo (ou plutôt un trio, avec leur irrésistible compagnon à quatre pattes) particulièrement attachant.

    Avec eux, nous embarquions nos propres chagrins pour puiser dans ce périple initiatique une vitalité nouvelle, une force d’avancer. « Mettre de la vie dans la mort », comme le disait Mathias. La tendresse du regard qu’il portait sur son ami, et réciproquement, comme sur la vie elle-même, illuminait le récit. Avec eux, nous avions envie de voir des Y partout, de déceler des signes de vie malgré la mort. La musique de Pascal Lengagne accompagnait ce fragile équilibre, irriguant le film de douceur et de dépaysement, avec quelques incursions dans le jazz manouche et les musiques grecque et arabe. Quant au montage de Céline Cloarec, il insufflait du rythme tout en laissant à l’émotion le temps de s’installer, sans jamais nous kidnapper.

    C’est donc avec joie que nous retrouvons les deux amis dans Mon fils président, présenté en ouverture du festival. Après avoir traversé l’Europe, Mathias embarque à nouveau Philippe pour une aventure singulière, cette fois à travers la France. Leur mission : accompagner Manolo, le fils cadet de Mathias, dans un défi pour le moins ambitieux : recueillir les 500 parrainages nécessaires à sa candidature à l’élection présidentielle et, pourquoi pas, devenir président ! Le frère de Manolo se joint aussi à cette joyeuse équipée. Une nouvelle odyssée, tendre et burlesque, qui prend la forme d’un parcours initiatique et révèle peu à peu les sentiments profonds qui unissent ses protagonistes.

    Le film prolonge, sous une forme différente, le dialogue d’un père avec son fils disparu (et d'un frère avec son frère disparu). Les blessures muettes de Youri qui parcouraient À bicyclette ! laissent ici place à une présence plus diffuse, mais toujours aussi lumineuse, comme une ombre solaire veillant sur cette nouvelle aventure. Au cœur du récit, la transmission occupe une place essentielle : celle d’un père qui accompagne son fils dans sa quête des 500 parrainages, mais aussi celle de Youri, dont la mémoire continue de nourrir le regard de Mathias sur le monde. Philippe Rebbot, fidèle compagnon de route, est bien sûr de la partie, prolongeant cette amitié précieuse qui constituait déjà l’un des cœurs battants du premier film.

    On retrouve également le chef opérateur Florent Sabatier, dont la lumière semble irradier la vie, ainsi que Céline Cloarec au montage (qui a réalisé un travail titanesque) et Pascal Lengagne, accompagné ici de Mathieu Lengagne, pour la musique. Tous contribuent à cette alchimie singulière, où le burlesque côtoie la mélancolie, où la cruauté de l’existence n’efface jamais sa beauté, et où la fragilité révèle paradoxalement une formidable puissance de vie. Le montage, astucieux, sait créer le rythme, ménager les respirations et laisser surgir l’émotion sans jamais la forcer.

    Avec Mon fils président, Mathias Mlekuz poursuit ainsi son exploration des liens qui nous tiennent debout, de l’amitié à la filiation. La présence de la caméra suscite un espace de dialogue, une manière pour les quatre compères de se parler, de se retrouver et de laisser affleurer une tendresse parfois contenue. L’émotion naît des mots (et notamment d’un magnifique poème que je vous laisse découvrir) mais surtout de ces instants partagés, de ces silences, de ces gestes et de ces éclats de rire qui permettent d’exorciser le chagrin. Un film qui, sans jamais nier la douleur, nous rappelle que continuer à vivre et faire vivre nos disparus, c’est aussi continuer à aimer, à rire et à avancer…et avoir des rêves, aussi fous puissent-ils paraître.

    CONGO BOY de Rafiki Fariala (fiction – compétition)

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    Changement de décor pour le premier film de la compétition, qui nous emmène à Bangui, en République centrafricaine. Robert, 17 ans, est un réfugié congolais qui rêve de faire carrière dans la musique. Lorsque ses parents sont arrêtés, il doit prendre seul soin de ses quatre jeunes frères et sœurs. Entre petits boulots, révisions du bac et milices qui font régner la terreur dans la ville, son quotidien est un combat permanent. Jusqu’au jour où il apprend l’organisation d’un concours musical, qui pourrait lui ouvrir une porte vers un autre avenir.

    Pour cette première fiction, Rafiki Fariala puise largement dans son propre parcours. Né sous le nom de Fariala Alolea Albert, il est arrivé très jeune en République centrafricaine, où ses parents s’étaient réfugiés pour fuir la guerre. La musique occupe très tôt une place importante dans sa vie : en 2013, son premier morceau, « Je Suis Élève », devient un succès et lui permet de se faire connaître sous le nom de RAFIKI-RH2O. En 2017, une formation à la réalisation documentaire organisée par les Ateliers Varan, à Bangui, lui révèle le cinéma. Tout en poursuivant des études d’économie à l’Université de Bangui, où il obtient une licence puis un master 2 en management des ressources humaines, il réalise Nous, Étudiants !, sélectionné à la Berlinale en 2022, dans la section Panorama, avant de parcourir les festivals internationaux et d’y remporter de nombreux prix. Congo Boy est sa première fiction, sélectionnée à Cannes dans la section Un Certain Regard.

    Ce qui touche dans ce film, c’est la force de Robert, son amour indéfectible pour les siens et sa détermination à poursuivre son rêve malgré l'adversité. Dans un pays marqué par l’instabilité politique, où la violence et la précarité pèsent sur chaque existence, la musique devient une lumière qui irrigue le récit et nourrit son formidable élan vital. À travers le destin de ce jeune homme combatif, Rafiki Fariala nous fait aussi mieux appréhender les réalités sociales et politiques de la République centrafricaine, sans jamais sacrifier l’espoir à la dureté du réel. Une fable âpre et lumineuse, portée par l’interprétation remarquable de Bradley Fiomona Dembeasset, justement récompensé par le prix du meilleur acteur dans la section Un Certain Regard à Cannes. Un film profondément humain, qui rappelle que rêver, même et surtout dans les circonstances les plus sombres, est aussi une façon de résister.

    MOULIN (fiction – compétition) de László Nemes

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    Filmer la Résistance, c’est se confronter à une question essentielle : comment raconter l’Histoire sans réduire ceux qui l’ont écrite et vécue à la légende qu’elle a retenue d’eux ?

    Il y a ainsi plusieurs manières de raconter l’Histoire. Il y a celle de Melville, dans un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, un chef-d’œuvre, L’Armée des ombres. Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, le film pourrait sembler résolument classique. Il est pourtant tout sauf consensuel. Melville n’a pas cherché à reconstituer la Résistance comme une épopée héroïque. Il en offre une radiographie minutieuse, s’attache à des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas à des mythes déshumanisés. Des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. C’est peut-être ce qui rend son film si bouleversant. Les actions de ces résistants ne sont pas toutes utiles, héroïques et récompensées. Elles sont parfois viles, silencieuses et inutiles. Melville ne glorifie donc pas la Résistance : il en montre la banalité tragique, et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Tout, dans la mise en scène, semble prolonger cette condition : la lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit et des rues éteintes, ces personnages condamnés à la clandestinité pour agir, le temps qui s’étire jusqu’au malaise, les silences et les non-dits qui disent souvent davantage que les paroles.

    Il y a celle, presque inverse, de Xavier Giannoli dans Les Rayons et les ombres. Chez lui, tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans un monde constamment en mouvement dont la caméra épouse la cadence effrénée. À la sobriété sépulcrale de Melville, Giannoli oppose une mise en scène flamboyante, une opulence presque asphyxiante. Les uns meurent dans l’ombre tandis que les autres s’étourdissent dans la lumière. Des rayons qui aveuglent. Les Rayons et les ombres dissèque le glissement des rayons vers les ombres : comment de bonnes intentions initiales peuvent-elles conduire au pire ? Comment l’aveuglement devient-il coupable ? Où s’arrête le compromis ? Où commence la compromission ? Giannoli aime ces personnages troubles, guidés par l’orgueil, l’ambition, le besoin d’être regardés et reconnus. Il refuse la caricature pour mieux nous confronter à la zone grise de notre propre conscience et aux contradictions humaines. Comprendre n’est jamais ici excuser.

    « Tout homme sur la terre a deux faces, le bien et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien. » Cette citation extraite du recueil Les Rayons et les ombres de Victor Hugo résume mieux que nulle autre ce film, sa profondeur, son audace, sa puissance, sa complexité et son désir louable de comprendre celle de l’être humain quand les idées et les hommes sont de plus en plus réduits à des concepts et à des caricatures, quand toute nuance est si souvent bannie, mais aussi quand des humanistes peuvent parfois se laisser corrompre et avilir par les pensées les plus ombrageuses et nauséabondes.

    C’est à ces deux films que j’ai pensé après avoir vu La Bataille de Gaulle. Non parce que le diptyque d’Antonin Baudry leur ressemblerait. Il en est même, à bien des égards, profondément éloigné. Cette différence permet cependant de mesurer ce que chaque mise en scène choisit de montrer et de taire, ce qu’elle éclaire et ce qu’elle laisse dans l’ombre, ce qu’elle fait de l’Histoire lorsqu’elle la transforme en récit, et des hommes lorsqu’elle les arrache à leur légende.

    La Bataille de Gaulle réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans jamais se montrer didactique, en privilégiant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry raconte ici un de Gaulle parfois décalé magistralement incarné par Simon Abkarian. C’est ce qui l’empêche de devenir une statue, et d’être cantonné à cela. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ce film, aussi inclassable que mémorable.

    Les Rayons et les ombres. La Bataille de Gaulle. Moulin. Notre Salut. Le Faux soir. Fausse note. Rarement une année aura concentré autant de films sur cette période. Je n’ai pas encore vu le film d’Emmanuel Marre. Les trois premiers sont en tout cas d’immenses films qui feront date.

    Quant à Moulin, je l’ai trouvé aussi glaçant que nécessaire, ne serait-ce que parce que cette figure historique centrale n’apparaît toujours dans les films que comme un personnage secondaire. Cela semble insensé mais il manquait un film de cinéma qui s’attache à lui, à son épreuve, à sa solitude et à son courage. La Bataille de Gaulle rend justement un vibrant hommage au rôle primordial de Jean Moulin mais il fallait aussi un film qui nous place au plus près de son destin et de ce qu’il a traversé.

    En juin 1943, Jean Moulin, incarné par Gilles Lellouche, chef de la Résistance, est arrêté alors qu’il tente de réunifier les forces de l’Armée secrète. Livré à Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, il entre dans un engrenage d’interrogatoires, de manipulations et de violences. C’est une confrontation implacable qui commence, dont l’enjeu dépasse le sort d’un seul homme : celui de la Résistance et de la France libre.

    Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, le film confirme la place singulière de László Nemes dans le cinéma contemporain. Révélé en 2015 par Le Fils de Saul, le cinéaste poursuit ici son exploration de l’horreur historique, de l’enfermement et de la capacité de l’être humain à préserver une part de son humanité au cœur de la barbarie.

    Thierry Frémaux avait annoncé, lors de la conférence de presse du dernier Festival de Cannes, un film « qui fera beaucoup parler ». Il est difficile de lui donner tort. Moulin est un film éprouvant, qui laisse le spectateur sonné, sidéré par le courage de cet homme, par la folie haineuse de ses bourreaux et par la possibilité terrifiante de voir resurgir les idéologies qui ont rendu de telles atrocités possibles.

    Avec Le Fils de Saul, László Nemes avait déjà inventé une forme cinématographique d’une puissance rare pour nous confronter à l’indicible. En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau, Saul Ausländer, membre d’un Sonderkommando contraint de participer au fonctionnement de la machine d’extermination, découvre le corps d’un garçon en lequel il croit reconnaître son fils. Alors que les prisonniers préparent une révolte, il tente de lui offrir une véritable sépulture, dernier geste d’humanité dans un univers qui s’emploie à la détruire. La profondeur de champ infime, le cadre resserré autour de Saul, le flou, le son et le hors-champ nous enfermaient avec lui, sans nous offrir de recul ni d’horizon. L’horreur, rarement montrée frontalement, n’en devenait que plus insoutenable. Un film aussi nécessaire que paralysant, dont la puissance évoquait celle de Shoah de Claude Lanzmann.

    Il en va de même, autrement, de ce Moulin produit par Alain Goldman et écrit par Olivier Demangel. C’est l’histoire d’une confrontation entre deux hommes, entre l’humanisme et l’antihumanisme. Il ne s’agit pas ici d’un biopic, mais d’une concentration du récit sur les derniers jours d’un homme. La fiction permet à Nemes de s’approcher de cette épreuve, de donner une forme sensible à ce que l’Histoire nous apprend, sans prétendre tout reconstituer ni tout expliquer. Elle donne lieu à des scènes magistrales qui resteront gravées dans ma mémoire, notamment une scène (entièrement fictive) avec une comtesse énigmatique et mélancolique incarnée par Louise Bourgoin. La beauté s’y mêle à l’horreur, la vie s’immisce dans l’antre de la mort avant d’être brutalement et définitivement arrachée. Je pense aussi à une autre scène avec une résistante, effroyable, magistralement mise en scène et interprétée, qui témoigne de l’étendue de l’inhumanité des bourreaux.

    Tous les éléments du film semblent orchestrés pour susciter notre empathie, nous rapprocher de Jean Moulin jusqu’à nous faire partager son enfermement. Nous ne sommes pas simplement face à lui : nous sommes avec lui.

    C’est d’abord le cadre qui organise cette proximité. Le film s’ouvre sur un paysage relativement vaste, puis l’espace se resserre peu à peu autour du personnage. La salle d’interrogatoire, la cellule, les lieux de torture composent un univers toujours plus étroit, dont il semble impossible de s’échapper. La reconstitution de la prison de Montluc, avec ses cellules exiguës, renforce cette sensation de claustrophobie. À mesure que le récit avance, le monde extérieur disparaît. Il ne reste bientôt plus que Moulin, son corps éprouvé, son regard et la menace qui l’environne.

    Nemes voulait que le spectateur devienne le compagnon de Jean Moulin, qu’il soit enfermé avec lui et le soit de plus en plus. Cette démarche prolonge celle du Fils de Saul, mais elle se déploie ici dans un autre contexte. Dans les deux films, le cadre restreint nous prive d’une vue d’ensemble et nous oblige à épouser le point de vue d’un homme pris dans un système totalitaire.

    La violence elle-même est souvent maintenue hors champ, elle est alors d’autant plus viscérale. Nemes ne cherche pas à exhiber les sévices, ni à transformer la torture en spectacle. Il fait confiance à notre imagination, sachant que ce que nous reconstruisons mentalement peut être plus terrible encore que ce que la caméra montrerait. La menace est partout, insinuée par la mise en scène, les ombres et la musique. Le spectateur est placé dans un état d’alerte permanent, comme si la violence pouvait surgir à tout instant.

    Cette utilisation du hors-champ me fait penser à La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer, autre film majeur sur la barbarie nazie, qui m’avait profondément bousculée et hantée bien après la projection. Là aussi, le son est essentiel. Dès l’ouverture, des notes lancinantes viennent troubler notre tranquillité. Puis, derrière l’apparente sérénité de la maison et du jardin de la famille Höss, s’élèvent les bruits des trains, les cris étouffés, les coups de feu, les aboiements et le grondement des fours crématoires.

    Chez Glazer, l’horreur est omniprésente, mais elle semble insignifiante aux yeux de ceux qui vivent à quelques mètres du camp. Le jardin fleuri, les jeux des enfants, la piscine et les préoccupations domestiques composent un paradis aussi indécent qu’effroyable. La monstruosité se révèle dans cette normalité, dans cette indifférence qui fait écho à la « banalité du mal » définie par Hannah Arendt. Le film ne nous montre presque rien du camp lui-même : il nous oblige à imaginer l’intransmissible, à entendre ce que les personnages ont choisi de ne pas entendre.

    Cette retenue est aussi une exigence éthique. Ne pas représenter frontalement l’horreur ne signifie pas la nier, mais peut au contraire constituer une manière de respecter les victimes et de refuser toute spectacularisation de leur souffrance. Comme le rappelle la réflexion de Claude Lanzmann sur l’impossibilité de transmettre intégralement l’absolu de l’horreur, certaines images ne peuvent être montrées sans que se pose la question de ce que leur représentation nous ferait perdre.

    La démarche de Nemes est différente, bien qu’elle repose sur une même intelligence du hors-champ. Dans La Zone d’intérêt, nous sommes tenus à distance des victimes et placés devant l’indifférence des bourreaux. Dans Moulin, nous sommes enfermés auprès de celui qui subit la violence. Dans les films de Nemes, l’horreur se rapproche progressivement, jusqu’à devenir une expérience presque physique. L’un nous confronte à l’insoutenable coexistence de deux mondes, l’autre à la solitude d’un homme dont nous partageons l’épreuve.

    Le travail sonore est, là encore, remarquable. Les frontières entre sons et musique deviennent poreuses, composant une matière organique et subjective qui nous immerge dans la perception de Moulin. La musique de Laetitia Pansanel-Garric ne vient pas simplement souligner l’émotion : elle participe à la tension, à l’attente et à l’impression d’étouffement. Le son devient un prolongement de la mise en scène, une manière de nous faire éprouver l’enfermement plutôt que de nous le décrire.

    On retrouve aussi un autre élément de L’Armée des ombres, dans lequel les silences, les durées et les bruits hors champ nourrissaient une angoisse sourde. Melville s’attache à un groupe, à une communauté clandestine dont les membres sont liés par des codes, une fidélité et des objectifs communs, tout en demeurant profondément seuls face à leurs choix. Dans le film de Nemes, on ressent aussi constamment la solitude du résistant clandestin.

    Le duel entre Jean Moulin et Klaus Barbie constitue le cœur dramatique du film. Barbie ne se présente pas d’emblée comme un monstre vociférant. Il peut se montrer courtois, presque respectueux, avant de laisser apparaître une perversité d’autant plus glaçante qu’elle se dissimule sous les apparences de la maîtrise. Il manipule, tend des pièges, orchestre des situations. Il est moins intéressé par la vérité que par la domination psychologique de son interlocuteur. Le film, dans les mots qu’il emploie comme dans les mouvements de caméra, le désigne clairement comme se prenant pour dieu, le démiurge de l’horreur.

    Lars Eidinger lui prête une élégance inquiétante, qui évite le cliché du nazi réduit à sa brutalité. Son calme devient une menace. Il cherche à prendre possession de l’espace comme de l’esprit de Moulin. La mise en scène traduit ce rapport de force par les différences de hauteur, les angles de prise de vue et la manière dont Barbie semble parfois dominer physiquement sa victime. Dans l’univers totalitaire qu’il incarne, il se comporte comme s’il était le maître absolu, autorisé à disposer des corps et des consciences.

    Face à lui, Gilles Lellouche compose un Jean Moulin intériorisé, dont la résistance passe davantage par le regard, le silence et la retenue que par l’éloquence. Lellouche surprend dans le rôle. C’était l’un des paris du film : sa retenue et son intériorité. Dans son précédent film, Le Crime du 3e étage, il incarnait un râleur attachant, faussement cynique, désabusé et velléitaire, rôle dans lequel il excelle. Ici, il se tient à l’opposé de cette figure, dans une intériorité qui laisse affleurer la vulnérabilité derrière le courage. Le duel ressemble parfois à une joute verbale entre deux hommes, dont l’équilibre se déplace imperceptiblement. Mais il ne s’agit pas d’un affrontement entre égaux : l’un possède le pouvoir de torturer, l’autre ne dispose plus que de sa capacité à ne pas céder.

    C’est là que le film évite de faire de Moulin une figure héroïque désincarnée. Il nous rappelle sa solitude, ses doutes, sa conscience de sa propre fragilité. « Je doute de tout le monde » : cette phrase éclaire l’univers mental d’un homme pour qui la clandestinité rend toute confiance périlleuse. La Résistance exige de lui qu’il porte une responsabilité immense, alors même que les circonstances l’obligent à se méfier de tous.

    Le livre Premier combat, dans lequel Moulin revient sur les tortures subies en 1940 après avoir refusé de dénoncer des tirailleurs sénégalais, apporte un éclairage bouleversant à cette dimension du personnage. À l’époque, il avait tenté de se suicider plutôt que de céder. Il savait donc ce que la torture pouvait faire à un homme. Il pouvait craindre de ne pas résister une seconde fois. Cette conscience de sa propre vulnérabilité rend son courage plus saisissant encore.

    Jean Moulin n’est pas héroïque parce qu’il serait dépourvu de peur, mais parce qu’il connaît sa fragilité et parvient malgré tout à tenir. C’est parce que le film nous le montre vulnérable que son refus de parler prend une telle dimension.

    Les personnages secondaires contribuent à préserver cette humanité dans un univers qui cherche à l’anéantir. La comtesse de Forez, personnage fictif, introduit une relation ambiguë, entre séduction et possible espionnage, mais aussi une forme de grâce et de lien humain. Le jeune codétenu Martin, interprété par Félix Lefebvre, apporte une autre présence, plus fragile, dont la mort dans les bras de Moulin constitue l’un des moments les plus douloureux du film. Ces personnages ne détournent pas le récit de son sujet : ils rappellent ce qui demeure en jeu dans cette lutte, tout ce que la barbarie menace de détruire.

    J’avais découvert Félix Lefebvre dans Été 85, dans lequel il incarnait Alexis, seize ans, sauvé du naufrage par David, l’ami de ses rêves. J’avais alors été frappée, comme pour Benjamin Voisin, par la justesse de ces deux acteurs à fleur de peau, sidérants de justesse. Chez François Ozon, leur histoire d’amour, fougueuse et électrique, était traversée par la mort, le désir de vivre et les illusions amoureuses. Dans Moulin, Félix Lefebvre incarne un jeune homme sacrifié par la barbarie. Sa présence fébrile et sa fragilité donnent à la mort de Martin, dans les bras de Moulin, une force bouleversante.

    Le film avance ainsi comme une course contre la mort. Moulin peut vouloir y mettre lui-même un terme, tandis que Barbie a intérêt à prolonger l’épreuve pour obtenir les informations qu’il recherche. La confrontation devient une lutte autour du temps, du corps et de la possibilité même de conserver sa liberté intérieure.

    C’est sans doute là que Moulin rejoint le plus profondément Le Fils de Saul. Dans les deux films, un homme tente de préserver une parcelle d’humanité au sein d’un système qui s’emploie à la détruire. Saul veut offrir une sépulture à un enfant et Moulin veut empêcher que ses compagnons soient livrés à leurs bourreaux. Leurs gestes n’ont ni la même nature ni la même portée historique, mais ils procèdent d’un même refus : celui de laisser la barbarie décider de tout, jusque dans ce qui reste de la dignité humaine.

    Et c’est peut-être aussi ce qui rapproche ces œuvres de La Zone d’intérêt, malgré leurs démarches formelles si différentes. Glazer nous montre comment l’horreur peut s’installer dans la banalité et comment des êtres humains peuvent s’accommoder de l’inacceptable. Nemes nous rappelle, à l’inverse, ce que signifie résister à cette déshumanisation, même lorsque toute liberté extérieure a été supprimée. Il ne s’agit pas de prétendre représenter l’horreur dans son intégralité, mais de nous rendre plus attentifs à ses mécanismes, à ses victimes et à la responsabilité de ceux qui la regardent.

    László Nemes distingue la « Résistance », mouvement historique organisé, de la « résistance », acte humain par lequel un individu refuse de céder. Toute la force de Moulin tient peut-être dans cet écart. En choisissant de rester auprès de son personnage, de ne presque jamais nous laisser reprendre nos distances, le cinéaste nous fait éprouver ce que le courage signifie.

    Jean Moulin ne triomphe pas physiquement de Barbie. Il préserve cependant ce que son bourreau voulait lui arracher : la maîtrise de son silence, la possibilité de protéger les autres et sa liberté de penser, jusqu’au bout, alors qu’il est exsangue et mourant.

    Il nous apparaît d’autant plus héroïque que nous n’avons jamais cessé de l’accompagner dans sa vulnérabilité. C’est précisément parce que le film nous fait partager sa peur, son enfermement et sa solitude que son courage cesse d’être une notion abstraite pour devenir une expérience sensible.

    Un film éprouvant et pourtant captivant, magistral et d’une grande sensibilité dans sa mise en scène, nécessaire aussi par ce qu’il nous rappelle. En donnant enfin à Jean Moulin la place centrale qu’il mérite au cinéma, Gilles Lellouche nous fait approcher l’homme derrière le héros, sa solitude, sa vulnérabilité et son courage. C’est là que Moulin rejoint L’Armée des ombres de Melville : dans cette façon de ne jamais réduire les résistants à des figures héroïques figées mais de montrer des êtres de chair et de sang, irrémédiablement seuls, engagés dans un combat collectif qui les dépasse et dont l’héroïsme se joue aussi dans l’ombre et le silence. Deux films qui rappellent ainsi que la barbarie ne se combat pas seulement par les armes, mais aussi par ce refus intime de lui abandonner son humanité.

    LE FAUX SOIR (fiction – compétition) de Michaël R. Roskam

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    Le film suivant nous transportait également sous l’Occupation, mais cette fois en Belgique. En 1943, les nazis ont fait du quotidien national Le Soir un instrument de propagande. Alors qu’il est interdit de commémorer le 11 novembre, un groupe de résistants imagine une opération aussi audacieuse que risquée : imprimer une fausse édition du journal, en reprenant le même papier, le même titre, le même format, mais en y glissant des articles tournant l’occupant en ridicule. Une manière de déjouer la propagande nazie, de redonner du courage aux Belges et de rappeler que les mots peuvent être des armes. C’est la folle aventure, et l’histoire vraie, du faux numéro d’un vrai journal.

    Michaël R. Roskam signe là un film très différent de son premier long-métrage, Rundskop (Bullhead), qui avait révélé Matthias Schoenaerts au public international et obtenu une nomination à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2012. Avec Le Faux Soir, le cinéaste belge s’empare d’un épisode méconnu de la Résistance et choisit un registre où la satire, l’aventure collective et le récit historique se mêlent.

    Il faut reconnaître que le film a sans doute souffert, pour nous spectateurs, d’être projeté après le si intense Moulin de László Nemes, avec lequel il était difficile de rivaliser en matière de tension dramatique et d’intensité émotionnelle. Là où Nemes nous enfermait dans l’épreuve solitaire de Jean Moulin, Roskam nous entraîne dans une entreprise collective, fondée sur l’audace, l’ingéniosité et la puissance subversive de l’humour.

    Certaines situations semblent moins convaincantes que d’autres, et le récit ne parvient pas toujours à donner à cette aventure toute l’ampleur qu’elle mérite. Mais il serait dommage de s’arrêter à ces réserves, tant l’histoire elle-même est passionnante. Derrière cette opération presque rocambolesque se dessine un acte de résistance profondément courageux : s’emparer de l’instrument de propagande de l’occupant pour le retourner contre lui, substituer la dérision à la peur, opposer l’intelligence et l’insolence à la brutalité d’un pouvoir qui entend contrôler jusqu’aux mots.

    Le film rappelle ainsi que résister ne signifie pas seulement prendre les armes ou affronter directement l’ennemi. Cela peut aussi consister à détourner ses discours, à déjouer ses codes et à réintroduire une liberté de pensée là où il voudrait imposer le silence. Le faux journal devient alors bien davantage qu’une plaisanterie clandestine : il est un geste politique, un acte de défi et une tentative de rendre à toute une population une part de sa dignité.

    Le casting contribue au plaisir du film. Arieh Worthalter, entouré notamment de Mélanie Thierry, Karim Leklou, Bouli Lanners, François Damiens et Mara Taquin, s’inscrit dans une distribution collective qui donne corps à cette aventure de résistants aux profils et aux tempéraments différents. La diversité des interprètes nourrit cette impression de groupe et rappelle que les grandes actions de résistance sont aussi faites d’initiatives individuelles, de solidarités et de courage partagé.

    Le festival a d’ailleurs eu la très bonne idée de nous offrir un exemplaire du journal en question. Ce journal, à la fois objet de presse et objet de résistance, rappelle que cette aventure ne relève pas de la seule fantaisie scénaristique. Elle a véritablement eu lieu, et c’est ce qui rend le film si intéressant malgré ses imperfections.

    Si Le Faux Soir adopte souvent le ton de la comédie satirique, son générique final nous ramène brutalement à la gravité de l’Histoire. La légèreté de ton cède alors la place à une émotion autrement douloureuse. Derrière l’audace et l’insolence de cette opération se trouvent des destins brisés, des femmes et des hommes qui ont payé de leur vie leur engagement.

    C’est finalement dans ce contraste que réside l’une des qualités du film, en nous rappelant que l’humour peut être une forme de résistance, que les mots peuvent ébranler les pouvoirs les plus brutaux. Si Le Faux Soir ne convainc pas constamment par son écriture, il a le mérite de faire revivre un épisode remarquable de l’histoire belge et de rendre hommage à celles et ceux qui ont osé défier l’occupant par l’intelligence, l’audace et l’insolence.

    Un film imparfait, donc, mais dont l’histoire mérite assurément d’être connue et dont le générique final rappelle, avec une gravité qui résonne longtemps après la projection, que derrière les mots, les sourires et les gestes de défi se jouait parfois une question de vie ou de mort.

    LES FRAISES de Laïla Marrakchi (compétition – fiction)

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    Le lendemain matin, le festival nous transportait au Maroc, mais aussi en Espagne, de nos jours, avec Les Fraises de Laïla Marrakchi. Hasna s’apprête à quitter son pays pour rejoindre l’Andalousie, où elle espère trouver, comme tant d’autres femmes marocaines, de quoi offrir une vie meilleure à sa famille. Avec Meriem, qui quitte elle aussi le Maroc pour la première fois, elle part travailler comme saisonnière dans les serres de fraises. Mais le rêve d’un avenir meilleur se heurte bientôt à la dure réalité de leurs conditions de travail. Ensemble, ces femmes vont tenter de s’insurger contre un système d’exploitation, au risque de tout perdre.

    Laïla Marrakchi est née et a grandi à Casablanca avant de partir à Paris, à 18 ans, pour y poursuivre des études de cinéma. Son premier long-métrage, Marock, présenté en 2005 dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, explorait une certaine jeunesse casablancaise et est devenu un film marquant de la culture marocaine. Elle a ensuite réalisé Rock the Casbah (2013), porté par une distribution remarquable réunissant notamment Hiam Abbass, Nadine Labaki, Lubna Azabal, Morjana Alaoui et Omar Sharif. La réalisatrice a également travaillé pour la télévision, en réalisant notamment cinq épisodes du Bureau des légendes, deux épisodes de The Eddy de Damien Chazelle pour Netflix, ainsi que la série historique Carême pour Apple TV+.

    Avec Les Fraises, elle s’empare d’une réalité sociale particulièrement rude, celle des travailleuses agricoles marocaines recrutées pour la récolte des fraises en Andalousie. Le projet est né de la rencontre avec une journaliste spécialisée dans les droits humains et les migrations, qui enquêtait sur ces femmes pour un article du New York Times. Certaines avaient commencé à témoigner publiquement de leurs conditions de travail. Laïla Marrakchi décide alors de l’accompagner en Espagne et de découvrir cette réalité sur le terrain. Elle rencontre notamment une femme ayant témoigné, une avocate impliquée dans l’affaire et d’autres travailleuses des plantations. Le scénario, nourri par plusieurs années de recherches et d’écriture, s’inspire ainsi d’une affaire réelle survenue en 2019.

    Ce point de départ donne au film une force particulière. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer des salaires misérables, des conditions de travail indignes ou les agressions sexuelles auxquelles ces femmes peuvent être exposées. Il s’agit aussi de comprendre ce qui les pousse à partir, ce qui les maintient dans ce système et ce qu’il leur en coûte de tenter d’en sortir.

    Le seul défaut que je pourrais trouver à ce film, qui ne nous lâche pas de la première à la dernière seconde, tient peut-être à son titre français. Certes, Les Fraises évoque une certaine douceur, qui contraste violemment avec la rudesse des conditions de vie et de travail de celles qui les récoltent mais le titre original, La más dulce, me paraît plus évocateur encore, tant cette douceur promise semble n’avoir aucune place dans un système fondé sur la domination et la précarité.

    Laïla Marrakchi signe un drame social féministe qui a l’intelligence de ne jamais se réduire à un discours démonstratif. Comme l’a souligné Thierry Klifa, président du jury, le film n’est pas simplement un film à thèse sur l’exploitation des saisonnières marocaines et les injustices qu’elles subissent. Il donne avant tout chair à des personnages, à leurs contradictions, à leurs peurs et à leurs stratégies de survie.

    Les serres deviennent progressivement un univers carcéral. Les femmes travaillent à l’extérieur, mais des grillages les séparent du monde qui les entoure. Les cabanes qui leur servent de dortoirs et les longues serres dans lesquelles elles s’épuisent dessinent un espace clos, où les corps sont soumis aux contraintes du travail et où la liberté semble toujours illusoire. Les tunnels de bâches blanches, interminables, créent une atmosphère oppressante, presque dystopique. La mise en scène de Laïla Marrakchi, soutenue par le travail du directeur de la photographie Tristan Galand, donne ainsi une forme concrète à cet enfermement : ces femmes sont venues chercher une possibilité d’émancipation et se retrouvent prises dans un système dont il leur est difficile de s’extraire.

    La grande réussite du film est de ne jamais enfermer ses personnages dans le statut de victimes.

    Nisrin Erradi apporte à Hasna une vitalité, une rage contenue et une ambivalence qui rendent le personnage particulièrement singulier. Ancienne championne de taekwondo, elle semble disposer d’une force physique et d’une détermination qui devraient lui permettre d’affronter toutes les épreuves. Son allure évoque presque celle d’une héroïne de film de vengeance, à la manière de Kill Bill. Pourtant, la réalisatrice refuse précisément de faire d’elle une combattante invincible. En effet, la force physique ne protège pas de toutes les violences. Face à une brutalité réelle, Hasna peut avoir peur, hésiter, se replier, voire abandonner quelqu’un. Elle n’est pas toujours à la hauteur de l’image qu’elle se fait d’elle-même. Cette contradiction est l’une des dimensions les plus intéressantes du personnage : être forte ne signifie pas savoir comment réagir lorsqu’on est confrontée à une violence qui vous dépasse. Laïla Marrakchi préfère cette complexité à la facilité d’un récit de vengeance, dans lequel l’héroïne saurait toujours comment se battre et finirait nécessairement par triompher.

    Hasna refuse pourtant de se laisser transformer en victime. Sa colère, sa dureté et ses contradictions sont autant de manifestations d’une volonté de rester maîtresse de sa vie, même lorsque les circonstances semblent lui retirer toute possibilité de choix. Elle est une combattante, mais une combattante faillible, et c’est précisément ce qui la rend humaine.

    Face à elle, Meriem constitue un contrepoint essentiel. Issue d’un milieu rural, davantage attachée à son rôle d’épouse et de mère, elle est partie travailler en Espagne avant tout parce que sa famille a besoin d’argent. Elle n’a ni les mêmes ressources psychologiques ni les mêmes moyens de se révolter que Hasna. Là où celle-ci peut envisager de s’opposer au système, Meriem semble davantage prisonnière de ses contraintes. Sa vulnérabilité ne relève pas d’un manque de courage, mais d’une situation qui lui laisse moins de marges de manœuvre.

    Le film devient alors plus complexe qu’un simple récit d’émancipation. Il montre que toutes les femmes ne disposent pas des mêmes moyens pour résister. La possibilité de prendre la parole, de dénoncer les abus ou de refuser l’inacceptable est elle-même un privilège. C’est l’une des questions qui ont nourri le projet de la réalisatrice : comment expliquer que certaines femmes parviennent à témoigner publiquement tandis que d’autres restent enfermées dans le silence ?

    Cette question donne toute sa portée au parcours de Hasna. Sa révolte ne signifie pas qu’elle serait naturellement plus courageuse que les autres, mais qu’elle dispose de ressources qui lui permettent, au moins à certains moments, d’imaginer une issue. Meriem rappelle, elle, combien il peut être difficile de s’affranchir d’un système lorsqu’on dépend de lui pour faire vivre les siens.

    La solidarité entre les femmes n’est donc jamais acquise d’avance. Elles partagent le même bus, le même dortoir, le même travail et les mêmes contraintes. Elles forment au départ une communauté presque organique, un seul et même corps, avant que les différences de tempérament, les peurs et les intérêts divergents ne viennent la fragiliser. Certaines acceptent les règles imposées, d’autres hésitent, d’autres encore choisissent de résister ou de protéger leurs compagnes. La sororité est moins un idéal abstrait qu'une construction fragile, sans cesse menacée par la précarité et par les rapports de domination.

    Le personnage de l’avocate espagnole apporte une autre nuance bienvenue. Si elle souhaite sincèrement aider les travailleuses, elle ne comprend pas toujours leurs réactions, pas plus qu’elles ne comprennent nécessairement sa manière d’aborder leur situation. Laïla Marrakchi évite ainsi le schéma simpliste d’une Européenne venue sauver des femmes immigrées qui seraient incapables d’agir par elles-mêmes. Même la solidarité peut se heurter à des malentendus culturels, à des attentes différentes et à la difficulté de comprendre ce que signifie concrètement le risque pour celles qui n’ont presque rien à perdre.

    La parole est une arme, mais elle a un prix. C’est peut-être là que le film trouve sa dimension la plus universelle : dans cette interrogation sur le courage nécessaire pour briser le silence, et sur les conditions qui permettent ou empêchent de le faire.

    L’exploitation que dénonce Les Fraises ne se limite d’ailleurs pas à l’Espagne. Le parcours de Hasna rappelle que les contraintes qui pèsent sur les femmes ne disparaissent pas nécessairement lorsqu’elles franchissent une frontière. Au Maroc, elle a fait de la prison pour avoir divorcé. Elle fuit donc une situation difficile pour en affronter une autre, différente mais tout aussi révélatrice des rapports de pouvoir qui encadrent sa vie. Le film refuse ainsi de réduire son sujet à une opposition trop commode entre un pays d’accueil oppresseur et un pays d’origine qui serait seulement celui de l’espoir.

    Les Fraises est ainsi un film qui nous saisit autant par la dureté de ce qu’il raconte que par l’énergie de celles qui tentent de s’y opposer. Son regard féministe ne repose pas sur la fabrication d’héroïnes exemplaires mais sur la représentation de femmes traversées par la peur, la colère, les contradictions et parfois les renoncements. Des femmes qui ne sont pas toujours capables de se sauver elles-mêmes, mais qui tentent malgré tout de reprendre la main sur leur destin.

    Un film social puissant, porté par l’interprétation habitée de Nisrin Erradi, qui nous rappelle que la résistance n’est pas toujours spectaculaire. Elle commence parfois par le simple refus de se taire. Cette parole, si difficile à conquérir, devient alors le premier pas vers la liberté.

    EN HAUT DE LA PILE de Louis-Julien Petit (compétition – fiction)

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    « L’amour, c’est l’évidence. » C’est peut-être cette phrase de Louis-Julien Petit, prononcée lors de la rencontre avec le public après la projection, qui résume le mieux son nouveau film. Une fois de plus, le cinéaste m’a littéralement déchiré le cœur. La comédie s’insinue dans le drame avec une rare subtilité, les rires se mêlent aux larmes sans que jamais l’émotion soit forcée, et cette histoire d’amour transgénérationnelle, comme il la qualifie lui-même, est portée par la vérité brute et poignante de ses deux comédiens principaux, Anthony Bajon et Aliocha Schneider, exceptionnels. Leur puissance d’aimer traverse l’écran, enveloppée par la partition de Laurent Perez del Mar qui, comme lors de ses précédentes collaborations avec le cinéaste, sublime les émotions du récit sans jamais les surligner, leur conférant au contraire une résonance et une profondeur qui nous accompagnent et nous transportent bien après le film.

    Louis-Julien Petit fait partie de ces cinéastes dont je ne manque aucun film. Depuis Discount, Carole Matthieu, Les Invisibles et La Brigade, il trace un chemin singulier dans le paysage cinématographique français, celui d’un cinéma social, humaniste et engagé, qui sait mêler la gravité des sujets à la légèreté de la comédie, la dénonciation à la tendresse, le réalisme à une forme de fable. Il faudrait presque inventer un mot pour qualifier cet alliage si particulier : un cinéma qui donne un visage aux invisibles, une voix à ceux que l’on préfère ne pas entendre, et qui nous conduit à quitter la salle avec davantage d’espoir, mais aussi de questions. Salutaires.

    Avec En haut de la pile, dont il a coécrit le scénario avec Delphine Gleize, le cinéaste aborde une autre réalité sociale : les difficultés d’accès à la parentalité, et plus particulièrement le parcours semé d’obstacles auquel peuvent être confrontés les couples homosexuels désireux de devenir parents. Arthur et Maxime rêvent d’avoir un enfant. Leurs proches décident de s’en mêler, chacun avec ses convictions, ses certitudes et ses bonnes intentions, mais toutes les solutions envisagées ne sont pas nécessairement les bonnes. Entre les lenteurs administratives, les obstacles sociaux, les questions autour de l’adoption et le recours à la gestation pour autrui, le désir d’enfant devient un véritable parcours du combattant.

    Réduire le film à ces questions serait passer à côté de l’essentiel. Lors de la rencontre qui a suivi la projection, Louis-Julien Petit a insisté sur son intention : il ne souhaitait pas tant réaliser un film sur la GPA qu’un film d’amour, une histoire d’amour confrontée à la réalité de la vie. « Pour moi, c’est politique, c’est militant », a-t-il également expliqué. Et il a raison : le film est politique précisément parce qu’il ne se contente pas d’illustrer une thèse.

    « Si on veut que ça avance en tant que cinéaste, on doit se dire que l’homosexualité n’est pas un problème, n’est pas un enjeu », a déclaré le réalisateur. Cette remarque éclaire le choix du film. L’homosexualité d’Arthur et Maxime n’est pas un obstacle narratif qu’il faudrait résoudre, ni une singularité autour de laquelle tout le récit devrait s’organiser. Elle est simplement une composante de leur vie, de leur amour et de leur désir de fonder une famille. L’enjeu est ailleurs : dans la manière dont la société accueille  ou entrave  ce désir.

    C’est aussi ce qui rend le titre si pertinent. Être « en haut de la pile », c’est espérer que son dossier soit enfin regardé, que sa demande ne soit pas reléguée au bas d’une liste interminable, que l’administration ne transforme pas le temps qui passe en une épreuve supplémentaire. Le titre résume à lui seul cette absurdité : lorsqu’il s’agit de devenir parent, l’amour et le désir d’enfant se heurtent à une mécanique administrative qui distribue les chances et impose ses délais. L’urgence intime des personnages se confronte à la lenteur des institutions. Le film donne ainsi une incarnation très concrète à une injustice qui pourrait demeurer abstraite.

    Il faut souligner que cette histoire est intimement liée au parcours du réalisateur. Louis-Julien Petit et son compagnon ont eux-mêmes eu recours à une gestation pour autrui pour devenir parents. La femme qui interprète Mélissa, la mère porteuse du film, est celle qui a porté leur fille. Le cinéaste ne souhaitait cependant pas raconter uniquement sa propre histoire. Il a nourri son scénario de témoignages et de rencontres, et le pluriel de la formule « basé sur des histoires vraies » prend alors tout son sens. Son expérience personnelle devient le point de départ d’un récit plus vaste, ouvert à d’autres parcours et à d’autres réalités.

    Cette dimension autobiographique donne au film une authenticité particulière, sans jamais l’enfermer dans le témoignage personnel. Elle explique sans doute aussi la délicatesse avec laquelle Louis-Julien Petit aborde les personnages, leurs hésitations, leurs maladresses et leurs blessures. Il ne cherche pas à les rendre exemplaires. Il les laisse vivre, se tromper, s’aimer, se heurter les uns aux autres. C’est dans cette imperfection même que naît l’émotion.

    Et quelle justesse dans le couple formé par Anthony Bajon et Aliocha Schneider ! Le réalisateur explique avoir voulu confronter deux énergies : un acteur très ancré, terrien, physique, et un comédien plus solaire. Le contraste fonctionne admirablement. Anthony Bajon impressionne par son abandon, sa manière de laisser affleurer les émotions les plus contradictoires, sans jamais donner l’impression de les fabriquer. Aliocha Schneider lui répond par une présence lumineuse.

    Lors de la rencontre avec le public, Louis-Julien Petit a eu ces mots à propos d’Anthony Bajon : « C’est le plus grand acteur de sa génération. Anthony ne se sent pas à la hauteur, c’est ce qui fait sa grandeur. » Anthony Bajon se révèle ici particulièrement bouleversant, tandis qu’Aliocha Schneider lui apporte un contrepoint solaire. Leur duo constitue le cœur battant du film.

    Mais l’histoire ne s’arrête pas au couple. C’est même l’une des belles idées de Louis-Julien Petit que de montrer comment le désir d’enfant transforme l’ensemble de la famille. Les parents, les beaux-parents, les proches sont entraînés dans cette aventure, avec leurs convictions, leurs inquiétudes et leurs contradictions. Certains veulent aider mais ne savent pas toujours comment s’y prendre. D’autres projettent leurs propres idées sur le couple, persuadés de savoir ce qui serait le mieux pour lui.

    Alexandra Lamy incarne cette mère aimante mais parfois maladroite, qui doit apprendre à comprendre ce que vivent son fils et son compagnon. Corinne Masiero apporte au film sa présence singulière, sa franchise et cette manière bien à elle de faire surgir l’émotion derrière les aspérités. Tous contribuent à faire de cette histoire un récit familial au sens le plus large.

    La dimension intergénérationnelle évoquée par le réalisateur ne se limite donc pas à la transmission d’un désir ou à la naissance d’un enfant. Elle concerne aussi la manière dont une famille se redéfinit, dont chacun doit déplacer ses certitudes.

    Le recours à la gestation pour autrui est abordé dans cette même perspective. Sans éluder les interrogations qu’elle soulève, le film refuse d’en faire un débat abstrait qui prendrait le pas sur les êtres. Il s’intéresse à celles et ceux qui se trouvent au cœur de cette démarche, à leurs relations, à leur confiance réciproque et à ce que signifie, concrètement, accompagner un couple dans son désir de devenir parent. Le fait que la véritable mère porteuse du réalisateur interprète Mélissa apporte à cette dimension une authenticité singulière. Ses mots sont les siens : une présence qui fait entrer dans la fiction quelque chose de la réalité vécue sans que le film cesse pour autant d’être une œuvre de cinéma.

    Une fois de plus, Louis-Julien Petit réussit ce qu’il faisait déjà admirablement dans La Brigade : aborder un sujet de société sans jamais sacrifier les personnages à la démonstration. Dans ce précédent film, le parcours de Cathy et des jeunes migrants qu’elle accompagnait était traversé par le rire, la tendresse et une profonde attention aux blessures de chacun. Ici, le cinéaste déplace son regard vers la parentalité et les nouvelles formes de famille mais conserve cette même conviction : les situations les plus complexes deviennent plus intelligibles lorsqu’on accepte de regarder les êtres avant les catégories dans lesquelles on voudrait les enfermer.

    Son cinéma ne cherche pas à nous dicter ce que nous devons penser. Il nous place au plus près de personnages qui nous obligent à déplacer notre regard. Il ne gomme ni les difficultés ni les contradictions, mais refuse le cynisme comme le misérabilisme. Il fait le pari de l’empathie, non pas comme une facilité émotionnelle mais comme une manière d’approcher la complexité du réel.

    La musique de Laurent Perez del Mar joue ici un rôle essentiel. Le compositeur, qui a déjà accompagné plusieurs films de Louis-Julien Petit, sait donner une profondeur supplémentaire aux émotions sans les surligner. Sa partition épouse les mouvements du récit, ses élans comme ses fragilités, et prolonge ce que les mots et les regards ne peuvent pas toujours exprimer. Elle n’impose pas au spectateur ce qu’il doit ressentir, elle ouvre plutôt un espace dans lequel l’émotion peut se déployer librement. Et, une fois de plus, elle fait affleurer l’émotion jusqu’aux larmes.

    La chanson Modern Love de David Bowie, dans la reprise de Zaho de Sagazan, vient également donner au film une résonance particulière. Le réalisateur a expliqué avoir souhaité une interprétation féminine de cette chanson, entendue lors d’une cérémonie à Cannes, et l’avoir imaginée comme « la chanson de la petite fille ». traditionnels.

    La musique originale de Laurent Perez del Mar et la reprise de Zaho de Sagazan participent à la tonalité si particulière du film, entre énergie, douceur et émotion retenue.

    Louis-Julien Petit a cette capacité, si rare, à nous faire passer du rire aux larmes sans jamais donner l’impression de manipuler nos émotions.  Une fois encore, son cinéma se révèle à la fois populaire et profondément engagé, accessible sans être simpliste, émouvant sans être larmoyant. Il nous rappelle que le cinéma peut changer notre regard et qu’il peut rendre visibles des injustices, donner de l’épaisseur à des réalités que l’on connaît mal, et nous faire comprendre que derrière les débats de société se trouvent des vies, des désirs et des amours bien réels.

    Un film sur la difficulté de devenir parent, mais aussi sur ce que l’amour exige de nous : de la patience, de la confiance, de la capacité à comprendre l’autre dans ce qu’il a de différent. Nous y revenons : « L’amour, c’est l’évidence. » Une évidence qui, dans la vie, se heurte parfois à des obstacles absurdes, à des préjugés et à des lenteurs administratives. Mais une évidence qui demeure, au-delà des cases à cocher et des dossiers en attente.

    Un film généreux, profondément humain, porté par deux comédiens remarquables et par cette alliance rare de l’humour, de la délicatesse et de l’engagement qui fait la singularité de son cinéma.

    ANTISÉMITISME : UNE HAINE TOUJOURS EN MOUVEMENTS de Gabriel Le Bomin (documentaire hors compétition)

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    Il est des documentaires dont la nécessité s’impose d’emblée. Antisémitisme : une haine toujours en mouvements, réalisé par Gabriel Le Bomi  (coécrit par Anne Sinclair et Denis Olivennes avec ce dernier), président du Festival de la fiction et du documentaire politique de La Baule, est de ceux-là. Un film précieux, à la fois pédagogique, précautionneux et équilibré, qui s’attache à éclairer un sujet particulièrement sensible sans céder à la simplification ni à la confusion.

    Alors que les actes antisémites ont connu une recrudescence après les attentats terroristes du 7 octobre 2023 et la guerre menée par Israël à Gaza, le documentaire interroge la place de l’antisémitisme dans le paysage politique français. Comment cette haine ancienne se transforme-t-elle, quels visages emprunte-t-elle aujourd’hui et comment circule-t-elle dans le discours politique ? Le film remonte le fil de l’Histoire pour tenter de comprendre les racines de cette « passion triste », selon l’expression de Denis Olivennes, et ses métamorphoses.

    La démarche de Gabriel Le Bomin me paraît particulièrement juste : s’en tenir aux faits, les documenter et les mettre en perspective. Cette rigueur n’empêche nullement le film d’interroger les responsabilités politiques, les ambiguïtés et les instrumentalisations. Elle permet au contraire de mieux saisir les mécanismes à l’œuvre, notamment cette tendance inquiétante à rendre chaque Juif comptable de ce qui se passe en Israël, parfois avec une bonne conscience morale sincère. Critiquer la politique d’un gouvernement ne saurait justifier que l’on désigne les Juifs, indistinctement, comme responsables de ses actes.

    La construction du documentaire est elle-même éloquente : il s’ouvre et se referme sur les manifestations de janvier 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Ces images rappellent l’élan républicain qui avait alors rassemblé une grande partie de la population. Elles donnent aussi la mesure du chemin parcouru et de ce qui s’est depuis fragilisé dans notre capacité à faire front contre l’antisémitisme.

    La discussion qui a suivi la projection a prolongé utilement cette réflexion. Najat Vallaud-Belkacem, présidente du jury lycéen, a notamment alerté sur la légèreté avec laquelle certains médias dénoncent les racines du Rassemblement national, évoquant même une forme de « légèreté coupable ». 

    Dans le contexte de ce festival, le film entre en résonance avec plusieurs œuvres de la sélection. Moulin, par son évocation de la Résistance et de l’engagement face à l’oppression, comme Le Faux Soir, qui rappelle la puissance de la presse clandestine et de la résistance par les mots, témoignent eux aussi de la nécessité de regarder l’Histoire pour éclairer le présent.

    Sur un sujet où les passions, les raccourcis et les amalgames peuvent rapidement brouiller le débat, cette exigence de pédagogie et de rigueur est plus que jamais nécessaire.

    PETITE VILLE DEVIENT CITÉ de Orian Ziad (documentaire – compétition)

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    Pourquoi Petite ville devient cité a-t-il remporté les trois prix du documentaire au Festival du film politique de La Baule, celui du jury documentaire, celui du jury lycéen et celui du public ? Sans doute parce qu’il réussit à conjuguer la force d’un récit singulier, profondément ancré dans un territoire, et la portée universelle d’une conviction : la culture n’est pas un luxe mais une nécessité vitale pour faire société. Sans doute aussi parce qu’il fait magnifiquement écho à la vocation même de ce festival : donner à voir des œuvres qui nous aident à comprendre le monde, à interroger le collectif et à penser la place du citoyen dans la cité.

    Le film d’Orian Ziad nous conduit à Carentan, dans la Manche, une petite ville rurale d’environ 10 000 habitants que le réalisateur connaît intimement, puisqu’il y a grandi. Tout commence par un coup de téléphone de sa mère : « La ville dans laquelle tu as grandi, celle dans laquelle tu t’es ennuyé, tu sais, ça a changé. Tu devrais venir voir. » L’invitation devient le point de départ d’une enquête sensible sur la transformation d’une commune qui, au fil des décennies, a vu ses commerces fermer, ses habitants s’éloigner les uns des autres et ses lieux de rencontre disparaître.

    « À l’époque, une ville grise, les commerces sont fermés, les gens ne se parlent pas. » Maxime Delauney, producteur du film et enfant du pays, évoque une ville qui s’est « paupérisée humainement ». Le documentaire ne se contente pourtant pas de désigner des responsables faciles. Si le développement de l’automobile et l’essor des grandes surfaces ont contribué à fragiliser le commerce de proximité, le réalisateur comprend vite que les causes de la dévitalisation sont plus profondes. La fermeture de l’usine Gloria a également laissé une marque dans la ville, « un abcès ». Mais derrière les transformations économiques et urbaines, c’est surtout le lien social qui s’est défait. Comment redonner aux habitants l’envie de se rencontrer, de partager quelque chose, de se sentir appartenir à une même communauté ?

    La réponse viendra, notamment, de quatre amis de lycée qui décident d’agir pour  redynamiser leur ville natale. En 2016 naît le festival des Égaluantes. Dès sa première édition, près de 2 000 personnes répondent à l’appel. Le cinéma, qui avait perdu sa place dans la vie locale, devient progressivement un levier pour reconquérir des espaces communs. Plus tard, un Magic Mirror est installé au cœur de Carentan, cherche à faire revenir les films vers ceux qui en sont éloignés, adapte sa programmation, fait venir un cinéma mobile. Peu à peu, l’ambition dépasse largement la seule diffusion de films : il s’agit de recréer des occasions de se retrouver, de sortir de chez soi, de découvrir l’autre et de retrouver le plaisir d’être ensemble.

    C’est là que le film prend toute sa dimension démontrant que la culture est aussi une manière de retisser des liens, de faire tomber des barrières et de rendre à chacun sa place dans la collectivité. Le documentaire montre ainsi le festival aller à la rencontre de publics qui en sont habituellement éloignés : des résidents d’EHPAD, des personnes incarcérées, des bénéficiaires des Restos du Cœur. Des places sont ainsi proposées à ceux qui n’ont pas les moyens de payer leur entrée. Le témoignage de cet homme qui découvre le cinéma à 54 ans, persuadé jusque-là que ce n’était « pas pour lui », résume à lui seul l’enjeu. Il ne s’agit pas simplement de donner accès à un film mais de faire comprendre à un citoyen qu’il a, lui aussi, toute sa place dans une salle de cinéma. Richard Patry rappelle que le cinéma permet d’apprendre à lire les images, à se cultiver, mais aussi à devenir citoyen et citoyenne.

    Orian Ziad ne tombe cependant jamais dans l’angélisme. Le documentaire sait qu’un festival ne peut pas tout résoudre. Alors même que les initiatives culturelles se multiplient, les difficultés économiques demeurent, la précarité persiste et le nombre d’inscrits aux Restos du Cœur continue d’augmenter. La réalité administrative et politique impose également ses limites : le maire ne dispose pas toujours des moyens nécessaires pour agir sur les évolutions commerciales et urbaines de sa commune. La culture, à elle seule, ne peut effacer les conséquences de la désindustrialisation ni compenser le recul des services ou les inégalités sociales.

    Elle peut cependant amorcer un cercle vertueux à condition de ne pas s’adresser toujours aux mêmes, à condition d’aller vers les publics qui en sont le plus éloignés, à condition surtout de s’inscrire dans une action collective plus large. Le film le formule avec beaucoup de justesse : la culture ne résout pas tout mais elle possède un pouvoir fabuleux, celui de rassembler des personnes différentes. Ce pouvoir n’est pas abstrait. À Carentan, il prend corps dans des rencontres, des projections, des discussions, dans le plaisir partagé d’une fête accessible au plus grand nombre.

    La démarche d’Orian Ziad, qui filme au plus près des habitants, avec écoute et discrétion, donne à cette histoire sa sincérité. Il ne cherche pas à fabriquer artificiellement un récit exemplaire : il retourne dans la ville de son enfance, observe ses transformations, recueille les témoignages et laisse apparaître les contradictions..

    La référence à Aristote, pour qui l’être humain est un animal politique, prend alors tout son sens : la citoyenneté ne se limite pas au vote, elle se construit aussi dans les relations que nous entretenons avec les autres et dans notre capacité à agir ensemble.

    Le titre du film dit admirablement ce mouvement : une petite ville peut devenir une véritable cité lorsque ses habitants se réapproprient leur espace commun et font de la culture un bien partagé.

    Dans une époque où les fractures sociales, la solitude et le repli fragilisent le sentiment d’appartenance, ce documentaire insuffle un formidable élan d’espoir. Il nous rappelle qu’une cité commence peut-être là : lorsque l’on cesse de regarder les autres à travers les vitres de nos voitures et des centres commerciaux, pour aller à leur rencontre, les écouter et partager avec eux un même espace, une même histoire, un même avenir.

    JUPITER d’Alexandre Smia (hors compétition – film de clôture)

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    Il y a des films qui vous saisissent dès les premières minutes et ne vous lâchent plus. Des films dont certaines scènes continuent de vous habiter après la projection et qui, une fois les lumières rallumées, vous donnent immédiatement envie de confronter vos impressions. Jupiter, premier long métrage d’Alexandre Smia, est de ceux-là. Un véritable coup de cœur, partagé par beaucoup d’entre nous, qui a nourri de longues discussions à la sortie de la salle.

    Fraîchement élu, le président français Paul Archambault (Denis Ménochet) se retrouve confronté à une crise internationale d’une gravité exceptionnelle. Son homologue russe, victime d’un attentat, lance un ultimatum nucléaire qui menace un allié de la France. Dans un contexte de guerre en Ukraine, d’incertitude sur l’engagement américain et de divisions européennes, le président doit réunir son état-major dans le bunker de l’Élysée, au cœur du poste de commandement Jupiter. Il lui faut décider jusqu’où la France est prête à aller, alors que chaque minute qui passe rapproche le monde d’un point de non-retour.

    Le sujet pourrait sembler abstrait et réservé aux spécialistes de géopolitique. Alexandre Smia réussit au contraire à en faire une expérience profondément humaine, presque physique. Car la question qui traverse le film est aussi simple que vertigineuse : que se passe-t-il lorsqu’un seul homme se retrouve investi du pouvoir de prendre une décision dont dépendent des millions de vies ?

    Il n'est pas nécessaire de multiplier les scènes de guerre ni de déployer des effets spectaculaires pour nous tenir en haleine. Le cinéaste choisit le huis clos, enfermant ses personnages dans cet espace souterrain où se confrontent analyses militaires, calculs diplomatiques, convictions politiques et peurs intimes. Tout se joue dans les mots, les silences, les regards, les arguments que l’on oppose à ceux des autres. Une information en appelle une autre, une certitude vacille, une nouvelle menace vient bouleverser les équilibres. Et chaque décision semble ouvrir autant de dangers qu’elle prétend en conjurer.

    La tension est omniprésente, du début à la fin. La mise en scène et le montage resserrent progressivement l’étau, tandis que la photographie de Nicolas Loir joue avec l’obscurité et la lumière pour accentuer le sentiment d’enfermement. Les cadrages se rapprochent, jusqu’à nous placer au plus près des visages et des émotions. Nous ne sommes plus seulement face à des responsables qui débattent d’une crise internationale : nous sommes plongés dans l’intériorité tourmentée d’un homme qui mesure peu à peu l’effroyable poids de sa fonction.

    La musique d’Olivier Marguerit participe elle aussi à cette montée en pression. Elle accompagne l’escalade sans nous laisser oublier le danger qui se rapproche. Tout concourt à nous maintenir dans un état d’alerte, comme si nous étions nous-mêmes enfermés dans le PC Jupiter, dans l’attente d’une décision dont nous redoutons les conséquences.

    Les différentes parties du film sont annoncées par des titres qui illustrent cette progression une dimension presque implacable. Chaque étape semble nous rapprocher d’une issue dont personne ne peut véritablement mesurer la portée.

    Au centre de cette mécanique se trouve Denis Ménochet, absolument remarquable. Son président n’a rien d’un héros invulnérable, ni d’un tribun dont l’autorité suffirait à dissiper les doutes. Paul Archambault vient d’être élu. Il découvre encore les contours d’une fonction dont il n’a pas eu le temps de mesurer toutes les implications. Et le voilà soudain confronté à la possibilité de déclencher l’arme nucléaire.

    La présence physique de Ménochet impose le personnage, mais elle ne masque jamais sa vulnérabilité, et même sa folie.

    Autour de lui, Reda Kateb, André Dussollier, Dominique Blanc, Céline Sallette et Ella Rumpf composent un entourage où les responsabilités, les sensibilités et les stratégies s’affrontent. Les débats ne sont jamais de simples échanges théoriques : chaque parole peut infléchir le cours des événements.

    L’une des dimensions les plus touchantes du film tient à la vie personnelle de Paul Archambault, et notamment à l’absence de sa fille, dont on comprend assez tôt qu’elle meurt au moment où il prend ses fonctions. La famille du président demeure hors champ, mais cette absence pèse sur le personnage. Elle nous rappelle qu’il n’est pas seulement un chef d’État placé devant un choix stratégique : il est aussi un homme qui porte une douleur intime.

    La douleur intime peut-elle infléchir une décision politique, même lorsque celle-ci engage le destin de populations entières ? Le film ne prétend pas apporter de réponse définitive, mais cette fragilité donne une épaisseur supplémentaire au personnage.

    C’est aussi ce qui rend le choix final si vertigineux. Il ne s’agit pas d’opposer simplement une bonne décision à une mauvaise, le courage à la lâcheté. Il s’agit de choisir entre des possibilités dont chacune comporte sa part d’horreur.

    Alexandre Smia explique porter ce projet depuis l’adolescence. L’idée était donc antérieure à la guerre en Ukraine mais les événements ont évidemment profondément transformé la résonance du scénario. Ce qui pouvait relever d’une anticipation géopolitique est devenu terriblement proche de nos inquiétudes contemporaines. Le cinéaste choisit des dirigeants fictifs, sans les identifier directement aux responsables politiques actuels, tout en s’appuyant sur des rapports de force qui nous sont familiers.

    Jupiter transforme la dissuasion nucléaire, notion que l’on peut connaître intellectuellement, en une angoisse concrète. Derrière les doctrines, les procédures et les calculs, il y a la possibilité d’une catastrophe irréversible.

    Cette réflexion rejoint plusieurs films découverts pendant le festival. Petite ville devient cité montrait comment une communauté peut se reconstruire grâce à l’engagement collectif et à la culture. Jupiter nous confronte à l’autre versant du politique, lorsque le destin commun semble suspendu à la décision d’un seul homme. Deux films très différents, mais qui nous rappellent combien notre existence individuelle est liée à celle des autres et combien les décisions prises au nom du collectif engagent notre humanité.

    Je ressors de Jupiter avec cette sensation rare d’avoir vécu une véritable expérience de cinéma. Un thriller politique d’une redoutable efficacité, porté par une mise en scène précise, une interprétation exceptionnelle et une tension qui ne faiblit jamais. Mais aussi un film qui continue de travailler le spectateur après la séance, parce qu’il ne lui offre ni confort moral ni réponse facile.

    Enfin il y a cette fin, dont je ne dirai évidemment rien. Lors de la rencontre qui a suivi la projection, Alexandre Smia nous a confié avoir tourné deux versions de la scène finale avec Denis Ménochet, sans que ce dernier sache laquelle avait finalement été retenue au montage. J’ai posé la question au cinéaste lors de la soirée de clôture, dans l’espoir d’obtenir une réponse. Sans succès ! Mais, à voir les regards échangés et à entendre les conversations qui se poursuivaient autour de nous, je crois que nous avions tous notre petite idée et nous étions visiblement nombreux à partager la même…

    Une dernière énigme, donc, pour prolonger le plaisir du film et les discussions qu’il suscite. C’est aussi cela, un grand moment de cinéma : lorsque l’écran s’éteint, mais que le film, lui, continue à tel point que, lorsque je mettrai mon bulletin dans l’urne quand je voterai en 2027, j’aurai sans aucun doute ce film en tête.

    CONCLUSION

    « Le monde entier s’est invité dans notre bulle de La Baule. » Cette formule entendue au fil du festival résume joliment ces quelques jours durant lesquels les soubresauts du monde, ses fractures, ses inquiétudes, mais aussi ses espoirs, se sont invités sur nos écrans et dans nos conversations. Lors de la cérémonie de clôture, Michel Field a même lancé au maire, sur le ton de la plaisanterie : « Il ne tient qu’à toi d’être le Léon Blum de La Baule. Accorde-nous une semaine de ciné payés ! » Une boutade qui disait aussi, à sa manière, combien on aimerait prolonger cette parenthèse où le cinéma devient un lieu de rencontre, de réflexion et de liberté.

    La bulle bauloise n’était cependant pas une échappatoire au réel. Elle en était plutôt un concentré, un espace où l’on pouvait en observer les contradictions, en mesurer les dangers et en débattre. Des résistances d’hier aux menaces d’aujourd’hui, de la lutte contre les préjugés à la reconstruction du lien social, les films nous ont rappelé que rien n’est jamais définitivement acquis. Même là où elle est née, la démocratie peut se fragiliser, laisser s’installer l’intolérance et basculer vers des formes de dictature. La vigilance, la transmission et la confrontation des idées ne sont donc pas des exercices abstraits : elles sont au cœur de notre vie collective.

    Jean-Luc Godard disait que « le cinéma est un transport en commun ». La formule me semble particulièrement bien convenir à cette édition : nous avons voyagé d’une époque à l’autre, d’un territoire à un autre, de l’intime au géopolitique, de la douleur individuelle aux combats collectifs. À Carentan, Petite ville devient cité nous a ainsi montré que la culture pouvait être bien davantage qu’un rendez-vous artistique : un lien social, un facteur de revitalisation et un acteur économique majeur pour un territoire. Mais surtout, elle peut redonner aux habitants le sentiment d’appartenir à une même communauté.

    Je quitte La Baule avec des films en tête, des paroles entendues au cours des débats, des émotions partagées et des questions qui continueront de m’accompagner. Le cinéma, décidément, est affaire d’échanges, de discussions, de regards qui se croisent et parfois se confrontent. Mais c’est aussi une affaire de regards qui restent en nous. Ceux de Charlie, dans En haut de la pile, et de Denis Ménochet, dans Jupiter, ne sont pas près de me quitter..

    C’est peut-être cela que j’attends, au fond, d’un festival comme celui-ci : qu’il ne s’achève pas tout à fait lorsque les lumières de la salle se rallument. Que les films continuent de cheminer en nous, qu’ils nourrissent nos conversations et déplacent un peu notre regard sur le monde et que, le temps d’une projection ou d’une rencontre, nous fassions l’expérience de ce qui nous relie plutôt que de ce qui nous sépare.

    Rendez-vous à la prochaine édition, avec la même envie de découvrir, de débattre et de nous laisser surprendre par le pouvoir (décidément magique) du cinéma.

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    Merci à toute l'équipe du festival (et en particulier Anne-Catherine Mendez, Jérôme Paoli, Olivier Doyen, Myriam Guedjali...) pour l'accueil particulièrement chaleureux et les échanges passionnants et passionnés, mais aussi à tous les bénévoles (chauffeurs...). Rendez-vous sur le site officiel du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule pour en savoir plus.

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  • Programme du 4e Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule 2026 (du 1er au 4 octobre)

    Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule 2026.jpg

    « La société politique contemporaine est une machine à désespérer les hommes », écrivait Albert Camus. Stefan Zweig, quant à lui, considérait que « la raison et la politique suivent rarement le même chemin ».

    Deux citations qui pourraient sembler tristement d’actualité et qui rendent d’autant plus nécessaire un festival comme celui de La Baule. Le Festival de la Fiction et du Documentaire Politique revient en effet pour une 4ème édition, du 1er au 4 octobre, au Cinéma Le Gulf Stream.

    Je vous ai souvent parlé de La Baule, notamment à travers mes fictions romanesques et à l’occasion des dix années pendant lesquelles j’ai couvert un autre festival baulois. L’an passé, je fus enchantée de (dé)couvrir ce tout jeune festival, réunissant deux de mes passions, le cinéma et la politique (dans une autre vie, j’ai suivi des études de sciences politiques). « Jeune festival » ne signifie pas « festival amateur » : la qualité de la sélection, des invités et des échanges des premières éditions en témoigne. 

    J'aurai de nouveau le plaisir de couvrir le festival cette année. Je vous invite à me suivre en direct sur Instagram avant de retrouver mon compte-rendu détaillé ici. En attendant, vous pouvez lire mon compte-rendu de l'édition 2025 du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, là.

    Porté par ses fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, et présidé par le réalisateur Gabriel Le Bomin, le festival a une ambition que je trouve particulièrement louable : permettre, grâce au cinéma, de prendre le temps d’écouter et de regarder autrement notre époque, de décrypter l’actualité et ses enjeux, et surtout de confronter les points de vue sans céder à la crispation.

    C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée lors de l’édition 2025 : dans une période où le débat public semble souvent condamné à l’affrontement, politiques, journalistes, cinéastes et spectateurs pouvaient ici s’écouter, dialoguer et parfois ne pas être d’accord… mais sans que le désaccord empêche l’échange. À l’approche d’une échéance aussi décisive que l’élection présidentielle de 2027, alors que le débat public risque plus que jamais d’être traversé par les crispations, les simplifications et la polarisation (il l’est déjà), préserver de tels espaces de réflexion, de dialogue et de nuance me paraît plus précieux que jamais.

    Et puis il y a les films...

    Parce qu’avant d’être un festival « politique », c’est évidemment un festival de cinéma. Parce qu’un film peut nous permettre de regarder autrement ce qui nous entoure, de prendre du recul, de comprendre un événement ou une époque autrement que dans le flux incessant de l’actualité. Et parce que la programmation fait dialoguer fictions et documentaires, offrant des regards multiples sur les grands enjeux politiques et sociétaux de notre temps.

    J’espère vous donner l’envie de découvrir ce festival singulier, convivial, exigeant et nécessaire dont je vous invite à lire mon compte-rendu de l’édition 2025 sur Inthemoodforcinema.com dans lequel j’évoque plusieurs très beaux moments de cinéma que m’a offerts ce festival, parmi lesquels : La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, Deux Procureurs de Sergei Loznitsa, Holding Liat de Brandon Kramer, The President’s cake de Hasan Hadi (Prix du jury, prix des médias), Dossier 137 de Dominik Moll (prix du public), Les Braises de Thomas Kruithof (mention spéciale du jury des médias, mention spéciale du jury fictions), Les combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury documentaire ex-aequo), L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier (film de clôture)...

    Voici le programme de l'édition 2026, particulièrement prometteur :

    En ouverture sera projeté le nouveau film de Mathias Mlekuz, Mon fils président. L'occasion pour moi de vous recommander à nouveau son film précédent, À bicylette !, dont vous pouvez lire ma critique, ici.

    En clôture, vous pourrez découvrir le film Jupiter d'Alexandre Smia.

    Parmi les fictions en compétition figure En haut de la pile, le nouveau long-métrage de Louis-Julien Petit dont je vous avais vivement recommandé les précédents films, notamment La Brigade (ma critique, ici).

    - 5 fictions en compétition :

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    - 5 documentaires en compétition :

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    - 3 films hors compétition

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    mais aussi :

    1 séance de dédicaces qui vous permettra de rencontrer les équipes de films,

    1 masterclass sur le thème : 2027, quels enjeux pour l'audiovisuel et le cinéma,

    1 master class sur le thème : Antisémitisme, une haine toujours en mouvements.

    Le Président du festival : Gabriel le Bomin

    Le jury fiction

    Président du jury fiction : Thierry Klifa (retrouvez, ici, ma critique de son dernier film, l'excellent La femme la plus riche du monde, qui fut projeté en ouverture du festival, l'an passé).

    accompagné de 

    Daphné Bürki

    Agnès Evren

    Alban Ivanov

    Isabelle Madelaine

    Le jury documentaire

    Jérémie Patrier-Leitus

    Joana Preiss

    Le jury presse et médias

    Président du jury : Bruce Toussaint

    accompagné de 

    Jean-François Achilli

    Christophe Carrière

    Soizick David

    Soazig Quémener

    Le jury lycéen 

    Présidente : Najat Vallaud-Belkacem

    accompagnée d'élèves du lycée Grand Air de la Baule

    Invités d'honneur :

    Yaël Braun-Pivet

    Hugues Cazenave

    Vincent Chauvet

    Sarah Ek Haïry

    Catherine Fieschi

    Michel Field

    Christian Giacomini

    Cyril Graziani

    Emmanuelle Guilcher

    Emmanuel Kessler

    Chloé Morin

    Denis Olivennes

    Pascal Perrineau

    Emmanuel Prévost

    François de Rugy

    Anne Sinclair

    Thomas Sotto

    Mario Stasi

    Informations pratiques 

    Cinéma Le Gulf Stream - 52 avenue du Général de Gaulle - salles 1 et 5 - 0251751541 - cinegulfstream.fr 

    Rendez-vous sur le site internet officiel du festival, pour en savoir plus : ici.

    Suivez également le compte Instagram du festival : @festival.fiction.politique

     

  • Lé Ciné-Club Barrière Collection de retour à Deauville

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    Depuis le 2 novembre 2025, les cinéphiles peuvent profiter du Ciné-Bistrot de Claude Lelouch à Trouville, que je vous présentais ici, actuellement fermé pour cause de tournage du cinéaste. Impossible, en effet, d’évoquer Deauville sans penser à Un homme et une femme de Lelouch, qui l'a sublimement immortalisée, un des films qui m'a donné le goût (insatiable) du cinéma. Pour répondre à l’interrogation de Jean-Louis dans le film, citant Giacometti, et demandant s’il faut choisir entre l’art et la vie, je crois que le bonheur d'être à Deauville tient précisément au fait que là, plus qu'ailleurs, ils s'entrelacent.

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    De l'autre côté de la Touques, les amoureux du septième art pourront donc se consoler de cette fermeture estivale avec le Ciné-Club Barrière Collection, de retour pour la troisième année consécutive.

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    Pour patienter en attendant la réouverture et la 52e édition du Festival du cinéma américain,  qui aura lieu du 4 au 13 septembre 2026, avec un jury présidé par Roschdy Zem, vous pourrez donc profiter de cette excellente initiative de Barrière Collection, les 24 et 25 juillet, à Deauville.

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    J'en profite par ailleurs pour vous recommander mon article publié dans le magazine Le 21e de l'été 2026 (qui vient de sortir, d'ailleurs disponible dans les hôtels Barrière de Deauville) avec mon bilan du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2025, après sept années de publication de bilans du Festival du Cinéma Américain dans le magazine Normandie Prestige, qui fait une petite pause. 

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    Je vous recommande donc le Ciné-Club Barrière Collection pour cette troisième édition, à Deauville mais aussi à Paris et à La Baule, avec une programmation exclusive, depuis le 1er juillet.

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    Le ciné-club deauvillais se tiendra à l'hôtel du golf, une de mes adresses de prédilection, tout comme l'hôtel Barrière Le Normandy que je vous présentais en détails, ici, l'an passé.

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    Le concept ? Métamorphoser leurs plus beaux espaces en salles de cinéma éphémères, offrant aux hôtes une expérience des plus inattendues. Placé sous le signe du partage, le Ciné-Club Barrière Collection propose des séances uniques ouvertes au public - sur réservation du dîner dédié au Ciné-Club -, où chaque projection est incarnée par la présence des réalisateurs et/ou des acteurs.

    Pour sublimer ce rituel, l'écoute se fait grâce à des casques audio individuels pour une immersion sonore totale, tandis que l'atmosphère s'anime autour de fines bulles de champagne et de pop-corn servis par le personnel en costume de groom avec panier d’ouvreuse. Deux avant-premières exceptionnelles en plein air ont déjà eu lieu au Fouquet’s Paris : les 1er et 2 juillet au cœur de sa Cour Miroir, véritable écrin secret. Chaque séance fut précédée d’un dîner dans la célèbre brasserie qui accueille, depuis 1976, le dîner de Gala des César et dont les portraits Harcourt célèbrent les géants du cinéma.

    Loin des salles traditionnelles, le Ciné-Club Barrière Collection propose de vivre un moment de cinéma privilégié, où l'élégance rencontre l'émotion. Dès le 1er juillet, les spectateurs bénéficieront d’une programmation exclusive, vivante et riche en rencontres.

    AU PROGRAMME

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    L'Hôtel du Golf, Deauville

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    24/07 : "LOL 2.0" de Lisa Azuelos • En présence de Lisa Azuelos, Thaïs Alessandrin et Vincent Elbaz

    25/07 : "Juste une illusion" d'Olivier Nakache et Eric Toledano • En présence d'Olivier Nakache et Eric Toledano


    Le Royal, La Baule

    11/07 : "La Bonne Étoile" de Pascal Elbé • En présence de Pascal Elbé

    12/07 : "C'était mieux demain" de Vinciane Millereau • En présence de Vinciane Millereau et Elsa Zylberstein

     

    Dîner “avant projection” en deux temps à La Baule et Deauville* :

    Adultes 50€ par personne (hors boissons) / Enfants 25€ (hors boissons)

    Réservation : Ciné-Club Barrière

    Projections Ciné-Club Paris, La Baule et Deauville :

    Accès gratuit pour les clients en séjour à l’hôtel*

    Accès gratuit pour toute personne ayant réservé un dîner “avant projection”*

    *Sur réservation-Nombre de places limité

    En complément : mon post sur Linkedin évoquant mon lien singulier avec Deauville, à lire ici.

  • Compte-rendu et palmarès du 3ème Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule (2 au 5 octobre 2025)

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    Selon Albert Camus, « La société politique contemporaine » est « une machine à désespérer les hommes. » Quant à Stefan Zweig, il considérait que « La raison et la politique suivent rarement le même chemin. » Si l’actualité politique récente, nationale et internationale, tend à donner dramatiquement raison aux deux écrivains, cette troisième édition du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule a su magistralement montrer que la politique pouvait aussi être synonyme d’espoir et de raison, du moins de (ré)conciliation.

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    Nous sommes aujourd’hui le 7 octobre 2025.  Deux ans jour pour jour après l’ineffable attaque terroriste en Israël. Il y a quelques jours, non loin de La Baule, au large de Saint-Nazaire, était arraisonné un navire de la flotte fantôme russe. Le 6 octobre, la France a connu un revirement politique sans précédent, avec la nomination d’un gouvernement et la démission du Premier Ministre, moins de 14 heures plus tard. Ce 9 octobre, Robert Badinter entrera au Panthéon. Ainsi, ce festival  pouvait difficilement être plus au cœur de l’actualité  avec, parmi les films projetés et primés : Holding Liat de Brandon Kramer (prix du jury documentaire et mention spéciale du jury des lycéens) qui suit la famille de l'otage Liat Beinin Atzili dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi son enlèvement le 7 octobre 2023, Les Combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury ex-aequo), deux films consacrés aux gilets jaunes (Les Braises de Thomas Kruithof -prix du jury fiction politique et mention spéciale du jury médias- et Dossier 137 de Dominik Moll -prix du public-),  le documentaire en compétition Les armes secrètes de Poutine de Hugo Van Offel et Martin Boudot qui révèle comment la Russie contourne les sanctions internationales, sans oublier deux films qui explorent la dictature, qu’elle soit irakienne et vue à hauteur d’enfant dans The President’s cake de Hasan Hadi (mention spéciale du jury fiction et prix des médias), ou stalinienne et décrite à travers les yeux d’un jeune procureur dans Deux Procureurs de Sergei Loznitsa.

    Ce festival, véritable voyage dans l’Histoire, passée et contemporaine, fut passionnant par la qualité des films sélectionnés (je vous les recommande tous) qui permettent de questionner et décrypter les enjeux sociétaux et politiques avec nuance, distance, recul, loin du flux ininterrompu et déhiérarchisé des chaînes d’informations et des réseaux sociaux, élargissant, voire changeant notre perception sur des faits d’actualité. Il a aussi pour vertus de permettre aux politiques, journalistes, artistes et spectateurs de s’écouter respectueusement (un miracle réconfortant dans cette actualité inaudible et insatiable) et de dialoguer dans une atmosphère particulièrement conviviale et chaleureuse, à l’image de l’équipe du festival, notamment de ses deux fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, et du président du festival, Gabriel Le Bomin.

    Quatre jurys ont eu pour mission de départager les 5 documentaires et les 5 fictions. Le jury fiction politique était présidé par la comédienne, réalisatrice et scénariste Audrey Dana. Elle était entourée du réalisateur Antoine Raimbault, du producteur Philippe Boeffard, de la Haute Commissaire à l'enfance, Sarah El Hairy, et du comédien Arié Elmaleh. Le jury documentaire politique était présidé par la comédienne Odile Vuillemin, entourée du producteur Paul Rozemberg, de l'ancien Ministre de la Mer et de la Biodiversité Député de la 2ème circonscription des Côtes d'Armor, Hervé Berville. Le jury presse et médias politique était présidé par l'éditorialiste politique, essayiste, ancien DG de France Télévisions, Patrice Duhamel, entouré du Directeur de la rédaction de la Tribune Dimanche, éditorialiste à BFMTV, Bruno Jeudy, du rédacteur en chef des Echos de la Presqu'île, Frédéric Prot, et de la journaliste et éditorialiste politique, Saveria Rojek. Le jury lycéens politique était présidé par l'ancienne Ministre, responsable associative, Najat Vallaud-Belkacem, entourée des lycéens Charlie Connan-Levallois, Gustave Diebolt, Inès Fernandez, Anna Gallou-Papin, Maël Lehuede, Swann Mahyaoui-Chantrel, Elyne Pernet.

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    Après avoir suivi pendant dix ans le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, j’étais ravie de découvrir ce nouvel évènement baulois, réunissant deux de mes passions, le cinéma et la politique.  Et de retrouver l’équipe du cinéma Le Gulf Stream qui avait été si accueillante lors de ma séance de dédicaces dans ses locaux, en juillet 2024. Je les en remercie de nouveau. C’est dans l’incontournable cinéma baulois que furent donc projetés les dix films en compétition  et les trois avant-premières hors compétition (La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa en ouverture, Jean Valjean d'Éric Besnard vendredi soir et L'Inconnu de la grande arche de Stéphane Demoustier, samedi soir, en clôture).

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    Le palmarès a été délivré en présence de la Présidente de l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet (qui avait également participé à l’instructive et captivante masterclass dans l’après-midi), suivi de la projection de L’Inconnu de la grande arche de Stéphane Demoustier.

    Je vous parlerai de nouveau plus longuement de chacun des films projetés au moment de leur sortie. En attendant, j’espère que les quelques mots ci-dessous vous donneront envie de les découvrir.

    1. La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa (film d’ouverture) – Au cinéma le 29 octobre 2025

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    Le festival a donc débuté avec la projection du très attendu dernier film de Thierry Klifa, projeté au Festival de  Cannes hors compétition, en mai dernier. Je vous avais vivement recommandé son dernier film, Les rois de la piste, ici.

    Neuf ans après Elle de Paul Verhoeven, Isabelle Huppert et Laurent Lafitte sont de nouveau réunis à l’écran avec des personnages dont la relation (bien que très différente) est, cette fois encore, aussi insaisissable que dérangeante. La comparaison s’arrête là…

    La femme la plus riche du monde se nomme Marianne Farrère (Isabelle Huppert). Avec l’écrivain photographe Pierre-Alain Fantin (Laurent Lafitte), cela n'était censé durer que le temps d’une séance photos pour un magazine. Mais voilà, un coup de foudre amical les emporte. Dans leur ombre se trouve une héritière méfiante qui se bat pour être aimée (Marina Foïs). Mais aussi un majordome aux aguets qui en sait plus qu'il n’en dit (Raphaël Personnaz). Et des secrets de famille. Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

    Après Tout nous sépare et son documentaire André Téchiné, cinéaste insoumis, avec Les rois de la piste, Thierry Klifa avait souhaité se tourner vers la comédie. Comme toujours, il nous parlait de la famille et, comme souvent, de la figure maternelle.

    Flashback. Dans l’excellent Tout nous sépare (2017), Thierry Klifa joue et jongle avec les codes du film noir et de la chronique sociale, entre Chabrol et Corneau, avec la légende que transporte avec elle son actrice principale (Deneuve, dans le rôle de la mère, magistrale). Un film qui assume son côté romanesque et qui confronte deux réalités, deux mondes, deux fragilités. 

    Auparavant, dans son troisième film, Les yeux de sa mère (2011), après Une vie à t’attendre (2003) et Le héros de la famille (2006), Thierry Klifa, après s’être intéressé au père dans Le héros de la famille, (avec son coscénariste Christopher Thompson avec qui il a également coécrit le premier film en tant que réalisateur de ce dernier  Bus Palladium) s’intéressait déjà  à la mère, qu’elle soit présente ou absente. Le film est aussi un savant jeu de miroirs et mises en abyme. Entre Catherine Deneuve qui incarne une star du petit écran et Catherine Deneuve, star de cinéma. Entre Géraldine Pailhas, ancienne danseuse qui incarne une danseuse étoile. Entre l’écrivain dans le film qui infiltre la vie des autres et le cinéaste qui, par définition, même involontairement, forcément, la pille aussi un peu. Entre l’écrivain voyeur de la vie des autres et le spectateur qui l’est aussi. Hommage au mélodrame donc mais aussi aux acteurs, et à la mère chère au cinéma d’Almodovar dont une lumineuse représentante figure dans ce film en la personne de Marisa Paredes. Mère absente, qui abandonne, de substitution, adoptive, ou même morte. Les yeux de sa mère est aussi un thriller sentimental qui instaure un vrai suspense et qui n’est néanmoins jamais meilleur que lorsqu’il prend le temps de se poser, de regarder en face « les choses de la vie » et de laisser l’émotion surgir comme dans un très beau montage parallèle qui reflète au propre comme au figuré la filiation du courage.

    Dans Les rois de la piste, la mère est de nouveau à l’honneur. Flamboyante et toxique. Agaçante et irrésistible. Charmante et exaspérante. Impertinente et séduisante. Cinglante et attendrissante. Fanny Ardant apporte au personnage de Rachel sa voix inimitable, sa fantaisie, sa folie réjouissante et prouve qu’elle peut encore nous étonner, que la Mathilde de La Femme d’à côté, l’étrange étrangère incandescente, impétueuse et fragile du film de Truffaut au prénom d’héroïne de Stendhal, ou l’irrésistible Barbara de son Vivement dimanche ! (d’ailleurs cité ici) peut être aussi époustouflante, fantasque, attendrissante, excentrique, éblouissante, follement séduisante, infiniment libre, à la fois menteuse et si vraie, gaiment tonitruante comme son rire. Elle peut tout se permettre (même aller un peu trop loin) sans jamais perdre l’empathie du spectateur. Elle est à l’image de ce film : gaie, tendrement cruelle, lumineuse, légèrement mélancolique, joyeusement excessive. Sincère tout en ayant l’air de mentir et inversement.

    Ici, la mère est une héritière lassée de tout qui revit grâce à la rencontre avec un écrivain photographe opportuniste. Cette histoire est librement inspirée de l’affaire Bettencourt. Rappelez-vous : en 2016, attaqué par la fille de Liliane Bettencourt, héritière et première actionnaire de L’Oréal, l’écrivain-photographe François-Marie Banier avait été condamné pour abus de faiblesse à quatre ans de prison avec sursis et 375000 euros d’amende.

    Comme toujours chez le cinéaste cinéphile Thierry Klifa, ce film se situe à la frontière des genres, entre la comédie et la satire de la bourgeoisie, avec des accents de drame (de la solitude). Mais aussi des zones d’ombre, liées à l’Histoire et l’histoire de la famille, celles du passé collaborationniste et antisémite de certains membres.

    Même si le terme est galvaudé, je n’en vois pas d’autre pour définir ce film : jubilatoire. Grâce à des dialogues ciselés et une interprétation de Lafitte en opportuniste insolent, désinvolte, flamboyant, détestable, grossier, rustre, absolument exceptionnelle, qui a elle seule vaut le détour. Malgré les traits de caractère excessifs de son personnage, il relève le défi de n’être jamais caricatural. Les répliques cinglantes, les gestes obscènes et la fantaisie savamment cruelle de Fantin sont particulièrement délectables, même s'il sera pris à son propre piège, et peut-être finalement la première victime de son petit jeu cynique et cupide.

    Tous les personnages semblent finalement en mal d’amour, de la fille méprisée au gendre incarné par Mathieu Demy ("caution juive" pour tenter de faire oublier que le fondateur de la marque fut un ancien collaborateur) à l’énigmatique majordome (Raphaël Personnaz, dont une fois de plus le jeu sensible apporte un supplément d’âme, de malice, de sensibilité, et de nuance à son personnage) que Fantin prend un malin plaisir à humilier, peut-être parce qu’il vient du même milieu que lui et représente ce qu’il aurait pu devenir, ce qu’il méprise en lui-même. Le majordome reste digne, malgré tout. Ce sera le seul personnage finalement intègre de ce théâtre des vanités. Il en sera évincé, sacrifié. Mathieu Demy et André Marcon, respectivement dans le rôle du gendre et du mari de "La femme la plus riche du monde" sont également parfaits, notamment dans leur aveuglement feint et intéressé.

     Le fim est visuellement splendide, là aussi sans jamais être caricatural (la vraie richesse se fait discrète), entre Ozon et Chabrol dans le ton, d’une ironie savoureuse, faisant exploser les codes de bonne conduite bourgeois. Klifa livre là un de ses meilleurs films, et donne à Isabelle Huppert un de ses rôles les plus marquants (et pourtant sa carrière n’en manque pas), celui  d’une milliardaire qui se prend d’une amitié affectueuse et aveugle (quoique…) pour cet être qui lui fait retrouver une insouciance presque enfantine, en défiant toutes les conventions de son milieu, et en osant tout, y compris lui demander de changer intégralement sa décoration, ou de lui faire des chèques d’un montant astronomique (certes dérisoire à l’échelle de la fortune de la milliardaire).

    Un scénario signé Thierry Klifa, Cédric Anger, Jacques Fieschi (un trio de scénaristes royal, ce dernier, accessoirement scénariste de mon film préféré, vient d’être récompensé au Festival Cinéroman de Nice, récompense amplement méritée pour celui qui est pour moi le plus grand scénariste français).

    Une fois de plus, comme dans les autres films de Klifa, la musique joue un rôle primordial (notamment dans une scène de discothèque que je vous laisse découvrir). Tout nous sépare avait ainsi été récompensé au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule (meilleur film, meilleure interprétation masculine pour Nekfeu et Nicolas Duvauchelle et meilleure musique pour Gustavo Santaolalla). Dans Les rois de la piste, c’était déjà Alex Beaupain qui était à la manœuvre. Bien qu’ayant conçu les musiques des trois pièces de théâtre de Thierry Klifa, c’était la première fois que les deux hommes travaillaient ensemble pour le cinéma. La musique était ludique, inspirée par les différents genres auxquels appartient le film -policier, comédie, amour, espionnage- et les compositeurs qui en sont indissociables (Legrand, Mancini, Delerue, Barry). Plus d’une heure de musique au cours de laquelle Alex Beaupain s’amusait et s’inspirait des musiques de genres cinématographiques dans lesquels le film fait une incursion, du film noir à la comédie. Alex Beaupain avait également écrit les (magnifiques) chansons que chantent les comédiens du film, celle de Duvauchelle (une idée de ce dernier), et de Fanny Ardant, pour le générique de fin. Cette fois, pour La femme la plus riche du monde, la musique d’Alex Beaupain, teintée de notes joyeuses et railleuses, fait aussi parfois songer à celle de Morricone pour I comme Icare.

    Sont à noter également le travail de reconstitution remarquable de la cheffe décoratrice Eve Martin, de la cheffe costumière Laure Villemer, et la photographie splendide de Hichame Alaouié.

    De cette histoire dont on aurait pu penser a priori que l’univers qu’elle dépeint nous aurait tenus à distance, Klifa et ses scénaristes ont extrait un récit universel, le portrait d’un petit monde théâtral, qui n’en est pas moins cinégénique et réjouissant à suivre, avec ses personnages monstrueux et fragiles, excessifs et fascinants, entourés et désespérément seuls. Un chaos réjouissant. Une tendresse, aussi féroce soit-elle, qui était comme une respiration dans ce monde compassé qui en est tant dépourvu. Une parenthèse au milieu de l’ennui et de la solitude. Comme une sortie au théâtre pour découvrir une pièce avec un protagoniste avec une personnalité et une présence telles que sa disparition de la scène fait apparaître la vie plus terne encore, surtout pour Marianne qui se retrouve face à elle-même, dégrisée après cette ivresse ébouriffante. On se souvient alors de cette réponse à une question de sa fille : « Tu veux savoir si je t’aime ? Je ne sais pas si je t’aime. » Les portes de la prison dorée viennent de se refermer. Comme un boomerang. Jubilatoire, vous dis-je !

    1. Holding Liat de Brandon Kramer – compétition documentaire – Prix du jury ex-aequo et mention spéciale des lycéens – Au cinéma le 16 février 2025

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    Ce documentaire, coproduit par le réalisateur Darren Aronofsky, est tourné avec la famille de l'otage Liat Beinin Atzili (enlevé au kibboutz Nir Oz) dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi son enlèvement le 7 octobre 2023. C’est avant tout une ode à la paix, le récit poignant et nuancé d’une situation complexe et explosive. Le réalisateur est un proche de la famille Atzili. Lors de sa première visite en Israël, vingt ans auparavant, il avait séjourné chez les parents de Liat, Yehuda et Chaya, dans leur kibboutz. Cette relation étroite lui a permis de les filmer dans les moments les plus tendus, y compris lorsque les membres de la famille ne sont pas d’accord sur la marche à adopter. Liat étant à la fois citoyenne américaine et citoyenne israélienne, son père décide de prendre l’avion pour Washington D.C., afin de plaider en faveur de sa libération. Là, il n’hésite pas à échanger avec un militant palestinien, et à parler des deux États et de paix, quand son petit-fils et son autre fille voudraient aborder seulement la question de la libération des otages. 54 jours. C’est la durée pendant laquelle Liat demeurera détenue. Avec la famille, nous suivons les espoirs, déçus, les listes de noms sur lesquelles Liat n’est pas, la colère et l’attente insoutenable. Et enfin la libération. Malgré tout ce que Liat a traversé (son mari a été tué, des traces de sang sur un mur du Kibboutz suffisent à faire comprendre l’émotion de la famille et son calvaire), elle exprime de l’empathie pour les Palestiniens et la souffrance de ceux, tous ceux qui sont victimes de ce conflit. Un message de paix, de résilience. Et un film qui a bouleversé les festivaliers.

    1. The President’s cake de Hasan Hadi (mention spéciale du jury presse et médias politique, et grand prix du jury fictions) – Au cinéma le 4 février 2026

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    Ce film était déjà lauréat de la caméra d’or du dernier Festival de Cannes, prix qui récompense un long-métrage parmi tous les premiers films des différentes sélections, et du Prix du public à la Quinzaine des Cinéastes 2025.

    Dans l’Irak de Saddam Hussein, Lamia, 9 ans, tirée au sort, se voit confier par son instituteur la lourde tâche de confectionner un gâteau pour célébrer l’anniversaire du président. Sa quête d’ingrédients, accompagnée de son ami Saeed, bouleverse son quotidien. Un premier film qui raconte l’Irak de Saddam Hussein à travers les yeux d’une enfant, une œuvre si universelle qu’elle pourrait raconter le quotidien de n’importe quel enfant dans un pays en guerre dirigé par un dictateur. Lamia va donc aller à Bassora, la grande ville la plus proche de son lieu d’habitation, en compagnie de sa grand-mère et de son coq Hindi. Dans un pays dans lequel tout tourne autour du culte du dictateur qui le dirige, chacun joue un rôle et masque ses petitesses derrière des mensonges. Les denrées que doit trouver Lamia sont chères et rares, en raison de la pénurie et de l’embargo, mais les trouver est pour elle vital. Commerçants malhonnêtes, policiers corrompus, soignants acceptant des pots-de-vin, elle rencontre le pire. Mais aussi des gestes d’amitié et d’amour, lueurs au milieu de la noirceur dans ces rues écrasées de soleil. Il y a de l’héritage du néo-réalisme italien dans ce premier film irakien qui regorge de beauté au milieu de l’horreur. L’image de la petite Lamia et de son coq Hindi serré contre elle, déterminée, forte et fragile, obligée de ruser et voler pour satisfaire les caprices d’un dictateur qui vit dans l’opulence, est de celle que l’on n’oublie pas, comme cette scène finale, et deux regards qui me hantent encore par leur courage mais aussi leur puissance, et surtout leur innocence et leur beauté sacrifiées.

    1. France, une histoire d’amour de Michael Pitiot et Yann Arthus-Bertrand (Prix des lycéens) – Au cinéma le 5 novembre 2025

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    De beauté et d’amour, le film de Michael Pitiot et Yann Arthus-Bertrand qui a séduit le jury des lycéens présidé par Naja Vallaud-Belkacem, en déborde aussi.

    Après avoir exploré le monde, Yann Arthus-Bertrand revient chez lui, en France, et part à la rencontre des Françaises et Français qui agissent concrètement pour faire avancer leur monde. Ce documentaire, touchant et plein d’humanité, tourné comme un road-movie dans la France entière, est une invitation à la curiosité mais surtout au vivre ensemble. Ces rencontres permettent de révéler des paroles sincères et des moments rares qui dessinent des portraits d’hommes et de femmes engagés.

    Après s’être intéressé à La Terre vue du ciel, dans le documentaire éponyme mais aussi avec Home, hymne à la terre qui nous expliquait que, en 200 000 ans d’existence, l’Homme avait rompu un équilibre fait de près de 4 milliards d’années d’évolution, à la Planète océan, à l’humain avec Human (dont je vous avais longuement parlé, ici : un voyage émotionnel d’une force redoutable, une démonstration implacable de la réitération des erreurs de l’humanité, une radiographie saisissante du monde actuel, un plaidoyer pour la paix, pour l’écoute des blessures de la planète et de l’être humain dans toutes leurs richesses et leurs complexités, une confrontation clairvoyante, poignante au monde contemporain et à ceux qui le composent), aux femmes avec Woman, à l’histoire de l’homme et de la nature avec Legacy, notre héritage, le photographe éperdument écologiste et humaniste part à la rencontre des Français pour les photographier, qu’ils soient réfugiés, agriculteurs, charcutiers, prisonniers en réinsertion, ou membres de Dernière rénovation… Il dresse ainsi le portrait d’une France plurielle, riche de ses différences, tournée vers l’autre, solidaire, empathique et généreuse, malgré les tensions et incompréhensions, prônant l’écoute et le dialogue. Des Français conscients des enjeux environnementaux et sociaux qui cherchent des solutions, leurs solutions, qui tentent d’éveiller les consciences aussi sur les défis écologiques et l’urgence climatique. Un voyage pétri d’émotions et de tendresse (« Être un homme c'est savoir pleurer » dit-il à un jeune homme qui s’est réinséré après avoir été incarcéré) à la rencontre de ces Français, qui en aidant les autres, donnent un sens à leur vie. « Je voulais faire un film sur tout ce que j’aime en France. », « On essaie de montrer tous les gens qui font des choses pour les autres. » « On voyage à travers la France pour filmer des gens qui font des choses que j'admire. » Comme Brigitte Lips, « Mamie charge », qui aide les migrants. Comme Camille Étienne « qui donne un visage et une voix à la génération climat ». Comme Émilie Jeannin qui « a tenté (en vain) par son abattoir mobile d’agir pour le respect animal et de promouvoir un abattage digne », comme ceux qui redistribuent les invendus des magasins à des associations… Le film est aussi, comme presque toujours chez Yann Arthus-Bertrand, un message d’alerte. Il nous rappelle ainsi ce chiffre sidérant et terrifiant : en 2070, 3 milliards de gens ne pourront plus vivre là où ils vivent. Il n’est pas non plus dénué d’humour comme cet intervenant qui ironise sur la manière dont certains tentent de donner un sens à leur vie : « Au bout de 20 ans pour que ça change dans leur vie, ils font une nouvelle véranda ». Ou lorsque Yann Arthus-Bertrand titille gentiment Bruno, le preneur de son, sans compter que le cinéaste a la fâcheuse habitude de se perdre sur les routes de France, s’amusant aussi du surnom que certains lui ont attribué, « l’hélicologiste ». Les deux cinéastes filment aussi la détresse des agriculteurs (« On pousse les gens à faire du bio puis après on les lâche ») ou des bergers face aux loups qui déciment les troupeaux, et qui disent faire face aux menaces de mort des environnementalistes. C’est peut-être la bergère qui prône la meilleure solution alors que Yann Arthus-Bertrand doute de la réalité de ces menaces : « la solution, c'est de s'écouter et de ne pas mettre notre parole en doute. » On comprend et partage l’émotion de Yann Arthus-Bertrand lorsque, lors d’une intervention devant des chefs d’entreprises et responsables politiques, on lui fait maladroitement comprendre qu’il a trop parlé alors qu’il essayait, une fois de plus, de donner l’alerte : « De plus en plus, c'est difficile pour moi de parler de tout cela devant des gens qui sont indifférents. Là on parle de ça. C'est fini. Cela a glissé. » « Là on va être dirigé par un dictateur sans conscience, le climat. La vie n'a aucun sens. C'est vous qui décidez de donner un sens à votre vie. On a tous la mission et le devoir de protéger la vie sur terre. J'ai passé ma vie à photographier la beauté. C'est quoi la beauté ? C'est les gens qui font, qui partagent. Cette beauté a un nom très simple. Elle s'appelle l'amour. » Le film est accompagné de chansons françaises judicieusement choisies, comme La Corrida de Cabrel sur les images d’une vache qui part à l’abattoir (ambulant) ou La vie ne vaut rien de Souchon qui nous donne envie de fredonner et de conclure après la projection de ce film à la photographie sublime qui magnifie la beauté du territoire français, de ses visages et de leur générosité :  « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. »

    1. Dossier 137 de Dominik Moll (prix du public) – Au cinéma le 19 novembre 2025

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    Le dernier film de Dominik Moll, La nuit du 12, était une vision très personnelle du polar, à la mise en scène puissante. À l’heure où les féminicides sont dramatiquement nombreux, ce film était un plaidoyer retentissant et vibrant contre les violences faites aux femmes. L’intérêt de l’enquête résidait ainsi moins dans la résolution du crime que dans l’auscultation de la vision de la femme, d’une femme. Bouli Lanners et Bastien Bouillon y incarnaient deux policiers perdus et tourmentés, et leur désespoir, leur fragilité, leur solitude face à cette affaire irrésolue qui nous hantent autant que cette dernière après le film. La procédure est décortiquée mais ce sont surtout les âmes humaines qui le sont comme dans un film de Tavernier (on songe à L627). Le dernier plan, celui du policier qui s'échappe du vélodrome et roule le jour est la respiration tant attendue qui nous marque longtemps après la projection comme ce film qui ne peut laisser indifférent, tant il entre en résonance avec les plaies à vif de notre époque.

    Cette digression sur La nuit du 12 pour vous dire qu’il en va de même pour Dossier 137. C’est moins la résolution de l’enquête que le parcours et le portrait de celle qui mène l’enquête qui présente un intérêt. Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie (Léa Drucker), enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité... Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro, une histoire qui la renvoie à ses racines, et risque d’ébranler ses certitudes. En compétition dans le cadre du Festival de Cannes 2025, ce film se penche sur un cas de bavure policière lors des manifestations des Gilets jaunes. Comme l’enquêtrice de l’IGPN qu’elle interprète dont les certitudes vacillent, le regard de Léa Drucker tremble légèrement, marque un doute et une fragilité à peine perceptibles, si savamment joués. Elle tient bon malgré l’incompréhension de ses anciens collègues face à la voie qu’elle a choisie (elle travaillait auparavant aux stups), à la colère de la famille de la victime (originaire du même endroit qu’elle), à la haine que suscite la police que son propre fils ne cesse de lui rappeler. Ce Dossier 137 n’est pas un dossier comme un autre pour elle. Il sera (peut-être) classé mais quelque chose dans ses convictions aura vacillé. La générosité du personnage de Léa Drucker inonde tout le film, qu’elle prenne soin d’un petit chat égaré qu’elle adopte ou qu’elle essaie d’oublier la réalité en regardant des vidéos de chats. Et quand, en visionnant ces vidéos, son rire soudain enfantin cesse d’un coup, c’est toute son impuissance et sa fragilité que cette femme intègre et combattive a tenté de masquer tant bien que mal qui ressurgissent. Le portrait passionnant d’une femme, d’une policière, et d’une époque en proie aux fractures.

    1. Les Braises de de Thomas Kruithof (mention spéciale du jury des médias et mention spéciale du jury fictions) – Au cinéma le 5 novembre 2025

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    Alors que le cinéma s’était peu emparé de ce sujet jusqu’à présent, ce film est le deuxième de ce festival à se pencher sur le mouvement des gilets jaunes.

    Karine (Virginie Efira) et Jimmy (Arieh Worthalter) forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.  Plus Karine va s’impliquer, plus son couple va se fracturer. La fracture. D’ailleurs, tel pourrait être le titre de ce film (déjà employé par Corsini). La fracture au sein de la famille. Entre Karine et son fils d’un côté, son mari et sa fille de l’autre, qui regarde son engagement avec circonspection. La fracture entre les Gilets jaunes dont fait partie Karine et le gouvernement. La fracture entre ceux qui dirigent avec cynisme (les entreprises qui méprisent Jimmy) et ceux qui travaillent au péril de leur santé et de leur vie. Thomas Kruithof filme les manifestations comme des moments de bonheur et de plénitude (il faut voir comment Karine est métamorphosée lorsqu’elle participe à une manifestation la première fois, son visage s’illumine d’une joie nouvelle), des lieux en lesquels l’entraide, l’écoute et la fraternité règnent. Le film pose (habilement) plus de questions qu’il n’apporte de réponses : jusqu’où doit-on aller par engagement militant ? Faut-il sacrifier sa vie personnelle à ses idéaux ? Virginie Efira est une nouvelle fois parfaite dans ce rôle sobrement interprété de femme généreuse, déterminée, humble, et amoureuse. « Tous deux ont une haute idée de l’amour » a ainsi déclaré le réalisateur lors du débat d’après-film, à propos de ses deux personnages principaux. Et c’est en cela avant tout que le film a bouleversé les festivaliers : l’amour d’un homme pour sa femme qui, pour elle, va ouvrir les yeux, dépasser ses propres peurs et préjugés. Les braises, ce sont celles d'un incendie social qui menace d'enflammer le pays, mais aussi celle d'une passion qui ne s'est jamais réellement éteinte.

    1. Jean Valjean d’Eric Besnard (hors compétition) - Au cinéma le 19 novembre 2025

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    Jean Valjean (Grégory Gadebois) sort du bagne, brisé, rejeté de tous. Errant sans but, il trouve refuge chez un homme d’Église, Monseigneur Bienvenu, (Bernard Campan), sa sœur (Isabelle Carré) et leur servante (Alexandra Lamy). Face à cette main tendue, Jean Valjean vacille et, dans cette nuit suspendue, devra choisir qui il veut devenir. Jean Valjean s’intéresse aux origines du célèbre personnage des Misérables, aux cinquante premières pages du roman d’Hugo qui explique comment Valjean va retrouver son humanité, et la rédemption malgré l’injustice qu’il a subie. En sortant du bagne, Valjean est une bête traquée et sauvage, un homme ébranlé, tiraillé entre le bien et le mal, brisé par dix-neuf ans d’enfermement, habité par la violence et la colère. Le film raconte cette lutte-là, intime et universelle, son cheminement de la noirceur et de la haine vers la lumière et l’amour. La bonté de l’homme d’Église va décontenancer Valjean : Il ne supporte la vie que parce qu'il est certain que le monde est injuste. « Si la bonté existe tout cela n'avait aucun sens », explique ainsi le réalisateur, après la projection. Doit-il prendre cette main tendue ou se laisser happer par son désir de haine et de vengeance ? Comment ne pas être dévoré par le ressentiment et la haine envers une société qui lui a volé sa vie ? L’homme d’Église par sa bonté, le regard qu’il va porter sur lui, va « réduire l’espace entre ce qui est et devrait être », lui « rendre l’innocence ». Le film accumule les contrastes (entre la lumière et la noirceur, entre la tenue rouge du bagnard et la blancheur immaculée) et les symboles et références (paysages bibliques, esthétique inspirée du western). Une adaptation très personnelle qui a un écho dans la société contemporaine, portée par la sublime musique de Christophe Julien qui collabore ici pour la septième fois avec le cinéaste, et la présence imposante, massive et poignante de Grégory Gadebois, mais aussi la douleur d’Isabelle Carré dont la fragilité est finalement un écho à celle du bagnard. La fin, par l’espoir qu’elle incarne, la lueur qu’elle exhale, le lyrisme qu’elle exalte, nous donne envie de croire en ce qu’il y a de plus beau dans l’Homme, sa capacité à changer, à renaître, à se relever, à délaisser la vengeance pour la bonté que Gadebois représente mieux que nul autre acteur n'aurait probablement su le faire.

    1. Deux procureurs de Sergei Loznitsa (compétition fiction) – Au cinéma le 5 novembre 2025

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    L’oublié du palmarès du Festival de La Baule comme il le fut du palmarès cannois (le film était en compétition officielle du dernier Festival de Cannes).

    Union Soviétique, 1937. Des milliers de lettres de détenus accusés à tort par le régime sont brûlées dans une cellule de prison. Contre toute attente, l’une d’entre elles arrive à destination, sur le bureau du procureur local fraîchement nommé, Alexander Kornev. Il se démène pour rencontrer le prisonnier, victime d’agents de la police secrète, la NKVD. Bolchévique chevronné et intègre, le jeune procureur croit à un dysfonctionnement. Sa quête de justice le conduira jusqu’au bureau du procureur-général à Moscou. À l’heure des grandes purges staliniennes, c’est la plongée d’un homme dans un régime totalitaire qui ne dit pas son nom. Loznitsa confronte ce procureur idéaliste, tout juste sorti des études, à la tenue parfaite et qui se tient bien droit au sens propre comme au sens figuré, à cet autre procureur qui a trahi les valeurs en lesquelles le premier croit, et qu’il incarne. Un jeune homme épris de justice au regard malicieux (heureux peut-être de jouer un mauvais tour à l’injustice), candide presque, déterminé aussi, qui n’a pas conscience que tant d’innocents croupissent dans les prisons jusqu’à l’arrivée de la fameuse lettre. Les couleurs, ternes, le cadre qui l’enferme, tout est là pour signifier l’oppression. Les décors rappellent ceux de Playtime de Tati et notamment cette marche interminable dans des couloirs labyrinthiques avec un nombre incalculable de portes qui le mènent vers son prisonnier. Symboles de l’absurdité d’un régime inique et intransigeant. Le réalisateur ukrainien  formé à l’institut de cinéma VGIK de Moscou est exilé aujourd’hui à Berlin. Sa dénonciation du totalitarisme, brillante parabole, a évidemment des résonances contemporaines. Ce film s’inspire de la nouvelle éponyme de Georgy Demidov, de 1969. Ce physicien fut arrêté en 1938 durant les grandes purges staliniennes et passa quatorze années au goulag. Ce film compte une des plus brillantes scènes de l’histoire du cinéma. Le procureur revenant d’un voyage lors duquel il a essayé d’alerter les autorités et de leur signaler les injustices dont il a été témoin se retrouve dans un wagon-lit avec deux « ingénieurs » particulièrement affables, qui lui jouent de la musique, partagent une bonne bouteille de vin, semblent prêts à tout pour lui être agréable. Une façade lisse à l’image de celle du régime. L’issue de cette scène, inéluctable, sera glaçante, même si nous n’avions guère de doutes sur les motifs de l’entreprise. La réalisation austère éclaire les ombres du régime avec maestria. L’atmosphère est oppressante et âpre, soulignée par ces plans fixes magistraux d’une rigueur, d’une précision, d’une composition et d’une beauté sombre saisissantes. La tension est constante et présente, dans chaque mot, chaque geste, chaque regard, chaque silence. Le portrait d’un homme qui défie le régime totalitaire, pris dans un engrenage fatal, porté par son souci de justice. Un immense film d’une intelligence rare (contenue dans la perfection de chaque plan).

    1. Les combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury documentaire ex-aequo) - Un film bientôt diffusé sur la chaîne LCP-AN.

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    De justice aussi, forcément, il était question avant tout dans ce documentaire récompensé.

    Dès septembre 1981, alors qu’il vient d’être nommé garde des Sceaux par François Mitterrand, Robert Badinter déploie toutes ses forces pour faire abolir la peine de mort, malgré les vents contraires et au nom d’une France qu’il aime tant qu’il la rêve exemplaire. Mais qui sait que Badinter, ministre, avocat, militant et professeur de droit, amoureux de Victor Hugo en qui il puise son humanisme et une opposition viscérale à la peine de mort, a porté d’autres immenses combats ? Notamment l’abrogation des « lois indignes »  (lois sécuritaires, juridictions d’exception), mais aussi la suppression des articles de loi discriminant les homosexuels, la réduction de la population carcérale, et l’élargissement du droit des victimes. Robert Badinter sera panthéonisé ce 9 octobre 2025, une date symbolique puisqu’il s’agit de la date anniversaire de la promulgation de la loi d'abolition de la peine de mort de 1981, quelques mois après être devenu ministre (en juin). On peut regretter que le documentaire n’explore pas du tout cette loi essentielle qui le fit entrer dans l’Histoire, mais c’est aussi l’intérêt de ce film que de montrer que, en plus de cette avancée historique cruciale à laquelle il œuvra avec tant de courage et d’obstination, Robert Badinter mena bien d’autres combats guidés par  le refus de l’injustice et  de la barbarie dont fut victime le père de cet enfant juif dont les parents furent naturalisés français, un père raflé rue Sainte-Catherine à Lyon, envoyé à Drancy puis à Sobibor. Il s’engagea d’abord  pour l'amélioration des conditions de vie des détenus et l’humanisation des prisons (en autorisant la lumière le soir, en supprimant les uniformes des quartiers de haute sécurité, mais aussi en essayant d'améliorer la situation essentielle des surveillants pénitentiaires, ou encore en œuvrant pour la prise en charge intelligente pour permettre aux détenus de se projeter ), mais aussi pour  l'égalité des homosexuels devant la loi et la dépénalisation de l’homosexualité,  et encore pour honorer la mémoire des victimes de la Seconde guerre mondiale. « Toute ma vie j'ai essayé de combattre l'injustice » dira-t-il ainsi. Le documentaire rappelle également qu’il fut contre la peine de mort contre l'avis de la majorité des Français, et toujours le « défenseur intransigeant des plus faibles », et que « toute forme de discrimination lui est insupportable », raison pour laquelle il se plaçait toujours « du côté des plus vulnérables. » Il dut se battre contre Gaston-Defferre, Ministre de l’Intérieur soutenu par Mitterrand, qui voulait la suppression de sa loi Sécurité et liberté.  Ce documentaire rappelle aussi à quel point cet homme, dont personne (à l’exception de quelques extrémistes) ne remet aujourd’hui en cause l’humanisme et le rôle historique, fut détesté, victime même d’un attentat à son domicile. La seule loi à porter son nom est la Loi Badinter de 1985 consacrée au sort des victimes d’accidents de la route et à leurs conditions d'indemnisation. Parmi ses combats victorieux figure encore la création du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie qui permettra de condamner pour crimes de guerre et crimes contre l'Humanité, mais aussi son combat sans répit pour la mémoire. Il gagne ainsi son procès contre le négationniste Faurisson.  Son histoire personnelle renait en 1983 quand Klaus Barbie va être jugé en France pour crime contre l'Humanité. Badinter fait voter une loi pour la création d’archives audiovisuelles de la justice. Pour la première fois, ce procès historique sera filmé. Il lèvera aussi « le voile de silence, d’oubli » sur les fusillés du Mont Valérien, là où Joseph Esptein fut fusillé en 1944. Ne subsistent que trois photos des exécutions au mont Valérien où 1008 hommes furent fusillés « parce qu'ils étaient juifs, communistes, résistants, opposants au nazisme ». La lettre que Joseph Epstein écrivit à son fils, lue dans le documentaire, est absolument bouleversante. À la naissance, son père l'avait déclaré sous le nom d'un camarade de Résistance. Badinter l’aidera à reprendre le nom de son père : « Mon père est revenu sur la place publique. Je le dois à Robert Badinter. » Ce documentaire brosse le portrait d’un homme qui a mené inlassablement ses combats dont les fondements résident sans doute dans ses « objets » qui « contiennent tout ce qu’il était » dont le scellé de l’abolition de la peine de mort, un modèle de guillotine par le peintre Dürer, deux cuillères rouillées (dont l’une qu’il a ramassée au camp d’Auschwitz), deux pierres provenant du mur du ghetto de Varsovie, un tableau que son père avait acheté représentant un tableau de Juifs pieux et « surtout le décret de naturalisation de son père qui avait été si fier de devenir français »  : « Il a défendu la liberté des Français et tenté de les protéger des fracas de l'Histoire ». Il dira ainsi : « J'ai traversé à toute vitesse l'enfance et l’adolescence pour devenir un adulte, j'étais prêt pour la vie. » Terminons avec cette phrase d’Hugo que Badinter affectionnait, ses combats témoignent de la volonté qu’il mit à être fidèle à cette idée : « On ne peut pas priver une personne de son droit fondamental de devenir meilleur ».

    1. Les Glucksmann, une histoire de famille de Steve Jourdin (prix du public) – Bientôt sur Public Sénat

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    Tout aussi passionnant est le documentaire consacré à trois générations de Glucksmann produit par la société Caméra subjective pour la chaîne Public Sénat.

    De Moscou à Paris, des services secrets soviétiques aux ors de la République française, voici l’incroyable saga des Glucksmann. Un grand-père espion au service de Staline. Un père philosophe, figure des « nouveaux philosophes » et intellectuel médiatique. Un fils, Raphaël, désormais sur le devant de la scène politique et prétendant à l’Élysée en 2027. Espion, philosophe, candidat : le film suit trois générations de Glucksmann. Entre idéologies, trahisons et conquête du pouvoir, Les Glucksmann, une histoire de famille raconte comment une dynastie singulière de militants traverse le siècle. Et si, à travers l’histoire d’une famille, se jouait aussi celle de la France ? Alors que « tous les services de contre-espionnage se sont cassé les dents sur la véritable identité » du grand-père, Ruben, espion soviétique recruté en Palestine, dont la mission, était d’« exporter la révolution bolchevique sur toute la planète », tandis que le fils André était « auteur de livres qui vont bouleverser la vie politique française », son « contemporain capital » selon BHL, Raphaël, quant à lui, aspire aujourd’hui aux plus hautes fonctions de l’Etat français. Ruben. André. Raphaël. Trois générations différentes. Trois engagements à gauche. « L'Histoire d'une famille française pas comme les autres ».  En 1917, Lénine s'empare de la Russie. Beaucoup de Juifs se laissent séduire. Comme Martha et Ruben, les parents d’André. Au début des années 30, Ruben est envoyé en Allemagne. Il se lance dans le trafic d'armes à destination des Républicains espagnols. Officiellement, ses entreprises faisaient du commerce de fourrure. Il est ensuite arrêté en 1940 par le MI5.  Il sera déporté vers le Canada. Sur le chemin, son bateau sera bombardé par une torpille allemande. Le bateau coulera. Cohn-Bendit fait aussi le mea culpa de leur soutien à « tous ces mouvements de libération nationale qui ont terminé en totalitarisme. » Avec La cuisinière et le mangeur d'hommes, en 1972, Glucksmann a mis le doigt sur les atrocités du régime soviétique. Cela marque sa rupture nette et définitive avec la gauche communiste. Le film aborde ensuite la troisième génération, Raphaël, celui avec qui sa mère, Fanfan « a découvert la passion ». La parentalité ne les détourne pas du militantisme. Ils hébergent chez eux des Tchétchènes, des Rwandais… Leur appartement est un lieu bouillonnant de débats et de rencontres dans lequel défile « le tout Paris intellectuel ». Raphaël qui révèle n’avoir appelé ses parents papa et maman qu’à leur mort (leur relation était filiale mais aussi et avant tout d’amitié) est vite intégré à la bande. Ce bon élève d’Henri IV puis de Sciences Po va rapidement rejoindre les combats de ses parents, et notamment le combat de son père contre Poutine qui le conduit à se tourner vers la Géorgie. La mort de son père en 2015 sera pour lui « un immense manque et une immense chance d’avoir été son fils ». Il reconnaît une erreur de son père, l’Irak (décidément les films du festival se répondent). Avec Goupil et Bruckner, ils rejetèrent en effet la position du gouvernement français qui refusait de participer à la guerre et ils appuyèrent l’idée d’une intervention. Après 500000 morts, aucune arme de destruction massive ne fut retrouvée. En avril 2007, lors du meeting de Bercy, André défendra Sarkozy avec passion, se disant très convaincu qu’il doit gagner, Sarkozy étant pour lui « l'homme de l'ouverture, l'homme qui rétablit les Droits de l'Homme ». « Sarkozy a ainsi réussi à lui faire croire qu’il allait se battre contre Poutine pour les Tchétchènes, les Géorgiens, les Ukrainiens » raconte Raphaël qui évoque avec lucidité les « sincérités successives » des hommes politiques. »  Raphaël Glsucksmann est élu au parlement européen en 2019. Le documentaire s’interroge : « Sera-t-il prêt à faire des compromis pour faire triompher ses idées ? Jusqu'où ira-t-il ? ». Cohn-Bendit déclare ainsi avec tendresse : « Je crois qu'en 2027 il n'a aucune chance mais s'il a envie, let's go. » Laissons le mot de la fin à Raphaël Glucksmann : « Je crois que la politique cela reste profondément tragique. »

    1. Masterclass : Politique et fiction et politique-fiction : Quel scénario pour conclure le quinquennat ?

    Avant la clôture, le festival a proposé une passionnante masterclass sur le thème précité, en présence de nombreux intervenants et notamment la Présidente de l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet, de l’ancienne Ministre de l’Éducation Nationale, présidente du jury des lycéens, Najat Vallaud-Belkacem, et de Michel Field, directeur de la Culture et du Spectacle Vivant à France Télévisions, maître des cérémonies d’ouverture et de clôture du festival.

    Quelques déclarations marquantes et éclairantes extraites de cette masterclass dont vous pourrez aussi retrouver quelques extraits sur mon compte Instagram :

    Yaël Braun-Pivet, à propos de l'Assemblée Nationale : « Cela devient de plus en plus une arène, un ring, un show. On a changé le personnel politique et on a aucune barrière entre le sympathisant, le député. Chaque parole est interchangeable. Des députés qui se transforment en activistes. Plus de distinction entre les rôles de chacun. »

    « En dehors du Promeneur du Champ de Mars, il a fallu attendre 40 ans pour que le personnage politique de Mitterrand devienne un personnage fictionnel ».

    Michel Field : « On vient d'une culture où les écrits sont les vecteurs de la politique. »

    Le Bomin a souligné le recours au vocabulaire cinématographique pour évoquer la politique, pour signifier le réel :  en cas de remaniement on parle de « casting » politique, on évoque aussi une « séquence ».

    Yaël Braun-Pivet : « La réalité dépasse la fiction donc on peut tout imaginer* même le pire. » (*Dans les fictions).


    Concernant une question sur le peu d'appétence des cinéastes français pour célébrer le roman national, Najat Vallaud-Belkacem a répondu que cela était « lié à l’esprit critique mais aussi à la plus grande prudence chez les artistes et scénaristes qui ont le goût de l'exactitude, et a contrario ont du mal à saisir la vie politique. »

    Michel Field : « Cette Assemblée Nationale ressemble plus à la société. »

    Yaël Braun-Pivet : « Le bureau est parfaitement représentatif de la société. , « Plus de 30 textes ont été votés à l'unanimité. », « Le problème est que les gouvernements successifs et l’administration font comme s’ils étaient majoritaires. »

    « La question de survie du film politique est de s'éloigner du film partisan. »

    « Ce qui compte ce n'est pas objectivité du journaliste mais l’honnêteté.»


    Yaël Braun-Pivet : « Il ne faut ne pas se réfugier derrière les institutions pour se dédouaner. Quand cela tangue, les institutions protègent. Cela nécessite d'ajuster les règles pour plus de partage du pouvoir avec parlement, le peuple etc. »

    1. L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier (film de clôture) – Au cinéma le 5 novembre 2025

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    Dans son dernier film, Borgo, Stéphane Demoustier nous racontait l’histoire de Mélissa (Hafsia Herzi), surnommée « Ibiza » par les détenus, surveillante pénitentiaire expérimentée, qui s’installe en Corse avec ses deux jeunes enfants et son mari. Là, elle intègre les équipes d’un centre pénitentiaire pas tout à fait comme les autres dans lequel on dit que ce sont les prisonniers qui surveillent les gardiens et non l’inverse ! Si ce film a pour matériau de départ l'histoire vraie d’une surveillante pénitentiaire mise en cause dans le double assassinat de Poretta en 2017, et en particulier des comptes-rendus lus dans la presse, le réalisateur s’est avant tout inspiré du personnage de la surveillante qu’il dépeint ici dans toute sa complexité comme il le fit pour la protagoniste de La fille au bracelet.  Le film sonde l’âme du personnage et son basculement, sa proximité de plus en plus forte avec le monde mafieux, les rapports de force, le glissement progressif dont elle ne semble pas se rendre compte. La minutie de la reconstitution (notamment de la vie de la prison, fortement documentée), la tension constante (entre le racisme dont est victime le mari de Mélissa, et la prison où finalement elle semble mieux accueillie et protégée, avec parmi de nombreuses remarquables scènes celle où les prisonniers, d’une cellule à l’autre, chantent en son honneur, scène lors de laquelle le visage de la surveillante s’illumine, la joie et la fierté l’emportant sur le sérieux qu’imposent ses fonctions), l’interprétation magistrale de Hafsia Herzi mais aussi de tous les seconds rôles judicieusement choisis (notamment de nombreux acteurs insulaires), la musique de Philippe Sarde, le scénario particulièrement audacieux, jouant avec les temporalités et points de vue, en font un film d’une maîtrise impressionnante. À nouveau, avec L’Inconnu de la grande arche (sélection officielle du Festival de Cannes 2025, section Un Certain Regard), Stéphane Demoustier centre son récit sur un personnage ayant réellement existé, Otto von Spreckelsen, architecte danois de 53 ans, et sur des faits réels, en l’occurrence décrits dans le livre de Laurence Cossé, La Grande Arche (2016). François Mitterrand (Michel Fau), Président de la République récemment élu, annonce le nom du vainqueur du concours international d’architecture lancé pour le futur chantier de construction de la Défense. L’heureux gagnant a remporté le concours grâce à son idée de cube géant. Les services présidentiels ne le connaissent pas et n’ont même pas de numéro auquel le joindre. Le film va raconter les obstacles à cette construction, projet de la vie d’un homme (un architecte), et instrument de grandeur d’un Président de la République volontariste. Otto von Spreckelsen (Claes Bang), est accompagné de son épouse Liv (Sidse Babett Knudsen), doit composer avec un jeune conseiller du président (Xavier Dolan) et l’architecte français Paul Andreu (Swann Arlaud) qui va mettre en œuvre le projet. Mais entre les contrariétés administratives, et l’arrivée en 1986 d’un nouveau gouvernement avec un ministre délégué au budget, Alain Juppé, qui souhaite avant tout réaliser des économies, le beau rêve d’Otto tourne au cauchemar. Le chantier, pharaonique, doit être revu à la baisse malgré la détermination orgueilleuse d’Otto.  D’ailleurs, lui ne parle pas de « grande arche » mais de son « cube ». Payé 25 millions de francs, il dépense sans compter, encouragé par le président qui veut à tout prix que son projet voie le jour et soit inauguré pour le Bicentenaire de la Révolution française, n’hésitant pas à payer un grutier 50 000 francs, juste pour qu’une maquette à taille réelle lui donne une idée de la perspective du projet depuis les Champs-Élysées, tarif astronomique qui est la contrepartie à la privation d’un mariage d’un membre de la famille du grutier (totalement inventé par ce dernier). Demoustier reconstitue avec autant de minutie ce chantier phare des années 1980 qu’il avait dépeint avec soin la prison corse de Borgo. La réussite de l’ensemble doit beaucoup au casting : Claes Bang qui interprète l’opiniâtre, présomptueux, tempétueux et parfois exaspérant Otto. Sidse Babett Knudsen, qui joue le rôle de sa femme, prête à le suivre dans tous ses caprices…jusqu’à un certain point, toujours d’une sobriété et d’une justesse remarquables (le film s’inspire notamment des lettres qu’a laissées l’épouse de l’architecte). Michel Fau qui campe un François Mitterrand lui aussi têtu dont l’obstination aveugle frôle aussi le ridicule. Swann Arlaud, toujours impeccable. Xavier Dolan, absolument irrésistible en conseiller pointilleux un peu dépassé par les exigences de l’architecte, et cherchant à les modérer. Derrière les ambitions de chacun, il y a l’argent public dépensé à tout-va pour satisfaire des ambitions, voire caprices(s), et si le film se déroule dans les années 1980, en cela il est aussi intemporel. L’Inconnu de la Grande Arche est un film passionnant sur cet inconnu dont la trajectoire révèle avec une ironie réjouissante les dépenses inconsidérées et les aberrations administratives de l’État français.  Tout cela aboutira à un projet très éloigné de ce à quoi aspirait Otto von Spreckelsen, peu à peu rongé par les désillusions. Et à un film passionnant, parfait pour clore en beauté ce formidable festival.


    PALMARÈS

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    La majeure partie des prix ont été remis par la présidente de l’Assemblée Nationale qui a loué ce festival qui a le mérite de  « rapprocher la chose publique des citoyens ». La présidente du jury des lycéens a, quant à elle, évoqué les vertus d’un « conversation qui n’a pas lieu ailleurs », une « parenthèse enchantée »

    * Prix du jury (attribué par le jury fiction politique)
    The President's Cake de Hasan Hadi
    * Mention spéciale
    Les Braises de Thomas Kruithof

    * Prix des médias (attribué par le jury presse & médias politique)
    The President's Cake de Hasan Hadi
    * Mention spéciale
    Les Braises de Thomas Kruithof

    * Prix du public (attribué par le public du Festival)
    Dossier 137 de Dominik Moll

    Compétition documentaire

    * Prix du jury (attribué par le jury documentaire politique)
    DOUBLE PRIX
    Holding Liat de Brandon Kramer
    &
    Les Combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka

    * Prix des Lycéens (attribué par le jury lycéen politique)
    France, une histoire d'amour de Michael Pitiot et Yann Arthus-Bertrand
    * Mention spéciale
    Holding Liat de Brandon Kramer

    * Prix du public (attribué par le public du Festival)
    Les Glucksmann, une histoire de famille de Steve Jourdin

    SÉLECTION OFFICIELLE

    Compétition fiction

     La Vague de Sebastián Lelio

    The President’t Cake de Hasan Hadi

    Dossier 137 de Dominik Moll

    Deux procureurs de Sergei Loznitsa

     Les Braises de Thomas Kruithof

    Compétition documentaire

    Holding Liat de Brandon Kramer

     France, une histoire d’amour de Michael Pitiot et Yann Arthus-Bertrand

    Les Armes secrètes de Poutine de Hugo Van Offel et Martin Boudot

    Les Combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka

     Les Glucksmann, une histoire de famille de Steve Jourdin

    Hors-compétition

    La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa

     Jean Valjean de Éric Besnard

     L’Inconnu de la grande arche de Stéphane Demoustier

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  • Festival de la fiction et du documentaire politique de la Baule 2025 : le programme

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    Je vous ai souvent parlé ici de la Baule, cadre d'un certain nombre de mes fictions romanesques, lieu suscitant de nombreuses réminiscences de vacances familiales, et décor du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule que j'ai couvert ici pendant 10 ans. Pour la première fois cette année, je suis ravie de couvrir un tout jeune festival de cinéma dont ce sera la troisième édition, le Festival de la fiction et du documentaire politique qui aura lieu de ce jeudi 2 octobre à ce samedi soir 4 octobre, et qui allie deux de mes passions : la politique et le cinéma. Jeune festival ne signifie pas festival amateur ou inexpérimenté comme le prouve la qualité de la sélection et des invités depuis la première édition.

    Dans un monde dans lequel tout va si vite, dans lequel une actualité en dévore une autre sans que la première ait pu être digérée et appréhendée, dans un monde de plus en plus complexe, un tel festival de cinéma qui permet de la décrypter et disséquer avec une juste distance et d'en explorer les différents ressorts, est plus que nécessaire. Comme le disait Machiavel, "tout n'est pas politique, mais la politique s'intéresse à tout."

    L'an passé le prix du jury de la compétition fiction avait couronné L'Histoire de Souleymane de Boris Lojkine, et en 2023 L'Enlèvement de Marco Bellochio. Un palmarès qui témoigne déjà de la qualité des films présentés, qu'il s'agisse de fictions ou de documentaires.

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    Cette année ne dérogera pas à la règle avec, au, programme, des films parmi les plus attendus des mois à venir, notamment en ouverture, le nouveau film de Thierry Klifa, La femme la plus riche du monde qui avait été présenté à Cannes en mai dernier, ou encore Dossier 137 de Dominik Moll, qui fut également présenté à Cannes, en compétition.

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    Difficile de définir un film politique, tout acte comme tout film l'étant finalement plus ou moins (n'en déplaise à Machiavel, cf citation ci-dessus).  Comme le souligne ainsi les organisateurs : "Quel que soit son genre, quel que soit son thème un film a une dimension politique, car le regard du cinéma est pluriel tant par sa dimension artistique que par sa portée sociopolitique."

    Jérôme Paoli et Anne-Catherine Mendez, les fondateurs du festival précisent aussi très justement que "Le cinéma politique n’est pas seulement un genre, il est une voix. Une voix capable de raconter le réel, de le questionner, parfois de le bousculer. Une voix qui ouvre des chemins de réflexion là où tout semble figé, qui donne à voir ce que l’on n’ose pas toujours dire. Dans un monde marqué par la vitesse et la polarisation, prendre le temps de s’arrêter devant une œuvre, d’en débattre ensemble, devient un acte précieux – presque un geste de résistance."

    Les invités d'honneur du festival sont les suivants : 

    Yaël Braun-Pivet (Présidente de l’Assemblée nationale), Jean Emmanuel Casalta (Président Public Sénat), Hugues Cazenave (Président Opinion Way), Vincent Chauvet (Maire de la ville d'Autun), Michel Field (Directeur de la culture et du spectacle vivant – France Télévisions), Nicolas Daniel (Directeur éditorial chargé de la stratégie et du numérique, LCP), Christian Giacomini (Président Rumeur Publique), Emmanuelle Guilcher (Directrice des programmes Public Sénat), Philippe Guedj (Journaliste au service culture du Point), Cyril Graziani (Chef du service politique de France Télévisions), Emmanuel Kessler (Président-directeur général de LCP-Assemblée nationale), Emmanuel Prévost (Producteur), Carole Rocher (comédienne), Nathalie Saint-Cricq (Directrice de la rédaction nationale de France Télévisions), François de Rugi (Ancien Président de l’Assemblée Nationale, Ancien Ministre), Thomas Sotto (Présentateur et rédacteur en chef de la matinale de RTL), Mario Stasi (Président de Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme).

    La troisième édition est présidée par le scénariste et réalisateur Gabriel Le Bomin.

    Quatre jurys viendront récompenser les documentaires et fictions présentés dans le cadre du festival.

    Le jury fiction politique est présidé par  la comédienne, réalisatrice, scénariste Audrey Dana. Elle sera entourée du réalisateur Antoine Raimbault, du producteur Philippe Boeffard, de la Haute Commissaire à l'enfance Sarah El Hairy, et le comédien Arié Elmaleh.

    Le jury documentaire politique est présidé par la comédienne Odile Vuillemin, le producteur Paul Rozemberg, l'ancien ministre de la Mer et de la Biodiversité Député de la 2ème circonscription des Côtes d'Armor, Hervé Berville.

    Le jury presse et médias politique est présidé par l'éditorialiste politique, essayiste, ancien DG de France Télévisions, Patrice Duhamel, le Directeur de la rédaction de la Tribune Dimanche, éditorialiste à BFMTV, Bruno Jeudy, le rédacteur en chef des Echos de la Presqu'île Frédéric Prot, la journaliste et éditorialiste politique, Saveria Rojek, et l'éditorialiste politique de TF1.

    Le jury lycéens politique est présidé par l'ancienne ministre, responsable associative, Najat Vallaud-Belkacem qui sera entourée de Charlie Connan-Levallois, Gustave  Diebolt, Inès Fernandez, Anna Gallou-Papin, Maël Lehuede, Swann Mahyaoui-Chantrel, Elyne Pernet.

    FILMS EN COMPÉTITION

    LA VAGUE

    2025 – Chili

    2h09 – VOSTF

    Réalisation : Sebastián Lelio

    Interprétation : Daniela López, Lola Bravo, Avril Aurora, Paulina Cortés

    Projection le vendredi 3 octobre 2025 à 10h

    THE PRESIDENT’S CAKE

    2025 – Irak

    1h43 – VOSTF

    Réalisation : Hasan Hadi

    Interprétation : Baneen Ahmed Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed

    Thabet Khreibat, Rahim Alhaj

    Projection le vendredi 3 octobre 2025 à 14h

    DOSSIER 137

    2025 – France

    1h56 – VF

    Réalisation : Dominik Moll

    Interprétation : Léa Drucker, Jonathan Turnbull

    Projection le vendredi 3 octobre 2025 à 16h30

    DEUX PROCUREURS

    2025 – France, Allemagne, Pays-Bas, Lettonie, Roumanie, Lituanie

    1h58 – VOSTF

    Réalisation : Sergei Loznitsa

    Interprétation : Aleksandr Kuznetsov, Alexander Filippenko, Anatoli Beliy,

    Andris Keiss, Vytautas Kaniusonis

    Projection le samedi 4 octobre 2025 à 10h

    LES BRAISES

    2025 – France

    1h42 - VF

    Réalisation : Thomas Kruithof

    Interprétation : Virginie Efira, Arieh Worthalter

    Projection le samedi 4 octobre 2025 à 14h en présence du réalisateur Thomas Kruithof

     

    FILMS HORS-COMPÉTITION

    Film d’ouverture

    LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE

    2025 – France, Belgique

    2h03 – VF

    Réalisation : Thierry Klifa

    Interprétation : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Raphaël

    Personnaz, André Marcon, Mathieu Demy

    Projection le jeudi 2 octobre 2025 à 19h30

    JEAN VALJEAN

    2025 – France

    1h36 – VF

    Réalisation : Éric Besnard

    Interprétation : Grégory Gadebois, Bernard Campan, Alexandra Lamy,

    Isabelle Carré

    Projection le vendredi 3 octobre 2025 à 19h en présence du réalisateur

    Éric Besnard

    Film de clôture

    L’INCONNU DE LA GRANDE ARCHE

    2025 – France

    1h46 – VF

    Réalisation : Stéphane Demoustier

    Interprétation : Claes Bang, Sidse Babett Knudsen, Xavier Dolan, Swann

    Arlaud, Michel Fau

    Projection le samedi 4 octobre 2025 à 20h

    Le programme complet

    jeudi 2 octobre

    19h00 : Cérémonie d’ouverture

    19h30 : La Femme la plus riche du monde Hors-Compétition

    vendredi 3 octobre

    10H00 : Holding Liat Compétition Documentaire

    10H00 : La Vague Compétition Fiction

     

    14H00 : France, Une histoire d’amour Compétition Documentaire
    14H00 : The President’s cake Compétition Fiction

     

    16H30 : Les armes secrètes de Poutine Compétition Documentaire
    16H30 : Dossier 137 Compétition Fiction

     

    19H00 : Jean Valjean Hors compétition

     

    Samedi 4 octobre

    10H00 : Les combats méconnus de Robert Badinter Compétition Documentaire
    10H00 : Deux Procureurs Compétition Fiction

    14H00 : Les Glucksmann, une histoire de famille Compétition Documentaire
    14H00 : Les Braises Compétition Fiction

    16h00 : Séance de dédicaces en collaboration avec la librairie les oiseaux

    16h30 : Masterclass Pouvoir en chute: de l’assemblée à l’écran

    19H00 : Cérémonie de clôture

    19H30 : L’inconnu de la Grande Arche Hors compétition

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    Projections au Cinéma Le Gulf Stream

    Salles 1 et 5
    52 Av. du Général de Gaulle, 44500 La Baule-Escoublac
    Tél. : 02 51 75 15 41
    Site internet : cinegulfstream.fr
    Vous y en rendre : GMap
    Tarif unique : 7€

    Suivez-moi en direct du festival sur Instagram (@sandra_meziere) et retrouvez mon compte-rendu détaillé la semaine prochaine sur Inthemoodforcinema.com.

    Pour en savoir plus sur le festival, le site officiel du Festival de la fiction et du documentaire politique de La Baule 2025.

  • Programme complet du 11ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule ( 25 au 29 juin 2025)

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    Selon Stendhal, « il faut que la musique commence par nous égarer pour nous faire regarder comme des possibles des choses que nous n'osions espérer. » Voilà ce peut représenter la musique (même si là n'est pas sa seule vertu), et en particulier la musique de film : un doux égarement qui éveille à l'espoir, au rêve, et à la volonté farouche de les réaliser. 

    L'an passé, le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule célébrait (déjà !) sa dixième édition. Déjà dis-je car je l'ai couvert toutes ces années et j'ai ainsi eu le plaisir de le voir évoluer, changer de saison, mais conserver ses principes fondateurs, celui d'un festival ouvert à tous, qui met en avant la musique de films (trop souvent oubliée des festivals, critiques...et même du Festival de Cannes qui ne lui décerne toujours pas de prix "officiel" car même si elle est mise en avant par le Prix de la création sonore et divers évènements organisés par la SACEM, il n'existe toujours pas de prix attribué à la musique lors de la cérémonie du palmarès) dans un cadre qui est là aussi une invitation au rêve, celui de La Baule et de sa plage légendaire.

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    En 2024, les projections et l’ensemble des événements proposés ont réalisé plus de 28000 entrées (un record) pendant les 5 jours d’avant-premières (plus d’une trentaine en présence des équipes de films et une soixantaine de projections au total), master classes, rencontres et expositions autour de la musique de film et du cinéma francophone. 

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    Le concert de ce 10ème anniversaire qui a mis à l'honneur les musiques de Francis Lai et les films de Claude Leouch, restera un évènement marquant de ce 10ème anniversaire, qui fit tournoyer les souvenirs, la joie, la nostalgie : Dabadabada, Montmartre 1540, la voix veloutée de Trintignant, le bonjour d’Anconina. Comme s'il s'agissait là du scénario, pétri d'émotions, d'un de ses films, Claude Lelouch, a commencé par dédier ce concert à tous ceux qui ne sont plus « Anouk, Jean-Louis, Jean-Paul… » et a terminé sur scène en filmant le public et les musiciens. L’émotion était également au rendez-vous lors de la diffusion de l’extrait des cinq premières minutes du film Les plus belles années d’une vie, le festival ayant eu lieu peu de temps après la disparition d’Anouk Aimée. Elle l'est d'autant plus a posteriori alors que, hier, disparaissait Nicole Croisille.

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    Au fil des ans, ce festival, fondé par Sam Bobino et Christophe Barratier, s'est imposé comme un rendez-vous incontournable, d'abord en novembre puis fin juin, mettant en lumière la musique de films mais aussi des films qui, souvent, ont ensuite connu un succès auprès de la critique et/ou du public. 

    Vous pouvez retrouver ici mon compte-rendu très détaillé de cette dixième édition, de la master class et du concert-hommage à Claude Lelouch aux différents films primés et notamment mes coups de cœur comme Le Fil de Daniel Auteuil ou encore Le roman de Jim des frères Larrieu, mais aussi le documentaire Il était une fois Michel Legrand de David Hertzog Dessites. Retrouvez aussi là, mon compte-rendu de la 9ème édition, et, là, celui de la 8ème édition, et toutes les éditions précédentes dans les archives.

    Cette édition 2024 revêtait une saveur particulière pour moi qui n'en ai manqué aucune puisque j'ai eu le plaisir de dédicacer au festival (merci aux équipes du Cinéma Le Gulf Stream pour le chaleureux accueil) mon roman La Symphonie des rêves qui a en partie cet évènement pour cadre, un roman à l'origine de l'idée duquel était...une musique d'un film qui y fut également primée. Je remercie également à nouveau La Maison de La Presse (devenue La Librairie Les Oiseaux) qui m'a reçue trois fois l'été dernier pour dédicacer ce roman.

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    Photo prise depuis l'hôtel Barrière L'Hermitage de La Baule, cadre d'une partie du roman

    Un festival découvreur de talents

    Les films découverts dans le cadre de ce festival sont souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels il y eut : Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages mais aussi des documentaires comme Ennio de Giuseppe Tornatore, ou encore en compétition les films I love Greece de Nafsika Guerry-Karamounas, Flee de Jonas Poher Ramussen, mais aussi Maria rêve de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller...

    Des concerts mémorables

    Chaque année, le festival propose aussi  des master classes passionnantes et des concerts mémorables comme le furent ceux de Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Eric Serra, Gabriel Yared, Vladimir Cosma, Philippe Sarde, Alexandre Desplat, Kyle Eastwood...

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    11ème édition

    La onzième édition du Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule aura lieu du 25 au 29 juin 2025. Comme chaque année, la soirée de remise de prix sera suivie d'un concert. Cette année, Lambert Wilson sera l'invité d'honneur et donnera un concert hommage aux plus belles chansons de cinéma. Le film d'ouverture sera celui d'une cinéaste indissociable de La Baule, Diane Kurys (qui avait présenté son film Ma mère est folle à La Baule, en 2018, ma critique ici), Moi qui t'aimais (sélectionné à Cannes Classics), et le film de clôture sera le dernier film en tant que réalisateur d'Alex Lutz (également sélectionné à Cannes, dans le cadre de Cannes Première), Connemara, une adaptation d'un livre de Nicolas Mathieu, deux ans après la présentation à La Baule de sa promenade nocturne dans les rues de Paris, Une Nuit.

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    Au programme de cette édition : 41 projections, 21 longs métrages en avant-première, 5 courts métrages, 2 longs métrages classiques, 13 reprises de longs métrages (projections du lendemain), 4 master class, 1 rencontre avec les scolaires, 1 résidence de jeunes compositeurs à l’image, 1 projection solidaire, 1 exposition, 1 opération avec les commerçants et le concert précité.

    Neuf trophées seront décernés : meilleur film 2025, meilleure musique de film 2025, meilleure interprétation 2025, meilleur court métrage 2025 –Transpalux & Program Store, prix du Public 2025 – Groupe Barrière, prix du doc musical 2025, meilleure musique de l’année 2025, révélation Jeune Talent Compositeur 2025, prix d’honneur 2025.

    Le jury sera présidé par l’actrice, réalisatrice, scénariste et metteuse en scène Zabou Breitman. Elle sera accompagnée de l’autrice, compositrice, interprète, réalisatrice, Aurélie Saada, du trompettiste compositeur Ibrahim Maalouf, de l’actrice Mélanie Bernier et de l’actrice Caroline Anglade.

    Pour célébrer l’invité d’honneur, Lambert Wilson, sera ainsi projeté le chef-d’œuvre d’Alain Resnais, On connaît la chanson (dont je vous propose la critique en bas de cet article).

    L’AFFICHE

    Pour cette nouvelle édition les organisateurs ont opté pour une affiche qui symbolise le lien entre le cinéma et la musique de film et la transmission entre les générations, représentés par ses deux mains qui se rejoignent, entre ciel et mer : l’une qui offre et l’autre qui reçoit. Au centre, le trophée du festival, doré et éclatant comme le soleil de La Baule, station balnéaire baignée de lumière toute l’année, où l’art se vit les pieds dans le sable et la tête dans les étoiles.

    UN FESTIVAL INTERGÉNÉRATIONNEL

    Depuis sa création, le Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, qui est destiné au grand public comme aux professionnels, met l’accent sur le partage d’expériences. D’une part en accompagnant les étudiants en classe de musique à l’image avec des ateliers créatifs (la factory) et un prix spécial dédié (le prix de la révélation jeunes compositeurs), et d’autre part avec des rencontres dédiées aux scolaires sous forme d’initiation à la musique de film. Avec ces deux mains tendues l’une vers l’autre, c’est aussi cette notion de transmission qu’ont souhaité illustrer avec cette affiche l’artiste Sébastien Dupouey (à l’origine des premières affiches du festival) et Mathilde Huaulmé (studio La Femme assise).

    LAMBERT WILSON INVITÉ D’HONNEUR : UN CONCERT HOMMAGE AUX PLUS BELLES CHANSONS DU CINÉMA

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    © Igor Shabalin

    À l’occasion des 130 ans de la naissance du cinéma (retrouvez ici mon article sur le documentaire de Thierry Frémaux, Lumière, l'aventure continue !), le Festival de La Baule a souhaité célébrer cette date anniversaire en proposant un concert en clôture autour des plus belles chansons du cinéma français : Lambert Wilson Chante.

    Sur la scène du Palais des congrès et des festivals Jacques Chirac - Atlantia de La Baule, Lambert Wilson fera renaître les grandes heures du cinéma en chansons. Il convoquera les mélodies mythiques des films, les airs inoubliables des comédies musicales et rendra un hommage vibrant à Yves Montand. De Renoir à Montand, de Truffaut à Demy, de Prévert à Deneuve, l’interprète d’ On connaît la chanson célèbrera plus d’un siècle de titres qui ont marqué notre imaginaire collectif. Il tissera un pont entre musique, cinéma et mémoire et redonnera vie à ce répertoire riche en émotions. Lambert Wilson nous invitera à revivre le cinéma en musique, à travers ce récital totalement inédit en guise de voyage dans l’histoire du cinéma.

    BRIGITTE BARDOT, UNE FEMME LIBRE : exposition, films, dédicace

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    © Jacques Heripret

    Brigitte Bardot, icône éternelle, sera mise à l’honneur cette année au Festival de La Baule avec cette exposition exceptionnelle, Brigitte Bardot, une femme libre, à l’occasion de son 90ème anniversaire. Photographies rares, objets emblématiques, affiches mythiques et trésors intimes, issus de la collection personnelle de Bruno Ricard, raconteront la légende d’une femme libre, d’une star planétaire et d’un visage devenu symbole de la France, à la fois mannequin, actrice, chanteuse, militante des droits des animaux et écrivaine. Des plateaux de cinéma aux plages de Saint-Tropez, cette exposition retracera le parcours et la vie hors du commun d’une star absolue dont la vie a été faite de passions.

    Elle sera aussi à l’honneur  avec la séance de dédicaces du livre Brigitte Bardot, Internationale BB de et par Vincent Perrot et Bruno Ricard mais aussi avec la projection du film Bardot d’Alain Berliner qui fut projeté au 78ème Festival de Cannes dans le cadre du Cinéma de la Plage (musique de Laurent Perez del Mar, récemment récompensé du Prix de la meilleure musique pour un long métrage 2025 pour Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois de Michel Fessler, un prix décerné par l’U2C, Union des Compositrices et Compositeurs de Musique pour l’Image).

    Sera également projeté le film de Roger Vadim, Et Dieu créa la femme.

    LES FILMS EN COMPETITION

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    Marcel et Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet

    Météors de Hubert Charuel

    Les Aigles de la République Tarik Saleh

    Classe moyenne de Antony Cordier

    Fils de de Carlos Abascal Peiró

    LES DOCS MUSICAUX EN COMPETITION

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    Becoming Led Zeplin de Bernard MacMahon

    Mistify Michael Hutchence de Richard Lowenstein

    Yael Naim Une nouvelle âme de Jill Coulon

    Madness prince du ska, roi de la pop de Christophe Conte

    LES COURTS METRAGES EN COMPETITION

    Bo Jacquo de Mickaël & Grégory Fitoussi

    Ligne de vie de Hugo Becker

    Le photographe de Christèle Billaut

    Le Colisée de Nabil Kechouhen

    Le Père de Noël de Stanislas Perrin

    FILM D’OUVERTURE HORS COMPETITION

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    Moi qui t’aimais de Diane Kurys (le 25 juin à Atlantia, précédé de la cérémonie d’ouverture)

    FILM DE CLÔTURE HORS COMPETITION

    Connemara de Alex Lutz (le 29 juin au cinéma le Gulf Stream)

    LES LONGS METRAGES HORS COMPETITION

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    Moi qui t’aimais de Diane Kurys

    Bardot de Alain Berliner

    Regarde de Emmanuel Poulain-Arnaud

    Connemara de Alex Lutz

    CINE CLASSIQUE HORS COMPETITION

    Et Dieu créa la femme de Roger Vadim

    COUPS DE PROJECTEUR LONGS METRAGES HORS COMPETITION

    Baise en ville de Martin Jauvat

    L’Épreuve du feu de Aurélien Peyre

    Silver Star de Ruben Amar, Lola Bessis

    LA SEANCE SPECIALE HORS COMPETITION

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    L’homme qui a vu l’ours qui a vu l’homme de, avec et en présence de Pierre Richard

    MASTER CLASS / RENCONTRES

    PIERRE RICHARD ET OLIVIER DEFAYS

    LAMBERT WILSON ET BRUNO FONTAINE

    ZABOU BREITMAN

    SYLVAIN CHOMET

    RENCONTRE DES SCOLAIRES  - Initiation à la musique à l’image

    Cette rencontre aura lieu à Atlantia. Un évènement pour les 800 élèves des écoles primaires de La Baule. Avec Laetitia Pansanel-Garric, compositrice.

    CINE JEUNESSE HORS COMPETITION

    Y’a pas de réseau de Edouard Pluvieux

    Buffalo Kids de Pedro Solis et J.J Garcia Galocha

    Comme le disait l'an passé Claude Lelouch, "on ne meurt pas d'une overdose de rêves", alors ne manquez pas la 11ème édition de ce festival qui ne devrait pas en être avare ...

    Infos & réservations sur : www.festival-labaule.com

    Tarif unique, actuellement en vente sur le site : 50 €

    En soutien à l’association du Festival. Nombre limité. Donne accès de façon prioritaire et garantie à toutes les projections, rencontres et à la cérémonie d’ouverture. (sauf cérémonie de remises de prix et concert)

    Billet individuel : 8 € (plein tarif), 5 € (tarif réduit)*, ouverture des ventes le 16 juin sur le site et sur place à Atlantia ou au Gulfstream à partir du 24 juin.

     * Moins de 18 ans, étudiants jusqu’à 25 ans, personnes en situation de handicap (sur présentation d’un justificatif)

    Exposition « Brigitte Bardot, une femme libre » (du 21 juin au 6 juillet/Espace culturel Chapelle Sainte-Anne) : entrée libre

    CONCERT

    Vente en ligne via le site du Festival : www.festival-labaule.com ou directement sur le site d’Atlantia : https://billetterie.atlantia-labaule.com au 02 40 11 51 51 ou sur place

    LAMBERT WILSON « CHANTE ET ENCHANTE » LE CINÉMA ACCOMPAGNÉ PAR BRUNO FONTAINE Catégorie 1 (parterre) Catégorie 2 (mezzanine et strapontin) 69 €  59 €

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    CRITIQUE DE ON CONNAÎT LA CHANSON de Alain Resnais

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    Toute la malice du cinéaste apparaît déjà dans le titre de ce film de 1997, dans son double sens, propre et figuré, puisqu’il fait à la fois référence aux chansons en playback interprétées dans le film mais parce qu’il sous-entend à quel point les apparences peuvent être trompeuses et donc que nous ne connaissons jamais vraiment la chanson…

    Suite à un malentendu, Camille (Agnès Jaoui), guide touristique et auteure d’une thèse sur « les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru » s’éprend de l’agent immobilier Marc Duveyrier (Lambert Wilson). Ce dernier est aussi le patron de Simon (André Dussolier), secrètement épris de Camille et qui tente de vendre un appartement à Odile (Sabine Azéma), la sœur de Camille. L’enthousiaste Odile est décidée à acheter cet appartement malgré la désapprobation muette de Claude, son mari velléitaire (Pierre Arditi). Celui-ci supporte mal la réapparition après de longues années d’absence de Nicolas (Jean-Pierre Bacri), vieux complice d’Odile qui devient le confident de Simon et qui est surtout très hypocondriaque.

    Ce film est pourtant bien plus que son idée de mise en scène, certes particulièrement ludique et enthousiasmante, à laquelle on tend trop souvent à le réduire. À l’image de ses personnages, le film d’Alain Resnais n’est pas ce qu’il semble être. Derrière une apparente légèreté qui emprunte au Boulevard et à la comédie musicale ou du moins à la comédie (en) »chantée », il débusque les fêlures que chacun dissimule derrière de l’assurance, une joie de vivre exagérée, de l’arrogance ou une timidité.

    C’est un film en forme de trompe-l’œil qui commence dès la première scène : une ouverture sur une croix gammée, dans le bureau de Von Choltitz au téléphone avec Hitler qui lui ordonne de détruire Paris. Mais Paris ne disparaîtra pas et sera bien heureusement le terrain des chassés-croisés des personnages de On connaît la chanson, et cette épisode était juste une manière de planter le décor, de nous faire regarder justement au-delà du décor, et de présenter le principe de ces extraits chantés. La mise en scène ne cessera d’ailleurs de jouer ainsi avec les apparences, comme lorsqu’Odile parle avec Nicolas, lors d’un dîner chez elle, et que son mari Claude est absent du cadre, tout comme il semble d’ailleurs constamment « absent », ailleurs.

    Resnais joue habilement avec la mise en scène mais aussi avec les genres cinématographiques, faisant parfois une incursion dans la comédie romantique, comme lors de la rencontre entre Camille et Marc. L’appartement où ils se retrouvent est aussi glacial que la lumière est chaleureuse pour devenir presque irréelle mais là encore c’est une manière de jouer avec les apparences puisque Marc lui-même est d’une certaine manière irréel, fabriqué, jouant un personnage qu’il n’est pas.

    Le scénario est signé Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri et témoigne déjà de leur goût des autres et de leur regard à la fois acéré et tendre sur nos vanités, nos faiblesses, nos fêlures. Les dialogues sont ainsi des bijoux de précision et d’observation mais finalement même s’ils mettent l’accent sur les faiblesses de chacun, les personnages ne sont jamais regardés avec condescendance mais plutôt lucidité et indulgence. Une phrase parfois suffit à caractériser un personnage comme cette femme qui, en se présentant dit, « J’suis une collègue d’Odile. Mais un petit cran au-dessus. Mais ça ne nous empêche pas de bien nous entendre ! ». Tout est dit ! La volonté de se montrer sous son meilleur jour, conciliante, ouverte, indifférente aux hiérarchies et apparences…tout en démontrant le contraire. Ou comme lorsque Marc répète à deux reprises à d’autres sa réplique adressée à Simon dont il est visiblement très fier « Vous savez Simon, vous n’êtes pas seulement un auteur dramatique, mais vous êtes aussi un employé dramatique ! », marquant à la fois ainsi une certaine condescendance mais en même temps une certaine forme de manque de confiance, et amoindrissant le caractère a priori antipathique de son personnage.

    Les personnages de On connaît la chanson sont avant tout seuls, enfermés dans leurs images, leurs solitudes, leur inaptitude à communiquer, et les chansons leur permettent souvent de révéler leurs vérités masquées, leurs vrais personnalités ou désirs, tout en ayant souvent un effet tendrement comique. De J’aime les filles avec Lambert Wilson au Vertige de l’amour avec André Dussolier (irrésistible ) en passant par le Résiste de Sabine Azéma. C’est aussi un moyen de comique de répétition dont est jalonné ce film : blague répétée par Lambert Wilson sur Simon, blague de la publicité pour la chicorée lorsque Nicolas montre la photo de sa famille et réitération de certains passages chantés comme Avoir un bon copain.

    Chacun laissera tomber son masque, de fierté ou de gaieté feinte, dans le dernier acte où tous seront réunis, dans le cadre d’une fête qui, une fois les apparences dévoilées (même les choses comme l’appartement n’y échappent pas, même celui-ci se révèlera ne pas être ce qu’il semblait), ne laissera plus qu’un sol jonché de bouteilles et d’assiettes vides, débarrassé du souci des apparences, et du rangement (de tout et chacun dans une case) mais la scène se terminera une nouvelle fois par une nouvelle pirouette, toute l’élégance de Resnais étant là, dans cette dernière phrase qui nous laisse avec un sourire, et l’envie de saisir l’existence avec légèreté.

    Rien n’est laissé au hasard, de l’interprétation (comme toujours chez Resnais remarquable direction d’acteurs et interprètes judicieusement choisis, de Dussolier en amoureux timide à Sabine Azéma en incorrigible optimiste en passant par Lambert Wilson, vaniteux et finalement pathétique et presque attendrissant) aux costumes comme les tenues rouges et flamboyantes de Sabine Azéma ou d’une tonalité plus neutre, voire fade, d’Agnès Jaoui.

    On connaît la chanson a obtenu 7 César dont celui du meilleur film et du meilleur scénario original. C’est pour moi un des films les plus brillants et profonds qui soient malgré sa légèreté apparente, un mélange subtile –à l’image de la vie – de mélancolie et de légèreté, d’enchantement et de désenchantement, un film à la frontière des émotions et des genres qui témoigne de la grande élégance de son réalisateur, du regard tendre et incisif de ses auteurs, et qui nous laisse avec un air à la fois joyeux et nostalgique dans la tête. Un film qui semble entrer dans les cadres et qui justement nous démontre que la vie est plus nuancée et que chacun est forcément plus complexe que la case à laquelle on souhaite le réduire, moins lisse et jovial que l’image « enchantée » qu’il veut se donner. Un film jubilatoire enchanté et enchanteur, empreint de toute la richesse, la beauté, la difficulté, la gravité et la légèreté de la vie. Un film tendrement drôle et joyeusement mélancolique à voir, entendre et revoir sans modération…même si nous connaissons déjà la chanson !

  • 11ème Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule - du 25 au 29.06.2025 : programme (premières informations)

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    "Il faut que la musique commence par nous égarer pour nous faire regarder comme des possibles des choses que nous n'osions espérer." Stendhal 

    Voilà ce qu'est la musique (parmi de nombreuses autres vertus), et en particulier la musique de film : un doux égarement qui éveille à l'espoir, au rêve, et à la volonté farouche de les réaliser. 

    L'an passé, le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule célébrait sa dixième édition, un festival que j'affectionne tout particulièrement, auquel j'assiste chaque année depuis sa première édition, et dont je vous parle également chaque année ici.

    L'an passé, les projections et l’ensemble des événements proposés ont réalisé  plus de 28000 entrées (un record) pendant les 5 jours d’avant-premières (plus d’une trentaine en présence des équipes de films et une soixantaine de projections au total), master classes, rencontres et expositions autour de la musique de film et du cinéma francophone. 

    Au fil des ans, ce festival, fondé par Sam Bobino et Christophe Barratier, s'est imposé comme un rendez-vous incontournable, d'abord en novembre puis en été, mettant en lumière la musique de films mais aussi des films qui souvent ont ensuite connu un succès auprès de la critique et/ou du public.  

    Vous pouvez retrouver ici mon compte-rendu très détaillé de cette dixième édition, de la master class et du concert-hommage à Claude Lelouch aux différents films primés et notamment mes coups de cœur comme Le Fil de Daniel Auteuil ou encore Le roman de Jim des frères Larrieu, mais aussi le documentaire Il était une fois Michel Legrand de David Hertzog Dessites.

    Cette édition 2024 avait une saveur particulière pour moi puisque j'ai eu le plaisir de dédicacer mon roman La Symphonie des rêves qui a en partie le festival pour cadre. Merci à nouveau à La Maison de La Presse (devenue La Librairie Les Oiseaux) qui m'a reçue trois fois l'été dernier pour dédicacer ce roman.

    La onzième édition du Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule aura lieu du 25 au 29 juin 2025. Comme chaque année, la soirée de remise de prix sera suivie d'un concert. Cette année, Lambert Wilson sera l'invité d'honneur et donnera un concert hommage aux plus belles chansons de cinéma.

    Pour cette nouvelle édition les organisateurs ont opté pour une affiche qui symbolise le lien entre le cinéma et la musique de film et la transmission entre les générations, représentés par ses deux mains qui se rejoignent, entre ciel et mer : l’une qui offre et l’autre qui reçoit. Au centre, le trophée du festival, doré et éclatant comme le soleil de La Baule, station balnéaire baignée de lumière toute l’année, où l’art se vit les pieds dans le sable et la tête dans les étoiles.

    UN FESTIVAL INTERGÉNÉRATIONNEL

    Depuis sa création, le Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, qui est destiné au grand public comme aux professionnels, met l’accent sur le partage d’expériences. D’une part en accompagnant les étudiants en classe de musique à l’image avec des ateliers créatifs (la factory) et un prix spécial dédié (le prix de la révélation jeunes compositeurs), et d’autre part avec des rencontres dédiées aux scolaires sous forme d’initiation à la musique de film.

    Avec ces deux mains tendues l’une vers l’autre, c’est aussi cette notion de transmission qu’ont souhaité illustrer avec cette affiche l’artiste Sébastien Dupouey (à l’origine des premières affiches du festival) et Mathilde Huaulmé (studio La Femme assise).

     

    LAMBERT WILSON INVITÉ D’HONNEUR : UN CONCERT HOMMAGE AUX PLUS BELLES CHANSONS DU CINÉMA

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    © Igor Shabalin

    À l’occasion des 130 ans de la naissance du cinéma (retrouvez ici mon article sur le documentaire de Thierry Frémaux, Lumière, l'aventure continue !), le Festival de La Baule a souhaité célébrer cette date anniversaire en proposant un concert en clôture autour des plus belles chansons du cinéma français : Lambert Wilson Chante.

    Sur la scène du Palais des congrès et des festivals Jacques Chirac - Atlantia de La Baule, Lambert Wilson fera renaître les grandes heures du cinéma en chan-sons. Il convoquera les mélodies mythiques des films, les airs inoubliables des comédies musicales et rendra un hommage vibrant à Yves Montand, grande figure du 7e art et de la chanson.

    De Renoir à Montand, de Truffaut à Demy, de Prévert à Deneuve, l’interprète d’ On connaît la chanson célèbrera plus d’un siècle de titres qui ont marqué notre imaginaire collectif. Il tissera un pont entre musique, cinéma et mémoire et redonnera vie à ce répertoire riche en émotion.

    Avec élégance et intensité, Lambert Wilson nous invitera à revivre le cinéma en musique, à travers ce récital totalement inédit en guise de voyage dans l’histoire du cinéma.

    BRIGITTE BARDOT, UNE FEMME LIBRE

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    ©Jacques Heripret

    Brigitte Bardot, icône éternelle, sera mise à l’honneur cette année au Festival de La Baule avec cette exposition exceptionnelle, Brigitte Bardot, une femme libre, à l’occasion de son 90e anniversaire.

    Photographies rares, objets emblématiques, affiches mythiques et trésors intimes, issus de la collection personnelle de Bruno Ricard, raconteront la légende d’une femme libre, d’une star planétaire et d’un visage devenu symbole de la France, à la fois mannequin, actrice, chanteuse, militante des droits des animaux et écrivaine.

    Des plateaux de cinéma aux plages de Saint-Tropez, cette exposition retracera le parcours et la vie hors du commun d’une star absolue dont la vie a été faite de passions.

    À La Baule, station balnéaire elle aussi empreinte de lumière et de charme, cette rétrospective aura comme un parfum d’évidence.

    Un hommage vibrant à une muse indomptable, à l’aube de l’été, comme un souffle de liberté.

     

     

    Infos & réservations sur : www.festival-labaule.com

    INFOS PRATIQUES

    Pass Festival (du 25 au 29/06) : tarif unique 50 €

    Concert « Lambert Wilson Chante » et cérémonie de remise des prix du festival (samedi 28/06 - Palais des congrès Atlantia) : à partir de 59 €

    Exposition « Brigitte Bardot, une femme libre » (du 21 juin au 6 juillet/Espace culturel Chapelle Sainte-Anne) : entrée libre