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palmarès

  • Compte-rendu et palmarès du 10ème FESTIVAL DU CINÉMA ET MUSIQUE DE FILM DE LA BAULE (26 au 30 juin 2024)

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    « On ne meurt pas d’une overdose de rêves. » (Claude Lelouch le 29.06.2024 au Festival du Cinéma et musique de Film de La Baule).

     « À mon sens, la musique renforce, aussi bien dans la joie que dans le drame, les sentiments. » (Jacques Demy)

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    Ces deux citations empruntées à deux cinéastes à l’honneur cette année au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule (le premier avec l’attribution d’un prix pour l’ensemble de sa carrière et un mémorable concert hommage aux musiques de ses films, le second avec la projection d’un documentaire consacré à Michel Legrand et la projection des Parapluies de Cherbourg) pourraient résumer l’essence de ce festival qui est une invitation aux rêves, mais aussi un moment de célébration de ces musiques de films qui « renforcent les sentiments. »

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    Cette 10ème édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, a charrié beaucoup d'émotions, aussi parce qu’il était particulièrement émouvant pour moi de dédicacer mon roman qui est une ode à la puissance émotionnelle de la musique (notamment de films), La Symphonie des rêves, dans le cadre du festival et dans les lieux qui servent de cadre à une partie de l’intrigue, comme la salle Atlantia, le Cinéma Le Gulf Stream, ou l'hôtel Barrière L'Hermitage.  Grâce à un heureux hasard, fiction et réalité étaient sans cesse imbriquées, avec à l’honneur cette année la musique de Michel Legrand qui est un fil directeur du roman d’autant plus que j’ai eu le plaisir de le dédicacer après la séance du film Il était une fois Michel Legrand (dont je vous parle plus bas, merci à David Hertzog Dessites de m’avoir laissé quelques minutes au début de son film pour présenter le roman et merci à l’enthousiaste et érudit Stéphane Lerouge pour ses quelques mots avant la projection). Mais aussi un des cinéastes dont les films et les musiques des films n'ont cessé de m’accompagner. Et voilà un hasard et une coïncidence qui ne devraient pas déplaire au cinéaste en question, Claude Lelouch. Je vous en dis aussi davantage sur ce roman et ma passion pour les musiques de films dans cette interview. Parmi les films évoqués dans le roman, figurent aussi des films qui furent projetés à La Baule comme La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit (Ibis d'or du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2016).

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    En dédicace de La Symphonie des rêves au cinéma Le Gulf Stream de La Baule, ici avec le président du jury de l'édition 2024 du festival, le comédien Samuel Le Bihan.

    10 ans déjà ! 10 ans déjà que ce festival a été créé par Sam Bobino et Christophe Barratier. Vous pourrez retrouver ici mes articles sur les 9 précédentes éditions de ce festival pour lequel je vous partage mon enthousiasme depuis la première année.

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    Les projections et l’ensemble des événements proposés ont réalisé cette année plus de 28000 entrées (un record) pendant les 5 jours d’avant-premières (plus d’une trentaine en présence des équipes de films et une soixantaine de projections au total), master classes, rencontres et expositions autour de la musique de film et du cinéma francophone. Une initiation à la musique à l’image à également été organisée pour 900 enfants, des scolaires de 8 à 12 ans, animée par le compositeur Mathieu Lamboley. Une projection a aussi été organisée avec le Secours Populaire de Loire Atlantique afin de permettre à une centaine d’enfants de découvrir le festival (et pour la première fois l’océan pour certains) le temps d’une journée.

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    CONCERT HOMMAGE

    Chaque année, le festival met un compositeur à l'honneur. La 9ème édition avait ainsi portée par les battements trépidants de jazz de Kyle Eastwood. Il y eut aussi : Alexandre Desplat, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Vladimir Cosma, Eric Serra, Gabriel Yared…

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    Pour fêter cet anniversaire comme il se doit, les organisateurs ne pouvaient trouver meilleure idée qu'un hommage à Claude Lelouch et aux plus belles musiques de ses films ! En 2014, Claude Lelouch et son compositeur fétiche Francis Lai avaient ainsi été les premiers invités d’honneur du Festival de La Baule. Claude Lelouch avait alors déclaré être « le parrain de cœur du Festival ». Je vous avais longuement parlé ici de cette première édition. Vous pourrez retrouver mon compte-rendu de cette première édition ici.

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     Le prix d’honneur 2024 a donc été attribué à Claude Lelouch pour l’ensemble de sa carrière. C’était donc la deuxième fois qu’il recevait ce prix à La Baule puisqu’il il l’avait déjà reçu en 2014 lors de la première édition du festival. Cette année, il a illuminé le festival de sa présence, entre une passionnante master class et un concert inoubliable.

    « La musique parle à notre irrationnel » a déclaré Claude Lelouch lors de sa  master class. Certainement, en effet, lors du concert des 10 ans du festival, en hommage aux musiques de Francis Lai, n'y avait-il rien de rationnel à se laisser ainsi emporter par l'émotion, alors que j'avais assisté à une autre variation de ce concert saisissant, plus majestueuse, en 2022, au Palais des Congrès, pour les 85 ans du cinéaste (mon récit de ce précèdent spectacle symphonique, ici) mais l'émotion n'en a que faire de la majesté, elle s'insinue dans les interstices du cœur quand la raison baisse la garde et que les souvenirs et les rêves l’envahissent, et que la musique l'aiguise. Et au son de La Symphonie du cirque (musique d'Itinéraire d’un enfant gâté), il m’a semblé voir valser tous mes souvenirs comme dans une scène à la Lelouch. Dix ans de ce festival. Des souvenirs de tristesse abyssale vécus dans une sorte de brouillard.  De rêves qui s'élancent, renaissent, emportent.  De rencontres.  Un festival est comme un tour de manège qui vous laisse un peu étourdis. Et étourdissant ce festival le fut joyeusement chaque année.

    Ce « Concert Hommage aux Musiques des films de Claude Lelouch », sur la scène du Palais des Congrès et des Festivals – Jacques Chirac Atlantia – de La Baule, par l’Orchestre National des Pays de la Loire (ONPL) sous la direction du chef d’orchestre Nicolas Guiraud, l’arrangeur des musiques des films de Claude Lelouch,  fut l’occasion de célébrer non seulement les 60 ans de carrière de Claude Lelouch et plus de 50 films à son actif, mais également de fêter les 10 ans du Festival de La Baule. Ce grand concert symphonique totalement inédit, autour des bandes originales lelouchiennes emblématiques signées Francis Lai et Michel Legrand a enchanté les festivaliers. Il comptait parmi ses solistes Randy Kerber, le grand pianiste, claviériste, compositeur et orchestrateur américain qui a travaillé sur plus de 800 films dont TitanicLincoln, Harry Potter et Forrest Gump (le piano au début et à la fin du film c’est lui) ou encore La La Land (c’est lui qui double au piano Ryan Gosling) et qui a été nommé aux Oscars avec Quincy Jones pour la musique du film La Couleur Pourpre.

    Ce concert a fait tournoyer les souvenirs, la joie, la nostalgie, Dabadabada, Montmartre 1540, la voix de Trintignant, le bonjour d’Anconina, et comme dans un film de Lelouch, le réalisateur à l’honneur, a commencé par dédier ce concert à tous ceux qui ne sont plus « Anouk, Jean-Louis, Jean-Paul… » et a terminé sur scène en filmant le public et les musiciens. Décidément, cette année, la frontière entre fiction et réalité n’a cessé d’être franchie.

    L’émotion était également au rendez-vous lors de la diffusion de l’extrait des cinq premières minutes du film Les plus belles années d’une vie, peu de temps après la disparition d’Anouk Aimée.

    Au fil des ans, ce festival s'est imposé comme un rendez-vous incontournable, d'abord en novembre puis en été, mettant en lumière la musique de films mais aussi des films qui souvent ont ensuite connu un succès auprès de la critique et/ou du public. Cette année n’a pas dérogé à la règle. Rien qu'en 2023, le festival avait ainsi projeté des films tels que les formidables Le Théorème de Marguerite d'Anna Novion, Toni, en famille de Nathan Ambrosioni, Comme par magie de Christophe Barratier, Les Algues vertes de Pierre Jolivet etc. Autant de films que je vous avais vivement recommandés. Retrouvez, ici, mon compte-rendu de l'édition 2023 du festival.

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    Vous trouverez ayssu sur ce blog de très nombreuses critiques de films de Claude Lelouch : L'amour, c'est mieux que la vieUn + Une, mais aussi le récit du spectacle symphonique pour ses 85 ans en 2022, ici, la critique du film Les plus belles années d'une vie et le récit de la conférence de presse à Cannes, ou encore la critique d'Itinéraire d'un enfant gâté qui avait d'ailleurs été projeté dans le cadre du Festival de La Baule 2016, en présence de Richard Anconina.

    MASTER CLASS DE CLAUDE LELOUCH

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    Passionnante (comme toujours !) fut  la master class de Lelouch lors de laquelle fut notamment évoqué le fameux « concerto pour la fin d’un amour », extrait de la BO de Un homme qui me plaît avec cette fin inoubliable (Girardot elle-même ne savait pas si Belmondo sortirait ou non de l’avion, un film que je vous recommande vivement si vous ne l’avez pas encore vu).

    Quelques citations extraites de la master class (avec aussi les interventions de Didier Barbelivien, Valérie Perrin et Francis Huster) :

    -« La musique, c'est le langage du divin. »
    -« Je ne suis pas un metteur en scène, je suis un metteur en vie. Je me donne beaucoup de mal pour faire croire aux histoires que je raconte. »
    - « Je travaille avec un très grand scénariste qui est la vie. »
    - « Francis Lai était mon opposé. Il avait peur de l'avion, de sortir, de la vie. Il était amoureux de mes cascades et moi de sa simplicité et de son humilité. On a fait 35 films ensemble et, à chaque fois, il était mort de trac. Francis Lai était un ange. Avec Francis on parlait au cœur des gens. Legrand parlait plus au rationnel. »
    - « La musique, c'est le premier médicament que je prends quand je ne vais pas bien. »
    - « J'écoute la musique de mon film le matin en allant sur le plateau. »
    -« La musique est un immense directeur d'acteurs. »
    - « Je ne remercierai jamais assez tous les gens qui m'ont dit non, cela m'a permis de rencontrer ceux qui m'ont dit oui. »

    - « Dans les années 1962, 1963, on me propose de faire des scopitones. Je sors de mon premier film, Le propre de l’homme, qui avait été un ratage complet et qui m’avait mis dans une difficulté financière. Encore une fois, le hasard a joué un très grand rôle dans ma vie. Il a toujours eu du talent. Pendant deux ou trois ans, j’ai fait une centaine de scopitones avec toutes les stars de l’époque. En faisant tous ces petits films, je me disais, en faisant mes prochains films je commencerai toujours par la musique. »

    - « Le rationnel nous dit qu’on est mortels, qu’il faut faire la fin du mois. Et puis il y a notre part d’irrationnel, qui est notre inconscient, notre inné, et qui parle le mieux à notre part d’irrationnel, c’est la musique. »

    « Pendant deux heures, Francis Lai m’a fait écouter des thèmes merveilleux. Mais on ne tenait pas encore le thème principal. Il me dit, il y a un thème tellement simple, je n’ose pas te le faire écouter. C’était le thème d’Un homme et une femme. »

    « C’est ce que j’ai essayé de faire toute ma vie. Quand les acteurs cessent de jouer et quand ils redeviennent des êtres humains.  Moi j’ai eu envie de filmer la vie. Je ne suis pas un metteur en scène, je suis un metteur en vie. »

    Barbelivien, à propos de Francis Lai :
    « Je n'ai jamais connu quelqu'un d'aussi humble et modeste. Son problème, ce n'était pas de faire de la musique mais des émotions. »

    COMPETITION 

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    Le jury de cette 10ème édition était présidé par l'acteur, réalisateur, scénariste, producteur Franck Dubosc. Il était accompagné de : Leslie Medina (actrice, réalisatrice), Ludovic Bource (compositeur), Samuel Le Bihan (acteur), Audrey Dana (actrice, réalisatrice, écrivaine).

    Le festival a décerné ses prix lors d’une cérémonie qui s’est déroulée samedi 29 juin dans la grande salle du Palais des congrès et des festivals Jacques-Chirac – Atlantia, comble. Cinq longs métrages, cinq documentaires musicaux (avec pour la première fois la création d’un prix du meilleur documentaire musical) et six courts métrages étaient en compétition. 

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    Cinq longs-métrages figuraient en compétition parmi lesquels Le Fil de Daniel Auteuil (prix du public – groupe Barrière, musique : Gaspar Claus) et Le roman de Jim d'Arnaud Larrieu et Jean-Marie Larrieu (prix du meilleur film, musique de Bertrand Belin et Shane Copin), deux films remarquables primés dont vous pouvez retrouver mes critiques ci-dessous.

     CRITIQUE - LE FIL de Daniel Auteuil

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    Il y a des films comme cela, rares, qui capt(ur)ent votre attention dès la première seconde pour ne plus la lâcher, vous tenant en haleine jusqu’au dernier plan, lequel vous laisse sidérés, ne souhaitant dès lors qu’une chose : le revoir, pour en saisir la moindre nuance, pour décortiquer la moindre pièce du puzzle, pour déceler un indice qui nous aurait échappé. Le fil est de ceux-là. Les films de procès sont pourtant nombreux, et il devient de plus en plus difficile d’innover et de surprendre en la matière. Le film de Daniel Auteuil y parvient pourtant magistralement. Plus qu’un film de procès, Le Fil est la dissection de la quête de la vérité et de l’intime conviction. Il brosse le portrait de deux hommes que tout oppose en apparence, si ce n'est, peut-être, une quête de reconnaissance ou du moins de considération.

    Le titre se réfère au seul élément de preuve qui pourrait aboutir à la condamnation du suspect, un fil de sa veste retrouvé sous l’ongle de la victime, une veste qu’il avait dit ne pas avoir portée le soir du crime.

    Cela commence par des plans de tribunal auxquels succèdent ceux d’un paysage nimbé de lumière qui défile sur une musique entêtante, des notes pressées, impatientes même, qui coulent, ironisent peut-être. Puis, des enfants sur une balançoire. Le père qui les appelle à table. Le confort est spartiate, il ne semble pas faire très chaud dans la maison, mais le père s’occupe d’eux. On frappe à la porte. On lui annonce qu’il est placé en garde à vue pour homicide volontaire sur la personne de son épouse. Le père s’inquiète d’abord pour ses enfants : « Je ne peux pas laisser mes enfants comme ça. » On retrouve ensuite Maître Monier (Daniel Auteuil) avec son épouse, la rudesse qui émane de la scène précédente contraste avec la chaleur et la douceur qui les unissent. Complices, ils parlent d’un tableau venant de leur première année de mariage.

    Depuis qu’il a fait innocenter un meurtrier récidiviste, quinze ans auparavant, Maître Jean Monier ne prend plus de dossiers criminels. Ce soir-là, Maître Annie Debret (Sidse Babett Knudsen), son épouse, est appelée comme avocat commis d’office. Fatiguée, elle l’implore de la remplacer : « Tu vas faire la garde à vue et je récupère l'affaire demain ». Il accepte. Il rencontre alors Nicolas Milik (Grégory Gadebois), père de famille accusé du meurtre de sa femme qui lui raconte que cette dernière avait bu comme cela lui arrivait souvent, qu’ils se sont disputés, qu’elle a voulu le mettre dehors et a essayé de le frapper puis qu’elle est sortie. Touché par cet homme, il décide de le défendre. Convaincu de l’innocence de son client (« Pas de casier, ni un coupable crédible, ni un innocent évident, dit-il d’abord), il est prêt à tout pour lui faire gagner son procès aux assises, retrouvant ainsi le sens de sa vocation.

    La fille de Daniel Auteuil, Nelly Auteuil, qui produit le film avec Hugo Gélin (producteur mais aussi réalisateur des formidables Comme des frèresDemain tout commence, Mon Inconnue etc), a fait découvrir à l’acteur le blog que tenait un avocat aujourd’hui disparu, Jean-Yves Moyart, sous le pseudo de Maître Mô. C’est une des affaires qu’il relatait sur ce blog qui a inspiré le film.

    Le village, le bureau de l’avocat, le bar, les rues (vides souvent) … : le décor dépouillé permet de mettre en avant la force des mots et des silences, la puissance des visages et des gestes. Le spectateur se met alors à la place des jurés confrontés aux doutes face à la force de conviction de l’avocat.

     Nicolas Milik est apparemment un homme simple, qui ne boit pas, s’occupe de ses enfants qui l’aiment visiblement en retour. En apparence, il est une sorte de grand enfant désemparé, maladroit avec le langage et avec ses gestes, que personne ne semble avoir vraiment considéré, regardé ou écouté, à part son ami Roger (remarquable Gaëtan Roussel) qui le houspille pourtant sans vraiment le ménager. Le visage, le corps tout entier, les silences de Grégory Gadebois expriment tout cela avec maestria, ce mélange de rugosité et de tendresse bourrue. Il nous embarque alors dans sa vérité.

    Auteuil est lui aussi, une fois de plus, magistral, dans le rôle de cet avocat fragilisé, nerveux, que l’on sent pétri d’humanité, qui reprend vie et confiance en défendant son client (en pensant même le « sauver »), aveuglé en toute bonne foi, avec l’envie ardente de ceux qui veulent se bercer d’illusions pour tenter d’affronter la réalité et les noirceurs de l’âme humaine : « Je suis certain de son innocence. Rien dans son dossier n'indique le contraire. », « Il était un bon père. Il ne voulait que du bien à ses enfants. Rendez-vous ce père à ses enfants. »

    Autour d’eux, une pléiade d’acteurs aussi remarquables : Alice Belaïdi, convaincante dans le rôle de l’avocate générale persuadée de la culpabilité de l’accusé, Gaëtan Roussel dont on ne voit pas qu’il fait là ses débuts au cinéma tant il est crédible dans ce rôle de patron de bar acerbe et antipathique, et la formidable Sidse Babett Knudsen toujours à fleur d’émotions (dans L’Hermine de Christian Vincent, notamment, elle était irrésistiblement lumineuse).

    Avec ce sixième film en tant que réalisateur (La fille du puisatier,  et la « trilogie marseillaise de Pagnol », César, Marius, Fanny – au passage  beau cinéma populaire d’un romantisme sombre illuminé par la lumière du sud aussi incandescente que les deux acteurs principaux, par l’amour immodéré de Daniel Auteuil pour les mots de Pagnol, pour  ses personnages et ses acteurs, et Amoureux de ma femme), Daniel Auteuil prouve qu’il n’est pas seulement un de nos plus grands acteurs si ce n’est le plus grand – je crois que je vous ai assez dit à quel point le personnage de Stéphane qu’il incarne dans Un cœur en hiver, chef-d'œuvre de Claude Sautet est un des plus riches, fascinants, complexes de l’histoire du cinéma- et pour moi un grand auteur, poète et chanteur, ( si vous en doutez, écoutez ces chansons sublimes que sont Si vous m’aviez connu …-paroles de Daniel Auteuil et musique d’un certain… Gaëtan Roussel-, et toutes les autres de l’album éponyme)  mais aussi un cinéaste digne de ce nom.

    La photographie de Jean-François Hensgens éclaire et sonde au plus près les fragilités et les doutes de chacun, et nous plonge dans l'obscurité de ce tribunal (l'intrigue se déroule pourtant dans une région solaire, la Camargue, le contraste est d'autant plus frappant). La caméra scrute le moindre frémissement, le moindre vacillement.

    La musique est judicieusement à l’unisson des émotions de l’avocat, par exemple elle s’emballe en même temps qu’il retrouve l’énergie et l’envie quand il sort de la gendarmerie nationale et décide de défendre Milik, mais parfois des notes de piano lancinantes viennent instiller le doute. Le violoncelliste Gaspar Claus, pour ce film, a composé trois nouvelles compositions avec son violoncelle dont une variation autour de Bach avec également une pièce de piano de Johann Sebastian Bach Prélude en Do mineur qui rappelle un autre film récent de procès.  

    Je crois que la scène finale restera à jamais gravée dans ma mémoire, cette estocade après la corrida, le coup mortel (une allégorie qui parcourt le film), quand l’avocat revient voir son client en prison, que ce dernier le salue comme un bon copain, que son visage se reflète dans la vitre qui les sépare, symbole de cette terrible dualité que des mots effroyables vont transcrire, d’autant plus effroyables qu’ils sont prononcés avec une indécente innocence (et alors, on se souvient, abasourdis, que tout cela est inspiré d’une histoire vraie). Une fin aussi magistrale, sidérante, aiguisée, que glaçante et bouleversante qui révèle les méandres insoupçonnés et terrifiants de l’âme humaine et qui nous laisse comme celle de Garde à vue de Claude Miller : assommés. Un film captivant porté par une réalisation maligne et des comédiens au sommet de leur art.

    CRITIQUE - LE ROMAN DE JIM de Arnaud et Jean-Marie Larrieu

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    Le roman de Jim est l’adaptation du livre éponyme Pierric Bailly sorti en mars 2021. Par le truchement de sa maison d’éditions, P.O.L, l’auteur a fait parvenir son roman aux frères Larrieu dont il admire le cinéma.

    Aymeric (Karim Leklou) retrouve Florence (Laetitia Dosch), une ancienne collègue de travail, au hasard d’une soirée à Saint-Claude dans le Haut-Jura. Elle est enceinte de six mois et célibataire. Aymeric sort de prison. Quand Jim nait, Aymeric est là. Ils passent de belles années ensemble, jusqu'au jour où Christophe (Bertrand Belin), le père naturel de Jim (Eol Personne à 7 et 10 ans puis Andranic Manet à 23 ans), débarque... Ça pourrait être le début d’un mélo, c’est aussi le début d’une odyssée de la paternité.

    Dès le début se dégage du personnage du personnage d’Aymeric incarné par Karim Leklou beaucoup d’humanité et de gentillesse (« T’es gentil », lui dit ainsi Florence. « On me dit souvent que je suis gentil », répond-il), mais aussi d’empathie, celle, aussi, avec laquelle les Larrieu regardent chacun des personnages de ce film qui, tous, exhalent une vraie présence. Aymeric sort de prison pour un larcin dans lequel il s’est laissé embarquer, il a payé pour les autres, sans les dénoncer. Pour tout, d’ailleurs, Aymeric semble se laisser embarquer. Il regarde le monde à travers son appareil photo, toujours avec une profonde gentillesse, avançant avec discrétion.

    Joie et tristesse, douceur et cruauté des sentiments, tout cela se mêle habilement, sans esbroufe.  Karim Leklou interprète son personnage, si touchant, doux et vélléitaire, avec une infinie délicatesse et une grande générosité. Ce mélo décrit les nouvelles formes de paternité avec beaucoup de subtilité et de pudeur. Elles s’incarnent dans le personnage d’Aymeric, avec sa tendresse tranquille et communicative qui nous bouleverse subrepticement. Le roman de Jim, c’est aussi son histoire à lui, Aymeric, celle de sa renaissance.

    Laetitia Dosh ne démérite pas face à lui, libre, déjantée, un peu perdue, aimant mal. Sara Giraudeau, elle aussi est une femme libre et un peu perdue, professeure qui passe ses week-ends à danser et qui ne veut pas d’enfant, personnage salutairement iconoclaste et bienveillant qui saura regarder Aymeric et lui apporter sa vision solaire et généreuse de la vie.

    L’auteur compositeur et interprète Bertrand Belin joue le rôle de Christophe (il avait déjà joué dans le dernier long-métrage des Larrieu, Tralala, en 2021), auquel il apporte une présence évanescente et mélancolique qui sied parfaitement à ce personnage de père biologique. Il signe également la musique en collaboration avec Shane Copin.

    Les émotions contenues sont traduites par les délicates notes de piano auxquelles s’ajoutent de nombreux instruments pour signifier la joie et la respiration qu’inspirent les paysages du Jura. Shane Copin signe la musique électronique de Jim, aux Nuits Sonores, le festival de musique électro de Lyon, à la fin du film. La ballade de Jim d’Alain Souchon vient à point nommé là aussi pour instiller une note supplémentaire d’émotion et de tendresse. 

    Moins débridé que leurs autres films, parsemé d’une émotion contenue, avec Le roman de Jim, les Larrieu se sont surtout centrés sur leurs personnages, attachants, cabossés, incarnés par de remarquables comédiens.

    On ressort du Roman de Jim avec un sentiment de joie et de sérénité, gaiement bouleversés. On se souvient alors de la phrase de Florence au début du film : « C’est assez rare l’amour en fait ». Le roman de Jim est avant tout cela, un roman d’amour(s). Rare.

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    Cette année, le festival a également eu la bonne idée de proposer 4 documentaires musicaux en compétition. C’est le formidable Il était une fois Michel Legrand de David Hertzog Dessites qui a été primé du prix du meilleur documentaire musical. Vous pouvez retrouver ma critique ci-dessous.

    CRITIQUE - IL ETAIT UNE FOIS MICHEL LEGRAND de David Hertzog Dessites

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    Lola de Jacques Demy. Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. Eva de Joseph Losey. Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. Bande à part de Jean-Luc Godard. La vie de château de Jean-Paul Rappeneau. Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison. La Piscine de Jacques Deray. Peau d’Âne de Jacques Demy. Un été 42 de Robert Mulligan. Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau. Les Uns et les Autres de Claude Lelouch. Yentl de Barbra Streisand. Prêt-à-porter de Robert Altman.

    Sans doute associez-vous sans peine tous ces films, chefs-d’œuvre pour la plupart, au compositeur de leurs bandes originales, Michel Legrand. Mais sans doute ignorez-vous comment il a débuté sa carrière, les multiples rôles qu’il a endossés mais aussi qu’il a composé plus de 200 musiques de films, ou encore la dualité de l’homme derrière le compositeur doté d’un immense talent. Ce documentaire, passionnant, et même palpitant, explore tout cela.

    Michel Legrand entre ainsi au Conservatoire de Paris à l’âge de 10 ans et s’impose très vite comme un surdoué. 3 Oscars et 75 ans plus tard, il se produit pour la première fois à la Philharmonie de Paris devant un public conquis. De la chanson au cinéma, ce véritable virtuose n’a jamais cessé de repousser les frontières de son art, collaborant avec des légendes comme Miles Davis, Jacques Demy, Charles Aznavour, Barbra Streisand ou encore Natalie Dessay. Son énergie infinie en fait l’un des compositeurs les plus acclamés du siècle, dont les mélodies flamboyantes continuent de nous enchanter.

    14.11.2015 / 18.05.2017 / 28.06.024 / 12.11.2024. Que signifie cette suite de dates vous demandez-vous sans doute. La première correspond au jour où Michel Legrand a reçu le Prix d’honneur du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et, surtout, au jour de son inoubliable concert dans le cadre de ce même festival. C’était au lendemain des attentats du 13 novembre par lesquels Michel Legrand était évidemment bouleversé. Les spectateurs étaient donc doublement émus, par l’indicible tragédie de la veille survenue pendant un concert dans cette même salle et par l’émotion de Michel Legrand qui débuta son concert par quelques notes de La Marseillaise. Aujourd’hui encore, a fortiori en cette veille de 13 novembre, l’émotion m’étreint quand je repense à ce moment. Le 18 mai 2017, lors du festival, sur le toit du Palais des Festivals de Cannes, j’assistais, comme une enfant émerveillée, à un concert privé de Michel Legrand qui interpréta notamment la musique des Parapluies de Cherbourg sur différents tempos. Magique. Le 28 juin 2024, au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, Stéphane Lerouge  (spécialiste de la musique au cinéma qui a écrit avec Michel Legrand sa première autobiographie, Rien n'est grave dans les aigus) avait la gentillesse d’annoncer et présenter ma séance de dédicaces de La Symphonie des rêves (roman dans lequel Michel Legrand est un fil conducteur) dans la salle de cinéma, avant la projection du documentaire Il était une fois Michel Legrand de David Hertzog Dessites (que je remercie à nouveau pour ces quelques minutes volées à la présentation de son film). Ce jour de novembre sur lequel régnait une brume judicieusement onirique, j’ai donc (enfin) découvert ce remarquable documentaire qui nous conte Michel Legrand, une projection après laquelle j’apprends que le réalisateur a rencontré pour la première fois Michel Legrand lors de ce fameux concert cannois du 18 mai 2017.

    Cette suite de dates comme autant de souvenirs marquants et signes du destin pour vous faire comprendre à quel point ce documentaire était destiné à m’émouvoir. Mais il fallait aussi pour cela qu’il fût remarquable, et il l’est. C’est en allant voir L’Affaire Thomas Crown, en 1968, que se sont rencontrés les parents du réalisateur. En sortant du cinéma, ils ont acheté le 45 tours de la chanson du film, The Windmills of your Mind. Encore une histoire de destin et de dates. Ce film est passionnant parce que, en plus de montrer, à qui en douterait encore, à quel point la musique est un rouage essentiel d’un film, mais aussi un art à part entière, il évoque la complexité de l’âme de l’artiste, artiste exigeant à l’âme d’enfant, et c’est ce qui rend ce film unique et passionnant.

    Ce n’est en effet pas une hagiographie mais un documentaire sincère qui n’édulcore rien, mais montre l’artiste dans toute l’étendue de son talent, et de ses exigences, témoignages de son perfectionnisme mais sans doute plus encore masques de ses doutes. Il témoigne évidemment aussi magnifiquement de la richesse stupéfiante de l’œuvre de celui qui entre au Conservatoire de Paris à 10 ans et qui ensuite n’a cessé de jouer, jusqu’à son dernier souffle. Du souffle. C’est sans doute ce qui caractérise sa musique et ce documentaire. Un souffle constamment surprenant. Un souffle de liberté. Le souffle de la vie. Le souffle de l’âme d’enfant qui ne l’a jamais quitté. Ce film est aussi un hymne à la musique qui porte et emporte, celle pour laquelle Michel Legrand avait tant d’« appétit ».

     Il vous enchantera en vous permettant de réentendre ses musiques les plus connues, des films de Demy, de L’Affaire Thomas Crown, de Yentl, mais aussi de découvrir des aspects moins connus comme ses collaborations dans la chanson française, jusqu’à ce ciné Concert de la Philharmonie de Paris en décembre 2018. Son dernier. Un vrai moment de cinéma monté comme tel. Truffaut disait bien que la réalité a plus d’imagination que la fiction, cette séquence palpitante en est la parfaite illustration. Un moment où il est encore question de souffle, le nôtre, suspendu à ce moment qu’il a magistralement surmonté, bien qu’exsangue. Encore une histoire de souffle.  Son dernier. Presque. Il décèdera moins de deux mois après ce concert.

    En plus d’être le résultat d’un travail colossal (constitué d’images de films, d’archives nationales et privées, d’une multitude de passionnants témoignages et séquences tournées lors des deux dernières années de vie du maestro), c’est aussi le testament  poignant d’un artiste légendaire, aux talents multiples : pianiste, interprète, chanteur, producteur, arrangeur, chef d'orchestre, et compositeur de plus de 200 musiques de films (dont de multiples chefs-d’œuvre à l’image de toutes les musiques des films de Demy) jusqu’à celle du film inachevé d’Orson Welles, De L’Autre Côté Du Vent.

    De son passage au conservatoire de Paris sous l’occupation alors qu’il avait 11 ans, jusqu’à son dernier concert à la Philarmonie de Paris, le réalisateur nous conte avec passion Michel Legrand, un homme double et complexe comme sa musique. Il a fallu plusieurs années de travail et deux ans de tournage à David Hertzog Dessites pour financer ce projet mais aussi pour en trouver les producteurs et ausculter les milliers d’archives avant un montage de trois mois afin qu’il puisse être présenté au Festival de Cannes.

    « La musique est la langue des émotions » selon Kant. Celle qui va droit au cœur et à l’âme, ce documentaire en témoigne parfaitement. L’émotion vous emportera, vous aussi, à l'issue de ce documentaire enfiévré de musique, je vous le garantis. Vous l’aurez compris, je vous le recommande vivement, comme je l’avais fait pour Ennio de Giuseppe Tornatore, autre film de référence sur un compositeur de légende. 

     

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    Comme chaque année, la compétition des courts métrages constituait aussi un des temps forts du festival. C'est Allez ma fille de Chloé Jouannet qui a remporté ce prix.

    Le festival fut également l'occasion de découvrir 5 longs-métrages hors compétition parmi lesquels Prodigieuses de Frédéric Potier et Valentin Potier, en ouverture, mais aussi D'un film à l'autre, le documentaire de et sur la carrière de Claude Lelouch.

    Prodigieuses, c’est l’histoire de Claire et Jeanne, jumelles pianistes virtuoses, admises dans une prestigieuse université de musique dirigée par l’intraitable professeur Klaus Lenhardt. Elles portent ainsi l’ambition de leur père qui a tout sacrifié pour faire d'elles les meilleures. Mais, une maladie orpheline, fragilise peu à peu leurs mains, et compromet brusquement leur ascension. Refusant de renoncer à leur rêve, elles vont devoir se battre et se réinventer pour devenir, plus que jamais, prodigieuses. D’après une histoire vraie. Ce premier film de Frédéric et Valentin Potier dont la musique originale a été composée par Dan Levy met en scène Camille Razat et Mélanie Robert, deux comédiennes incandescentes et formidables en jumelles pianistes. Une poignante histoire féministe de résilience et de sororité qui a bouleversé les festivaliers.

    CRITIQUE - D'un film à l'autre de Claude Lelouch

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    Lelouch. Prononcez ce nom et vous verrez immédiatement l’assistance se diviser en deux. D'un côté, les adorateurs qui aiment : ses fragments de vérité, ses histoires d’amour éblouissantes, sa vision romanesque de l’existence, sa sincérité, son amour inconditionnel du cinéma, ses aphorismes récurrents, une musique et des sentiments grandiloquents, la beauté parfois cruelle des hasards et coïncidences. De l'autre, les détracteurs qui lui reprochent son sentimentalisme et tout ce que les premiers apprécient, et sans doute de vouloir raconter une histoire avant tout, que la forme soit au service du fond et non l’inverse. Je fais partie de la première catégorie et tant pis si pour cela je dois subir la condescendance des seconds. Le cinéma est pour moi avant tout affaire de passion, de sincérité, d’audace et quoiqu’en disent ses détracteurs, le cinéma de Claude Lelouch se caractérise par ces trois éléments comme le démontre magnifiquement de documentaire « D’un film à l’autre » réalisé à l’occasion des 50 ans des films 13.  Un documentaire qui résume un demi-siècle de cinéma du Propre de l’homme à Ces amours-là.

    Ayant pourtant lu l’autobiographie de Claude Lelouch (Itinéraire d’un enfant très gâté, Robert Laffont) que je vous recommande et ayant vu un grand nombre de ses films, j’ai néanmoins appris pas mal d’anecdotes et en ai réentendu d’autres comme l’histoire de la rencontre de ses parents auquel fera formidablement écho la remise de son Oscar des années plus tard (je vous laisse la découvrir si vous ne connaissez pas l’anecdote). Magnifique hasard à l’image de ceux qu’il met en scène.

    Un parcours fait de réussites flamboyantes et d’échecs retentissants. « C’est plus difficile aujourd’hui de sortir d’un échec, aujourd’hui la terre entière est au courant. A l’époque, cela restait confidentiel. Derrière un échec on peut rebondir autant qu’on veut si on ne demande rien aux autres. Etant donné que j’ai toujours été un spécialiste du système D, j’ai toujours trouvé le moyen de tourner des films » a-t-il précisé lors du débat qui avait suivi la projection lors de laquelle j'avais vu ce documentaire.

     La plus flamboyante de ses réussites fut bien sûr Un homme et une femme, palme d’or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement ! Film que Claude Lelouch a, comme souvent réalisé, après un échec. Ainsi le 13 septembre 1965, désespéré, il roule alors vers Deauville où il arrive la nuit, épuisé. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture,  elle  marche sur la plage avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera Un homme et une femme, la rencontre de deux solitudes blessées qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires.

    Une histoire que vous redécouvrirez parmi tant d’autres comme les derniers instants de Patrick Dewaere,  et une multitude d’autres hasards et coïncidences et d’histoires sur les uns et les autres que Lelouch nous raconte en voix off, avec passion et sincérité, comme un film, celui de son existence, une existence à 100 à l’heure, à foncer et ne rien regretter à l’image de son court-métrage C'était un rendez-vous qui ouvre le documentaire. L’histoire d’une vie et une histoire, voire une leçon, de cinéma. Claude Lelouch souligne notamment l’importance de la musique tellement importante dans ses films : « L’image, c’est le faire-valoir de la musique ». « Chaque nouvelle invention modifie l’écriture cinématographique. Mes gros plans c’est ma dictature, et les plans larges c’est ma démocratie, et pas de plan moyen. » a-t-il précisé lors du débat. « Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui va très vite et on n’a plus le temps de lire le mode d’emploi alors que de mon temps on avait le temps de lire le  mode d’emploi mais il y a quelque chose qui n’a pas fait de progrès c’est l’amour.  La montée et la descente d’une histoire d’amour  m’ont toujours fasciné. »

    Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même n’avait « pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,  Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ».

     Quel bonheur de revoir Jean-Paul Belmondo, Jacques Villeret, Yves Montand, Annie Girardot,  Jean Louis Trintignant, Anouk Aimée, Fabrice Luchini Evelyne Bouix, Catherine Deneuve, Lino Ventura, Fanny Ardant,  Francis Huster, Alessandra Martines, tantôt irrésistibles ou bouleversants, parfois les deux, magnifiés par la caméra de Claude Lelouch qui sait si bien, par sa manière si particulière de tourner et surtout de diriger les acteurs, capter ces fameux fragments de vérités. « Les parfums de vérité plaisent au public français. Donner la chair de poule, c’est l’aristocratie de ce métier. » Comment ne pas être ému en revoyant Annie Girardot dans Les Misérables ( film qui lui vaudra ce César de la meilleure actrice dans un second rôle, en 1996, et sa déclaration d’amour éperdue au cinéma ), Jean-Paul Belmondo et Richard Anconina dans Itinéraire d’une enfant gâté (d'ailleurs projeté à La Baule, il y a quelques années) ? Des extraits comme autant de courts-métrages qui nous laissent un goût d’inachevé et nous donnent envie de revoir les films de Lelouch.

    « Il n’y a pas de vraies rencontres sans miracles » d’après Claude Lelouch et chacun de ces miracles en a donné un autre, celui du cinéma.  «L’idée était de raconter l’histoire des films 13 et comment je suis allée d’un miracle à l’autre car un film est toujours un miracle. »

    Alors tant pis si une certaine critique continue de le mépriser (il y est habitué lui dont un critique clairvoyant disait à ses débuts  "Claude Lelouch... Souvenez-vous bien de ce nom. Vous n'en entendrez plus jamais parler.")  voire les professionnels de la profession ( car  comme il le dit lui-même :  « Un seul critique qui compte sur moi, c’est le temps qui passe ».

     Alors si comme moi, vous aimez le cinéma de Claude Lelouch et les fragments de vérité, si vous croyez aux  hasards et coïncidences, fussent-ils improbables, ne manquez pas ce documentaire qui est aussi la leçon d’une vie d’un homme  qui a su tirer les enseignements de ses succès et surtout de ses échecs et d’un cinéaste qui a sublimé l’existence et les acteurs, ce dont témoigne chaque seconde de ce documentaire passionnant, l'itinéraire d'un enfant gâté, passionné fou de cinéma.

     

    A également projeté le film de Michel Hazanavicius, La plus précieuse des marchandises, qui figurait en compétition du 77ème Festival de Cannes, par ailleurs lauréat du Prix de la Semaine du Cinéma Positif.

    CRITIQUE - LA PLUS PRECIEUSE DES MARCHANDISES de Michel Hazanavicius

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    Le film de Michel Hazanavicius, La Plus Précieuse Des Marchandises figurait parmi les films en compétition de ce Festival de Cannes 2024.

    L’an passé, avec son chef-d’œuvre La Zone d’intérêt, également présenté en compétition à Cannes mais aussi en avant-première dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2023, Jonathan Glazer prouvait d’une nouvelle manière, singulière, puissante, audacieuse et digne, qu’il est possible d’évoquer l’horreur sans la représenter frontalement, par des plans fixes, en nous en montrant le contrechamp, reflet terrifiant de la banalité du mal, non moins insoutenable, dont il signait ainsi une démonstration implacable, réunissant dans chaque plan deux mondes qui coexistent, l'un étant une insulte permanente à l’autre.

    Avant lui, bien d’autres cinéastes avaient évoqué la Shoah : Claude Lanzmann (dont le documentaire, Shoah, reste l’incontournable témoignage sur le sujet, avec également le court-métrage d’Alain Resnais, Nuit et brouillard) qui écrivit ainsi : « L’Holocauste est d’abord unique en ceci qu’il édifie autour de lui, en un cercle de flammes, la limite à ne pas franchir parce qu’un certain absolu de l’horreur est intransmissible : prétendre pourtant le faire, c’est se rendre coupable de la transgression la plus grave. »

    Autre approche que celle de La Liste de Schindler de Spielberg ( qui va à l'encontre même de la vision de Lanzmann) dont le scénario sans concessions au pathos de Steven Zaillian, la photographie entre expressionnisme et néoréalisme de Janusz Kaminski (splendides plans de Schindler partiellement dans la pénombre qui reflètent les paradoxes du personnage), l’interprétation de Liam Neeson, passionnant personnage, paradoxal, ambigu et humain à souhait, et face à lui, la folie de celui de Ralph Fiennes, la virtuosité et la précision de la mise en scène (qui ne cherche néanmoins jamais à éblouir mais dont la sobriété et la simplicité suffisent à retranscrire l’horrible réalité), la musique poignante de John Williams par laquelle il est absolument impossible de ne pas être ravagé d'émotions à chaque écoute (musique solennelle et austère qui sied au sujet avec ce violon qui larmoie, voix de ceux à qui on l’a ôtée, par le talent du violoniste israélien Itzhak Perlman, qui devient alors, aussi, le messager de l’espoir), et le message d’espérance malgré toute l’horreur en font un film bouleversant et magistral. Et cette petite fille en rouge que nous n'oublierons jamais, perdue, tentant d’échapper au massacre (vainement) et qui fait prendre conscience à Schindler de l’individualité de ces Juifs qui n’étaient alors pour lui qu’une main d’œuvre bon marché.

    En 2015, avec Le Fils de Saul, László Nemes nous immergeait dans le quotidien d'un membre des Sonderkommandos, en octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau.

    Avec le plus controversé La vie est belle, Benigni avait lui opté pour le conte philosophique, la fable pour démontrer toute la tragique et monstrueuse absurdité à travers les yeux de l’enfance, de l’innocence, ceux de Giosué. Benigni ne cède pour autant à aucune facilité, son scénario et ses dialogues sont ciselés pour que chaque scène « comique » soit le masque et le révélateur de la tragédie qui se « joue ». Bien entendu, Benigni ne rit pas, et à aucun moment, de la Shoah mais utilise le rire, la seule arme qui lui reste, pour relater l’incroyable et terrible réalité et rendre l’inacceptable acceptable aux yeux de son enfant. Benigni cite ainsi Primo Levi dans Si c’est un homme qui décrit l’appel du matin dans le camp. « Tous les détenus sont nus, immobiles, et Levi regarde autour de lui en se disant : «  Et si ce n’était qu’une blague, tout ça ne peut pas être vrai… ». C’est la question que se sont posés tous les survivants : comment cela a-t-il pu arriver ? ». Tout cela est tellement inconcevable, irréel, que la seule solution est de recourir à un rire libérateur qui en souligne l'absurdité. Le seul moyen de rester fidèle à la réalité, de toute façon intraduisible dans toute son indicible horreur, était donc, pour Benigni, de la styliser et non de recourir au réalisme. Quand il rentre au baraquement, épuisé, après une journée de travail, il dit à Giosué que c’était « à mourir de rire ». Giosué répète les horreurs qu’il entend à son père comme « ils vont faire de nous des boutons et du savon », des horreurs que seul un enfant pourrait croire mais qui ne peuvent que rendre un adulte incrédule devant tant d’imagination dans la barbarie (« Boutons, savons : tu gobes n’importe quoi ») et n’y trouver pour seule explication que la folie (« Ils sont fous »). Benigni recourt à plusieurs reprises intelligemment à l’ellipse comme lors du dénouement avec ce tir de mitraillette hors champ, brusque, violent, où la mort terrible d’un homme se résume à une besogne effectuée à la va-vite. Les paroles suivantes le « C’était vrai alors » lorsque Giosué voit apparaître le char résonne alors comme une ironie tragique. Et saisissante.

    C’est aussi le genre du conte qu’a choisi Michel Hazanavicius, pour son premier film d’animation, qui évoque également cette période de l’Histoire, une adaptation du livre La Plus Précieuse Des Marchandises de Jean-Claude Grumberg. Le producteur Patrick Sobelman lui avait ainsi proposé d’adapter le roman avant même sa publication.

     Le réalisateur a ainsi dessiné lui-même les images, particulièrement marquantes (chacune pourrait être un tableau tant les dessins sont magnifiques), il dit ainsi s’être nourri du travail de l’illustrateur Henri Rivière, l’une des figures majeures du japonisme en France. En résulte en effet un dessin particulièrement poétique, aux allures de gravures ou d’estampes.

    Ainsi est résumé ce conte :  Il était une fois, dans un grand bois, un pauvre bûcheron (voix de Grégory Gadebois) et une pauvre bûcheronne (voix de Dominique Blanc). Le froid, la faim, la misère, et partout autour d´eux la guerre, leur rendaient la vie bien difficile. Un jour, pauvre bûcheronne recueille un bébé. Un bébé jeté d’un des nombreux trains qui traversent sans cesse leur bois. Protégée quoi qu’il en coûte, ce bébé, cette petite marchandise va bouleverser la vie de cette femme, de son mari, et de tous ceux qui vont croiser son destin, jusqu’à l’homme qui l’a jeté du train.

     Avant même l’horreur que le film raconte, ce qui marque d’abord, ce sont les voix, celle si singulière et veloutée de Jean-Louis Trintignant d’abord (ce fut la dernière apparition vocale de l’acteur décédé en juin 2022) qui résonne comme une douce mélopée murmurée à nos oreilles pour nous conter cette histoire dont il est le narrateur. Dans le rôle du « pauvre bûcheron », Grégory Gadebois, une fois de plus, est d’une justesse de ton remarquable, si bien que même longtemps après la projection son « Même les sans cœurs ont un cœur » (ainsi appellent-ils d’abord les Juifs, les « sans cœurs » avant de tomber fou d’amour pour ce bébé et de réaliser la folie et la bêtise de ce qu’il pensait jusqu’alors et avant d’en devenir le plus fervent défenseur, au péril de sa vie) résonne là aussi encore comme une litanie envoûtante et bouleversante.

    Le but était ainsi que le film soit familial et n’effraie pas les enfants. Les images des camps sont donc inanimées, accompagnées de neige et de fumée, elles n’en sont pas moins parlantes, et malgré l’image figée elles s’insinuent en nous comme un cri d’effroi. Le but du réalisateur n’était néanmoins pas de se focaliser sur la mort et la guerre mais de rendre hommage aux Justes, de réaliser un film sur la vie, de montrer que la lumière pouvait vaincre l’obscurité. Un message qu’il fait plus que jamais du bien d’entendre.

     Le film est accompagné par les notes d’Alexandre Desplat qui alternent entre deux atmosphères du conte : funèbre et féérique (tout comme dans le dessin et l’histoire, la lumière perce ainsi l’obscurité). S’y ajoutent deux chansons : La Berceuse (Schlof Zhe, Bidele), chant traditionnel yiddish, et Chiribim Chiribom, air traditionnel, interprétées par The Barry Sisters.

    Michel Hazanavicius signe ainsi une histoire d’une grande humanité, universelle, réalisée avec délicatesse, pudeur et élégance sans pour autant masquer les horreurs de la Shoah. Les dessins d’une grande qualité, les sublimes voix qui narrent et jouent l’histoire, la richesse du texte, la musique qui l’accompagne en font un film absolument captivant, d’une grande douceur malgré l’âpreté du sujet et de certaines scènes. Un conte qui raconte une réalité historique. Une ode au courage, elle-même audacieuse. On n’en attendait pas moins de la part de celui qui avait osé réaliser des OSS désopilants, mais aussi The Artist, un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages), en noir et blanc tourné à Hollywood, un film qui concentre magistralement la beauté simple et magique, poignante et foudroyante, du cinéma, comme la découverte de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable. Chacun de ses films prouve l’immense étendue du talent de Michel Hazanavicius qui excelle et nous conquiert avec chaque genre cinématographique, aussi différents soient-ils avec, toujours, pour point commun, l’audace.

    Des années après Benigni, Hazanavicius a osé à son tour réaliser un conte sur la Shoah, qui est avant tout une ode à la vie, un magnifique hommage aux Justes, sobre et poignant, qui use intelligemment du hors champ pour nous raconter le meilleur et le pire des hommes, la générosité, le courage et la bonté sans limites (représentées aussi par cette Gueule cassée de la première guerre mondiale incarnée par la voix de Denis Podalydès)  et la haine, la bêtise et la cruauté sans bornes, et qui nous laisse après la projection, bouleversés, avec, en tête, les voix de Grégory Gadebois et Jean-Louis Trintignant, mais aussi cette lumière victorieuse, le courage des Justes auquel ce film rend magnifiquement hommage et cette phrase, à l’image du film, d’une force poignante et d’une beauté renversante  :  « Voilà la seule chose qui mérite d’exister : l’amour. Le reste est silence ».

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    A également été projeté en avant-première le film Seul de Pierre Isoard (avec le président du jury Samuel Le Bihan).

    Trois "coups de projecteur" ont également été projetés hors compétition.

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    La projection du poignant Le cœur qui bat de Vincent Delerm donna ainsi lieu à une master class de ce dernier qui a partagé avec le public sa passion de la musique de films, notamment de Delerue.

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    Entre fiction et documentaire, Le cœur qui bat est long-métrage intense et poétique. Un film tourné en 50 mm singulier et universel sur le sentiment amoureux qui suspend plusieurs fois le vol du temps, notamment le temps d’une chanson de Suzanne Lindon. Vincent Delerm opère seul et empoigne sa caméra pour s’en aller sonder des femmes et des hommes, anonymes, artistes, connaissances ou amis, au printemps ou à l’hiver de leurs vies, tous dissemblables mais tous à l’unisson lorsqu’il s’agit d’évoquer avec délicatesse, émotion ou humour leurs rapports aux vertiges de l’amour.

    Les amateurs de frissons et sueurs froides n’étaient pas en reste avec la séance de minuit consacrée à Nous les zombies de RKSS.

    Le festival, comme chaque année, a également proposé deux films classiques, Les Misérables de Claude Lelouch et Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. 

    Enfin, le jeune (et moins jeune) public a pu se régaler avec Petit Panda en Afrique.

    LE PALMARÈS COMPLET DE LA 10ème ÉDITION DU FESTIVAL DE LA BAULE

    Prix du meilleur film : Le Roman de Jim d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu. Musique de Bertrand Belin et Shane Copin. (Production : SBS Productions. Distribution : Pyramide Distribution)

    Prix de la meilleure musique de film : Dan Levy pour la musique du film Pendant ce temps sur Terre réalisé par Jérémy Clapin (Production : One World Films. Distribution : Diaphana Distribution)

    Prix de la meilleure interprétation : Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard pour leur rôle dans le film Pourquoi tu souris ? réalisé par Christine Paillard et Chad Chenouga (Production : TS Productions. Distribution : Ad Vitam)

    Prix du meilleur court métrage : Allez ma fille réalisé par Chloé Jouannet. (Production : Nolita)                                      

    Prix du public – groupe Barrière : Le Fil réalisé par Daniel Auteuil. Musique : Gaspar Claus (Production : Zazi Films. Distribution : Zinc)

    Prix du meilleur documentaire musical : Il était une fois Michel Legrand de David Hertzog Dessites (Production : Martine et Thierry de Clermont Tonnerre, David Hertzog Dessites. Distribution : Dulac Distribution)

    Prix de la meilleure musique de l’année : Gabriel Yared pour la musique du film L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli.

    Prix Révélation jeune talent compositeur : Sam Tranchet.

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    La 11ème édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule aura lieu du 25 au 29 juin 2025.

     Remerciements

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    Je remercie tout particulièrement l’équipe du Relais & Châteaux Barrière Le Castel Marie-Louise et son directeur Thomas Chalet pour leur accueil si chaleureux dans cette maison qui possède une (belle) âme, mais aussi les équipes de l’hôtel Barrière L'Hermitage pour  ces photos sur les lieux de l'intrigue de mon roman. Merci aussi à Lilia Millier. Je remercie également tout particulièrement la Maison de la Presse de La Baule et le Cinéma Le Gulf Stream pour leur soutien, pour la première séance de dédicaces dans le cadre du festival au Gulf Stream mais aussi pour la deuxième improvisée le lendemain à la Maison de la Presse de la Ville de La Baule-Escoublac. Et je remercie les lecteurs nombreux et curieux…

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     Merci également à Michel Oriot pour l'article dans Ouest-France. Et à Mathilde Huaulme pour la communication autour de la séance de dédicaces. Merci également à Sam Bobino pour avoir permis cette mise en abyme avec la séance de dédicaces.

  • Bilan et palmarès du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2023

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    Selon Simone de Beauvoir, « Il existe des procédés magiques qui suppriment les distances de l'espace et du temps : les émotions. » Quand, début septembre, l'été expire ses dernières lueurs, chaque année, les émotions deauvillaises les ravivent avec cet incontournable rendez-vous, supprimant la distance le séparant de l’édition précédente, d’autant plus avec ce 49ème Festival au programme passionnant, nullement altéré par les absences (pour cause de grève à Hollywood) de ceux qui auraient dû être à l'honneur cette année, récipiendaires de Deauville Talent Awards : Natalie Portman, Jude Law, Joseph Gordon-Levitt, Peter Dinklage.

    Comme chaque année, ce festival fut le reflet des ombres et lumières de la société américaine, et nous a offert une plongée réjouissante et/ou angoissante dans ses tourments et ses espoirs, avec 80 films en sélection officielle.

    Après quelques notes enchanteresses de Kyle EastwoodGuillaume Canet, président du jury, a rendu hommage au cinéaste Jerry Schatzberg comme son « ami et père spirituel » qui « représente le festival indépendant américain » L’occasion aussi de découvrir le documentaire que lui consacre Pierre Filmon, un plan-séquence qui met en exergue la richesse, la profondeur, la diversité du travail du photographe qui parvient toujours à capter la vérité des êtres. 

    Dans le cadre de Fenêtre sur le cinéma français, 3 œuvres françaises furent projetées en première mondiale dont Icon of french cinema de Judith GodrècheL'Heure de la Croisette a mis en lumière trois films de la sélection officielle du dernier Festival de Cannes :

    - Le Prix du jury, Les feuilles mortes de Aki Kaurismäki, petit bijou de poésie mélancolique d’une drôlerie désespérée, irradié de musique.

    Le règne animal de Thomas Cailley. Film hybride, audacieux, intelligemment métaphorique, teinté d’humour, récit initiatique, fable cauchemardesque d’une force rare mais aussi fim tendre sur la relation entre un père et son fils. Une auscultation de l’animalité de l’homme mais aussi une ode à la différence.

    L’enlèvement de Marco Bellochio. Fresque fascinante, opéra baroque, tragique et flamboyant, filmé dans un clair-obscur fascinant. Plaidoyer contre la folie religieuse et les fanatismes.

    Le chef-d’œuvre de ce festival fut La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer, Grand Prix du dernier Festival de Cannes. Cela commence par un écran noir tandis que des notes lancinantes et douloureuses viennent nous avertir que la sérénité qui lui succèdera sera fallacieuse. La première scène nous donne à voir une image bucolique, et Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz de 1940 à 1943, qui habite avec sa famille dans une villa avec jardin, derrière les murs du camp. Un air de gaieté flotte dans l’air. C’est dans cette banalité que réside toute l’horreur, omniprésente, dans chaque son, chaque arrière-plan, chaque hors-champ. Cette zone d’intérêt, ce sont les 40 kilomètres autour du camp, ainsi qualifiés par les nazis. Une qualification qui englobe déjà le cynisme barbare de la situation.  L’arrière-plan teinte d’horreur tout ce qui se déroule au premier. La vie est là dans ce jardin, entre le père qui fume, les pépiements des oiseaux et les cris joyeux des enfants, éclaboussant de son indécente frivolité la mort qui sévit constamment juste à côté. La « banalité du mal » définie par Hannah Arendt dans chaque plan. Jonathan Glazer prouve d’une nouvelle manière, singulière, puissante, audacieuse et digne, qu’il est possible d’évoquer l’horreur sans la représenter frontalement. Cette image qui réunit dans chaque plan deux mondes qui coexistent et dont l’un est une insulte permanente à l’autre est absolument effroyable.  Si cette famille nous est montrée dans sa quotidienneté, c’est avant tout pour nous rappeler que la monstruosité peut porter le masque de la normalité. Un choc cinématographique. Un choc nécessaire. Pour rester en alerte. Pour ne pas oublier les victimes de l’horreur absolue mais aussi que le mal peut prendre le visage de la banalité. Un film brillant, glaçant, marquant, incontournable.

    Cette dichotomie permanente entre ce vacarme et l’indifférence me rappelle le formidable travail sur le son dans Les Magnétiques de Vincent Maël Cardona, prix d’Ornano-Valenti 2021, prix cette année dévolu au premier long-métrage de fiction de la documentariste Delphine Deloget, Rien à perdre, magnifique portrait de femme prise au piège de mécanismes et d’une réalité qui la dépassent. Virginie Efira incarne une mère dont le fils se blesse alors qu’il est seul dans l’appartement. Les services sociaux sont alertés et placent l’enfant en foyer. Ce film nous tient en haleine de la première à la dernière seconde, en empathie avec cette mère aimante, qui révèle peu à peu ses zones d’ombre. Un film bouleversant qui met en exergue les dysfonctionnements d’une machine administrative rigide et implacable.

    Le festival propose aussi désormais des « conversations avec... ».  Luc Besson (à l'occasion de la première de son film Dogman) et Carole Bouquet (pour Captives de Arnaud des Pallières) furent cette année à l’honneur.

    Les 14 films en compétition officielle (dont 9 premiers films) ont dressé le tableau de l’état (délabré souvent, et en quête d’espoir) des États d’Amérique.

    Pour succéder à Aftersun de Charlotte Wells, film gracieux, d’une délicatesse mélancolique qui charrie la beauté fugace de l’enfance et la saveur inégalable de ses réminiscences (floues), il fallait un film aussi réjouissant et extravagant que LaRoy de Shane Atkinson qui a raflé le Grand Prix, le Prix du Public et le Prix de la Critique. Ce thriller teinté d'humour noir, tel celui des frères Coen, débute ainsi : un homme prend en stop un automobiliste en panne qui sous-entend qu’il est peut-être un tueur, quand son chauffeur émet la même hypothèse. Des dialogues savoureux. Une musique de Delphine Malausséna, Rim Laurens et Clément Peiffer. Le décor de cette petite ville trompeusement sereine dissimulant l’excentricité et le chaos intérieur des êtres. Un bijou entre comédie et thriller. Jubilatoire.

    Selon Baudelaire, « La mélancolie est l’illustre compagnon de la beauté. Elle l’est si bien que je ne peux concevoir aucune beauté qui ne porte en elle sa tristesse. » L’oublié du palmarès, Past lives – nos vies d’avant de Celine Song illustre parfaitement ces mots. Un film d’une mélancolie subrepticement envoûtante. Dans cette époque de fureur, de course effrénée et insatiable au résultat et à l’immédiateté, y compris dans les sentiments, ce refus du mélodrame, de l’explicite et de l’excès, n’est pas du vide, mais au contraire un plein de sensations et troubles contenus qui nous enveloppent, nous prennent doucement par la main, jusqu’à la fin, le moment où surgit enfin l’émotion, ravageuse.  Les notes cristallines, jamais redondantes ou insistantes, accompagnent le mystère qui lie les personnages, magnifient leurs silences et subliment l’implicite. Ce film tout en retenue, ensorcelante, est un joyau de pudeur, de subtilité, d’émotions profondes que l’on emporte avec soi une fois la porte de Nora refermée, et celle de son cœur avec, une fois celui-ci s'étant laissé brusquement envahir et submerger.

    Ont été récompensés du Prix du juryThe Sweet East de Sean Price Williams et Fremont de Babak Jalali, L’histoire d’une réfu­giée afghane de 20 ans, qui tra­vaille pour une fabrique de for­tune cookies. Le portrait d’une femme immigrée et solitaire, fière, combattive, déterminée, indépendante, rêveuse. Le mode de filmage, en 4/3, en plans fixes et en noir et blanc, poétise la mélancolie intemporelle qui émane de son personnage, lui procure de l’élégance, une douceur qui rassérène. On ressort de ce film salutairement lent et délicat, aux accents kaurismäkiens et jarmuschiens, comme l’on quitte ce festival : à regret et le cœur illuminé par les possibles de l’avenir.

    PALMARES COMPLET

    Le Jury de la 49ème édi­tion du Fes­ti­val du ciné­ma amé­ri­cain de Deau­ville, pré­si­dé par Guillaume Canet, entou­ré d’A­lexandre Aja, Anne Berest, Laure de Cler­mont-Ton­nerre, Léa Mysius, Mari­na Hands de la Comé­die-Fran­çaise, Rebec­ca Mar­der, Sté­phane Bak et Maxim Nuc­ci alias Yode­lice a décer­né les prix suivants :

    Grand Prix
    LAROY de Shane Atkinson
    (dis­tri­bu­tion : ARP Sélection)
    En salles en avril 2024

    Prix du Jury
    THE SWEET EAST de Sean Price Williams
    (dis­tri­bu­tion : Potem­kine Films)

    Prix du Jury
    FREMONT de Babak Jalali
    (dis­tri­bu­tion : JHR Films )
    En salles le 6 décembre 2023

    Le Jury de la Révé­la­tion de la 49e édi­tion du Fes­ti­val du ciné­ma amé­ri­cain de Deau­ville, pré­si­dé par Méla­nie Thier­ry, entou­rée de Julia Faure, Pablo Pau­ly, Rama­ta-Tou­laye Sy, Félix Lefebvre, et Cécile Maistre-Cha­brol a décer­né les prix suivants :

    Prix Fon­da­tion Louis Roe­de­rer de la Révé­la­tion 2023
    THE SWEET EAST de Sean Price Williams
    (dis­tri­bu­tion : Potem­kine Films)

    Prix du Public de la Ville de Deauville
    LAROY de Shane Atkinson
    (dis­tri­bu­tion : ARP Sélection)
    En salles en avril 2024

    Le Jury de la Cri­tique, com­po­sé de cinq jour­na­listes, a décer­né son Prix à

    LAROY de Shane Atkinson
    (dis­tri­bu­tion : ARP Sélection)
    En salles en avril 2024

    Prix d’Ornano-Valenti 2023
    RIEN À PERDRE de Del­phine Deloget
    (dis­tri­bu­tion : Ad Vitam)
    En salles le 22 novembre 2023

  • Compte-rendu et palmarès du 9ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule

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    Cet article sera complété au fur et à mesure des visionnages des films programmés dans le cadre du festival que je n’ai pas encore eu la possibilité de découvrir.

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    « J'étais très angoissée par l'infini, l'idée que l'univers n'avait pas de fin. Goldbach, c'était un moyen de mettre de l'ordre dans l'infini. » Cette phrase extraite du film Le Théorème de Marguerite d'Anna Novion, lauréat du prix de la meilleure musique de film, pourrait être aussi une magnifique définition du cinéma, et de l'art en général : une tentative de mettre de l'ordre dans l'infini, et de dompter les angoisses qu'il engendre. Et donc de maîtriser le temps. Le temps et la volonté de le maîtriser ou distordre étaient aussi au centre de plusieurs films de cette édition (Une nuit, Les Promesses). Cela tombe bien, un festival, et celui-ci en particulier, est avant tout un moyen d'en suspendre le vol ou d'en savourer chaque poussière de seconde.

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    « La fiction est le mensonge par lequel nous disons la vérité » écrivit Albert Camus. En attendant de vous livrer ma vérité en mensonge avec mon roman La Symphonie des rêves, en librairie le 5.10.2023 (Editions Blacklephant), qui a en partie pour cadre le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule et au centre duquel se trouve la musique et en particulier la musique de film, je vous propose un récapitulatif de mes trois jours au festival au cours desquels la fiction, justement, fut à l’honneur. « Seule la musique est à hauteur de la mer » disait encore Albert Camus. Au Festival de La Baule, musique et mer s’enlacent ainsi dans une valse joyeuse…Chaque année, le festival est synonyme de réjouissantes et surprenantes découvertes cinématographiques, cette 9ème édition n’a pas dérogé à la règle. Elle fut portée par les battements trépidants de jazz de Kyle Eastwood. Le musicien, compositeur et arrangeur de musiques de film était en effet l’invité d’honneur de cette année. Le point culminant de sa présence fut un concert hommage aux plus belles musiques des films de son père, l’acteur et réalisateur Clint Eastwood, dont certaines qu’il a composées lui-même, un concert inédit intitulé Eastwood by Eastwood pour lequel il fut entouré de son quintet. Fils de Clint (à qui l'affiche de cette édition 2023 du festival rendait hommage), mais avant tout talentueux contrebassiste de jazz et compositeur ou arrangeur de musiques de film dont Gran Torino, Mystic River, Million Dollar Baby, Lettres d’Iwo Jima et Invictus, Kyle Eastwood est l’auteur de huit albums dont le dernier, Cinematic, est une variation sur des thèmes cultes du cinéma : Gran Torino, Pink Panther, Skyfall...

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    Le Festival de Cinéma et de Musique de Film de La Baule, auquel j'ai le plaisir d'assister depuis sa première année, revenait ainsi pour une 9ème édition qui eut lieu du 28 juin au 2 juillet 2023 avec, comme toujours, une sélection de longs et courts-métrages français en avant-première, en compétition ou hors compétition et, notamment, le dernier film du cofondateur du festival, Christophe Barratier, tourné en partie à La Baule, Comme par magie, en ouverture, présenté hors compétition pour la première fois au public en présence du réalisateur et de Gérard Jugnot. Cette comédie produite par M.E.S Productions, marque ainsi les retrouvailles entre Christophe Barratier et Gérard Jugnot, 20 ans après Les Choristes et 15 ans après Faubourg 36. 

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    Kev Adams incarne Victor, un jeune magicien en pleine ascension. Cela commence par une scène d’ouverture trépidante : un numéro de magie drôle et étourdissant interrompu par l’annonce de la naissance imminente de la fille du magicien. Seulement, rien ne se passe comme prévu et la tragédie succède rapidement à l'euphorie : la mère décède lors de l'accouchement. Victor doit alors élever seul sa fille qu’il prénomme Lison. Jacques (Gérard Jugnot), son fantasque beau-père, se mêle contre son avis de l’éducation de la petite auprès de laquelle il retrouve une seconde jeunesse. Ce tandem improbable aura pour arbitre Nina (Claire Chust), l’amie d’enfance de Victor…

    Christophe Barratier travaillait sur un autre projet quand le producteur Marc-Etienne Schwartz lui a proposé ce scénario, écrit à l’origine par Serge Lamadie et Cyril Gelbat, rejoints par Fabrice Bracq. Après quelques réussites en tant que producteur délégué et en tant que réalisateur de courts-métrages, Christophe Barratier, en 2004, connaissait un succès retentissant avec Les Choristes et ses 8,5 millions d’entrées puis ses deux César et ses deux nominations aux Oscars (meilleur film en langue étrangère et meilleure chanson pour Vois sur ton chemin). Vinrent après Faubourg 36 en 2008 et La Nouvelle guerre des boutons en 2011, des films nostalgiques dont l'action se déroulait dans les années 30, un cinéma populaire (au sens noble du terme) et de beaux hommages au cinéma d’hier.

    Faubourg 36 regorgeait ainsi de réjouissantes références au cinéma d’entre-deux guerres. Clovis Cornillac y ressemblait à s’y méprendre à Jean Gabin dans les films d’avant-guerre, Nora Arnezeder (la découverte du film comme Jean-Baptiste Maunier l'avait été auparavant dans Les Choristes) à Michèle Morgan : tous deux y faisaient penser au couple mythique Nelly et Jean du Quai des Brumes de Marcel Carné auquel un plan se référait d’ailleurs explicitement. Bernard-Pierre Donnadieu, quant à lui, rappelait Pierre Brasseur (Frédérick Lemaître) dans Les enfants du paradis de Carné et Jules Berry (Valentin) dans Le jour se lève du même Carné dont j’avais même cru reconnaître le célèbre immeuble dessiné par Alexandre Trauner dans le premier plan du film. Les décors du film entier paraissaient d’ailleurs rendre hommage à ceux de Trauner, avec cette photographie hypnotique et exagérément lumineuse entre projecteurs de théâtre et réverbères sous lesquels Paris et les regards scintillent de mille feux incandescents et mélancoliques. Et l'amitié qui unissait les protagonistes de ce Faubourg 36 résonnait comme un clin d’œil à celle qui unissait les personnages de La belle équipe de Duvivier.  Bref, Christophe Barratier est un cinéaste cinéphile. D'ailleurs, Les Choristes déjà était une adaptation du film de 1945 de Jean Dréville, La Cage aux rossignols.

    En 2016, il changea de registre avec le remarquable L’Outsider, thriller financier contemporain, très différent des films précités, une adaptation du livre écrit par Kerviel lui-même et publié en 2010, L'Engrenage : mémoires d'un trader, l’histoire d’un anti-héros pris dans une spirale infernale, dans l’ivresse de cette puissance de l’argent qui le grise et l’égare, et dans laquelle il se jette comme d’autres se seraient plongés dans la drogue ou l’alcool.  Barratier a réussi non seulement à vulgariser cet univers mais aussi à le rendre aussi passionnant et palpitant qu’un thriller. Ce film pourrait d’ailleurs illustrer un cours de scénario : ellipses à-propos (Kerviel sous le feu des blagues méprisantes qui deux ans plus tard en est l’auteur et répond avec aplomb aux sarcasmes), dialogues percutants, répliques et expressions mémorables, touche sentimentale (très bon choix de Sabrina Ouazani) sans qu'elles fassent tomber le film dans le mélo, caractérisation des personnages en quelques plans et répliques (le père, pas dupe), rythme haletant et personnage victime d'un système et d'une obsession et une addiction qui le dépassent et donc attachant malgré tout. Un film fiévreux, intense, captivant, et même émouvant, et très ancré dans son époque et dans le cinéma contemporain tout en s'emparant du meilleur des films d'hier qui ont forgé la culture cinématographique du réalisateur.

    Ensuite, en 2021, il sortit l’excellent Envole-moi, avec Victor Belmondo (quelle révélation !) et Gérard Lanvin puis, en 2022, Le Temps des secrets, magnifique adaptation du roman éponyme, troisième tome des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol, paru en 1960. 

    Comme dans ses précédents films, avec ce Comme par magie, Christophe Barratier révèle un acteur (il y eut Jean-Baptiste Maunier, Nora Arzeneder...) ou fait éclater le talent d’un comédien déjà un peu connu (Arthur Dupont, Victor Belmondo) ou révèle l’étendue de la palette de jeu d’un acteur déjà renommé comme c’est le cas ici avec Kev Adams qui joue pour la première fois un rôle de père, oscillant entre drame et comédie, et dévoilant plus de nuances dans son interprétation. A nouveau, Christophe Barratier met également en scène un duo improbable et attachant, celui formé par Victor et son beau-père sous les traits de Gérard Jugnot que le cinéaste retrouve ici pour la quatrième fois, toujours aussi juste et sachant faire passer une émotion dans un silence, un geste ou un regard.

    Mais la révélation du film est pour moi Claire Chust (dont le visage est malheureusement absent de l'affiche...) qui incarne Nina, une jeune femme qui a grandi avec Victor, élevée d’abord en foyer comme lui, deux enfants nés sous X dont l’amitié est aussi ancienne qu’indéfectible. Elle dégage un charme enfantin et une grâce ingénue, et son personnage évolue joliment. La femme-enfant fragile se mue ainsi progressivement en femme qui s’assume davantage. Comme Victor, elle grandit. Quand l’un va vers l’enfant qu’il a et devient peu à peu père, l’autre pour évoluer doit aller vers ses origines et renouer avec l’enfant qu’elle fut sans doute pour se débarrasser du manteau encombrant de l’enfance blessées.

    Contrairement à ses précédents films, ce n’est pas Philippe Rombi  (et avant lui Bruno Coulais et Reinhardt Wagner) qui a écrit la bande originale mais Bertrand Burgalat, une bo teintée de notes jazzy qui accompagne judicieusement ce film tendre et drôle, avec mélancolie et malice, entre piano, guitare et flûte.

    Je déplore simplement qu'il n'y ait pas plus de tours de magie à l’image de celui final, réjouissant, qui n’est pas sans rappeler celui vertigineux du Prestige de Christopher Nolan. 

    Ce qui se dégage de ce film, entre rires et larmes, c’est donc avant tout une énorme tendresse. En résulte aussi une réflexion intéressante et pleine d'espoir sur la filiation, la transmission et la (re)construction malgré le deuil ou l’absence, sur la famille aussi, celle que l’on bâtit, en dépit des aléas de l'existence. Victor, Nina, Jacques et Lison sont finalement tous victimes de l’abandon, et vont aller de l’ombre vers la lumière, grâce aux liens qui se tissent entre eux. Si les derniers plans les montrent isolés les uns des autres, c'est parce qu'ils se sont certes trouvés une famille mais aussi parce qu'ils ont trouvé qui ils étaient vraiment ou voulaient être.

     Un film délicat, ludique, drôle et tendre qui ne juge pas ses personnages et ne tombe jamais dans le cynisme, sans doute la raison pour laquelle la critique l’a (injustement) snobé. Je vous le recommande. En ces temps troublés, cette douce mélodie qui se fraie un chemin vers l'harmonie n’est jamais larmoyante, et cela fait un bien fou ! On quitte même à regret ce quatuor particulièrement attachant dont on aimerait connaître la suite des aventures...

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     Au programme comme chaque année figuraient : un panorama de films internationaux singuliers (les “coups de projecteur’’, en partenariat avec Universciné parmi lesquels, comme chaque année, des pépites à découvrir), l’organisation de rencontres et d’échanges avec les artistes (les masters class : cette année Radu Mihaileanu, Ariane Ascaride, mais aussi celle de Ludovic Bource, Jean-Michel Bernard, Sacha Chaban à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister, passionnante et sans langue de bois, un échange instructif sur les différences de traitement du compositeur en France et aux USA), des projections de classiques (The Artist de Michel Hazavanicius, en présence de son compositeur Ludovic Bource, à l'occasion des 100 ans de la Warner Bros -photo anniversaire ci-dessus-, dont vous trouverez ma critique ci-dessous), une grande exposition intitulée Music & Iconic et des animations…sans oublier l'incontournable concert précité lors de la soirée du palmarès, celui de Kyle Eastwood qui a également donné une passionnante master class.

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    24 films furent présentés dont 22 en avant-première (19 longs métrages dont 5 en compétition et 5 courts métrages également en compétition). Au total, ce sont 34 projections qui ont été organisées durant 5 jours (avec les reprises des films durant le week-end).

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    Le jury présidé par le réalisateur Radu Mihaileanu et composé d’Amanda Sthers, Victoria Bedos, Irène Dresel et Stéphane de Groodt a récompensé les films suivants.

    Prix du Meilleur Film 2023 : Le syndrome des amours passées, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni (en salles le 25 octobre 2023)

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    « Rémy et Sandra n’arrivent pas à avoir d’enfant car ils sont atteints du “Syndrome des Amours Passées”. Pour guérir, il n’y a qu’une seule solution : ils doivent recoucher une fois avec tou.te.s leurs ex. » Tel est le prosaïque pitch officiel (écriture inclusive comprise, au risque de chagriner les amoureux de l’orthographe dont je suis…) de ce film projeté en séance spéciale de la Semaine de la Critique et couronné par cette 9ème édition du festival. Une Vie Démente, le premier long métrage du duo/couple avait été multi primé. Le jury de La Baule a lui aussi visiblement été charmé par cette comédie loufoque qui préfère la fantasmagorie, le ton décalé, la fantaisie et l’absurde au réalisme pour disséquer les méandres de la vie de couple. Une comédie portée par deux remarquables acteurs en lesquels réside la richesse du film et sur lesquels se centre entièrement la mise en scène : Lucie Debay et Lazare Gousseau, la première incarnant (au départ) un personnage aussi libéré et terre-à-terre que le second est coincé et romantique.  Au gré des retrouvailles, leurs certitudes vont voler en éclat et leur relation qui semblait d’une solidité inaltérable va peu à peu se détériorer. D’une inventivité indéniable, laissant une large part à l’improvisation qui met en exergue le talent de ses interprètes, ce film sur les fragilités et atermoiements du couple, traite par le burlesque le désir d’enfant et se conclut d’une manière aussi politiquement correcte que son postulat de départ revendiquait de ne pas l’être. Les saynètes avec les seconds rôles incarnés par Laurence Loiret-Caille (surtout), Nora Hamzawi, Alice Dutoit sont néanmoins un régal et méritent le déplacement.

    J’avoue cependant avoir été davantage transportée par Le Théorème de Marguerite d’Anna Novion.

    Prix de la Meilleure Musique de film : Pascal Bideau avec Le Théorème de Marguerite d’Anna Novion (en salles le 1er novembre 2023)

    Ce film, présenté en séance spéciale du Festival de Cannes, a reçu le prix de la meilleure musique de ce 9ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule mais aurait aussi mérité celui du meilleur film.

    La Marguerite du théorème est une brillante élève en Mathématiques à l'ENS, dont le destin semble tout tracé. Seule fille de sa promo, elle termine une thèse qu’elle doit exposer devant un parterre de chercheurs. Le jour J, une erreur bouscule toutes ses certitudes et l’édifice s’effondre. Marguerite décide de tout quitter pour tout recommencer.

    Résumé ainsi, ce film pourrait s’annoncer comme particulièrement rébarbatif. Il ne l’est aucunement, pas une seule seconde. Quand on demande à Marguerite ce qu’elle aime dans les mathématiques, elle répond : « Je ne pourrais pas vivre sans. » Le Théorème de Marguerite est avant tout cela, une histoire de passion, de solitude face à l’engagement qu’elle implique. « Les mathématiques ne doivent souffrir d'aucun sentiment » lui assène son mentor, pourtant pour Marguerite ce n’est que cela. Un moyen aussi d’affronter les mystères du monde et la vanité de l’existence : « J'étais très angoissée par l'infini, l'idée que l'univers n'avait pas de fin. Goldbach, c'était un moyen de mettre de l'ordre dans l'infini. »

    Si vous êtes hermétique aux mathématiques, rassurez-vous, ce film vous parlera malgré tout, a fortiori si vous connaissez cet état second dans lequel vous plonge une passion ou les affres de la création. Les mathématiques sont presque un prétexte, poétique, comme ces murs recouverts de formules qui en deviennent soudain abstraits et admirables. Le parallèle est évident avec l’engagement que nécessite un film, cette formule complexe qui aboutit à la magie, ce travail acharné au résultat incertain.

    C’est avant tout le (magnifique) portrait d’une femme moderne, singulière, qui ne tombe dans aucun cliché (et cela fait un bien fou). Froide, fermée, à l’image de son prénom suranné, Marguerite n’est pas de prime abord sympathique. Les lignes cliniques et l’âpreté des décors reflètent son état d’esprit et, comme elle, ils chemineront progressivement vers la lumière, le désordre, l’asymétrie.

    Jean-Pierre Darroussin, faussement dur et autoritaire, mais surtout blessé dans son orgueil, est parfait dans le personnage du directeur de thèse et mentor, Werner. Ella Rumpf, découverte dans Grave de Julia Ducournau, se glisse totalement dans la peau de Marguerite, renfermée sur sa passion et sur elle-même, combattive, et s’ouvrant peu à peu aux autres. Elle procure toute sa force captivante au film. Celle qu’on surnomme « la mathématicienne en chaussons », le corps recroquevillé, le regard frondeur, n’est pas là pour se distraire mais dévouée corps et âme à la conjecture de Goldbach, problème irrésolu et en apparence insoluble de la théorie des nombres. Quelle intelligence dans l’écriture du scénario pour transformer ce qui aurait pu être ennuyeux et abscons en véritable thriller des émotions, palpitant. Il faudra l'arrivée d'un nouvel étudiant particulièrement brillant (Julien Frison de la Comédie Française) pour faire s’écrouler tout son édifice et la faire renaître, s’abandonner.

    Clotilde Courau dans le rôle de la mère fascinée par le « don » de sa fille et dépassée par sa mue, est une nouvelle fois d’une justesse remarquable. La magnifique Sonia Bonny incarne la lumineuse et sensuelle colocataire de Marguerite. Grâce à elle, Marguerite découvre un autre univers, celui des joueurs de Mahjong du quartier chinois de Paris et des virées nocturnes. Marguerite va peu à peu (re)naitre au monde, à la vie, à la lumière, aux désirs autres que ceux suscités par l’envie de trouver des solutions aux formules mathématiques. Elle se relève et se redresse dans tous les sens du terme, et l’environnement s’illumine.

    Un sublime portrait de femme et une brillante dissection métaphorique des effets de la création, de la solitude et de l'abnégation qu'elle implique, mais surtout un film sensible, parfaitement écrit et interprété, passionnant de la première à la dernière seconde, porté par la musique inspirée de Pascal Bideau.

    Si Ella Rumpf aurait aussi mérité un prix d’interprétation tant elle donne corps, vie et âme à Marguerite, c’est à deux autres comédiens que le jury a choisi d’attribuer le prix d’interprétation, ex-aequo.

    Prix de la Meilleure Interprétation : Alex Lutz & Karin Viard (ex-æquo) pour La Nuit, d’Alex Lutz

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    Ce dernier film d’Alex Lutz fut auparavant présenté en clôture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023.

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    Paris, métro bondé, un soir comme les autres.
    Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite le courant électrique se transforme… en désir brûlant. Les deux inconnus sortent de la rame et font l’amour dans la cabine d’un photomaton.
    La nuit, désormais, leur appartient.
    Dans ce Paris aux rues désertées, aux heures étirées, faudra-t-il se dire au revoir ?

    On songe évidemment à Before Sunrise de Richard Linklater mais aussi au moins connu et non moins excellent After, avec Raphaël Personnaz et Julie Gayet, de Géraldine Maillet qui explorait également déjà cette idée de la nuit comme vecteur de rencontre et comme instrument de suspension de vol du temps. La nuit, le temps semble en effet s’étirer, et être le moment de tous les possibles (ceux de la jeunesse retrouvée), toutes les libertés et de toutes les audaces, de l’oubli de la rude réalité et des drames que le jour viendra réveiller de sa lumière crue. Entre maladresse et audace, ces deux-là vont se livrer comme ils ne l’ont jamais fait, réécrire et réinventer leur nuit, laisser affleurer leurs fragilités, mais surtout disserter sur leur couple et faire le bilan de leur vie. Peu à peu, ils se dépouillent du masque des apparences (au propre comme au figuré : ils empruntent des vêtements à des étudiants, se débarrassent de leurs portables, perdent leurs portefeuilles…). Parfois l’incongruité s’en mêle, ou la poésie le temps d’une rencontre avec un cheval. Même au milieu des autres, ils semblent couper du monde, dans leur bulle onirique, que ce soit dans un parc, un magasin de meubles ou une soirée étudiante. La caméra filme au plus près leurs visages, leur fugue et leur fouge. Les logorrhées désordonnées du personnage incarné par Alex Lutz font penser à Woody Allen comédien dans ses propres films, de même que leurs conversations pseudo-psychanalytiques débridées sur le couple rappellent évidemment les longs-métrages du cinéaste américain. Le « twist » final que de multiples indices disséminés dès le début mais aussi le jeu des deux comédiens auront permis aux plus attentifs de deviner, apporte un autre éclairage, romantique et dramatique, à cette histoire. Si elle n’a pas l’inventivité de Guy, cette promenade nocturne dans les rues de Paris n’en est pas moins émouvante et la nuit parisienne le terrain de jeu de deux talentueux comédiens dont le plaisir à écrire et jouer ensemble transpire dans chaque plan.

    Prix Spécial Coup de Projecteur – Universciné : Les Meutes de Kamal Lazraq

    Prix du Public – Groupe Barrière : Sous le tapis de Camille Japy

    Prix de la Meilleure Musique de l’année : Delphine Malausséna pour En plein feux de Quentin Reynaud

    Prix de la Révélation Jeune Talent Compositeur : Thibault Duclos Malidor

    Prix du Meilleur Court-Métrage : Boussa the Kiss de Azedine Kasri

    Prix d’Honneur : Kyle Eastwood

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    En clôture du festival, fut projeté le film d’une des membres du jury de cette 9ème édition, Amanda Sthers, Les Promesses, adapté de son roman éponyme, à découvrir au cinéma le 9 août 2023.

    Synopsis : La vie, en général, n’en finit pas de faire des promesses qu’elle prend plaisir, ensuite, à ne pas tenir. L’histoire d’amour inachevée entre Alexander et Laura …

    Ce film, dont je vous parlerai ultérieurement plus longuement, est à l’image de la musique signée Andrea Lazslo de la Simone, d’une lumineuse mélancolie et d’une réconfortante nostalgie. Les 4 saisons d’Alexander. Les 4 saisons de la vie d’un homme incarné par trois acteurs mais surtout Pierfrancesco Favino, magistral, de 40 à 77 ans. Une magnifique histoire d’amour impossible et un film sur lequel plane l’ombre de Visconti, en ce qu’il raconte la déliquescence d’un monde, et la solitude abyssale d’un homme. C’est avant tout cela, un magnifique portrait d’homme sur lequel Amanda Sthers porte un regard attendri, compatissant, un homme écartelé, perdu, à la dérive dont la seule bouée semble être cette femme inaccessible et fascinante dont le portrait apparaît en pointillés comme si elle n’était qu’un rêve évanescent (sublime Kelly Reilly). Entre passé et présent, enfance et âge adulte, premier et dernier amour, France et Italie, la toile se tisse peu à peu, la peinture devient plus précise et le personnage plus attachant, et surtout l’émotion plus prégnante, jusqu’à nous saisir au dénouement. Un film bouleversant qui entremêle subtilement passé et présent.

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    Le dernier film de Pierre Jolivet figure parmi les projections marquantes de cette édition, il fut projeté dans la section "Coups de projecteurs". 

    Il y a un peu plus d’un an, je vous parlais ici du film Goliath de Frédéric Tellier qui se penchait sur la lutte contre le glyphosate qui est, depuis 2015, considéré comme « cancérogène probable » par l’OMS. Un film percutant sur un sujet essentiel dont je pensais naïvement qu’il recevrait davantage d’échos médiatiques et de soutiens dans le combat qu'il met en exergue. De nombreux films engagés, à l’image de celui précité, évoquent des combats de David contre Goliath. Ceux de Costa-Gavras, Loach, Boisset, Varda ou des films comme L’affaire Pélican de Pakula ou Effets secondaires de Soderbergh.  Si le cinéma ne change pas toujours le monde, il peut y contribuer, et en tout cas la fiction sans aucun doute peut permettre que les projecteurs soient braqués sur des réalités révoltantes. J’en suis intimement persuadée et plus encore après voir vu le passionnant et édifiant dernier film de Pierre Jolivet que je vous recommande d’emblée. Vous avez tout le temps d’aller voir le dernier volet de Mission impossible (que je vous recommande aussi) mais ce film-ci est fragile, restera forcément moins longtemps à l’affiche, alors allez le voir en premier lieu, et ne tardez pas.

     Pierre Jolivet a co-écrit ce film avec la journaliste Inès Léraud, un film inspiré d’une BD vendue à plus de 130000 exemplaires. En 2019, Inès Léraud publiait ainsi avec Pierre Van Hove Algues vertes, l’histoire interdite aux éditions La Revue dessinée - Delcourt, une BD qui remporta 6 prix dont le grand prix du journalisme et le prix de la BD bretonne. Ensuite, en 2021, elle co-fonda le média d’investigation indépendant Splann ! avec d'autres journalistes travaillant en Bretagne.

    Synopsis : À la suite de morts suspectes, Inès Léraud (Céline Sallette), jeune journaliste, décide de s’installer en Bretagne pour enquêter sur le phénomène des algues vertes. À travers ses rencontres, elle découvre la fabrique du silence qui entoure ce désastre écologique et social. Face aux pressions, parviendra-t-elle à faire triompher la vérité ?

    « On doit des égards aux vivants ; on ne doit aux morts que la vérité. » Le long-métrage commence par cette citation de Voltaire, judicieusement choisie, reflétant le double discours du film qui est à la fois une déclaration d’amour à la Bretagne (celle des vivants à qui on « doit des égards ») et un combat légitime et acharné contre le silence retentissant et aberrant qui entoure les algues vertes (la vérité due aux morts qui en furent victimes).

    La première scène du film nous montre le rivage vu d’en haut. Indistinctes tout d’abord, les algues vertes dessinent un tableau abstrait presque fascinant. En se rapprochant, on découvre leurs ramifications tentaculaires. Le scandale est flagrant, indéniable… Et pourtant le silence règne face à l’évidence de la prolifération des algues. Bien sûr, rien dans cette image ne traduit encore leur dangerosité que le film démontre ensuite de manière magistrale.

    Ce film a ainsi l’intelligence d’être autant une déclaration d’amour à la Bretagne qu’une déclaration de guerre aux algues vertes (et au silence qui entoure ce fléau), et de mettre en parallèle l’histoire personnelle d’Inès (son histoire avec sa compagne Judith et son histoire d’amour avec la Bretagne où elles finiront par s’installer) et son combat. Il commence véritablement au moment du décès de Jean-René Auffray, joggeur retrouvé mort dans une vasière remplie d’algues vertes, dans la baie de Saint-Brieuc, en septembre 2016. Inès ne va avoir de cesse de lutter contre « la fabrique du silence qui entoure l’agroalimentaire breton », en enquêtant inlassablement et en y consacrant toutes ses chroniques radiophoniques, malgré les pressions, les menaces de morts et le silence obstiné des personnes qu’elle sollicite.

    Céline Sallette incarne subtilement l’opiniâtreté d’Inès, son courage, son investissement, son empathie, son intégrité, qui ne fléchissent pas, que ce soit face à la virulence d’un représentant de la FNSEA (qui ne réfutera pas l’importance du syndicat dans cette exploitation de la terre à outrance, pas même quand elle dira que la « FNSEA choisit le Ministre de l’Agriculture » et pour qui la vraie violence c’est « le prix du lait à cause des consommateurs qui ne veulent pas payer le prix »), ou face à  la couardise d’un vice-président de Conseil Régional devenu député (incarné par Jonathan Lambert) qui reconnaîtra l’ingratitude de sa profession et arguera des intérêts contradictoires qu’il doit gérer. L’agro-alimentaire est « un État dans l’État » et c’est à ce mastodonte invincible que se confronte Inès. Certains chiffrent donnent le tournis. Imaginez :  on dénombre 14 millions de cochons en Bretagne, soit 4 fois plus que d’habitants !

    Le film ne cède jamais au manichéisme. Inès ne fait pas de son combat une lutte contre les agriculteurs, bien au contraire, rappelant qu’ils ne sont que des pions dans cette surexploitation de la terre, des victimes de cette guerre et d’intérêts économiques supérieurs, et que deux agriculteurs par jour se suicident. Ce développement des algues vertes est en effet la conséquence de l’industrie agroalimentaire et notamment des rejets de nitrates provenant de l’élevage intensif. En cas d’accumulation importante, leur décomposition au soleil produit des gaz dangereux pour l’humain comme pour l’animal, notamment l’hydrogène sulfuré (H2S) qui « peut tuer aussi rapidement que du cyanure ».

     Il était tout aussi courageux de la part de Pierre Jolivet de s’attaquer à ce sujet, de dénoncer les complicités politiques (qui nient ou parfois même maquillent la réalité pour préserver les intérêts touristiques et plus largement économiques de toute une région). Tourné essentiellement dans le Finistère-nord, et autour de Saint-Brieuc, là où se concentre une grande partie des algues vertes, le tournage même, en six semaines avec presque 2 décors par jour, fut aussi un véritable défi. Certaines images restent gravées et suscitent forcément notre indignation : ces sangliers morts, ce cours d’eau rouge sang, ces algues vertes à perte de vue.

    Ce n’est pas la Bretagne qu’attaque Inès mais cette aberration écologique qui met en danger les populations qui y vivent. La Bretagne est montrée dans toute sa splendeur avec ses paysages d’une rudesse envoûtante. La compagne d’Inès (lumineuse Nina Meurisse dans le rôle de Judith), dira clairement qu’elle tombe amoureuse de la région. Et les baignades d’Inès constituent une respiration dans son quotidien éprouvant, mais aussi pour le spectateur qui suit comme un thriller son haletante et périlleuse enquête.

    Céline Sallette est entourée d’une pléiade de remarquables acteurs qui incarnent des personnages parfois bruts mais souvent très attachants : Hervé Mahieux, Françoise Comacle, Eric Combernous. Le personnage de Rosy Auffray (Julie Ferrier) représente magnifiquement, à la fois l’aveuglement, le scepticisme, les choix cornéliens (préserver sa tranquillité ou combattre) en lesquels chacun peut se reconnaître et contribue à l’émotion qui nous emporte totalement à la fin avec l’espoir que, enfin, David l’emporte contre Goliath, nous donnant envie de nous intéresser encore plus au sujet et de savoir ce que donnera l’appel de la vraie Rosy (en cours) dans le procès pour la reconnaissance de la responsabilité des algues vertes dans le décès de son mari.

    Pierre Jolivet signe là un magnifique portrait d’héroïne contemporaine, mais surtout un film engagé, militant même, qui pour autant n’oublie jamais le spectateur, et d’être une fiction, certes particulièrement documentée et instructive mais qui s’avère captivante et prenante de la première à la dernière seconde, tout en décrivant avec beaucoup d’humanité et subtilité un scandale sanitaire et toutes les réalités sociales qu’il implique. Ajoutez à cela la subtile musique originale d’Adrien Jolivet et vous obtiendrez un film marquant à la hauteur du sujet, des victimes d’hier et des personnes qui pourraient en être demain, qui rend aussi un vibrant hommage à la beauté renversante de la Bretagne.

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    Ce festival demeure un évènement unique et rare tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne. Le tout dans le cadre majestueux de la Baie de La Baule qui sert d’écrin à ce festival qui, en 9 ans, a réussi à s’imposer comme un évènement cinématographique et musical indispensable avec, à son générique, des films majeurs, mais aussi des concerts marquants des plus grands compositeurs de musiques de films à l’image de ce que sera sans aucun doute celui de cette année.

    Il y a trois ans, les organisateurs de ce festival (créé et dirigé par Sam Bobino, notamment fondateur des Paris Film Critics Awards -vous trouverez ici mon compte-rendu détaillé et le palmarès de l'édition 2023 -  et le cinéaste Christophe Barratier) avaient eu la judicieuse idée d’inaugurer une nouvelle formule mettant l’accent sur le cinéma français.  Le festival devient ainsi une fenêtre d’exposition pour les films qui sortent pendant l’été, une idée lumineuse quand certains films à l’affiche en juillet-août ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils mériteraient. 

    Les films découverts dans le cadre de ce festival sont souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels il y eut : Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. L'édition 2022 n'avait pas dérogé à la règle notamment avec la projection du documentaire Ennio de Giuseppe Tornatore, ou encore en compétition les films I love Greece de Nafsika Guerry-Karamounas, Flee de Jonas Poher Ramussen, mais aussi Maria rêve de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller... Retrouvez, ici, mon compte-rendu détaillé de l'édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2022.

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    Chaque année, le festival propose aussi  des master class passionnantes et des concerts mémorables comme le furent ceux de Francis Lai, Michel Legrand, Lalo Schifrin, Eric Serra, Gabriel Yared, Vladimir Cosma, Philippe Sarde et Alexandre Desplat l’an passé.

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    J’ai consacré il y a quelques jours, ici, un article aux 100 ans de la Warner. Le Festival de La Baule a eu l’excellente idée de les célébrer également avec la projection  du film The Artist que viendra présenter son compositeur Ludovic Bource. 

    Critique de The Artist de Michel Hazanavicius - et souvenir de projection au Festival de Cannes 2011, ma critique ci-dessous fut intialement publiée suite à cette projection -

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    C’était un dimanche matin de mai 2011, le début du Festival de Cannes encore, en projection presse. Pas encore vraiment l’effervescence pour le film qui obtint la palme d’or mais un joli bruissement d’impatience parmi les regards déjà las, ou obstinément sceptiques. 1H40 plus tard, la salle résonnait d’applaudissements, pendant dix minutes, fait rare en projection presse. Le soir même, j'étais retournée le voir en projection officielle. L’émotion fut la même, redoublée par la présence de l’équipe du film, terriblement émue elle aussi par les réactions enthousiastes du public, par les rires tendres, par cette cavalcade d’applaudissements qui a commencé lors de la dernière scène et ne s’est plus arrêtée pour continuer pendant un temps qui m’a paru délicieusement long. Un beau, rare et grand moment du Festival de Cannes.

    Le pari était pourtant loin d’être gagné d’avance. Un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages). En noir et blanc. Tourné à Hollywood. En 35 jours. Par un réalisateur qui jusque là avait excellé dans son genre, celui de la brillante reconstitution parodique mais très éloigné de l’univers dans lequel ce film nous plonge. Il fallait beaucoup d’audace, de détermination, de patience, de passion, de confiance, et un peu de chance sans doute aussi, sans oublier le courage -et l’intuition- d’un producteur (Thomas Langmann) pour arriver à bout d’un tel projet. Le pari était déjà gagné quand le Festival de Cannes l’a sélectionné d’abord hors compétition pour le faire passer ensuite en compétition, là encore fait exceptionnel.

    Le film débute à Hollywood, en 1927, date fatidique pour le cinéma puisque c’est celle de l’arrivée du parlant. George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du cinéma muet qui connaît un succès retentissant mais l’arrivée des films parlants va le faire passer de la lumière à l’ombre et le plonger dans l’oubli. Pendant ce temps, une jeune figurante, Peppy Miller (Bérénice Béjo) qu’il aura au départ involontairement  placée dans la lumière, va voir sa carrière débuter de manière éblouissante. Le film raconte l’histoire de leurs destins croisés.

    Qui aime sincèrement le cinéma ne peut pas ne pas aimer ce film qui y est un hommage permanent et éclatant. Hommage à ceux qui ont jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi,  lui surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un hymne à l'art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster Kane (magnifiques citations de Citizen Kane) et Bérénice Béjo, avec le personnage de Peppy Miller est, quant à elle, un mélange de Louise Brooks, Marlène Dietrich, Joan Crawford…et nombreuses autres inoubliables stars du muet.

    Le cinéma a souvent parlé de lui-même… ce qui a d’ailleurs souvent produit des chefs d’œuvre. Il y a évidemment La comtesse aux pieds nus de MankiewiczLa Nuit américaine de Truffaut, Sunset Boulevard de Billy Wilder, Une étoile est née de George Cukor et encore Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly auxquels The Artist, de par son sujet, fait évidemment penser. Désormais, parmi ces classiques, il faudra citer The Artist de Michel Hazanavicius. Ses précédents films étaient d'ailleurs déjà des hommages au cinéma. On se souvient ainsi des références à Sueurs froides ou La Mort aux trousses d'Hitchcock dans OSS 117 : Rio ne répond plus.

    Hazanavicius joue ainsi constamment et doublement la mise en abyme : un film muet en noir et blanc qui nous parle du cinéma muet en noir et blanc mais aussi qui est un écho à une autre révolution que connaît alors le cinéma, celle du Numérique.

    Le mot jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film, constamment réjouissant, vous faisant passer du rire aux larmes, ou parfois vous faisant rire et pleurer en même temps. Le scénario et la réalisation y sont pour beaucoup mais aussi la photographie (formidable travail du chef opérateur Guillaume Schiffman qui, par des nuances de gris, traduit les états d’âme de Georges Valentin), la musique envoûtante (signée Ludovic Bource, qui porte l’émotion à son paroxysme, avec quelques emprunts assumés là aussi, notamment à Bernard Herrmann) et évidemment les acteurs au premier rang desquels Jean Dujardin qui méritait amplement son prix d’interprétation cannois.

    Flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps, il fait passer dans son regard une foule d’émotions, de la fierté aux regrets,  de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance.  Il faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage (sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt). Il avait déjà prouvé dans Un balcon sur la mer de Nicole Garcia qu’il pouvait nous faire pleurer.  Il confirme ici l’impressionnant éclectisme de sa palette de jeu et d'expressions de son visage.

     Une des plus belles et significatives scènes est sans doute celle où il croise Peppy Miller dans un escalier, le jour  du Krach de 1929. Elle monte, lui descend. A l’image de leurs carrières. Lui masque son désarroi. Elle, sa conscience de celui-ci, sans pour autant dissimuler son enthousiasme lié à sa propre réussite. Dujardin y est d’une fierté, d’une mélancolie, et d’une gaieté feinte bouleversantes, comme à bien d’autres moments du film. Bérénice Béjo ne démérite pas non plus dans ce nouveau rôle de « meilleur espoir féminin » à la personnalité étincelante et généreuse, malgré un bref sursaut de vanité de son personnage. Il ne faudrait pas non plus oublier les comédiens anglo-saxons : John Goodman, Malcolm McDowell et John Cromwell (formidablement touchant dans le rôle du fidèle Clifton).

    Il y eut bien quelques cyniques pour dire que ce mélodrame  est plein de bons sentiments, mais Hazanicius assume justement ce mélodrame. The Artist est en effet aussi une très belle histoire d’amour simple et émouvante, entre Peppy et Georges mais aussi entre Georges et son cabot-in Uggy : leur duo donne lieu à des scènes tantôt drôles, tantôt poétiques, tantôt touchantes, et là encore parfois au trois en même temps. Hommage aussi à ce pouvoir magique du cinéma que de susciter des émotions si diverses et parfois contradictoires.

    Michel Hazanavicius  évite tous les écueils et signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité.

    Ce film m’a éblouie, amusée, émue. Parce qu’il convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Parce qu’il est une déclaration d’amour follement belle au cinéma. Parce qu’il ressemble à tant de films du passé et à aucun autre film contemporain. Parce qu’il m’a fait ressentir cette même émotion que ces films des années 20 et 30 auxquels il rend un vibrant hommage. Parce que la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, Michel Hazanavicius a revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Parce qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant.  Parce qu’il montre les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures.

    Il ne se rapproche d’aucun autre film primé jusqu’à présent à Cannes…et en sélectionnant cet hymne au cinéma en compétition puis en le  primant,  le Festival de  Cannes a prouvé qu’il était avant tout le festival qui aime le cinéma, tous les cinémas, loin de la caricature d’une compétition de films d’auteurs représentant toujours le même petit cercle d’habitués dans laquelle on tend parfois à l’enfermer.

     Un film à ne manquer sous aucun prétexte si, comme moi, vous aimez passionnément et même à la folie, le cinéma. Rarement un film aura aussi bien su en concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante. Oui, foudroyante comme la découverte  de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente ici.

    Gran Torino de Clint Eastwood - Critique

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    Walt Kowalski ( oui, Kowalski comme Marlon Brando dans Un tramway nommé désir), Walt Kowalski (Clint Eastwood) donc, ancien vétéran de la guerre de Corée et retraité de l’usine Ford de Détroit, a tout pour plaire : misanthrope, raciste, aigri, violent, cynique, irascible, intolérant. Et  très seul. D’autant plus que lorsque débute l’intrigue, il enterre sa femme méprisant autant ses enfants et petits-enfants que ceux-ci le dédaignent.  Enfin, seul… ou presque : il est toujours accompagné de la fidèle Daisy, son labrador,  de son fusil, de sa voiture de collection, une splendide Gran Torino qu’il ne se lasse pas d’admirer depuis la terrasse de son pavillon de Détroit,  de ses bières et ses douloureux souvenirs. La dernière volonté de sa femme était qu’il aille se confesser mais Walt ne fait confiance à personne ni à un prêtre (Christopher Carley) qui va le poursuivra inlassablement pour réveiller sa bonne (ou mauvaise) conscience pour susciter sa confession, ni à sa famille et encore moins ses voisins, des immigrants asiatiques qu’il méprise et qui lui rappellent de cruelles blessures. Jusqu’au jour où, sous la pression d’un gang, un adolescent Hmong, le fils de ses voisins,  le jeune, timide -et lui aussi solitaire et incompris- Thao (Bee Vang),  tente de lui voler sa voiture, ce à quoi il tient le plus au monde. Et lorsque le gang s’attaque à Thao,  Walt s’attaque au gang non pas pour le défendre mais pour les chasser de son jardin.  Sur ce malentendu, ayant ainsi défendu Thao, malgré lui, il devient ainsi le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la sœur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Ce dernier va alors lui confier des travaux d’intérêt général. Et peu à peu,  en apprenant à se comprendre, le timide adolescent aux prémisses de son existence, et le misanthrope, aux dernières lueurs de la sienne, vont révéler un nouveau visage, et emprunter une nouvelle route…

    Gran Torino est un film multiple et fait partie de ces films, rares, qui  ne cherchent pas l’esbroufe et à vous en mettre plein la vue mais de ces films qui vous enserrent subrepticement dans leur univers pour vous asséner le coup de grâce au moment où vous y attendiez le moins, ou plutôt alors que vous vous y attendiez. Mais pas de cette manière. Oui la grâce. Coup de grâce dans tous les sens du terme.

    Multiple parce qu’il est aussi drôle que touchant, passant parfois de l’humour à l’émotion, du comique au tragique  en un quart de seconde, dans une même scène. La scène où son fils et sa belle-fille viennent fêter son anniversaire est à la fois redoutablement triste et drôle.

    Multiple parce qu’il réunit tous les clichés du film manichéen pour subtilement et mieux s’en départir. Et après le justement très manichéen et excessivement mélodramatique L’Echange on pouvait redouter le pire, surtout que ce sujet pouvait donner lieu aux pires excès.

    Multiple parce que derrière cette histoire de vétéran de la guerre de Corée, c’est aussi celle d’un mythe du cinéma américain qui fait preuve d’autodérision, répondant à ses détracteurs, exagérant toutes les tares qui lui ont été attribuées et les faisant une à une voler en éclats mais créant aussi un personnage, sorte de condensé de tous ceux qu’il a précédemment interprétés. Souvent des hommes en marge, solitaires, sortes de cowboys intemporels. Et ce Kowalski  ressemble  un peu à l’entraîneur de  Million Dollar Baby, lui aussi fâché avec sa famille et la religion. Mais aussi à l’inspecteur Harry. Ou même au Robert Kincaid de Sur la route de Madison dont il semble pourtant de prime abord être aux antipodes.

    Multiple parce que c’est à la fois un film réaliste (les acteurs Hmong sont non professionnels, Gran Torino est ainsi le premier scénario de Nick Schenk –coécrit avec Dave Johannson- qui a travaillé longtemps dans des usines au milieu d’ouvriers Hmong, peuple d’Asie répartie dans plusieurs pays  avec sa propre culture,  religion, langue) et utopique dans son sublime dénouement. C’est aussi  à la fois un thriller, une comédie, un film intimiste, un drame, un portrait social, et même un western.

    Evidemment nous sommes dans un film de Clint Eastwood. Dans un film américain. Evidemment nous nous doutons que cet homme antipathique va racheter ses fautes, que la Gran Torino en sera l’emblème, qu'il ne pourra rester insensible à cet enfant, à la fois son double et son opposé, sa mauvaise conscience (lui rappelant ses mauvais souvenirs et ses pires forfaits) et sa bonne conscience (lui permettant de se racheter, et réciproquement d'ailleurs),  que la morale sera sauve et qu’il finira par nous séduire. Malgré tout. Mais c’est là tout l’immense talent de Clint Eastwood : nous surprendre, saisir, bouleverser avec ce qui est attendu et prévisible, faire un film d’une richesse inouïe à partir d’une histoire qui aurait pu se révéler mince, univoque et classique, voire simpliste.  D’abord, par une scène de confession qui aurait pu être celle d’un homme face à un prêtre dans une Eglise, scène qui aurait alors été convenue et moralisatrice. Une scène qui n’est qu’un leurre pour que lui succède la véritable scène de confession, derrière d’autres grilles. A un jeune garçon qui pourrait être le fantôme de son passé et sera aussi le symbole de sa rédemption.  Scène déchirante, à la fois attendue et surprenante. Ensuite et surtout,  avec cette fin qui, en quelques plans, nous parle de transmission, de remords, de vie et de mort, de filiation, de rédemption, de non violence, du sens de la vie. Cette fin sublimée par la photographie crépusculaire de Tom Stern (dont c’est la septième collaboration avec Clint Eastwood, cette photographie incomparable qui, en un plan, vous fait entrevoir la beauté évanescente d'un instant ou la terreur d'un autre) qui illumine tout le film, ou l’obscurcit majestueusement aussi, et par la musique de Kyle Eastwood  d’une douceur envoûtante  nous assénant le coup fatal.

    Vous quitterez ce film encore éblouis par sa drôlerie désenchantée,  à la fois terrassés et portés par sa sagesse, sa beauté douloureuse, sa lucidité, sa mélancolie crépusculaire, entre ombre et lumière, noirceur et espoir, mal et rédemption, vie et mort, premières et dernières lueurs de l'existence. Le tout servi par une réalisation irréprochable et par un acteur au sommet de son art qui réconciliera les amateurs de l’inspecteur Harry et les inconditionnels de Sur la route de Madison et même ceux qui, comme moi, avaient trouvé Million dollar baby et L’Echange  démesurément grandiloquents et mélodramatiques. Si, les premières minutes ou même la première heure vous laissent vous aussi parfois sceptiques, attendez…attendez que ce film ait joué sa dernière note, dévoilé sa dernière carte qui éclaireront l’ensemble et qui  font de ce film un hymne à la tolérance, la non violence (oui, finalement) et à la vie qui peut rebondir et prendre un autre sens (et même prendre sens!) à chaque instant.   Même l'ultime. Même pour un homme seul, irascible, cynique et condamné à mort et a priori à la solitude. Même pour un enfant seul, timide, a priori condamné à  une vie terne et violente. 

    Un film qui confirme le talent d’un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d’un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant.  Une belle leçon d’espoir, de vie, d’humilité. Et de cinéma…

    Ma vision romanesque du festival

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    En attendant de pouvoir vous parler de mon nouveau roman qui a en grande partie le festival pour cadre, je vous invite également à écouter ma nouvelle qui se déroule intégralement au Festival de La Baule, Un Certain 14 novembre, publiée dans le recueil de 16 nouvelles sur le cinéma Les illusions parallèles (Editions du 38 - 2016) que j'avais eu le plaisir de dédicacer au festival, une nouvelle enregistrée dans mon podcast In the mood for cinema, composé de 13 fictions littéraires, la plupart lauréates de concours d'écriture. A écouter ici sur Spotify mais aussi sur Deezer, Amazon Music, Google podcasts...

    Pour en savoir plus sur le festival

    Pour en savoir plus sur le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule , rendez-vous aussi sur le site officiel du festival, ainsi que sur le compte Instagram du festival (@festivallabaule).

    Mes bonnes adresses

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    Retrouvez mes articles sur mes bonnes adresses bauloises, le Castel Marie-Louise, L'hôtel Barrière L'Hermitage et l' Hôtel Royal Thalasso Barrière.

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  • Palmarès des Paris Film Critics Awards 2023

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    Un collège de votants constitué de 80 critiques et journalistes professionnels de cinéma et culture basés à Paris (l’académie des Paris Film Critics) -dont j'ai le plaisir de faire partie- a désigné les meilleurs longs-métrages (sortis en salles ou sur des plateformes durant l’année 2022) et talents du cinéma français et international qui étaient en compétition pour cette 2ème édition des Paris Film Critics Awards.

    Le palmarès de la première édition des Paris Film Critics Awards avait couronné beaucoup de films français et avait ainsi témoigné de la diversité de la production cinématographique française en 2021, ce qui fut d'ailleurs à nouveau le cas cette année. C’est ainsi le long-métrage de Xavier Giannoli, Illusions perdues, qui avait reçu le Paris Film Critics Awards du meilleur film tandis que son acteur Vincent Lacoste recevait celui du meilleur second rôle masculin pour cette adaptation magistrale du chef-d’œuvre de Balzac. Vous pouvez retrouver mon compte-rendu complet de cette édition 2021 des Paris Film Critics Awards ainsi que le palmarès, dans mon article, ici.

    Créés à l’initiative de Sam Bobino (co-président du Festival du Film de La Baule -retrouvez, ici, mon compte-rendu de l'édition 2022 du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule-, délégué général de la Semaine du Cinéma Positif à Cannes), les 2èmes Paris Film Critics Awards ont été décernés lors d’une cérémonie qui a eu lieu ce dimanche 5 février au cinéma Le Silencio des Prés à Paris.

    Au cours de cette cérémonie, l’académie des Paris Film Critics Awards a honoré les membres de l'industrie cinématographique qui ont excellé dans leur domaine durant l’année précédente. À l’image des New York Film Critics Circle Awards, Los Angeles Film Critics Association Awards ou London Critics Film Awards, les Paris Film Critics Awards récompensent chaque année le meilleur du cinéma mondial.

    Parmi les nouveautés cette année, la création de deux nouveaux prix, celui des meilleurs décors et de la meilleure série télévisée.

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    La Nuit du 12 a ainsi été élu meilleur film de l’année. Le film de Dominik Moll a également reçu le prix de la meilleure adaptation et du meilleur second rôle féminin par Anouk Grinberg.

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    Zabou breitman & Dominik Moll_ (c) Julien Mouffron Gardner Gardner

    Ce film inspiré de faits réels, âpre et ciselé, est le septième long-métrage de Dominik Moll. A l’heure où les féminicides demeurent dramatiquement nombreux, ce film est un plaidoyer retentissant, glaçant et vibrant contre les violences faites aux femmes. L’intérêt de l’enquête au cœur du film réside ainsi moins dans la résolution du crime que dans l’auscultation de la vision de la femme par les 6 hommes qui sont les potentiels suspects responsables de l’assassinat d’une jeune femme mais aussi par certains policiers dont les propos font écho à ceux de ces derniers. N'y voyez pas là du manichéisme, bien au contraire ! Les formidables personnages incarnés par Bastien Bouillon et Bouli Lanners viennent les contrebalancer. Bouli Lanners et Bastien Bouillon sont ainsi perdus et tourmentés, et leur désespoir, leur fragilité, leur solitude face à cette affaire irrésolue nous hantent autant que cette dernière après le film. Anouk Grinberg campe aussi une juge profondément humaine.  La procédure est décortiquée mais ce sont surtout les âmes humaines qui le sont comme dans un film de Tavernier (on songe à L627). Le décor de cette vallée grisâtre autour de Grenoble se prête parfaitement à ce thriller sombre. Un film noir dont on ressort bousculé par le portrait de la misogynie « ordinaire. Le dernier plan, celui de l’enquêteur de la PJ qui s'échappe du vélodrome et roule le jour est la respiration tant attendue qui nous marque longtemps après la projection comme ce film qui ne peut laisser indifférent, tant il entre en résonance avec les plaies à vif de notre époque.

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    Le cinéaste Jean-Jacques Annaud a reçu un prix d’Honneur de la part de la presse, décerné à Claude Lelouch l’an passé, l’occasion pour le réalisateur de Notre-Dame brûle de déclarer avec humour que « le prix est celui des survivants des mauvaises critiques » et que « finalement j’aime assez bien les mauvaises critiques. François Truffaut avait raison: ne lisez pas les critiques. Il faut les lire avec un double décimètre. Ce qui est important, c’est la surface. » L’occasion pour moi de vous recommander à nouveau Or noir (dont je vous parle ici) à l’occasion de la sortie duquel j’avais interviewé le cinéaste, un des films de ce dernier largement sous-estimé. Une fable initiatique flamboyante avec des péripéties haletantes dignes d’une tragédie grecque, un conte qui permet une métaphore d’autant plus maligne des heurts de notre époque, un conte intemporel et très actuel au souffle épique incontestable, aux paysages d’une beauté vertigineuse dans la lignée des films de David Lean. Un cinéma romanesque, flamboyant où tout est plus grand que la vie sans pour autant en être totalement déconnecté mais qui en est au contraire le miroir réfléchissant (dans les deux sens du terme). Un film emp(h)athique qui rend hommage à ces terres lointaines et plus largement au cinéma qu’il montre à l’image du désert : une redoutable splendeur à côté de laquelle le spectateur se sent dérisoire mais tellement vivant. Fin de digression...

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    Benoit Magimel (c) Julien Mouffron-Gardner

    L’acteur Benoît Magimel a reçu le prix du meilleur acteur pour Pacifiction, le film d’Albert Serra qui remporte aussi deux autres trophées, celui de la meilleure photographie et des meilleurs décors.

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    Roschdy Zem, quant à lui, a reçu le prix du meilleur acteur dans un second rôle pour L’Innocent, de Louis Garrel (celui de la meilleure actrice dans un second rôle revenant à sa partenaire dans le film Anouk Grinberg, également récompensée pour La Nuit du 12).

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    Le compositeur Alexandre Desplat a reçu le prix de la meilleure musique pour Pinocchio de Guillermo del Toro.

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    Parmi les autres trophées, celui de la meilleure actrice a été décerné à Virginie Efira pour Revoir Paris de Alice Winocour, film dans lequel elle incarne Mia, prise dans un attentat dans une brasserie parisienne. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible. Alors forcément, impossible de ne pas être bouleversée par ce Revoir Paris qui résonne en nous, que nous ayons vécu ce traumatisme ou un autre. Nous pensons à toutes ces âmes blessées pour qui « revoir Paris » doit être encore si difficile et qui y déambulent, anonymes, comme si de rien n’était, mais blessés dans leur chair et dans leur âme. La grande force de ce film est sa pudeur. L’émotion n’en est pas moins palpable. Quand on balaie les fleurs déposées en mémoire des victimes Place de la République, comme s’il s’agissait de vulgaires détritus, ou quand une jeune fille qui a perdu ses parents dans l’attentat cherche à retrouver dans le tableau éponyme le détail des Nymphéas figurant sur la carte qu’ils lui avaient envoyée, avant de mourir dans l’attentat. Mais ce film, ce n’est pas seulement celle d’êtres brisés, c’est aussi celle d’êtres qui ensemble cheminent vers la reconstruction, qui tissent des liens et un chemin vers la lumière, qui après cela se posent les questions sur le bonheur, ou qui encore sans se connaître se sont tenus la main, au sens propre comme au sens figuré. Si Mia « revoit » Paris, c’est aussi parce qu’elle la voit autrement, mais aussi qu’elle voit sa vie autrement. Elle souffre du trouble de « la mémoire récurrente involontaire » et va essayer de reconstituer les fils de cette effroyable soirée. Revoir Paris, c’est avant tout une histoire de résilience. Une fois de plus, Virginie Efira est troublante de justesse, de nuance, d’émotions, de force et fragilités mêlées. Force et fragilité mêlées, c’est aussi ce qui définit le personnage de Benoît Magimel. Un film d’une rare sensibilité, celle qu’il fallait pour traiter de ce sujet si récent et présent dans les mémoires. Mais aussi un film sur la mémoire traumatique qui donne des visages à cette épreuve collective avec délicatesse et dignité. Un poignant élan de vie, de réconciliation (avec soi, le passé) et d’espoir.

    Le prix du Meilleur réalisateur a été décerné à James Cameron pour son film Avatar : la voix de l’eau, qui atteindra le chiffre des 13 millions d’entrées en France cette semaine.

    Un prix pour l’ensemble de sa carrière a été décerné au cinéaste culte américain de 96 ans, Roger Corman.

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    Le prix du meilleur premier film a été attribué au remarquable Falcon Lake de Charlotte Le Bon qui avait déjà reçu le prix D’Ornano-Valenti du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville. Une histoire d'amour et de fantômes. Ainsi le pitch officiel présente-t-il ce premier long-métrage de Charlotte Le Bon également projeté à la Quinzaine des Réalisateurs 2022. Pour son premier long-métrage, Charlotte Le Bon a choisi de porter à l’écran le roman graphique de Bastien Vivès, Une sœur. Cette adaptation très libre le transpose de la Bretagne à un lac des Laurentides, situé au Québec, au Nord-Ouest de Montréal. C’est là, pendant l’été, qu’un jeune Français, Bastien (Joseph Engel), ses parents et son petit frère viennent passer quelques jours, dans un chalet situé au bord d’un lac où sa mère québécoise (Mona Chokri) venait déjà avec son amie d’enfance. Il est décidé que Bastien dormira dans la même chambre que Chloé (Sara Montpetit), de trois ans son ainée. Une adolescente frondeuse, étrange et un peu fantasque. Chloé, qui passe d’habitude son temps avec des garçons plus âgés qu’elle, est d’abord contrariée par l’arrivée de celui qu’elle considère comme un enfant. Bastien qui a 13 ans « bientôt 14 » n’en est pourtant plus tout à fait un. Il éprouve immédiatement de la fascination pour Chloé. Cette dernière en joue. Mais n’est-ce véritablement qu’un jeu entre celui qui se cherche et celle qui pense n’avoir sa place nulle part ? Les deux adolescents se rapprochent peu à peu…Cela commence comme un conte funèbre. Un plan sur un lac sur lequel on distingue ensuite comme un corps mort qui flotte à la surface.  Puis le corps prend vie. Ensuite, une voiture s’engouffre dans une forêt dense et mystérieuse, à la fois admirable et presque menaçante. Dans la voiture qui s’enfonce dans cette forêt, Bastien touche son petit frère qui ne s’en rend pas compte, comme s’il était une présence fantomatique. La famille entre ensuite dans un chalet plongé dans l’obscurité. Toute la puissance énigmatique et ensorcelante du film est déjà là, dans ces premiers plans. En effet, dès le début, dans ce chalet isolé au milieu de cette nature aussi captivante qu’inquiétante, une indicible menace plane. Ce mélange de lumière et d’obscurité, de candeur et de gravité, instaure d’emblée une atmosphère singulière. Cet été flamboyant contraste avec la rudesse de l’hiver à venir, et rend chaque minute plus urgente, faussement légère et presque brusque. Comme une allégorie de l’adolescence… Baignade dans la nuit, ombres sur les murs...: Charlotte Le Bon s’amuse avec les codes du film de genre. Quand Chloé apparaît la première fois, c’est de dos, comme un fantôme. Ces fantômes dont l’adolescente ne cesse de parler. La mort est là qui rode constamment. Bastien raconte qu’il a peur de l’eau, ayant failli se noyer petit. Chloé s’amuse à disparaître dans l’eau. Elle joue à la morte et dit « j’ai pas l’air assez morte ». Elle s’approche de Bastien pour lui faire peur, déguisée en fantôme. Ils jouent à se mordre jusqu’au sang. Bastien trouve un animal mort. Il s’adonne à une danse endiablée avec un masque fantomatique sur le visage etc.Tout cela ressemble-t-il encore à des jeux d’enfant ? Pour aller à une soirée, Chloé habille Bastien comme elle le ferait avec une poupée ou un enfant et pour désamorcer une éventuelle ambiguïté lui dit que « Les petites filles vont devenir folles ». Chloé et Bastien aiment jouer à se faire peur, à se draper d’un voile blanc pour jouer aux fantômes, à feindre la mort. Chloé photographie ainsi Bastien recouvert d’un voile blanc près d’un arbre mort. Et Chloé est surtout obsédée par la présence d’un fantôme suite à une mort accidentelle dans la partie sauvage du lac, une mort dont elle semble la seule à avoir entendu parler. Ce récit initiatique est envoûtant du premier au dernier plan. Chloé et Bastien sont à une période charnière où tout est urgent, où les émotions sont à fleur de peau. D’un instant à l’autre, dans ce décor de fable, tout semble pouvoir basculer dans le drame. La réalisation particulièrement inspirée de Charlotte Le Bon, entre plans de natures mortes et images entre ombre et lumière (sublime photographie de Kristof Brandl), avec son judicieux mode de filmage (pellicule 16mm), plonge le film dans une sorte de halo de rêve nostalgique, comme un souvenir entêtant. Le format carré en 4/3 semble être un hommage au film A ghost story. Dans ce long-métrage de David Lowery, un homme décède et son esprit, recouvert d'un drap blanc, revient hanter le pavillon de banlieue de son épouse éplorée, afin de tenter de la consoler. Mais il se rend vite compte qu’il n’a plus aucune emprise sur le monde qui l’entoure, qu’il ne peut être désormais que le témoin passif du temps qui passe, comme passe la vie de celle qu’il a tant aimée. Fantôme errant confronté aux questions profondes et ineffables du sens de la vie, il entreprend alors un voyage cosmique à travers la mémoire et à travers l’histoire. Dans ce conte poétique et philosophique sur le deuil, l’absence, l’éphémère et l’éternel, l’impression d’étirement du temps est renforcée par le format 4/3, un film inclassable qui remuera les entrailles de quiconque aura été hanté par un deuil et la violence indicible de l’absence. Cette référence n’est certainement pas un hasard tant le scénario de Charlotte Le Bon et François Choquet est d’une précision remarquable. D'une précision (et d'une justesse) remarquable, les deux jeunes comédiens qui insufflent tant de véracité à cette histoire aux frontières du fantastique le sont aussi. Le travail sur le son est également admirable, qu’il s’agisse des sons de la nature mais aussi des sons du monde des adultes comme un bruit de fond étouffé, lointain, appartenant à une autre réalité ou tout simplement même à la réalité. La musique de Shida Shahabi à l’aura fantastique et mélancolique, est aussi un acteur à part entière. Elle vient apporter du mystère et de l’angoisse dans des moments plus légers. Elle ne force jamais l’émotion mais la suscite et nous intrigue comme lorsque quelques notes plus tristes viennent se poser sur des moments joyeux pour nous signifier qu’ils appartiennent peut-être déjà au passé. « Certains fantômes ne réalisent pas qu'ils sont morts. Souvent c'est des gens qui n'étaient pas près de mourir, ils vivent avec nous sans pouvoir communiquer avec personne » dit ainsi Bastien à un moment du film. Une phrase qui résonnera d’autant plus fort après cette fin, ce plan de Chloé face au lac, avec sa mèche blonde, qui se tourne à demi quand Bastien l’appelle. Une fin entêtante, magnifique, énigmatique qui fait confiance au spectateur et au pouvoir de l’imaginaire. Une fin comme ce film, magnétique, dont le fantôme ne cessera ensuite de nous accompagner…Une histoire d’amour et de fantômes, certes, mais surtout une exceptionnelle et sublime histoire d’amour et de fantômes  qui vous hantera délicieusement très longtemps.

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    Enfin, Decision to leave de Park Can-Wok a été récompensé pour son montage. Dans ce film, Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Sore, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle. Ce onzième long-métrage de Park Chan-wook (qui n’avait pas réalisé de long-métrage depuis 6 ans) est un peu la quintessence de son cinéma, avec certes moins de violence que dans ses précédents films mais plus que jamais ce sens aiguisé de la mise en scène. Evidemment, on pense à Vertigo d’Hitchcock (1958 – Sueurs froides) à la lecture de ce pitch faisant écho à celui du film en question du maître du suspense dans lequel un enquêteur tombe amoureux de la femme qu’il doit surveiller. Les personnages, dans une sorte de mise en abyme du cinéma, jouent constamment un rôle, si bien que la frontière entre vérité et mensonge est très floue. C’est aussi le cas ici, dans ce film noir dans lequel le polar est avant tout un prétexte à une poignante histoire d’amour qui commence en haut d’une montagne et s’achève sous la mer. Entre les deux, se déroule pour le spectateur un voyage sinueux, à la fois captivant et opaque. La mise en scène d’une élégance rare interroge le réel et la vérité. Elle joue constamment avec les focales, le flou, les amorces, le premier et le second plan...et se joue de nous aussi, y compris avec le titre, également à double sens (qui s'avère bouleversant au dénouement). Le suspense plus que celui du polar est celui du désir, latent, constant. Ce n’est pas un film facile mais si on accepte de se laisser emporter dans ce jeu de dupes, on ressort bouleversé de ce labyrinthe émotionnel habile et malin qui évoque bien davantage la langueur d’In the Mood for Love de Wong Kar-wai que des films précédents de Park Chan-wook comme Old boy. Ce mélange de thriller et de mélodrame est évidemment très hitchcockien. Le cinéaste dissèque la complexité des sentiments, l’homme pudique face à la femme manipulatrice dont il va tomber amoureux. Le titre est comme le film : double. Il résulte ainsi d’une chanson populaire coréenne, La brume, une histoire d’amour mélodramatique, mais aussi une série de romans policiers suédois, série de Martin Beck traduite récemment en coréen. La mise en scène particulièrement brillante nous montre notamment comme Hae-Joon observe Sore de l’extérieur et par esprit se projette chez elle en des projections fantasmagoriques dont il nous appartient de déterminer s’il s’agit de la vérité. Tout est signifiant jusque dans le décor de l’appartement avec ses motifs de papiers peints qui reprennent des idées de vagues et montagnes. Les transitions sont aussi particulièrement brillantes comme une goutte dans une tasse de thé à laquelle répond une goutte dans une sonde à l’hôpital. La mise en scène distend et distord le temps et l’espace. Même quand ils sont ensemble, elle les sépare car ils ne s’aiment pas en même temps.  Ce film poignant nous laisse avec une impression entêtante et un mot, comme une litanie : brisé.

    L’intégralité du Palmarès des Paris Film Critics Awrards 2023 :

    MEILLEUR FILM

    La Nuit du 12 - Dominik Moll

    MEILLEUR RÉALISATEUR

    James Cameron - Avatar : La Voix de l'eau

    MEILLEURE ACTRICE

    Virginie Efira - Revoir Paris

    MEILLEUR ACTEUR

    Benoît Magimel - Pacifiction : Tourment sur les Îles

    MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

    Anouk Grinberg - L’Innocent et La Nuit du 12

    MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

    Roschdy Zem - L’Innocent

    MEILLEURE RÉVÉLATION FÉMININE

    Nadia Tereszkiewicz - Les Amandiers

    MEILLEURE RÉVÉLATION MASCULINE

    Stefan Crepon - Peter von Kant

    MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL

    La Conspiration du Caire - Tarik Saleh

    MEILLEURE ADAPTATION

    La Nuit Du 12 - Dominik Moll et Gilles Marchand

    MEILLEURE PHOTOGRAPHIE

    Pacifiction : Tourment sur les îles - Artur Tort

    MEILLEUR MONTAGE

    Decision to Leave - Kim Sang-bum

    MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

    Pinocchio - Alexandre Desplat

    MEILLEURS DÉCORS

    Pacifiction : Tourment sur les Îles - Sebastian Vogler

    MEILLEUR FILM D’ANIMATION

    Le Petit Nicolas : Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? - Amandine Fredon et Benjamin Massoubre

    MEILLEUR DOCUMENTAIRE

    The Beatles : Get Back -The Rooftop Concert - Peter Jackson

    MEILLEUR 1ER FILM

    Falcon Lake - Charlotte Le Bon

    MEILLEURE SÉRIE

    The White Lotus

    PRIX D’HONNEUR

    Jean-Jacques Annaud

    PRIX POUR L’ENSEMBLE D’UNE CARRIÈRE

    Roger Corman

  • Palmarès et conférence de presse du jury du 75ème Festival de Cannes

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    Après l’annonce du palmarès de ce 75ème Festival de Cannes (que je vous détaille plus bas et sur lequel je reviendrai, notamment sur les films qui y figurent dont je n’ai pas encore eu le temps de vous parler comme La Conspiration du Caire qui a reçu un prix du scénario, particulièrement mérité), j’ai eu le plaisir d’assister à la conférence de presse du jury longs métrages présidé par Vincent Lindon aux côtés duquel se trouvaient Deepika Padukone, Noomi Rapace, Joachim Trier, Ladj Ly, Jasmine Trinca, Rebecca Hall, Asghar Farhadi et Jeff Nichols.  

    Le président du jury a notamment déclaré que la délibération serait « un secret à vie. On s’y est engagé, c’est tellement beau d’avoir des secrets dans ce monde où tout le monde est au courant de tout, tout le temps. J’ai rarement vu autant de respect entre artistes, d’écoute et d’estime. Ce Jury m’a appris, sinon à voir un film, à réfléchir à un film, à le laisser mûrir. », « Parmi ces neuf personnes de cultures et de nationalités différentes, il y avait un point commun : un enchantement d’être là. Neuf personnes ravies de servir leur passion. On a joui d’un plaisir intense. J’ai l’impression qu’on va tous rentrer chez soi en se disant : « J’ai servi à quelque chose pour la culture et j’ai rendu des gens heureux. » Tandis que Asghar Farhadi a déclaré que « Ces journées et ces soirées passées ensemble ont été un merveilleux exercice de dialogue sur le cinéma. »

    Noomi Rapace est notamment revenue sur le film des frères Dardenne en déclarant : « Tori et Lokita m’a touché, c’est un film tendre et vibrant » mais aussi sur le film de Lukas Dhont :  « Close a été réalisé par un jeune, avec beaucoup de sagesse et de tendresse pour les êtres humains. »

    Retrouvez également, ici, mon article consacré au prix de la création sonore qui a été décerné à Corsage de Marie Kreutzer, une brillante allégorie de notre époque dans laquelle les apparences enserrent et emprisonnent  les femmes dans un corset plus insidieux que celui d’Elisabeth mais parfois non moins destructeur. Une œuvre à l’image de sa création sonore, innovante, à juste titre récompensée, et de sa musique : intense, vibrante, marquante, engagée, puissante.

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     Notez également que Leila et ses frères de Saeed Roustaee, jeune réalisateur iranien de 32 ans qui avait également réalisé La Loi de Téhéran, a reçu le Prix de la Citoyenneté. C'est ainsi la deuxième année consécutive que le Prix de la citoyenneté revient à un film iranien, après Un héros de Asghar Farhadi l'an passé. Je vous parlerai prochainement de ce nouveau film de Saeed Roustaee.

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    La palme d’or a été décerné à Triangle of sadness de Ruben Östlund, une farce cruelle et satirique, tantôt réjouissante, tantôt dérangeante (à dessein), sans la moindre illusion sur le monde.  Après la palme d'or reçue pour The Square en 2017, Ruben Östlund intègre ainsi le cercle très fermé des cinéastes ayant reçu deux fois la prestigieuse récompense (Ken Loach, Michael Haneke, les frères Dardenne, Francis Ford Coppola, Shōhei Imamura, Bille August, Emir Kusturica) avec ce film choc qui peut difficilement laisser indifférent. Là où un Chaplin aurait recouru au rire tendre et burlesque pour souligner les travers de son époque, pour croquer la sienne, Ruben Östlund  a choisi le sarcasme impitoyable, l’ironie mordante, la férocité et l’excès du trait, le cynisme indécent en écho à celui qu’il dénonce.

    Le prix d’interprétation masculine a été attribué à Song Kang Ho pour Les bonnes étoiles de Kore-Eda. Un film grave, tendre et mélancolique mais surtout profondément humaniste, empathique et émouvant.

    Close, le film de Lukas Dhont dont je vous avais dit à quel point il m’avait bouleversée a reçu le Grand Prix ex-aequo. Un film d’une maitrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, empreint de poésie qui ne nuit pas au sentiment de véracité et de sincérité. Et puis il y a ce regard final qui ne nous lâche pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film. Un regard final qui résonne comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inonde tout le film de sa grâce innocente. Un des grands films de cette édition cannoise, étourdissant de sensibilité.

    Après deux Palmes d’or (pour Rosetta et pour L’Enfant), les Dardenne ont reçu le prix du 75ème pour Tori et Lokita, un film, une nouvelle fois, au cœur de la réalité sociale. Un film poignant et sobre qui évite toujours l'écueil du pathos, d'autant plus émouvant qu'il est filmé à hauteur d'enfants plongés trop tôt dans ce que le monde a de plus rude. Les Dardenne restent les meilleurs cinéastes de l’instant, à la fois de l’intime et de l’universel dans lequel tout peut basculer en une précieuse et douloureuse seconde : un thriller intime.

    La mise en scène ébouriffante et particulièrement brillante de Park Chan-wook pour Decision to leave a été également justement récompensée. Tout est signifiant jusque dans le décor de l’appartement avec ses motifs de papiers peints qui reprennent des idées de vagues et montagnes. Les transitions sont aussi particulièrement brillantes comme une goutte dans une tasse de thé à laquelle répond une goutte dans une sonde à l’hôpital. La mise en scène distend et distord le temps et l’espace.

    Je vous laisse découvrir le reste du palmarès ci-dessous.

    PALME D'OR

    TRIANGLE OF SADNESS

    (SANS FILTRE)

    Ruben ÖSTLUND

    GRAND PRIX (EX-AEQUO)

    CLOSE

    Lukas DHONT

    STARS AT NOON

    Claire DENIS

    PRIX DE LA MISE EN SCÈNE

    PARK CHAN-WOOK

    HEOJIL KYOLSHIM

    (DECISION TO LEAVE)

    PRIX DU SCÉNARIO

    TARIK SALEH

    WALAD MIN AL JANNA

    (LA CONSPIRATION DU CAIRE)

    Tarik SALEH

    PRIX DU JURY (EX-AEQUO)

    LE OTTO MONTAGNE

    (LES HUIT MONTAGNES)

    Felix VAN GROENINGEN,

    Charlotte VANDERMEERSCH

    PRIX DU JURY (EX-AEQUO)

    EO

    Jerzy SKOLIMOWSKI

    PRIX DU 75E

    TORI ET LOKITA

    Jean-Pierre DARDENNE,

    Luc DARDENNE

    PRIX D'INTERPRÉTATION FÉMININE

    ZAR AMIR EBRAHIMI

    HOLY SPIDER

    (LES NUITS DE MASHHAD)

    Ali ABBASI

    PRIX D'INTERPRÉTATION MASCULINE

    SONG KANG HO

    BROKER

    (LES BONNES ÉTOILES)

    KORE-EDA Hirokazu

    PALME D'OR D'HONNEUR

    FOREST WHITAKER

    TOM CRUISE

    PRIX C.S.T. DE L'ARTISTE-TECHNICIEN

    ANDREAS FRANCK , BENT HOLM , JACOB ILGNER , JONAS RUDELS

    TRIANGLE OF SADNESS

    (SANS FILTRE)

    Ruben ÖSTLUND

    PRIX DE LA JEUNE TECHNICIENNE DE CINÉMA, DÉCERNÉ PAR LA C.S.T.

    MARION BURGER

    UN PETIT FRÈRE

    Léonor SERRAILLE

    COURTS MÉTRAGES

    PALME D'OR DU COURT MÉTRAGE

    HAI BIAN SHENG QI YI ZUO XUAN YA

    Jianying CHEN

    MENTION SPÉCIALE - COURT MÉTRAGE

    LORI

    Abinash Bikram SHAH

  • 69ème Festival de Cannes: bilan de la sélection officielle et palmarès

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    La folie des passions

    « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence », cette phrase prononcée par Xavier Dolan (empruntée à Anatole France), bouleversant et la voix brisée par l’émotion, lorsqu’il a reçu son Grand Prix (amplement mérité, retrouvez ma critique de Juste la fin du monde en cliquant ici), je pourrais la faire mienne.

    Avant de vous livrer, au fil des semaines, mes critiques de la vingtaine de films vus pendant ce 69ème Festival de Cannes, en voici un premier bilan guidé par « la folie des passions » et les émotions qui ont jalonné ces 12 jours joyeusement tumultueux qui n’en ont pas été avares.

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    Cela commence toujours Gare de Lyon, comme il y a 15 ans, lorsque j’avais été sélectionnée par le Ministère de la Jeunesse et des sports et que j’étais invitée pour la première fois à vivre ce festival dont je rêvais depuis l’enfance, qui représentait alors pour moi un univers mystérieux, fascinant, lointain. Inaccessible. Je regardais ces trains qui menaient vers Cannes, qui me semblaient conduire vers l’inconnu, vers un univers fascinant et légèrement inquiétant, pleine de doutes et d’appréhension, ignorant encore que j’allais vivre 12 journées intenses et inoubliables et que chaque année ensuite j’aurais la joie d’y retourner. A chaque fois que je me retrouve Gare de Lyon pour partir à Cannes, sorte de sas vers une autre réalité, ou plutôt vers la réalité entre parenthèses (enchantées), je repense à ce moment qui sans aucun doute a changé le cours de mon existence et je sais que, comme à chaque fois, de ces 12 jours, je reviendrai avec un état d’esprit un peu différent, renforcée par cette tornade de rêves et de cinéma(s) dans laquelle m’emporte toujours le Festival de Cannes, m’insufflant une nouvelle énergie.

    Bien sûr, cette année, c’était différent, il y a eu une réalité tragique qu’il était difficile d’oublier, il y a eu le 13 novembre, il y a eu un basculement que la sécurité draconienne et omniprésente nous rappelait sans cesse bien qu’il m’aurait été, même sans cela, impossible de l’oublier, même si Cannes nous donne la sensation de nous plonger dans un cocon hors des vicissitudes du monde que ses écrans reflètent pourtant.

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    L’intérieur du Palais des Festivals de Cannes dont les baies vitrées ouvrent sur la mer

    « La vie est une comédie écrite par un auteur sadique » pouvait-on entendre dans le magnifique « Café Society » de Woody Allen, film d’ouverture de cette 69ème édition. Certes. Elle a par ailleurs sans aucun doute souvent au moins autant d’imagination que les fictions présentées sur les écrans du festival, nous embarquant dans une douce et hypnotique confusion entre le cinéma et la réalité, a fortiori lorsque les nuits sont si courtes, que le jour et la nuit et la réalité et la fiction ne semblent plus faire qu’un, et que le festival semble ne jamais devoir finir et toujours nous protéger des soubresauts de la vie et du monde, paradoxalement tout en nous en projetant chaque jour ses blessures et ses révoltes, dans cette atmosphère ouatée de cinéma, électrique, ce monde parallèle dans lequel assister à une séance devient impérieux et vital, manger et dormir accessoire.

    Sur un air de jazz…

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    Cela a donc commencé avec Woody Allen. Un festival ne peut être que réussi lorsqu’il commence par un film de Woody Allen surtout lorsque ce dernier signe un nouvel hommage à la beauté incendiaire de New York, un hommage empreint d’une féroce nostalgie du Hollywood et du New York des années 1930 mais aussi empreint de la nostalgie des amours passées devenues impossibles (retrouvez ma critique de « Café Society », ici). Une scène vaudevillesque digne de Lubitsch et une autre romantique à Central Park et bien sûr le dénouement d’une mélancolie foudroyante valent le voyage sans oublier de réjouissantes citations avec lesquelles nous régale toujours Woody Allen. Un film qui possède un charme nostalgique notamment grâce à une écriture d’une précision redoutable. Woody Allen fait dire à un de ses personnages «  Il sait donner au drame une touche de légèreté » alors pour le paraphraser disons que dans ce nouveau film, comme souvent, le cinéaste sait donner à la légèreté une touche de drame. Et comment ne pas avoir l’impression comme dans « La Rose pourpre du Caire » que les personnages ou que la fiction traversent l’écran quand un film est autant rythmé par le jazz (dont la tristesse sous-jacente à ses notes joyeuses fait écho à la joie trompeuse des personnages) et que le jazz rythme chaque jour l’attente des festivaliers dans le Grand Théâtre Lumière. Le festival avait à peine commencé que déjà la réalité s’éloignait, que ce magicien surdoué qu’est le Festival de Cannes refermait ses bras sur nous, nous enlaçant de cinéma…

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    Le décor du dîner de Jean-François Piège sur le thème du « Guépard » de Visconti sur la plage Nespresso.

    Ne perdriez-vous pas à votre tour contact avec la réalité si vous dîniez dans un décor inspiré de votre film préféré (en l’occurrence « Le Guépard » de Visconti), si vous rencontriez une personne d’une rare bienveillance que vous avez toujours admirée, si vous aviez écrit un roman qui justement parle de la fragile frontière entre cinéma et réalité, de la difficulté de vivre un deuil dans une société à l’attention et l’émotion volatiles et versatiles, a fortiori en plein Festival de Cannes et que vous vous retrouviez dans cette situation, si votre réalité dépassait parfois la réalité décrite dans le roman que vous avez écrit vous faisant réaliser que certains personnages que vous craigniez trop caricaturaux sont en fait en-deçà de la réalité, si par une suite de hasards rocambolesques votre roman  comme une bouteille à la mer se retrouvait entre les mains d’un talentueux cinéaste qui y est évoqué ? J’aime les bouteilles à la mer. Les actes fougueux, vains, déraisonnables. Mais c’est une autre histoire…La folie des passions, encore et toujours…

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    La mise en abyme d’une histoire de mise en abyme…

    Le miroir des blessures du monde

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    La réalité était pourtant bien présente sur les écrans du festival, Cannes, comme chaque année, en étant le reflet, le miroir informant, grossissant comme l’est en particulier le film qui a reçu la palme d’or « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach. 10 ans après l’avoir déjà obtenue pour « Le vent se lève » , Ken Loach, ainsi, intégrait le cénacle des cinéastes ayant reçu deux palmes d’or : les Dardenne, Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Michael Haneke. Alors qu’il avait annoncé il y a deux ans, après « Jimmy’s hall » (en compétition officielle du Festival de Cannes 2014) qu’il ne tournerait plus, Ken Loach est donc revenu à Cannes et en est reparti avec la récompense suprême. Une évidence tant ce film capte et clame les absurdités cruelles et révoltantes d’un monde  et d’une administration qui broient l’individu, l’identité, la dignité comme celles de Daniel Blake (formidable Dave Johns), menuisier veuf, atteint d’une maladie cardiaque mais que l’administration ne considère pas comme suffisamment malade pour avoir droit à une pension d’invalidité.  Le regard plein d’empathie, de compassion que porte Loach sur Daniel Blake, et celui plein de clairvoyance qu’il porte sur le monde qui l’entoure et plein de colère contre les injustices dont il est victime contribuent à cette  œuvre à la fois très personnelle et universelle. Que Daniel Blake évoque sa femme décédée, que Ken Loach dessine les contours d’ une famille qui se reconstitue (Daniel Blake rencontre une jeune mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450 kms de sa ville natale pour ne pas être placée en famille d’accueil), son point de vue est toujours plein de tendresse sur ses personnages, teinté d’humour parfois aussi, et de révolte contre ces « décisionnaires » qui abusent de leur pouvoir, presque de vie et de mort, dans des bureaux qui ressemblent aux locaux labyrinthiques, grisâtres et déshumanisés  de « Playtime »  comme un écho à cette époque d’une modernité  aliénante, déshumanisante et parfois inhumaine que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège. « Moi, Daniel Blake », c’est l’histoire d’un homme qui veut rester maître de son existence, qui se réapproprie son identité et son honneur que cette administration étouffante essaie de lui nier, qui prend le pouvoir, celui de dire non, de clamer son patronyme, son existence, lors de deux scènes absolument bouleversantes. Le poing levé de Ken Loach  qui nous lance un uppercut en plein cœur, ce cœur qui (ce n’est sans doute pas un hasard que le mal se situe là)  lâche peu à peu Daniel Blake, lui qui en possède tant.  « Moi, Daniel Blake » c’est un film qui donne la parole à tous ceux qu’un système inique veut murer dans le silence et leur détresse. « Moi, Daniel Blake »,  c’est la démonstration implacable de la férocité meurtrière d’un système, un film d’une force, d’une simplicité, d’une beauté, mais aussi d’une universalité redoutables et poignantes. Une palme d’or en forme de cri de colère, de douleur, et d’appel à l’humanité dont les lueurs traversent le film et nous transpercent le cœur, bien après les derniers battements de ceux de Daniel Blake.  « Dans cette période de désespoir il faut ramener de l’espoir. » «Un autre monde est possible et nécessaire » a conclu Ken Loach avant de le répéter en Français, en recevant ce prix.

    Money Monster

    Dans un style radicalement différent « Money monster » (hors compétition), de Jodie Foster nous parlait aussi d’un monde mondialisé et d’ultra-communication,  totalement déshumanisé et aveuglé. 40 ans après avoir accédé à la notoriété et après avoir foulé les marches avec « Taxi Driver », Jodie Foster était ainsi de retour pour une montée des marches au comble du glamour  en compagnie de George Clooney (qui incarne ici une personnalité influente de la télévision grâce à une émission dans laquelle il conseille des placements boursiers) et de Julia Roberts qui les gravissait pour la première fois, radieuse et, faisant fi du protocole, pieds nus s’il vous plaît. Une critique acerbe et avisée de la quête du profit à outrance mais plus encore des chaînes d’information, de leur cynisme et leur course à l’audience au mépris de la morale et de ceux qui la regardent qui ne sont alors plus que des consommateurs avides qui ingurgitent des images toujours plus sensationnelles.

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    Le tableau dressé par la plupart des cinéastes était d’ailleurs non seulement celui d’un monde inique qui dévore les plus faibles mais aussi celui d’une société et d’administrations corrompues aux quatre coins du monde, du Brésil avec « Aquarius » de Kleber Filho Mendonça (dans lequel le cinéaste filait la métaphore entre le cancer de la protagoniste et cette maladie qui gangrène la société) aux Philippines avec « Ma’Rosa » de Brillante Mendoza (qui a d’ailleurs valu à son actrice principale le prix d’interprétation féminine : « Les femmes dans les familles sont si importantes dans mon pays », « Brillante Mendoza a voulu montrer ce qui se passe dans mon pays. C’est si vrai et je le remercie pour ça » a ainsi déclaré l’actrice Jaclyn Jose lors de la conférence de presse des lauréats. « La performance de l’actrice de « Ma’Rosa » a brisé mon cœur » a par ailleurs expliqué Arnaud Desplechin  lors de la conférence de presse du jury), un prix d’interprétation féminine que l’actrice  d’ « Aquarius », Sonia Braga, aurait également mérité, deux femmes fortes qui tentent de résister à la fatalité.

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     Le tableau dressé de la Roumanie dans« Baccalaureat » de Cristian Mungiu n’était guère plus flatteur.  Un père y met ainsi tout en œuvre pour que sa fille soit acceptée dans une université anglaise, devant pour cela renoncer aux principes qu’il lui a inculqués. Chaque plan de ce film est  par ailleurs une composition d’une richesse et d’une acuité éblouissantes qui lui ont valu un prix de la mise en scène (ex-aequo avec Olivier Assayas dont j’ai manqué le film : « C’est peu de dire que je suis très ému, le plus beau prix que je partage avec un cinéaste que j’admire depuis longtemps » a ainsi déclaré ce dernier lors de la clôture).

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    Trois œuvres fortes et courageuses de cinéastes qui se font les porte-paroles d’une société muselée, en proie à la corruption et aux compromissions. Comme un écho aux paroles de Vincent Lindon  lorsqu’il a ouvert le festival (prix d’interprétation l’an passé pour « La loi du marché » qui d’ailleurs présente des similitudes avec la palme d’or de cette année) : « Je me suis empressé de dire oui au festival qui depuis plus d’un demi-siècle témoigne du monde et de son imaginaire et qui aide à se battre contre les injustices, les préjugés, les différences, il est rudement courageux. Essayons de l’être autant que lui. Vive le cinéma ».

    Des personnages de pères et de femmes forts, et des liens familiaux mis à mal

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     Peut-être est-ce pour cela que la culpabilité était aussi un thème récurrent de cette édition : notre culpabilité face à un monde soumis aux inégalités et aux injustices révoltantes, thème que l’on retrouvait, outre « Baccalauréat », dans « La fille inconnue » des Dardenne (sans doute leur film le plus bancal, avec un scénario trop cousu de fils blancs et des personnages auxquels manquait cette vérité éclatante caractéristique de leur cinéma), ou encore dans le sublimement romanesque « Julieta » de Pedro Almodovar dans lequel la perfection de tous les éléments même si ce n’est pas son film le plus exubérant ( scénario labyrinthique et ciselée sur la violence indicible du deuil et de la culpabilité que le temps qui passe cadenasse dans le silence mais n’affaiblit pas, réalisation d’une beauté éblouissante dès le premier plan, interprétation d’une justesse bouleversante, musique poignante) auraient pu faire de ce mélodrame flamboyant une palme d’or à côté de laquelle le cinéaste espagnol passe pourtant donc une nouvelle fois.

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    La palme de l’originalité pour le dossier de presse de « Julieta ».

    Là encore dans le film d’Almodovar, et comme toujours dans son cinéma, ce sont des personnages de femmes fortes comme dans de nombreux films de cette sélection, des femmes qui souvent menaient la danse comme l’indiquaient d’ailleurs les titres des films comme « Elle » ou « Mademoiselle »,  mais c’était aussi le cas notamment dans le sobre et pudique « Loving »,  des femmes qui combattent pour leur liberté, d’être, d’aimer et de vivre comme elles l’entendent.

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    Ce festival nous a offert aussi de grands et beaux scénarios avec des personnages combattifs comme celui incarné par Marion Cotillard dans le sublime film sur la cristallisation et la quête d’absolu qu’est « Mal de pierres » de Nicole Garcia. Un film fiévreux porté par un scénario parfait, avec des tonalités truffaldiennes ( au passage signé du talentueux et prolifique Jacques Fieschi) , et par une réalisation éblouissante (avec même des accents à la John Ford) et au service de très beaux personnages, « sauvagement » vivants. Un film dont je vous reparlerai longuement.

    Des personnages de femmes fortes étaient ainsi mis à l’honneur mais aussi de pères comme dans le film allemand « Toni Erdmann » qui oscille entre humour et émotion pour interroger le sens de la vie et de l’essentiel ou encore dans « Baccalauréat » de Mungiu dans lequel un père abandonne ses grands principes et se trouve à son tour pris dans l’engrenage des « services », entendez par là la corruption et le trafic d’influence.

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    Quand certains films nous projetaient la réalité en pleine face », d’autres sublimaient le vertige de l’art, que cela soit celui de la danse (« La Danseuse », dans la sélection Un Certain Regard, un film poétique dont il a été question pour l’apparition de Lily-Rose Depp qui y crève l’écran mais qui vaut aussi pour l’interprétation de Soko), ou du cinéma (« Le Bon Gros Géant » de Spielberg, métaphore du cinéma de son réalisateur dans lequel, à l’image de ce dernier, le géant capture nos rêves et nous captive avec notamment une scène hilarante avec La Reine d’Angleterre qui, à elle seule, vaut le déplacement). Dans cette sélection, l’ inclassable et misanthrope « Ma Loute » de Bruno Dumont apportait un vent de folie salutaire avec un Fabrice Luchini aussi singulier et fascinant dans le film qu’en conférence de presse, une  fantaisie délicieusement déconcertante à l’image de jeu de Luchini, savamment grotesque dont la folie décontenance et réjouit. « J’ai voulu raconter une histoire de dingues avec néanmoins une histoire d’amour, une histoire policière,… une histoire colorée.», « Je filme toujours quelque chose pour parler d’autre chose »,, « On est à la fois des salauds et des saints, des crétins et des génies. Cette coexistence me passionne. », a ainsi déclaré Bruno Dumont lors de la conférence de presse du film.

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     « Ma loute » était une des trois comédies de ce festival certes fortement teintée de noirceur à l’image des deux autres, tandis que Jim Jarmush nous berçait avec son poème filmique « Paterson ».

    La famille se trouvait donc souvent au centre des films en compétition, mais une famille écartelée, soumise aux mensonges, aux non dits, à la culpabilité et l’incommunicabilité comme dans « Sieranevada » de Cristi Puiu qui, à travers les oppositions et les dissensions d’une famille révèle celles de la société roumaine (Puiu qui, comme son compatriote aurait mérité un prix de la mise en scène) et comme dans « La fin du monde » le Grand Prix signé Xavier Dolan, même si dans l’un de ces deux films, les cris disent ce que dans l’autre ils masquent. Dans le film de Dolan, en effet, chaque silence de ses personnages interprétés par des acteurs au firmament crient l’indicible comme ceux de « Julieta » d’Almodovar s’enferment dans l’ineffabke douleur de l’absence et croulent sous le poids des silences.

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    Mensonges (étatiques ou familiaux), culpabilité, absurdité de l’administration, course au profit et à l’audience, Cannes était une fois de plus une fenêtre « ouverte sur le monde ». Un monde écartelé, blessé, dans lequel des cris contre l’indifférence et la barbarie (qu’elles soient familiales ou sociétales) se perdent dans le silence, ce que Sean Penn a lui aussi maladroitement essayé de montrer dans un film au sujet à palme d’or dont les excès mélodramatiques ont malheureusement nui au propos et ont suscité l’unanimité contre lui.

    L’entente plus que cordiale du jury

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    Comme l’an passé, après la clôture, j’ai eu le plaisir de couvrir la conférence de presse du jury puis des lauréats. Laszlo Nemes à propos du film de Xavier Dolan a ainsi déclaré: « Quand cela commence vous entendez la voix spécifique du réalisateur. »  C’est sans doute ce qui caractérise les cinéastes primés et un grand cinéaste : cette voix spécifique. Lors de la conférence de presse du jury, son président, George Miller, a tenu à souligner que « c’était émotionnellement épuisant car chacun parlait avec passion.. »

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    Sans doute certains auront-ils été étonnés de la double récompense reçue par « Le Client » de Farhadi (que je dois également rattraper) : prix d’interprétation masculine et prix du scénario. « Les films qui ont le grand prix, le prix de la mise en scène et la palme d’or ne peuvent gagner un autre prix » a ainsi expliqué George Miller. Le jury a également expliqué qu’un seul film peut obtenir deux prix.  « C’était une très intéressante sélection représentative du cinéma d’aujourd’hui » a  précisé Valeria Golino.  Sutherland à propos jury a tenu à souligner que : « C’était l’association du gens que vous avez envie de voir encore et encore tout le long de votre vie ».

    En conclusion :

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    La cérémonie de clôture était finalement un condensé du Festival de Cannes et en résumait toute la diversité des styles et des émotions qu’il suscite : l’émotion communicative de Xavier Dolan, le cinéma d’hier qui valsait avec celui d’aujourd’hui avec la palme d’honneur décerné à Jean-Pierre Léaud (il faudra que je vous parle du plaisir  de revoir « Un Homme et une femme » pour les 50 ans de sa palme d’or, en présence de Claude Lelouch, dans le cadre de Cannes Classics), et des récompenses décernées majoritairement à des films engagés aux messages forts : des cris de colère et de révolte dont on espère que leurs prix leurs permettront d’arriver à destination. A l’image de la sublime affiche de cette 69ème édition, incandescente, solaire, ouvrant sur de nouveaux horizons (image tirée du « Mépris » de Godard) et sur cette ascension solitaire, teintée de langueur et de mélancolie, Cannes une fois de plus nous a éclairés sur les ombres du monde et a élargi nos horizons.

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     « Le cinéma d’auteur continue à exister grâce au Festival de Cannes »  a ainsi rappelé Cristian Mungiu lors de la clôture, ajoutant lors de la conférence de presse des lauréats : »Le cinéma n’est pas une affaire de gagnants ou de perdants mais de ce que les films ont à vous dire. », « C’est très important de préserver la diversité du cinéma. C’est bien d’avoir des voix et des points de vue différents » ainsi rappelant à ceux qui en douteraient encore le rôle essentiel de ce festival pour la survie du cinéma, de tous les cinémas.

    Mais bien sûr, plus que tout, ce sont les émotions qui resteront, notamment celles suscitées par ce discours et le film de son auteur, Xavier Dolan : « L’émotion ce n’est pas toujours facile, il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres.  Il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres. La violence sort parfois comme un cri. Ou comme un regard qui tue »… « J’ai tenté au mieux de raconter les histoires et les émotions de personnages parfois méchants ou criards mais surtout blessés et qui vivent comme tant d’entre nous dans le manque de confiance dans l’incertitude d’être aimé. Tout ce qu’on fait dans la vie on le fait pour être aimé, pour être accepté. »

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    Dans ce tourbillon d’émotions, de films, de musique aussi, il y a bien sûr eu des rendez-vous manqués mais j’en reviens avec un fol amour pour le cinéma, renouvelé, l’envie d’écrire, sur les films, mais aussi de raconter des histoires, et la sensation d’avoir vécu un film de 12 jours palpitant. 12 jours de grand cinéma, de films percutants, de plans éblouissants  et de personnages forts qui m’accompagnent encore et pour longtemps. 12 jours où la vie ressemblait à du grand cinéma, celle que l’on aime dictée par « la folie des passions » même si planait l’ombre des absents. 12 jours dont le credo, emprunté au film d’ouverture, en aura été : « Vis chaque jour comme le dernier, un jour ça le sera. »

    En attendant les critiques (je commence par Juste la fin du monde de Xavier Dolan, à lire ici), quelques clichés de mes pérégrinations cannoises, version 2016.

    Palmarès du 69ème Festival de Cannes

    (Sous le palmarès, retrouvez d’autres photos de ce Festival de Cannes, prises via mon compte Instagram @sandra_meziere).

    Palme d’or

     I, DANIEL BLAKE 

     (MOI, DANIEL BLAKE) 

    Ken LOACH

    Grand Prix

     JUSTE LA FIN DU MONDE 

    Xavier DOLAN

    Prix de la mise en scène (Ex-aequo)

     Cristian MUNGIU 

     BACALAUREAT 

     (BACCALAUREAT) 

    Cristian MUNGIU

    Prix de la mise en scène (Ex-aequo)

     Olivier ASSAYAS 

     PERSONAL SHOPPER 

    Olivier ASSAYAS

    Prix du scénario

     Asghar FARHADI 

     FORUSHANDE 

     (LE CLIENT) 

    Asghar FARHADI

    Prix du Jury

     AMERICAN HONEY 

    Andrea ARNOLD

    Prix d’interprétation féminine

     Jaclyn JOSE 

     MA’ ROSA 

    Brillante MENDOZA

    Prix d’interprétation masculine

     Shahab HOSSEINI 

     FORUSHANDE 

     (LE CLIENT) 

    Asghar FARHADI

    Prix Vulcain de l’Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T.

     Seong-Hie RYU 

     MADEMOISELLE 

    PARK Chan-Wook

    Courts Métrages

    Palme d’or du court métrage

     TIMECODE 

    Juanjo GIMENEZ

    Mention spéciale – court métrage

     A MOÇA QUE DANÇOU COM O DIABO 

     (LA JEUNE FILLE QUI DANSAIT AVEC LE DIABLE) 

    João Paulo MIRANDA MARIA

    Quelques photos de ce 69ème Festival de Cannes (prises via mon compte Instagram @sandra_meziere ainsi

    que toutes les autres photos de cet article).

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    Les 24 marches les plus célèbres du monde…

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     Sur la plage Nespresso…

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    Sur le toit du palais des festivals, au Mouton Cadet Wine Bar

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    Vue depuis le toit du palais des Festivals, du Mouton Cadet Wine Bar

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    Les escabeaux toujours prêts toujours là…

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    Remise des prix de la Cinéfondation après un discours plein d’autodérision de son président, Gilles Jacob

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    Les casiers presse, passage quotidien incontournable pour récupérer les dossiers de presse (que je n’ai malheureusement pas tous ramenés).

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    Le lauréat de la palme d’or, Ken Loach, lors de la conférence de presse des lauréats.

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    Pause quotidienne sur la plage Majestic, merci à ADR Prod

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    Valeria Golino, membre du jury, lors de la conférence de presse des membres du jury après la clôture

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    Clôture de Un Certain Regard

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    LA nouvelle bonne adresse cannoise qui a ouvert juste avant le festival, située juste en face le palais des festivals, « La Californie » (qui appartient à Sénequier)

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    Petite pause goûter à la plage Majestic et une assiette sur mesure

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    Interview de Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la Critique (compte rendu à suivre)

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    L’équipe du film de Sean Penn, en compétition officielle, lors de sa conférence de presse

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    Vue sur la Croisette depuis le palais des festivals

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    Projections des films de clôture de la Semaine de la Critique signés Chloé Sévigny, Laetitia Casta et Sandrine Kiberlain

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    Une autre de mes cantines cannoises

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    L’équipe de « Aquarius » sur les marches

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    L’équipe de « Loving » de Jeff Nichols

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    Vanessa Paradis lors de la conférence de presse du jury après la clôture

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    Ken Loach lors de la conférence de presse du jury après la clôture

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    Dîner sur la plage Nespresso, signé Jean-François Piège et sur le thème du « Guépard » de Visconti (photos ci-dessous)

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    Ci-dessus, les lauréats du prix Talents Nespresso

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    Passionnante leçon de cinéma par Tomer Sisley dans un anglais irréprochable

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    Au concert privé de LEJ au Majestic Barrière

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    Vue vertigineuse sur la Croisette depuis le Club By Albane

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  • Oscars 2016 : nominations et cérémonie en direct

     

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    C'est à minuit que débutera le tapis rouge de la 88ème cérémonie des Oscars, à suivre sur Canal + avant la cérémonie en direct à partir de 2H30. Comme chaque année, la cérémonie sera commentée sur Canal + depuis Los Angeles par Didier Allouch et Laurent Weil. Je vous conseille aussi de suivre sur internet, sur le site de Canal plus, le live tweet de la cérémonie, vous y trouverez également de nombreuses informations sur la cérémonie, ici.

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    La cérémonie aura lieu au Dolby Theatre de Los Angeles et sera présentée par Chris Rock. "The Revenant" de Alejandro González Iñárritu part favori avec 12 nominations (ma critique dans un article à suivre) et pourrait (devrait) permettre à Leonardo DiCaprio de décrocher enfin la précieuse statuette, lui qui l'a vue toujours lui échapper quand il n'a pas tout simplement été absent des nominations comme pour "Shutter island" qui reste d'ailleurs une des interprétations les plus époustouflantes qu'il m'ait été donné de voir sans parler de tous les autres rôles pour lesquels il l'aurait méritée que ce soit pour "Gatsby" ou surtout "Les Noces rebelles" (mais je pourrais en citer bien d'autres). Retrouvez, en cliquant ici, mes 7 critiques de films avec DiCaprio (pour lesquels il aurait pu/dû obtenir un Oscar).

    Iñárritu était déjà le grand vainqueur des Oscars 2015 avec "Birdman" (ma critique, ici) récompensé alors des Oscars suivants: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photographie. L'Académie le couronnera-t-elle à nouveau cette année? Réponse dans quelques heures. Pour le meilleur film, il sera face à de grands noms: Spielberg, George Miller, Ridley Scott... donc rien n'est gagné d'avance.

    Juste derrière "The Revenant" figure "Mad Max Fury road" avec ses 10 nominations, un film qui fait office de sérieux concurrent.

    A suivre également avec attention: l'Oscar du meilleur film étranger, catégorie dans laquelle concourt Deniz Gamze Ergüven pour "Mustang"qui, vendredi, a récolté 4 César (une cérémonie vécue au Châtelet dont vous pouvez retrouver mon compte rendu, ici). L'emportera-t-elle face au premier film de Laszlo Nemes (grand prix du Festival de Cannes 2015) dont je vous disais, ici, à quel point il m'avait également marquée?

    Je reviendrai bien sûr en détails sur le palmarès, demain, avec également ma critique de "The Revenant".

    NOMINATIONS

    Meilleur film:

     

    The Big Short: le casse du siècle de Adam McKay

     

    Le Pont des espions de Steven Spielberg

     

    Brooklyn de John Crowley et Paul Tsan

     

    Mad Max: Fury Road de George Miller

     

    Seul sur Mars de Ridley Scott

     

    The Revenant d(Alejandro González Iñárritu

     

    Room de Lenny Abrahamson

     

    Spotlight de Tom McCarthy

     

    Meilleur réalisateur:

     

    Adam McKay pour The Big Short: le casse du siècle

     

    George Miller pour Mad Max: Fury Road

     

    Alejandro Gonzalez Inarritu pour The Revenant

     

    Lenny Abrahamson pour Room

     

    Tom McCarthy pour Spotlight

     

    Meilleur acteur:

     

    Leonardo DiCaprio dans The Revenant

     

    Bryan Cranston dans Dalton Trumbo

     

    Matt Damon dans Seul sur Mars

     

    Eddie Redma dans The Danish Girl

     

    Michael Fassbender dans Steve Jobs

     

    Meilleure actrice:

     

    Charlotte Rampling dans 45 Years

     

    Cate Blanchett dans Carol

     

    Brie Larson dans Room

     

    Jennifer Lawrence dans Joy

     

    Saoirse Ronan dans Brooklyn

     

    Brie Larson dans Room

     

    Meilleur acteur dans un second rôle:

     

    Christian Bale dans The Big Short: le casse du siècle

     

    Tom Hardy dans The Revenant

     

    Mark Ruffalo dans Spotlight

     

    Mark Rylance dans Le Pont des espions

     

    Sylvester Stallone dans Creed - L'héritage de Rocky Balboa

     

    Meilleure actrice dans un second rôle:

     

    Kate Winslet dans Steve Jobs

     

    Jennifer Jason Leigh dans Les Huit salopards

     

    Rooney Mara dans Carol

     

    Rachel McAdams dans Spotlight

     

    Alicia Vikander dans The Danish Girl

     

    Meilleur scénario original:

     

    Le Pont des espions écrit par Matt Charman et les frères Coen

     

    Ex Machina écrit par Alex Garland

     

    Vice Versa écrit par Pete Docter, Meg LeFauve et Josh Cooley

     

    Spotlight écrit par Josh Singer et Tom McCarthy

     

    N.W.A. Straight Outta Compton écrit par Jonathan Herman et Andrea Berloff

     

    Meilleur scénario adapté:

     

    The Big Short: le casse du siècle d'après le livre The Big Short: Inside the Doomsday Machine de Michael Lewis

     

    Brooklyn d'après le roman éponyme de Colm Tóibín

     

    Carol d'après le roman éponyme de Patricia Higsmith

     

    Room d'après le roman éponyme d'Emma Donoghue

     

    Seul sur Mars d'après The Martian d'Andy Weir

     

    Carol, de Todd Haynes

     

    Meilleur film étranger:

     

    Mustang de Deniz Gamze Ergüven (France)

     

    L'Étreinte du serpent de Ciro Guerra (Colombie)

     

    Le Fils de Saul de László Nemes (Hongrie)

     

    Theeb de Naji Abu Nowar (Jordanie)

     

    A War de Tobias Lindholm (Danemark)

     

    Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

     

    Meilleur film d'animation:

     

    Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson

     

    Vice Versa de Pete Docter

     

    Le garçon et le monde de Alê Abreu

     

    Shaun le mouton de Richard Starzak et Mark Burton

     

    Souvenirs de Marnie de Hiromasa Yonebayashi

     

    Meilleur documentaire:

     

    Amy de Asif Kapadia

     

    Cartel Land de Matthew Heineman

     

    The Look of Silence de Joshua Oppenheimer

     

    What Happened, Miss Simone? de Liz Garbus

     

    Winter on Fire: Ukraine's fight for freedom de Evgeny Afineevsky

     

    Meilleure photographie:

     

    Carol par Edward Lachman

     

    Les Huit Salopards par Robert Richardson

     

    Mad Max: Fury Road par John Seale

     

    The Revenant par Emmanuel Lubezki

     

    Sicario par Roger Deakins

     

    Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino

     

    Meilleur montage:

     

    The Big Short: Le Casse du siècle par Hank Corwin

     

    Mad Max: Fury Road par Margaret Sixel

     

    The Revenant par Stephen Mirrione

     

    Spotlight par Tom McArdle

     

    Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force par Maryann Brandon et Mary Jo Markey

     

    Meilleurs décors:

     

    The Danish Girl par Michael Standish et Eve Stewart

     

    Mad Max: Fury Road par Colin Gibson et Lisa Thompson

     

    Le Pont des espions par Rena DeAngelo, Bernhard Henrich et Adam Stockhausen

     

    The Revenant par Jack Fisk et Hamish Purdy

     

    Seul sur Mars par Celia Bobak et Arthur Max

     

    Meilleure création de costumes:

     

    Carol par Sandy Powell

     

    Cendrillon par Sandy Powell

     

    The Danish Girl par Paco Delgado

     

    Mad Max: Fury Road par Jenny Beavan

     

    The Revenant par Jacqueline West

     

    Meilleurs maquillages et coiffures:

     

    Mad Max: Fury Road par Lesley Vanderwalt, Elka Wardega et Damian Martin

     

    The Revenant par Siân Grigg, Duncan Jarman and Robert Pandini

     

    Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire par Love Larson et Eva von Bahr

     

    Meilleur montage de son:

     

    Mad Max: Fury Road par Mark A. Mangini et David White

     

    The Revenant par Martin Hernández et Lon Bender

     

    Seul sur Mars par Oliver Tarney

     

    Sicario par Alan Robert Murray

     

    Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force (Star Wars: The Force Awakens) par Matthew Wood et David Acord

     

    Meilleur mixage de son:

     

    Mad Max: Fury Road par Chris Jenkins, Gregg Rudloff et Ben Osmo

     

    Le Pont des espions par Andy Nelson, Gary Rydstrom et Drew Kunin

     

    The Revenant par Jon Taylor, Frank A. Montaño, Randy Thom et Chris Duesterdiek

     

    Seul sur Mars par Paul Massey, Mark Taylor et Mac Ruth

     

    Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force par Andy Nelson, Christopher Scarabosio et Stuart Wilson

     

    Meilleurs effets visuels:

     

    Ex Machina par Mark Williams Ardington, Sara Bennett, Paul Norris et Andrew Whitehurst

     

    Mad Max: Fury Road par Andrew Jackson, Dan Oliver, Andy Williams et Tom Wood

     

    The Revenant par Richard McBride, Matt Shumway, Jason Smith et Cameron Waldbauer

     

    Seul sur Mars par Anders Langlands, Chris Lawrence, Richard Stammers et Steven Warner

     

    Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force par Chris Corbould, Roger Guyett, Paul Kavanagh et Neal Scanlan

     

    Meilleure chanson originale:

     

    Earned It dans Cinquante nuances de Grey - Paroles et musique: Abel Tesfaye, Ahmad Balshe, Jason Daheala Quenneville et Stephan Moccio

     

    Manta Ray dans Racing Extinction - Paroles et musique: Antony Hegarty

     

    Simple Song #3 dans Youth - Paroles et musique: David Lang

     

    Til It Happens To You dans The Hunting Ground - Paroles et musique: Diane Warren et Lady Gaga

     

    Writing's on the Wall dans 007 Spectre - Paroles et musique: Jimmy Napes (en) et Sam Smith

     

    Meilleure musique de film:

     

    Carol par Carter Burwell

     

    Le Pont des espions par Thomas Newman

     

    Sicario par Jóhann Jóhannsson

     

    Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force par John Williams

     

    Les Huit Salopards par Ennio Morricone

     

    Meilleur court métrage de fiction:

     

    Everything Will Be Okay de Patrick Vollrath

     

    Ave Maria d'Eric Dupont et Basil Khalil

     

    Day One de Henry Hughes

     

    Shok de Jamie Donoughue

     

    Stutterer de Serena Armitage et Benjamin Cleary

     

    Meilleur court métrage d'animation:

     

    Bear Story de Pato Escala Pierart et Gabriel Osorio Vargas

     

    We Can't Live Without Cosmos de Konstantin Bronzit

     

    Prologue d'Imogen Sutton et Richard Williams

     

    Sanjay's Super Team de Nicole Paradis Grindle et Sanjay Patel

     

    World of Tomorrow de Don Hertzfeldt

     

    Meilleur court métrage documentaire:

     

    Body Team 12 de David Darg et Bryn Mooser

     

    Chau, Beyond the Lines de Courtney Marsh et Jerry Franck

     

    Claude Lanzmann: Spectres of the Shoah de Adam Benzine

     

    A Girl in the River: The Price of Forgiveness de Sharmeen Obaid-Chinoy

     

    Last Day of Freedom de Dee Hibbert-Jones et Nomi Talisman