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(23.11.1949-30.10.2013) : mon père, ce héros ...

Ce 30 octobre 2013, mon père est "parti" après deux années de combat acharné et téméraire contre le cancer. Un euphémisme pour dire ce qui n'est pas résumable en un banal article de blog, ce qui n'est pas exprimable, compréhensible et tolérable pour moi, ne le sera d'ailleurs jamais. Si je publie ce message aujourd'hui, bien que chérissant habituellement la discrétion que nous avions en commun parmi tant de choses (mais ceux qui ont vécu un tel drame savent que, alors, les beaux ou stupides principes volent en éclat), c'est d'abord pour vous dire...sa volonté époustouflante et son courage extraordinaire, jusqu'au bout: sa dernière élégance pour lui qui en avait tellement. Son amour fou et magnifique et réciproque pour ma mère et moi au point, jusqu'à la fin, de ne jamais se plaindre, de ne penser qu'à nous, à nous épargner. C'est tellement beau et rare comme ils s'aimaient, se sont aimés pendant 40 ans. Jusqu'au bout. Là, plus encore peut-être. Comme on s'aimait, nous trois!

Vous dire aussi ce que j'aurai la faiblesse de ne plus supporter: le mot courage employé à tort et à travers quand j'en ai vu chaque jour pendant deux ans le témoignage du plus admirable. Les lamentations de certains pour des futilités pour lesquelles j'aurai moins d'indulgence (pardon d’avance) et dont, comme chacun, j’ai pourtant certainement été parfois "coupable" moi aussi. Ces médias qui parlent de "longue maladie" comme si le mot cancer était tabou ou qui en parlent avec une dérision ou une désinvolture déplorables sans imaginer les répercussions sur ceux qui luttent au quotidien. Ceux qui, ici et ailleurs, plaisantent avec mauvais goût au sujet de cette maladie et ne savent pas toute l'horreur et la souffrance indescriptibles qu'elle implique. Ces cinéastes qui, par facilité scénaristique, pour émouvoir le spectateur, font souffrir ou mourir leurs personnages d'un cancer avec une maladresse malsaine et sans rien en connaître bien souvent (je pourrais en citer des dizaines rien que cette année).

Bien sûr, il y a l’opportunisme et la mesquinerie qu'une telle épreuve révèle et réveille. Nous aimions trop, l'un et l'autre, la balzacienne Comédie humaine, pour que j'en sois dupe.
 
Mais j'ai surtout rencontré des personnes magnifiques, en particulier à l'HAD et aux soins palliatifs, des personnes rares d'un dévouement et d'une bienveillance inouïes pour lesquelles ma gratitude est immense*.

Et puis mon admiration sans bornes pour ma mère: son courage, sa force, le soutien et l'amour infinis et indéfectibles qu'elle lui a témoignés, au-delà de ses limites et qui ont forcé l'admiration de tous.

Il y a aussi les mots et la présence (parfois même paradoxalement "virtuelle") de certains d'entre vous que je n'oublierai pas, le réconfort de connaître de belles personnes. Quelques douloureux silences, aussi.

Malgré tout, je voulais laisser un message d'espoir, de prévention aussi. Même s'il y a encore des cas de cancer aujourd'hui contre lesquels la médecine ne peut rien (ma colère, ma douleur et mon sentiment d'injustice sont ineffables quand je pense qu'il a eu la "malchance" d'en faire partie, lui qui pour moi a toujours incarné la jeunesse physique et d'esprit, qui a 61 ans encore, il y a deux ans seulement, en paraissait 45, lui qui a toujours mené une vie saine et sportive et avait encore tant de rêves et projets, lui qui était quelqu'un de bien ), la multiplicité des traitements, l'avancée de la recherche, la prise en charge en France sont remarquables même si ces dernières heures en clinique ont révélé de cruelles lacunes dans la prise en charge de la fin de vie en clinique .

Vraiment, en cas de doutes ou de symptômes inquiétants, pour vous ou vos proches, n'attendez pas. Jamais. Le temps est un terrible ennemi dans cette impitoyable maladie. Dans son cas, cela n’aurait rien changé mais bien souvent cela permet d’épargner ou du moins de prolonger des vies.

Ce message est aussi une manière de m'expliquer sur des silences, sur de nombreuses absences (au propre comme au figuré) ou annulations de dernière minute pendant ces deux dernières années, a fortiori ces derniers mois et ces ultimes dix-neuf jours atroces de soins palliatifs à domicile vécus en ayant l'impression d'être hors du monde et de la vie, en l'ayant été d'ailleurs, sans parler de ce dernier jour d'une violence indicible. Non, vraiment, je crois pouvoir rire de tout mais le cancer ne me fera jamais rire...

Vous dire aussi mon retour à la vie "normale" et aussi mon retour à la "vie virtuelle " pour lesquels il me faudra du temps et qui se feront progressivement et à pas feutrés.

Je laisse aussi ce message pour éviter des maladresses inéluctables, de part et d'autre, pour éviter des explications pénibles. Pour vous dire aussi mon féroce amour de la vie, malgré tout, et qui va prendre pour moi un autre sens mais dont l'écriture et le cinéma feront évidemment toujours au moins autant partie. Lui qui aimait tant lire, pour qui la lecture a été une vitale évasion ces deux dernières années, qui aimait tant le cinéma aussi, si heureux de me voir m'épanouir dans ces passions qu'il m'a parmi d'autres transmises, le souhaitait. Deux passions sublimes que nous partagions et qui continueront à me (trans)porter et à me relier à lui, à mon père, ce héros.

*Aux infirmières de l'HAD de Laval: Delphine, Lucie, Valérie, Jacqueline, Julie et aux aides-soignantes notamment Marie-Pierre, Marie-Edith et Isabelle, merci infiniment. Merci aussi aux Docteurs Martin, Delansorne, Habert pour leur professionnalisme, leur profonde humanité et leur disponibilité.

Commentaires

  • Bonjour sandra,

    Juste un petit message de soutien en cette épreuve difficile, vous qui êtes si a l'aise avec les mots
    J'esperque les miens vous apporterons un peti bien être...
    ma soeur est en traitement depuisplus d'un an maintenant... je suis loin d'elle, votre post , ma toucher ....
    Bravo pour votre blog
    un passionné de cinéma
    stéphane Bouis

  • Les mots sont impuissants à dire la désolation. Je comprends votre douleur et le manque qui ne cessera plus. J'ai conscience de l'inutilité de ce message. Rien ne peut apaiser sauf peut être la grande fraternité humaine.
    J'ose donc exprimer ma sympathie pour vous et votre maman.

  • Un chagrin inconsolable j'imagine étant donné vos relations.
    Une étape inévitable hélas mais d'autant plus injuste qu'il était encore bien jeune ce héros si combatif !
    Cette maladie a bien de l'imagination et des ressources. C'est terrible.
    Je pense très fort à toi, à vous deux, à vous trois si indissociables.

  • @Stéphane Bouis: Merci pour votre email... Je souhaite sincèrement le meilleur pour votre sœur. De plus en plus nombreux sont ceux et celles qui en guérissent. Surtout, il ne faut jamais perdre espoir.
    @Danièle Paviot: Je ne crois pas les mots inutiles. Nombreux sont ceux à m'apporter du réconfort, notamment suite à ce message. Merci pour celui que vous avez laissé...
    @Pascale: A la fois inconsolable et en même temps c'est justement peut-être cette relation si belle entre nous trois qui va me donner la force de continuer, aussi.

  • Je te présente en retard je m'en excuse mes plus sincères condoléances et t'embrasse ...

  • @Didi: Merci pour ce petit mot... et aucun problème pour le "retard".

  • @Didi: Merci pour ce petit mot... et aucun problème pour le "retard".

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