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Critique - « Au-delà » de Clint Eastwood avec Matt Damon, Cécile de France…

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Depuis « Million dollar baby », en 2005, Clint Eastwood réalise désormais au rythme woodyallenien d’un film par an. D’ailleurs, là n’est pas le seul point commun entre le cinéma de Woody Allen et ce film de Clint Eastwood. Leurs derniers films sont hantés par la mort (qu’ils la dédramatisent par l’humour ou l’affrontent frontalement), et tout comme dans le dernier Woody Allen, Clint Eastwood a choisi la forme chorale, il a également tourné à Paris (Woody Allen sortira bientôt « Minuit à Paris »), a eu judicieusement recours à l’opéra pour exacerber l’intensité dramatique et cristalliser les sentiments des personnages ( opéra que Woody Allen a sublimement utilisé dans plusieurs films et notamment « Match point »), et traite ici du destin, et de ses méandres que Woody Allen a aussi souvent célébrés. Le destin est en effet ici un thème majeur de ce mélodrame qui s’assume comme tel sans être pour autant larmoyant (une caractéristique que j’avais en revanche trouvée insupportable dans « Million dollar baby » ou « L’échange). Je rapprocherais davantage « Au-delà » de « Sur la route de Madison » (je m’en explique plus bas) qui reste pour moi un des plus beaux films d’amour.

« Au-delà » nous raconte les histoires  de trois personnages dont les vies sont dévastées à l’image de ce tsunami par lequel débute le film, un tsunami qui ravage tout sur son passage évidemment y compris les existences de ceux qui l’ont croisé. Marie (Cécile de France) est l’une de ces personnes. Emportée par la vague gigantesque, elle connaît une expérience de mort imminente avant de tenter de reprendre son métier de journaliste à Paris. Dans les quartiers pauvres de Londres, Marcus (George McLaren), un jeune garçon dont la mère est alcoolique perd son frère jumeau Jason. Et, à San Francisco,  Georges (Matt Damon) possède un don mais qui est pour lui une malédiction : il est médium et communique avec l’au-delà. C’est cet au-delà qui va les réunir et va leur permettre de retrouver le goût de la vie.

Hier, je vous parlais de « 127 heures », le dernier film de Danny Boyle dont « Au-delà » est pour moi l’exact et subtil contraire.  Là où Danny Boyle par de vains effets de styles essaie à tout prix de pallier  la moindre seconde potentiellement ennuyeuse, Clint Eastwood prend le temps de tisser les fils de son histoire et des destins de ses personnages, de nous faire éprouver leur parcours vers le retour à la vie et leur voyage intérieur sans que, paradoxalement et au contraire du premier, cela soit ennuyeux.

Peut-être mais pourquoi comparer ce film au chef d’oeuvre « Sur la route de Madison » me direz-vous ? Parce que « Sur la route de Madison » est (aussi) un hymne à ces instants fugaces et intenses qui modifient le cours du destin. Robert Kincaid dit ainsi que son amour pour la photographie avait sans doute pour but de le conduire jusque là, jusqu’à Francesca Johnson tout comme les drames vécus par les trois personnages principaux d’ « Au-delà » trouvent leur explication et leur résolution dans leur rencontre, cette « certitude qui n’arrive qu’une fois dans une vie » (cf « Sur la route de Madison »). Comme dans « Sur la route de Madison », le bonheur est ici un instant d’éternité fugace qui justifie et éclaire les drames de l’existence. Un message finalement résolument optimiste pour un homme âgé pourtant hanté par la mort comme en témoignait déjà « Gran Torino ».

Clint Eastwood a par ailleurs eu l’intelligence de ne pas réaliser un film fantastique, de parler de l’au-delà en restant à hauteur d’homme. Sans doute cela en a-t-il dérouté certains qui s’attendaient à des effets spéciaux vertigineux (la bande-annonce très réussi est, à cet égard, assez trompeuse, rappelant celle des blockbusters, ce que « Au-delà » n’est pas). Même sans effets spéciaux la réalisation de Clint Eastwood est d’ailleurs toujours aussi élégante, maîtrisée et ingénieuse que ce soit pour filmer un tsunami dévastateur (là aussi à hauteur d’homme) ou le trouble amoureux. Excellente idée également que de donner des tonalités différentes aux trois lieux dans lesquels se déroule l’histoire. Dommage néanmoins que la partie française soit moins intéressante, un peu datée (le livre sur François Mitterrand sur lequel sans doute il reste beaucoup à dire mais qui n’est pas le sujet le plus novateur qui soit ou encore les décors d’une modernité aseptisée et caricaturale), et que Cécile de France (par ailleurs habituellement excellente actrice) donne l’impression de « jouer à la journaliste » et non de jouer une journaliste. Passionnantes (même si sans doute trop lentes pour certains, sans élans emphatiques) sont en revanche la quête de ce petit garçon pour communiquer avec son frère mort et celle de cet homme lui aussi en quête d’un double. Matt Damon une fois de plus excelle et derrière son apparence robuste laisse entrevoir les fragilités, les doutes, les espoirs de son personnage habité par cette force ou du moins ce pouvoir qui devient une faiblesse pour son existence.

« Au-delà » n’est certainement pas le film trépidant que certains attendaient mais au contraire un film à hauteur d’hommes qui tisse peu à peu sa toile d’émotions en même temps que les destins de ses personnages et qui laisse une trace d’autant plus profonde et aboutit à un final d’autant plus bouleversant que le cheminement pour l’atteindre a été subtil et délicat et que tout le justifiait. Une réflexion sur la mort mais surtout un hymne à la vie (au-delà de la douleur, au-delà de la perte), à l’espoir retrouvé (qui n’est pas dans l’au-delà mais dans le dépassement de son appréhension et donc bel et bien là), à la beauté troublante et surprenante du destin, une histoire d’amour dont on ressort « en apesanteur » et qui témoigne une nouvelle fois du talent de mise en image  de (belles)histoires de Clint Eastwood (le scénario est ici signé Peter Morgan) et surtout de talentueux homme orchestre (réalisateur, compositeur et producteur avec un certain Spielberg Steven).

Commentaires

  • Les interprétations CATASTROPHIQUES de Cécile de France, du petit garçon, de Brice Dallas Howard (pour ne citer que ceux qu'on voit le plus à l'écran) sont pour moi rédhibitoires pour un film par ailleurs dénué d'émotion...
    sauf dans les 5 dernières minutes, mais là, c'est mon coeur de midinette fleur bleue qui parle !
    Heureusement Matt domine l'entreprise haut la main et sans "en faire"... et la séquence du tsunami est exceptionnelle.
    Trop peu de la part de qui on sait !

  • Quelle déception mais alors quelle déception. Où est-il allé chercher cette histoire, on sort en étant déprimé, ça plombe la soirée, c'est triste, c'est glauque pendant tout le film la lumière n'est pas la pour réchauffer. Autant "l'échange" n'était pas drôle mais il y avait une telle émotion, là on reste froid devant cette histoire qui pourtant démarre très bien, les 5 premiers minutes sont saisissantes. Une erreur de parcours ça peut arriver à tout le monde même au plus grand

  • @Pascale: Je suis d'accord pour Cécile de France. Le rôle ne lui convient pas du tout. On la voit "jouer la journaliste" et ça sonne constamment faux. Paraît-il qu'Eastwood a délégué et qu'il n'était pas toujours présent pour le tournage de la partie française, en revanche, je ne suis pas d'accord pour le petit garçon et BD Howard. Matt est en effet (comme toujours) exceptionnel. Je me suis totalement laissée embarquer, après le ressenti est subjectif, je sais que beaucoup de spectateurs se sont ennuyés mais moi c'est tout le contraire! Il faut que tu y retournes!
    @Adrien: pour moi c'est justement tout sauf triste et glauque. Cela démontre que même les pires tragédies de l'existence prennent un jour sens : leur rencontre à la fin( comme la photographie -qui certes n'est pas une tragédie- amenait Robert Kincaid/Eastwood à rencontrer Francesca Johnson/ Streep dans "Sur la route de Madison). Je trouve ça au contraire très rassurant. J'avoue que j'avais trouvé "L'échange" larmoyant et que j'avais beaucoup de mal avec l'interprétation d'Angelina Jolie. Je crois que nous ne tomberons pas d'accord sur ce film-ci.:-)

  • Clint Eastwood, faux grand cinéaste, recycleur de clichés et enfonceur de portes ouvertes... Quand va-t-on le comprendre ?

  • Salut,
    Quand j’ai vu que ce titre était réalisé par Clint Eastwood et avait Matt Damon et Cécile de France au casting, je me suis empressé d’aller le voir. Franchement, je n’ai pas du tout été déçu. Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis pour faire d’Au-delà un vrai succès.

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