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  • VALLEY OF LOVE de Guillaume Nicloux le dimanche 15 Mai à 20H50 sur Canal + Cinéma

    Dans le cadre de la programmation "10 jours, 10 nuits" consacrée au Festival de Cannes (dont je vous parlais récemment, ici), Canal plus cinéma diffusera LE film de l'année 2015 qui figurait en compétition officielle de l'édition 2015 du Festival de Cannes.

     

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    C’est à la fin du Festival de Cannes 2015 où il figurait en compétition officielle (le film était également en ouverture du Champs-Elysées Film Festival et en clôture du Festival du Film de Cabourg) que j’ai découvert pour la première fois « Valley of love », après 10 jours de grand cinéma qui font que, parfois, les images se mêlent, s’embrouillent, ne sont pas appréciées à leur juste valeur, surtout en un lieu et une époque où chacun se doit de donner (et de proclamer haut et fort) un avis à peine le générique terminé et qui comme le sujet du film finalement (le deuil) se doit d’être zappé. Or, certains films se dégustent plus qu’ils ne se dévorent, et il faut souvent du temps pour en appréhender la force, la profondeur, la pérennité de leurs images. C’est le cas de « Valley of love ». La conférence de presse du film fut aussi sans aucun doute la plus intéressante de ce 68ème Festival de Cannes. C'est aussi le film auquel j'ai ensuite repensé le plus souvent et c’est sans aucun doute le pouvoir des grands films que de vous accompagner, de vous donner la sensation d’avoir effectué un voyage à l’issue duquel vous n’êtes plus tout à fait la même personne...

    Isabelle (dont le prénom n’est d’ailleurs jamais prononcé) et Gérard (interprétés aussi par Isabelle –Huppert- et Gérard -Depardieu-) se rendent à un étrange rendez-vous dans la Vallée de la mort, en Californie. Ils ne se sont pas revus depuis des années et répondent à une invitation de leur fils, Michael, photographe, qu’ils ont reçue après son suicide, six mois auparavant. Malgré l’absurdité de la situation, ils décident de suivre le programme initiatique imaginé par Michael. Quel pitch prometteur et original, en plus de cette prestigieuse affiche qui réunit deux monstres sacrés du cinéma et qui reconstitue le duo de « Loulou » de Pialat, 35 ans après !

    Les premières minutes du film sont un modèle du genre. La caméra suit Isabelle qui avance de dos, vers un motel au milieu de nulle part. Une musique étrange et hypnotique (quelle musique, elle mérite presque à elle seul ce voyage !) l’accompagne. Les bruits de ses pas et de la valise marquent la cadence. Au fur et à mesure qu’elle avance, des notes dissonantes se glissent dans la musique. Puis, elle apparaît face caméra, dans la pénombre, son visage est à peine perceptible. Et quand elle apparaît en pleine lumière, c’est derrière les barreaux d’une fenêtre. Elle enlève alors ses lunettes et se dévoile ainsi à notre regard. Tout est là déjà : le cheminement, les fantômes du passé, l’ombre, le fantastique, la sensation d’enfermement, de gouffre obscur. Plus tard, ils se retrouvent. Le contraste est saisissant, entre le corps imposant et généreux de l’un, le corps frêle et sec de l’autre au milieu de ce paysage d’une beauté vertigineuse, infernale, fascinante, inquiétante.

    Le décor est le quatrième personnage avec Isabelle, Gérard, le fils absent et omniprésent. La chaleur est palpable, constamment. Des gouttes de sueur perlent sur le front de Gérard, se confondent parfois avec des larmes imaginées, contenues. Les grandes étendues vertigineuses du désert résonnent comme un écho à ce vertige saisissant et effrayant du deuil que ce film évoque avec tellement de subtilité, ainsi que son caractère si personnel et intransmissible. Isabelle n’est ainsi pas allée à l’enterrement de son fils parce qu’elle ne va plus aux enterrements depuis la mort de son père. On imagine que la vie les a l’un et l’autre happés, les a contraints à masquer leur douleur indicible, que ces étendues à perte de vue, le vide et l’enfer qu’elles symbolisent leur permet enfin d’y laisser libre cours « comme une sorte de pèlerinage. » : « Parfois j’ai l’impression que je vais m’effondrer, que plus rien ne me porte. Je me sens vidée, abandonnée », dit ainsi Isabelle.

    Grâce à l’humour judicieusement distillé, qui joue sur l’étanchéité des frontières entre leurs identités réelles et leurs identités dans le film (Gérard est acteur, dit être né à Châteauroux, et ne lit que les titres des films pour savoir s’il va accepter un film), elle est végétarienne, le trouve caractériel, lui reproche d’altérer l’écosystème parce qu’il nourrit les lézards. Le comique de situation provient du contraste entre ces deux corps, du contraste visuel aussi de ces deux personnages au milieu du décor (certains plans d’une beauté décalée, imprègnent autant la pellicule que la mémoire des spectateurs), à la fois gigantesques et minuscules dans cette vallée de la mort où ils ont rendez-vous avec leur fils, leur amour perdu. Ces quelques moments de comédie, comme dans le formidable film de Moretti, également en compétition du 68ème Festival de Cannes et également oublié du palmarès (« Mia Madre ») qui aborde le même sujet, permettent de respirer dans ce décor à perte de vue et étouffant avec cette chaleur écrasante, à l’image du deuil qui asphyxie et donne cette impression d’infini et d’inconnu oppressants.

    Mon seul regret concerne une scène trop écrite (dans la voiture) qui expose leurs situations respectives mais ce qui m’a gênée à la première vision, me paraît anecdotique à la deuxième. Certaines phrases résonnent avec d’autant plus de justesse qu’elles sont dites par des comédiens qui les prononcent avec une infinie délicatesse, qui trouvent constamment la note juste : « Si on se met à détester quelqu’un avec qui on a vécu c’est qu’on ne l’a jamais vraiment aimé. Quand on aime quelqu’un c’est pour toujours. » La force de ces deux immenses comédiens est de malgré tout nous faire oublier Depardieu et Huppert et de nous laisser croire qu’ils sont ces Isabelle et Gérard. Et il leur suffit de lire une lettre dans le décor épuré d’une chambre, sans autre artifice que leur immense talent, pour nous émouvoir aux larmes sans parler de cette scène finale bouleversante qui m’a ravagée à la deuxième vision autant qu’à la première.

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    Ce film qui ne ressemble à aucun autre, qui n’est pas dans le spectaculaire et l’esbroufe, mais dans l’intime et la pudeur, aborde avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité une réflexion sur le deuil et ce lien distordu avec le réel qu’il provoque, tellement absurde et fou, qu’il porte à croire à tout, même aux miracles, même une rencontre avec un mort dans une vallée du bout du monde. Aux frontières du fantastique qu’il franchit parfois, avec sa musique hypnotique, ses comédiens qui crèvent l’écran et un Depardieu à la présence plus forte que jamais (et il n’est pas question ici seulement de corpulence mais de sa capacité inouïe à magnétiser et occuper l’écran), un décor qui pourrait être difficilement plus cinégénique, intrigant, fascinant, inquiétant, « Valley of love »est un film captivant duquel se dégage un charme étrange   et envoûtant.

    En résulte une réflexion intéressante sur le deuil qui abolit ou suscite de nouvelles croyances (finalement l’homme ou la femme endeuillé(e) devient peut-être cet homme irrationnel du film de Woody Allen dans le formidable « Irrational man »), finalement comme le cinéma… Ainsi, Lambert Wilson, maître de cérémonie de ce 68ème Festival de Cannes, lors de l’ouverture, n’a-t-il pas dit lui-même « Le cinéma, c’est le rêve, le secret, le miracle, le mystère ». « Valley of love » est ainsi aussi une métaphore du cinéma, ce cinéma qui donne vie aux illusions, cette croyance folle que porte Isabelle face au scepticisme de Gérard.

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    Une fin qui nous hante longtemps après le générique, une fin d’une beauté foudroyante, émouvante, énigmatique. Un film pudique et sensible qui mérite d’être vu et revu et qui ne pourra que toucher en plein cœur ceux qui ont été confrontés à cet intolérable et ineffable vertige du deuil. L’oublié du palmarès comme le fut un autre film produit par sa productrice Sylvie Pialat l’an passé, l’immense « Timbuktu ».

    -Conférence de presse de « Valley of love » au 68ème Festival de Cannes –

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    Ci-dessous, quelques citations de la conférence de presse cannoise, lors de laquelle les deux acteurs se sont prêtés sans rechigner et avec générosité au jeu des questions, et en particulier Gérard Depardieu, bien plus complexe et passionnant que l’image à laquelle certains voudraient le réduire (j’en veux pour preuve les citations de cette conférence de presse reprises avec démagogie par certains médias qui n’ont pas pris la peine de citer en entier ses propos).

    « J’étais émerveillée par le scénario. » Sylvie Pialat

    « Je ne me servirai pas du deuil de Guillaume pour le rôle car c’est 1deuil à part mais je peux imaginer le poids de ces lettres. » Depardieu

    « Je n’ai pas de vision de l’Ukraine. Je suis comme tout le monde choqué. J’adore peuple ukrainien. Ces conflits ne sont pas de mon ressort. » Depardieu

    « Monsieur Poutine, je le connais bien, je l’aime beaucoup et « l’URSS » j’y vais beaucoup ». Depardieu

    « Je connais très mal les cinéastes de maintenant. J’aime beaucoup des gens comme Audiard dont le physique me fait penser à son père. » Depardieu

    « J’adore les séries et des acteurs comme B. Willis. Je ne rechigne pas devant un bon Rossellini ou un très bon Pialat. » Depardieu

    « Je me suis rendu compte que je faisais ce métier par plaisir et parce que ça facilitait la vie. » Depardieu

    « J’ai décidé de faire ce métier car je ne voulais pas travailler. Je me suis rendu compte que je voulais vivre. » Depardieu

    « Ce film, c’est comme une lecture sur des questions essentielles dont nous avons oublié de nous souvenir. » Gérard Depardieu

    « En lisant script sur ces actes manqués de l’oubli, ces interrogations qui nous retombent dessus, je l’ai rarement lu. » Depardieu

    « J’avais vu « La Religieuse », un film qui m’avait particulièrement interpellé. » G.Depardieu

    « L’idée de départ, qu’on s’appelle Gérard et Isabelle a créé d’emblée un aspect documentaire, un rapport particulier aux rôles. » Huppert

    « On se croit sur une autre planète dans la Vallée de la mort. On ne peut se raccrocher à rien. » Isabelle Huppert

    « Le lieu a été l’élément déclencheur de l’histoire. » Guillaume Nicloux

  • Les César 2016 en direct le 26 février : toutes les informations et critiques des films en lice

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     C'est le 26 février prochain, à 21H, que se tiendra la 41ème cérémonie des César, comme chaque année au Théâtre du Châtelet. Comme chaque année également, la cérémonie sera retransmise en direct et en clair sur Canal plus. A 19H10, ce sera le Grand Journal, également en direct et en clair avec, en duplex depuis le théâtre du Châtelet, Laurent Weil qui inaugurera la soirée des César en accueillant les tous premiers invités sur le tapis rouge. A 20H10, ce sera Le petit journal spécial César présenté par Yann Barthès, toujours en direct et en clair. Après les César, vous pouvez retrouver les interviews des vainqueurs de la 41ème cérémonie des César.

    Pour la 9ème année consécutive (tantôt en salle presse, tantôt dans la salle du Châtelet, selon les éditions, une cérémonie que je connais donc bien et dont une scène clef de mon premier roman publié prochainement aux Editions du 38 s'y déroule d'ailleurs et dont je vous révèlerai bientôt la couverture et le titre ), j'aurai le plaisir d'être présente dans la salle pour vous commenter la cérémonie sur twitter (@moodforcinema ), et en amont dès le cocktail à 18H30 et sur instagram pour les photos (@sandra_meziere), cette fois en partenariat avec Canal plus dont je vous recommande également de suivre le compte (@cinemacanalplus ) et de découvrir l'excellent site consacré aux César, véritable mine d'informations. 

    A cette occasion, mes tweets seront mis en avant sur la page internet officielle de Canal + consacrée aux César. Par ailleurs, désormais, chaque mois, Canal plus sélectionnera une de mes critiques et la mettra en avant sur son site. On commence avec "Timbuktu", diffusé actuellement sur la chaîne. Retrouvez le début de ma critique sur le site officiel de Canal + ici.

     L'annonce des nommés aux César 2016 fut l'occasion de se rappeler à quel point la production cinématographique française fut riche et diversifiée en 2015 mais aussi à quel point le Festival de Cannes est un découvreur de grands films et de talents tant sont nombreux les films en lice pour ces César 2016 présentés dans les différentes sélections du Festival de Cannes 2015 et même primés ("La loi du marché", "Dheepan", "Mon roi" etc).

    L'affiche de cette 41ème édition met, comme chaque année, une actrice à l'honneur, cette année Juliette Binoche avec cette photo signée Brigitte Lacombe prise lors du tournage du "Patient anglais" d'Anthony Minghella (qui lui valut l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 1997).

    Le Président de cette cérémonie sera le cinéaste Claude Lelouch, l'occasion pour moi de vous reparler de son excellent dernier film "UN + UNE"(malheureusement absent de ces nominations) dont vous pourrez retrouver ma critique en bas de cet article. Je vous conseille l'interview ci-dessous dans laquelle il annonce la ressortie d'une version restaurée de son chef d'œuvre "Un homme et une femme" dans le monde entier, pour les 50 ans du film.

     

    C'est Florence Foresti qui aura la lourde tâche de succéder à Edouard Baer après une 40ème cérémonie que j'avais trouvée particulièrement réussie parce que s’y entrelaçaient le cinéma d’hier (Truffaut, Resnais) que j’aime tant et celui d’aujourd’hui qui m’enthousiasme, et parce que, Edouard Baer, tout au long de la cérémonie, avait fait preuve d’humour décalé (irrésistible tournage de « Panique aux César » auquel s'étaient pliés plusieurs comédiens), dénué de cynisme, et parce que cette soirée avait été jalonnée de quelques moments de grâce qui nous en avaient fait occulter la longueur (presque 4 heures)… Mais à voir a vidéo ci-dessous, il ne fait aucun doute que Florence Foresti saura insuffler humour et bonne humeur à cette cérémonie.

    Le César d'honneur sera cette année décerné à Michael Douglas (photo ci-dessous prise lors du Festival du Cinéma Américain de Deauville), après Sean Penn l'an passé. Un César d'honneur que Michael Douglas avait déjà reçu en 1998.

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    Cliquez ici pour retrouver mon compte rendu de la cérémonie des César 2015.

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    En tête de ces nominations 2016 figurent "Marguerite" de Xavier Giannoli (11 nominations) à égalité avec "Trois souvenirs de ma jeunesse" d'Arnaud Desplechin (11 nominations aussi donc), "Dheepan" de Jacques Audiard (9 nominations) et  "Mustang" de Deniz Gamze Ergüven (9 nominations) .

    Suivent ensuite: "Mon roi" de Maïwenn (8 nominations), "La tête haute" d'Emmanuelle Bercot  (8 nominations), "Les Cowboys" de Thomas Bidegain (4 nominations), "Fatima" de Philippe Faucon (4 nominations), "Valley of love" de Guillaume Nicloux ( 3 nominations), "Journal d'une femme de chambre" de Benoît Jacquot (3 nominations), "La loi du marché " de Stéphane Brizé (3 nominations).

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    Qui succédera à "Timbuktu"? (diffusé en février sur  Canal plus dont c'est le coup de cœur du mois, prochainement vous pourrez ainsi retrouver ma critique sur le site de la chaîne). Le chef d'œuvre de Sissako avait en effet récolté 7 des 8 statuettes pour lesquelles il était nommé l'an passé. Meilleur film. Meilleur réalisateur. Meilleur montage. Meilleur scénario original. Meilleur son. Meilleure photo. Meilleure musique originale.  Aucun de ces César n’était usurpé.  «Timbuktu » est en effet un film d’une maîtrise époustouflante, d’une beauté flamboyante, étourdissante, un film d’actualité empreint d’une poésie et d’une sérénité éblouissantes, de pudeur et de dérision salutaires, signifiantes : un acte de résistance et un magnifique hommage à ceux qui subissent l’horreur en silence. Sissako y  souligne avec intelligence et retenue la folie du fanatisme et de l’obscurantisme religieux contre lesquels son film est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme, parsemé de lueurs d’humanité et finalement d’espoir, la beauté et l’amour sortant victorieux dans ce dernier plan bouleversant, cri de douleur et de liberté  déchirant à l’image de son autre titre, sublime : « Le chagrin des oiseaux ». Le film de l’année 2014. Bouleversant. Eblouissant. Brillant. Nécessaire. 7 récompenses à la hauteur de la grandeur de ce film. « Il n’y a pas de choc de civilisations. Il y a une rencontre de civilisations » avait conclu Sissako en recevant l’une de ses multiples récompenses.

     L'actualité influera-t-elle sur le choix des votants? Préféreront-ils un film en résonance ave les ignominies et  tragédies qui ont assombri l'actualité ou des films ancrés dans la réalité sociale ou encore une histoire d'amour ou de deuil?

    Beaucoup des films en lice, aussi différents soient-ils en apparence, ont en commun de nous parler d'innocence blessée, d'illusions brisées, de libertés entravées et d'envies d'ailleurs.

    Se confrontent ainsi des premiers films et des films de cinéastes confirmés, des acteurs inconnus ou quasiment et de grands acteurs aux carrières impressionnantes et aux multiples nominations (d'ailleurs rarement récompensées comme vous le verrez ci-dessous), très nombreux cette année. Un éclectisme qui rendra cette cérémonie d'autant plus palpitante et le palmarès d'autant plus surprenant.

    Après sa palme d'or, Jacques Audiard, sera-t-il  à nouveau au palmarès après son César du meilleur réalisateur pour "De battre mon cœur s'est arrêté" en 2006 et pour "Un Prophète" en 2010? De cette histoire de trois Sri-Lankais qui fuient leur pays, la guerre civile, et qui se retrouvent confrontés à une autre forme de guerre dans la banlieue française où ils échouent, douloureuse réminiscence pour Dheepan, « le père de famille », Audiard, plus qu’un film politique a voulu avant tout faire une histoire d’amour. Dans ce nouveau long-métrage qui flirte avec le film de genre, il explore un nouveau territoire mais toujours porte un regard bienveillant, et plein d’espoir sur ses personnages interprétés par trois inconnus qui apportent toute la force à ce film inattendu (dans son traitement, son dénouement et en tête du palmarès du Festival de Cannes).

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    Toujours est-il que "Mustang", 9 fois nommé, (présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2015 et qui vient de remporter le prix Lumières du meilleur film) pourrait créer la surprise en remportant des récompenses face à des films de réalisateurs plus confirmés. Portrait sans concession d’une partie de la société turque et de la place qu’elle laisse aux femmes, ce premier film à la fois solaire et terriblement sombre sur ces 5 sœurs condamnées à une existence quasiment carcérale  est d’autant plus marquant qu’il est parfaitement maitrisé dans sa forme comme dans le fond évitant l’écueil du manichéisme et d’une condamnation unanime des hommes turcs puisque c’est aussi grâce à l’un d’eux que viendront l’espoir et la liberté mais aussi à l’éducation qui, en filigrane, apparaît comme LA solution. Un film dans lequel s'entrechoquent fougue de la jeunesse et conservatisme des aînés, porté par des actrices incandescentes et un judicieux décalage entre le forme et le fond.

     

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    Enfin, Arnaud Desplechin (pour le 4ème fois nommé comme meilleur réalisateur) figurera sans aucun doute au palmarès, avec au moins un prix pour Lou Roy-Lecollinet en meilleur espoir féminin, vraie révélation même si Sara Giraudeau, sorte de Pierre Richard au féminin, est absolument irrésistible dans "Les Bêtises".

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  • 68ème Festival de Cannes: mon bilan de 12 jours de festival et le palmarès complet commenté

    Pour le bilan complet de mes 12 jours au Festival de Cannes, mon avis sur la sélection officielle, toutes les photographies de mon séjour cannois (dont de nombreux clichés des conférences de presse) et le palmarès complet commenté, cliquez sur la photo ci-dessous ou sur le lien suivant: http://inthemoodforfilmfestivals.com/mon-bilan-du-68eme-festival-de-cannes-et-le-palmares-complet-commente/

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    Retrouvez également:

    - le récit de mon déjeuner à la Cucina S.Pellegrino orchestré par Cyril Lignac

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    - et le récit de mon dîner Nespresso (dont j’ai été « l’ambassadrice d’un jour », cliquez ici pour lire mon interview sur le site de Nespresso) autour du film « Les 400 coups », orchestré par le chef Florent Ladeyn.

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  • Semaine de la Critique (séance spéciale)- « Copacabana » de Marc Fitoussi avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah, Aure Atika

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    Alors que « la ville qui ne dort jamais » ( pour reprendre les termes de Kristin Scott Thomas lors de l'ouverture) commence à m'imprégner délicieusement de ce sentiment étrange que cette vie festivalière entre cinéma et réalité, sous un soleil lui aussi irréel, ne s'achèvera jamais, et que ces journées cette année plus que jamais extraordinaires sont parfaitement normales, hier soir, c'est vers un quartier d'une autre ville qui ne semble jamais dormir, Copacabana, que je me suis dirigée. C'est en tout cas ainsi que se nomme le film de Marc Fitoussi présenté dans le cadre de la 49ème Semaine de la Critique avec notamment dans la distribution : Isabelle Huppert (présidente du jury la 62èmé édition du Festival de Cannes qui revient donc ici dans un tout autre rôle), Lolita Chammah, (et en leur présence) Aure Atika.

     Babou (Isabelle Huppert) y incarne une femme joviale, délurée,  qui ne se soucie pas du lendemain. Ce n'est pourtant pas au Brésil qu'elle vit mais à Tourcoing. Quand elle découvre que sa fille a trop honte d'elle pour l'inviter à son mariage, elle décide pourtant de rentrer dans le droit chemin. En plein hiver, elle trouve ainsi un emploi de vente d'appartements en multipropriété à Ostende.

    Le grand atout de ce film c'est le personnage de Babou et évidemment celle qui l'incarne, Isabelle Huppert, qui lui insuffle une folie inhabituelle, loin des rôles en retenue et en silence auxquels elle nous a habitués. Si besoin était ce rôle confirme qu'elle peut tout jouer, y compris donc un personnage joyeusement désinvolte et iconoclaste. Elle est absolument étonnante dans ce rôle aux antipodes de ceux qu'elle a incarnés jusqu'alors. A l'image du film auquel son personnage apporte son extravagante empreinte malgré le cadre  a priori grisâtre (Ostende) d'ailleurs filmé avec une belle luminosité, elle est à la fois fantasque, drôle et touchante. Un véritable arc-en-ciel (que l'on retrouve aussi dans son apparence vestimentaire) que ne reflète malheureusement pas l'affiche du film, sans doute à dessein mais c'est bien dommage...

    Cinquième film du réalisateur Marc Fitoussi qui avait notamment réalisé « La vie d'artiste » dans lequel on trouvait également ce mélange d'émotion et de drôlerie, c'est ici  à une autre artiste finalement que s'intéresse Marc Fitoussi, quelqu'un qui en tout cas refuse les règle, et vit dans une forme de marginalité. Elle préfère d'ailleurs la compagnie de marginaux à celle de sa fille (incarnée par Lolita Chammah, également sa fille dans la réalité loin de démériter face à elle) qui souhaite une vie à l'opposé de cette de sa mère.

     Moins léger qu'il n'y paraît cette comédie est aussi le moyen de dénoncer une société qui exploite, broie, cherche à formater ceux pour qui  un travail devient une nécessité vitale, peu en importe le prix, parfois même celui de leur dignité et liberté.

     A signaler également Aure Atika une nouvelle fois formidable avec un rôle très différent de celui qu'elle incarnait dans « Melle Chambon » dans lequel elle excellait également.

    La vitalité de l'impétueux personnage d'Isabelle Huppert pour qui la vie est un jeu nous fait oublier les imperfections scénaristiques qui à l'image des défauts de cette dernière rendent ce film ludique, attachant et jubilatoire et font souffler un vent de gaieté brésilienne et de liberté salvateur.

    Présentation du film par ses actrices: (en m'excusant pour les problèmes de visibilité dus à des passages inopinés devant la caméra).

     

    Bonus: Critique de "La vie d'artiste" de Marc Fitoussi

    « La vie d’artiste » qu’est-ce donc alors ? (voir pitch ici).  Ici, en tout cas, ce sont : le plaisir viscéral d’exercer son art, la rage (de dire, d’écrire, chanter, jouer … ou de paraître) les amitiés intéressées  feintes avec tellement d’habileté, les rancœurs assassines, les coups du destin (oui, encore), les concessions à ses idéaux, les vicissitudes de la chance,  un directeur de casting arrogant, des applaudissements qui résonnent comme des coups de poignard ou comme des regrets amers, des regards qui se détournent  ou captivés en fonction d’un succès ou d’un échec,  des situations cocasses,  la duplicité de ceux qui la méprisent ou feignent de la mépriser, des masques de  jalousies si réussis. C’est oublier un peu la vie, l’autre, celle que certains disent la vraie. C’est un désir avoué ou inavoué, un regret, un remords. La vie d’artiste, c’est ce qui altère les comportements de ceux qui la vivent, de ceux qui  les côtoient ou  ceux qui les regardent plus encore. Si certaines situations sont prévisibles, elles n’en demeurent pas moins très justes. « La vie d’artiste » me fait penser à cette phrase de Martin Scorsese lors du dernier Festival de Cannes : pour faire un film il faut le vouloir plus que toute autre chose au monde. La vie d’artiste c’est le vouloir plus que toute autre chose au monde. Une nécessité impérieuse. Parfois, au détriment des autres. La vie d’artiste, c’est être parfois égocentrique à moins que ce ne soit être injustement jugé comme tel. La vie d’artiste c’est être aveugle au monde extérieur. A moins que ce ne soit un moyen de l’oublier ou de le sublimer ou de le regarder. Autrement. Dommage que les passions des trois protagonistes, ou de qui devraient être leurs passions ( le personnage de Denis Poladydès semble ainsi davantage être guidé par l’envie  de reconnaissance que par celle d’écrire) semblent vécues davantage comme un poids que comme une libération. La passion : poids ou liberté (ou libération) : hein, je vous le demande… J’ai bien ma petite idée… Dommage que certains personnages soient aussi caricaturaux (certes délibérément, comme ressorts de la comédie  que ce film est avant tout) comme celui d’Aure Atika non moins irrésistible en patronne d’Hippopotamus irascible, ou comme celui de Valérie Benguigui jalouse de la passion, de la « vie d’artiste « de son amant qui le lui vole. La vie d’artiste c’est surtout  ce qui donne cette petite flamme dans les yeux et la vie de ceux qui la vivent ou y aspirent. La petite lueur dans les yeux du spectateur au dénouement de ce film drôle et prometteur qui explore toutes les situations ou sensations insolites (souvent), magiques (presque pas, pas suffisamment) que suscitent la « vie d’artiste ». La vie, passionnément. Plus intensément. Un désir ardent que le film ne reflète peut-être pas suffisamment ayant néanmoins ainsi gagné en comédie et drôlerie ce qu’il perd en profondeur.

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