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jacques audiard

  • Compte rendu et palmarès des César 2019

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    « Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français. Mais à moi, le cinéma français a manqué... Follement... Eperdument... Douloureusement... Et votre témoignage, votre amour me font penser que, peut-être, je dis bien ''peut-être'', je ne suis pas encore tout à fait morte... ». Comment oublier cette déclaration bouleversante d’Annie Girardot, lorsqu’elle reçut son César du meilleur second rôle féminin pour Les Misérables de Claude Lelouch, en 1996 ? Combien d’actrices, d’acteurs, de cinéastes à qui, depuis, aussi, le cinéma a dû manquer follement, éperdument, douloureusement ? Sans doute y en avait-il quelques-uns, ignominieusement oubliés et sans doute hypocritement salués ou ignorés par le monde du cinéma, à la mémoire parfois versatile,  parmi ceux que j’ai croisés vendredi dernier, Salle Pleyel (qui, au passage, sied bien mieux à la cérémonie que le Théâtre du Châtelet où elle avait lieu jusqu'en 2016), et qui se dissimulaient derrière le masque du bonheur et de l’insouciance pour cette occasion qui leur donnait l’illusion de pouvoir revenir sur le devant de la scène.  Même si vendredi dernier aucun moment d’émotion n’a égalé celui-ci, la cérémonie n’en a pas non plus été complètement avare.

    César 2019.jpg

    Après le passage sur le tapis rouge et les deux heures habituelles de cocktail qui précèdent la cérémonie (dont je ne saurais mieux vous parler que dans la nouvelle de mon recueil de 16 nouvelles Les illusions parallèles qui s’y déroule), chacun a regagné sa place, le cœur battant avant l’annonce des nominations, certainement davantage encore pour ceux qui espéraient entendre retentir leurs noms au moment de l’annonce des lauréats.

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    Toujours, à cet instant, je me revois dans mon enfance, lorsque je regardais et commentais avec passion la cérémonie dans le salon familial et je repense aux moments d’émotion et de cinéma qu’elle a engendrés lorsque j’étais derrière l’écran ou dans la salle, aux films qui y ont connu un succès éclatant aussi, si nombreux depuis 1976, date de la première édition alors présidée par Jean Gabin qui remit cette année-là le César du meilleur film au Vieux fusil de Robert Enrico. L’année suivante, cette distinction fut remise à Monsieur Klein de Losey, l’occasion pour moi de vous recommander à nouveau ce chef-d’œuvre, plus que jamais nécessaire, a fortiori ces jours-ci (ma critique, ici).

    Parmi les films mémorables qui reçurent un grand nombre de récompenses figurent Le dernier métro (10 César), Cyrano de Bergerac, (10) Tous les matins du monde (7 césar), On connaît la chanson (7 césar), Un Prophète (9 César).

     Cette année, aucun film n’a obtenu autant de récompenses, pas même celui de Jacques Audiard qui n’a pas obtenu autant de récompenses pour ses Frères Sisters qu’il en avait obtenu pour Un Prophète. Il a néanmoins récolté 4 statuettes (pour 9 nominations), autant que Jusqu’à la garde  de Xavier Legrand.

    jusqu'à la garde césar.jpg

     Jusqu’à la garde méritait amplement 4 récompenses, un drame social haletant aux accents hitchcockiens dans lequel la violence conjugale est traitée comme un thriller étouffant, un film mis en scène et interprété magistralement, d'où une tension qui vous harponne dès la première seconde et qui va crescendo jusqu’à un dénouement aussi terrifiant que cinématographiquement remarquable.

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    Dans Les frères Sisters, Audiard lui aussi détourne des codes cinématographiques, en l’occurrence ceux du western en ce que son film présente plusieurs degrés de lecture. La violence héritée de leur père que manifestent les deux frères Sisters, c’est aussi celle de cette Amérique héritée des pères fondateurs. Pour trouver de l’or et donc s’enrichir, les compères vont polluer la rivière sans souci des conséquences sur l’environnement et sur leur propre vie. Des drames vont pourtant découler de cet acte métaphorique d’un capitalisme carnassier et impitoyable. Mais "les frères Sisters" est aussi un conte à la fois cruel et doux. Le dénouement est ainsi aussi paisible que le début du film était brutal. Il s’achève sur une note d’espoir. L’espoir d’une Amérique qui ouvre enfin les yeux, se montre apaisée et fraternelle. Si les frères Sisters, ces tueurs à gages sans états d’âme ont changé, qui ne le pourrait pas ? Tout est possible…Ajoutez à cela la photographie sublime de Benoît Debie (récompensée d’un César de même que le son, les décors et la réalisation), la musique d’Alexandre Desplat et vous obtiendrez un western à la fois sombre et flamboyant. Et d’une originalité incontestable. Retrouvez ma critique complète, ici.

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    Le grand bain qui avait obtenu autant de nominations que Jusqu’à la garde (10) est reparti avec une seule récompense, pour Philippe Katerine, meilleur acteur dans un second rôle, aussi décalé sur scène (joyeusement décalé même) que dans le film dans lequel il interprète un grand enfant lunaire, son discours a ainsi donné lieu à un des meilleurs moments de cette cérémonie. Dommage que le film de Gilles Lellouche n’ait pas reçu plus de récompenses, un vrai modèle de feel good movie, du genre à vous donner envie de rire et de pleurer en même temps, de battre la mesure, de danser avec les personnages (judicieuse bande originale indissociable de tout feel good movie), d’empoigner la vie, votre destin et vos rêves. Du genre à vous faire penser qu’on peut affronter des accidents de la vie, accepter d’en être brisé, blessé, de s’en relever sans que ce soit un challenge, ou une obligation, du genre à vous rappeler qu’il n’est jamais trop tard pour plonger dans le grand bain, pour penser qu’un nouveau départ ensoleillé est toujours possible, quels que soient votre âge, vos rêves déchus et vos blessures. Du genre à vous dire que le pouvoir du cinéma est sacrément magique quand il parvient à cela, que Gilles Lellouche est un cinéaste avec lequel il va falloir compter (dont je suis vraiment curieuse de voir la suite du parcours après cette success-story sur l’écran et dans les salles, méritée). Et puis, rien que pour me donner l’envie de relire ce chef-d’œuvre de Rilke qu’est Lettres à un jeune poète, Le grand bain valait la peine de se déplacer. Alors terminons avec cet extrait que Delphine (Virginie Efira) lit à ses élèves nageurs, et acceptons encore, comme des enfants que nous sommes toujours au fond un peu, d’être tristes et heureux : « Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes : tristes et heureux ; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien. »

    Dommage aussi que la cérémonie qui avait pourtant démarré en fanfare avec un Kad Merad se prenant pour Freddy Mercury se soit rapidement essoufflée avec des « gags » pas toujours très heureux à l’exception de ceux de Jérôme Commandeur qui rendait hommage à Betty Marmont, actrice fictive dont il a dressé le portrait avec une mordante ironie, et de Laurent Lafitte totalement et faussement lifté (à entendre le malaise dans la salle, certains ont bien cru ce lifting réel).

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    Regrettable est aussi cette manière désinvolte de remettre les César techniques, ce qui ne fait pas honneur à ces métiers d’art comme ils le mériteraient. C’est d’ailleurs d’un de ces César (costumes) qu’a dû se contenter l’excellent Mademoiselle de Joncquières, malgré ses 6 nominations (meilleure actrice pour Cécile de France, meilleur acteur pour Edouard Baer, meilleure photographie, meilleure adaptation, meilleurs costumes, meilleur décor). Cette adaptation d'un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot (déjà adapté par Bresson avec la complicité de Cocteau sous le titre Les dames du bois de Boulogne) est pourtant savoureuse du premier au dernier plan, et surtout de la première à la dernière phrase. Les dialogues y sont d'une beauté, d'une richesse, d'un lyrisme, d'une ironie et d'une profondeur jubilatoires, d'autant plus que les acteurs jonglent avec les mots et les émotions avec un talent rare, au premier rang desquels Cécile de France qui passe en une fraction de seconde d'une émotion à l'autre. Elle est absolument sidérante de justesse en femme cruelle car et seulement car blessée au cœur. Si, comme moi, vous aimez "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, vous ne pourrez qu'être transportés par ce film finalement très moderne qui dresse le portrait de 4 femmes dont celle qui donne son nom au titre et qui, d'abord en arrière-plan et effacée, se révèle la plus passionnée et vibrante (sublime et si juste aussi Alice Isaaz). L'absence de nomination du réalisateur est incompréhensible tant sa réalisation est maligne, élégante sans pour autant être académique (tout le contraire) ! Les plans séquences et les judicieuses ellipses (ou quand deux livres symbolisent magnifiquement une scène d'amour), la façon de passer de l'extérieur à l'intérieur, tout est le reflet des âmes sinueuses ou tourmentées. Edouard Baer manie aussi la langue du 18ème avec brio et incarne avec une élégance tout en désinvolture ce libertin qui peu à peu découvre les affres de la passion après les avoir tant singées et s'en être si souvent lassé. Et une mention spéciale à Laure Calamy également remarquable en amie bienveillante. À savourer sans modération !

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    Pas même un César n’a été attribué à La Douleur d'Emmanuel Finkiel malgré ses 8 nominations. Un film âpre et glaçant. Troublant et nécessaire (a fortiori ces jours-ci, là aussi). Et cette fin, poignante, d'une infinie mélancolie, et cette "voix" de Duras, qui vous accompagnent longtemps après. Et puis Mélanie Thierry (nommée comme meilleure actrice), fiévreuse, enfiévrée de douleurs. Une douleur. Des douleurs. Celle des déportés, de familles qui attendent, d'une femme qui attend, celle de l'absence, omniprésente, obsédante, qui tétanise. Une remarquable et singulière adaptation qui brouille nos perceptions comme celles de Marguerite le sont alors, qui joue brillamment avec le son, le flou, les ellipses comme un écho aux pensées douloureuses et désordonnées de Marguerite. Un film intense, délicat qui a une âme, celle de Duras, sublimée par l'interprétation de Mélanie Thierry et par la mise en scène. Benoît Magimel (oublié des nominations) est aussi remarquable dans le rôle de l'inspecteur collabo, d'une obséquiosité inquiétante, fasciné par l'auteure avec laquelle il entre dans un jeu de manipulations trouble.

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    Le César du meilleur film étranger est revenu à la palme d'or du Festival de Cannes 2018,  Une affaire de famille de Koere-Eda.  Entre documentaire et fable, chaque plan filmé comme un tableau, sans esbrouffe, avec humilité, s’intéressant à nouveau plus que jamais à la famille, et traitant de la société japonaise sous un angle inédit (car critique et s’intéressant aux laissés-pour-compte d’un Japon en crise économique), Kore-Eda (qui a déjà en 13 films, tant de chefs-d’œuvre, à son actif), est ici au sommet de son art. Comme le titre semble nous l’indiquer, ce film est la quintessence de son cinéma, clamant dès celui-ci ce thème présent dans chacun de ses longs-métrages : la famille. Et quel film ! Un film d’une sensibilité unique. Des personnages bouleversants. Des blessés de la vie que la fatalité, la pauvreté et l’indifférence vont conduire à la rue et réunir par des liens du cœur, plus forts que ceux du sang. Une peinture pleine d’humanité, de nuance, de poésie, de douceur qui n’édulcore pas pour autant la dureté et l’iniquité de l’existence. Comme un long travelling avant, sa caméra dévoile progressivement le portrait de chacun des membres de cette famille singulière, bancale et attachante pour peu à peu révéler en gros plan leurs âpres secrets et réalités. Kore-Eda, plus que le peintre de la société japonaise est celui des âmes blessées et esseulées, et plus que jamais il fait vibrer nos cœurs par ce film d’une rare délicatesse et bienveillance, avec cette famille de cœur à l’histoire poignante jalonnée de scènes inoubliables et qui nous laissent le cœur en vrac. Du grand art. Le cinéaste japonais était malheureusement absent.

    critique les chatouilles.jpg

    Heureusement, il y a eu l’émotion de Karin Viard, César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Les Chatouilles  dans lequel elle interprète la mère cassante et glaçante, sur les épaules de laquelle on imagine aussi peser un lourd passé  qui, même une fois la vérité révélée, au lieu de se révolter contre l’agresseur et d’entourer sa fille d’amour préfèrera lui reprocher, obsédée par ce que « diront les gens », un rôle que l’actrice définit comme celui  « épouvantable de mère si toxique qui condamne sa fille une deuxième fois en ne l'écoutant pas, en ne voulant pas la croire ». André Bescond et Eric Métayer ont également reçu le César de la meilleure adaptation après avoir également reçu le prix d’Ornano-Valenti lors du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville. Les Chatouilles est un film aussi lumineux et solaire que la réalité de l’héroïne est sombre et brutale. La fin est bouleversante parce qu’elle montre que la lumière peut se trouver au bout du tunnel. Si cela a autant bouleversé les festivaliers de Deauville  qui avaient réservé une retentissante standing ovation à l’équipe, c’est sans doute aussi parce que cette possibilité d’une résilience touche les victimes de toutes sortes de blessures intimes et de traumatismes.

    Heureusement, il y a eu aussi Léa Drucker, César de la meilleure actrice pour Jusqu'à la garde, et son beau discours lors duquel elle a notamment rappelé que « La violence commence par les mots et même si tous ces mots utilisés tous les jours, semblent ordinaires, banals, ils sont le début d'une menace ».  Jusqu'à la garde a également été récompensé des César du meilleur scénario original, du meilleur montage et du meilleur film. Dans son discours, Xavier Legrand qui avait déjà réalisé un court-métrage sur ce même sujet, a rappelé une effroyable réalité : « 25 femmes ont été assassinées depuis le début 2019. On est passé à 1 femme tuée sous les coups de son conjoint tous les 2 jours. Il faut penser aux victimes un autre jour que le 25 novembre ».

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    Heureusement, il y a eu les récompenses ( musique, acteur) pour Guy, un inénarrable Guy Jamet beaucoup plus mélancolique et moins léger qu'il n'y paraît, un film qui donne envie de se souvenir des belles choses, et un personnage magistralement inventé et interprété par Alex Lutz.

    Heureusement, il y a eu l’élégance de Kristin Scott Thomas qui présidait la cérémonie cette année.

    Heureusement, il y a eu la classe de Robert Redford recevant un César d’honneur des mains de la présidente de la cérémonie qui fut aussi sa partenaire dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux,  montant sur scène au son de l’inoubliable et poignante musique d’Out of Africa signée John Barry et revenant sur des souvenirs de jeunesse en France, quand il n’avait «pas d’argent, que de l’espoir ».

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    Photo de Robert Redford ci-dessus prise lors de la conférence de presse de "All is lost" au Festival de Cannes (un film dont vous pouvez retrouver ma critique, ici).

    Restent inexplicables les absences parmi les nommés de Sauver ou périr, de Gueule d'ange, de Sur le bout des doigts (en particulier pour son jeune interprète prénommé en meilleur espoir) et de Ma mère est folle (pour Fanny Ardant qui est absolument exceptionnelle). Aussi inexplicable me semble l'absence du Poirier sauvage comme meilleur film étranger, même si je me réjouissais par ailleurs des nominations de Capharnaüm, Cold war et  Une affaire de famille.  Sans doute les mystères insondables des « professionnels de la profession » que Godard avait remerciés en recevant son César d’honneur en 1987.

    Comme l’a si bien dit Robert Redford en recevant son César « tout à coup demain devient hier », alors n'oublions pas que le temps, cet insatiable, dévore tout. D'ailleurs, à l’heure à laquelle ont déjà été remis les Oscars et à l’heure à laquelle a déjà été annoncé le nom du Président du jury du Festival de Cannes 2019 (cf mon article suivant), ces informations sont déjà surannées. Alors, pour faire écho aux interrogations de Philippe Katerine lorsqu'il a reçu son prix, je vais m’en aller m’informer de ce que deviennent les personnages une fois les films finis, ou peut-être vais-je aller imaginer leurs vies… non sans vous avoir recommandé une nouvelle fois de découvrir les films évoqués dans cet article (de mon côté, je vais rattraper Shéhérazade qui a reçu les César du meilleur premier film, meilleur espoir masculin et meilleur espoir féminin, un film que j'avais manqué lors de sa sortie) car, quels que soient les défauts de cette cérémonie, si au moins elle peut donner envie aux téléspectateurs  de découvrir des films à côté desquels ils étaient passés, cela justifie déjà amplement son existence.

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    PALMARES :

     

    Meilleure Actrice

    Léa Drucker

     

    Meilleur Acteur

    Alex Lutz

     

    Meilleure Actrice dans un Second Rôle

    Karin Viard

    Les Chatouilles

     

    Meilleur Acteur dans un Second Rôle

    Philippe Katerine

     

    Meilleur Espoir Féminin

    Kenza Fortas

    Shéhérazade

     

    Meilleur Scénario Original

    Xavier Legrand

    Jusqu'à la garde

     

    Meilleure Adaptation

    Andréa Bescond

    Eric Métayer

    Les Chatouilles

     

    Meilleure Musique Originale

    Vincent Blanchard

    Romain Greffe

    Guy

     

    Meilleur Son

    Brigitte Taillandier

    Valérie de Loof

    Cyril Holtz

    Les Frères Sisters

     

    Meilleure Photo

    Benoît Debie

    Les Frères Sisters

     

    Meilleur Montage

    Yorgos Lamprinos

    Jusqu'à la garde

     

    Meilleurs Costumes

    Pierre-Jean Larroque

    Mademoiselle de Joncquières

     

    Meilleurs Décors

    Michel Barthélémy

    Les Frères Sisters

     

    Meilleure Réalisation

    Jacques Audiard

    Les Frères Sisters

     

    Meilleur Film de Court Métrage

    Les Petites mains

    réalisé par Rémi Allier

    produit par Pauline Seigland

     

    Meilleur Film d'Animation

    Vilaine fille (COURT MÉTRAGE)

    réalisé par Ayce Kartal

    produit par Damien Megherbi, Justin Pechberty

    Dilili à Paris (LONG MÉTRAGE)

    réalisé par Michel Ocelot

    produit par Christophe Rossignon, Philip Boëffard

     

    Meilleur Film Documentaire

    Ni Juge, Ni Soumise

    réalisé par Jean Libon, Yves Hinant

    produit par Bertrand Faivre

     

    Meilleur Premier Film

    Shéhérazade

    réalisé par Jean-Bernard Marlin

    produit par Grégoire Debailly

     

    Meilleur Film Étranger

    Une affaire de famille

    réalisé par Hirokazu Kore-eda

    distribution France LE PACTE

     

    Meilleur Film

    Jusqu'à la garde

    produit par Alexandre Gavras

    réalisé par Xavier Legrand

     

    César d'Honneur

    Robert Redford

     

    César du Public

    Les Tuche 3

    produit par Richard Grandpierre

    réalisé par Olivier BAROUX

  • Compte rendu et palmarès des César 2019

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    « Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français. Mais à moi, le cinéma français a manqué... Follement... Eperdument... Douloureusement... Et votre témoignage, votre amour me font penser que, peut-être, je dis bien ''peut-être'', je ne suis pas encore tout à fait morte... ». Comment oublier cette déclaration bouleversante d’Annie Girardot, lorsqu’elle reçut son César du meilleur second rôle féminin pour Les Misérables de Claude Lelouch, en 1996 ? Combien d’actrices, d’acteurs, de cinéastes à qui, depuis, aussi, le cinéma a dû manquer follement, éperdument, douloureusement ? Sans doute y en avait-il quelques-uns, ignominieusement oubliés et sans doute hypocritement salués ou ignorés par le monde du cinéma, à la mémoire parfois versatile,  parmi ceux que j’ai croisés vendredi dernier, Salle Pleyel (qui, au passage, sied bien mieux à la cérémonie que le Théâtre du Châtelet où elle avait lieu jusqu'en 2016), et qui se dissimulaient derrière le masque du bonheur et de l’insouciance pour cette occasion qui leur donnait l’illusion de pouvoir revenir sur le devant de la scène.  Même si vendredi dernier aucun moment d’émotion n’a égalé celui-ci, la cérémonie n’en a pas non plus été complètement avare.

    César 2019.jpg

    Après le passage sur le tapis rouge et les deux heures habituelles de cocktail qui précèdent la cérémonie (dont je ne saurais mieux vous parler que dans la nouvelle de mon recueil de 16 nouvelles Les illusions parallèles qui s’y déroule), chacun a regagné sa place, le cœur battant avant l’annonce des nominations, certainement davantage encore pour ceux qui espéraient entendre retentir leurs noms au moment de l’annonce des lauréats.

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    Toujours, à cet instant, je me revois dans mon enfance, lorsque je regardais et commentais avec passion la cérémonie dans le salon familial et je repense aux moments d’émotion et de cinéma qu’elle a engendrés lorsque j’étais derrière l’écran ou dans la salle, aux films qui y ont connu un succès éclatant aussi, si nombreux depuis 1976, date de la première édition alors présidée par Jean Gabin qui remit cette année-là le César du meilleur film au Vieux fusil de Robert Enrico. L’année suivante, cette distinction fut remise à Monsieur Klein de Losey, l’occasion pour moi de vous recommander à nouveau ce chef-d’œuvre, plus que jamais nécessaire, a fortiori ces jours-ci (ma critique, ici).

    Parmi les films mémorables qui reçurent un grand nombre de récompenses figurent Le dernier métro (10 César), Cyrano de Bergerac, (10) Tous les matins du monde (7 césar), On connaît la chanson (7 césar), Un Prophète (9 César).

     Cette année, aucun film n’a obtenu autant de récompenses, pas même celui de Jacques Audiard qui n’a pas obtenu autant de récompenses pour ses Frères Sisters qu’il en avait obtenu pour Un Prophète. Il a néanmoins récolté 4 statuettes (pour 9 nominations), autant que Jusqu’à la garde  de Xavier Legrand.

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     Jusqu’à la garde méritait amplement 4 récompenses, un drame social haletant aux accents hitchcockiens dans lequel la violence conjugale est traitée comme un thriller étouffant, un film mis en scène et interprété magistralement, d'où une tension qui vous harponne dès la première seconde et qui va crescendo jusqu’à un dénouement aussi terrifiant que cinématographiquement remarquable.

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    Dans Les frères Sisters, Audiard lui aussi détourne des codes cinématographiques, en l’occurrence ceux du western en ce que son film présente plusieurs degrés de lecture. La violence héritée de leur père que manifestent les deux frères Sisters, c’est aussi celle de cette Amérique héritée des pères fondateurs. Pour trouver de l’or et donc s’enrichir, les compères vont polluer la rivière sans souci des conséquences sur l’environnement et sur leur propre vie. Des drames vont pourtant découler de cet acte métaphorique d’un capitalisme carnassier et impitoyable. Mais "les frères Sisters" est aussi un conte à la fois cruel et doux. Le dénouement est ainsi aussi paisible que le début du film était brutal. Il s’achève sur une note d’espoir. L’espoir d’une Amérique qui ouvre enfin les yeux, se montre apaisée et fraternelle. Si les frères Sisters, ces tueurs à gages sans états d’âme ont changé, qui ne le pourrait pas ? Tout est possible…Ajoutez à cela la photographie sublime de Benoît Debie (récompensée d’un César de même que le son, les décors et la réalisation), la musique d’Alexandre Desplat et vous obtiendrez un western à la fois sombre et flamboyant. Et d’une originalité incontestable. Retrouvez ma critique complète, ici.

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    Dommage aussi que la cérémonie qui avait pourtant démarré en fanfare avec un Kad Merad se prenant pour Freddy Mercury se soit rapidement essoufflée avec des « gags » pas toujours très heureux à l’exception de ceux de Jérôme Commandeur qui rendait hommage à Betty Marmont, actrice fictive dont il a dressé le portrait avec une mordante ironie, et de Laurent Lafitte totalement et faussement lifté (à entendre le malaise dans la salle, certains ont bien cru ce lifting réel).

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    Regrettable est aussi cette manière désinvolte de remettre les César techniques, ce qui ne fait pas honneur à ces métiers d’art comme ils le mériteraient. C’est d’ailleurs d’un de ces César (costumes) qu’a dû se contenter l’excellent Mademoiselle de Joncquières, malgré ses 6 nominations (meilleure actrice pour Cécile de France, meilleur acteur pour Edouard Baer, meilleure photographie, meilleure adaptation, meilleurs costumes, meilleur décor). Cette adaptation d'un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot (déjà adapté par Bresson avec la complicité de Cocteau sous le titre Les dames du bois de Boulogne) est pourtant savoureuse du premier au dernier plan, et surtout de la première à la dernière phrase. Les dialogues y sont d'une beauté, d'une richesse, d'un lyrisme, d'une ironie et d'une profondeur jubilatoires, d'autant plus que les acteurs jonglent avec les mots et les émotions avec un talent rare, au premier rang desquels Cécile de France qui passe en une fraction de seconde d'une émotion à l'autre. Elle est absolument sidérante de justesse en femme cruelle car et seulement car blessée au cœur. Si, comme moi, vous aimez "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, vous ne pourrez qu'être transportés par ce film finalement très moderne qui dresse le portrait de 4 femmes dont celle qui donne son nom au titre et qui, d'abord en arrière-plan et effacée, se révèle la plus passionnée et vibrante (sublime et si juste aussi Alice Isaaz). L'absence de nomination du réalisateur est incompréhensible tant sa réalisation est maligne, élégante sans pour autant être académique (tout le contraire) ! Les plans séquences et les judicieuses ellipses (ou quand deux livres symbolisent magnifiquement une scène d'amour), la façon de passer de l'extérieur à l'intérieur, tout est le reflet des âmes sinueuses ou tourmentées. Edouard Baer manie aussi la langue du 18ème avec brio et incarne avec une élégance tout en désinvolture ce libertin qui peu à peu découvre les affres de la passion après les avoir tant singées et s'en être si souvent lassé. Et une mention spéciale à Laure Calamy également remarquable en amie bienveillante. À savourer sans modération !

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    Pas même un César n’a été attribué à La Douleur d'Emmanuel Finkiel malgré ses 8 nominations. Un film âpre et glaçant. Troublant et nécessaire (a fortiori ces jours-ci, là aussi). Et cette fin, poignante, d'une infinie mélancolie, et cette "voix" de Duras, qui vous accompagnent longtemps après. Et puis Mélanie Thierry (nommée comme meilleure actrice), fiévreuse, enfiévrée de douleurs. Une douleur. Des douleurs. Celle des déportés, de familles qui attendent, d'une femme qui attend, celle de l'absence, omniprésente, obsédante, qui tétanise. Une remarquable et singulière adaptation qui brouille nos perceptions comme celles de Marguerite le sont alors, qui joue brillamment avec le son, le flou, les ellipses comme un écho aux pensées douloureuses et désordonnées de Marguerite. Un film intense, délicat qui a une âme, celle de Duras, sublimée par l'interprétation de Mélanie Thierry et par la mise en scène. Benoît Magimel (oublié des nominations) est aussi remarquable dans le rôle de l'inspecteur collabo, d'une obséquiosité inquiétante, fasciné par l'auteure avec laquelle il entre dans un jeu de manipulations trouble.

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    Le César du meilleur film étranger est revenu à la palme d'or du Festival de Cannes 2018,  Une affaire de famille de Koere-Eda.  Entre documentaire et fable, chaque plan filmé comme un tableau, sans esbrouffe, avec humilité, s’intéressant à nouveau plus que jamais à la famille, et traitant de la société japonaise sous un angle inédit (car critique et s’intéressant aux laissés-pour-compte d’un Japon en crise économique), Kore-Eda (qui a déjà en 13 films, tant de chefs-d’œuvre, à son actif), est ici au sommet de son art. Comme le titre semble nous l’indiquer, ce film est la quintessence de son cinéma, clamant dès celui-ci ce thème présent dans chacun de ses longs-métrages : la famille. Et quel film ! Un film d’une sensibilité unique. Des personnages bouleversants. Des blessés de la vie que la fatalité, la pauvreté et l’indifférence vont conduire à la rue et réunir par des liens du cœur, plus forts que ceux du sang. Une peinture pleine d’humanité, de nuance, de poésie, de douceur qui n’édulcore pas pour autant la dureté et l’iniquité de l’existence. Comme un long travelling avant, sa caméra dévoile progressivement le portrait de chacun des membres de cette famille singulière, bancale et attachante pour peu à peu révéler en gros plan leurs âpres secrets et réalités. Kore-Eda, plus que le peintre de la société japonaise est celui des âmes blessées et esseulées, et plus que jamais il fait vibrer nos cœurs par ce film d’une rare délicatesse et bienveillance, avec cette famille de cœur à l’histoire poignante jalonnée de scènes inoubliables et qui nous laissent le cœur en vrac. Du grand art. Le cinéaste japonais était malheureusement absent.

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    Heureusement, il y a eu l’émotion de Karin Viard, César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Les Chatouilles  dans lequel elle interprète la mère cassante et glaçante, sur les épaules de laquelle on imagine aussi peser un lourd passé  qui, même une fois la vérité révélée, au lieu de se révolter contre l’agresseur et d’entourer sa fille d’amour préfèrera lui reprocher, obsédée par ce que « diront les gens », un rôle que l’actrice définit comme celui  « épouvantable de mère si toxique qui condamne sa fille une deuxième fois en ne l'écoutant pas, en ne voulant pas la croire ». André Bescond et Eric Métayer ont également reçu le César de la meilleure adaptation après avoir également reçu le prix d’Ornano-Valenti lors du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville. Les Chatouilles est un film aussi lumineux et solaire que la réalité de l’héroïne est sombre et brutale. La fin est bouleversante parce qu’elle montre que la lumière peut se trouver au bout du tunnel. Si cela a autant bouleversé les festivaliers de Deauville  qui avaient réservé une retentissante standing ovation à l’équipe, c’est sans doute aussi parce que cette possibilité d’une résilience touche les victimes de toutes sortes de blessures intimes et de traumatismes.

    Heureusement, il y a eu aussi Léa Drucker, César de la meilleure actrice pour Jusqu'à la garde, et son beau discours lors duquel elle a notamment rappelé que « La violence commence par les mots et même si tous ces mots utilisés tous les jours, semblent ordinaires, banals, ils sont le début d'une menace ».  Jusqu'à la garde a également été récompensé des César du meilleur scénario original, du meilleur montage et du meilleur film. Dans son discours, Xavier Legrand qui avait déjà réalisé un court-métrage sur ce même sujet, a rappelé une effroyable réalité : « 25 femmes ont été assassinées depuis le début 2019. On est passé à 1 femme tuée sous les coups de son conjoint tous les 2 jours. Il faut penser aux victimes un autre jour que le 25 novembre ».

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    Heureusement, il y a eu les récompenses ( musique, acteur) pour Guy, un inénarrable Guy Jamet beaucoup plus mélancolique et moins léger qu'il n'y paraît, un film qui donne envie de se souvenir des belles choses, et un personnage magistralement inventé et interprété par Alex Lutz.

    Heureusement, il y a eu l’élégance de Kristin Scott Thomas qui présidait la cérémonie cette année.

    Heureusement, il y a eu la classe de Robert Redford recevant un César d’honneur des mains de la présidente de la cérémonie qui fut aussi sa partenaire dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux,  montant sur scène au son de l’inoubliable et poignante musique d’Out of Africa signée John Barry et revenant sur des souvenirs de jeunesse en France, quand il n’avait «pas d’argent, que de l’espoir ».

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    Photo de Robert Redford ci-dessus prise lors de la conférence de presse de "All is lost" au Festival de Cannes (un film dont vous pouvez retrouver ma critique, ici).

    Restent inexplicables les absences parmi les nommés de Sauver ou périr, de Gueule d'ange, de Sur le bout des doigts (en particulier pour son jeune interprète prénommé en meilleur espoir) et de Ma mère est folle (pour Fanny Ardant qui est absolument exceptionnelle). Aussi inexplicable me semble l'absence du Poirier sauvage comme meilleur film étranger, même si je me réjouissais par ailleurs des nominations de Capharnaüm, Cold war et  Une affaire de famille.  Sans doute les mystères insondables des « professionnels de la profession » que Godard avait remerciés en recevant son César d’honneur en 1987.

    Comme l’a si bien dit Robert Redford en recevant son César « tout à coup demain devient hier », alors n'oublions pas que le temps, cet insatiable, dévore tout. D'ailleurs, à l’heure à laquelle ont déjà été remis les Oscars et à l’heure à laquelle a déjà été annoncé le nom du Président du jury du Festival de Cannes 2019 (cf mon article suivant), ces informations sont déjà surannées. Alors, pour faire écho aux interrogations de Philippe Katerine lorsqu'il a reçu son prix, je vais m’en aller m’informer de ce que deviennent les personnages une fois les films finis, ou peut-être vais-je aller imaginer leurs vies… non sans vous avoir recommandé une nouvelle fois de découvrir les films évoqués dans cet article (de mon côté, je vais rattraper Shéhérazade qui a reçu les César du meilleur premier film, meilleur espoir masculin et meilleur espoir féminin, un film que j'avais manqué lors de sa sortie) car, quels que soient les défauts de cette cérémonie, si au moins elle peut donner envie aux téléspectateurs  de découvrir des films à côté desquels ils étaient passés, cela justifie déjà amplement son existence.

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    PALMARES :

     

    Meilleure Actrice

    Léa Drucker

     

    Meilleur Acteur

    Alex Lutz

     

    Meilleure Actrice dans un Second Rôle

    Karin Viard

    Les Chatouilles

     

    Meilleur Acteur dans un Second Rôle

    Philippe Katerine

     

    Meilleur Espoir Féminin

    Kenza Fortas

    Shéhérazade

     

    Meilleur Scénario Original

    Xavier Legrand

    Jusqu'à la garde

     

    Meilleure Adaptation

    Andréa Bescond

    Eric Métayer

    Les Chatouilles

     

    Meilleure Musique Originale

    Vincent Blanchard

    Romain Greffe

    Guy

     

    Meilleur Son

    Brigitte Taillandier

    Valérie de Loof

    Cyril Holtz

    Les Frères Sisters

     

    Meilleure Photo

    Benoît Debie

    Les Frères Sisters

     

    Meilleur Montage

    Yorgos Lamprinos

    Jusqu'à la garde

     

    Meilleurs Costumes

    Pierre-Jean Larroque

    Mademoiselle de Joncquières

     

    Meilleurs Décors

    Michel Barthélémy

    Les Frères Sisters

     

    Meilleure Réalisation

    Jacques Audiard

    Les Frères Sisters

     

    Meilleur Film de Court Métrage

    Les Petites mains

    réalisé par Rémi Allier

    produit par Pauline Seigland

     

    Meilleur Film d'Animation

    Vilaine fille (COURT MÉTRAGE)

    réalisé par Ayce Kartal

    produit par Damien Megherbi, Justin Pechberty

    Dilili à Paris (LONG MÉTRAGE)

    réalisé par Michel Ocelot

    produit par Christophe Rossignon, Philip Boëffard

     

    Meilleur Film Documentaire

    Ni Juge, Ni Soumise

    réalisé par Jean Libon, Yves Hinant

    produit par Bertrand Faivre

     

    Meilleur Premier Film

    Shéhérazade

    réalisé par Jean-Bernard Marlin

    produit par Grégoire Debailly

     

    Meilleur Film Étranger

    Une affaire de famille

    réalisé par Hirokazu Kore-eda

    distribution France LE PACTE

     

    Meilleur Film

    Jusqu'à la garde

    produit par Alexandre Gavras

    réalisé par Xavier Legrand

     

    César d'Honneur

    Robert Redford

     

    César du Public

    Les Tuche 3

    produit par Richard Grandpierre

    réalisé par Olivier BAROUX

  • Critique - LES FRERES SISTERS de Jacques Audiard (prix du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville)

    Le film le plus attendu, l’évènement de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville 2018, était indéniablement Les Frères Sisters de Jacques Audiard.

    Les frères sisters 2

    Jacques Audiard, Joaquin Phoenix, John C.Reilly, Alexandre Desplat et Thomas Bidegain ont en effet reçu pour ce film le Prix du 44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, un prix décerné à ce film « pour les qualités de sa mise en scène, pour la force de l’interprétation de quatre acteurs majeurs du cinéma américain contemporain - John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, et Riz Ahmed - pour saluer les producteurs, grâce à qui un projet si noble a pu naître. Pour, enfin, célébrer une œuvre qui porte l’espoir d’un monde meilleur, d’une résipiscence possible. Pour toutes ces raisons, il nous a paru naturel qu’un tel travail soit récompensé d’une manière inhabituelle, originale et exceptionnelle » a déclaré Bruno Barde, le Directeur du Festival. Les Frères Sisters est le premier film tourné intégralement en langue anglaise (et avec des acteurs majoritairement américains) de Jacques Audiard. Ce sont John C. Reilly et Alison Dickey ( productrice et épouse du comédien) qui ont demandé au réalisateur de lire le roman de Patrick deWitt dont ils détenaient les droits.

    44ème Festival du Cinéma Américain de Deauville 47

    Synopsis : Les Sisters, ce sont Charlie et Elie. Deux frères qui évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d'innocents... Ils n'éprouvent aucun état d'âme à tuer. C'est leur métier. Charlie, le cadet ( Joaquin Phoenix), est né pour ça. Elie (John C.Reilly), lui, ne rêve que d'une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l'Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

    Après sa palme d'or à Cannes en 2015 pour Dheepan, le cinéaste français n’a pourtant pas «choisi » la Croisette pour présenter son nouveau film. Lui qui a déjà exploré différents genres avec talent s’attaque cette fois à un style de film auquel il ne s’était pas encore attelé: le western. Un western qui, fort probablement, aurait figuré au palmarès cannois s’il avait été en lice. Lors de la conférence de presse du film dans le cadre du festival, Jacques Audiard a expliqué qu’il n’avait pas forcément le fantasme du western mais qu’il avait surtout envie de travailler avec des acteurs américains car « ils ont constitué un savoir du jeu cinématographique et ils ont une très grande conscience d'eux-mêmes quand ils jouent » a-t-il précisé. Ce film l’a également intéressé en raison de son « thème de la fraternité » et « l’héritage de la sauvagerie » qu’il dépeint.

    Les ingrédients du western sont pourtant là, en apparence du moins : les grandes étendues, les chevauchées fantastiques, le Far West, les personnages aux physiques patibulaires, la violence fulgurante, la menace latente. Et pourtant Les frères Sisters, à l’image de ce titre, est un film constitué de contrastes et de dualités qui détournent les codes du western. « La nuit du chasseur a été une vraie référence pour ce film» a ainsi expliqué Thomas Bidegain lors de la conférence de presse. Alors, en effet, certes il y a ici les grandes étendues et le Far West mais le film a été tourné en Espagne et en Roumanie et l’atmosphère ne ressemble ainsi à celle d’aucun autre western. Certes, il y a là les personnages aux physiques patibulaires mais ici pas de héros qui chevauchent fièrement leurs montures mais des méchants qui vont évoluer après ce parcours initiatique parsemé de violence. Alors, certes la violence justement est là, parfois suffocante, mais elle laissera finalement place à une douceur et une paix inattendues.

    Les premières images nous éblouissent d’emblée par leur beauté macabre: des coups de feu et des flammes qui luisent dans la nuit. Des granges brûlées. Des innocents et criminels tués froidement et impitoyablement. L’œuvre de deux tueurs à gages. Les frères Sisters.

    Loin des héros ou antihéros mutiques des westerns, les deux frères Sisters (les si bien et malicieusement nommés) débattent de leurs rêves et de leurs états d’âme, comme deux grands enfants. «Ce sang, c'est grâce à lui qu'on est bons dans ce qu'on fait » selon l’un des deux frères. Ce sang, c’est celui de leur père, violent et alcoolique. Leur vie n’a jamais été constituée que de violence. Ce duo improbable est constitué d’un tireur fou, le cadet, et de l’aîné, plus sage, plus raisonnable, plus émotif et même sentimental, ce qui donne parfois lieu à des scènes humoristiques tant le contraste est saisissant entre les tueurs sanglants qu’ils sont aussi et l’émotion qui étreint parfois le cadet, qui par exemple pleure lorsqu'il perd son cheval.

    A ce duo improbable s’oppose un autre duo (que je vous laisse découvrir car il fait prendre une autre tournure à l’histoire qui ne cesse d’ailleurs de nous emmener là où on ne l’attend pas, là où le western ne nous a pas habitués à aller) notamment constitué d’ un prospecteur qui détient une mystérieuse formule chimique qui permet de trouver de l’or. Incarné par Riz Ahmed, cet homme rêve d’utopies socialistes, une société de justice dans lequel l’homme serait libre, vraiment libre. Audiard détourne aussi les codes du western en ce que son film présente plusieurs degrés de lecture. La violence héritée de leur père que manifestent les deux frères, c’est aussi celle de cette Amérique héritée des pères fondateurs. Pour trouver de l’or et donc s’enrichir, les compères vont polluer la rivière sans souci des conséquences sur l’environnement et sur leur propre vie. Des drames vont pourtant découler de cet acte métaphorique d’un capitalisme carnassier et impitoyable.

    Mais les frères Sisters est aussi un conte à la fois cruel et doux. Lr dénouement est ainsi aussi paisible que le début du film était brutal. Comme la plupart des films de cette sélection, il s’achève sur une note d’espoir. L’espoir d’une Amérique qui ouvre enfin les yeux, se montre apaisée et fraternelle. Si les frères Sisters, ces tueurs à gages sans états d’âme ont changé, qui ne le pourrait pas ? Tout est possible…Ajoutez à cela la photographie sublime de Benoît Debie, la musique d’Alexandre Desplat et vous obtiendrez un western à la fois sombre et flamboyant. Et d’une originalité incontestable.

     

  • Les César 2016 en direct le 26 février : toutes les informations et critiques des films en lice

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     C'est le 26 février prochain, à 21H, que se tiendra la 41ème cérémonie des César, comme chaque année au Théâtre du Châtelet. Comme chaque année également, la cérémonie sera retransmise en direct et en clair sur Canal plus. A 19H10, ce sera le Grand Journal, également en direct et en clair avec, en duplex depuis le théâtre du Châtelet, Laurent Weil qui inaugurera la soirée des César en accueillant les tous premiers invités sur le tapis rouge. A 20H10, ce sera Le petit journal spécial César présenté par Yann Barthès, toujours en direct et en clair. Après les César, vous pouvez retrouver les interviews des vainqueurs de la 41ème cérémonie des César.

    Pour la 9ème année consécutive (tantôt en salle presse, tantôt dans la salle du Châtelet, selon les éditions, une cérémonie que je connais donc bien et dont une scène clef de mon premier roman publié prochainement aux Editions du 38 s'y déroule d'ailleurs et dont je vous révèlerai bientôt la couverture et le titre ), j'aurai le plaisir d'être présente dans la salle pour vous commenter la cérémonie sur twitter (@moodforcinema ), et en amont dès le cocktail à 18H30 et sur instagram pour les photos (@sandra_meziere), cette fois en partenariat avec Canal plus dont je vous recommande également de suivre le compte (@cinemacanalplus ) et de découvrir l'excellent site consacré aux César, véritable mine d'informations. 

    A cette occasion, mes tweets seront mis en avant sur la page internet officielle de Canal + consacrée aux César. Par ailleurs, désormais, chaque mois, Canal plus sélectionnera une de mes critiques et la mettra en avant sur son site. On commence avec "Timbuktu", diffusé actuellement sur la chaîne. Retrouvez le début de ma critique sur le site officiel de Canal + ici.

     L'annonce des nommés aux César 2016 fut l'occasion de se rappeler à quel point la production cinématographique française fut riche et diversifiée en 2015 mais aussi à quel point le Festival de Cannes est un découvreur de grands films et de talents tant sont nombreux les films en lice pour ces César 2016 présentés dans les différentes sélections du Festival de Cannes 2015 et même primés ("La loi du marché", "Dheepan", "Mon roi" etc).

    L'affiche de cette 41ème édition met, comme chaque année, une actrice à l'honneur, cette année Juliette Binoche avec cette photo signée Brigitte Lacombe prise lors du tournage du "Patient anglais" d'Anthony Minghella (qui lui valut l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 1997).

    Le Président de cette cérémonie sera le cinéaste Claude Lelouch, l'occasion pour moi de vous reparler de son excellent dernier film "UN + UNE"(malheureusement absent de ces nominations) dont vous pourrez retrouver ma critique en bas de cet article. Je vous conseille l'interview ci-dessous dans laquelle il annonce la ressortie d'une version restaurée de son chef d'œuvre "Un homme et une femme" dans le monde entier, pour les 50 ans du film.

     

    C'est Florence Foresti qui aura la lourde tâche de succéder à Edouard Baer après une 40ème cérémonie que j'avais trouvée particulièrement réussie parce que s’y entrelaçaient le cinéma d’hier (Truffaut, Resnais) que j’aime tant et celui d’aujourd’hui qui m’enthousiasme, et parce que, Edouard Baer, tout au long de la cérémonie, avait fait preuve d’humour décalé (irrésistible tournage de « Panique aux César » auquel s'étaient pliés plusieurs comédiens), dénué de cynisme, et parce que cette soirée avait été jalonnée de quelques moments de grâce qui nous en avaient fait occulter la longueur (presque 4 heures)… Mais à voir a vidéo ci-dessous, il ne fait aucun doute que Florence Foresti saura insuffler humour et bonne humeur à cette cérémonie.

    Le César d'honneur sera cette année décerné à Michael Douglas (photo ci-dessous prise lors du Festival du Cinéma Américain de Deauville), après Sean Penn l'an passé. Un César d'honneur que Michael Douglas avait déjà reçu en 1998.

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    Cliquez ici pour retrouver mon compte rendu de la cérémonie des César 2015.

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    En tête de ces nominations 2016 figurent "Marguerite" de Xavier Giannoli (11 nominations) à égalité avec "Trois souvenirs de ma jeunesse" d'Arnaud Desplechin (11 nominations aussi donc), "Dheepan" de Jacques Audiard (9 nominations) et  "Mustang" de Deniz Gamze Ergüven (9 nominations) .

    Suivent ensuite: "Mon roi" de Maïwenn (8 nominations), "La tête haute" d'Emmanuelle Bercot  (8 nominations), "Les Cowboys" de Thomas Bidegain (4 nominations), "Fatima" de Philippe Faucon (4 nominations), "Valley of love" de Guillaume Nicloux ( 3 nominations), "Journal d'une femme de chambre" de Benoît Jacquot (3 nominations), "La loi du marché " de Stéphane Brizé (3 nominations).

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    Qui succédera à "Timbuktu"? (diffusé en février sur  Canal plus dont c'est le coup de cœur du mois, prochainement vous pourrez ainsi retrouver ma critique sur le site de la chaîne). Le chef d'œuvre de Sissako avait en effet récolté 7 des 8 statuettes pour lesquelles il était nommé l'an passé. Meilleur film. Meilleur réalisateur. Meilleur montage. Meilleur scénario original. Meilleur son. Meilleure photo. Meilleure musique originale.  Aucun de ces César n’était usurpé.  «Timbuktu » est en effet un film d’une maîtrise époustouflante, d’une beauté flamboyante, étourdissante, un film d’actualité empreint d’une poésie et d’une sérénité éblouissantes, de pudeur et de dérision salutaires, signifiantes : un acte de résistance et un magnifique hommage à ceux qui subissent l’horreur en silence. Sissako y  souligne avec intelligence et retenue la folie du fanatisme et de l’obscurantisme religieux contre lesquels son film est un formidable plaidoyer dénué de manichéisme, parsemé de lueurs d’humanité et finalement d’espoir, la beauté et l’amour sortant victorieux dans ce dernier plan bouleversant, cri de douleur et de liberté  déchirant à l’image de son autre titre, sublime : « Le chagrin des oiseaux ». Le film de l’année 2014. Bouleversant. Eblouissant. Brillant. Nécessaire. 7 récompenses à la hauteur de la grandeur de ce film. « Il n’y a pas de choc de civilisations. Il y a une rencontre de civilisations » avait conclu Sissako en recevant l’une de ses multiples récompenses.

     L'actualité influera-t-elle sur le choix des votants? Préféreront-ils un film en résonance ave les ignominies et  tragédies qui ont assombri l'actualité ou des films ancrés dans la réalité sociale ou encore une histoire d'amour ou de deuil?

    Beaucoup des films en lice, aussi différents soient-ils en apparence, ont en commun de nous parler d'innocence blessée, d'illusions brisées, de libertés entravées et d'envies d'ailleurs.

    Se confrontent ainsi des premiers films et des films de cinéastes confirmés, des acteurs inconnus ou quasiment et de grands acteurs aux carrières impressionnantes et aux multiples nominations (d'ailleurs rarement récompensées comme vous le verrez ci-dessous), très nombreux cette année. Un éclectisme qui rendra cette cérémonie d'autant plus palpitante et le palmarès d'autant plus surprenant.

    Après sa palme d'or, Jacques Audiard, sera-t-il  à nouveau au palmarès après son César du meilleur réalisateur pour "De battre mon cœur s'est arrêté" en 2006 et pour "Un Prophète" en 2010? De cette histoire de trois Sri-Lankais qui fuient leur pays, la guerre civile, et qui se retrouvent confrontés à une autre forme de guerre dans la banlieue française où ils échouent, douloureuse réminiscence pour Dheepan, « le père de famille », Audiard, plus qu’un film politique a voulu avant tout faire une histoire d’amour. Dans ce nouveau long-métrage qui flirte avec le film de genre, il explore un nouveau territoire mais toujours porte un regard bienveillant, et plein d’espoir sur ses personnages interprétés par trois inconnus qui apportent toute la force à ce film inattendu (dans son traitement, son dénouement et en tête du palmarès du Festival de Cannes).

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    Toujours est-il que "Mustang", 9 fois nommé, (présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2015 et qui vient de remporter le prix Lumières du meilleur film) pourrait créer la surprise en remportant des récompenses face à des films de réalisateurs plus confirmés. Portrait sans concession d’une partie de la société turque et de la place qu’elle laisse aux femmes, ce premier film à la fois solaire et terriblement sombre sur ces 5 sœurs condamnées à une existence quasiment carcérale  est d’autant plus marquant qu’il est parfaitement maitrisé dans sa forme comme dans le fond évitant l’écueil du manichéisme et d’une condamnation unanime des hommes turcs puisque c’est aussi grâce à l’un d’eux que viendront l’espoir et la liberté mais aussi à l’éducation qui, en filigrane, apparaît comme LA solution. Un film dans lequel s'entrechoquent fougue de la jeunesse et conservatisme des aînés, porté par des actrices incandescentes et un judicieux décalage entre le forme et le fond.

     

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    Enfin, Arnaud Desplechin (pour le 4ème fois nommé comme meilleur réalisateur) figurera sans aucun doute au palmarès, avec au moins un prix pour Lou Roy-Lecollinet en meilleur espoir féminin, vraie révélation même si Sara Giraudeau, sorte de Pierre Richard au féminin, est absolument irrésistible dans "Les Bêtises".

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