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  • Retrouvez-moi ce soir en direct des César 2019 : les nominations complètes

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    Vendredi, j'aurai le plaisir d'être en direct de la Salle Pleyel pour assister à la 44ème cérémonie des César à suivre également en clair, exclusivité et direct sur Canal +. Vous pourrez me suivre en direct sur twitter et instagram (@Sandra_Meziere).

    Comme chaque année, en direct du Fouquet's, Alain Terzian, le Président des César et Kad Merad, le présentateur des César 2019, ont annoncé les nominations aux César 2019. 

    Un hommage sera rendu à l'immense Robert Redford.  C’est en effet une véritable légende d’Hollywood qui viendra recevoir, le vendredi 22 février 2019 sur la scène de la Salle Pleyel, le César d’Honneur. Acteur iconique, réalisateur d’exception, producteur passionné, fondateur et président de Sundance, le festival de films indépendants le plus réputé au monde, Robert Redford a marqué de son empreinte chacune de ses implications dans le monde du cinéma.  L'incarnation du héros américain indissociable de tant de classiques du cinéma que sa présence a sublimés : Jeremiah Johnson, Nos plus belles années, Gatsby le magnifique, Les trois jours du Condor, Les hommes du président, Brubaker, Out of Africa, Et au milieu coule une rivière, L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, l'Arnaque, la Poursuite impitoyable… C'est aussi l'occasion de vous parler à nouveau du remarquable "All is lost", ici et e bas de cet article. J'avais ainsi eu l'immense plaisir d'assister à sa projection cannoise et à sa conférence de presse (dont est issue ma photo de Robert Redford, ci-dessous). Retrouvez également ci-dessous ma critique de Gatsby le magnifique de Jack Clayton.

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    C'est l'actrice de "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux" (et de bien d'autres grands rôles), Kristin Scott Thomas, qui présidera ainsi la cérémonie dédiée cette année à Charles Aznavour.

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    Cette année, 226 films étaient éligibles (films sortis entre le 1er janvier et le 31 décembre 2018).

    22 César seront remis. 

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    Je me réjouis que "Le grand bain" et "Jusqu'à la garde", deux de mes coups de cœur de cette année 2018, figurent en tête des nominations (10 pour l'un et l'autre), prouvant ainsi la réjouissante diversité du cinéma français, deux films remarquables, aussi différents soient-ils.  Le premier est un drame social aux accents hitchcockiens dans lequel la violence conjugale est traitée comme un thriller, un film mis en scène et interprété magistralement, d'où une tension, constante, de la première à la dernière seconde.

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    Dans le second, la fin est un vrai modèle de feel good movie, du genre à vous donner envie de rire et de pleurer en même temps, de battre la mesure, de danser avec les personnages (judicieuse bande originale indissociable de tout feel good movie), d’empoigner la vie, votre destin et vos rêves. Du genre à vous faire penser qu’on peut affronter des accidents de la vie, accepter d’en être brisé, blessé, de s’en relever sans que ce soit un challenge, ou une obligation, du genre à vous rappeler qu’il n’est jamais trop tard pour plonger dans le grand bain, pour penser qu’un nouveau départ ensoleillé est toujours possible, quels que soient votre âge, vos rêves déchus et vos blessures. Du genre à vous dire que le pouvoir du cinéma est sacrément magique quand il parvient à cela, que Gilles Lellouche est un cinéaste avec lequel il va falloir compter (dont je suis vraiment curieuse de voir la suite du parcours après cette success-story sur l’écran et dans les salles, méritée). Et puis, rien que pour me donner l’envie de relire ce chef-d’œuvre de Rilke qu’est Lettres à un jeune poète, Le grand bain valait la peine de se déplacer. Alors terminons avec cet extrait que Delphine (Virginie Efira) lit à ses élèves nageurs, et acceptons encore, comme des enfants que nous sommes toujours au fond un peu, d’être tristes et heureux : « Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes : tristes et heureux ; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien. »

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    Je me réjouis également des 6 nominations de "Mademoiselle de Joncquières" (amplement méritées) aux César 2019 (meilleure actrice pour Cécile de France, meilleur acteur pour Edouard Baer, meilleure photographie, meilleure adaptation, meilleurs costumes, meilleur décor). Cette adaptation d'un épisode de "Jacques le Fataliste" de Diderot (déjà adapté par Bresson avec la complicité de Cocteau sous le titre "Les dames du bois de Boulogne") est savoureuse du premier au dernier plan, et surtout de la première à la dernière phrase. Les dialogues y sont d'une beauté, d'une richesse, d'un lyrisme, d'une ironie, d'une profondeur jubilatoires, d'autant plus que les acteurs jonglent avec les mots et les émotions avec un talent rare, au premier rang desquels Cécile de France qui passe en une fraction de seconde d'une émotion à l'autre. Elle est absolument sidérante de justesse en femme cruelle car et seulement car blessée au coeur. Si, comme mois, vous aimez "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos, vous ne pourrez qu'être transportés par ce film finalement très moderne qui dresse le portrait de 4 femmes dont celle qui donne son nom au titre et qui, d'abord en arrière plan et effacée, se révèle la plus passionnée et vibrante (sublime et si juste aussi Alice Isaaz). L'absence de nomination du réalisateur est incompréhensible tant sa réalisation est maligne, élégante sans pour autant être académique (tout le contraire) ! Les plans séquences et les judicieuses ellipses (ou quand deux livres symbolisent magnifiquement une scène d'amour), la façon de passer de l'extérieur à l'intérieur, tout est le reflet des âmes sinueuses ou tourmentées. Edouard Baer manie aussi la langue du 18ème avec brio et incarne avec une élégance tout en désinvolture ce libertin qui peu à peu découvre les affres de la passion après les avoir tant singées et s'en être si souvent lassé. Et une mention spéciale à Laure Calamy également remarquable en amie bienveillante. À savourer sans modération !

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    "Les Frères Sisters", récolte 9 nominations, un film dans lequel Audiard détourne les codes du western en ce que son film présente plusieurs degrés de lecture. La violence héritée de leur père que manifestent les deux frères, c’est aussi celle de cette Amérique héritée des pères fondateurs. Pour trouver de l’or et donc s’enrichir, les compères vont polluer la rivière sans souci des conséquences sur l’environnement et sur leur propre vie. Des drames vont pourtant découler de cet acte métaphorique d’un capitalisme carnassier et impitoyable. Mais "les frères Sisters" est aussi un conte à la fois cruel et doux. Le dénouement est ainsi aussi paisible que le début du film était brutal. Comme la plupart des films de cette sélection, il s’achève sur une note d’espoir. L’espoir d’une Amérique qui ouvre enfin les yeux, se montre apaisée et fraternelle. Si les frères Sisters, ces tueurs à gages sans états d’âme ont changé, qui ne le pourrait pas ? Tout est possible…Ajoutez à cela la photographie sublime de Benoît Debie, la musique d’Alexandre Desplat et vous obtiendrez un western à la fois sombre et flamboyant. Et d’une originalité incontestable. Retrouvez ma critique complète, ici.

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    "La Douleur" d'Emmanuel Finkiel récolte 8 nominations. Un film âpre et glaçant. Troublant et nécessaire (a fortiori ces jours-ci). Et cette fin, poignante, d'une infinie mélancolie, et cette "voix" de Duras, qui vous accompagnent longtemps après. Et puis Mélanie Thierry (nommée comme meilleure actrice), fiévreuse, enfiévrée de douleurs. Une douleur. Des douleurs. Celle des déportés, de familles qui attendent, d'une femme qui attend, celle de  l'absence, omniprésente, obsédante, qui tétanise. Une remarquable et singulière adaptation qui brouille nos perceptions comme celles de Marguerite le sont alors, qui joue brillamment avec le son, le flou, les ellipses comme un écho aux pensées douloureuses et désordonnées de Marguerite. Un film intense, délicat qui a une âme, celle de Duras, sublimée par l'interprétation de Mélanie Thierry et par la mise en scène. Benoît Magimel (oublié des nominations) est aussi remarquable dans le rôle de l'inspecteur collabo, d'une obséquiosité inquiétante, fasciné par l'auteure avec laquelle il entre dans un jeu de manipulations trouble.

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    Parmi les lauréats figurera également certainement "Guy", un inénarrable Guy Jamet beaucoup plus mélancolique et moins léger qu'il n'y paraît, un film qui donne envie de se souvenir des belles choses, et un personnage magistralement inventé et interprété qui pourrait valoir plusieurs récompenses à Alex Lutz et son équipe : interprétation, montage, scénario...

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    A noter également les 5 nominations pour "Les Chatouilles",  film aussi lumineux et solaire que la réalité de l’héroïne est sombre et brutale. La fin est bouleversante parce qu’elle montre que la lumière peut se trouver au bout du tunnel. Si cela a autant bouleversé les festivaliers de Deauville (où le film avait reçu le prix d'Ornano) qui ont réservé une retentissante standing ovation à l’équipe, c’est sans doute aussi parce que cette possibilité d’une résilience touche les victimes de toutes sortes de blessures intimes et de traumatismes.

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    Il sera aussi intéressant de voir à quel film étranger les votants de l'Académie décerneront leur César entre, notamment :

    - la palme d'or "Une affaire de famille".  Entre documentaire et fable, chaque plan filmé comme un tableau, sans esbrouffe, avec humilité, s’intéressant à nouveau plus que jamais à la famille, et traitant de la société japonaise sous un angle inédit (car critique et s’intéressant aux laissés-pour-compte d’un Japon en crise économique), Kore-Eda (qui a déjà en 13 films, tant de chefs-d’œuvre, à son actif), est ici au sommet de son art.. Tous les ingrédients d'une palme d'or… Comme le titre semble nous l’indiquer, ce film est la quintessence de son cinéma, clamant dès celui-ci ce thème présent dans chacun de ses longs-métrages : la famille. Et quel film ! Un film d’une sensibilité unique. Des personnages bouleversants. Des blessés de la vie que la fatalité, la pauvreté et l’indifférence vont conduire à la rue et réunir par des liens du cœur, plus forts que ceux du sang. Une peinture pleine d’humanité, de nuance, de poésie, de douceur qui n’édulcore pas pour autant la dureté et l’iniquité de l’existence. Comme un long  travelling avant, sa caméra dévoile progressivement le portrait de chacun des membres de cette famille singulière, bancale et attachante pour peu à peu révéler en gros plan leurs âpres secrets et réalités. Kore-Eda, plus que le peintre de la société japonaise est celui des âmes blessées et esseulées, et plus que jamais il fait vibrer nos cœurs par ce film d’une rare délicatesse et bienveillance, avec cette famille de cœur à l’histoire poignante jalonnée de scènes inoubliables et qui nous laissent le cœur en vrac. Du grand art.

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    -"Cold war", prix de la mise en scène à Cannes. Cold war, c'est l'amour impossible d'un musicien et d'une jeune chanteuse entre la Pologne Stalinienne et le Paris bohème des années 50. La distance que pourraient induire les judicieuses (et nombreuses) ellipses, au contraire, laissent place à l'imaginaire du spectateur (que ça fait du bien parfois de ne pas être infantilisé ! ) et nous font ressentir avec une force accrue et magistrale le vide de l'existence des deux amants lorsqu'ils sont séparés. Les années écoulées importent peu, seuls comptent les instants qu'ils partagent. Le reste n'est que temps vain et perdu (éclipse-s-, du nom du bar parisien où joue le musicien, bel hommage au film éponyme d'Antonioni aussi), et la musique (vibrante, poignante) n'a vraiment de sens qu'en présence de l'autre ou en pensant à l'autre. Le temps passé se comble de cette attente. Entre la Pologne et le Paris jazzy de Saint-Germain-des-Prés, ce sont deux univers qui se confrontent, un mur qui sépare ces deux êtres différents mais que réunit un amour irrépressible et tortueux dès les premières notes voué à un dénouement tragique. Si pour lui la vie est "plus belle de l'autre côté" (citation extraite du film, je ne vous en dis pas plus tant cette phrase y est tragiquement belle), pour elle cette vie les arrache à eux-mêmes. En toile de fond la guerre froide dont la violence insidieuse imprègne tout le film et appose le sceau de la fatalité sur la destinée des deux amoureux. Ajoutez à cela une photographie hypnotique, une dernière phrase à double sens, absolument bouleversante et vous obtiendrez un très grand film romanesque dont la fausse simplicité est avant tout la marque d'un travail d'une perfection admirable. Ce film est aussi une réflexion sur le temps qui passe et dévore tout sauf peut-être les sentiments essentiels ou "éternels", thème commun aux films de la compétition du Festival de Cannes 2018.

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    -"Capharnaüm", prix du jury à Cannes. Nous suivons Zain dans le chaos poussiéreux, ce dédale tentaculaire qu’est le bidonville de Beyrouth, ce capharnaüm gigantesque et oppressant. Téméraire, il tente de survivre malgré la dureté révoltante de son quotidien. Sur son chemin, il rencontre Cafardman, personnage burlesque, lunaire, drôle et tragique, qui semble là pour nous rappeler  que « l’humour est la politesse du désespoir ».  Ainsi, dans ce capharnaüm, même les héros de l’enfance ont le cafard. Zain dort d’abord dans un parc d’attractions, celui où travaille Cafardman. Plans sublimement tristes de Zain qui erre dans ce lieu censé être de jeu et de joie devenu fantomatique et sinistre, comme un vestige de son enfance à jamais inaccessible et révolue. Il y rencontre une immigrée éthiopienne qui a quitté son travail d’employée de maison après être tombée enceinte. Elle élève seule Yonas, son bébé qu’elle entoure et grise d’amour, qu’elle cache aux autorités de crainte qu’ils ne soient expulsés.  A la tendresse dont elle entoure son bébé, s’opposent l’indifférence glaciale et même la violence et les coups que Zain a subis de la part de ses parents. Quand elle disparait, il s’occupe pourtant du bébé, le nourrit, le trimballe partout avec lui, et déploie une force admirable pour celui-ci. Leur duo improbable est poignant, d’autant plus que le bébé est d’une rare expressivité et que la réalisatrice en fait un personnage à part entière. Malgré tout ce qu’il a affronté et subi, ce petit homme qu’est Zain, malgré ce regard duquel semble avoir disparu toute candeur, conserve en lui une humanité salvatrice qu’il déploie pour s’occuper de Yonas comme un pied-de-nez à ce cercle vicieux de la violence et de l’indifférence et de l’absence de tendresse. (Extrait de ma critique à retrouver en entier, ici).

     

    Plus inexplicable me semble l'absence de "Sauver ou périr", de "Gueule d'ange", de Sur le bout des doigts" (en particulier pour son jeune interprète prénommé en meilleur espoir) et de "Ma mère est folle" (pour Fanny Ardant qui est absolument exceptionnelle). Aussi inexplicable me semble l'absence du "Poirier sauvage" comme meilleur film étranger, même si je me réjouis par ailleurs des nominations de "Capharnaüm", "Cold war" et "Une affaire de famille".

     

    LISTE OFFICIELLE DES NOMINATIONS POUR LES CÉSAR 2019

    Meilleur film

    La Douleur, d’Emmanuel Finkiel
    En liberté !, de Pierre Salvadori
    Les Frères Sisters, de Jacques Audiard
    Le Grand Bain, de Gilles Lellouche
    Guy, d’Alex Lutz
    Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand
    Pupille, de Jeanne Herry

    Meilleure actrice

    Elodie Bouchez dans Pupille
    Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières
    Léa Drucker dans Jusqu’à la garde
    Virginie Efira dans Un amour impossible
    Adèle Haenel dans En liberté !
    Sandrine Kiberlain dans Pupille
    Mélanie Thierry dans La Douleur

    Meilleur acteur

    Edouard Baer dans Mademoiselle de Joncquières
    Romain Duris dans Nos batailles
    Vincent Lacoste dans Amanda
    Gilles Lellouche dans Pupille
    Alex Lutz dans Guy
    Pio Marmaï dans En liberté !
    Denis Ménochet dans Jusqu’à la garde

    Meilleur acteur dans un second rôle

    Jean-Hughes Anglade dans Le Grand Bain
    Damien Bonnard dans En liberté !
    Clovis Cornillac dans Les Chatouilles
    Philippe Katerine dans Le Grand Bain
    Denis Podalydès dans Plaire, aimer et courir vite

    Meilleure actrice dans un second rôle

    Isabelle Adjani dans Le Monde à nous
    Leila Bekhti dans Le Grand Bain
    Virginie Efira dans Le Grand Bain
    Audrey Tautou dans En liberté !
    Karin Viard dans Les Chatouilles

    Meilleur réalisateur

    Emmanuel Finkiel, La Douleur
    Pierre Salvadori, En liberté !
    Jacques Audiard, Les Frères Sisters
    Gilles Lellouche, Le Grand Bain
    Alex Lutz, Guy
    Xavier Legrand, Jusqu’à la garde
    Jeanne Herry, Pupille

    Meilleure espoir féminin

    Ophélie Bau dans Mektoub My Love
    Galatéa Bellugi dans L’Apparition
    Jehnny Beth dans Un amour impossible
    Lily Rose-Depp dans L’Homme fidèle
    Kenza Fortas dans Shéhérazade

    Meilleur espoir masculin

    Antony Bajon dans La Prière
    Thomas Gloria dans Jusqu’à la garde
    William Lebghil dans Première Année
    Karim Leklou dans Le Monde est à toi
    Dylan Robert dans Shéhérazade

    Meilleur premier film

    L’Amour flou, de Romane Bohringer et Philippe Rebbot
    Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Éric Métayer
    Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand
    Sauvage, de Camille Vidal-Naquet
    Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin

    Meilleur documentaire

    America, de Claus Drexel
    De chaque instant, de Nicolas Philibert
    Le Grand Bal, de Laetitia Carton
    Ni juge ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant
    Le Procès contre Mandela et les autres, de Nicolas Champeaux et Gilles Porte

    Meilleur film étranger

    3 Billboards, les panneaux de la vengeance, de Martin MacDonagh
    Capharnaüm, de Nadine Labaki
    Cold War, de Paweł Pawlikowski
    Girl, de Lukas Dont
    Hannah, d’Andrea Pallaoro
    Nos batailles, de Guillaume Senez
    Une affaire de famille, d’Hirokazu Kore-eda

    Meilleur court-métrage

    Bragino, de Clément Gogitore
    Les Indes galantes, de Clément Gogitore
    Kapitalistis, de Pablo Muñoz Gomez
    Laissez-moi danser, de Valérie Leroy
    Les Petites Mains, de Rémi Allier

    Meilleur court-métrage d’animation

    Au cœur des ombres, de Mónica Santos et Alice Guimarães
    La mort, père et fils, de Winshluss et Denis Walgenwitz
    Raymonde ou l’Evasion verticale, de Sarah Van Den Boom.
    Vilaine fille, de Ayçe Kartal

    Meilleur film d’animation

    Astérix : Le Secret de la potion magique, d’Alexandre Astier et Louis Clichy
    Dilili à Paris, de Michel Ocelot
    Pachamama, de Juan Antin

    Meilleure photographie

    Alexis Kavyrchine, La Douleur
    Benoît Debie, Les Frères Sisters
    Laurent Tangy, Le Grand Bain
    Nathalie Durand, Jusqu’à la garde
    Laurent Desmet, Mademoiselle de Joncquières

    Meilleure adaptation

    Andréa Bescond et Eric Métayer, Les Chatouilles
    Emmanuel Finkiel, La Douleur
    Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Les Frères Sisters
    Emmanuel Mouret, Mademoiselle de Joncquières
    Catherine Corsini et Laurette Polmanss, Un amour impossible

    Meilleur son

    Antoine-Basile Mercier, David Vranken, Aline Gavroy pour La Douleur
    Brigitte Taillandier, Valérie De Loof, Cyril Holtz pour Les Frères Sisters
    Cédric Deloche, Gwennolé Le Borgne, Marc Doisne pour Le Grand Bain
    Yves-Marie Omnès, Antoine Baudouin, Stéphane Thiébaut pour Guy
    Julien Sicart, Julien Roig, Vincent Verdoux pour Jusqu’à la garde

    Meilleure musique originale

    Anton Sanko, Amanda
    Camille Bazbaz, En liberté !
    Alexandre Desplat, Les Frères Sisters
    Vincent Blanchard, Romain Greffe, Guy
    Pascal Sangla, Pupille
    Grégoire Hetzel, Un amour impossible

    Meilleur scénario original

    Pierre Salvadori, Benoît Graffin, Benjamin Charbit pour En liberté !
    Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini pour Le Grand Bain
    Alex Lutz, Anaïs Deban, Thibault Segouin pour Guy
    Xavier Legrand pour Jusqu’à la garde
    Jeanne Herry, pour Pupille

    Meilleurs costumes

    Anaïs Romand et Sergio Ballo, La Douleur
    Pierre- Yves Guerraud, L’Empereur de Paris
    Miléna Canonero, Les Frères Sister
    Pierre-Jean Larroque, Mademoiselle de Joncquières
    Anaïs Romand, Un peuple et son roi

    Meilleurs décors

    Pascal Le Guellec, La Douleur
    Emile Ghigo, L’Empereur de Paris
    Michel Barthélémy, Les Frères Sisters
    David Faivre, Mademoiselle de Joncquière
    Anaïs Roman, Un peuple et son roi

    Meilleur montage

    Valérie Deseine, Les Chatouilles
    Isabelle Devinck, En liberté !
    Juliette Welfling, Les Frères Sisters
    Simon Jacquet, Le Grand Bain
    Yorgos Lamprinos, Jusqu’à la garde

    DETAIL DES NOMINATIONS :

    10 pour LE GRAND BAIN

    10 pour JUSQU’À LA GARDE

    9 pour EN LIBERTÉ !

    9 pour LES FRÈRES SISTERS

    8 pour LA DOULEUR

    7 pour PUPILLE

    6 pour GUY

    6 pour MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES

    5 pour LES CHATOUILLES

    4 pour UN AMOUR IMPOSSIBLE

    3 pour SHÉHÉRAZADE

    2 pour AMANDA

    2 pour L’EMPEREUR DE PARIS

    2 pour LE MONDE EST À TOI

    2 pour NOS BATAILLES

    2 pour UN PEUPLE ET SON ROI

    1 pour 3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

    1 pour AMERICA

    1 pour L’AMOUR FLOU

    1 pour L’APPARITION

    1 pour ASTÉRIX - LE SECRET DE LA POTION MAGIQUE

    1 pour AU CŒUR DES OMBRES

    1 pour BRAGUINO

    1 pour CAPHARNAÜM

    1 pour COLD WAR

    1 pour DE CHAQUE INSTANT

    1 pour DILILI À PARIS

    1 pour GIRL 1 pour LE GRAND BAL

    1 pour HANNAH 1 pour L’HOMME FIDÈLE

    1 pour LES INDES GALANTES

    1 pour KAPITALISTIS

    1 pour LAISSEZ-MOI DANSER

    1 pour MEKTOUB, MY LOVE : CANTO UNO

    1 pour LA MORT, PÈRE ET FILS

    1 pour NI JUGE, NI SOUMISE

    1 pour PACHAMAMA 1 pour LES PETITES MAINS

    1 pour PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

    1 pour PREMIÈRE ANNÉE

    1 pour LA PRIÈRE

    1 pour LE PROCÈS CONTRE MANDELA ET LES AUTRES

    1 pour RAYMONDE OU L’ÉVASION VERTICALE

    1 pour SAUVAGE

    1 pour UNE AFFAIRE DE FAMILLE

    1 pour VILAINE FILLE TOTAL 

    : 118 NOMINATIONS

    CRITIQUE DE "ALL IS LOST" de J.C CHANDOR

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    C'est lors du dernier Festival de Cannes 2013 dans le cadre duquel il était présenté en sélection officielle mais hors compétition que j'avais eu le plaisir de découvrir "All is lost" de J.C Chandor en présence de Robert Redford qui avait également donné une conférence de presse dont je vous parle également ci-dessous et dont vous pourrez également retrouver quelques images. 

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    All is lost est le deuxième film du réalisateur J.C Chandor après Margin Call, avec un unique interprète, et non des moindres, Robert Redford, dont la mythique présence a  illuminé la Croisette. Quel contraste  entre le vacarme, la foule cannois et le silence, la solitude de All is lost.

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     Lors de la conférence de presse cannoise, Robert Redford, a notamment parlé, avec autodérision et simplicité,  de son amour de la nature et de son inquiétude pour celle-ci, rappelant son engagement en faveur de l'environnement qu’il juge dans une  situation "carrément catastrophique, désastreuse".  "A mon avis, la planète essaie de nous parler", a-t-il ajouté, évoquant "les ouragans, les tremblements de terre et les tornades", deux jours après la tornade dévastatrice de Moore, près d'Oklahoma City. Il a aussi évoqué son envie de continuer  à jouer, de la difficulté de faire des films aujourd’hui. Il a évoqué le défi que représentait ce film pour lui : « C’est un défi qui m’a beaucoup attiré en tant qu’acteur. Je voulais me donner entièrement à un réalisateur ». Il a aussi abordé l’importance du silence « Je crois dans l’intérêt du silence au cinéma. Je crois aussi dans l’intérêt du silence dans la vie car on parle car on parle parfois trop. Si on arrive à faire passer le silence dans une forme artistique, c’est intéressant ». « Ce film est en plein contraste avec la société actuelle. On voit le temps qu’il fait, un bateau et un homme. C’est tout ». « Il y a évidemment des similitudes avec Jeremiah Johnson » a-t-il également répondu.

     

    Dans Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, Robert Redford fuyait ainsi les hommes et la civilisation pour les hauteurs sauvages des montagnes Rocheuses. Ici, dans All is lost, au cours d’un voyage en solitaire dans l’Océan Indien, au large de Sumatra, à son réveil, il découvre que la coque de son voilier a été heurtée et endommagée par un container flottant à la dérive. Privé de sa radio, il doit affronter seul les éléments mais malgré toute sa force, sa détermination, son intelligence, son ingéniosité, il devra bientôt regarder la mort en face. Ici, aussi, c’est finalement la civilisation (incarnée par ce container rouge au milieu de l’horizon bleutée et qui transportait d’ailleurs des chaussures, incarnation de la société de consommation mondialisée ) qui le rattrape (alors que, peut-être, il voulait la fuir, nous ne le saurons jamais…), contraint à se retrouver ainsi « seul au monde », comme dans le film éponyme de Robert Zemeckis avec Tom Hanks, même si je lui préfère, et de loin, ce film de J.C Chandor.

    Pendant 1H45, il est en effet seul. Seul face à la folle et splendide violence des éléments. Seul face à nous. Seul face à lui-même. Seul face à l’Océan Indien à perte de vue. Seul face à la force des éléments et face à ses propres faiblesses. Seul face à la nature. Cela pourrait être ennuyeux…et c’est passionnant, palpitant, terrifiant, sublime, et parfois tout cela à la fois.

    Le seul «dialogue », est en réalité un monologue en ouverture du film, une sorte de testament qui s’écoute comme le roulement poétique, doux et violent, des vagues, et qui place ce qui va suivre sous le sceau de la fatalité : « Ici, tout est perdu, sauf le corps et l’âme ».

     

     Progressivement il va se voir dépouillé de ce qui constitue ses souvenirs, de tout ce qui constitue une chance de survie : radio, eau... Son monde va se rétrécir. La caméra va parfois l’enfermer dans son cadre renforçant le sentiment de violence implacable du fracas des éléments. Avec lui, impuissants, nous assistons au spectacle effrayant et fascinant du déchainement de la tempête et de ses tentatives pour y survivre et résister.

     

    Le choix du magnétique Robert Redford dans ce rôle renforce encore la force de la situation. Avec lui c’est toute une mythologie, cinématographique, américaine, qui est malmenée, bousculée, et qui tente de résister envers et contre tout, de trouver une solution jusqu’à l’ultime seconde. Symbole d’une Amérique soumise à des vents contraires, au fracas de la nature et de la réalité, et qui tente de résister, malgré tout.

     

     La mise en scène et la photographie sobre, soignée, épurée, le montre (et sans le moindre artifice de mise en scène ou flashback comme dans L’Odyssée de Pi) tantôt comme une sorte de Dieu/mythe dominant la nature (plusieurs plongées où sa silhouette se détache au milieu du ciel), ou comme un élément infime au milieu de l’Océan. La musique signée Alex Ebert (du groupe Edward Sharpe and the Magnetic Zeros) apporte une force supplémentaire à ces images d’une tristesse et d’une beauté mêlées d’une puissance dévastatrice. Inexistante au début du film, elle prend de l’ampleur a fur et à mesure que la tragédie se rapproche et qu’elle devient inéluctable, sans jamais être trop grandiloquente ou omniprésente.

     

    Certains plans sont d’une beauté à couper le souffle, comme ces requins en contre-plongée qui semblent danser, le défier et l’accompagner ou comme cette fin qui mélange les éléments, l’eau et le feu, le rêve et la réalité ou encore cette lune braquée sur lui comme un projecteur.

     

     Comme l’a souligné Robert Redford, il s’agit d’un « film presque existentiel qui laisse la place à l’interprétation du spectateur » et cela fait un bien fou de « regarder quelqu’un penser » pour reprendre les termes du producteur même si cette définition pourrait donner une image statique du film qui se suit au contraire comme un thriller.

     

    En conférence de presse, Robert Redford avait révélé ne pas avoir vu le film et qu’il allait le découvrir le même soir lors de la projection officielle cannoise dans le Grand Théâtre Lumière. On imagine aisément son émotion, à l’issue de cette heure quarante. Face à lui-même. Face à cette fable bouleversante d’une beauté crépusculaire

     

     All is lost a été présenté hors compétition du 66ème Festival de Cannes. Il aurait indéniablement eu sa place en compétition et peut-être même tout en haut du palmarès.

    Critique de GATSBY LE MAGNIFIQUE de Jack Clayton

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    gatsby3.jpgAdapté en 1974 du chef d'œuvre de Fizgerald, le film (comme le roman) se déroule dans la haute aristocratie américaine. Une vraie gageure d'adapter ce sublime romanqui évite toujours soigneusement la mièvrerie et assume le romantisme effréné et exalté (mais condamné) de son personnage principal.

    Eté 1920. Nick Carraway (Sam Waterston), jeune homme du Middlewest américain se rend à New York pour travailler comme agent de change.  C'est dans la zone huppée de Long Island qu'il trouve une maison, juste à côté de la somptueuse demeure du mystérieux Gatsby (Robert Redford) et avec une vue imprenable sur East Egg où vivent sa cousine Daisy (Mia Farrow) et son mari Tom Buchanan (Bruce Dern) . Daisy  s'ennuie avec son mari bourru qui la trompe ouvertement et elle tue le temps avec son amie la golfeuse professionnelle Jordan Baker. Tom présente même à Nick  sa maîtresse Myrtle Wilson (Karen Black), la femme du garagiste. Tous s'étonnent que Nick ne connaisse pas son voisin Jay Gatsby qui donne des réceptions somptueuses avec des centaines d'invités et sur le compte de qui courent les rumeurs les plus folles. C'est en répondant à une des invitations de son mystérieux voisin que Nick va faire ressurgir le passé liant sa cousine Daisy à l'étrange et séduisant Jay Gatsby.

    Dès les premières minutes, ce film exerce la même fascination sur le spectateur que le personnage de Jay Gatsby sur ceux qui le côtoient ou l'imaginent. La magnificence crépusculaire  de la photographie et la langueur fiévreuse qui étreint les personnages nous laissent entendre que tout cela s'achèvera dans le drame mais comme Nick nous sommes fascinés par le spectacle auquel nous souhaitons assister jusqu'au dénouement. Jay Gatsby n'apparaît qu'au bout de vingt minutes, nous nous trouvons alors dans la même situation que Nick qui ne le connaît que par sa réputation : on dit qu'il «  a tué un homme » et qu'il n'apparaît jamais aux fêtes somptueuses qu'il donne dans une joyeuse décadence.

    Comme dans le roman de Fitzgerald, le film de Jack Clayton dépeint brillamment l'ennui de la haute aristocratie américaine grâce à plusieurs éléments : l'élégance romantique et le jeu de Robert Redford ( difficile après avoir vu le film d'imaginer autrement le personnage de Gatsby qu'il incarne à la perfection que Di Caprio incarnera aussi pourtant remarquablement à sa manière), le scénario impeccable signé Francis Ford Coppola, une photographie éblouissante qui évoque à la fois la nostalgie et la chaleur éblouissantes, une interprétation de Mia Farrow entre cruauté, ennui, insouciance et même folie, l'atmosphère nostalgique et fiévreuse (la sueur perle en permanence sur le front des personnages comme une menace constante), et puis bien sûr l'adaptation du magnifique texte de Fitzgerald : « La poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » ou cette expression de « nuages roses » qui définit si bien le ton du roman et du film. Avec l'amertume dissimulée derrière l'apparente légèreté. La mélancolie et le désenchantement derrière la désinvolture. Il faut aussi souligner l'excellence des seconds rôles et notamment de Karen Black aussi bien dans la futilité que lorsqu'elle raconte sa rencontre avec Tom Buchanan.

     « Gatsby le magnifique » est à la fois une critique de l'insouciance cruelle et de la superficialité de l'aristocratie que symbolise Daisy, c'est aussi le portrait fascinant d'un homme au passé troublant, voire trouble et à l'aura romantique dont la seule obsession est de ressusciter le passé et qui ne vit que pour satisfaire son amour inconditionnel et aveugle. (Ah la magnifique scène où Jay et Daisy dansent dans une pièce vide éclairée à la bougie !) Face à lui Daisy, frivole et lâche, qui préfère sa réputation et sa richesse à Gatsby dont la réussite sociale n'avait d'autre but que de l'étonner et de poursuivre son rêve qui pour lui n'avait pas de prix. Gatsby dont par bribes  la personnalité se dessine : par sa manie d'appeler tout le monde « vieux frère », par ses relations peu recommandables, par le portrait qu'en dresse son père après sa mort, un père qu'il disait riche et mort. Pour Daisy, la richesse est un but. Pour  Jay, un moyen (de la reconquérir). Elle qui ne sait que faire des 30 années à venir où il va falloir tuer le temps.

    Les deux êtres pour qui l'argent n'étaient qu'un moyen et non une fin et capables d'éprouver des sentiments seront condamnés par une société pervertie et coupable de désinvolture et d'insouciance. Un film de contrastes. Entre le goût de l'éphémère de Daisy et celui de l'éternité de Gatsby. Entre la réputation sulfureuse de Gatsby et la pureté de ses sentiments. Entre la fragilité apparente de Daisy et sa cruauté. Entre la douce lumière d'été et la violence des sentiments. Entre le luxe dans lequel vit Gatsby et son désarroi. Entre son extravagance apparente et sa simplicité réelle. Entre la magnificence de Gatsby et sa naïveté. Et tant d'autres encore. Des contrastes d'une douloureuse beauté.

    C'est à travers le regard sensible et lucide de Nick qui seul semble voir toute l'amertume, la vanité, et la beauté tragique de l'amour, mélancolique, pur et désenchanté, que Gatsby porte à Daisy que nous découvrons cette histoire tragique dont la prégnante sensation ne nous quitte pas et qui nous laisse avec l'irrésistible envie de relire encore et encore le chef d'œuvre de Fitzgerald et de nous laisser dangereusement griser par l'atmosphère de chaleur écrasante, d'extravagance et d'ennui étrangement mêlés dans une confusion finalement criminelle. Un film empreint de la fugace beauté de l'éphémère et de la nostalgie désenchantée qui portent le fascinant et romanesque Gatsby. A (re)voir absolument.

  • Critique-"Partir" de Catherine Corsini, ce soir sur Canal+

    Ce soir, à 20H50, sur Canal+, ne manquez pas "Partir" de Catherine Corsini.

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    N'ayant été enthousiasmée ni par « La Nouvelle Eve » ni par le caricatural « Les Ambitieux », l'idée de « partir » me faisait redouter le pire...

     Ici, Suzanne (Kristin Scott Thomas) mène une vie bien (trop) tranquille avec son mari médecin (Yvan Attal) dans une belle maison, glaciale, comme ce dernier.  Après une dizaine d'années passées à élever ses enfants, elle a décidé de recommencer à travailler et de faire construire un cabinet de kinésithérapie attenant à la maison familiale. C'est Ivan (Sergi Lopez), un ouvrier espagnol employé au noir, qui vit de petits boulots et a fait de la prison, qui est chargé des travaux. Un accident va les rapprocher et bientôt une passion irrépressible. Plus rien d'autre ne comptant alors pour elle, Suzanne n'a alors plus qu'une idée en tête : partir. Oui, mais voilà : le mari va s'y opposer férocement. Et va alors commencer un odieux chantage et la descente aux Enfers...

    Le mari, la femme, l'amant. L'épouse d'un bourgeois de province qui s'ennuie et qui s'éprend violemment d'un autre homme. Un synopsis de vaudeville classique voire caricatural que Catherine Corsini parvient à transcender grâce à la personnalité de ses protagonistes et des acteurs qui les incarnent, grâce à l'atmosphère pesante alors palpitante pour le spectateur, grâce à l'odieux chantage pécuniaire qui ajoute un élément supplémentaire et inédit à ce schéma classique.

    Les acteurs et les personnages d'abord et évidemment au premier rang de ceux-ci : Kristin Scott Thomas qui de « 4 mariages et un enterrement » à « Il y a longtemps que je t'aime » en passant par « Le Patient Anglais » jongle avec les styles et les rôles avec un talent déconcertant. Et puis quel regard, tour à tour celui d'une enfant perdue,  celui désarçonné d'une femme séduite puis tombant amoureuse, celui lumineux de femme éperdument amoureuse, celui d'une femme dévorée par la passion et sa violence ravageuse, celui d'une épouse blessée, humiliée, mais déterminée, celui d'une femme aux frontières de la folie et au-delà. Celui d'une grande actrice aux multiples facettes. Face à elle, Sergi Lopez impose sa séduisante et rassurante  force. Reste Yvan Attal. Si l'acteur est ici plus que convaincant dans son rôle de mari obséquieux devenant l'odieux maître d'un ignoble chantage pécuniaire parce qu'il perd « sa » femme, sa possession, et sa parfaite image d'homme établi et respecté par la société, le film aurait probablement gagné en ambiguïté et en tension à ce qu'il soit plus nuancé et à ce qu'il ne soit pas détestable dès les premières minutes du film. Mais de cela, Yvan Attal, absolument parfait dans ce rôle qui ne l'est pas, n'en est nullement responsable.

    Ces deux raisons qui s'égarent (l'une par la passion, l'autre parce qu'il perd sa possession et d'une certaine manière son statut), -Ivan étant finalement le plus raisonnable des trois-, vont inéluctablement aboutir au drame que l'on sait dès les premières minutes par le retentissement d'un coup de feu qui précède le flashback, bombe à retardement qui contribue à créer un climat de tension qui va crescendo tout au long du film. Le vaudeville frôle alors le suspense à la Hitchcock (frôle seulement, la réalisation, malgré quelques tentatives n'atteignant évidemment pas son degré de perfection et de « double sens ») avec Kristin Scott Thomas dans le rôle de la blonde hitchcockienne au tempérament de feu derrière une apparence glaciale. Le tout assaisonné de l'immoralité jubilatoire  de François Ozon, Emmanuelle Bernheim, scénariste de ce dernier ayant aussi contribué à l'écriture du scénario (avec Gaëlle Macé et Antoine Jacoud, et bien sûr Catherine Corsini).

    Enfin, l'idée du chantage pécuniaire ajoute un élément matériel et original qui devient un moyen de contrôle et un obstacle judicieux à leur immatérielle et incontrôlable passion, et par conséquent la clef du drame.

    La lumière du Midi, sublimée par la photographie d'Agnès Godard qui souligne aussi la beauté crue de certaines scènes,  ajoute au climat de folie ambiant et contribue à faire de ce  faux vaudeville un vrai, attrayant et tragique thriller, malgré ses quelques faiblesses scénaristiques.

  • « Crime d’amour » d’Alain Corneau avec Kristin Scott Thomas, Ludivine Sagnier, Patrick Mille… : dommageables imperfections d’un crime presque parfait

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    Alain Corneau possède une filmographie assez clairsemée mais riche de grands films aussi différents que « Police python 357 », « Le choix des armes », « Tous les matins du monde », « Fort Saganne » ou « Stupeurs et tremblements ». C’est le polar qui l’a fait connaître, genre dans lequel il excelle, mais son adaptation du roman d’Amélie Nothomb « Stupeurs et tremblements » est elle aussi remarquable dans l’ironie sombre et la dissection de la hiérarchie méthodique et maniaque de l’entreprise japonaise.

    « Crime d’amour » promettait donc de réunir le meilleur de ces deux genres puisque l’intrigue se déroule principalement dans les bureaux d’une multinationale où travaille Isabelle (Ludivine Sagnier), jeune cadre en apparence revêche, avec chemisier bien fermé et chignon de rigueur. Cette dernière éprouve une admiration inconditionnelle pour sa patronne Christine (Kristin Scott Thomas), glaciale et séduisante, en tout cas pour Isabelle troublée par sa présence. Un trouble dont Christine va se servir pour manipuler Isabelle mettant sa perversité au service de son ambition vorace jusqu’à humilier la jeune femme en public. Un jeu dangereux qui va se retourner contre elle : Isabelle va se révéler encore plus machiavélique. Quand Christine est retrouvée assassinée, tout l’accuse pourtant…

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    Le film débute sans préambule dans l’appartement de Christine qui se joue de la séduction qu’elle exerce sur Isabelle. Arrive alors l’amant de Christine, Philippe (Patrick Mille). Isabelle est doucement évincée. Les présentations avec le trio de ce cercle infernal sont ainsi expédiées. Le duo/duel entre Kristin Scott Thomas (toujours remarquable) et Ludivine Sagnier (toujours dans son rôle de fausse ingénue, toujours en surjeu) est assez réjouissant, les dialogues sont plutôt tranchants et l’entreprise un cadre judicieusement froid et aseptisé pour les enfermer progressivement dans cette prison rigide dont elle est à la fois l’objet et le cadre.

    « Crime d’amour » ne prétend pas au réalisme et ressemble à un schéma, visuellement et scénaristiquement : schéma du film noir, schéma de l’entreprise mais un schéma (a priori volontairement car par définition) sans âme.  L’absence de réalisme que ce schéma a pour conséquence est une convention qui peut être facilement acceptée mais quand elle se transforme en invraisemblance, elle perd le spectateur en chemin à force de TOUT vouloir lui montrer et expliquer. Ainsi, de victime naïve et enamourée, (certes poussée par la soif de vengeance et la honte) Isabelle (qu’on prend néanmoins bien soin de nous montrer telle une prédatrice lorsqu’elle se jette sur Philippe) va alors se transformer en assassin machiavélique faisant preuve d’un redoutable sang froid. A l’image de l’entreprise qui l’a engendrée : maniaque, froide, aseptisée, rigide, mais ne perdant jamais de vue son objectif.  

    Non seulement c’est invraisemblable mais en plus la justice et la police sont totalement ridiculisés.  Dommage : se faire passer pour coupable pour s’innocenter était une bonne et hitchcockienne idée seulement pour que le crime soit presque parfait, aurait-il fallu que les preuves pour désigner le faux criminel soient crédibles. Mais tout cela encore aurait pu passer si la deuxième partie n’avait été explicative à outrance, nous montrant par flashbacks ce que nous pouvions déjà nous satisfaire d’avoir depuis longtemps deviné, rappelant alors davantage les ficelles des séries policières en prime time (mais déjà datées) qu’un maître du polar.

    Restent la photo d’Yves Angelo qui souligne la mise en scène volontairement glaciale, les airs de jazz étrangement en dissonance,  Kristin Scott Thomas incisive, troublante, redoutable, parfaitement odieuse et Guillaume Marquet (finalement le personnage le plus intéressant). Un film anachronique qui ne tient pas ses (belles) promesses et pas à la hauteur de ses brillantes références : Clément et Lang. Ne vous trompez pas dans « le choix des armes » et revoyez plutôt le film éponyme sauf si vous êtes amateurs de séries policières d’un autre temps qui, malgré leurs défauts, peuvent s’avérer divertissantes. C’est parfois déjà beaucoup et bien suffisant…

    A lire aussi : la critique du « Deuxième souffle » d’Alain Corneau.

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  • Critique de « Partir » de Catherine Corsini (avec Kristin Scott Thomas, Yvan Attal, Sergi Lopez…)

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    N'ayant été enthousiasmée ni par « La Nouvelle Eve » ni par le caricatural « Les Ambitieux », l'idée de « partir » me faisait redouter le pire...

     Ici, Suzanne (Kristin Scott Thomas) mène une vie bien (trop) tranquille avec son mari médecin (Yvan Attal) dans une belle maison, glaciale, comme ce dernier.  Après une dizaine d'années passées à élever ses enfants, elle a décidé de recommencer à travailler et de faire construire un cabinet de kinésithérapie attenant à la maison familiale. C'est Ivan (Sergi Lopez), un ouvrier espagnol employé au noir, qui vit de petits boulots et a fait de la prison, qui est chargé des travaux. Un accident va les rapprocher et bientôt une passion irrépressible. Plus rien d'autre ne comptant alors pour elle, Suzanne n'a alors plus qu'une idée en tête : partir. Oui, mais voilà : le mari va s'y opposer férocement. Et va alors commencer un odieux chantage et la descente aux Enfers...

    Le mari, la femme, l'amant. L'épouse d'un bourgeois de province qui s'ennuie et qui s'éprend violemment d'un autre homme. Un synopsis de vaudeville classique voire caricatural que Catherine Corsini parvient à transcender grâce à la personnalité de ses protagonistes et des acteurs qui les incarnent, grâce à l'atmosphère pesante alors palpitante pour le spectateur, grâce à l'odieux chantage pécuniaire qui ajoute un élément supplémentaire et inédit à ce schéma classique.

    Les acteurs et les personnages d'abord et évidemment au premier rang de ceux-ci : Kristin Scott Thomas qui de « 4 mariages et un enterrement » à « Il y a longtemps que je t'aime » en passant par « Le Patient Anglais » jongle avec les styles et les rôles avec un talent déconcertant. Et puis quel regard, tour à tour celui d'une enfant perdue,  celui désarçonné d'une femme séduite puis tombant amoureuse, celui lumineux de femme éperdument amoureuse, celui d'une femme dévorée par la passion et sa violence ravageuse, celui d'une épouse blessée, humiliée, mais déterminée, celui d'une femme aux frontières de la folie et au-delà. Celui d'une grande actrice aux multiples facettes. Face à elle, Sergi Lopez impose sa séduisante et rassurante  force. Reste Yvan Attal. Si l'acteur est ici plus que convaincant dans son rôle de mari obséquieux devenant l'odieux maître d'un ignoble chantage pécuniaire parce qu'il perd « sa » femme, sa possession, et sa parfaite image d'homme établi et respecté par la société, le film aurait probablement gagné en ambiguïté et en tension à ce qu'il soit plus nuancé et à ce qu'il ne soit pas détestable dès les premières minutes du film. Mais de cela, Yvan Attal, absolument parfait dans ce rôle qui ne l'est pas, n'en est nullement responsable.

    Ces deux raisons qui s'égarent (l'une par la passion, l'autre parce qu'il perd sa possession et d'une certaine manière son statut), -Ivan étant finalement le plus raisonnable des trois-, vont inéluctablement aboutir au drame que l'on sait dès les premières minutes par le retentissement d'un coup de feu qui précède le flashback, bombe à retardement qui contribue à créer un climat de tension qui va crescendo tout au long du film. Le vaudeville frôle alors le suspense à la Hitchcock (frôle seulement, la réalisation, malgré quelques tentatives n'atteignant évidemment pas son degré de perfection et de « double sens ») avec Kristin Scott Thomas dans le rôle de la blonde hitchcockienne au tempérament de feu derrière une apparence glaciale. Le tout assaisonné de l'immoralité jubilatoire  de François Ozon, Emmanuelle Bernheim, scénariste de ce dernier ayant aussi contribué à l'écriture du scénario (avec Gaëlle Macé et Antoine Jacoud, et bien sûr Catherine Corsini).

    Enfin, l'idée du chantage pécuniaire ajoute un élément matériel et original qui devient un moyen de contrôle et un obstacle judicieux à leur immatérielle et incontrôlable passion, et par conséquent la clef du drame.

    La lumière du Midi, sublimée par la photographie d'Agnès Godard qui souligne aussi la beauté crue de certaines scènes,  ajoute au climat de folie ambiant et contribue à faire de ce  faux vaudeville un vrai, attrayant et tragique thriller, malgré ses quelques faiblesses scénaristiques.