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cinéma

  • Compte-rendu de trois jours au Festival La Rochelle Cinéma 2026 (54e Fema)

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    Ces trois jours à La Rochelle l'ont une nouvelle fois démontré : face aux censeurs et aux tumultes du monde, le cinéma demeure ce merveilleux refuge pour « une pensée libre dont nul ne peut arrêter l'envol », selon la magnifique formule qui clôt Le Destin de Youssef Chahine (1997), l'un des nombreux joyaux projetés lors de ce 54e Fema.

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    Quel bonheur de découvrir ce festival ! Un festival à l'image de son film d'ouverture : foisonnant, généreux et convivial. Avec des intervenants passionnants et une sélection aussi éclectique qu'enthousiasmante. Des fidèles du festival, comme Yolande Moreau, mais également des cinéphiles venus de La Rochelle ou de beaucoup plus loin, choisissent délibérément de faire coïncider leurs vacances avec le Fema. Comment ne pas les comprendre… ! Ces trois jours ont filé à une vitesse vertigineuse, mais ils m'ont permis de m'immerger pleinement dans cette atmosphère aussi chaleureuse que passionnée. D'une salle à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, les films semblaient se répondre, dialoguer à travers les décennies.

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    Comme l'a rappelé lors de l'ouverture le président du CNC, Gaëtan Bruel, ce festival unique en son genre est une « traversée de cinéma foisonnante » : 150 séances accompagnées, 300 séances au total, 160 longs métrages, 76 courts. Il a également souligné que la France était le « pays au monde où on va le plus au cinéma ». Les salles combles en apportaient la plus belle démonstration. L’an passé, deux Français sur trois sont allés au cinéma, a-t-il également remarqué.

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    Pour rappel, depuis 1973, le Festival La Rochelle Cinéma (Fema) est une grande fête du cinéma, au début de l’été, avec un public nombreux et fidèle, et des films d’hier et d’aujourd’hui venus du monde entier. « Il n’y a pas de compétition à La Rochelle. L’important pour nous c’est l’esprit de curiosité, l’important pour nous c’est d’aller explorer dans tous les pays du monde »déclarait ainsi, en 1980, le critique de cinéma Jean-Loup Passek, alors directeur du festival, ce qu'il fut jusqu'en 2001. En 2018, Arnaud Dumatin et Sophie Mirouze, présents dans l’équipe depuis 2001 et 2003, reprennent à leur tour la direction et changent le nom du Festival, qui revient à ses origines en devenant le Festival La Rochelle Cinéma (Fema). Aujourd’hui, le Fema, qui a pour présidente Sylvie Pialat, reste non-compétitif et se veut une grande fête du cinéma, au début de l’été. L'affiche est peinte depuis 1991 par Stanislas Bouvier, une fidélité exceptionnelle entre un artiste et un festival (vous pouvez en voir quelques-unes, toutes de véritables œuvres d’art, à la gare de La Rochelle).

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    Le Fema propose ainsi des rétrospectives consacrées à des cinéastes qui ont marqué l’Histoire du 7e art et des hommages à des réalisatrices et réalisateurs, actrices et acteurs contemporains. D’autres sections sont proposées à chaque édition : « Découverte d’une cinématographie d’un pays peu diffusée », « Animation » avec la découverte d’une technique ou d’un cinéaste, « d’hier à aujourd’hui » une sélection de films restaurés et réédités en salles, « ici et ailleurs », des longs métrages coups de cœur de l’année inédits en France ou présentés en avant-première, etc. Un volet autour de la musique au cinéma s’est développé depuis 2009 avec l’invitation d’une compositrice ou d’un compositeur et la création de ciné-concerts. Depuis 2019, l’image est aussi à l’honneur avec une leçon de lumière d’une directrice ou d’un directeur de la photo. Enfin, le Festival se termine traditionnellement par une nuit blanche consacrée à un thème, un genre, une actrice ou un acteur.

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    Outre six films, deux documentaires consacrés à Jacques Tati ont été présentés. Dans le cadre de rétrospectives, les festivaliers ont aussi pu revoir de nombreux chefs-d'œuvre, réalisés par Youssef Chahine avec notamment une soirée spéciale et la projection de Gare centrale, ou des films dans lesquels joue Diane Keaton.

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    Il était aussi possible de (re)voir l'intégrale de Nanni Moretti, les films de Léa Mysius ou Cristian Mungiu, et notamment Fjord, la palme d'or 2026. Un film qui se garde de tout simplisme et manichéisme, dans un monde de plus en plus polarisé, prisonnier des postures, où les grands discours sur la bienveillance dissimulent souvent une profonde intransigeance, où les jugements hâtifs remplacent l'empathie et l'écoute. Une époque paradoxale qui, sous prétexte de vertu, condamne sans nuances et érige de nouveaux dogmes.  Le cinéaste nous pousse à interroger nos propres préjugés et contradictions, et cette notion de tolérance, devenue le privilège de ceux qui n'en font preuve que lorsque cela les arrange. « Les sociétés aujourd'hui sont fracturées, radicalisées. C'est un message pour la tolérance, l'inclusion, l'empathie. Ce sont des termes magnifiques, que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent » a ainsi déclaré le cinéaste lors de la cérémonie de clôture du 79e Festival de Cannes. Ce film n’était pas le seul du palmarès cannois que les festivaliers ont pu découvrir à La Rochelle. Il était également possible de voir le Grand Prix (Minotaure d'Andreï Zviaguintsev), le Prix du Scénario (Notre Salut d'Emmanuel Mare) et le film couronné du double Prix d'interprétation féminine (Soudain de Ryusuke Hamaguchi). Il était aussi possible de découvrir d'autres films en compétition à Cannes comme L'Inconnue d'Arthur Harari ou encore de savourer des films restaurés ou réédités, des classiques avec Michel Piccoli, mais aussi des films noirs savoureux de la collection Rivages/Noir : Boulevard du Crépuscule de Billy WilderPolice Python 357 d'Alain Corneau... Mais aussi des raretés comme les films d'une cinéaste majeure en Estonie, à qui le Fema a consacré la première rétrospective, Leida Laius. Au total, ce sont 19 longs-métrages inédits ou en avant-première qui ont été projetés et 17 documentaires inédits ou en avant-première. Le festival proposait cette année aussi une rencontre autour de la musique avec Olivier Marguerit (musicien, compositeur), en présence de Dominik Moll (cinéaste), animée par Stéphane Lerouge (spécialiste de la musique pour l'image).

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    La projection de Mariage au goût d'orange de Christophe Honoré (en salles le 9 décembre 2026) a succédé à la cérémonie d'ouverture, un film présenté à Cannes Première lors de la 79e édition du Festival de Cannes.

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    Le film nous transporte en mars 1978, le jour de la mort de Claude François, dans les faubourgs de Nantes, à l'occasion du mariage de Jacques (Paul Kircher) et Martine (Malou Khebizi), l'un des sept enfants de la famille Puig. Christophe Honoré compose moins le récit d'un mariage qu'un vaste tableau familial, traversé par des bonheurs fragiles, des rancœurs anciennes et des désirs inavoués. Notre regard est invité à circuler librement parmi les personnages, à se perdre dans les détails, les silences et les mouvements du groupe : une joyeuse idée à une époque où le cinéma cherche encore trop souvent à tout expliquer.

    Autour des mariés gravite une galerie de personnages : Claudie, sensible et à fleur de peau (Adèle Exarchopoulos), Dominique, le meneur de la fratrie (Vincent Lacoste), ou encore Roger (Alban Lenoir), personnage explosif hanté par la guerre d'Algérie. Chacun semble apporter sa propre mélodie à cette partition collective, où l'intime se mêle constamment à l'histoire d'une génération.

    Cette circulation permanente du regard entre les personnages, cette manière de faire vivre le cadre comme un espace ouvert où plusieurs scènes coexistent simultanément, annonçaient d'ailleurs déjà l'un des grands plaisirs du festival : la redécouverte du cinéma de Jacques Tati, maître incomparable de l'observation et des compositions chorales.

    Cette liberté du regard, Christophe Honoré la revendique à sa manière. Jacques Tati, auquel le festival consacrait sa grande rétrospective, l'avait érigée en véritable principe de mise en scène. Chez lui, le spectateur n'est jamais guidé : il observe, choisit, découvre. Une confiance rare, qui irrigue toute son œuvre.


    JACQUES TATI – Rétrospective

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    L'un des grands bonheurs de cette édition fut en effet la rétrospective consacrée à Jacques Tati, dont l'élégante silhouette de Monsieur Hulot ornait d'ailleurs l'affiche du festival. Revoir ses films sur grand écran rappelle combien son cinéma demeure d'une modernité saisissante. Souvent rapproché de Charlie Chaplin, Tati revendiquait pourtant une filiation avec Buster Keaton, dont il admirait l'impassibilité burlesque. À l'ère du cinéma parlant, il inventa un personnage unique, Monsieur Hulot, silhouette dégingandée et rêveuse qui semble toujours légèrement en décalage avec le monde. Cinéaste du mouvement, du bruit, de l'espace et de la poésie du quotidien, il n'a cessé, depuis Jour de fête, de réinventer notre manière de regarder.

    Le festival proposait ainsi ces 6 films, à (re)découvrir au cinéma en version restaurée grâce à Carlotta. 

    • Jour de fête (1949)
    • Les Vacances de monsieur Hulot (1953)
    • Mon oncle (1958)
    • Playtime (1967)
    • Trafic (1971)
    • Parade (1974)

    2 documentaires

    • Jacques Tati, tombé de la lune (2021) Jean-Baptiste Péretié
    • Itinéraire Bis (2026) Stéphane Goudet

    TRAFIC de Jacques Tati

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    La projection de Trafic présentée par Jérôme Deschamps était proposée en ciné-concert, un film sublimé par la musique presque futuriste du trio Temps Calme, en écho à la modernité (et sa critique) toujours aussi sidérante et réjouissante de l’œuvre du cinéaste. Trafic fut tourné entre 1969 et 1971 et sortit en 1971.

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    Monsieur Hulot, dessinateur d’un camping-car expérimental doté de nombreux gadgets de chez Altra, une petite société automobile, accompagne celui-ci sur les autoroutes de France et de Belgique en direction du salon de l’automobile d’Amsterdam où le modèle doit être exposé. Une « public relations » américaine survoltée et très apprêtée, Maria, flanquée de son petit chien, l’accompagne avec sa voiture de sport. Mais entre les nombreuses pannes, les problèmes mécaniques, la fouille à la douane, l’accident, la route est longue et semée d’embûches. Ils mettent en péril la réussite commerciale de l’opération, menaçant Hulot et son camping-car de ne pas arriver à temps pour l’ouverture du salon…ce qui sera d’ailleurs le cas. Hulot arrivera à Amsterdam au moment de la clôture de l'exposition, ce qui lui vaudra un renvoi immédiat. Je ne dévoile rien ici : chez Tati, l'intrigue importe finalement bien moins que le regard porté sur le monde.

    C'est le seul film de Jacques Tati dans lequel Monsieur Hulot poursuit véritablement un objectif. D'une certaine manière, cette quête est aussi celle du cinéaste lui-même. Après l'échec commercial de Playtime, Tati revient à une forme plus accessible. Hulot parle davantage, les cadrages se resserrent, son métier est clairement identifié. Comme si le cinéaste acceptait, en partie du moins, les critiques qui lui avaient été adressées.

    Mais rien n'altère son génie. Chaque scène devient un tableau vivant où plusieurs actions coexistent, se répondent et composent une véritable chorégraphie du quotidien. Une filiation inattendue apparaît alors avec Mariage au goût d'orange de Christophe Honoré : chez l'un comme chez l'autre, le regard est libre de circuler dans le cadre, d'y construire son propre récit.

    La séquence finale résume à elle seule toute la philosophie de Tati.. Une scène tournée en plan large qui matérialise la victoire de l’homme, sautillant, sur la machine et les « temps modernes », avec un Hulot qui n’a plus de travail, plus de parapluie, mais qui repart accompagné. Une scène rappelant la fin d’un chef-d’œuvre d’un autre génie du burlesque.

    LES VACANCES DE MONSIEUR HULOT de Jacques Tati

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    Retour en arrière. Tourné en 1951 et sorti en 1953, Les Vacances de Monsieur Hulot marque la première apparition de ce personnage maladroit, lunaire et délicieusement inadapté qui allait devenir l'alter ego de Jacques Tati. « Un monument du cinéma », comme l'a justement rappelé le critique Stéphane Goudet qui a présenté le film, une copie restaurée par Carlotta Films.

    Présenté en compétition au Festival de Cannes en 1953, le film ne remporta pas le Grand Prix, attribué cette année-là au Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot, mais reçut le Prix de la critique internationale ainsi que le Prix Louis-Delluc. Bien des années plus tard, en 1990, il fut également distingué par le Delluc des Delluc, qui récompensa le meilleur film parmi tous les lauréats du prix depuis sa création. Il figure aussi sur la liste du British Film Institute des cinquante films à voir avant l'âge de quatorze ans. Il fut ensuite restauré en 2009 puis en 2026.

    Comme souvent chez Tati, le scénario paraît d'une grande simplicité. Derrière cette modestie se cache une mécanique d'orfèvre, faite d'une multitude de micro-récits qui s'entrecroisent avec une précision remarquable. Plus qu'une histoire, Tati orchestre une partition où chaque personnage, chaque geste et chaque bruit participent à une vaste chorégraphie du quotidien.

    L'action se déroule à Saint-Marc-sur-Mer, petite station balnéaire de la côte Atlantique où une galerie de vacanciers retrouve chaque été ses habitudes. L'arrivée de Monsieur Hulot agit comme un grain de sable dans cette mécanique parfaitement huilée. Dès qu'il pousse la porte de l'hôtel de la Plage, une bourrasque envahit le hall, annonçant le désordre joyeux qui va suivre.

    Avant même que son visage n'apparaisse, Tati met son personnage en scène par fragments : une silhouette, une voiture pétaradante chargée de valises et d'une épuisette, une démarche reconnaissable entre toutes. Lorsqu'il se présente enfin à la réception, il balbutie quelques mots. En quelques secondes naît un anti-héros inoubliable, personnage presque échappé du cinéma muet, qui semble avoir traversé le temps pour venir se perdre dans celui du parlant.

    Le travail sur le son, déjà si extraordinaire chez Tati, devient ici un véritable langage. Les claquements de portes, les pas sur le gravier, les vagues, les rires, les moteurs ou les conversations lointaines composent une véritable partition musicale où les dialogues deviennent secondaires.

    Autour de Hulot s'agite toute une galerie de personnages délicieusement croqués : le commandant qui ressasse inlassablement ses exploits militaires, le vieux couple qui déambule selon un cérémonial immuable, l'élégante Martine et sa tante distinguée, ou encore cette vacancière anglaise, seule à accueillir avec bienveillance les maladresses de Hulot. Tous appartiennent à cette petite bourgeoisie des congés payés que Tati observe avec une ironie tendre, jamais méprisante.

    Sur un court de tennis, lors d'un bal costumé ou même lors de funérailles, Hulot transforme chaque situation en ballet burlesque. Mais derrière le rire affleure peu à peu une discrète mélancolie. Lorsque vient l'heure des départs, chacun retrouve sa vie comme si rien ne s'était passé. Seuls deux résidents viennent saluer cet étrange vacancier qui, en dérangeant les habitudes de tous, aura pourtant apporté de la fantaisie à leurs vacances.

    C'est peut-être là que réside le génie de Tati. Sous l'apparente légèreté de ses gags se cache une infinie tendresse pour les êtres. Son humour ne ridiculise jamais ; il révèle. Et si Monsieur Hulot paraît si maladroit, c'est peut-être parce qu'il demeure le seul à ne jamais sacrifier son innocence aux conventions sociales.

    Le tournage en extérieur s'étala de la fin juin à la fin octobre. Cette sensation de temps suspendu irrigue tout le film. Les plans larges permettent au regard de vagabonder librement, chaque spectateur composant en quelque sorte son propre film à l'intérieur de celui de Tati. Une confiance accordée au public qui demeure, aujourd'hui encore, d'une étonnante modernité. Notez enfin que Tati  ajouta une scène supplémentaire après la sortie des Dents de la mer de Spielberg. Je vous laisse la découvrir.

    PLAYTIME de Jacques Tati

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    Bien que sorti en 1967, Playtime pourrait avoir été réalisé aujourd'hui tant il reflète notre époque contemporaine. Ce film fut tourné entre 1964 et 1967 avant de sortir cette même année. Il est organisé en six séquences qui nous emmènent successivement à Orly, dans un dédale de bureaux, au salon des arts ménagers, dans des appartements ultramodernes, au Royal Garden et dans un manège urbain. Ces scènes sont reliées entre elles grâce à l'utilisation de deux personnages qui se croiseront au cours du récit : Barbara, une jeune touriste américaine en visite à Paris et Monsieur Hulot (Jacques Tati), qui a un rendez-vous avec un personnage important.

    Si le film a été un retentissant échec à sa sortie et un véritable gouffre financier pour Tati (il dut hypothéquer sa propre maison ainsi que les droits des Vacances de Monsieur Hulot et de Mon oncle), il est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma qui a par ailleurs influencé de nombreux cinéastes : : de Truffaut (qui lui rend hommage dans Domicile conjugal reprenant le gag du fauteuil de Playtime) à Lynch ou Kaurismäki. Prévu pour 2,5 millions de francs, le budget de Playtime est ainsi passé de 6 millions en 1964 à plus de 15 millions en 1967. Pour l'occasion, Tati avait fait reconstituer une ville moderne entière, « Tativille ».

    Peut-être, la première fois où vous verrez ce film, serez-vous déconcertés par le refus de la narration classique, par cette sollicitation permanente de l'ouïe et surtout de l’attention visuelle, par cette responsabilisation du spectateur mais le monde de Tati mérite un deuxième voyage, une deuxième chance et surtout un deuxième regard.

    Playtime qui est pourtant sorti en 1967, pourrait ainsi avoir été réalisé aujourd'hui tant il reflète notre époque contemporaine : une époque avide de transparence, d'exhibition (« nous appartenons à une génération qui éprouve le besoin de se mettre en vitrine », disait-il déjà) et souvent aveugle à ce qui l'entoure. Une époque tonitruante et sourde. Une époque de l’ultra-communication égocentrique, voire égoïste. Une époque ouverte et cloisonnée. Une époque où les technologies compliquent parfois les rapports humains. Une époque d'une modernité aliénante (de l'uniformisation de l'architecture au rôle de la télévision en passant par l'influence de la société de consommation), déshumanisante et parfois inhumaine. C'est tout ce que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège parfois (contrairement à ce qu'on pourrait croire) plus désenchanté qu'enchanté, en tout cas enchanteur. Le premier plan sur l'immeuble gigantesque, en contre-plongée est ainsi le reflet, à la fois inquiétant et fascinant, de ce que représente la modernité pour Tati.

    Quelle clairvoyance, quand il y a plusieurs décennies, Tati nous montre une société aseptisée, uniformisée, qui perd son identité et sa convivialité mais qui perd aussi la notion d'intimité (même si ici la transparence est un leurre, au propre comme au figuré), des vies standardisées, une société monochrome, un monde moderne qui aliène dans lequel « la vedette est avant tout le décor » ! Les corps et décors sont alors pareillement soumis à la standardisation et à la répétition. Playtime a ainsi été tourné en 70mm pour souligner la démesure de l'architecture par rapport à l'homme.

     Quel cinéaste arrive aujourd'hui à construire des plans (souvent des plans-séquence et des plans d'ensemble) d'une telle richesse, d'une telle densité, d'une telle polysémie avec un tel travail sur le son, les couleurs, l'organisation en apparence désorganisée de l'espace, créant un univers tellement singulier à la fois absurde et clairvoyant, tendre et mélancolique ? Wes Anderson, peut-être…

     Playtime est un bijou burlesque, héritier de Keaton mais aussi de Chaplin avec ses objets métonymiques (canne, chapeau), d'une beauté inégalée et qui nous embarque dans son univers aussi gris que fantaisiste, aussi absurde que réaliste : Tati met ainsi en lumière les paradoxes de notre société par un cinéma lui-même en apparence paradoxal, mais savamment orchestré.

    Ah, la séquence du Royal Garden ! Quelle lucidité. Quelle drôlerie ! Quel discernement ! Quelle folie savante et poétique ! Quel sens du détail ! 45 minutes d'une inventivité et d'une intelligence jubilatoires et incomparables ! Quelle confiance accordée au spectateur, que l'on cherche si souvent aujourd'hui à infantiliser, et à son regard, que l'on cherche si souvent à guider. Un tourbillon spectaculaire, une récréation savoureuse dont le spectateur fait partie intégrante.

    Tati se fait chorégraphe et maître de ballet de son univers labyrinthique si particulier et fascinant, tout en folie, déplacement et transparence, avec ses mouvements qui épousent d'abord les lignes architecturales, puis prennent leur liberté, leur envol et deviennent plus audacieux comme une invitation à ne pas se laisser emprisonner par les lignes du décor et donc à se désaliéner de la modernité dans laquelle Paris n'est plus qu'un reflet inaccessible et nostalgique. L'artiste prend alors le pas sur les lignes rectilignes et glaciales de l'architecture. Tati s'inspire lui-même de plusieurs peintres : Mondrian, Klee, Bruegel... Il tente alors de décloisonner et perturber l'espace.

    Au milieu de cette modernité intrigante, inquiétante, constituée de tant d'incongruités, le spectateur est en permanence sollicité, surtout responsabilisé. Tati nous déconcerte et nous ensorcelle, nous interpelle et nous responsabilise, donc, et nous invite à voir la poésie, certes parfois désespérée, qui se cache derrière (et parfois émane de) l'absurdité de la société et de l'existence modernes. Une invitation à un ballet de la modernité, lucide et ludique, d'une drôlerie burlesque et caustique.

    Si Jacques Tati scrutait les dérives silencieuses de la modernité occidentale, Youssef Chahine affrontait, lui, les fractures politiques, religieuses et idéologiques de son temps. Deux univers en apparence opposés, mais une même conviction : le cinéma peut éclairer le monde sans jamais renoncer à la poésie.

    LE DESTIN de Youssef Chahine

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    Le Fema célébrait aussi le réalisateur le plus inventif du cinéma égyptien qui, en une quarantaine de films, aura raconté les grands bouleversements du monde arabe du XXe siècle et inscrit l’Égypte sur la carte de la cinéphilie mondiale : Youssef Chahine (1926-2008). À l’occasion du centenaire de sa naissance, cette rétrospective a été l’occasion de (re)découvrir son œuvre généreuse, courageuse, combative, exceptionnelle par sa longévité et sa diversité esthétique, mêlant divertissement et engagement, autant inspirée par l’âge d’or du musical américain que par sa propre vie. 

    10 films

    • Ciel d’enfer (1954)
    • Les Eaux noires (1956)
    • C’est toi mon amour (1957)
    • Gare centrale (1958)
    • Le Retour de l’enfant prodigue (1976)
    • Le Sixième Jour (1986)
    • Alexandrie, encore et toujours (1990)
    • L’Émigré (1994)
    • Le Destin (1997)
    • L’Autre (1999)

    Dès le lendemain de l’ouverture, les festivaliers ont pu retrouver le cinéaste Christophe Honoré venu présenter Le Destin de Youssef Chahine. Il a rappelé que les années 1990, durant lesquelles le film fut réalisé, furent celles de la montée du fondamentalisme religieux, et que ce « film politique » était la réponse à celui-ci, bien qu’il ne s’agisse « pas d’une œuvre austère » mais d’un film dans lequel la joie, la beauté et la sensualité sont à l’œuvre, avec « quelque chose de débraillé qui le rend essentiel ». Il a conclu en disant que Chahine était un cinéaste qui pensait que « la beauté peut sauver le monde » comme le reflète la magnifique citation qui clôt le film : « La pensée a des ailes. Nul ne peut arrêter son envol. » Un film qui défend la liberté et la très voltairienne idée de « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire. »

    Voulant amadouer les intégristes, le calife el-Mansou ordonne l'autodafé de toutes les œuvres du philosophe andalou Averroes dont les concepts influenceront non seulement l’âge des Lumières en Occident, mais toute la pensée humaine. Les disciples d'Averroes et ses proches décident d'en faire des copies et de les passer à travers les frontières. Chahine nous plonge ainsi dans l'Andalousie musulmane du XIIe siècle, lieu d'affrontements entre religieux fanatiques et savants soucieux de la diffusion des connaissances. C’est Joseph, fils d'un chrétien du Languedoc mort sur le bûcher pour avoir traduit Averroès, qui rejoint Cordoue, où la famille du philosophe l'accueille. Le philosophe Averroès est le premier conseiller du Calife al-Mansour, reconnu pour sa modération. Il a deux fils, Abdellah, qui passe son temps à danser chez les Gitans, et Nasser, héritier du trône que les membres d'une secte fanatique parviennent à le recruter.

    Le film remporta le prix du 50ème anniversaire du Festival de Cannes, en 1997. Près de trente ans après, il est plus que jamais d’actualité. Mais plutôt que de proposer une œuvre obscure dans le fond comme dans la forme et plutôt que de céder à la démonstration, Chahine signe une grande fresque romanesque dans laquelle le western, le conte, le mélodrame, la comédie musicale et le film historique se répondent avec une liberté réjouissante.

    Alors que l'intégrisme religieux gagnait du terrain, notamment en Égypte, Chahine oppose à l'obscurantisme les armes de l'art, du savoir et de la pensée, sans jamais céder au manichéisme. Lui-même fut la cible du fanatisme lorsque L'Émigré, en 1994, fut attaqué en justice pour son prétendu caractère blasphématoire. En choisissant de situer son récit dans l'Andalousie du XIIe siècle, il dépasse pourtant largement le cadre historique : son film acquiert une portée universelle, qui résonne aujourd'hui avec une force peut-être encore plus saisissante qu'à sa sortie.

    Cette idée d'une pensée libre qui résiste aux enfermements trouvait d'ailleurs un écho inattendu dans plusieurs œuvres contemporaines présentées à La Rochelle. À commencer par L'Inconnue d'Arthur Harari, autre film de métamorphose, où les certitudes vacillent jusque dans l'identité même des êtres.

    L’INCONNUE d’Arthur Harrari (au cinéma le 26 août)

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    Je veux vous dire d'emblée combien ce film est captivant, troublant et profondément singulier. Cette fable vertigineuse fut présentée en compétition du 79e Festival de Cannes. Cinq ans après Onoda, 10000 nuits dans la jungle, Arthur Harrari nous déroute donc de nouveau. Lors de la présentation à La Rochelle, le cinéaste a notamment expliqué s’être inspiré de Blow up d’Antonioni pour la scène lors de laquelle le rapport à la réalité de David (Niels Schneider) change après avoir photographié Eva (Léa Seydoux). Il s’est également dit « fasciné par l’intériorité ».

    Léa Seydoux incarne Eva cette inconnue qui rappelle la Carlotta de Vertigo, personnage fantomatique qui prend toute la place à la fin. Il a expliqué avoir travaillé neuf mois sur le montage. Il a notamment cité La Nausée de Sartre, ce passage dans lequel Roquentin éprouve soudain le monde dans toute son étrangeté, jusqu'à la nausée. Il a aussi revendiqué la présence tutélaire de Kafka qui « provoque aussi ce malaise froid à la lecture ». « Je cherche des histoires et des rapports physiques qui puissent créer des expériences », a ajouté Harrari. Il a également confirmé que le personnage de David Zimmerman porte un nom qui n’a évidemment rien d’innocent. Le patronyme Zimmerman renvoie évidemment au véritable nom de Bob Dylan. Arthur Harari revendique explicitement ce clin d’œil, fasciné par « la dimension caméléon » de Dylan et sa capacité à changer de peau.

    À bientôt quarante ans, David Zimmerman est photographe. Il documente, cent ans après, les cartes postales d’époque et trente ans après son père, différents lieux de la banlieue parisienne. Mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.

    Le scénario aurait mérité un prix à Cannes où il figurait en compétition. Dans ce film, le réel tangue en permanence. Il questionne l'intériorité dans un vertige hitchcockien qui rappelle celui de Vertigo.  Une expérience marquante. Une réussite à tous points de vue, portée par un remarquable travail de montage, une interprétation saisissante et une musique qui semble osciller entre Bernard Herrmann et Philippe Sarde.

    Le travail de David consiste ainsi à cartographier ce qui n’est plus. C’est en photographiant exceptionnellement, des personnes, un couple qui célèbre ses cinquante ans de mariage que, derrière eux, il observe et prend en photo une serveuse qui renverse son plateau. C’est en la retrouvant par hasard lors d’une fête chaotique (déjà), qu’il la suit. Puis, dans ce cadre, sans un mot échangé, ils font l’amour. Le lendemain, David se réveille dans le corps de l’inconnue.

    Arthur Harari et son frère Lucas adaptent ici leur propre bande dessinée, Le Cas David Zimmerman. Et il en fallait, du talent pour faire en sorte que le spectateur croie en cette mutation.  Bien sûr, cette idée de départ provoque la perturbation, le malaise et l’inconfort, dès le premier plan d’ailleurs. Celui de David, seul dans sa voiture, derrière un rideau de pluie, à regarder un paysage qui n’est plus, qui lui non plus n’a plus son identité d’hier.

    Harrari n’opte ni pour le fantastique ni pour l’explication rationnelle. Nous y croyons pourtant à ces métamorphoses qui sont des maladies ignorées de la population.

    Impossible, évidemment, de ne pas voir là une métaphore du métier d’acteur, son rapport à l’autre, au masque que portent les acteurs, et au corps, surtout quand ceux des deux acteurs principaux sont presque méconnaissables, surtout celui de Niels Schneider, rachitique, les traits émaciés, les cheveux gras, semble avoir erré dans une autre dimension. C’est parfois ainsi bouleversant, comme lorsque la jeune Malia habitant le corps de David se retrouve face à son père qui ne reconnaît pas le cœur et l’âme de sa fille derrière ce corps inconnu et la rejette brutalement.

    Après la colère, l’incompréhension et l’abasourdissement viendra le temps de l’acceptation. Le chemin aura été aussi passionnant qu’éprouvant. Du grand art en tout cas.

    Ce film nous raconte aussi la rencontre de personnes seules en souffrance. Comme dans l'autre coup au cœur de ce festival. Le bouleversant Adieu monde cruel de Félix de Givry au dénouement duquel l'émotion m'a totalement submergée. Des larmes inextinguibles.

    ADIEU MONDE CRUEL de Félix de Givry

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    Dans ce premier long métrage, qui sortira le 9 septembre 2026, Félix de Givry aborde le harcèlement scolaire (toujours hors champ) avec une infinie sensibilité.

    Otto Vidal, quatorze ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Mais sa tentative de suicide échoue. Trop honteux pour rentrer chez lui, alors que tout le monde le croit mort, il se réfugie d’abord dans un couvent désaffecté. Léna, une élève de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville et lui propose alors de se réfugier dans une chambre condamnée de l’hôtel de sa mère. Otto et Léna sont deux adolescents en souffrance. Léna n’a presque pas connu son père mort alors qu’elle était toute petite.

    Ce film fut présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2026 en séance spéciale et en clôture.

    Lors de la présentation du film à La Rochelle, Félix de Givry, notamment producteur d’Arco d’Ugo Bienvenu mais aussi acteur, notamment acteur principal du film Eden de Mia Hansen-løve, mais aussi chez Assayas (Après Mai), a raconté avoir lui-même vécu ce harcèlement, la honte de ne pas pouvoir en parler et l’impression de ne pas pouvoir exister.

    Parmi ses influences, il a notamment cité Quatre nuits d'un rêveur de Bresson, inspiré des Nuits blanches de Dostoïevski. Un film que je vous recommande au passage avec ses quatre soirs aux accents d’éternité, entre nuit et jour, entre réalité et idéalisation, entre joie et peine, film sublime et douloureux comme l’amour qu’il dépeint, une déambulation dans un Paris exhalant une séduisante nostalgie.

    Le film de Félix de Givry se déroule à Lisieux, ce qui inscrit discrètement la religion à l'arrière-plan du récit, choix délibéré comme celui du prototype de la ville de province à la Chabrol.

     Arnaud Toulon a composé la musique (il avait aussi composé celle d’Arco). Et décidément les parallèles se poursuivent entre ce film et celui d’Arthur Harrari puisque cette musique évoque celle fantomatique de Vertigo d’Herrmann, et m’a surtout rappelée celle des Choses de la vie de Philippe Sarde. Comme références, le cinéaste a également cité Legrand et Morricone.  Et Truffaut comme réalisateur.

    Tout commence par un cri de désespoir : un enfant traqué tente d'échapper à ses poursuivants. Seule sa lettre d'adieu nous en dira un peu plus (et encore, de manière sibylline) sur ce qu’il a subi. La suite emprunte les chemins du conte, à l’image du personnage de Noé qui semble échappé tout droit d’un autre univers.

    Avec ce premier long métrage, tourné en Super 16, Félix de Givry nous transporte dans un ailleurs proche. Cet hôtel de la mère de Léna où cette dernière cache Otto est comme ces refuges imaginaires que s’inventent les enfants pour s’évader de la réalité. Les rues autour sont désertes, les chambres surannées plongées dans un étrange clair-obscur comme si tout cela n’était pas tout à fait réel. Ce décor, qui semble n'appartenir qu'à eux, confère au récit un profond sentiment d'intemporalité, de même que la voix off très littéraire et très truffaldienne.

    Milo Machado-Graner (qui avait tant marqué les esprits dans Anatomie d’une chute de Justine Triet), et Jane Beeve apportent de la fragilité, de la candeur, de la retenue, de la poésie, de la douceur et de la délicatesse à leurs personnages, et à leur errance fantomatique et rêveuse. Les mères (il n’y a pas de pères, Milo ne veut plus voir le sien) n’apparaissent que très peu, ce qui contribue à tenir encore plus la réalité à distance. Cet intermède les fait passer de l’obscurité à la lumière aveuglante de l’été par laquelle s’achève le film.

    Cette échappée belle hors du temps, cette fuite immobile, est empreinte des doux élans de l’adolescence, imprégnée des films de la Nouvelle Vague. Un premier film d’une sensibilité rare qui m’a littéralement bouleversée.

    Il fallait beaucoup de courage pour traiter un sujet aussi douloureux sans jamais céder au misérabilisme ni aux facilités du mélodrame. Félix de Givry y parvient avec une grâce remarquable. Son film rappelle que les blessures de l'adolescence ne disparaissent jamais tout à fait, mais que la beauté, la rencontre et l'imaginaire peuvent parfois ouvrir un chemin vers la lumière. L'un des premiers films français les plus sensibles et les plus prometteurs que j'aie vus depuis longtemps.

    Après les métamorphoses de L'Inconnue, avant celles de Trois Adieux, Adieu monde cruel raconte, lui aussi, une renaissance. Celle de deux êtres cabossés qui, en se rencontrant, réapprennent peu à peu à habiter le monde.

    Lorsque les lumières se sont rallumées, il m'a fallu quelques instants pour revenir à la réalité. Les dernières minutes du film m'ont submergée d'émotion, parce qu'elles parlent avec une infinie justesse de ces blessures indicibles, mais aussi de cette fragile espérance qui permet parfois de continuer à avancer. 

    Cette renaissance intérieure traverse décidément nombre des films présentés cette année. Isabel Coixet en proposait aussi sa variation avec Trois Adieux, où l'annonce de la maladie devient paradoxalement une célébration de la vie.

    TROIS ADIEUX d'Isabel Coixet

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    Trois Adieux d’Isabel Coixet sortira au cinéma le 2 septembre 2026.

    Après une dispute en apparence anodine, Marta (Alba Rohrwacher) et Antonio (Elio Germano) se séparent. Lui, chef cuisinier en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans un silence d'abord presque imperceptible, voit son corps lui envoyer un signal inattendu : elle perd l'appétit. Ce symptôme, qui semble d'abord anodin, révèle une réalité autrement plus vertigineuse. À partir de cet instant, chaque sensation prend une intensité nouvelle. Les saveurs deviennent plus précieuses, la musique plus bouleversante, le désir plus impérieux, comme si l'imminence de la fin rendait soudain chaque instant infiniment plus vivant.

    À l'image de L'Inconnue d'Arthur Harari ou d'Adieu monde cruel de Félix de Givry, Trois Adieux déjoue constamment les attentes du spectateur. Là où l'on pourrait redouter un mélodrame sur la maladie, Isabel Coixet choisit au contraire la délicatesse, l'épure et la lumière. Adapté du roman Tre ciotole de Michela Murgia, publié peu avant la disparition de l'écrivaine italienne en 2023, le film prolonge cette même volonté de transformer l'épreuve en un geste de création, en source d'élan.

    Ce qui frappe avant tout, c'est la pudeur avec laquelle la réalisatrice accompagne son héroïne. Jamais la maladie ne définit Marta. Elle agit plutôt comme un révélateur. Face à l'urgence du temps, les conventions s'effacent, les faux-semblants tombent, laissant place à une femme qui s'autorise enfin à vivre selon ses propres désirs. Loin de toute complaisance, Isabel Coixet filme cette métamorphose avec une infinie douceur, sans jamais chercher à provoquer artificiellement les larmes.

    Rome devient alors bien davantage qu'un décor. La ville baignée de lumière semble répondre à cette renaissance intérieure, participant de cette célébration discrète de la vie, comme si chaque lieu rappelait à Marta la beauté fragile du présent. La cinéaste compose ainsi un film lumineux sur un sujet qui aurait pu sombrer dans l'obscurité.

    Ce qui demeure après la projection n'est d'ailleurs pas le souvenir de la maladie, mais celui d'un regard. Celui d'une femme qui redécouvre le monde avec une acuité nouvelle. Isabel Coixet rappelle avec une élégance rare que la conscience de notre finitude peut aussi être une formidable invitation à vivre davantage, à aimer plus librement et à savourer pleinement chaque instant.

    Une œuvre profondément sensible, d'une grande délicatesse, qui préfère la grâce à l'emphase et l'émotion à la démonstration.

    CONCLUSION

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    Pendant ces trois jours, il aura finalement été beaucoup question de métamorphoses. Celle d'un homme qui se réveille dans le corps d'une inconnue, chez Arthur Harari. Celle de deux adolescents qui réapprennent à vivre dans Adieu monde cruel. Celle d'une femme qui, confrontée à la maladie, redécouvre avec une intensité nouvelle la saveur du monde dans Trois Adieux. Celle aussi d'un philosophe qui refuse que la pensée soit muselée dans Le Destin. Et, derrière le rire de Jacques Tati, celle d'une société qui se transforme jusqu'à oublier parfois ce qui fait son humanité.

    Des films très différents, mais traversés par une même interrogation : comment rester libre, sensible et profondément vivant dans un monde qui tend à nous uniformiser, nous enfermer ou nous museler ?

    C'est peut-être cela qui constitue la singularité du Festival La Rochelle Cinéma. Ici, aucune compétition ne vient dicter le regard. Les œuvres dialoguent entre elles, les générations se répondent, les découvertes côtoient les chefs-d'œuvre restaurés. On passe de Youssef Chahine à Jacques Tati, d'Isabel Coixet à Arthur Harari, de Christophe Honoré à Félix de Givry, avec le sentiment qu'un même fil invisible relie tous ces cinéastes : celui d'un cinéma qui nous invite à regarder autrement.

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    Je quitte La Rochelle avec cette conviction renforcée : le cinéma demeure un refuge, mais un refuge qui ne nous détourne jamais du monde. Il nous aide au contraire à mieux le comprendre, à l'habiter avec davantage de curiosité, d'empathie et d'émerveillement. Ces trois jours auront filé à une vitesse fulgurante, mais ils laisseront longtemps leur empreinte.

    Le Fema est de ceux où l'on enchaîne les projections tout en accumulant aussi des souvenirs, des rencontres et des émotions. Une parenthèse précieuse que je ne peux que recommander à tous les amoureux du septième art.

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    Je suis repartie avec le souvenir d'une ville dont la beauté semble dialoguer avec les films qu'elle accueille. Entre la lumière si changeante du Vieux-Port, les tours qui veillent sur l'océan, les ruelles où l'on aime se perdre et la Coursive, La Rochelle possède une grâce singulière. Comme le Fema, elle invite à ralentir, à observer, à s'émerveiller. Elle ne sert pas seulement d'écrin au festival : elle en prolonge l'esprit. Je comprends désormais pourquoi tant de festivaliers y reviennent chaque été. Pour ma part, elle m'a profondément ensorcelée. C’est certain : je reviendrai pour la 55e édition !

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  • Lé Ciné-Club Barrière Collection de retour à Deauville

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    Depuis le 2 novembre 2025, les cinéphiles peuvent profiter du Ciné-Bistrot de Claude Lelouch à Trouville, que je vous présentais ici, actuellement fermé pour cause de tournage du cinéaste. Impossible, en effet, d’évoquer Deauville sans penser à Un homme et une femme de Lelouch, qui l'a sublimement immortalisée, un des films qui m'a donné le goût (insatiable) du cinéma. Pour répondre à l’interrogation de Jean-Louis dans le film, citant Giacometti, et demandant s’il faut choisir entre l’art et la vie, je crois que le bonheur d'être à Deauville tient précisément au fait que là, plus qu'ailleurs, ils s'entrelacent.

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    De l'autre côté de la Touques, les amoureux du septième art pourront donc se consoler de cette fermeture estivale avec le Ciné-Club Barrière Collection, de retour pour la troisième année consécutive.

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    Pour patienter en attendant la réouverture et la 52e édition du Festival du cinéma américain,  qui aura lieu du 4 au 13 septembre 2026, avec un jury présidé par Roschdy Zem, vous pourrez donc profiter de cette excellente initiative de Barrière Collection, les 24 et 25 juillet, à Deauville.

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    J'en profite par ailleurs pour vous recommander mon article publié dans le magazine Le 21e de l'été 2026 (qui vient de sortir, d'ailleurs disponible dans les hôtels Barrière de Deauville) avec mon bilan du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2025, après sept années de publication de bilans du Festival du Cinéma Américain dans le magazine Normandie Prestige, qui fait une petite pause. 

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    Je vous recommande donc le Ciné-Club Barrière Collection pour cette troisième édition, à Deauville mais aussi à Paris et à La Baule, avec une programmation exclusive, depuis le 1er juillet.

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    Le ciné-club deauvillais se tiendra à l'hôtel du golf, une de mes adresses de prédilection, tout comme l'hôtel Barrière Le Normandy que je vous présentais en détails, ici, l'an passé.

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    Le concept ? Métamorphoser leurs plus beaux espaces en salles de cinéma éphémères, offrant aux hôtes une expérience des plus inattendues. Placé sous le signe du partage, le Ciné-Club Barrière Collection propose des séances uniques ouvertes au public - sur réservation du dîner dédié au Ciné-Club -, où chaque projection est incarnée par la présence des réalisateurs et/ou des acteurs.

    Pour sublimer ce rituel, l'écoute se fait grâce à des casques audio individuels pour une immersion sonore totale, tandis que l'atmosphère s'anime autour de fines bulles de champagne et de pop-corn servis par le personnel en costume de groom avec panier d’ouvreuse. Deux avant-premières exceptionnelles en plein air ont déjà eu lieu au Fouquet’s Paris : les 1er et 2 juillet au cœur de sa Cour Miroir, véritable écrin secret. Chaque séance fut précédée d’un dîner dans la célèbre brasserie qui accueille, depuis 1976, le dîner de Gala des César et dont les portraits Harcourt célèbrent les géants du cinéma.

    Loin des salles traditionnelles, le Ciné-Club Barrière Collection propose de vivre un moment de cinéma privilégié, où l'élégance rencontre l'émotion. Dès le 1er juillet, les spectateurs bénéficieront d’une programmation exclusive, vivante et riche en rencontres.

    AU PROGRAMME

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    L'Hôtel du Golf, Deauville

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    24/07 : "LOL 2.0" de Lisa Azuelos • En présence de Lisa Azuelos, Thaïs Alessandrin et Vincent Elbaz

    25/07 : "Juste une illusion" d'Olivier Nakache et Eric Toledano • En présence d'Olivier Nakache et Eric Toledano


    Le Royal, La Baule

    11/07 : "La Bonne Étoile" de Pascal Elbé • En présence de Pascal Elbé

    12/07 : "C'était mieux demain" de Vinciane Millereau • En présence de Vinciane Millereau et Elsa Zylberstein

     

    Dîner “avant projection” en deux temps à La Baule et Deauville* :

    Adultes 50€ par personne (hors boissons) / Enfants 25€ (hors boissons)

    Réservation : Ciné-Club Barrière

    Projections Ciné-Club Paris, La Baule et Deauville :

    Accès gratuit pour les clients en séjour à l’hôtel*

    Accès gratuit pour toute personne ayant réservé un dîner “avant projection”*

    *Sur réservation-Nombre de places limité

    En complément : mon post sur Linkedin évoquant mon lien singulier avec Deauville, à lire ici.

  • Critique – LE CRIME DU 3e ÉTAGE de Rémi Bezançon (en DVD et VOD le 9.07.2026)

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    « Hitchcock raconte des histoires modernes, des histoires de gens ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires. On entre dans ses films comme dans un rêve. » Truffaut

    « Je me fiche de la vraisemblance, c’est le dernier de mes soucis. Ce qui m’importe, c’est de charger l’écran d’émotion. » Hitchcock

    Ces citations semblent infuser chaque plan de ce nouveau long-métrage de Rémi Bezançon. Elles résonnent comme un écho puissant à son précédent film, Un coup de maître dans lequel on entendait déjà que : « L'art n'est pas juste une représentation de la réalité. L'art peut créer sa propre réalité. »

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    Hitchcock comme Rémi Bezançon partagent ainsi cette même volonté de réenchanter le réel par le faux-semblant, en orchestrant un jeu avec la réalité que l’on retrouve dans toute l’œuvre de ce dernier, de l’imposture littéraire du Mystère Henri Pick au trompe-l’œil existentiel de Nos futurs, lequel nous incitait à nous poser les questions suivantes : Qu’avons-nous fait de nos rêves ? De nos espoirs d’adolescence ? De ce sentiment de « no future », cette certitude que la mort n’arriverait jamais ou n’arriverait qu’aux autres, aux inconnus ? Un coup de maître questionnait aussi les concessions à sa liberté qu’accepte ou refuse un artiste pour accéder à ses aspirations ou à la « réussite » dans sa sphère artistique.

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    François (Gilles Lellouche), lui, n’a pas renoncé à ses ambitions d’écrivain puisqu’il en est au treizième tome des enquêtes du Marquis de la Rose, qu’il préfère visiblement à son propre couple qu’il a totalement délaissé. C’est cet autre rêve qu’il a perdu en chemin. Ne quittant presque jamais son appartement dans lequel il traîne toute la journée en pyjama, obsédé par son roman, il dort sur le canapé et ne se rend pas compte qu’il ne regarde même plus sa femme, Colette (Laetitia Casta), professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre d’Alfred Hitchcock. Alors qu’elle observe à la fenêtre de leur immeuble, elle pense avoir surpris leur nouveau voisin, acteur de son état, Yann Kerbec (Guillaume Gallienne), en train d’assassiner sa femme. Elle va entraîner son mari dans une enquête au moins aussi « rocambolesque » que celles qu’il écrit. La fiction va peu à peu contaminer le réel jusqu’à se confondre avec lui. La question demeure cependant : y a-t-il vraiment eu un crime au troisième étage ?

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    L’affiche donne déjà le ton, se référant explicitement à celle de Fenêtre sur cour. Le générique, très réussi, rappelle ceux des James Bond mais surtout ceux des films du cinéaste britannique, parsemé de références aux films du maître du suspense (l’escalier de Vertigo, la douche de Psychose…), le tout porté par une musique qui ressuscite l’esprit de Bernard Herrmann sans jamais tomber dans le pastiche. On se souvient du générique de Fenêtre sur cour dans lequel les voilages montent un à un accompagnés par une musique gaie sur laquelle viennent se superposer quelques notes dissonantes, avant d’être remplacées par tous les sons qui réveillent l’immeuble. Le Crime du 3e étage s’ouvre sur le Marquis de la Rose qui s’apprête à résoudre une enquête, déclamant « L’assassin est parmi vous. » Tels sont les premiers mots qui nous plongent dans l’univers du roman que François écrit, citant autant Agatha Christie que Hitchcock : « Le crime était presque parfait ». Sans compter que l’héroïne de sa fiction qui emprunte les traits de sa femme se nomme… Rebecca. Le tout sur une musique malicieusement emphatique.

    Rémi Bezançon est le seul auteur de ce scénario à rebondissements, au rythme joyeusement échevelé, pour lequel l’adjectif ludique semble avoir été inventé. Ainsi, une fois de plus, il entremêle les genres avec lesquels il jongle avec brio : film d’enquête, hommage au septième art, comédie romantique et même film de cape et d’épée. Dans cette tragi-comédie épique, les registres sont habilement dosés.

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    Le film est un « Bazaar »  (clin d’œil au magazine que lit le personnage incarné par Grace Kelly dans Fenêtre sur cour et, par ailleurs, titre initial de ce nouveau long-métrage de Rémi Bezançon) fourmillant de références et d’abord un vibrant hommage à Hitchcock, mais aussi au cinéma dans son ensemble. Une jubilatoire chasse aux trésors pour cinéphiles. Planent l’ombre de Belmondo dans Le Magnifique de Philippe de Broca (François, lui aussi, redessine la vie de son entourage dans les textes qu’il écrit) de Woody Allen (de Meurtre mystérieux à Manhattan, surtout, mais aussi à sa déclaration d’amour au pouvoir de l’illusion, Minuit à Paris, qui réenchante la Ville Lumière) et de Lubitsch, ouvertement cité.

     Ce long-métrage est cependant avant tout truffé de références à Hitchcock  avec, notamment : la scène de la douche de Psychose détournée, les escaliers vertigineux de Vertigo, l’alliance que met Colette comme dans Fenêtre sur cour, des caméos de faux Hitchcock, la scène de la poursuite inversée dans La Mort aux trousses - ici c’est un vélo qui pourchasse une voiture- avec aussi une référence à la statue précolombienne du film, sans oublier le chignon de Kim Novak dans Sueurs froides, le film préféré de Colette : « Vertigo, car c’est le plus romantique, construit sur le vide et les apparences. Un mari qui tue sa femme, une femme qu’on a fait passer pour une autre : tout n’est que faux-semblants, chimères et imitation. » Vient alors se superposer la musique de Laurent Perez del Mar qui rappelle aussi celle du film précité d’Hitchcock. Yann Kerbec, lui, dit préférer La Mort aux trousses, l’histoire d’un « anti-héros hitchcockien accusé d'un crime qu’il n’a pas commis. » François, quant à lui, préfère Psychose.

    Contrairement à certains cinéastes qui se placent au-dessus du spectateur, Rémi Bezançon joue constamment de la complicité avec lui, appliquant le précepte du maître du suspense : « Le plus important est que le public soit au courant avant les personnages. » Il s’amuse ainsi avec les codes de son cinéma. Les trois acteurs font aussi preuve d’autodérision. Colette et François charrient avec eux une joie enfantine, qui irradie tout le film.

    Le jeu est ainsi omniprésent sous de multiples formes : théâtral avec Hamlet…réécrit, numérique avec ce treizième arrondissement et treizième tome, ou mystique avec ces fortune cookies et leurs messages énigmatiques : « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera », « le chemin vers la vérité passe souvent par un sacrifice ». Les dialogues eux-mêmes sont parsemés de clins d’œil espiègles adressés au spectateur « On n’est pas dans un film », « Ça marche dans les films, ça ».

    « Je filme les scènes d’amour comme des scènes de meurtre, et les scènes de meurtre comme des scènes d’amour » disait Hitchcock. Désir et mort, Éros et Thanatos s’entrelacent ainsi toujours dans ses réalisations. Dans Fenêtre sur cour, comme dans Le Crime du 3e étage, le désir est évoqué avec humour mais n’en demeure pas moins omniprésent. « Je vais faire quelque chose d'extrême : je vais me marier et je ne pourrai plus aller nulle part » ironise le personnage joué par James Stewart dans Fenêtre sur cour.

    Dans Le Crime du 3e étage, l’enquête est un prétexte, le véritable enjeu étant : Colette et François vont-ils se retrouver ? Tout comme la reconquête amoureuse est le fil rouge dans Fenêtre sur cour. Colette le raconte elle-même dans son cours : « Hitchcock est le cinéaste du couple ». Elle évoque la « mise en scène d'une crise et de sa résolution. Les risques de Lisa la rendent plus désirable », insistant sur « le succès double de Lisa selon Truffaut : elle réussit son enquête et elle a déjà la bague au doigt. » C’est cela le MacGuffin, le « prétexte au développement de l’histoire » : cette enquête est un artifice pour que le désir renaisse. Yann Kerbec n’est qu’un adjuvant pour que ce duo retombe amoureux. La fiction est finalement la botte secrète de leur union. Comme pour Lisa dans Fenêtre sur cour, les risques pris par Colette la rendent plus désirable aux yeux de François…mais les risques pris par François, qui sort enfin de son canapé, le rendent aussi plus désirable aux yeux de Colette. Dans ce nouveau long-métrage, la question n’est plus de savoir si un meurtre a eu lieu au troisième étage, mais si ce jeu va permettre au couple de se retrouver. Une autre idée réjouissante de ce film est que la fiction influence nos vies et même les transfigure. Le crime agit comme un véritable défibrillateur conjugal. La fiction sauve ici leur couple.

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    Ce film ne serait pas aussi réussi si la distribution ne l’était pas également, d’autant plus que chacun des acteurs incarne ainsi deux personnages. Rémi Bezançon retrouve ainsi Gilles Lellouche, vingt ans après Ma vie en l’air (qui lui avait valu une nomination aux César), et dirige pour la première fois Laetitia Casta et Guillaume Gallienne. C’est en 2005, avec ce film, que j’avais découvert l’univers de Rémi Bezançon, interpellée déjà par son écriture ciselée, et sa signature, commune à chacun de ses films ensuite : un cinéma de la nostalgie et de la mélancolie teintées d’humour, d'un romantisme dénué de mièvrerie. Vint ensuite, en 2008, Le premier jour du reste de ta vie, un beau succès estival qui avait allègrement dépassé le million d’entrées et récolté neuf nominations aux César. Ce ton mêlant astucieusement tendre ironie et drame s’imposait dès la première scène, la première journée : la mort décidée du chien de dix-huit ans et le départ de l’aîné, au grand désarroi, plus ou moins avoué, du reste de la famille. Un pan de vie et d’enfance qui se détache, violemment. Cinq regards sur le temps qui passe impitoyablement et que chacun tente de retenir. Un film empreint de la nostalgie de l'enfance, douce et amère, délicieuse et douloureuse, porté par une judicieuse synchronisation entre le fond et la forme et une utilisation tout aussi pertinente du hors-champ et de l'ellipse.  Puis, en 2011, il mit en scène Un heureux évènement, l'adaptation du roman éponyme d'Éliette Abécassis, publié en 2005. Ensuite, ce fut Zarafa, en 2012, coréalisé avec Jean-Christophe Lie. Ce long-métrage d’animation raconte une histoire d’amitié indéfectible, entre Maki, un enfant de 10 ans, et Zarafa, une girafe orpheline, cadeau du Pacha d’Égypte au Roi de France Charles X. Un périple palpitant, entre récit initiatique et conte, basé sur une réalité historique, avec un scénario là encore particulièrement réussi (de Alexander Abela et Rémi Bezançon) qui évoque l'esclavage, la fraternité et la liberté. Il réalisa ensuite Nos futurs (2015). Ce cinquième long-métrage est une tragi-comédie surprenante et double, tournant encore autour du thème de l’amitié, l’histoire de « deux amis d’enfance, qui s’étaient perdus de vue depuis le lycée, se retrouvent et partent en quête de leurs souvenirs… ». Vint ensuite Le Mystère Henri Pick (2019), une adaptation particulièrement divertissante d'un roman de David Foenkinos, là aussi entre comédie et enquête puis Un coup de maître (2023), une autre histoire d’amitié, mais aussi une tragi-comédie burlesque et mélancolique, aux dialogues d'une ironie mordante, au scénario brillamment labyrinthique. Une invitation à l’imaginaire, à mieux regarder, à privilégier l’émotion qu’offre une œuvre d’art. Le regard et le voyeurisme sont d’ailleurs au centre de ce Crime du 3e étage, comme l’annonce d'emblée l’affiche.

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    © Jerico Films - SND

    La complicité entre Laetitia Casta et Gilles Lellouche et leur plaisir communicatif à jouer ensemble traversent et inondent l’écran. Lellouche incarne un râleur attachant, faussement cynique, désabusé et velléitaire : rôle dans lequel il excelle. Il définit ainsi ses écrits : « Vidocq qui rencontre Agatha Christie », ce qui lui permet de mettre en scène un personnage plus courageux et flamboyant que ce qu’il est dans la réalité…avant que l’enquête sur le voisin d’en face ne vienne le réveiller. Laetitia Casta, quant à elle, rappelle les héroïnes de Rappeneau, facétieuses, passionnées, déterminées (voire obsessionnelles), impétueuses, solaires, audacieuses, spontanées, virevoltantes. Mais elle évoque aussi les blondes héroïnes hitchcockiennes. Cela fait beaucoup…mais Laetitia Casta, irrésistible, parvient à être tout cela à la fois. Elle avait déjà prouvé à maintes reprises sa capacité à se fondre dans ses rôles comme celui de Bardot dans Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar ou à les sublimer. Elle entraîne son mari dans sa folie douce, et dans le film qu’elle se construit.

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    © Jerico Films - SND

    Selon Hitchcock, « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film. » C’est le cas de Yann Kerbec, entre ombre et lumière, vénal, narcissique, prétentieux et grandiloquent. Guillaume Gallienne s’est visiblement aussi beaucoup amusé à interpréter ce personnage avec sa gestuelle, son phrasé et son rythme singuliers de prédateur arrogant. Mais aussi était-il sans doute réjouissant pour l’acteur de la Comédie-Française qu’il est de jouer un mauvais acteur sur scène ou Hamlet en accéléré. Cela l’est en tout cas pour le spectateur.

    Les décors de Maamar Ech-Cheikh créent judicieusement des ambiances dichotomiques de part et d’autre de la cour de l’immeuble. Marie-Laure Lasson, la cheffe costumière, s’est aussi amusée avec les références cinématographiques. La photographie du chef-opérateur Pierre Cottereau insuffle au film une énergie supplémentaire, jouant avec les contrastes de lumières, alternant subtilement entre teintes chaudes et froides, avec aussi une parenthèse onirique en noir et blanc qui détourne avec ruse les codes du thriller chers à Hitchcock. Le montage de Sophie Fourdrinoy est particulièrement astucieux, contribuant au suspense et parfois au passage fluide d’un genre à l’autre, dans un rythme trépidant.

    Comme toujours dans les films de Rémi Bezançon, la musique est un rouage essentiel, de même que dans les films d’Hitchcock. Essayez ainsi de regarder Psychose sans la musique de Bernard Herrmann… Dans Fenêtre sur cour, c'est même la musique qui dissuade la femme qui voulait se suicider de mettre son plan à exécution. Comme le cinéma, elle peut sauver la vie… Hitchcock en est convaincu, puisque c’est également la musique qui détourne l'attention dans l'appartement du tueur. Ici, la partition utilise les cordes nerveuses et les thèmes mystérieux qui rappellent le travail d’Herrmann sans jamais le parodier (même si c'est Franz Waxman qui composa la musique de Fenêtre sur cour, ce sont les bandes originales d'Herrmann qui demeurent indissociables des films d'Hitchcock). Elle passe aussi de moments légers à des envolées lyriques, plus sombres. Rémi Bezançon retrouve Laurent Perez del Mar, qui avait déjà signé les musiques de Zarafa, du Mystère Henri Pick et d’Un coup de maître. Le compositeur s’inspire des thèmes de Bernard Herrmann et a trouvé le chemin sinueux pour ne tomber ni dans la copie ni dans la parodie, signant une partition subtile qui navigue entre thriller et comédie. Tout comme la réalisation, la musique passe d’un genre à l’autre ou les entremêle même parfois avec une virtuosité impressionnante : d’une partition angoissante lors de la scène sous la douche, rappelant celle de Psychose, à l’élan énergique d’un film de cape et d'épée qui fait penser à celle de Chouans ! ( le compositeur rendait d’ailleurs magnifiquement hommage à Delerue dans sa précédente BO, celle du documentaire Bardot). Elle se fait parfois plus lyrique quand s’y pose une voix. Elle se colore de notes de fantaisie exaltantes. Et quand nous entendons « Je suis le spectre, l'esprit de ta femme que tu as assassinée », elle devient religieuse même, presque sépulcrale. « Hitchcock aurait demandé à Bernard Herrmann une musique bien stressante » entend-on dans le film. Et aussitôt la musique « bien stressante » résonne. Si la musique la plus marquante  de Laurent Perez del Mar reste celle de La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit pour son pouvoir consolantune musique foudroyante de pureté et d'émotions, en harmonie avec celles que suscite la Nature démiurgique, fascinante et poétique dont elle exacerbe la magnificence, elle est aussi exceptionnelle dans le précédent film de Rémi Bezançon, Un coup de maître, dans lequel sa puissance magnétique accompagne le geste du peintre, et caresse les toiles, avec ces notes qui ruissellent, rebondissent et tombent comme des gouttes cristallines sur un miroir, préfigurant les premiers mots du film, nous enjoignent à bien regarder (déjà, il était question de regards…), au-delà. La musique se fait aussi onirique, fantastique ou même cauchemardesque, sur le sublime poème de Victor Hugo, Le Tombeau de Théophile Gautier. Comme un peintre avec les couleurs sur sa palette, le compositeur entrecroise instruments, teintes et sonorités, à la fois bigarrées et logiques. La musique semble duale, comme ce film avec son début et sa fin en miroir, avec ces notes, récurrentes, entendues dès le générique, dont on a l'impression qu'elles tintinnabulent. Grâce à celle-ci, il y a des plans qui restent en mémoire : ce rai de lumière qui éblouit sur ce moment de « folie » du protagoniste, Renzo, avec ces notes légèrement dissonantes qui rappellent celles du début, ces notes qui carillonnent presque comme un reflet sonore de la lumière éblouissante, avant de devenir plus douces et apaisées. Mais aussi ces plans « à la Rembrandt » à la lueur des bougies auxquels la musique procure une aura presque magique. À la fin, elle s’emporte et s’emballe comme des applaudissements victorieux, comme un tourbillon de vie, comme un cœur qui renaît, comme le pouls de la forêt, avec de plus en plus de profondeur aussi, comme si la toile atteignait son paroxysme, sa plénitude. Dévoilant toute sa profondeur, elle emporte alors comme une douce fièvre, harmonieuse, réconfortante, avec ces notes de guitare et cette chanson finale (All you’ve got interprétée par Laure Zaehringer) que l’on emmène avec soi.

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    Ces redondances et digressions sont destinées à vous inciter à découvrir cet autre film et sa BO, mais aussi à souligner cette capacité des compositions de Laurent Perez del Mar à imprimer la mémoire et à apporter une valeur ajoutée aux films qu’elles accompagnent, ceux de Rémi Bezançon comme ceux d’autres cinéastes qui ne s’y trompent pas en lui étant d’ailleurs fidèles : Louis-Julien Petit (Carole Matthieu -2016-, Les Invisibles -2019-, La Brigade - 2022), Christian Carion (Mon garçon -2017-, My son – 2021-), Claude Zidi.Jr (Ténor -2022-, Le Jour J – 2025-). Dans Zarafa, sa musique procure un souffle épique aux images. Et dans ce Crime du 3e étage, elle révèle une fois de plus son pouvoir émotionnel, une démonstration sans esbroufe (elle a toujours la modestie d’accompagner, de magnifier, ou de proposer un second degré de lecture des films, sans les dévorer) mais non moins magistrale, et mémorable, saupoudrant le long-métrage d’un supplément d’âme, de jeu, de malice et d'atmosphère hitchcockienne.

    Rémi Bezançon nous rappelle que si la réalité est parfois terne, la fiction est une « botte secrète » qui peut sauver nos vies. Un film rythmé qui, comme ceux de Philippe de Broca ou de Rappeneau, nous montre la vie telle que nous la rêvons. Ce qui compte, c’est bel et bien de « saisir l'expérience que l'œuvre offre à vos sens » qu’il s’agisse d’une musique, d’un film ou d’un tableau, entendait-on dans Un coup de Maître. Ici, dans cette comédie policière et romantique, l’expérience est celle d’un plaisir partagé : tout le monde s’amuse (compositeur, acteur, scénariste-réalisateur) sans jamais oublier le spectateur, parvenant à un résultat aussi rocambolesque que le roman que tente d’écrire François, d’un enthousiasme contagieux.

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    « Le cœur du cinéma est la manipulation du temps et de l’émotion. » : « Je crée du suspense et le suspense génère l’émotion. Sans émotion pas de suspense. » On se souvient alors de ces propos d'Hitchcock qui, dans Fenêtre sur cour, remontait l’horloge dans l’appartement d'un compositeur solitaire. Bezançon, lui aussi, s’amuse avec le temps et l’émotion.

    Comme dans ses précédents films, on retrouve ce regard tendre sur les personnages, ces dialogues rythmés, cet entrelacement de second degré et de profondeur, de gravité et de légèreté, avec en plus cette vitalité chère à Truffaut qui imprègne chaque séquence. Chacun de ses films est une mise en abyme du cinéma qui culmine ici. Un film joyeux, solaire et rafraîchissant grâce à une mise en scène, une musique, et des acteurs exceptionnels. Plus qu’au septième art, finalement, c’est au jeu que ce film rend hommage. Du cinéma réalisé sérieusement par des artistes qui ont l’intelligence de ne pas se prendre au sérieux, et qui emportent le spectateur dans leur danse ludique, palpitante et échevelée. Et que c’est jubilatoire pour le spectateur ! De ces films, finalement pas si nombreux, dont on sait déjà qu’on ne se lassera pas de les revoir. Je repartirai à l’aventure avec Colette et François (mais aussi avec Lisa et Jeff, Alicia et Devlin, Scottie et Madeleine/Judy…ce film donnant envie de se replonger dans la filmographie d'Hitchcock pour retrouver ses célèbres duos), sans hésiter car, loin d’être une fuite, la fiction n’est-elle pas finalement le plus enchanteur des détours pour apprécier la réalité ?

    Rémi Bezançon réenchante ainsi le réel avec cette délicieuse mise en abyme dans laquelle la fiction le sauve. Entre hommage vibrant au cinéma (principalement d'Hitchcock) et élégance romantique, entre comédie policière et thriller ludique, il célèbre le pouvoir salvateur de l'imaginaire et du romanesque, et nous convie à un jeu de piste réjouissant, porté par la complicité et l'énergie communicatives du pétillant duo Casta/Lellouche, par un méchant réussi, par des dialogues percutants, par un scénario enlevé, par la photographie savamment contrastée de Pierre Cottereau et par la fabuleuse partition polychrome de Laurent Perez del Mar.

    « Le cinéma, ce n’est pas une tranche de vie, c’est une tranche de gâteau. » Cette citation d’Hitchcock résume parfaitement la recette de ce film savoureux présenté en avant-première mondiale au Festival International du Film de Rotterdam. Le Crime du 3e étage est à découvrir au cinéma le 11 mars 2026. 

  • Prix Cinéma Dame des Arts - Le Prix cinéma 2026 dévoile son jury

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    Le septième art a rendez-vous avec la Rive Gauche.

    Co-fondés par Charlotte Bouteloup et Jérôme Barcessat, le prix Cinéma Dame des Arts célébrera le rayonnement du cinéma français et la place des femmes dans le septième  art, sous la présidence d'Elsa Zylberstein.

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    La première édition aura lieu le 2 juillet 2026, avec pour écrin le rooftop de l'hôtel Dame des Arts et sa vue spectaculaire. J'y avais capturé ces images  il y quelques mois. De là, avec cette vue à couper le souffle sur Paris, on a envie de clamer, tel Rastignac : "À nous deux, Paris".

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    Lors d'une soirée exceptionnelle seront ainsi récompensés les films et talents féminins de 2025/2026.

    L'hôtel Dame des Arts est un refuge discret niché au cœur de Saint-Germain-des-Prés, là où dialoguent le cinéma, la littérature et l'art contemporain.

    Tout au long de l'année, l'hôtel accueille ainsi des expositions et expériences culturelles. "Le Prix Dame des Arts s'inscrit dans cette volonté de faire de l'hôtel un lieu d'expression, de rencontres et de transmission, en donnant la parole à celles et ceux qui façonnent le cinéma d'aujourd'hui et de demain."

    Le Prix Dame des arts vient ainsi d'annoncer le jury de sa première édition. 

    La présidente du jury, Elsa Zylberstein, sera entourée de  :

    - Mathieu Demy, acteur et réalisateur,

    - Mélissa Drigeard, réalisatrice et scénariste,

    - Vincent Elbaz, acteur et scénariste,

    - Pascal Elbé, acteur et réalisateur,

    - Maxime Gasteuil, acteur et humoriste.

    Ils décerneront les prix suivants :

    - Prix du Meilleur Film

    - Prix de la Meilleure Actrice

    - Prix de la Meilleure Réalisatrice

    - Prix "Jeune Talent"

    - Prix spécial Dame des Arts (ce prix honorera une femme dont la carrière se déploie à travers plusieurs disciplines -comédienne, réalisatrice, scénariste, écrivaine, - et dont l'oeuvre incarne la liberté créative et la transversalité artistique.)

    Avec ce Prix Cinéma, l’hôtel affirme sa volonté de soutenir les talents qui participent à écrire le cinéma d’aujourd’hui et de demain, tout en faisant émerger de nouveaux récits  et de nouveaux regards.  Et une ambition claire : 
    "Dame des Arts a été imaginé comme un véritable lieu de culture et de rencontres, un espace vivant où les disciplines dialoguent librement. Avec ce Prix Cinéma,  nous souhaitons prolonger cette vision en mettant à  l’honneur des femmes de talent qui participent à faire  évoluer le regard porté sur le cinéma français. Plus qu’un hôtel, Dame des Arts veut être un lieu de bouillonnement  artistique, d’échanges et d’inspiration, fidèle à l’esprit  créatif de la Rive Gauche. » Matthieu Bernard, Directeur de l’Hôtel Dame des Arts

    À partir de septembre 2026, les films lauréats du Prix Cinéma Dame des Arts seront projetés dans la salle de cinéma de l’hôtel.  Pensées comme de véritables soirées culturelles ouvertes au public, ces projections ont  comme objectif de prolonger les échanges et faire vivre l’esprit du Prix au-delà de la  cérémonie. La programmation et l’ouverture de la billetterie seront annoncées  prochainement. 


    Retrouvez sur Inthemoodforcinema.com mes articles sur les bonnes adresses  ayant un lien avec le septième art :

    - l'hôtel Barrière le Normandy de Deauville

    - le ciné-bistrot Claude Lelouch à Trouville

    - le Mk2 Cinéma Hôtel Paradiso

    -...et bientôt une immersion  Lutetia Paris avec les suites Sofia Coppola et Isabelle Huppert.

    "Paris, point le plus éloigné du paradis, mais le seul endroit où il fasse bon désespérer."  Cioran
    ...Et a fortiori Saint-Germain-des-Prés.

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  • Livre - Cinéma – EN FIDÈLE AMITIÉ (Lettres de cinéma 1950 - 2025) de Gilles Jacob (Robert Laffont)

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    Selon Madame de Sévigné, « La lettre est un portrait de l’âme ». Les échanges épistolaires constituent plus que jamais un refuge. Ils permettent de ciseler son ressenti, d’affiner sa pensée, d’en restituer les nuances et la complexité à une époque où, souvent, tout doit être simplifié et synthétisé, pour être finalement congédié en un clic. Ils procurent aussi la liberté d’oser : les émotions, les digressions, les élans. Une lettre dessine l’âme de son auteur dans ses contours les plus subtils. « Une lettre procure un tel sentiment de liberté, de pensée, de style, de sincérité », précise Gilles Jacob dans la préface.

    Son impressionnante correspondance est l’objet de ce nouveau livre, En fidèle amitié, constitué de plus de six cents missives qui composent une véritable cartographie sensible de son existence. Elle débute par une lettre du 27 décembre 1950, adressée à Nino Frank, journaliste et dialoguiste de cinéma. Gilles Jacob a alors vingt ans et est étudiant en khâgne au lycée Louis-le-Grand. Il a fondé la revue de cinéma Raccords et lui demande un « papier ». Cela commence donc bien avant qu’il ne devienne délégué général, puis président du Festival de Cannes. Cette correspondance s’achève bien après, par une lettre de remerciement de Michael Haneke du 5 décembre 2025. Ainsi, c’est autant l’histoire du cinéma qui se dessine entre les lignes qu’une vie entière qui se déploie.

    Ses échanges avec deux cents artistes esquissent une mémoire intime du cinéma et de ceux qui le font. À travers ces lettres, Gilles Jacob dévoile les coulisses du Festival de Cannes : l’art délicat de composer une sélection scrutée par le monde entier, de convaincre les uns de venir, d’amener les autres à accepter un refus. Ces échanges ont aussi ce pouvoir rare : suspendre le temps, et nous faire revivre la magie du septième art là où « s’écrit l’histoire du cinéma ». Un festival que définit si bien Xavier Giannoli dans une des lettres : « Je pense aux lumières de Cannes, à cette électricité magique que le Festival transmet aux films, à ce rendez-vous que les cinéastes espèrent et craignent comme les amoureux des films de Truffaut. »

    Comme Laura Morante l’écrit dans une lettre, j’aurais envie de dire à Gilles Jacob : « Mais pour moi Cannes, c’est vous. » Et cela le restera.  Pendant cinquante années, ce dernier a incarné une certaine idée du festival : exigeante, élégante, profondément humaine, et il a permis qu’il devienne le plus grand festival de cinéma au monde. Un festival qu’il a fréquenté depuis 1964, « 52 fois 3 semaines, 5 ans » de sa vie, comme journaliste, comme directeur, comme président, jusqu’en 2014. Et encore un peu ensuite comme président de la Cinéfondation.

    Pourtant, en 2018, avait lieu son non-renouvellement au conseil d’administration du Festival de Cannes, après la mise en place de nouveaux statuts diminuant le nombre de sièges. Une décision d’une grande ingratitude, aussi inique qu’incompréhensible.  Ce livre permet de rappeler que « Cannes » lui « doit tant » comme le souligne Patrice Leconte après cette inélégante éviction du conseil d’administration : « Sans vous, Cannes ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et de vous « bazarder » aujourd’hui est odieux. »

    Restent les mots. Ceux qu’il n’est pas possible d’évincer. Ceux qui demeurent altiers quand la vie chancelle. Les mots qui relient, sauvent, guérissent, subliment, permettent de s’évader de la réalité comme de la médiocrité. « Écrire, c’est vivre », écrit-il dans la préface. Oui, écrire, c’est vivre. Vivre doublement même. Intensément. Ses livres en témoignent : ils sont autant d’hommages au cinéma que d’explorations de l’écriture elle-même.

    Le 26 décembre 2011, dans un moment où la vie vacillait, après avoir écrit un article de blog sur un de ses livres, je recevais un e-mail signé Gilles Jacob. Je me souviens de la date précise parce qu’une personne qui m’était si chère avait eu, deux mois avant, le diagnostic d’un cancer qui lui serait fatal deux ans plus tard et que ce Noël avait été particulier, le lendemain illuminé par ce message dont j’avoue avoir cru d’abord qu’il était l’œuvre d’un usurpateur. C’est l’occasion pour moi de dire à quel point ces échanges, au fil des ans, ont été et sont précieux et empreints de son élégance rare. Je suis heureuse que ce livre la reflète si fidèlement.

    Si ce livre m’a autant émue, c’est en effet parce que je retrouve là la délicatesse et le souci de l’autre non feints de Gilles Jacob mais aussi parce que, au-delà de la palpitante plongée dans l’Histoire du cinéma à laquelle elles nous invitent, ces lettres questionnent notre rapport au temps. Elles le traversent. Elles lui résistent. Elles le suspendent parfois, tout en rappelant sa fuite irréversible.

    « Seulement, à rêver trop, ne passe-t-on pas à côté de la -vraie- vie ? » s’interroge Gilles Jacob dans un de ses précédents ouvrages Le Fantôme du Capitaine (Robert Laffont – 2011), dans lequel il cite aussi Tchekhov (La Mouette) : « Il faut peindre la vie non pas telle qu’elle est, ni telle qu’elle doit être, mais telle qu’elle se représente en rêve ». Chacun de ses livres (tout comme cette correspondance) me semble ainsi répondre à cette définition : un rêve comme une forme de résistance à la mélancolie et au temps assassin. Je me souviens encore du chapitre Vieillir dans Le festival n’aura pas lieu (Grasset – 2015), consacré au temps ravageur qui emporte tout, nous rappelant aux ultimes instants ou, trop tard, l’essentiel. Derrière les traits de son personnage principal, Lucien Fabas, se faufile la mélancolie de son auteur. Dans Un homme cruel (Grasset – 2016), il nous invite à un voyage à travers une vie aussi romanesque que celles des personnages que Sessue Hayakawa (ledit « homme cruel ») a incarnés. La vie tumultueuse d’une star tombée dans l’oubli. L’éternelle histoire de la versatilité du public et du succès, de la gloire éblouissante et de l’oubli tueur : une dichotomie fascinante entre l’être et l’image.

    En fidèle amitié s’inscrit dans cette continuité : un pont entre l’être et l’image, entre les œuvres et la vie, mais aussi entre les différents livres de Gilles Jacob. Des romans, des autobiographies aussi. Ainsi, ne passez pas à côté de L’Échelle des Jacob (Grasset – 2020) dans lequel il raconte la complexité d’une histoire française. Une histoire comme une autre et pourtant si singulière. Vous y découvrirez l’enfance de celui qui fut « pendant trente-huit années l’otage et l’amant du Festival de Cannes » malgré sa « timidité maladive » et son « désordre légendaire ». Mais aussi le portrait de son père, qui aurait pu être un personnage de cinéma, qu’il dépeint sans manichéisme, un homme dur malgré les souvenirs de rares éclats de tendresse de l’enfance, dont on se dit que malgré tout, il parvint à « l’aimer dans le souvenir ». On y apprend encore qu’il lui a toujours fallu se « battre pour obtenir des choses qui n’étaient pas évidentes ou qui paraissaient trop faciles à première vue. » Et, surtout, on y découvre le portrait magnifique de sa mère, et de leur « lien indéfectible, plus fort que tout ». Sans oublier les sublimes pages sur son épouse, Jeannette, dont le prénom revient si souvent dans les lettres. Une histoire française, intime mais toujours pudique. Un récit personnel mais aussi universel qui nous renvoie à nos disparus, que nous aurions toujours voulu mieux protéger, aimer, comprendre, étreindre. Et aux regrets qui, eux aussi, nous étreignent.

    Son œuvre littéraire compte aussi un incontournable Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes ( Plon – 2021). Et son dernier livre avant En fidèle amitié, une autre forme de dictionnaire intitulé À nos amours ! coécrit avec Marie Colmant et Gérard Lefort (Grasset / Calmann-Lévy – 2024), voyage amoureux à la rencontre des actrices et acteurs français, « ode à trois voix évoquant en toute subjectivité des artistes choisis et estimés. » Des textes qui se savourent comme autant de petites nouvelles, comme une invitation à voyager dans le cinéma français, à prendre immédiatement son billet pour les films évoqués avec passion par le biais de leurs acteurs. D’Isabelle Adjani à Roschdy Zem, chaque portrait est surtout un exercice d’admiration, savoureux à lire.

    Dans sa bibliographie, dans les livres intitulés Le Fantôme du Capitaine et dans J’ai vécu dans mes rêves (Grasset – 2015), vous trouverez donc des échanges épistolaires, réels ou imaginaires. Le premier consiste en une correspondance imaginaire, une soixantaine de lettres comme autant de nouvelles là aussi, avec des destinataires, réels, comme Juliette Binoche, ou inventés, comme une marchande de chaussures inspirée par Delphine Seyrig, inoubliable Fabienne Tabard de Baisers volés. Le second consiste en un ping-pong jubilatoire constitué de caustiques échanges épistolaires entre deux rêveurs, passionnants passionnés de cinéma, Michel Piccoli et Gilles Jacob. Au gré des évocations des autres, c’est finalement le portrait de Piccoli qui se dessine. Sa liberté. Sa franchise. Sa complexité. Sa peur de paraître prétentieux. Ses blessures. Et surtout son amour immodéré pour son métier, sa passion plutôt, en opposition à ses parents, son « contre-modèle ».

    Cette fois, de lettres en lettres, c’est un autoportrait qui s’esquisse. L’enthousiasme. L’élégance. Le mystère. (« Ce qui nous lie : un certain mystère au-delà de nous-mêmes », comme l’écrit joliment Juliette Binoche). L’attention aux autres. Le souci de ne pas blesser. La bienveillante malice. La tendre ironie. « L’intelligence du cœur ». Je ne peux que souscrire aux propos de Youssef Chahine : « J’ai rarement eu l’honneur de rencontrer une personne aussi courtoise et sympathique que vous ». Mais peut-être est-ce Ludivine Piccoli qui a trouvé la meilleure définition : « royal et galopin ». Ou plus tôt encore, Jean Delannoy, dans une lettre de 1972 : « La rigueur de l’analyse et un bonheur des mots qui font mouche sans blesser. » Et Juliette Binoche, encore, qui évoque une « intelligence baignée de bienveillance ». Tout cela avec « l’impartialité stoïque d’un moine tibétain » (magnifique texte d’Alan Parker pour le 45ème anniversaire du festival) pendant ses années à la tête du festival. Ce livre ne brosse pas seulement le portrait de Gilles Jacob mais aussi des destinataires de ses lettres qui se révèlent bien souvent simples, inquiets, touchants, pétris de doutes. Comme lorsque Juliette Binoche écrit : « Je ne suis pas sûre d’avoir choisi le bon métier pour vivre une vie stable et digne des contes pour enfants. Car le rêve, je l’ai. »

    Ce qui frappe surtout, au fil des pages, c’est la manière dont Gilles Jacob répond : avec une justesse, une délicatesse et une attention devenues rares. Ce livre se lit comme un roman. Le roman d’une vie. Un voyage en « Jacobie », néologisme de sa traductrice en mandarin du Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, Yalun Wang. Un univers de discrétion, de malice, de sensibilité. Comme en témoigne si bien la bienveillance avec laquelle il répond à Lars von Trier (qui l’appelle… papa), incapable de venir à Cannes, dévoré d’angoisses. D’autres qui ne comprendraient pas forcément cette anxiété, dont je sais à quel point elle peut compliquer la vie, auraient asséné une réponse cinglante. Gilles Jacob répond avec une affectueuse malice, ceci : « J’ai été fasciné par votre tentative d’explication sur la façon dont vous utilisiez les forces tempétueuses et obscures qui vous assaillent parfois au profit de votre travail », « Je suis absolument convaincu que vous n’êtes pas venu dans le seul but de vous épargner un déjeuner avec moi. » De cette délicatesse témoigne aussi sa manière de dire à Adjani : « Ne soyez pas stressée avec moi au téléphone, je ne vous veux que du bien » Toujours, en filigrane, cet humour discret, cette ironie tendre qui désamorce les tensions sans jamais blesser, une forme de grâce dans l’art de répondre. Reviennent alors les mots d’Alan Parker : « La vanité, tout est vanité, surtout à Cannes. » Une vanité dont Gilles Jacob, lui, a su se tenir à distance, préférant à l’éclat superficiel la fidélité aux œuvres et aux êtres.

    Ce livre éclaire aussi l’histoire du Festival de Cannes. Quelques exemples parmi tant d’autres, passionnants. Jeanne Moreau, en 1995, qui demande quatre femmes dans le jury pour « donner l’exemple ». La polémique après la palme d’or de Kusturica dont Gilles Jacob parle là aussi admirablement : « Lui aussi suscite des explosions en mélangeant des matières détonantes (l’histoire des mentalités de son pays) et il observe le résultat d’un œil provocant ». Le drôle de chantage de Godard pour présider le jury du Festival de Cannes 2006. La sensibilité, la lucidité et l’exaltation avec lesquelles Dominique Blanc évoque son rôle de jurée. Les coulisses du prix du jury de Crash.  

    Et puis il y a ceux dont les voix sont plongées dans le silence comme Kiarostami décédé le 4 juillet 2016 à Paris. C’est l’Histoire tout court qui traverse ces lettres quand ce même Kiarostami (né le même jour que Gilles Jacob, à dix ans d’écart) évoque son pays, l’Iran, et le fait que « la violence et la brutalité dont ce gouvernement peut faire preuve sont difficilement prévisibles », ou encore quand Walter Salles évoque les attentats du 15 janvier à Paris, ou quand Gilles Jacob parle de l’assassinat d’Yitzhak Rabin ou, des années plus tard, de la pandémie de Covid-19.

    Mais surtout, comme dans chacun de ses livres, ce qui transpire, c’est l’envie de transmettre la passion du cinéma, et même tout simplement la passion du beau. Les exemples sont innombrables. Je ne veux pas vous gâcher le plaisir de la découverte. Je n’en citerai que quelques-uns. Son émotion après avoir vu Les Moissons du ciel de Terrence Malick dans une lettre de 1978 à Barry Diller, président de Paramount, pour le convaincre de donner le feu vert pour présenter le film à Cannes, qui sera finalement en compétition l’année suivante. Son admiration pour le jeu de Juliette Binoche dans Bleu : « Je pense que rarement au cinéma la traduction physique du fond du désespoir n’a été rendue à ce niveau d’intensité. » Sa jubilation à voir On connaît la chanson dont il témoigne dans une lettre à Resnais, qualifiant son film de « drame gai » et de « tragédie drôlissime ». Il nous donne envie de redécouvrir ces films, comme tous ceux de Kaurismäki, ou encore Une partie de campagne de Renoir (déjà évoqué dans ses précédents livres) ou In the mood for love dont il remarque qu’il « n’a pas pris une ride » se demandant « d’où vient le charme paisible qui se dégage de cette œuvre mélancolique. » Ou encore Quai d'Orsay qu’il éprouve tant de bonheur à revoir comme il l’écrit à Bertrand Tavernier : « Ce genre de satire proche de la réalité fait du bien et manque cruellement ». Et que dire de sa magnifique lettre à Mélanie Thierry saluant à juste titre son interprétation dans La Princesse de Montpensier ? Gilles Jacob sait traduire son admiration sans être flagorneur.

    C’est tout aussi instructif quand ce sont les cinéastes eux-mêmes qui évoquent leurs films comme Loznitsa à propos de Deux procureurs : « Lorsque j’ai conçu le film, j’ai pensé à Robert Bresson. » J’en profite pour vous conseiller (une fois de plus) de voir cet immense film, tristement intemporel, d’une intelligence rare contenue dans la perfection de chaque plan. Une fable oppressante, cruellement burlesque et glaçante qui se termine comme elle avait débuté : par la porte d’une prison qui s’ouvre et qui se referme, tel un piège inextricable. Celui du totalitarisme et de sa logique absconse, inhumaine, dédale terrifiant, déshumanisant et déshumanisé que le cinéaste ausculte avec une ironie dévastatrice. Un film d’une beauté formelle admirable qui rend la démonstration d’autant plus accablante.

    L’inélégance est parfois de mise, comme celle de Chéreau qui, bien que ravi de se voir confier la présidence du jury 2003, lors d’une interview croisée dans le bureau de Gilles Jacob, tient à dire que le Festival de Berlin est le meilleur festival de cinéma au monde. Ce n’est cependant pas ce qu’on retient, plutôt la gratitude, cette « vertu assez rare » comme l’écrit Laura Morante. Une gratitude dont témoigne la lettre de Jean Rochefort, la seule d’un membre du jury cette année-là (2003). Et l’esprit des lettres les plus réjouissantes. Celles de Françoise Sagan, Xavier Giannoli, Emma Thompson (sa grande amie qui ne participera jamais au jury…ce n’est pas faute de lui avoir proposé !), Lars von Trier, Sophie Marceau. Celle qu’il écrit à Louis Malle, remplie d’affection, en 1995, peu de temps avant sa mort. Ou encore ses échanges presque quotidiens, déchirants et tragi-comiques, avec son ami hospitalisé, Francis Boespflug.

    Au fil des pages, vous croiserez aussi Federico Fellini, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Catherine Deneuve (qui, dès 1968, après un article qu’il avait écrit, le remercie de l’avoir « comprise et devinée »), Pedro Almodovar, Stanley Kubrick, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Ingmar Bergman, Sergio Leone, Jean-Loup Dabadie, Steven Spielberg… Soixante-dix années de cinéma défilent ainsi, non comme une chronologie figée, mais comme un roman vivant, vibrant, où chaque lettre est une scène de vie. Des lettres aussi parsemées de passionnantes réflexions sur la vie ou l’art, comme celle de Pavel Lounguine en 1991 : « L’art aide à comprendre la vie, à mordre un morceau de cette masse visqueuse et dense, à la digérer et à se voir soi-même. »

    Beaucoup de pudeur émane de ces lettres aussi comme lors de sa dernière année au festival, quand Gilles Jacob demande à Abbas Kiarostami de présider le jury de la Cinéfondation (qu’il avait créée avec Pierre Viot en 1998) et à Jane Campion de présider le jury, écrivant alors : « Je ne veux donc pas d’adieux, mais uniquement de la joie, des amis et de l’amour du cinéma. »

    Si Gilles Jacob est toujours resté très discret sur ce qu’il pense désormais du Festival de Cannes depuis son départ, sa lettre à Thomas Sotinel est éclairante. « Aujourd'hui, accorder ne serait-ce qu'une seule place de la compétition pour d'autres motifs que la qualité artistique d'un film devient plus que jamais un coup porté au cinéma en tant qu'art, et ce, à une époque où il est en danger pour différentes raisons. Si les grands festivals ne se soucient pas de ce danger, alors ils dépériront eux aussi en même temps que l'art qu'ils prétendent soutenir. Pour des raisons faciles à comprendre, je ne souhaite pas m'exprimer publiquement. Mais veiller à l'intégrité de la compétition des grands festivals paraît une preuve de salut public ».

    Quiconque douterait encore de l’empreinte qu’il a laissée devrait écouter ceux qui lui doivent tant. Ferid Boughedir, d’abord, qui définit très bien ce qu’il a fait de Cannes : « Gilles Jacob a réussi une œuvre unique au monde : un festival qui redonne, comme il l’a si bien dit, leur dignité aux auteurs, qu’ils soient « accessibles », fous, ou expérimentaux, offrant ainsi l’exposition mondiale la plus large aux cinéastes les plus « difficiles », et qui, plus que nulle part ailleurs, est parvenu à concilier cela avec tous les aspects du cinéma, magie, paillettes, et business, permettant à tous les genres de survivre. » Mais aussi Assayas : « Sans la visibilité, l’ouverture sur le monde que vous avez donné à mes films, je n’aurais pas fait ce chemin, et j’aurais peut-être été un autre cinéaste, un cinéaste qui n’aurait sans doute pas su faire Sils Maria. » Ou encore Desplechin : « Vous avez changé ma vie. Des pieds à la tête, vous êtes un homme de cinéma. Et je ne désire rien d’autre que de m’approcher de la malice et de l’éthique qui vous ont conduit. », « C’est vous, cher Gilles, qui m’avez inventé comme cinéaste. » Ou, de nouveau, Laura Morante ; « L’amour du cinéma n’a plus le devant de la scène, comme c’était le cas quand le Festival avait votre empreinte. »

    Alors comment ne pas être révoltée et émue quand il écrit : « D'ailleurs, je ne suis pas invité, pas grave » effaçant cette inélégance du festival par une pirouette en se disant « trop vieux et trop chancelant » pour venir. Et c’est précisément là que surgit autre chose, presque en contrepoint : non pas l’amertume, mais toujours l’humour et la délicatesse plutôt que la tentation du ressentiment. Il n’oublie pas non plus celles et ceux qui œuvrent dans l’ombre, comme Nicole Petit, son assistante au Festival de Cannes, qu’il remercie saluant à la fois sa grande compétence professionnelle et la douceur de son caractère, preuve supplémentaire de cette attention aux autres, constante, essentielle.

    Et si ces lettres émeuvent autant, c’est aussi parce qu’elles révèlent une qualité devenue rare : une attention véritable aux autres. Non pas une politesse de façade, mais une écoute, une délicatesse, une justesse qui se ressentent dans le moindre mot. En miroir, elles révèlent souvent chez leurs interlocuteurs la même humanité.  Dans l’une des lettres les plus récentes, Claude Lelouch l’invite à découvrir son tout nouveau Ciné-Bistrot après avoir cru l’apercevoir sur le port de Trouville. Peu importe qu’il se soit trompé ou que ce soit un prétexte aussi malicieux que l’est son destinataire : il a pensé à lui.

    Loznitsa a raison : « Quelle belle idée, l’histoire du cinéma en lettres ! ». Mais ce livre n’est pas seulement l’histoire du cinéma en lettres, c’est aussi le portrait d’un homme qui a traversé l’histoire du cinéma, et y a tant contribué. Une leçon de cinéma, bien sûr, mais surtout une leçon de regard, d’attention, de fidélité. Le portrait d’un homme et de ceux qui l’ont côtoyé, qui apparaissent dans leur fragilité mais aussi dans leur profondeur, leur humour et leur lucidité. Une leçon de cinéma et de vie. La persistance des liens, malgré le temps, malgré les épreuves. Peut-être la meilleure définition est-elle celle dans une lettre de Labro qui avait adoré son livre La Vie passera comme un rêve : « C’est cela que je retiens, sans doute, au-delà des évènements, des lieux, des gens, - de ton ouvrage : il y a de l’amour, et il est salvateur et revigorant – face à la laideur et à la médiocrité actuelles. »

    Alors que si nombreux sont ceux qui jugent les êtres à l’aune de leur rang social, Gilles Jacob appartient à une catégorie rare : celle des personnes qui savent combien la vie est imprévisible, et que seule compte, au fond, la vérité des êtres. Cette correspondance nous rappelle à quel point l’amitié sincère est un rempart, une force « salvatrice et revigorante », « face à la laideur et à la médiocrité actuelles. » Cette phrase qui clôt une lettre adressée à l’épouse de Jacques Deray, Agnès Vincent-Deray, en 2005, deux ans après la mort du cinéaste, est particulièrement symptomatique de la sensibilité qui irrigue chaque page : « Les gens qu’on a aimés, on peut aussi les revoir en fermant les yeux ». Ou en relisant leurs lettres. Ainsi, Gilles Jacob n’a pas seulement soutenu le septième art, il a aussi veillé sur ceux qui le font, avec une élégance et une bienveillance qui font figure d’exception. L’écriture de lettres est presque un acte de résistance. Elle permet de retenir les êtres que l’on aime au bord du gouffre de l’oubli et de les maintenir dans la lumière de nos jours. C’est aussi le don de son temps et de son attention, à une époque où ils se dispersent tant.  Cette correspondance en est le témoignage. Elle nous offre le portrait d’une âme, noble et espiègle, qui fut et restera celle du Festival de Cannes, et le miroir délicat de ses fidèles amitiés, dans une passionnante plongée au cœur de l’histoire du cinéma. La couverture avec Romy Schneider rayonnante et le regard, respectueux, admiratif et complice, que Gilles Jacob porte sur elle, en est la parfaite entrée en matière. Une invitation à entrer dans la danse des mots. Acceptez sans hésiter ! 

  • DELON - MELVILLE, LA SOLITUDE DE DEUX SAMOURAÏS de Laurent Galinon : jusqu'au 9 octobre 2026, sur Arte.tv

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    Le cœur d’une nuit blême ombrée d’angoisses est sans aucun doute le moment propice pour se laisser happer par l’atmosphère crépusculaire de ce documentaire, refuge alors gémellaire et réconfortant. En cette époque de tiédeur, le caractère entier de ces deux hommes farouchement anticonformistes en devient rassurant.  

    Une nuit d’insomnie, sur un coup de tête (ou peut-être de mélancolie), il me vient donc l’idée d’effectuer une plongée en territoire connu, et de revoir ce documentaire que je vous avais vivement recommandé lors de sa première diffusion, il y a deux ans. Après avoir été de nouveau transportée par celui-ci dans la galaxie melvillienne, je vous en livre une critique plus détaillée, avec les digressions qui me sont coutumières.

    Vous pourrez le (re)découvrir sur Arte le 13 avril 2026, à 22h35, après Un flic (que je vous encourage aussi à regarder, injustement moins connu que les autres films de Melville). Il est d’ores et déjà disponible sur le site de la chaîne Arte.tv, jusqu'au 9 octobre 2026.

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    Dès les premiers plans, le téléspectateur est immergé dans l’hiver, dans cette lumière grisonnante, bleutée et presque métallique, symptomatique du cinéma de Melville. Celle de la nuit, des rues éteintes et d’ombres condamnées à la clandestinité pour agir. La photographie sombrement envoûtante de Matthieu Moerlen, sans chercher à singer, rend hommage à la lumière d’Henri Decaë dans Le Samouraï, qui se distingue par ses rues grises et désertes, l'atmosphère âpre du 36, quai des Orfèvres, la passerelle glaciale de la gare, les couloirs gris, et le cadre plus lumineux et feutré de la boîte de jazz dont le documentaire s’inspire pour le cadre des interviews. La musique, vaporeuse, remarquable, d’Olivier Casassus, inspirée des compositions de Michel Colombier, exhale une mélancolie tout aussi ensorcelante. Le tout est sublimé par un texte inspiré écrit par le réalisateur Laurent Galinon, lu en voix off par Judith Perrignon : « Chez Melville, il parle comme il tire. Sujet. Verbe. Complément. Puis de longs silences comme des déflagrations. »

    Laurent Galinon* est aussi l’auteur de Delon en clair-obscur (Mareuil Éditions, 2022), livre duquel émane aussi cette tonalité presque melvillienne, qui se savoure comme un roman noir, tragique, palpitant, irrigué de la beauté mystérieuse et mélancolique de celui que ce dernier nomme « l’astre noir ». Un livre qui esquisse les contours du personnage romanesque Delon, porté par une écriture ciselée, lyrique, sensible et ardente. Un livre sombrement éblouissant qui procure un relief fascinant aux mystères de l’acteur. Un livre qui vous parlera de Delon mieux que quiconque ne l’a fait, y apportant une réflexion passionnante sur le mystère, la solitude et la mélancolie et sur cet acteur « entier, contradictoire, complexe » qui « préfère la vulnérabilité de ses personnages à leur beauté ».

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    Je savais déjà que j’allais retrouver un peu de l’âme envoûtante de ce livre et des films de Melville en revoyant ce documentaire. Le film nous embarque donc pour une virée melvillienne, que ce soit avec Bernard Stora, assistant sur Le Cercle rouge, au château de Monthyon, où fut tournée la scène finale du film, en nuit américaine. Ou autour du Jardin du Luxembourg à bord d’une DS Pallas grise, identique à celle de Costello, avec Éric Neuhoff.

    Lorsque j'avais vu ce documentaire la première fois, en 2024, Delon était encore vivant. Labro, qui en est un des principaux intervenants, aussi. La nostalgie envoûtante qui s’en dégage n’en devient que plus prégnante. Comme l'explique Neuhoff, « Delon dit toujours : le jour où je partirai, ce sera le Samouraï est mort. Il sait que c'est le rôle de sa vie. » Le Samouraï est mort.

    Le 18 août 2024, j’ai appris que les héros de l’enfance ne sont pas éternels, même si je le savais déjà, un peu. Je n’ai jamais réussi à jeter ces cassettes sur lesquelles mon père m’enregistrait les films dans mon enfance, des films avec Gabin, Ventura et surtout Delon. Beaucoup « de » Delon. Le temps et la même fourbe maladie auront emporté l’un et l’autre mais il reste encore ces cassettes avec leurs titres bien lisibles. L’accessoire survit toujours à l’essentiel. Comme pour remuer le couteau dans la plaie, béante. Alors la mort de Delon fut pour moi la mort d’une autre part d’enfance. Mais la magie du cinéma est toujours là, ce baume pour l’âme, pour nous faire croire à l’immortalité des héros de l’enfance et pour retrouver la quiétude si fugace de mes jeunes années même si c’est en plongeant dans une nuit, illusoire, de cinéma.

    Dès les premières secondes, c’est l’atmosphère d’un film noir américain qui nous enveloppe. Ou d’un film de Melville. 2 août 1973, 1 heure du matin. Des phares dans la nuit balaient la route. À la radio, on annonce que Melville a été « victime d’un infarctus. L’un des réalisateurs les plus populaires du cinéma français. On lui doit, entre autres, trois films avec Alain Delon. » La pluie ruisselle sur le pare-brise d’une voiture qui avance sur la route déserte. Les lueurs nocturnes se reflètent sur la carrosserie. Sceau de la fatalité, celui du film noir et du film melvillien : la mort plane. Le film s’ouvre et se clôture ainsi, sur cette route.

    Premier hommage à Melville avec cette atmosphère de film noir mais aussi cette construction. En effet, dans les films de Melville, début et fin résonnent toujours astucieusement.

    Ainsi, dans Le Samouraï, le plan du début et celui de la fin se répondent ingénieusement. Deux solitudes qui se font face. Costello. La pianiste. Dans la chambre grisâtre de Costello. Sous les néons de la boîte de jazz. Deux prisons auxquelles sont condamnés ces êtres solitaires qui se sont croisés l’espace d’un instant. 

    Dans Un flic, le récit est aussi claustrophobique. Après quelques plans sur les immeubles fermés du front de mer, la ville déserte et morne émerge de la nuit dans une lueur bleue, à travers les essuie-glaces. Melville nous transporte ensuite à Paris avec le flic en question, sur les Champs-Elysées. « Chaque après-midi à la même heure, je commençais mon périple par la descente des Champs-Elysées. » C’est là que s’achèvera le film.

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    La citation d’ouverture du Cercle rouge définit aussi très bien cette idée : « Çakyamuni le Solitaire, dit Siddharta Gautama le Sage, dit le Bouddha, se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit : Quand des hommes, même s’ils l’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents, au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge ».

    L’Armée des ombres (1969, sans Delon) commence par une trahison et par le meurtre de celui qui a donné un résistant. Il s’achève par l’exécution « nécessaire » d’une résistante, Mathilde (Simone Signoret), par ses propres compagnons. Là aussi, le film commence à l’Arc de Triomphe et s’achève à l’Arc de Triomphe. Par ailleurs, les deux indices temporels sont ceux du début, le 20 octobre 1942, et de la fin, le 23 février 1943, un peu moins d’une année qui enferme le récit et les personnages dans leurs tragiques destins.

    Le Samouraï (1967). Le Cercle rouge (1970). Un flic (1972). Trois polars mythiques sur lesquels Melville et Delon ont collaboré. C’est à ces trois films et à la solitude de ces deux « samouraïs » que s’intéresse ce passionnant documentaire, entre témoignages de proches (Bernard Stora, Rémy Grumbach, Philippe Labro, Jean-François Delon) et de journalistes (Luc Larriba, Éric Neuhoff, Samuel Blumenfeld), images de tournages et séquences des films. La solitude les définit et les réunit. Une solitude qui est au cœur du cinéma de Melville. Le documentaire s’intéresse aussi à tout ce que leur collaboration a apporté au cinéma.

    Dans la soirée du 2 août 1973, alors qu'il est attablé dans un restaurant de la Côte d'Azur, Alain Delon apprend que Jean-Pierre Melville a été victime d’un malaise à Paris. Immédiatement, il prend sa voiture et remonte en pleine nuit vers la capitale pour se rendre au chevet de son ami. Rémy Grumbach raconte : « En apprenant la mort de Jean-Pierre, il s'effondre devant la porte, comme foudroyé. Pendant des heures, il reste devant la porte. Les visiteurs l'enjambent sans savoir que c'est Delon. » « La fin d’une époque pour Delon. »  Melville était son réalisateur fétiche mais, avant tout, un ami, un modèle, un père de substitution. C’est ce lien presque filial que raconte ce documentaire : « Melville. Delon un duo comme deux frères ou un père et son fils en seulement trois films. » « Delon, son double fantasmé dont il savait qu'il ne pourrait jamais lui ressembler. » Comme le rappelle Éric Neuhoff, Melville, lui aussi, s’était composé un personnage : « chapeau texan, trench, Ray-Ban. Il s'était construit un personnage mais il s'était aussi inventé un refuge et un manteau, c'était le cinéma qui lui permettait de supporter la réalité. »

    Alors que les témoins et protagonistes de cette époque disparaissent peu à peu, ce documentaire qui les fixe pour l’éternité devient plus précieux que jamais.

    La mort justement est une obsession commune des deux artistes. Ce documentaire s’intéresse à celui qui se composait « le visage de la mort » selon les propos du réalisateur, qui qualifie aussi Delon de « soleil noir ». Un soleil noir, éblouissant et fascinant. Labro abonde aussi dans ce sens : « Delon est très obsédé par la mort. Par la disparition de tous ces grands avec qui il a travaillé. »  Quand il raconte ce moment où ils revirent ensemble un film de Melville, j’ai repensé à ce souvenir inoubliable, lors de la projection du Guépard au Festival de Cannes 2010. Delon était venu présenter une version restaurée du film de Visconti. Il était assis devant moi dans la salle Debussy. Il regardait l'écran avec solennité, nostalgie, tristesse, comme ailleurs, comme s'il voyait surgir en pleine lumière une ombre du passé, pensant probablement, comme il le disait souvent, à ceux qui ont disparu : Reggiani, Lancaster, Visconti. Et, au-delà du Guépard, à Melville peut-être. À ses côtés, Claudia Cardinale riait et applaudissait comme une enfant. Le contraste était saisissant. J’en avais été bouleversée.

    « Je te suivrai avec fidélité et sincérité au-delà de la mort ». Cette phrase de Shakespeare, citée par Luc Larriba, résume bien ce lien entre les deux hommes. « Dans quelque temps, peut-être dans quelques mois ou quelques années, j’espère et je pense que nous nous retrouverons et que nous avons encore beaucoup de choses à faire, très belles et très importantes pour le spectateur… ». Alain Delon tient ces propos en 1973. Melville est mort depuis un mois déjà. La tristesse qui assombrit le regard de Delon, dans le déni, quand il parle des films qu’ils feront ensemble alors qu'il est déjà mort, est bouleversante. Neuhoff évoque aussi « la mort qui rôde. Et puis tout le pessimisme qui était sans doute celui de Melville et sans doute celui de Delon. »

    Les silences des films de Melville sont célèbres. Ce sont aussi ces silences qui semblaient régir les relations entre ces deux hommes taciturnes. Le premier long-métrage du cinéaste était d’ailleurs une adaptation de Vercors qui s’intitulait... Le silence de la mer.

    Solitude et silence. Voilà qui pourrait définir Le Samouraï. Et Delon. Et Melville.

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    Solitude et silence au début du Cercle rouge lorsque deux hommes rentrent (en silence donc) dans une cabine de train, habités par la même solitude, et dont on ne découvre que plus tard que l’un est policier et l’autre un prévenu. Il n’y a plus de gangsters et de policiers. Juste des hommes. Seuls. Dans Le Cercle rouge, cette économie de mots est portée à son apogée avec la longue - 25 minutes ! - haletante et impressionnante scène du cambriolage qui se déroule ainsi sans qu’une parole ne soit échangée. Avec cette scène, Melville confirmera son talent pour filmer le silence et le faire oublier par la force captivante de sa mise en scène.

    Solitude et silence au début et à la fin du Samouraï. Une danse de regards avec la mort annoncée dès le premier plan, dès le titre et la phrase d’exergue. Une fin cruelle, magnifique, tragique : les spectateurs quittent le « théâtre » du crime comme les spectateurs d’une pièce ou d’une tragédie. Une fin qui éclaire ce personnage si sombre qui se comporte alors comme un samouraï sans que l’on sache si c’est par sens du devoir, de l’honneur…ou par un sursaut d’humanité.

    Solitude et silence dans le premier plan de L’Armée des ombres, qui joue aussi de cette sensation d’étirement du temps. Une place vide puis les bruits de bottes hors-champ des soldats allemands qui arrivent vers nous, brisant le silence. Ensuite vient le générique.

    Solitude et silence de ce bord de mer d’une austérité à la fois angoissante et captivante, au début d’Un flic.

    Le Samouraï. Le Cercle rouge. Un flic. Ces trois films ne seraient sans doute pas des chefs-d’œuvre sans la présence d’Alain Delon.

    Dans Le Samouraï, Delon parvient à rendre attachant ce personnage de tueur à gages froid, mystérieux, silencieux et élégant, dont le regard, l’espace d’un instant face à la pianiste, exprime une forme de détresse, de gratitude et de regret pour ensuite redevenir sec et brutal. N’en reste pourtant que l’image d’un loup solitaire impassible d’une tristesse déchirante. Un personnage quasiment irréel. Melville s’amuse d’ailleurs avec la vraisemblance comme lorsque Costello tire sans vraiment dégainer. Il transforme son personnage archétypal en mythe, celui du fameux héros melvillien. Avec ce film noir, polar exemplaire, Melville a inventé un genre, le film melvillien avec ses personnages solitaires et un style épuré d’une beauté rigoureuse et froide. Et, surtout, il a donné à Alain Delon l’un de ses rôles les plus marquants, sans doute assez proche de ce qu’il était : ce samouraï charismatique, mystérieux et maussade, au regard bleu acier, brutal et d’une tristesse presque attendrissante, et dont le seul vrai ami est un oiseau. Dans le premier plan du film, le samouraï est à peine perceptible, fumant, allongé sur son lit, à la droite de l’écran, dans une pièce morne dans laquelle le seul signe de vie est le pépiement d’un oiseau, un bouvreuil. La chambre, presque carcérale, est grisâtre, ascétique et spartiate avec, en son centre, la cage de l’oiseau, le seul signe d’humanité dans cette pièce morte (tout comme le commissaire Mattei interprété par Bourvil dans Le Cercle rouge a ses chats pour seuls amis). Costello est un homme presque invisible, même dans la sphère privée, comme son « métier » exige qu’il le soit. Le temps s’étire. Sur l’écran s’inscrit « Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle…peut-être… ». Une phrase censée provenir du Bushido, le livre des samouraïs, qui est en réalité inventée par Melville. Un début placé sous le sceau de la noirceur et de la fatalité. Comme celui du Cercle rouge. Comme celui de ce documentaire, lequel est aussi passionnant en ce qu’il explore la vision de cinéma de Melville : « Je considère que le film policier est la seule forme moderne possible de la tragédie, la mort immédiate donnée ou reçue par un quelconque protagoniste. »

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    Labro rappelle à quel point le cinéaste était « grand connaisseur du cinéma américain » et que « Melville ira chercher chez Delon ce que les yeux de Delon, ce que la gestuelle de Delon, ce que le comportement de Delon traduisent car nous sommes des animaux dans la jungle. »

    Les deux hommes éprouvaient ainsi la même fascination pour les gangsters.

    Dès le début du Cercle rouge, le film joue sur la confusion, évoquée précédemment : le feu rouge grillé par la police, les deux hommes (Vogel et Matteï) qui rentrent en silence dans la cabine de train, habités par la même solitude, et dont on ne découvre que plus tard que l’un est policier et l’autre un prévenu. Il n’y a plus de gangsters et de policiers. Juste des hommes. « Coupables ». Matteï (Bourvil) comme ceux qu’il traque sont des hommes seuls. À deux reprises, il nous est montré avec ses chats qu’il materne tandis que Jansen (Montand) a pour seule compagnie « les habitants du placard », des animaux hostiles que l’alcool lui fait imaginer. Tous sont prisonniers. Prisonniers d’une vie de solitude. Prisonniers d’intérieurs qui les étouffent. Jansen qui vit dans un appartement carcéral avec son papier peint rayé et ses valises en guise de placards. Matteï dont l’appartement ne nous est jamais montré avec une ouverture sur l’extérieur. Ou Corey qui, de la prison, passe à son appartement devenu un lieu hostile et étranger. Policiers ou gangsters, ils subissent le même enfermement. Ils sont avant tout prisonniers du cercle du destin qui les réunira dans sa logique implacable. Des hommes seuls et uniquement des hommes, les femmes étant celles qui les ont abandonnés et qui ne sont plus que des photos d’une époque révolue, que ce soit Corey qui jette les photos que le greffe lui rend ou Matteï dont on aperçoit les photos de celle dont on imagine qu’elle fut sa femme, chez lui, dans un cadre.

    Le film évoque aussi un épisode tragique de la vie de Melville. Ce dernier possédait ses propres studios, les studios Jenner. « Avant lui, seul Chaplin avait créé ses propres studios. » Des studios ravagés par un incendie lors duquel périt le bouvreuil du Samouraï.  Je me souviens de ce moment particulièrement émouvant lors de la masterclass de Delon au Festival de Cannes 2019, lorsque l’acteur raconta une fois de plus l’incendie des studios Jenner, la voix étranglée par l’émotion : « Et il regarde brûler sa vie, ses studios, ses films, ses lettres, ses bouquins. Tout brûlait. Et à un moment. (Il m’appelait toujours mon coco.) Et on regarde sa vie brûler et il me fait Mon coco, notre oiseau, NOTRE oiseau… Sa vie brûlait, sa carrière brûlait, et il pensait à notre piaf qui était en train de brûler et rien d’autre. Mon coco, notre oiseau… ». Il n’y avait plus de Festival de Cannes, plus de public : Delon, comme en 1973, lorsqu’il parlait encore de tourner avec Melville alors qu’il était mort, semblait revivre la scène au présent.

    Ce jour-là, c’était le 19 mai 2019. J’avais rendez-vous avec les émotions de mon enfance. Il y eut bien d’autres rendez-vous avant cela : au théâtre, où il fut à chaque fois magistral (Variations énigmatiquesLes Montagnes russesSur la route de Madison, Love letters, Une journée ordinaire), au Festival de Cannes déjà avec les projections des copies restaurées du Guépard, en 2010, puis de Plein soleil, en 2013. Et puis donc 2019. La remise de la palme d’or d’honneur et la projection de Monsieur Klein avaient été précédées d’une masterclass d’une heure trente lors de laquelle le temps avait été suspendu. Je me souviens surtout de la fin de la projection et d’un contraste qui m’avait saisie ce soir-là. Oubliant cet adieu déchirant que Delon avait alors prononcé (adieu au cinéma, à la scène et même à la vie), oubliant d'applaudir, oubliant ce chef-d'œuvre du septième art qui résonne pourtant comme un avertissement sur des dangers qui nous menacent encore et plus que jamais, comme si nous étions amnésiques et refusions de nous souvenir de cette Histoire, déjà chacun parlait du dîner à venir, du film suivant ou de la fête à ne pas manquer. Une actualité et une émotion en chassent une autre. Époque carnassière qui ne prend plus le temps et dévore tout. Même les héros de l'enfance. De mon enfance. Ce 19 mai 2019, le mien n'était plus depuis six ans bientôt et sans doute lui aussi aurait-il été bouleversé comme je l'avais été par ce moment. J'aurais aimé que la salle applaudisse à tout rompre pour dire un dernier merci, pour dire « ne partez pas », pour dire l'émotion du présent et de l'enfance, pour dire « jouez encore pour nous » parce que de grands rôles encore peuvent vous attendre.

    Ainsi, ce documentaire est aussi une lutte. Contre cette époque vorace. Contre l’oubli. Contre le temps assassin.

    Delon et Melville partageaient aussi une admiration, celle pour le général de Gaulle. L’un et l’autre avaient connu la guerre.  Melville est ainsi le nom que le cinéaste avait choisi pour entrer dans la Résistance alors qu’il s’appelait encore Jean-Pierre Grumbach. Dans L’Armée des ombres, le résistant sera l’emblème paroxystique de la solitude du (anti)héros melvillien. La musique d’Éric Demarsan, parfois dissonante, renforce cette impression de noirceur et d’harmonie impossible qui se dégage de ce chef-d'œuvre. 

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    Mais la relation entre les deux hommes ne survivra pas à ce que Melville considérera comme des infidélités. Jean-François Delon se souvient ainsi de ses propos : « Votre frère n'est plus avec moi, il est avec l'autre ».

    En cinquante-deux minutes, ce documentaire relève le défi de raconter le lien singulier et presque passionnel qui unissait les deux hommes, sans asséner. Les films de Melville n’assénaient pas non plus, ils nous enveloppaient de leur atmosphère et, aussi sombres fussent-elles, nous « permettaient de supporter la réalité. »

    Ce documentaire est habité par le souffle de Melville. C’est souvent ce qui reste des films de ce cinéaste d’ailleurs. Un souffle qui nous emporte. Une atmosphère dans laquelle on a envie de se glisser, qui nous enrobe et nous englobe en quelques plans. Comme au début d’Un flic. La mer au petit matin. Ces couleurs gris-bleu. Le bruit des vagues. La pluie. La ville déserte. Ces immeubles fermés. La tempête. La musique lancinante. Les cris des mouettes comme une menace. Les vagues déchaînées. Et le poids des silences et des regards.

    Ce documentaire est éminemment mélancolique, mais de cette mélancolie dont parlait Hugo.  Un « crépuscule ». « La souffrance » qui « se fond dans une sombre joie. » Cette mélancolie et cette nostalgie qu’évoquait déjà Delon jeune. Qui mieux que lui aurait pu incarner les héros melvilliens, fauves solitaires cheminant vers la mort ?

    Après cela, comment ne pas avoir envie de revoir les films de Melville une énième fois ? Mais aussi, peut-être, de regarder La Piscine ou Plein soleil pour retrouver la lueur éblouissante, incandescente et la langueur. Pour voir l’autre face du « soleil noir ». Et la lumière d’été trompeusement belle aux faux accents d’éternité de ce chef-d’œuvre du genre dans lequel la forme coïncide comme rarement avec le fond, les éléments étant la métaphore parfaite du personnage principal. On se met à rêver d'un documentaire du même réalisateur qui emprunterait au style de Plein soleil, suintant de lumière et de sensualité, pour évoquer les relations entre Delon et Clément.

    Ce documentaire est passionnant pour ce qu’il raconte sur le cinéma de Melville mais plus encore sur le rapport à la vie, et à la mort, de ces deux hommes épris de solitude et de silence : « Melville en a fait le soleil du cinéma français mais un soleil noir. Une fatalité écrite dès leur première rencontre. »

    Chez Melville, les hommes parlent peu. Ils marchent vers leur destin. Après le film, il reste le souvenir d’une nuit hypnotique. Et le silence. Et la solitude. Ce silence et cette solitude qui traversent les films de Jean-Pierre Melville. Ce silence, Laurent Galinon le filme avec une pudeur rare. Il ne cherche pas à expliciter la relation entre les deux hommes. Il les laisse apparaître comme deux silhouettes dans la nuit.  Il ne filme pas seulement deux légendes du cinéma. Il donne corps à leur absence. Il filme Melville et Delon comme Melville filmait ses héros : avec un respect infini, teinté d’une mélancolie séduisante.

    Ce documentaire est une lutte contre l’oubli qui efface les visages sitôt qu’ils disparaissent. Une voiture avance sur une route déserte. La pluie frappe le pare-brise. La radio annonce la mort de Melville. Mais la route continue. Jef Costello apparaît. Le Samouraï est mort. Vive le Samouraï ! Tant que le cinéma existera, le Samouraï continuera à avancer dans la nuit.

    Et je repense alors à cette nuit d’insomnie qui m’a conduite, aimantée même, vers ce documentaire. Une nuit traversée d’angoisses. Paradoxalement, il m’a apaisée. Peut-être parce que ce documentaire, comme les films de Melville, rappelle que les solitudes les plus sombres et les silences les plus retentissants peuvent éclairer notre route lorsque le cinéma les sublime.

    Et, alors, je repense à ces mots d’Henri Calet, que Delon citait si souvent :

    « C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides. Je suis déjà un peu parti, absent. Faites comme si je n’étais pas là. Ma voix ne porte plus très loin. Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie. Il faut se quitter déjà ? Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes. »

    *Le réalisateur est aussi le directeur artistique et programmateur du festival CIAK ! consacré au film italien de patrimoine. La quatrième édition aura lieu du 20 au 23 novembre 2026, à Raon l'Étape, dans les Vosges. L’édition 2024 de CIAK ! fut consacrée aux grandes actrices italiennes. L'édition 2025 avait pour thématique Les comédiens à l'italienne. Pour la première fois, lors de l'été 2025, CIAK ! s'est également déplacé en Sardaigne, dans le village de Collinas.

  • Conférence de presse du Festival de Cannes 2026 : programme de la sélection officielle de la 79e édition

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    Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des annonces après la conférence de presse...

    Dernière mise à jour : le 10/05/2026

    Ce jeudi, le Délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, et la Présidente, Iris Knobloch, ont dévoilé la sélection officielle de la 79e édition que nous pourrons découvrir sur la Croisette du 12 au 23 mai 2026. Cette conférence de presse s’est déroulée pour la première fois au Pathé Palace qui succède ainsi à l’UGC Montparnasse, à l’UGC Normandie et au Grand Hôtel. Il me semble que même avant de couvrir le Festival de Cannes, il y a donc une vingtaine d’années de cela, j’attendais déjà ces annonces avec impatience. Cette année n’a pas dérogé à la règle. C’est autant la passion du cinéma que celle de l’actualité qui dicte cette impatience, l’un et l’autre étant toujours fortement imbriqués à Cannes. Ce festival permet en effet toujours de prendre le pouls de l’état du monde, de ses secousses  de ses espoirs, de ses plaies, de ses dérives et de ses envies de liberté. La Palme d’or 2025, Un simple accident de Jafar Panahi, était un parfait exemple de ces élans, alors que, quelques mois plus tard, l’Iran est dramatiquement sous les feux des projecteurs.

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    En 2024, Les graines du figuier sauvage de l'Iranien Mohammad Rasoulof, qui aurait aussi mérité une Palme d’or, était déjà reparti avec un prix spécial du Jury, prouvant la grande vitalité du cinéma iranien, bien qu’entravé par les lois du régime. 

     Grâce à un sens de la mise en scène toujours aussi aiguisé, un courage admirable, des comédiens parfaits, un ton tragi-comique, une portée morale, politique et philosophique, qui interroge aussi notre propre rapport à la vengeance et notre propre humanité, et avec une fin glaçante d’une force indéniable, cette farce savoureuse et cette quête de vérité rocambolesque qu’est aussi Un simple accident méritait amplement cette Palme d’or 2025.

    Jafar Panahi avait dédié la projection de son film à « tous les artistes iraniens qui ont dû quitter l'Iran ».  Il ne fait aucun doute que sa voix les a défendus et a porté bien au-delà de l’Iran. Si l’art rend les étreintes éternelles, il donne aussi de la voix aux cris de rage et de détresse. Comme l’avait si justement remarqué la Présidente du jury de cette 78e édition, Juliette Binoche, lors de la remise de la Palme d’or, « l’art provoque, questionne, bouleverse » et est « une force qui permet de transformer les ténèbres en pardon et en espérance. » Comme ce film. Comme cette mariée et sa robe blanche qui résiste aux ténèbres de la vengeance. Dans le film de Jafar Panahi, la force n'est pas physiquement blessante, mais c'est celle des mots et des images, en somme du cinéma, qui feront surgir la vérité et ployer l'oppresseur. Une force pacifiste plus que jamais nécessaire.

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    C'est au jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook que reviendra cette année la responsabilité de décerner la Palme d'Or 2026 qui succèdera à Un simple accident.

    Chaque année, la conférence de presse du Festival de Cannes dépasse largement l'annonce d'une sélection : elle dessine une cartographie  sensible du monde. Les films sélectionnés sont autant de récits qui racontent notre monde mieux que de longs discours.

    L’actualité et plus largement l’Histoire sont d’ailleurs des thèmes redondants de cette édition, parmi les 2541 longs métrages soumis à la sélection, (1000 de plus qu’il y a 10 ans) venus de 141 pays dont 21 films en compétition finalement sélectionnés (pour le moment).

     « C'est une façon de ramener l'Histoire au présent, de la questionner au présent » a déclaré Thierry Frémaux. Nous pourrons ainsi découvrir le premier volet de La Bataille de GaulleL'Age de fer, réalisé par Antonin Baudry, hors compétition, avant sa sortie au cinéma le 3 juin. Quant au film de la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, Ben'Imana, il s'intéresse à la difficile réconciliation dans son pays. Il sera en sélection à Un certain regard. Dans La Troisième Nuit, Daniel Auteuil évoquera l'histoire d'un sauvetage d'enfants juifs dans la région de Lyon. László Nemes présentera Moulin, un film avec Gilles Lellouche sur le célèbre résistant. Notre Salut d'Emmanuel Marre portera sur le régime de Vichy. Et l’intrigue de Coward de Lukas Dhont se déroule pendant la Guerre 14…

    Comme le veut la tradition, c’est la Présidente du festival qui a d’abord pris la parole. Son discours, très engagé, a débuté par le rappel des origines du Festival de Cannes « né dans un moment de grande certitude, en 1939 exactement » alors que « les nouvelles qui nous viennent du monde sont tout sauf rassurantes. » « Quand le monde s’assombrit et perd ses repères, montrer des films venus de tous les horizons n’est pas un geste anodin. C’est défendre ce que l’humanité a de plus précieux. Sa capacité à penser librement. » Elle a ainsi rappelé le rôle politique et social du festival : « Le Festival de Cannes est un de ces endroits où une telle diversité de cultures ne s’oppose pas mais dialogue. Nous restons plus que jamais fidèles à nos valeurs. La liberté de s’exprimer, parfois de déranger. La liberté de créer pour tous les êtres humains. Pour ceux qui en sont privés parfois dans leurs propres pays. » Sur la présence de films réalisés par des femmes en réponse à ceux qui, chaque année, reprochent au festival leur présence trop discrète (qui en réalité est le reflet du pourcentage de films mis en scène par des réalisatrices), Iris Knobloch a déclaré : « le Festival de Cannes a une responsabilité claire : donner une visibilité claire. Mais la visibilité ne suffit pas. La lumière n’a de sens que si elle ouvre des portes. »

    Elle a également longuement évoqué la menace que représente l’Intelligence Artificielle et la résistance du Festival de Cannes qui défend « la liberté de créer pour tous les êtres humains mais seulement pour les êtres humains. Nous ne fermons pas les yeux mais nous refusons qu’elle dicte sa loi au cinéma. Derrière chaque image, il y a un cinéaste mais aussi des centaines de talents qui ont donné leur âme au service d’un projet commun. L’histoire nous touche car elle vient de quelqu’un qui a douté, aimé… L’IA sait imiter très bien mais elle ne saura jamais ressentir. »

    La Présidente a également rappelé l’attachement du Festival de Cannes « à la salle de cinéma. Expérience irremplaçable. La salle obscure reste un des rares lieux où nos différences coexistent sans nous diviser. On y entre parfois seuls. On en ressort plus proches les uns des autres. »

    Elle a ensuite rappelé que seraient cette année présentes quatre « figures du cinéma » :

    - le Président du jury du 79ème Festival de Cannes, le réalisateur Park Chan-wook « dont l’œuvre nous rappelle que le cinéma n’a pas de centre de gravité et qu’un film venu de Séoul peut déclencher un séisme culturel dans le reste du monde. »,

    - le réalisateur Peter Jackson à qui sera attribuée une Palme d’or d’honneur : « la technologie n’est rien sans le souffle de l’artiste », a souligné la Présidente du festival à son propos,

    - Barbra Streisand qui « a passé sa vie à briser les plafonds de verre avant même qu’on leur donne un nom », selon Iris Knobloch,

    - Eye Haïdara, maîtresse des cérémonies d’ouverture et de clôture, qui « incarne exigence, générosité, et capacité de rassembler », toujours selon la Présidente du festival.

    Elle a conclu en rappelant que « derrière une grande œuvre, il y a un être humain qui persévère. Le Festival de Cannes lui aussi persévère. Il reste un roc, un repère dans la tempête.  Ce festival est un équilibre délicat, un bien commun. Ce festival reste fragile et mérite d’être défendu chaque jour. » 

    Thierry Frémaux a ensuite pris la parole pour annoncer « 95% de la sélection ». En préambule, il a tenu à adresser une pensée « aux autres festivals, ceux qui, qui dans une ville, qui dans un pays, mettent le cinéma au cœur des choses, un cinéma qui marque sa singularité au fur et à mesure que les années avancent. » « Aujourd’hui, le langage du cinéma a gagné. Le langage du cinéma est partout. Les films vont nous confirmer l’extraordinaire vitalité de la création mondiale. »

    Thierry Frémaux a par ailleurs rendu hommage à Antoni Lallican, le photographe français tué en Ukraine en octobre 2025, victime d’une frappe de drone dans le Donbass, et à Lili Hinstin, figure respectée de la direction de festivals de cinéma comme celui de Locarno ou du Festival Nouvelles Vagues à Biarritz. Soulignant le courage des reporters de guerre et l’engagement des programmateurs, le Délégué général leur a dédié cette 79ème édition.

    « On a vu des choses très belles qui disent que le cinéma est dans un état de productivité, de créativité formidable » a-t-il tenu à souligner.

    Il a également insisté sur le rôle du documentaire qui « retrouve une existence » et est « aussi un langage qui vient dire un état du monde. » « Les films d’animation sont également de plus en plus présents », a-t-il aussi rappelé, nommant des films qui ont eu un succès international comme Valse avec Bachir, Persépolis ou, récemment, Amélie et la métaphysique des tubes et Arko. Il a ajouté que « Annecy » est le « plus grand festival d’animation au monde. »

    Cette année, « les Etats-Unis seront présents, les studios un peu moins. » « Si les studios sont moins présents à Cannes, c'est qu'ils sont moins présents tout court », selon le Délégué général. Nous notons ainsi qu’un seul film américain figure en compétition, le film d’Ira Sachs. James Gray pourrait cependant venir rejoindre la compétition avec son polar Paper Tiger. Ce serait alors sa septième sélection cannoise. « En dehors du cinéma des studios, un cinéma indépendant, un cinéma ailleurs qu'à Los Angeles, continue d'exister », a rappelé Thierry Frémaux. 

    Comme chaque année, la sélection dessine donc l’état du monde : « Ce qu’on se dit au terme de ces six mois intenses du processus de sélection, c’est que nous avons vu des films très intelligents. Notre mode de sélection :  qu’est-ce que telle ou telle œuvre vient dire de ce qu’est le cinéma contemporain. On a vu des films très intelligents. D’un haut niveau de cinéma. Mais aussi de pensée… ». « On a vu des gens qui vivent en groupe, comme si on avait la nostalgie de ça, d’un monde plus uni. » « On s’aperçoit que le monde occidental a besoin de douceur, de chanson de nature. Et d’autres de sécurité, de prospérité, qu’on apporte du soin aux enfants et aux familles. »

    En ce qui concerne la compétition, ont été annoncés pour l’instant 21 films et « 11 entrants » et un « film qui, normalement, y sera. Le contrat n’est pas encore complètement signé. » A la fin de la conférence, Thierry Frémaux a de nouveau précisé que la « compétition » sera « je l’espère autant que vous, augmentée d’un film ». Peut-être le film de James Gray.

    Cet article sera bien sûr complété au fur et à mesure des annonces officielles.

    Parmi tous ces films, j’attends tout particulièrement :

    -  Un film tourné au Costa Rica, une première sélection officielle pour le film de Valentina Maurel, Ton animal maternel (Un Certain regard)

    - Le film rwandais Ben’Imana de Marie-Clémentine Dusabejambo qui est le « premier film sur la réconciliation de cette tragédie qui a traversé le pays.  Une étonnante œuvre de cinéma. » (Un Certain Regard)

    - Dans le cadre de Cannes Première, le film de Daniel Auteuil, La Troisième nuit qui raconte le « sauvetage d’enfants pendant la Seconde Guerre mondiale ». J’avais beaucoup apprécié Le Fil découvert à Cannes en 2024, en séance spéciale, dont je vous parle ici. 

    - Hors compétition, le film de Vincent Garenq, L’Abandon, sur Samuel Paty « abandonné par les gens qui l’entouraient », selon les termes de Thierry Frémaux. « Le cinéma s’empare déjà du sujet et il nous a paru important de montrer ce film. »

    - Le nouveau film d’Agnès Jaoui, L’Objet du délit, « comédie contemporaine autour d’une troupe d’opéra qui va monter Les Noces de Figaro » avec Daniel Auteuil, Eye Haïdara.  Une « comédie qui ramène beaucoup à des questions que les sociétés contemporaines se posent sur les comportements, sur les uns et les autres ».

    L'affaire Marie-Claire, en Séance spéciale. Lauriane Escaffre et Yvo Muller y abordent le combat pour faire voter la loi autorisant l'avortement.

    -En compétition, Minotaure d’Andreï Zvyagintsev « qui n’est plus dans ce pays agresseur de l’Ukraine. Un film qui parle de la bourgeoisie. De la conscription, de la façon dont ils doivent faire des listes pour les envoyer à la guerre.  Une sorte de remake de La Femme infidèle de Chabrol qui mêle dans son film un certain nombre de sujets », selon Thierry Frémaux. Nous retrouvons donc le cinéaste russe neuf ans après le magistral Faute d’amour (qui figurait également en compétition) dont je vous avais parlé ici. Un très grand film qui aurait déjà mérité la Palme d’or qui m’avait rappelée un film qui l’avait justement obtenue qui nous interrogeait sur les petitesses en sommeil recouvertes par l’immaculée blancheur de l’hiver, un film rude et rigoureux, Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan. Une Palme d’or que Zvyagintsev aurait indéniablement mérité pour ce film, parfait de l’interprétation au scénario en passant par la mise en scène et même la musique, funèbre et lyrique, qui renforce encore le sentiment de désolation et de tristesse infinie qui émane de ces personnages que la richesse du scénario nous conduit finalement à plaindre plus qu’à blâmer. Du grand art.

    -En compétition, le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen, El ser querido. Thierry Frémaux a résumé le film comme l’histoire d’un « cinéaste sur un plateau, tout le temps en désir de mener à bien son projet. Un plateau traversé de toutes les questions qui se posent en matière comportementale. » On se souvient de As bestas présenté à Cannes Première en 2022. Ce film a pour cadre un village en déclin et la campagne de Galice, sauvage, grisâtre et monotone, qui constitue un personnage à part entière, à la fois fascinant et inquiétant, hostile et admirable.  Ajoutez à cela un scénario impeccable (de Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen), une interprétation de Marina Foïs et Denis Ménochet d’une justesse qui ne flanche jamais, et qui contribue beaucoup au parfait équilibre de l'ensemble, et vous obtiendrez un film âpre mais remarquable.

    - En compétition, le nouveau film de László Nemes, dont on se souvient du film choc, l’âpre Fils de Saul, présenté en compétition en 2015, dans lequel la profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de Voix sous la cendre, un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire ! Cette fois, il revient avec un film sur Jean Moulin, Moulin, incarné par Gilles Lellouche. Le fils de Saul

    -En compétition, le film de Cristian Mungiu tourné en Norvège, Fjord. Cristian Mungiu, avait obtenu la Palme d'or en 2007 pour Quatre mois, trois semaines et deux jours.

    - En compétition, le film du cinéaste belge, Emmanuel Marre, Notre salut, sur la « vie quotidienne du régime de Vichy. Comment des fonctionnaires se sont comportés et essayaient de gouverner le pays. »

    - En compétition, le film de Marie Kreutzer, Gentle Monster.  La « vie d’un couple quand l’un révèle une facette inattendue de sa personnalité et monstrueuse. Avec Léa Seydoux. » On se souvient du Corsage en 2022, en sélection Un Certain Regard, un film sur l’Impératrice Elisabeth d’Autriche qui avait reçu le prix de la meilleure création sonore. Une réflexion et métaphore astucieuse des règles auxquelles doivent se plier les femmes. Le portrait d’une révoltée dans lequel la forme épouse ainsi brillamment le fond. Marie Kreutzer (également scénariste de son film), elle aussi s’y échappe : des contraintes formelles et des règles, et même de la vérité. Elle apporte de la modernité dans cette œuvre à l’image de l’impératrice qu’elle dépeint : irrévérencieuse. Il y eut le Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui se jouait aussi des codes et des conventions, sans s'émanciper du glamour, indissociable du film d'époque en costumes, alors que Marie Kreutzer envoie tout valser pour aboutir à cette brillante allégorie de notre époque dans laquelle les apparences enserrent et emprisonnent les femmes dans un corset plus insidieux que celui d’Elisabeth mais parfois non moins destructeur. Une œuvre à l’image de sa création sonore, innovante, à juste titre récompensée, et de sa musique : intense, vibrante, marquante, engagée, puissante. 

    - En compétition, le film japonais Quelques jours à Nagi de Koji Fukada qui marque ainsi l’entrée en compétition du cinéaste. Un film sur le « Japon des solitudes qui se rencontrent. »

    - En compétition, Hope de Na Hong-Jin, un « film coréen d’un peu plus de 2h qui change en permanence de genre. C’est plutôt un film d’action. » a précisé Thierry Frémaux.

    - En compétition, deux ans après L’Innocence, pour mon plus grand plaisir, nous retrouvons l’incontournable, Hirokazu Kore-eda, Palme d’or 2018 pour Une affaire de famille. Il est de retour avec un film qui s’intitule Sheep in the box, un « film qui parle de l’IA. On retrouve ses thèmes : enfance innocence », selon Thierry Frémaux. Il sera pour la 8ème fois en compétition officielle. L’Innocence est un film qui m’avait rappelé le film de Lukas Dhont, Close (également présenté en compétition à Cannes, en 2022). C’est cela la beauté du cinéma : sonder la complexité des êtres, nous perdre pour mieux nous aider à trouver une vérité, nous trouver aussi parfois, nous éblouir pour nous éclairer. Et nous bouleverser.

    L'Innocence a obtenu le Prix du Scénario ainsi que la Queer Palm au Festival de Cannes 2023. 

    -Et justement, en compétition, nous retrouvons également Lukas Dhont dont j’avais tant aimé Close, Grand prix du Festival de Cannes 2022. Malgré la tragédie évoquée, le film de Lukas Dhont, d’une maîtrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, est empreint de poésie qui ne nuit pas au sentiment de véracité et de sincérité. Et puis il y a ce regard final qui ne nous lâche pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film. Un regard final qui résonne comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inonde tout le film de sa grâce innocente. Un film étourdissant de sensibilité, bouleversant.

     « On a vu le film seulement hier. Il revient avec ce film qui traite de la guerre de 14 dans une lumière inspirée des photos couleur de l’époque. Un film de pur cinéma qui existe très souvent par la seule grâce de la mise en scène et de la caméra », a précisé Thierry Frémaux.

    - En compétition, La boule noire de Javier Calvo et Javier Ambrossi. « Film historique à la grande inventivité de mise en scène dans lequel Penelope Cruz fait une apparition éclair mais inoubliable », selon Thierry Frémaux.

    - En compétition, La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet.  Avec Léa Drucker dont Thierry Frémaux a tenu à rappeler qu’elle avait « prononcé un discours assez inoubliable aux César cette année. »

    - Le nouveau film d’Asghar Farhadi, en compétition : Histoires parallèles. Thierry Frémaux a rappelé qu’il « ne peut pas tourner dans son pays, l’Iran. » « Un film avec des comédiens français, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert et Pierre Niney. Une histoire avec des gens qui se regardent d'un immeuble à l'autre, des destins qui se croisent».

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    -En compétition pour la septième fois, le nouveau film de Pedro Almodovar, un film déjà sorti en Espagne, Amarga Navidad, un peu plus d'un an après La Chambre d'à côté.

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    Vous pourrez aussi notamment découvrir :

    - un documentaire de Steven Soderbergh sur John Lennon (Séance spéciale)

    - le premier film de John Travolta, à Cannes Première : Vol de nuit pour Los Angeles

    - le nouveau film de Nicolas Winding Refn, Hors compétition, Her private hell

    - Karma de Guillaume Canet, Hors compétition, avec Denis Menochet et Marion Cotillard

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     © Christophe Brachet

    - La bataille De Gaulle – l’âge de fer réalisé par Antonin Baudry qui a un « passé de diplomate aux côtés de Dominique de Villepin. »  La première partie de ce biopic sur le général sera présentée Hors compétition. De Gaulle est incarné par Simon Abkarian.

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    © 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne Rhône Alpes Cinéma

    - En compétition, le nouveau film d’Ira Sachs, The man I Love, un « film sur le sida à New York frappant les artistes. » Thierry Frémaux a ainsi tenu à rappeler que « le sida continue à faire des ravages dans des pays qui n’ont pas accès aux médicaments permettant de le combattre. »

    - En compétition, le nouveau film de Jeanne Herry, Garance, avec Adèle Exarchopoulos

    - En compétition, L’Inconnue d’Arthur Harari, co-scénariste de la Palme d'Or de 2023, Anatomie d'une chute. Un « film adapté d’un roman graphique qui parle de schizophrénie, de beaucoup de choses. L’un des films les plus discutés dans le comité.  Un objet de cinéma extrêmement singulier. Le Festival de Cannes a toujours été marqué par les batailles d’Hernani. Rappelons que L’Avventura avait été sifflé. Que la Dolce Vita avait été mal accueilli, en recevant sa Palme d’or des mains de Simenon. »

    - Soudain de Hamaguchi Ryusuke, un « film franco-japonais tourné à Paris avec des comédiens français et japonais »

    Enfin, le film d’ouverture est signé Pierre Salvadori et s’intitule La Vénus électrique.

    Concernant les films français en compétition, il faudra compter avec : Histoire de la nuit de Léa Mysius, Garance de Jeanne Herry, L’Inconnue d’Arthur Harari, La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet, et des coproductions françaises ; Histoires parallèles de l’Iranien Asghar Farhadi et Notre Salut d’Emmanuel Marre.

    Le cinéma français est également très présent dans les autres sections : L'objet du délit, d'Agnès Jaoui, le film de Daniel Auteuil, La Troisième nuitL'Abandon, de Vincent Garenq, Karma, de Guillaume Canet, La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer d'Antonin Baudry, le film de Pierre Salvadori en ouverture, Full Phil de Quentin Dupieux, et L’Affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller (auteurs auparavant de Maria rêve).

    Notons la présence de cinq réalisatrices dans les films en compétition, ce qui reflète le pourcentage de films reçus réalisés par des femmes, 25 à 28%, selon Thierry Frémaux

    Trois films espagnols font également partie de la sélection, le signe d' «un certain mouvement dans le cinéma espagnol » selon Thierry Frémaux : Amarga Navidad de Pedro Almodovar, El ser querido de Rodrigo Sorogoyen, La bola negra de Javier Calvo et Javier. Le cinéma japonais est aussi très présent avec Sheep in the box de Hirokazu Kore-eda, Soudain de Hamaguchi Ryusuke, Quelques jours à Nagi de Koji Fukada, De toutes les nuits, les amants de Yukiko Sode, ou encore Le Château d'Arioka de Kiyoshi Kurosawa.

    Un cinéma qui sera donc marqué par le cinéma asiatique…avec un réalisateur sud-coréen pour président du jury.

    Les Rendez-vous du Festival de Cannes

    Le Festival de Cannes prolonge les projections de la Sélection officielle par des rencontres avec de grandes figures du cinéma contemporain. 

    Cette année, ces rendez-vous s’ouvriront avec Sir Peter Jackson, au lendemain de la remise de sa Palme d’or d’honneur. Cate Blanchett et Tilda Swinton participeront également à ces échanges, offrant aux festivaliers trois moments de dialogue privilégiés.

    Rendez-vous avec... Sir Peter Jackson
    Mercredi 13 mai 

    Rendez-vous avec... Cate Blanchett
    Dimanche 17 mai 

    Rendez-vous avec...  Tilda Swinton
    Jeudi 21 mai

    L’événement motorisé du 79e Festival de Cannes :

    Le film The Fast and the Furious en dérapage contrôlé sur la Croisette !

    La 79e édition du Festival de Cannes s’apprête à accueillir un événement cinématographique à grande vitesse : The Fast and the Furious, le film de 2001 à l’origine d’un phénomène culturel mondial, déboule sur la Croisette dans un fracas spectaculaire. Pour célébrer le 25e anniversaire d’une franchise qui a conquis le monde et a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du cinéma, le Grand Théâtre Lumière résonnera du rugissement inimitable des moteurs le mercredi 13 mai à 23h45.

    Cinéma de la plage

    Tous les soirs à 21h30, le Festival de Cannes se réinvente à la faveur de la nuit et transforme la plage Macé de la Croisette, située en face de l’hôtel Majestic, en cinéma à ciel ouvert. En Sélection officielle, non loin du Palais des Festivals, c’est une autre façon, ouverte à tous, de participer à la grande fête du cinéma ! Événement exceptionnel : le Cinéma de la Plage accueillera une avant-première mondiale avec la projection des Caprices de l’enfant roi de Michel Leclerc, en présence de toute l’équipe du film pour partager un moment privilégié, avec Artus, Doria Tillier, Julia Piaton et Franck Dubosc. Mais aussi Mon oncle de Jacques Tati en présence de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, fondateurs des Films de Mon Oncle et de Juliette Hochart, directrice du catalogue, Studiocanal, Je hais les acteurs en présence de Gérard Krawczyk, Ces Messieurs dames de Pietro Germi, Les Hommes du président de Alan J.Pakula, 

    Au total, 11 films seront projetés dont Top Gun pour les 40 ans du film. Au programme notamment : la projection des deux Palmes d’or de l’année 1966 (vous pourrez ainsi revoir Un homme et une femme, en présence de Claude Lelouch), le retour de Ken Loach, un souvenir de Carlos Saura et Viva Maria de Louis Malle, pour un hommage à Brigitte Bardot organisé par la Mairie de Cannes sur la plage Macé qui devient la Plage Brigitte Bardot.

    Cannes classics 2026

    Bruce et Laura Dern, Guillermo del Toro, Artavazd Pelechian, Dario Argento, Jerzy Skolimowski, et deux films contemporains, dont un évoquant l’existence de Michèle Firk, seront parmi d’autres les invités de Cannes Classics.

    Il y a bientôt vingt ans, alors que la relation du cinéma contemporain à sa propre mémoire était sur le point d’être bouleversée par l’apparition naissante du numérique, le Festival de Cannes a créé Cannes Classics, une sélection qui permet d’afficher le travail de valorisation du patrimoine effectué par les sociétés de production, les ayants droit, les cinémathèques ou les archives nationales à travers le monde.

    Devenu une composante essentielle de la Sélection officielle, Cannes Classics présente des films anciens dans des copies restaurées et des documentaires ayant trait à leur histoire. Le travail de restauration bat son plein sur tous les continents ; on est saisis par la vivacité retrouvée au présent des ombres, des noirs et blancs et des couleurs de ce que fut le cinéma ancien.

    Inspirant de multiples initiatives à travers le monde, Cannes Classics poursuit son travail de visite à l’histoire, chefs-d’œuvre reconnus ou raretés précieuses qui retrouveront le chemin du grand écran. Un bouillonnement qui, entre fictions et documentaires projetés, constituent un programme qu’on retrouvera en salle Buñuel, en salle Agnès Varda ou au Cinéma de la plage.

    Parce que Cannes se donne aussi comme mission d’enchanter le rapport du public d’aujourd’hui avec la mémoire du cinéma, Cannes Classics met le prestige du plus grand festival du monde au service du cinéma retrouvé, accompagnant toutes les nouvelles exploitations des grandes œuvres du passé : sortie en salles, diffusion sur plateformes ou en VOD, édition en DVD/Blu-ray.

    La sélection Cannes Classics 2026 est composée cette année encore de célébrations, de copies restaurées et de documentaires. Elle présentera 22 longs métrages, 3 courts métrages, de 6 documentaires. Il y aura aussi deux œuvres contemporaines.

    Cette édition sera dédiée à la mémoire de Dean Tavoularis, chef décorateur.

    Retrouvez le passionnant programme ici.

     

    Le jury

    Le Jury du 79e Festival de Cannes sera présidé par le réalisateur, scénariste et producteur sud-coréen Park Chan-wook. Il sera entouré de l'actrice et productrice américaine Demi Moore, de l’actrice et productrice irlandaise-éthiopienne Ruth Negga, de la réalisatrice et scénariste belge Laura Wandel, de la réalisatrice et scénariste chinoise Chloé Zhao, du réalisateur et scénariste chilien Diego Céspedes, de l'acteur ivoirien-américain Isaach De Bankolé, du scénariste écossais Paul Laverty et de l’acteur suédois Stellan Skarsgård.  Le Jury aura l’honneur de décerner la Palme d’or à l’un des 22 films en Compétition, après Un simple accident de Jafar Panahi remis par le Jury de Juliette Binoche, en 2025. Le palmarès sera révélé le samedi 23 mai prochain lors de la cérémonie de Clôture, retransmise en direct par France Télévisions en France et par Brut à l’international.

    Le jury de la Caméra d’or

    Après la cinéaste italienne Alice Rohrwacher, l’actrice, réalisatrice et scénariste québécoise Monia Chokri présidera le Jury de la Caméra d’or de la 79e édition du Festival de Cannes. Entourée de ses quatre jurés, elle récompensera un premier geste de mise en scène parmi les films de la Sélection officielle, de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des cinéastes. Le nom du film lauréat sera dévoilé lors de la cérémonie de Clôture le samedi 23 mai.

    Monia CHOKRI

    Actrice, réalisatrice & scénariste - Canada

     

    Michel BENJAMIN (AFC)

    Directeur de la Photographie – France 

     

    Cédric COPPOLA (SFCC)

    Critique de Cinéma – France

     

    Marine FRANCEN (SRF)

    Réalisatrice & scénariste – France

     

    Christophe MASSIE (FICAM)

    Directeur général délégué chez Eclair by Netgem – France

    SELECTION OFFICIELLE

    Film d’ouverture 

    LA VÉNUS ÉLECTRIQUE

    Pierre SALVADORI

     

    Hors Compétition

     

    Compétition

    AMARGA NAVIDAD

    Pedro ALMODÓVAR

     

    HISTOIRES PARALLÈLES

    Asghar FARHADI

     

    LA VIE D'UNE FEMME

    Charline BOURGEOIS-TACQUET

     

    LA BOLA NEGRA

    Javier CALVO & Javier AMBROSSI

     

    COWARD

    Lukas DHONT

     

    DAS GETRÄUMTE ABENTEUER

    Valeska GRISEBACH

     

    SOUDAIN

    HAMAGUCHI Ryusuke

     

    L'INCONNUE

    Arthur HARARI

     

    GARANCE

    Jeanne HERRY

     

    SHEEP IN THE BOX

    KORE-EDA Hirokazu

     

    HOPE

    NA Hong-jin

     

    NAGI NOTES (QUELQUES JOURS À NAGI)

    FUKADA Koji

     

    GENTLE MONSTER

    Marie KREUTZER

     

    NOTRE SALUT

     

    Emmanuel MARRE

    FJORD

     

    Cristian MUNGIU

    HISTOIRES DE LA NUIT

     

    Léa MYSIUS

     

    MOULIN

    László NEMES

     

    FATHERLAND

    Pawel PAWLIKOWSKI

     

    THE MAN I LOVE

    Ira SACHS

     

    EL SER QUERIDO

    Rodrigo SOROGOYEN

     

    MINOTAURE

    Andrey ZVYAGINTSEV

     

    Un Certain Regard

    TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

    Jane SCHOENBRUN   

    Film d'ouverture

     

    LES ÉLÉPHANTS DANS LA BRUME

    Abinash BIKRAM SHAH

    1er film

     

    LE CORSET

     

    Louis CLICHY

     

    BEN'IMANA

    Marie-Clémentine DUSABEJAMBO

    1er film

     

    CONGO BOY

    Rafiki FARIALA

     

    CLUB KID

    Jordan FIRSTMAN

    1er film

     

    UĻA

    Viesturs KAIRIŠS

     

    LA MÁS DULCE

    Laïla MARRAKCHI   

     

    EL DESHIELO

    Manuela MARTELLI

     

    SIEMPRE SOY TU ANIMAL MATERNO (TON ANIMAL MATERNEL)

    Valentina MAUREL

     

    YESTERDAY THE EYE DIDN'T SLEEP

    Rakan MAYASI

     

    I'LL BE GONE IN JUNE

     

    Katharina RIVILIS

    1er film

     

    QUELQUES MOTS D'AMOUR

    Rudi ROSENBERG

     

    EVERYTIME

    Sandra WOLLNER

     

    DE TOUTES LES NUITS, LES AMANTS

    SODE Yukiko

     

    Hors Compétition

     

    LA BATAILLE DE GAULLE : L'ÂGE DE FER

    Antonin BAUDRY

     

    KARMA

    Guillaume CANET    

     

    DIAMOND

    Andy GARCIA

     

    L'ABANDON

    Vincent GARENQ

     

    L'OBJET DU DÉLIT

     

    Agnès JAOUI

     

    HER PRIVATE HELL

    Nicolas WINDING REFN

     

    Séances de minuit

    FULL PHIL

    Quentin DUPIEUX   

     

    SANGUINE

    Marion LE CORROLLER  

    1er film

     

    ROMA ELASTICA

    Bertrand MANDICO

     

    JIM QUEEN

    Marco NGUYEN & Nicolas ATHANÉ

    1er film

     

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    GUN-CHE (COLONY)

    YEON Sang-ho

     

    Cannes Première

     

    LA TROISIÈME NUIT

    Daniel AUTEUIL

     

    THE MATCH

    Juan CABRAL et Santiago FRANCO

     

    KOKUROJO (LE CHÂTEAU D'ARIOKA)

    KUROSAWA Kiyoshi

     

    HEIMSUCHUNG (LE BOIS DE KLARA)

    Volker SCHLÖNDORFF

     

    VOL DE NUIT POUR LOS ANGELES

    John TRAVOLTA

     

    Séances Spéciales

     

    REHEARSALS FOR A REVOLUTION

    Pegah AHANGARANI

    1er film

     

    LES MATINS MERVEILLEUX

    Avril BESSON

    1er film

     

    L’AFFAIRE MARIE-CLAIRE

    Lauriane ESCAFFRE & Yvo MULLER

     

    AVEDON

     

    Ron HOWARD

     

    LES SURVIVANTS DU CHE

    Christophe Dimitri RÉVEILLE

    1er film

     

    JOHN LENNON : THE LAST INTERVIEW

    Steven SODERBERGH

     

    CANTONA

    David TRYHORN & Ben NICHOLAS

    COMPLÉMENTS DE SÉLECTION OFFICIELLE DU 22/04/2026

    Le 22 avril, les films suivants sont venus compléter la sélection officielle du 79ème Festival de Cannes avec notamment le très attendu Paper Tiger de James Gray qui rejoint les films en compétition mais aussi Ulysse de Laetitia Masson en clôture d’Un Certain Regard.

    COMPÉTITION

     

    PAPER TIGER

    James Gray

     

    UN CERTAIN REGARD

     

    VICTORIAN PSYCHO

    Zachary Wigon

    MÉMOIRE DE FILLE

    Judith Godrèche

    TITANIC OCEAN

    Konstantina Kotzamani

    1er film

    ULYSSE

    Laetitia Masson

    En clôture d'Un Certain Regard

     

    CANNES PREMIÈRE

     

    THE END OF IT

    Maria Martinez Bayona

    1er film

    MARIE MADELEINE

    Gessica Généus

    AQUI

    Tiago Guedes

    MARIAGE AU GOÛT D’ORANGE

    Christophe Honoré

    SI TU PENSES BIEN

    Géraldine Nakache

     

    SÉANCES SPÉCIALES

     

    PRINTEMPS

    Rostislav Kirpičenko

    1er film

    CENIZA EN LA BOCA

    Diego Luna

    TANGLES

    Leah Nelson

    1er film

    Animation

    LE TRIANGLE D'OR

    Hélène Rosselet-Ruiz

    1er film

    GROUNDSWELL

    Joshua et Rebecca Tickell

    Documentaire

     

    SÉANCE FAMILLE

    LUCY LOST

    Olivier Clert

    1er film

    Animation

     

    Le Prix de la Citoyenneté 2026

    Retrouvez, en cliquant ici, mon article consacré au Prix de la Citoyenneté 2025 qui fut attribué au film Un simple accident de Jafar Panahi, ainsi que ma critique du film.

    8ème édition

    Président du Jury 2025 :  Jean-Paul Salomé

    L’Association Clap Citizen Cannes à vocation philanthropique, culturelle et éducative se réfère aux valeurs de la République.

    Elle est à l’origine de la création du Prix de la Citoyenneté

    Nabil Ayouch, cinéaste franco-marocain, en est l’actuel Président. 

    Ce Prix est présent à Cannes pour sa 8ème édition. 

    Le Prix de la Citoyenneté se revendique universel, laïque et humaniste. Il a pour objet de récompenser les valeurs érigeant le citoyen en acteur engagé des démocraties. Il promeut, au niveau national, européen et international, la représentation de la citoyenneté dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia. Il a pour vocation de faciliter et d’élargir l’accès du public et notamment du jeune public aux œuvres cinématographiques. 

    Le jury 2026 est présidé par :

    Jean-Paul Salomé, réalisateur et scénariste français et constitué de :

    Mohamat-Aminee Benrachid, acteur sud-soudanais, tchadien

    Fabienne Servan-Schreiber, productrice française

    Micha Khalil, journaliste culture franco-libanaise Montecarlo Doualiya France Média Monde

    Michel Leclerc, réalisateur et scénariste français

     

    Deux rendez-vous : 

    Jeudi 21 mai à 15h00

    Débat : Cinéma et diversité, un enjeu citoyen

    Avec le soutien du Ministère délégué chargé de le l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. 

    Débat : Cinéma et solidarité

    Avec 

    Les membres du jury du Prix de la Citoyenneté présidé par le réalisateur Jean-Paul Salomé

    Gaëtan Bruel (Président du CNC)

    Sarah Rinaldi (Cheffe d'unité à la Commission européenne) 

    Julie-Jeanne Régnault (directrice générale de European Producers Club)

    Modérateur : Florian Krieg, rédacteur en chef du Film Français.

    Plage du CNC - Entrée libre

    Samedi 23 mai 2026 à 13h30 

    Remise du 8ème Prix de la citoyenneté 2025