Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

les editions du 38 - Page 2

  • Compte rendu du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz 2016

    saintjean82

     Sur scène lors de la cérémonie de clôture avec Cédric Klapisch pour présenter le court-métrage lauréat.

    affichesaintjeandeluz2016

    saintjean25

    saintjean26

    saintjean27

    saintjean28

    saintjean30

    saintjean32

    saintjean33

    saintjean34

    saintjean50

    saintjean51

    saintjean66

    saintjean67

    saintjean68

    saintjean72

    saintjean76

    saintjean77

     saintjean74

    Annonce de la dédicace lors de la cérémonie d'ouverture du festival.

    Toutes les photos de cet article dont celles figurant ci-dessus sont à retrouver sur mon compte Instagram @sandra_meziere.

    Un festival ressemble à s’y méprendre à un film : un concentré d’émotions exacerbées, de rencontres parfois insolites, sur les écrans et en dehors, un début, une fin, des rebondissements, le tout dans un court laps de temps. Les héros, comme dans « La rose pourpre du Caire » sortent et rentrent dans l’écran (dans votre réalité donc), si bien qu’il est parfois difficile de distinguer la réalité de la fiction. Si le Festival de Saint-Jean-de-Luz était un film, ce serait le mélange détonant entre le cinéma de Claude Sautet et celui de Federico Fellini, une célébration amicale du cinéma dans une atmosphère joyeusement surréaliste, bien sûr dans un décor de cinéma, celui de la belle ville de Saint-Jean-de-Luz, entre océan parfois tumultueux et montagne stoïque, à quelques pas de l’Espagne, si bien que vous entendez plus souvent la langue de Cervantès que celle de Molière, si bien que vous avez l’impression que, là-bas, dans ce doux ailleurs, l’actualité et ses innommables tragédies marquent une pause même si les films braquent parfois un projecteur sur celles-ci. Ce serait aussi un road movie qui cette année nous a emmenés au Cambodge,  au Chili, en Finlande, au Liban,  en Algérie, à Paris, en Bretagne ou encore dans une contrée imaginaire, cruelle et fascinante. Ce serait un film utopique où tout le monde est bienveillant, là pour l’amour du cinéma, un cinéma ouvert sur le monde et sur les autres. Ce serait un film dont on aimerait retarder le dénouement.

    Rares sont les festivals à proposer  une compétition de cette qualité (premiers et deuxièmes longs-métrages uniquement, mais aussi courts-métrages), à être un tel découvreur de talents, et cette année à nouveau ce furent de beaux films porteurs de messages forts, mettant en scènes des personnages en quête d’amour, d’émancipation, de bienveillance. Des cris de colère et d’amour. Une douleur sourde qui finit toujours par exploser en départ ou en renoncement. Des parcours initiatiques. Des adultes mais surtout des adolescents en proie à la violence de la vie. Des êtres qui prennent leur envol, qui empoignent leur destin. Des identités masquées qui ôtent leur masque. Et c’est bouleversant, souvent.

    saintjean60

    C’est le cas du film qui a reçu le prix du jury jeunes et le prix d’interprétation masculine (attribué par le jury présidé par le cinéaste Cédric Klapisch qui était entouré des personnalités suivantes: le réalisateur Louis-Julien Petit, l’actrice Alice Isaaz, le comédien et musicien Marco Prince, l’actrice et chanteuse Stéfi Celma,le producteur Maxime Delaunay et la comédienne Sophie Verbeeck.)  Il s’agit de « Compte tes blessures » de Morgan Simon.

    comptes

    Vincent (Kevin Azaïs) n’est pas arrivé au tiers de sa vie qu’il a déjà tatoué la moitié de son corps et endurci sa voix avec son groupe de post-hardcore. Depuis la mort de sa mère, il partage son existence entre Bastille et Porte de Clignancourt, entre un boulot de perceur qui ne l’enchante guère et un père poissonnier (Nathan Willcocks) qui tente de refaire sa vie avec une femme plus jeune (Monia Chokri). Et ça le rend malade.

    saintjean38

    Du premier au dernier plan (et quel dernier plan, sublime, poignant, d’une force bouleversante !), le spectateur retient son souffle et ne quitte pas Vincent que la caméra suit, enferme, ne lui et nous laissant pas de répit.  Tout semble pouvoir basculer d’un instant à l’autre dans la tragédie, la violence. Le film doit beaucoup à ses trois personnages principaux, riches de leurs contradictions, de leurs fêlures, de leurs blessures masquées. Lors du débat après le film (il faut en effet savoir que, à Saint-Jean-de-Luz, après chaque film, le directeur artistique du festival, Patrick Fabre échange avec les équipes de films et permet aux spectateurs de poser des questions), Morgan Simon a déclaré « Ce qui m’a intéressé : ce sont les liens complexes qui unissent les personnages ». Ce sont en effet ces liens, troubles et chargés de non dits, qui rendent ce film plus palpitant qu’un thriller.  Le personnage de Vincent (interprété par Kevin Azaïs, magistral) est riche de ses touchantes contradictions : il crie et exulte sur scène, il proclame ses blessures sur son corps et dans sa musique mais il est incapable d’affronter son père (Nathan Willcocks qui en impose) et de les lui livrer. C’est un enfant en quête désespéré d’amour qui joue aux adultes face à des adultes eux-mêmes en perte de repères. L’affrontement entre le père et le fils se réalisera de manière totalement  inattendue, lors d’une scène qui aurait pu être glauque ou totalement absurde. Morgan Simon, par son talent, indéniable, en fait un moment d’une force rare. Un film d’une douceur brute et sensuelle,  d’une intensité unique, dans lequel la caméra épouse la douleur sourde des personnages et dont chaque plan est un coup au cœur. Tout simplement brillant. Et poignant. Et au dénouement le plus beau plan de ce festival qui symbolise aussi parfaitement ce qu’est ce festival. A voir aussi pour la lumineuse Monia Chokri qui parachève cet impressionnant trio d’acteurs, toujours sur le fil, mais d’une justesse rare. Sélectionné à l’Atelier de la Cinéfondation à Cannes, à Emergence et au Jerusalem International Film Lab, « Compte tes blessures » est le premier long-métrage de Morgan Simon et, espérons-le, le premier d’une longue série. En salles le 1er février 2017.

    olli

    « Olli Mäki », le personnage éponyme du film finlandais de Juho Kuosmanen, lui aussi, aimerait bien être entendu.

    Été 1962, Olli Mäki tente de décrocher le titre de champion du monde de boxe poids plumes. De la campagne finlandaise aux lumières d’Helsinki, tout est prêt pour sa gloire et sa fortune. Olli n’a plus qu’à perdre du poids et à se concentrer. Mais il y a un problème, il est tombé amoureux de Raija…

    saintjean41

    saintjean75

    A l’exception des films d’Aki Kaurismäki, le cinéma finlandais est malheureusement méconnu. Avec ce premier long- métrage, Juho Kuosmanen (dont le cinéma n’est pas dénué de points communs avec son illustre compatriote) pourrait bien changer la donne.  Ses courts-métrages étaient déjà abonnés aux récompenses, notamment de la Cinéfondation à Cannes, décidément un vivier de grands cinéastes. Après avoir reçu le prix Un Certain Regard, il a donc reçu le grand prix du Festival de Saint-Jean-de-Luz. Avec ce premier long-métrage, Juho Kuosmanen ne réalise pas un film traditionnel sur la boxe (même si cela reste la meilleure métaphore du combat qu’est la vie) mais un film universel sur la manière de trouver sa liberté et la voie du bonheur. Le film est inspiré de l’histoire vraie du boxeur finlandais Olli Mäki. Avec beaucoup d’empathie, le cinéaste filme son boxeur comme un enfant instrumentalisé (plusieurs scènes sont particulièrement significatives comme celle lors de laquelle il attend à l’arrière de la voiture avec les enfants et que son « entraineur » s’adresse à lui comme s’il était l’un d’eux ou encore cette scène d’une beauté folle lorsqu’il joue avec un cerf-volant comme s’il empoignait son destin et sa liberté). Le noir et blanc renforce le sentiment d’universalité, de douceur presque paradoxale, de mélancolie qui se dégage de ce film ensorcelant. Jarkko Lahti se donne corps et âme à son rôle. Un film d’une douceur romantique et envoûtante sur l’éternel combat entre l’amour et la gloire, le bonheur et la vanité qui n’en est bien souvent que le simulacre…Entre le noir et le blanc. Magnifique !

    Le grand prix attribué par le jury à ce film a été remis par le directeur de la société Blue Efficience qui parraine ce prix et qui permet de lutter contre le piratage et que je vous recommande de découvrir, ici.

    En salles le 19 octobre 2016.

    Au contraire d’Olli dont la brutalité du métier dissimule la douceur, « Fleur de Tonnerre » de Stéphanie Pillonca masque derrière sa douceur apparente une « activité » pour le moins…brutale.

    fleur

    En 1800, la Bretagne est à genoux, accablée par le régime en place et par le clergé omnipotent. Elle se meurt dans un marasme économique qui n’en finit pas et au milieu de cela, une fillette en souffrance pousse, tant bien que mal. Cette fillette c’est « Fleur de Tonnerre », une enfant isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Elle en deviendra la plus grande « serial killer » que la terre ait jamais porté et sèmera la mort, peut être juste pour être regardée et aimée.

    La réalisatrice, Stéphanie Pillonca est documentariste et comédienne de formation, et cela se ressent. Après le Conservatoire d’Art dramatique de Toulon, elle a ainsi suivi la formation de La Classe Libre du Cours Florent, ainsi que celle du studio VO-VF dirigée par Andrzej Zulawski, John Berry et Bob Swaim. Sa caméra filme ses comédiens au plus près, ne les lâche pas, (et non, Monsieur qui êtes intervenu après la projection et qui avez qualifié cela d’erreur de mise en scène, il ne s’agit pas d’une « erreur » mais  au contraire c’est là que réside l’intelligence de la réalisation), guette le moindre sursaut d’humanité.  « Mon souci était d’être dans la justesse de l’émotion », « J’ai osé imaginer l’enfance chaotique, l’isolement, la douleur, la solitude . J’avais envie d’imaginer que des mains n’avaient pas été tendues. » a-t-elle ainsi déclaré, en citant notamment comme référence « Jeanne d’Arc » de Dreyer, Pialat n’est pas bien loin non plus. «J’avais peur de justifier les actes, ce ne sont pas parce que les gens ont des raisons qu’ils ont des excuses » a précisé la comédienne Déborah François. Le résultat est d’autant plus étonnant que la réalisatrice n’a disposé que de « 5 petites semaines pour faire le film » et  1,2 millions d’euros (avec l’aide d’un mécène nommé Dany Boon qui a mis son propre argent pour que le film puisse exister.).  Ce choix (et non erreur) de mise en scène donne un sentiment d’intemporalité à cette histoire qui dissèque les mécanismes de la violence sans jamais la justifier. Cette adaptation du roman éponyme de Jean Teulé sur la plus grande tueuse en série française dans le Bretagne du 19ème siècle se distingue par ses partis pris : gros plans au plus près de la chair, des frémissements, et décors minimalistes, sans fioritures, pour aller à l’essentiel. Des images nous accompagnent longtemps après la projection comme celle la silhouette de Deborah François qui erre au milieu de la campagne bretonne, grande faucheuse menaçante. Son interprétation habitée,  inquiétante, captive et même capture notre attention. Face à elle, Benjamin Biolay est parfait en sombre dandy. Sans oublier Jonathan Zaccaï et Miossec (en curé !).

    « La jeune fille sans mains » de Sébastien Laudenbach elle aussi est confrontée à la violence dès son jeune âge mais plutôt que de s’en emparer à son tour elle choisit de tracer sa propre route.

    En des temps difficiles, un meunier vend sa fille au Diable. Protégée par sa pureté, elle lui échappe mais est privée de ses mains. Cheminant loin de sa famille, elle rencontre la déesse de l’eau, un doux jardinier et le prince en son château. Un long périple vers la lumière…

    saintjean65

    Son réalisateur a expliqué porter ce projet depuis 15 ans. : « Ce qui me touchait c’était la trajectoire de cette jeune fille qui doit apprendre à s’isoler pour exister pleinement pour être entière. » Rarement un film aura accordé autant de confiance au spectateur et cela fait un bien fou à l’heure où, y compris dans les émissions (pseudo)politiques, règne la dictature de l’émotion pour attirer les spectateurs (petite parenthèse pour évoquer cette émission larmoyante et complaisante « Une ambition intime » qui me semble être le comble de l’indécence). Sébastien Laudenbach a fait le choix inverse : esquisser plutôt que de dessiner ou imposer, faire confiance à l’intelligence et à l’imaginaire du spectateur, accorder une large place au son, aussi. Et le résultat est d’une beauté inouïe et renversante. « Je n’ai pas écrit de scénario ni de story board. J’ai improvisé en faisant 10 à 15 secondes par jour. En le faisant, je me rendais compte que c’était singulier et peut-être novateur. », « Je suis allé sur Allociné en collant les voix des bandes annonces sur les dessins. » a-t-il également raconté pour expliquer le choix d’Anaïs Demoustier dont la voix douce, ensorcelante et déterminée colle parfaitement au personnage. « On ne doit pas faire des films adaptés aux enfants c’est aux enfants de s’adapter au monde. J’aime l’idée qui il y a des trous, des incertitudes, du mystère » a également déclaré le réalisateur  et c’est ce mystère et ces incertitudes que le film exalte également qui contribuent aussi à en faire un moment d’une grâce ensorcelante mais aussi à édulcorer la cruauté ou à l’intensifier, selon la force de l’imaginaire du spectateur. Ce conte à la fois sombre et lumineux est un moment de poésie et de magie rare dont le trait aérien possède la grâce d’un tableau de Matisse. Une non voyante est ainsi intervenue à la fin de la séance pour déclarer : « par des sons vous avez réussi à faire parler les couleurs ».

    Sortie en salles : le 1er décembre 2016

    L’univers dans lequel évoluent les jeunes héros de « Diamond island » de Davy Chou pourrait être celui d’un film d’animation.

    diamondisland

    Diamond Island est en effet une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches. Bora a 18 ans et, comme de nombreux jeunes originaires des campagnes, il quitte son village natal pour travailler sur ce vaste chantier. C’est là qu’il se lie d’amitié avec d’autres ouvriers de son âge, jusqu’à ce qu’il retrouve son frère aîné, le charismatique Solei, disparu cinq ans plus tôt. Solei lui ouvre alors les portes d’un monde excitant, celui d’une jeunesse urbaine et favorisée, ses filles, ses nuits et ses illusions.

    Davy Chou filme ainsi avec grâce (lui aussi) l’adolescence dans un décor à l’image de celle-ci: mélancolique, fascinant, entre 2 époques. En résulte un film au charme lancinant, hypnotique. Présenté à la Semaine de la Critique, ce premier long-métrage fait d’abord de son décor un personnage à part entière entre les immeubles de luxe en construction et les décors de fêtes foraines qui semblent emprisonner les personnages dans leurs griffes de bétons et métalliques où ils évoluent, leurs déambulations semblent chorégraphiées comme une  danse triste à la lueur des néons, aussi factices que l’insouciance de l’adolescence qui finira par s’éclipser. « Diamond island », aussi contradictoire que son titre, est un beau portrait de l’adolescence cambodgienne, un judicieux  écho entre ce pays en friche, fascinant et douloureux (ce diamant n’éblouit guère longtemps et ne cache pas le labeur qu’il nécessite à sa construction) et cette époque de la vie, où, un jour le décor s’écroule et les lumières éblouissantes s’éteignent pour laisser place à la réalité, souvent cruelle ou en tout cas médiocre, dans laquelle le véritable amour n’a plus sa place.

    Dans «Souffler plus fort que la mer » de Marine Place (prix du public), c’est aussi un univers et un personnage en pleine mutation qui nous est dépeint. Un univers plus proche  puisque Julie et ses parents, Loïc et Louison, vivent de la pêche sur une petite île au large de la Bretagne. Afin d’échapper aux dettes, ils sont obligés de se séparer de leur bateau contre une prime à la casse. La famille peine à faire face à cette nouvelle vie sans bateau et Julie se réfugie dans sa passion pour le saxophone pour dépasser l’étrange sentiment de submersion qui l’envahit peu à peu…

    souffler

    « J’avais envie de faire un film sur une sensation » a ainsi expliqué la réalisatrice qui a également raconté aux festivaliers luziens que le titre provenait d’une chanson intitulée «  chanter plus fort que la mer ». Avant ce premier long-métrage, la réalisatrice Marine Place a réalisé plusieurs documentaires. En résulte un souci d’authenticité et une volonté de nous présenter cet univers, celui des marins pêcheurs, sans le trahir, en restant fidèle à la réalité. Progressivement, le film gagne en gravité, en profondeur tout en s’auréolant de fantastique et de mythologie. Ce bateau qui symbolisait la passion et les liens familiaux, en étant condamné à la destruction va  désagréger cette famille et sa solidité. C’est beau et âpre comme un paysage breton et une scène de musique, à son image, nous serre le cœur et nous foudroie. La mer, l’amie d’hier devient l’ennemie, menaçante et tueuse.  Là encore, un trio d’acteurs épatant porte le film sur ses épaules : Aurélien Recoing et Corinne Masiero en tête (découverte à Saint- Jean-de-Luz dans le formidable « Louise Wimmer » de Cyril Mennegin) et une découverte, Olivia Ross.

    L’héroïne de « Paris la Blanche » de Lidia Leber Terki (France / Algérie), elle aussi empoigne son destin.

    Sans nouvelles de son mari parti travailler en France dans les années 70, Rekia (Tassadit Mandi), quitte le village de Kabylie où elle vit. Elle traverse l’Algérie, la France et les banlieues parisiennes pour ramener Nour (Zahir Bouzerar) au village. Mais l’homme qu’elle finit par retrouver dans un foyer d’anciens travailleurs immigrés à la retraite a changé. Son héros, l’ancien combattant des maquis, celui qui était revenu au village pour la dernière fois il y a quatre ans, est devenu un étranger.

    paris2

    saintjean36

    saintjean39

    La réalisatrice qui a monté son film en 4 ans après de nombreuses difficultés était « intéressée par la mythologie à l’envers », « le voyage de Pénélope à l’envers », « Pour moi c’était plus un film sur le sacrifice que sur l’immigration », « J’avais envie de parler de ceux qui restent qui attendent », « J’ai voulu faire une utopie ». Pour nous faire éprouver l’importance cruciale de ce périple, la réalisatrice suit son héroïne depuis son départ de l’Algérie jusqu’à ses retrouvailles avec son mari, sa caméra ne la quittant presque jamais et elle aurait d’ailleurs eu tort de nous en priver tant la comédienne (qui a reçu le prix d’interprétation féminine qu’elle mérite amplement, le film a également reçu le prix France Bleu du long-métrage) crève littéralement l’écran et a fait fondre le cœur des festivaliers lors de la remise des prix où elle a lu un beau poème sur le déracinement. L’humanité qui se dégage de ces personnages, la tendre empathie avec laquelle les filme la réalisatrice procurent à ce film d’une belle utopie une douceur salutaire et un idéalisme revigorant. C’est avant tout un sublime portrait de femme amoureuse, déterminée, mais aussi le portrait de déracinés, celui de son mari, et ceux qui jalonnent la route de l’héroïne dans un Paris solidaire (très beau personnage de Karole Rocher). Et surtout ce film recèle le plus beau des témoignages d’amour : laisser la personne qu’on aime libre de ses proches choix. Face à la volcanique Tassadit Mendi, Zahir Bouzerar impose sa placide mélancolie. Un duo attachant plein d’émotion contenue qui saisit le spectateur au dénouement de ce film pudique et tendre. Lors de la clôture, en recevant son prix, Tassadit Mendi a magnifiquement parlé de son rôle, elle « qui ne devait pas faire ce film et qui a remplacé une comédienne qui s’est désistée 10 jours avant le début du tournage » et qui a été « émue par l’abnégation, le sacrifice, l’amour inconditionnel pour son mari et la sagesse » de son personnage.

    Sortie en salles : printemps 2017

     Le protagoniste de « You’ll never be alone » d’Alex Anwandter lui aussi est en pleine crise identitaire et subit une autre forme de déracinement. C’est en effet son identité profonde qu’il doit masquer. « You’ll never be alone » de Alex Anwandter (Chili), c’est l’autre coup de/au cœur de festival.

    alone

    Santiago du Chili. Pablo, un jeune lycéen se découvre une passion pour le cabaret. Mais un jour il est victime d’une violente agression homophobe qui le laisse dans le coma. Désespéré Juan, son père, met tout en œuvre pour trouver les coupables…

    saintjean40

    A vrai dire, le pitch ne reflète pas toute la subtilité de ce film d’une âpreté déchirante qui met en scène une triste réalité. La mise en scène, entre les corps désincarnés des mannequins que le père répare dans le cadre de son travail (tandis qu’il ne soigne pas les bleus à l’âme de son propre fils), l’obscurité qui nimbe la plupart des scènes (le film est majoritairement  filmé de nuit ou en intérieurs) comme Pablo doit masquer son identité, sa vérité, font intelligemment résonner la forme et le fond. Les scènes d’une beauté flamboyante sur une musique envoûtante comme de courtes incursions dans l’univers d’Almodovar contrastent avec l’univers grisâtre qui imprègne le reste du film et qui en renforce encore  la beauté saisissante,  ces scènes étant alors des instants de respiration où le jeune Pablo peut enfin être lui-même,  justifiant aussi amplement le prix du meilleur réalisateur attribué à Alex Anwandter par Cédric Klapisch et son jury. Comme une résonnance avec « Compte tes blessures » dans lequel le personnage de Vincent exprimait son (mal)être à travers son art. Le titre illustre l’inverse de la réalité, Pablo étant condamné à la solitude par la lâcheté de ceux qui l’entourent, une lâcheté tristement ordinaire. Le plus percutant des plaidoyers contre la bêtise et une de ses formes, l’homophobie. Et un film bouleversant porté par un jeune acteur éclatant de justesse et sidérant de beauté. Et une fin qui nous balafre l’âme par sa  tristesse ravageuse.

    C’est aussi d’un amour impossible dont il est question dans le décalé « Drôles d’oiseaux » de Elise Girard, son deuxième film après « Belleville Tokyo ».

    droles

    Deux personnages. Georges et Mavie. Mavie et ses 27 ans. Pleine de doutes et d’inquiétude, qui se cherche. Georges et ses 76 ans. Misanthrope, comme caché dans sa librairie, exaspéré par le monde, qui n’attend plus rien de la vie. A eux deux, ils forment le plus beau et le plus improbable des couples. Il ne veut rien, elle veut tout. Et pourtant grâce à lui, elle se trouve. Et grâce à elle, il renoue avec la vie. L’amour qu’ils ne feront jamais ensemble est le plus beau et le plus émouvant. Mais bientôt Georges doit fuir et ce qui doit arriver, arrive…

    « Dans « Drôle d’oiseaux », l’idée était de de parler d’amour vraiment impossible et de l’idée que l’âge qu’on a n’est pas l’âge réel. « J’aime les longs plans », «  Je filme les gens souvent d’assez loin en les laissant faire, j’aime plus le cinéma classique  que le cinéma contemporain. », a ainsi déclaré la réalisatrice. Ces drôles d’oiseaux désignent bien entendu autant ceux qui tombent mystérieusement du ciel que les deux personnages principaux, entre le mystérieux septuagénaire misanthrope qui (décidément) lui aussi cache son identité et tient une librairie où personne n’entre jamais rien acheter (tout importun qui tente de faire une intrusion le dérangeant au plus haut point) et la jeune femme qui l’aime d’un amour platonique. Lolita Chammah (remarquable déjà notamment dans « Copacabana de Marc Fitoussi) et Jean Sorel jouent comme Jean-Pierre Léaud et semblent aussi décalés dans la vie que l’était Antoine Doinel. On retrouve avec plaisir la première et plus encore le second qui promène toujours son élégance digne, insidieusement dédaigneuse et aristocratique. La légèreté mélancolique  et l’humour absurde finissent par nous emporter et nous faire aimer ces êtres qui, là aussi, derrière des masques, de misanthropie pour l’un, de gravité pour l’autre, dissimulent une séduisante folie et singularité.

    Pour ouvrir et clore ce festival avec une compétition de haute voltige, il fallait deux films à la hauteur, en l’occurrence deux comédies sur l’adoption portées par des comédiens exceptionnels.

    yeux

    saintjean62

    saintjean63

    Dans le film d’ouverture, « Il a déjà tes yeux » de Lucien Jean-Baptiste, Paul est marié à Sali. Tout irait pour le mieux s’ils arrivaient à avoir un enfant. Jusqu’au jour où Sali reçoit l’appel qu’ils attendent depuis si longtemps : leur dossier d’adoption est approuvé.  Il est adorable, il a 6 mois, il s’appelle Benjamin, il est blond aux yeux bleus. Et il est blanc,  eux sont noirs. Par le truchement de cette comédie, Lucien Jean-Baptiste démonte les mécanismes du racisme dit ordinaire et que cette qualification conduit d’ailleurs à banaliser (comme cette fameuse manie de dire « black » qui a le don de m’horripiler) et les préjugés qui encore aujourd’hui sont trop souvent répandus. Le film vaut aussi et avant tout le déplacement pour ses numéros d’acteurs, parfois attendrissants, souvent hilarants. En tête, Vincent Elbaz (dont le personnage  n’est pas sans rappeler l’ami envahissant de « Coup de foudre à Notting Hill ») irrésistiblement drôle en ami attachant, collant et qui ne craint pas du ridicule. Comme toujours, Zabou Breitman, est parfaite, ici  dans un rôle d’assistante sociale suspicieuse, prête à tout pour prouver qu’elle a raison, surtout quelques manigances et beaucoup de mauvaise foi. Chaque apparition de l’actrice qui incarne la mère de la pétillante Aïssa Maïga est aussi d’une drôlerie irrésistible. Le film est produit par Nolita Cinema (avec à sa tête Maxime Delauney, membre du jury de ce Festival de Saint-Jean-de-Luz 2016) déjà à l’origine du savoureusement déjanté et décalé « Comment c’est loin » d’Orelsan.

    En salles : le 18 janvier 2017

    rencontre

    Le film de clôture résonnait évidemment avec celui de l’ouverture. En effet, dans « Comment j’ai rencontré mon père » de Maxime Motte, c’est la rentrée et dans la famille d’Enguerrand, petit garçon adopté d’origine africaine, l’ambiance est déjà assez tendue. L’arrivée de Kwabéna, un clandestin qu’Enguerrand prend pour son père biologique, ne va pas arranger les choses. Cet intrus va finalement se révéler être un formidable catalyseur et les multiples péripéties autour de sa présence vont enfin permettre à cette famille de se retrouver unie… Belle idée de terminer le Festival avec ce film qui comme « Il a déjà tes yeux » de Lucien Jean-Baptiste reflète la bienveillance  et la générosité à l’honneur dans ce festival. Isabelle Carré et François-Xavier Demaison (en librairie immature et père aimant qui, comme Jean Sorel, dans « Drôles d’oiseaux » ne vend pas de livres et cherche l’amour de son père) forment un couple qui fonctionne parfaitement à l’écran et nous interroge tout en douceur, humour et émotion sur la nécessité de franchir les frontières de la loi, lorsque humanité et générosité sont en jeu. Et ce film plein de tendresse a judicieusement  clos le festival en beauté.

    Sortie en salles : janvier 2017

    saintjean64

    Lors de la rencontre avec les membres du jury en début de festival (une vidéo à retrouver sur le site officiel du festival), Alice Isaaz a ainsi noté que participer à un jury « rééduque notre regard de spectateur », pour Stefi Celma, cela permet de « découvrir de nouvelles cultures et voyager » quand pour Maxime Delauney « les festivals permettent d’être moins paresseux dans sa démarche culturelle », ce à quoi Marco Prince a ajouté  « Ce que j’aime, c’est que ce festival soit familial, et d’avoir une vision de ce que sera le cinéma de demain. » Patrick Fabre, le directeur artistique du festival a complété en précisant : « Ce qu’on essaie aussi de provoquer dans un festival ce sont des rencontres », et les critères de choix du jury : « prendre des gens sympathiques, il faut que j’aime ce que font les gens et ce qu’ils sont. »

    souvenir

    En bref, le festival projetait aussi en avant-première « Souvenir », de Bavo Defurne, un objet filmique non identifié jalonné de maladresses mais malgré tout attachant grâce à Isabelle Huppert toujours irrésistible (mais cela devient un pléonasme) et toujours là où on ne l’attend pas (un autre pléonasme), ici dans le rôle d’une chanteuse oubliée (bloquée dans les années 70) qui a autrefois participé à l’Eurovision, et qui rencontre un jeune boxeur qui va la convaincre de tenter un come-back. Un feel good movie qui se regarde sans déplaisir, ne serait-ce que pour voir la chorégraphie improbable d’Isabelle Huppert sur son titre tout aussi improbable et délicieusement suranné « je dis oui ».

    Sortie en salles : le 21 décembre 2016

    Au programme également, un forum du court-métrage, l’occasion de découvrir deux formidables courts et de recevoir plein de bons conseils pour ceux, comme moi, que la réalisation titille. Le forum était précédé en illustration de deux remarquables courts-métrages : « Pas de cadeau » de Marie Vernalde et « Maman(s) » de Maïmouna Doucouré. Le festival propose également chaque année une compétition de courts-métrages, un moment là aussi toujours synonyme de belles découvertes et d’univers forts et singuliers.

    goliath

    J’en ai retenu 4, à commencer par  « Goliath » de Loïc Barché dans lequel Nicolas est follement amoureux de Charlotte, une fille qu’il connait à peine et qu’il fantasme à travers les photos qu’elle publie sur Facebook. Accompagné d’un ami, il décide de lui prouver son amour en accomplissant un exploit. La scène d’ouverture pourrait en rebuter plus d’un mais justement est un judicieux contrepoids et contrepied à cette dictature de l’immédiateté et de l’émotion qu’exigent aujourd’hui les réseaux sociaux et que le film démontre par l’excès finalement tristement réaliste. A voir aussi pour le toujours trop rare et si juste et talentueux Swann Arlaud.

    bleu

    Le deuxième court-métrage que j’ai choisi de retenir, c’est  celui qui a reçu le prix du public, « Le bleu blanc rouge de mes cheveux » de Josza Anjembe. À dix-sept ans, Seyna, une adolescente d’origine camerounaise se passionne pour l’histoire de la France, le pays qui l’a vue naître et dont elle est profondément amoureuse. Son baccalauréat en poche et sa majorité approchant, Seyna n’aspire qu’à une chose : acquérir la nationalité française. Mais son père Amidou s’y oppose farouchement. Une démonstration bouleversante et implacable de l’importance et la force symbolique que représente cette nationalité pour l’héroïne interprétée par Grace Seri investie corps et âme dans son rôle auquel elle apporte toute sa force, sa détermination et sa douceur.

    ordinaire

    Le troisième court que j’ai voulu mettre en lumière est « Une vie ordinaire » de Sonia Rolland. Les mauvaises langues diront certainement que la sélection de ce film doit beaucoup à la notoriété celle qui le porte et ils auraient tort car elle témoigne ici d’un véritable engagement et talent de cinéaste en mettant en scène cette histoire en grande partie inspirée de sa propre vie. Nadia, 15 ans,   doit s’occuper seule de l’éducation de son frère de 11 ans, de l’entretien de la maison et de ses études, sa mère étant en formation à l’autre bout de la France. Elle est totalement livrée à elle-même, aussi, lorsqu’un de ses camarades la provoque, Nadia explose ; résultat, elle est exclue de l’école… Cette fois-ci, pas d’échappatoire possible : elle va devoir affronter sa mère et faire des choix…

    fuera

    saintjean83

    J’ai également eu un énorme coup de cœur pour « Pa Fuera » de Vica Zagreba (mention spéciale du jury) dans lequel la jeune Stella et ses fillettes vivent chez Corto, isolées. Elles s’ennuient et passent le temps en chantant, en dansant. Eddy, un ancien amoureux de Stella débarque. Il les invite à son concert. Stella ne peut y résister. De ce film se dégagent une véracité, une énergie, une émotion, qui jamais ne quittent l’écran et finissent par nous bouleverser.

    hernst

    Enfin, « Monsieur Hernst » de Vincent Cappello  dans lequel un docteur poursuit monsieur Hernst dans les souvenirs de sa vie pour le guider à l’incident traumatique qui lui a fait oublier jusqu’à sa propre identité… Sans doute le film le plus maîtrisé de cette compétition, le scénario (en apparence tortueux) le plus maîtrisé également pour une démonstration là encore aussi implacable que bouleversante des mécanismes de la mémoire et de la force dévastatrice des traumatismes aussi anciens soient-ils sans oublier l’interprétation toujours impressionnante de Grégory Gadebois, a fortiori ici, dans un rôle aux multiples facettes et à différents âges de la vie auxquels son talent nous fait adhérer.

    l_espace_d_un_instant

    Le festival proposait également une master class sur l’animation, l’occasion de découvrir  « L’espace d’un instant », réalisé dessiné et animé par Alexandre Athané (aussi auteur de génériques comme « Aimer, boire et chanter » de Resnais, « Max » de Stéphanie Murat ou « Compte tes blessures » et « Monsieur Ernst », en compétition à Saint-Jean-de-Luz) et écrit par Vincent Cappello (le réalisateur de « Monsieur Hernst » précédemment évoqué). Un sublime film d’animation qui montre comment l’imaginaire peut panser les blessures de la vie (et ainsi une métaphore des pouvoirs inestimables du cinéma), également un très beau film sur la transmission dans lequel la douceur des images et de la voix de Pierre Richard nous bercent comme un conte, sans oublier de très beaux dialogues : « C’est comme cela que le monde avance, d’abord il y a les rêveurs, une fois qu’une image les a traversés ils la révèlent à l’humanité et elle se met au travail », « Rien ne peut empêcher l’homme de prendre l’univers en flagrant délit de désobéissance ». Une ode au rêve, à l’imaginaire, un moment de poésie dont la musique d’Alex Beaupain exacerbe la force et la beauté. Une forêt enchanteresse que l’on quitte avec regrets et émotions.

    Le festival proposait aussi une master class d’Ivan Calbérac sur l’adaptation que vous pouvez retrouver sur le site officiel du festival et dont sont extraites ces quelques phrases :

    saintjean100

    « L’écriture romanesque donne une grande place au dialogue intérieure » , « Ce qui est littéraire n’est souvent pas adaptable », « Adapter : en tirer la sève et la matière cinématographique », « On a un désir de réalisme très fort au cinéma, ce qui a une incidence sur l’écriture », «  La salle ne représente que 25 à 30 % de l’amortissement d’un film »(pour expliquer l’exigence des chaînes de télévision quand il est question du casting), l’occasion aussi pour lui de revenir sur le formidable succès de « L’étudiante et M.Henri » en Allemagne avec 530000 entrées France et autant en Allemagne alors que, habituellement les entrées en Allemagne ne représentent que  10% de celles engrangées en France.

    saintjean42

    saintjean91

    A l’image de son affiche (qui fait l’éloge d’un cinéma d’avenir avec, pour égérie, le comédien Amir El Kacem,  devant l’objectif de Chris Huby) , ce festival met l’audace et la liberté à l’honneur et permet la rencontre entre un lieu et des acteurs du cinéma (au sens large) et parfois ces rencontres donnent naissance à de nouveaux projets à l’image de ce clip extraordinaire de David Cairol (« Crazy lazy ») réalisé par Sylvain Chomet et projeté lors de la clôture, David Cairol dont je vous invite vraiment à découvrir le travail, notamment sur sa page Facebook, ici.

    cairol

    Je quitte ce festival avec une multitude d’images de films, des images indélébiles, au premier rang desquelles : Deux mains qui se tendent et s’accrochent l’une à l’autre. Une danse enfiévrée et flamboyante. Un noir et blanc d’une douceur mélancolique et envoûtante. Des odes à la poésie, à l’imaginaire. Des gros plans sur des visages qui résonnent comme des reproches. La grande faucheuse, menaçante et esseulée, qui erre dans la campagne bretonne. Des déambulations à la lueur des néons. Hypnotiques. Une esquisse à la Matisse empreinte de noirceur et de luminosité, de la beauté et de la cruauté de la vie. Des voix, des musiques, dans un café en Bretagne, ou de Pierre Richard, d’Anaïs Demoustier, d’Alex Beaupain. Les interprétations saisissantes de Kevin Azaïs, Grégory Gdebois, Déborah François, Jarkko Lathi, Grace Seri, Sergio Hernandez, Jean Sorel, Aurélien Recoing, Corinne Masiero, Monia Chokri,  Swann Arlaud, Nathan Willcocks, Vincent Elbaz, Zabon Breitman, Isabelle Carré, François-Xavier Demaison, Isabellle Huppert. Et bien sûr l’interprétation et la  joie communicative de Tassadit Mendi. Et tant d’autres…Et Saint-Jean-de-Luz, sa beauté mélancolique, et de beaux souvenirs que j’emporte avec moi.

    Pour terminer, un immense merci à Patrick Fabre pour son accueil chaleureux, sa bienveillance constante et rare envers les films et ceux qui les font, et l’enthousiasme et la passion  communicatifs qui transpirent de chaque échange avec les équipes de films et qui contribuent beaucoup à l’exceptionnelle convivialité de ce festival et qui prouvent qu’ambiance familiale et professionnalisme peuvent se conjuguer. Chaque année, c’est là que le meilleur des premiers et deuxième films de l’année à venir se dévoile et cette année ne dérogeait pas à la règle, mêlant à nouveau films d’auteurs populaires et films populaires exigeants et respectueux du spectateur (c’est-à-dire des films qui ne se réduisent pas à de simples pitchs) mais aussi de vraies avant-premières (ce qui devient rare en festivals, les films sortant désormais souvent la semaine de leurs projections en festivals ou peu de temps après). J’espère vraiment que ce festival, indispensable, perdurera. Un grand merci aussi à Eric Soreau pour son accueil et la mise en avant de mon premier roman « L’amor dans l’âme » (ici, ci-dessous, à la cérémonie d’ouverture) et de mon recueil « Les illusions parallèles » (qui comprend 16 nouvelles sur les festivals de cinéma dont une qui se déroule intégralement dans le cadre du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, ces deux livres sont disponibles à la librairie Louis XIV de Saint-Jean-de-Luz), à Isabelle et l’équipe de l’office de tourisme pour leur accueil chaleureux. Et merci à l’hôtel Ohartzia également pour le sourire constant.

     

    saintjean80

    ohartziasaintjean81

    Au Loreamar…:

    Ci-dessous, retrouvez également mes photos de l’hôtel Loreamar. En début de semaine prochaine, en partenariat avec l’hôtel, sur mon site Inthemoodforhotelsdeluxe.com, je vous ferai ainsi gagner (pour 2) un massage bien-être de 50 minutes dans le splendide Spa de l’hôtel, ainsi qu’un accès à l’espace thalasso et au spa-piscine d’eau de mer chauffée, sauna, hamman, douche expérience, fitness, salle de relaxation et un cocktail détox au bar.

    saintjean69

    saintjean70

    saintjean71

    saintjean78

    saintjean90

    Palmarès

    saintjean92

    Prix du Jury

    Prix du meilleur film : Olli Mäki de Juho Kuosmanen

    Prix du meilleur réalisateur : Alex Anwandter pour You’ll never be alone

    Prix de la meilleure interprétation féminine : Tassadit Mandi dans Paris la blanche de Lidia Leber Terki

    Prix de la meilleur interprétation masculine : Kévin Azaïs dans Compte tes blessures de Morgan Simon

    Prix du court-métrage : La tortue de Thomas Blumenthal et Roman Dopouridis

    Prix France Bleu

    Jury présidé par Frédérique Albrecht

    Long-métrage : Paris la Blanche de Lidia Leber Terki

    Prix du Public

    Long-métrage : Souffler plus fort que la mer de Marine Place

    Court-métrage : Le bleu blanc rouge de mes cheveux de Josza Anjembe

    Prix du jury jeune

    Long-métrage : Compte tes blessures de Morgan Simon

    Court-métrage : La tortue de Thomas Blumenthal et Roman Dopouridis

    N’hésitez pas non plus à consulter l’excellent site internet du festival: une mine d’informations avec, notamment, de nombreuses vidéos du festival, et notamment celle de la cérémonie de clôture.

    Vous pouvez également retrouver le festival sur les réseaux sociaux: Facebook, instagram (@fifsaintjeandeluz), twitter (@fifsaintjeandeluz).

    Retrouvez ce même article sur mon blog http://inthemoodforcinema.com.

  • Compte rendu et palmarès du 27ème Festival du Film Britannique de Dinard

    Mise en page 1

    sing2

    sing12

    Avec un peu de retard (ayant enchaîné avec le Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, à peine revenue du Festival du Film Britannique de Dinard) voici mon compte rendu de la formidable 27ème édition du festival. Retrouvez ce même compte rendu sur Inthemoodforfilmfestivals.com.

    di20162

    dinard20163

    di20165

    di20167

    di20168

    di20169

    dinard201612

    dinard201617

    dinard201618

    dinard201624

    sing3

    sing5

    sing34

    sing50

    sing54

    img_0735

    img_0824

    « Je crois en la force du cinéma pour nous permettre de passer de l’égoïsme à la générosité », a déclaré le président du jury de ce 27ème Festival du Film Britannique de Dinard, Claude Lelouch, lors de sa passionnante master class (sur laquelle je reviens en détails ci-dessous ainsi que sur le documentaire que lui a consacré Philippe Azoulay « Tourner pour vivre », projeté en avant-première à Dinard, et qui apportait un autre éclairage sur son cinéma). Cette force, galvanisante, réunificatrice,  présente à Dinard plus qu’ailleurs, pendant les 5 jours du festival, a (em)porté les festivaliers, bien loin de l’esprit du Brexit qui était pourtant dans toutes les têtes et  de toutes les conversations. Au Festival de Dinard, générosité, bonne humeur, excentricité (à l’image de son affiche joyeusement décalée qui a d’ailleurs inspiré deux membres du jury lors de la clôture) sont en effet toujours les maîtres mots, et ils l’étaient cette année. Plus que jamais. Les films en lice cette année  mettaient souvent en scène des personnages en fuite qui a priori n’avaient rien en commun mais que les voies malicieuses et sinueuses du destin ou les aléas de la vie finissaient par (ré)unir. Comme une métaphore de  cette Union Européenne dont la devise est In varietate concordia  (L’unité dans la diversité)  que les Anglais veulent quitter? Des films qui reflétaient en tout cas aussi l’incertitude face à l’avenir.  « Au moins 60% des films sélectionnés posent des questions sur demain, sur ce qu’on va devenir », a déclaré Hussam Hindi, le directeur artistique du festival, ajoutant : « ce n’était pas un choix délibéré de notre part, on s’est dit que ça avait peut-être un rapport avec ce qui se passe dans ce pays depuis plusieurs années,  les jeunes se cherchent et se posent des vraies questions politiques, culturelles et sociales. » Et si nombreux étaient les films qui reflétaient une inquiétude quant à l’avenir, c’est finalement un film plein d’espoir et débordant de musique, qui a remporté tous les suffrages, insufflant une bouffée d’optimisme et d’utopie dans le cœur des festivaliers.

    di20163

    « La vie est le plus grand cinéaste du monde » a aussi coutume de répéter Claude Lelouch. C’est sans doute pour cela, aussi, que de mes 23 années de pérégrinations en festivals de cinéma, j’ai voulu m’inspirer pour raconter 16 histoires et autant de déclarations d’amour au cinéma. 17 ans après ma participation au jury du Festival du Film Britannique de Dinard, j’ai ainsi eu le grand plaisir d’y dédicacer mon recueil « Les illusions parallèles » (publié en septembre 2016 aux Editions du 38), et avant d’en venir aux films, je tenais à adresser encore un immense merci au festival pour avoir communiqué sur cette séance, riche en émotions, et à la librairie Nouvelles Impressions de Dinard, où vous pouvez d’ailleurs toujours trouver le recueil, et à Thierry de la Fournière, son épouse et ses collaborateurs pour l’accueil particulièrement chaleureux et ce moment si agréable. Une fois de plus ma réalité rejoignait ma fiction puisqu’une nouvelle du recueil intitulée « A l’ombre d’Alfred » se déroule au Festival du Film Britannique de Dinard et puisqu’ un certain Claude Lelouch dont les films ont initié ma passion folle pour le cinéma est reparti avec le recueil (dans lequel je parle d’ailleurs de ses films et plus encore dans mon roman « L’amor dans l’âme »). Mais revenons au cinéma britannique…

    img_0832

    sing8

    di20161

    dinard201619

    sing10

    Comme à Saint-Jean-de-Luz, malgré l’ampleur que je l’ai vu prendre au fil des ans, Dinard a su rester un festival familial où les cinéastes (et cinéphiles) ont plaisir à revenir. Le réalisateur du film d’ouverture « Whisky Galore », Gilles Mac Kinnon, avait ainsi obtenu le premier Hitchcock d’or du festival… il y a 26 ans.

    sing1

    « Le grand gagnant, cette année c’est moi et mon jury car on s’est régalés» a ainsi déclaré Claude Lelouch lors de la clôture. Et on le comprend ! Au programme cette année, à nouveau, le meilleur du cinéma britannique que ce soit à travers la compétition ou les avant-premières hors compétition et même dans le cadre d’une compétition de courts-métrages initiée cette année. Ajoutez à cela un cadre irréel, sur la somptueuse côte d’Emeraude dans un décor de cinéma entre la statue d’Hitchcock et les maisons classées d’une beauté inquiétante… que rêver de mieux ? Croiser Cary Grant ou Ingrid Bergman ? A Dinard rien ne semble impossible, pas même se retrouver en plein film d’Hitchcock, vous savez ces personnages ordinaires à qui il arrive des histoires extraordinaires…

    dinard201628

    dinard201620

    Le festival rendait aussi hommage à deux habitués cette année Kate Dickie (« Couple in a hole », « Red road »…) et Gary Lewis (« Billy Elliot », « Catch me Daddy »…). Et la marraine de cette 27ème édition n’était autre que la productrice Rebecca O’Brien. « Dites à vos amis anglais que l’on s’éclate dans l’Europe! » s’est ainsi exclamée cette dernière lors de son discours (engagé) à la cérémonie de clôture. « C’est à nous de faire en sorte que « Brexit » reste un mot ridicule sur du papier! » a-t-elle notamment ajouté.

    img_0820

    img_0818

    Dans le cadre de ces hommages, le festival nous a ainsi permis de revoir « Couple in a hole » dans lequel Kate Dickie tenait le rôle féminin principal, un film couronné du Hitchcock d’or l’an passé.

    Ce « Couple in a hole » de Tom Geens (« Sauvages » en VF), ce sont deux Britanniques qui vivent comme des bêtes sauvages dans un trou creusé à même le sol d’une forêt, quelque part en France. Le couple a vécu un drame moins d’un an auparavant et depuis se terre, en rupture avec la société. Jean Rochefort, président du jury du Festival du Film Britannique en 2015, avait expliqué que même si les saisons ne se suivaient pas dans ce film, même si certaines situations n’étaient pas vraisemblables, le jury se fichait bien de tout cela, captivé, et avait ainsi décidé de le récompenser du prix du scénario et du Hitchcock d’or. Cette fable terrible raconte comment, pour faire face à l’indicible, au deuil inacceptable, ineffable, un couple va revenir à l’état sauvage, comme si seul l’instinct vital le maintenait encore en vie face à une société incapable de comprendre cette douleur absolue. Les plans de la nature, sauvage et impitoyable, (mais moins que l’inhumanité à laquelle le couple sera ensuite confronté) alternent avec ceux du couple qui survit plus qu’il ne vit, fuyant tout contact avec les Hommes, ne vivant que de chasse et cueillette pour le mari tandis que sa femme reste cloitrée dans son refuge comme si la lumière extérieure la confrontait à son obscure réalité. Pendant ce temps, le mari,  descendu en ville pour trouver un médicament pour la soigner d’une piqûre d’araignée  rencontre un homme (Jérôme Kircher) avec qui il va nouer une amitié. Le deuil apparaît alors comme un piège inextricable… La radicalité du traitement (avec néanmoins de petites incursions fantastiques) sied parfaitement à la dureté du sujet et n’a pas effrayé le public qui lui avait aussi attribué son prix en 2015. Les deux acteurs principaux, Paul Higgins et Kate Dickie, se donnent corps et âme pour incarner cette folie, finalement peut-être seule réponse possible à l’absurdité d’un deuil inconcevable. Etonnant et poignant. (Et l’occasion de revoir la formidable Corinne Masiero).

    blake2

    Rebecca O’Brien, quant à elle, accompagnait le film de Ken Loach qu’elle a produit, projeté en séance spéciale « I, Daniel Blake », le film pour lequel le cinéaste britannique a reçu la palme d’or à Cannes en 2016. Dix ans après l’avoir déjà obtenue pour « Le vent se lève » Ken Loach, ainsi, intégrait le cénacle des cinéastes ayant reçu deux palmes d’or : les Dardenne, Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Michael Haneke. Alors qu’il avait annoncé il y a deux ans, après « Jimmy’s hall » (en compétition officielle du Festival de Cannes 2014) qu’il ne tournerait plus, Ken Loach est donc revenu à Cannes et en est reparti avec la récompense suprême. Une évidence tant ce film capte et clame les absurdités cruelles et révoltantes d’un monde  et d’une administration qui broient l’individu, l’identité, la dignité comme celles de Daniel Blake (formidable Dave Johns), menuisier veuf, atteint d’une maladie cardiaque mais que l’administration ne considère pas comme suffisamment malade pour avoir droit à une pension d’invalidité.  Le regard plein d’empathie, de compassion que pose Loach sur Daniel Blake, et celui plein de clairvoyance sur le monde qui l’entoure et plein de colère contre les injustices dont il est victime contribuent à cette  œuvre à la fois très personnelle et universelle. Que Daniel Blake évoque sa femme décédée, que Ken Loach dessine les contours d’ une famille qui se reconstitue (Daniel Blake rencontre une jeune mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450 kms de sa ville natale pour ne pas être placée en famille d’accueil), son point de vue est toujours plein de tendresse sur ses personnages, teinté d’humour parfois aussi, et de révolte contre ces « décisionnaires » qui abusent de leur pouvoir, presque de vie et de mort, dans des bureaux qui ressemblent aux locaux labyrinthiques, grisâtres et déshumanisés  de « Playtime »  comme un écho à cette époque d’une modernité  aliénante, déshumanisante et parfois inhumaine que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège. « Moi, Daniel Blake », c’est l’histoire d’un homme qui veut rester maître de son existence, qui se réapproprie son identité et son honneur que cette administration étouffante essaie de lui nier, qui prend le pouvoir, celui de dire non, de clamer son patronyme, son existence, lors de deux scènes absolument bouleversantes. Le poing levé de Ken Loach  qui nous lance un uppercut en plein cœur, ce cœur qui (ce n’est sans doute pas un hasard que le mal se situe là)  lâche peu à peu Daniel Blake, lui qui en possède tant.  « Moi, Daniel Blake » c’est un film qui donne la parole à tous ceux qu’un système inique veut murer dans le silence et leur détresse. « Moi, Daniel Blake »,  c’est la démonstration implacable de la férocité meurtrière d’un système, un film d’une force, d’une simplicité, d’une beauté, mais aussi d’une universalité redoutables et poignantes. Une palme d’or en forme de cri de colère, de douleur, et d’appel à l’humanité dont les lueurs traversent le film et nous transpercent le cœur, bien après les derniers battements de ceux de Daniel Blake.  « Dans cette période de désespoir il faut ramener de l’espoir. » «Un autre monde est possible et nécessaire » avait ainsi  déclaré Ken Loach en recevant son prix à Cannes.

    findingaltamira

    Parmi les nombreuses avant-premières du festival (et j’aurais rêvé posséder le don d’ubiquité pour toutes les couvrir) figurait également « Finding Altamira » de Hugh Hudson. Le réalisateur des « Chariots de feu » et de « Greystoke » nous emmenait cette fois en 1878 en Espagne, là où la jeune Maria Sautuola et son père Marcelino (Antonio Banderas), un archéologue amateur, font une découverte tout à fait extraordinaire: les premiers éléments d’art rupestre de l’histoire, des peintures extrêmement bien conservées et d’une grande précision représentant un galop de bisons. Mais la mère de Maria, la très pieuse Conchita, n’est pas seule à être perturbée par l’idée que des “sauvages” préhistoriques aient pu produire des œuvres aussi sublimes. En effet, l’Eglise catholique considère la possibilité d’une création artistique vieille de 10 000 ans comme une remise en question de la Bible par des mécréants. Véritable scandale, les scientifiques de l’époque s’avèrent tout aussi dogmatiques et réactionnaires…

    Les peintures des hommes préhistoriques représentent un spectacle fascinant et effrayant qui rappelle bien sûr les premières images animées et les origines du cinéma. Si le sujet est absolument passionnant (la confrontation entre la religion et la science, l’histoire de cette découverte éminente et la controverse qu’elle a suscitée, la destinée romanesque de Marcelino qui y donna et brûla sa vie) et retient donc notre attention du début au dénouement, dommage que les liens qui se tissent entre les personnages paraissent plus artificiels. Le film reste un excellent divertissement pédagogique qui nous donne aussi le plaisir de retrouver Golshifteh Farahani et de voir évoluer Pierre Niney en Anglais (actuellement à l’affiche du chef d’œuvre de François Ozon, « Frantz » et de l’épopée poignante et romanesque de Jérôme Salle, « L’Odyssée »), dans un anglais d’ailleurs parfait, le film aurait d’ailleurs gagné en profondeur si son personnage, non dénué d’intérêt, avait été épaissi.

    Même si elle a couronné un cinéaste déjà confirmé et d’ailleurs déjà récompensé à Dinard, John Carney, ( pour « Once » en 2007), comme chaque année, la compétition nous permettait de découvrir de talentueux  nouveaux cinéastes. Le générique des grands cinéastes qui, à leurs débuts ont été couronnés à Dinard, est ainsi impressionnant. Ainsi, en 1999, l’année où j’avais fait partie du jury, je me souviens d’un certain… Christopher Nolan qui avait reçu le Hitchcock d’argent. Parmi les Hitchcock d’or au gré des 26 éditions, on retrouve notamment Shane Meadows, Peter Webber, Paul Greengrass, Stephen Daldry, Michael Winterbottom, Danny Boyle…

    img_0837

    Comme la plupart des personnages des films en compétition de cette édition, les protagonistes de « Away » de David Blair fuyaient une vie âpre et étouffante. Alors que tout semble pourtant les séparer, Joseph (Timothy Spall) et Ria (Juno Temple) se lient d’une improbable amitié. Les deux personnages à la dérive devinent en l’autre la possibilité d’une vie meilleure… Une histoire d’amour, de deuil et d’espérance dans l’univers féérique de Blackpool. Pour ce genre de personnage, Timothy Spall qui semble toujours trimballer sur ses traits épuisés et désabusés toute la misère du monde est évidemment le comédien idéal. Face à lui Juno Temple incarne brillamment la vitalité, l’énergie, l’envie de s’en sortir malgré toute l’horreur qu’elle a déjà croisée dans sa jeune vie. Alors que tout les sépare, l’un et l’autre portent en effet des séquelles béantes et n’ont pas été épargnés par la vie. Deux êtres endeuillés que tout oppose : l’âge, l’origine sociale, le tempérament…qu’un accident du destin réunit. Le film par une ingénieuse construction devient un vrai puzzle, palpitant, qui au fur et à mesure que les pièces s’emboîtent dessine le portrait, plus complexe qu’il n’y paraissait, de ces deux êtres au bord du gouffre, sans manichéisme (même le tortionnaire de la jeune Ria semble avoir des circonstances atténuantes, absence de la mère évoquée en filigrane). Un film qui ne prend pas le spectateur par la main mais lui fait confiance et cela fait un bien fou, sans compter que certains plans sont d’une beauté renversante. Me restent en mémoire la beauté irréelle et mélancolique de Blackpool, le vent qui balaie le sable, une scène de danse qui suspend le vol du temps, et une belle croyance en l’être humain sur lequel, dans ce conte âpre et envoûtant, le cinéaste porte un regard rempli de bienveillance.

    Claude Lelouch («  je suis quand même plus metteur en scène que les autres » a-t-il ainsi déclaré devant le regard éberlué de Jalil Lespert et Victoria Bedos) a décidé de décerner un prix personnel coup de cœur à ce film. «  Le film d’un futur grand réalisateur » a-il- ainsi précisé.

    img_0792

    Les personnages de « Moon dogs » de Philip John, eux aussi, a priori n’ont rien en commun. Michael et son beau-frère Thor, un musicien de génie (incompris), vivent ainsi sur une petite île des Shetland perdue au nord de l’Ecosse. Sans autre point commun que le mariage de leurs parents respectifs, les deux garçons se parlent à peine. Par la faute de Thor, Michael voit partir en fumée son projet d’aller à l’université avec sa petite amie Lucy; ils se lancent alors dans un road-trip effréné qui mettra à mal leur relation déjà tendue. En route vers Glasgow, ils rencontrent Caitlin, une jeune femme libre et singulière qui rêve d’être chanteuse… Comme l’a très bien expliqué son actrice principale  « C’est un film qui raconte la rébellion moderne. Avant la rébellion ce n’était pas d’être soi-même. Maintenant la rébellion c’est le courage de quitter votre ville, de tomber amoureux et de suivre ses rêves. » Un film qui, à l’image de son personnage principal, enfantin, maladroit, agaçant même se révèle peu à peu, devient adulte et attachant pour nous conquérir tout à fait au dénouement et, à l’image de « Sing street », le grand lauréat de cette édition nous donnait l’envie de donner corps à nos rêves, d’ailleurs et de musique. Lors de la soirée « karaoké » au Grand hôtel, un des comédiens du film, Christy O’donnell éclatant de talent, aussi bien en tant que comédien qu’en tant que musicien, nous a d’ailleurs réservé un magnifique moment de musique (ma vidéo ci-dessous).

    Le grand vainqueur de ce festival est en effet un autre film musical, « Sing street » de John Carney. Reparti bredouille du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville où il avait pourtant récolté une mémorable standing ovation, il s’est rattrapé à Dinard en recevant tous les prix. « Tous les films rêvent de trouver leur public et quand un film trouve tous les publics, c’est l’aristocratie de ce métier » a ainsi déclaré Claude Lelouch, le président du jury qui a précisé que le Hitchcock d’or avait été remis à l’unanimité par son jury. « Sing street » en plus du  Hitchcock d’or du meilleur film a ainsi reçu le Hitchcock du meilleur scénario, le Hitchcock du public et le Hitchcock Coup de cœur (qui permet au film d’être distribué 40 salles du Grand Ouest). Rares sont les films à avoir ainsi emporté l’adhésion du public et des professionnels. Le festival couronnait ainsi cette année un film plus grand public et en tout cas moins âpre que le vainqueur du Hitchcock d’or de l’an passé, « Couple in a hole ».

    singstreet

    « Sing street »  sortira en salles en France le 26 octobre 2016, et nous dépeint aussi des adolescents qui prennent leur envol, cette fois par le biais de la musique. Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant  « Top of the Pops » est incontournable. Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter. Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir,  il lui propose de jouer dans son futur clip.

    Après les ensorcelants « Once » en 2007 et « New York Melody » en 2014, John Carney s’oriente à nouveau vers le style qui lui sied le mieux : le film musical. « Je ne voulais pas tourner un film musical sans raison valable. Je voulais raconter un épisode de ma vie suffisamment intéressant pour que j’aie envie d’en parler. Et je souhaitais que cette histoire soit sincère et personnelle » a spécifié le cinéaste. Ferdia Walsh-Peel qui incarne le protagoniste impressionne par sa maitrise et sa justesse dans ce qui est son premier rôle. « Sing street » est indéniablement le feel good movie par excellence, le genre de film qui vous donne envie d’empoigner la vie, votre destin, et qui vous insuffle une bouffée d’optimisme vous faisant quitter la salle avec plein de  nouvelles résolutions et en fredonnant gaiement. Mais ce n’est pas uniquement cela. En toile de fond, l’Irlande des années 80 et ses problèmes sociaux (divorce encore interdit contraignant les parents qui ne s’aiment plus à vivre ensemble) et économiques (qui font écho à ceux de notre époque) donnent de l’épaisseur au film même si ses personnages secondaires en manquent justement parfois. Le mode de filmage (à l’épaule) contribue aussi à l’énergie communicative qui se dégage de « Sing street ». La romance entre Conor et Raphina certes convenue suscite indéniablement l’émotion, Plus intéressant est le personnage du frère, mentor  passé à côté de sa vocation. Evidemment la bande originale et les références musicales (véritable hommage aux années 80) sont remarquables et achèvent de nous séduire.

    fantastic

    Je passe sur « This beautiful fantastic » de Simon Aboud, sorte d’Amélie Poulain sous camomille (la ressemblance se retrouvant jusque dans la musique aux accents de celles de Yann Tiersen) qui vaut avant  tout pour Tom Wilkinson qui incarne le faux misanthrope avec une jubilation communicative.

    sing7

    Le grand moment de ce festival fut indéniablement la master class de Claude Lelouch. Même si j’ai déjà eu le plaisir de l’entendre parler cinéma dans d’autres festivals et de nombreuses fois, cette conversation en petit comité était un moment privilégié mais aussi une belle leçon de cinéma qui nous a permis de revoir des extraits vus et revus (notamment de « Un homme et une femme », « Tout ça pour ça », « Itinéraire d’un enfant gâté », « L’aventure, c’est l’aventure »)  mais cela n’en était pas moins plaisant de les revoir et surtout magique d’entendre le public rire alors que, sans doute comme moi, l’assistance avait vu ces films et ces extraits une multitude de fois. Furent aussi projetés des extraits plus rares comme celui du film « À nous deux » qui a ouvert la master class, un film de 1979 avec Catherine Deneuve et Jacques Dutronc dans lequel le sens du récit et de l’image de Lelouch est comme toujours, époustouflant.

    Le cinéma de Claude Lelouch a bercé mon enfance. D’ailleurs, moi dont la passion pour le cinéma a été exacerbée à et par Deauville, j’étais presque « condamnée » à aimer son cinéma indissociable de cette ville qu’il a magnifiquement immortalisée.

    Lelouch. Prononcez ce nom et vous verrez immédiatement l’assistance se diviser en deux. Les adorateurs d’un côté qui aiment : ses fragments de vérité, ses histoires d’amour éblouissantes, sa vision romanesque de l’existence, sa sincérité, son amour inconditionnel du cinéma, ses phrases récurrentes, une musique et des sentiments grandiloquents, la beauté parfois cruelle des hasards et coïncidences. Les détracteurs de l’autre qui lui reprochent son sentimentalisme et tout ce que les premiers apprécient, et sans doute de vouloir raconter une histoire avant tout, que la forme soit au service du fond et non l’inverse. Je fais partie de la première catégorie et tant pis si pour cela je dois subir la condescendance des seconds. Le cinéma est pour moi avant tout affaire de passion, de sincérité, d’audace et quoiqu’en disent ses détracteurs, le cinéma de Claude Lelouch se caractérise par ces trois éléments comme le démontrait aussi magnifiquement de documentaire « D’un film à l’autre » réalisé à l’occasion des 50 ans des films 13.

    Un parcours fait de réussites flamboyantes et d’échecs retentissants. La plus flamboyante de ses réussites fut bien sûr « Un homme et une femme », palme d’or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement! Film que Claude Lelouch a, comme souvent réalisé, après un échec. Ainsi le 13 septembre 1965, désespéré, il roule alors vers Deauville où il arrive la nuit, épuisé. Réveillé le matin par le soleil, il voit une femme depuis sa voiture,  elle  marche sur la plage avec un enfant et un chien. Sa « curiosité est alors plus grande que la tristesse ». Il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. Cela donnera « Un homme et une femme », la rencontre de deux solitudes blessées qui prouve que les plus belles histoires sont les plus simples et que la marque du talent est de les rendre singulières et extraordinaires. C’est une des histoires qu’il a à nouveau raconté lors de cette master class.

     Quelle émotion aussi de revoir ses extraits de films en sa présence, le passage malicieux lors duquel Jean Dujardin dans « Un +Une »  critique les festivals, celui de « La Bonne année » où le talent de Ventura crève l’écran, la fameuse scène de la plage dans « L’aventure, c’est l’aventure » (dont Lelouch a raconté qu’elle avait été improvisée après avoir surpris Aldo dans des tentatives de drague sur la plage, entre deux prises) et notamment, un des passages que je préfère d’ « Un homme et une femme » , celui qui donne lieu à ce dialogue :

    Elle : C’est beau, hein… Cet homme avec son chien… Regardez : ils ont la  même démarche.

    Lui : C’est vrai. Vous avez entendu parler du sculpteur Giacometti ?

    Lui : Vous ne savez pas ?Il a dit une phrase extraordinaire. ..il a dit : « Dans  un incendie, entre Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. »

    Elle : Oui, et même : « Je laisserais partir le chat après. »

    Lui : C’est vrai ?

    Elle : Oh ! oui, c’est ça qui est merveilleux justement… non ?

    Lui : Oui, c’est très beau. Ça veut dire : « Entre l’art et la vie, je choisis la vie. »

    Elle : C’est formidable. Pourquoi m’avez-vous posé cette question ?

    Lui : Sur Giacometti ?

    Elle : Oui

    Lui : À propos de… du monsieur, là, avec son chien.

    Voilà ce qu’a répondu Claude Lelouch à cette même question :

    Claude Lelouch a ravi les festivaliers par ses aphorismes et ses petites phrases :

    -« J’ai la chance de vivre une grande  histoire d’amour avec le cinéma car j’aime la vie malgré tous ses défauts. »

    -« Nous avons tous les qualités de nos défauts et nos défauts sont plus photogéniques ».

    -« Le seul mot fin c’est quand on reçoit la lettre de licenciement final. »

    -« Je ne crois pas du tout à la mort surtout après mon voyage en Inde. Les Indiens expliquent que la misère, l’horreur est la meilleure préparation. »

    – « La plus grande université du monde c’est l’échec si on essaie de prendre l’échec à son compte. »

    -« Plus le malheur est grand plus il est grand de vivre/ »

    -« J’ai fait des films d’humeur sur l’humeur du moment, j’ai essayé d’être le reporter de ces hommes et ces femmes qui me fascinent dans leurs contradictions. »

    -« Je pense que les gens qui ont souffert sont plus aptes à apprécier la vie. La souffrance est le jogging du bonheur. »

    -« Le bonheur c’est quand les emmerdes se reposent. »

    -« Le bonheur est l’art du présent. »

    -« Une seconde de bonheur peut justifier une vie d’emmerdes. »

    -« La contrainte sollicite l’imagination. La souffrance est au cœur de la création. »

    -« Je ne veux pas être un enfant de la Nouvelle Vague. Je leur ai dit : vous m’avez montré ce qu’il ne fallait pas faire : des films chiants. Un film doit être une récréation. La Nouvelle Vague était pour moi un mouvement d’écrivains formidables qui se servaient du cinéma pour vendre leurs bouquins. Je ne conçois pas qu’un film ne soit pas avant tout une récréation ».

    -« Je crois en la force du cinéma pour nous permettre de passer de l’égoïsme à la générosité. »

    -« En Normandie c’est un climat qui fait fuir les imbéciles ».

    -« Je pense qu’on est fidèle tant qu’on a pas trouvé mieux. »

    -« La notion de récréation est importante dans tous mes films. »

    -« Le plan de la fin d’Un homme et une femme, je l’ai inventé au dernier moment me disant qu’il est obligé d’aller la chercher. »

    -« La vie est plus forte que nous. La vie est le plus grand cinéaste du monde. »

    -Les détracteurs bien-pensants de Lelouch seront certainement ravis d’apprendre qu’un des cinéastes qu’ils encensent montrait ses films en exemple :

    « La bonne année était un des films préférés de Kubrick qui montrait ce film à ses comédiens avant de tourner. »

    Lelouch a également raconté comment, dans « L’aventure, c’est l’aventure » la scène de la drague a été improvisée en voyant Aldo séduire sur la plage entre deux prises avec une démarche qui a inspiré la célèbre scène du film. Lino et Brel, un peu honteux de tourner cette scène, disaient ainsi : « de toute façon ce n’est pas grave, ce film ne sortira jamais ».

    -« Il faut faire confiance au hasard qui a toujours du talent. Il m’emmène là où mon intelligence n’aurait pas le courage d’aller. »

    -« Il m’est arrivé de faire des films à pile ou face. »

    -« Le cinéma m’a permis depuis un peu plus de 50 ans de partager ce que je crois voir dans le genre humain. »

    -«  « Quand passent les cigognes » est le film qui m’a le plus influencé. »

    -« J’ai adoré les comédies musicales qui sont des métaphores formidables. »

    -« Les Italiens sont des français qui ne se prennent pas au sérieux. »

    -« Mon prochain film s’appellera « Le bonheur c’est mieux que la vie ». Je me tournerai dans un an ou deux et je ne sais pas avec qui. »

    img_0843

    Le documentaire « Tourner pour vivre »  de Philipe Azoulay présenté en avant-première était un parfait complément à cette master class. « Dans la tête d’un créateur. Durant trois ans nous partageons la vie d’un cinéaste et sa croyance en l’incroyable fertilité du chaos. Un voyage inédit, une aventure artistique, une expérience humaine et spirituelle avec Claude Lelouch. » Nous découvrons à quel point Lelouch fourmille de projets (plusieurs, toujours, en même temps), le parcours du combattant (et initiatique) qu’a été le tournage de « Un + Une ». C’est passionnant, parfois bouleversant (lorsque,  Dujardin, par un coup de fil depuis l’Inde apprend l’horreur des événements de janvier 2015 en France, lorsque Claude Lelouch qu’on aura rarement vu aussi mélancolique, évoque cette fin de vie qu’il n’exclut pas de choisir) et parfois révoltant quand on voit les difficultés qu’il rencontre pour monter ses films, l’énergie qu’il déploie face à des financiers cyniques. On découvre aussi l’échec que fut « Salaud, on t’aime » (je vous dis tout le bien que j’en pense dans ma critique en bonus ci-dessous). « Je vis une très grande histoire d’amour avec le cinéma et ce film montre pourquoi et je le dédie à ma promotion d’élèves de Beaune. » a-t-il ainsi déclaré après la projection. En complément, je vous propose également ma critique du formidable « Un + Une » ci-dessous.

    A l’occasion de la clôture, Rémy Julienne a également reçu un Hitchcock d’honneur des mains de Claude Lelouch. « Le but de ma vie, c’est maintenant de mourir en bonne santé » a-t-il ainsi déclaré. « Je tremble a-t-il ajouté. « C’est la première fois que je te vois trembler » a répondu avec humour Claude Lelouch.

    Parmi les belles nouveautés de cette édition, une compétition de courts-métrages. Le jury Shortcuts présidé par Marianne Denicourta a couronné un film «  pour la radicalité de son sujet et de sa mise en scène» : le percutant «  Operator » de Caroline Bartleet tandis que le prix du public du court-métrage est revenu à « Balcony » de Toby Fell-Holden.

    dinard201621

    C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai quitté le festival cette année avec en tête plein de souvenirs, de cinéma, de belles rencontres, et l’envie que le temps s’accélère pour être déjà à la 28ème édition. Et celle comme dans « Sing street » et « Moon dogs » de suivre mes rêves…

    Un immense merci à Hussam Hindi pour sa passion et sa bonne humeur communicatives, et pour ce qu’il a fait de ce festival, à Laurent pour son constant sourire, son professionnalisme et son chaleureux accueil, à Camille pour son travail exemplaire à la communication, et à Isabelle qui représente avec jovialité la Mairie de Dinard et avec qui ce fut toujours un plaisir d’échanger, à Frédéric pour la préparation en amont et à Romain pour la réactivité. Merci à Pascal et à la librairie Nouvelles Impressions pour le séance de dédicaces.

    Prochain festival : Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule où j’aurai plaisir de dédicacer le 13 novembre. Retrouvez les premières annonces sur la programmation sur ce blog et ce week-end mon article sur le programme complet.

    PALMARÈS

    dinard201630

    Le Jury de la 27e édition du festival du film britannique de Dinard présidé par Claude Lelouch, entouré des actrices françaises Victoria Bedos, Julie Ferrier, Anne Parillaud et Florence Thomassin, des acteurs britanniques James D’Arcy et Phil Davis, de l’acteur et réalisateur français Jalil Lespert ainsi que des producteurs Colin Vaines et Eric Lagesse, a décerné les prix suivants :

    Hitchcock d’Or Ciné + Grand Prix du Jury

    SING STREET  de JOHN CARNEY

     Sortie nationale : 26 OCTOBRE 2016

     Ce Prix est doté d’une campagne de promotion sur les chaînes Ciné+

    Hitchcock du meilleur Scénario Allianz

    SING STREET  de  JOHN CARNEY

     Sortie nationale : 26 OCTOBRE 2016

      Mention spéciale du président Claude Lelouch

     AWAY de  DAVID BLAIR

    Le Public de cette 27e édition a, quant à lui, décerné 1 prix:

     Hitchcock du Public Première

     SING STREET de  JOHN CARNEY

     Nouveauté de cette 27e édition : le Jury SHORTCUTS présidé par l’actrice française Marianne Denicourt entourée de la productrice britannique Helen Simmons, du réalisateur et acteur James Kermack et de Philippe Boudoux, attaché audiovisuel de l’Institut français de Londres, a décerné les prix suivants :

     Hitchcock du Jury SHORTCUTS

     OPERATOR  de  CAROLINE BARTLEET

     Hitchcock du public SHORTCUTS

    BALCONY  de TOBY FELL-HOLDEN

     Autres prix/Other Prizes :

     Hitchcock « Coup de cœur »  décerné par l’association La Règle du Jeu

    SING STREET  de  JOHN CARNEY

     Les films concourants pour ce prix ont déjà un distributeur en France : distribution du film primé dans 40 salles du Grand Ouest/ The films in this prize have already secured a distributor in France, enabling the film to be distributed in 40 cinemas throughout the West of France

     Hitchcock d’Honneur Orange à

    REMY JULIENNE

    Retrouvez également mes bonnes adresses à Dinard et Saint-Malo en cliquant ici.

    di201610

    Ci-dessus le Café 333 du Grand Hôtel Barrière de Dinard

    dinard201611

    dinard201613

    img_0754

    img_0778

    Critique de UN + UNE de Claude Lelouch

    un.jpg

    En 1966, avec « Un homme et une femme », sa sublime histoire de la rencontre de deux solitudes blessées avec laquelle il a immortalisé Deauville, Claude Lelouch recevait la Palme d’or, l’Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement ! Ce 45ème film de Claude Lelouch, presque cinquante ans plus tard raconte à nouveau l’histoire d’un homme et d’une femme et les années et les films qui séparent ces deux longs-métrages semblent n’avoir en rien entaché la fougue communicative, la réjouissante candeur, le regard enthousiaste, la curiosité malicieuse du cinéaste. Ni la fascination avec laquelle il regarde et révèle les acteurs. Les acteurs et la vie qu’il scrute et sublime. Bien que les critiques ne l’aient pas toujours épargné, il est en effet toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité, à la musique de Francis Lai, aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à son amour inconditionnel du cinéma et de l’amour, à ses phrases récurrentes, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté parfois terrible des hasards et coïncidences.

    Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même n’avait «pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,   Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ». Et tous ceux qui m’ont fait aimer le cinéma. Avec son film « Roman de gare », les critiques l’avaient enfin épargné, mais pour cela il avait fallu que le film soit au préalable signé d’un autre nom que le sien. Peu m’importe. Claude Lelouch aime la vie. Passionnément. Sous le regard fiévreux et aiguisé de sa caméra, elle palpite. Plus qu’ailleurs. Et ce nouveau film ne déroge pas à la règle.

    Après Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Sandrine Bonnaire dans « Salaud, on t’aime », c’est un autre trio charismatique qui est à l’honneur dans ce nouveau film : Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christophe Lambert (voire un quatuor avec Alice Pol). Son dernier film « Salaud, on t’aime » se rapprochait de « Itinéraire d’un enfant gâté », du moins en ce qu’il racontait l’histoire d’un homme à l’automne de sa vie, un autre « enfant gâté » passé à côté de l’essentiel et qui, contrairement au film précité, n’allait pas fuir sa famille mais tenter de la réunir. Ici, c’est finalement aussi d’un homme passé à côté non pas de sa vie mais de lui-même dont Lelouch nous raconte l’histoire, une histoire que j’attendais de découvrir depuis que j’avais vu cette affiche du film orner les murs de Cannes, lors du festival, en mai dernier.

    La manière dont le film est né ressemble déjà à un scénario de film de Claude Lelouch. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont ainsi plusieurs fois raconté sa genèse. Le hasard qu’affectionne tant Claude Lelouch les a réunis sur le même vol entre Paris et Los Angeles lors duquel ils ont parlé de cinéma pendant des heures et notamment d’un film de Claude Lelouch, « Un homme qui me plaît », qu’ils adorent tous les deux. L’histoire d’amour entre un compositeur incarné par Jean-Paul Belmondo et une actrice incarnée par Annie Girardot qui tombent amoureux à l’autre bout du monde. Elsa Zylberstein a appelé Claude Lelouch et l’histoire était lancée, une histoire d’amour qui, eux aussi, les a emmenés à l’autre bout du monde…

    Jean Dujardin incarne ici le séduisant, pragmatique, talentueux Antoine. Antoine est compositeur de musiques de films. Antoine regarde la vie avec distance, humour et légèreté. Antoine est comme un enfant joueur et capricieux. D’ailleurs, il porte le prénom du petit garçon dans « Un homme et une femme ». Hasard ? Ou coïncidence ? Il part en Inde travailler sur une version très originale de « Roméo et Juliette » intitulée « Juliette et Roméo » et alors que sa compagne (Alice Pol) le demande en mariage par téléphone. A l’occasion d’une soirée donnée en son honneur à l’Ambassade de France, il rencontre la pétillante Anna (Elsa Zylberstein), la femme de l’ambassadeur (Christophe Lambert), aussi mystique qu’il est pragmatique, une femme qui, en apparence, ne lui ressemble en rien, pourtant, dès ce premier soir, entre ces deux-là, semble régner une magnétique connivence. Cette rencontre va les entraîner dans une incroyable aventure. Et le spectateur avec eux.

    Ce que j’aime par-dessus tout dans les films de Claude Lelouch, ce sont ces personnages, toujours passionnément vivants. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi. Et dans ce film plus que dans tout autre de Claude Lelouch. Le fond et la forme coïncident ainsi en une ludique mise en abyme. Le film commence par l’histoire d’un voleur qui va inspirer le film dont Antoine a composé la musique et dont les images jalonnent le film…de Lelouch. Le présent, le passé et le rêve s’entrelacent constamment pour peu à peu esquisser le portrait des deux protagonistes, pour se jouer de notre regard sur eux et sur la beauté troublante des hasards de la vie.

    Cela commence par des images de l’Inde, fourmillante, colorée, bouillonnante de vie dont la caméra de Lelouch, admirative, caresse l’agitation multicolore. Prémisses d’un voyage au pays « du hasard » et « de l’éternité. » Un voyage initiatique. Puis, il nous raconte une première histoire. Celle du voleur qui sauve sa victime, et de leur histoire d’amour. Celle du film dans le film. Un miroir de celle d’Anne et d’Antoine. Presque un conte. D’ailleurs, devant un film de Lelouch, j’éprouve la sensation d’être une enfant aux yeux écarquillés à qui on raconte une fable. Ou plein d’histoires puisque ce film est une sorte de poupée russe. Oui, une enfant à qui on rappelle magnifiquement les possibles romanesques de l’existence.

    Ensuite, Antoine rencontre Anna lors du dîner à l’ambassade. Antoine pensait s’ennuyer et le dit et le clame, il passe un moment formidable et nous aussi, presque gênés d’assister à cette rencontre, leur complicité qui crève les yeux et l’écran, leur conversation fulgurante et à l’image de l’Inde : colorée et bouillonnante de vie. Il suffirait de voir cet extrait pour deviner d’emblée qu’il s’agit d’un film de Lelouch. Cette manière si particulière qu’ont les acteurs de jouer. Ou de ne pas jouer. Vivante. Attendrissante. Saisissante de vérité. En tout cas une scène dans laquelle passe l’émotion à nous en donner le frisson. Comme dans chacun des tête-à-tête entre les deux acteurs qui constituent les meilleurs moments du film, dans lesquels leurs mots et leurs silences combattent en vain l’évidente alchimie. Ils rendent leurs personnages aussi attachants l’un que l’autre. Le mysticisme d’Anna. La désinvolture et la sincérité désarmante d’Antoine avec ses irrésistibles questions que personne ne se pose. Antoine, l’égoïste « amoureux de l’amour ».

    Comme toujours et plus que jamais, ses acteurs, ces deux acteurs, la caméra de Lelouch les aime, admire, scrute, sublime, magnifie, révèle, caresse presque, exacerbe leur charme fou. Ce film comme chaque film de Lelouch comporte quelques scènes d’anthologie. Dans son précédent film « Salaud, on t’aime », les deux amis Kaminsky/Johnny et Selman/ Eddy nous rejouaient « Rio Bravo » et c’était un régal. Et ici, chacun des échanges entre Antoine et Anna l’est aussi. Comme dans tout film de Lelouch aussi les dialogues sont parsemés de petites phrases dont certaines reviennent d’un film à l’autre, souvent pour nous rappeler les « talents du hasard » :

    « Mon agent, c’est le hasard. »

    « Mon talent, c’est la chance. »

    « Le pire n’est jamais décevant. »

     Ce film dans lequel l’amour est l’unique religion est une respiration salutaire a fortiori en cette période bien sombre. Un hymne à l’amour, à la tolérance, au voyage aussi bigarrés et généreux que le pays qu’il nous fait traverser. Un joyeux mélange de couleurs, de fantaisie, de réalité rêvée ou idéalisée, évidemment souligné et sublimé par le lyrisme de la musique du fidèle Francis Lai (retrouvez mon récit de la mémorable master class commune de Lelouch et Lai au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2014, ici) et celle de la Sérénade de Schubert (un peu trop utilisée par les cinéastes ces temps-ci mais c’est celle que je préfère donc je ne m’en lasse pas), par des acteurs que le montage inspiré, la musique lyrique, la photographie lumineuse ( de Robert Alazraki), le scénario ingénieux (signé Valérie Perrin et Claude Lelouch), et l’imparable et incomparable direction d’acteurs de Lelouch rendent plus séduisants, convaincants, flamboyants et vibrants de vie que jamais.

     Une « symphonie du hasard » mélodieuse, parfois judicieusement dissonante, émouvante et tendrement drôle avec des personnages marquants parce que là comme ils le sont rarement et comme on devrait toujours essayer de l’être : passionnément vivants. Comme chacun des films de Lelouch l’est, c’est aussi une déclaration d’amour touchante et passionnée. Au cinéma. Aux acteurs. A la vie. A l’amour. Aux hasards et coïncidences. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent. Dans la vie. Au cinéma. Dans le cinéma de Lelouch qui en est la quintessence. Vous l’aurez compris, je vous recommande ce voyage en Inde !

    Critique de SALAUD, ON T’AIME de Claude Lelouch

     Cette dernière réalisation qu’est « Salaud, on t’aime » se rapproche peut-être davantage de « Itinéraire d’un enfant gâté », du moins en ce qu’elle raconte l’histoire d’un homme à l’automne de sa vie, un autre « enfant gâté » qui est peut-être passé à côté de l’essentiel et qui, contrairement au film précité, ne va pas fuir sa famille, mais au contraire tenter de la réunir.

    itinéraire.jpg

     Jacques Kaminsky (Johnny Hallyday) est ainsi un photographe de guerre et père absent, qui s’est plus occupé de son appareil photo (enfin plutôt de son impressionnante collection d’appareils photos) que de ses 4 filles (de 4 mères différentes) nommées Printemps (Irène Jacob), Eté (Pauline Lefèvre), Automne (Sarah Kazemy –révélée par le magnifique « En secret » de Maryam Keshavarz ) et Hiver (Jenna Thiam). Avec l’espoir de les réunir, il décide d’acquérir une maison dans les Alpes dont il tombe amoureux en même temps que de celle qui la lui fait visiter,   Nathalie Béranger (Sandrine Bonnaire). Tout va se compliquer encore un peu plus quand son meilleur ami, Frédéric Selman (Eddy Mitchell) va tenter de le réconcilier avec sa famille en leur racontant un terrible mensonge.

    johnny2.jpg

    Avec « Salaud, on t’aime », Claude Lelouch signe son 44ème film. Les réalisations et les années n’ont pourtant pas entamé la jeunesse et la modernité de son cinéma. Ni la curiosité, l’admiration, la fascination avec lesquelles il regarde et révèle les acteurs. Les acteurs et la vie qu’il scrute et sublime. Dès ce premier plan avec le beau visage buriné de Johnny Hallyday et derrière lui les pages d’un livre (écrit par sa fille) qui se consume, j’étais déjà happée. Et les pages de cet autre livre qui se tournent et montrent et rendent hommage au photographe de guerre qu’est Kaminsky, à tous les photographes de guerre et aux horreurs (et quelques bonheurs) de l’Histoire qu’ils ont immortalisées, souvent au péril de leur vie. Deux livres. Deux faces d’un même homme. Peut-être un peu le double de Claude Lelouch qui fut lui-même photographe de guerre à ses débuts.

     Dès les premiers plans du film règne à la fois une atmosphère tranquille et inquiétante à l’image de  celle de cette maison gardée par un  aigle majestueux, sublime, clairvoyant, là comme une douce menace, comme si tout pouvait basculer d’un instant à l’autre dans le drame ou le thriller. Le cinéma de Claude Lelouch ne rentre dans aucune case, situé à la frontière des genres. Ou si: il rentre dans un genre, celui d’un film de Lelouch, tout simplement. Et c’est ce que j’aime par-dessus tout : celle liberté, cet atypisme que j’ai retrouvés dans ce film.  Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même  n’avait « pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,   Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ». Et tous ceux qui M’ont fait aimer le cinéma.

    johnny5.jpg

     A l’image de ses autres films, sans doute celui-ci agacera-t-il ses détracteurs pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles il m’a enchantée. Ses citations sur la vie, la mort, l’amour, l’amitié :

    – « Un ami c’est quelqu’un qui te connait très bien et qui t’aime quand même »,

    -« Qu’est-ce que vous préférez le plus au monde, à part votre appareil photo ? Le juste milieu. L’équilibre. Vous savez comme ces types qui viennent de traverser le Grand Canyon sur un fil. »

    C’est d’ailleurs ce qui pourrait définir le cinéma de Lelouch. Et ce film. La vie aussi. Et ce qui les rend si singuliers, palpitants et attachants. Cette impression d’être sur un fil, sur le fil, au bord du précipice.

    Comme toujours chez Claude Lelouch, la musique est judicieusement choisie entre le sublime jazz d’Ella Fitzgerald et Louis Armstrong, la chanson « Les eaux de mars » de Georges Moustaki, ou encore les « Quatre saisons » de Vivaldi repris par les compositeurs du film, le fidèle Francis Lai et Christian Gaubert.

    Et puis il y a les acteurs. Ces acteurs que la caméra de Lelouch aime, scrute, sublime, magnifie, révèle, caresse presque. D’abord, Johnny Hallyday qui n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour être ce personnage. Son visage et sa prestance racontent déjà une histoire. Il n’a pas besoin d’en faire ou dire beaucoup pour imposer son personnage grâce à sa forte personnalité, un mélange de douceur,  de douleur, de force, de fragilité, de liberté, d’humanité, de rudesse et de tendresse. Et pour l’avoir vu (et revu) sur scène, que ce rôle lui ait été attribué me semble une évidence tant il est et joue sur scène et sait capter et captiver l’attention d’un regard. Leconte dans « L’homme du train » (à mon avis le meilleur film avec Johnny Hallyday) avait déjà compris cet énorme potentiel. Johnny Hallyday avait d’ailleurs déjà tourné sous la direction de Claude Lelouch en 1972 pour « L’Aventure c’est l’Aventure » où il jouait son propre rôle aux côtés de Lino Ventura et Jacques Brel. Ce rôle de Kaminsky semble avoir été écrit pour lui et pourtant il n’était initialement pas pressenti pour jouer le rôle principal de « Salaud, on t’aime ». Le plus sidérant est que Lelouch a dû l’imposer: « Aucune chaîne de télévision ne voulait faire un film avec Johnny et moi, aucune assurance n’a voulu nous suivre, les coproducteurs, les distributeurs, tout le monde s’est montré frileux. » Il y a eu Annie Girardot dans « Les Misérables », Jean-Paul Belmondo dans « Itinéraire d’une enfant gâté »  Tant d’autres… Il y aura désormais Johnny Hallyday dans « Salaud, on t’aime ». De fortes personnalités qui, plus que d’incarner des rôles, les imprègnent et les révèlent. Les réveillent même.

    A ses côtés, il y a Sandrine Bonnaire avec qui il forme un couple évident. Solaire Sandrine Bonnaire avec son sourire lumineux et empathique et dont on comprend qu’il en tombe immédiatement amoureux.

    johnny6.jpg

    Et puis les 4 « saisons » dont la photographie reflète judicieusement les caractères au premier rang desquelles Jenna Thiam (Hiver Kaminsky), révélation du film à qui sont dévolues les plus belles partitions. Le temps d’un dialogue dans une voiture qui pourrait constituer à elle seule un court-métrage, Lelouch nous montre quel directeur d’acteurs et quel conteur d’histoire il est.  Les « seconds » rôles ne sont pas en reste : Isabelle de Hertogh, Rufus, Agnès Soral, Valérie Kaprisky, Jacky Ido, Antoine Duléry…

     Enfin, dernier personnage ici (et non des moindres !): la nature, sublime et sublimée elle aussi, à laquelle ce film est aussi un véritable hymne et qui varie subtilement au gré des saisons.

    johnny9.jpg

    « Chaque nouvelle invention modifie l’écriture cinématographique. Mes gros plans c’est ma dictature, et les plans larges c’est ma démocratie, et pas de plan moyen. » avait-il dit lors du débat succédant à la projection du documentaire « D’un film à l’autre ». Ce nouveau film ne déroge pas à la règle. Une scène de repas est ainsi particulièrement réussie me faisant songer à celles qu’affectionnait Claude Sautet qui lui aussi aimait tant ces scènes mais aussi, comme Lelouch, raconter la vie. Notre vie.

     Ce film comme chaque film de Lelouch comporte quelques scènes d’anthologie. Celle pendant laquelle les deux amis Kaminsky/Johnny et Selman/ Eddy refont « Rio Bravo » est un régal. Mais aussi, à l’opposé, ce brusque basculement du film (que je ne vous révélerai évidemment pas) qui m’a bouleversée.  Il n’y a que lui pour oser. De même qu’il n’y a que lui pour oser appeler les 4 filles d’un personnage Printemps, Eté, Automne et Hiver. Et ce sont cette liberté presque irrévérencieuse, cette audace, qui me ravissent. Dans la vie. Au cinéma. Dans le cinéma de Lelouch qui en est la quintessence. La quintessence des deux.

    Lelouch, dans ce nouveau film coécrit avec Valérie Perrin,  raconte la vie, avec tout ce qu’elle comporte de beauté tragique ou de belle cruauté, de douleurs ineffables aussi, ses paradoxes qui la rendent si fragile et précieuse. En quelques plans, ou même en un plan d’une silhouette, il exprime la douleur indicible de l’absence. Mais c’est aussi et avant tout un film magnifique sur l’amitié et ses mensonges parfois nécessaires, sur le le pardon aussi…sans oublier ces « hasards et coïncidences » qu’affectionne le cinéaste. Ce hasard qui «  a du talent » à l’image de celui qui en a fait un de ses thèmes de prédilection.   Malgré son titre, peut-être son film le plus tendre, aussi.

     Je ne sais pas si le cinéma comme « le bonheur, c’est mieux que la vie » mais en tout cas Claude Lelouch fait partie de ceux dont les films nous la font voir en gros plans majestueux, parfois sans fards, avec une redoutablement sublime vérité, et qui nous la font aimer ardemment.   Et ce nouveau film porté par des acteurs solaires, un montage ingénieux, une musique judicieuse, une photographie émouvante ne déroge par à la règle. Le juste milieu entre légèreté et gravité. Les fragments de vérité et les fragments de mensonges. La vie et le cinéma.

  • Jour J - Rentrée littéraire - Mon recueil de nouvelles "Les illusions parallèles" en librairie

    rentree litteraire 3.png

    couverture Les illusions parallèles.png

    Quatrième de couverture Les illusions.png

    Voilà, c’est le jour J ! Quelques mois après la publication de mon roman « L’amor dans l’âme » sort aujourd’hui mon recueil de nouvelles « Les illusions parallèles » (également aux Editions du 38). Certaines nouvelles ont été écrites il y a un peu plus de trois ans, d’autres ont été achevées il y a deux mois, et sont donc très ancrées dans l’actualité. Le dénouement de chaque nouvelle mais aussi la dédicace du roman vous en diront plus sur le choix de ce titre. Ce fut en tout cas jubilatoire pour moi de jongler avec les mots et la réalité, avec les lieux, les styles et les atmosphères, les films aussi, pour finalement obtenir ces 16 histoires. J’espère que ce recueil vous embarquera aussi dans ses différents univers, qu’il vous fera rêver, voyager, frissonner, réagir.

    Ces quelques mots de mon éditeur publiés sur la quatrième de couverture du recueil vous donneront peut-être envie de le lire : « Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’humanité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquées, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin. Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor. »

    Ces 16 histoires sont aussi des déclarations d’amour au cinéma et aux festivals qui ont changé le cours de ma vie et dont je vous ai souvent parlé sur ce blog. Elles vous emmèneront dans les festivals de cinéma suivants : Deauville (Festival du Cinéma Américain – 2 nouvelles-), Cannes -3 nouvelles-, Monaco (Festival Cinéma et Littérature), Dinard (Festival du Film Britannique), Paris (Champs-Élysées Film Festival), Cabourg (Festival du Film Romantique), La Baule (Festival du Cinéma et Musique de Film), Annonay (Festival International du Premier Film), Lyon (Festival Lumière), Saint-Jean-de-Luz (Festival International du Film), Beaune (Festival International du Film Policier) et même à la cérémonie des César !

    La quatrième de couverture vous en dira plus sur le ton et le sujet…

    Pour les Deauvillais et ceux qui seront au Festival du Cinéma Américain de Deauville : la librairie « Jusqu’aux lueurs de l’aube » à Deauville vient d’en commander quelques exemplaires et vous devriez l’y trouver dès demain. Une séance de dédicaces sera peut-être mise en place pendant le Festival du Cinéma Américain, c’est encore en discussion. Pour les Lavallois, vous le trouverez dans quelques jours à la librairie MLire où je ferai aussi une rencontre dédicaces, et vous pouvez bien sûr dès à présent le commander dans ces librairies. Plusieurs séances dédicaces dans des festivals de cinéma que j’affectionne se mettent aussi en place, ce dont je me réjouis également. Je vous en dirai bientôt plus.

    Vous pouvez aussi bien sûr l’acquérir directement chez mon éditeur, ici,  http://www.editionsdu38.com/catalogue/litt%C3%A9rature-page-38/les-illusions-parall%C3%A8les/    (en papier ou numérique), mais aussi sur Amazon (https://www.amazon.fr/illusions-parall%C3%A8les-Sandra-M%C3%A9zi%C3%A8re-ebook/dp/B01KORIAJ6/ref=pd_rhf_dp_p_img_1?ie=UTF8&psc=1&refRID=BF0Y8ZC1K9JEA1HHSS3S ) ou sur les principales plateformes de vente en ligne, ou le commander dans votre librairie fétiche, où qu’elle soit. Les avis sont toujours les bienvenus, directement ou, mieux encore, sur Babelio, Fnac, Amazon etc. Le dossier de presse est aussi disponible sur demande en MP pour ceux qui voudraient en savoir plus.

    En attendant, « L’amor dans l’âme » poursuit sa route (et vous pouvez bien sûr toujours le commander chez mon éditeur, à la Fnac, chez Amazon, ou en librairie).

    Merci à Numilog pour ces très beaux visuels pour la sortie (site sur lequel vous pourrez aussi trouver la version numérique).

  • Littérature - LES ILLUSIONS PARALLELES en précommande chez mon éditeur!

    couverture Les illusions parallèles.png

    maquette couverture 3.png

    Comme je vous le disais il y a quelques jours, mon recueil de nouvelles "Les illusions parallèles" sortira le 22 août prochain. Pour les impatients, sachez qu'il peut d'ores et déjà être précommandé directement chez mon éditeur Les Editions du 38, en papier ou numérique, en attendant d'être disponible à la commande dans toutes les librairies ou directement sur internet sur les sites habituels (Amazon etc) ...

    Pour le commander dès à présent sur le site de mon éditeur, cliquez ici.

  • Quatrième de couverture du recueil de nouvelles "Les illusions parallèles" (en librairie le 22 août)

    maquette couverture 3.png

    Alors que les premières séances de dédicaces en festivals de cinéma commencent à se mettre en place (je vous en dirai bientôt plus, mais je suis impatiente!), après avoir dévoilé en avant-première la couverture , voici aujourd'hui la quatrième de couverture de mon recueil de nouvelles "Les illusions parallèles", prochainement publié.

    Pour le commander en librairie ou en ligne, je vous rappelle qu'il faudra attendre la sortie, le 22 août.

    En attendant, l'aventure de mon roman "L'amor dans l'âme" continue. Toutes les informations sur le roman sont ici: http://www.editionsdu38.com/catalogue/littérature-page-38/l-amor-dans-l-âme/

    illusionspara21JUILLET (2).jpg

     

  • En avant-première: la couverture de mon prochain manuscrit publié le 22 août 2016!

    illusionspara21JUILLET (2).jpg

    Je suis ravie de vous dévoiler en avant-première la couverture (et donc le titre) de mon nouveau manuscrit prochainement publié. Pour le commander en librairie ou en ligne, il faudra attendre la sortie, le 22 août 2016, mais pour ceux qui veulent d'ores et déjà en savoir plus ou pour les médias que cela intéresserait, le dossier de presse réalisé par mon éditeur Les éditions du 38 est déjà disponible (vous pouvez me le demander par email).

    La semaine prochaine, je vous dévoilerai la quatrième de couverture.

    En attendant, l'aventure de mon roman "L'amor dans l'âme" continue. Toutes les infos sur le roman sont ici: http://www.editionsdu38.com/…/littératur…/l-amor-dans-l-âme/