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festival de cinéma

  • Programme de PLANS SÉQUENCES : 1er FESTIVAL DU CINÉMA FRANÇAIS DE CASSIS (16 au 20 octobre 2026)

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    Un nouveau festival de cinéma est toujours une bonne nouvelle, a fortiori quand il est consacré au cinéma français, et que sa première édition a pour président d'honneur Claude Lelouch.

    Le Festival du Cinéma Français de Cassis tiendra sa première édition du 16 au 20 octobre 2026. Ce festival a pour louable ambition de "mettre à l’honneur le cinéma français d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le festival proposera une sélection de films en compétition, des avant-premières, des séances spéciales, des films de patrimoine, des rencontres et des masterclasses. Il offrira ainsi un espace de transmission et de dialogue entre les générations, tout en donnant une place essentielle aux nouveaux talents et aux métiers qui font vivre le septième art. À travers une programmation exigeante, populaire et accessible, cette manifestation souhaite rapprocher le public de celles et ceux qui créent les films. Les projections, les échanges avec les équipes, les hommages et les temps forts organisés dans la ville feront de Cassis un lieu vivant de découverte, de partage et d’émotion."

    Pour la "petite" histoire, la déléguée générale du festival est Louisa Maurin qui fut aussi la fondatrice et déléguée générale du formidable Festival du Film de Paris, dont j'avais eu le plaisir de faire partie du jury jeunes en 1998, alors présidé par Nadia Farès et Thierry Frémont. Nous avions récompensé Gadjo Dilo de Tony Gatlif. Le temps carnassier dévore les êtres (Nadia Farès et Tony Gatlif sont décédés cette année) mais heureusement pas certains souvenirs.

    Je vous laisse découvrir l'enthousiasmante sélection de cette édition qui prouve une nouvelle fois la vitalité du cinéma français qui déjoue les pronostics, à plus forte raison quand il est audacieux et ambitieux, comme le démontre le succès de La Bataille de Gaulle dont je vous parlais lundi dont les deux volets totalisent près de 6 millions d'entrées.

    Je vous recommande tous ces films, et évidemment La Californie, premier long-métrage réalisé par le si talentueux scénariste Jacques Fieschi (scénariste de chefs-d'œuvre comme mon film préféré, dont je vous parle si souvent ici, Un Coeur en hiver de Claude Sautet  -si vous ne l'avez jamais vu, j'espère que cette critique en lien ci-contre saura vous convaincre de le découvrir) ou encore plus récemment le mésestimé Bolero d'Anne Fontaine ou du magistral Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli) mais aussi l'incontournable Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch dont vous pouvez lire ma critique en bas de cet article.

     

    Président d’honneur : Claude Lelouch

    Président du Jury : Richard Anconina (avec Jacques Fieschi, Eric Fraticelli, Anne Parillaud). La liste des membres du jury sera complétée ultérieurement. Un jury des Cassidens sera par ailleurs présidé par l'actrice Françoise Gillard.

     

    FILM D’OUVERTURE

    7h40 ce matin-là réalisé par Nicole Garcia 

     

    FILMS EN COMPETITION

     

    Les Filles d’Abraham réalisé par Hanaël El Yousfi

    L’Âge d’or réalisé par Bérenger Thouin

    La Gradiva réalisé par Marine Atlan 

    Du fioul dans les artères réalisé par Pierre Le Gall

    Les yeux verts réalisé par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh 

    Chercheurs réalisé par Aurélien Peilloux

     

    FILM DE CLOTURE

     

    Demain je tombe amoureux réalisé par Martin Provost

     

    FILMS HORS COMPETITION

     

    Une femme aujourd’hui réalisé par Robert Guédiguian

    Un jeu dangereux réalisé par Karine Silla

    Malika réalisé par Mounia Medour 

     

    FILMS EN ANIMATION

     

    Le Corset réalisé par Louis Clichy

    Carmen, l’oiseau rebelle réalisé par Sébastien Laudenbach

     

    FILMS DOCUMENTAIRES

     

    Gabin réalisé par Maxence Voiseux

    Vous en faites trop Madame réalisé par Lisa Billuart Monet 

    D’un film à l’autre réalisé par Claude Lelouch

    Coeur secret réalisé par Tom Fontenille

     

    FILM CLASSIQUE

     

    La Prière aux étoiles réalisé par Marcel Pagnol 

     

    HOMMAGES

     

    Itinéraire d’un enfant gâté réalisé par Claude Lelouch

    La Californie réalisé par Jacques Fieschi “Pensée pour Nathalie Baye”

    Pour en savoir plus : le site officiel du Festival du cinéma français de Cassis

    Notez que le festival est accessible à tous et très abordable (pass 10 séances à 25 euros et 3 euros la séance). Toutes les informations pratiques, ici.

    Critique de Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch

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    Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch est un des plus grands succès du cinéaste, un film datant de 1988, que j'avais d'ailleurs eu le plaisir de revoir lors du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2016 dont vous pouvez retrouver mon compte rendu ici. (avec également le résumé de la rencontre avec Richard Anconina qui avait suivi la projection)

    Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va le rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…

    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen en exergue place le film sous le sceau du pessimisme et de la solitude, une impression  que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le long-métrage : « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné. La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues, juste avec la musique pour établir le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.

    Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).

    Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre-temps, il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille.  Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.

    Peu à peu, le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.

    Alors, bien sûr, il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprétée par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) est un moment d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin… !

    Jean-Paul Belmondo, plusieurs années après Un homme qui me plaît, retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui permettant d'incarner  pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.

    Itinéraire d’un enfant gâté est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.

    On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma (le temps malheureusement reste assassin), mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… »  et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.

  • Programme du 4e Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule 2026 (du 1er au 4 octobre)

    Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule 2026.jpg

    « La société politique contemporaine est une machine à désespérer les hommes », écrivait Albert Camus. Stefan Zweig, quant à lui, considérait que « la raison et la politique suivent rarement le même chemin ».

    Deux citations qui pourraient sembler tristement d’actualité et qui rendent d’autant plus nécessaire un festival comme celui de La Baule. Le Festival de la Fiction et du Documentaire Politique revient en effet pour une 4ème édition, du 1er au 4 octobre, au Cinéma Le Gulf Stream.

    Je vous ai souvent parlé de La Baule, notamment à travers mes fictions romanesques et à l’occasion des dix années pendant lesquelles j’ai couvert un autre festival baulois. L’an passé, je fus enchantée de (dé)couvrir ce tout jeune festival, réunissant deux de mes passions, le cinéma et la politique (dans une autre vie, j’ai suivi des études de sciences politiques). « Jeune festival » ne signifie pas « festival amateur » : la qualité de la sélection, des invités et des échanges des premières éditions en témoigne. 

    J'aurai de nouveau le plaisir de couvrir le festival cette année. Je vous invite à me suivre en direct sur Instagram avant de retrouver mon compte-rendu détaillé ici. En attendant, vous pouvez lire mon compte-rendu de l'édition 2025 du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, là.

    Porté par ses fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, et présidé par le réalisateur Gabriel Le Bomin, le festival a une ambition que je trouve particulièrement louable : permettre, grâce au cinéma, de prendre le temps d’écouter et de regarder autrement notre époque, de décrypter l’actualité et ses enjeux, et surtout de confronter les points de vue sans céder à la crispation.

    C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée lors de l’édition 2025 : dans une période où le débat public semble souvent condamné à l’affrontement, politiques, journalistes, cinéastes et spectateurs pouvaient ici s’écouter, dialoguer et parfois ne pas être d’accord… mais sans que le désaccord empêche l’échange. À l’approche d’une échéance aussi décisive que l’élection présidentielle de 2027, alors que le débat public risque plus que jamais d’être traversé par les crispations, les simplifications et la polarisation (il l’est déjà), préserver de tels espaces de réflexion, de dialogue et de nuance me paraît plus précieux que jamais.

    Et puis il y a les films...

    Parce qu’avant d’être un festival « politique », c’est évidemment un festival de cinéma. Parce qu’un film peut nous permettre de regarder autrement ce qui nous entoure, de prendre du recul, de comprendre un événement ou une époque autrement que dans le flux incessant de l’actualité. Et parce que la programmation fait dialoguer fictions et documentaires, offrant des regards multiples sur les grands enjeux politiques et sociétaux de notre temps.

    J’espère vous donner l’envie de découvrir ce festival singulier, convivial, exigeant et nécessaire dont je vous invite à lire mon compte-rendu de l’édition 2025 sur Inthemoodforcinema.com dans lequel j’évoque plusieurs très beaux moments de cinéma que m’a offerts ce festival, parmi lesquels : La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, Deux Procureurs de Sergei Loznitsa, Holding Liat de Brandon Kramer, The President’s cake de Hasan Hadi (Prix du jury, prix des médias), Dossier 137 de Dominik Moll (prix du public), Les Braises de Thomas Kruithof (mention spéciale du jury des médias, mention spéciale du jury fictions), Les combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury documentaire ex-aequo), L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier (film de clôture)...

    Voici le programme de l'édition 2026, particulièrement prometteur :

    En ouverture sera projeté le nouveau film de Mathias Mlekuz, Mon fils président. L'occasion pour moi de vous recommander à nouveau son film précédent, À bicylette !, dont vous pouvez lire ma critique, ici.

    En clôture, vous pourrez découvrir le film Jupiter d'Alexandre Smia.

    Parmi les fictions en compétition figure En haut de la pile, le nouveau long-métrage de Louis-Julien Petit dont je vous avais vivement recommandé les précédents films, notamment La Brigade (ma critique, ici).

    - 5 fictions en compétition :

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    - 5 documentaires en compétition :

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    - 3 films hors compétition

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    mais aussi :

    1 séance de dédicaces qui vous permettra de rencontrer les équipes de films,

    1 masterclass sur le thème : 2027, quels enjeux pour l'audiovisuel et le cinéma,

    1 master class sur le thème : Antisémitisme, une haine toujours en mouvements.

    Le Président du festival : Gabriel le Bomin

    Le jury fiction

    Président du jury fiction : Thierry Klifa (retrouvez, ici, ma critique de son dernier film, l'excellent La femme la plus riche du monde, qui fut projeté en ouverture du festival, l'an passé).

    accompagné de 

    Daphné Bürki

    Agnès Evren

    Alban Ivanov

    Isabelle Madelaine

    Le jury documentaire

    Jérémie Patrier-Leitus

    Joana Preiss

    Le jury presse et médias

    Président du jury : Bruce Toussaint

    accompagné de 

    Jean-François Achilli

    Christophe Carrière

    Soizick David

    Soazig Quémener

    Le jury lycéen 

    Présidente : Najat Vallaud-Belkacem

    accompagnée d'élèves du lycée Grand Air de la Baule

    Invités d'honneur :

    Yaël Braun-Pivet

    Hugues Cazenave

    Vincent Chauvet

    Sarah Ek Haïry

    Catherine Fieschi

    Michel Field

    Christian Giacomini

    Cyril Graziani

    Emmanuelle Guilcher

    Emmanuel Kessler

    Chloé Morin

    Denis Olivennes

    Pascal Perrineau

    Emmanuel Prévost

    François de Rugy

    Anne Sinclair

    Thomas Sotto

    Mario Stasi

    Informations pratiques 

    Cinéma Le Gulf Stream - 52 avenue du Général de Gaulle - salles 1 et 5 - 0251751541 - cinegulfstream.fr 

    Rendez-vous sur le site internet officiel du festival, pour en savoir plus : ici.

    Suivez également le compte Instagram du festival : @festival.fiction.politique

     

  • Programme du 54e Festival La Rochelle Cinéma (Fema 2026) : rendez-vous au paradis des cinéphiles du 26 juin au 4 juillet

    Affiche Fema 2026.jpg

    Même si je continuerai à couvrir les festivals de cinéma incontournables auxquels je suis fidèle depuis des années, comme le Festival du Cinéma Américain de Deauville, après le remarquable Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, que j'avais eu le plaisir de suivre pour la première fois en octobre 2025, je prendrai bientôt pour la première fois la direction d'un festival installé depuis longtemps dans le paysage cinématographique, une référence pour les cinéphiles : le Festival La Rochelle Cinéma, dit Fema, dont la 54e édition aura lieu du 26 juin au 4 juillet 2026. Je m'en réjouis d'autant plus que le programme est particulièrement enthousiasmant et diversifié, certes comme chaque année.

    Depuis 1973, le Festival La Rochelle Cinéma (Fema) est une grande fête du cinéma, au début de l’été, avec un public nombreux et fidèle, et des films d’hier et d’aujourd’hui venus du monde entier. En 2023, 141 longs métrages et 77 courts métrages, de 52 pays différents, ont été présentés au cours de 300 séances.  "Il n’y a pas de compétition à La Rochelle. L’important pour nous c’est l’esprit de curiosité, l’important pour nous c’est d’aller explorer dans tous les pays du monde", déclarait ainsi en 1980 le critique de cinéma Jean-Loup Passek, alors directeur du festival, ce qu'il fut jusqu'en 2001.  En 2018, Arnaud Dumatin et Sophie Mirouze, présents dans l’équipe depuis 2001 et 2003, reprennent à leur tour la direction et changent le nom du Festival, qui revient à ses origines en devenant le Festival La Rochelle Cinéma (Fema). Aujourd’hui, le Fema, qui a pour présidente Sylvie Pialat, reste non-compétitif et se veut une grande fête du cinéma, au début de l’été, avec un public nombreux et fidèle, et des films d’hier et d’aujourd’hui venus du monde entier. L'affiche est peinte depuis 1991 par Stanislas Bouvier, une fidélité exceptionnelle entre un artiste et un festival.

    Le Fema présente environ 200 films de la période muette au cinéma d’aujourd’hui, avec des rétrospectives  consacrées à des cinéastes qui ont marqué l’Histoire du 7e art et des hommages à des réalisatrices et réalisateurs, actrices et acteurs contemporains. D’autres sections sont proposées à chaque édition : « Découverte »  d’une cinématographie d’un pays peu diffusée, « Animation » avec la découverte d’une technique ou d’un cinéaste, « d’hier à aujourd’hui » une sélection de films restaurés et réédités en salles, « ici et ailleurs » 40 longs métrages coups de cœur de l’année inédits en France ou présentés en avant-première, etc. Un volet autour de la musique au cinéma s’est développé depuis 2009 avec l’invitation d’une compositrice ou d’un compositeur et la création de ciné-concerts. Depuis 2019, l’image est aussi à l’honneur avec une leçon de lumière d’une directrice ou d’un directeur de la photo. Le Fema La Rochelle organise un festival pour les enfants avec 3 séances par jour et un programme spécifique ainsi que d’autres rendez-vous réguliers et attendus comme le spectacle Retour de flamme. Enfin, le Festival se termine traditionnellement par une nuit blanche consacrée à un thème, un genre, une actrice ou un acteur.

    Cette année, vous pourrez aussi bien revoir des classiques, notamment de Jacques Tati, à l'honneur sur l'affiche. Je pense notamment à PlayTime qui, bien que sorti en 1967, pourrait ainsi avoir été réalisé aujourd'hui tant il reflète notre époque contemporaine : une époque avide de transparence, d'exhibition (« nous appartenons à une génération qui éprouve le besoin de se mettre en vitrine » disait-il déjà) et souvent aveugle à ce qui l'entoure. Une époque tonitruante et sourde. Une époque ultra « communicationnelle » et parfois tellement égocentrique voire égoïste. Une époque ouverte et cloisonnée. Une époque où les technologies compliquent parfois les rapports humains alors qu'elles devraient les faciliter. Une époque d'une modernité  aliénante (de l'uniformisation de l'architecture au rôle de la télévision en passant par l'influence de la société de consommation), déshumanisante et parfois inhumaine. C'est tout ce que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège parfois (contrairement à ce qu'on pourrait croire) plus désenchanté qu'enchanté, en tout cas enchanteur. Le premier plan sur l'immeuble gigantesque, en contre-plongée est ainsi le reflet, à la fois inquiétant et fascinant, de ce que représente la modernité pour Tati.  Quelle clairvoyance, lorsque Tati nous montre déjà une société aseptisée, uniformisée, qui perd son identité et sa convivialité mais qui perd aussi la notion d'intimité (même si ici la transparence est un leurre, au propre comme au figuré), des vies standardisées, une société monochrome, un monde moderne qui aliène dans lequel « la vedette est avant tout le décor ». Les corps et décors sont alors pareillement soumis à la standardisation et à la répétition. « Playtime » a ainsi été tourné en 70mm pour montrer la démesure de l'architecture par rapport à l'homme. Quel cinéaste arrive aujourd'hui à construire des plans (souvent des plans séquence et des plans d'ensemble) d'une telle richesse, d'une  telle densité, d'une telle polysémie avec un tel travail sur le son, les couleurs, l'organisation en apparence désorganisée de l'espace, créant un univers tellement singulier à la fois absurde et clairvoyant, tendre et mélancolique ? PlayTime est un bijou burlesque, héritier de Keaton mais aussi de Chaplin avec ses objets métonymiques (canne, chapeau),  d'une beauté inégalée et qui nous embarque dans son univers aussi gris que fantaisiste, aussi absurde que réaliste : Tati met ainsi en lumière les paradoxes de notre société par un cinéma lui-même en apparence paradoxal, mais savamment orchestré. Ah, la séquence du Royal Garden! Quelle lucidité. Quelle drôlerie ! Quel discernement ! Quelle folie savante et poétique ! Quel sens du détail ! 45 minutes d'une inventivité et d'une intelligence jubilatoires et incomparables ! Et quelle confiance accordée au spectateur qu'on cherche si souvent aujourd'hui à infantiliser et quelle confiance accordée à son regard qu'on cherche si souvent à dicter. Un tourbillon spectaculaire, une récréation savoureuse dont le spectateur fait partie intégrante. Tati se fait chorégraphe et maître de ballet de son univers labyrinthique si particulier et fascinant, tout en folie, déplacement et transparence, avec ses mouvements qui épousent d'abord les lignes architecturales puis qui prennent leur liberté, leur envol et deviennent plus audacieux comme une invitation à ne pas se laisser emprisonner par les lignes du décor et donc à se désaliéner de la modernité dans laquelle Paris n'est plus qu'un reflet inaccessible et nostalgique. L'artiste prend alors le pas sur les lignes rectilignes et glaciales de l'architecture. Tati s'inspire lui-même de plusieurs peintres : Mondrian, Klee, Bruegel...Il tente alors de décloisonner et perturber l'espace.

     Outre six films, deux documentaires consacrés à Jacques Tati seront présentés.

    Dans le cadre de rétrospectives, vous pourrez aussi revoir de nombreux chefs-d'œuvre, réalisés par Youssef Chahine, ou des films dans lesquels joue Diane Keaton. Vous pourrez aussi (re)voir l'intégrale de Nanni Moretti, les films de Léa Mysius ou Cristian Mungiu, et notamment Fjord, la palme d'or 2026.

    Je vous parlerai  bientôt longuement de ce film de Cristian Mungiu qui se garde de tout simplisme et manichéisme, dans un monde de plus en plus polarisé, prisonnier des postures, où les grands discours sur la bienveillance dissimulent souvent une profonde intransigeance, où les jugements hâtifs remplacent l'empathie et l'écoute. Une époque paradoxale qui, sous prétexte de vertu, condamne sans nuances et érige de nouveaux dogmes.  Le cinéaste nous pousse à interroger nos propres préjugés et contradictions, et cette notion de tolérance, devenue le privilège de ceux qui n'en font preuve que lorsque cela les arrange. "Les sociétés aujourd'hui sont fracturées, radicalisées. C'est un message pour la tolérance, l'inclusion, l'empathie. Ce sont des termes magnifiques, que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent" a ainsi déclaré le réalisateur lors de la cérémonie de clôture.

    Ce film ne sera pas le seul du palmarès cannois que vous pourrez découvrir à La Rochelle. Vous pourrez également voir le Grand Prix (Minotaure d'Andreï Zviaguintsev),  le Prix du Scénario (Notre Salut d'Emmanuel Mare),  le film couronné du double Prix d'interprétation féminine (Soudain de Ryusuke Hamaguchi). Vous pourrez aussi découvrir d'autres films en compétition à Cannes comme L'Inconnue d'Arthur Harari. Et, en ouverture : Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré, en présence de l’actrice Saadia Bentaïeb.

    Vous pourrez également savourer des films restaurés ou réédités, des classiques avec Michel Piccoli, mais aussi des films noirs savoureux de la collection Rivages/Noir : Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, Police Python 357 d'Alain Corneau...

    Mais aussi des raretés comme les films d'une cinéaste majeure en Estonie, à qui le Fema consacrera la première rétrospective, Leida Laius.

    Au total, ce seront 19 longs-métrages inédits ou en avant-première qui seront projetés et 17 documentaires inédits ou en avant-première.

    Le festival accorde toujours une large place à la musique avec des créations ciné-concerts dont vous pouvez retrouver le programme ici mais aussi une rencontre autour de la musique  avec Olivier Marguerit (musicien, compositeur), en présence de Dominik Moll (cinéaste), animée par Stéphane Lerouge (spécialiste de la musique pour l'image).

    Le Fema est accessible à tous. Je vous laisse découvrir les conditions d'accréditation, ici.

    L'agenda du festival est désormais disponible ici.

    Je vous invite aussi à découvrir We Love Fema qui est un espace communautaire dédié à la découverte, au partage et à la transmission autour du cinéma. Vous pouvez vous inscrire, ici.

    Un compte #welovefema vous donne en particulier accès aux fonctionnalités suivantes :

    • publier des micro-critiques sur les films programmés au Fema
    • composer et partager votre agenda personnalisé
    • ajouter des films à vos favoris
    • participer aux divers concours organisés par le festival

    Retrouvez, la semaine prochaine, la grille de programmation sur le site officiel du festival.

    En attendant, voici le programme détaillé de cette 54e édition :

    Rétrospectives

    Jacques Tati

    Souvent comparé à Charlie Chaplin, il se voyait plutôt comme un héritier de Buster Keaton auquel il vouait une grande admiration. Un cinéaste et un acteur burlesque qui, à l’ère du parlant, a créé un personnage unique, monsieur Hulot, avec un univers unique et singulier.
    Cinéaste de la modernité, de la poésie et du bruitage, Jacques Tati a véritablement réinventé le cinéma en observant le monde qui l’entourait dès la fin des années 1940 avec Jour de fête.

    6 films

    • Jour de fête (1949)
    • Les Vacances de monsieur Hulot (1953)
    • Mon oncle (1958)
    • Playtime (1967)
    • Trafic (1971)
    • Parade (1974)

    2 documentaires

    • Jacques Tati, tombé de la lune (2021) Jean-Baptiste Péretié
    • Itinéraire Bis (2026) Stéphane Goudet

    Diane Keaton

    À la recherche de Mister Goodbar Richard Brooks © Park Circus

    Star hollywoodienne des années 1970 depuis la trilogie du Parrain de Francis Ford Coppola, elle a remporté un Oscar en 1977 pour son rôle étincelant de vitalité et de fantaisie dans Annie Hall, comédie sur les affres du couple écrite pour elle par Woody Allen chez qui elle donnera libre cours à son brio comique. 

    8 films

    • Le Parrain (États-Unis, 1972) Francis Ford Coppola
    • Le Parrain 2 (États-Unis, 1974) Francis Ford Coppola
    • Annie Hall (États-Unis, 1977) Woody Allen
    • À la recherche de Mister Goodbar (États-Unis, 1977) Richard Brooks
    • Manhattan (États-Unis, 1979) Woody Allen
    • Reds (États-Unis, 1981) Warren Beatty
    • L’Usure du temps (États-Unis, 1982) Alan Parker
    • Meurtre mystérieux à Manhattan (États-Unis, 1993) Woody Allen

    Youssef Chahine

    Le Fema est heureux de célébrer le réalisateur le plus inventif du cinéma égyptien qui, en une quarantaine de films, aura raconté les grands bouleversements du monde arabe du XXe siècle et inscrit l’Égypte sur la carte de la cinéphilie mondiale : Youssef Chahine (1926-2008). À l’occasion du centenaire de sa naissance, cette rétrospective sera l’occasion de (re)découvrir son œuvre généreuse, courageuse, combative, exceptionnelle par sa longévité et sa diversité esthétique, mêlant divertissement et engagement, autant inspirée par l’âge d’or du musical américain que par sa propre vie. 

    10 films

    • Ciel d’enfer (1954)
    • Les Eaux noires (1956)
    • C’est toi mon amour (1957)
    • Gare centrale (1958)
    • Le Retour de l’enfant prodigue (1976)
    • Le Sixième Jour (1986)
    • Alexandrie, encore et toujours (1990)
    • L’Émigré (1994)
    • Le Destin (1997)
    • L’Autre (1999)

    Leida Laius

    Cinéaste majeure en Estonie, la première rétrospective de Leida Laius aura lieu au 54e Fema. Née en 1923 et disparue il y a 30 ans, elle a marqué l’histoire de son pays. Ses récits sensibles et sans concession témoignent des fragilités et résistances de femmes en rupture avec la société. Son œuvre profondément humaine allie exigence formelle et onirisme.

    8 films

    • Werewolf (1968)
    • Ukuaru (1973)
    • Un humain est né… (cm, doc, 1975)
    • Enfance (cm, doc, 1976)
    • The Master of Kõrboja (1979)
    • Esprits bienveillants de la ville natale (cm, doc, 1983)
    • Jeux d’enfants (coréal. Arvo Iho, 1985)
    • A Stolen Meeting (1989

    Hommages

    Dag Johan Haugerud

    Avec ses 4 premiers longs métrages, puis sa Trilogie d’Oslo, Dag Johan Haugerud, qui est aussi écrivain, signe une œuvre cinématographique romanesque, sensible et délicate, sur le désir, la sexualité et l’identité de genre. De film en film, nous retrouvons des portraits de femmes incarnés par de magnifiques actrices comme Andrea Bræin Hovig mais aussi la ville d’Oslo à laquelle le cinéaste est très attaché. 

    Une sélection de courts métrages et 7 longs métrages :

    • I Belong (2012) – inédit en France
    • I’m the One you Want (2014) – inédit en France
    • Beware of Children (2019) – inédit en France
    • The Light from the Chocolate Factory (2020) – inédit en France
    • La Trilogie d’Oslo : Rêves (2024) – Ours d’or Berlinale 2025
    • La Trilogie d’Oslo : Amour (2024)
    • La Trilogie d’Oslo : Désir (2024)

    Nanni Moretti

    Réalisateur, scénariste, producteur, exploitant indépendant et acteur dans la plupart de ses films, Nanni Moretti mêle dans son cinéma, profondément autobiographique, nourri autant de Federico Fellini, Pier Paolo Pasolini que des frères Taviani, crise de conscience politique et existentielle avec ironie, humour mordant et profonde mélancolie. 

    L’intégrale de ses seize longs métrages et trois de ses courts métrages :

    • Je suis un autarcique (1976)
    • Ecce bombo (1978)
    • Sogni d’oro (1981)
    • Bianca (1984)
    • La messe est finie (1985)
    • Palombella rossa (1989)
    • La Cosa (1990)
    • Journal intime (1993)
    • Le Jour de la première de Close-up (cm, 1995)
    • Aprile (1998)
    • La Chambre du fils (2001)
    • Le Cri d’angoisse de l’oiseau prédateur (cm, 2002)
    • Le Caïman (2006)
    • Journal d’un spectateur (cm, 2007)
    • Habemus Papam (2011)
    • Mia madre (2015)
    • Santiago, Italia (doc, 2018)
    • Tre piani (2021)
    • Vers un avenir radieux (2023)

    Cristian Mungiu

    Près de vingt ans après sa Palme d’or pour le saisissant 4 mois, 3 semaines, 2 jours, présenté en ouverture du Fema 2007, le cinéaste Cristian Mungiu, figure de proue du cinéma roumain, sera à La Rochelle avec l’intégrale de ses longs métrages. Il présentera en avant-première son nouveau film, Fjord, pour lequel il vient tout juste de recevoir sa deuxième Palme d’or à Cannes, un drame intimiste tourné en Norvège qui pose la question du vivre ensemble. 

    9 films :

    • Occident (2002)
    • 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007) 
    • Contes de l’Âge d’Or – 1re partie (coréal. Hanno Höfer, Răzvan Marculescu, Constantin Popescu, Ioana Uricaru, 2009)
    • Contes de l’Âge d’Or – 2e partie (coréal. Hanno Höfer, Răzvan Marculescu, Constantin Popescu, Ioana Uricaru, 2009)
    • Au-delà des collines (2012)
    • Baccalauréat (2016)
    • R.M.N. (2022)
    • Traffic (2024) Teodora Ana Mihai – coécrit par Cristian Mungiu
    • Fjord (2026) – en avant-première 

     

    Léa Mysius

    Découverte par la Semaine de la Critique à Cannes avec son premier long métrage, Ava, elle a fait l’ouverture du Fema en 2022 avec Les Cinq Diables. Cinéaste parmi les plus talentueuses et audacieuses de sa génération, exploratrice des sens, Léa Mysius viendra présenter son œuvre sensorielle teintée de fantastique et son nouveau film magistral, en avant-première, Histoires de la nuit, adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier.

    3 films :

    • Ava (2017)
    • Les Cinq Diables (2022)
    • Histoires de la nuit (2026) – en avant-première

    Regina Pessoa et Abi Feijó

    Avec une approche artisanale de l’animation, du stop-motion à la gravure, leurs films explorent tout en délicatesse les thèmes de l’enfance, l’immigration, la mémoire et l’identité. Cet hommage sera l’occasion d’explorer leur filmographie en trois programmes de courts métrages qu’ils ont réalisés et produits avec leur société Ciclope Filmes ainsi qu’une sélection de courts métrages d’animation de la nouvelle génération de réalisatrices portugaises. 

    Les courts d’animation de Regina Pessoa :

    • La Nuit (1999)
    • Histoire tragique avec fin heureuse (2005)
    • Kali le petit vampire (2012)
    • Oncle Thomas, la comptabilité des jours (2019)

    Les courts d’animation d’Abi Feijó :

    • Oh que calma (1985)
    • La nuit sort à la rue (1987)
    • Les Brigands (1993)
    • Fado lusitano (1995)
    • Clandestin (2000)
    • Notre Dame de la Présentation – coréal. Alice Guimarães, Daniela Duarte, Laura Gonçalves (2015)

    Fado Lusitano, Abi Feijó © Filmografo

    Les courts d’animation produits par Ciclope Filmes :

    • Amelia & Duarte (2015) Alice Guimarães, Mónica Santos
    • Ride (2018) Paul Bush
    • Altötting (2020) Andreas Hykade
    • La Madone au fandango (2026) Marcy Page

    Les réalisatrices portugaises d’animation :

    • The Garbage Man (2022) Laura Gonçalvez
    • Percebes (2024) Alexandra Ramires, Laura Gonçalvez
    • Seul comme un chien (2025) Marta Reis Andrade
    • Parce qu’aujourd’hui c’est samedi (2025) Alice Eça Guimarães
    • La Veste rose (2022) Monica Santos
    • Soupe froide (2023) Marta Monteiro

    Ici et ailleurs

    19 longs métrages inédits ou en avant-première

    • Adieu monde cruel (Belgique/France) Félix de Givry *
    • Blaise (France, animation) Dimitri Planchon, Jean-Paul Guigue *
    • Dégel (Espagne/Chili/USA) Manuela Martelli
    • Everytime (Autriche/Allemagne) Sandra Wollner
    • Home Stories (Allemagne) Eva Trobisch *
    • La Frappe (France) Julien Gaspar-Oliveri *
    • La Gradiva (France/Italie) Marine Atlan *
    • L’Inconnue (France/Italie) Arthur Harari *
    • Mariage au goût d’orange (France) Christophe Honoré * – Film d’ouverture en présence de l’actrice Saadia Bentaïeb
    • Mother’s Baby (Autriche/Suisse/Allemagne) Johanna Moder
    • Notre Salut (Belgique/France) Emmanuel Marre *
    • Le Prix et la valeur (Kosovo/All/Slovénie/Albanie/Macédoine du Nord/Belgique) Visar Morina
    • Roma Elastica (Italie/France) Bertrand Mandico *
    • Rose (Autriche/Allemagne) Markus Schleinzer
    • Seule la tendresse (cm, France) Nicolas Giuliani – en présence de Christophe Chauvin (chef opérateur)
    • Sheep in the Box (Japon) Hirokazu Kore-eda
    • Soudain (Belgique/France/Allemagne/Japon) Ryūsuke Hamaguchi
    • Le Triangle d’or (France) Hélène Rosselet-Ruiz *
    • Trois adieux (Italie/Espagne) Isabel Coixet *
    • Une disparition (Belgique/Liban/Palestine/Qatar/Arabie Saoudite) Rakan Mayasi

    * : En présence des cinéastes

    Les 80 ans du CNC : Les films soutenus par l’Aide aux cinémas du monde

    • 9 temples vers le ciel (Thaïlande/Singapour/France) Sompot Chidgasornpongse
    • La Deuxième fille (Chine/France) Zou Jing
    • Dua (Kosovo/Suisse/France) Blerta Basholli
    • Minotaure (France/Allemagne/Lettonie) Andreï Zviaguintsev *
    • No Good Men (Allemagne/France/Norvège/Danemark/Afghanistan) Shahrbanoo Sadat *
    • The Station (Yémen/Jordanie/France/Allemagne/Pays-Bas/Norvège/Qatar) Sara Ishaq
    • Vesna (Lituanie/France/Estonie) Rostislav Kirpičenko *
    • Yugo Florida (Serbie/Monténégro/Bulgarie/Croatie/France) Vladimir Tagić

    * : En présence des cinéastes

    Programme Humour belge, en collaboration avec le Brussels Short Film Festival

    6 courts métrages avec SME (sous-titrage pour sourds et malentendants)

    • Avec Thelma Anne Sirot, Raphaël Balboni
    • Le Plombier Xavier Seron, Méryl Fortunat-Rossi
    • Schroot Anthony Van Roosendael
    • Se dit d’un cerf qui quitte son bois Salomé Crickx
    • Le Signaleur Benoît Mariage
    • Tranche de campagne Hannah Letaïf

    École des Beaux-Arts de Bordeaux

    10 courts métrages :

    • Ange SMR Ninon Plantard
    • Avant de m’asseoir Tina Blanche
    • Cachons les sucettes Chaz El Charif
    • D’où viens-tu ? Victor Chavot
    • Histoire rochelaise Antoine Turcry-Cottereau
    • LAFOSSA Alice Delmotte
    • Nightmères Nike Victorino Krepischi Dos Santos
    • Nouvel An 98: mon papa sur mesure a rencontré mon père Fantin Lebrun
    • Le Poison des digitales Louis Castets
    • Le Raisin d’Amérique Zélie Boulestreau

    Au cœur du doc

    17 documentaires inédits ou en avant-première :

    • À l’amour (cm, France) Djanis Bouzyani *
    • À vous de jouer (France) Yves Jeuland *
    • Cœur secret (France) Tom Fontenille *
    • Deleau : le cinéma en liberté (Canada/Québec ) Michel La Veaux *
    • La Détention (France) Guillaume Massart *
    • Fiume o morte! (Croatie/Italie/Slovénie) Igor Bezinović
    • Gabin (France/Suisse/Allemagne ) Maxence Voiseux *
    • Irish Travellers (Irlande/France) Alexander Murphy *
    • Jacques-Henri Lartigue, la vie en relief (France) Denis Gaubert * – projection en 3D
    • Jardin d’enfants (Canada/Québec) Jean-François Caissy *
    • La Leçon de violon (France) Julie Bertuccelli *
    • Merci d’être venu (France) Alain Cavalier – en présence d’Emmanuel Manzano (monteur) et Zoé Chantre (cinéaste)
    • Qui vit encore ? (Suisse/France/Liban/Palestine) Nicolas Wadimoff *
    • Sarkash, les indociles (France/Corée du Sud) Sophie Schrago *
    • Une vie manifeste (France ) Jean-Gabriel Périot *
    • La Vie après Siham (France/Égypte) Namir Abdel Messeeh *
    • Viendra la révolution (République tchèque/Espagne) Pegah Ahangarani *

    * : En présence des cinéastes

    D’hier à aujourd’hui

    L’histoire du cinéma à travers des films restaurés, des raretés ou des classiques.

    Films restaurés ou réédités

    • L’Aventure d’une nuit (États-Unis, 1940) Mitchell Leisen
    • La Prière aux étoiles (France, 1941) Marcel Pagnol
    • Goupi Mains Rouges (France, 1943) Jacques Becker
    • Othello (États-Unis, 1947) George Cukor
    • Étoiles (Bulgarie/Allemagne, 1959) Konrad Wolf – en avant-première
    • La Dérive (France, 1964) Paula Delsol – en avant-première
    • La Party (États-Unis, 1968) Blake Edwards – en clôture du Fema
    • A Swedish Love Story : une histoire d’amour suédoise (Suède, 1970) Roy Andersson – en avant-première
    • Les Cannibales (Italie, 1970) Liliana Cavani
    • Tinimbang (Philippines, 1974) Lino Brocka – en avant-première
    • Qui sera tué demain ? (Italie, 1977) Luigi Zampa – en avant-première
    • Une femme comme Eva (Pays-Bas, 1979) Nouchka Van Brakel – en avant-première
    • Le plus grand mérite de la femme est son silence (Allemagne/Suisse, 1980) Gertrud Pinkus *
    • Gremlins 2 : La nouvelle génération (États-Unis, 1990) Joe Dante
    • Gremlins l’Amérique parasitée (France, 2026) Adrien Dénouette * – en avant-première
    • Les Amants du Pont-Neuf (France, 1991) Leos Carax – en avant-première
    • Les Nuits fauves (France/Italie, 1992) Cyril Collard – en avant-première et en présence de Jacques Fieschi (scénariste)
    • Intimité (France, 1993) Dominik Moll *
    • Antonia et ses filles (Pays-Bas/Belgique/Grande-Bretagne, 1995) Marleen Gorris – en avant-première
    • L’Amérique des autres (Serbie/Grande-Bretagne/France/Allemagne/Grèce, 1995) Goran Paskaljević – en avant-première
    • Quand la mer monte (France/Belgique, 2004) Yolande Moreau *, Gilles Porte * – en avant-première
    • Mysterious Skin (États-Unis/Pays-Bas, 2004) Gregg Araki – en avant-première
    • C.R.A.Z.Y. (Canada-Québec, 2005) Jean-Marc Vallée

    * : En leur présence

    Hommage à André Delvaux (Belgique)

    • Benvenuta (Belgique/France/Italie, 1983) André Delvaux
    • 1001 films (Belgique, 1988) André Delvaux

    Hommage à Michel Piccoli

    • La Faille (Italie/France/Allemagne, 1975) Peter Fleischmann – en avant-première
    • Une étrange affaire (France, 1981) Pierre Granier-Deferre

    Les 40 ans de la collection Rivages/Noir

    • Chronique d’un amour (Italie, 1950) Michelangelo Antonioni
    • Boulevard du Crépuscule (États-Unis, 1950) Billy Wilder
    • Du rififi chez les hommes (France, 1955) Jules Dassin – film audiodécrit par le Fema
    • La mafia fait la loi (Italie/France, 1968) Damiano Damiani
    • Police Python 357 (France/Allemagne, 1976) Alain Corneau
    • Série noire (France, 1979) Alain Corneau

    En présence de Dominique Sylvain,  Danielle Thiéry, Hervé Le Corre et Christian Roux

    AFFN – Archive Film Festival Network

    « AFFN présente » la naissance du cinéma d’auteur dans les années 1950 :

    • Stella, femme libre (Grèce, 1955) Michael Cacoyannis
    • La Complainte du sentier (Inde, 1955) Satyajit Ray
    • Un petit carrousel de fête (Hongrie, 1956) Zoltán Fábri
    • Désir (République tchèque, 1958) Vojtech Jasny

    « AFFN Film »

    • Au loin s’en vont les nuages (Finlande, 1996) Aki Kaurismäki

    Le Fema des enfants

    Carmen, l’oiseau rebelle Sébastien Laudenbach © Folivari, France 3 Cinéma, Région Auvergne Rhône-Alpes, La Garde Montante Films

    Avec Benshi
    Le Fema vous propose une vaste programmation dédiée aux enfants, des tout petits aux plus grands. 2 à 3 séances par jour, tous les jours et pour tous les âges à partir de 3 ans. 

    4 programmes de courts métrages pour les tout-petits :

    • Les Mésaventures de Joe Vladimír Pikalík | 3+
    • Patouille et Momo, les contes de la forêt Inès Bernard-Espina, Mélody Boulissière, Clémentine Campos * – en avant-première | 3+
    • Un amour d’épouvantail – en avant-première | 4+
    • Famille & compagnie – programme inédit | 6+

    5 longs métrages en avant-première :

    • Joyeuse Jungle ! (Born in the Jungle) Edmund Jansons | 5+
    • Petite Casbah Antoine Colomb – en présence des producteurs | 6+
    • Lucy Lost Olivier Clert * | 6+
    • Le Corset Louis Clichy * | 7+
    • Carmen, l’oiseau rebelle Sébastien Laudenbach * – accessible en version audiodécrite | 8+

    * : En leur présence

    Le festival propose aussi « Une journée avec Javier Bardem avec les projections de :

    Jambon, jambon Bigas Luna (1992)

    Les Lundis au soleil Fernando León De Aranoa (2002)

    Mar adentro Alejandro Amenábar (2004)

    No Country For Old Men Joel Coen, Ethan Coen (2007)

  • FESTIVAL CIAK ! 2025 - Le festival du film italien des Vosges, à Raon l'Étape (21 au 23 novembre)

     

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    Festival CIAK ! 2025 

    1/2 En Sardaigne, à Collinas, les 9 et 10 août 2025

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    « Il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de début. Il n'y a que la passion infinie de la vie. » Fellini

    Si, cet été, cette passion infinie de l'existence vous mène jusqu'en Sardaigne, je vous recommande ce festival consacré au film italien de patrimoine.

    L'édition 2025 de CIAK !, qui sera ainsi la troisième édition du festival du film italien de patrimoine, aura lieu du 21 au 23 novembre, à Raon l'Étape, dans les Vosges.

    Pour la première fois, cette année, CIAK ! se déclinera également en Sardaigne, dans le village de Collinas, les 9 et 10 août 2025.

    Au programme : Il Sorpasso (qui signifie "Le Dépassement" / titre français : Le Fanfaron ) de Dino Risi (1962) avec Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant, et Travolti da un insolito destino nell'azzurro mare d'agosto (Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été) de Lina Wertmüller (1971), avec Giancarlo Giannini.


    Ces séances seront présentées par Laurent Galinon, directeur artistique et programmateur du festival.

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    Je ne peux m'empêcher d'évoquer brièvement Le Fanfaron. Voici donc juste quelques mots dictés par mes souvenirs imprécis pour vous inciter à le découvrir dans le cadre de ce festival : ce long métrage est un petit bijou de Dino Risi, sommet de la comédie italienne des années 60, qui a pour coscénaristes Ruggero Maccari et un certain…Ettore Scola. Un trajet de Rome à Viareggio dans la Lancia Aurelia B24 d’un séducteur désinvolte, volubile et exubérant (Vittorio Gassman) avec un étudiant en droit studieux, timide et complexé (Jean-Louis Trintignant) dont il a fait la connaissance le matin même. Deux caractères (le libertaire et le conservateur), deux visages de la société italienne. Ensemble, à vive allure, ils vont vivre deux journées trépidantes de Rome à Viareggio... : le soleil du 15 août, l’insouciance contagieuse, la vie à 100 à l’heure. Un tourbillon de légèreté et de vitalité, non dénué de nostalgie et de mélancolie : « L’âge le plus beau, c’est celui qu’on a jour après jour, jusqu’à ce qu’on crève bien sûr. » Un instantané de la société italienne en plein boom économique et en pleine mutation. Un film dans lequel Catherine Spaak tient l’un de ses premiers rôles importants. Un road-trip étourdissant que Dennis Hopper et Peter Fonda reverront de nombreuses fois pour Easy Rider. Un film à la frontière des époques du cinéma transalpin (le néo-réalisme n’est pas si loin), entêtant comme un mélodie italienne populaire, faussement légère, comme la vie qu’il célèbre et donne envie d’enlacer : drôle et funeste.

    L'édition 2024 de CIAK ! à Raon-l'Étape fut consacrée aux grandes actrices italiennes.

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    Ce festival a été fondé par Laurent Galinon, auteur (notamment du livre Alain Delon en clair-obscur) et réalisateur (notamment du documentaire Delon/Melville, la solitude de deux Samouraïs), deux œuvres que je vous avais vivement recommandées ici, et que je vous conseille de nouveau de découvrir (suivez les liens pour en savoir plus).

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    2/2 Dans les Vosges, à Raon l'Étape, du 21 au 23 novembre 2025

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    L'édition 2025 à Raon l'Étape aura lieu du 21 au 23 novembre et aura pour thématique les "Comédiens à l'italienne" : Vittorio Gassman, Marcello Mastrioanni, Ugo Tognazzi, Vittorio De Sica, Alberto Sordi, avec les projections des films suivants :

    - Le Fanfaron de Dino Risi - 1h45 - 1962 - Le vendredi 21 novembre à 20h

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    - Divorce à l'italienne de Pietro Germi - 1h45 - 1961 - Le samedi 22 novembre à 21h

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    - Le Lit conjugal de Marco Ferreri - 1h30 - 1963 - Le dimanche 23 novembre à 10h

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    - L'Or de Naples de Vittorio de Sica - 2h11 - 1954 - Le samedi 22 novembre à 17h30

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    - Les Nouveaux monstres de E.Scola, D. Risi, M.Monicelli - 1h55 - 1977 - le dimanche 23 novembre à 15h

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    En présence de Jean Gili, historien du cinéma italien, qui donnera une conférence d'1h45 sur "Les grands acteurs italiens", suivie d'une dédicace, à la Médiathèque La Boussole à Saint-Dié, le samedi 22 novembre à 14h30.

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    La Halle aux Blés de Raon l'Étape
    Séance : 5 euros
    Pass festival : 20 euros


    Enfin, pour en savoir plus sur cet évènement : rendez-vous sur le compte Instagram de CIAK !  et sur sa page Facebook.

  • Roman - La Symphonie des rêves (Editions Blacklephant) - premiers épisodes de la belle aventure : critiques et dédicaces

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    Ci-dessus, La Symphonie des rêves à la librairie du Bon Marché Rive Gauche

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    Ci-dessus, La Symphonie des rêves à la nouvelle librairie Albin Michel, Boulevard Raspail, à Paris

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    Ci-dessus et ci-dessous, à la FNAC

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    Ci-dessous, à la librairie Gibert à Paris

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    Il est là. Le rêve qui se concrétise. Au milieu des autres. Un peu intimidé par ce prestigieux compagnonnage. Un peu fier d’y être, enfin. Je me souviens de ce sentiment d’exaltation quand l’idée s’est imposée, obsessionnelle, quand l’envie irréfragable d’écrire ce livre m’a transportée, quand j’ai établi un véritable plan d’attaque pour en bâtir l’univers en six mois alors que j’écris d’habitude à l’instinct, me laissant porter par mes personnages et émotions. L’émotion. C’est toujours la source et le but. Une émotion qui me submerge et m’envahit tant qu’il est vital de la transformer en histoire. Celle que j’espère réussir à vous transmettre, aussi. Je me souviens de cette énergie démente pendant ces six mois, à l’image de l’émotion d’alors qui la guidait. Je me souviens de ce journal intime auquel, à huit ans, j’avais confié le rêve secret, celui de devenir romancière. La voie me semblait impossible mais aussi être la seule possibilité de faire résonner ma voix. Je me souviens de ces livres dits d’adultes (Balzac, Hugo, Stendhal), que je dévorais à l’âge où ce n'était pas "normal", où au cours imposé de lecture à l’école je feignais de lire des BD pour avoir l’air « comme les autres ». Je me souviens que la normalité n’est qu’une invention des êtres sans fantaisie pour claquemurer celles des autres, et se rassurer. Je me souviens que les livres furent les derniers compagnons de vie de mon père qui m'en a transmis la passion, qu’ils nous relient au passé, aux disparus, aux rêves et êtres impossibles. Je me souviens qu’il vaut mieux éviter de se souvenir, parfois. Je me souviens d’une musique qui a tout enclenché, consolante et magnétique. Je me souviens que j’écris, à la fois pour me souvenir et pour oublier, pour une seule personne et pour tous. Et comme l’héroïne sur la couverture, pour regarder vers la mer, l’avenir, l’ailleurs, l’espoir.
    Je me souviens enfin de ces deux phrases déjà citées mais qui évoquent si bien la genèse de ce roman :
    « Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. » Cocteau
    « Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. » Duras

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    Je pourrais vous parler des chemins détournés et épineux qu'empruntent les rêves pour se concrétiser. Je pourrais vous parler de tous les hasards et coïncidences, des turbulences et des rebondissements qui ont jalonné ces derniers mois avant et après la publication de ce roman. Je pourrais vous parler de ce qui, profondément, viscéralement, a suscité l'envie irrépressible de raconter cette histoire sur la force des rêves et la puissance émotionnelle de la musique qui, dans ce roman, bouscule et relie les destinées, enfièvre et console. Je pourrais vous parler des désillusions, des drames, des joies, des rencontres, des doutes qui l'ont nourri. Mais au fond je ne "parlerai" jamais aussi sincèrement et aussi bien de tout cela qu'à travers les personnages de La Symphonie des rêves, sorte de kaléidoscope de toutes ces émotions qui vous feront voyager, d'Athènes à Venise, de Trouville à Nice, de Dinard à Cannes, de La Baule à Hydra, de Beaune à Paris, du Festival de Cannes au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, au rythme des élans musicaux et de leurs élans du cœur.

    D'autres, aussi, en ont parlé magnifiquement, et je les remercie, tout particulièrement Dan Burcea pour son sublime article et sa magnifique analyse dans la revue littéraire Lettres Capitales, une chronique que vous pouvez lire, ici.

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    Retrouvez également mon interview sur le site littéraire A la lettre pour en savoir plus sur le roman, sa genèse, mes goûts cinématographiques, en matière de musiques de films...

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    Quelques avis de lecteurs, aussi (partagés avec leur accord) :

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    Merci à radio J pour l'invitation, et en particulier à Line Toubiana et Lise Gutman, les premières à avoir parlé de La Symphonie des rêves.

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    Enfin, les premières séances de dédicaces furent un bonheur, à la Librairie du Marché de Deauville, à la FNAC de Laval et à la Librairie du Cinéma du Panthéon de Paris que je remercie pour leur confiance.

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    Photo ci-dessus, copyright Dominique Saint

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    Retrouvez d'autres photos et vidéos des séances de dédicaces sur mon compte Instagram @Sandra_Meziere.

     

  • ARRAS FILM FESTIVAL 2023 : PALMARÈS ET COMPTE-RENDU

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    Pour la première fois, j’ai eu le grand plaisir de couvrir l'Arras Film Festival dont la 24ème édition a eu lieu du 3 au 12 novembre. Deux journées intenses qui m’ont permis de découvrir la richesse de la programmation et la convivialité exemplaire de cet évènement cinématographique incontournable. Bien sûr, impossible de parler d’Arras sans avoir une pensée pour Dominique Bernard, le professeur assassiné dans un lycée de cette ville le 13 octobre dernier. Si le festival a été maintenu malgré cette tragédie, elle était évidemment dans les esprits de tous, la soirée d’ouverture du festival ayant d’ailleurs été dédiée au professeur. Si le cinéma permet aussi souvent de s’évader de la réalité, les films que j’ai vus pendant ces quelques heures à Arras témoignaient de situations souvent âpres, de vies enfermées dans une réalité rude et insoluble. Cela ne m’a pas empêchée d’être totalement envoûtée par ce festival, accessible à tous, doublement ouvert avec une programmation aussi très axée sur les cinémas d’ailleurs (et pas seulement), et d’être également ensorcelée par cette ville particulièrement accueillante, véritable décor de cinéma, intemporel et fascinant,  avec ses deux splendides places baroques, son beffroi et sa citadelle classés au patrimoine mondial de l’Unesco comprenant au total 225 édifices protégés au titre des monuments historiques (rendez-vous sur mon compte instagram @Sandra_Meziere pour découvrir d'autres clichés de cette ville majestueuse). Ces 10 dernières années, le Grand Arras, terre de cinéma, a ainsi accueilli plusieurs tournages sur son territoire : Pas son genre de Lucas Belvaux en 2013, La prochaine fois je viserai le cœur de Cédric Anger en 2014, La Liste de mes envies de Didier Le Pêcheur en 2014, En Mai Fais ce qu’il te plait de Christian Caron en 2015, Je ne rêve que de vous de Laurent Heynemann en 2018, Le 15h17 pour Paris de Clint Eastwood en 2018, Effacer l’historique du duo Benoît Delépine / Gustave Kervern en 2019...

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    Le palmarès de cette édition (à découvrir en bas de cet article) est à l’image ce festival, celui de tous les cinémas, qui a pour objectif de promouvoir la diversité du cinéma, et plus particulièrement du cinéma européen, avec un savant mélange de films nouveaux et anciens, en présence de nombreux invités français et étrangers, de films populaires, d’œuvres exigeantes et de films que l’on ne voit nulle part ailleurs. Au programme : des avant-premières en présence des équipes des films, une compétition de films européens, une sélection d’œuvres fortes, drôles, décalées, proposées dans le cadre des sections Visions de l’Est, découvertes européennes et Cinémas du monde, 2 rétrospectives : Sales Bêtes et Drôles de Tchèques, une sélection jeune, des invités d'honneurs (Dominique Blanc, Agnieszka Holland, Matteo Garrone) ...110 films projetés sur 10 jours ! Parmi les cinéastes dont furent projetés les derniers films : Vincent Perez, Frédéric Tellier, Robert Guédiguian, Thierry Klifa, Monia Chokri, Thomas Bidegain, Luc Jacquet, Yorgos Lanthimos... Le festival s’est ouvert avec le film de Vincent Perez Une affaire d’honneur tandis que le film de Caroline Vignal, Iris et les hommes, l’a clôturé. J’ai pour ma part décidé de voir des films appartenant à différentes sections, projetés soit au Mégarama, soit dans le magnifique Casino d'Arras, et toujours présentés avec rigueur et enthousiasme par les membres de l'équipe du festival, et suivis de passionnants débats avec les équipes de films.

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    Parmi la large sélection de films français projetés en avant-première, j’ai découvert le nouveau film de Stéphane Demoustier, Borgo, qui sortira en salles le 17 avril 2024, qui nous tient en haleine de la première à la dernière seconde, un film signant le retour du cinéaste au cinéma après le complexe et palpitant La Fille au bracelet (2019). Borgo nous raconte l’histoire de Mélissa (Hafsia Herzi), surnommée Ibiza par les détenus, surveillante pénitentiaire expérimentée, qui s’installe en Corse avec ses deux jeunes enfants et son mari. Là, elle intègre les équipes d’un centre pénitentiaire pas tout à fait comme les autres dans lequel on dit que ce sont les prisonniers qui surveillent les gardiens et non l’inverse ! Si ce film a pour matériau de départ l'histoire vraie d’une surveillante pénitentiaire mise en cause dans le double assassinat de Poretta en 2017, et en particulier des comptes rendus lus dans la presse, le réalisateur s’est avant tout inspiré du personnage de la surveillante qu’il dépeint ici dans toute sa complexité comme il le fit pour la protagoniste de La fille au bracelet. Dans le film, son intégration est facilitée par Saveriu qui, tout en la protégeant à l’intérieur comme à l’extérieur de la prison, tisse peu à peu sa toile pour l'enfermer dans un piège inextricable. Fascinée, Mélissa ne voit pas le piège se refermer sur elle et la protection se transformer en emprise. Le film sonde l’âme du personnage et son basculement, sa proximité de plus en plus forte avec le monde mafieux, les rapports de force, le glissement progressif dont elle semble ne pas se rendre compte. La minutie de la reconstitution (notamment de la vie de la prison, fortement documentée), la tension constante (entre le racisme dont est victime le mari de Mélissa, et la prison où finalement elle semble mieux accueillie et protégée, avec parmi de nombreuses remarquables scènes celle où les prisonniers, d’une cellule à l’autre, chantent en son honneur, scène lors de laquelle le visage de la surveillante s’illumine, la joie et la fierté l’emportant sur le sérieux qu’imposent ses fonctions), l’interprétation magistrale de Hafsia Herzi mais aussi de tous les seconds rôles judicieusement choisis (notamment de nombreux acteurs insulaires), la musique de Philippe Sarde, le scénario particulièrement audacieux, jouant avec les temporalités et points de vue, en font un film d’une maîtrise impressionnante qui nous laisse ko lors de « l’évasion » finale, et certainement un des films qui fera beaucoup parler de lui en 2024. Lors du débat qui a succédé à la projection, le réalisateur a expliqué avoir voulu raconter « comment cette femme pouvait avoir une vie normale et comment « elle pouvait dans le même temps être partie prenante de crime organisé », que selon lui « le monstre n'existe pas » mais qu’il l’intéressait de comprendre « comment on peut commettre des actes monstrueux ». Il est également revenu sur l’idée formelle de départ avec la double narration, « au plus proche de sa subjectivité et en parallèle les images de vidéo surveillance prétendument incontestables alors que la vérité leur échappe » avec « ces caméras qui ont trop de points de vue pour avoir un intérêt. » Il a également évoqué ses cinéastes de prédilection, Clouzot, Hitchcock, mais aussi la différence entre la France et les Etats-Unis, où « on invente des mythes », tandis qu’en France il « faut être plus proche du réel ». Il a aussi expliqué avoir beaucoup enquêté sur le rapport de force en Corse. Enfin, il a loué les formidables qualités d’actrice de Hafsia Herzi, une « actrice qui ne triche jamais, ultra bosseuse, qui ne s’use jamais, qui aime qu’il y ait énormément de prises. »

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    Également dans le cadre des avant-premières françaises était projeté Rien à perdre de Delphine Deloget programmé dans la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes, premier long-métrage de fiction de la documentariste (notamment lauréate du prix Albert-Londres 2015 dans la catégorie audiovisuel), là aussi un magnifique portrait de femme, prise au piège de mécanismes et d’une réalité qui la dépassent. Virginie Efira incarne ici Sylvie qui vit à Brest avec ses deux enfants, Sofiane et Jean-Jacques. Elle travaille dans un bar et le soir doit donc laisser ses enfants seuls. Une nuit, Sofiane se blesse alors qu’il est seul dans l’appartement : en voulant se faire des frites, il fait exploser la friteuse. Les services sociaux sont alertés et placent l’enfant en foyer, le temps de mener une enquête. C’est alors la cellule familiale qui explose, aussi. Persuadée d’être victime d’une erreur judiciaire, Sylvie se lance dans un combat pour récupérer son fils, persuadée qu’elle sera plus forte que la machine judiciaire… Primé à Deauville (du prix d’Ornano-Valenti) et à Angoulême (Prix des étudiants), ce film a également en commun avec celui de Stéphane Demoustier de nous tenir en haleine de la première à la dernière seconde, en empathie avec cette mère aimante et attentionnée à qui on enlève son enfant, qui révèle peu à peu ses zones d’ombre, parfois un peu d’inconscience, une vie de bohème, mais rien qui ne semble justifier l’inhumanité de l’institution à son égard et à l’égard de son enfant. Sous prétexte de le protéger d’une éventuelle maltraitance, le point de vue de l’enfant est nié, et ses troubles du comportement ne font alors que croître. Le film aborde cette réalité dans toute sa complexité, sans manichéisme, le passé de documentariste de Delphine Deloget servant sans aucun doute le long-métrage pour lui procurer cette humanité nuancée. Le film aborde aussi le thème de la séparation sous différents angles. L’aîné se cherche lui aussi, aspire à trouver son indépendance. Virginie Efira prouve une nouvelle fois l’étendue de son talent, éclatant dans les deux films projetés cette année à Cannes (l’autre était L’amour et les forêts de Valérie Donzelli su les violences psychologiques faites aux femmes.) Le film de Delphine Deloget met en exergue les dysfonctionnements d’une machine administrative rigide et implacable qui sous prétexte de ne pas passer à côté d’un cas de maltraitance broie les êtres qu’elle est censée protéger. Voir cette famille unie ainsi déchirée, la mère de famille peu à peu sombrer (et finalement par leur faute donner raison aux services sociaux), la surdité de l’administration (remarquable India Hair), ses deux frères (formidables Arieh Worthalter et Mathieu Demy) se démener pour l’aider, et le mal-être évident de l’enfant (et de son frère aîné à qui on essaie de faire avouer des blessures passées dont lui-même n’avait pas conscience) …tout cela touche en plein cœur. Un film poignant qui ouvre aussi le débat sur une réalité, comme le ferait un passionnant documentaire.

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    Dans le cadre des films produits en région, soutenus par Pictanovo avec la région Hauts-de-France était projeté Le bonheur est pour demain de Brigitte Sy, qui sortira en salles le 31 janvier 2024. Encore un film de femme(s) forte(s). Encore une histoire d’enfermement. Laetitia Casta incarne Sophie. Elle a un enfant, un conjoint, mais son quotidien lui semble désespérément plat, sans plaisir, sans envies. Jusqu’au jour où elle rencontre Claude (Damien Bonnard). Il est drôle, séduisant, intelligent. Elle tombe immédiatement sous le charme. Mais Claude n’est pas un prince charmant. C’est un braqueur. Or, au cours d’une attaque de banque, un homme est tué. Claude est arrêté et condamné à une lourde peine de prison. Ce qui aurait dû être la fin devient alors le début d’une histoire folle, passionnelle et sans limites. Soutenue par Lucie, la mère de Claude (Béatrice Dalle), Sophie ne renonce pas à son amour pour Claude. Elle est prête à aller jusqu’au bout. Quelles qu’en soient les conséquences. Troisième long-métrage de Brigitte Sy, Le Bonheur est pour demain regorge de références cinématographiques, de Tarantino à Beineix. L’ombre de la Betty de 37°2 le matin plane sur tout le début du film, dans l’allure de Sophie, dans son rôle en miroir avec celui de Lucie – Béatrice Dalle (leurs images même le temps d’un plan se superposent), avant qu’elle ne se débarrasse de ses apparats colorés, confrontée à la réalité carcérale. La première scène du film, dans ce café du nord, avec ce couple enlacé, cette atmosphère suintante de cinéma, la musique, exhalent la vie, la vitalité, comme Sophie, et nous embarque d’emblée dans l’univers si élégant et singulier de Brigitte Sy avec ses plans si soignés, baignés souvent d’une lumière irréelle (dans la première partie) comme surgis des fantasmagories de Sophie. A partir du moment où Claude lui enlève sa perruque, le gris gagne peu à peu du terrain sur les couleurs, la rudesse de la réalité les rattrape. Il faudra du temps à Sylvie pour comprendre que le bonheur n’est pas forcément dans l’espoir du lendemain, mais dans l’acceptation du présent, aussi différent soit-il de ses rêves. Laëtitia Casta irradie du premier au dernier plan, et malgré les invraisemblances, nous donne envie de suivre cette Sophie obstinément amoureuse et de croire à ce personnage passionnément vivant…

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    Dans le cadre des « toiles de maîtres » (avant-premières de films de grands maîtres du cinéma international) était projeté La zone d’intérêt de Jonathan Glazer, pour moi un chef-d’œuvre comme j’espère vous en convaincre ci-dessous.

    Rarement un film m’aura autant bousculée, de la première à la dernière seconde, et hantée, des jours après. Cela commence par un écran noir, interminable, tandis que des notes lancinantes et douloureuses viennent déjà heurter notre tranquillité, nous avertir que la sérénité qui lui succèdera sera fallacieuse. La première scène nous donne à voir une image bucolique, celle d’une famille au bord d’une rivière par une journée éclatante. Celle de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz de 1940 à 1943, qui habite avec sa famille dans une villa avec jardin, juste derrière les murs du camp. À qui ignorerait l’histoire (et l’Histoire) et ne serait pas attentif, la vie de cette famille semblerait de prime abord presque « normale ». Un air de vacances et de gaieté flotte dans l’air. Les corps s’exhibent, en pleine santé. Pourtant c’est dans cette normalité, cette banalité que réside toute l’horreur, omniprésente, dans chaque son, chaque arrière-plan, chaque hors-champ. Cette zone d’intérêt, ce sont les 40 kilomètres autour du camp, ainsi qualifiés par les nazis. Une qualification qui englobe déjà le cynisme barbare de la situation. La biographie de Rudolf Höss avait inspiré La mort est mon métier de Robert Merle, puis le roman The Zone of Interest de Martin Amis (publié chez Calmann-Lévy en 2015) dont le film est adapté. Il décrit le quotidien de cet artisan de l’horreur avec Hedwig, son épouse et leurs cinq enfants.

    Avant même le premier plan, ce qui nous interpelle, c’est le son, incessant, négation permanente de la banalité des scènes de la maisonnée. C’est le bruit d’un wagon. Ce sont des cris étouffés. Ce sont des coups de feu. Ce sont des aboiements. Ce sont ces ronronnements terrifiants et obsédants des fours crématoires. Mais c’est l’arrière-plan aussi qui teinte d’horreur tout ce qui se déroule au premier, cette indifférence criante qui nous révulse. C’est la vue de cette cheminée, juste au-dessus du jardin, dont une fumée noire s’échappe, sans répit. Ce sont les barbelés. C’est ce prisonnier qui s’affaire dans le jardin du Commandant. C’est la vue de ces trains qui ne cessent d’arrivée. Ce sont ces os que charrie la rivière. L’horreur est là, omniprésente, et pourtant insignifiante pour les occupants de la zone d’intérêt qui vivent là comme si de rien n’était, comme si la mort ne se manifestait pas à chaque seconde. La vie est là dans ce jardin, entre le père qui fume, les pépiements des oiseaux et les cris joyeux des enfants, éclaboussant de son indécente frivolité la mort qui sévit constamment juste à côté. La « banalité du mal » définie par Hannah Arendt représentée dans chaque plan.

    Hedwig Höss se glorifie même d’être gratifiée du titre de « reine d’Auschwitz » par son mari. Hedwig est en effet très fière : de son statut, de ce qu’elle fait de sa maison, surtout de son jardin, avec sa serre et sa piscine. Son havre de paix au cœur de l’horreur absolue. Son mari est muté. Pour elle, l’horreur absolue s’inscrit cependant là : dans la perspective de devoir déménager de son « paradis ». Cette « zone d’intérêt » qu’elle ne quitterait pour rien au monde. Ce cliché de propagande nazie.

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    Claude Lanzmann (dont le documentaire Shoah, reste l’incontournable témoignage sur le sujet, avec également le court-métrage d’Alain Resnais, Nuit et brouillard) écrivit ainsi : « L’Holocauste est d’abord unique en ceci qu’il édifie autour de lui, en un cercle de flammes, la limite à ne pas franchir parce qu’un certain absolu de l’horreur est intransmissible : prétendre pourtant le faire, c’est se rendre coupable de la transgression la plus grave. » Le film de Glazer a cette intelligence-là : ne jamais montrer l’intransmissible. L’imaginer est finalement plus parlant encore. Ainsi, nous ne voyons rien de ce qui se déroule dans le camp mais nous le devinons. Nous ne voyons que des objets appartenant aux déportés qui contiennent en eux des destins tragiques et racontent la folie des hommes : un manteau de fourrure, des vêtements d'enfants, des bijoux, ou ce rouge à lèvres appartenant à une déportée qu’Hedwig s’applique soigneusement, et dans cette application en apparence insignifiante s’insinue le souffle glaçant de la mort qui la sous-tend. Le film adopte la retenue qui sied au sujet, au respect des victimes dont l’absence à l’image ne contribue pas à les nier mais n’est que le reflet de ce qu’elles étaient pour leurs bourreaux : des chiffres, des êtres dont on occultait sans état d'âme l'humanité. Le dénouement leur rend la lumière et la dignité. La Zone d’intérêt a été tourné à Auschwitz même, encore une fois avec ce souci, de respect des victimes et de fictionnaliser le moins possible. Pas d’esthétisation. Pas de lumière artificielle. Le sentiment de contemporanéité n’en est que plus frappant.

    Sandra Hüller figurait au générique de deux films remarquables en compétition du Festival de Cannes 2023, puisqu’elle incarne aussi la Sandra de Anatomie d’une chute de Justine Triet, la palme d’or de cette édition. Révélée à Cannes en 2016 dans Toni Erdmann, dans le film de Justine Triet, elle est impressionnante d’opacité, de froideur, de maitrise, d’ambiguïté. Ici, dans le rôle d'Hedwig, elle est carrément glaçante. Elle se délecte à essayer un manteau de fourrure trop grand pour elle dont il est aisé de deviner l’origine. Elle distribue des vêtements à ses amis dont la provenance ne fait aucun doute là non plus. Elle est si fière d’être cette femme à la vie si privilégiée, clamant qu’elle a une vie « paradisiaque » dans ce jardin qu’elle montre avec orgueil à sa mère, comme cette chambre d’enfant où elle l’héberge, avec fenêtre sur les miradors et cheminées. Elle est monstrueuse dans l’apparente normalité de ses gestes et paroles, et laissant même éclater toute sa violence lorsqu’une assiette n’est pas là où elle doit être. Ou quand elle demande à « Rudolf » de l'« emmener encore dans ce spa italien »  tandis que rugissent les fours crématoires, et la mort, alors qu’elle ne pense qu’à jouir de la vie, sans scrupules.

    Pour le Commandant (Christian Friedel), seule compte la fierté de servir le 3ème Reich. Obstinément. Des industriels viennent louer les qualités de leurs fours, comme s’il s’agissait d’un quelconque produit industriel. Comment ne pas avoir la nausée devant l’ignominieuse distance et l’abominable froideur avec lesquelles ils discutent des modalités de la solution finale et du principe d’un "four crématoire circulaire" ? Les réunions des directeurs de camps sont aussi nauséeuses dans leur apparence ordinaire. Il est question d’efficacité, de rendement, de logistique. Comme si rien de tout cela ne concernait des êtres humains, et leur mort atroce.

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     Une folie qui semble contaminer jusqu’aux enfants quand l’un enferme son frère dans la serre. On pense alors au chef-d’œuvre de Michael Haneke, Le ruban blanc. Ce ruban blanc, dans le film d’Haneke, c’est le symbole d’une innocence ostensible qui dissimule la violence la plus insidieuse et perverse. Ce ruban blanc, c’est le signe ostentatoire d’un passé et de racines peu glorieuses qui voulaient se donner le visage de l’innocence. Ce ruban blanc, c’est le voile symbolique de l’innocence qu’on veut imposer pour nier la barbarie, et ces racines du mal qu’Haneke nous fait appréhender avec effroi par l’élégance moribonde du noir et blanc. Ces châtiments que la société inflige à ses enfants en évoquent d’autres que la société infligera à plus grande échelle, qu’elle institutionnalisera même pour donner lieu à l’horreur suprême, la barbarie du XXème siècle. Cette éducation rigide va enfanter les bourreaux du XXème siècle dans le calme, la blancheur immaculée de la neige d’un petit village a priori comme les autres. La forme, comme dans le film de Glazer, démontre alors toute son intelligence, elle nous séduit d’abord pour nous montrer toute l’horreur qu’elle porte en elle et dissimule à l’image de ceux qui portent ce ruban blanc.

    Je ne saurais citer un autre film dans lequel le travail sur le son est aussi impressionnant que dans La Zone d’intérêt, la forme sonore tellement au service du fond (parmi les films récents, je songe au long-métrage de Vincent Maël Cardona,  Les Magnétiques mais le sujet est à des années-lumière de celui du film de Glazer) : cette dichotomie permanente entre ce vacarme et l’indifférence qu’il suscite. Ce grondement incessant qui nous accompagne des jours après. Les musiques composées par Mica Levi et les sons du concepteur sonore Johnnie Burn sont pour beaucoup dans la singularité de cette œuvre et dans sa résonance. Ces dissonances qui constamment nous rappellent que tout cela n'a rien de normal, qui nous oppressent. Et au cas où nous aurions souhaité occulter ce que ces sons représentent, ce qui se joue là, derrière les discussions sur la façon d’agencer le jardin ou les jeux des enfants, un écran brusquement rouge vient nous heurter, comme un écho à l’écran noir du début, nous signifiant bien que ce paradis bucolique masque un enfer, que le vert qui envahit l’écran n’est là que pour masquer le rouge qui déferle à quelques mètres. Seules des parenthèses en négatif laissent éclater un peu d’humanité (lueur d’espoir apparaissant alors comme irréalité au milieu de cette inconcevable réalité), et peut-être le départ anticipé de la mère d’Hedwig avec un mot dont nous ne connaîtrons pas la teneur et dont on a envie de croire qu'il dénonce l'horreur, et qui pourtant a elle aussi profité des déportés, en l’occurrence ses anciens patrons. C’est tout. Pas d'autre lueur d'espoir.

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    En 2015, avec Le Fils de Saul, László Nemes nous immergeait dans le quotidien d'un membre des Sonderkommandos, en octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est alors membre de ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums où il est chargé de « rassurer » les Juifs qui seront exterminés et qui ignorent ce qui les attend, puis de nettoyer… quand il découvre le cadavre d’un garçon en lequel il croit ou veut croire reconnaître son fils. Tandis que le Sonderkommando prépare une révolte (la seule qu’ait connue Auschwitz), il décide de tenter l’impossible : offrir une véritable sépulture à l’enfant afin qu’on ne lui vole pas sa mort comme on lui a volé sa vie, dernier rempart contre la barbarie. La profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de Voix sous la cendre, un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes.

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    Avec le plus controversé La vie est belle, Benigni a lui opté pour le conte philosophique, la fable pour démontrer toute la tragique et monstrueuse absurdité à travers les yeux de l’enfance, de l’innocence, ceux de Giosué. Benigni ne cède pour autant à aucune facilité, son scénario et ses dialogues sont ciselés pour que chaque scène « comique » soit le masque et le révélateur de la tragédie qui se « joue ». Bien entendu, Benigni ne rit pas, et à aucun moment, de la Shoah mais utilise le rire, la seule arme qui lui reste, pour relater l’incroyable et terrible réalité et rendre l’inacceptable acceptable aux yeux de son enfant. Benigni cite ainsi Primo Levi dans Si c’est un homme qui décrit l’appel du matin dans le camp. « Tous les détenus sont nus, immobiles, et Levi regarde autour de lui en se disant : “Et si ce n’était qu’une blague, tout ça ne peut pas être vrai…” C’est la question que se sont posés tous les survivants : comment cela a-t-il pu arriver ? ». Tout cela est tellement inconcevable, irréel, que la seule solution est de recourir à un rire libérateur qui en souligne le ridicule. Le seul moyen de rester fidèle à la réalité, de toute façon intraduisible dans toute son indicible horreur, était donc, pour Benigni, de la styliser et non de recourir au réalisme. Quand il rentre au baraquement, épuisé, après une journée de travail, il dit à Giosué que c’était « à mourir de rire ». Giosué répète les horreurs qu’il entend à son père comme « ils vont faire de nous des boutons et du savon », des horreurs que seul un enfant pourrait croire mais qui ne peuvent que rendre un adulte incrédule devant tant d’imagination dans la barbarie (« Boutons, savons : tu gobes n’importe quoi ») et n’y trouver pour seule explication que la folie (« Ils sont fous »). Benigni recourt à plusieurs reprises intelligemment à l’ellipse comme lors du dénouement avec ce tir de mitraillette hors champ, brusque, violent, où la mort terrible d’un homme se résume à une besogne effectuée à la va-vite. Les paroles suivantes le « C’était vrai alors » lorsque Giosué voit apparaître le char résonne alors comme une ironie tragique. Et saisissante.

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    Autre approche encore que celle de La Liste de Schindler de Spielberg dont le scénario sans concessions au pathos de Steven Zaillian, la photographie entre expressionnisme et néoréalisme de Janusz Kaminski (splendides plans de Schindler partiellement dans la pénombre qui reflètent les paradoxes du personnage), l’interprétation de Liam Neeson, passionnant personnage, paradoxal, ambigu et humain à souhait, et face à lui, la folie de celui de Ralph Fiennes, la virtuosité et la précision de la mise en scène (qui ne cherche néanmoins jamais à éblouir mais dont la sobriété et la simplicité suffisent à retranscrire l’horrible réalité), la musique poignante de John Williams par laquelle il est absolument impossible de ne pas être ravagé d'émotions à chaque écoute (musique solennelle et austère qui sied au sujet -les 18 premières minutes sont d’ailleurs dénuées de musique- avec ce violon qui larmoie, voix de ceux à qui on l’a ôtée, par le talent du violoniste israélien Itzhak Perlman, qui devient alors, aussi, le messager de l’espoir), et le message d’espérance malgré toute l’horreur en font un film bouleversant et magistral. Et cette petite fille en rouge que nous n'oublierons jamais, perdue, tentant d’échapper au massacre (vainement) et qui fait prendre conscience à Schindler de l’individualité de ces juifs qui n’étaient alors pour lui qu’une main d’œuvre bon marché. 

    Avec The Zone of Interest, Jonathan Glazer prouve d’une nouvelle manière, singulière, puissante, audacieuse et digne, qu’il est possible d’évoquer l’horreur sans la représenter frontalement, par des plans fixes, en nous en montrant le contrechamp, reflet terrifiant de la banalité du mal, non moins insoutenable, dont il signe une démonstration implacable. Cette image qui réunit dans chaque plan deux mondes qui coexistent et dont l’un est une insulte permanente à l’autre est absolument effroyable.  Si cette famille nous est montrée dans sa quotidienneté, c’est avant tout pour nous rappeler que la monstruosité peut porter le masque de la normalité. L’intelligence réside aussi dans la fin, qui avilit le monstre et le fait tomber dans un néant insondable tandis que nous restent les images de ce musée d’Auschwitz dans lequel s’affairent des femmes de ménage, au milieu des amas des valises, de chaussures et de vêtements, et des portraits des victimes. C’est d’eux dont il convient de se souvenir. De ces plus de cinq millions de morts tués, gazés, exterminés, parfois par des journées cyniquement ensoleillées. Un passé si récent comme nous le rappellent ces plans de la maison des Höss aujourd’hui transformée en mémorial. Une barbarie passée contre la résurgence de laquelle nous avons encore trop peu de remparts. Le film s’achève par un écran noir accompagné d’une musique lugubre, là pour nous laisser le temps d’y songer, de nous souvenir, de respirer après cette plongée suffocante, et de reprendre nos esprits et notre souffle face à l’émotion qui nous submerge. Un choc cinématographique. Un choc nécessaire. Pour rester en alerte. Pour ne pas oublier les victimes de l’horreur absolue mais aussi que le mal peut prendre le visage de la banalité. Un film brillant, glaçant, marquant, incontournable. Avec ce quatrième long-métrage (après Sexy Beast, Birth, Under the skin) Jonathan Glazer a apporté sa pierre à l'édifice mémoriel. De ce film, vous ne ressortirez pas indemnes. Vous ne pourrez pas (l') oublier. Voyez-le, impérativement.

    La Zone d'intérêt de Jonathan Glazer sortira sur les écrans français le 31 janvier 2024.

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    La compétition européenne constitue un des temps forts de ce festival. Parmi les 9 longs-métrages en lice figurait Slow de Mariga Kavtaradze, lauréat du prix Regards Jeunes. Vivre une relation d’amour sans sexe est impensable pour la danseuse Elena. Pourtant, elle se retrouve confrontée à cette situation lorsqu’elle rencontre Dovydas, interprète en langue des signes. En effet, celui-ci est asexuel. Leur intense complicité sera-t-elle suffisante pour continuer à vivre ensemble ? Cette histoire d’amour, touchante, remplie de silence, de douceur, de salutaire lenteur mais aussi d'énergie et de bienveillance, était déjà en lice dans la compétition internationale du Festival du Sundance. Filmée en 16mm, elle semble tout droit échappée d’un songe, auréolée d’une tendre nostalgie, mettant en exergue les sensations, celle d’une danse, le ballet du couple, des cœurs et des corps, le tout porté par les compositions romantiques d’Irya Gmeyner. La réalisatrice filme ainsi comme un ballet les différentes étapes de l’histoire du couple avec des scènes d’une beauté troublante comme lorsque Elena et Dovydas dansent en miroir : poétique parade amoureuse. Marija Kavtaradze  chorégraphie et filme d’ailleurs les scènes de danse comme des scènes d’amour (qui, elles, ouvrent et clôturent le film), au plus près des corps, des souffles, de la sueur, des vertiges, des expressions extatiques, comme un prolongement de l’histoire de ce duo atypique, et de leur parenthèse enchantée ou « endansée ».

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    Dans la section « Cinémas du monde », après le film lituanien précité, j’ai découvert le labyrinthique A man du Japonais Kei Ishikawa qui fut présenté à la Mostra de Venise 2022. Après avoir divorcé, Rie a trouvé le bonheur auprès de son second mari, Daisuke, rencontré dans sa papeterie où il lui dévoile ses dessins.  Mais lorsque celui-ci meurt accidentellement, elle apprend qu’il n’était pas l’homme qu’elle croyait et fait appel à un avocat pour découvrir sa véritable identité. Là aussi, comme dans le film de Brigitte Sy, il est question de miroirs. A Man commence sur La reproduction interdite, le tableau de René Magritte qui représente un homme de dos, face à un miroir ne reflétant pas son visage. Tout est dit. Dans ce film, personne ne dévoile son vrai visage, personne n’est qui il semble être. Le faux Daisuke a ainsi une peur maladive des miroirs, incapable d’y croiser son regard. Ce thriller captivant interroge les identités et les origines, souvent cadenassées dans cette société japonaise très ancrée dans les traditions confrontée à des enjeux contemporains. Chaque personnage est donc en quête de son identité : Rie qui doit savoir qui était celui qu’elle appelle désormais « monsieur X » à qui elle a été mariée, Kido l’avocat qu’elle engage pour enquêter sur la véritable identité de son époux décédé et qui tente de dissimuler ses origines coréennes, le jeune fils de Rie, Yuto. Dans ce bal des apparences, chacun avance finalement masqué, que ce soit professionnellement ou personnellement. Avec son scénario sinueux et pourtant limpide dans lequel chaque personnage existe, son contexte sociétale, sa mise en scène qui se joue des miroirs et des ombres et des reflets, A man est autant une (en)quête d'identité qu’un thriller social, avec plusieurs strates de lecture à l’image des personnages qui  le composent, d'une réjouissante complexité.

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    Enfin, dans la section « découvertes européennes » était projeté Scrapper de la Britannique Charlotte Regan qui suit ici le destin d’une adolescente confrontée à l’absence de l’un de ses parents. Banlieue de Londres. Géorgie 12 ans vit seule depuis la mort de sa mère. Elle se débrouille au quotidien pour éloigner les travailleurs sociaux, raconte qu’elle vit avec un oncle, gagne de l’argent en faisant un trafic de vélo avec son ami Ali.  Cet équilibre fonctionne jusqu’à l’arrivée de Jason, un jeune homme qu’elle ne connait pas et se présente comme étant son père. Ce sont au fond deux adolescents qui vont se sauver l’un l’autre. Et que l’imagination va sauver. Entre la revente des vélos qu’elle vole, ses échanges téléphoniques avec les travailleurs sociaux auxquels Georgie parvient à faire croire qu’elle est prise en charge par son oncle (imaginaire) qu’elle nomme…Churchill, mais aussi des personnages secondaires mis en scène comme dans un cartoon coloré, là aussi pour dédramatiser, Scrapper est une ode à l’imagination, à l’utopie, et donc finalement au cinéma, pleine de douceur, de fantaisie et d'espoir sur lesquels il était salutaire de terminer cette instructive et jubilatoire découverte du formidable Arras Film Festival.

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    PALMARÈS DE LA COMPÉTITION EUROPÉENNE

     

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    Jury ATLAS présidé par Dominik Moll (réalisateur), entouré de Lucie Debay (actrice), Solène Rigot (actrice), Laurent Capelluto (acteur), Laurent Poitrenaux (acteur)

     

    Atlas d’or (Grand Prix du Jury)

     

    à HOLLY de Fien Troch (Belgique, 2022)

     

    Atlas d’argent (Prix de la mise en scène)

    Décerné à HESITATION WOUND de Selman Nacar (Turquie, 2023)

     

    Prix SFCC de la critique

     

    En partenariat avec le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

    Jury présidé par Perrine Quennesson (Cinéma Teaser, Canal Plus Le Cercle),
    Accompagnée de Thomas Baurez (Première, France 24), Christophe Caron (La Voix du Nord), Boris Szames (So Film, Gone Hollywood), Caroline Veunac (Télérama)


    Décerné à LIBERTATE de Tudor Giurgiu (Roumanie, 2023)

     

    Prix du public

     


    Décerné à WITHOUT AIR de Katalin Moldovai (Hongrie, 2023)

     

    Prix Regards jeunes - Région Hauts-de-France

     

    Décerné à SLOW de Marija Kavtaradze (Lituanie, 2022)

    PALMARÈS Arras Days

     

    Bourse de 7 500 €

    Dotation offerte par l'Arras Film Festival
    Décernée à Leni Huyghe pour REAL FACES (Belgique

    Bourse de 5 000 €

    Dotation offerte par la Ville d’Arras

    Décernée à Stephan Komandarev pour MADE IN E.U (Bulgarie)

     


    ARRAS FILM FESTIVAL - LA REPRISE

    Dans le prolongement du "temps fort" d'Arras, le festival propose dans plus d'une trentaine de villes, des évènements et des séances décentralisées. Plus d'infos sur www.arrasfilmfestival.com

     

  • Programme détaillé du 5ème Festival Cinéroman de Nice, du 2 au 7 octobre 2023 : littérature et cinéma à l’honneur

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    Le Festival Cinéroman de Nice a la judicieuse idée de relier et d'interroger ces deux arts, littérature et cinéma, et les liens nombreux qui les unissent. Un formidable évènement dont ce sera cette année (déjà !) la cinquième édition, qui aura lieu du 2 au 7 octobre 2023, et qui en plus programme la plupart des films incontournables de cette année, dont je vous parle ci-dessous.

    Selon François Truffaut , « Qu'on écrive un roman ou un scénario, on organise des rencontres, on vit avec des personnages ; c'est le même plaisir, le même travail, on intensifie la vie. » Intensifier la vie, tel est un des nombreux points communs entre le cinéma et la littérature mais telle est aussi une des caractéristiques des festivals de cinéma. Bien que les œuvres cinématographiques adaptées de romans soient pléthoriques, peu nombreux sont finalement les festivals de cinéma consacrés au cinéma ET à la littérature.  Et seul le Festival du Film du Croisic (« festival d’adaptations littéraires sur grand écran ») bénéficiait d’une véritable renommée jusqu'à la création de ce nouveau festival qui a donc une véritable carte à jouer, se situant en plus dans une ville qui est un véritable décor de film, indissociable du septième art, entre les très nombreux tournages qui s’y déroulèrent (parmi lesquels La Baie des anges de Jacques Demy ou Magic in the moonlight de Woody Allen et plus récemment Mascarade de Nicolas Bedos) et la présence de la Cinémathèque de Nice mais aussi des mythiques Studios de la Victorine sans compter que la ville de Nice est en lice pour devenir capitale européenne de la Culture en 2028. Un festival d'autant plus nécessaire à une époque où le travail du scénariste n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur (et une adaptation requiert tout autant une méticulosité et un travail d'orfèvre qu'un scénario original) qui en 4 ans a su s’imposer comme le « rendez-vous incontournable dédié aux romans et aux films ».

    Le cinéma compte ainsi un nombre incroyable de chefs-d’œuvre parmi les adaptations littéraires : Hiroshima mon amour d’Alain Resnais (adapté de Duras), Le Temps de l’innocence de Martin Scorsese (adapté de Edith Wharton), Gatsby le magnifique de Jack Clayton (adapté de Francis Scott Fitzgerald), Lettre d’une inconnue d’Ophüls (adapté de Zweig), La Bête humaine de Renoir (adapté de Zola) sans compter plus récemment Illusions perdues de Giannoli (adapté de Balzac), et tant d’autres.

    Pour les fondateurs du Festival Cinéroman de Nice, Nathalie et Daniel Benoin (aux côtés desquels se trouvent Christophe Barratier et Carole Chétiennot pour coprésident et vice-présidente mais aussi Dominique Segall comme directeur attaché de presse), comme ils le soulignèrent dans l'édito 2022, ce festival est « un véritable rendez-vous entre soleil et salle obscure, entre professionnels et public, entre écrivains, réalisateurs, acteurs, producteurs et l’ensemble de la profession du cinéma». Un festival qui, l'an passé est « rentré dans une nouvelle ère » en  «  conduisant ce festival vers l’Europe ».

    Cette année, la jeunesse sera à l’honneur.  Le président du jury,  Alex Lutz, sera entouré de Julia Piaton, Elodie Bouchez, Nicolas Maury, Sylvie Testud, Christophe Ono-dit-Biot et la scénariste, réalisatrice et écrivaine Danièle Thompson. Le festival proposera également un Prix des Étudiants pour récompenser le film français adapté d’un roman qui aura recueilli les suffrages d’un jury composé d’étudiantes et étudiants niçois.

    Cette édition 2023 propose pas moins de 45 projections ouvertes à tous. Au programme : des films en compétition, des avant-premières, des projections de films cultes, des masterclass, des rencontres, des débats et des lectures réunissant des éditeurs, des écrivains, des producteurs, des réalisateurs, des acteurs… 

    Le festival propose ainsi une très belle sélection, avec de nombreux films que je vous ai vivement recommandés ici parmi lesquels :

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