Programme du 54e Festival La Rochelle Cinéma (Fema 2026) : rendez-vous au paradis des cinéphiles du 26 juin au 4 juillet (08/06/2026)

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Même si je continuerai à couvrir les festivals de cinéma incontournables auxquels je suis fidèle depuis des années, comme le Festival du Cinéma Américain de Deauville, après le remarquable Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, que j'avais eu le plaisir de suivre pour la première fois en octobre 2025, je prendrai bientôt pour la première fois la direction d'un festival installé depuis longtemps dans le paysage cinématographique, une référence pour les cinéphiles : le Festival La Rochelle Cinéma, dit Fema, dont la 54e édition aura lieu du 26 juin au 4 juillet 2026. Je m'en réjouis d'autant plus que le programme est particulièrement enthousiasmant et diversifié, certes comme chaque année.

Depuis 1973, le Festival La Rochelle Cinéma (Fema) est une grande fête du cinéma, au début de l’été, avec un public nombreux et fidèle, et des films d’hier et d’aujourd’hui venus du monde entier. En 2023, 141 longs métrages et 77 courts métrages, de 52 pays différents, ont été présentés au cours de 300 séances.  "Il n’y a pas de compétition à La Rochelle. L’important pour nous c’est l’esprit de curiosité, l’important pour nous c’est d’aller explorer dans tous les pays du monde", déclarait ainsi en 1980 le critique de cinéma Jean-Loup Passek, alors directeur du festival, ce qu'il fut jusqu'en 2001.  En 2018, Arnaud Dumatin et Sophie Mirouze, présents dans l’équipe depuis 2001 et 2003, reprennent à leur tour la direction et changent le nom du Festival, qui revient à ses origines en devenant le Festival La Rochelle Cinéma (Fema). Aujourd’hui, le Fema, qui a pour présidente Sylvie Pialat, reste non-compétitif et se veut une grande fête du cinéma, au début de l’été, avec un public nombreux et fidèle, et des films d’hier et d’aujourd’hui venus du monde entier. L'affiche est peinte depuis 1991 par Stanislas Bouvier, une fidélité exceptionnelle entre un artiste et un festival.

Le Fema présente environ 200 films de la période muette au cinéma d’aujourd’hui, avec des rétrospectives  consacrées à des cinéastes qui ont marqué l’Histoire du 7e art et des hommages à des réalisatrices et réalisateurs, actrices et acteurs contemporains. D’autres sections sont proposées à chaque édition : « Découverte »  d’une cinématographie d’un pays peu diffusée, « Animation » avec la découverte d’une technique ou d’un cinéaste, « d’hier à aujourd’hui » une sélection de films restaurés et réédités en salles, « ici et ailleurs » 40 longs métrages coups de cœur de l’année inédits en France ou présentés en avant-première, etc. Un volet autour de la musique au cinéma s’est développé depuis 2009 avec l’invitation d’une compositrice ou d’un compositeur et la création de ciné-concerts. Depuis 2019, l’image est aussi à l’honneur avec une leçon de lumière d’une directrice ou d’un directeur de la photo. Le Fema La Rochelle organise un festival pour les enfants avec 3 séances par jour et un programme spécifique ainsi que d’autres rendez-vous réguliers et attendus comme le spectacle Retour de flamme. Enfin, le Festival se termine traditionnellement par une nuit blanche consacrée à un thème, un genre, une actrice ou un acteur.

Cette année, vous pourrez aussi bien revoir des classiques, notamment de Jacques Tati, à l'honneur sur l'affiche. Je pense notamment à PlayTime qui, bien que sorti en 1967, pourrait ainsi avoir été réalisé aujourd'hui tant il reflète notre époque contemporaine : une époque avide de transparence, d'exhibition (« nous appartenons à une génération qui éprouve le besoin de se mettre en vitrine » disait-il déjà) et souvent aveugle à ce qui l'entoure. Une époque tonitruante et sourde. Une époque ultra « communicationnelle » et parfois tellement égocentrique voire égoïste. Une époque ouverte et cloisonnée. Une époque où les technologies compliquent parfois les rapports humains alors qu'elles devraient les faciliter. Une époque d'une modernité  aliénante (de l'uniformisation de l'architecture au rôle de la télévision en passant par l'influence de la société de consommation), déshumanisante et parfois inhumaine. C'est tout ce que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège parfois (contrairement à ce qu'on pourrait croire) plus désenchanté qu'enchanté, en tout cas enchanteur. Le premier plan sur l'immeuble gigantesque, en contre-plongée est ainsi le reflet, à la fois inquiétant et fascinant, de ce que représente la modernité pour Tati.  Quelle clairvoyance, lorsque Tati nous montre déjà une société aseptisée, uniformisée, qui perd son identité et sa convivialité mais qui perd aussi la notion d'intimité (même si ici la transparence est un leurre, au propre comme au figuré), des vies standardisées, une société monochrome, un monde moderne qui aliène dans lequel « la vedette est avant tout le décor ». Les corps et décors sont alors pareillement soumis à la standardisation et à la répétition. « Playtime » a ainsi été tourné en 70mm pour montrer la démesure de l'architecture par rapport à l'homme. Quel cinéaste arrive aujourd'hui à construire des plans (souvent des plans séquence et des plans d'ensemble) d'une telle richesse, d'une  telle densité, d'une telle polysémie avec un tel travail sur le son, les couleurs, l'organisation en apparence désorganisée de l'espace, créant un univers tellement singulier à la fois absurde et clairvoyant, tendre et mélancolique ? PlayTime est un bijou burlesque, héritier de Keaton mais aussi de Chaplin avec ses objets métonymiques (canne, chapeau),  d'une beauté inégalée et qui nous embarque dans son univers aussi gris que fantaisiste, aussi absurde que réaliste : Tati met ainsi en lumière les paradoxes de notre société par un cinéma lui-même en apparence paradoxal, mais savamment orchestré. Ah, la séquence du Royal Garden! Quelle lucidité. Quelle drôlerie ! Quel discernement ! Quelle folie savante et poétique ! Quel sens du détail ! 45 minutes d'une inventivité et d'une intelligence jubilatoires et incomparables ! Et quelle confiance accordée au spectateur qu'on cherche si souvent aujourd'hui à infantiliser et quelle confiance accordée à son regard qu'on cherche si souvent à dicter. Un tourbillon spectaculaire, une récréation savoureuse dont le spectateur fait partie intégrante. Tati se fait chorégraphe et maître de ballet de son univers labyrinthique si particulier et fascinant, tout en folie, déplacement et transparence, avec ses mouvements qui épousent d'abord les lignes architecturales puis qui prennent leur liberté, leur envol et deviennent plus audacieux comme une invitation à ne pas se laisser emprisonner par les lignes du décor et donc à se désaliéner de la modernité dans laquelle Paris n'est plus qu'un reflet inaccessible et nostalgique. L'artiste prend alors le pas sur les lignes rectilignes et glaciales de l'architecture. Tati s'inspire lui-même de plusieurs peintres : Mondrian, Klee, Bruegel...Il tente alors de décloisonner et perturber l'espace.

 Outre six films, deux documentaires consacrés à Jacques Tati seront présentés.

Dans le cadre de rétrospectives, vous pourrez aussi revoir de nombreux chefs-d'œuvre, réalisés par Youssef Chahine, ou des films dans lesquels joue Diane Keaton. Vous pourrez aussi (re)voir l'intégrale de Nanni Moretti, les films de Léa Mysius ou Cristian Mungiu, et notamment Fjord, la palme d'or 2026.

Je vous parlerai  bientôt longuement de ce film de Cristian Mungiu qui se garde de tout simplisme et manichéisme, dans un monde de plus en plus polarisé, prisonnier des postures, où les grands discours sur la bienveillance dissimulent souvent une profonde intransigeance, où les jugements hâtifs remplacent l'empathie et l'écoute. Une époque paradoxale qui, sous prétexte de vertu, condamne sans nuances et érige de nouveaux dogmes.  Le cinéaste nous pousse à interroger nos propres préjugés et contradictions, et cette notion de tolérance, devenue le privilège de ceux qui n'en font preuve que lorsque cela les arrange. "Les sociétés aujourd'hui sont fracturées, radicalisées. C'est un message pour la tolérance, l'inclusion, l'empathie. Ce sont des termes magnifiques, que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent" a ainsi déclaré le réalisateur lors de la cérémonie de clôture.

Ce film ne sera pas le seul du palmarès cannois que vous pourrez découvrir à La Rochelle. Vous pourrez également voir le Grand Prix (Minotaure d'Andreï Zviaguintsev),  le Prix du Scénario (Notre Salut d'Emmanuel Mare),  le film couronné du double Prix d'interprétation féminine (Soudain de Ryusuke Hamaguchi). Vous pourrez aussi découvrir d'autres films en compétition à Cannes comme L'Inconnue d'Arthur Harari. Et, en ouverture : Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré, en présence de l’actrice Saadia Bentaïeb.

Vous pourrez également savourer des films restaurés ou réédités, des classiques avec Michel Piccoli, mais aussi des films noirs savoureux de la collection Rivages/Noir : Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, Police Python 357 d'Alain Corneau...

Mais aussi des raretés comme les films d'une cinéaste majeure en Estonie, à qui le Fema consacrera la première rétrospective, Leida Laius.

Au total, ce seront 19 longs-métrages inédits ou en avant-première qui seront projetés et 17 documentaires inédits ou en avant-première.

Le Fema est accessible à tous. Je vous laisse découvrir les conditions d'accréditation, ici.

Je vous invite aussi à découvrir We Love Fema qui est un espace communautaire dédié à la découverte, au partage et à la transmission autour du cinéma. Vous pouvez vous inscrire, ici.

Un compte #welovefema vous donne en particulier accès aux fonctionnalités suivantes :

Retrouvez, la semaine prochaine, la grille de programmation sur le site officiel du festival.

En attendant, voici le programme détaillé de cette 54e édition :

Rétrospectives

Jacques Tati

Souvent comparé à Charlie Chaplin, il se voyait plutôt comme un héritier de Buster Keaton auquel il vouait une grande admiration. Un cinéaste et un acteur burlesque qui, à l’ère du parlant, a créé un personnage unique, monsieur Hulot, avec un univers unique et singulier.
Cinéaste de la modernité, de la poésie et du bruitage, Jacques Tati a véritablement réinventé le cinéma en observant le monde qui l’entourait dès la fin des années 1940 avec Jour de fête.

6 films

2 documentaires

Diane Keaton

À la recherche de Mister Goodbar Richard Brooks © Park Circus

Star hollywoodienne des années 1970 depuis la trilogie du Parrain de Francis Ford Coppola, elle a remporté un Oscar en 1977 pour son rôle étincelant de vitalité et de fantaisie dans Annie Hall, comédie sur les affres du couple écrite pour elle par Woody Allen chez qui elle donnera libre cours à son brio comique. 

8 films

Youssef Chahine

Le Fema est heureux de célébrer le réalisateur le plus inventif du cinéma égyptien qui, en une quarantaine de films, aura raconté les grands bouleversements du monde arabe du XXe siècle et inscrit l’Égypte sur la carte de la cinéphilie mondiale : Youssef Chahine (1926-2008). À l’occasion du centenaire de sa naissance, cette rétrospective sera l’occasion de (re)découvrir son œuvre généreuse, courageuse, combative, exceptionnelle par sa longévité et sa diversité esthétique, mêlant divertissement et engagement, autant inspirée par l’âge d’or du musical américain que par sa propre vie. 

10 films

Leida Laius

Cinéaste majeure en Estonie, la première rétrospective de Leida Laius aura lieu au 54e Fema. Née en 1923 et disparue il y a 30 ans, elle a marqué l’histoire de son pays. Ses récits sensibles et sans concession témoignent des fragilités et résistances de femmes en rupture avec la société. Son œuvre profondément humaine allie exigence formelle et onirisme.

8 films

Hommages

Dag Johan Haugerud

Avec ses 4 premiers longs métrages, puis sa Trilogie d’Oslo, Dag Johan Haugerud, qui est aussi écrivain, signe une œuvre cinématographique romanesque, sensible et délicate, sur le désir, la sexualité et l’identité de genre. De film en film, nous retrouvons des portraits de femmes incarnés par de magnifiques actrices comme Andrea Bræin Hovig mais aussi la ville d’Oslo à laquelle le cinéaste est très attaché. 

Une sélection de courts métrages et 7 longs métrages :

Nanni Moretti

Réalisateur, scénariste, producteur, exploitant indépendant et acteur dans la plupart de ses films, Nanni Moretti mêle dans son cinéma, profondément autobiographique, nourri autant de Federico Fellini, Pier Paolo Pasolini que des frères Taviani, crise de conscience politique et existentielle avec ironie, humour mordant et profonde mélancolie. 

L’intégrale de ses seize longs métrages et trois de ses courts métrages :

Cristian Mungiu

Près de vingt ans après sa Palme d’or pour le saisissant 4 mois, 3 semaines, 2 jours, présenté en ouverture du Fema 2007, le cinéaste Cristian Mungiu, figure de proue du cinéma roumain, sera à La Rochelle avec l’intégrale de ses longs métrages. Il présentera en avant-première son nouveau film, Fjord, pour lequel il vient tout juste de recevoir sa deuxième Palme d’or à Cannes, un drame intimiste tourné en Norvège qui pose la question du vivre ensemble. 

9 films :

 

Léa Mysius

Découverte par la Semaine de la Critique à Cannes avec son premier long métrage, Ava, elle a fait l’ouverture du Fema en 2022 avec Les Cinq Diables. Cinéaste parmi les plus talentueuses et audacieuses de sa génération, exploratrice des sens, Léa Mysius viendra présenter son œuvre sensorielle teintée de fantastique et son nouveau film magistral, en avant-première, Histoires de la nuit, adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier.

3 films :

Regina Pessoa et Abi Feijó

Avec une approche artisanale de l’animation, du stop-motion à la gravure, leurs films explorent tout en délicatesse les thèmes de l’enfance, l’immigration, la mémoire et l’identité. Cet hommage sera l’occasion d’explorer leur filmographie en trois programmes de courts métrages qu’ils ont réalisés et produits avec leur société Ciclope Filmes ainsi qu’une sélection de courts métrages d’animation de la nouvelle génération de réalisatrices portugaises. 

Les courts d’animation de Regina Pessoa :

Les courts d’animation d’Abi Feijó :

Fado Lusitano, Abi Feijó © Filmografo

Les courts d’animation produits par Ciclope Filmes :

Les réalisatrices portugaises d’animation :

Ici et ailleurs

19 longs métrages inédits ou en avant-première

* : En présence des cinéastes

Les 80 ans du CNC : Les films soutenus par l’Aide aux cinémas du monde

* : En présence des cinéastes

Programme Humour belge, en collaboration avec le Brussels Short Film Festival

6 courts métrages avec SME (sous-titrage pour sourds et malentendants)

École des Beaux-Arts de Bordeaux

10 courts métrages :

Au cœur du doc

17 documentaires inédits ou en avant-première :

* : En présence des cinéastes

D’hier à aujourd’hui

L’histoire du cinéma à travers des films restaurés, des raretés ou des classiques.

Films restaurés ou réédités

* : En leur présence

Hommage à André Delvaux (Belgique)

Hommage à Michel Piccoli

Les 40 ans de la collection Rivages/Noir

En présence de Dominique Sylvain,  Danielle Thiéry, Hervé Le Corre et Christian Roux

AFFN – Archive Film Festival Network

« AFFN présente » la naissance du cinéma d’auteur dans les années 1950 :

« AFFN Film »

Le Fema des enfants

Carmen, l’oiseau rebelle Sébastien Laudenbach © Folivari, France 3 Cinéma, Région Auvergne Rhône-Alpes, La Garde Montante Films

Avec Benshi
Le Fema vous propose une vaste programmation dédiée aux enfants, des tout petits aux plus grands. 2 à 3 séances par jour, tous les jours et pour tous les âges à partir de 3 ans. 

4 programmes de courts métrages pour les tout-petits :

5 longs métrages en avant-première :

* : En leur présence

11:16 Écrit par Sandra Mézière | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fema 2026, fema la rochelle 2026, 54e fema, festival la rochelle cinéma, festival la rochelle cinéma 2026, la rochelle, festival de cinéma, programme du fema la rochelle 2026 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | Pin it! | |