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  • Programme de PLANS SÉQUENCES : 1er FESTIVAL DU CINÉMA FRANÇAIS DE CASSIS (16 au 20 octobre 2026)

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    Un nouveau festival de cinéma est toujours une bonne nouvelle, a fortiori quand il est consacré au cinéma français, et que sa première édition a pour président d'honneur Claude Lelouch.

    Le Festival du Cinéma Français de Cassis tiendra sa première édition du 16 au 20 octobre 2026. Ce festival a pour louable ambition de "mettre à l’honneur le cinéma français d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le festival proposera une sélection de films en compétition, des avant-premières, des séances spéciales, des films de patrimoine, des rencontres et des masterclasses. Il offrira ainsi un espace de transmission et de dialogue entre les générations, tout en donnant une place essentielle aux nouveaux talents et aux métiers qui font vivre le septième art. À travers une programmation exigeante, populaire et accessible, cette manifestation souhaite rapprocher le public de celles et ceux qui créent les films. Les projections, les échanges avec les équipes, les hommages et les temps forts organisés dans la ville feront de Cassis un lieu vivant de découverte, de partage et d’émotion."

    Pour la "petite" histoire, la déléguée générale du festival est Louisa Maurin qui fut aussi la fondatrice et déléguée générale du formidable Festival du Film de Paris, dont j'avais eu le plaisir de faire partie du jury jeunes en 1998, alors présidé par Nadia Farès et Thierry Frémont. Nous avions récompensé Gadjo Dilo de Tony Gatlif. Le temps carnassier dévore les êtres (Nadia Farès et Tony Gatlif sont décédés cette année) mais heureusement pas certains souvenirs.

    Je vous laisse découvrir l'enthousiasmante sélection de cette édition qui prouve une nouvelle fois la vitalité du cinéma français qui déjoue les pronostics, à plus forte raison quand il est audacieux et ambitieux, comme le démontre le succès de La Bataille de Gaulle dont je vous parlais lundi dont les deux volets totalisent près de 6 millions d'entrées.

    Je vous recommande tous ces films, et évidemment La Californie, premier long-métrage réalisé par le si talentueux scénariste Jacques Fieschi (scénariste de chefs-d'œuvre comme mon film préféré, dont je vous parle si souvent ici, Un Coeur en hiver de Claude Sautet  -si vous ne l'avez jamais vu, j'espère que cette critique en lien ci-contre saura vous convaincre de le découvrir) ou encore plus récemment le mésestimé Bolero d'Anne Fontaine ou du magistral Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli) mais aussi l'incontournable Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch dont vous pouvez lire ma critique en bas de cet article.

     

    Président d’honneur : Claude Lelouch

    Président du Jury : Richard Anconina (avec Jacques Fieschi, Eric Fraticelli, Anne Parillaud). La liste des membres du jury sera complétée ultérieurement. Un jury des Cassidens sera par ailleurs présidé par l'actrice Françoise Gillard.

     

    FILM D’OUVERTURE

    7h40 ce matin-là réalisé par Nicole Garcia 

     

    FILMS EN COMPETITION

     

    Les Filles d’Abraham réalisé par Hanaël El Yousfi

    L’Âge d’or réalisé par Bérenger Thouin

    La Gradiva réalisé par Marine Atlan 

    Du fioul dans les artères réalisé par Pierre Le Gall

    Les yeux verts réalisé par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh 

    Chercheurs réalisé par Aurélien Peilloux

     

    FILM DE CLOTURE

     

    Demain je tombe amoureux réalisé par Martin Provost

     

    FILMS HORS COMPETITION

     

    Une femme aujourd’hui réalisé par Robert Guédiguian

    Un jeu dangereux réalisé par Karine Silla

    Malika réalisé par Mounia Medour 

     

    FILMS EN ANIMATION

     

    Le Corset réalisé par Louis Clichy

    Carmen, l’oiseau rebelle réalisé par Sébastien Laudenbach

     

    FILMS DOCUMENTAIRES

     

    Gabin réalisé par Maxence Voiseux

    Vous en faites trop Madame réalisé par Lisa Billuart Monet 

    D’un film à l’autre réalisé par Claude Lelouch

    Coeur secret réalisé par Tom Fontenille

     

    FILM CLASSIQUE

     

    La Prière aux étoiles réalisé par Marcel Pagnol 

     

    HOMMAGES

     

    Itinéraire d’un enfant gâté réalisé par Claude Lelouch

    La Californie réalisé par Jacques Fieschi “Pensée pour Nathalie Baye”

    Pour en savoir plus : le site officiel du Festival du cinéma français de Cassis

    Notez que le festival est accessible à tous et très abordable (pass 10 séances à 25 euros et 3 euros la séance). Toutes les informations pratiques, ici.

    Critique de Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch

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    Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch est un des plus grands succès du cinéaste, un film datant de 1988, que j'avais d'ailleurs eu le plaisir de revoir lors du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2016 dont vous pouvez retrouver mon compte rendu ici. (avec également le résumé de la rencontre avec Richard Anconina qui avait suivi la projection)

    Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va le rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…

    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen en exergue place le film sous le sceau du pessimisme et de la solitude, une impression  que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le long-métrage : « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné. La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues, juste avec la musique pour établir le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.

    Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).

    Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre-temps, il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille.  Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.

    Peu à peu, le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.

    Alors, bien sûr, il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprétée par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) est un moment d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin… !

    Jean-Paul Belmondo, plusieurs années après Un homme qui me plaît, retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui permettant d'incarner  pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.

    Itinéraire d’un enfant gâté est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.

    On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma (le temps malheureusement reste assassin), mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… »  et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.