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Ken Loach

  • Programme du Festival du Film Britannique de Dinard 2016 : suivez-moi en direct!

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    Je vous parle chaque année de ce festival ... à l'image de son affiche et sa de bande-annonce, joyeusement irrévérencieux et saupoudré d’un humour « so british ». Pour sa convivialité, la diversité et la qualité de sa programmation mais aussi pour les réminiscences qu'il provoque, je l'affectionne en effet tout particulièrement à tel point que s’y déroule une nouvelle de mon recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma « Les illusions parallèles », publié aux Editions du 38 le 22 août, disponible dans toutes les librairies à la commande et notamment à la librairie Nouvelles Impressions de Dinard-où j'aurai le grand plaisir de dédicacer pendant le festival, le samedi 2 octobre 2016 de 14H30 à 16H30, je vous y attends!-) et auquel j’essaie d’assister chaque année ou presque depuis ma participation à son jury en 1999 (sélectionné par Ouest-France sur concours d’écriture de lettre de motivation ayant pour thème évidemment… le cinéma britannique), alors sous la présidence de la très chaleureuse et talentueuse Jane Birkin. Cliquez ici pour lire l'article de la librairie à ce sujet.

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    Après une édition 2015 du Festival du Film Britannique de Dinard particulièrement réussie (mon compte rendu, ici), cette 27ème édition à suivre et vivre du 28 septembre au 2 octobre 2016 s’annonce toujours aussi riche et conviviale avec une programmation exceptionnelle, le tout dans un cadre sublime. Alors que d'autres festivals déclinent, il me semble que Dinard, d'années en années, prend davantage d'ampleur et surtout qu'il prend en considération les souhaits de son public, toujours au rendez-vous. Comme chaque année, vous pourrez me suivre en direct du festival, de l'ouverture à la clôture (sur twitter: @moodforcinema et sur Instagram: @sandra_meziere ) et vous pourrez bien entendu retrouver mon compte rendu détaillé après le festival sur Inthemoodforcinema.com et Inthemoodforfilmfestivals.com.

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    Parmi les multiples atouts de cette programmation  2016: un jury présidé par  Claude Lelouch (qui donnera d'ailleurs une masterclasse à ne manquer sous aucun prétexte, pour avoir eu le privilège de l'entendre plusieurs fois, ce sont toujours des moments magiques -je vous recommande au passage le documentaire "D'un film à l'autre": une histoire de Claude Lelouch-), un hommage à Kate Dickie et Gary Lewis avec qui vous pourrez également échanger, une compétition qui promet d'être comme chaque année déroutante, étonnante, palpitante (à en lire les résumés des films qui tous sans exception me donnent particulièrement envie de les découvrir, je peux d'ores et déjà vous recommander "Sing street", un feel good movie qui était également en compétition du Festival du Cinéma Américain de Deauville où il a reçu une véritable standing ovation, un film réalisé par John Carney qui avait tant ému les festivaliers à Dinard avec "Once"), des avant-premières de films très attendus (il me semble que là aussi elles sont chaque année plus nombreuses et prestigieuses) avec notamment la palme d'or du Festival de Cannes 2016 signée Ken Loach, un film bouleversant dont vous pourrez retrouver ma critique ci-dessous, la masterclasse du plus célèbre des cascadeurs Rémy Julienne (qui a d'ailleurs souvent travaillé avec Claude Lelouch), sans oublier une formidable nouveauté de cette édition, une compétition de courts-métrages que devra départager un jury présidé par Marianne Denicourt. Et en ouverture « Whisky Galore » de Gillies Mackinnon  et en film de Gala « Finding Altamira » de Hugh Hudson  notamment avec Antonio Banderas.

    LE PROGRAMME ET LES DEUX JURYS EN DETAILS:-

    -Claude Lelouch  présidera donc le jury des longs-métrages (retrouvez en bonus ci-dessous ma critique de son magnifique dernier film, UN + UNE ) et cela nous promet d’ores et déjà de beaux moments d’émotion surtout qu'il donnera une masterclasse  qui prendra la forme d’une conversation avec le passionné directeur du festival, Hussam Hindi, un dialogue qui sera  alimenté  par des extraits de films, des anecdotes, des souvenirs. A ne pas manquer donc, le dimanche.

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    Photo ci-dessus prise au dernier Festival du Film de Cabourg

    Claude Lelouch sera entouré des personnalités suivantes:

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    - Vous pourrez découvrir les films en compétition  qui sont toujours de qualité et permettent de déceler les grands cinéastes d’aujourd’hui et de demain, cette année 6 films en compétition pour le Hitchcock d’Or, qui reflètent " étrangement l’incertitude d’une jeune génération se questionnant sur son avenir, depuis le vote pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne."

    AWAY

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    RÉALISATEUR :  David Blair SCÉNARISTE :  Roger Hadfield PRODUCTEURS : Michael Knowles Terry Stone Richard Turner INTERPRÈTES :  Juno Temple,  Timothy Spall,  Matt Ryan,  Susan Lynch, Terry Stone, Hayley Squires, Joanna Roth

    Alors que tout semble pourtant les séparer, Joseph et Ria se lient d’une improbable amitié. Les deux personnages à la dérive devinent en l’autre la possibilité d’une vie meilleure...

    Une histoire d’amour, de deuil et d’espérance dans l’univers féérique de Blackpool.

    CHUBBY FUNNY

    RÉALISATEUR  ET SCÉNARISTE :  Harry Michell PRODUCTRICE : Helen Simmons INTERPRÈTES :  Harry Michell, Augustus Prew, Isabella Laughland, Alice Lowe,  Anna Maxwell Martin

    Oscar est sûr d’avoir du talent. Il se trompe. Il pense que rien n’est jamais sa faute. Là encore, il se trompe. Fraîchement installé à Londres pour percer dans le milieu du spectacle, il est vite rattrapé par les mêmes problématiques : les copains, le sexe et la quête d’un épanouissement absolu... Pas simple d’être dans la peau du petit gros marrant...

    MOON DOGS           

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    RÉALISATEUR : Philip John   SCÉNARISTES :  Derek Boyle,  Raymond Friel PRODUCTRICE : Kathy Speirs INTERPRÈTES :  Tara Lee, Christy O’Donnell, Jack Parry-Jones

    Michael et son beau-frère Thor, un musicien de génie, vivent sur une petite île des Shetlands perdue au nord de l’Ecosse. Sans autre point commun que le mariage de leur parent respectif, les deux garçons se parlent à peine. Par la faute de Thor, Michael voit partir en fumée son projet d’aller à l’université avec sa petite amie Lucy; ils se lancent alors dans un road-trip effréné qui mettra à mal leur relation déjà tendue. En route vers Glasgow, ils rencontrent Caitlin, une jeune femme libre et singulière qui rêve d’être chanteuse...

    PREVENGE

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    RÉALISATRICE  ET SCÉNARISTE :  Alice Lowe PRODUCTEURS : Jennifer Handorf, Will Kane, Vaughan Sivell INTERPRÈTES :  Jo Hartley,  Kate Dickie,  Alice Lowe,  Gemma Whelan,  Tom Davis, Marc Bessant

    Ruth est enceinte... et une tueuse en série aussi absurde que vicieuse !

    Elle se glisse dans la peau de différents personnages pour mieux gagner la confiance de ses victimes issues de tous les milieux, avant de les condamner à une mort qui les punira de leur égoïsme.

    Toutefois, dans sa folie, Ruth reste méthodique : le père de son enfant est décédé, et c’est son fœtus qui lui intime de s’en prendre à la Terre entière.

    Dans cette aventure, Ruth a pour unique confidente une sage-femme bienveillante qui l’incite à faire table rase du passé afin d’endosser le rôle de mère aimante et épanouie que la société attend d’elle.

    Aux prises avec sa conscience, sa solitude et un foetus TRÈS exigeant, Ruth peut-elle, en devenant mère, se racheter, ou court-elle à sa perte ?

    SING STREET

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    RÉALISATEUR  ET SCÉNARISTE :  John Carney PRODUCTEURS : Anthony Bregman, Raj Brinder Singh, John Carney, Christian Grass, Martina Niland, Kevin Scott Frakes, Paul Trijbits INTERPRÈTES :  Lucy Boynton, Ferdia Walsh-Peelo,

    Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendezvous hebdomadaire devant « Top of the Pops » est incontournable.

    Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter. Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connaît rien, ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir, il lui propose de jouer dans son futur clip.

    THE BEAUTIFUL FANTASTIC

    RÉALISATEURS : Simon Aboud, Christine Alderson SCÉNARISTE :   Simon Aboud   INTERPRÈTES : Jessica Brown Findlay, Tom Wilkinson, Jeremy Irvine, Andrew Scott DISTRIBUTEUR : L’Atelier d’images

    Bella

    Bella Brown, jeune femme pétillante, rêve d’écrire un succès de la littérature enfantine. La vie n’est pas tendre avec elle : enfance malheureuse, ambitions contrariées et une boss infecte. Bella est touchée mais pas coulée...

    Atteinte d’une véritable phobie pour la faune et la flore, elle se voit menacer d’expulsion si elle ne s’occupe pas de son jardin, devenu une véritable jungle. C’est alors qu’elle fait la connaissance de son riche voisin Alfie Stephenson, un terrible grincheux qui s’avère être également un horticulteur hors-pair.

    DES RENCONTRES ET DES HOMMAGES

    -Rebecca O'Brien, productrice et complice de Ken Loach, est la marraine du Festival cette année. Elle participera à une table ronde sur l'avenir du cinéma britannique suite au Brexit !

    -Deux comédiens incontournables du cinéma d’outre-Manche seront honorés. Kate Dickie et Gary Lewis, déjà lauréats du Hitchcock d’Or ( Couple in a Hole pour la première, Petits meurtres entre amis et Billy Elliot pour le second). Ils nous présenteront les films les plus emblématiques de leur carrière:

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    Orphans (1998) de Peter Mullan • Billy Elliot (2000), de Stephen Daldry • Valhalla Rising (2009), de Nicolas Winding Refn • Filth (2013), de Jon. S Baird (suivi d’une rencontre avec l’acteur) • Catch Me Daddy (2014), de Daniel Wolfe

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    Red Road (2006), de Andrea Arnold (suivi d’une rencontre avec l’actrice) • For Those In Peril (2013), de Paul Wright • Couple In A Hole (2015), de Tom Geens • The Witch (2016), de Robert Eggers

    Rencontre avec Kate Dickie

    La rencontre aura lieu après la projection du film  Red Road (2006), de Andrea Arnold. Une occasion de parler avec l’actrice, de ce film qui a révélé la réalisatrice.

    Rencontre avec Gary Lewis

    Le papa de Billy Elliot (2000) a fait du chemin. On le retrouvera au festival après la projection de Filth  (en français Ordure ) (2013), de John Baird. Ce pur écossais nous parlera de ce film et plus largement de sa carrière.

    SHORTCUTS

    Marianne Denicourt, marraine du Festival en 2006, revient cette année présider le Jury de Shortcuts, compétition de courts-métrages, grande nouveauté de cette 27è édition et excellente initiative! Cette sélection d’environ 1h45 a "pour ambition de montrer la production britannique de l’année, dans toute sa diversité: fictions, documentaires, animation, live action, comédies, drames, thrillers… Une plongée dans l’univers audacieux et décalé du cinéma britannique. Version courte!" La compétition sera récompensée par un prix du public et un Hitchcock Shortcuts remis par le jury francobritannique.  Marianne Denicourt sera entourée des personnalités suivantes:

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    Voici les courts-métrages en lice:

    Midnight Of My Life de Phil Davis (7’30’’) Fiction/Live action.

    Perched de Liam Harris, (10’30’’) Fiction/Animation.

    Groove Is In The Heart de Bijan Sheibani (6’) Fiction/Live action.

    Balcony de Toby Fell-Holden (17’) Fiction/Live action. Ours de cristal, Berlinale 2016

    Oh-Be-Joyful de Susan Jacobson (14’). Fiction/Live action. Best Comedy, London Short Film Festival 2016

    Over de Jörn Threlfall (15’) Fiction/Live action

    The Deal de Ewa Smyk (4’) Documentaire/Stop motion

    Bilaadi de Saf Suleyman (20’30’’) Documentaire/Live action

    Operator de Caroline Bartleet (6’) Fiction/Live action. Best Short Film, BAFTA 2016

    Stutterer de Benjamin Cleary (13’) Fiction/Live action. Best Short Film, Oscar 2016

    AVANT-PREMIERES

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    Comme chaque année, le festival proposera de prestigieuses avant-premières et il faut dire que cette année, les festivaliers seront particulièrement privilégiés de voir les films suivants parmi lesquels la palme d'or du Festival de Cannes:

    « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach y sera ainsi projeté en avant-première nationale, un mois avant sa sortie en salles en France! 10 ans après avoir déjà obtenu la palme d’or pour « Le vent se lève » , Ken Loach, ainsi, intégrait le cénacle des cinéastes ayant reçu deux palmes d’or : les Dardenne, Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Michael Haneke.

    Alors qu’il avait annoncé il y a deux ans, après « Jimmy’s hall » (en compétition officielle du Festival de Cannes 2014) qu’il ne tournerait plus, Ken Loach est donc revenu à Cannes et en est reparti avec la récompense suprême. Une évidence tant ce film capte et clame les absurdités cruelles et révoltantes d’un monde  et d’une administration qui broient l’individu, l’identité, la dignité comme celles de Daniel Blake (formidable Dave Johns), menuisier veuf, atteint d’une maladie cardiaque mais que l’administration ne considère pas comme suffisamment malade pour avoir droit à une pension d’invalidité. 

    Le regard plein d’empathie, de compassion que porte Loach sur Daniel Blake, et celui plein de clairvoyance qu’il porte sur le monde qui l’entoure et plein de colère contre les injustices dont il est victime contribuent à cette  œuvre à la fois très personnelle et universelle.

    Que Daniel Blake évoque sa femme décédée, que Ken Loach dessine les contours d’ une famille qui se reconstitue (Daniel Blake rencontre une jeune mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450 kms de sa ville natale pour ne pas être placée en famille d’accueil), son point de vue est toujours plein de tendresse sur ses personnages, teinté d’humour parfois aussi, et de révolte contre ces « décisionnaires » qui abusent de leur pouvoir, presque de vie et de mort, dans des bureaux qui ressemblent aux locaux labyrinthiques, grisâtres et déshumanisés  de « Playtime »  comme un écho à cette époque d’une modernité  aliénante, déshumanisante et parfois inhumaine que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège.

    « Moi, Daniel Blake », c’est l’histoire d’un homme qui veut rester maître de son existence, qui se réapproprie son identité et son honneur que cette administration étouffante essaie de lui nier, qui prend le pouvoir, celui de dire non, de clamer son patronyme, son existence, lors de deux scènes absolument bouleversantes. Le poing levé de Ken Loach  qui nous lance un uppercut en plein cœur, ce cœur qui (ce n’est sans doute pas un hasard que le mal se situe là)  lâche peu à peu Daniel Blake, lui qui en possède tant. 

    « Moi, Daniel Blake » c’est un film qui donne la parole à tous ceux qu’un système inique veut murer dans le silence et leur détresse. « Moi, Daniel Blake »,  c’est la démonstration implacable de la férocité meurtrière d’un système, un film d’une force, d’une simplicité, d’une beauté, mais aussi d’une universalité redoutables et poignantes. Une palme d’or en forme de cri de colère, de douleur, et d’appel à l’humanité dont les lueurs traversent le film et nous transpercent le cœur, bien après les derniers battements de ceux de Daniel Blake.  « Dans cette période de désespoir il faut ramener de l’espoir. » «Un autre monde est possible et nécessaire » avait ainsi conclu Ken Loach avant de le répéter en Français, en recevant son prix à Cannes.

    En avant-première également:

    FILM D’OUVERTURE : Whisky Galore de Gillies Mackinnon (98’)

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    Avec James Cosmo, Ellie Kendrick, Sean Biggerstaff, Gregor Fisher, Naomi Battrick, Eddie Izzard… Les habitants de l’île isolée de Todday, dans l’archipel écossais des Hébrides, étaient plutôt épargnés par le rationnement imposé en tant de guerre. Jusqu’à ce que le whisky vienne à manquer ! Au beau milieu de cette tragédie, le naufrage du S.S. Cabinet Minister va toutefois changer la donne: dans ses cales, 50 000 caisses de whisky seront récupérées par les habitants de Todday qui déploieront des trésors d’ingéniosité pour les dissimuler, au grand dam des militaires britanniques en poste sur l’île.

    FILM DE GALA : Finding Altamira de Hugh Hudson (97’)

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    Avec Antonio Banderas, Clément Sibony, Golshifteh Farahani, Rupert Everett… 1879, dans le nord de l’Espagne. La jeune Maria Sautuola et son père Marcelino, un archéologue amateur, font une découverte tout à fait extraordinaire: les premiers éléments d’art rupestre de l’histoire; des peintures extrêmement bien conservées et d’une grande précision représentant un galop de bisons. Mais la mère de Maria, la très pieuse Conchita, n’est pas seule à être perturbée par l’idée que des «sauvages» préhistoriques aient pu produire des œuvres aussi sublimes. En effet, l’Eglise catholique considère la possibilité d’une création artistique vieille de 10 000 ans comme une remise en question de la Bible par des mécréants. Véritable scandale, les scientifi ques de l’époque s’avèrent tout aussi dogmatiques et réactionnaires...

    Bridget Jones Baby de Sharon Maguire

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    Avec Renee Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey… Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois tout est sous contrôle! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack... Puis retrouve Darcy... Puis découvre qu’elle est enceinte... Mais de qui ?

    I, Daniel Blake / Moi, Daniel Blake de Ken Loach (100’) Avec Dave Johns, Hayley Squires… Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Rachel, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450 km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Rachel vont tenter de s’entraider…

    Adult Life Skills de Rachel Tunnard (97’) Avec Jodie Whittaker, Lorraine Ashbourn, Rachael Deering, Brett Goldstein… Anna est coincée: à presque 30 ans, elle vit dans la cabane au fond du jardin de sa mère et met en scène ses pouces dans des vidéos... Sa mère l’incite à se prendre en main et à adopter une coupe de cheveux qui fasse «moins garçon manqué» ; Anna, quant à elle, voudrait juste que sa mère lui FOUTE LA PAIX !

    Brakes de Mercedes Grower (84’) Avec Julian Barratt, Kerry Campbell, Julia Davis, Noel Fielding, Kerry Fox… “Si vous saviez comment ça allait finir, est-ce que vous vous lanceriez?” Neuf couples. Neuf histoires mouvementées. Prenant comme point de départ leurs séparations, aussi absurdes que brutales, on revient en arrière jusqu’à l’instant de leurs premières amours. La ville de Londres, quant à elle, joue le rôle de l’entremetteuse dans ces histoires uniques. Et qui résonnent pourtant en chacun de nous… Coriolanus de Ralph Fiennes (123’) Avec Gerard Butler, Ralph Fiennes, Vanessa Redgrave… Les citoyens de Rome ont faim. Coriolanus, grand héros et soldat aux idées inflexibles, se présente aux élections consulaires mais méprise le peuple. Ses projets extrêmes déclenchent une sanglante révolte de masse. Manipulé et trahi par ses adversaires, Coriolanus part en exil. Banni par les siens, il s’allie alors à son ancien ennemi pour retourner à Rome et se venger. Detour de Christopher Smith (100’) Avec Emory Cohen, Tye Sheridan, Stephen Moyer, John Lynch, Bel Powley… Harper, un jeune étudiant, déteste son beau-père, responsable d’un accident qui a plongé sa mère dans le coma. Un soir, alors qu’il noie son chagrin dans l’alcool, il élabore un plan avec un voyou et une stripteaseuse pour l’assassiner. Le lendemain, à peine remis de sa cuite, Harper n’a pas le temps de se souvenir de sa rencontre qu’il se retrouve embarqué dans une virée vengeresse, contraint d’assumer ses choix.

    Eat Local de Jason Flemyng (88’) Avec Charlie Cox, Mackenzie Crook, Tony Curran, Freema Agyeman,  Billy Cook… La réunion cinquantennale des vampires britanniques se tient dans une paisible maison de campagne. Bien malgré lui, Sebastian Crockett se retrouve au milieu de cette assemblée assoiffée de sang. Très vite, son rêve d’une nuit torride en compagnie de la délicieuse Vanessa, elle-même vampire, tourne à la lutte pour la survie. Mais le cauchemar de Sébastien ne fait que commencer puisqu’une troupe de chasseurs de vampires armés jusqu’aux dents s’invitent à la fête, résolus à en découdre.

    Hi-Lo Joe de James Kermack (93’) Avec Gethin Anthony, Tom Bateman, Lizzie Philips… Joe Ridley est le roi de la fête; de toutes les fêtes, à vrai dire. Adoré de tous et, en apparence, amoureux de la vie, il mène une existence très «rock ‘n’ roll». Mais sous la surface, il est hanté par des pulsions destructrices. Un soir, son ex-petite amie Elly s’invite à une de ses fêtes. Toujours amoureux, ils reprennent leur relation là où ils l’avaient laissée. Mais les vieilles habitudes ont la peau dure, et même si Joe y met vraiment du sien, ses vieux démons ne tardent pas à revenir le hanter...

    Love Is Thicker Than Water de Emily Harris & Ate de Jong (90’) Avec Ellie Kendrick, Lydia Wilson, Johnny Flynn, Juliet Stevenson… Elle est violoncelliste, issue d’une famille bourgeoise londonienne. Il est Gallois et livreur à vélo... Tout semble les séparer, et pourtant Vida et Arthur tombent amoureux fous. Mais leur idylle est sévèrement mise à l’épreuve quand vient le moment des présentations aux familles, car chacun doit faire face à un immense fossé social et culturel. À la fois sensible, touchant, décalé et tragique, Love Is Thicker Than Water porte un regard nouveau sur la façon dont les conflits familiaux peuvent remettre en cause les histoires d’amour. Un Roméo et Juliette d’aujourd’hui.

    Stratton de Simon West (95’) Avec Dominic Cooper, Tyler Hoechlin, Tom Felton, Connie Nielsen… Stratton est un agent du Special Boat Service du MI6. Avec son co-équipier américain Marty, il s’infiltre dans un laboratoire iranien pour intercepter des armes bio-chimiques mortelles. Mais la mission tourne mal... De retour à la base, Stratton et son équipe se lancent dans une course contre la montre. Leur mission: débusquer la cellule terroriste internationale qui est en possession des armes chimiques volées et les détruire avant qu’elle ne puisse les utiliser.

    The Hippopotamus de John Jencks (86’) Avec Roger Allam, Matthew Modine, Russell Tovey, Fiona Shaw… Afin de percer le mystère de certaines guérisons miraculeuses, Ted Wallace, poète déchu, est prié de se rendre au manoir de ses amis, le couple Logan ; leur fils de 15 ans aurait des dons de guérisseur qu’ils aimeraient faire connaître, sans toutefois comprendre les méthodes peu conventionnelles de leur enfant. Animé par une passion poétique pour la vérité, Ted va démystifier ces miracles et épargner ainsi au jeune homme une vie toute entière d’humiliations.

    Tommy’s Honour de Jason Connery (112’)

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    Avec Jack Lowden, Peter Mullan, Sam Neill… 1866, à St. Andrews en Ecosse. «Old Tom» Morris, le greenkeeper du Royal & Ancient golf club est une légende locale. Le sport lui doit non seulement la norme internationale du 18 trous, mais également la création du premier championnat Open. Mais son fils Tommy ne tarde pas à lui voler la vedette: encore adolescent, il remporte l’Open et devient l’«élégant jeune homme» qui fait connaître le golf en devenant le premier joueur pro. Malgré leur passion commune, père et fils sont fréquemment en désaccord car ils n’ont pas la même approche des conventions sociales.

    Tourner pour vivre de Philippe Azoulay (110’) J’ai retrouvé Tintin, il a plus de 77 ans, il fait du cinéma et court le monde à la recherche du sens de la vie. Dans la tête d’un créateur. Durant 3 ans nous partageons la vie d’un cinéaste et sa croyance en l’incroyable fertilité du chaos. Un voyage inédit, une aventure artistique, une expérience humaine et spirituelle avec Claude Lelouch.

    Versus, The Life and Films of Ken Loach de Louise Osmond (96’) Versus est un film drôle, provocant et plein de révélations sur la vie et la carrière de Ken Loach, l’un des réalisateurs britanniques les plus célébrés et controversés. À l’aube de ses 80 ans, il revient sur son extraordinaire carrière, longue de cinquante ans.

    War on Everyone de John Michael McDonagh (118’) Avec Michael Pena, Alexander Skarsgard, Tessa Thompson… Terry et Bob: plus durs que Starsky et Hutch, plus drôles que Laurel et Hardy et plus séduisants que Siegfried et Roy. Ces deux ripoux terrorisent le Nouveau Mexique jusqu’à ce que le hasard les conduise à Birdwell, gérant d’un club de strip-tease, et à son excentrique boss James Mangan, croisement inquiétant entre un gentleman et un junkie. Flairant le bon coup, ils décident de les faire chanter. Mais cette enquête va dépasser leurs pires cauchemars sous acides avec la découverte du terrible secret de Mangan. Dès lors, l’affaire va prendre une dimension personnelle et rédemptrice pour ces deux anti-héros, obligés de protéger les innocents et de servir enfin la justice.

    You’re Ugly Too de Mark Noonan (79’) Avec Aiden Gillen, Lauren Kinsella... Will bénéficie d’une libération conditionnelle pour s’occuper de sa nièce Stacey, qui vient de perdre sa mère. Ensemble, ils cherchent à reconstruire un semblant de famille dans un coin de campagne irlandaise paisible. Mais la vie n’est pas tendre avec eux : Stacey est refusée à l’école car elle souffre depuis peu de narcolepsie ; quant à Will, il peine à respecter le couvre-feu imposé par son agent de probation, et s’avère être une bien piètre figure paternelle pour la petite fille...

    Ajout de dernière minute: Acclamé à Toronto, le film "Lady Macbeth" rejoint la programmation : projection unique jeudi à 21h30 au Balneum.

    SEANCE JEUNE PUBLIC - Monsieur Bout-de-bois (Stick Man) de Jeroen Jaspaert (43’) Monsieur Bout-de-Bois mène une vie paisible dans son arbre familial avec Madame Bout-de-Bois et leurs trois enfants. Lors de son footing matinal, il se fait attraper par un chien qui le prend pour un vulgaire bâton. Commence alors pour Monsieur Bout-de-Bois une série d’aventures qui l’entraîneront bien loin de chez lui...

    -MASTERCLASSES

    En plus de la Masterclasse de Claude Lelouch qui s'annonce passionnante:

    Ken Adam, un décorateur et son métier

    Ken Adam, disparu il y a quelques mois, était à la fois le décorateur de Stanley Kubrick et celui de James Bond. De la salle de guerre de Docteur Folamour , aux extérieurs de Barry Lyndon , en passant par la série des James Bond de Dr. No à Moonraker, le décorateur a eu une carrière impressionnante qui ne s’achèvera qu’en 2001 avec sa disparition à l’âge de quatre-vingts ans ! À partir de l’exemple de Ken Adam, et illustrée de nombreux exemples tirés de ses films, la masterclasse animée par Jean-Pierre Berthomé reviendra sur le rôle du décorateur dans la conception des films et sur la nature de son travail de collaboration avec producteurs et metteurs en scène.

    Rémy Julienne, cascadeur au service de Sa Majesté

    Tout le monde se souvient de cette 2 CV jaune poursuivie par des 504 noires et survolant une route de montagne dans Rien que pour vos yeux. Nous devons cette prouesse mécanique au cascadeur Rémy Julienne. Il fait ses débuts au cinéma en 1964 avec Fantomas, puis signera les cascades de tous les films interprétés par Louis de Funès. La religieuse du Gendarme à Saint-Tropez, c’est lui ! On le retrouve à la tête de toutes les spectaculaires scènes automobiles menées par Jean-Paul Belmondo – avec notamment la mythique poursuite du Casse dans les rues d’Athènes – ou des longs-métrages de Claude Lelouch. Mais le savoir-faire de cet ancien champion de moto-cross ne s’est pas arrêté à nos frontières : les Austin mini de L’or se barre avec Michael Caine lui permettront de collaborer pour la première fois avec les Britanniques. Suivront les chorégraphies automobiles de six James Bond de Rien que pour vos yeux en 1981 à Goldeneye en 1995. Rémy Julienne, en chair et en os, partagera ses secrets de tournage lors d’une masterclasse à toute allure !

    INFORMATIONS PRATIQUES:

    Retrouvez le Festival du Film Britannique de Dinard sur son site officiel, twitter, Facebook et Instagram.

    Pour préparer au mieux votre séjour, retrouvez mes bonnes adresses à Dinard et Saint-Malo en cliquant ici.

    Accueil pendant le festival

    Palais des Arts et du Festival 2, boulevard Wilson - 35800 Dinard 02 99 88 19 04


    Tarifs billetterie 6 euros / Billets en vente à l’unité à chaque séance


    6 salles pour accueillir les festivaliers :

    – Emeraude Cinémas Dinard - 2, boulevard Albert 1er (2 salles, 268 et 24 sièges) – Palais des arts et du festival - 2, boulevard Wilson (2 salles, 230 et 90 sièges) – Salle Stéphan bouttet - rue Sadi-Carnot (344 sièges) – Salle Hitchcock - rue Raphaël Veil (300 sièges)

    Critique de UN + UNE de Claude Lelouch

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    En 1966, avec « Un homme et une femme », sa sublime histoire de la rencontre de deux solitudes blessées avec laquelle il a immortalisé Deauville, Claude Lelouch recevait la Palme d’or, l’Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement ! Ce 45ème film de Claude Lelouch, presque cinquante ans plus tard raconte à nouveau l’histoire d’un homme et d’une femme et les années et les films qui séparent ces deux longs-métrages semblent n’avoir en rien entaché la fougue communicative, la réjouissante candeur, le regard enthousiaste, la curiosité malicieuse du cinéaste. Ni la fascination avec laquelle il regarde et révèle les acteurs. Les acteurs et la vie qu’il scrute et sublime. Bien que les critiques ne l’aient pas toujours épargné, il est en effet toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité, à la musique de Francis Lai, aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à son amour inconditionnel du cinéma et de l’amour, à ses phrases récurrentes, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté parfois terrible des hasards et coïncidences.

    Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même n’avait «pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,   Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ». Et tous ceux qui m’ont fait aimer le cinéma. Avec son film « Roman de gare », les critiques l’avaient enfin épargné, mais pour cela il avait fallu que le film soit au préalable signé d’un autre nom que le sien. Peu m’importe. Claude Lelouch aime la vie. Passionnément. Sous le regard fiévreux et aiguisé de sa caméra, elle palpite. Plus qu’ailleurs. Et ce nouveau film ne déroge pas à la règle.

    Après Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Sandrine Bonnaire dans « Salaud, on t’aime », c’est un autre trio charismatique qui est à l’honneur dans ce nouveau film : Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christophe Lambert (voire un quatuor avec Alice Pol). Son dernier film « Salaud, on t’aime » se rapprochait de « Itinéraire d’un enfant gâté », du moins en ce qu’il racontait l’histoire d’un homme à l’automne de sa vie, un autre « enfant gâté » passé à côté de l’essentiel et qui, contrairement au film précité, n’allait pas fuir sa famille mais tenter de la réunir. Ici, c’est finalement aussi d’un homme passé à côté non pas de sa vie mais de lui-même dont Lelouch nous raconte l’histoire, une histoire que j’attendais de découvrir depuis que j’avais vu cette affiche du film orner les murs de Cannes, lors du festival, en mai dernier.

    La manière dont le film est né ressemble déjà à un scénario de film de Claude Lelouch. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont ainsi plusieurs fois raconté sa genèse. Le hasard qu’affectionne tant Claude Lelouch les a réunis sur le même vol entre Paris et Los Angeles lors duquel ils ont parlé de cinéma pendant des heures et notamment d’un film de Claude Lelouch, « Un homme qui me plaît », qu’ils adorent tous les deux. L’histoire d’amour entre un compositeur incarné par Jean-Paul Belmondo et une actrice incarnée par Annie Girardot qui tombent amoureux à l’autre bout du monde. Elsa Zylberstein a appelé Claude Lelouch et l’histoire était lancée, une histoire d’amour qui, eux aussi, les a emmenés à l’autre bout du monde…

    Jean Dujardin incarne ici le séduisant, pragmatique, talentueux Antoine. Antoine est compositeur de musiques de films. Antoine regarde la vie avec distance, humour et légèreté. Antoine est comme un enfant joueur et capricieux. D’ailleurs, il porte le prénom du petit garçon dans « Un homme et une femme ». Hasard ? Ou coïncidence ? Il part en Inde travailler sur une version très originale de « Roméo et Juliette » intitulée « Juliette et Roméo » et alors que sa compagne (Alice Pol) le demande en mariage par téléphone. A l’occasion d’une soirée donnée en son honneur à l’Ambassade de France, il rencontre la pétillante Anna (Elsa Zylberstein), la femme de l’ambassadeur (Christophe Lambert), aussi mystique qu’il est pragmatique, une femme qui, en apparence, ne lui ressemble en rien, pourtant, dès ce premier soir, entre ces deux-là, semble régner une magnétique connivence. Cette rencontre va les entraîner dans une incroyable aventure. Et le spectateur avec eux.

    Ce que j’aime par-dessus tout dans les films de Claude Lelouch, ce sont ces personnages, toujours passionnément vivants. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi. Et dans ce film plus que dans tout autre de Claude Lelouch. Le fond et la forme coïncident ainsi en une ludique mise en abyme. Le film commence par l’histoire d’un voleur qui va inspirer le film dont Antoine a composé la musique et dont les images jalonnent le film…de Lelouch. Le présent, le passé et le rêve s’entrelacent constamment pour peu à peu esquisser le portrait des deux protagonistes, pour se jouer de notre regard sur eux et sur la beauté troublante des hasards de la vie.

    Cela commence par des images de l’Inde, fourmillante, colorée, bouillonnante de vie dont la caméra de Lelouch, admirative, caresse l’agitation multicolore. Prémisses d’un voyage au pays « du hasard » et « de l’éternité. » Un voyage initiatique. Puis, il nous raconte une première histoire. Celle du voleur qui sauve sa victime, et de leur histoire d’amour. Celle du film dans le film. Un miroir de celle d’Anne et d’Antoine. Presque un conte. D’ailleurs, devant un film de Lelouch, j’éprouve la sensation d’être une enfant aux yeux écarquillés à qui on raconte une fable. Ou plein d’histoires puisque ce film est une sorte de poupée russe. Oui, une enfant à qui on rappelle magnifiquement les possibles romanesques de l’existence.

    Ensuite, Antoine rencontre Anna lors du dîner à l’ambassade. Antoine pensait s’ennuyer et le dit et le clame, il passe un moment formidable et nous aussi, presque gênés d’assister à cette rencontre, leur complicité qui crève les yeux et l’écran, leur conversation fulgurante et à l’image de l’Inde : colorée et bouillonnante de vie. Il suffirait de voir cet extrait pour deviner d’emblée qu’il s’agit d’un film de Lelouch. Cette manière si particulière qu’ont les acteurs de jouer. Ou de ne pas jouer. Vivante. Attendrissante. Saisissante de vérité. En tout cas une scène dans laquelle passe l’émotion à nous en donner le frisson. Comme dans chacun des tête-à-tête entre les deux acteurs qui constituent les meilleurs moments du film, dans lesquels leurs mots et leurs silences combattent en vain l’évidente alchimie. Ils rendent leurs personnages aussi attachants l’un que l’autre. Le mysticisme d’Anna. La désinvolture et la sincérité désarmante d’Antoine avec ses irrésistibles questions que personne ne se pose. Antoine, l’égoïste « amoureux de l’amour ».

    Comme toujours et plus que jamais, ses acteurs, ces deux acteurs, la caméra de Lelouch les aime, admire, scrute, sublime, magnifie, révèle, caresse presque, exacerbe leur charme fou. Ce film comme chaque film de Lelouch comporte quelques scènes d’anthologie. Dans son précédent film « Salaud, on t’aime », les deux amis Kaminsky/Johnny et Selman/ Eddy nous rejouaient « Rio Bravo » et c’était un régal. Et ici, chacun des échanges entre Antoine et Anna l’est aussi. Comme dans tout film de Lelouch aussi les dialogues sont parsemés de petites phrases dont certaines reviennent d’un film à l’autre, souvent pour nous rappeler les « talents du hasard » :

    « Mon agent, c’est le hasard. »

    « Mon talent, c’est la chance. »

    « Le pire n’est jamais décevant. »

     Ce film dans lequel l’amour est l’unique religion est une respiration salutaire a fortiori en cette période bien sombre. Un hymne à l’amour, à la tolérance, au voyage aussi bigarrés et généreux que le pays qu’il nous fait traverser. Un joyeux mélange de couleurs, de fantaisie, de réalité rêvée ou idéalisée, évidemment souligné et sublimé par le lyrisme de la musique du fidèle Francis Lai (retrouvez mon récit de la mémorable master class commune de Lelouch et Lai au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2014, ici) et celle de la Sérénade de Schubert (un peu trop utilisée par les cinéastes ces temps-ci mais c’est celle que je préfère donc je ne m’en lasse pas), par des acteurs que le montage inspiré, la musique lyrique, la photographie lumineuse ( de Robert Alazraki), le scénario ingénieux (signé Valérie Perrin et Claude Lelouch), et l’imparable et incomparable direction d’acteurs de Lelouch rendent plus séduisants, convaincants, flamboyants et vibrants de vie que jamais.

     Une « symphonie du hasard » mélodieuse, parfois judicieusement dissonante, émouvante et tendrement drôle avec des personnages marquants parce que là comme ils le sont rarement et comme on devrait toujours essayer de l’être : passionnément vivants. Comme chacun des films de Lelouch l’est, c’est aussi une déclaration d’amour touchante et passionnée. Au cinéma. Aux acteurs. A la vie. A l’amour. Aux hasards et coïncidences. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent. Dans la vie. Au cinéma. Dans le cinéma de Lelouch qui en est la quintessence. Vous l’aurez compris, je vous recommande ce voyage en Inde !

     

  • Festival du Film Britannique de Dinard 2016: le programme (1ers éléments)

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    Je vous parle chaque année de ce festival que j’affectionne tout particulièrement (à tel point que s’y déroule une nouvelle de mon recueil « Les illusions parallèles », publié aux Editions du 38, le 22 août prochain) et auquel j’essaie d’assister chaque année ou presque depuis ma participation à son jury en 1999 (sélectionné par Ouest-France sur concours d’écriture de lettre de motivation ayant pour thème évidemment… le cinéma britannique), alors sous la présidence de la très chaleureuse et talentueuse Jane Birkin.

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    Après une édition 2015 particulièrement réussie (mon compte rendu, ici), cette 27ème édition à suivre et vivre du 28 septembre au 2 octobre 2016 s’annonce toujours aussi riche et conviviale et d’autant plus exceptionnelle que:

    -le grand Claude Lelouch en présidera le jury (retrouvez en bonus ci-dessous ma critique de son magnifique UN + UNE  )et cela nous promet d’ores et déjà de beaux moments d’émotion,

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    Photo ci-dessus prise au dernier Festival du Film de Cabourg

    -les films en compétition sont toujours de qualité et permettent de découvrir les grands cinéastes d’aujourd’hui et de demain,

    -la palme d’or du Festival de Cannes 2016, « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach, y sera projetée en avant-première nationale, un mois avant sa sortie en salles en France! 10 ans après avoir déjà obtenu la palme d’or pour « Le vent se lève » , Ken Loach, ainsi, intégrait le cénacle des cinéastes ayant reçu deux palmes d’or : les Dardenne, Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Michael Haneke. Alors qu’il avait annoncé il y a deux ans, après « Jimmy’s hall » (en compétition officielle du Festival de Cannes 2014) qu’il ne tournerait plus, Ken Loach est donc revenu à Cannes et en est reparti avec la récompense suprême. Une évidence tant ce film capte et clame les absurdités cruelles et révoltantes d’un monde  et d’une administration qui broient l’individu, l’identité, la dignité comme celles de Daniel Blake (formidable Dave Johns), menuisier veuf, atteint d’une maladie cardiaque mais que l’administration ne considère pas comme suffisamment malade pour avoir droit à une pension d’invalidité.  Le regard plein d’empathie, de compassion que porte Loach sur Daniel Blake, et celui plein de clairvoyance qu’il porte sur le monde qui l’entoure et plein de colère contre les injustices dont il est victime contribuent à cette  œuvre à la fois très personnelle et universelle. Que Daniel Blake évoque sa femme décédée, que Ken Loach dessine les contours d’ une famille qui se reconstitue (Daniel Blake rencontre une jeune mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450 kms de sa ville natale pour ne pas être placée en famille d’accueil), son point de vue est toujours plein de tendresse sur ses personnages, teinté d’humour parfois aussi, et de révolte contre ces « décisionnaires » qui abusent de leur pouvoir, presque de vie et de mort, dans des bureaux qui ressemblent aux locaux labyrinthiques, grisâtres et déshumanisés  de « Playtime »  comme un écho à cette époque d’une modernité  aliénante, déshumanisante et parfois inhumaine que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège. « Moi, Daniel Blake », c’est l’histoire d’un homme qui veut rester maître de son existence, qui se réapproprie son identité et son honneur que cette administration étouffante essaie de lui nier, qui prend le pouvoir, celui de dire non, de clamer son patronyme, son existence, lors de deux scènes absolument bouleversantes. Le poing levé de Ken Loach  qui nous lance un uppercut en plein cœur, ce cœur qui (ce n’est sans doute pas un hasard que le mal se situe là)  lâche peu à peu Daniel Blake, lui qui en possède tant.  « Moi, Daniel Blake » c’est un film qui donne la parole à tous ceux qu’un système inique veut murer dans le silence et leur détresse. « Moi, Daniel Blake »,  c’est la démonstration implacable de la férocité meurtrière d’un système, un film d’une force, d’une simplicité, d’une beauté, mais aussi d’une universalité redoutables et poignantes. Une palme d’or en forme de cri de colère, de douleur, et d’appel à l’humanité dont les lueurs traversent le film et nous transpercent le cœur, bien après les derniers battements de ceux de Daniel Blake.  « Dans cette période de désespoir il faut ramener de l’espoir. » «Un autre monde est possible et nécessaire » avait ainsi conclu Ken Loach avant de le répéter en Français, en recevant son prix.

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    -en avant-première également, les festivaliers pourront découvrir  Bridget Jones Baby, avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey et Emma Thompson, le samedi 1er octobre soit quatre jours avant sa sortie nationale,

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    -le cascadeur Rémy Julienne, animera une masterclass sur les cascades dans les films de James Bond,

    -son affiche et sa bande-annonce sont joyeusement irrévérencieuses et saupoudrées d’un humour « so british » à l’image du festival,

    Retrouvez le Festival du Film Britannique de Dinard sur son site officiel, twitter, Facebook et Instagram.

    Retrouvez également cet article sur mon blog Inthemoodforcinema.com. Pour préparer au mieux votre séjour, retrouvez mes bonnes adresses à Dinard et Saint-Malo en cliquant ici.

    Critique de UN + UNE de Claude Lelouch

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    En 1966, avec « Un homme et une femme », sa sublime histoire de la rencontre de deux solitudes blessées avec laquelle il a immortalisé Deauville, Claude Lelouch recevait la Palme d’or, l’Oscar du meilleur film étranger et du meilleur scénario parmi 42 récompenses … à 29 ans seulement ! Ce 45ème film de Claude Lelouch, presque cinquante ans plus tard raconte à nouveau l’histoire d’un homme et d’une femme et les années et les films qui séparent ces deux longs-métrages semblent n’avoir en rien entaché la fougue communicative, la réjouissante candeur, le regard enthousiaste, la curiosité malicieuse du cinéaste. Ni la fascination avec laquelle il regarde et révèle les acteurs. Les acteurs et la vie qu’il scrute et sublime. Bien que les critiques ne l’aient pas toujours épargné, il est en effet toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité, à la musique de Francis Lai, aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à son amour inconditionnel du cinéma et de l’amour, à ses phrases récurrentes, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté parfois terrible des hasards et coïncidences.

    Claude Lelouch est né avec la Nouvelle Vague qui ne l’a jamais reconnu sans doute parce que lui-même n’avait «pas supporté que les auteurs de la Nouvelle Vague aient massacré Clouzot,   Morgan, Decoin, Gabin », tous ceux qui lui ont fait aimer le cinéma alors qu’il trouvait le cinéma de la Nouvelle Vague « ennuyeux ». Et tous ceux qui m’ont fait aimer le cinéma. Avec son film « Roman de gare », les critiques l’avaient enfin épargné, mais pour cela il avait fallu que le film soit au préalable signé d’un autre nom que le sien. Peu m’importe. Claude Lelouch aime la vie. Passionnément. Sous le regard fiévreux et aiguisé de sa caméra, elle palpite. Plus qu’ailleurs. Et ce nouveau film ne déroge pas à la règle.

    Après Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Sandrine Bonnaire dans « Salaud, on t’aime », c’est un autre trio charismatique qui est à l’honneur dans ce nouveau film : Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christophe Lambert (voire un quatuor avec Alice Pol). Son dernier film « Salaud, on t’aime » se rapprochait de « Itinéraire d’un enfant gâté », du moins en ce qu’il racontait l’histoire d’un homme à l’automne de sa vie, un autre « enfant gâté » passé à côté de l’essentiel et qui, contrairement au film précité, n’allait pas fuir sa famille mais tenter de la réunir. Ici, c’est finalement aussi d’un homme passé à côté non pas de sa vie mais de lui-même dont Lelouch nous raconte l’histoire, une histoire que j’attendais de découvrir depuis que j’avais vu cette affiche du film orner les murs de Cannes, lors du festival, en mai dernier.

    La manière dont le film est né ressemble déjà à un scénario de film de Claude Lelouch. Jean Dujardin et Elsa Zylberstein ont ainsi plusieurs fois raconté sa genèse. Le hasard qu’affectionne tant Claude Lelouch les a réunis sur le même vol entre Paris et Los Angeles lors duquel ils ont parlé de cinéma pendant des heures et notamment d’un film de Claude Lelouch, « Un homme qui me plaît », qu’ils adorent tous les deux. L’histoire d’amour entre un compositeur incarné par Jean-Paul Belmondo et une actrice incarnée par Annie Girardot qui tombent amoureux à l’autre bout du monde. Elsa Zylberstein a appelé Claude Lelouch et l’histoire était lancée, une histoire d’amour qui, eux aussi, les a emmenés à l’autre bout du monde…

    Jean Dujardin incarne ici le séduisant, pragmatique, talentueux Antoine. Antoine est compositeur de musiques de films. Antoine regarde la vie avec distance, humour et légèreté. Antoine est comme un enfant joueur et capricieux. D’ailleurs, il porte le prénom du petit garçon dans « Un homme et une femme ». Hasard ? Ou coïncidence ? Il part en Inde travailler sur une version très originale de « Roméo et Juliette » intitulée « Juliette et Roméo » et alors que sa compagne (Alice Pol) le demande en mariage par téléphone. A l’occasion d’une soirée donnée en son honneur à l’Ambassade de France, il rencontre la pétillante Anna (Elsa Zylberstein), la femme de l’ambassadeur (Christophe Lambert), aussi mystique qu’il est pragmatique, une femme qui, en apparence, ne lui ressemble en rien, pourtant, dès ce premier soir, entre ces deux-là, semble régner une magnétique connivence. Cette rencontre va les entraîner dans une incroyable aventure. Et le spectateur avec eux.

    Ce que j’aime par-dessus tout dans les films de Claude Lelouch, ce sont ces personnages, toujours passionnément vivants. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi. Et dans ce film plus que dans tout autre de Claude Lelouch. Le fond et la forme coïncident ainsi en une ludique mise en abyme. Le film commence par l’histoire d’un voleur qui va inspirer le film dont Antoine a composé la musique et dont les images jalonnent le film…de Lelouch. Le présent, le passé et le rêve s’entrelacent constamment pour peu à peu esquisser le portrait des deux protagonistes, pour se jouer de notre regard sur eux et sur la beauté troublante des hasards de la vie.

    Cela commence par des images de l’Inde, fourmillante, colorée, bouillonnante de vie dont la caméra de Lelouch, admirative, caresse l’agitation multicolore. Prémisses d’un voyage au pays « du hasard » et « de l’éternité. » Un voyage initiatique. Puis, il nous raconte une première histoire. Celle du voleur qui sauve sa victime, et de leur histoire d’amour. Celle du film dans le film. Un miroir de celle d’Anne et d’Antoine. Presque un conte. D’ailleurs, devant un film de Lelouch, j’éprouve la sensation d’être une enfant aux yeux écarquillés à qui on raconte une fable. Ou plein d’histoires puisque ce film est une sorte de poupée russe. Oui, une enfant à qui on rappelle magnifiquement les possibles romanesques de l’existence.

    Ensuite, Antoine rencontre Anna lors du dîner à l’ambassade. Antoine pensait s’ennuyer et le dit et le clame, il passe un moment formidable et nous aussi, presque gênés d’assister à cette rencontre, leur complicité qui crève les yeux et l’écran, leur conversation fulgurante et à l’image de l’Inde : colorée et bouillonnante de vie. Il suffirait de voir cet extrait pour deviner d’emblée qu’il s’agit d’un film de Lelouch. Cette manière si particulière qu’ont les acteurs de jouer. Ou de ne pas jouer. Vivante. Attendrissante. Saisissante de vérité. En tout cas une scène dans laquelle passe l’émotion à nous en donner le frisson. Comme dans chacun des tête-à-tête entre les deux acteurs qui constituent les meilleurs moments du film, dans lesquels leurs mots et leurs silences combattent en vain l’évidente alchimie. Ils rendent leurs personnages aussi attachants l’un que l’autre. Le mysticisme d’Anna. La désinvolture et la sincérité désarmante d’Antoine avec ses irrésistibles questions que personne ne se pose. Antoine, l’égoïste « amoureux de l’amour ».

    Comme toujours et plus que jamais, ses acteurs, ces deux acteurs, la caméra de Lelouch les aime, admire, scrute, sublime, magnifie, révèle, caresse presque, exacerbe leur charme fou. Ce film comme chaque film de Lelouch comporte quelques scènes d’anthologie. Dans son précédent film « Salaud, on t’aime », les deux amis Kaminsky/Johnny et Selman/ Eddy nous rejouaient « Rio Bravo » et c’était un régal. Et ici, chacun des échanges entre Antoine et Anna l’est aussi. Comme dans tout film de Lelouch aussi les dialogues sont parsemés de petites phrases dont certaines reviennent d’un film à l’autre, souvent pour nous rappeler les « talents du hasard » :

    « Mon agent, c’est le hasard. »

    « Mon talent, c’est la chance. »

    « Le pire n’est jamais décevant. »

     Ce film dans lequel l’amour est l’unique religion est une respiration salutaire a fortiori en cette période bien sombre. Un hymne à l’amour, à la tolérance, au voyage aussi bigarrés et généreux que le pays qu’il nous fait traverser. Un joyeux mélange de couleurs, de fantaisie, de réalité rêvée ou idéalisée, évidemment souligné et sublimé par le lyrisme de la musique du fidèle Francis Lai (retrouvez mon récit de la mémorable master class commune de Lelouch et Lai au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2014, ici) et celle de la Sérénade de Schubert (un peu trop utilisée par les cinéastes ces temps-ci mais c’est celle que je préfère donc je ne m’en lasse pas), par des acteurs que le montage inspiré, la musique lyrique, la photographie lumineuse ( de Robert Alazraki), le scénario ingénieux (signé Valérie Perrin et Claude Lelouch), et l’imparable et incomparable direction d’acteurs de Lelouch rendent plus séduisants, convaincants, flamboyants et vibrants de vie que jamais.

     Une « symphonie du hasard » mélodieuse, parfois judicieusement dissonante, émouvante et tendrement drôle avec des personnages marquants parce que là comme ils le sont rarement et comme on devrait toujours essayer de l’être : passionnément vivants. Comme chacun des films de Lelouch l’est, c’est aussi une déclaration d’amour touchante et passionnée. Au cinéma. Aux acteurs. A la vie. A l’amour. Aux hasards et coïncidences. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent. Dans la vie. Au cinéma. Dans le cinéma de Lelouch qui en est la quintessence. Vous l’aurez compris, je vous recommande ce voyage en Inde !

     

  • 69ème Festival de Cannes: bilan de la sélection officielle et palmarès

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    La folie des passions

    « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence », cette phrase prononcée par Xavier Dolan (empruntée à Anatole France), bouleversant et la voix brisée par l’émotion, lorsqu’il a reçu son Grand Prix (amplement mérité, retrouvez ma critique de Juste la fin du monde en cliquant ici), je pourrais la faire mienne.

    Avant de vous livrer, au fil des semaines, mes critiques de la vingtaine de films vus pendant ce 69ème Festival de Cannes, en voici un premier bilan guidé par « la folie des passions » et les émotions qui ont jalonné ces 12 jours joyeusement tumultueux qui n’en ont pas été avares.

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    Cela commence toujours Gare de Lyon, comme il y a 15 ans, lorsque j’avais été sélectionnée par le Ministère de la Jeunesse et des sports et que j’étais invitée pour la première fois à vivre ce festival dont je rêvais depuis l’enfance, qui représentait alors pour moi un univers mystérieux, fascinant, lointain. Inaccessible. Je regardais ces trains qui menaient vers Cannes, qui me semblaient conduire vers l’inconnu, vers un univers fascinant et légèrement inquiétant, pleine de doutes et d’appréhension, ignorant encore que j’allais vivre 12 journées intenses et inoubliables et que chaque année ensuite j’aurais la joie d’y retourner. A chaque fois que je me retrouve Gare de Lyon pour partir à Cannes, sorte de sas vers une autre réalité, ou plutôt vers la réalité entre parenthèses (enchantées), je repense à ce moment qui sans aucun doute a changé le cours de mon existence et je sais que, comme à chaque fois, de ces 12 jours, je reviendrai avec un état d’esprit un peu différent, renforcée par cette tornade de rêves et de cinéma(s) dans laquelle m’emporte toujours le Festival de Cannes, m’insufflant une nouvelle énergie.

    Bien sûr, cette année, c’était différent, il y a eu une réalité tragique qu’il était difficile d’oublier, il y a eu le 13 novembre, il y a eu un basculement que la sécurité draconienne et omniprésente nous rappelait sans cesse bien qu’il m’aurait été, même sans cela, impossible de l’oublier, même si Cannes nous donne la sensation de nous plonger dans un cocon hors des vicissitudes du monde que ses écrans reflètent pourtant.

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    L’intérieur du Palais des Festivals de Cannes dont les baies vitrées ouvrent sur la mer

    « La vie est une comédie écrite par un auteur sadique » pouvait-on entendre dans le magnifique « Café Society » de Woody Allen, film d’ouverture de cette 69ème édition. Certes. Elle a par ailleurs sans aucun doute souvent au moins autant d’imagination que les fictions présentées sur les écrans du festival, nous embarquant dans une douce et hypnotique confusion entre le cinéma et la réalité, a fortiori lorsque les nuits sont si courtes, que le jour et la nuit et la réalité et la fiction ne semblent plus faire qu’un, et que le festival semble ne jamais devoir finir et toujours nous protéger des soubresauts de la vie et du monde, paradoxalement tout en nous en projetant chaque jour ses blessures et ses révoltes, dans cette atmosphère ouatée de cinéma, électrique, ce monde parallèle dans lequel assister à une séance devient impérieux et vital, manger et dormir accessoire.

    Sur un air de jazz…

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    Cela a donc commencé avec Woody Allen. Un festival ne peut être que réussi lorsqu’il commence par un film de Woody Allen surtout lorsque ce dernier signe un nouvel hommage à la beauté incendiaire de New York, un hommage empreint d’une féroce nostalgie du Hollywood et du New York des années 1930 mais aussi empreint de la nostalgie des amours passées devenues impossibles (retrouvez ma critique de « Café Society », ici). Une scène vaudevillesque digne de Lubitsch et une autre romantique à Central Park et bien sûr le dénouement d’une mélancolie foudroyante valent le voyage sans oublier de réjouissantes citations avec lesquelles nous régale toujours Woody Allen. Un film qui possède un charme nostalgique notamment grâce à une écriture d’une précision redoutable. Woody Allen fait dire à un de ses personnages «  Il sait donner au drame une touche de légèreté » alors pour le paraphraser disons que dans ce nouveau film, comme souvent, le cinéaste sait donner à la légèreté une touche de drame. Et comment ne pas avoir l’impression comme dans « La Rose pourpre du Caire » que les personnages ou que la fiction traversent l’écran quand un film est autant rythmé par le jazz (dont la tristesse sous-jacente à ses notes joyeuses fait écho à la joie trompeuse des personnages) et que le jazz rythme chaque jour l’attente des festivaliers dans le Grand Théâtre Lumière. Le festival avait à peine commencé que déjà la réalité s’éloignait, que ce magicien surdoué qu’est le Festival de Cannes refermait ses bras sur nous, nous enlaçant de cinéma…

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    Le décor du dîner de Jean-François Piège sur le thème du « Guépard » de Visconti sur la plage Nespresso.

    Ne perdriez-vous pas à votre tour contact avec la réalité si vous dîniez dans un décor inspiré de votre film préféré (en l’occurrence « Le Guépard » de Visconti), si vous rencontriez une personne d’une rare bienveillance que vous avez toujours admirée, si vous aviez écrit un roman qui justement parle de la fragile frontière entre cinéma et réalité, de la difficulté de vivre un deuil dans une société à l’attention et l’émotion volatiles et versatiles, a fortiori en plein Festival de Cannes et que vous vous retrouviez dans cette situation, si votre réalité dépassait parfois la réalité décrite dans le roman que vous avez écrit vous faisant réaliser que certains personnages que vous craigniez trop caricaturaux sont en fait en-deçà de la réalité, si par une suite de hasards rocambolesques votre roman  comme une bouteille à la mer se retrouvait entre les mains d’un talentueux cinéaste qui y est évoqué ? J’aime les bouteilles à la mer. Les actes fougueux, vains, déraisonnables. Mais c’est une autre histoire…La folie des passions, encore et toujours…

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    La mise en abyme d’une histoire de mise en abyme…

    Le miroir des blessures du monde

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    La réalité était pourtant bien présente sur les écrans du festival, Cannes, comme chaque année, en étant le reflet, le miroir informant, grossissant comme l’est en particulier le film qui a reçu la palme d’or « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach. 10 ans après l’avoir déjà obtenue pour « Le vent se lève » , Ken Loach, ainsi, intégrait le cénacle des cinéastes ayant reçu deux palmes d’or : les Dardenne, Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Michael Haneke. Alors qu’il avait annoncé il y a deux ans, après « Jimmy’s hall » (en compétition officielle du Festival de Cannes 2014) qu’il ne tournerait plus, Ken Loach est donc revenu à Cannes et en est reparti avec la récompense suprême. Une évidence tant ce film capte et clame les absurdités cruelles et révoltantes d’un monde  et d’une administration qui broient l’individu, l’identité, la dignité comme celles de Daniel Blake (formidable Dave Johns), menuisier veuf, atteint d’une maladie cardiaque mais que l’administration ne considère pas comme suffisamment malade pour avoir droit à une pension d’invalidité.  Le regard plein d’empathie, de compassion que porte Loach sur Daniel Blake, et celui plein de clairvoyance qu’il porte sur le monde qui l’entoure et plein de colère contre les injustices dont il est victime contribuent à cette  œuvre à la fois très personnelle et universelle. Que Daniel Blake évoque sa femme décédée, que Ken Loach dessine les contours d’ une famille qui se reconstitue (Daniel Blake rencontre une jeune mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450 kms de sa ville natale pour ne pas être placée en famille d’accueil), son point de vue est toujours plein de tendresse sur ses personnages, teinté d’humour parfois aussi, et de révolte contre ces « décisionnaires » qui abusent de leur pouvoir, presque de vie et de mort, dans des bureaux qui ressemblent aux locaux labyrinthiques, grisâtres et déshumanisés  de « Playtime »  comme un écho à cette époque d’une modernité  aliénante, déshumanisante et parfois inhumaine que Tati savait déjà si bien tourner en dérision et envelopper dans un vaste manège. « Moi, Daniel Blake », c’est l’histoire d’un homme qui veut rester maître de son existence, qui se réapproprie son identité et son honneur que cette administration étouffante essaie de lui nier, qui prend le pouvoir, celui de dire non, de clamer son patronyme, son existence, lors de deux scènes absolument bouleversantes. Le poing levé de Ken Loach  qui nous lance un uppercut en plein cœur, ce cœur qui (ce n’est sans doute pas un hasard que le mal se situe là)  lâche peu à peu Daniel Blake, lui qui en possède tant.  « Moi, Daniel Blake » c’est un film qui donne la parole à tous ceux qu’un système inique veut murer dans le silence et leur détresse. « Moi, Daniel Blake »,  c’est la démonstration implacable de la férocité meurtrière d’un système, un film d’une force, d’une simplicité, d’une beauté, mais aussi d’une universalité redoutables et poignantes. Une palme d’or en forme de cri de colère, de douleur, et d’appel à l’humanité dont les lueurs traversent le film et nous transpercent le cœur, bien après les derniers battements de ceux de Daniel Blake.  « Dans cette période de désespoir il faut ramener de l’espoir. » «Un autre monde est possible et nécessaire » a conclu Ken Loach avant de le répéter en Français, en recevant ce prix.

    Money Monster

    Dans un style radicalement différent « Money monster » (hors compétition), de Jodie Foster nous parlait aussi d’un monde mondialisé et d’ultra-communication,  totalement déshumanisé et aveuglé. 40 ans après avoir accédé à la notoriété et après avoir foulé les marches avec « Taxi Driver », Jodie Foster était ainsi de retour pour une montée des marches au comble du glamour  en compagnie de George Clooney (qui incarne ici une personnalité influente de la télévision grâce à une émission dans laquelle il conseille des placements boursiers) et de Julia Roberts qui les gravissait pour la première fois, radieuse et, faisant fi du protocole, pieds nus s’il vous plaît. Une critique acerbe et avisée de la quête du profit à outrance mais plus encore des chaînes d’information, de leur cynisme et leur course à l’audience au mépris de la morale et de ceux qui la regardent qui ne sont alors plus que des consommateurs avides qui ingurgitent des images toujours plus sensationnelles.

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    Le tableau dressé par la plupart des cinéastes était d’ailleurs non seulement celui d’un monde inique qui dévore les plus faibles mais aussi celui d’une société et d’administrations corrompues aux quatre coins du monde, du Brésil avec « Aquarius » de Kleber Filho Mendonça (dans lequel le cinéaste filait la métaphore entre le cancer de la protagoniste et cette maladie qui gangrène la société) aux Philippines avec « Ma’Rosa » de Brillante Mendoza (qui a d’ailleurs valu à son actrice principale le prix d’interprétation féminine : « Les femmes dans les familles sont si importantes dans mon pays », « Brillante Mendoza a voulu montrer ce qui se passe dans mon pays. C’est si vrai et je le remercie pour ça » a ainsi déclaré l’actrice Jaclyn Jose lors de la conférence de presse des lauréats. « La performance de l’actrice de « Ma’Rosa » a brisé mon cœur » a par ailleurs expliqué Arnaud Desplechin  lors de la conférence de presse du jury), un prix d’interprétation féminine que l’actrice  d’ « Aquarius », Sonia Braga, aurait également mérité, deux femmes fortes qui tentent de résister à la fatalité.

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     Le tableau dressé de la Roumanie dans« Baccalaureat » de Cristian Mungiu n’était guère plus flatteur.  Un père y met ainsi tout en œuvre pour que sa fille soit acceptée dans une université anglaise, devant pour cela renoncer aux principes qu’il lui a inculqués. Chaque plan de ce film est  par ailleurs une composition d’une richesse et d’une acuité éblouissantes qui lui ont valu un prix de la mise en scène (ex-aequo avec Olivier Assayas dont j’ai manqué le film : « C’est peu de dire que je suis très ému, le plus beau prix que je partage avec un cinéaste que j’admire depuis longtemps » a ainsi déclaré ce dernier lors de la clôture).

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    Trois œuvres fortes et courageuses de cinéastes qui se font les porte-paroles d’une société muselée, en proie à la corruption et aux compromissions. Comme un écho aux paroles de Vincent Lindon  lorsqu’il a ouvert le festival (prix d’interprétation l’an passé pour « La loi du marché » qui d’ailleurs présente des similitudes avec la palme d’or de cette année) : « Je me suis empressé de dire oui au festival qui depuis plus d’un demi-siècle témoigne du monde et de son imaginaire et qui aide à se battre contre les injustices, les préjugés, les différences, il est rudement courageux. Essayons de l’être autant que lui. Vive le cinéma ».

    Des personnages de pères et de femmes forts, et des liens familiaux mis à mal

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     Peut-être est-ce pour cela que la culpabilité était aussi un thème récurrent de cette édition : notre culpabilité face à un monde soumis aux inégalités et aux injustices révoltantes, thème que l’on retrouvait, outre « Baccalauréat », dans « La fille inconnue » des Dardenne (sans doute leur film le plus bancal, avec un scénario trop cousu de fils blancs et des personnages auxquels manquait cette vérité éclatante caractéristique de leur cinéma), ou encore dans le sublimement romanesque « Julieta » de Pedro Almodovar dans lequel la perfection de tous les éléments même si ce n’est pas son film le plus exubérant ( scénario labyrinthique et ciselée sur la violence indicible du deuil et de la culpabilité que le temps qui passe cadenasse dans le silence mais n’affaiblit pas, réalisation d’une beauté éblouissante dès le premier plan, interprétation d’une justesse bouleversante, musique poignante) auraient pu faire de ce mélodrame flamboyant une palme d’or à côté de laquelle le cinéaste espagnol passe pourtant donc une nouvelle fois.

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    La palme de l’originalité pour le dossier de presse de « Julieta ».

    Là encore dans le film d’Almodovar, et comme toujours dans son cinéma, ce sont des personnages de femmes fortes comme dans de nombreux films de cette sélection, des femmes qui souvent menaient la danse comme l’indiquaient d’ailleurs les titres des films comme « Elle » ou « Mademoiselle »,  mais c’était aussi le cas notamment dans le sobre et pudique « Loving »,  des femmes qui combattent pour leur liberté, d’être, d’aimer et de vivre comme elles l’entendent.

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    Ce festival nous a offert aussi de grands et beaux scénarios avec des personnages combattifs comme celui incarné par Marion Cotillard dans le sublime film sur la cristallisation et la quête d’absolu qu’est « Mal de pierres » de Nicole Garcia. Un film fiévreux porté par un scénario parfait, avec des tonalités truffaldiennes ( au passage signé du talentueux et prolifique Jacques Fieschi) , et par une réalisation éblouissante (avec même des accents à la John Ford) et au service de très beaux personnages, « sauvagement » vivants. Un film dont je vous reparlerai longuement.

    Des personnages de femmes fortes étaient ainsi mis à l’honneur mais aussi de pères comme dans le film allemand « Toni Erdmann » qui oscille entre humour et émotion pour interroger le sens de la vie et de l’essentiel ou encore dans « Baccalauréat » de Mungiu dans lequel un père abandonne ses grands principes et se trouve à son tour pris dans l’engrenage des « services », entendez par là la corruption et le trafic d’influence.

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    Quand certains films nous projetaient la réalité en pleine face », d’autres sublimaient le vertige de l’art, que cela soit celui de la danse (« La Danseuse », dans la sélection Un Certain Regard, un film poétique dont il a été question pour l’apparition de Lily-Rose Depp qui y crève l’écran mais qui vaut aussi pour l’interprétation de Soko), ou du cinéma (« Le Bon Gros Géant » de Spielberg, métaphore du cinéma de son réalisateur dans lequel, à l’image de ce dernier, le géant capture nos rêves et nous captive avec notamment une scène hilarante avec La Reine d’Angleterre qui, à elle seule, vaut le déplacement). Dans cette sélection, l’ inclassable et misanthrope « Ma Loute » de Bruno Dumont apportait un vent de folie salutaire avec un Fabrice Luchini aussi singulier et fascinant dans le film qu’en conférence de presse, une  fantaisie délicieusement déconcertante à l’image de jeu de Luchini, savamment grotesque dont la folie décontenance et réjouit. « J’ai voulu raconter une histoire de dingues avec néanmoins une histoire d’amour, une histoire policière,… une histoire colorée.», « Je filme toujours quelque chose pour parler d’autre chose »,, « On est à la fois des salauds et des saints, des crétins et des génies. Cette coexistence me passionne. », a ainsi déclaré Bruno Dumont lors de la conférence de presse du film.

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     « Ma loute » était une des trois comédies de ce festival certes fortement teintée de noirceur à l’image des deux autres, tandis que Jim Jarmush nous berçait avec son poème filmique « Paterson ».

    La famille se trouvait donc souvent au centre des films en compétition, mais une famille écartelée, soumise aux mensonges, aux non dits, à la culpabilité et l’incommunicabilité comme dans « Sieranevada » de Cristi Puiu qui, à travers les oppositions et les dissensions d’une famille révèle celles de la société roumaine (Puiu qui, comme son compatriote aurait mérité un prix de la mise en scène) et comme dans « La fin du monde » le Grand Prix signé Xavier Dolan, même si dans l’un de ces deux films, les cris disent ce que dans l’autre ils masquent. Dans le film de Dolan, en effet, chaque silence de ses personnages interprétés par des acteurs au firmament crient l’indicible comme ceux de « Julieta » d’Almodovar s’enferment dans l’ineffabke douleur de l’absence et croulent sous le poids des silences.

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    Mensonges (étatiques ou familiaux), culpabilité, absurdité de l’administration, course au profit et à l’audience, Cannes était une fois de plus une fenêtre « ouverte sur le monde ». Un monde écartelé, blessé, dans lequel des cris contre l’indifférence et la barbarie (qu’elles soient familiales ou sociétales) se perdent dans le silence, ce que Sean Penn a lui aussi maladroitement essayé de montrer dans un film au sujet à palme d’or dont les excès mélodramatiques ont malheureusement nui au propos et ont suscité l’unanimité contre lui.

    L’entente plus que cordiale du jury

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    Comme l’an passé, après la clôture, j’ai eu le plaisir de couvrir la conférence de presse du jury puis des lauréats. Laszlo Nemes à propos du film de Xavier Dolan a ainsi déclaré: « Quand cela commence vous entendez la voix spécifique du réalisateur. »  C’est sans doute ce qui caractérise les cinéastes primés et un grand cinéaste : cette voix spécifique. Lors de la conférence de presse du jury, son président, George Miller, a tenu à souligner que « c’était émotionnellement épuisant car chacun parlait avec passion.. »

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    Sans doute certains auront-ils été étonnés de la double récompense reçue par « Le Client » de Farhadi (que je dois également rattraper) : prix d’interprétation masculine et prix du scénario. « Les films qui ont le grand prix, le prix de la mise en scène et la palme d’or ne peuvent gagner un autre prix » a ainsi expliqué George Miller. Le jury a également expliqué qu’un seul film peut obtenir deux prix.  « C’était une très intéressante sélection représentative du cinéma d’aujourd’hui » a  précisé Valeria Golino.  Sutherland à propos jury a tenu à souligner que : « C’était l’association du gens que vous avez envie de voir encore et encore tout le long de votre vie ».

    En conclusion :

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    La cérémonie de clôture était finalement un condensé du Festival de Cannes et en résumait toute la diversité des styles et des émotions qu’il suscite : l’émotion communicative de Xavier Dolan, le cinéma d’hier qui valsait avec celui d’aujourd’hui avec la palme d’honneur décerné à Jean-Pierre Léaud (il faudra que je vous parle du plaisir  de revoir « Un Homme et une femme » pour les 50 ans de sa palme d’or, en présence de Claude Lelouch, dans le cadre de Cannes Classics), et des récompenses décernées majoritairement à des films engagés aux messages forts : des cris de colère et de révolte dont on espère que leurs prix leurs permettront d’arriver à destination. A l’image de la sublime affiche de cette 69ème édition, incandescente, solaire, ouvrant sur de nouveaux horizons (image tirée du « Mépris » de Godard) et sur cette ascension solitaire, teintée de langueur et de mélancolie, Cannes une fois de plus nous a éclairés sur les ombres du monde et a élargi nos horizons.

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     « Le cinéma d’auteur continue à exister grâce au Festival de Cannes »  a ainsi rappelé Cristian Mungiu lors de la clôture, ajoutant lors de la conférence de presse des lauréats : »Le cinéma n’est pas une affaire de gagnants ou de perdants mais de ce que les films ont à vous dire. », « C’est très important de préserver la diversité du cinéma. C’est bien d’avoir des voix et des points de vue différents » ainsi rappelant à ceux qui en douteraient encore le rôle essentiel de ce festival pour la survie du cinéma, de tous les cinémas.

    Mais bien sûr, plus que tout, ce sont les émotions qui resteront, notamment celles suscitées par ce discours et le film de son auteur, Xavier Dolan : « L’émotion ce n’est pas toujours facile, il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres.  Il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres. La violence sort parfois comme un cri. Ou comme un regard qui tue »… « J’ai tenté au mieux de raconter les histoires et les émotions de personnages parfois méchants ou criards mais surtout blessés et qui vivent comme tant d’entre nous dans le manque de confiance dans l’incertitude d’être aimé. Tout ce qu’on fait dans la vie on le fait pour être aimé, pour être accepté. »

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    Dans ce tourbillon d’émotions, de films, de musique aussi, il y a bien sûr eu des rendez-vous manqués mais j’en reviens avec un fol amour pour le cinéma, renouvelé, l’envie d’écrire, sur les films, mais aussi de raconter des histoires, et la sensation d’avoir vécu un film de 12 jours palpitant. 12 jours de grand cinéma, de films percutants, de plans éblouissants  et de personnages forts qui m’accompagnent encore et pour longtemps. 12 jours où la vie ressemblait à du grand cinéma, celle que l’on aime dictée par « la folie des passions » même si planait l’ombre des absents. 12 jours dont le credo, emprunté au film d’ouverture, en aura été : « Vis chaque jour comme le dernier, un jour ça le sera. »

    En attendant les critiques (je commence par Juste la fin du monde de Xavier Dolan, à lire ici), quelques clichés de mes pérégrinations cannoises, version 2016.

    Palmarès du 69ème Festival de Cannes

    (Sous le palmarès, retrouvez d’autres photos de ce Festival de Cannes, prises via mon compte Instagram @sandra_meziere).

    Palme d’or

     I, DANIEL BLAKE 

     (MOI, DANIEL BLAKE) 

    Ken LOACH

    Grand Prix

     JUSTE LA FIN DU MONDE 

    Xavier DOLAN

    Prix de la mise en scène (Ex-aequo)

     Cristian MUNGIU 

     BACALAUREAT 

     (BACCALAUREAT) 

    Cristian MUNGIU

    Prix de la mise en scène (Ex-aequo)

     Olivier ASSAYAS 

     PERSONAL SHOPPER 

    Olivier ASSAYAS

    Prix du scénario

     Asghar FARHADI 

     FORUSHANDE 

     (LE CLIENT) 

    Asghar FARHADI

    Prix du Jury

     AMERICAN HONEY 

    Andrea ARNOLD

    Prix d’interprétation féminine

     Jaclyn JOSE 

     MA’ ROSA 

    Brillante MENDOZA

    Prix d’interprétation masculine

     Shahab HOSSEINI 

     FORUSHANDE 

     (LE CLIENT) 

    Asghar FARHADI

    Prix Vulcain de l’Artiste-Technicien, décerné par la C.S.T.

     Seong-Hie RYU 

     MADEMOISELLE 

    PARK Chan-Wook

    Courts Métrages

    Palme d’or du court métrage

     TIMECODE 

    Juanjo GIMENEZ

    Mention spéciale – court métrage

     A MOÇA QUE DANÇOU COM O DIABO 

     (LA JEUNE FILLE QUI DANSAIT AVEC LE DIABLE) 

    João Paulo MIRANDA MARIA

    Quelques photos de ce 69ème Festival de Cannes (prises via mon compte Instagram @sandra_meziere ainsi

    que toutes les autres photos de cet article).

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    Les 24 marches les plus célèbres du monde…

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     Sur la plage Nespresso…

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    Sur le toit du palais des festivals, au Mouton Cadet Wine Bar

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    Vue depuis le toit du palais des Festivals, du Mouton Cadet Wine Bar

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    Les escabeaux toujours prêts toujours là…

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    Remise des prix de la Cinéfondation après un discours plein d’autodérision de son président, Gilles Jacob

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    Les casiers presse, passage quotidien incontournable pour récupérer les dossiers de presse (que je n’ai malheureusement pas tous ramenés).

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    Le lauréat de la palme d’or, Ken Loach, lors de la conférence de presse des lauréats.

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    Pause quotidienne sur la plage Majestic, merci à ADR Prod

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    Valeria Golino, membre du jury, lors de la conférence de presse des membres du jury après la clôture

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    Clôture de Un Certain Regard

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    LA nouvelle bonne adresse cannoise qui a ouvert juste avant le festival, située juste en face le palais des festivals, « La Californie » (qui appartient à Sénequier)

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    Petite pause goûter à la plage Majestic et une assiette sur mesure

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    Interview de Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la Critique (compte rendu à suivre)

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    L’équipe du film de Sean Penn, en compétition officielle, lors de sa conférence de presse

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    Vue sur la Croisette depuis le palais des festivals

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    Projections des films de clôture de la Semaine de la Critique signés Chloé Sévigny, Laetitia Casta et Sandrine Kiberlain

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    Une autre de mes cantines cannoises

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    L’équipe de « Aquarius » sur les marches

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    L’équipe de « Loving » de Jeff Nichols

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    Vanessa Paradis lors de la conférence de presse du jury après la clôture

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    Ken Loach lors de la conférence de presse du jury après la clôture

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    Dîner sur la plage Nespresso, signé Jean-François Piège et sur le thème du « Guépard » de Visconti (photos ci-dessous)

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    Ci-dessus, les lauréats du prix Talents Nespresso

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    Passionnante leçon de cinéma par Tomer Sisley dans un anglais irréprochable

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    Au concert privé de LEJ au Majestic Barrière

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    Vue vertigineuse sur la Croisette depuis le Club By Albane

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  • Dernière minute: "Route Irish" de Ken Loach rejoint la compétition du Festival de Cannes 2010!

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    La rumeur courait déjà depuis quelques jours: un nouveau film pourrait bien s'ajouter à la liste des 18 films en compétition. Un film américain pensait-on, un seul figurant en compétition. C'est finalement un habitué britannique de la croisette (et non des moindres!) , Ken Loach, qui s'ajoute à la prestigieuse liste un an après avoir présenté "Looking for Eric" également en compétition (c'est semble-t-il cette proximité temporelle qui l'aurait d'abord conduit à refuser) avec un film au sujet "à palme d'or" (l'Irak également au centre de "Fair game" de Doug Limna).

     Ce sera ainsi le deuxième film britannique en compétition avec "Another year" de Mike Leigh alors que Stephen Frears, quant à lui, présente, "Tamara Drewe" hors-compétition.

    Tout comme Mike Leigh et Abbas Kiarostami, Ken Loach avait déjà obtenu la palme d'or pour le splendide "Le Vent se lève" en 2006.

    Synopsis:Deux anciens soldats amoureux de la même femme  doivent aller en Irak pour y travailler.  Deux agents de sécurité qui vont risquer leur vie en Irak dans une ville ravagée par la violence.

    Casting: Mark Wormack, Andrea Lowe, Trevor Williams, Talib Hamafraj...

    Films déjà présentés à Cannes par Ken Loach

    • 2009 - LOOKING FOR ERIC - En Compétition Réalisation
    • 2007 - CHACUN SON CINÉMA - Hors Compétition Réalisation
    • 2006 - THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY (LE VENT SE LEVE) - En Compétition Réalisation
    • 2002 - SWEET SIXTEEN - En Compétition Réalisation
    • 2000 - BREAD & ROSES - En Compétition Réalisation
    • 1998 - MY NAME IS JOE - En Compétition Réalisation
    • 1995 - LAND AND FREEDOM - En Compétition Réalisation
    • 1993 - RAINING STONES - En Compétition Réalisation
    • 1991 - RIFF-RAFF - Section parallèle Réalisation
    • 1990 - HIDDEN AGENDA - En Compétition Réalisation
    • 1981 - LOOKS AND SMILES (REGARDS ET SOURIRES) - En Compétition Réalisation
    • 1980 - THE GAMEKEEPER - Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1979 - BLACK JACK - Section parallèle Réalisation
    • 1972 - FAMILY LIFE - Section parallèle Réalisation
    • 1970 - KES - Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès de Ken Loach à Cannes

    • 2006 - Palme d'Or - THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY (LE VENT SE LEVE) - Long métrage
    • 1993 - Prix du Jury - RAINING STONES - Long métrage
    • 1990 - Prix du Jury - HIDDEN AGENDA - Long métrage
    • 1981 - Prix du cinéma contemporain au Festival International du Film - LOOKS AND SMILES (REGARDS ET SOURIRES) - Long métrage

    Filmographie de Ken Loach:

    1967 : Pas de larmes pour Joy (Poor Cow)

    1969 : Kes

    1971 : The Save the Children Fund Film

    1971 : Family Life

    1979 : Black Jack

    1980 : The Gamekeeper

    1981 : Regards et Sourires (Looks and Smiles)

    1984 : Which Side Are You On?

    1986 : Fatherland

    1990 : Riff-Raff

    1990 : Secret défense (Hidden Agenda)

    1993 : Raining Stones

    1994 : Ladybird (Ladybird Ladybird)

    1995 : A Contemporary Case for Common Ownership

    1995 : Land and Freedom

    1996 : Carla's Song

    1997 : Les Dockers de Liverpool (The Flickering Flame)

    1998 : My Name Is Joe

    2000 : Bread and Roses

    2001 : The Navigators

    2002 : Sweet Sixteen

    2002 : L'un des courts-métrages du film collectif 11’9’’01 - September 11

    2004 : Just a Kiss (Ae Fond Kiss)

    2005 : Tickets

    2005 : McLibel, co-réalisé avec Franny Armstrong (documentaire)

    2006 : Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley) (Palme d'or en 2006)

    2007 : It's a Free World...

    2009 : Looking for Eric

  • La sélection officielle du 62ème Festival de Cannes : jurys, compétition, hors compétition, Un Certain Regard etc

    affichecannes2009.jpg Après 1670  longs métrages visionnés, le comité de sélection du Festival de Cannes vient de dévoiler son choix et les 20 films en compétition tant attendus, ainsi que les deux jurys de ce Festival de Cannes 2009.  

     

    Au final, 53 longs métrages sélectionnés représentant 32 pays de production différents dont 46 premières mondiales. 

     

    Une sélection particulièrement attrayante que je me réjouis tout particulièrement de découvrir (en particulier le film d’Alain Resnais et celui d’Ang Lee dont je suis inconditionnelle mais aussi ceux d’Audiard, de Loach, de Campion, de Park Chan-Wook-grand prix du jury avec "Old boy" en 2004- ou encore celui de Johnnie To que je promets de vous commenter, entre autres, sur In the mood for cinema et In the mood for Cannes) et qui comprend notamment 4 films français ( Alain Resnais, Jacques Audiard, Xavier Gianoli, Gaspard Noé- dont on se souvient du passage à Cannes très controversé pour « Irréversible », en 2002-), 6 films asiatiques dont « Vengeance » de Johnnie To (avec Johnny Hallyday et Sylvie Testud dans les rôles principaux) mais aussi « Visage » de Tsai Mong-liang dont le casting est également en grande partie français (Fanny Ardant, Laetitia Casta...) ...

     

    On remarque un absent pourtant annoncé par de nombreuses rumeurs : « Public Enemies » de Michael Mann. Viendra-t-il ultérieurement rejoindre la liste des films hors compétition ?

     

     

     On retrouve de nombreux habitués de la Croisette et de sa compétition et même de nombreux etreintes.jpglauréats : Almodovar (prix de la mise en scène 1999 pour « Tout sur ma mère »), Tarantino (palme d’or 1994 avec « Pulp Fiction »), Campion (palme d’or ex-æquo avec « La leçon de piano » en 1993), Loach (palme d’or 200- avec « Le vent se lève »), Haneke (notamment grand prix du jury pour « La Pianiste » en 2001) Lars Von Trier (palme d’or 2000 avec « Dancer in the dark ») et un scandale annoncé pour son « Antichrist » avec Charlotte Gainsbourg…

     

     "Coco Chanel & Igor Stravinski" de Jan Kounen (et alors que "Coco avant Chanel" d'Anne Fontaine est à l'affiche depuis hier -critique demain sur Inthemoodforcinema.com- ), avec Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen, clôturera le festival.  "L’Armée du crime" de Robert Guédiguian et "Agora" d’Alejandro Amenabar, deux films également très attendus seront projetés hors compétition ainsi que "L’Imaginarium du Docteur Parnassus" de Terry Gilliam dans lequel Heath Ledger tenait son dernier rôle.

     

    19 films sont en compétition pour Un Certain Regard et notamment pour la France, "Irène" d’Alain Cavalier, "Demain dès l’aube" de Denis Dercourt et "Le Père de mes enfants" de Mia Hansen-Love .

     

     A l'occasion de cette conférence de presse du 62ème Festival de Cannes,  Gilles Jacob a aussi souhaité apporter son soutien aux "créateurs indépendants". Il a également indiqué que le nouveau site internet du festival proposerait non plus la "sampiternelle" bande-annonce mais les cinq premières minutes des films de la sélection officielle. Nous pouvons d'ores et déjà constaté que le très agréable nouveau site internet officiel du festival (http://www.festival-cannes) est largement tourné vers les nouveaux médias...

     

     

    LE JURY DU FESTIVAL DE CANNES 2009

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    Nous savions déjà qu’Isabelle HUPPERT présiderait le jury de cette 62ème édition. Elle sera accompagnée de:  Asia ARGENTO (Actrice, Réalisatrice, Scénariste - Italie), Nuri BILGE CEYLAN (Réalisateur, Scénariste, Acteur - Turquie), Lee CHANG-DONG (Réalisateur, Ecrivain, Scénariste - Corée), James GRAY (Réalisateur, Scénariste - Etats-Unis) , Hanif KUREISHI (Ecrivain, Scénariste - Royaume Uni), Shu QI (Actrice - Taiwan), Robin WRIGHT PENN (Actrice - Etats-Unis).

     

    LE JURY DE LA CINEFONDATION ET DES COURTS-METRAGES

     

    Le jury de la Cinéfondation et des courts-métrages sera présidé par John BOORMAN (Réalisateur, Ecrivain, Producteur - Royaume Uni) et composé de  Bertrand BONELLO (Réalisateur - France), Ferid BOUGHEDIR (Réalisateur - Tunisie) , Leonor SILVEIRA (Actrice - Portugal), ZHANG Ziyi (Actrice - Chine).

     

     

    FILMS D’OUVERTURE ET DE CLÔTURE

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    cocochanel2.jpgLes cérémonies d’ouverture et de clôture seront présentées par le comédien Edouard BAER.

     

     Concernant la sélection officielle, nous savions déjà que « LA-HAUT » ferait l’ouverture (hors compétition).  C’est Jan KOUNEN avec « COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY » qui fera la clôture.

     

     

    COMPETITION OFFICIELLE

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    Voici la liste des 20 films en compétition :  Pedro ALMODÓVAR « LOS ABRAZOS ROTOS » (Etreintes brisées),  Andrea ARNOLD “FISH TANK”,  Jacques AUDIARD « UN PROPHÈTE » , Marco BELLOCCHIO « VINCERE », Jane CAMPION “BRIGHT STAR”, Isabel COIXET “MAP OF THE SOUNDS OF TOKYO” ,  Xavier GIANNOLI “A L’ORIGINE” , Michael HANEKE “DAS WEISSE BAND” (Le Ruban blanc), Ang LEE “TAKING WOODSTOCK”, Ken LOACH “LOOKING FOR ERIC”,  LOU Ye CHUN FENG CHEN ZUI DE YE WAN (Nuits d'ivresse printanière), Brillante MENDOZA “KINATAY”, Gaspar NOE « ENTER THE VOID » (Soudain le vide), PARK Chan-Wook “BAK-JWI” (Thirst, ceci est mon sang...), Alain RESNAIS “LES HERBES FOLLES » , Elia SULEIMAN “THE TIME THAT REMAINS”,  Quentin TARANTINO “INGLOURIOUS BASTERDS” , Johnnie TO “VENGEANCE”,  TSAI Ming-liang “VISAGE “, Lars VON TRIER “ANTICHRIST”.

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    SELECTION OFFICIELLE (HORS-COMPETITION)

     Alejandro AMENABAR “AGORA”,  Terry GILLIAM “THE IMAGINARIUM OF DOCTOR PARNASSUS” (L'imaginarium du Docteur Parnassus), Robert GUÉDIGUIAN « L'ARMÉE DU CRIME ». En séances de minuit : Stéphane AUBIER, Vincent PATAR « A TOWN CALLED PANIC » (Panique au village) - 1er film,  Sam RAIMI « DRAG ME TO HELL » (Jusqu'en enfer), Marina de VAN « NE TE RETOURNE PAS ».

     

    SEANCES SPECIALES

     Anne AGHION “MY NEIGHBOR, MY KILLER” (Mon voisin, mon tueur), Adolfo ALIX, JR., Raya MARTIN « MANILA », Souleymane CISSE « MIN YE », Michel GONDRY « L'EPINE DANS LE CŒUR »,  Zhao LIANG « PETITION » (La Cour des plaignants)

    Keren YEDAYA KALAT HAYAM(Jaffa).

     

     

    SELECTION "UN CERTAIN  REGARD" 

    BONG Joon « Ho MOTHER », Alain CAVALIER « IRENE », Lee DANIELS « PRECIOUS »,  Denis DERCOURT « DEMAIN DES L'AUBE », Heitor DHALIA “À DERIVA”, Bahman GHOBADI « KASI AZ GORBEHAYE IRANI KHABAR NADAREH » , Ciro GUERRA « LOS VIAJES DEL VIENTO » (Les Voyages Du Vent), Mia HANSEN-LOVE » LE PÈRE DE MES ENFANTS »,  Hanno HÖFER, Razvan MARCULESCU, Cristian MUNGIU, Constantin POPESCU, Ioana URICARU « AMINTIRI DIN EPOCA DE AUR », Nikolay KHOMERIKI « SKAZKA PRO TEMNOTU » , HIrokazu KORE-EDA “KUKI NINGYO” , Yorgos LANTHIMOS “KYNODONTAS » (Dogtooth), Pavel LOUNGUINE “TZAR” (Le Tsar), Raya MARTIN “INDEPENDENCIA”  (Independence), Corneliu PORUMBOIU “POLITIST, ADJECTIV” (Policier, Adjectif), Pen-Ek RATANARUANG « NANG MAI », João Pedro RODRIGUES « MORRER COMO UM HOMEM » (Mourir Comme Un Homme), Haim TABAKMAN « EYES WIDE OPEN », Warwick THORNTON SAMSON AND DELILAH- 1er film,   Jean VAN DE VELDE  « THE SILENT ARMY ».

     

     

    Je reviendrai bien sûr sur tous ces films en détails sur mon blog consacré à ce 62ème Festival de Cannes. Vous pouvez par ailleurs d’ores  et déjà y trouver de nombreuses informations concernant ce 62ème Festival et bientôt de nombreuses informations complémentaires concernant cette sélection mais aussi concernant La Quinzaine des Réalisateurs, la Semaine de la Critique, Cannes Classics etc.

     

    Sandra.M

  • In the mood for news 13 : semaine du 02.01.2008

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     Cette nouvelle année de pérégrinations festivalières et cinématographiques commencera avec le Salon du Cinéma dont ce sera la deuxième édition qui aura lieu du 18 au 20 janvier prochain, porte de Versailles (hall 6) à Paris.

     « In the mood for cinema » sera bien sûr présent pendant tout le Salon pour vous le relater.

    Cette année, la programmation s’est considérablement étoffée et le salon s’enrichit d’un espace réservé aux professionnels.

    Les parrains de cette édition 2008 sont Jean-Jacques Annaud et Vladimir Cosma.

    Trois thèmes principaux seront cette année à l'honneur: la Nouvelle Vague, la comédie et la musique de film qui fête ses 100 ans.

    Parmi toutes les animations proposées (pour tous, accrédités professionnels et public) vous pourrez : réaliser votre film (un studio de tournage sera mis à disposition du public), assister à des conférences, participer à des ateliers, assister à des hommages à De Funès et Charlie Chaplin, assister  à des ciné-concerts, assister à des leçons de musique avec Vladimir Cosma, Gabriel Yared, assister  à des  rencontres avec les plus grands compositeurs de musiques de films donc, assister  à des rencontres avec des acteurs, réalisateurs et équipes de films (Francis Huster, Alain Corneau, Robert Guédiguian , Bertrand Tavernier, l’équipe du film « Tu peux garder un secret » d’Alexandre Arcady avec notamment Juliette Arnaud et Pierre Arditi, mais aussi les parrains de l’édition 2008 Jean-Jacques Annaud et Vladimir Cosma…), assister aux leçons de cinéma des César données par des professionnels récompensés de César techniques, assister à des lectures de scénarii mythiques par de jeunes acteurs , assister à  des projections des courts métrages sélectionnés pour les César 2008,  voir des bandes annonces inédites, découvrir et comprendre les métiers du cinéma, assister à des cours sur les enjeux actuels de l’industrie cinématographique, assister à des projections, voir des expositions, assister à des animations diverses (cascades, maquillages, bruitage, dressage, effets spéciaux décors, making of)…

    La grande nouveauté et le grand intérêt cette année, c’est donc la création de l’espace professionnel avec lounge bar à idées, forum pro, ciné consulting,  ciné connexion pour les nouveaux talents, avec au programme plus de 60 séances d’ateliers sur des questions juridiques, financières ou techniques (et possibilité apparemment d’assister à deux ateliers au plus par badge professionnel). Pour ces ateliers il faut vous inscrire dès à présent, une fois que votre accréditation professionnelle vous sera accordée. Vous pouvez remplir votre dossier dès maintenant sur le site internet du Salon : http://www.salonducinema.com

    Je vous reparle de ce Salon très bientôt et bien sûr a fortiori du 18 au 20 janvier. Une manifestation idéale pour plonger « in the mood for cinema » pour ceux qui en rêvent, pour ceux qui y travaillent,  pour les cinéphiles, les spectateurs, les professionnels… Espérons juste qu’en voulant satisfaire tout le monde le salon ne finira pas par satisfaire personne. Souhaitons leur bonne chance, l’initiative est louable…

    Badges professionnels pour 3,5 jours (sur demande): 70 euros par internet/50 euros sur place (40 euros pour les intermittents). 1,5 jours: 19 euros (14 euros pour les intermittents).  Badge Ciné Connexion: 40 euros (uniquement sur préinscription): http://www.badgeonline.net/sdc2008/(S(iawepc45v3frbg20hwirhbme))/choix_pro.aspx

    Badges public: voir ici: http://www.badgeonline.net/sdc2008/(S(a3t4ju55u4cec1y02a1tll45))/form.aspx : entre 4 et 10 euros selon les réductions. Le prix des places réservées par internet est moin élevé.

    Le film "in the mood" de la semaine: "It's a free world" de Ken Loach

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    Dans les salles, c’est par le film de Ken Loach que débute cette année 2008. Un titre en trompe l’œil, « It’s a free world », un film cruel, efficace, dont je vous ai déjà parlé lors du dernier Festival du Film Britannique de Dinard 2007 où il était présenté en avant-première (voir mon article ici), un film qui vous bousculera, Ken Loach plus sombre et efficace que jamais se place cette fois du côté des oppresseurs et c’est plus efficace que n’importe quel discours politique... Le premier grand film de cette année 2008 à voir absolument.

    Sandra.M

  • Compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2007: la (dé)raison du coeur

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    931ec2993da17997fdcf2d067d4bfa0d.jpgL’affiche de ce Festival 2007 signée Mariano Otero, où deux baigneuses arborant pour maillot, l’une le drapeau britannique, l’autre le drapeau français, s’élancent dans la mer dans un geste complice et symétrique rappelle à la fois les Baigneuses de Picasso et la générosité des formes des personnages de Botero. Une affiche à l’image de ce festival : généreux et célébrant allègrement l’entente cordiale des deux pays.

    Quelques jours après la clôture du festival, après ces trois jours de  festival, 259200 secondes, et après que quelques heures de pellicules aient défilé sous mes yeux avides, toujours autant, de découvertes cinématographiques, restent seulement les beaux moments, de vie et de cinéma, les impressions marquantes, à la manière d’un film de David Lynch, mêlant images floues, couleurs, impressions sonores parcellaires et déstructurées.

    Quelles couleurs alors ?

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    Gris d’abord : le gris du quartier dans lequel vivent Angie et Rose, les deux « héroïnes » du film d’ouverture « It’s a free world… » de Ken Loach qui, renvoyées d’une agence de recrutement, décident de créer une agence pour immigrés, parfois clandestins.

    Noir aussi. Comme la noirceur du dessein des deux jeunes femmes, comme la noirceur du destin de ceux qu’elles exploitent. Ken Loach annonce d’emblée la couleur avec ce titre ironique, voire cynique, à l’image des prénoms des deux jeunes femmes, en trompe l’œil. Rose. Et Angie. Angie et son visage d’ange blond. Angie qui apparaît d’abord comme une victime ; Angie affamée de revanche sociale dont le fils, d’abord absent puis hors champ puis présent, mais si peu, semble n’être qu’un prétexte. Elle incarne un personnage rigide, calculateur, froid, sans scrupules. La morale n’est pas sauve, et c’est tant mieux : Ken Loach, par le prisme de ce personnage ambivalent d’ange démoniaque, vêtu de noir, qui exploite l’autre pour de fallacieuses raisons, dénonce une réalité sociale contemporaine, encore une fois, avec plus d’efficacité que n’importe quel discours politique. Il a encore frappé. Très fort. Un film dont on ressort bousculés. Par ce monde libre qui engendre une autre sorte d'enfermement, bien plus insidieux et invisible. Sortie en France: le 2 janvier 2008.

    Noir comme le court métrage « A neutral corner » de Emily Greenwood qui a reçu le prix Kodak et qui nous embarque pour un voyage sensoriel dans l’au-delà, avec une habile déconstruction entre l’image et le son, l’univers sonore nous transportant dans un hôpital, dans les pensées suppliantes d’un mourant, l’univers visuel nous confrontant à une réalité sombre, presque abstraite, à un visage ressemblant de plus en plus à celui de la mort, et à son train d’enfer.

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    Blanc comme la Toundra Arctique de « Free north » de Asif Kapadia  (Hitchcock d’or à Dinard, en 2001, pour « The Warrior ») qui nous emmène avec Saiva et sa fille adoptive Anja dans un Nord lointain et hostile, inhumain,  éloigné de toute civilisation. Saïva est la seule survivante d’une tribu d’autochtones décimée par une troupe de soldats aux airs et méthodes de nazis. Un jour, Saïva trouve un homme évanoui et blessé. Malgré ses craintes, elle le ramène avec elle et avec lui, c’est la civilisation, l’humanité, la réalité qui s’immiscent dans leur quotidienneté blanche, à la fois irréelle et routinière et sombre, sans lueur d’avenir ni d’espoir.   Commence alors un huis-clos paradoxalement étouffant dans ces espaces vierges  et menaçants à perte de vue. L’Enfer c’est cet autre qui le ramène avec lui. La vie aussi. La tension monte peu à peu et l’un des premiers plans d’un chien tué méthodiquement par la lame tranchante de Saïva (terrifiante et fascinante Michelle Yeoh), les regards glacés et déterminés qu’elle jette annoncent un dénouement fatal. Cet autre va amener avec lui le désir, la jalousie. L’humanité et ses passions, ses travers aussi. Les mots sont distribués avec parcimonie. Les regards sont lourds de sens.  Il y a forcément quelqu’un de trop. C’est le surgissement brusque de la folie du désir, de l’amour, de la possession dans un univers qui en était dépourvu. Les réactions sont condamnées à être animales dans un univers où on ne vit pas mais survit et quand l’humanité surgit ces êtres presque déshumanisés sont prêts à tout pour la sauvegarder, la frôler, l’enlacer, y compris céder à une brutalité animale, à voler une âme, quitte à y perdre la sienne. Le caractère intemporel de cette fable obscure, sous le sceau de la malédiction, dans les paysages d’une beauté tragique et inquiétante,  la rend d’autant plus dérangeante et troublante, voire choquante dans son dénouement. Far north est un film radical dans plusieurs aspects qui nous dépeint un monde où on tue pour vivre, un monde ici et ailleurs, avant et maintenant, aujourd’hui et demain.  Métaphore sur la folie des hommes engendrée par le totalitarisme, volontairement ou non, Far north pourrait justifier, peut-être malgré lui, la vengeance, la violence qui engendre la violence.  Malgré ce bémol, cela demeure un film signé par un cinéaste avec un véritable univers à la fois répugnant et fascinant, sans concessions, avec un parti pris radical, courageux dans le fond comme dans les conditions de tournage (en grande partie au Spitzbergen…il fallait quand même le faire). Un film qui, quoiqu’il arrive, ne vous laissera pas de glace...et vous glacera probablement le sang.

    Rouge aussi alors comme la blancheur enneigée entachée de sang, un rouge violent et vif comme l’univers qui l’a engendré.

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    Rouge des tissus aussi,  vert des feuillages : les couleurs du Bangladesh natal qu’une jeune femme, dans «  Rendez-vous à Brick Lane » de Sarah Gavron,  doit quitter pour un mariage arrangé à Londres. La poésie chatoyante des images nous captive dès les premières minutes du film et nous entraînent dans un univers impressionniste dont, comme l’héroïne, nous aurions aimé ne pas sortir. Le contraste est d’autant plus brutal avec l’arrivée à Londres, dans un quartier de maisons semblables, grises, ternes. Elle enjolive ce passé dans un ailleurs idéalisé malgré le suicide de sa mère d’ailleurs habilement mis en scène par un hiatus entre les couleurs, le son et le tragique de l'évènement, sa mère qui ne supportait plus cette vie. A Londres, elle tombe amoureuse d’un jeune homme, d’un symbole, aussi, surtout, celui de l’intégration (le jeune homme porte au départ des signes ostensibles du matérialisme occidental etc) parce que elle « voulait  se sentir chez elle ». Mais dans le monde d’après 11 septembre devenu paranoïaque et fou, les certitudes s’ébranlent, et les yeux de la jeune femme s’ouvrent sur ses désirs profonds et la voie du bonheur. Avec les tours ce sont ses rêves qui s’écroulent, la réalité qui lui explose en pleine face et qui lui permet enfin de se révéler, d’oser dire qui elle est.  Malgré certains revirements de situations abruptes, se dégage de ce film un charme poétique et un optimisme final empreint de réalisme et dénué de la mièvrerie qu’on aurait pu redouter. Les couleurs vives de ce pays remémoré comme enchanteur, la voix intérieure de ce personnage attachant contribuent au charme de ce film. Et puis cette blancheur finale. La blancheur (re)trouvée qui contraste avec les couleurs vives de son pays d’origine, peut-être aussi surtout de son imaginaire. Une nouvelle naissance. Une nouvelle vie qu’elle accepte, affrontant, acceptant la réalité qu’elle choisit enfin.

     « Brick Lane » a reçu le prix Première du public des mains de Sophie Guillemin. En recevant son prix, la réalisatrice, Sarah Gavron, a expliqué qu’avec ce film elle voulait « toucher le public le plus vaste », « franchir les barrières des cultures, de pays » en prenant un « réel risque qu’il ne soit jamais montré », que certains même « tenaient à ce qu’il ne soit jamais montré ». « Brick Lane » s’est également vu décerner le prix du meilleur scénario.

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    Noirs comme les couleurs guerrières qu’ Hallam Foe peint sur son visage, le Hitchcock d’or de cette édition 2007. Le film de David MacKenzie est centré sur un adolescent (interprété par Jamie Bell, l’interprète de Billy Elliot qui avait d’ailleurs aussi reçu le Hitchcock d’or à Dinard) perturbé par la mort de sa mère, dont il tient responsable sa belle-mère, un adolescent qui a pour  exutoire à sa détresse et pour manie d’espionner les gens. Il va s’éprendre du sosie de sa mère croisé dans la rue, et  une relation quasiment incestueuse, en tout cas ambiguë, va s’instaurer entre eux.  On aurait aimé connaître les raisons de ce prix.  Josiane Balasko, la présidente de ce jury 2007, n’en a malheureusement pas dit un mot lors de la clôture. C'est probablement le coeur qui a parlé... J’avoue être restée hermétique à ce film dont les motivations des personnages, dont les situations abracadabrantesques et les failles scénaristiques créent une distance avec le spectateur, dont le seul mérite est d’évoquer la veuve et l’orphelin et de nous faire passer de l’antipathie (relative) à l’empathie (relative) pour ce personnage étrange et perdu.

     « Hallam Foe » a également reçu le prix du meilleur directeur de la photographie.

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    Rouge comme la flamme de la passion de Jane Austen dans le film "Becoming Jane" de Julian Jarrold  qui retrace les débuts de l’auteure à une époque où, dans la société britannique, les femmes ne servaient qu'à faire des mariages, si possible avec de riches héritiers. Passion pour l’écriture qu’elle accomplit en un geste presque sensuel, drapée dans sa robe rouge, passion pour un Irlandais qui  lui fit défier les conventions de l’époque, des conventions qui apparaissent aujourd’hui surannées et contribuent à créer un film dont la forme, policée, est à l’image du fond.  Comme tout écrivain qui se respecte, Jane Austen s’est inspirée de son existence, et le résultat donne donc un mélange de « Raison et sentiments » et « Orgueil et préjugés » et une sensation de déjà vu. Reste le charme de James MacAvoy et Anne Hathaway  qui rendent cette histoire romantique crédible et un peu plus actuelle et , quand même, agréable à suivre.

    Et puis des sons, quels sons alors ?

    0880fe53911728c06d810abe2378c4d8.jpgLes voix comme des complaintes mélancoliques des deux acteurs principaux de « Once » de John Carney, un film dans lequel la musique cristallise les sentiments des deux personnages principaux (interprétés par Glen Hansard et Marketa  Irglova, dont les voix sont aussi justes que leur jeu), un film où la musique prend le pas sur les paroles et le scénario, mais qu’importe, ce film agit comme un argumentaire mélodieux  et irréfutable, et nous conquiert progressivement pour nous charmer totalement lors de sa dernière scène. Le cœur l’emporte sur la raison, là encore, sa sincérité, sa « passion et son courage » pour reprendre les mots de Josiane Balasko lors de la clôture lorsqu’elle leur a remis une « mention spéciale »  (tout en précisant qu’elle n’avait rien à leur offrir si ce n’était l’« amitié et l'admiration » du jury, cette mention spéciale créée pour l’occasion étant avant tout honorifique, et venant à point nommé pour ce film musical inclassable) l’emportant finalement sur ses faiblesses cinématographiques. Avant la projection, le toujours discret, passionné et dynamique   directeur du festival, Hussam Hindi, nous avait prévenus : après la projection nous serions enfermés dans la salle pour une surprise, déplorant malicieusement l’absence de l’équipe pour présenter le film. A peine la projection terminée, des notes de musique s’élèvent dans un silence recueilli et admiratif. Mes deux voisines, que je n’ai pas la malchance de connaître, donneuses de leçon, ayant bavardé pendant tout le début du film,  après avoir ponctué de leurs soupirs de lassitude la projection, de désabusés « et en plus ça marche » au regard de l’enthousiasme qui s’empare peu à peu du public faisant bientôt ressembler la salle de cinéma à une salle de concert et se terminant par une ovation mémorable, exhibant leur cynisme et leur indifférence comme une médaille, méprisant l’émotion des autres qui n’ont probablement pas compris ce qu’elles ont visiblement compris. Je me laisse emporter par mes émotions, par ce petit moment de magie fugace et délectable, faisant fi des sarcasmes de mes clairvoyantes voisines, me glorifiant de leur mépris, de leur  pseudo snobisme intellectuel, heureuse de n’être pas encore imperméable aux choix du cœur, et d’écouter parfois plus les sentiments que la raison, toute cinématographique soit-elle. A voir prochainement : ma vidéo du « concert » sur dailymotion. Le lien vous sera indiqué ici.

    5eed5a838c235362190e715d5b23ece4.jpgD’autres impressions encore, de plus en plus floues. Le long plan séquence sur la plage de Dunkerque de "The Atonement" (l' Expiation en français qui sortira sous le tire "Reviens-moi", plus attractif sans doute...mais moins intéressant au regard de ce qui constitue l'intérêt principal du film) de Joe Wright, un mélo comme on n’en fait plus dont la seconde partie ne tient malheureusement pas les promesses de la première,  romanesque à souhait, d’une incandescence réjouissante,  dont le souffle épique et entraînant  ne tient malheureusement pas la longueur. Un film sur un amour contrarié, sur les rapports troublants entre art et vérité, dont la forme épouse intelligemment le fond.

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    Et puis le film de clôture, parce qu’il le faut bien, toujours, un jour ou l’autre : une adaptation d’Agatha Christie, « L’heure zéro » signée Pascal Thomas qui ne nous évade pas tout à fait de la réalité puisque ce film se déroule à Dinard dans une vieille demeure, la Pointe aux Mouettes, un Dinard menaçant (pas suffisamment) et intemporel où se retrouve toute la famille Neuville, dans une atmosphère électrique, avec à la clef une mort inéluctable puisqu’on est chez Agatha Christie, et le meurtrier le plus improbable, puisqu’on est chez Agatha Christie. Avec ce film Pascal Thomas s’amuse : avec les temporalités et les époques dont il brouille astucieusement les repères. Avec le ton du film, celui de la farce qui sied finalement à une adaptation d’Agathie Christie, qui, de Miss Marple à Hercule Poirot, affectionne le second degré, l’autodérision, le décalage.  Laura Smet en épouse déjantée, Melvil Poupaud en mari écartelé entre deux femmes aussi étranges l'une que l'autre, Alessandra Martines en gouvernante, et Danielle Darrieux en vieille dame indigne sont assez réjouissants, suffisamment pour se laisser prendre au jeu de ce qu’il ne faut pas prendre pour davantage que ce qu'il aspire visiblement à être : une farce ludique, prétexte à des numéros d’acteurs, où le second degré prime sur la résolution du crime.

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    Dernière couleur. Le bleu. Bleu à l’âme de fin de festival. Trois couleurs: bleu, aussi. L’envie de revoir ce film de Kieslowski et sa lumière cristalline, sa musique salvatrice qui libèrent peu à peu de l’emprise de la douleur… Un autre film nous attend toujours quelque part. Le cinéma est une histoire sans fin (mais si).

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    Dernier son. Celui de la mer. Bleue elle aussi, évidemment, bleu argentée même. Profiter des dernières heures du festival, premières heures automnales au parfum pourtant encore estival, pour m’y ressourcer.  La mer réconfortante avec le roulement répétitif et la mélopée lénifiante de ses vagues qui meurent sur le sable et renaissent aussitôt. Mer mortelle et immortelle. Comme un éternel recommencement. A l’année prochaine Dinard donc, pour un autre recommencement,  pour la 19ème édition d’un festival de plus en plus majeur, à la sélection toujours aussi réjouissante, à l’enthousiasme intact malgré le nombre des années et la notoriété grandissante. C’est la marque des grands : rester soi-même, malgré tout. Restez vous-même et surtout ne changez rien!

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                                                   Palmarès du 18 ème Festival du Film Britannique de Dinard:

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    Le jury du 18ème Festival du Film Britannique de Dinard

    Le grand prix est attribué par le jury à :
    Hallam Foe de David Mackenzie

    Le prix se compose d'une aide à la distribution et d'un soutien direct au réalisateur.
    Il contient également :
    Le prix LTC qui offre le développement d'une copie série du film primé (ou du prochain film du vainqueur si ce dernier à été développé dans un autre laboratoire).
    Le prix LVT qui offre le sous titrage du film primé par le Jury ( ou du prochain film du vainquer si celui-ci est déja sous-titré).
    Le prix Ciné Cinéma qui offre une campagne de promotion sur ses antennes lors de sa sortie en salle.

    Une mention spéciale est attribuée par le jury à :
    Once de John Carney

    Le trophée Hitchcock blanc, Kodak limited

    Le trophée Hitchcock blanc, Kodak limited, récompensant le meilleur directeur de la photo, décerné par le jury, est attribué à :
    Hallam Foe de David MacKenzie
    (Kodak y ajoutant un prix spécial (pellicule pour le prochain film du directeur).

    Le trophée Grand Marnier Lapostolle

    Le trophée Grand Marnier Lapostolle pour le prix du meilleur scénario, décerné par le jury, à été attribué à :
    Rendez Vous à Brick Lane de Sarah Gavron

    Le trophée Hitchcock d'Argent

    Le trophée Hitchcock d'Argent, prix du public, décerné par les spectateurs, a été attribué à :
    Rendez Vous à Brick Lane de Sarah Gavron

    Le trophée Hitchcock de bronze

    Le trophée Hitchcock de bronze, décerné par l'association "la règle du Jeu" est attribué à :
    Garage de Lenny Abrahamson
    Ce prix permet une distribution dans 40 salles du Grand ouest.

    Le prix Entente Cordiale

     Le prix Entente Cordiale du British Council a été attribué au court métrage :
    Friends Forever de Marçal Forès
    Le prix d'une valeur de 1500 euros récompense le Meilleur Film de fin d'études issu de la compétition Femis/ NFTS

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    Sylvie Mallet, la Présidente du Festival avec Josiane Balasko, présidente du jury 2007 et Marie-José Nat, présidente du festival 2007.
    Sandra.M