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Théâtre

  • 11ème cérémonie des Globes de Cristal : nommés et Catherine Deneuve présidente

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    Le temps d'une soirée exceptionnelle, les plus grands artistes se réuniront sur la scène mythique du Lido de Paris pour fêter le monde artistique et culturel. Cette année s'annonce d'autant plus exceptionnelle que Catherine Deneuve sera présidente du jury.
     
    "Cette cérémonie met en lumière l'importance de la création française et internationale. Des comédiens, des interprètes, des auteurs vont être récompensés. En tant que Présidente du jury 2017, je suis heureuse de participer à ce prestigieux événement et, je souhaite que les meilleurs gagnent !!! » a-t-elle ainsi déclaré.
     
    Cet événement incontournable
    s'ouvre à l'international avec la création de 2 nouvelles catégories : film étranger et série étrangère. Un jury de 23 journalistes spécialisés établit une liste des 5 nommés dans chacune des 14 catégories qui seront récompensées. Celle-ci est soumise au vote de près de 15 000 journalistes référencés par l’Argus de la Presse (dont je fais partie, j'ai donc eu le plaisir de voter, mes critiques ci-dessous vont donneront certainement une idée de mes votes, dans la catégorie cinéma en tout cas) via le site officiel.

    Je suis ravie de retrouver dans cette sélection, les films de l'année 2016 qui m'ont le plus enthousiasmée (cliquez sur le titre ci-dessous pour accéder à mes critiques):

    "Frantz" de François Ozon

    "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

    "Mal de pierres" de Nicole Garcia

    "L'Odyssée" de Jérôme Salle
     
    Cette cérémonie propose ainsi un concept unique : une seule cérémonie qui récompense l'ensemble des catégories suivantes : cinéma, musique, spectacle, théâtre, littérature, télévision.


      
    Catherine Deneuve est accompagnée des personnalités suivantes, dans le jury; Hubert Artus Marianne, Tristane Banon Romancière, Gérard Bardy UPF France, Rachid M’Barki BFM TV, Catherine Ceylac France 2, Geneviève Cloup Gala, Ivar Couderc Ouatch TV, Daniel Daum Prisma Média, Véronick Dokan C8, Marc Dolisi VSD, Xavier Fornerod Direct Matin, Valérie Gans Madame Figaro, Stéphanie des Horts L’officiel / Service Littéraire, Nicole Korchia Free Lance, Stéphane Larue Blog Internet, Elisabeth Lemoine France 5, Isabelle Léouffre Paris Match, Gilles Lhote Pure People, Patrick Mahé L’Officiel / Hôtel & Lodge,Carl Meeus Figaro Magazine, Isabelle Morini-Bosc RTL / C8, Eric Naulleau Paris Première, Pierre Vavasseur Le Parisien.
     

    Les Nommés
     
    Chaque Lauréat recevra un Globe de Cristal réalisé par DAUM
     
    Meilleur Film
     
    •    Chocolat de Roschdy Zem
     
    •    Divines de Houda Benyamina
     
    •    Frantz de François Ozon
     
    •    Juste la fin du monde de Xavier Dolan
     
    •    Mal de pierres de Nicole Garcia
     
    Meilleure Actrice
     
    •    Marion Cotillard dans «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan
     
    •    Virginie Efira dans «Un homme à la hauteur» de Laurent Tirard
     
    •    Isabelle Huppert dans «Elle» de Paul Verhoeven
     
    •    Sandrine Kiberlain dans «Encore heureux» de Benoît Graffin
     
    •    Audrey Tautou dans «l’Odyssée» de Jérôme Salle
     
    Meilleur Acteur
     
    •    Pierre Niney dans «Frantz» de François Ozon
     
    •    Vincent Cassel dans «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan
     
    •    Omar Sy dans «Chocolat» de Roschdy Zem
     
    •    Gaspard Ulliel dans «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan
     
    •    Lambert Wilson dans «l’Odyssée» de Jérôme Salle
      
     
     
    Les Nommés
     
    Meilleure Pièce de théâtre
     
    •    Edmond d’Alexis Michalik, mis en scène par l’auteur (Théâtre du Palais Royal)
     
    •  Fleur de cactus de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mis en scène par Michel Fau (Théâtre Antoine)
     
    •    L’envers du décor de Florian Zeller, mis en scène par lui-même (Théâtre de Paris)
     
    •    Mariage et Châtiment de David Pharao, mis en scène par Jean-Luc Moreau (Théâtre Hébertot)
     
    •  Poésie ? de Fabrice Luchini textes de Paul Valery, Arthur Rimbaud, Molière, Louis-Ferdinand Céline et Gustave Flaubert, mis en scène par Emmanuelle Garassino (Théâtre Montparnasse)
     
    Meilleure Comédienne
     
    •  Fanny Ardant dans «Croque-Monsieur» de Marcel Mithois, mis en scène par Thierry Klifa (Théâtre de la Michodière)
     
    •  Bérénice Béjo dans «Tout ce que vous voulez» de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, mis en scène par Bernard Murat (Théâtre Edouard VII)
     
    •  Catherine Frot dans «Fleur de Cactus» de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mis en scène par Michel Fau (Théâtre Antoine)
    •  Isabelle Huppert dans «Phèdre(s)» de Wajdi Mouawad, Sarah Kane, John Maxwell Coetzee, mis en scène par Krzysztof Warlikowski (L’Odéon – Théâtre de l’Europe)
     
    •  Cristiana Reali dans «M’Man» de Fabrice Melquiot, mis en scène par Charles Templon (Théâtre du Petit Saint-Martin)
     
    Meilleur Comédien
     
    •    Niels Arestrup dans «Acting» de et mis scène par Xavier Durringer (Théâtre des Bouffes Parisiens)
     
    •  Daniel Auteuil dans «L’envers du décor» de Florian Zeller - mis en scène par Daniel Auteuil (Théâtre de Paris)
     
    •  François Berléand dans «Moi, moi et François B.» de Clément Gayet, mis en scène par Stéphane Hillel (Théâtre Montparnasse)
     
    •  Nicolas Briançon dans «La vénus à la fourrure» de David Ives - mis en scène par Jérémie Lippmann (Théâtre Tristan Bernard)
     
    •  Fabrice Luchini dans «Poésie ?» textes de Paul Valery, Arthur Rimbaud, Molière, Louis-Ferdinand Céline et Gustave Flaubert - mis en scène par Emmanuelle Garassino (Théâtre Montparnasse)
     
    Meilleur One Man Show
     
    •    Stéphane Guillon dans «Certifié conforme», mis en scène par Muriel Cousin (Théâtre Déjazet)
     
    •  Le comte de Bouderbala dans «Le comte de Bouderbala 2», mis en scène par lui-même (Théâtre du Gymnase Marie-Bell)
     
    •    Alex Lutz, mis en scène par Tom Dingler (l’Olympia)
     
    •  Gaspard Proust dans «Nouveau spectacle », mis en scène par lui-même Comédie des Champs-Elysées)
     
    •    Bruno Salomone dans «Euphorique», mis en scène par Gabor Rassov (Théâtre Montparnasse)
     
     
     
    Les Nommés
     
    Meilleure Comédie Musicale
     
    •  «Le rouge et le noir», produit par Albert Cohen, mis en scène par François Chouquet et Laurent Seroussi (Théâtre le Palace)
     
    •  «Les 3 mousquetaires», produit par Nicole et Gilbert Coullier, Roberto Ciurleo, Eléonore de Galard et NRJ Group, mis en scène par René Richard Cyr et Dominic Champagne (Palais des Sports de Paris)
     
    •  «Oliver Twist», produit par Alexandre Piot, en accord avec Sistabro Production, UPL Events et Emmanuel Breton, mis en scène Ladislas Chollat (Salle Gaveau)
    •  «Résiste», produit par Thierry Suc et Jean-Charles Mathey, mis en scène par Ladislas Chollat (Palais des Sports de Paris)
     
    •    «Timéo», produit par Jérémie de Lacharrière, mis en scène par Alex Goude (Casino de Paris)
     
    Après décision de Maître Eric Albou, huissier de justice à Paris et suivant notre règlement officiel, les Globes de Cristal retirent de la liste des nommés, dans la catégorie «Meilleure Comédie Musicale», «Le fantôme de l’Opéra». Ce spectacle a été présenté à l’étranger et il était prévu à Paris mais les représentations n’ont pas eu lieu. En corrélation avec les voix obtenues, la «Comédie Musicale» «Timéo» intègre cette catégorie.
     
    Meilleur Roman / Essai
     
    •    Cannibales de Régis Jauffret (Editions du Seuil)
     
    •    La succession de Jean-Paul Dubois (Editions de l’Olivier)
     
    •    Petit pays de Gaël Faye (Editions Grasset)
     
    •    Repose-toi sur moi de Serge Joncour (Editions Flammarion)
     
    •    Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson (Editions Gallimard)
     
    Meilleure Interprète féminine
     
    •    Christine & The Queens – Héloïse Letissier – «Chaleur humaine» (Because Music)
     
    •    Imany «The wrong kind of wa» (Think Zik!)
     
    •    Jain «Zanaka» (Columbia)
     
    •    L.E.J «En attendant l’album» (Mercury)
     
    •    Marina Kaye «Fearles» (Capitol Music)
     
    Meilleur Interprète masculin
     
    •    Benjamin Biolay «Palermo Hollywood» (Barclay)
     
    •    Christophe «Les vestiges du chaos» (Capitol Music)
     
    •    Julien Doré «&» (Columbia)
     
    •    Manu Lanvin «Blues, Booze & Rock’n’Roll» (Verycords)
     
    •    Renaud «Renaud» (Parlophone)
     
     
     
    Les Nommés
     

    Meilleure Série télévisée / Téléfilm
     
    •    Baron Noir – Saison 1, créée par Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon (Canal +)
     
    •    Braquo – Saison 4, créée par Olivier Marchal (Canal +)
     
    •    Le bureau des légendes – Saison 2, créée par Éric Rochant (Canal +)
     
    •  Les hommes de l’ombre – Saison 3, créée par Dan Franck, Frédéric Tellier, Charline de Lépine et Emmanuel Daucé (France 2)
     
    •    Un village français – Saison 7, créée par Frédéric Krivine, Philippe Triboit et Emmanuel Daucé (France 3)
     
    Meilleur Film étranger
     
    •    Bridget Jones’s Baby de Sharon Maguire, États-Unis
     
    •    Julieta de Pedro Almodóvar, Espagne
     
    •    Miss Peregrine’s home for peculiar children de Tim Burton, États-Unis, Royaume-Uni, Belgique
     
    •    Money Monster de Jodie Foster, États-Unis
     
    •    The Revenant d’Alejandro González Iñárritu, États-Unis
     
    Meilleure Série télévisée étrangère
     
    •    Outlander Saison 2, créée par Ronald D.Moore, États-Unis, Royaume-Unis (Netflix)
     
    •    Person of Interest Saison 5, créée par Jonathan Nolan, États-Unis (TF1)
     
    •    Ray Donovan Saison 4, créée par Ann Biderman, États-Unis (Canal+)
     
    •    Velvet Saison 2, créée par Ramon Campos, Espagne (Téva)
     
    •  Vinyl Saison 1, créée par Martin Scorsese, Mick Jagger, Rich Cohen, Terence Winter et George Mastras, États-Unis (OCS city) 
  • Théâtre - "Une journée ordinaire" avec Anouchka Delon, Alain Delon... :critique et dates de la tournée

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    Pour une meilleure lisibilité de cet article rendez-vous sur un autre de mes sites http://inthemoodlemag.com .

    Alors que la semaine prochaine sortira en salles la version restaurée de "Plein soleil" de René Clément (disponible à partir d'aujourd'hui en DVD/Blu-ray), un de mes films de prédilection que j'ai eu le plaisir de revoir lors de l'exceptionnelle projection cannoise (grand moment d'émotion) puis dans le cadre du Champs-Elysées Film Festival avant que le film soit projeté ce jeudi dans le cadre du Festival Paris Cinéma, c'est aujourd'hui de théâtre dont je vais vous parler.

     

     

    En effet, avec sa fille Anouchka Delon, Alain Delon va reprendre la pièce « Une journée ordinaire » de Éric Assous,  une pièce  qu’ils ont jouée ensemble à Paris en 2011, dans une mise en scène de Jean-Luc Moreau (cette fois ce rôle sera dévolu à Anne Bourgeois). C'est d'ailleurs à cette occasion que je l'avais découverte, lors d'une première mémorable. Je vous l'avais alors vivement recommandée et je réitère bien entendu.

    « J’ai eu envie, c’est bête de le dire, de cette tournée française que je veux vivre avant de mourir. C’est important une tournée en France que je n’ai jamais faite » a déclaré l'acteur. 

     Retrouvez ci-dessous ma critique de la pièce suite à sa première, en 2011, au théâtre des Bouffes Parisiens.

    Retrouvez également, à la fin de la critique, les dates de la tournée qui commencera le 8 octobre 2013. Pour en savoir plus, vous pouvez aussi rejoindre la page Facebook consacrée à l'évènement, ici. La pièce d'Eric Assous sera cette fois mise en scène par Anne Bourgeois, produite par Richard Caillat avec, pour interprètes: Anouchka Delon, Alain Delon, Elisa Servier, Julien Dereims.

    Ce n'est pas un secret pour vous si vous suivez régulièrement ce blog, ce sont pour la plupart des films avec Alain Delon qui sont à l'origine de ma dévorante passion pour le cinéma comme vous le constaterez dans mon dossier consacré à Alain Delon avec les critiques de 9 de ses films et de quelques pièces de théâtre, en cliquant ici.

    Retrouvez enfin mon roman "les Orgueilleux " publié en Mai 2013, ici, à l'origine un de mes scénarii dont le personnage principal m'a été inspiré par Alain Delon en rêvant de le voir un jour incarné par l'acteur. A bon entendeur...

     Une journée ordinaire - Critique de la pièce (suite à la première parisienne en 2011)

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    Photos ci-dessus par Inthemoodforcinema.com

     

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     Ce soir, au théâtre des Bouffes Parisiens (ce n’est pas un hasard, ce théâtre appartenait à Jean-Claude Brialy, grand ami d’Alain Delon) a eu lieu la première de la pièce « Une journée ordinaire ».  Une pièce qui met en scène Alain Delon n’a de toute façon rien d’ordinaire et le titre, déjà, est d’une délicate dérision. Cela n’a rien d’ordinaire parce que Tancrède, Roch Siffredi, Jeff Costello, Corey, Robert Klein, Roger Sartet, Gino…, tout un pan de l’histoire du cinéma accompagne celui qui les a immortalisés. Cela n’a rien d’ordinaire parce qu'Alain Delon est seulement pour la septième fois au théâtre. Cela n’a rien d’ordinaire parce que cette pièce a été écrite par Eric Assous à la demande d'Alain Delon pour sa fille Anouchka.

    Emportée par le doux tourbillon de la vie parisienne, je réalise que la dernière pièce de théâtre à laquelle j’ai assisté c’était aussi une pièce avec Alain Delon, « Love letters » et auparavant « Sur la route de Madison », pourtant les premières années à Paris, j’allais très souvent au théâtre pour voir des pièces classiques, plus avant-gardistes ou populaires, ou les trois. Et pourtant j’ai toujours tant aimé ce frémissement, ce murmure, ce frisson avant le lever de rideau, avant cette rencontre palpitante qui nous plonge à la fois hors de la réalité et pleinement dans l’instant présent qui se joue face à nous. J’ai toujours aimé, aussi, observer le spectacle qui se joue dans la salle, intemporel ballet de la vie parisienne,  réminiscence de mes lectures balzaciennes favorites et qui fait que lors d’une première comme celle-ci se croisent un chanteur aux allures de poète d’un autre temps, un écrivain aux allures de chanteur lui aussi –décidément, le décalage était à la mode- d’un autre temps, un présentateur de jeux télévisés, un mythe du cinéma, une actrice qui aurait aimé l’être, sans doute, ce mythe,  et tant d’autres qui se croisent, s’observent et souvent feignent de s’ignorer ou s’adorer avec la même application. Fascinant ballet dont chacun est à la fois danseur, chorégraphe et spectateur. Mais là n’était pas l’essentiel, juste ce qui permettait de se distraire en l’attendant.

    L’essentiel a eu lieu quand le rideau s’est levé et que j’ai oublié tout le reste, alors insignifiant. Quand le rideau s’est levé sur Anoucka Delon/Julie allongée dans un canapé et Alain Delon/Julien de dos. De dos pour que les premiers regards, sans doute, ne soient pas dirigés vers lui mais vers celle que cette pièce est destinée à mettre en lumière. Ce qui m’a marquée d’abord, c’est la justesse éclatante d’Anouchka Delon (tout comme cela m’avait déjà marquée dans « Le Lion »). Sa voix parfaitement posée. Sa prestance. Son assurance (pas une seule fois elle ne trébuchera). Et puis Alain Delon, dans ce costume trop petit pour lui.

    « Une journée ordinaire », c’est l’histoire d’une fille de vingt ans qui n’ose pas annoncer à son père avec qui elle vit seule qu’elle va le quitter pour vivre avec son amoureux mais "Une journée ordinaire" c’est surtout l’histoire d’un homme qui aime profondément, follement, sa fille, qui s’éclipse pour la laisser vivre sa vie. Un duo, presque un couple comme en témoigne la gémellité de leurs prénoms (qui n’est pas sans rappeler celle de ceux des interprètes).  Un homme fier, nostalgique, mélancolique, d’une malice parfois enfantine, d’une dureté fugace et finalement attendrissante. Un personnage qui se confond avec son interprète. Certains diront qu'Alain Delon devrait plutôt jouer de grands textes d’auteurs classiques mais quand on est soi-même un « personnage shakespearien » pour reprendre les termes de Pascal Jardin, quand on promène avec soi une telle mythologie, nul besoin de jouer Shakespeare pour toucher ou émouvoir.

    Alors bien sûr n’importe quel costume serait trop petit pour Delon qui a eu les plus beaux rôles qu’un acteur puisse désirer (pour ceux qui douteraient –si, il paraît qu’il y en a- de la diversité et de la -dé-mesure de son talent, regardez -notamment- « Monsieur Klein », « Le Professeur », « Le Guépard », « Plein soleil », « Le cercle rouge », « La Piscine« , « Le Samouraï«  et dîtes-moi quel acteur pourrait interpréter avec la même apparente facilité des rôles si différents et si magistraux ) si bien qu’au début de la pièce il m’est apparu presque effacé mais au fur et à mesure que la pièce avançait le costume gagnait en élégance, en taille (au propre comme au figuré) pour finalement nous le laisser voir presque à nu, à vif, pour que la fiction rejoigne le mythe et la réalité.

    Eric Assous (sur une mise en scène de Jean-Luc Moreau)  joue intelligemment du parallèle entre ce personnage dont la fille est « l’ambition », qui porte son « deuil comme une légion d’honneur » et Delon, l’homme qui se définit comme nostalgique, passéiste et dont l’ambition est de faire des Delon une « dynastie d’acteurs ». Je n’ai pu m’empêcher de repenser à cet instant à la fois magique et mélancolique, en mai 2010, au Festival de Cannes, lorsque devant moi Claudia Cardinale et Alain Delon se voyaient sur l’écran dans « Le Guépard », cet écran qui racontait la déliquescence d’un monde et  le renouveau d’un autre tandis qu’eux-mêmes revoyaient une époque révolue sans doute avec douleur et bonheur.  Ce soir le prince de Salina, le « Guépard » c’était Delon et Tancrède c’était Anouchka.

    On rit beaucoup, aussi, du décalage entre cette fille et ce père qui refuse de la voir grandir. De la crainte qu’il inspire. La crainte qu’inspire le personnage du père comme le mythe Alain Delon mais l’un comme l’autre laissent affleurer par instants leurs failles, et même un soupçon d’enfance, dont le surgissement soudain n’en est que plus bouleversant. Cette pièce qui se qualifie de « comédie moderne » vaut pour moi davantage pour les moments d’émotions qui la traversent même si certains qui l’ignorent encore seront sans doute étonnés qu'Alain Delon les fasse rire autant (et la salle riait, beaucoup, moi la première, à tel point qu’il était parfois impossible d’entendre certaines répliques) comme ce fut le cas dans « Les montagnes russes » (une pièce également signée Eric Assous) où il déployait déjà sa force comique. Et puis lui qui aimait tant Gabin célèbre pour ses scènes de colère est aussi tellement impressionnant quand il se met en colère, mais aussi quand sa voix se fait plus posée, fragile. La virtuosité avec laquelle il fait passer le public du rire aux larmes est sidérante, de même que celle avec laquelle il passe de la tristesse à la colère en passant par la dérision.

    Ce que j’ai préféré, ce sont néanmoins ces trop rares instants où Alain Delon s’exprime face à la salle où, en un quart de seconde, il parvient à nous bouleverser, où la solitude de ce père face à nous fait écho à celle de l’acteur. Alain Delon dit que « le comédien joue, l’acteur vit » et c’était aussi sans doute ce qui était si bouleversant, cette impression qu’il donnait la sensation de vivre devant nous. C’était ce qui était beau, troublant et qui suspendait le souffle de la salle. Une salle debout à la fin de cette pièce trop courte qui se confondait étrangement avec la réalité quand Alain Delon, l’acteur, le père enlaçait sa fille et la poussait au devant de la scène pour qu’elle récolte les applaudissements. Amplement mérités.  Quel bonheur pour lui sans doute qui rêvait de jouer avec sa fille de voir son nom sur l’affiche, à côté du sien, tout en haut. Quel bonheur de voir qu’au milieu de la pièce c’était son apparition à elle qui était applaudie. A signaler également la présence d’Elisa Servier (dans le rôle de l’amie de Julien,  juste et émouvante)  et Christophe de Choisy (très drôle en petit ami terrorisé): deux rôles trop courts mais dans lesquels l’un et l’autre excellent.

    Cette fin de journée a été pour moi tout sauf ordinaire. Un beau moment. L’émotion d’un acteur extraordinaire. L’émotion d’une salle debout. L’éclosion d’une actrice.  La complicité d’un père et sa fille. Un troublant écho entre la réalité et la fiction. Entre l’homme et le mythe. Il m’a fallu pas mal de temps après pour retrouver le chemin de la réalité, pour faire retomber  l’émotion de cette dernière « image », poignante.

    C’était la cinquième fois que je voyais Alain Delon au théâtre après « Variations énigmatiques », «  Les Montagnes russes », « Sur la route de Madison », « Love letters » et je n’espère vraiment pas la dernière. En tout cas pas la dernière fois qu’un(e) Delon montait sur scène. La dynastie des acteurs Delon n’est pas prête de s’éteindre. Une nouvelle étoile est née, lors d’une journée faussement ordinaire. Un moment de théâtre mais surtout de vie extraordinaire et à ne pas manquer .

     

    Dates de la tournée "Une journée ordinaire"

    - le 5 octobre 2013 à Chaville (92)

    - du 8 au 10 octobre 2013 à Genève (Suisse)

    - les 11 et 12 octobre 2013 à Morges (Suisse)

    - le 15 octobre 2013 à Saint Germain en Laye (78)

    - le 18 octobre 2013 à Montigny le Bretonneux (78)

    - le 4 novembre 2013 à Saint Amand (59)

    - le 5 novembre 2013 à Issy les Moulineaux (92)

    - le 7 novembre 2013 à Perpignan (66)

    - le 9 novembre 2013 à Carcassonne (11)

    - le 12 novembre 2013 à Puteaux (92)

    - le 13 novembre 2013 à Saint Maur (94)

    - le 14 novembre 2013 à Asnières-sur-Seine (92)

    - le 15 novembre 2013 à Le Chesnay (78)

    - le 16 novembre 2013 à Rueil Malmaison (92)

    - le 19 novembre 2013 à Chateaudun (28)

    - le 21 novembre 2013 à Mérignac (33)

    - le 22 novembre 2013 à Mont de Marsan (40)

    - le 25 novembre 2013 à Neuchâtel (Suisse)

    - le 26 novembre 2013 à La Tour du Trême (Suisse)

    - le 28 novembre 2013 à Strasbourg (67)

    - le 29 novembre 2013 à Troyes (10)

    - le 30 novembre 2013 à Yerres (91)

    - le 5 décembre 2013 à Courbevoie (92)

    - les 10 et 11 décembre 2013 à Caluire (69)

    - le 12 décembre 2013 à Voiron (69)

    - le 13 décembre 2013 à Avignon (84)

    - le 14 décembre 2013 à Sanary (83)

    - le 17 décembre 2013 à Liège (Belgique)

    - le 18 décembre 2013 à Massy (91)

    - le 19 décembre 2013 à Nantes (44)

    - le 20 décembre 2013 à Concarneau (29)

    - le 6 janvier 2014 à Cannes (06)

    - le 7 janvier 2014 à Saint Raphael (83)

    - le 9 janvier 2014 à Aix les Bains (73)

    - le 11 janvier 2014 à La Grande Motte (34)

    - le 18 janvier 2014 à Verneuil sur Seine (78)

    - les 21 et 22 janvier 2014 à Bruxelles (Belgique)

    - le 23 janvier 2014 à Charleroi (Belgique)

    - le 24 janvier 2014 à Roubaix (59)

    - le 26 janvier 2014 à Aix en Provence (13)

    - le 29 janvier 2014 à Marseille (13)

    - le 30 janvier 2014 à Bandol (83)

    - le 31 janvier 2014 à Tarascon (13)

    - le 4 février 2014 à Biarritz

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  • Critique - Théâtre - "Phèdre" à la Comédie Française - Mise en scène de Michael Marmarinos

    Pour illuminer un dimanche pluvieux et maussade, il y a 15 jours, je me suis brusquement décidée à aller voir « Phèdre » à la Comédie Française. Une envie irrépressible et soudaine de me laisser étourdir par des mots et un lieu éblouissants. Chacun ses drogues. Pour moi, ce sont l’écriture, le cinéma, et le théâtre. Evidemment, la pièce était complète mais la Comédie Française propose toujours ce formidable système, le petit bureau : une heure avant chaque représentation de la Salle Richelieu, 65 places sont mises en vente au prix de 5 €, au guichet du « petit bureau », situé rue de Richelieu.

    Même si j’y suis allée de nombreuses fois, je n’y étais pas retournée depuis les travaux qui ont sublimé la salle Richelieu, et aller à la Comédie Française est toujours pour moi une évasion exaltante et spirituelle, et comme pénétrer dans un antre majestueux auréolé de tous ces mots, tous ces textes, tous ces auteurs qui semblent encore voguer dans l’air, dans cette atmosphère particulière à la fois joyeuse et recueillie.

    La dernière pièce à la Comédie Française dont je vous ai parlé ici était « Un chapeau de paille d’Italie », mise en scène signée Giorgio Barberio Corsetti. 2H30 incroyables ( trop courtes !), une satire burlesque et enchantée, extravagante, poétique comme un film de Kaurismäki, délirante, déjantée et musicale comme un film de Kusturica, d’une absurdité irrésistible comme un film de Tati mais une absurdité signifiante comme un livre de Ionesco, et grâce à laquelle j’avais fait un tour de manège étourdissant sans oublier de formidables comédiens dont l’étendue du talent avait été particulièrement mise en exergue par une mise en scène qui transcendait un texte intemporel.

    Comme tout grand texte, et a fortiori avec la pièce de Racine, intemporelle est aussi évidemment « Phèdre », tant de fois jouée, lue, entendue et pourtant…toujours aussi moderne et tragiquement envoûtante.

    Rappel du début de l’histoire pour ceux qui ne la connaîtraient pas. Fille de Minos et de Pasiphaé, Phèdre lutte en vain contre la passion qu’elle éprouve pour Hippolyte, le fils de Thésée dont elle est l’épouse. Épuisée et culpabilisée par ses sentiments qu’elle ne contrôle pas, elle cherche par tous les moyens à l’éloigner d’elle. Ce beau-fils, adulé et rejeté, a l’intention de quitter Trézène pour partir à la recherche de son père disparu, fuyant aussi par là son propre amour pour Aricie, soeur des Pallantides, clan ennemi.

    Jean Racine est au sommet de sa gloire lorsque Phèdre est représentée pour la première fois en 1677 à l’Hôtel de Bourgogne, sous le titre initial d’ « Hippolyte », puis de « Phèdre et Hippolyte ». C’était donc logique et judicieux que de choisir cette même pièce pour la réouverture de la salle Richelieu de la Comédie Française sachant que la Comédie Française a été fondée par lettre de cachet (par Louis XIV le 21 octobre 1680) pour fusionner les deux seules troupes parisiennes de l’époque, la troupe de l’Hôtel Guénégaud et celle de l’Hôtel de Bourgogne.

    Quand vous prenez vos places au petit bureau, vous obtenez une place à visibilité réduite, mais peu m’importait : emportée par la majesté des mots et du lieu, j’étais à la fois terriblement là et ailleurs, fascinée, une nouvelle fois, par l’émotion de ce texte sublimement tragique.

    La mise en scène de Michael Marmarinos est, certes, de prime abord, déconcertante et le décor déconcertant de simplicité composé d’encens, de chaises, d’une table dressée, d’un lit, d’image de Vénus, d’une radio, et puis de l’horizon bleutée du ciel et de la mer sur vidéo (symbole du départ, d’un ailleurs inaccessible, mais aussi d’intemporalité : « La Grèce antique était trop abstraite pour moi. Ce qu’il y a d’antique, c’est l’horizon, la mer et l’île » d’après le metteur en scène ) et puis du véritable héros en tout cas dans cette mise en scène : les mots et leur musicalité fascinante. Ceux qui, justement, nous font sentir terriblement là et terriblement ailleurs. Ceux par qui arrive cette tragédie irréversible et inéluctable. Quant aux costumes, ils évoquent plutôt les années 20/30.

    Ce qui aura sans doute le plus décontenancé les spectateurs, c’est cette radio en permanence allumée (qui vient se mêler à la musique du quatuor ENEA) d’après le metteur en scène là pour « figurer l’écoulement du temps réel », peut-être aussi pour figurer une autre actualité de la Grèce, ou encore mettre l’accent sur l’intemporalité et nous forcer, aussi, à une époque où l’attention est tellement volatile, détournée et sollicitée, à nous appliquer à entendre, écouter et savourer la beauté de ces mots. Pour insister sur cette musicalité, sur le côté de la scène se situe un micro dans lequel déclament les comédiens à certains moments, ce qui nous donne l’impression que les vers de Racine se transforment en air de chanson moderne, n’en devenant que plus réels et bouleversants.

    La tragédie de Racine étant comme beaucoup d’autres nourrie de Grèce antique, un metteur en scène de nationalité grecque comme l’est Michael Marmarinos aurait pu tomber dans des clichés surannés. « On a besoin, dans la tragédie, de réalité, mais pas de réalisme » a-t-il déclaré et, en effet, sa mise en scène nous plonge dans une réalité qui peut être celle de personnages mythiques mais qui peut aussi être une réalité plus proche de nous.

    Et puis il y a les comédiens au premier rang desquels Elsa Lepoivre (Phèdre) et Pierre Niney (Hippolyte). La première en Phèdre est une reine déchirée par la passion et la culpabilité et d’une émotion déchirante parce que jamais dans la grandiloquence. Phèdre est étouffée par ses sentiments, prise dans un étau (de la passion, de la souffrance, de la culpabilité), sans refuge. Impériale Elsa Lepoivre, forte ou exsangue mais bouleversante, terrassée par ses sentiments dont elle est victime.

    Le second en Hippolyte – qui joue le rôle en alternance avec Benjamin Lavernhe – procure au rôle une sidérante élégance, maturité (pour un comédien de 23 ans seulement), une force altière teintée d’une légère vulnérabilité (son amour pour Aricie…). Il jongle avec une indicible habileté avec les alexandrins, sans jamais trébucher, et est un Hippolyte auquel sied parfaitement son jeu et son élégance singuliers et altiers, d’une assurance et d’une force implacables.

    Je vous avais dit à quel point son jeu m’avait impressionnée dans « Un chapeau de paille d’Italie », une performance qui était d’autant plus impressionnante qu’elle semblait être réalisée avec une facilité déconcertante. Il y chantait, dansait, sautait, s’énervait, charmait, s’échappait, revenait, faisait des sauts insensés…le tout avec une ingénuité remarquable. La vivacité et la précision de son jeu, et de ses gestes, renforçaient la modernité et le caractère intemporel de la pièce. Ne serait-ce que pour dire deux fois de manières très différentes et tout aussi irrésistibles, « Le dévouement est la plus belle coiffure d’une femme », réplique déjà drôle en elle-même, il montrait l’étendue de son jeu. Le rôle nécessitait déjà une énergie débordante mais la mise en scène ne lui facilitait vraiment pas la tâche se terminant par des obstacles infranchissables pour le commun des mortels. Il sublimait réellement ce rôle lui apportant modernité, ingénuité et énergie doucement folles. Si vous voulez le voir au cinéma, il est actuellement à l’affiche de « 20 ans d’écart » (LA comédie qui remplit actuellement les salles) et surtout vous pouvez acquérir le DVD des excellents « Comme des frères » ou celui de « J’aime regarder les filles » (dans lequel je l’avais découvert, vous pouvez d’ailleurs retrouver son interview, à ce sujet, ici) , deux films qui lui ont permis d’être nommés deux années de suite comme meilleur espoir aux César (en espérant que la troisième- pour « 20 ans d’écart? » sera la bonne…).

    Comme dans toute pièce de la Comédie Française, chaque comédien apporte néanmoins sa pièce à cet édifice respectant ainsi la devise latine de la Comédie Française « Simul et singulis » (« Ensemble et singuliers »).

    « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » Au-delà de cette mise en scène originale, de ces comédiens, la beauté seule de ces monosyllabes (et, bien sûr, de tous les vers de Racine) justifie d’aller voir ce chef d’œuvre intemporel dans cet antre du théâtre porté par cette mise en scène audacieuse, réelle plus que réaliste qui, à la fois, nous ramène à nous-mêmes, et nous emporte. Une mise en scène moderne sans être caricaturale dans l’avant-gardisme, des comédiens bouleversants et un lieu qui exhale et magnifie la beauté poignante des mots elle-même transcendée par cette judicieuse mise en scène. Vous avez jusqu’au 26 juin 2013 pour vivre, à votre tour, ce beau moment…

    Du 2 mars 2013 au 26 juin 2013
    Durée du spectacle : 2h15 sans entracte

    · Cécile Brune: Panope, femme de la suite de Phèdre

    · Éric Génovèse: Théramène, gouverneur d’Hippolyte

    · Clotilde de Bayser: Œnone, nourrice et confidente de Phèdre

    · Elsa Lepoivre: Phèdre, femme de Thésée, fille de Minos et de Pasiphaé

    · Pierre Niney: Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiope, reine des Amazones (en alternance)

    · Jennifer Decker: Aricie, princesse du sang royal d’Athènes

    · Samuel Labarthe: Thésée, fils d’Egée, roi d’Athènes

    · Benjamin Lavernhe: Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiope, reine des Amazones (en alternance)

    Ismène, confidente d’Aricie: Emilie Prevosteau
    Mise en scène: Michael Marmarinos
    Assistante à la mise en scène: Alexandra Pavlidou
    Collaboratrice artistique et interprète: Myrto Katsiki
    Scénographie: Lili Pézanou
    Costumes: Virginie Merlin
    Lumières: Pascal Noël
    Musique originale et réalisation sonore: Dimitris Kamarotos
    Musique enregistrée: Quatuor ENEA
    Images du spectacle filmées par: Nikos Pastras

     

    Représentations à la Salle Richelieu, matinées à 14h, soirées à 20h30.

    Prix des places de 5 € à 39 €. Renseignements et location : tous les jours de 11h à 18h aux guichets du théâtre et par téléphone au 0825 10 16 80 (0,15 € la minute), sur le site Internet www.comedie-francaise.fr.

     

    Pour le plaisir des mots… :

     

    ACTE I SCÈNE III

    PHÈDRE

    Quel fruit espères-tu de tant de violence ?

    Tu frémiras d’horreur si je romps le silence.

    ……

    PHÈDRE

    Je t’en ai dit assez. Épargne-moi le reste.

    Je meurs pour ne point faire un aveu si funeste

    ……

    PHÈDRE

    Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée

    Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,

    Mon repos, mon bonheur semblait s’être affermi,

    Athènes me montra mon superbe ennemi.

    Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;

    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

    Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

    Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,

    D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.

    Par des voeux assidus je crus les détourner :

    Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;

    De victimes moi-même à toute heure entourée,

    Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée,

    D’un incurable amour remèdes impuissants !

    En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :

    Quand ma bouche implorait le nom de la Déesse,

    J’adorais Hippolyte ; et le voyant sans cesse,

    Même au pied des autels que je faisais fumer,

    J’offrais tout à ce Dieu que je n’osais nommer.

    Je l’évitais partout. Ô comble de misère !

    Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.

    Contre moi-même enfin j’osai me révolter :

    J’excitai mon courage à le persécuter.

    Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,

    J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;

    Je pressai son exil, et mes cris éternels

    L’arrachèrent du sein et des bras paternels.

    Je respirais OEnone, et depuis son absence,

    Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence.

    Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,

    De son fatal hymen je cultivais les fruits.

    Vaines précautions ! Cruelle destinée !

    Par mon époux lui-même à Trézène amenée,

    J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :

    Ma blessure trop vive a aussitôt saigné,

    Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :

    C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.

    J’ai conçu pour mon crime une juste terreur ;

    J’ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.

    Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire ;

    Et dérober au jour une flamme si noire :

    Je n’ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;

    Je t’ai tout avoué ; je ne m’en repens pas,

    Pourvu que de ma mort respectant les approches,

    Tu ne m’affliges plus par d’injustes reproches,

    Et que tes vains secours cessent de rappeler

    Un reste de chaleur tout prêt à s’exhaler.

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  • A (re)voir absolument, ce soir, sur Arte, LES LIAISONS DANGEREUSES : mon interview de John Malkovich

    A (re)voir absolument, ce soir, sur Arte, LES LIAISONS DANGEREUSES de Stephen Frears. A cette occasion, retrouvez mon interview de John Malkovich pour sa mise en scène du roman de Choderlos de Laclos, au théâtre de l'Atelier, l'an passé et ma critique de la pièce.

     

    Vingt-quatre ans après avoir interprété Valmont dans le magnifique film de Stephen Frears « Les Liaisons dangereuses », adapté du chef d’œuvre éponyme de Choderlos de Laclos, John Malkovich le met aujourd’hui en scène, au Théâtre de l’Atelier. Une idée qu’il a eue avant même de jouer Valmont dans le film de Stephen Frears, rôle auquel il doit sa notoriété et une interprétation à laquelle les futurs Valmont lui doivent d’être condamnés à une cruelle comparaison tant il est indissociable de ce rôle dans lequel il était aussi époustouflant, charismatique que machiavélique.

    Avant-hier, j’ai eu le plaisir de découvrir la pièce lors de sa répétition générale puis de pouvoir interviewer John Malkovich, après la représentation. Cette adaptation du roman pour le théâtre a été faite par le dramaturge britannique Christopher Hampton, dans une nouvelle traduction de Fanette Barraya.

     

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    C’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis rendue au Théâtre de l’Atelier, d’abord parce que « Les Liaisons dangereuses » est un de mes romans préférés (mais quel amoureux de la littérature et de l’écriture ne le serait pas tant, au-delà de son histoire, c’est un sublime et terrible hommage au redoutable pouvoir de l’écriture) et parce que j’étais particulièrement curieuse et impatiente d’en découvrir cette mise en scène ayant beaucoup aimé celle, également de John Malkovich, de « Good Canary » (cf ma critique en bas de cette page), ensuite parce que aller au théâtre est toujours pour moi comme un rendez-vous amoureux, auquel je me rends avec fébrilité et bonheur, et parce que j’en ai pris trop peu le temps ces derniers mois, enfin parce que je me réjouissais de pouvoir interviewer John Malkovich (je croyais d’ailleurs alors que nous serions plusieurs à l’interviewer en même temps, ignorant que j’aurais le plaisir d’une interview individuelle, juste après la pièce, bien qu’étant encore dans l’émotion, dévastatrice, de celle-ci).

    Pierre Choderlos de Laclos a écrit son célèbre roman épistolaire en 1782 lorsque, militaire dans l’armée de Louis XVI, il s’ennuyait dans sa triste vie de garnison. Qu’en est-il aujourd’hui de la résonance de ce texte devenu un chef d’œuvre de la littérature?

    Il m’a d’abord fallu quelques minutes avant de me départir de mes souvenirs de la musique incisive des mots de Choderlos de Laclos, du style épistolaire, de mes souvenirs vivaces du roman, de ce duel libertin au Siècle des Lumières, puis pour m’habituer à la mise en scène, au décor et aux costumes volontairement inachevés, intemporels, incluant des éléments contemporains pour nous rappeler l’incroyable modernité de cette œuvre écrite en 1782. Les dix comédiens (choisis par John Malkovich parmi les 300 environ qui ont auditionné) sont présents sur scène d’emblée au milieu d’un décor relativement dépouillé, en arc de cercle. Un cercle vicieux sans doute. Le vice du libertinage. Le cercle épistolaire, littéraire qui les relie tous les uns aux autres dans un manège implacable et fatal, aussi. Il m’a fallu aussi quelques minutes pour oublier Malkovich, Close et Pfeiffer et substituer à leurs souvenirs ces visages juvéniles (à l’exception de la comédienne Sophie Barjac, tous ont moins de 27 ans, d’ailleurs pas un anachronisme mais au contraire une fidélité au roman puisque les personnages avaient entre 15 et 30 ans).

    Je me suis d’abord sentie comme en dehors de l’intrigue. Ne vous méprenez pas : il ne s’agissait pas d’ennui mais au contraire de la légèreté contagieuse, celle de Valmont (je n’étais donc pas en dehors de la pièce mais bel et bien dedans), sa désinvolture… et puis, peu avant l’entracte, la cruauté dissimulée derrière cette légèreté désinvolte a commencé à agir, à retentir. Les lumières se tamisent et se teintent alors de couleurs mystérieuses, inquiétantes même. La violence des sentiments gronde. La musique résonne, poignante. Oui, poignante comme un coup de poignard. Le jeu de séduction se transforme en rivalité meurtrière. Le combat de Merteuil contre Valmont. Mais aussi celui de Mme de Tourvelle contre Valmont, contre elle-même, contre ses sentiments mais elle cède, enfin, déjà, à ses sentiments irrépressibles, alors tragiquement belle et passionnée. Ses mots, sa douleur, sa passion résonnent dans la salle, en moi. L’interprétation (vraiment sidérante) de Jina Djemba m’a donnée des frissons. L’âge des comédiens n’a plus d’importance. Jina Djemba EST alors Mme de Tourvel, ses tourments exaltés et ravageurs. Le corps et le cœur dominent la raison. (La mise en scène retranscrit d’ailleurs parfaitement cela, de par l’engagement physique qu’elle réclame aux acteurs, impressionnant duel de fin et impressionnantes scènes entre Tourvel et Valmont). L’émotion surgit, brusquement. J’ai beau connaître le tragique dénouement, je n’ai pu m’empêcher d’espérer que Mme de Tourvelle ne s’échappe avant qu’il ne soit trop tard, je n’ai pu m’empêcher d’espérer que Valmont n’éprouve un remord salutaire. Les comédiens sont convaincants pour certains, voire époustouflants pour d’autres ( en particulier Jina Djemba dans le rôle de Mme De Tourvel mais aussi Julie Moulier qui joue toute la cruauté, l’assurance, l’impertinence, la perversité avec un aplomb, une diction, une facilité admirables ; Rosa Bursztejn est parfaite dans le rôle de l’ingénue Cécile de Volanges, et Yannik Landrein campe un Valmont très différent de celui de Frears mais d’une sournoise désinvolture tout aussi redoutable ) à tel point que j’ai tout oublié : le décor, l’époque, la lumière qui un jour se rallumera, pour ne voir que ces personnages qui luttent contre les autres et contre eux-mêmes, que ces sentiments cruels, réfrénés, exaltés. La preuve de l’incroyable modernité du texte d’où, à mon avis, l’inutilité d’y inclure ipad et iphone pour en témoigner et de faire que des scènes libertines frôlent alors la farce et même le graveleux. Seul vrai bémol qui ne m’empêche pas de vous recommander la pièce, ne serait-ce que pour (re)découvrir le texte et des comédiens épatants. Quant à savoir si cela résonne encore aujourd’hui… Est-ce si différent aujourd’hui dans certains « cercles » parisiens ? Seulement, les masques ne finissent pas toujours par tomber… Et puis les sentiments, leur violence, est évidemment intemporelle tellement bien retranscrite grâce à la lucidité cruelle de Choderlos de Laclos.

    Après l’entracte, la cruauté, la sauvagerie dominent en effet. Le décor même s’écroule violemment, se dépouille un peu plus encore, pour n’être plus que débris et corps enchevêtrés, avant que le masque de la Marquise de Merteuil ne tombe, qu’elle ne se démaquille, que soit enfin découvert son ignominieux visage si longtemps et bien dissimulé. Reste la beauté, celle sacrifiée, de Mme De Tourvelle. Celle des mots de Choderlos Laclos. Celle, terrible et envoûtante, de l’écriture. Celles de la manipulation, de la séduction et de l’échange épistolaire dont Choderlos Laclos fait un art. Pouvoir terrible, magique, des mots qui peuvent susciter le désir, la passion mais aussi détruire impitoyablement, et tuer. Physiquement comme Valmont. Socialement comme Mertueil. Sans doute la plus cruelle des vengeances mais qui les laissera tous deux vaincus, sans que personne d’autre ne sorte victorieux de cette lutte impitoyable, annonciatrice d’un 1789 et d’une autre Terreur en réponse à celle des mots et de la débauche dont la Noblesse se servait et abusait. Revoyez d’ailleurs également « Ridicule » de Patrice Leconte qui en témoigne aussi magnifiquement et cruellement.

    Reste aussi et enfin un texte, le vertige sensuel, cruel, intemporel des mots, de l’œuvre, sa clairvoyance sur la duplicité des apparences, à tel point que je n’ai qu’une envie : le relire. Un texte bouleversant de lucidité, de beauté, de cruauté, que cette mise en scène singulière, surprenante, donnera, je l’espère, envie de découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas encore et qui, peut-être, mésestiment le pouvoir de l’écriture et des mots, peut-être, finalement, les seuls vainqueurs.

    Retrouvez également cet article sur mon nouveau site : http://inthemoodlemag.com

    Pour tout savoir sur la pièce rendez-vous sur son site officiel, sa page Facebook et son compte twitter. Et retrouvez mon interview de John Malkovich ci-dessus, en haut de cet article.

     

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    En bonus, ci-dessous, ma critique de « Good Canary » précédente mise en scène de John Malkovich

    »Les Liaisons dangeureuses » – Théâtre de l’Atelier, à partir du 12 janvier, 1, place Charles-Dullin (XVIIIe). Tél: 01 46 06 49 24.- Horaires: 20 h du mardi au samedi, mat. Samedi et dimanche. 16 h. – Places: de 10 à 38 €. Durée: 1 h 55.- Jusqu’en mai.

    Un petit extrait ci-dessous qui, je l’espère, donnera envie de lire le livre mais aussi de voir le film remarquable de Stephen Frears et j’en profite enfin pour vous rappeler que vous pouvez soutenir la publication de mon recueil de nouvelles, en vous inscrivant comme fan sur la page suivante: http://www.mymajorcompanybooks.com/meziere .

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