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Cinéma

  • Critique de MOULIN de László Nemes (au cinéma le 28 octobre 2026)

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    Filmer la Résistance, c’est se confronter à une question essentielle : comment raconter l’Histoire sans réduire ceux qui l’ont écrite et vécue à la légende qu’elle a retenue d’eux ?

    Il y a ainsi plusieurs manières de raconter l’Histoire. Il y a celle de Melville, dans un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, un chef-d’œuvre, L’Armée des ombres. Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, le film pourrait sembler résolument classique. Il est pourtant tout sauf consensuel. Melville n’a pas cherché à reconstituer la Résistance comme une épopée héroïque. Il en offre une radiographie minutieuse, s’attache à des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas à des mythes déshumanisés. Des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. C’est peut-être ce qui rend son film si bouleversant. Les actions de ces résistants ne sont pas toutes utiles, héroïques et récompensées. Elles sont parfois viles, silencieuses et inutiles. Melville ne glorifie donc pas la Résistance : il en montre la banalité tragique, et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Tout, dans la mise en scène, semble prolonger cette condition : la lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit et des rues éteintes, ces personnages condamnés à la clandestinité pour agir, le temps qui s’étire jusqu’au malaise, les silences et les non-dits qui disent souvent davantage que les paroles.

    Il y a celle, presque inverse, de Xavier Giannoli dans Les Rayons et les ombres. Chez lui, tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans un monde constamment en mouvement dont la caméra épouse la cadence effrénée. À la sobriété sépulcrale de Melville, Giannoli oppose une mise en scène flamboyante, une opulence presque asphyxiante. Les uns meurent dans l’ombre tandis que les autres s’étourdissent dans la lumière. Des rayons qui aveuglent. Les Rayons et les ombres dissèque le glissement des rayons vers les ombres : comment de bonnes intentions initiales peuvent-elles conduire au pire ? Comment l’aveuglement devient-il coupable ? Où s’arrête le compromis ? Où commence la compromission ? Giannoli aime ces personnages troubles, guidés par l’orgueil, l’ambition, le besoin d’être regardés et reconnus. Il refuse la caricature pour mieux nous confronter à la zone grise de notre propre conscience et aux contradictions humaines. Comprendre n’est jamais ici excuser.

    « Tout homme sur la terre a deux faces, le bien et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien. » Cette citation extraite du recueil Les Rayons et les ombres de Victor Hugo résume mieux que nulle autre ce film, sa profondeur, son audace, sa puissance, sa complexité et son désir louable de comprendre celle de l’être humain quand les idées et les hommes sont de plus en plus réduits à des concepts et à des caricatures, quand toute nuance est si souvent bannie, mais aussi quand des humanistes peuvent parfois se laisser corrompre et avilir par les pensées les plus ombrageuses et nauséabondes.

    C’est à ces deux films que j’ai pensé après avoir vu La Bataille de Gaulle. Non parce que le diptyque d’Antonin Baudry leur ressemblerait. Il en est même, à bien des égards, profondément éloigné. Cette différence permet cependant de mesurer ce que chaque mise en scène choisit de montrer et de taire, ce qu’elle éclaire et ce qu’elle laisse dans l’ombre, ce qu’elle fait de l’Histoire lorsqu’elle la transforme en récit, et des hommes lorsqu’elle les arrache à leur légende.

    La Bataille de Gaulle réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans jamais se montrer didactique, en privilégiant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry raconte ici un de Gaulle parfois décalé magistralement incarné par Simon Abkarian. C’est ce qui l’empêche de devenir une statue, et d’être cantonné à cela. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ce film, aussi inclassable que mémorable.

    Les Rayons et les ombres. La Bataille de Gaulle. Moulin. Notre Salut. Le Faux soir. Fausse note. Rarement une année aura concentré autant de films sur cette période. Je n’ai pas encore vu le film d’Emmanuel Marre. Les trois premiers sont en tout cas d’immenses films qui feront date.

    Quant à Moulin, je l’ai trouvé aussi glaçant que nécessaire, ne serait-ce que parce que cette figure historique centrale n’apparaît toujours dans les films que comme un personnage secondaire. Cela semble insensé mais il manquait un film de cinéma qui s’attache à lui, à son épreuve, à sa solitude et à son courage. La Bataille de Gaulle rend justement un vibrant hommage au rôle primordial de Jean Moulin mais il fallait aussi un film qui nous place au plus près de son destin et de ce qu’il a traversé.

    En juin 1943, Jean Moulin, incarné par Gilles Lellouche, chef de la Résistance, est arrêté alors qu’il tente de réunifier les forces de l’Armée secrète. Livré à Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, il entre dans un engrenage d’interrogatoires, de manipulations et de violences. C’est une confrontation implacable qui commence, dont l’enjeu dépasse le sort d’un seul homme : celui de la Résistance et de la France libre.

    Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, le film confirme la place singulière de László Nemes dans le cinéma contemporain. Révélé en 2015 par Le Fils de Saul, le cinéaste poursuit ici son exploration de l’horreur historique, de l’enfermement et de la capacité de l’être humain à préserver une part de son humanité au cœur de la barbarie.

    Thierry Frémaux avait annoncé, lors de la conférence de presse du dernier Festival de Cannes, un film « qui fera beaucoup parler ». Il est difficile de lui donner tort. Moulin est un film éprouvant, qui laisse le spectateur sonné, sidéré par le courage de cet homme, par la folie haineuse de ses bourreaux et par la possibilité terrifiante de voir resurgir les idéologies qui ont rendu de telles atrocités possibles.

    Avec Le Fils de Saul, László Nemes avait déjà inventé une forme cinématographique d’une puissance rare pour nous confronter à l’indicible. En octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau, Saul Ausländer, membre d’un Sonderkommando contraint de participer au fonctionnement de la machine d’extermination, découvre le corps d’un garçon en lequel il croit reconnaître son fils. Alors que les prisonniers préparent une révolte, il tente de lui offrir une véritable sépulture, dernier geste d’humanité dans un univers qui s’emploie à la détruire. La profondeur de champ infime, le cadre resserré autour de Saul, le flou, le son et le hors-champ nous enfermaient avec lui, sans nous offrir de recul ni d’horizon. L’horreur, rarement montrée frontalement, n’en devenait que plus insoutenable. Un film aussi nécessaire que paralysant, dont la puissance évoquait celle de Shoah de Claude Lanzmann.

    Il en va de même, autrement, de ce Moulin produit par Alain Goldman et écrit par Olivier Demangel. C’est l’histoire d’une confrontation entre deux hommes, entre l’humanisme et l’antihumanisme. Il ne s’agit pas ici d’un biopic, mais d’une concentration du récit sur les derniers jours d’un homme. La fiction permet à Nemes de s’approcher de cette épreuve, de donner une forme sensible à ce que l’Histoire nous apprend, sans prétendre tout reconstituer ni tout expliquer. Elle donne lieu à des scènes magistrales qui resteront gravées dans ma mémoire, notamment une scène (entièrement fictive) avec une comtesse énigmatique et mélancolique incarnée par Louise Bourgoin. La beauté s’y mêle à l’horreur, la vie s’immisce dans l’antre de la mort avant d’être brutalement et définitivement arrachée. Je pense aussi à une autre scène avec une résistante, effroyable, magistralement mise en scène et interprétée, qui témoigne de l’étendue de l’inhumanité des bourreaux.

    Tous les éléments du film semblent orchestrés pour susciter notre empathie, nous rapprocher de Jean Moulin jusqu’à nous faire partager son enfermement. Nous ne sommes pas simplement face à lui : nous sommes avec lui.

    C’est d’abord le cadre qui organise cette proximité. Le film s’ouvre sur un paysage relativement vaste, puis l’espace se resserre peu à peu autour du personnage. La salle d’interrogatoire, la cellule, les lieux de torture composent un univers toujours plus étroit, dont il semble impossible de s’échapper. La reconstitution de la prison de Montluc, avec ses cellules exiguës, renforce cette sensation de claustrophobie. À mesure que le récit avance, le monde extérieur disparaît. Il ne reste bientôt plus que Moulin, son corps éprouvé, son regard et la menace qui l’environne.

    Nemes voulait que le spectateur devienne le compagnon de Jean Moulin, qu’il soit enfermé avec lui et le soit de plus en plus. Cette démarche prolonge celle du Fils de Saul, mais elle se déploie ici dans un autre contexte. Dans les deux films, le cadre restreint nous prive d’une vue d’ensemble et nous oblige à épouser le point de vue d’un homme pris dans un système totalitaire.

    La violence elle-même est souvent maintenue hors champ, elle est alors d’autant plus viscérale. Nemes ne cherche pas à exhiber les sévices, ni à transformer la torture en spectacle. Il fait confiance à notre imagination, sachant que ce que nous reconstruisons mentalement peut être plus terrible encore que ce que la caméra montrerait. La menace est partout, insinuée par la mise en scène, les ombres et la musique. Le spectateur est placé dans un état d’alerte permanent, comme si la violence pouvait surgir à tout instant.

    Cette utilisation du hors-champ me fait penser à La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer, autre film majeur sur la barbarie nazie, qui m’avait profondément bousculée et hantée bien après la projection. Là aussi, le son est essentiel. Dès l’ouverture, des notes lancinantes viennent troubler notre tranquillité. Puis, derrière l’apparente sérénité de la maison et du jardin de la famille Höss, s’élèvent les bruits des trains, les cris étouffés, les coups de feu, les aboiements et le grondement des fours crématoires.

    Chez Glazer, l’horreur est omniprésente, mais elle semble insignifiante aux yeux de ceux qui vivent à quelques mètres du camp. Le jardin fleuri, les jeux des enfants, la piscine et les préoccupations domestiques composent un paradis aussi indécent qu’effroyable. La monstruosité se révèle dans cette normalité, dans cette indifférence qui fait écho à la « banalité du mal » définie par Hannah Arendt. Le film ne nous montre presque rien du camp lui-même : il nous oblige à imaginer l’intransmissible, à entendre ce que les personnages ont choisi de ne pas entendre.

    Cette retenue est aussi une exigence éthique. Ne pas représenter frontalement l’horreur ne signifie pas la nier, mais peut au contraire constituer une manière de respecter les victimes et de refuser toute spectacularisation de leur souffrance. Comme le rappelle la réflexion de Claude Lanzmann sur l’impossibilité de transmettre intégralement l’absolu de l’horreur, certaines images ne peuvent être montrées sans que se pose la question de ce que leur représentation nous ferait perdre.

    La démarche de Nemes est différente, bien qu’elle repose sur une même intelligence du hors-champ. Dans La Zone d’intérêt, nous sommes tenus à distance des victimes et placés devant l’indifférence des bourreaux. Dans Moulin, nous sommes enfermés auprès de celui qui subit la violence. Dans les films de Nemes, l’horreur se rapproche progressivement, jusqu’à devenir une expérience presque physique. L’un nous confronte à l’insoutenable coexistence de deux mondes, l’autre à la solitude d’un homme dont nous partageons l’épreuve.

    Le travail sonore est, là encore, remarquable. Les frontières entre sons et musique deviennent poreuses, composant une matière organique et subjective qui nous immerge dans la perception de Moulin. La musique de Laetitia Pansanel-Garric ne vient pas simplement souligner l’émotion : elle participe à la tension, à l’attente et à l’impression d’étouffement. Le son devient un prolongement de la mise en scène, une manière de nous faire éprouver l’enfermement plutôt que de nous le décrire.

    On retrouve aussi un autre élément de L’Armée des ombres, dans lequel les silences, les durées et les bruits hors champ nourrissaient une angoisse sourde. Melville s’attache à un groupe, à une communauté clandestine dont les membres sont liés par des codes, une fidélité et des objectifs communs, tout en demeurant profondément seuls face à leurs choix. Dans le film de Nemes, on ressent aussi constamment la solitude du résistant clandestin.

    Le duel entre Jean Moulin et Klaus Barbie constitue le cœur dramatique du film. Barbie ne se présente pas d’emblée comme un monstre vociférant. Il peut se montrer courtois, presque respectueux, avant de laisser apparaître une perversité d’autant plus glaçante qu’elle se dissimule sous les apparences de la maîtrise. Il manipule, tend des pièges, orchestre des situations. Il est moins intéressé par la vérité que par la domination psychologique de son interlocuteur. Le film, dans les mots qu’il emploie comme dans les mouvements de caméra, le désigne clairement comme se prenant pour dieu, le démiurge de l’horreur.

    Lars Eidinger lui prête une élégance inquiétante, qui évite le cliché du nazi réduit à sa brutalité. Son calme devient une menace. Il cherche à prendre possession de l’espace comme de l’esprit de Moulin. La mise en scène traduit ce rapport de force par les différences de hauteur, les angles de prise de vue et la manière dont Barbie semble parfois dominer physiquement sa victime. Dans l’univers totalitaire qu’il incarne, il se comporte comme s’il était le maître absolu, autorisé à disposer des corps et des consciences.

    Face à lui, Gilles Lellouche compose un Jean Moulin intériorisé, dont la résistance passe davantage par le regard, le silence et la retenue que par l’éloquence. Lellouche surprend dans le rôle. C’était l’un des paris du film : sa retenue et son intériorité. Dans son précédent film, Le Crime du 3e étage, il incarnait un râleur attachant, faussement cynique, désabusé et velléitaire, rôle dans lequel il excelle. Ici, il se tient à l’opposé de cette figure, dans une intériorité qui laisse affleurer la vulnérabilité derrière le courage. Le duel ressemble parfois à une joute verbale entre deux hommes, dont l’équilibre se déplace imperceptiblement. Mais il ne s’agit pas d’un affrontement entre égaux : l’un possède le pouvoir de torturer, l’autre ne dispose plus que de sa capacité à ne pas céder.

    C’est là que le film évite de faire de Moulin une figure héroïque désincarnée. Il nous rappelle sa solitude, ses doutes, sa conscience de sa propre fragilité. « Je doute de tout le monde » : cette phrase éclaire l’univers mental d’un homme pour qui la clandestinité rend toute confiance périlleuse. La Résistance exige de lui qu’il porte une responsabilité immense, alors même que les circonstances l’obligent à se méfier de tous.

    Le livre Premier combat, dans lequel Moulin revient sur les tortures subies en 1940 après avoir refusé de dénoncer des tirailleurs sénégalais, apporte un éclairage bouleversant à cette dimension du personnage. À l’époque, il avait tenté de se suicider plutôt que de céder. Il savait donc ce que la torture pouvait faire à un homme. Il pouvait craindre de ne pas résister une seconde fois. Cette conscience de sa propre vulnérabilité rend son courage plus saisissant encore.

    Jean Moulin n’est pas héroïque parce qu’il serait dépourvu de peur, mais parce qu’il connaît sa fragilité et parvient malgré tout à tenir. C’est parce que le film nous le montre vulnérable que son refus de parler prend une telle dimension.

    Les personnages secondaires contribuent à préserver cette humanité dans un univers qui cherche à l’anéantir. La comtesse de Forez, personnage fictif, introduit une relation ambiguë, entre séduction et possible espionnage, mais aussi une forme de grâce et de lien humain. Le jeune codétenu Martin, interprété par Félix Lefebvre, apporte une autre présence, plus fragile, dont la mort dans les bras de Moulin constitue l’un des moments les plus douloureux du film. Ces personnages ne détournent pas le récit de son sujet : ils rappellent ce qui demeure en jeu dans cette lutte, tout ce que la barbarie menace de détruire.

    J’avais découvert Félix Lefebvre dans Été 85, dans lequel il incarnait Alexis, seize ans, sauvé du naufrage par David, l’ami de ses rêves. J’avais alors été frappée, comme pour Benjamin Voisin, par la justesse de ces deux acteurs à fleur de peau, sidérants de justesse. Chez François Ozon, leur histoire d’amour, fougueuse et électrique, était traversée par la mort, le désir de vivre et les illusions amoureuses. Dans Moulin, Félix Lefebvre incarne un jeune homme sacrifié par la barbarie. Sa présence fébrile et sa fragilité donnent à la mort de Martin, dans les bras de Moulin, une force bouleversante.

    Le film avance ainsi comme une course contre la mort. Moulin peut vouloir y mettre lui-même un terme, tandis que Barbie a intérêt à prolonger l’épreuve pour obtenir les informations qu’il recherche. La confrontation devient une lutte autour du temps, du corps et de la possibilité même de conserver sa liberté intérieure.

    C’est sans doute là que Moulin rejoint le plus profondément Le Fils de Saul. Dans les deux films, un homme tente de préserver une parcelle d’humanité au sein d’un système qui s’emploie à la détruire. Saul veut offrir une sépulture à un enfant et Moulin veut empêcher que ses compagnons soient livrés à leurs bourreaux. Leurs gestes n’ont ni la même nature ni la même portée historique, mais ils procèdent d’un même refus : celui de laisser la barbarie décider de tout, jusque dans ce qui reste de la dignité humaine.

    Et c’est peut-être aussi ce qui rapproche ces œuvres de La Zone d’intérêt, malgré leurs démarches formelles si différentes. Glazer nous montre comment l’horreur peut s’installer dans la banalité et comment des êtres humains peuvent s’accommoder de l’inacceptable. Nemes nous rappelle, à l’inverse, ce que signifie résister à cette déshumanisation, même lorsque toute liberté extérieure a été supprimée. Il ne s’agit pas de prétendre représenter l’horreur dans son intégralité, mais de nous rendre plus attentifs à ses mécanismes, à ses victimes et à la responsabilité de ceux qui la regardent.

    László Nemes distingue la « Résistance », mouvement historique organisé, de la « résistance », acte humain par lequel un individu refuse de céder. Toute la force de Moulin tient peut-être dans cet écart. En choisissant de rester auprès de son personnage, de ne presque jamais nous laisser reprendre nos distances, le cinéaste nous fait éprouver ce que le courage signifie.

    Jean Moulin ne triomphe pas physiquement de Barbie. Il préserve cependant ce que son bourreau voulait lui arracher : la maîtrise de son silence, la possibilité de protéger les autres et sa liberté de penser, jusqu’au bout, alors qu’il est exsangue et mourant.

    Il nous apparaît d’autant plus héroïque que nous n’avons jamais cessé de l’accompagner dans sa vulnérabilité. C’est précisément parce que le film nous fait partager sa peur, son enfermement et sa solitude que son courage cesse d’être une notion abstraite pour devenir une expérience sensible.

    Un film éprouvant et pourtant captivant, magistral et d’une grande sensibilité dans sa mise en scène, nécessaire aussi par ce qu’il nous rappelle. En donnant enfin à Jean Moulin la place centrale qu’il mérite au cinéma, Gilles Lellouche nous fait approcher l’homme derrière le héros, sa solitude, sa vulnérabilité et son courage. C’est là que Moulin rejoint L’Armée des ombres de Melville : dans cette façon de ne jamais réduire les résistants à des figures héroïques figées mais de montrer des êtres de chair et de sang, irrémédiablement seuls, engagés dans un combat collectif qui les dépasse et dont l’héroïsme se joue aussi dans l’ombre et le silence. Deux films qui rappellent ainsi que la barbarie ne se combat pas seulement par les armes, mais aussi par ce refus intime de lui abandonner son humanité.

     

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  • Critique de FAUSSE NOTE d’ALEXANDRE ARCADY (au cinéma le 7.10.2026)

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    La Bataille de Gaulle. Les Rayons et les ombres. Moulin. Notre Salut. Et maintenant, Fausse note. Rarement une année aura concentré autant de films sur cette période. Je n’ai pas encore vu le film d’Emmanuel Marre. Les trois premiers sont en tout cas d’immenses films qui feront date.

    Le premier réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans jamais se montrer didactique, en privilégiant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry livre ici un de Gaulle parfois décalé magistralement incarné par Simon Abkarian. C’est précisément ce qui l’empêche de devenir une statue. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ce film, aussi inclassable que mémorable.

    « Tout homme sur la terre a deux faces, le bien et le mal. Blâmer tout, c'est ne comprendre rien. Le même être est victime et bourreau tour à tour. » Concernant le deuxième, cette citation extraite du recueil Les Rayons et les ombres de Victor Hugo résume mieux que nulle autre ce film, sa profondeur, son audace, sa puissance, sa complexité et son désir louable de comprendre celle de l’être humain quand les idées et les Hommes sont de plus en plus réduits à des concepts et à des caricatures, quand toute nuance est si souvent bannie, mais aussi quand des humanistes peuvent parfois se laisser corrompre et avilir par les pensées les plus ombrageuses et nauséabondes.

    Quant au glaçant et non moins magistral Moulin, je vous en parlerai demain dans mon compte-rendu du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, dans le cadre duquel il fut projeté.

    Alors, un nouveau film encore sur cette période était-il nécessaire, me direz-vous ? Indéniablement oui. D’abord parce que se souvenir est plus que jamais indispensable. La sortie du film, un 7 octobre, date aux résonances tragiques, n’est d’ailleurs évidemment pas un hasard. Ce jour funeste est en partie à l’origine de l’idée du cinéaste, même si le film est une adaptation de l’œuvre de Didier Caron, produite par Diane Kurys et Alexandre Arcady.

    Ne pas oublier. C’est ce que nous demande le cinéaste à la fin du film : « N’oubliez jamais. » Tout en dédiant le film à ses petits-enfants. C’est aussi certainement pour cette raison qu’autant de films sur ce sujet sortent cette année, alors que partout s’observent des résurgences d’idées nauséabondes que nous aurions pu croire enterrées dans les geôles de l’Histoire.

    Pour son dix-neuvième film, quarante-sept ans après son premier long-métrage, Le Coup de Sirocco, Alexandre Arcady délaisse ici les fresques romanesques et lyriques qui ont marqué une partie de son cinéma pour se concentrer sur un duel fascinant entre deux immenses comédiens que nous aurions tort de croire cantonnés à la comédie : Benoît Poelvoorde et Kad Merad. Le premier s’était notamment illustré dans le drame avec Anne Fontaine. Ainsi, dans Entre ses mains, film sur l’amour impensable encore plus qu’impossible, Poelvoorde incarne un vétérinaire, mais surtout un fauve face à son animalité, un prédateur de femmes qui, comme les lions qu’il soigne, fascine et effraie. Il est à la fois terrifiant et bouleversant dans ce rôle de meurtrier meurtri. Un rôle parmi d'autres dans lequel il fut magistral, comme également dans Adieu Paris d'Edouard Baer. Plus récemment, dans Finalement de Claude Lelouch, fable mélancolique et joyeuse, ode à la folie des sentiments, film qui oscille entre comédie musicale et road movie, teinté de fantastique, et qui fait l’éloge de l’amour, de la famille, de la liberté… mais aussi du cinéma, avec des références explicites à Sur la route de Madison de Clint Eastwood et à La Grande Illusion de Jean Renoir, Kad Merad, avait lui aussi démontré de nombreuses facettes de son jeu, y compris dramatique.

    Ici, il incarne un admirateur insistant qui vient assister à l’ultime concert parisien d’un chef d’orchestre, Alexandre Miller, à l’Opéra-Comique, à Paris. Sous ses apparences de « Monsieur tout le monde », le « fan » s’infiltre dans l’Opéra, perturbe la soirée et force un face-à-face inattendu avec le chef d’orchestre. Surgit alors un passé commun enfoui, où la musique devient le révélateur d’une vérité bouleversante. Une nuit de tension et de vérité où la mémoire, la culpabilité et la justice s’affrontent en sourdine. Alexandre Miller s’est vu proposer la direction du Philharmonique de Berlin. Lui qui est allemand d’origine va donc donner son concert d’adieu quand arrive dans la salle ce fan « bizarre », Nathan Dinkel, interprété par Kad Merad, qui s’incruste après le concert et devient rapidement envahissant, tel un François Pignon. Mais peu à peu, la situation va se détériorer. Les références à la Seconde Guerre mondiale nous laissent deviner la cause de la tension sous-jacente entre les deux hommes, qui se retrouvent bientôt enfermés. La neige recouvre la capitale. L’Opéra-Comique devient alors un véritable personnage, tantôt rassurant, tantôt ombre menaçante. Nathan devient de plus en plus inquiétant. Nous comprenons alors qu’il veut conduire Alexandre vers une vérité. Le vrai visage du personnage. Sa fausse note dissimulée derrière le masque de la notoriété et de la respectabilité.

    Le début nous distille déjà quelques indices. Sa femme dit ainsi à Nathan : « Je ne sais pas ce que j’ai aimé chez toi en premier. Ta folie, ta passion pour les livres ou ta fascination pour le monstre. » Puis surgit cette phrase énigmatique de Nathan : « Mon père avait une belle technique lui aussi. Il aurait pu faire carrière mais il est mort. » Et encore cette évocation de l’anniversaire de la mort de John Lennon et de son assassinat : « C’est amusant de commémorer la mort d’un des Beatles cette nuit. Vous ne trouvez pas ? » Autant de paroles qui semblent d’abord anodines, mais qui, rétrospectivement, prennent une autre résonance. Arcady sème ses indices comme autant de petites notes dissonantes dans une partition qui, progressivement, va révéler son véritable motif. Car le chef d’orchestre, derrière le vernis, laisse lui aussi affleurer un tempérament irascible, une mélancolie certaine, mais également un cynisme et un sentiment de supériorité. « Mon pauvre ami, sachez-le : les mauvais restent toujours de l’autre côté de la porte. » Une phrase qui en dit davantage sur celui qui la prononce que sur celui auquel elle s’adresse. Sans compter qu'il y a cette neige qui tombe sans discontinuer et qui inspire cette autre phrase à Nathan : « À chaque fois qu’il neige, j’ai la gorge qui se serre. »

    Malgré le huis clos, le film est très dynamique (1600 plans) et le souffle du spectateur reste suspendu à la prochaine réplique. La caméra nous embarque entre les coulisses, les coursives, les loges et le hall majestueux de l’Opéra, théâtre de ce duel implacable dont nous devinons qu'au moins un des deux hommes n’en sortira pas indemne. C’est là que le film acquiert une véritable intensité théâtrale tout en utilisant pleinement les ressources du cinéma. Une confrontation haletante, même si nous devinons assez rapidement l’ignominie qui la sous-tend et le passé qui lie les deux hommes. Ce qui compte n’est bientôt plus seulement de savoir ce qui s’est passé, mais de découvrir jusqu’où chacun acceptera d’aller lorsque les masques tomberont.

    Le quatrième élément de ce quatuor, avec les deux comédiens et le décor, est bien entendu la musique. Un film qui emploie la Sérénade de Schubert (je le confesse, une de mes musiques préférées, donc peut-être ne suis-je pas objective, une musique d’ailleurs maintes fois utilisée au cinéma) n’est jamais tout à fait ordinaire, une musique qui apporte toujours un supplément d’âme et d’émotion. Ainsi, lorsqu’Arcady convoque la Sérénade de Schubert, comment ne pas penser à toutes ces œuvres cinématographiques où Schubert devient bien davantage qu’un accompagnement : un révélateur de l’intime, du trouble et de la mémoire ? 

    Le début nous montre Alexandre dans son appartement, où trône un disque de… Wagner, ce qui, là non plus, n’est évidemment pas un hasard. La Septième de Beethoven, la Petite musique de nuit de Mozart, un nocturne de Chopin jouent également un rôle important. Sans compter qu’un immense compositeur contemporain les rejoint, celui qui est indissociable de Claude Sautet notamment : Philippe Sarde, qu’Arcady retrouve ici pour la sixième fois depuis Pour Sacha, en 1991. Roland Romanelli, qui avait déjà signé avec Jean-Jacques Goldman la musique de L’Union sacrée, a également apporté tout son talent pour accompagner la partition de Sarde au fil des scènes d’action. La musique permet d’harmoniser l’ensemble et de faire passer le film de son atmosphère de comédie, presque vaudevillesque, à celle de la tension psychologique et du drame.

    Merad et Poelvoorde sont parfaits chacun dans leurs registres. L’un dans celui de l’homme faussement maladroit, en apparence banal, presque invisible. L’autre dans celui du chef d’orchestre renommé et respecté.

    Fausse Note pose une question qui dépasse largement son intrigue : peut-on dissocier un homme de son œuvre ? La question résonne avec une singulière acuité dans notre époque où artistes, créateurs et personnalités publiques sont tour à tour célébrés, condamnés, réhabilités ou voués aux gémonies. Ici, cette dissociation semble impossible. Nathan l’exprime dans l’une des phrases les plus fortes du film : « Vous étiez pour moi le plus grand chef d’orchestre au monde. Quand j’écoutais vos disques, j’avais l’impression de voler. De ne plus être sur terre. D’entendre ce qu’il y a de plus beau dans le monde. Je n’arrivais pas à haïr l’assassin que vous êtes. Comment séparer les deux ? » Toute l’ambiguïté du film est là. Comment continuer à admirer la beauté lorsqu’on découvre l’horreur de celui qui l’a créée ou interprétée ? Comment continuer à écouter une musique qui vous a élevé lorsque vous savez que celui qui l’a jouée, dirigée ou créée porte en lui une part d’abjection ?

    Le cinéaste recourt également à un procédé qui rappelle inévitablement Spielberg dans La Liste de Schindler : le rouge, surgissant au cœur d’une reconstitution en noir et blanc. Le procédé est immédiatement signifiant. Peut-être même un peu trop car cette reconstitution aurait parfois gagné à rester hors champ, la suggestion pouvant se révéler plus bouleversante encore que ce que l’image montre explicitement.

    L’Histoire ressurgit partout. Dans les mots. Dans les silences. Dans les objets. Dans la musique. Dans les visages. Dans cette neige qui semble recouvrir la ville sans parvenir à ensevelir les souvenirs mais qui au contraire les fait remonter à la surface. Et c’est bien de cela qu’il est question : ce qui revient toujours à la surface. La culpabilité, surtout. Car la culpabilité n’est peut-être pas seulement celle que l’on imagine au début. Il y a la culpabilité du bourreau, évidemment, impossible à effacer. Mais il y a aussi celle de la victime. Peut-elle porter, durant des décennies, le poids d’une histoire dont elle n’est pourtant pas responsable ?

    La dernière phrase du film prend une dimension particulière : « La barbarie se perpétue. Se taire est impossible. » Une phrase associée à Elie Wiesel et Jorge Semprún, qui résonne ici comme un impératif. Le film est d’ailleurs dédié « à la mémoire des anciens déportés et assassinés par les nazis ». À la fin, des visages apparaissent. Des visages qui ne sont plus ceux de personnages de fiction mais ceux de femmes et d’hommes dont la mémoire vient soudain envahir l’écran. Ce que demande Alexandre Arcady n’est pas seulement de regarder et apprécier son film. Il demande de se souvenir. De se souvenir lorsque les témoins disparaissent. De se souvenir lorsque les crimes deviennent des dates dans les manuels scolaires. De se souvenir lorsque les mots eux-mêmes risquent de perdre leur sens à force d’être utilisés sans mesure. De se souvenir surtout lorsque ressurgissent, ici et là, les idéologies que l’on croyait définitivement reléguées au passé. « N’oubliez jamais. » 

    Fausse Note n’est sans doute pas parfait. Certaines démonstrations auraient gagné à être davantage suggérées, certaines reconstitutions à demeurer dans le hors-champ, et la révélation qui sous-tend le face-à-face est perceptible assez tôt. Ce n’est finalement pas l’essentiel. Le film d’Alexandre Arcady est d’abord une confrontation. Une confrontation entre deux hommes, entre deux mémoires, entre l’art et la morale, entre l’admiration et l’horreur, entre la victime et celui qui porte le poids du crime. Et entre deux grands acteurs. La « fausse note » du titre n’est donc pas seulement celle d’un musicien. Elle est celle d’un homme dans sa propre partition. Celle qui révèle, derrière l’harmonie parfaite d’une œuvre, la dissonance d’une existence. C’est aussi pour cela que ces films sont nécessaires. La mémoire n’est jamais acquise. Il faut donc continuer à regarder, à transmettre, à questionner, à mettre des visages sur les victimes et des mots et des images sur les crimes. Il faut continuer à faire vivre et imprégner la mémoire. La barbarie se nourrit aussi du silence. Alors, oui, un film de plus sur cette période était nécessaire. Plus que jamais.

     

  • Exposition BELMONDO LE MAGNIFIQUE à la Cinémathèque Française (du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027)

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    Hier matin, à la Cinémathèque française, avait lieu le vernissage presse de l’exposition Belmondo le Magnifique, que vous pourrez découvrir du 7 octobre 2026 au 31 janvier 2027. Si cette visite m’a autant passionnée qu’émue, c’est sans doute parce que les films de Jean-Paul Belmondo ont jalonné mon existence depuis l’enfance, au même titre que ceux d’Alain Delon et de Jean Gabin. Certains acteurs accompagnent ainsi une vie entière, se mêlent à nos souvenirs et finissent par intégrer notre histoire personnelle. Belmondo est de ceux-là.

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    Je me souviens de l’avoir applaudi sur la scène du Théâtre des Variétés, en 1996, dans La Puce à l’oreille de Feydeau, mise en scène par Bernard Murat puis dans Frédérick ou le Boulevard du crime, au Théâtre Marigny, en 1998. J’ai également eu le bonheur d’assister à la remise de sa Palme d’or d’honneur au Festival de Cannes, le 17 mai 2011, ainsi qu’à la cérémonie des prix Lumières, à Paris, en 2018, où un prix lui avait également été remis. Et puis il y eut ce jour de septembre 2021 où, en plein Festival du Cinéma Américain de Deauville, sa disparition a plongé la salle dans une profonde émotion, lorsque les premières notes de Chi Mai, la musique d’Ennio Morricone pour Le Professionnel, ont retenti et que son visage est apparu sur l’écran. Vous retrouverez les vidéos et les photos de ce moment sur mon compte Instagram.

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    Photo personnelle

    Solaire, ludique, bondissante, facétieuse : cette exposition est à son image. Elle célèbre une légèreté joyeuse, un art de vivre et de jouer. Cette exposition m’a également émue parce qu’elle fait revivre toute une époque, avec une nostalgie lumineuse. Elle nous immerge dans l’univers de Belmondo, dont la voix résonne au fil du parcours, et nous ramène à nos premiers émois de cinéphiles. À qui douterait encore de l’immense acteur qu’il fut, cette exposition apporte une réponse magistrale.

    Prêtre, boxeur, soldat, policier, voyou, compositeur… : quelle extraordinaire galerie de personnages ! Mais Belmondo ne se résume pas à ses rôles. Une réplique de Claudia Cardinale dans Cartouche (1962), citée dans l’exposition, me semble d’ailleurs résumer admirablement sa philosophie, autant que l’esprit qui l’animait : « Oh si Dominique, amuse-toi, cela empêche de mourir. »

    Pour rendre hommage à ce mythe du cinéma français, la Cinémathèque a réuni une sélection foisonnante d’archives personnelles, d’affiches, de costumes et de photographies inédites, qui racontent tout à la fois une carrière exceptionnelle et une vie menée tambour battant.

    Il s’agit de la première exposition rétrospective consacrée à Belmondo, de sa naissance dans une famille aimante jusqu'à la fin de sa vie. Elle raconte la façon dont il a révolutionné le cinéma mondial par ses choix de carrière qu’il a menée avec une joie immense. Il inventa ainsi une façon de jouer en devenant une marque jusqu’à l’excès. La vie était pour lui avant temps un immense terrain de jeu. La commissaire de l’exposition, Clémentine Deroudille, a ainsi expliqué la volonté de « proposer une exposition solaire dans une période de difficultés parce que Belmondo réunit et permet à des gens de toutes opinions et de tous pays de se retrouver. Le Magnifique est un soleil qui émet de la chaleur, qui réchauffe. »

    Difficile de résumer en quelques lignes la carrière de cet acteur qui a tourné près de 90 films et qui demeure immédiatement reconnaissable à sa façon unique de bouger, de prendre des risques et de se réinventer. L’exposition s’attache à montrer comment, par sa grâce et son talent, il a révolutionné le cinéma français et, sans nécessairement l’avoir cherché, contribué à inventer une figure de l’homme moderne.

    Conçue en étroite complicité avec sa famille, et notamment avec son fils Paul, cette exposition originale mêle les archives personnelles de l’acteur aux collections de la Cinémathèque française : photographies, affiches, dessins et documents rares, notamment issus des fonds consacrés à Jean-Luc Godard et à François Truffaut. D’autres ensembles viennent enrichir le parcours : ceux des agences photographiques Escoop et Gamma, des ayants droit et de proches tels que Claude Lelouch, Danièle Thompson et Philippe de Broca, sans oublier son ami Jeff Domenech, qui prête une partie de sa collection privée.

    Une enfance placée sous le signe du jeu

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    Direction le cinquième étage du temple de la cinéphilie, où un Belmondo bondissant nous accueille, son nom inscrit en lettres dorées sur un fond rouge flamboyant. La première partie de l’exposition nous ramène à ses origines, à l’enfance du fils de la peintre Sarah Madeleine Rainaud-Richard et du sculpteur Paul Belmondo.

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    « Le grand privilège du comédien est d’être autorisé à conserver sa jeunesse. Rester enfant, faire pour de faux, transformer la réalité en fiction jubilatoire, se plaire dans l’instant, dans le jaillissement. »

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    Né à Neuilly-sur-Seine le 9 avril 1933, Jean-Paul Belmondo grandit entre l’atelier de son père et les sorties au théâtre avec sa mère. Il connaît une enfance heureuse, au sein d’une famille où règne ce que l’on pourrait appeler le goût du bonheur. Deux passions vont bientôt s’imposer à lui : la boxe et la comédie. Enfant, il avait rêvé de devenir clown, fasciné par les numéros de cirque auxquels sa mère conduisait ses enfants chaque année, à Noël.

    Déjà, il détonne par son physique et son énergie spectaculaire. Cette vitalité, qui deviendra l’une de ses signatures à l’écran, ne correspond guère aux canons de l’institution théâtrale. Il intègre finalement le Conservatoire à sa troisième tentative, en 1952, mais ses professeurs restent perplexes devant ce jeune homme « turbulent, drôle, farceur et noctambule. »

    Pierre Dux, son professeur, lui aurait ainsi lancé, avec une lucidité que la suite de sa carrière allait singulièrement démentir : « Avec la tête que vous avez, vous ne tiendrez jamais une femme dans vos bras. »

    En 1956, lors de l’audition publique du concours de sortie du Conservatoire, Belmondo est ovationné par le public. Pourtant, les professeurs ne lui accordent qu’un simple accessit, qui lui ferme définitivement les portes de la Comédie-Française. Ses camarades, eux, le portent en triomphe. En guise d’adieu au jury, il adresse un bras d’honneur à ceux qui viennent de le désavouer : une sortie devenue légendaire, à l’image de son tempérament. Toute sa vie, comme il le racontera dans sa biographie, il cherchera à démontrer qu’ils avaient eu tort.

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    Avec ses amis comédiens candidats au concours du Conservatoire, il partage une devise qui annonce déjà sa conception de l’existence : « Notre objectif à tout prix : la jouissance ; notre chemin, la liberté. »

    Le cinéma, pourtant, n’est pas encore son horizon exclusif. Il enchaîne les essais, court les cachets et décroche quelques rôles. En 1957, il apparaît dans Sois belle et tais-toi de Marc Allégret, où il croise un certain Alain Delon. Mais l’année suivante, la guerre d’Algérie interrompt momentanément cet élan : appelé sous les drapeaux en 1958, il doit mettre sa carrière entre parenthèses.

    Les premiers pas d’un futur mythe

    L’exposition nous apprend une multitude de choses, à commencer par l’origine de son surnom, Bébel. Celui-ci lui aurait été donné par ses amis, qui trouvaient une ressemblance entre lui et Pépel, le personnage des Bas-fonds de Jean Renoir interprété par Jean Gabin. Une filiation symbolique, en somme, avec l’un des acteurs qu’il admirait.

    Le parcours retrace également sa rencontre décisive avec Jean-Luc Godard, qui l’aborde à Saint-Germain-des-Prés. Leur collaboration commence par le court-métrage Charlotte et son Jules (1958), dont l’exposition propose un extrait. Déjà, l’énergie de Belmondo crève l’écran : sa gestuelle et son insolence annoncent un acteur qui ne ressemblera à aucun autre.

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    « Jean-Luc Godard, avec À bout de souffle, a scellé mon destin », dira-t-il.

    Le 4 avril 1960, À bout de souffle sort dans les salles parisiennes. En s’affranchissant des conventions du cinéma traditionnel, Godard signe un film qui bouleverse les codes de la mise en scène et rencontre un accueil triomphal. Belmondo devient l’un des visages emblématiques de la Nouvelle Vague.

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    Godard et lui se retrouveront ensuite pour Une femme est une femme, en 1961, qui remportera l’Ours d’argent à Berlin, puis pour Pierrot le Fou, en 1965.

    À propos de ce dernier film, Godard explique : « Pour moi, c’est un film sur la vie. La vie est noire et rose, ça dépend comment on la regarde, s’il y a du soleil ou des nuages. En général, il y a les deux ensembles. C’est l’histoire de gens qui vont vers le soleil mais ils doivent traverser beaucoup de nuages pour y arriver. »

    Les pages de dialogues d’À bout de souffle présentées dans l’exposition permettent de mesurer concrètement le travail de création derrière ce film devenu mythique.

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    Une exposition foisonnante d’archives

    L’un des grands mérites de l’exposition est de ne jamais se limiter à une succession d’affiches ou d’extraits de films. Elle fourmille de documents qui nous plongent dans l’intimité de la création : extraits vidéo et sonores, photographies, télégrammes, lettres, échanges entre cinéastes et producteurs.

    On découvre ainsi une lettre de François Truffaut à Jean-Luc Godard, un courrier de Claude Sautet au scénariste Ennio Flaiano, ou encore des échanges entre Truffaut et Robert Hakim au sujet de La Sirène du Mississipi.

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    Un vieux téléphone rouge permet même au visiteur de décrocher le combiné pour écouter quelques répliques cultes.

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    Une expérience ludique qui nous transporte dans une autre époque et au cœur du cinéma de Belmondo.

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    Parmi les pièces exposées figure également le disque d’or récompensant la musique d’Ennio Morricone pour Le Professionnel, immense succès de Georges Lautner sorti en 1981, qui attira plus de 5,2 millions de spectateurs en France. Il provient de la collection de Jeff Domenech, notamment réalisateur de Belmondo, itinéraire…, le documentaire que j’évoquerai plus loin et dont je vous avais déjà parlé ici.

    Autre document marquant : la retranscription d’une colère de Belmondo à l’encontre de Jean-Pierre Melville, sur le tournage de L’Aîné des Ferchaux. 

    On découvre enfin les télégrammes adressés par Isabelle Adjani, Claude Lelouch, Johnny Hallyday et Barbara à Belmondo au Théâtre Marigny, à l’occasion de Cyrano de Bergerac.

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    Autant de traces qui donnent chair à une carrière, mais aussi à un réseau d’amitiés et de fidélités artistiques.

    De la Nouvelle Vague aux grandes aventures populaires

    Entre 1960 et 1965, Belmondo enchaîne les tournages à un rythme vertigineux, passant d’un univers à l’autre sans jamais se laisser enfermer dans une seule image. Lui que certains surnomment « il brutto » (le laid) en Italie, devient pourtant l’un des partenaires privilégiés des plus grandes actrices italiennes, parmi lesquelles Claudia Cardinale, Gina Lollobrigida et Sophia Loren. Dans La Ciociara de Vittorio De Sica, il partage notamment l’affiche avec Sophia Loren, dont l’interprétation sera récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice et le prix d’interprétation féminine à Cannes.

    Mais Belmondo ne se contente jamais de capitaliser sur son succès. Il recherche constamment le contre-emploi, explorant des personnages plus ambigus, plus troubles, parfois plus sombres, notamment dans Le Voleur, Un homme qui me plaît ou La Sirène du Mississipi.

    Puis vient sa collaboration avec Philippe de Broca, qui donne naissance à quelques-uns de ses rôles les plus emblématiques. « Nous avions choisi de rester des enfants qui jouent, qui transgressent, qui se comportent de façon inconséquente », explique-t-il à propos de leur manière de travailler. Les cinq films qu’ils tourneront ensemble illustrent parfaitement cette philosophie. De Broca trouve en Belmondo un acteur dont l’énergie débordante devient une formidable matière cinématographique. « Belmondo trouve en de Broca un metteur en scène capable de donner une cohérence à sa turbulence. »

    Cartouche connaît un immense succès, avec plus de 3,5 millions d’entrées. Belmondo s’impose peu à peu comme le héros d’un cinéma d’action à la française, capable de conjuguer humour, panache, virtuosité physique et goût de l’aventure.

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    Il voue également une admiration sans bornes à Jean Gabin, avec lequel il entretient une amitié profonde. Gabin lui aurait lancé un jour cette phrase affectueuse : « Viens, je t’embrasse, t’es mes vingt ans. » Tout est dit dans cette formule : la transmission entre deux générations d’acteurs, mais aussi la tendresse d’un aîné qui reconnaît chez son cadet quelque chose de sa propre jeunesse.

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    Avec L’Homme de Rio (1964), Belmondo contribue à renouveler le film d’aventures. Le film sera nommé aux Oscars pour son scénario original. Steven Spielberg, alors jeune cinéphile, découvrira notamment dans cette œuvre une source d’inspiration pour les aventures d’Indiana Jones, créées quinze ans plus tard.

    Belmondo, c’est aussi une certaine élégance morale. Sur Stavisky, il accepte notamment de produire le film sans le faire savoir à Alain Resnais, afin de préserver la liberté du cinéaste. Pourtant, la projection cannoise du film, accueillie par des sifflets, constitua pour lui un véritable traumatisme.

    En 1969, il tourne Le Cerveau de Gérard Oury, production spectaculaire qui réunit alors des moyens considérables pour le cinéma français.

    Belmondo et Delon : deux mythes face à face

    Leurs trajectoires se croisent à plusieurs reprises, bien avant que Borsalino ne les réunisse au sommet de leur popularité. Ils apparaissent ensemble dans Sois belle et tais-toi de Marc Allégret (1958), Les Amours célèbres de Michel Boisrond (1961), puis Paris brûle-t-il ? de René Clément (1966), avant de partager l’affiche de Borsalino de Jacques Deray (1970), adapté du roman Bandits à Marseille d’Eugène Saccomano.

    Le film attire plus de 4,7 millions de spectateurs et consacre la rencontre de deux légendes du cinéma français.

    Entre les deux hommes, l’émulation est réelle, mais elle n’empêche ni le respect ni l’admiration. Belmondo aurait ainsi déclaré, à propos du rôle de Monsieur Klein, finalement interprété par Delon : « Le seul rôle que je devais tenir et qu’il aura finalement eu est celui de Monsieur Klein. »

    Belmondo, une marque et un phénomène populaire

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    À partir des années 1970, Belmondo devient bien davantage qu’un acteur : une véritable marque, dont chaque film constitue un événement. Il s’entoure de réalisateurs fidèles, parmi lesquels Henri Verneuil, Georges Lautner et Jacques Deray. Son nom s’affiche en caractères imposants sur les affiches, tandis que ses films sortent toujours à la même date, la troisième semaine d’octobre. La communication est maîtrisée, les apparitions dans la presse limitées et l’ensemble de sa carrière organisé avec une précision qui contraste avec la spontanéité apparente de son jeu. Devenu producteur avec Cerito Films, il supervise, avec René Château et Gérard Lebovici, de nombreux aspects de la fabrication et de la promotion de ses films, de leur date de sortie à leur affiche.

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    Sur les plateaux, il réalise lui-même ses cascades, une passion née notamment du tournage de L’Homme de Rio. Les plus spectaculaires restent associées à Peur sur la ville, en particulier la séquence devenue culte sur le métro aérien du pont de Bir-Hakeim, à Paris.

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    Il collabore également à quinze films avec le dialoguiste Michel Audiard, dont les répliques contribuent à façonner son personnage de héros gouailleur et insolent.

    Puis vient L’As des as de Gérard Oury, nouveau triomphe populaire qui attire 72 000 spectateurs à Paris le jour de sa sortie.

    En 1987, Le Solitaire de Jacques Deray ne rencontre pas l’audience espérée. Cet échec relatif marque un tournant : Belmondo peut désormais envisager de quitter les films d’action qui ont fait sa gloire.

    Il revient sur les planches avec Kean, grâce à Robert Hossein. Enthousiasmé par l’accueil du public, il se consacre de nouveau au théâtre et délaisse progressivement les plateaux de cinéma.

    Il fait toutefois une exception pour Claude Lelouch, qui lui propose Itinéraire d’un enfant gâté en 1988. Le rôle de Sam Lion lui permet de s’éloigner de l’image du héros invincible qu’il a longtemps incarné et de composer un personnage plus introspectif, marqué par le temps, les blessures et le désir de liberté. Sa prestation lui vaut le César du meilleur acteur en 1989, qu’il refuse d’aller chercher. « Le public est le seul jury qui puisse vous accorder des distinctions, car nous n’existons que par lui et que pour lui », explique-t-il.

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    Ce refus, fidèle à sa conception de la relation entre l’acteur et son public, ne l’empêche pas de poursuivre sa carrière au cinéma. Il tourne encore avec des réalisateurs proches de lui : L’Inconnu dans la maison de Georges Lautner, Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma d’Agnès Varda, Les Misérables de Claude Lelouch, Une chance sur deux de Patrice Leconte ou encore Peut-être de Cédric Klapisch.

    En 2001, un grave accident de santé l’éloigne durablement des plateaux et de la scène. Un homme et son chien, réalisé par Francis Huster en 2008, sera son dernier film.

    Le théâtre, une autre passion

    « Mais quand vas-tu faire ton vrai métier ? » lui demande son père avant sa mort, en 1982.

    Belmondo, qui a conquis le public au cinéma, n’a jamais cessé d’être un homme de théâtre. Après Kean, il triomphe dans Cyrano de Bergerac, mis en scène par Robert Hossein. Le spectacle, qui dure trois heures et demie, connaît un succès considérable et s’achève par une tournée dont la dernière étape le conduit au Japon, le 11 mars 1982.

    Il rachète ensuite le Théâtre des Variétés et interprète plusieurs pièces mises en scène par Bernard Murat, parmi lesquelles Tailleur pour dames, La Puce à l’oreille et Frédérick ou le Boulevard du crime.

    Mais derrière cette énergie et ce goût du spectacle se cache aussi une existence traversée par les épreuves. Le 31 octobre 1993, sa fille Patricia meurt à l’âge de 40 ans dans un incendie. Le médecin venu le voir lui aurait alors dit : « Si vous ne jouez pas ce soir, vous ne jouerez plus jamais. » Belmondo remonte sur scène le soir même pour jouer Tailleur pour dames.

    Il se consacrera encore largement à la scène, tout en retrouvant ponctuellement le cinéma. Itinéraire d’un enfant gâté demeure à cet égard une œuvre charnière, un film de synthèse dans lequel l’acteur semble revisiter sa propre existence. « C’est le film de synthèse de ma vie, à la fois d’acteur et d’homme… tu as compris qui j’étais », confie-t-il à Claude Lelouch après le tournage.

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    En 1994, Les Misérables, sa troisième collaboration avec Lelouch, reçoit le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.

    En 1998, vingt-huit ans après Borsalino, Belmondo retrouve Alain Delon dans Une chance sur deux de Patrice Leconte.

    Belmondo, éternel

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    « On ne pensait pas qu’il était mortel », dira Jean Dujardin. Et pourtant, Jean-Paul Belmondo meurt le 6 septembre 2021, à l’âge de 88 ans. La France voit disparaître un acteur qui avait su abolir les frontières entre cinéma d’auteur et cinéma populaire, entre l’élégance et l’insolence.

    Il reçoit un hommage national aux Invalides. Son influence, elle, dépasse largement les frontières françaises. De Martin Scorsese à Quentin Tarantino, de Steven Spielberg à Jackie Chan, John Woo et Spike Lee, de nombreux cinéastes reconnaissent en lui une source d’inspiration.

    Son empreinte se retrouve également dans la bande dessinée et le manga. Jean Giraud, alias Mœbius, s’inspire notamment de ses traits pour le personnage de Blueberry, tandis que le mangaka japonais Buichi Terasawa puise dans son allure désinvolte et son attitude nonchalante pour créer Cobra. Joann Sfar et Christophe Blain comptent eux aussi parmi les artistes qui lui témoignent leur admiration.

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    C’est peut-être là que réside le véritable secret de Belmondo : avoir incarné une liberté, une insolence et une joie de vivre qui ne vieillissent pas. Il appartient désormais à la mémoire collective et ses films continuent de nous restituer son énergie intacte, son sourire malicieux et cette manière unique d’habiter l’écran.

    Belmondo est bel et bien immortel : non parce que les légendes échappent à la mort, mais parce que les acteurs de cette trempe continuent de vivre en nous, à travers leurs films et les émotions qu’ils nous ont offertes.

    INFORMATIONS PRATIQUES HORAIRES 

     Lu, Me à Ve : 12h-19h

     WE, vacances scolaires et jours fériés : 11h-20h.

    Fermeture les mardis et le 25 décembre

    Nocturnes gratuites réservées aux 18-25 ans le 2e jeudi du mois jusqu’à 21h, sur inscription

     TARIFS :

     PT 14 € / TR et 18-25 ans 11 € / - de 18 ans 7 € / Libre Pass : accès libre

     VISITES GUIDÉES

    Les samedis et dimanches à 16h30

     Et tous les jours, sur réservation, pour les groupes adultes, et groupes scolaires et étudiants

     Renseignements : collectivites@cinematheque.fr

    AUTOUR DE L’EXPOSITION

    Rétrospective Jean-Paul Belmondo (sélection de 35 films) du 7 octobre au 29 novembre. Puis, projections tous les week-ends.

    CONFÉRENCES

    « Belmondo en musique, sans demi-mesure » par Stéphane Lerouge Samedi 7 novembre à 14h30

    SÉANCES AVEC DIALOGUE

    À bout de souffle, suivi du Ciné-club de Murielle Joudet Jeudi 15 octobre à 19h00

    Un homme qui me plaît, suivi d’un dialogue avec Claude Lelouch Dimanche 15 novembre à 14h30 - Séance suivie d'une signature par ses auteurs du catalogue de l'exposition, à partir de 17h30 à la librairie.

     Pierrot le fou, suivi d’un dialogue avec Alain Bergala - Samedi 21 novembre à 14h30

    SÉANCES PRÉSENTÉES

    Toujours pas... à bout de souffle et Belmondo l'influenceur, par Jeff Domenech  Samedi 10 octobre à 17h

    Le Doulos, par Volker Schlöndorff Dimanche 11 octobre à 18h Stavisky, par François Thomas Dimanche 18 octobre à 14h30

    L'Homme de Rio, par Bernard Payen Dimanche 8 novembre à 15h

     Peur sur la ville, par Bernard Payen Samedi 14 novembre à 14h30

     Les Tribulations d'un Chinois en Chine, par Jérémie Imbert Dimanche 22 novembre à 15h

    LES JEUDIS JEUNES

    Accès gratuit à l’exposition, tous les deuxièmes jeudis du mois de 18h à 21h, pour les étudiants et les -26 ans. Inscription en ligne obligatoire.

    8 octobre 2026 :"Le mythe Belmondo : comment raconter une légende du cinéma ?" Rencontre avec Clémentine Deroudille, commissaire de l'exposition.

     12 novembre 2026 : Lecture par les étudiants de L’Entrée des Artistes - Olivier Belmondo, l’école de théâtre parrainée par Jean-Paul Belmondo de 18h30 à 20h30

    En partenariat avec les élèves de L’Entrée des artistes

    10 décembre 2026 : Points paroles dans l'exposition par les étudiants du master cinéma et audiovisuel de l'université Sorbonne Nouvelle UFR Arts & Médias entre 18h30 et 20h30

    14 janvier 2027 : Points paroles dans l'exposition par les étudiants du master cinéma et audiovisuel de l'université Sorbonne Nouvelle UFR Arts & Médias entre 18h30 et 20h30

    JEUNE PUBLIC

    Ma petite Cinémathèque, des séances accessibles au Jeune Public, à partir de 8 ans.

    Cartouche Di 1er nov mai 15h

    L’Homme de Rio Di 8 nov 15h

     Les Tribulations d’un Chinois en Chine Di 22 nov 15h

    Une heure avec... Jean-Paul Belmondo (dès 8 ans)

    Pour prolonger la visite de l'exposition, un atelier en salle de cinéma pour regarder sur grand écran quelques scènes mémorables avec Jean-Paul Belmondo et échanger, avec un conférencier ou une conférencière, sur son jeu d'acteur, son art de la réplique et ses prouesses acrobatiques.

     Di 18 oct / Di 13 déc /Di 10 jan de 16h à 17h

    ACTUALITÉS

     CINÉ-BALADE

    Le Paris de Jean-Paul Belmondo

    Belmondo a traversé Paris de long en large, devant les caméras de Godard, Melville, Lautner, Oury et Verneuil, et marqué les rues de ses courses-poursuites légendaires. Juliette Dubois propose de découvrir sa capitale, au cours d’une ciné-balade autour du Trocadéro et de Bir-Hakeim. Infos et réservations : cine-balade.com MUSIQUE

    En bonus, je vous propose trois critiques de films avec Jean-Paul Belmondo, ce qui ne signifie pas que je ne vous recommande pas tous les autres, et avant cela mon compte-rendu de la remise de sa palme d’or au Festival de Cannes.

    L’HOMMAGE BOULEVERSANT DU FESTIVAL DE CANNES À BELMONDO : PALME D’OR D’HONNEUR et PROJECTION de BELMONDO, ITINÉRAIRE de JEFF DOMENECH et VINCENT PERROT (17 mai 2011 )

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    Photo personnelle

    Le festival s’achève dans 5 jours déjà, et les journées (et les soirées) se succèdent à un rythme joyeux et vertigineux sans que je trouve le temps de vous raconter tout ce que je souhaiterais (mais je le ferai après le festival), mais je ne pouvais pas ne pas vous parler de l’incroyable émotion qui s’est emparée de Cannes hier soir, un de ces moments qui resteront sans aucun doute comme un des plus beaux de la mémoire du festival, et de ma mémoire de festivalière. Devant la salle Debussy où s’est déroulé l’hommage, l’affluence n’était étrangement pas au rendez-vous, beaucoup de festivaliers ayant préféré, sans doute, assister à la montée des marches, une montée des marches qui a bouleversé l’assistance, les photographes français et internationaux ayant exceptionnellement déposé leurs appareils photos, non pas en signe de protestation comme avec Isabelle Adjani il y a quelques années mais pour applaudir Jean-Paul Belmondo (sur la musique de Chi Mai, composé par Ennio Morricone , sublime musique du film Le Professionnel)  comme nous l’a raconté Thierry Frémaux en arrivant dans la salle, précisant que le présentateur de la montée des marches en avait même perdu la voix.

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     Pendant ce temps, dans la salle Debussy, de plus en plus fébrile, tandis qu’arrivaient les premiers invités (Faye Dunaway, l’indétrônable Jack Lang…), nous attendions l’arrivée de cet acteur qui a su concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, et qui ne s’est jamais pris pour la star incontestable qu’il est. Belmondo n’était pas venu à Cannes depuis l’hommage à Gérard Oury en 2001 (auquel je me souviens d’avoir assisté, dans la salle Buñuel, avec, là aussi, une incroyable assistance), sa dernière sélection en compétition remontant à 1974 pour Stavisky d’Alain Resnais.

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     Puis est arrivé le moment tant attendu avec la montée sur scène d’un formidable générique où se mêlaient des acteurs ayant tourné avec lui, ses amis du Conservatoire (leur présence étant la première chose souhaitée par Belmondo lorsque cet hommage lui a été annoncé), des réalisateurs pour lesquels il a tourné : Claudia Cardinale, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Piere Vernier, Charles Gérard, Guy Bedos, Claude Lelouch, Albert Dupontel, Samy Naceri, Richard Anconina,  Xavier Beauvois, Michel Hazanavicius, Nicole Calfan… Puis « Il » est arrivé, descendant aussi rapidement que lui permettait son état de santé, acclamé par la salle Debussy et ses amis sur scène. Quand, comme pour moi, la passion du cinéma est née avec Borsalino, Le Doulos, La Sirène du Mississippi mais aussi tous ces films populaires et jubilatoires, et évidemment À bout de souffle, impossible de ne pas être bouleversée par cet homme qui a incarné tous ces rôles et qui cheminait vers la scène avec tant de difficultés mais avec un imperturbable sourire d’enfant, et sous les acclamations d’un public particulièrement ému.

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     Avec lui, c’était tout un pan du cinéma français qui se déplaçait vers la scène, dans un lent, magnifique et douloureux flashback. Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont rivalisé d’humour et d’élégance, visiblement eux aussi émus, Gilles Jacob lui disant « vous avez réussi ce soir votre plus belle cascade ». Puis ce dernier lui a remis un palme d’or pour sa carrière, une distinction reçue avant lui par Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Clint Eastwood et Gérard Oury. Pour Gilles Jacob : « L'étendue du registre de Bébel, le charisme de sa personnalité, la précision de son jeu, la gouaille de ses propos, l'aisance de son allure en ont fait avec Jean Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps ». « Je suis très ému par cette Palme qui me va droit au cœur. Je veux remercier tous ceux qui sont ici, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Un grand merci du fond du cœur ! » a alors déclaré Jean-Paul Belmondo, avant que la salle, toujours debout, ne l’acclame à nouveau.

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    À ses côtés, son fils Paul arborait un visage grave, peut-être pour contenir son émotion, Claude Lelouch et Richard Anconina ne pouvaient retenir leurs larmes, à l’image d’une grande partie de l’assistance. Enfin, Vincent Perrot et Jeff Domenech ont pris la parole, ce dernier n’oubliant pas d’adresser une pensée pour Marie-France Pisier (qui aurait dû être là…) et pour celle qui fut sa costumière pendant plus de 50 ans.

    A ensuite débuté la projection du documentaire que vous avez pu également voir sur France 2…sans entendre néanmoins les applaudissements de la salle Debussy qui ont ponctué la projection : lors des cascades impressionnantes de Belmondo (notamment celles du Guignolo à Venise), lors de la lecture d’une lettre d’amitié de Bruno Crémer, lors de l’apparition à l’écran de Marie-France Pisier, lors de scènes inoubliables (comme celle d’Itinéraire d’un enfant gâté, une de mes préférées, ou comme celle de la fin du Professionnel avec Robert Hossein)...ou lorsque Delon dit que la différence entre eux se résume au fait que si Belmondo passe sa tête hors du train tout le monde rit, et reste impassible s’il s’agit de lui.

    Le documentaire fait défiler sa carrière à travers des extraits de ses films mêlés avec les témoignages d’acteurs de sa génération et d’aujourd’hui, le tout accompagné par une voix-off signée Jean Dujardin, le film commençant par Belmondo qui va assister lui-même au film de sa vie d’acteur (et le documentaire s’y cantonne strictement et c’est tant mieux), étrange mise en abyme puisque nous-mêmes voyions le film en sa compagnie. De temps à autre, je ne pouvais m’empêcher de me retourner pour voir ses réactions, deux rangs derrière moi, assis à côté de Claudia Cardinale, comme l’était Alain Delon, dans cette même salle, pour la projection de la version restaurée du Guépard, l’an passé. Tandis que, l’un, l’année dernière, Alain Delon, avait le visage grave et soucieux, Belmondo avait à nouveau ce visage d’enfant ébloui et amusé de ses propres blagues, échangeant des sourires complices avec Claudia Cardinale, radieuse. Que pouvait-il bien penser, en voyant défiler tous ces témoignages d’amitié, en se voyant effectuer les cascades les plus improbables, en revoyant tous ces extraits sans doute associés pour lui à tant de souvenirs ?  Que pouvait bien penser Claudia Cardinale, voyant ce film, qui d’une certaine manière, à l’image du Guépard de Visconti, l’an passé, lui montrait l’évanouissement d’un monde, la fin d’une époque ? C’était à la fois joyeux (le festival voulait faire de cet hommage une fête et il l’a été) et douloureux, au souvenir de sa lente montée vers la scène qui contrastait tellement avec ses cascades spectaculaires sur l’écran, et qui résonnait parfois comme un hommage posthume à cet acteur qui, aujourd’hui encore incarne tellement la vie, « foudroyant de vie et d’amitié ». Comment ne pas être nostalgique aussi en revoyant tous ces comédiens comme Gabin dans l’inénarrable scène de Un singe en hiver … ?

    Cannes ne pouvait pas ne pas rendre hommage à celui qui résume finalement ce festival qui sait concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire. Un grand moment, vraiment. Merci Cannes. Merci M. Belmondo. Merci Jeff Domenech (qui, auparavant travaillait dans la restauration rapide à Grasse, très cinéphile et proche de Lautner et qui, avec Vincent Perrot, a monté ce projet que leur envie certainement plus d’un réalisateur) pour ce documentaire qui m’a replongée dans le cinéma que j’aime et qui m’a fait aimer le septième art, un documentaire malheureusement trop court (les extraits donnant envie de revoir tous ses films !). Je crois que je garderai longtemps le souvenir de ce géant du cinéma au regard et au sourire d’un enfant malicieux qui n’a pas dit son dernier mot et qui semble déjà songer à sa prochaine blague ou pirouette. En revoyant ces archives Belmondo aurait déclaré à Vincent Perrot que cela lui avait donné envie de remonter sur scène. Si seulement…

    CRITIQUE d’ITINÉRAIRE D’UN ENFANT GÂTÉ de Claude Lelouch (1988)

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    Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch est un des plus grands succès du cinéaste, un film datant de 1988, que j'avais d'ailleurs eu le plaisir de revoir lors du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2016 dont vous pouvez retrouver mon compte rendu ici. (avec également le résumé de la rencontre avec Richard Anconina qui avait suivi la projection)

    Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va l’y rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…

    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen qui ouvre le film le place sous le sceau du pessimisme et de la solitude, impression que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le film. « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné. La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues juste avec la musique pour établir le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.

    Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, d’un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, d’histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), du fait de jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), de nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et des rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).

    Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre-temps, il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille.  Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.

    Peu à peu, le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.

    Alors, bien sûr, il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprétée par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) est un moment d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps, lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin… !

    Jean-Paul Belmondo, plusieurs années après Un homme qui me plaît, retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui permettant d'incarner pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.

    Itinéraire d’un enfant gâté est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres chers disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.

    On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma (le temps malheureusement reste assassin), mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… »  et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large, ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.

    Critique de LA SIRENE DU MISSISSIPI de François Truffaut

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    Dédié à Jean Renoir, adapté, scénarisé et dialogué par Truffaut d’après un roman de William Irish intitulé Waltz into Darkness (pour acquérir les droits, François Truffaut dut emprunter à Jeanne Moreau, Claude Lelouch et Claude Berri), c’est davantage vers le cinéma d’Alfred Hitchcock que lorgne pourtant ce film-ci, Hitchcock s’étant d’ailleurs lui-même inspiré d’une nouvelle de William Irish pour Fenêtre sur cour. Truffaut avait lui-même aussi déjà adapté William Irish pour La Mariée était en noir, en 1968.

    Synopsis : Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est fabricant de cigarettes à La Réunion. Il doit épouser Julie Roussel qu’il a rencontrée par petite annonce et dont il doit faire la connaissance le jour du mariage. Lorsqu’elle débarque à La Réunion, d’une beauté aussi froide que ravageuse, elle ressemble peu à la photo qu’il possédait d’elle. Elle lui affirme ainsi lui avoir envoyé un faux portrait, par méfiance. Peu de temps après le mariage, l’énigmatique Julie s’enfuit avec la fortune de Louis. Louis engage alors le solitaire et pointilleux détective Comolli (Michel Bouquet) pour la rechercher, et il rentre en France. Après une cure de sommeil à Nice, il retrouve Julie qui se nomme en réalité Marion (Catherine Deneuve) par hasard : elle travaille désormais comme hôtesse dans une discothèque. Il est déterminé à la tuer mais elle l’apitoie en évoquant son enfance malheureuse et ses sentiments pour lui qui l’aime d’ailleurs toujours… Commence alors une vie clandestine pour ce singulier couple.

    Ce film connut un échec public et critique à sa sortie. Truffaut expliqua ainsi cet échec : « Il est aisé d’imaginer ce qui a choqué le monde occidental. La Sirène du Mississipi montre un homme faible (en dépit de son allure), envoûté par une femme forte (en dépit de ses apparences) ». Voir ainsi Belmondo ravagé par la passion qui lui sacrifie tout explique pour Truffaut l’échec du film. C’est vrai que ce film peut dérouter après Baisers volés, quintessence du style Nouvelle Vague. Son romantisme échevelé, sombre, voire désespéré (même si Doinel était déjà un personnage romantique) mais aussi son mélange des genres (comédie, drame, film d’aventures, film noir, policier) ont également pu dérouter ceux qui voyaient avant tout en Truffaut un des éminents représentants de la Nouvelle Vague.

    Comme chacun de ses films, La Sirène du Mississipi n’en révèle pas moins une maîtrise impressionnante de la réalisation et du sens de la narration, des scènes et des dialogues marquants, des références (cinématographiques mais aussi littéraires) intelligemment distillées et le touchant témoignage d’un triple amour fou : de Louis pour Marion, de Truffaut pour Catherine Deneuve, de Truffaut pour le cinéma d’Hitchcock.

    Truffaut traite ainsi de nouveau d’un de ses thèmes de prédilection : l’amour fou, dévastateur, destructeur. Malgré la trahison de la femme qu’il aime, Louis tue pour elle et la suit au péril de sa propre existence… Après les premières scènes, véritable ode à l’île de La Réunion qui nous laisse penser que Truffaut va signer là son premier film d’aventures, exotique, le film se recentre sur leur couple, la troublante et trouble Marion, et l’amour aveugle qu’elle inspire à Louis. Truffaut traitera ce thème de manière plus tragique, plus subtile, plus précise encore dans L’Histoire d’Adèle H., dans La Peau douce (réalisé avant La Sirène du Mississipi) notamment ou, comme nous l’avons vu, dans La Femme d’à côté, où, là aussi, Bernard (Gérard Depardieu) emporté par la passion perd ses repères sociaux, professionnels, aime à en perdre la raison avec un mélange détonant de douceur et de douleur, de sensualité et de violence, de joie et de souffrance dont La Sirène du Mississipi porte déjà les prémisses.

    Bien qu’imprégné du style inimitable de Truffaut, ce film est donc aussi une déclaration d’amour au cinéma d’Hitchcock, leurs entretiens restant le livre de référence sur le cinéma hitchcockien (si vous ne l’avez pas encore, je vous le conseille vivement, il se lit et relit indéfiniment, et c’est sans doute une des meilleures leçons de cinéma qui soit). Les Oiseaux, Pas de printemps pour Marnie, Sueurs froides, Psychose, autant de films du maître du suspense auxquels se réfère La Sirène du Mississipi. Et puis évidemment le personnage même de Marion interprétée par Catherine Deneuve, femme fatale ambivalente, d’une beauté troublante et mystérieuse, d’une blondeur et d’une froideur implacables, tantôt cruelle, tantôt fragile, emprunte beaucoup aux héroïnes hitchcockiennes, à la fois à Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie ou à Kim Novak dans Sueurs froides, notamment pour la double identité du personnage dont les deux prénoms (Marion et Julie) commencent d’ailleurs comme ceux de Kim Novak dans le film d’Hitchcock (Madeleine et Judy).

    À Deneuve, qui vient d'accepter le film, Truffaut écrivit : « Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux. » Et il est vrai qu’émane de ce couple, une beauté ambivalente et tragique, un charme, tantôt léger, tantôt empreint de gravité. On retrouve Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo dans des contre-emplois dans lesquels ils ne sont pas moins remarquables. Elle en femme fatale, vénale, manipulatrice, sirène envoûtante mais néanmoins touchante dont on ne sait jamais vraiment si elle aime ou agit par intérêt. Lui en homme réservé, follement amoureux, prêt à tout par amour, même à tuer.

    À l’image de l’Antiquaire qui avait prévenu Raphaël de Valentin dans La Peau de chagrin, à laquelle Truffaut se réfère d’ailleurs, Louis tombant par hasard sur le roman en question dans une cabane où ils se réfugient ( faisant donc de nouveau référence à Balzac après cette scène mémorable se référant au Lys dans la vallée dans Baisers volés), et alors que la fortune se réduit comme une peau de chagrin, Marion aurait pu dire à Louis : « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ».

    Enfin, ce film est une déclaration d’amour de Louis à Marion mais aussi et surtout, à travers eux, de Truffaut à Catherine Deneuve comme dans cette scène au coin du feu où Louis décrit son visage comme un paysage, où l’acteur semble alors être le porte-parole du cinéaste. Le personnage insaisissable, mystérieux de Catherine Deneuve contribue largement à l’intérêt du film, si bien qu’on imagine difficilement quelqu’un d’autre interprétant son rôle.

    Comme souvent, Truffaut manie l’ellipse avec brio, joue de nouveau avec les temporalités pour imposer un rythme soutenu. Il cultive de nouveau le hasard comme dans Baisers volés où il était le principal allié de Doinel, pour accélérer l’intrigue.

    Alors, même si ce film n’est pas cité comme l’un des meilleurs de Truffaut, il n’en demeure pas moins fiévreux, rythmé, marqué par cette passion, joliment douloureuse, qui fait l’éloge des grands silences et que symbolise si bien le magnifique couple incarné par Deneuve et Belmondo. Avec La Sirène du Mississipi qui passe brillamment de la légèreté au drame et qui dissèque cet amour qui fait mal, à la fois joie et souffrance, Truffaut signe le film d’un cinéaste et d’un cinéphile comme le fit par exemple également plus tard Pedro Almodovar avec Les Étreintes brisées.

    La Sirène du Mississipi s’achève par un plan dans la neige immaculée qui laisse ce couple troublant partir vers son destin, un nouveau départ, et nous avec le souvenir ému de cet amour fou dont Truffaut est sans doute le meilleur cinéaste.

    Onze ans plus tard, Catherine Deneuve interprétera de nouveau une Marion dans un film de Truffaut, Le Dernier métro, et sera de nouveau la destinataire d’une des plus célèbres et des plus belles répliques de Truffaut, et du cinéma, que Belmondo lui adresse déjà dans La Sirène du Mississipi :

    « - Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.''

    Sans doute une des meilleures définitions de l’amour, en tout cas de l’amour dans le cinéma de Truffaut… que nous continuerons à analyser prochainement avec  L’Histoire d’Adèle H.. En attendant, je vous laisse méditer sur cette citation et sur le chant ensorcelant et parfois déroutant de cette insaisissable Sirène du Mississipi.

    CRITIQUE de BORSALINO de Jacques Deray

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    C'était en 1970. 4, 7 millions de spectateurs avaient alors vu ce film produit par Alain Delon. Un film alors très médiatisé. Et pour cause : deux mythes du cinéma s'y retrouvaient pour la première fois, 28 ans avant que Patrice Leconte les réunisse à nouveau pour Une chance sur deux. Belmondo avait d'ailleurs reproché à Delon d'être deux fois sur l'affiche, en tant que producteur et en tant qu'acteur. Ce jeu et cette apparente concurrence entre les deux acteurs avaient même conduit Jacques Deray à s'arranger pour qu'ils aient exactement le même nombre de plans et il est vrai que les deux acteurs y sont autant l'un que l'autre à leur avantage...

    Basé sur le roman Bandits à Marseille d'Eugène Saccomano, Borsalino » est inspiré de l'histoire des bandits Carbone et Spirito   dont les noms avaient finalement été remplacés en raison de leurs rôles pendant l'Occupation. On y retrouve, outre Delon et Belmondo, Nicole Calfan, Françoise Christophe, Corinne Marchand, Mireille Darc (qui fait une apparition remarquée) mais aussi Michel Bouquet, Julien Guiomar, Mario David, Laura Adani. Les dialogues sont signés Jean-Claude Carrière, coscénariste avec Claude Sautet, Jacques Deray, Jean Cau. Rien de moins !

    Début des années 30 à Marseille. Roch Siffredi (Alain Delon) sort de prison. Venu retrouver son amie Lola (Catherine Rouvel) il rencontre par la même occasion son nouvel amant François Capella (Jean-Paul Belmondo). S'ensuit une bagarre entre les deux rivaux, elle scellera le début d'une indéfectible amitié.  Capella cherche à se faire une place dans la pègre marseillaise. Les deux truands vont ainsi se trouver et se respecter. De cette réunion va naître une association de malfaiteurs florissante puis une amitié à la vie, à la mort qui va leur permettre de gravir les échelons de la pègre marseillaise !

    D'un côté, Capella/Belmondo séducteur, désinvolte, bon vivant, aux goûts clinquants et aux manières cavalières. De l'autre Siffredi/Delon élégant, ambitieux, taciturne, froid, implacable, presque inquiétant. Deux mythes du cinéma face à face, côte à côte qui jouent avec leurs images. Parfois avec dérision (ah la scène de la baignade, ah la bagarre...), démontrant ainsi d'ailleurs l'humour dont ils savaient et savent faire preuve même celui dont certains de ses détracteurs l'accusaient à tort d'en être dépourvu, même si dans le DVD on reconnaît plus volontiers cette qualité à Jean-Paul Belmondo et à Delon... sa générosité. Jouant avec leur image encore lorsqu'ils deviennent des gangsters stars sur le passage desquels on se détourne, et applaudis par la foule, comme ils le sont en tant qu'acteurs.

    C'est aussi un hommage aux films de gangsters américains, aux films de genre, avec leurs voitures rutilantes, leurs tenues élégantes parfois aussi clinquantes (dont le fameux borsalino qui inspira le titre du film), leurs femmes fatales mystérieuses ou provocantes, leurs lieux aussi folkloriques et hauts en couleurs que les personnages qui les occupent. En toile de fond la pittoresque Marseille, Marseille des années 30, sorte de Chicago française, Marseille luxueusement reconstituée que Deray filme avec minutie, avec l'allégresse qui illumine son film influencé par l'atmosphère ensoleillée et chaleureuse de Marseille. Sa caméra est alerte et virevoltante et elle accompagne avec une belle légèreté et application quelques scènes d'anthologie comme celle de la fusillade dans la boucherie. Tout cela donne au film une vraie « gueule d'atmosphère » qui n'appartient qu'à lui. Et s'il n'y a pas réellement de suspense, Deray nous fait suivre et vivre l'action sans penser à la suivante, à l'image de Siffredi et Capella qui vivent au jour le jour;  il  ne nous embarque pas moins avec vivacité dans cette balade réjouissante, autant teintée d'humour et de second degré (dans de nombreuses scènes mais aussi dans les dialogues, savoureux) que de nostalgie, voire de mélancolie suscitée par la solitude du personnage de Delon dont la majesté de fauve, parfois la violence, semblent être les masques de la fragilité. Et dont la solitude fait écho à celle de l'acteur, auréolé d'un séduisant mystère. Celui d'un fauve blessé.

    Un film que ses deux acteurs principaux font entrer dans la mythologie de l'Histoire du cinéma, et qui joue intelligemment avec cette mythologie, ce film étant par ailleurs avant tout un hymne à l'amitié incarnée par deux prétendus rivaux de cinéma.  Ce sont évidemment deux rôles sur mesure pour eux mais c'est aussi toute une galerie de portraits et de personnages aussi pittoresques que la ville dans laquelle ils évoluent qui constitue d'ailleurs un véritable personnage (parmi lesquels le personnage de l'avocat magistralement interprété par Michel Bouquet). Un film avec un cadre, une ambiance, un ton, un décor, deux acteurs uniques. Et puis il y a l'inoubliable musique de Claude Bolling avec ses notes métalliques parfois teintées d'humour et de violence, de second degré et de nostalgie, d'allégresse et de mélancolie, de comédie et de polar entre lesquels alterne ce film inclassable.

    Borsalino fut nommé aux Golden Globes et à l'Ours d'or. Quatre ans plus tard Jacques Deray réalisera Borsalino and co, de nouveau avec Alain Delon, sans connaître le même succès auprès du public et de la critique. Reste un film qui, 40 ans après, n'a rien perdu de son aspect jubilatoire et semble même aujourd'hui encore, pour son habile mélange des genres, en avoir inspiré beaucoup d'autres.

     PRIX LUMIÈRES 2018

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    Compte rendu et palmarès des Lumières de la presse internationale 2018 - IN THE MOOD FOR CINEMA

     

  • Programme de PLANS SÉQUENCES : 1er FESTIVAL DU CINÉMA FRANÇAIS DE CASSIS (16 au 20 octobre 2026)

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    Un nouveau festival de cinéma est toujours une bonne nouvelle, a fortiori quand il est consacré au cinéma français, et que sa première édition a pour président d'honneur Claude Lelouch.

    Le Festival du Cinéma Français de Cassis tiendra sa première édition du 16 au 20 octobre 2026. Ce festival a pour louable ambition de "mettre à l’honneur le cinéma français d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le festival proposera une sélection de films en compétition, des avant-premières, des séances spéciales, des films de patrimoine, des rencontres et des masterclasses. Il offrira ainsi un espace de transmission et de dialogue entre les générations, tout en donnant une place essentielle aux nouveaux talents et aux métiers qui font vivre le septième art. À travers une programmation exigeante, populaire et accessible, cette manifestation souhaite rapprocher le public de celles et ceux qui créent les films. Les projections, les échanges avec les équipes, les hommages et les temps forts organisés dans la ville feront de Cassis un lieu vivant de découverte, de partage et d’émotion."

    Pour la "petite" histoire, la déléguée générale du festival est Louisa Maurin qui fut aussi la fondatrice et déléguée générale du formidable Festival du Film de Paris, dont j'avais eu le plaisir de faire partie du jury jeunes en 1998, alors présidé par Nadia Farès et Thierry Frémont. Nous avions récompensé Gadjo Dilo de Tony Gatlif. Le temps carnassier dévore les êtres (Nadia Farès et Tony Gatlif sont décédés cette année) mais heureusement pas certains souvenirs.

    Je vous laisse découvrir l'enthousiasmante sélection de cette édition qui prouve une nouvelle fois la vitalité du cinéma français qui déjoue les pronostics, à plus forte raison quand il est audacieux et ambitieux, comme le démontre le succès de La Bataille de Gaulle dont je vous parlais lundi dont les deux volets totalisent près de 6 millions d'entrées.

    Je vous recommande tous ces films, et évidemment La Californie, premier long-métrage réalisé par le si talentueux scénariste Jacques Fieschi (scénariste de chefs-d'œuvre comme mon film préféré, dont je vous parle si souvent ici, Un Coeur en hiver de Claude Sautet  -si vous ne l'avez jamais vu, j'espère que cette critique en lien ci-contre saura vous convaincre de le découvrir) ou encore plus récemment le mésestimé Bolero d'Anne Fontaine ou du magistral Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli) mais aussi l'incontournable Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch dont vous pouvez lire ma critique en bas de cet article.

     

    Président d’honneur : Claude Lelouch

    Président du Jury : Richard Anconina (avec Jacques Fieschi, Eric Fraticelli, Anne Parillaud). La liste des membres du jury sera complétée ultérieurement. Un jury des Cassidens sera par ailleurs présidé par l'actrice Françoise Gillard.

     

    FILM D’OUVERTURE

    7h40 ce matin-là réalisé par Nicole Garcia 

     

    FILMS EN COMPETITION

     

    Les Filles d’Abraham réalisé par Hanaël El Yousfi

    L’Âge d’or réalisé par Bérenger Thouin

    La Gradiva réalisé par Marine Atlan 

    Du fioul dans les artères réalisé par Pierre Le Gall

    Les yeux verts réalisé par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh 

    Chercheurs réalisé par Aurélien Peilloux

     

    FILM DE CLOTURE

     

    Demain je tombe amoureux réalisé par Martin Provost

     

    FILMS HORS COMPETITION

     

    Une femme aujourd’hui réalisé par Robert Guédiguian

    Un jeu dangereux réalisé par Karine Silla

    Malika réalisé par Mounia Medour 

     

    FILMS EN ANIMATION

     

    Le Corset réalisé par Louis Clichy

    Carmen, l’oiseau rebelle réalisé par Sébastien Laudenbach

     

    FILMS DOCUMENTAIRES

     

    Gabin réalisé par Maxence Voiseux

    Vous en faites trop Madame réalisé par Lisa Billuart Monet 

    D’un film à l’autre réalisé par Claude Lelouch

    Coeur secret réalisé par Tom Fontenille

     

    FILM CLASSIQUE

     

    La Prière aux étoiles réalisé par Marcel Pagnol 

     

    HOMMAGES

     

    Itinéraire d’un enfant gâté réalisé par Claude Lelouch

    La Californie réalisé par Jacques Fieschi “Pensée pour Nathalie Baye”

    Pour en savoir plus : le site officiel du Festival du cinéma français de Cassis

    Notez que le festival est accessible à tous et très abordable (pass 10 séances à 25 euros et 3 euros la séance). Toutes les informations pratiques, ici.

    Critique de Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch

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    Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch est un des plus grands succès du cinéaste, un film datant de 1988, que j'avais d'ailleurs eu le plaisir de revoir lors du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2016 dont vous pouvez retrouver mon compte rendu ici. (avec également le résumé de la rencontre avec Richard Anconina qui avait suivi la projection)

    Sam Lion (Jean-Paul Belmondo) a été élevé dans le milieu du cirque puis a dû faire une reconversion forcée comme chef d’entreprise. Mais la cinquantaine passée, il se lasse de ses responsabilités et de son fils, Jean-Philippe, dont la collaboration ne lui est pas d’un grand secours. Il décide d’employer les grands moyens et de disparaître en Afrique, après avoir simulé un naufrage lors de sa traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais son passé va le rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés licencié qu’il retrouve par hasard en Afrique et qui le reconnaît…

    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». La citation d’Albert Cohen en exergue place le film sous le sceau du pessimisme et de la solitude, une impression  que renforce la chanson de Nicole Croisille qui ouvre le long-métrage : « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » La musique est reprise en chœur tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné. La musique épique, flamboyante, lyrique, accompagne ensuite les premières années et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues, juste avec la musique pour établir le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Les flashbacks alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Les premières minutes sont bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.

    Rares sont les films qui vous émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues jubilatoires magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus).

    Sam Lion va par hasard rencontrer un employé de son entreprise (entre-temps, il a construit un empire, une entreprise de nettoyage), ce jeune homme maladroit et qui manque de confiance en lui va devenir l’instrument de son retour et sa nouvelle famille.  Cela tombe bien : il commence à s’ennuyer.

    Peu à peu, le puzzle de la vie et des déchirures de Sam Lion, grâce aux flashbacks, se reconstitue, celui des blessures de cet homme qui l’ont conduit à tout quitter, écrasé par les responsabilités sans avoir le temps de penser à ses blessures, ni de les panser, porté par la soif d’ailleurs, de vérité, de liberté.

    Alors, bien sûr, il y a la si célèbre et irrésistible scène du bonjour, toujours incroyablement efficace, tant la candeur d’Albert est parfaitement interprétée par Anconina, tant la scène est magistralement écrite, tant les comédiens sont admirablement dirigés mais chaque scène (les acteurs sont filmés en gros plan, au plus près des émotions) est un moment d’anthologie de comédie, d’humour, de poésie, d’émotion (parfois tout cela en même temps lorsque Victoria est conduite à son père grimé en pompiste et qu’on lui présente comme le sosie parfait de son père qu’elle croit mort, lors de la demande en mariage…) et toujours ces moments qui auraient pu être de simples saynètes contribuent à faire évoluer l’intrigue et à nous faire franchir un cran dans l’émotion, dans ces parfums de vérité qu’affectionne tant le réalisateur. Claude Lelouch ne délaisse aucun de ses personnages ni aucun de ses acteurs. Chacun d’entre eux existe avec ses faiblesses, ses démons, ses failles, ses aspirations. Et puis quelle distribution : Marie-Sophie L, Michel Beaune, Pierre Vernier, Daniel Gélin… !

    Jean-Paul Belmondo, plusieurs années après Un homme qui me plaît, retrouvait ici Claude Lelouch qui lui offre un de ses plus beaux rôles en lui permettant d'incarner  pour la première fois un homme de son âge au visage marqué par le temps mais aussi un personnage non moins héroïque. En choisissant Anconina pour lui faire face, il a créé un des duos les plus beaux et les plus touchants de l’histoire du cinéma.

    Itinéraire d’un enfant gâté est une magnifique métaphore du cinéma, un jeu constant avec la réalité : cette invention qui nous permet d’accomplir nos rêves et de nous faire croire à l’impossible, y compris le retour des êtres disparus. Belmondo y interprète l’un de ses plus beaux rôles qui lui vaudra d’ailleurs le César du Meilleur Acteur, césar que le comédien refusera d’aller chercher.

    On sort de la projection, bouleversés de savoir que tout cela n’était que du cinéma (le temps malheureusement reste assassin), mais avec la farouche envie de prendre notre destin en main et avec, en tête, la magnifique et inoubliable musique de Francis Lai : « Qui me dira… »  et l’idée que si « chaque homme est seul », il possède aussi les clefs pour faire de cette solitude une force, pour empoigner son destin. Et ce dernier plan face à l’horizon nous laisse à la fois bouleversés et déterminés à regarder devant, prendre le large ou en tout cas décider de notre itinéraire. Un grand film intemporel, réjouissant, poignant.

  • Critique de LA BATAILLE DE GAULLE – PARTIE 1 : L’ÂGE DE FER et de La BATAILLE DE GAULLE - PARTIE 2 : J’ÉCRIS TON NOM de Antonin Baudry

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    « Il faut qu’il y ait un soleil. Il faut qu’il y ait une espérance. Il faut que quelque part brille et brûle la flamme de la résistance. »  De Gaulle

    Il y a des films qui me rappellent pourquoi j’aime le cinéma, ainsi : passionnément. Les deux longs-métrages dont je vais vous parler aujourd’hui en font partie. Parce que La Bataille de Gaulle est de ces films populaires, spectaculaires, instructifs, captivants et époustouflants pendant lesquels la réalité retient son souffle. Parce que si j’ai regardé ma montre pendant la projection, ce n’est pas en attendant la fin, c’est parce que j’espérais que l’échéance arriverait le plus tard possible.

    J’ai en général plutôt tendance à être critique vis-à-vis des films comme celui-ci, trépidants, menés tambour battant et qui ne laissent pas au spectateur le temps de réfléchir, de respirer, de s’attarder sur un dialogue, une émotion ou un plan. Le film trouve pourtant admirablement cet équilibre fragile entre récit historique et divertissement. Je suis sortie de la projection avec l’envie d’en apprendre encore davantage et mon premier réflexe a été de rechercher les mémoires de De Gaulle dans la bibliothèque familiale, mais aussi d’en savoir plus sur ces personnages historiques comme Leclerc. J’ai réalisé que je ne connaissais que les grandes lignes de leurs destinées.

    Ces deux films ne prétendent pas remplacer les livres d’Histoire mais ils donnent envie de les ouvrir. Les deux longs-métrages sont inspirés de De Gaulle. Une certaine idée de la France, la monumentale biographie de l’historien britannique Julian Jackson, adaptée à l’écran par  Antonin Baudry (aussi scénariste du désopilant et tourbillonnant Quai d’Orsay et réalisateur du Chant du loup) et Bérénice Vila.

    Les deux parties ont rencontré un large public : L’Âge de fer totalise 3 050 836 entrées et J’écris ton nom 2 645 915, soit près de 5,7 millions d’entrées pour le diptyque. Et alors que les spectateurs continuent d’affluer, le coffret des deux films en Blu-ray et DVD est annoncé pour le 4 novembre 2026. Un succès aussi inattendu (alors que l’attention est de plus en plus volatile, qui aurait parié sur la réussite de deux films historiques de cette durée ?) qu’amplement mérité.

    Il y a plusieurs manières de raconter l’Histoire.

    Il y a celle de Melville, dans un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, un chef-d’œuvre, L’Armée des ombres. Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, le film pourrait sembler résolument classique. Il est pourtant tout sauf consensuel. Melville n’a pas cherché à reconstituer la Résistance comme une épopée héroïque. Il en offre une radiographie minutieuse, s’attache à des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas à des mythes déshumanisés. Des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. C’est peut-être ce qui rend son film si bouleversant. Les actions de ces résistants ne sont pas toutes utiles, héroïques et récompensées. Elles sont parfois viles, silencieuses et inutiles. Melville ne glorifie donc pas la Résistance : il en montre la banalité tragique, et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Tout, dans la mise en scène, semble prolonger cette condition : la lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit et des rues éteintes, ces personnages condamnés à la clandestinité pour agir, le temps qui s’étire jusqu’au malaise, les silences et les non-dits qui disent souvent davantage que les paroles.

    Il y a celle, presque inverse, de Xavier Giannoli dans Les Rayons et les ombres. Chez lui, tout virevolte et fuse, les mots et les gestes et les avis, dans un monde constamment en mouvement dont la caméra épouse la cadence effrénée. À la sobriété sépulcrale de Melville, Giannoli oppose une mise en scène flamboyante, une opulence presque asphyxiante. Les uns meurent dans l’ombre tandis que les autres s’étourdissent dans la lumière. Des rayons qui aveuglent. Les Rayons et les ombres dissèque le glissement des rayons vers les ombres : comment des bonnes intentions initiales peuvent-elles conduire au pire ? Comment l’aveuglement devient-il coupable ? Où s’arrête le compromis ? Où commence la compromission ? Giannoli aime ces personnages troubles, guidés par l’orgueil, l’ambition, le besoin d’être regardés et reconnus. Il refuse la caricature pour mieux nous confronter à la zone grise de notre propre conscience et aux contradictions humaines. Comprendre n’est jamais ici excuser.

    Ainsi, deux cinéastes, deux écritures, deux rapports presque opposés à la lumière et au silence, aux rayons et aux ombres. Chez Melville, les hommes se cachent pour agir et la grandeur naît de gestes invisibles. Chez Giannoli, les personnages s’exposent, s’étourdissent. Mais derrière ces différences, une même question : comment filmer l’Histoire sans transformer les hommes qui l’ont faite en statues ? Comment faire apparaître, derrière les choix, les fautes ou les actes héroïques, les contradictions de ceux qui les ont accomplis ?

    C’est à ces deux films que j’ai pensé après avoir vu La Bataille de Gaulle. Non parce que le diptyque d’Antonin Baudry leur ressemblerait. Il en est même, à bien des égards, profondément éloigné. Cette différence permet cependant de mesurer ce que chaque mise en scène choisit de montrer et de taire, ce qu’elle éclaire et ce qu’elle laisse dans l’ombre, ce qu’elle fait de l’Histoire lorsqu’elle la transforme en récit, et des hommes lorsqu’elle les arrache à leur légende.

    Il serait évidemment absurde de reprocher à un film de ne pas être L’Armée des ombres, pas plus qu’il ne serait juste d’exiger de Baudry le foisonnement de Giannoli. Chaque cinéaste choisit sa distance avec l’Histoire. Et faire de Charles de Gaulle un personnage de cinéma est une sacrée gageure. C’est filmer un homme que l’Histoire a depuis longtemps transformé en personnage, puis en symbole, presque en monument. C’est tenter de retrouver l’homme derrière la légende.

    Avant Antonin Baudry, d’autres cinéastes s’y étaient essayés, avec des partis pris et des résultats très différents (notamment Gabriel Le Bomin avec De Gaulle, sorti en 2020, avec Lambert Wilson dans le rôle du Général. Le cinéaste est d’ailleurs le président du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule que je couvrirai la semaine prochaine). Mais La Bataille de Gaulle ne raconte pas seulement une nouvelle fois une histoire que nous connaissons : elle cherche à la vulgariser.

    De Gaulle. Une certaine idée de la France, l’ouvrage colossal de Julian Jackson, de plus de 1 400 pages, tente justement de retrouver l’homme complexe derrière la légende. Un homme confronté aux échecs, aux humiliations et aux doutes face aux figures de l’époque, Churchill ou Roosevelt. Un De Gaulle déterminé et fragilisé. Le cinéaste explique avoir voulu se concentrer sur les années 1940 à 1945, et voir dans cette période « à la fois le combat d’un homme mais aussi celui d’un peuple et d’un pays ». Le titre L’Âge de fer renvoie à cette idée mythologique d’un âge d’or auquel succède un âge de fer dominé par l’injustice.

    Mais Baudry voit surtout chez de Gaulle un homme qui possède une « vision féérique de la France ». « Il a le réel en face de lui, la capitulation, et il choisit le rêve. » Et il va réussir à faire en sorte que ce rêve s’incarne « à travers une forme de persévérance, de folie, d’habileté tactique, un mélange de choses très complexes et humaines », malgré l’isolement qu’est initialement le sien. De Gaulle est immense, dans tous les sens du terme, mais il est aussi parfois étrange, colérique, et même, dans le regard du cinéaste : burlesque. Le film ne cherche pas constamment à le grandir. Il accepte parfois de le regarder dans son étrangeté. Une scène le montre se savonnant le corps dans sa baignoire. Anodine en apparence mais significative du contraste entre le gigantesque et l’intime qui traverse le film. C’est aussi ce que Baudry cherchait avec le duo Churchill-De Gaulle : une relation parfois tragi-comique, qui ne bascule pourtant jamais complètement dans le numéro de comédie. « Il fallait trouver l’équilibre entre la narration et le divertissement. Mais le plus important, c’est l’incarnation », a ainsi souligné le réalisateur. Et cette incarnation est justement l’une des grandes forces du film.

    Synopsis officiel : Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.

    En regardant ce film, j’ai beaucoup pensé à des films comme James Bond ou Mission : Impossible. À ces blockbusters avec lesquels nous pensons parfois, à tort, que le cinéma français est incapable de rivaliser. Baudry en reprend certains ressorts : le rythme, le spectaculaire, le sentiment permanent d’urgence, cette manière de faire de l’Histoire un récit d’aventures. Il sacrifie parfois la vérité historique au souci de maintenir l’attention, mais plus que répréhensible, l’objectif me paraît ici louable : donner envie de comprendre et d’approfondir.

    Ce sont deux films multiples, traversés de contrastes. Deux films historiques teintés de comédie, sans jamais que celle-ci ne tourne au ridicule. Cela peut surprendre, mais c’est justement ce mélange de tons qui leur donne leur identité. Le premier volet commence avec une chanson de Trenet, puis l’invasion de Varsovie par les troupes allemandes. La date du 18 juin s’inscrit ensuite sur l’Arc de Triomphe. Puis s’affiche le titre. Et l’Histoire se déploie. Le Tchad, le Cameroun, le Sénégal, l’Angleterre, la France. Le montage ne laisse presque jamais le spectateur s’installer durablement dans une situation. Dans J’écris ton nom, cette impression devient encore plus frappante. Cela commence en janvier 1943. Une date apparaît sur le désert. Nous sommes dans le Fezzan, en Libye, puis soudain à Lyon, dans la France occupée, où Livia dépasse une file de Juifs portant l’étoile jaune. Giraud remplace Darlan à Casablanca. Le drapeau orné de la croix de Lorraine, emblème de la France libre, est hissé en Libye. Leclerc le salue. Et le générique arrive.

    Cette manière de faire circuler le récit est parfois vertigineuse. Elle peut aussi expliquer le reproche qui a été fait au film de ressembler par moments à une « fiche Wikipédia » : trop de personnages, trop d’événements, trop de lieux, trop d’Histoire à faire tenir dans un récit de cinéma. Mais c’est aussi ce qui fait sa générosité. Le film veut raconter beaucoup et surtout, il veut transmettre. Il y a ainsi dans La Bataille de Gaulle des scènes historiques dont le temps a presque broyé la signification et que le cinéma permet soudain de regarder autrement. Celle des étudiants à l’Arc de Triomphe, le 11 novembre 1940, en est un exemple. Le premier message de refus des occupants nazis est alors porté par des lycéens dans une manifestation spontanée. Le film permet de redécouvrir ce moment essentiel. Il y en a beaucoup d’autres.

    Des scènes qui restent en mémoire aussi. La beauté presque irréelle de ce chant dans le désert. Le passage consacré à la météo du D-Day, qui m’a forcément rappelé Pressure d’Anthony Maras, découvert au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville (un film actuellement à l’affiche, je vous le recommande), qui s’attache avec une minutie remarquable à l’impact des conditions météorologiques sur le débarquement. Ou encore ces transitions, toujours extrêmement travaillées, qui donnent au film une véritable identité. Un chant dans le désert. Puis une explosion. La braise de la cigarette de De Gaulle. Le film passe ainsi constamment du collectif à l’intime, du grandiose au détail.

    La caméra accompagne sans cesse les déplacements des personnages et les mouvements de l’Histoire. La photographie de Giora Bejach et Pierre Cottereau participe à cette ampleur, en mettant en ombres et lumières avec le même souci du détail les espaces désertiques africains et les intérieurs londoniens.

    Le travail de montage est impressionnant (Katie McQuerrey et Rehman Nizar Ali pour L’Âge de fer, puis Rehman Nizar Ali pour J’écris ton nom). Le film ne donne presque jamais l’impression d’avancer par blocs. Les événements se répondent, les discours se prolongent d’un lieu à l’autre, une action fait écho à une autre. Le montage crée ainsi une forme de circulation permanente : l’Histoire ne semble jamais se dérouler en ligne droite, mais par correspondances, accélérations, télescopages. Le parallèle entre les discours de Leclerc dans le désert et de De Gaulle à Alger en est un bel exemple. « Dans l’existence, on ne réussit que si on est obsédé par une idée », dit Leclerc. La phrase pourrait presque résumer le film entier.

    La musique participe elle aussi à cette construction audacieuse et ambitieuse, et lui procure une ampleur particulière. Certains la jugeront peut-être emphatique mais elle apporte de l’élan et du souffle, reliant magistralement l’intime et le spectaculaire . Volker Bertelmann signe la partition de L’Âge de fer, tandis que Théo Cascio prend le relais pour J’écris ton nom. La première accompagne l’urgence, la tension, la solitude de De Gaulle et son obstination à faire exister une France libre. La seconde semble donner davantage de place aux voix multiples et aux destins croisés. Deux partitions pour deux moments différents du récit. Cascio reprend par ailleurs un thème de Bertelmann, comme un fil qui relierait discrètement les deux films. Cela fonctionne particulièrement bien dans le passage consacré à la Libération de Paris. En off, résonne le poème d’Éluard : Liberté. Le titre du deuxième film prend alors tout son sens. Magnifique passage. Impossible de ne pas être bouleversée.

    Le film est aussi passionnant lorsqu’il s’intéresse aux rapports de force.  De Gaulle n’existe jamais complètement seul, même si le récit aime parfois donner cette impression de solitude. « Ma croix la plus difficile à porter en cette guerre est la croix de Lorraine », dit Churchill. Pour De Gaulle, « La guerre est une affaire morale. », « La France a besoin d’une autorité morale. »

    Le film rend accessibles des enjeux géopolitiques extrêmement complexes. Les projets américains concernant l’administration de la France libérée. Les tensions avec Roosevelt. Le rapport de force autour de la constitution d’un gouvernement provisoire. La question de la souveraineté française. Tout cela pourrait être aride et abscons. Le film réussit souvent à rendre cela limpide. C’est probablement l’une de ses grandes qualités pédagogiques.

    Pour les personnages aussi, les scénaristes ont pris des libertés avec la réalité. Et c’est tant mieux. Chaque figure de cette période est ainsi incarnée. Par exemple, Livia, jouée par Anamaria Vartolomei, n’a pas existé telle quelle. Elle est une figure composite inspirée de plusieurs résistantes. Anamaria Vartolomei lui donne une grande intensité intérieure.

    Il y a aussi Fernand joué par Florian Lesieur, une merveilleuse découverte. Candide et déterminé, et immédiatement attachant. Fernand Bonnier de La Chapelle a réellement existé. Il avait vingt ans lorsqu’il assassina l’amiral Darlan à Alger, le 24 décembre 1942. Il fut exécuté deux jours plus tard avant d’être réhabilité en 1945. La trajectoire de ce personnage est suffisamment romanesque pour que le cinéma n’ait presque rien à inventer.

    Il y a évidemment Jean Moulin, interprété par Félix Kysyl. Un choix de casting judicieux. Il incarne aussi l’obstination, le courage mais aussi la fragilité d’un homme qui n’a que 41 ans au moment de l’armistice. Il doit mettre sur pied une armée secrète composée de fortes personnalités très diverses. Félix Kysyl apporte à cette figure historique, là aussi légendaire, une humanité complexe. Simon Russell Beale est un Churchill incroyable. Il parvient à rendre le personnage à la fois impressionnant, drôle, autoritaire et profondément humain. Avec Simon Abkarian, il forme un duo qui aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Il n’en est rien. Mathieu Kassovitz, en Darlan, apporte une stature évidente au personnage. Son image rebelle et son autorité naturelle donnent à Darlan une présence immédiatement identifiable. Benoît Magimel est tout simplement parfait en général Koenig. Il incarne ce chef de guerre à la fois tendre et humain. Karim Leklou apporte la touche comique attendue par Baudry. Ses expressions, son visage, sa manière d’être composent un étonnant contrepoint à la rigidité de De Gaulle. Loïc Corbery, qui joue René Pleven, vient du théâtre, et possède cette écoute remarquable, cette attention à la parole qui donnent au personnage une véritable existence. Quant à Niels Schneider, il donne à Leclerc une présence, une autorité et une folie obsessionnelle fascinantes.

    Abkarian est un De Gaulle déterminé, visionnaire, audacieux, habile, passionné, profondément humain. Constamment sur le fil. Il avait déjà incarné Missak Manouchian chez Robert Guédiguian, et cette présence particulière, cette façon de donner de la densité à des personnages historiques sans les transformer en icônes, lui sert ici admirablement. Cette phrase de De Gaulle dit peut-être mieux que beaucoup d’autres la logique du personnage : « Les passionnés ont vécu. Nous sommes des passionnés mais en fait de passion, nous n’avons que la France. »

    Des historiens ont souligné certaines libertés avec l’Histoire. L’Appel du 18 juin, notamment, est largement reconstruit. Antonin Baudry a volontairement mêlé au texte mythique des répliques issues de discours ultérieurs. De même, le film accentue le sentiment d’isolement absolu de De Gaulle à Londres. Historiquement, sa situation était évidemment extrêmement difficile, mais il n’était pas un inconnu débarqué de nulle part : il avait été sous-secrétaire d’État à la Guerre dans le gouvernement de Paul Reynaud et avait déjà eu des contacts officiels avec Churchill. Ce sont des simplifications mais je ne suis pas certaine qu’elles constituent nécessairement une faiblesse. Parce que la richesse du film est justement de simplifier certains événements pour permettre au spectateur d’appréhender leur complexité. Et surtout de lui donner envie de l’explorer.  Le film prend aussi le risque d’embrasser la vision de De Gaulle, notamment dans sa manière de présenter son rôle face aux Alliés. Certains historiens lui reprocheront de trop épouser cette perspective.

    Le film s’achève le 11 novembre 1944. De Gaulle retrouve Churchill à l’Arc de triomphe, devant la flamme du Soldat inconnu. Les deux silhouettes s’éloignent. Les ombres reculent, la flamme continue de brûler. Et enfin, c’est Paris aujourd’hui. Cette dernière image nous rappelle que cette paix que nous considérons si souvent comme acquise existe aussi grâce à ceux dont le film raconte le combat. Mais elle rappelle en même temps combien cette paix demeure fragile. Impossible, en voyant cette image aujourd’hui, de ne pas penser à la guerre qui se poursuit en Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine et à la manière dont les soubresauts périlleux de l’Histoire peuvent soudain recommencer à sembler terriblement proches. Le film s’achève donc dans le présent et ce présent donne à ce qui précède une résonance particulière. Bouleversante.

    La Bataille de Gaulle m’a finalement ramenée à L’Armée des ombres. Pas parce que les deux films se ressemblent. Ils sont presque aux antipodes. Melville filme la Résistance dans le silence, la clandestinité, le froid, l’ombre. Baudry filme une épopée, ses foules, ses paysages, ses batailles, ses hommes célèbres et ses anonymes. Mais tous deux cherchent, chacun avec leurs moyens, à filmer des hommes plongés dans une Histoire qui les dépasse.

    Cette épopée historique réussit l’exploit de donner envie de revenir aux manuels d’Histoire sans se montrer didactique, en valorisant le lyrisme et l’émotion pure. Le film éclaire des pans parfois méconnus de la Seconde Guerre mondiale. Antonin Baudry livre ici un de Gaulle parfois décalé. C’est précisément ce qui l’empêche de devenir une statue. Film de guerre, chronique de la Résistance, portrait frôlant parfois la comédie, fresque historique ambitieuse au souffle épique : le ton est hétérogène, parfois déroutant, mais le spectacle est impressionnant, et ne tombe jamais dans l’hagiographie. Chaque personnage existe, avec force. Singulier parti pris que de laisser les Allemands presque toujours hors champ, mais cela participe aussi de l’identité de ces deux films, aussi inclassables que mémorables.

    Enfin, il y a cette idée qui me semble essentielle : les questionnements et l’avidité d’apprendre avec lesquels nous sortons du film. L’envie de lire. L’envie de comprendre et d’approfondir. L’envie de se plonger dans les livres et les autres films sur cette période. C’est peut-être la plus grande réussite de ce film. La Bataille de Gaulle est une épopée historique foncièrement audacieuse et profondément généreuse. Une œuvre qui ajoute sa pierre à l’édifice des grands films consacrés à la guerre (de Paris brûle-t-il ? au Jour le plus long, de L’Armée des ombres à Il faut sauver le soldat Ryan), autant de films qui ont, chacun à leur manière, façonné notre mémoire cinématographique de la guerre et la figure de De Gaulle. Et qui, surtout, décidément, me rappelle pourquoi j’aime le cinéma. Ainsi : passionnément.

    Certaines images du film prennent une autre force, décuplée, et une émotion supplémentaire, lorsqu’elles viennent se superposer à celles que nous avons quotidiennement sous les yeux. Comme cette plaque, au 48 rue du Four, que je regarde régulièrement en passant. Elle rappelle que c’est ici, le 27 mai 1943, que s’est tenue la première réunion du Conseil national de la Résistance, sous la présidence de Jean Moulin. Une dizaine de représentants des mouvements de Résistance, des partis politiques et des syndicats, réunis clandestinement avec Jean Moulin au cœur de Paris occupé, pour tenter d’unifier des mouvements, des sensibilités et des hommes que tout semblait parfois opposer.

    Depuis que j’ai vu le film, cette plaque n’est plus tout à fait la même. Elle me donne surtout envie d’en savoir davantage sur cette page de l’Histoire, sur Jean Moulin, sur ceux qui étaient là ce jour-là, sur ce qui s’est joué dans cet appartement et sur tout ce qui a rendu possible cette réunion.

    Et pour cela aussi, j’ai envie de remercier le cinéma et en particulier ce film : pour m’avoir donné cette envie d’apprendre, de chercher, de lire encore. Derrière cette envie, il y a le travail de tous ceux qui l’ont fait naître à l’écran (acteurs, décorateurs, monteurs, compositeurs…) et qui ont, chacun dans leur métier, donné le meilleur de leur art et de leur savoir-faire pour que ces hommes, ces lieux et ces pages de l’Histoire reprennent vie.

    En complément, je vous invite à lire ma critique du film Les Rayons et les ombres de Xavier Giannoli et mon analyse de L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville.

  • Programme du 4e Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule 2026 (du 1er au 4 octobre)

    Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule 2026.jpg

    « La société politique contemporaine est une machine à désespérer les hommes », écrivait Albert Camus. Stefan Zweig, quant à lui, considérait que « la raison et la politique suivent rarement le même chemin ».

    Deux citations qui pourraient sembler tristement d’actualité et qui rendent d’autant plus nécessaire un festival comme celui de La Baule. Le Festival de la Fiction et du Documentaire Politique revient en effet pour une 4ème édition, du 1er au 4 octobre, au Cinéma Le Gulf Stream.

    Je vous ai souvent parlé de La Baule, notamment à travers mes fictions romanesques et à l’occasion des dix années pendant lesquelles j’ai couvert un autre festival baulois. L’an passé, je fus enchantée de (dé)couvrir ce tout jeune festival, réunissant deux de mes passions, le cinéma et la politique (dans une autre vie, j’ai suivi des études de sciences politiques). « Jeune festival » ne signifie pas « festival amateur » : la qualité de la sélection, des invités et des échanges des premières éditions en témoigne. 

    J'aurai de nouveau le plaisir de couvrir le festival cette année. Je vous invite à me suivre en direct sur Instagram avant de retrouver mon compte-rendu détaillé ici. En attendant, vous pouvez lire mon compte-rendu de l'édition 2025 du Festival de la Fiction et du Documentaire Politique de La Baule, là.

    Porté par ses fondateurs, Anne-Catherine Mendez et Jérôme Paoli, et présidé par le réalisateur Gabriel Le Bomin, le festival a une ambition que je trouve particulièrement louable : permettre, grâce au cinéma, de prendre le temps d’écouter et de regarder autrement notre époque, de décrypter l’actualité et ses enjeux, et surtout de confronter les points de vue sans céder à la crispation.

    C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée lors de l’édition 2025 : dans une période où le débat public semble souvent condamné à l’affrontement, politiques, journalistes, cinéastes et spectateurs pouvaient ici s’écouter, dialoguer et parfois ne pas être d’accord… mais sans que le désaccord empêche l’échange. À l’approche d’une échéance aussi décisive que l’élection présidentielle de 2027, alors que le débat public risque plus que jamais d’être traversé par les crispations, les simplifications et la polarisation (il l’est déjà), préserver de tels espaces de réflexion, de dialogue et de nuance me paraît plus précieux que jamais.

    Et puis il y a les films...

    Parce qu’avant d’être un festival « politique », c’est évidemment un festival de cinéma. Parce qu’un film peut nous permettre de regarder autrement ce qui nous entoure, de prendre du recul, de comprendre un événement ou une époque autrement que dans le flux incessant de l’actualité. Et parce que la programmation fait dialoguer fictions et documentaires, offrant des regards multiples sur les grands enjeux politiques et sociétaux de notre temps.

    J’espère vous donner l’envie de découvrir ce festival singulier, convivial, exigeant et nécessaire dont je vous invite à lire mon compte-rendu de l’édition 2025 sur Inthemoodforcinema.com dans lequel j’évoque plusieurs très beaux moments de cinéma que m’a offerts ce festival, parmi lesquels : La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, Deux Procureurs de Sergei Loznitsa, Holding Liat de Brandon Kramer, The President’s cake de Hasan Hadi (Prix du jury, prix des médias), Dossier 137 de Dominik Moll (prix du public), Les Braises de Thomas Kruithof (mention spéciale du jury des médias, mention spéciale du jury fictions), Les combats méconnus de Robert Badinter de Dominique Missika et Bethsabée Zarka (prix du jury documentaire ex-aequo), L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier (film de clôture)...

    Voici le programme de l'édition 2026, particulièrement prometteur :

    En ouverture sera projeté le nouveau film de Mathias Mlekuz, Mon fils président. L'occasion pour moi de vous recommander à nouveau son film précédent, À bicylette !, dont vous pouvez lire ma critique, ici.

    En clôture, vous pourrez découvrir le film Jupiter d'Alexandre Smia.

    Parmi les fictions en compétition figure En haut de la pile, le nouveau long-métrage de Louis-Julien Petit dont je vous avais vivement recommandé les précédents films, notamment La Brigade (ma critique, ici).

    - 5 fictions en compétition :

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    - 5 documentaires en compétition :

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    - 3 films hors compétition

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    mais aussi :

    1 séance de dédicaces qui vous permettra de rencontrer les équipes de films,

    1 masterclass sur le thème : 2027, quels enjeux pour l'audiovisuel et le cinéma,

    1 master class sur le thème : Antisémitisme, une haine toujours en mouvements.

    Le Président du festival : Gabriel le Bomin

    Le jury fiction

    Président du jury fiction : Thierry Klifa (retrouvez, ici, ma critique de son dernier film, l'excellent La femme la plus riche du monde, qui fut projeté en ouverture du festival, l'an passé).

    accompagné de 

    Daphné Bürki

    Agnès Evren

    Alban Ivanov

    Isabelle Madelaine

    Le jury documentaire

    Jérémie Patrier-Leitus

    Joana Preiss

    Le jury presse et médias

    Président du jury : Bruce Toussaint

    accompagné de 

    Jean-François Achilli

    Christophe Carrière

    Soizick David

    Soazig Quémener

    Le jury lycéen 

    Présidente : Najat Vallaud-Belkacem

    accompagnée d'élèves du lycée Grand Air de la Baule

    Invités d'honneur :

    Yaël Braun-Pivet

    Hugues Cazenave

    Vincent Chauvet

    Sarah Ek Haïry

    Catherine Fieschi

    Michel Field

    Christian Giacomini

    Cyril Graziani

    Emmanuelle Guilcher

    Emmanuel Kessler

    Chloé Morin

    Denis Olivennes

    Pascal Perrineau

    Emmanuel Prévost

    François de Rugy

    Anne Sinclair

    Thomas Sotto

    Mario Stasi

    Informations pratiques 

    Cinéma Le Gulf Stream - 52 avenue du Général de Gaulle - salles 1 et 5 - 0251751541 - cinegulfstream.fr 

    Rendez-vous sur le site internet officiel du festival, pour en savoir plus : ici.

    Suivez également le compte Instagram du festival : @festival.fiction.politique

     

  • Festival du Cinéma Américain de Deauville 2026 : le programme complet de la 52e édition

    52e Festival du Cinéma Américain de Deauville.jpg

    (Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des annonces. Dernière mise à jour : le 21/08/2026).

    « Le cinéma est une question de ce qui est dans le cadre et de ce qui en sort. » Martin Scorsese

    Il y a des festivals dont on repart avec une liste de films en tête. Et puis il y a Deauville, dont on revient avec des images, des musiques, des visages, la beauté incendiaire de la plage et des dialogues qui continuent longtemps à résonner en nous. Chaque année, en septembre, cette parenthèse hors du temps me rappelle que le cinéma n'est jamais seulement un divertissement : il représente aussi un moyen de questionner le monde, de le rêver et parfois même de tenter de le réparer. Chaque année, depuis une vingtaine d'années, j'ai le plaisir de couvrir ce festival qui a changé le cours de mon existence et auquel je n'ai cessé d'être fidèle. Cette année encore, je serai au rendez-vous, dans la splendide salle du CID pour assister au festival, dès l'ouverture.

    (Pour en savoir plus sur mon lien particulier avec Deauville, retrouvez mes posts à ce sujet sur Instagram, ici, et sur Linkedin, là).

    C'est aussi ce qui rend ce festival si singulier à mes yeux. Depuis toutes ces années, Deauville me donne l'impression de parcourir les États-Unis sans traverser l'Atlantique, d'en appréhender les mille visages et les contradictions. Hollywood et Sundance à la fois, le festival fait dialoguer les mythes et leur envers, les blockbusters et le cinéma indépendant, le rêve américain et ses désillusions. Année après année, les films y composent un instantané de l'Amérique contemporaine, de ses ombres et de ses lumières, de ses blessures et de ses espoirs. Et peut-être est-ce aussi pour cela que j'y reviens toujours : parce que le cinéma y permet à la fois de regarder le monde en face, de braquer la lumière sur ses ombres et, pendant quelques heures, de s'en évader.

    Chaque soir, l'an passé, avant la projection officielle, s'affichait cette phrase de Jack London : « The proper function of a man is to live, not to exist. » C'est peut-être cela, avant tout, un festival de cinéma : cette impression de vivre plus intensément. Impression fallacieuse, peut-être, mais si douce. Vivre au rythme de vingt-quatre images par seconde.

    L'édition 2025 fut de celles qui laissent une empreinte durable. Je repense à la danse aérienne de Marie-Agnès Gillot lors de la cérémonie d'ouverture, sur la musique de The Hours de Philip Glass. Aux mots lumineux de Golshifteh Farahani, appelant à la résistance et à l'espérance. Aux découvertes marquantes de la compétition, aux hommages à Paul Newman, Kim Novak et Alice Guy, aux premiers films de Scarlett Johansson et Kristen Stewart, aux œuvres qui interrogeaient les faux-semblants, les blessures invisibles, la mémoire, le deuil et la capacité du cinéma à nous aider, selon les mots de Kristen Stewart, « à nous comprendre nous-mêmes ».

    Le Maire de Deauville avait déclaré lors de la cérémonie d'ouverture : « Nous célébrons non seulement les œuvres d'aujourd'hui mais aussi les rêves de demain. » Cette phrase résume sans doute mieux que toute autre ce qui distingue ce festival : sa capacité à faire dialoguer le patrimoine du cinéma américain avec ceux qui en écriront l'avenir.

    Avant de nous tourner vers cette 52e édition, un dernier regard vers la précédente : vous pouvez retrouver mon bilan complet du 51e Festival dans le magazine Le 21e, désormais disponible (ainsi que tous mes articles consacrés au festival ici et sur In the Mood for Deauville). Il est désormais temps de regarder vers 2026, et vers une édition qui s'annonce particulièrement exceptionnelle.

    Au programme : avant-premières de films très attendus (notamment The Bunker de Florian Zeller, Her private hell de Nicolas Winding Refn, Diamond d'Andy Garcia, The man I love de Ira Sachs...), de prestigieux hommages (Susan Sarandon, Ethan Hawke, Faye Dunaway...), des documentaires toujours particulièrement instructifs sur l'état de l'Amérique, la remise de la distinction numérique de l'INA au président du jury Roschdy Zem et des rencontres d'exception (notamment avec Catherine Deneuve, dans le splendide cadre du musée des Franciscaines dont je vous recommande vivement la visite). Le programme des projections sera disponible le mardi 25 août. En ouverture, en première française, en présence de l'équipe du film sera projeté le film Les Contrebandiers de Padraic McKinley. La projection sera précédée d'un moment musical qui promet d'être riche en émotions. En effet, le compositeur et pianiste Sofiane Pamart offrira un moment musical au public du Festival de Deauville, le vendredi 4 septembre, à 19h. En clôture sera projeté le film Pressure, en présence de Brendan Fraser et du réalisateur Anthony Maras. Comme chaque année, la compétition mettra l'accent sur les ombres et les espoirs de l'Amérique, et constituera un des temps forts du festival. Le jury sera présidé par Roschdy Zem et le jury de la Révélation par Lio. Parmi les autres rendez-vous à ne pas manquer : 15 projections de films mettant l'accent sur les 250 ans des États-Unis, présentés par des personnalités du septième art.

    Les dates de cette 52e édition : du 4 au 13 septembre 2026. Dix jours pendant lesquels, comme chaque année, les journées sembleront compter bien plus de vingt-quatre heures, rythmées par les projections, les rencontres, les discussions autour du cinéma et quelques échappées sur les Planches.

    L'affiche : celle-ci rend hommage à la sta­tue de la liber­té, offerte par les Fran­çais aux Amé­ri­cains.

    Extrait du communiqué de presse du festival à ce sujet :

    "Elle fête en effet cette année ses 140 ans, au moment même où nous célé­brons, de part et d’autre de l’Atlantique, les 250 ans de l’indépendance des Etats-Unis. Ce visage de fer et de légende, sor­ti des ate­liers Gus­tave Eif­fel, sym­bole de l’hospitalité, de la géné­ro­si­té et de la foi en l’avenir, fait écho à ce rôle de vigie et cette puis­sance vision­naire qu’ont tou­jours repré­sen­té les artistes amé­ri­cains et la ville de New York. A tra­vers le choix du très gros plan, c’est une syn­taxe ciné­ma­to­gra­phique que nous convo­quons pour pro­vo­quer, inter­ro­ger, émou­voir, comme seul sait le faire le 7e art et conti­nuer de por­ter l’espérance de la lumière, dans le monde, comme dans les salles obscures. En cette date anni­ver­saire, le Fes­ti­val de Deau­ville scelle une ami­tié indé­fec­tible sur le ter­reau artis­tique et réaf­firme son atta­che­ment à la liber­té, liber­té qu’Alexis de Toc­que­ville avait si jus­te­ment consa­crée comme la valeur suprême de ce jeune état encore en devenir."

    Le jury

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    Le président du jury de cette 52e édition : Roschdy Zem. Lors du festival, il recevra également une distinction numérique de l'INA.

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    Il sera accompagné de : 

    Simon Abkarian (Comédien, dramaturge & metteur en scène),


    Camille Chamoux (Comédienne, autrice & scénariste),


    Cécile de France (Comédienne), 


    Euzhan Palcy (Réalisatrice, scénariste & productrice),


    Raphaël Personnaz (Comédien),


    Lola Quivoron (Réalisatrice & scénariste),


    Mohamed Mbougar Sarr (Écrivain),


    Laura Smet  (Comédienne, réalisatrice & scénariste).

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    La présidente du jury de la Révélation : Lio.

    Elle sera entourée de quatre personnalités dont les parcours témoignent de la vitalité du jeune cinéma français : Noée Abita, Marion Barbeau, Manon Clavel, Sayyid El Alami. Ensemble, ils attribueront le Prix de la Révélation, le 12 septembre prochain.

     Les films en Compétition

    La compétition demeure pour moi le cœur battant du festival : celui où l'on entre souvent sans rien savoir d'un film en ressortant parfois avec la sensation d'avoir découvert un cinéaste qui marquera l'histoire du festival... et du cinéma.

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    Ainsi, la directrice du festival, Aude Hesbert, évoque-t-elle les films en compétition de cette édition 2026 :

    « 13 films cette année qui dessinent une Compétition aux enjeux artistiques et éthiques ambitieux, flirtant avec l’amour et la mort, la cruauté et la tendresse et composant avec les genres les plus actifs du cinéma indépendant contemporain (de l’animation, au western en passant par la comédie et le coming-of-age movie). Cette sélection particulièrement puissante fera la part belle aux forces obscures et telluriques de la nature, aux méfaits de notre contemporanéité individualiste et déshumanisée, à la réinvention de l’amour dans un imaginaire de la famille fracassé sur les rives de la modernité, à la panne d'inspiration et d'expiration. Des nuits new-yorkaises jazzy et/ou débridées, au San Francisco gay des années 90, des quartiers déshérités de Los Angeles d’aujourd‘hui au Wisconsin post guerre de Sécession, du Nouveau Mexique post-Covid aux banlieues résidentielles de la Floride, de l’Ohio et de l’Arkansas, en passant par l'ambiance loufoque d’une petite ville de Géorgie, cette Compétition livrera son lot de formes et de récits immersifs, en couleurs et en noir & blanc, oniriques et gothiques, de chroniques amères et adolescentes, de comédies noires et satiriques, de films d’époque aussi, pour dessiner une Amérique un tantinet désenchantée dans sa quête éternelle de jeunesse, d’amour et de liberté, d’avenir radieux et d’illusions perdues. »

    A PRAYER FOR THE DYING

    Dara Van Dusen

    — 1er film

    — Première française

    CLUB KID

    Jordan Firstman

    — 1er film

    COMPANY

    Casey Affleck

    — Première française

    EVERYBODY DIGS BILL EVANS

    Grant Gee

    — 1er film

    — Première française

    HERE I'M ALIVE

    Joshua Z. Weinstein

    — Première française

    I'LL BE GONE IN JUNE

    Katharina Rivilis

    — 1er film

    IF I GO WILL THEY MISS ME

    Walter Thompson-Hernández

    — Première française

    MÉLI-MÉLO

    Leah Nelson

    — 1er film

    MOUSE

    Kelly O’Sullivan

    — Première française

    PARTY USA

    Jared Sprouse

    — Première française

    QUEEN AT SEA

    Lance Hammer

    — Première française

    TEST

    Sam McConnell

    — 1er film

    — Première française

    THE LIBERATION OF RITA COOPER

    Guy Nattiv

    — Première française

     

    Les Deauville Industry Days auront lieu les 6 et 7 septembre : après un lancement réussi l'année dernière, le volet pro­fes­sion­nel du Festival de Deauville s'enrichit et revient pour une deuxième édition de 2 jours, réservée aux festivaliers accrédités. Le programme complet (100% anglophone) et les partenaires des Deauville Industry Days seront dévoilés courant août.

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    Poursuivant sa tradition de célébrer des artistes exceptionnels du 7e art, le Festival de Deauville honore cette année Ethan Hawke en lui décernant un Deauville Talent Award. La cérémonie se tiendra le dimanche 6 septembre et sera suivie de la projection en avant-première de Les Contrebandiers, réalisé par Padraic McKinley, dans lequel Ethan Hawke tient le rôle principal. Le film sortira en salles le 16 septembre sous la bannière SND. Plusieurs de ses films emblématiques seront aussi projetés durant le Festival pour permettre au public de (re)découvrir son travail. Le jour de la remise de son Deauville Talent Award sera également marqué par l'inauguration d'une cabine de plage à son nom, lors d'une cérémonie publique.

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     La comédienne Sophie Thatcher recevra un Deauville Rising-Star award.  Cette année, elle tient le rôle prin­ci­pal dans Her Pri­vate Hell, réa­li­sé par Nico­las Win­ding Refn, qui marque le retour du cinéaste au grand écran après dix ans d’ab­sence. Elle y inter­prète Elle, une jeune actrice mon­tante dont la meilleure amie épouse son père, tan­dis qu’un tueur en série sème la ter­reur dans une métro­pole futu­riste. Le film est pré­sen­té au der­nier Fes­ti­val de Cannes. Elle sera pro­chai­ne­ment à l’af­fiche de la comé­die Peaches de Jen­ny Suen, du drame de science-fic­tion The Girl Who Was Plug­ged In de Jen­ni­fer Kent et du film d’ac­tion Caven­dish de Chris Andrews. La remise du Deau­ville Rising-Star Award aura lieu le same­di 5 sep­tembre et sera sui­vie de la pro­jec­tion de Her Pri­vate Hell, en pré­sence de Sophie That­cher et du réa­li­sa­teur Nico­las Win­ding Refn.

     Susan Sarandon recevra un Deauville Icon Award le jeudi 10 septembre

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    Elle sera prochainement à l’affiche de The Accompanist, premier long métrage réalisé par Zach Woods, dont la projection en avant-première suivra la remise du Deauville Icon Award le jeudi 10 septembre.

     Patrick Schwarzenegger recevra un Deauville Rising-Star Award

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    Riche d'un parcours de plus en plus marqué par des projets prestigieux, au cinéma comme à la télévision, Patrick Schwarzenegger est désormais un acteur confirmé, prêt à entamer une nouvelle étape de sa carrière. Bunker, du réalisateur oscarisé Florian Zeller, sera présenté en avant-première à la suite de la remise du Deauville Rising-Star Award, le vendredi 11 septembre, en présence de Florian Zeller.

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     Faye Dunaway recevra un Deauville Icon Award le mardi 8 septembre

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    Depuis plus de cinquante ans, Faye Dunaway fascine le public par sa capacité à incarner des femmes fortes et complexes, entre vulnérabilité et détermination. De la jeune hors-la-loi de Bonnie & Clyde à la redoutable Diana Christensen de Network, en passant par la déesse en détresse dans Barfly, elle a marqué le cinéma américain avec ses rôles devenus légendaires. Muse du Nouvel Hollywood, elle a su traverser les genres avec une élégance et une intensité qui n'appartiennent qu'à elle. C'est cette trajectoire hors du commun que le Festival de Deauville célèbre cette année en lui remettant un Deauville Icon Award, à l'occasion de sa 52e édition. Véritable icône dont l’influence dépasse largement le cinéma pour s’étendre à la mode et à la culture populaire, Faye Dunaway poursuit aujourd’hui son parcours avec la même exigence artistique. Elle sera prochainement à l’affiche de Prima d’Alessandro et Luca Morelli, aux côtés de Nicola Peltz Beckham, présenté à Deauville à l'occasion de cet hommage. En voici le synopsis : Margo, une prima ballerina dévouée est élevée par sa grand-mère stricte. Sa vie commence à se fissurer lorsque le directeur de sa compagnie de ballet épouse un chorégraphe contemporain, bouleversant les traditions de la compagnie.

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    Un Deauville Talent Award sera décerné à l’acteur Brendan Fraser. La cérémonie de remise de prix sera suivie par l'avant-première de Pressure, en présence de Brendan Fraser et du réalisateur Anthony Maras. STUDIOCANAL et Working Title ont développé Pressure avec Anthony Maras, d'après l'extraordinaire histoire vraie des trois jours précédant le Jour J du débarquement. David Haig, lauréat d'un Olivier Award, et Anthony Maras ont écrit le scénario d'après la pièce de Haig, saluée par la critique, qui a connu un succès retentissant dans le West End à Londres, avant d'être jouée devant Sa Majesté la Reine et des chefs d'État pour marquer le 75e anniversaire du Débarquement en 2019. Pressure est une production STUDIOCANAL et Working Title, réalisée par Anthony Maras. STUDIOCANAL sortira Pressure dans les salles françaises le 9 septembre 2026. Le film sera également distribué par STUDIOCANAL au Royaume-Uni, en Allemagne, au Benelux, en Pologne, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. STUDIOCANAL assure également les ventes internationales du film. Plusieurs films emblématiques de Brendan Fraser seront également projetés au cours du Festival afin de permettre au public de (re)découvrir sa palette de talents.

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    Pour cette 52e édition, le Festival du cinéma américain de Deauville propose au public une rencontre exceptionnelle avec une icône du 7e art. Le samedi 12 septembre, la comédienne Catherine Deneuve (qui fut présidente de la 45e édition du festival) échangera sur sa vision du cinéma américain en dévoilant sa filmothèque coup de cœur. Une conversation animée par le journaliste Loïc Prigent, aux Franciscaines.

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    Cette année, le Prix d’Ornano-Valenti sera remis à La Gradiva de Marine Atlan lors de la Cérémonie du Palmarès du Festival de Deauville, le 12 septembre.

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    Le Prix Lucien-Barrière du Roman Américain 2026 est décerné à Siri Hustvedt pour Ghost Stories, publié aux Éditions Gallimard et traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Joly.

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    Le Prix des Voyageurs Air France sera remis le samedi 5 septembre à la réalisatrice Rebecca Zlotowski pour son film Vie Privée, présenté l’année dernière lors du 51e Festival du cinéma américain de Deauville.

    Premières

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    Comme chaque année, le festival propose aux festivaliers une sélection de prestigieuses avant-premières.

    BUNKER

    Florian Zeller

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    BUTTERFLY JAM

    Kantemir Balagov

     

    DIAMOND

    Andy Garcia

     

    HER PRIVATE HELL

    Nicolas Winding Refn

    — En présence de l'équipe

     

    L'ÎLE DES SOUVENIRS

    Joel Crawford & Januel P. Mercado

    — Séance Jeune Public

     

    L’INVITATION

    Olivia Wilde

    — Première française

     

    LES CONTREBANDIERS

    Padraic McKinley

    — 1er film

    — Film d'Ouverture

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    MOTHER MARY

    David Lowery

    — Première française

     

    ONLY WHAT WE CARRY

    Jamie Adams

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    PRESSURE

    Anthony Maras

    — En présence de l'équipe

     

    STOP! THAT! TRAIN!

    Adam Shankman

    — Première française

     

    TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

    Jane Schoenbrun

     

    THE ACCOMPANIST

    Zach Woods

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    THE LAST DAY

    Rachel Rose

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    THE LAST PICKPOCKET IN NEW YORK

    Noah Segan

    — Première française

     

    THE MAN I LOVE

    Ira Sachs

    — En présence de l'équipe

     

    VICTORIAN PSYCHO

    Zachary Wigon

     

    WHERE TO LAND

    Hal Hartley

    — Première française

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    Séances Spéciales

    GREMLINS 2 : LA NOUVELLE GÉNÉRATION (1990)

    Joe Dante

     

    HIGH ART (1998)

    Lisa Cholodenko

    Prix du Jury Deauville 1998

    — 1er film

    — Version restaurée

     

    L’ENFANCE D’UN CHEF (2015)

    Brady Corbet

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    NOT A PRETTY PICTURE (1976)

    Martha Coolidge

    — 1er film

    — Première française

    — Version restaurée

     

    American Doc Stories

     

    BUCKS HARBOR

    Pete Muller

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    BURGUNDY

    Michael Dweck & Gregory Kershaw

    — Film de Clôture

    — Première française

     

    DERNSIE: THE AMAZING LIFE OF BRUCE DERN

    Mike Mendez

     

    FAYE

    Laurent Bouzereau

     

    GREMLINS, L’AMÉRIQUE PARASITÉE

    Adrien Dénouette

    — En présence de l'équipe

     

    ONCE UPON A TIME IN HARLEM

    William & David Greaves

    — 1er film

     

    Once Upon a Time (in) America - 250 ans en 15 films

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    « Tous les grands films américains parlent de l’Amérique »  Jean-Luc Godard.

    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville, en écho à son affiche, a l’idée judicieuse de programmer 15 films qui racontent les 250 ans des États-Unis, de ses grands mythes à ses grands chapitres d’une histoire intimement liée à celle de la France depuis les balbutiements de sa révolution. « Le Festival de Deauville ne pouvait passer à côté de cette date fondatrice pour raconter l’Amérique et le rêve américain, l’Amérique de la conquête et de la défense des libertés, des droits civiques, et des grands espaces ; l’Amérique de l’optimisme, de la jeunesse, et de la liberté, sans pour autant occulter les parts d’ombres d’une jeune nation que le plus subtil et visionnaire des analystes de la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, avait si tôt décelées », a ainsi déclaré la directrice du festival, Aude Hesbert.

    1925

    LA RUÉE VERS L'OR

    Charlie Chaplin

    1939

    MONSIEUR SMITH AU SÉNAT

    Frank Capra

    1947

    LES RAISINS DE LA COLÈRE

    John Ford

    1964

    DOCTEUR FOLAMOUR

    Stanley Kubrick

    1980

    LA PORTE DU PARADIS

    Michael Cimino

    1984

    IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE

    Sergio Leone

    1987

    FULL METAL JACKET

    Stanley Kubrick

    2009

    HARVEY MILK

    Gus Van Sant

    2012

    ZERO DARK THIRTY

    Kathryn Bigelow

    2013

    DJANGO UNCHAINED

    Quentin Tarantino

    2014

    SELMA

    Ava DuVernay

    2015

    THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE

    Adam McKay

    2022

    SHE SAID

    Maria Schrader

    2023

    KILLERS OF THE FLOWER MOON

    Martin Scorsese

    2024

    HERE - LES PLUS BELLES ANNÉES DE NOTRE VIE

    Robert Zemeckis

    Ces films seront notamment présentés par :

    Pete Doherty (chanteur, compositeur), Manuel Alduy (responsable cinéma France 2), Olivier Père (Arte France), Damien Bonnard (comédien), Ava Cahen (directrice Semaine de la Critique), Vincent Pérez (comédien), Anne Berest (écrivaine, scénariste), Thierry Klifa (réalisateur), Lou Lampros (comédienne), Julien Colonna (réalisateur), Martin Bourboulon (réalisateur)...

    Vous pouvez réserver vos accréditations sur le site officiel du festival.

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    Comme chaque année, le groupe Barrière sera un des partenaires essentiels du festival, proposant des expériences exclusives : les After Parties,  l’O2 Sofa bar (lounge du festival)... Le Salon des Ambassadeurs du Casino Barrière Deauville accueillera, comme chaque année, le dîner officiel du Festival, réunissant près de 550 invités, imaginé par le chef étoilé Pierre Gagnaire et réalisé en sa présence par les équipes Barrière. Pour la deuxième année consécutive, Barrière s’associe à Air France afin de créer l'événement en marge du Festival. Le 5 septembre 2026, à l’issue de la remise du prix des voyageurs, les deux partenaires organisent un dîner exclusif, notamment en présence des membres du jury du festival présidé cette année par Roschdy Zem. Les invités se retrouveront au Ciro’s, adresse emblématique des planches, pour un moment d’exception qui incarne l’art de recevoir propre à Barrière. Ils pourront aussi déguster une création de Claire Hertzler, élue cheffe pâtissière de l’année 2013 par Gault & Millau, qui signe les desserts servis en cabine la Première d’Air France au départ de Paris. Enfin, le Groupe Barrière vous propose l'offre "Escapade Festival". Proposée dans les hôtels Le Normandy et Le Royal, elle permet au public de vivre le Festival de l’intérieur avec un séjour incluant nuit en chambre double, petit-déjeuner buffet, accès privilégié aux projections et activités du Resort. Offre valable jusqu’au 12 septembre 2026 inclus, à partir de 499 € pour l’hôtel Le Royal et 699€ pour l’hôtel du Normandy, sous réserve de disponibilité.

    Retrouvez mon article consacré à l'Hôtel Barrière Le Normandy de Deauville et ses liens avec le septième art, ici.

    Rendez-vous aussi sur mon autre site https://inthemoodforhotelsdeluxe.com pour retrouver d'autres bonnes adresses à Deauville.

    Suivez-moi en direct du festival, dès le 4 septembre, pour l'ouverture, notamment sur Instagram (sur mon compte @Sandra_Meziere).

    Rendez-vous donc le 4 septembre. Pour dix jours de cinéma, de rencontres, de courses d'une salle à l'autre, de lumière sur les Planches et, je l'espère, de ces émotions imprévues pour lesquelles, après toutes ces années, je continue de revenir à Deauville avec le même enthousiasme.

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