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Cinéma

  • Critique - LA LISTE DE SCHINDLER de Steven Spielberg

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    Long et fastidieux aura été le parcours pour aboutir à ce chef-d'oeuvre. Un premier projet avait ainsi tout d’abord échoué. C’est Poldek Pfefferberg, un des 1100 Juifs sauvés par Oskar Schindler, qui devait raconter la vie de ce dernier. Un film sur Schindler basé sur ce récit devait même être tourné avec la Metro Goldwyn Mayer en 1963. Presque 20 ans plus tard, en 1982, l’écrivain Thomas Keneally écrivit le livre La Liste de Schindler après avoir rencontré Pfefferberg.  C’est ce livre qui servira de base au film éponyme de Spielberg. Universal Pictures en acheta les droits. Spielberg rencontra Pfefferberg et voulut d’abord confier la réalisation du film à Roman Polanski qui refusa puis à Scorsese qui refusa à son tour. C’est ainsi que Spielberg décida de le réaliser  en raison, notamment, du génocide en Bosnie : « La principale raison pour laquelle j’ai tenu à réaliser ce film sans plus tarder, c’est que la purification ethnique qui sévit en Bosnie me persuade de plus en plus de la ressemblance terrifiante de notre époque avec celle où se déroula la Shoah. Je n’avais jamais, dans aucun de mes films, décrit la réalité. Je consacrais toute mon énergie à créer des mondes imaginaires. Je crois que si j’avais inversé mon plan de travail et tourné en premier La Liste de Schindler, je n’aurais jamais éprouvé le moindre désir de réaliser, ensuite, un film sur les dinosaures. » Spielberg ne demanda pas de salaire pour ce film, ce  qui aurait été pour lui « l’argent du sang ».

    Suite au succès remporté par le film, Spielberg créa la Fondation de l’Histoire Visuelle des Survivants de la Shoah, une organisation à but non lucratif  qui rassemble des archives de témoignages filmés des survivants de l’Holocauste. L’argent récolté lui a également permis de produire des documentaires sur la Shoah pour la télévision comme Anne Franck remembered (1995), The lost children of Berlin (1996) The Last days (1998).

    Le film a été tourné entre mars et mai 1993, en soixante-douze jours, essentiellement dans le quartier de Kazimierz à Cracovie.

    C’est le 30 novembre 1993 que La liste de Schindler sortit en salles, soit trente ans après le premier projet de film sur Oskar Schindler. Cela valait la peine d’attendre. Un sujet comme celui-ci nécessitait talent, maturité, sensibilité, sobriété et travail de documentation. A chaque film sur l’Holocauste revient la même question : peut-on et doit-on faire une fiction d’une atroce réalité qui la dépasse ? Doit-on, pour transmettre l’Histoire, tenter de raconter l’indicible, forcément intransmissible ? Spielberg est-il parvenu à lever toutes les réticences ? Claude Lanzmann écrivit ainsi : « L’Holocauste est d’abord unique en ceci qu’il édifie autour de lui, en un cercle de flammes, la limite à ne pas franchir parce qu’un certain absolu de l’horreur est intransmissible : prétendre pourtant le faire, c’est se rendre coupable de la transgression la plus grave. »

    Synopsis : Oskar Schindler (Liam Neeson) est un industriel allemand, membre du parti nazi. Bon vivant, profiteur, époux infidèle, il ne semble avoir qu’une obsession : faire du profit, et faire retentir son nom. Tandis que les Juifs sont regroupés et enfermés dans des ghettos, il réussit à obtenir les capitaux nécessaires (provenant de la communauté juive) pour racheter une fabrique de casseroles. Il emploie une main d’œuvre juive bon marché dans son usine,  afin de la faire prospérer, apparemment indifférent à l’horreur qui se déroule en dehors de son usine. Il faudra la liquidation du Ghetto de Cracovie, en mars 1943, sous les ordres du commandant SS Amon Göth (Ralph Fiennes) pour qu’il prenne conscience de l’ineffable horreur nazie…

    La première scène nous montre Schindler s’habillant méthodiquement, soigneusement, choisissant cravate, boutons de manchette, et épinglant sa croix gammée. Le tout avec la dextérité d’un magicien. Nous n’avons pas encore découvert son visage. De dos, nous le voyons entrer dans une boite de nuit où se trouvent des officiers nazis et des femmes festoyant allègrement. Il est filmé en légère contre-plongée, puis derrière les barreaux d’une fenêtre, puis souriant à des femmes, puis observant des officiers nazis avec un regard mi-carnassier, mi-amusé, ou peut-être condescendant. Assis seul à sa table, il semble juger, jauger, dominer la situation. Sa main tend un billet avec une désinvolte arrogance. Son ordre est immédiatement exécuté. Son regard est incisif et nous ignorons s’il approuve ou condamne. Il n’hésite pas à inviter les officiers nazis à sa table, mais visiblement dans le seul but de charmer la femme à la table de l’un d’entre eux. Cette longue scène d’introduction sur la musique terriblement joyeuse (Por una cabeza de Gardel), d’autant plus horrible et indécente mise en parallèle avec les images suivantes montrant et exacerbant même l’horreur qui se joue à l’extérieur, révèle tout le génie de conteur de Spielberg. En une scène, il dévoile tous les paradoxes du personnage, toute l’horreur de la situation. L’ambigüité du personnage est posée, sa frivolité aussi, son tour de passe-passe annoncé.

    Un peu plus tard, Schindler n’hésitera pas à vivre dans l’appartement dont les occupants ont dû rejoindre le Ghetto. Il faudra que de son piédestal -des hauteurs du Ghetto, parti en promenade à cheval avec une de ses maîtresses- il observe, impuissant, le massacre du Ghetto de Cracovie. Il faudra que son regard soit happé par le manteau rouge d’une petite fille (Spielberg recourt à la couleur comme il le fera à cinq autres occasions dans le film) perdue, tentant d’échapper au massacre (vainement, comme nous le découvrirons plus tard) pour qu’il prenne conscience de son identité, de l’individualité de ces juifs qui n’étaient alors pour lui qu’une main d’œuvre bon marché. Créer cette liste sera aussi une manière de reconnaître cette individualité, de reconnaître qu’à chaque nom correspond une vie sauvée. Sans doute la démarche d’une jeune femme qui lui demande plus tard de faire venir ses parents détenus à Plaszow parce qu’elle a eu écho de sa bonté, qu’il renvoie menaçant de la livrer à la Gestapo tout en lui donnant gain de cause, l’aura-t-elle incité à devenir celui pour qui on le prenait déjà, cet « homme bon », à faire retentir son nom, mais d’une autre manière (là encore, le paradoxe d’Oskar Schindler, il ne recevra pas la jeune femme la première fois, non maquillée et pauvrement vêtue mais seulement lorsqu’elle reviendra maquillée et avec d’autres vêtements). A partir de ce moment, il tentera alors avec son comptable Itzhak Stern (Ben Kingsley), de sauver le plus de vies possibles.

    La scène précitée du massacre qu’observe Schindler est aussi nécessaire qu’insoutenable (une quinzaine de minutes) entre les exécutions, les médecins et infirmières obligés d’empoisonner les malades dans les hôpitaux pour leur éviter d’être exécutés, les enfants qui fuient et se cachent dans des endroits tristement improbables, l’impression d’horreur absolue, innommable, de piège inextricable, suffocant. La scène est filmée caméra à l’épaule (comme 40% du film) comme si un reporter parcourait ce dédale de l’horreur et, comme dans tout le film, Spielberg n’en rajoute pas, filme avec sobriété cette réalité reconstituée qui dépasse les scénarii imaginaires les plus effroyables. Des valises qui jonchent le sol, un amas de dents, de vêtements, une fumée qui s’échappe et des cendres qui retombent suffisent à nous faire appréhender l’incompréhensible ignominie.  Les échanges, implicites, entre Schindler et le comptable Stern  sont aussi particulièrement subtils, d’un homme qui domine l’autre , au début, à la scène deux hommes qui trinquent sans que jamais l’horrible réalité ne soit formulée.

    Le scénario sans concessions au pathos de Steven Zaillian, la photographie entre expressionnisme et néoréalisme de Janusz Kaminski (splendides plans de Schindler partiellement dans la pénombre qui reflètent les paradoxes du personnage), l’interprétation de Liam Neeson, passionnant personnage, paradoxal, ambigu et humain à souhait, et face à lui, la folie de celui de Ralph Fiennes, la virtuosité et la précision de la mise en scène (qui ne cherche néanmoins jamais à éblouir mais dont la sobriété et la simplicité suffisent à retranscrire l’horrible réalité), la musique poignante de John Williams par laquelle il est absolument impossible de ne pas être ravagé d'émotions à chaque écoute (musique solennelle et austère qui sied au sujet -les 18 premières minutes sont d’ailleurs dénuées de musique- avec ce violon qui larmoie, voix de ceux à qui on l’a ôtée, par le talent du violoniste israélien Itzhak Perlman, qui devient alors, aussi, le messager de l’espoir), et le message d’espérance malgré toute l’horreur en font un film bouleversant et magistral.

    La liste de Schindler a d’ailleurs reçu douze nominations aux Oscars en 1994 et en a remporté sept dont ceux du meilleur film, meilleur scénario adapté, meilleure direction artistique, meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleure photographie et meilleure musique. Liam Neeson et Ralph Fiennes ont évidemment été tous deux nommés pour l’Oscar du meilleur acteur, pour le premier, et celui du meilleur second rôle masculin, pour le second, mais  ce sont Tom Hanks, pour Philadelphia, et Tommy Lee Jones, pour Le Fugitif qui les ont obtenus.

    Alors, pour répondre à la question initiale, oui, il faut et il fallait faire un film sur ce sujet car certes « un certain absolu de l’horreur est intransmissible », forcément, mais cela n’empêche pas d’essayer de raconter, de transmettre pour que justement cet absolu de l’horreur ne se reproduise plus. Ce film permet à ceux qui ont regardé avec des yeux d’enfants éblouis les autres films de Spielberg, d’appréhender une horreur que leurs yeux n’auraient peut-être pas rencontrée autrement, trop imperméables à des films comme Nuit et brouillard ou Shoah.

    Comme l’avait fait Benigni avec La vie est belle  là aussi fortement contesté (retrouvez ma critique de « La vie est belle » en cliquant ici et celle de Monsieur Klein  de Losey en cliquant là, deux films indispensables), Spielberg a choisi la fiction, mais n’a surtout pas occulté la réalité, il l’a simplement rendue visible sans pour autant la rendre acceptable.  Une scène en particulier a pourtant suscité une relative controverse, celle lors de laquelle des femmes sont envoyées dans une « douche » à Auschwitz-Birkenau, ignorant si en sortira un gaz mortel. Quand la lumière s’éteint, c’est aussi la certitude du spectateur avant que l’eau ne jaillisse. Scène terrible et par laquelle Spielberg n’a en aucun cas voulu faire preuve d’un suspense malsain mais a brillamment montré quel pitoyable pouvoir sur les vies  (parallèle avec le passionnant dialogue sur le pouvoir entre Schindler et Göth) détenait les tortionnaires des camps qui, d’un geste à la fois simple et effroyable, pouvaient les épargner ou les condamner.

    La liste de Schindler est un film nécessaire et même indispensable. Par le prisme du regard d’un homme avec tout ce que cela implique de contradictions (au sujet duquel le film a l’intelligence de ne jamais lever tout à fait le mystère) qui, d’indifférent devint un « Juste » et sauva 1100 juifs, il nous fait brillamment appréhender l’indicible horreur et montre aussi que des pires atrocités de l’humanité peuvent naitre l’espoir. Quand un sondage sidérant, à l’occasion de la commémoration des 70 ans de la Rafle du Vel d’Hiv, révélait que 57% des 25-34 ans, 67% des 15-17 ans,  ignorent tout de la Rafle du Vel d’Hiv (42% tous âges confondus !), des films comme celui-ci continueront d’avoir leur raison d’être. C’est aussi un film sur le pouvoir, celui, pathétique et exécrable, de ceux qui en abusent ou de celui qui le détourne à bon escient, celui du cinéma, instrument du devoir de mémoire.

    Un film dont vous ressortirez abattus, en colère, bouleversés mais aussi avec le sentiment que le pire peut transformer un homme et faire naitre l’espoir en l’être humain malgré les ignominies dont il peut se rendre capable ; et avec des images, nombreuses, à jamais gravées dans vos mémoires parmi lesquelles celle d’un manteau rouge, lueur tragique et innocente au milieu de l’horreur ou celle de la fin, ces pierres posées sur une tombe par  des rescapés et acteurs pour remercier un homme pour toutes les vies qu’il aura sauvés et pour celles qui, grâce à sa liste, à ces noms et identités écrits et affirmés, auront pu voir le jour.

    Cliquez ici pour retrouver mes autres critiques de films de Spielberg et notamment de » Lincoln ».

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  • Critique de JERRY SCHATZBERG, PORTRAIT PAYSAGE de Pierre Filmon (avant-première au cinéma Silencio des Prés)

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    Pour ses dix ans, le cinéma Le Silencio des Prés (22 rue Guillaume Apollinaire, 75006, Paris), sous la houlette de Sam Bobino (notamment cofondateur du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule, et fondateur des Paris Film Critics Awards) et de Geoffrey Gervais, propose une programmation exceptionnelle d’avant-premières (le plus souvent accompagnées de débats des protagonistes) parmi lesquelles, hier, celle du documentaire de Pierre Filmon : Jerry Schatzberg, portrait paysage, suivie d’une passionnante rencontre entre Pierre Filmon et Michel Ciment.

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    Je vous avais déjà parlé de Pierre Filmon, l’an passé, à l’occasion de la sortie de Entre deux trains (Long Time No See), son deuxième long-métrage et son premier long-métrage de fiction pour lequel j’avais eu un énorme coup de cœur. Je vous le recommande à nouveau vivement. Il est désormais disponible en DVD chez Tamasa éditions. Il a d’ailleurs reçu de nombreux prix dans le monde. Il a ainsi parcouru 35 festivals internationaux et 17 pays. Pierre Rochefort a obtenu le prix du meilleur acteur en Espagne. Au Chili, le film a obtenu le prix du Best fiction film. En Inde, au Rajasthan IFF, Pierre Filmon a obtenu deux prix : honorary Award et best directeur. Au Kosovo, le film a obtenu le prix du meilleur film… Et si cela ne suffisait pas pour vous convaincre de le découvrir, vous trouverez à nouveau ma critique ci-dessous.

    Pierre Filmon a réalisé plusieurs courts-métrages et son premier long-métrage, Close encounters with Vilmos Zsigmond, était en Sélection officielle au Festival de Cannes 2016 dans le cadre de Cannes Classics. Ce documentaire est consacré à Vilmos Zsigmond, formidable directeur de la photographie qui a travaillé avec les plus grands réalisateurs : Robert Altman, John Boorman, Steven Spielberg, Brian de Palma, Peter Fonda et… Jerry Schatzberg.

    C’est justement à ce dernier que Pierre Filmon a donc consacré ce dernier documentaire : Jerry Schatzberg, portrait paysage, qui se focalise sur « l’univers photographique de Jerry Schatzberg, jeune homme de 95 ans, le dernier des Mohicans du Nouvel Hollywood, photographe et cinéaste qui a réalisé des films avec Al Pacino, Gene Hackman, Meryl Streep, Faye Dunaway et Morgan Freeman et a obtenu une Palme d’Or en 1973 pour L’épouvantail». Le film a été présenté en Première Mondiale à la 79ème Mostra, en septembre dernier.

    Entre deux trains transpirait déjà la passion du cinéma, avec de nombreuses influences, d’Agnès Varda à David Lean. Et c’est cette même passion de l’art du passionné Pierre Filmon que l’on retrouve dans ce documentaire qui s’intéresse au travaille de photographe de Jerry Schatzberg. Même si vous ne connaissiez pas son travail, vous aviez forcément vu une de ses plus célèbres photos, celle, sublimissime, de Faye Dunaway, auréolée de noir, qui avait été mise à l’honneur sur l’affiche du Festival de Cannes 2011, modèle de grâce, d’épure, de sobriété, de sophistication, de mystère, de classe, de glamour, et même pourvue d’une certaine langueur… Cette photo avait été prise par Jerry Schatzberg en 1970.

    Le documentaire de Pierre Filmon qui est le plus beau des hommages au travail remarquable et fascinant de Jerry Schatzberg est un dialogue de ce dernier avec le critique Michel Ciment au gré d’une exposition lors de laquelle il croise des portraits (dont, d’ailleurs, le sien), l’occasion de revenir sur ces fabuleuses rencontres qui ont donné lieu à ces photos singulières et marquantes. Ce plan-séquence permet de découvrir la richesse, la profondeur, la diversité du travail de l’artiste né dans le Bronx en 1927 (un an avec Kubrick au même endroit !) découvert par Pierre Ricient qui s’est battu pour que son premier film sorte en France. Rien ne prédestinait à la photographie et au cinéma celui qui travailla d’abord comme fourreur, comme son père, (ce qu’il détesta) avant de commencer comme assistant photographe pour le New York Times jusqu’ à devenir ce photographe immensément talentueux qui parvient toujours à capter quelque chose de la vérité des êtres (que ce soit de la toute jeune Catherine Deneuve, Aretha Franklin ou un enfant inconnu ou même des photos de nus) même dans des photos plus sophistiquées.

    Michel Ciment a rappelé quel découvreur de talents il a aussi été, ayant notamment à son actif les découvertes d’Al Pacino ou Guillaume Canet qu’il avait fait tourner dès 2001 dans The day the ponies come back. « Ce qui le caractérisé, c'est de faire du mouvement, du presque cinéma dans un décor naturel réaliste» a expliqué hier Michel Ciment. Ce fut «le contraire pour Bob Dylan»  avec des photos en studio dans lesquelles Schatzberg a « capté sa sensibilité, son intelligence et son charisme » a souligné Michel Ciment. Par ailleurs, pour ce dernier, « pas un seul metteur en scène américain n’a fait à la suite trois films aussi extraordinaires ».

    Ce travail en petite équipe, 4 personnes avec Olivier Chambon qui avait déjà été le filmeur de la séquence sur Jerry Schatzberg dans le film de Pierre Filmon sur Vilmos Zsigmond, procure tout son caractère intimiste, sincère et naturel à ce documentaire.

    Michel Ciment a conclu en disant que « le rapport émotionnel avec le sujet est très important » et que Jerry Schatzberg est un « esthète, grand metteur en scène formel mais qui s'intéresse aussi aux émotions, aux rapports humains comme c'est le cas de tous les grands metteurs en scène. Le public vient au cinéma pour ressentir des émotions. C'est ce travail formel qui lui permet d’accéder aux émotions. » C’est sans aucun doute aussi le cas du cinéma de Pierre Filmon qui cherche toujours à saisir l’émotion, par la fiction ou le documentaire.

    Il se pourrait qu’il y ait une suite. Espérons-le tant ce documentaire nous donne envie d’en savoir plus sur Jerry Schatzberg mais aussi de retrouver le regard aiguisé, passionné et enthousiaste de Pierre Filmon sur celui-ci et sur le cinéma en général.

    Pour en savoir plus : http://pierrefilmon.com.

    Et pour le Silencio des Prés : https://lesilencio.com/  

    Critique de ENTRE DEUX TRAINS de Pierre Filmon

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    Un mardi soir aux airs de « chanson d'automne » lors duquel pour paraphraser celle de Verlaine, des « sanglots longs des violons blessent mon cœur d’une langueur monotone », direction l'indéfectible abri de la réalité (le mien, en tout cas) : le cinéma ! En l'occurrence, Le Cinéma Le Grand Action. Cela tombe bien : le film que je souhaitais y voir, le premier long métrage de fiction de Pierre Filmon (réalisateur de quatre courts métrages et d’un long métrage documentaire en sélection officielle au 69ème Festival de Cannes Close Encounters with Vilmos Zsigmond), est une douce parenthèse qui nous rappelle justement que le réel aussi peut contenir ses évasions poétiques, une parenthèse ouverte et close par les rails de la voie ferrée qui défilent et nous emmènent avec eux, témoins indiscrets de la rencontre entre Marion (Laëtitia Eïdo) et Grégoire (Pierre Rochefort) qui se croisent par hasard sur le quai de la Gare d'Austerlitz. Entre deux trains… 

    Neuf ans plus tôt, ils ont vécu une brève histoire d’amour. Il arrive à Paris, de retour d’Orléans où, violoniste, il était en concert. Elle doit en repartir 80 minutes plus tard. Il feint de ne pas la reconnaître ou ne la reconnaît vraiment pas, incrédule face à la matérialisation du rêve (revoir Marion) en réalité. 

    Il y a presque trois films en un. Celui qui se déroule sous nos yeux. Le passé que nous apprenons par bribes par leurs échanges. Et ce que nous devinons de leurs réalité, vérité, avenir : notre propre film.

    Entièrement filmé en plans séquences en cinq jours, ce film est loin d'être seulement une prouesse technique. C'est une ode aux possibles de l'existence. À la magie de ses hasards. De ces interstices presque irréels volés au prosaïsme du quotidien qui soudain éclairent le présent comme ce rayon de soleil qui balaie et illumine le visage de Marion. Une ode aux rêves (qui ont aidé Grégoire à vivre) et à l'imaginaire (celui du spectateur qui se fait son propre cinéma).

    Et puis, un film qui nous dit que « aimer, c'est voir l'enfant en l'autre », qui cite Prévert et Les Enfants du paradis (« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour »), qui fait notamment résonner Schubert et Beethoven (la musique originale est de David Hadjadj), qui nous rappelle Agnès Varda (Cléo de 5 à 7) et David Lean (Brève rencontre), pour tout cela, déjà, vaut la peine qu'on aille à sa rencontre. De ces films qui, comme ce à quoi aspirait Claude Sautet (oui, je cite encore Claude Sautet…), vous font « aimer la vie », encore plus, vous dire que même des jours monotones peuvent surgir des éclats inattendus de bonheur ou des airs de violon mais qui, ceux-là, ne blessent pas mais au contraire apaisent et entraînent dans un tourbillon de joie. Entre deux trains m’a fait penser à ces films de mon panthéon cinématographique où la rencontre de quelques heures illumine une vie que ce soit à Paris et Casablanca (dans le film éponyme de Michael Curtiz, « nous aurons toujours Paris ») ou Tokyo dans Lost in translation de Sofia Coppola. 

    Le court laps de temps imparti à Marion et Grégoire intensifie les émotions, les exacerbe et sublime. Alors, partez avec Marion et Grégoire pour cette déambulation mélancolique et réjouissante, du Jardin des Plantes (ses squelettes du Muséum d’Histoire naturelle qui nous rappellent qu'il faut déguster chaque seconde et que ce moment qu'ils partagent est de la vie pure et précieuse) au café Maure de la Grande Mosquée de Paris.

    Laëtitia Eïdo et Pierre Rochefort transmettent au film leur justesse, grâce et élégance intemporelles. Et réciproquement ! La déambulation poétique de ces deux cœurs égarés n’est ainsi jamais cynique, jamais mièvre non plus. Simplement juste. Ronald Guttman interprète avec talent un beau-père imbuvable à souhait dont chaque réplique est savoureusement insupportable. Estéban fait une apparition remarquée. 

    Une variation sur les hasards et coïncidences et les possibles de l’existence, empreinte de la beauté cinglante de la nostalgie. Un petit bijou fragile et délicat, aérien et profond dont vous sortirez avec l’envie de savourer chaque précieuse seconde, et de croire, plus que jamais, comme l’écrivait Victor Hugo qu’« il y a le possible, cette fenêtre du rêve, ouverte sur le réel ».

  • Critique - LE TOURBILLON DE LA VIE de Olivier Treiner (au cinéma le 21.12.2022)

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    Choisit-on son destin ? À quoi tiennent l’amour ou le bonheur ? Parfois de petits riens, d’infimes actions ou inactions qui auront de formidables ou terribles conséquences… Et si on jouait à pile ou face notre destinée, les conséquences seraient-elles pires ou meilleures que lorsque nos décisions sont le fruit d’une longue réflexion et de notre libre-arbitre ? Ou tout est-il écrit d’avance et n’avons-nous de toute façon aucun poids sur notre existence ? Y a-t-il toujours une seule route possible ou autant de voies que de destins envisageables pour la même personne ? Autant de questions ludiques et profondes que pose ce film qui l’est aussi, en plus d’être original et passionnant.

    « Le hasard est le plus grand romancier du monde » écrivait Honoré de Balzac.  C’est aussi sans aucun doute le plus grand scénariste, celui qui a inspiré ce premier long-métrage à Olivier Treiner, dix ans après L’Accordeur pour lequel il avait obtenu le César du court-métrage.

    Les grands tournants de notre existence sont parfois dus à de petits hasards. Si Julia Sorel (Lou de Laâge) n’avait pas fait tomber son livre ce jour-là, à la librairie, elle n’aurait probablement pas croisé Paul (Raphaël Personnaz) et n’aurait pas eu de coup de foudre, presque à la « Notting Hill ». Sa vie aurait-elle pris une direction radicalement différente ? À quelques lettres près, le nom du personnage incarné par Lou de Laâge ressemble à celui du plus célèbre personnage de Stendhal. Ce n'est certainement pas un hasard, le destin de ce dernier étant indissociable de ses rencontres.

    Si ce premier long-métrage est aussi singulier qu’universel, c’est parce qu’il traduit en images la question passionnante des multiples possibles d’une même existence que chacun s’est forcément posée un jour. Notre vie aurait-elle été la même si nous n’avions pas été à tel endroit tel jour à telle l’heure…ou si à l’inverse il ne nous avait pas été possible d’y être ou si nous avions pris la décision de ne pas y être ? Nos vies sont-elles soumises au hasard ou sont-elles écrites à l’avance ? A-t-on conscience qu’une décision a priori anodine peut faire basculer notre destin ? Le film montre que chaque existence est avant tout le fruit de ses choix même s’il y a des impondérables comme la maladie, en l’occurrence celle de la mère de Julia (Isabelle Carré), présente dans les quatre versions. C’était un vrai défi que de traduire ces questions philosophiques à l’écran et pourtant Olivier Treiner y parvient magistralement.

    On se souvient des Smoking /No smoking d’Alain Resnais avec sa série de personnages interprétés par Sabine Azéma et Pierre Arditi dont l’évolution des vies dépendait du fait qu’une cigarette soit fumée ou non. Ici, pour que le destin de Julia bascule dans un sens ou dans l’autre, que sa vie soit plus ou moins heureuse, cela dépendra d’un livre tombé, d’un passeport oublié ou de la personne que le destin (joué à pile ou face) choisira comme conducteur d’un scooter. A partir de là vont en découler quatre différentes Julia, quatre variations de la même personne, quatre personnalités. Dans plusieurs versions, Julia rencontre Paul : ils sont jeunes, beaux, ont l’avenir devant eux, lui comme mathématicien, elle comme pianiste. Comme dans un film de Sautet, la pluie va les rapprocher… Mais à chaque fois la personnalité de Paul fera que cette histoire connaîtra la même issue.

    Laurent Tangy, le directeur de la photographie, a créé une image qui s’assombrit au gré des épreuves traversées par Julia mais d’une grande élégance qui m’a fait songer à la photographie dans les films de Woody Allen, toujours d’une élégance soignée.

    Le travail sur le montage est tout aussi remarquable, ne nous égarant jamais malgré la multiplicité des histoires mais nous permettant au contraire de suivre de manière fluide ces vies parallèles de la même personne prise dans un tourbillon dramatique.

    Ce film est un hymne à la vie mais aussi à la musique qui le parcourt. C’est la passion et la vocation de Julia. Le frère du cinéaste, Raphaël Treiner a composé une musique qui reflète les sentiments de cette dernière. La musique classique apporte aussi une émotion supplémentaire, de Rachmaninov à Brahms, avec des scènes d’une poésie envoûtante comme lorsque Julia joue en plein Berlin lors de la chute du mur.

    Rares sont les actrices à pouvoir incarner autant de visages sans tomber dans l’esbroufe. Lou de Laâge est une fois de plus parfaite de nuances, de sensibilité, de talent discret. Je la suis depuis que je l’avais découverte dans ce petit bijou méconnu, J’aime regarder les filles de Frédéric Louf (film au romantisme assumé, imprégné de littérature, avec un arrière-plan politique et un air truffaldien, je vous le recommande au passage), en passant par Respire de Mélanie Laurent (dans lequel elle excelle, un rôle de manipulatrice qui, sous des abords au départ particulièrement affables, va se révéler venimeuse, double, perverse) ou plus récemment dans Boîte noire de Yann Gozlan. Je me souviens avec émotion du prix d’interprétation féminine que le jury du Festival du Film de Boulogne-Billancourt 2021 dont j’avais eu le plaisir de faire partie lui avait attribué pour Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer. Dans Le tourbillon de la vie, elle est ardente, profonde et lumineuse et elle incarne le(s) personnage(s) de Julia de 17 à 80 ans, avec toujours la même crédibilité et la même aisance malgré ses multiples facettes.

    Face à elle, Raphaël Personnaz arbore sa présence toujours aussi magnétique, que ce soit dans un film en costumes comme La Princesse de Montpensier de Tavernier dans lequel il incarnait le Duc d’Anjou ou dans des films dont l’action se déroule de nos jours comme Trois monde de Catherine Corsini ou  After de Géraldine Maillet dans lequel il est constamment sur le fil, à fleur de peau, à la fois touchant, et légèrement inquiétant, formant avec Julie Gayet un couple évident duquel émane un trouble lancinant. Il est tout aussi juste dans l’hilarant Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier, dans Marius et Fanny de Daniel Auteuil, L’Affaire SK1 de Frédéric Tellier ou dans Dans les forêts de Sibérie de Safy Nebbou avec ce personnage qui se transfigure au fil du temps, retrouvant peu à peu la pureté et la spontanéité des joies enfantines. Cette fois, pour incarner le premier amour de Julia, sans manichéisme, il passe du rôle du jeune premier irrésistible à l’homme plus ambivalent, mathématicien brillant qui perd peu à peu de vue ses rêves et son éthique par appât du gain.

    Grégory Gadebois qui incarne le père de Julia montre une fois de plus qu’il peut tout jouer, du père bourru et même obtus de l’héroïne à l’amoureux de Maria rêve, la touchante comédie romantique de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, un gardien, secret, discret mais solaire qui se déhanche sur Elvis Presley. Aliocha Schneider est également parfait dans le rôle de Nathan aussi crédible en jeune premier qu’en homme plus âgé. De même que Sébastien Pouderoux  en cancérologue solaire et réconfortant. Ou Denis Podalydès en pygmalion en mal d’enfant.

    Il y a du Lelouch dans cette « symphonie du hasard » et des coïncidences remplie d’humanité avec tous ces personnages ayant vécu ou abandonné leurs rêves, ayant traversé les désillusions qui jalonnent toute existence, mais se relevant en empruntant une voie qui n’était pas forcément celle envisagée au départ mais leur permettant malgré tout de trouver le chemin du bonheur. Un film qui, comme les vies qu’il narre, nous emporte dans un tourbillon, d’émotions, dont on sort chamboulé de questionnements, avec l'envie d'appréhender toute la complexité et la beauté de chaque petite seconde de vie ou de musique. Un premier film maîtrisé, palpitant de vie et parfait pour cette fin d’année.  Ne le manquez pas !

    Sortie en salles : le 21.12.2022

  • Critique de EMILY de Frances O'Connor ( au cinéma le 15/03/2023)

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    Les six films de la compétition du dernier Dinard Festival du Film Britannique que j’ai eu le plaisir de voir ont été à la hauteur des films en compétition des années précédentes, surtout, le film couronné du Hitchcock d’or, du prix du public et du prix d’interprétation féminine (rien que cela !) qui est pour moi un des grands films de cette année 2022 et qui méritait donc cette avalanche de récompenses.

    « Qui pensons-nous être ? ». Telle était la question posée sur les murs du Palais des arts de Dinard. Question à laquelle devaient répondre les films de cette édition selon les mots de la directrice artistique du festival, Dominique Green, lors de la cérémonie d’ouverture du festival.


    Tourmentée. Impétueuse. Romanesque. Flamboyante. Rebelle. Étrange. Exaltée. Ainsi pourrait être qualifiée la Manche dont le spectacle incomparable, à Dinard, inonde et ensorcelle le regard. Telle pourrait aussi être qualifiée l’héroïne du film Emily de Frances O’Connor (Emma Mackey). 

    Ce film raconte la vie imaginaire de l’une des romancières les plus célèbres du monde, Emily Brontë, disparue trop tôt, à 30 ans. Un voyage initiatique d’une jeune femme rebelle vers la maturité. Le film explore les relations qui l’ont inspirée : sa relation brute et passionnée avec ses sœurs Charlotte et Anne, son premier amour douloureux et interdit pour Weightman, et l’attention qu’elle porte à son frère Branwell.

    Cette première réalisation de Frances O'Connor dresse un portrait imaginaire de la célèbre romancière, aussi passionnant que bouleversant. Un éloge de la différence, de la liberté (avant tout celle de penser), de la puissance de l'écriture que l'auteure des Hauts de Hurlevent semble puiser autant dans les chagrins (l'amour, la mort, la solitude) que dans la sauvagerie et la rudesse des paysages du Yorkshire pour livrer cette écriture tempétueuse et poétique qui, comme ce film, nous emporte et nous enivre. Comme le panorama dinardais, finalement. 

    La réalisation époustouflante pour un premier film (photographie sublime de Nanu Segal, richesse de la profondeur de champ, utilisation signifiante de la lumière), entre Jane Campion et James Ivory est à la hauteur de son (magnifique) sujet. 

    Un hymne palpitant à la vie que l'écriture permet de sublimer, surmonter, exalter, romancer pour qu'elle devienne intensément romanesque à l'image de ce film qui est aussi enflammé et flamboyant, comme son héroïne, en contraste avec les paysages ombrageux du Yorkshire.

    Un film au romantisme sombre, envoûtant, parsemé de références au roman mythique d'Emily Brontë (entre embardées dans le genre fantastique - dont une remarquable scène de dîner qui est aussi un hommage à la force poignante et dévastatrice de l’imaginaire - et relation tumultueuse et passionnelle avec son frère) et qui interroge intelligemment les rapports entre la fiction et la vie d'un (ou une) auteur(e), la part de vérité qu’elle ou il y puise pour nourrir son art, qu’il s’agisse de s’y sauver ou de s’y perdre.

    Le président du jury de ce 33ème Dinard Festival du Film Britannique, José Garcia, a ainsi déclaré : « On a été unanimes. Emily est un très grand film, très moderne alors qu'il est sur une base très classique. »  Un film vertigineux de beauté et d’intensité, dont la sortie en France est prévue pour le 15 mars 2023.

  • Spectacle symphonique "Claude Lelouch, d'un film à l'autre" : l'inoubliable hymne à la vie de Claude Lelouch pour ses 85 ans !

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    Éperdument vivants. Ainsi sont presque toujours les personnages dans les films de Claude Lelouch. Ainsi nous donnent-ils encore plus envie d’être. Dans Un homme et une femme, Jean-Louis Duroc (Trintignant) demande à Anne Gauthier (Anouk Aimée), citant Giacometti « Qu'est-ce que vous choisiriez : l'art ou la vie ? ». Lelouch n'a certainement pas choisi, ayant réussi a insufflé de l'art dans la vie de ses personnages et de la vie dans son art. Son cinéma, c'est de l'art qui transpire la vie. Et, hier soir, chaque seconde transpirait la vie.
     
    C’est par son fameux court-métrage, sa trépidante traversée de Paris de huit minutes, C’était un rendez-vous, qu’a débuté cette soirée unique. Hier soir, au Palais des Congrès, c’était effectivement un sacré rendez-vous. Un rendez-vous avec mes premiers émois de cinéma. Un rendez-vous avec certains des films qui me l’ont fait aimer, comme on devrait toujours aimer : la vie, les êtres chers, le septième art. Passionnément. Inconditionnellement. Par ce concert exceptionnel au Palais des Congrès, avec les 80 musiciens de l’orchestre philarmonique de Prague, Claude Lelouch a célébré ses 85 ans....enfin pardon ses...8+5=13 ans ! Une soirée qui, comme chacun de ses films, aspirait à nous faire « aimer un peu plus la vie » qui est « le plus grand cinéaste du monde », cette vie qu'il fait tournoyer sous sa caméra, et qu’il rend ainsi si vibrante et intense. Dans chacun de ses films, la vie est un jeu. Dénué de tiédeur. Sublime et dangereux. Grave et léger. Un jeu de hasards et coïncidences. Le cinéma, son cinéma, l’est aussi.
     
    « C’est l’irrationnel qui invente notre vie. La musique est ce qui parle le mieux à notre irrationnel » a coutume de dire Claude Lelouch. Alors, hier soir, l’irrationnel a déployé toute sa puissance pour nous embarquer dans un tourbillon d’émotions transcendé par la musique (surtout) de Francis Lai.
     
    Cette soirée aurait pu être une scène d’un film de Lelouch, là où la frontière entre le cinéma et la réalité est si ténue. L’ouvreuse vend le programme sur l’air de « qui me dira » et déjà le cinéma empiète sur la réalité, lui procure une aura romanesque.
     
    La vie de Lelouch a d’ailleurs débuté sous le signe du cinéma. C’est dans un cinéma qu’il se réfugia pendant la guerre. Et ses parents s’y sont rencontrés, pendant un film de Fred Astaire et Ginger Rogers, lesquels, des années plus tard, lui remettront son Oscar. Comme dans une scène d'un film de Lelouch glorifiant les hasards et coïncidences ! Il n’y a pas plus bel endroit pour s’abriter de la réalité qu’un cinéma après tout, non ?
     
    Claude Lelouch n’a eu de cesse de sublimer la vie et les acteurs avec sa fougue communicative, sa réjouissante candeur, son regard enthousiaste, sa curiosité malicieuse. Bien que les critiques ne l’aient pas épargné, il est toujours resté fidèle à sa manière, singulière, de faire du cinéma, avec passion et sincérité, et fidélité : à la musique de Francis Lai (toujours enregistrée avant le tournage et diffusée sur le plateau), aux fragments de vérité, aux histoires d’amour éblouissantes, à sa vision romanesque de l’existence, à ses aphorismes, aux sentiments grandiloquents et à la beauté (parfois terrible) des hasards et coïncidences.
     
    Quel plaisir de revoir tous ces moments inoubliables de cinéma portés par la musique (essentiellement de Francis Lai qui a composé les musiques de 35 de ses 50 films) magistralement interprétée par l’orchestre philarmonique de Prague, de cet inénarrable Dabada mondialement célèbre repris par Nicole Croisille à la musique de son prochain film composée par Ibrahim Maalouf et jouée en exclusivité hier.
     
    Que d’images et musiques inoubliables revues et réentendues hier ! La foule d’émotions qui passent sur le visage de Girardot à la fin d’Un homme qui me plaît jusqu’à son regard final, poignant, sur le magnifique Concerto pour la fin d’un amour. L’incroyable musique de western de ce film aussi. Ou encore ce couple magique et improbable interprété par Françoise Fabian et Lino Ventura dans le jubilatoire La bonne année (le film préféré de Kubrick, tandis qu’hier soir dans les messages enregistrés, Travolta déclarait que Un homme et une femme était son «film préféré de tous les temps» et Woody Allen que Lelouch était pour lui une source d’inspiration). Ce crescendo étourdissant et magistral du Boléro de Ravel plus bouleversant que jamais grâce à l’orchestre philarmonique et au montage des images des films de Lelouch. Ou encore la musique épique, flamboyante et lyrique de Itinéraire d’un enfant gâté qui, rappelez-vous, dans le film, accompagne d’abord les premières années de Sam Lion et les numéros de cirque étourdissants qui défilent (sans dialogues, juste avec la musique pour faire le lien) jusqu’à l’accident fatidique. Puis, les flashbacks qui alternent avec les vagues sur lesquelles flotte le navire de Sam Lion, des vagues qui balaient le passé. Rappelez-vous ces premières minutes bouleversantes, captivantes, montées et filmées sur un rythme effréné, celui sur lequel Sam Lion (ainsi appelé parce qu’il a été élevé dans un cirque) va vivre sa vie jusqu’à ce qu’il décide de disparaître.
     
    Rappelez-vous aussi le « Montmartre 1540 » de Trintignant dans Un homme et une femme (c’est déjà un peu de la musique quand il le prononce, non ?). Ou des années plus tard dans  Les plus belles années d’une vie quand soudain il s'illumine par la force des souvenirs de son grand amour, comme transfiguré, jeune, si jeune soudain. Et la majesté d'Anouk Aimée, sa grâce quand elle remet sa mèche de cheveux. Que d'intensité poétique et poignante lorsqu'ils se retrouvent et qu’ils sont l’un avec l’autre dans ce film des décennies après Un homme et une femme comme si le cinéma (et/ou l'amour) abolissai(en)t les frontières du temps et de la mémoire.
     
    « Les plus belles années d’une vie sont celles qu’on n’a pas encore vécues ». Cette citation de Victor Hugo reprise dans le film précité résume au fond ce que nous racontent tous les films de Claude Lelouch. Et ce qu’a raconté cette soirée. Et ce sont cette liberté et cette naïveté presque irrévérencieuses qui me ravissent, n’en déplaise aux sinistres cyniques. Comme chacun des films de Lelouch, cette soirée était une déclaration d’amour avec ses touchantes maladresses et ses élans passionnés. Une déclaration au cinéma. Aux acteurs. À l’amour. Aux hasards et coïncidences. Un hymne à la vie. Au présent. À l’émerveillement. À la musique.
     
    « Je ne suis pas un metteur en scène. Je suis un metteur en vie. Le plus grand scénariste, le meilleur dialoguiste, c’est la vie », « J’ai toujours privilégié l’émotion à la technique. L’émotion, c’est la vérité » répète régulièrement Claude Lelouch. « La musique c’est ce qui parle le mieux à notre instinct, qui interpelle notre cœur » dit-il aussi. Alors, hier, le mien était chamboulé.
     
    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Cette citation d’Albert Cohen ouvre Itinéraire d’un enfant gâté et place le film sous le sceau du pessimisme et de la solitude, impression que renforce la chanson interprétée par Nicole Croisille qui ouvre le film. « Qui me dira, les mots d’amour qui font si bien, du mal ? Qui me tiendra, quand tu iras décrocher toutes les étoiles ? Qui me voudra, avec le nez rouge, et le cœur en larmes ? Qui m’aimera, quand je n’serai plus que la moitié d’une femme ? » tandis qu’un petit garçon seul sur un manège attend désespérément sa mère. Un homme s’occupe de lui, découvre le carton qu’il a autour du cou et qui indique que sa mère l’a abandonné.
     
    Rares sont les films qui émeuvent ainsi, dès les premiers plans et qui parviennent à maintenir cette note jusqu’au dénouement. Pour y parvenir, il fallait la subtile et improbable alliance d’ une musique fascinante comme un spectacle de cirque, d’acteurs phénoménaux au sommet de leur art, de dialogues réjouissants magistralement interprétés, un scénario ciselé, des paysages d’une beauté à couper le souffle, des histoires d’amour (celles qui ont jalonné la vie de Sam Lion, avec les femmes de sa vie, son grand amour décédé très jeune, sa seconde femme, sa fille Victoria pour qui il est un héros et un modèle et qui l’aime inconditionnellement, mais aussi celles d’Albert avec Victoria), jouer avec nos peurs (l’abandon, la disparition des êtres chers, le besoin de reconnaissance), nos fantasmes (disparaître pour un nouveau départ, le dépaysement) et les rêves impossibles (le retour des êtres chers disparus). Mais je digresse...
     
    Hier soir, au contraire, nous n’étions plus sur l’île déserte. La musique est effectivement le meilleur des médicaments comme l’a dit hier soir Claude Lelouch. Un baume universel sur les âmes meurtries et les cœurs blessés. Bref, ce fut un grand moment. De musique. D’émotions. De cinéma. Sur scène, Calogero, Nicole Croisille, Barbara Pravi, Ibrahim Maalouf, Patrick Bruel, Thomas Dutronc, ont rejoint l'orchestre philarmonique pour interpréter les chansons extraites des BO des films de Claude Lelouch tandis que Didier Barbelivien lui a composé et interprété une chanson inédite et que Francis Huster lui a lu deux déclarations d'amour, l'une de la compagne de Claude Lelouch, la talentueuse écrivaine Valérie Perrin, et l'autre des acteurs qui ont tourné avec lui, nombreux dans la salle venus souhaiter un joyeux anniversaire à celui dont on espère qu'il continuera le plus longtemps possible à nous faire aimer la vie, ainsi, passionnément.
     
    A l'issue du concert, Claude Lelouch est monté sur scène et, la voix étranglée par l'émotion, a déclaré : «A la fin de Guerre et Paix, Tolstoï disait, le plus difficile dans la vie, c'est d'aimer la vie. C'est ce que j'ai essayé de faire et à travers ces 50 films, d'essayer de vous faire partager cet amour que j'ai de la vie. Profitez-en. Vous ne pouvez pas savoir. Vous savez, je crois qu'on ne saura d'où l'on vient et où l'on va. Vous êtes arrivés dans un film qui avait commencé bien avant vous et vous serez obligés de vous barrer avant la fin du film. Alors profitez d'une seule chose, c'est le présent.» «La musique est la chose la plus importante de ma vie. C'est le meilleur des médicaments. Dès que j'ai un coup de blues, c'est à elle que je pense.»
     
    Selon Platon « La musique donne une âme à nos cœurs, des ailes à notre pensée et un essor à l’imagination. » En sortant du Palais des Congrès hier, la pensée et l’imagination s’envolaient en effet vers un joyeux ailleurs. Comme dans un film de Lelouch… Qui me dira…♪♪♪... Merci et joyeux anniversaire Monsieur Lelouch !
  • Programme de la 23ème édition du Arras Film Festival : du 4 au 13 novembre 2022

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    Alors que les salles de cinéma subissent une baisse dramatique du nombre d’entrées, plus que jamais, je souhaite vous faire découvrir ici des pépites cinématographiques, que ce soit en sortant des sentiers battus ou en vous parlant des films dits populaires, en restant toujours fidèle à mon credo : n’évoquer que les films qui m’ont enthousiasmée, vous (re)donner le goût de la curiosité et de la découverte en salles, ce à quoi incite tout particulièrement l’Arras Film Festival qui s’intéresse à toutes les formes de cinéma comme le démontre son foisonnant programme que je vous détaille ci-dessous.

     Après le Dinard Festival du Film Britannique (dont vous pouvez lire mon compte-rendu, ici), je vous donne ainsi rendez-vous le mois prochain pour l’Arras Film Festival qui aura lieu du 4 au 13 novembre 2022.  

    Pour cette 23ème édition, 120 longs métrages, dont 80 inédits ou avant-premières, seront projetés. Je me réjouis tout particulièrement de (vous faire) découvrir ce festival à la programmation très riche, qu’il s’agisse des avant-premières les plus attendus ou de films européens méconnus. Ce festival a en effet pour objectif de promouvoir la diversité du cinéma, et plus particulièrement du cinéma européen qui « joue un rôle essentiel dans la diffusion et la promotion des films, l’émergence de jeunes talents et l’éducation aux images. »

    Pendant 10 jours, chaque année, ce sont près de 50000 spectateurs, et plus de 500 professionnels et journalistes venus de toute l’Europe qui assistent au festival. Au programme : un  « savant mélange de films populaires, d’œuvres exigeantes et de films que l’on ne voit nulle part ailleurs » :

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    - des avant-premières en présence des équipes parmi lesquelles les très tentants derniers films de : Philippe Lioret, Eric Lartigau, Clovis Cornillac (le très attendu Couleurs de l’incendie, adaptation du livre éponyme de Pierre Lemaitre, suite de la saga initiée par Au revoir là-haut), Bruno Chiche (Maestro(s)), Roschdy Zem, Gad Elmaleh, Rachid Bouchareb, Anne Le Ny

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    - des avant-premières « toiles de maîtres », des films de grands maîtres du cinéma international présentés en avant-première dont Les Banshees d’Inisherin de Martin McDonagh (Une fable tantôt caustique, tantôt tragique, constamment déroutante dont je vous parle ici) mais encore The lost king de Stephen Frears...

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    - des avant-premières de films tournés dans la région des Hauts-de-France dont Le Prix du passage de Thierry Binisti, cinéaste dont je vous parle souvent ici qui a notamment réalisé le sublime Une bouteille à la mer, ou encore Saint Omer d’Alice Diop (Lion d'argent de la Mostra de Venise 2022), Un hiver en été de Laetitia Masson, La guerre des Lulus de Yann Samuell...

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     - une compétition de films européens projetés pour la première fois en France, 9 longs-métrages en présence des réalisateurs et producteurs en provenance de Hongrie, Slovaquie, Pologne, Serbie, Roumanie, Belgique, Ukraine, République tchèque…

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    -  une sélection d’œuvres fortes, drôles, parfois même décalées, proposées dans le cadre des sections Visions de l’Est, des avant-premières ou des films inédits provenant de pays d’Europe centrale ou orientale...

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    - des découvertes européennes, une sélection de longs-métrages inédits ou en avant-première pour mettre en valeur les nouveaux talents du cinéma européen, l’occasion notamment de découvrir Corsage de Marie Kreutzer, primé du Prix de la Meilleure création sonore du Festival de Cannes 2022  ou encore The quiet girl de Colm Bairead qui a atteint des sommets au box-office britannique...

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    -  mais aussi un focus sur le cinéma espagnol avec une sélection de longs-métrages en avant-première ou inédits pour mettre en valeur les talents du cinéma espagnol actuel...

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    - des perspectives du cinéma français avec une sélection de longs-métrages inédits ou en avant-première pour mettre en valeur les nouveaux talents du cinéma français avec, notamment, Amore mio de Guillaume Gouix...

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    - et Cinémas du monde : une sélection de longs-métrages pour découvrir d’autres cultures et approcher les problématiques du monde actuel avec des films en provenance du Japon, du Chili, de Turquie ou d’Algérie avec le dernier film de Mounia Meddour, Houria,...

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    - Les enfants et les familles ne sont pas oubliés avec de belles avant-premières, ainsi que des animations ludiques et pédagogiques, certaines s’adressant tout particulièrement aux établissements scolaires...

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    - une rétrospective de 12 films sur le thème Victoria, une Reine, un Empire avec des œuvres aussi formidables et diverses que Oliver Twist de David Lean, Khartoum de Basil Darden, L’homme qui voulut être roi de John Houston, Elephant man de David Lynch, Confident royal de Stephen Frears...

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    - une sélection de grands chefs-d’œuvre d’Europe de l’Est proposés dans le cadre des 70 ans de la revue Positif comme Cendres et diamants de Wajda, Le temps des Gitans de Kusturica ou encore 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu...

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    - des ciné-concerts avec notamment Paris qui dort de René Clair, en version restaurée par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé accompagnée par l’Ensemble Ciné-Concert du Conservatoire d’Arras sous la direction de Jacques Cambra...

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    - mais aussi une programmation pour les professionnels  avec :

          - les Arras days, plateforme de coproduction au concept atypique et innovant dont la 11ème édition aura lieu les 12 et 13 novembre avec, notamment, une table ronde co-organisée avec l’ARP, l'ACAP et Pictanovo sur le thème de « L’aventure du premier film », le samedi 12 novembre de 10h à 11h.

            - la 16ème édition des rencontres professionnelles du Nord, du 8 au 10 novembre 2022. Près de 200 professionnels français et belges réunis pendant trois jours, plus de 10 projections de films en avant-première en présence des réalisateurs et des équipes, des présentations de line-up par les distributeurs, des moments d’échanges et de convivialité… Ce rendez-vous annuel unique au nord de Paris est proposé avec la Chambre Syndicale des cinémas du Nord-Pas de Calais. Inscriptions en ligne sur : www.lesrencontresprodunord.fr.

    -Et enfin L'AFF passe son BAC. Lundi 7 novembre, de 9h30 à 17h. Pour la sixième année consécutive, l’Arras Film Festival, en partenariat avec le Rectorat de l’Académie de Lille, offre un stage pédagogique aux élèves de Première et Terminale des classes « L » et leurs enseignants, centré sur le film entrant au baccalauréat : LES VITELLONI de Federico Fellini (Italie, 1953).

     Valérie Donzelli sera l’invité d’honneur de cette 23ème édition et sera la cinquième actrice-réalisatrice consécutive invitée d’honneur. Elle donnera une masterclass le jeudi 10 novembre, à l’Université d’Artois. Seront par ailleurs présentés  une sélection de films représentant sa carrière d'actrice, ses 5 longs métrages en tant que réalisatrice, et sa série Nona et ses filles.

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    Thomas Lilti, présidera le jury Atlas qui décernera l’Atlas d’or et l’Atlas d’argent parmi une sélection de films européens en compétition. Il sera  accompagné de Alix Poisson, Finnegan Oldfield, India Hair, Patrick Sobelman.

    PROGRAMME COMPLET 

    Film d’ouverture

    CHOEUR DE ROCKERS de Ida Techer et Luc Bricault avec Mathilde Seigner, Bernard Le Coq, Anne Benoit, Andréa Ferréol, Brigitte Roüan, Myriam Boyer ouvrira le festival.

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    Film de clôture

    MON HÉROINE de Noémie Lefort (avec Pascale Arbillot, Louise Coldefy, Brigitte Fossey, Firmine Richard)  sera projeté en clôture.

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    Avant-premières

    16 ANS DE PHILIPPE LIORET

    ANNIE COLÈRE DE BLANDINE LENOIR

    L'ASTRONAUTE DE NICOLAS GIRAUD

    C'EST MON HOMME DE GUILLAUME BUREAU

    CET ÉTÉ-LÀ DE ERIC LARTIGAU

    COULEURS DE L'INCENDIE DE CLOVIS CORNILLAC

    DE GRANDES ESPÉRANCES DE SYLVAIN DESCLOUS

    EN PLEIN FEU DE QUENTIN REYNAUD

    LA GRANDE MAGIE DE NOÉMIE LVOVSKY

    MAESTRO(S) DE BRUNO CHICHE

    LES MIENS DE ROSCHDY ZEM

    NOS FRANGINS DE RACHID BOUCHAREB

    PLUS QUE JAMAIS DE EMILY ATEF

    POUR LA FRANCE DE RACHID HAMI

    RESTE UN PEU DE GAD ELMALEH

    LES SURVIVANTS DE GUILLAUME RENUSSON

    LES TÊTES GIVRÉES DE STÉPHANE CAZÈS

    TOI NON PLUS TU N'AS RIEN VU DE BÉATRICE POLLE

    LE TORRENT DE ANNE LE NY

    AVANT-PREMIÈRES Toiles de maîtres

    DES FILMS DE GRANDS MAÎTRES DU CINÉMA INTERNATIONAL PRÉSENTÉS EN AVANT-PREMIÈRE

    LES BANSHEES D’INISHERIN DE MARTIN MCDONAGH

    THE LOST KING DE STEPHEN FREARS

    MES RENDEZ-VOUS AVEC LÉO DE SOPHIE HYDE

    AVANT-PREMIÈRES Films produits en région

    FILMS SOUTENUS PAR PICTANOVO AVEC L'AIDE DE LA RÉGION HAUTS-DE-FRANCE.

    LES PIRES DE LISE AKOKA ET ROMANE GUERET

    LE PRIX DU PASSAGE DE THIERRY BINISTI

    SAINT OMER D'ALICE DIOP

    UN HIVER EN ÉTÉ DE LAETITIA MASSON

    LA GUERRE DES LULUS DE YANN SAMUELL

    TEMPÊTE DE CHRISTIAN DUGUAY

    COMPÉTITION EUROPÉENNE

    9 LONGS-MÉTRAGES À DÉCOUVRIR EN EXCLUSIVITÉ EN PRÉSENCE DES RÉALISATEURS ET DES PRODUCTEURS

    IL BOEMO DE PETR VÁCLAV

    RÉPUBLIQUE TCHÈQUE / ITALIE / SLOVAQUIE

    L'HOMME LE PLUS HEUREUX DU MONDE DE TEONA STRUGAR MITEVSKA

    MACÉDOINE DU NORD

    MEN OF DEEDS DE PAUL NEGOESCU

    ROUMANIE

    LUXEMBOURG, LUXEMBOURG DE ANTONIO LUKIC

    UKRAINE

    NOWHERE DE PETER MONSAERT

    Belgique

    SIX WEEKS DE NOÉMI VERONIKA SZAKONYI

    HONGRIE

    WOLKA DE ÁRNI ÓLAFUR ÁSGEIRSSON

    ISLANDE, POLOGNE

    WORKING CLASS HEROES DE MILOŠ PUŠIĆ

    SERBIE

    VISIONS DE L'EST

    UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE PROVENANT DES PAYS D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE

    AFTER THE WINTER DE IVAN BAKRAC

    MONTÉNÉGRO 

    KLONDIKE DE MARYNA ER GORBACH

    UKRAINE

    METRONOM DE ALEXANDRU BELC

    ROUMANIE

    MIKADO DE EMANUEL PARVU

    ROUMANIE

    MOJA VESNA DE SARA KERN

    SLOVÉNIE, AUSTRALIE

    NATURAL LIGHT DE DÉNES NAGY

    HONGRIE

    Classiques

    NOUS ÉTIONS JEUNES DE BINKA ZHELYAZKOVA

    BULGARIE | 1961

    LA PASSAGÈRE DE ANDRZEJ MUNK A

    POLOGNE | 1961-1963

    DÉCOUVERTES EUROPÉENNES

    UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE POUR METTRE EN VALEUR LES NOUVEAUX TALENTS DU CINÉMA EUROPÉEN

    AILLEURS SI J'Y SUIS DE FRANÇOIS PIROT

    Belgique

    LA CONFÉRENCE DE MATTI GESCHÖNNECK

    Allemagne

    CORSAGE DE MARIE KREUTZER

    AUTRICHE, LUXEMBOURG, ALLEMAGNE, France

    DALVA DE EMMANUELLE NICOT

    BELGIQUE, France

    GODLAND DE GABRIELE MUCCINO

    ISLANDE, DANEMARK, FRANCE, SUÈDE

    NOSTALGIA DE MARIO

    Italie

    THE QUIET GIRL DE COLM BAIRÉAD

    Irlande

    RABIYE KURNAZ VS. GEORGE W. BUSH DE ANDREAS DRESEN

    ALLEMAGNE, France

    SICK OF MYSELF DE KRISTOFFER BORGLI

    NORVÈGE

    ONE IN A MILLION UN DOCUMENTAIRE DE JOYA THOMES 

    Allemagne

    DÉCOUVERTES EUROPÉENNES Focus sur le cinéma espagnol

    UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE POUR METTRE EN VALEUR LES TALENTS DU CINÉMA ESPAGNOL ACTUEL

    JOSEFINA DE JAVIER MARCO

    NOS SOLEILS DE CARLA SIMÓN

    LES TOURNESOLS SAUVAGES DE JAIME ROSALES

    DÉCOUVERTES EUROPÉENNES Perspectives du cinéma français

    UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES INÉDITS OU EN AVANT-PREMIÈRE POUR METTRE EN VALEUR LES NOUVEAUX TALENTS DU CINÉMA FRANÇAIS

    AMORE MIO DE GUILLAUME GOUIX

    BRILLANTES DE SYLVIE GAUTIER

    LA MONTAGNE DE THOMAS SALVADOR

    CINÉMAS DU MONDE

    UNE SÉLECTION DE LONGS-MÉTRAGES POUR DÉCOUVRIR D'AUTRES CULTURES ET APPROCHER LES PROBLÉMATIQUES DU MONDE ACTUEL

    BLANQUITA DE FERNANDO GUZZONI

    CHILI

    BURNING DAYS DE EMIN ALPER

    TURQUIE

    LA FAMILLE ASADA DE RYÔTA NAKANO

    JAPON

    HOURIA DE MOUNIA MEDDOUR

    ALGÉRIE

    JOYLAND DE SAIM SADIQ

    PAKISTAN

    LE PIÈGE DE HUDA DE HANY ABU-ASSAD

    PALESTINE

    FESTIVAL DES ENFANTS

    UNE SÉLECTION D’AVANT-PREMIÈRES POUR LES PLUS JEUNES

    DOUNIA ET LA PRINCESSE D'ALEP DE MARYA ZARIF, ANDRÉ KADI

    CANADA, France

    ERNEST ET CELESTINE : LE VOYAGE EN CHARABIE DE JULIEN CHHENG, JEAN-CHRISTOPHE ROGER

    France

    LA GUERRE DES LULUS DE YANN SAMUELL

    France

    INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ITALIENS DE ALAIN UGHETTO

    FRANCE, ITALIE, BELGIQUE, SUISSE, Portugal

    NENEH SUPERSTAR DE RAMZI BEN SLIMAN

    France

    OPÉRATION PÈRE NOËL DE MARC ROBINET

    France

    PIRO PIRO DE MIN SUNG AH, BAEK MIYOUNG

    CORÉE | PROGRAMME DE 6 COURTS MÉTRAGES

    TEMPÊTE DE CHRISTIAN DUGUAY

    France

    VIVE LE VENT D'HIVER ! DE MILEN VITANOV, MĀRA LINIŅA, BRITT RAES, ALEKSEY POCHIVALOV, MARINA MOSHKOVA

    ALLEMAGNE, LETTONIE, BELGIQUE, RUSSIE 

    PROGRAMME DE 5 COURTS MÉTRAGES

    MA PREMIÈRE SÉANCE A PARTIR DE 18 MOIS

    RETROSPECTIVE VICTORIA, UNE REINE, UN EMPIRE

    Le règne de Victoria 1ère, qui dura de 1837 à 1901, fut marqué par une impressionnante expansion de l’Empire britannique, devenu la première puissance mondiale, et par la révolution industrielle, période de grand changement social, économique et technologique. Cette rétrospective de 12 films propose un regard contrasté sur une époque où le meilleur pouvait côtoyer le pire.

    OLIVER TWIST DE DAVID LEAN AVEC ROBERT NEWTON, ALEC GUINNESS, JOHN HOWARD DAVID, KAY WALSH 1H56 | GB | 1948

    ZOULOU DE CY ENDFIELD AVEC STANLEY BAKER, MICHAEL CAINE, JACK HAWKINS, ULLA JACOBSSON 2H18 | GB | 1964

    SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR DE JAMES HILL AVEC JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, JOHN FRASER, ANTHONY QUAYLE 1H35 | GB | 1965

    KHARTOUM DE BASIL DEARDEN AVEC CHARLTON HESTON, LAURENCE OLIVIER, RICHARD JOHNSON, RALPH RICHARDSON 2H14 | GB | 1966

    LA CHARGE DE LA BRIGADE LÉGÈRE DE TONY RICHARDSON AVEC DAVID HEMMINGS, TREVOR HOWARD, VANESSA REDGRAVE, JOHN GIELGUD 2H19 | GB | 1968

    L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI DE JOHN HUSTON AVEC SEAN CONNERY, MICHAEL CAINE, CHRISTOPHER PLUMMER 2H09 | GB | 1975

    L’ULTIME ATTAQUE DE DOUGLAS HICKOX AVEC BURT LANCASTER, PETER O’TOOLE, SIMON WARD, DENHOLM ELLIOTT 1H53 | GB | 1979

    ELEPHANT MAN DE DAVID LYNCH AVEC JOHN HURT, ANTHONY HOPKINS, ANNE BANCROFT, JOHN GIELGUD 2H03 | GB-USA | 1980

    AUX SOURCES DU NIL DE BOB RAFELSON AVEC PATRICK BERGIN, IAIN GLEN, RICHARD E. GRANT, FIONA SHAW 2H16 | USA-GB | 1990

    LA DAME DE WINDSOR DE JOHN MADDEN AVEC JUDI DENCH, BILLY CONNOLLY, GEOFFREY PALMER, ANTHONY SHER 1H45 | GB | 1997

    VICTORIA, LES JEUNES ANNÉES D'UNE REINE DE JEAN-MARC VALLÉE AVEC EMILY BLUNT, RUPERT FRIEND, PAUL BETTANY, MIRANDA RICHARDSON, JIM BROADBENT 1H42 | GB | CONFIDENT ROYAL DE STEPHEN FREARS AVEC JUDI DENCH, ALI FAZAL, TIM PIGOTT-SMITH, EDDIE IZZARD 1H51 | GB | 2017 2009

    CARTE BLANCHE – 70 ANS DE LA REVUE POSITIF

    Fidèle partenaire de l’Arras Film Festival, la revue Positif fête cette année ses 70 ans. A cette occasion, vous pourrez découvrir sept films d’Europe de l’Est, un par décennie, qui ont fait à leur époque la couverture de la revue et illustrent parfaitement son rôle dans la découverte de ces cinématographies et de leurs grands auteurs.

    CENDRES ET DIAMANTS DE ANDRZEJ WAJDA AVEC ZBIGNIEW CYBULSKI, WACLAW ZASTRZEZYNSKI, EWA KRZYZEWSKA 1H43 | POLOGNE | 1958

    UNE AFFAIRE DE CŒUR : LA TRAGÉDIE D’UNE EMPLOYÉE DES PTT DE DUSAN MAKAVEJEV AVEC EVA RAS, SLOBODAN ALIGRUDIC, RUZICA SOKIC 1H16 | YOUGOSLAVIE | 1967

    LA RECONSTITUTION DE LUCIAN PINTILIE AVEC JOHN NEVILLE, DONALD HOUSTON, JOHN FRASER, ANTHONY QUAYLE 1H37 | ROUMANIE | 1968

    LE TEMPS DES GITANS DE EMIR KUSTURICA AVEC DAVOR DUJMOVIC, BORA TODOROVIC, LJUBICA ADZOVIC 2H15 | YOUGOSLAVIE | 1989

    LA DOUBLE VIE DE VÉRONIQUE DE KRZYSZTOF KIESLOWSKI AVEC IRÈNE JACOB, PHILIPPE VOLTER, SANDRINE DUMAS, ALEKSANDER BARDINI 1H38 | POLOGNE-FRANCE | 1991

    4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS DE CRISTIAN MUNGIU AVEC ANAMARICA MARINCA, LAURA VASILIU, VLAD IVANOV 1H53 | ROUMANIE | 2007

    CORPS ET ÂME DE ILDIKÓ ENYEDI AVEC ALEXANDRA BORBELY, GEZA MORCSANYI, ZOLTAN SCHNEIDER 1H56 | HONGRIE | 2017

    CINÉ-CONCERTS

    Mardi 8 et mercredi 9 novembre à la Chapelle du Conservatoire à rayonnement départemental d'Arras.

    OCEANIMATION Concerto LA RENCONTRE CROISÉE INTERDISCIPLINAIRE D’ARTISTES PORTUGAIS ET FRANÇAIS.

     PARIS QUI DORT DE RENÉ CLAIR AVEC HENRI ROLLAN, MADELEINE RODRIGUE, ALBERT PRÉJEAN FRANCE | 1923 

    Version restaurée par la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé accompagnée par l’Ensemble Ciné-Concert du Conservatoire d’Arras sous la direction de Jacques Cambra. Copie : ADRC. E

    Les Rencontres professionnelles du Nord

    16ème édition, du 8 au 10 novembre 2022

    Près de 200 professionnels français et belges réunis pendant trois jours, plus de 10 projections de films en avant-première en présence des réalisateurs et des équipes, des présentations de line-up par les distributeurs, des moments d’échanges et de convivialité… Ce rendez-vous annuel unique au nord de Paris est proposé avec la Chambre Syndicale des cinémas du Nord-Pas de Calais. Inscriptions en ligne sur : www.lesrencontresprodunord.fr

    POINT D'INFORMATION

    Au cinéma Mégarama

    Du 24 octobre au 31 octobre

    De 14h30 à 19h30 (sauf dimanches et mardi 1er novembre)

    Du 2 au 4 novembre

    De 9h30 à 21h30 (tous les jours)

    Au Village du Festival

    Du 5 au 13 novembre

    De 10h30 à 19h (tous les jours)

    Au téléphone : 09 72 60 45 72 

    TARIFS 2022

    Pass festival : 70 €

    Nominatif. Accès à toutes les séances sauf soirée d’ouverture sur retrait des tickets.

    Billets à la séance

    Tarif normal : 8 €

    Tarif réduit : 6 € (-18 ans, étudiant(e)s, demandeur(se)s d’emploi, adhérent(e)s PlanSéquence + Di Dou Da, Colères du présent,

    Université pour tous de l’Artois, membres du CMCAS sur présentation d’un justificatif)

    Groupes scolaires : 3,50 €

    Séance à tarif unique

    Soirée d’ouverture, vendredi 4 novembre : 9 €

    Abonnement 10 films : 48 €

    Valable pour 1 à 2 personnes par séance sur retrait des tickets. Ne donne pas accès à la soirée d’ouverture.

    Abonnement 5 films : 30,50 €

    Valable pour 1 à 2 personnes par séance sur retrait des tickets.

    Ne donne pas accès à la soirée d’ouverture.

    BILLETTERIE PHYSIQUE

    Cinéma Mégarama

    48, Grand’Place

    A partir du 24 octobre

    Possibilité d’achat des pass, abonnements et billets pour la soirée d’ouverture.

    De 14h30 à 19h30 (sauf dimanches et mardi 1er novembre)

    A partir du 2 novembre

    Possibilité d’achat de tous les billets y compris ceux correspondants aux pass et aux abonnements.

    De 9h30 à 21h30 (tous les jours)

    BILLETTERIE EN LIGNE

    A partir du 20 octobre

    Possibilité d’achat en ligne des pass, abonnements et billets pour la soirée d’ouverture.

    A partir du 27 octobre

    Possibilité d’achat en ligne de tous les billets (sauf tarif réduit) y compris ceux correspondant aux pass et aux abonnements sur arras.megarama.fr.

    Pour en savoir plus, le site officiel du Arras Film Festival.

    Un festival à suivre également sur twitter  (@ArrasFilmFestiv) et instagram (@arrasfilm). 

  • HALLELUJAH, LES MOTS DE LEONARD COHEN, documentaire de Dan Geller et Dayna Goldfine – Critique (au cinéma, le 19 octobre 2022)

    Hallelujah Les mots de Leonard Cohen Critique du documentaire.jpg

    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville a eu l’excellente idée de braquer ses projecteurs sur Leonard Cohen et l’histoire fascinante de sa chanson mythique, Hallellujah, avec ce documentaire sélectionné dans Les Docs de l’oncle Sam, section toujours synonyme de formidables découvertes comme L’Etat du Texas contre Melissa de Sabrina vVn Tassel, l’an passé. Cette chanson a fait le tour du monde et a souvent été utilisée au cinéma et, pourtant, qui en connaît véritablement le sens et l’histoire ? Combien sont ceux qui l’ont attribuée et l’attribuent encore à Jeff Buckley (comme certains chanteuses et chanteurs d’ailleurs dans le documentaire) ?

    À la fin des années 60, Leonard Cohen signe, comme Bob Dylan, chez Columbia. A travers l’histoire de cette chanson au destin exceptionnel, le documentaire raconte comment Leonard Cohen s’est reconstruit et s’est affirmé comme l’un des artistes les plus importants de notre époque. Québécois, juif, avec sa voix très grave, austère même, Leonard Cohen trace sa propre route, atypique. Il sort ainsi son premier album, Songs of Leonard Cohen, en 1967, à 33 ans. Mais Leonard Cohen est auteur compositeur et poète et sa légende mettra des années à s’écrire, d’ailleurs aussi grâce à ce documentaire qui est un magnifique hommage à son immense talent d’auteur.

    Cette passionnante histoire est aussi celle des affres de la création, des injustices du succès et d’une époque dans laquelle la diversité des médias facilite la vulgarisation des œuvres, sans pour autant que cette communication à outrance permette de connaître le sens profond des choses et leur origine. C’est un atout des documentaires, et de ce documentaire en particulier, que de permettre de redonner du temps au temps, de prendre du recul dans une époque d’immédiateté.

    Nous découvrons la chanson à travers les yeux des personnes qui avaient participé à son enregistrement (le producteur et arrangeur John Lissauer), qui l’avaient chantée avec Leonard Cohen lui-même (Sharon Robinson) ou qui l’avaient reprise à leur compte (Judy Collins, Brandi Carlile, Rufus Wainwright) ou encore le rabbin Mordecai Finley, Nancy Bacal, son amie d’enfance depuis près de 80 ans, son amie Dominique Issermann), ainsi que ses compagnons intellectuels (Adrienne Clarkson, le compositeur Larry « Ratso » Sloman).

    En 1984, la Colombia refusa de sortir aux Etats-Unis l'album de Leonard Cohen, Various Positions, qui comprenait la mythique chanson. « Leonard, tu es formidable mais le talent reste à voir » lui dira ainsi le très perspicace patron de la Columbia. L'album sort alors en toute discrétion, par une autre maison de disque.  L'année dernière, elle fut choisie pour rendre hommage aux victimes du Covid lors d'une cérémonie à Washington devant le président Biden. Entre les deux, l’histoire de cette chanson est un vrai roman ! Une chanson au sens et aux paroles fluctuants tout au long de la vie de son auteur, de telle sorte que chacun a pu se l’approprier et même y apporter une signification différente à chaque moment de sa vie. Il existe 600 à 800 versions de Hallelujah dans le monde aujourd’hui.  Les carnets dans lesquels Cohen écrivait au fil des années les différentes versions de ses couplets apparaissent ainsi pour la première fois à l’écran dans le documentaire et attestent du travail titanesque et du perfectionnisme acharné de l’auteur.  Le nombre estimé de couplets variait ainsi de 80 à 350 selon la personne qui en racontait l’histoire. Cohen dit ainsi qu’il mit 7 ans à écrire la chanson.
    « C'est un processus qui repose sur la persévérance. »

    « Je suis auteur avant tout avec son lot de conflits intérieurs. Un auteur ne peut résoudre ses conflits que par l'écriture » dit aussi Leonard Cohen dans le documentaire. Il n’apporte pas forcément de réponses sur le sens de la chanson. On y apprend cependant que Leonard Cohen perd son père à 9 ans. C’est à cet âge qu’il enterre un poème une première fois comme un rituel religieux. Peut-être certains verraient-ils dans cet acte symbolique la clef d’une des chansons les plus mythiques de l’histoire dont il existe des centaines de versions et autant d’interprétations, du profane au religieux. En émane en tout cas une beauté sacrée, poétique, mystique, sensuelle, captivante, et profondément émouvante. Aussi charnelle que spirituelle.

    La chanson connut plusieurs résurrections. Passée d’abord inaperçue, elle fut livrée au public par Bob Dylan qui la chantait lors de ses concerts. Puis il y eu les versions de John Cale (qui ne chantait pas les passages évoquant la religion) et Jeff Buckley (« s’il n’était pas mort, la chanson n’aurait pas eu un tel impact ») qui la firent connaître avant que Rufus Wainwright ne la reprenne pour la bande originale de Shrek (BO double disque de platine aux USA) et ne la fasse réellement exploser. Elle devient alors incontournable dans toutes les TV réalités musicales. Cohen observe avec amusement ce détournement qui la fait devenir plus populaire par ses interprètes d’un soir qui la chantent lors d’émissions que par son auteur qui se fait ainsi dépasser dans les classements.

    Sa manageuse détournera ensuite son argent. Ruiné, après une retraite bouddhiste dans un monastère de Californie,  Cohen devra à nouveau se renouveler et ressusciter. Il sort trois albums salués par la critique, Old Ideas (2012), Popular Problems (2014) et You Want It Darker (2016…sorti 16 jours avant sa mort), et un album posthume, le bien nommé Thanks for the Dance (2019). Et à plus de 80 ans, il effectue une tournée dans le monde entier…restant parfois 3 heures sur scène.

    « La vie est une pièce bien écrite, si on exclut le 3eme acte. Dans mon cas, le début du 3ème acte est extrêmement bien écrit ». « Je n'ai pas vraiment trouvé ce que je cherchais mais je n'ai plus besoin de chercher. ». Malgré les centaines de versions de la chanson légendaire c’est Leonard Cohen qui véritablement l’incarnait, ainsi que toute la complexité des émotions qu’elle recelait. « Regardez autour de vous et vous verrez un monde impénétrable. Vous pouvez vous indigner ou dire alléluia. J'ai essayé de faire les deux.» Ainsi conclut-il ce passionnant documentaire qui rend hommage à la beauté éternelle de cette chanson mais avant tout au talent du poète unique qui l’écrivit. A ne pas manquer le 19 octobre au cinéma !
     

    SONY MUSIC accompagne la sortie du film avec l’édition d’un best-of inédit de Leonard Cohen en CD et vinyle (édition limitée). Composé de 17 titres, HALLELUJAH & SONGS FROM HIS ALBUMS, comprend une performance livre inédite et inoubliable de Hallelujah lors du Festival de Glastonbury en 2008.