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  • Critique - MY SON de Christian Carion (en salles le 03.11.2021)

    cinéma, My son, Christian Carion

    « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Seule peut lui être comparée celle du tigre dans la jungle...». C’est au chef-d’œuvre éponyme de Jean-Pierre Melville et à cette citation qui en est extraite que j’ai d’abord songé en sortant de la projection de My son, le nouveau film de Christian Carion, remake de son propre film, Mon garçon (2017).

    Certaines « images » de films imprègnent la mémoire. Les premières minutes de Mon garçon imprégnèrent la mienne : le noir sur l’écran et en off le message d’une femme paniquée, sanglotant, annonçant à son ex-mari qu'il était « arrivé quelque chose » à leur enfant. Je me souvenais aussi de cette route sinueuse dans les décors enneigés du Vercors et des déambulations qu’accompagnait la musique sombrement magnétique de Laurent Perez del Mar. Ainsi le film était-il placé d’emblée sous le sceau de la menace, dans une atmosphère oppressante suscitée par cette angoisse absolue, ravageuse, obsédante que représente une disparition mystérieuse, a fortiori celle d’un enfant. L’identification du spectateur était immédiate, dès ces premières secondes, haletantes, le plaçant en empathie avec le protagoniste. Le début de My son est assez similaire (si ce n’est que le père est déjà en plein cauchemar suggéré immédiatement par le cadre et le son) et à l’image de tout le film et de toutes ses composantes (jeu, réalisation, musique, photographie, montage) : plus intense encore.

    Pour My son, Christian Carion retrouve ainsi une partie de l'équipe de Mon Garçon : Éric Dumont comme directeur de la photographie, Laurent Perez del Mar comme compositeur et Loïc Lallemand comme chef monteur, en revanche Mélanie Laurent et Guillaume Canet cèdent leurs places à Claire Foy et James McAvoy. Le pitch de My son est lui aussi similaire à celui de Mon garçon. Edmond Murray (James McAvoy), divorcé, s’est éloigné de son ex-femme (Claire Foy) et de son fils de 7 ans pour poursuivre une carrière internationale tout comme Julien (Guillaume Canet) s’était éloigné de son ex-épouse (Mélanie Laurent). Lorsque le garçon disparaît, son père revient précipitamment là où résident ces derniers. Murray va se montrer prêt à tout pour retrouver son fils, apparemment kidnappé. Il se lance alors dans une traque insatiable et acharnée dans les Highlands où est déplacée l’action qui se situait dans le Vercors dans la première version.

    La (magnifique) affiche donne déjà le ton. Elle met en scène les deux parents dos à dos qui regardent dans des directions divergentes. Le regard de la mère semble perdu et résigné tandis que celui du père est déterminé et enragé. Leur image se reflète dans les eaux tourmentées du lac avec, intercalée, fantomatique, celle du fils disparu. Le tout dans le décor grisâtre des Highlands avec, en surimpression, cette accroche « Jusqu’où iriez-vous pour retrouver votre enfant ?».

    Comme dans Le Samouraï (d’où ma comparaison initiale) mais aussi « L’armée des ombres » d’ailleurs, la claustrophobie psychique des personnages se reflète dans les lieux de l’action (les Highlands) et est renforcée d’une part par le silence, le secret qui entoure cette action et, d’autre part, par les « couleurs», souvent proches du noir et blanc et de l’obscurité. Comme dans les deux films précités de Melville, le film de Christian Carion est en effet auréolé d’une lumière grisonnante, froide, nocturne, comme l’étaient les ombres de l’armée de Melville, condamnées à la clandestinité pour agir. Tout comme le sont les films de Melville, My son pourrait être un hommage aux polars américains auxquels fait aussi songer cette pluie incessante qui renforce ce sentiment d'insécurité.

    Les paysages grandioses, sauvages et inquiétants constituent aussi un personnage à part entière rappelant les immenses étendues désertes des westerns, notamment de John Ford. Comme dans la scène mythique de La mort aux trousses d’Hitchcock quand Thornhill (Cary Grant) se retrouve poursuivi par un avion au milieu d’une vaste étendue baignée de lumière, scène qui inverse les codes habituels des poursuites dans les thrillers (qui se déroulent en général dans des rues sombres et étroites), ici également les décors immenses et déserts des Highlands renforcent paradoxalement le sentiment de claustrophobie. On se souvient aussi des scènes de Skyfall de Sam Mendes tournées dans cette même région écossaise avec ces paysages abandonnés d’une tristesse et d’une beauté étrangement ensorcelante. La mélancolie menaçante de ce décor naturel est par ailleurs soulignée par la photographie d’Éric Dumont. La musique, lancinante et obsédante telle la douleur que ressent Edmond Murray mais aussi telle la rage obstinée qui le guide, la renforce aussi, ainsi que le sentiment d’angoisse.

    Après Une hirondelle a fait le printemps (2001), Joyeux Noël (2005), L’affaire Farewell (2009) et En mai, fais ce qu’il te plaît (2014), Christian Carion réalisait Mon garçon tourné en six jours seulement. Là n'était pas la seule originalité de ce tournage puisque le comédien principal (Guillaume Canet) ne connaissait pas le scénario, simplement quelques éléments du passé de son personnage. My son reprend ce dispositif original. Dans ce film tourné en 8 jours, James McAvoy devait également improviser en fonction des situations qui se présentaient à lui, ce qui a transformé ce tournage en expérience unique, insolite et perturbante, repoussant et interrogeant les frontières entre réalité et fiction. Il serait cependant réducteur de résumer ce film à ce dispositif qui n'est d'ailleurs pas un simple gadget mais qui apporte une véritable intensité qui va crescendo jusqu'au dénouement.

    Grâce au scénario ciselé de Laure Irrmann et Christian Carion, le film est en effet habilement construit pour accroître la tension, mettant en scène des personnages ambivalents. Pour en revenir à Melville, cela me rappelle ainsi le « Tous coupables » prononcé par l’inspecteur général des services (Paul Amiot) au commissaire Mattei (Bourvil) dans Le Cercle rouge (« - Vous voulez rire. Il n'y a pas d'innocents. Les hommes sont coupables. Ils viennent au monde innocents mais ça ne dure pas. »), paroxysme du film noir, polar exemplaire qui a inventé un genre (le film melvillien avec ses personnages solitaires) mais aussi un style, épuré, d’une beauté rigoureuse et froide telle celle que la photographie d'Éric Dumont procure au film de Christian Carion. Edmond Murray, en plus de sa quête effrénée de guerrier solitaire (ou de «samouraï»...), doit aussi se confronter à l'obséquieux compagnon de son ex-femme obsédé par la construction de sa nouvelle maison mais aussi à sa propre culpabilité liée à son absence dans la vie de son fils. Tous les personnages ont ainsi leurs zones d’ombre, de fragilité, de secret, de culpabilité. Claire Foy et James MacAvoy livrent des prestations habitées et époustouflantes, sans doute aussi servies par leurs complicité et rôles antérieurs. En 2013, ils s'étaient ainsi retrouvés ensemble sur les planches dans « Macbeth » de Shakespeare.

    Edmond Murray fait aussi penser à ces personnages hitchcockiens, des êtres ordinaires plongés dans des situations extraordinaires. Hitchcock avait d’ailleurs lui aussi réalisé un remake de son propre film. L'Homme qui en savait trop de 1956 était ainsi un remake de son film de 1934 pour lequel il avait lui aussi déplacé l'action, en l'occurrence de Saint-Moritz à Marrakech, tandis que James Stewart et Doris Day remplaçaient Leslie Banks et Edna Best. Là aussi, il s’agissait de gens ordinaires qui, bien malgré eux, se retrouvaient plongés dans des circonstances hors du commun, une affaire d’espionnage. D’autres cinéastes ont réalisé des remakes de leurs propres films, là aussi des films magistraux, comme Leo McCarey en 1957 avait réalisé un remake de son chef-d’œuvre de 1939, Elle et lui.

    La caméra de Christian Carion, comme son personnage principal, traque la vérité, ces «instants de vérité» qu'évoque souvent Lelouch qui lui aussi met régulièrement en place un dispositif original à cette fin en soufflant les dialogues à ses acteurs qui ne les découvrent ainsi qu’au moment de les prononcer. Elle scrute les réactions d'Edmond Murray, le claquemurant dans son cadre comme ce dernier l'est dans sa détresse et sa solitude, étouffantes, et dans son angoisse, vertigineuse. Une caméra à hauteur d’hommes et à hauteur d'âme comme elle l’est dans chacun des films de Christian Carion, toujours en empathie avec ses personnages. Le travail sur le hors-champ et sur le son est aussi remarquable et amplifie encore le sentiment de paranoïa.

    En réalisant le remake de son propre film, Christian Carion aurait pu opérer une redite inutile. Il n'en est rien. Le spectateur se retrouve lui aussi plongé dans une expérience immersive, inédite et captivante. Un thriller passionnant qui nous transporte, ailleurs et dans nos retranchements, en nous confrontant à nos pires angoisses, à nos limites, là où la morale et la loi n’ont plus que faire quand il s’agit de sauver un être cher même si le scénario de Laure Irrmann et Christian Carion évite intelligemment l'écueil de l’apologie de l’auto-défense. Un thriller intense, prenant, réaliste. Une expérience de cinéma inventive à laquelle sied plus que jamais la salle qui lui procure toute sa force et son ampleur. Un film entêtant comme la majestueuse musique qui l’accompagne, ces notes lancinantes et obsédantes, obscurément envoûtantes, qui nous hantent encore après la projection. Un film d'une indéniable puissance émotionnelle qui nous laisse à bout de souffle mais ravis de ce voyage, extrême mais palpitant, de la première à la dernière seconde. À découvrir et à vivre absolument en salles dès le 3 novembre.

  • Documentaire - JANE PAR CHARLOTTE de Charlotte Gainsbourg (Festival du Cinéma Américain de Deauville 2021)

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    Les magnétiques. Tel est le titre du film lauréat du prix d'Ornano-Valenti de ce Festival du Cinéma Américain de Deauville 2021. Tel pourrait aussi être celui de ce documentaire. Parfois les films qui provoquent les voyages les plus intenses ne sont pas les plus clinquants ou démonstratifs. Plutôt que d’évoquer « Dune » (dont le principal mérite de sa projection à Deauville fut de nous permettre de mesurer l’impressionnant son immersif du Centre International de Deauville), quelques mots sur le documentaire projeté dans le cadre de « L’heure de la Croisette » intitulé  « Jane par Charlotte» dans lequel Charlotte Gainsbourg « capture l'instant présent » reprenant ainsi les mots et la démarche de Varda (le titre se réfère à "Jane B. par Agnès V") mais avec sa singularité et sa sensibilité, à fleur de peau. Un dialogue intime mais jamais impudique entre Gainsbourg et Birkin qui, pendant 3 ans et avec un dispositif minimaliste, au gré des voyages, du Japon à la Bretagne en passant par les États-Unis, et au gré de l’évocation des « petits riens » devient un dialogue universel entre une mère et sa fille, un zoom progressif d'une fille sur sa mère, sans fards. Jane Birkin y apparaît telle qu’elle est : sans méfiance, fantasque, empathique. Mais aussi seule, insomniaque, tourmentée. Tourmentée par les deuils et leurs chagrins inconsolables. La maladie. Le drame ineffable la perte de sa fille Kate. Le temps insatiable et carnassier qui altère la beauté et emporte les êtres chers. Au milieu de tout cela, la visite « comme dans un rêve » de la maison de la rue de Verneuil, l'ombre de Serge Gainsbourg et les silences éloquents et émouvants. Le portrait d’une femme majestueuse. Un portrait qui s’achève par la voix mélodieuse et les mots bouleversants de sa fille se livrant à son tour, enfin, et évoquant la peur terrifiante et universelle de la perte de sa mère et qui, par ce film, tente d'appréhender l'inacceptable, de l'apprivoiser, de retenir chaque poussière d’instant en compagnie de celle dont l'intermédiaire de la caméra lui permet paradoxalement de se rapprocher. Un bijou de tendresse et d’émotion portée par une judicieuse BO (de Bach aux interludes électroniques de Sebastian). D’humour aussi, d'humour beaucoup, grâce au regard décalé, espiègle et clairvoyant que Jane Birkin porte sur elle-même, la vie, les autres, mais aussi celui que sa fille porte sur sa mère. Un film comme elles, réservées et terriblement audacieuses : riche de leurs séduisants paradoxes. Léger dans la forme et teinté de touches de gravité. Libre aussi. Et encore cela : délicat, iconoclaste, éperdument vivant et attachant. Un documentaire qui, en capturant le présent et sa fragilité, nous donne une envie folle d’étreindre chaque seconde de notre vie et aux filles de s'accrocher à leurs mères comme elles deux dans ce dernier plan avec l'illusion d'empêcher ainsi l'inexorable, que la vague effroyable de l'impitoyable faucheuse ne les emporte un jour, à tout jamais...
    Je voudrais remonter le temps. Redevenir celle qui, en 1999, avait eu la chance de partager 5 jours mémorables avec Jane Birkin en tant que membre d'un jury qu'elle présidait au Festival du Film Britannique de Dinard (petite digression pour vous dire que la 32ème édition 2021 a lieu en ce moment, jusqu’au 3 octobre). Et lui dire à quel point sa bienveillance, cette confiance sans filtre envers les autres qui transpire dans ce documentaire, m'avaient émue...Et lui dire merci tout simplement.  Alors merci Jane et merci Charlotte Gainsbourg pour ce portrait qui entremêle les émotions, nuancé aussi à l'image du film de clôture de ce festival, le magistral dernier long-métrage de Yvan Attal, "Les choses humaines" dont je vous parlerai plus tard. "Jane par Charlotte" sort en salles le 27 octobre. Et vous l'aurez compris : je vous le recommande vivement. Et j'en profite aussi pour vous recommander un autre documentaire projeté dans le cadre des "Docs de l'oncle Sam" du Festival de Deauville ("L'État du Texas contre Melissa" de Sabrina Van Tassel dont je vous parlais ici il y a quelques jours).

    Rendez-vous sur mon compte instagram (@sandra_meziere) pour retrouver les vidéos de la présentation du film dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville.

  • Programme du 7ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule : l’émotion avant tout !

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    Vous pouvez télécharger le programme complet du festival en cliquant ici.

    « La musique, c’est du rêve » selon le personnage incarné par Daniel Auteuil (le si fascinant, si hermétique, si ambigu, si complexe Stéphane) dans le chef-d’œuvre de Claude Sautet, Un cœur en hiver. Un des rares films de ce dernier dont la musique ne fut pas composée par Philippe Sarde...et pour cause puisque la musique de Ravel l’accompagne et en est même un personnage à part entière ! Philippe Sarde sera ainsi l’invité d’honneur de ce 7ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule pour lequel il donnera un concert exceptionnel le 26 juin. L’occasion notamment d’entendre la bouleversante Chanson d’Hélène des Choses de la vie (ma critique en bas de cet article, vous pourrez d'ailleurs -re-voir le film en question le 23 juin au cinéma Le Gulf Stream de La Baule).

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    La musique, c’est du rêve, certes, incontestablement. C’est aussi de l’émotion. Voilà d’ailleurs ce que nous a promis le cofondateur du festival Sam Bobino lors de la conférence de presse de cette édition 2021 qui a eu lieu ce matin à la Salle Atlantia de La Baule : « l’émotion qui prime avant tout ».

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    La nouvelle affiche 2021 réalisée par l’artiste Sébastien Dupouey nous invite ainsi à l'évasion...plus que jamais salutaire, et à retrouver l'indicible joie du cinéma au cinéma et en festivals…! 

    Le Festival du Cinéma et Musique de Film La Baule est ainsi un évènement unique tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne.  Ce sera ainsi le « premier grand Festival de cinéma de l’été post-confinement ».  Une nouvelle date pour ce festival (qui se tiendra du 23 au 27 juin) qui souhaite ainsi adopter un positionnement plus « estival» et  qui ambitionne de devenir le rendez-vous incontournable du cinéma français juste avant l’été, ce qu’il sera sans nul doute au regard de la programmation annoncée ce matin mais aussi de ses nouvelles orientations. La musique sera bien sûr toujours et plus que jamais à l’honneur, cependant dans cette nouvelle formule l’accent sera davantage mis sur le cinéma français.  Le festival sera ainsi une fenêtre d’exposition pour les films qui sortent pendant l’été, une idée judicieuse quand certains films à l’affiche en juillet-août ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils mériteraient.

    Des émotions au programme donc ! Et les émotions, les six précédentes éditions de ce festival n’en ont en effet pas été avares !

    « Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. » « Entre l’art et la vie, je choisis la vie ».  Tel constitue l’un des pouvoirs magiques des festivals de cinéma : nous éviter d’être confrontés à ces choix cornéliens (ces citations sont extraites du film Un homme et une femme de Claude Lelouch) en permettant à l’art et la vie de s’entrelacer, au point qu’ils se confondent parfois, a fortiori au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule où la musique est omniprésente, et procure à chaque instant une aura romanesque.

    Ainsi s'entremêlent mes souvenirs et émotions, de vie et de cinéma, accumulés au cours des six précédentes éditions du festival. Comment oublier ce 13 novembre 2015 ? Comment ne pas penser au concert de Michel Legrand qui avait eu lieu le lendemain, ce fameux 14 novembre 2015 donc, concert lors duquel Michel Legrand, alors comme toute l’assistance bouleversé par l’ignominie impensable qui avait eu lieu la veille, avait débuté son concert par un morceau improvisé et deux mesures de La Marseillaise

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    Emotions procurées par tant de films découverts dans le cadre de ce festival aussi, souvent les meilleurs de l’année parmi lesquels Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages. Sans oublier le concert mémorable de Francis Lai ou l’inoubliable concert de Vladimir Cosma.

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    Philippe Sarde sera donc l'invité d'honneur cette année (avec, au programme, un concert et deux master class), après Francis Lai, Michel Legrand, Vladimir Cosma, Eric Serra, Gabriel Yared. Sarde a ainsi signé les musiques de grands classiques du cinéma, de films  d’aventures d’abord : Fort Saganne, L’Ours, le Bossu ou La fille de d’Artagnan, mais aussi des musiques de films ou l’aventure est plus intime, comme celles des sublimes films de Claude Sautet (Les choses de la vie, César et Rosalie…) ou d'André Téchiné ( Hôtel des Amériques, Ma saison préférée …). Parmi les nombreux cinéastes avec lesquels il a travaillé figure également Bertrand Tavernier. Il a également composé la musique de Tess, nommé à l’Oscar de la meilleure musique.  Lors de ce concert, il nous proposera une adaptation de ses œuvres ainsi revisitées pour l’occasion, avec tout un travail d’arrangements réalisé spécifiquement pour le festival. Il sera accompagné d’un orchestre de chambre mais aussi d’une jeune chanteuse Angelina Wismes qui interprétera sept chansons écrites par Philippe Sarde.

     

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    Outre le concert de Philippe Sarde, au programme : des projections de long-métrages divisées en trois sections (compétition, hors compétition, coups de projecteur), 6 courts-métrages en compétition) et, comme toujours, des grands classiques du cinéma, des rencontres et master class (publiques, professionnelles, avec les scolaires), des expositions, animations.

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    Comme chaque année, les films en compétition seront départagés par un jury, cette année présidé par le comédien François Berléand. Il sera entouré de l’actrice Mélanie Bernier, du compositeur Matthieu Gonet, de l’acteur Hugo Becker, de l’actrice Alice Taglioni.  En ouverture, sera projeté le film Profession du père de Jean-Pierre Améris (en salles le 28 juillet 2021). En clôture, les festivaliers auront le plaisir de découvrir le film de Stéphane Foenkinos et David Foenkinos Les Fantasmes (en salles le 18 août 2021).

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    Parmi les films de cette édition, il me tarde de découvrir notamment Profession du père de Jean-Pierre Améris, C’est toi que j’attendais de Stéphanie Pilonca (mis en musique par Aurélie Saada, film en compétition),  Sœurs de Yamina Benguigui ( avec la présence potentielle d’Isabelle Adjani, hors compétition), et même un film qui sera déjà sorti en salles le 13 juin Villa Caprice de Bernard Stora ou encore Music de Sia, un film annoncé par le nouveau programmateur du festival, Florestan La Torre, comme « très lumineux, très poétique » (un film qui ne sortira pas en France).  Le petit Piaf de Gérard Jugnot sera également présenté en compétition et en avant-première  (sortie prévue en février 2022.)

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    Les longs-métrages en Compétition

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    Les longs-métrages Hors Compétition sont les suivants :

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    Les coups de projecteurs ( longs-métrages singuliers dans lesquels la musique joue un véritable rôle) :

     

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    Comme toujours, le festival proposera : des master class, des débats notamment sur "la place des compositrices dans le cinéma français", la rencontre au Marché de La Baule,  une exposition photo dédiée cette année à la Nouvelle Vague au Centre Culturel Chapelle Saint-Anne du 19 juin au 4 juillet, une résidence d'artistes nommée « La Factory ». Parmi les nouveautés : un village du festival, la salle Atlantia transformée en cinéma, l’excellent site Universcine dont je vous parle souvent ici partenaire du festival, mais aussi une nouvelle équipe à la programmation du festival, des ateliers professionnels. Autre nouveauté : un pass unique de 65 euros mis en vente le 1er juin sur le site du festival (250 pass seront ainsi mis en vente), et sur place au Cinéma Le Gulf Stream à partir du 13 juin. Pas de réservation à l’avance désormais. Le pass permettra de voir les films dès lors qu’il sera en votre possession.  Pour le concert, vous pourrez également effectuer vos réservations dès le 1er juin. D'autres films surprises viendront s’ajouter à la liste. Cet article sera complété également avec les classiques parmi lesquels il y a fort à parier qu’il y aura Les choses de la vie de Claude Sautet dont je vous propose ma critique ci-dessous.

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    La Baule était célèbre pour sa plage et les cinéastes qu’elle a inspirés comme Diane Kurys qui, en 1990, y tourna le populaire La Baule-les-pins et très récemment, Christophe Barratier pour Envole-moi actuellement à l’affiche. Pas moins de 58 œuvres cinématographiques furent ainsi tournées en Pays de La Loire en 2020, certaines à La Baule comme L’origine du mal. La Baule est donc désormais aussi célèbre pour son nouveau festival de cinéma créé il y a 7 ans par Sam Bobino et Christophe Barratier, des années après la fin du Festival du Film Européen de La Baule.

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    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Telle est la citation d’ouverture du film Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch que j’avais eu le plaisir de revoir au Festival de La Baule (comme tant d’autres classiques d’ailleurs, notamment West side story ou Le cercle rouge), une citation empruntée à Albert Cohen à laquelle chaque année ce festival qui nous unit dans un océan de musiques est un parfait démenti. Je vous le promets : vous en repartirez avec une envie fiévreuse de vous enivrer de musiques !

    Pour toutes les informations pratiques : le site officiel du festival

    Pour revoir la conférence de presse : la page Facebook du festival

    CRITIQUE de LES CHOSES DE LA VIE DE CLAUDE SAUTET

    Mercredi 23/06 - 12H30 - Cinéma Le Gulf Stream

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    L’hommage que le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2021 rendra à Philippe Sarde est pour moi l’excellent prétexte pour vous parler à nouveau de Claude Sautet pour qui Sarde a composé la musique du film Les Choses de la vie. Avec quelques digressions pour évoquer ma passion pour l'ensemble de la filmographie de Claude Sautet...en espérant vous donner envie de (re)voir ses films.

    Les choses de la vie est certainement le film de Sautet que j’ai le plus de mal à revoir tant il me bouleverse à chaque fois, sans doute parce qu’il met en scène ce que chacun redoute : la fatalité qui fauche une vie en plein vol. Le film est en effet placé d’emblée sous le sceau de la fatalité puisqu’il débute par un accident de voiture. Et une cacophonie et une confusion qui nous placent dans la tête de Pierre (Michel Piccoli). Cet accident est le prétexte à un remarquable montage qui permet une succession de flashbacks, comme autant de pièces d’un puzzle qui, reconstitué, compose le tableau de la personnalité de Pierre et de sa vie sentimentale.

    Au volant de sa voiture, Pierre (Michel Piccoli donc), architecte d’une quarantaine d’années, est victime d’un accident. Éjecté du véhicule, il gît inconscient sur l’herbe au bord de la route. Il se remémore son passé, sa vie avec Hélène (Romy Schneider), une jeune femme qu’il voulait quitter, sa femme Catherine (Lea Massari) et son fils (Gérard Lartigau)...

    Sur la tombe de Claude Sautet, au cimetière Montparnasse, il est écrit : « Garder le calme devant la dissonance ». Voilà probablement la phrase qui définirait aussi le mieux son cinéma. Celui de la dissonance. De l’imprévu. De la note inattendue dans la quotidienneté. Et aussi parce que cette épitaphe fait référence à la passion de Claude Sautet pour la musique. Le tempo des films de Sautet est ainsi réglé comme une partition musicale, impeccablement rythmée, une partition dont on a l’impression qu’en changer une note ébranlerait l’ensemble de la composition.

    Tous les films de Sautet se caractérisent d’ailleurs aussi par le suspense (il était fasciné par Ford et Hawks) : le suspense sentimental avant tout, concourant à créer des films toujours haletants et fascinants.  Claude Sautet citait ainsi souvent la phrase de Tristan Bernard : « il faut surprendre avec ce que l’on attend ». On ne peut certainement pas reprocher au cinéma de Claude Sautet d’être démesurément explicatif. C’est au contraire un cinéma de l’implicite, des silences et du non-dit. Pascal Jardin disait de Claude Sautet qu’il « reste une fenêtre ouverte sur l’inconscient ».

    Si son premier film, Classe tous risques, est un polar avec Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo ( Bonjour sourire, une comédie, a été renié par Claude Sautet qui n’en avait assuré que la direction artistique), nous pouvons déjà y trouver ce fond de mélancolie qui caractérise tous ses films et notamment  Les choses de la vie même si a priori Claude Sautet changeait radicalement de genre cinématographique avec cette adaptation d’un roman de Paul Guimard, écrite en collaboration avec Jean-Loup Dabadie.

     « Les films de Claude Sautet touchent tous ceux qui privilégient les personnages par rapport aux situations, tous ceux qui pensent que les hommes sont plus importants que ce qu’ils font (..). Claude Sautet c’est la vitalité. » disait ainsi Truffaut. Et en effet, le principal atout des films de Sautet, c’est la virtuosité avec laquelle sont dépeints, filmés et interprétés ses personnages qui partent de stéréotypes pour nous faire découvrir des personnalités attachantes et tellement uniques, qui se révèlent finalement éloignées de tout cliché.

    On a souvent dit de Claude Sautet qu'il était le peintre de la société des années 70 mais en réalité la complexité des sentiments de ses personnages disséquée avec une rare acuité est intemporelle.  S’il est vrai que la plupart de ses films sont des tableaux de la société contemporaine, notamment de la société d’après 1968, et de la société pompidolienne, puis giscardienne, et enfin mitterrandienne, ses personnages et les situations dans lesquelles il les implique sont avant tout universels, un peu comme  La Comédie Humaine peut s’appliquer aussi bien à notre époque qu’à celle de Balzac.

    Ce sont avant tout de ses personnages dont on se souvient après avoir vu un film de Sautet. Ses films ensuite porteront d’ailleurs presque tous des prénoms pour titres. On se dit ainsi que  Les choses de la vie aurait ainsi pu s'intituler... Hélène et Pierre.

    Même dans Quelques jours avec moi, qui ne porte pas pour titre des prénoms de personnages (un film de Sautet méconnu que je vous recommande, où son regard se fait encore plus ironique et acéré, un film irrésistiblement drôle et non dénué de douce cruauté), c’est du personnage de Pierre (interprété par Daniel Auteuil) dont on se souvient. 

    De Nelly et M. Arnaud, on se souvient d'Arnaud (Michel Serrault), magistrat à la retraite, misanthrope et solitaire, et de Nelly (Emmanuelle Béart), jeune femme au chômage qui vient de quitter son mari. Au-delà de l’autoportrait ( Serrault y ressemble étrangement à Sautet ), c’est l’implicite d’un amour magnifiquement et pudiquement esquissé, composé jusque dans la disparition progressive des livres d’Arnaud, dénudant ainsi sa bibliothèque et faisant référence à sa propre mise à nu. La scène pendant laquelle Arnaud regarde Nelly dormir, est certainement une des plus belles scènes d’amour du cinéma : silencieuse, implicite, bouleversante. Le spectateur retient son souffle et le suspense y est à son comble. Sautet a atteint la perfection dans son genre, celui qu’il a initié  avec Les choses de la vie : le thriller des sentiments.

    Dans Un cœur en hiver, là aussi, le souffle du spectateur est suspendu à chaque regard, à chaque note, à chaque geste d’une précision rare, ceux de Stephan (Daniel Auteuil). Je n’ai d'ailleurs encore jamais trouvé au cinéma de personnages aussi « travaillés » que Stéphane, ambigu, complexe qui me semble avoir une existence propre, presque vivre en dehors de l’écran. Là encore comme s'il s'agissait un thriller énigmatique, à chaque visionnage, je l’interprète différemment, un peu aussi comme une sublime musique ou œuvre d’art qui à chaque fois me ferait ressentir des émotions différentes. Stéphane est-il vraiment indifférent ? Joue-t-il un jeu ? Ne vit-il qu’à travers la musique ? « La musique c’est du rêve » dit-il.

    Et puis, évidemment,  il y a l’inoubliable César. Un des plus beaux rôles d’Yves Montand. Derrière l’exubérance et la truculence de César, on ressent constamment la mélancolie sous-jacente. Claude Beylie parlait de « drame gai » à propos de César et Rosalie, terme en général adopté pour la Règle du jeu de Renoir, qui lui sied également parfaitement.

    César, Rosalie, Nelly, Arnaud, Vincent, François, Paul, Max, Mado, …et les autres. Les films de Sautet sont donc avant tout des films de personnages. Des personnages égarés affectivement et/ou socialement, des personnages énigmatiques et ambivalents.

    Les choses de la vie, c’est le film par lequel débute  la collaboration de Claude Sautet avec le compositeur Philippe Sarde. Le thème nostalgique et mélancolique intitulé La chanson d’Hélène a aussi contribué à son succès. Sarde avait d’ailleurs fait venir Romy Schneider et Michel Piccoli en studio pour qu’ils posent leur voix sur la mélodie. Cette version, poignante, ne sera finalement pas utilisée dans le film.

    Et puis il y a les dialogues, remarquables, qui pourraient aussi être qualifiés de musiques, prononcés par les voix si mélodieuses et particulières de Romy Schneider et Michel Piccoli :  « Quel est le mot pour mentir enfin pas mentir mais raconter des histoires, mentir mais quand on invente affabuler ». « Je suis fatiguée de t'aimer. » « Brûler la lettre pour ne pas vivre seul. » Parfois ils sont cinglants aussi… : la fameuse dissonance ! Comme « Nous n'avons pas d'histoire et pour toi c'est comme les gens qui n'ont pas d'enfants c'est un échec». On songe à la magnifique lettre de Rosalie dans César et Rosalie, aux mots prononcés par la voix captivante de Romy Schneider qui pourraient être ceux d’un poème ou d’une chanson : « Ce n'est pas ton indifférence qui me tourmente, c'est le nom que je lui donne : la rancune, l'oubli. David, César sera toujours César, et toi, tu seras toujours David qui m'emmène sans m'emporter, qui me tient sans me prendre et qui m'aime sans me vouloir... ».

    Il y eut un avant et un après Les choses de la vie pour Claude Sautet mais aussi pour Romy Schneider et Michel Piccoli. La première est aussi éblouissante qu’émouvante en femme éperdument amoureuse, après La Piscine de Jacques Deray, film dans lequel elle incarnait une femme sublime, séductrice dévouée, forte, provocante. Et Michel Piccoli incarne à la fois la force, l’élégance et la fragilité et puis il y a cette voix ensorceleuse et inimitable qui semble nous murmurer son histoire à notre oreille.

    Comme dans chacun des films de Sautet, les regards ont aussi une importance cruciale. On se souvient de ces regards échangés à la fin de César et Rosalie. Et du regard tranchant de Stéphane (Daniel Auteuil) dans Un cœur en hiver…Et de ce dernier plan qui est encore affaire de regards.

    Le personnage de Stéphane ne cessera jamais de m’intriguer, comme il intrigue Camille (Emmanuelle Béart), exprimant tant d’ambiguïté dans son regard brillant ou éteint. Hors de la vie, hors du temps. Je vous le garantis, vous ne pourrez pas oublier ce crescendo émotionnel jusqu’à ce plan fixe final polysémique qui vous laisse ko et qui n’est pas sans rappeler celui de Romy Schneider à la fin de « Max et les ferrailleurs » ou de Michel Serrault (regard absent à l’aéroport) dans « Nelly et Monsieur Arnaud » ou de Montand/Frey/Schneider dans « César et Rosalie ». Le cinéma de Claude Sautet est finalement affaire de regards, qu’il avait d’une acuité incroyable, saisissante sur la complexité des êtres. Encore une digression pour vous recommander "Un coeur en hiver", mon film de Sautet préféré, une histoire d’amour, de passion(s), cruelle, intense, poétique, sublime, dissonante, mélodieuse, contradictoire, trouble et troublante, parfaitement écrite, jouée, interprétée, mise en lumière, en musique et en images (ma critique complète sur Inthemoodforcinema.com).

    Dans Les choses de la vie, on se souviendra longtemps du regard d’Hélène qui, de l’autre côté de la porte de son immeuble et à travers la vitre et la pluie, regarde, pour la dernière fois, Pierre dans la voiture, allumer sa cigarette sans la regarder, et partir vers son fatal destin. Et quand il relève la tête pour regarder elle n'est plus là et il semble le regretter. Et quand elle revient, il n’est plus là non plus. Un rendez-vous manqué d’une beauté déchirante….

    Les regards sont aussi capitaux dans la séquence sublime du restaurant dans laquelle ils passent du rendez-vous d’amour à la dispute, une scène qu’ils ne paraissent pas jouer mais vivre sous nos yeux, dans un de ces fameux cafés ou brasseries qu’on retrouvera ensuite dans tous les films de Claude Sautet, dans les scènes de groupe dont Vincent, François, Paul et les autres est le film emblématique. On retrouvera aussi la solitude dans et malgré le groupe. « A chaque film, je me dis toujours : non, cette fois tu n’y tournes pas. Et puis, je ne peux pas m’en empêcher. Les cafés, c’est comme Paris, c’est vraiment mon univers. C’est à travers eux que je vois la vie. Des instants de solitude et de rêvasseries. »  dira ainsi Claude Sautet. On retrouvera souvent les personnages filmés à travers les vitres de ces mêmes cafés, des scènes de pluie qui sont souvent un élément déclencheur, des scènes de colère (peut-être inspirées par les scènes de colère incontournables dans les films de Jean Gabin, Sautet ayant ainsi revu Le jour se lève …17 fois en un mois!), des femmes combatives souvent incarnées par Romy Schneider puis par Emmanuelle Béart, des fins souvent ouvertes.

    Annie Girardot et Yves Montand puis Lino Ventura déclinèrent les rôles d'Hélène et de Pierre dans Les choses de la vie. Romy Schneider et Michel Piccoli seront ainsi à jamais Hélène et Pierre. Inoubliables. Comme le rouge d’une fleur. Peut-être la dernière chose que verra Pierre qui lui rappelle le rouge de la robe d’Hélène. Comme cet homme seul sous la pluie, mortellement blessé, gisant dans l'indifférence, tandis que celle qu’il aime, folle d’amour et d’enthousiasme, lui achète des chemises. Et que lui rêve d’un banquet funèbre. Et qu’il murmure ces mots avec son dernier souffle de vie qui, là encore, résonnent comme les paroles d’une chanson :  «J'entends les gens dans le jardin. J'entends même le vent. » Et ces vêtements ensanglantés ramassés un à un par une infirmière, anonymes, inertes.

    Je termine toujours ou presque la vision d’un film de Sautet bouleversée, avec l’envie de vivre plus intensément encore car là était le véritable objectif de Claude Sautet : nous « faire aimer la vie »…et il y est parvenu, magistralement. En nous racontant des « histoires simples », il a dessiné des personnages complexes qui nous parlent si bien de « choses de la vie ». Claude Sautet, en 14 films, a su imposer un style, des films inoubliables, un cinéma du désenchantement enchanteur, d’une savoureuse mélancolie, de l’ambivalence et de la dissonance jubilatoires, une symphonie magistrale dont chaque film est un morceau unique indissociable de l’ensemble, et celui-ci est sans doute le plus tragique et poignant.

    Il y a les cinéastes qui vous font aimer le cinéma, ceux qui vous donnent envie de faire du cinéma, ceux qui vous font appréhender la vie différemment, voire l’aimer davantage encore. Claude Sautet, pour moi, réunit toutes ces qualités.

    Certains films sont ainsi comme des rencontres, qui vous portent, vous enrichissent, vous influencent ou vous transforment même parfois. Les films de Claude Sautet font partie de cette rare catégorie et de celle, tout aussi parcimonieuse, des films dont le plaisir à les revoir, même pour la dixième fois, est toujours accru par rapport à la première projection. J’ai beau connaître les répliques par cœur, à chaque fois César et Rosalie m’emportent dans leur tourbillon de vie joyeusement désordonné, exalté et exaltant. J’ai beau connaître par cœur Les choses de la vie  et le destin tragique de Pierre me bouleverse toujours autant et ce « brûle la lettre » ne cesse de résonner encore et encore comme une ultime dissonance.

    Les choses de la vie obtint le Prix Louis-Delluc 1970 et connut aussi un grand succès public.

    Critique de ETE 85 de François Ozon

    (Dimanche 27/06, cinéma Le Gulf Stream, 12H30)

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    Les premières minutes des films d’Ozon, brillants exercices d’exposition mais aussi de manipulation, sont des éléments incontournables de ses scénarii ciselés, délicieusement retors et labyrinthiques, et sont toujours annonciatrices des thématiques que chacun de ses films explore : deuil, mensonge, désir, enfoui et/ou inavoué et/ou dévorant.  Avec toujours ce sens précis de la mise en scène (maligne, complice ou traitre), riche de mises en abyme. Dès les premières secondes, il happe l’attention et pose les fondations d’un univers dont la suite consistera bien souvent à le déconstruire. « Été 85 » ne déroge pas à la règle. C’est le cliquetis d’une cellule qu'on ouvre qui précède la vision de deux silhouettes dans la pénombre, fantomatiques. Et puis, ces mots tranchants et saisissants : « Je dois être dingue. Quand on a choisi la mort comme passe-temps, c'est qu'on est dingue. […]Ce qui m'intéresse c'est la mort. Un cadavre m'a fait un effet pas possible. Si vous n'avez pas envie de savoir comment il est devenu un cadavre alors vous n'avez qu'à laisser tomber ce n'est pas une histoire pour vous. » Ensuite, la rupture de style avec ces images éblouissantes de la plage du Tréport, sur fond de la musique de "In Between days" de The Cure. Toujours aussi cette dichotomie (ici entre ombre et lumière, désirs -de vie, amoureux- et mort qui plane), présente dès le début, qui laisse présager un drame, inéluctable. L’illusion aussi : du bonheur, et celle que crée le cinéma. Un début qui rappelle celui de « Frantz » : les cloches d’une église qui retentissent et une silhouette fantomatique qui apparaît, furtivement, un homme de dos, courant dans la rue.  Les premiers plans d’« Une nouvelle amie » jouaient aussi avec notre perception de la réalité, et là aussi, se référaient à la mort, donnant l’impression qu’une femme se prépare pour une cérémonie de mariage qui est en fait son enterrement. Là aussi, un premier plan dans lequel tout était dit : le deuil, l’apparence trompeuse, l’illusion, la double identité.

    L’été 85, c’est celui des 16 ans d’Alexis (Félix Lefebvre) qui, lors d’une sortie en mer, est sauvé héroïquement du naufrage (et donc de la mort, déjà) par David (Benjamin Voisin), 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu'un été ?  C’est aussi l’été 85, celui de ses 17 ans, que François Ozon a lu le roman d’Aidan Chambers, « La Danse du coucou » dont « Été 85 » est adapté. « Été 85 » faisait aussi partie de la Sélection officielle du Festival de Cannes 2020.

    Alexis ne cesse de parler de la mort sans doute pour en exorciser la hantise : « Les baignoires m'ont toujours fait penser à des cercueils ». Quant à David, il a perdu son père et il feint de ne rien en éprouver (« T'inquiète, c'est passé. ») et il dégaine son peigne comme un cowboy dégainerait un couteau : Ozon met ainsi en scène une inquiétante normalité qui, d’un instant à l’autre, semble pouvoir dériver vers le drame, toujours latent.

    En 2001, « Sous le sable », était le premier film de François Ozon sur le deuil et le refus de son acceptation. Le personnage incarné par Charlotte Rampling refusait ainsi d’accepter la mort de son mari tout comme Adrien et Anna, dans « Frantz » sont éprouvés par la mort de ce dernier qu’ils tentent de faire revivre à leur manière.  Dans « Une nouvelle amie », lorsque Claire et David révèlent leurs vraies personnalités en assumant leur féminité, travestissant la réalité, maquillant leurs désirs et leurs identités, c’est aussi pour faire face au choc dévastateur du deuil. Dans « Le temps qui reste », film sur les instantanés immortels d’un mortel qui en avait plus que jamais conscience face à l’imminence de l’inéluctable dénouement, là aussi, déjà, la mort rôdait constamment.

    Dans le cinéma de François Ozon, les êtres ne sont jamais réellement ce qu’ils paraissent. Ils dissimulent une blessure, un secret, leur identité, un amour, une culpabilité.  Ses films sont ainsi souvent à l’image de ceux dont ils relatent l’histoire : en trompe-l’œil, multiples et audacieux, derrière une linéarité et un classicisme apparents.  Manipulateur hors-pair, Ozon fait ainsi l’éloge de l’illusion et ainsi de son propre art comme dans « Dans la maison » dans lequel il s’amusait avec les mots faussement dérisoires ou terriblement troublants et périlleux. Dans « Frantz », hymne à la vie comme peut l’être « Été 85 » Rilke était le poète préféré d’Anna, lui qui dans « Lettres à un jeune poète » mieux que quiconque a su définir l’art et l’amour, et les liens qui les unissent. Dans « Été 85 » aussi, l’écriture à nouveau permet à la vérité d’éclater et à l’amour de revivre, en tout cas une vérité, celle vue à travers le regard et les mots d’Alexis. Dans « Dans la maison », Ozon rendait déjà hommage au prodigieux pouvoir des mots (dans « Swimming pool » aussi), à leur troublante beauté, nous donnant des pistes pour mieux nous en écarter, bref, nous manipulant tout comme l’élève y manipule son professeur par un savant jeu de mise en abyme (un personnage de professeur d’ailleurs également présent dans « Été 85 » sous les traits de Melvil Poupaud.) Jeu de doubles, de miroirs et de reflets dans la réalisation comme dans les identités sont aussi souvent à l’œuvre dans le cinéma d’Ozon. Une fois de plus, Ozon fait ici l’éloge de l’art, de l’imaginaire, son pouvoir destructeur et salvateur. Ainsi, pour Alexis, la seule façon de retrouver David, c'est de lui redonner vie à travers les mots. Par la force de l’imaginaire. « Depuis que j'ai commencé à écrire c'est comme si j'étais devenu moi-même un personnage. » dit-il ainsi. L’imaginaire qui traduit ou trahit la réalité : « Ce n'est pas David que tu aimes mais l'idée que tu te fais de lui. », « Tu crois qu'on invente les gens qu'on aime ? ».

    Plusieurs scènes sont des bijoux d’émotion et/ou de tension avec toujours, un sens aigu du suspense : la scène du naufrage mais aussi deux scènes qui se répondent. Deux danses fiévreuses sur « Sailing » de Rod Stewart, foudroyantes de beauté qui glorifient la vie, la fureur de vivre même, celle de David épris de rage de vivre qui roule de plus en plus vite pour essayer de rattraper la vitesse (« Pourquoi perdre du temps, on est tous mortels ») mais aussi de l’amour, celui dont Alexis n’est « jamais rassasié. »

    Ce après quoi David court, Ozon nous le donne avec ce film envoûtant : une « bulle de temps intemporelle ». Une fois de plus, son film est construit comme une démonstration parfaite et implacable. En plus de ces deux scènes précédemment évoquées dans lesquelles vie et mort s’en(tre)lacent, le début et la fin se répondent comme dans presque tous ses films. Le plan de la fin (lumineux, ouvrant sur l’avenir, l’ailleurs, l’espoir, en extérieur, avec un personnage de dos) étant le parfait contraire de celui du début (obscur, annonciateur d’un avenir désespéré, dénué d’espoir, dans un lieu clos, avec un personnage de face). Une fin qui rappelle celle que Germain (Fabrice Luchini) définit comme idéale dans le cours d’écriture qu’il donne à son élève dans « Dans la maison » : « Quand le spectateur se dit : Je ne m’attendais pas à ça et ça ne pouvait pas finir autrement ».

    Ozon, une fois de plus, joue et jongle brillamment avec les genres cinématographiques,  les références (notamment  à la trouble incandescence de « Plein soleil », certains plans sur le bateau évoquant le film de René Clément), les perceptions, les illusions (du spectateur, des personnages) pour nous raconter une histoire d’amour universelle portée par deux acteurs à fleur de peau sidérants de justesse, Benjamin Voisin (déjà remarquable dans l’incroyablement inventif film de Léo Karmann, « La Dernière vie de Simon ») et Félix Lefebvre (sans oublier les excellents seconds rôles au premier rang desquels Valeria Bruni Tedeschi en mère loufoque), mais aussi grâce à une reconstitution à la fois réaliste et fantasmagorique d’une époque (aussi grâce au grain si particulier du Super 16), une bande-originale romantique et nostalgique. Un film fougueux, électrique, malicieusement dichotomique, sombre et lumineux, cruel et doux, tragique et ironique, qui enfièvre la réalité, enragé de fureur de vivre, d’aimer pour raconter la mort, ou la défier peut-être... Et une fois de plus, une passionnante réflexion sur le pouvoir des illusions, artistiques ou amoureuses, qui, au dénouement de ce film intense, portent et emportent vers un avenir radieux empreint de la beauté mélancolique d’un vers de Verlaine. Ou d’une danse funèbre, terriblement sublime, à jamais gravée dans nos mémoires de spectateurs.

    Pour les bonnes adresses à La Baule, rendez-vous sur mon site http://inthemoodforhotelsdeluxe.com (ci-dessous, photo de l'hôtel Barrière L'Hermitage, partenaire du festival). Retrouvez mes articles complets sur l'hôtel Barrière l'Hermitage La Baule, sur le Castel Marie-Louise et sur le Royal Thalasso Barrière.

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  • Reims Polar 2021 - 38ème Festival du Film Policier (Découvrez "Boîte noire" de Yann Gozlan)

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    Sur instagram (@sandra_meziere), je vous parlais récemment du Festival du Film Policier de Cognac devenu en 2009 le Festival du Film Policier de Beaune. En 2022, le festival quittera Beaune pour Reims. L’édition 2021 du Festival du Film Policier a lieu en ligne sur festivalfilmpolicier.com, rebaptisé Reims Polar. L’occasion de découvrir (jusqu’à ce soir minuit) des films inédits, de la section sang neuf, hors compétition ou encore en compétition parmi lesquels « Boîte noire » de Yann Gozlan.

    « Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du Samouraï si ce n'est celle d'un tigre dans la jungle… Peut-être… ». Cette citation figure au début du film qui représente la quintessence du polar : « Le Samouraï » de Melville. La solitude portée à son paroxysme. Un style épuré. Une beauté froide, glaçante même. Des caractéristiques que l’on retrouve dans « Boîte noire ».

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     Technicien au BEA, autorité responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile, Mathieu Vasseur (@pierreniney) est propulsé enquêteur en chef sur une catastrophe aérienne sans précédent. Après un premier plan séquence vertigineux à l’intérieur de l’avion, ensuite pendant (presque) tout le film le point de vue est celui de Matthieu. Hermétique, méticuleux, même maniaque, n’esquissant jamais l’ombre d’un sourire, s’exprimant d’une voix atone. Peu à peu se dessine le portrait d’un personnage en apparence aux antipodes d’un autre Mathieu, celui que l’acteur incarnait dans « Un homme idéal » sa précédente collaboration avec Yann Gozlan, l’un paraissant aussi sombre que l’autre semblait solaire. Comme dans « Un homme idéal » néanmoins, se dessine peu à peu le portrait d’un homme face à ses contradictions, ses failles, ses rêves brisés (les siens ou ceux que son père avait forgés pour lui) qui veut tout contrôler et qui semble perdre progressivement le contact avec la réalité. Dans les deux films, la réalisation de Yann Gozlan enserre le protagoniste pour souligner son enfermement mental. Déjà dans « Un homme idéal » les brillantes références étaient savamment distillées : « Plein soleil », « Match point », « La Piscine », « Tess », Hitchcock pour l’atmosphère, Chabrol pour l’auscultation impitoyable de la bourgeoisie… La mise en scène était déjà précise, signifiante et le scénario, terriblement efficace, allait à l’essentiel, ne nous laissant pas le temps de réfléchir, le spectateur ayant alors la sensation d’être claquemuré dans le même étau inextricable que Mathieu, aux frontières de la folie.  C’est ici à nouveau le cas avec un scénario signé Yann Gozlan, Simon Moutaïrou, Nicolas Bouvet.

    Un film sobre, intense, haletant, dans lequel le son et la musique de Philippe Rombi jouent un rôle à part entière. Un film qui s’inspire autant des héros melvilliens, des films noirs avec leur fatalité inexorable, que de Sydney Pollack et des thrillers des années 70. Dans le rôle de l’épouse glaciale (en écho à l’archétype de la femme fatale du film noir) toujours époustouflante et si différente à chaque rôle, Lou de Laâge, dont la carapace se fissure peu à peu, la froideur laissant finalement place à l’émotion qui la saisit, enfin, et nous saisit à l’issue de cette quête effrénée de vérité, où la machine comme l’homme laissent apparaître leurs failles. Il vous reste quelques heures pour découvrir ce film palpitant, brillamment interprété, mis en scène et en « sons ». Sinon, il vous faudra attendre sa sortie en salles le 15 septembre 2021 pour vivre à votre tour cette expérience sensorielle à laquelle le grand écran procurera sans doute toute son ampleur.

     
  • "Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes" de Gilles Jacob : la version poche enrichie à découvrir absolument

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    En 2018, lors de sa sortie, je vous avais longuement parlé du passionnant Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes de Gilles Jacob (retrouvez l'article publié alors ci-dessous). Alors pourquoi vous en parler à nouveau me direz-vous...! Pas seulement par nostalgie cannoise en ce mois de Mai mais surtout parce que Plon vient de sortir la version poche que je vous recommande vivement, non seulement pour son format mais aussi parce qu'il s'agit d'une version enrichie telle qu'elle le fut pour la sortie asiatique. En plus vous y trouverez donc :  Ang Lee, Chen Kaige, Maggie Cheung, Gong Li, Hou Hsiao-hsien, Jia Zhangke, Jiang Wen,  Zhang Yimou, Zhang Ziyi... A savourer sans modération ! J'en profite aussi pour vous recommander à nouveau L'échelle des Jacob, le dernier livre de Gilles Jacob, bouleversant et tout aussi indispensable.

     

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  • La 7ème édition du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule aura bien lieu (du 23 au 27 juin 2021)

    affiche festival du cinéma et musique de film de La Baule 2021.jpg 

     
    Je vous en parlais dès janvier dernier (ci-dessous mon article complet) : je suis donc ravie de vous confirmer que l'édition 2021 du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule aura bien lieu, du 23 au 27 juin. Un évènement unique tant par la qualité des films projetés, la symbiose entre cinéma et musique que la convivialité qui y règne.  Ce sera ainsi le "premier grand Festival de cinéma de l’été post-confinement". Une nouvelle date pour ce festival qui souhaite adopter un positionnement plus "estival"  et  qui ambitionne de devenir le rendez-vous incontournable du Cinéma Français juste avant l’été.
     
    Au programme : outre le concert de Philippe Sarde (dont je vous parle ci-dessous), projections de longs et courts-métrages en avant-première ou inédits (en compétition) en présence des équipes de films, de longs métrages singuliers (« coups de projecteur » hors compétition) et de grands classiques, rencontres et master-class (publiques, professionnelles, avec les scolaires), expositions, animations.
     
    En attendant d'en savoir plus sur la programmation, découvrez, ci-dessus, la nouvelle affiche 2021 réalisée par l’artiste Sébastien Dupouey, laquelle nous invite à l'évasion...plus que jamais salutaire, et à retrouver l'indicible joie du cinéma au cinéma et en festivals...
     

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    « Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. » « Entre l’art et la vie, je choisis la vie ».  Tel est l’un des pouvoirs magiques des festivals de cinéma : nous éviter d’être confrontés à ces choix cornéliens (ces citations sont extraites du film Un homme et une femme de Claude Lelouch) en permettant à l’art et la vie de s’entrelacer, au point qu’ils se confondent parfois, a fortiori au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule où la musique est omniprésente, et procure à chaque instant une aura romanesque.

    Des six premières éditions du festival, je n’en ai manqué aucune et plus que nulle part ailleurs mes souvenirs de vie et de cinéma s’y entremêlent. Comment oublier que j’y ai passé le 13 novembre 2015 ? Comment ne pas penser au concert de Michel Legrand qui avait eu lieu le lendemain, ce fameux 14 novembre 2015 donc, concert lors duquel Michel Legrand, alors comme toute l’assistance bouleversé par l’ignominie impensable qui avait eu lieu la veille, avait débuté son concert par un morceau improvisé et deux mesures de La Marseillaise ? Et puis la mise en abyme était à son apogée dans le cadre de ce festival puisque j’avais en effet immortalisé cette soirée du 14 novembre 2015 à La Baule dans l’une des nouvelles de mon recueil sur les festivals de cinéma Les illusions parallèles, publié en 2016, avec une nouvelle intitulée Un certain 14 novembre, un recueil que j’ai eu le plaisir de dédicacer le… 13 novembre de l’année suivante au festival, aux côtés de Lalo Schifrin, invité d’honneur cette année-là.

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    Une oasis de quiétude, de rêve et d'évasion. Voilà ce vers quoi nous invite à voyager l'affiche du 7ème Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule en référence aux films d'Aventure, thématique de cette édition, mais aussi à Philippe Sarde, invité d'honneur du festival, lequel a notamment signé les musiques de grands films d’aventures telles que celles de Fort Saganne, L’Ours, le Bossu ou La fille de d’Artagnan, mais aussi des musiques de films ou l’aventure est plus intime, comme celles des sublimes films de Claude Sautet (Les choses de la vie, César et Rosalie…) ou d'André Téchiné ( Hôtel des Amériques, Ma saison préférée …). L'hôtel Hermitage, lieu phare du festival apparaît ici comme une oasis au milieu du désert en lequel se transforme la plage de La Baule.

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    Pour rêver sous le ciel mystérieux, magique, et constellé d'étoiles de l’affiche qui fait allusion aux contes orientaux mais aussi au récit d’aventure de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, il faudra donc patienter un peu car  le festival qui devait avoir lieu du 10 au 15 novembre 2020 a été reporté au mois de Juin 2021, du 23 au 27.

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    En plus des concerts de ses invités d’honneur (au premier rang desquels celui, absolument inoubliable, de Vladimir Cosma), j’ai découvert tant de films remarquables grâce à ce festival parmi lesquels Paterson, À peine j’ouvre les yeux, Tanna, Le Prophète, Demain tout commence, Born to be blue, Jalouse, L’attente, Mr. Turner, Carole Matthieu, Tout nous sépare, Guy, La tortue rouge, Les hirondelles de Kaboul et, rien que pour l’année 2019, en compétition, sans doute les meilleurs films de l’année (Les Éblouis, J’ai perdu mon corps, La Belle époque, La dernière vie de Simon, La nuit venue, Lola vers la mer)…et tant d’autres et aussi de nombreux documentaires comme Abdel Rahman El Bacha - Un piano entre Orient et Occident, ou encore des courts-métrages.

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    « Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Telle est la citation d’ouverture du film Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch que j’avais eu le plaisir de revoir au Festival de La Baule (comme tant d’autres classiques d’ailleurs, notamment West side story ou Le cercle rouge), une citation empruntée à Albert Cohen à laquelle chaque année ce festival qui nous unit dans un océan de musiques est un parfait démenti. Chaque année, je repars ainsi de ce festival avec une envie fiévreuse de m’enivrer de musiques. Et je ne doute pas que ce sera le cas après cette édition de Juin 2021 à laquelle je vous donne d’ores et déjà rendez-vous pour vous griser de musiques sur la plus longue plage d’Europe, baie aux mille visages, entre élégante quiétude et beauté incendiaire. 

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    La Baule était célèbre pour sa plage et les cinéastes qu’elle a inspirés comme Diane Kurys qui, en 1990, y tourna le populaire La Baule-les-pins. Elle l’est désormais aussi pour son festival de cinéma (créé il y a 7 ans par Sam Bobino et Christophe Barratier) auquel nous souhaitons une longue vie même si la route de cette 7ème édition a été jalonnée d’obstacles dont, sans aucun doute, ce bel évènement sortira encore grandi.

    CRITIQUE de LES CHOSES DE LA VIE DE CLAUDE SAUTET

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    L’hommage que le Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2021 rendra à Philippe Sarde est pour moi l’excellent prétexte pour vous parler à nouveau de Claude Sautet pour qui Sarde a composé la musique du film Les Choses de la vie. Avec quelques digressions pour évoquer ma passion pour l'ensemble de la filmographie de Claude Sautet...en espérant vous donner envie de (re)voir ses films.

    Les choses de la vie est certainement le film de Sautet que j’ai le plus de mal à revoir tant il me bouleverse à chaque fois, sans doute parce qu’il met en scène ce que chacun redoute : la fatalité qui fauche une vie en plein vol. Le film est en effet placé d’emblée sous le sceau de la fatalité puisqu’il débute par un accident de voiture. Et une cacophonie et une confusion qui nous placent dans la tête de Pierre (Michel Piccoli). Cet accident est le prétexte à un remarquable montage qui permet une succession de flashbacks, comme autant de pièces d’un puzzle qui, reconstitué, compose le tableau de la personnalité de Pierre et de sa vie sentimentale.

    Au volant de sa voiture, Pierre (Michel Piccoli donc), architecte d’une quarantaine d’années, est victime d’un accident. Éjecté du véhicule, il gît inconscient sur l’herbe au bord de la route. Il se remémore son passé, sa vie avec Hélène (Romy Schneider), une jeune femme qu’il voulait quitter, sa femme Catherine (Lea Massari) et son fils (Gérard Lartigau)...

    Sur la tombe de Claude Sautet, au cimetière Montparnasse, il est écrit : « Garder le calme devant la dissonance ». Voilà probablement la phrase qui définirait aussi le mieux son cinéma. Celui de la dissonance. De l’imprévu. De la note inattendue dans la quotidienneté. Et aussi parce que cette épitaphe fait référence à la passion de Claude Sautet pour la musique. Le tempo des films de Sautet est ainsi réglé comme une partition musicale, impeccablement rythmée, une partition dont on a l’impression qu’en changer une note ébranlerait l’ensemble de la composition.

    Tous les films de Sautet se caractérisent d’ailleurs aussi par le suspense (il était fasciné par Ford et Hawks) : le suspense sentimental avant tout, concourant à créer des films toujours haletants et fascinants.  Claude Sautet citait ainsi souvent la phrase de Tristan Bernard : « il faut surprendre avec ce que l’on attend ». On ne peut certainement pas reprocher au cinéma de Claude Sautet d’être démesurément explicatif. C’est au contraire un cinéma de l’implicite, des silences et du non-dit. Pascal Jardin disait de Claude Sautet qu’il « reste une fenêtre ouverte sur l’inconscient ».

    Si son premier film, Classe tous risques, est un polar avec Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo ( Bonjour sourire, une comédie, a été renié par Claude Sautet qui n’en avait assuré que la direction artistique), nous pouvons déjà y trouver ce fond de mélancolie qui caractérise tous ses films et notamment  Les choses de la vie même si a priori Claude Sautet changeait radicalement de genre cinématographique avec cette adaptation d’un roman de Paul Guimard, écrite en collaboration avec Jean-Loup Dabadie.

     « Les films de Claude Sautet touchent tous ceux qui privilégient les personnages par rapport aux situations, tous ceux qui pensent que les hommes sont plus importants que ce qu’ils font (..). Claude Sautet c’est la vitalité. » disait ainsi Truffaut. Et en effet, le principal atout des films de Sautet, c’est la virtuosité avec laquelle sont dépeints, filmés et interprétés ses personnages qui partent de stéréotypes pour nous faire découvrir des personnalités attachantes et tellement uniques, qui se révèlent finalement éloignées de tout cliché.

    On a souvent dit de Claude Sautet qu'il était le peintre de la société des années 70 mais en réalité la complexité des sentiments de ses personnages disséquée avec une rare acuité est intemporelle.  S’il est vrai que la plupart de ses films sont des tableaux de la société contemporaine, notamment de la société d’après 1968, et de la société pompidolienne, puis giscardienne, et enfin mitterrandienne, ses personnages et les situations dans lesquelles il les implique sont avant tout universels, un peu comme  La Comédie Humaine peut s’appliquer aussi bien à notre époque qu’à celle de Balzac.

    Ce sont avant tout de ses personnages dont on se souvient après avoir vu un film de Sautet. Ses films ensuite porteront d’ailleurs presque tous des prénoms pour titres. On se dit ainsi que  Les choses de la vie aurait ainsi pu s'intituler... Hélène et Pierre.

    Même dans Quelques jours avec moi, qui ne porte pas pour titre des prénoms de personnages (un film de Sautet méconnu que je vous recommande, où son regard se fait encore plus ironique et acéré, un film irrésistiblement drôle et non dénué de douce cruauté), c’est du personnage de Pierre (interprété par Daniel Auteuil) dont on se souvient. 

    De Nelly et M. Arnaud, on se souvient d'Arnaud (Michel Serrault), magistrat à la retraite, misanthrope et solitaire, et de Nelly (Emmanuelle Béart), jeune femme au chômage qui vient de quitter son mari. Au-delà de l’autoportrait ( Serrault y ressemble étrangement à Sautet ), c’est l’implicite d’un amour magnifiquement et pudiquement esquissé, composé jusque dans la disparition progressive des livres d’Arnaud, dénudant ainsi sa bibliothèque et faisant référence à sa propre mise à nu. La scène pendant laquelle Arnaud regarde Nelly dormir, est certainement une des plus belles scènes d’amour du cinéma : silencieuse, implicite, bouleversante. Le spectateur retient son souffle et le suspense y est à son comble. Sautet a atteint la perfection dans son genre, celui qu’il a initié  avec Les choses de la vie : le thriller des sentiments.

    Dans Un cœur en hiver, là aussi, le souffle du spectateur est suspendu à chaque regard, à chaque note, à chaque geste d’une précision rare, ceux de Stephan (Daniel Auteuil). Je n’ai d'ailleurs encore jamais trouvé au cinéma de personnages aussi « travaillés » que Stéphane, ambigu, complexe qui me semble avoir une existence propre, presque vivre en dehors de l’écran. Là encore comme s'il s'agissait un thriller énigmatique, à chaque visionnage, je l’interprète différemment, un peu aussi comme une sublime musique ou œuvre d’art qui à chaque fois me ferait ressentir des émotions différentes. Stéphane est-il vraiment indifférent ? Joue-t-il un jeu ? Ne vit-il qu’à travers la musique ? « La musique c’est du rêve » dit-il.

    Et puis, évidemment,  il y a l’inoubliable César. Un des plus beaux rôles d’Yves Montand. Derrière l’exubérance et la truculence de César, on ressent constamment la mélancolie sous-jacente. Claude Beylie parlait de « drame gai » à propos de César et Rosalie, terme en général adopté pour la Règle du jeu de Renoir, qui lui sied également parfaitement.

    César, Rosalie, Nelly, Arnaud, Vincent, François, Paul, Max, Mado, …et les autres. Les films de Sautet sont donc avant tout des films de personnages. Des personnages égarés affectivement et/ou socialement, des personnages énigmatiques et ambivalents.

    Les choses de la vie, c’est le film par lequel débute  la collaboration de Claude Sautet avec le compositeur Philippe Sarde. Le thème nostalgique et mélancolique intitulé La chanson d’Hélène a aussi contribué à son succès. Sarde avait d’ailleurs fait venir Romy Schneider et Michel Piccoli en studio pour qu’ils posent leur voix sur la mélodie. Cette version, poignante, ne sera finalement pas utilisée dans le film.

    Et puis il y a les dialogues, remarquables, qui pourraient aussi être qualifiés de musiques, prononcés par les voix si mélodieuses et particulières de Romy Schneider et Michel Piccoli :  « Quel est le mot pour mentir enfin pas mentir mais raconter des histoires, mentir mais quand on invente affabuler ». « Je suis fatiguée de t'aimer. » « Brûler la lettre pour ne pas vivre seul. » Parfois ils sont cinglants aussi… : la fameuse dissonance ! Comme « Nous n'avons pas d'histoire et pour toi c'est comme les gens qui n'ont pas d'enfants c'est un échec». On songe à la magnifique lettre de Rosalie dans César et Rosalie, aux mots prononcés par la voix captivante de Romy Schneider qui pourraient être ceux d’un poème ou d’une chanson : « Ce n'est pas ton indifférence qui me tourmente, c'est le nom que je lui donne : la rancune, l'oubli. David, César sera toujours César, et toi, tu seras toujours David qui m'emmène sans m'emporter, qui me tient sans me prendre et qui m'aime sans me vouloir... ».

    Il y eut un avant et un après Les choses de la vie pour Claude Sautet mais aussi pour Romy Schneider et Michel Piccoli. La première est aussi éblouissante qu’émouvante en femme éperdument amoureuse, après La Piscine de Jacques Deray, film dans lequel elle incarnait une femme sublime, séductrice dévouée, forte, provocante. Et Michel Piccoli incarne à la fois la force, l’élégance et la fragilité et puis il y a cette voix ensorceleuse et inimitable qui semble nous murmurer son histoire à notre oreille.

    Comme dans chacun des films de Sautet, les regards ont aussi une importance cruciale. On se souvient de ces regards échangés à la fin de César et Rosalie. Et du regard tranchant de Stéphane (Daniel Auteuil) dans Un cœur en hiver…Et de ce dernier plan qui est encore affaire de regards.

    Le personnage de Stéphane ne cessera jamais de m’intriguer, comme il intrigue Camille (Emmanuelle Béart), exprimant tant d’ambiguïté dans son regard brillant ou éteint. Hors de la vie, hors du temps. Je vous le garantis, vous ne pourrez pas oublier ce crescendo émotionnel jusqu’à ce plan fixe final polysémique qui vous laisse ko et qui n’est pas sans rappeler celui de Romy Schneider à la fin de « Max et les ferrailleurs » ou de Michel Serrault (regard absent à l’aéroport) dans « Nelly et Monsieur Arnaud » ou de Montand/Frey/Schneider dans « César et Rosalie ». Le cinéma de Claude Sautet est finalement affaire de regards, qu’il avait d’une acuité incroyable, saisissante sur la complexité des êtres. Encore une digression pour vous recommander "Un coeur en hiver", mon film de Sautet préféré, une histoire d’amour, de passion(s), cruelle, intense, poétique, sublime, dissonante, mélodieuse, contradictoire, trouble et troublante, parfaitement écrite, jouée, interprétée, mise en lumière, en musique et en images (ma critique complète sur Inthemoodforcinema.com).

    Dans Les choses de la vie, on se souviendra longtemps du regard d’Hélène qui, de l’autre côté de la porte de son immeuble et à travers la vitre et la pluie, regarde, pour la dernière fois, Pierre dans la voiture, allumer sa cigarette sans la regarder, et partir vers son fatal destin. Et quand il relève la tête pour regarder elle n'est plus là et il semble le regretter. Et quand elle revient, il n’est plus là non plus. Un rendez-vous manqué d’une beauté déchirante….

    Les regards sont aussi capitaux dans la séquence sublime du restaurant dans laquelle ils passent du rendez-vous d’amour à la dispute, une scène qu’ils ne paraissent pas jouer mais vivre sous nos yeux, dans un de ces fameux cafés ou brasseries qu’on retrouvera ensuite dans tous les films de Claude Sautet, dans les scènes de groupe dont Vincent, François, Paul et les autres est le film emblématique. On retrouvera aussi la solitude dans et malgré le groupe. « A chaque film, je me dis toujours : non, cette fois tu n’y tournes pas. Et puis, je ne peux pas m’en empêcher. Les cafés, c’est comme Paris, c’est vraiment mon univers. C’est à travers eux que je vois la vie. Des instants de solitude et de rêvasseries. »  dira ainsi Claude Sautet. On retrouvera souvent les personnages filmés à travers les vitres de ces mêmes cafés, des scènes de pluie qui sont souvent un élément déclencheur, des scènes de colère (peut-être inspirées par les scènes de colère incontournables dans les films de Jean Gabin, Sautet ayant ainsi revu Le jour se lève …17 fois en un mois!), des femmes combatives souvent incarnées par Romy Schneider puis par Emmanuelle Béart, des fins souvent ouvertes.

    Annie Girardot et Yves Montand puis Lino Ventura déclinèrent les rôles d'Hélène et de Pierre dans Les choses de la vie. Romy Schneider et Michel Piccoli seront ainsi à jamais Hélène et Pierre. Inoubliables. Comme le rouge d’une fleur. Peut-être la dernière chose que verra Pierre qui lui rappelle le rouge de la robe d’Hélène. Comme cet homme seul sous la pluie, mortellement blessé, gisant dans l'indifférence, tandis que celle qu’il aime, folle d’amour et d’enthousiasme, lui achète des chemises. Et que lui rêve d’un banquet funèbre. Et qu’il murmure ces mots avec son dernier souffle de vie qui, là encore, résonnent comme les paroles d’une chanson :  «J'entends les gens dans le jardin. J'entends même le vent. » Et ces vêtements ensanglantés ramassés un à un par une infirmière, anonymes, inertes.

    Je termine toujours ou presque la vision d’un film de Sautet bouleversée, avec l’envie de vivre plus intensément encore car là était le véritable objectif de Claude Sautet : nous « faire aimer la vie »…et il y est parvenu, magistralement. En nous racontant des « histoires simples », il a dessiné des personnages complexes qui nous parlent si bien de « choses de la vie ». Claude Sautet, en 14 films, a su imposer un style, des films inoubliables, un cinéma du désenchantement enchanteur, d’une savoureuse mélancolie, de l’ambivalence et de la dissonance jubilatoires, une symphonie magistrale dont chaque film est un morceau unique indissociable de l’ensemble, et celui-ci est sans doute le plus tragique et poignant.

    Il y a les cinéastes qui vous font aimer le cinéma, ceux qui vous donnent envie de faire du cinéma, ceux qui vous font appréhender la vie différemment, voire l’aimer davantage encore. Claude Sautet, pour moi, réunit toutes ces qualités.

    Certains films sont ainsi comme des rencontres, qui vous portent, vous enrichissent, vous influencent ou vous transforment même parfois. Les films de Claude Sautet font partie de cette rare catégorie et de celle, tout aussi parcimonieuse, des films dont le plaisir à les revoir, même pour la dixième fois, est toujours accru par rapport à la première projection. J’ai beau connaître les répliques par cœur, à chaque fois César et Rosalie m’emportent dans leur tourbillon de vie joyeusement désordonné, exalté et exaltant. J’ai beau connaître par cœur Les choses de la vie  et le destin tragique de Pierre me bouleverse toujours autant et ce « brûle la lettre » ne cesse de résonner encore et encore comme une ultime dissonance.

    Les choses de la vie obtint le Prix Louis-Delluc 1970 et connut aussi un grand succès public.

    Pour les bonnes adresses à La Baule, rendez-vous sur mon blog http://inthemoodforhotelsdeluxe.com. 

  • Merci France Bleu (interview)

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    J'étais hier l'invitée du jour* de l'interview de France Bleu "Ils font bouger la Mayenne" (le département dont je suis originaire), suite à mon Prix Alain Spiess  pour ma nouvelle "Les âmes romanesques".

    Merci au journaliste Ilan Malka d'avoir aussi chaleureusement recommandé la lecture des "Âmes romanesques" (dont vous pouvez trouver le lien sur leprixalainspiess.fr, vous pouvez aussi toujours la lire directement ici) et d'avoir aussi cité Short Édition, site sur lequel sont également publiées plusieurs de mes nouvelles dont certaines primées à retrouver via ce lien.

    Quant à la nouvelle sur le harcèlement scolaire évoquée dans l'interview intitulée "Valse avec la vie !", vous la retrouverez uniquement sur mon compte instagram (@sandra_meziere) dans ma publication d'avant-hier.

    Et pour les films que je recommande dans l'interview, vous en retrouverez également mes critiques sur instagram.

    Replay de l'interview disponible sur France Bleu Mayenne, ici :  émission du 1er avril.

    *Interview réalisée par téléphone, la photo est celle d'une précédente émission

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