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  • Top cinéma 2017 : FAUTE D'AMOUR d'Andreï Zviaguintsev, film de l'année 2017

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    Même si j'ai manqué quelques films incontournables de l'année comme "The Square", "The Lost City of Z", "L'amant double" (que je vais essayer de rattraper très rapidement), je vous livre tout de même mon top 2017 dont j'assume l'éclectisme. J'ai gardé les films qui ont suscité de fortes impressions et émotions, dont la qualité de l'écriture était remarquable et qui ont résisté à l'écoulement du temps...et que cet écoulement du temps a même fait ressurgir différemment dans ma mémoire, d'où la présence de "La La Land" qui m'avait déçue lors de sa sortie. Je n'ai guère hésité pour attribuer la première place à "Faute d'amour" dont chaque plan, chaque dialogue sont pour moi une leçon de cinéma...et qui contient la scène la plus forte et bouleversante de 2017.  Pour le reste, l'ordre est purement aléatoire.

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    1. FAUTE D'AMOUR d'Andreï Zviaguintsev

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    Cette critique est extraite de mon compte rendu du Festival de Cannes 2017 à retrouver ici.

    « Faute d’amour » est mon grand coup de cœur de cette édition que je retournerai voir pour vous en parler plus longuement et plus précisément.

    Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser... Aucun des deux ne semble avoir d'intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu'à ce qu'il disparaisse.

    En 2007, Konstantin Lavronenko, remportait le prix d’interprétation masculine pour son rôle dans « Le Bannissement » de Zvyagintsev. Avec « Elena », Zvyangintsev remportait le Prix spécial du jury  Un  Certain Regard en 2011. Et le Prix du scénario pour « Leviathan » en 2014. Avec ce cinquième long-métrage, il frôle la perfection.

    Ce film palpitant m’a littéralement scotchée à l’écran du premier au dernier plan. Premiers plans de ces arbres décharnés, morts, comme un avertissement. Et de ce drapeau russe flottant sur le fronton d’une école déserte. « Je voulais parler d’absence d’empathie et d’égoïsme permanent et l’arrière-plan politique contribue à votre perception ». Voilà comment Zvyagintsev a évoqué son film lors de la conférence de presse des lauréats. Il a obtenu le grand prix, son film avait aussi tout d’une palme d’or. Et dans ces premiers plans, déjà, tout était dit.

    Chaque séquence, portée par une mise en scène vertigineuse d’une précision stupéfiante (perfection du cadre, des mouvements de caméra, de la lumière, du son même), pourrait être un court-métrage parfait et le tout esquisse le portrait d’êtres ne sachant plus communiquer ni aimer. La mère passe ainsi son temps sur Facebook et à faire des selfies. Métaphore de la Russie et plus largement d’un monde, individualiste, matérialiste et narcissique, où il est plus important de parler de soi sur les réseaux sociaux que de s’occuper de ses enfants. Où l’entreprise devient un univers déshumanisé dans l’ascenseur de laquelle les employés sont  silencieusement alignés tels des zombies.

    « Faute d’amour » est un film très ancré dans le pays dans lequel il se déroule mais aussi très universel. Le pays en question c’est une Russie qui s’essouffle (au propre comme au figuré, et tant pis pour ceux qui trouveront le plan le matérialisant trop symboliste). A l’arrière-plan, l’Ukraine. « Il y a une dimension métaphysique. La perte de l'enfant pour ces deux parents, c'est pour la Russie la perte de la relation naturelle et normale avec notre voisin le plus proche, l'Ukraine », a ainsi expliqué le cinéaste. Et quand la caméra explore le bâtiment fantôme, surgi d’une autre époque, figé, chaque pas dans cette carcasse squelettique nous rappelle ainsi à la fois les plaies béantes d’un pays et celles d’un enfant qui venait s’y réfugier.

    Le film est éprouvant, par moment étouffant, suffocant même. Il décrit des êtres et un univers âpres, abîmés,  cela ne le rend pas moins passionnant comme un éclairage implacable sur une société déshumanisée, pétrie de contradictions. Ainsi, le père travaille dans une société avec un patron intégriste qui ne supporte pas que ses employés divorcent tandis que la mère travaille dans un institut de beauté et passe son temps à s’occuper de son corps.

    Les scènes de disputes entre les parents sont d’une violence inouïe et pourtant semblent toujours justes, comme celle, féroce, où la mère dit à son mari qu’elle ne l’a jamais aimé et a fortiori celle que l’enfant entend, caché derrière une porte, dont nous découvrons la présence à la fin de celle-ci, dispute qui avait pour but de s’en rejeter la garde. L’enfant semble n’être ici qu’un obstacle à leur nouveau bonheur conjugal. Une séquence d’une force, d’une brutalité à couper le souffle. Et lorsque l’enfant se réfugie pour pleurer, secoué de sanglots, exprimant un désarroi incommensurable que personne ne viendra consoler, notre cœur saigne avec lui.

    Zvyangintsev, s’il stigmatise l’individualisme à travers ceux-ci, n’en fait pas pour autant un portrait manichéen des parents. La mère, Genia, a ainsi vécu elle aussi une enfance sans amour avec une mère surnommée « Staline en jupons » qui, elle-même, après une séquence dans laquelle elle s’est montrée impitoyable avec sa fille, semble s’écrouler, visiblement incapable de communiquer autrement qu’en criant et insultant, mais surtout terriblement seule. Genia apparaît au fil du film plus complexe et moins détestable qu’il n’y paraissait, la victime d’un système (humain, politique) qui broie les êtres et leurs sentiments. Son mari nous est presque rendu sympathique par la haine que sa femme lui témoigne et par son obstination silencieuse à aider aux recherches menées par des bénévoles qui témoignent d’une générosité qui illumine ce film glaçant et glacial.

    Des décors de l’appartement, d’une froideur clinique, à ces arbres squelettiques, à l’entreprise du père avec ses règles et espaces rigides, en passant par les extérieurs que la neige et l’obscurité envahissent de plus en plus au fil du film, tout semble sans âme et faire résonner ces pleurs déchirantes d’un enfant en mal d’amour (auxquelles d’ailleurs feront écho d’autres pleurs et d’autres cris lors de séquences ultérieures  également mémorables et glaçantes). Des plans qui nous hanteront bien après le film. Bien après le festival. Un très grand film qui m’a rappelée une palme d’or qui nous interrogeait sur les petitesses en sommeil recouvertes par l’immaculée blancheur de l’hiver, un film rude et rigoureux,« Winter sleep » de Nuri Bilge Ceylan. Une palme d’or que Zvyagintsev  (reparti avec le prix du jury) aurait indéniablement méritée pour ce film parfait de l’interprétation au scénario en passant par la mise en scène et même la musique, funèbre et lyrique, qui renforce encore le sentiment de désolation et de tristesse infinie qui émane de ces personnages que la richesse du scénario nous conduit finalement à plaindre plus qu’à blâmer. Du grand art.

    2. 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo

     

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    Cette critique est extraite de mon compte rendu du Festival de Cannes 2017 à retrouver ici. "120 battements par minute" a également obtenu le prix du public du Festival du Film de Cabourg 2017 dont vous pouvez retrouver mon bilan, là.

    C’est le film qui avait bouleversé les festivaliers au début de la 70ème édition du Festival de Cannes  et qui méritait amplement son Grand Prix. C’est d’ailleurs avec beaucoup d’émotion que Pedro Almodovar l’avait évoqué lors de la conférence de presse du jury du festival. On sentait d’ailleurs poindre un regret lorsqu’il a déclaré : « J'ai adoré 120 battements par minute. Je ne peux pas être plus touché par un  film. C'est un jury démocratique. Et je suis 1/9ème seulement. » Il avait également déclaré :   « Campillo raconte l'histoire de héros qui ont sauvé de nombreuses vies. Nous avons pris conscience de cela. »

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    Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan (Arnaud Valois) va être bouleversé par la radicalité de Sean (Nahuel Perez Biscayart) qui consume ses dernières forces dans l’action. Sean est un des premiers militants d' Act Up. Atteint du VIH, il est membre de la commission prisons.  Au film politique va s’ajouter ensuite le récit de son histoire avec Nathan, nouveau militant, séronégatif.

    Le film s’attache en effet à nous raconter à la fois la grande Histoire et celle des deux personnages. Celle d’Act Up se heurtant aux groupes pharmaceutiques, essayant d’alerter  l’opinion publique et le gouvernement insensible à sa cause. Celle de l’histoire d’amour entre Sean et Nathan. Deux manières de combattre la mort. La première est racontée avec une précision documentaire. La seconde est esquissée comme un tableau avec de judicieuses ellipses. L’une domine tout le début du film avant que la seconde ne prenne une place grandissante, le film se focalisant de plus en plus sur l’intime même si le combat est toujours présent, en arrière-plan.

    La durée du film (2H10) devient alors un véritable atout nous permettant de nous immerger pleinement dans leur action et de faire exister chaque personnage, de nous les rendre attachants, de nous permettre d'appréhender la violence apparente de leurs actions qui deviennent alors simplement  à nos yeux des appels au secours, des cris de colère, si compréhensibles. Parce qu’il n’y a pas d’autre solution face à l’indifférence et l’inertie. Parce que le temps court et leur manque. La caméra s’attache et s’attarde à filmer les visages et les corps, vivants, amoureux, mais aussi les particules qui les détruisent inéluctablement. Deux réalités qui s’opposent. Une course contre la montre. Contre la mort.

    Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois et Antoine Reinartz sont impressionnants de force, d’intensité, de justesse, de combattivité. Ils rendent leurs personnages furieusement vivants et Adèle Haenel impose sa colère avec force, totalement imprégnée de son rôle.

    Campillo démontre ici une nouvelle fois son talent de scénariste (il fut notamment celui d’ « Entre les murs », palme d’or 2008 mais aussi  notamment des autres films de Laurent Cantet), dosant brillamment l’intime et le collectif, l’histoire d’amour et le combat politique et parvenant à faire de chacun des débats, parfois virulents,  des moments passionnants, témoignant toujours de ce sentiment d’urgence.  Certains ont reproché au film d’être trop long ou bavard mais aucun de ces échanges n’est vain ou gratuit. Ils sont toujours vifs et incisifs, enragés de l’urgence dictée par la maladie et la mort qui rôde. Ne pas s’arrêter, ne pas se taire pour ne pas mourir.

    La dernière partie du film, poignante, ne tombe pourtant jamais dans le pathos ni dans la facilité. Campillo raconte avec minutie et pudeur les derniers sursauts de vie, puis la mort et le deuil, leur triviale absurdité. « Mince » réagit une mère à la mort  de son enfant. Et c’est plus bouleversant que si elle s’était écroulée, éplorée.

     En immortalisant ces combats personnels et ce combat collectif, Campillo a réalisé un film universel, transpirant la fougue et la vie dont chaque dialogue, chaque seconde, chaque plan palpitent d'une urgence absolue. A l’image de la réalisation, effrénée, nerveuse,  d’une énergie folle qui ne nous laisse pas le temps de respirer. Avec sa musique exaltant la vie. Ses images fortes aussi comme ces corps allongés sur le sol de Paris symbolisant les défunts, des corps que la caméra surplombe, tourbillonnant autour comme si elle filmait un ballet funèbre. Sa poésie aussi. Un film jalonné de moments de grâce et d’images fortes qui nous laissent une trace indélébile. Lorsque la Seine devient rouge. Lorsque Sean évoque le ciel et la vie, plus prégnante avec la maladie, et que Paris défile, insolemment belle et mélancolique, derrière la vitre, irradiée de soleil.

    Un film qui rend magnifiquement hommage à ces combattants, à leur ténacité. Lorsque, finalement, le désir de vie l’emporte, avec ces battements musicaux et cardiaques, qui s’enlacent et se confondent dans un tourbillon sonore et de lumières stroboscopiques, qui exaltent la force de l’instant, et nous accompagnent bien après le générique de film, Campillo nous donne envie d’étreindre furieusement le moment présent.

    3. VISAGES VILLAES D'Agnès Varda et JR

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    Que de poésie dans ce film, révélateur de la profondeur, la noblesse, la beauté et la vérité des êtres ! Présenté hors-compétition du dernier Festival de Cannes où il a reçu le prix L’œil d’or du meilleur documentaire, il est coréalisé par Agnès Varda et JR.

    Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.

    Dès le générique, le spectateur est saisi par la délicatesse et la poésie. Poésie ludique des images. Et des mots, aussi : « tu sais bien que j’ai mal aux escaliers » dit Agnès Varda lorsqu’elle peine à rejoindre JR, « Les poissons sont contents, maintenant ils mènent la vie de château» à propos de photos de poissons que l'équipe de JR a collées sur un château d’eau.

    « Le hasard a toujours été le meilleur de mes assistants », a ainsi déclaré Agnès Varda et en effet, de chacune de ces rencontres surgissent des instants magiques, de profonde humanité. Sur chacun des clichés, dans chacun de leurs échanges avec ces « visages » affleurent les regrets et la noblesse de leurs détenteurs.

    En parallèle de ces explorations des visages et des villages, se développe l’amitié entre ces deux humanistes qui tous deux ont à cœur de montrer la grandeur d’âme de ceux que certains appellent avec condescendance les petites gens (terme qui m’horripile), de la révéler (au sens photographique et pas seulement).

    En les immortalisant, en reflétant la vérité des visages que ce soit celui de la dernière habitante de sa rue, dans un coron du Nord voué à la destruction en collant sa photo sur sa maison, à ces employés d'un site chimique,  ils en révèlent la beauté simple et fulgurante. Et nous bouleversent. Comme cet homme à la veille de sa retraite  qui leur dit avoir « l’impression d’arriver au bout d’une falaise et que ce soir je vais sauter dans le vide ». Et dans cette phrase et dans son regard un avenir effrayant et vertigineux semble passer.

    Le photographe de 33 ans et la réalisatrice de « 88 printemps » forment un duo singulier, attachant, complice et attendrissant. Le grand trentenaire aux lunettes noires (qu’Agnès Varda s’évertuera pendant tout le film à lui faire enlever) et la petite octogénaire au casque gris et roux. Deux silhouettes de dessin animé. Les mettre l’un avec l’autre est déjà un moment de cinéma. Tous deux se dévoilent aussi au fil des minutes et des kilomètres de ce road movie inclassable. Et ces visages dont les portraits se dessinent sont aussi, bien sûr, les leur. Ce voyage est aussi leur parcours initiatique. Celui d’un JR gentiment taquin, empathique, et d’une Agnès Varda tout aussi à l’écoute des autres, tantôt malicieuse et légère (impayable notamment quand elle chante avec la radio) tantôt grave et nous serrant le cœur lorsqu’elle dit « la mort j’ai envie d’y être parce que ce sera fini ».

    Ce récit plein de vie et fantaisie est aussi jalonné par l’évocation tout en pudeur de ceux qui ne sont plus, du temps qui efface tout (parce que photographier les visages c’est faire en sorte qu’ils « ne tombent pas dans les trous de la mémoire ») comme la mer qui engloutit ce portrait de cet ami d’Agnès Varda qui avait pourtant été soigneusement choisi pour être collé sur un bunker en bord de mer. Et la nostalgie et la mélancolie gagnent peu à peu du terrain jusqu’à la fin. Jusqu’à cette « rencontre » avec le « redoutable » Jean-Luc Godard qui donne lieu à un grand moment de cinéma poignant et terriblement cruel. Jusqu’au lac où la vérité et le regard sont, enfin, à nu. Et le nôtre embué de larmes.

    Ajoutez à cela la musique de M. Et vous obtiendrez une ode au « pouvoir de l’imagination », un petit bijou de délicatesse et de bienveillance. Un pied de nez au cynisme. Passionnant. Poétique. Surprenant. Ensorcelant. Emouvant. Rare. A voir absolument.

    4 Critique de 24 FRAMES d'Abbas Kiarostami

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    Cette critique est extraite de mon compte rendu du Festival de Cannes 2017.

    Le réalisateur iranien Abbas Kiarostami, disparu en juillet 2016,  a réalisé ces courts-métrages réunis par le producteur Charles Gillibert.

    La projection cannoise était doublement émouvante. Parce qu’il s’agissait d’un film posthume. Parce que c’était quelques heures après l’attentat de Manchester et que, lors de la présentation de cette séance spéciale, Thierry Frémaux l’a évoqué, annonçant une minute de silence l’après-midi.

    "Je me demande toujours dans quelle mesure les artistes cherchent à représenter la réalité d'une scène. Les peintres et les photographes ne capturent qu'une seule image et rien de ce qui survient avant ou après. Pour "24 Frames", j'ai décidé d'utiliser les photos que j’ai prises ces dernières années, j'y ai ajouté ce que j'ai imaginé avoir eu lieu avant ou après chacun des moments capturés", avait ainsi déclaré Kiarostami.

    Que dire de cette projection sans dénaturer ou banaliser la beauté de chacun de ces plans, de chacun de ces cadres, pour refléter le sentiment d’émerveillement et de quiétude que chacun d’eux m’ont inspiré ? Le film est ainsi divisé en 24 parties. 24 cadres. 24 plans. 24 moments de grâce et de poésie. Cinq minutes chacun. Séparés par un fondu au noir. Ouverts par le chiffre qui indique leur numéro. Parfois leurs lignes et leurs motifs se répondent. D’abord, souvent le tableau semble inerte et puis la vie s’immisce et avec elle la force et la majesté du cinéma.

    « J’ai décidé d’utiliser les photos que j’ai prises ces dernières années, j’y ai ajouté ce que j’ai imaginé avoir eu lieu avant ou après chacun des moments capturés » a également déclaré Kiarostami. Le cinéma, fenêtre ouverte sur le monde. Mais aussi sur l’imaginaire. Vibrant hommage au septième art. A la peinture aussi, incitant ainsi notre imagination à vagabonder, à s’évader de l’autre côté de la fenêtre, à construire l’avant et l’après du tableau. Toujours cette confiance de Kiarostami dans le spectateur, acteur responsable de ce qu’il regarde. (Sans aucun doute « Copie conforme » est-il un de mes plus beaux souvenirs de cinéma du Festival de Cannes, remarquable film sur la réflexivité de l’art, film de questionnements plus de de réponses,  réflexion passionnante sur l’art et l’amour et, là aussi, un dernier plan délicieusement énigmatique et polysémique qui signe le début ou le renouveau ou la fin d'une histoire plurielle.) Et puis la photographie, la peinture, la poésie, tout s’entremêle comme un adieu à tout ce qui a constitué son œuvre.

    Le premier segment est ainsi un tableau de Brueghel l’Ancien intitulé « Chasseurs dans la neige ». Un village en hiver. En apparence rien ne bouge. Et puis la fumée, un oiseau, un chien, la neige et tout s’anime… Nous retrouverons d’ailleurs ensuite souvent ces motifs : les animaux, les changements climatiques (orage, neige surtout…). Des plans souvent à travers une fenêtre. Fenêtre ouverte sur le monde, encore…

     Chacune de ces « frames » est mémorable. De ces deux chevaux dansant langoureusement sous la neige sur fond de musique italienne, à surtout, ce dernier cadre. Une fenêtre à nouveau s’ouvrant sur des arbres qui se plient. Devant un bureau avec un écran avec, au ralenti, un baiser hollywoodien. Et, devant l’écran, une personne endormie. La magie de l’instant lui est invisible. Comme un secret partagé,  pour nous seuls, spectateurs, éblouis, de cet ultime plan du film et de la carrière de cet immense cinéaste. Comme une dernière déclaration d’amour au cinéma. A la fin des 5 minutes de ce baiser au ralenti sur l’écran de l’ordinateur s’écrivent ces deux mots, “The End”, sur une musique qui célèbre l’amour éternel. Une délicate révérence. Deux mots plus que jamais chargés de sens. Un film et une carrière qui s’achèvent sur l’éternité du cinéma et de l’amour. Un pied de nez à la mort. Son dernier geste poétique, tout en élégance. Et le plus beau plan de ce festival.

    5. Critique de LA LA LAND de Damien Chazelle

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    J’ai vu ce film il y a une dizaine de jours et j’ai attendu pour vous en parler me disant que, peut-être, la magie qui n’a pas opéré lors de la projection se révèlerait à moi a posteriori… Alors ?

    Le synopsis d’abord. «La La Land » nous emmène au cœur de Los Angeles, et suit deux personnages : une actrice en devenir prénommée Mia (Emma Stone) qui, entre deux  castings, sert des boissons à des actrices dans la cafétéria où elle travaille, située dans les célèbres studios de la vil et Sebastian (Ryan Gosling), passionné de jazz et talentueux musicien, qui est contraint de jouer la musique d’ascenseur qu’il déteste pour assurer sa subsistance. Elle rêve de rôles sur grand écran. Lui de posséder son propre club de jazz. Elle aime le cinéma d’hier, lui le jazz qui, par certains, est considérée comme une musique surannée.  Ces deux rêveurs mènent pourtant une existence bien loin de la vie d’artistes à laquelle ils aspirent… Le hasard les fait se rencontrer sans cesse, dans un embouteillage d’abord, dans un bar, et enfin dans une fête. Ces deux idéalistes tombent amoureux…

    Le film débute par un plan séquence virevoltant, jubilatoire, visuellement éblouissant. Sur une bretelle d’autoroute de Los Angeles, dans un embouteillage qui paralyse la circulation, une musique jazzy s’échappe des véhicules. Des automobilistes en route vers Hollywood sortent alors de leurs voitures, soudain éperdument joyeux, débordants d’espoir et d’enthousiasme, dansant et chantant leurs rêves de gloire.  La vue sur Los Angeles est à couper le souffle, la chorégraphie millimétrée est impressionnante et d’emblée nous avons envie de nous joindre à eux, de tourbillonner, et de plonger dans ce film qui débute par ces réjouissantes promesses. A ma grande déception, rien n’égalera ensuite cette scène époustouflante.

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    Après ses 7 récompenses aux Golden Globes,   « La La Land » totalise 14 nominations aux Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure chanson... Deux films seulement avaient auparavant atteint un tel nombre de nominations, « Titanic » de James Cameron en 1997 et « Eve » de Joseph L. Mankiewicz  en 1951, un chef-d’œuvre passionnant,  tableau  cruel et lucide de la vie d’actrice. Décidément, les Oscars affectionnent les films sur le cinéma.

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    Le cinéma affectionne la mise en abyme, ce qui a d’ailleurs souvent produit des chefs d’œuvre. Il y a évidemment « La comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz, « Etreintes brisées » de Pedro Almodovar « La Nuit américaine d Truffaut », « Sunset Boulevard » de Billy Wilder, « Une étoile est née » de George Cukor et encore « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen et Gene Kelly, deux films auxquels « The Artist » de Michel Hazanivicius se référait également. Le film de Stanley Donen et Gene Kelly (comme beaucoup d’autres et comme le cinéma de Demy) est aussi largement cité dans « La la land » (comme dans la photo ci-dessous). Les points communs sont également nombreux entre La la land et « The Artist ».

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    « The Artist » raconte ainsi l’histoire de George Valentin (Jean Dujardin), une vedette du cinéma muet qui connait un succès retentissant…mais l’arrivée des films parlants va le faire passer de la lumière à l’ombre et le plonger dans l’oubli. Pendant ce temps, une jeune figurante, Peppy Miller (Bérénice Béjo) qu’il aura au départ involontairement  placée dans la lumière, va voir sa carrière débuter de manière éblouissante. Le film raconte l’histoire de leurs destins croisés.  Comme « La la land », « The Artist » est un hommage permanent et éclatant au cinéma. Hommage à ceux qui ont jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi,  lui surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un hymne à l'art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster Kane (magnifiques citations de « Citizen Kane ») et Bérénice Béjo, avec le personnage de Peppy Miller est, quant à elle, un mélange de Louise Brooks, Marlène Dietrich, Joan Crawford…et nombreuses autres inoubliables stars du muet. Michel Hazanavicius  signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité. Parce qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant.  Parce qu’il montre les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures. Rarement un film aura aussi bien su en concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante. Foudroyante comme la découverte  de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente ici.

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    Malheureusement je n’ai pas été foudroyée par « La La Land ». Bien sûr, les hommages à l’âge d’or de la comédie musicale se multiplient. Sebastian tournoie admirablement autour d’un lampadaire, référence revendiquée à « Singing in the rain ». Et les deux amoureux s’envolent dans les airs comme dans « Moulin rouge ». Deux exemples parmi tant d’autres. Chazelle, au-delà de la comédie musicale, rend aussi hommage  à l’âge d’or hollywoodien tout entier notamment avec la scène de l’Observatoire Griffith, clin d’œil au chef-d’œuvre de Nicholas Ray, « La Fureur de vivre ». Et Mia cite « L’impossible Monsieur bébé », « Les Enchaînés », « Casablanca » sans parler de la réalisation qui rend elle aussi hommage au cinéma d’hier, fermeture à l’iris y comprise.

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    Si j’ai fait cette parenthèse, c’est en raison des nombreux points communs entre les deux films, deux films qui ont eu les honneurs des Oscars, et si le film de Michel Hazanavicius m’a transportée, emportée, enthousiasmée, même après de nombreux visionnages, celui de Damien Chazelle m’a souvent laissée au bord de l’autoroute…au point même (ce qui ne m’arrive quasiment jamais au cinéma) de parfois m’ennuyer. Paradoxalement, le film en noir et blanc de Michel Hazanavicius m’aura semblé plus étincelant que le film si coloré de Damien Chazelle. J’avais pourtant sacrément envie de les aimer ces deux rêveurs idéalistes, guidés par un amour et des aspirations intemporels.

    C'est la troisième fois que Ryan Gosling et Emma Stone sont partenaires de jeu au cinéma après « Crazy, Stupid, Love » et « Gangster Squad ». Ici, c’est Emma Stone qui crève littéralement l’écran comme c’était d’ailleurs déjà le cas dans les films de Woody Allen « Magic in the moonlight » et « L’homme irrationnel ». Ici, elle est remarquable, notamment dans les scènes de casting, lorsqu’elle est écoutée d’une oreille distraite alors que le « casteur » regarde un assistant lui faire des signes derrière la porte tandis que face caméra elle passe d’une émotion à l’autre, et montre toute l’étendue de son talent, indéniable. Une des très belles scènes du film, d’ailleurs. Ryan Gosling réalise lui aussi une performance impressionnante ayant appris tous les morceaux de piano du film.

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    Damien Chazelle montre et transmet une nouvelle fois sa fascination pour le jazz, mais aussi pour les artistes qui endurent souffrances et humiliations pour tenter de réaliser leurs rêves.   « Whiplash », le film précédent de Damien Chazelle, notamment couronné au Festival du Cinéma Américain de Deauville, est ainsi exemplaire dans sa précision et l’exigence à l’image de la musique qu’il exalte et sublime. Comme son personnage,  Andrew Nieman (à une lettre près Niemand, personne en Allemand) qui semble avoir une seule obsession, devenir quelqu’un par la musique. Assouvir sa soif de réussite tout comme le personnage interprété par J.K Simmons souhaite assouvir sa soif d’autorité. Une confrontation explosive entre deux desseins, deux ambitions irrépressibles, deux folies.   La réalisation s’empare du rythme fougueux, fiévreux, animal de la musique, grisante et grisée par la folie du rythme et de l’ambition, dévastatrice, et joue judicieusement et avec manichéisme sur les couleurs sombres, jusque dans les vêtements: Fletcher habillé en noir comme s’il s’agissait d’un costume de scène à l’exception du moment où il donne l’impression de se mettre à nu et de baisser la garde, Andrew habillé de blanc quand il incarne encore l’innocence puis de noir à son tour et omniprésence du rouge (du sang, de la viande, du tshirt d’un des « adversaires » d’Andrew) et des gros plans lorsque l’étau se resserre, lorsque le duel devient un combat impitoyable, suffocant. Le face à face final est un véritable combat de boxe (et filmé comme tel) où l’immoralité sortira gagnante : la dictature et l’autorité permettent à l’homme de se surpasser… La scène n’en est pas moins magnifiquement filmée  transcendée par le jeu enfiévré et exalté des deux combattants.

    Etrange critique me direz-vous que la mienne qui consiste à parler d’autres films pour donner mon opinion sur celui-ci. Peut-être, justement, parce que de là provient ma déception, après l’électrique et captivant « Whiplash » qui déjà évoquait -magnifiquement- les ambitions artistiques de ses personnages, et malgré tous les chefs-d’œuvre auxquels il se réfère ce « La La Land » ne m’a pas projetée dans les étoiles malgré la caméra virevoltante qui, constamment, cherche à nous étourdir et à nous embarquer dans sa chorégraphie.  

    Les personnages secondaires, comme le scénario, manquent à mes yeux de consistance pour être totalement convaincants. Sans doute me rétorquera-t-on que Mia et Sebastian sont tout l’un pour l’autre, et que le reste du monde n’existe pas pour eux et n’existe donc pas pour le spectateur. Si j’ai cru à l’amour de l’art de ces deux-là, je n’ai pas réussi à croire en leur histoire d’amour. Certes la sympathique mélodie  composée par Justin Hurwitz nous trotte dans la tête longtemps après la projection. Certes le travail sur le son est intéressant et les transitions sont habiles (comme ce bruit de klaxon qui succède à celui du four qui siffle à nous percer les tympans). Certes certaines scènes sont particulièrement réussies (la scène d’ouverture, les castings de Mia, les plans de Sebastian jouant dans un halo de lumière, ou encore cet échange de regards chargés de regrets et, peut-être, de possibles).

    Le film devient d’ailleurs intéressant vers la fin quand il évoque cette dichotomie entre les rêves et la réalité,  les idéaux et les concessions à son idéalisme que nécessite souvent la concrétisation de ses rêves (dont on réalise alors qu’ils n’étaient qu’illusion d’un bonheur dont la réalisation des rêves en question a nécessité l’abandon comme le montre la séquence - déjà vue ailleurs mais efficace- de ce qu’aurait été la vie si…).

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    Sans doute la nostalgie d’une époque insouciante, l’utopie de revivre une période révolue où les spectateurs allaient au cinéma pour voir des "vedettes" glamours interprétant des personnages sans aspérités (dont les noms sur l’affiche suffisaient à inciter les spectateurs à découvrir le film en salles), évoluant dans un monde enchanté et enchanteur à la Demy (sans les nuances de ses personnages, plus complexes), sans doute le besoin de légèreté (dans les deux sens du terme), sans doute la rencontre entre une époque troublée, sombre, cynique, et un mélo coloré, léger, lumineux expliquent-ils le succès retentissant de ce film aussi bien en salles qu’aux Golden Globes et dans ses nominations aux Oscars. Comme un feu d'artifice qui nous éblouirait et, un temps, occulterait la réalité. Je n’ai pas succombé au charme, pourtant certain, de "La la land", peut-être  parce que, à la joie feinte et illusoire, je préfère la mélancolie (qui y  affleure un peu tard), mais ce n’est pas une raison suffisante pour vous dissuader d'aller le voir...

    6. Critique de BORN TO BE BLUE de Robert Budreau

    L’envoûtant et magnétique « Born to be blue », premier long-métrage de Robert Budreau sur la tragique histoire du trompettiste de jazz Chet Baker, depuis son comeback dans les années 70 jusqu’à sa disparition brutale, était présenté en avant-première au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville puis au Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule.

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    Ethan Hawke et Robert Budreau, le réalisateur de ce biopic (qu’il serait d’ailleurs réducteur et même inexact de qualifier ainsi) ont en commun une véritable passion pour le trompettiste et chanteur de jazz Chet Baker. L’acteur américain avait en effet déjà travaillé sur le scénario d’une journée dans la vie de Chet Baker, le James Dean du jazz, un film qui qui n’a jamais été tourné. Le film alterne les temporalités, la couleur, souvent magnétique et crépusculaire, et le noir et blanc nostalgique, la fiction dans la fiction (Chet Baker devait tourner un film sur sa vie) et la fiction qui raconte la vie de Chet Baker. Une structure dichotomique à l’image de cet être écartelé entre sa passion viscérale et ses démons. Un être multiple qu’un flashback fait passer d’une cellule d’une prison italienne à ses débuts devant Miles Davis et Dizzy Gillespie à une scène du film dans le film (s’inspirant du projet du producteur Dino de Laurentiis de 1966) dans laquelle Baker, qui joue son propre rôle, prend de l’héroïne pour la première fois, incité par une admiratrice.

    Au-delà du portrait du grand artiste, « Born to Be Blue » est un film sur les affres de la création, sur les revers du succès et de la vie d’artiste, sur la versatilité du destin. Le portrait d’un homme, seul blanc trompettiste de l’époque, qui place l’amour de son art, vital, au-dessus de tout et prêt à tous les sacrifices et douleurs pour effectuer son retour, épaulé seulement par sa compagne Jane quand même son propre père ne croit plus en lui. Le titre se réfère d’ailleurs à une chanson que lui jouait son père. Ethan Hawke, à fleur de peau, EST Chet Baker et porte ce rôle, cette personnalité aussi séduisante que fragile, sur ses épaules et lorsque, lors d’une ultime chance,  cet écorché vif chante « My Funny Valentine » devant des professionnels, c’est poignant et nous retenons notre souffle à sa voix brisée. Ce film judicieusement construit et mis en abyme, enfiévré de la musique, de l’amour et des excès qui portaient et détruisaient l’artiste est une enivrante et bouleversante mélodie du malheur et finalement le plus beau des hommages que l’on pouvait consacrer à l’artiste, et aux artistes qui se consument pour leur art. Un film nimbé d’une mélancolie envoûtante et foudroyante de beauté…comme un air de jazz joué par Chet Baker. Comme les derniers soupirs d’un artiste. Les plus intenses et émouvants

    Ma critique de DUNKERQUE sera en ligne ultérieurement et retrouver mon avis sur JALOUSE dans mon compte rendu du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2017.

     

  • Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2017 : résumé et palmarès

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    Je n’ai manqué aucune des  4 premières éditions du Festival du Cinéma et Musique de Film de la Baule qui s’installe progressivement comme un rendez-vous cinématographique incontournable. Lors des trois premières éditions de ce festival créé en 2014  par Sam Bobino ( qui  a aussi notamment à son actif  d’être délégué général de la Semaine du Cinéma Positif) et par le cinéaste Christophe Barratier, je vous avais fait part de mon enthousiasme pour ce nouvel évènement cinématographique et musical qui a lieu dans le décor idyllique de La Baule, entre la plus belle plage du monde bordée de ses célèbres pins, ses palaces mythiques, la majestueuse salle Atlantia et le cinéma le Gulf Stream, un festival  qui est d'ailleurs le cadre de l’une des nouvelles de mon recueil « Les illusions parallèles » (Editions du 38).

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    Une séance de dédicaces de celui-ci avait d'ailleurs été organisée dans le cadre du festival l'an passé.

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    Ci-dessus, souvenir du Festival de La Baule 2016, je dédicace en même temps que Lalo Schifrin.

    Petite parenthèse pour vous informer en avant-première de ma prochaine rencontre dédicace qui aura lieu au Salon du Livre de Paris en mars 2018. Je vous en dirai bientôt plus sur ce rendez-vous que j'attends avec grande impatience. Mais revenons à La Baule, au septième art, à la musique...

    Cette année, le festival fut aussi pour moi l’occasion d’une séance photos à l'hôtel Barrière Le Royal de la Baule -quelques extraits ci-dessus- (autre cadre de la nouvelle en question) dont je remercie à nouveau toutes les équipes pour l’accueil :

    Retrouvez mon article complet consacré à l’hôtel Royal de la Baule ici, avec mon avis sur celui-ci,

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     et retrouvez mon article consacré à l’hôtel Barrière L’Hermitage, là, avec également mon avis sur celui-ci.

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    Un grand merci au passage à Lilia du Groupe Barrière pour sa bienveillance  et ses délicates attentions et à la direction de la salle Atlantia sans lesquelles ce festival n'aurait pas été pour moi un moment aussi agréable. Merci également à Patricia Menant pour sa disponibilité.

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    Au programme de cette quatrième édition du festival : 48 films dont 20  avant-premières, 2 concerts, 3 Master class, 2 ciné-concerts, une exposition De Funès avec une durée en plus rallongée d'une journée cette année ! Ajoutez à cela une affiche de festival avec l'inimitable silhouette dégingandée de M.Hulot voilà qui promettait le meilleur !

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    Comme chaque année, le temps  fort du festival fut la cérémonie de remise des prix en présence du Jury et de nombreux invités avec, surtout, un hommage à Catherine Deneuve et un concert dirigé par Vladimir Cosma intitulé  « Vladimir Cosma, dirige ses plus grandes musiques de films » (avec un Orchestre de 60 musiciens !).  Un moment magique qui nous a transportés dans ses plus grands succès et surtout qui nous a rappelé le rôle majeur de la musique dans les films en question. Ponctué de quelques mots du Maestro entre humour et émotion, ce concert qui a enchanté les festivaliers  valait à lui seul le déplacement au festival. De la musique de La septième cible (ma préférée) en passant par celles de La Boum (avec son chanteur Richard Sanderson venu interpréter le célèbre Reality) à la musique des  Aventures de Rabbi Jacob, La Chèvre et tant d'autres, ce fut un moment hors du temps, dont on aurait aimé qu'il s'éternise, a fortiori dans la somptueuse salle Atlantia qui en a été l'écrin. Après l’hommage rendu à Francis Lai en 2014, le concert de Michel Legrand en 2015 et celui de  Lalo Schifrin, dirigé par Jean-Michel Bernard l’an passé, le concert de Vladimir Cosma a encore été une indéniable réussite grâce aussi à la présence de solistes exceptionnels  : la soprano Irina Baiant, l’harmoniciste Greg Zlap, le joueur de cymbalum Marius Preda, le trompettiste Emil Bizga, le violoniste David Castro-Balbi, le flûtiste de pan César Cazanoi et, pour la rythmique, Fifi Chayeb (basse), Claude Salmieri (batterie) et Hervé Noirot (clavier). Chaque musique nous a replongés dans une atmosphère, un film, ou même un moment de notre vie. Un voyage enchanteur qui nous a fait frissonner, battre le cœur et la mesure, dont chacun un ressorti avec un air célèbre en tête et le sourire aux lèvres. Merci M.Cosma pour ce grand moment...

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    Le lendemain de son concert, Vladimir Cosma donnait également une passionnante master class au cinéma le Gulf Stream.

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    Parmi une multitude d'anecdotes, il a raconté comment il est arrivé en France à 22 ans, comment il a enregistré avec des solistes classiques comme Chet Baker, comment il a travaillé pendant plusieurs années comme assistant de Michel Legrand qu'il "vénère", comment il a débuté avec Yves Robert. Ainsi définit-il son rôle :  "La musique ne doit pas prendre la place des bruitages mais elle doit apporter une dimension supplémentaire ". "Cosma a des idées très arrêtées mais il sait les vendre "dit ainsi de lui Francis Veber. Il fallait ainsi avoir le culot d'écrire toute une partition avec une flûte de pan soliste comme dans "Le grand blond avec une chaussure noire" d'Yves Robert. "Je ne fais pas de musique descriptive mais une musique qui s'entend et qui se remarque " a-t-il également souligné. Il a ainsi travaillé 14 fois pour des films avec Pierre Richard . "Les Aventures de Rabbi Jacob" a selon lui été un tournant car "j'allais voir 20 fois un film pour voir De Funès" a-t-il ainsi raconté.

     

    Un autre des temps forts de ce festival et de la cérémonie de clôture fut l'hommage à Catherine Deneuve, également présente à La Baule pour présenter en avant-première Tout nous sépare de Thierry Klifa aux côtés de ce dernier et de Nicolas Duvauchelle. 

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    Cliquez ici pour retrouver mon article avec de nombreuses critiques de films avec Catherine Deneuve (parmi lesquels tant de chefs-d'œuvre). 

    Catherine Deneuve a reçu un Ibis d'or pour l'ensemble de sa carrière.

    Cette année, Jacques Tati, les comédies mais aussi Jean-Pierre Melville étaient à l'honneur, l'occasion de revoir des chefs-d'oeuvre de ce dernier comme Le cercle rouge (qui joue d'ailleurs un rôle central dans mon premier roman "L'amor dans l'âme") et que j'ai revu avec grand plaisir dans le cadre du festival, de même que "L'armée des ombres").

    Critique - Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville

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     Bien plus qu'un film policier, ce film est sans nul doute un de ceux qui ont fait naitre ma passion pour le cinéma...
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    Synopsis : Le commissaire Matteï (André Bourvil) de la brigade criminelle est chargé de convoyer Vogel (Gian Maria Volonte), un détenu. Ce dernier parvient à s'enfuir et demeure introuvable malgré l'importance des moyens déployés. A même moment, à Marseille, Corey (Alain Delon), à la veille de sa libération de prison, reçoit la visite d'un gardien  dans sa cellule venu lui proposer une « affaire ». Alors que Corey gagne Paris, par hasard, Vogel se cache dans le coffre de la voiture. Corey et Vogel montent alors ensemble l'affaire proposée par le gardien : le cambriolage d'une bijouterie place Vendôme. Ils s'adjoignent ensuite les services d'un tireur d'élite : Janson, un ancien policier, rongé par l'alcool.

    Dès la phrase d'exergue, le film est placé sous le sceau de la noirceur et la fatalité : " Çakyamuni le Solitaire, dit Siderta Gautama le Sage, dit le Bouddha, se saisit d'un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit : " Quand des hommes, même sils l'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents, au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge (Rama Krishna)".

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    C'est cette fatalité qui fera se rencontrer Corey et Vogel puis Jansen et qui les conduira tous les trois à la mort « réunis dans le cercle rouge ». Ce cercle rouge réunit aussi policier et gangsters, Mattei ressemblant à bien des égards davantage à ces derniers qu'à l'inspecteur général pour qui les hommes sont « tous coupables ». Dès le début, le film joue sur la confusion : le feu rouge grillé par la police, les deux hommes (Vogel et Matteï) qui rentrent en silence dans la cabine de train, habités par la même solitude, et dont on ne découvre que plus tard que l'un est policier et l'autre un prévenu. Il n'y a plus de gangsters et de policiers. Juste des hommes. Coupables. Matteï comme ceux qu'ils traquent sont des hommes seuls. A deux reprises il nous est montré avec ses chats qu'il materne tandis que Jansen a pour seule compagnie «  les habitants du placard », des animaux hostiles que l'alcool lui fait imaginer.

    Tous sont prisonniers. Prisonniers d'une vie de solitude. Prisonniers d'intérieurs qui les étouffent. Jansen qui vit dans un appartement carcéral avec son papier peint rayé et ses valises en guise de placards. Matteï dont l'appartement ne nous est jamais montré avec une ouverture sur l'extérieur. Ou Corey qui, de la prison, passe à son appartement devenu un lieu hostile et étranger. Prisonniers ou gangsters, ils subissent le même enfermement. Ils sont avant tout prisonniers du cercle du destin qui les réunira dans sa logique implacable. Des hommes seuls et uniquement des hommes, les femmes étant celles qui les ont abandonnés et qui ne sont plus que des photos d'une époque révolue (que ce soit Corey qui jette les photos que le greffe lui rend ou Matteï dont on aperçoit les photos de celle dont on imagine qu'elle fut sa femme, chez lui, dans un cadre).

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    Avec une économie de mots (la longue -25 minutes- haletante et impressionnante scène du cambriolage se déroule ainsi sans qu'un mot soit échangé), grâce à une mise en scène brillante, Melville signe un polar d'une noirceur, d'une intensité, d'une sobriété rarement égalées.

     Le casting, impeccable, donne au film une dimension supplémentaire : Delon en gangster désabusé et hiératique (dont c'est le seul film avec Melville dont le titre ne le désigne pas directement, après « Le Samouraï » et avant « Un flic »), Montand en ex-flic rongé par l'alcool, et  Bourvil, mort peu de temps après le tournage, avant la sortie du film (même s'il tourna ensuite « Le mur de l'Atlantique »), est ici bouleversant dans ce contre-emploi, selon moi son meilleur deuxième rôle dramatique avec « Le Miroir à deux faces ».  Ce sont pourtant d'autres acteurs qui étaient initialement prévus : Lino Ventura pour « Le commissaire Matteï », Paul Meurisse pour Jansen et Jean-Paul Belmondo pour Vogel.

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    La critique salua unanimement ce film qui fut aussi le plus grand succès de Melville dont il faut par ailleurs souligner qu'il est l'auteur du scénario original et de cette idée qu'il portait en lui depuis 20 ans, ce qui lui fit dire : « Ce film est de loin le plus difficile de ceux qu' j'ai tournés, parce que j'en ai écrit toutes les péripéties et que je ne me suis pas fait de cadeau en l'écrivant. »

    En tout cas, il nous a fait un cadeau, celui de réunir pour la première et dernières fois de grands acteurs dans un « Cercle rouge » aux accents hawksiens, aussi sombre, fatal qu'inoubliable.

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    Le festival ce sont aussi des master class. Elles furent cette année à nouveau passionnantes (notamment grâce à Stéphane Lerouge qui les anime avec bienveillance, passion et érudition) notamment celle de Christian Carion et Laurent Perez del Mar suite à la projection de "Mon garçon" de Christian Carion, thriller avec Mélanie Laurent et Guillaume Canet sorti en septembre, l'occasion aussi de rattraper cet excellent film que j'avais manqué lors de sa sortie.
     

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    Passionné par son métier, Julien voyage énormément à l’étranger. Ce manque de présence a fait exploser son couple quelques années auparavant. Lors d’une escale en France, il découvre sur son répondeur un message de son ex femme en larmes : leur petit garçon de sept ans a disparu lors d’un bivouac en montagne avec sa classe. Julien se précipite à sa recherche et rien ne pourra l’arrêter.

    Ce cinquième long-métrage de Christian Carion, troisième avec Guillaume Canet, thriller haletant du début à la fin doit beaucoup au procédé (film tourné dans l’ordre chronologique en 6 jours, Guillaume Canet n’avait pas le scénario et était donc dans la situation du personnage principal, improvisant constamment face aux situations auxquelles il était confronté) qui contribue à l’intensité du jeu de l’acteur mais aussi à l’identification immédiate du spectateur, renforcée par un judicieux travail sur le hors-champ, le son, la musique. La caméra le suit au plus près, épouse sa fébrilité et sa rage, et nous immerge ainsi dans l’action. Le décor naturel avec ses tons gris et blancs menaçants est un personnage à part entière qui joue sa partition dans ce cauchemar. Une véritable expérience de cinéma sous haute tension, oppressante et captivante. Mention spéciale à celui qui interprète le compagnon formidablement agaçant de l’ex femme, Olivier de Benoist, qui fait preuve d’une suspicieuse indifférence au drame qui se joue.  Une traque rageuse, prenante et finalement bouleversante à voir absolument.

    Lors de la master class qui a suivi la projection Christian Carion a expliqué que Guillaume Canet connaissait juste le nom et le prénom du personnage, la raison pour laquelle il avait divorcé, et son métier. Rien d'autre. Il a évoqué sa passion pour l'environnement, la présence du thème de l'engagement dans chacun de ses films."Ma maman est la plus grande conteuse que j'ai pu rencontrer. Je suis ch'timi. Les dimanches il pleut et ma mère racontait des histoires" , a-t-il également expliqué. "Mon envie de cinéma vient de là, raconter des histoires et avec le cinéma, on peut toucher plus de gens qu'à table le dimanche." "Je n'ai pas fait d'école de cinéma mais des courts métrages." a-t-il également précisé. Il a également évoqué sa passion pour Ford et Hitchock. "C'est avec Hitchcock que j'ai appris la grammaire de cinéma." "Avec Ford il y a une esthétique, une manière de filmer l'espace dont je me lasse pas comme dans L'homme qui tua Liberty Valance que je peux voir 20 fois sans m'en lasser." "J'étais ingénieur. Je travaillais pour le Ministère de l'Agriculture. Mais ma passion était ailleurs." Il a également raconté comme il s'était arrangé pour que Michel Serrault obtienne la médaille du mérite agricole, ce qui avait bouleversé ce dernier. Si son  film fut Une hirondelle a fait le printemps fut son premier film, il a expliqué que sa première envie de long-métrage était de raconter la fraternisation qui a donné lieu au magnifique Joyeux Noël. Il a également fustigé le manque d'imagination des chaînes qui voulaient qu'il fasse "Une hirondelle 2". Il a aussi expliqué qu'une partie de l'armée française ne voulait pas que le film Joyeux Noël soit tourné et qu'il a ainsi été tourné en Roumanie. Il a également raconté que le film avait engrangé  2100000 entrées alors qu'à TF1 on lui avait dit qu'on ne pouvait faire plus 400000 entrées pour un films avec des sous-titres.

    Il a ensuite raconté sa rencontre avec Morricone. Faute de musique pour son film En mai, fais ce qu'il te plaît (que je vous recommande au passage), il  a réalisé un montage avec des musiques de films préexistantes dont principalement celles de Morricone. Le récit de cette rencontre est un film en soi. Christian Carion a dressé un portrait très vivant du grand maître de la musique, du récit inénarrable du moment où celui-ci a regardé le film avec ses musiques, à la découverte de son appartement à Rome, à celui-ci racontant que son studio se situe sous une église disant "je compose mieux sous Dieu" ou encore comment Morricone a réclamé une minute de silence au lendemain des attentats de Charlie Hebdo avant de frapper dans les mains en disant "cinéma !" signifiant à la fois sa compassion et son émotion et la nécessité de continuer.

    Ce fut ensuite au tour de Laurent Perez del mar d'évoquer son parcours, de ses études de médecine (il a été urgentiste, ostéopathe), au Grand bleu  de Luc Besson à la sortie de la séance duquel il a dit à son père "je veux faire de la musique de film". Il a également raconté comment il s'est retrouvé en compétition avec 11 autres musiciens pour la musique de La tortue rouge (prix de la meilleure musique de film à La Baule l'an passé.) Le film a notamment été nommé comme meilleur film d'animation aux Oscars 2017.

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    Ce conte philosophique et écologique est un éblouissement permanent qui nous attrape dès le premier plan, dès la première note de musique pour ne plus nous lâcher, jusqu’à ce que la salle se rallume, et que nous réalisions que ce passage sur cette île déserte n’était qu’un voyage cinématographique, celui de la vie, dont le film est la magnifique allégorie.« La Tortue rouge » a été cosignée par les prestigieux studios d’animation japonaise Ghibli. C’est la première fois que Ghibli collabore avec un artiste extérieur au studio, a fortiori étranger. Le résultat est un film universel d’une force foudroyante de beauté et d’émotions, celle d’une Nature démiurgique, fascinante et poétique.

    Le festival proposait également, comme chaque année, une compétition de longs-métrages que le jury présidé par Diane Kurys a eu la charge de départager.  Ces films ont en commun de présenter des univers et personnages contrastés qui s'opposent, se confrontent, et parfois, malgré les oppositions et les différences, se retrouvent et se réunissent. Le miracle de la musique...: allez savoir ! Si de musique bien sûr il était question, c'est souvent celle des mots qui a été à l'honneur pendant ce festival avec des films aux dialogues ciselés, réjouissants, mélodieux.

    Parmi ces longs-métrages figurait notamment "Gook" (un film qui était également en compétition du 43ème Festival du Cinéma Américain de Deauville dont vous pouvez retrouver mon compte rendu, ici).

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    Avec une précision quasi documentaire, « Gook » nous immerge dans le quartier de Paramount à L.A en avril 1992, le jour où de violentes émeutes éclatent suite à la décision de justice de déclarer les policiers non-coupables d’une agression sur un jeune noir, Rodney King. Ce sont deux frères d’origine coréenne, Eli et Daniel, sur lequel le réalisateur braque sa caméra ainsi qu’une jeune fille noire de onze ans, Kamilla, qui préfère les aider à la boutique plutôt que d’aller à l’école. « Gook » est un film de contrastes. Pas seulement entre le noir et le blanc pour lequel le cinéaste a opté. Contraste entre la candeur, la naïveté des scènes entre Kamilla et les deux frères qui se chamaillent tels des enfants. Et la violence qui les environne. Contrastes entre la gaieté de leurs danses et les agressions verbales. Contrastes entre les rêves (Daniel rêve se rêve en chanteur de RnB) et la réalité (il finira par jeter sa démo car en toile de fond figurent des aboiements de chien). C’est un deuil du passé qui a divisé ces deux communautés. Un autre les réunira. Entre les deux une tranche de vie et des personnages bouleversants brillamment interprétés. Malheureusement comme à Deauville, "Gook" est reparti de La Baule sans prix...


     

     

    Ce ne fut en revanche pas le cas de Bravo virtuose de Levon Minasian ( Sortie en salles le 14 février 2018) qui est reparti avec le prix du public Barrière remis ici par Dominique Desseigne et Elodie Frégé, membre du jury.

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    Arménie. Alik, 25 ans, musicien d’exception, membre d’un orchestre de musique classique prépare un grand concert. Tout bascule quand le mécène de l’orchestre est assassiné. Par un concours de circonstances, Alik se retrouve en possession du téléphone d’un tueur à gage nommé “Virtuose”.

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    Un premier film produit par Robert Guédiguian dans lequel le réalisateur a fait le choix audacieux du mélange des genres et du film DE genre : romantisme, polar, comédie. Ce film très personnel nous embarque en Arménie dont le cadre et la découverte de ce qui corrompt la société sont pour beaucoup dans la réussite du projet. La musique y joue un rôle à part entière. Difficile de savoir si le kitsch l'emporte sur l'originalité ou l'inverse mais toujours est-il que ce premier film nous fait passer un moment jubilatoire grâce à cette plongée dans une Arménie qui devient le cadre et le personnage de cette comédie noire, singulière et savoureuse.

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    Fariha une escort-girl (Alexandra Naoum) et Youssouf (Benoit Rabille) converti à l’islam radical, sont deux français, à la vision du monde opposée. Ils se rendent à une même Soirée sur un yacht...

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    L’autre objet filmique non identifié de ce festival (également reparti sans prix) fut  Fractures  la première réalisation du journaliste Harry Roselmack qui a là aussi le mérite de l’audace. S’il avait déjà produit des documentaires, ce film est en revanche sa première réalisation. Pour son premier long-métrage qu’il a écrit, réalisé et coproduit, indéniablement le journaliste n’a pas choisi la facilité. Saluons d’abord la volonté et l'engagement de son réalisateur pour mener à bien ce projet périlleux. Je vous le disais antérieurement, c'était le point commun des films de cette compétition : la confrontation de mondes qui n’étaient pas destinés à se rencontrer.  Là encore le hasard met en présence  deux mondes  que tout oppose a priori : celui d’une prostituée et d’un terroriste potentiel. Deux égarés. Roselmack n’a pas choisi le réalisme mais la fable pour opposer deux réalités, pour évoquer la radicalisation et le communautarisme, les fractures de la société. Cette volonté de scruter, ausculter, décrypter, sans la juger la société française lui a été inspirée par ses rencontres, lors de ses différentes enquêtes journalistiques. Les personnages sont ici des archétypes qu’il a rencontrés et qu’il assume d’avoir mis en scène. Ce qui donne d’ailleurs toute sa force à la joute verbale centrale du film qui pourrait avoir lieu dans un tribunal. Le film n’est pas dénué de partis pris de réalisation (que je vous laisse découvrir, très originale utilisation du hors-champ) qui captent notre attention, décontenancent, suscitent la curiosité, bousculent de potentiels préjugés et font la richesse de cette première œuvre qui ose aborder un sujet sensible avec un point de vue et un regard. Là aussi les genres se mêlent : film noir...et même comédie romantique par le biais des personnages secondaires joliment écrits et interprétés notamment par Alix Bénézech qui apporte une belle candeur à son personnage (à retrouver bientôt dans Mission impossible). Quant à Alexandra Naoum et Benoit Rabille, ils crèvent littéralement l'écran et apportent toutes les nuances nécessaires à leurs personnages fiévreux pourtant pétris de certitudes que leur rencontre fera voler en éclats. Même s'il s'agit d'un véritable exercice d'équilibriste, Harry Roselmack parvient sans justifier l'innommable, à une tentative d'explication es racines du "mal". L'exercice périlleux, conduit toujours au bord du gouffre mais évite tous les écueils grâce à des dialogues minutieusement élaborés dans lesquels chaque mot compte et grâce à des comédiens remarquables qui les exaltent avec fougue et conviction.

     

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    Le grand lauréat de cette édition, c’est Tout nous sépare de Thierry Klifa : meilleur film, meilleure interprétation masculine pour Nekfeu et Nicolas Duvauchelle et meilleure musique.

    Une maison bourgeoise au milieu de nulle part. Une cité à Sète. Une mère et sa fille. Deux amis d’enfance. Une disparition. Un chantage. La confrontation de deux mondes.

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    Une  nouvelle fois, après Les yeux de sa mère, Thierry Klifa braque sa caméra sur la figure maternelle  à nouveau incarnée par Catherine Deneuve. Dans le film précité, Thierry Klifa revendiquait d’emblée le genre du film, celui du mélodrame auquel il était une sorte d’hommage. Un cinéma des sentiments exacerbés, des secrets enfouis, des trahisons amères, des amours impossibles. Dans cette nouvelle réalisation, Thierry Klifa joue et jongle avec les codes du film noir et de la chronique sociale, entre Chabrol et Corneau, avec la légende que transporte avec elle son actrice principale. Toujours parfaite, Diane Krüger (ne la manquez pas dans "In the fade" de Fatih Akin) incarne sans retenue ce personnage écorché, fragile, brisé. Un film qui assume son côté romanesque et qui confronte deux réalités, deux mondes, deux fragilités.  C’est avant tout un film "de personnages", à la fois moins sombres et moins irréprochables qu'ils ne le paraissent. Si Catherine Deneuve est, comme toujours, magistrale, dans ce nouveau rôle de femme forte, la vraie révélation est Nekfeu dont l'interprétation, d'une étonnante justesse pour un premier rôle, permet à rendre crédible cette improbable alliance.  Le paysage et le décor symbolisent aussi la confrontation de ces univers que rien ne devait destiner à se rencontrer : celui des paysages interlopes à la fois menaçants et captivants de l'Ile de Thau de Sète, avec ses marécages inquiétants, la grande maison bourgeoise avec ses pièces immenses et la Cité de Sète. Les lieux, les vêtements, les véhicules, le langage : tout symbolise l'opposition, les "fractures" là aussi, entre ces deux mondes qui vont pourtant les réunir. Si les invraisemblances du scénario font parfois sortir un peu de l'histoire, la force de l'interprétation nous incite à l'indulgence et à nous laisser embarquer avec ces personnages violemment vivants.

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    Belle surprise de cette compétition, « La Mélodie » de Rachid Hami qui s’annonçait, à la lecture de son pitch, comme caricatural et larmoyant et qui s’avère être tout l’inverse, une comédie émouvante et subtile.

    A bientôt cinquante ans, Simon est un violoniste émérite et désabusé. Faute de mieux, il échoue dans un collège parisien pour enseigner le violon aux élèves de la classe de 6ème de Farid. Ses méthodes d’enseignement rigides rendent ses débuts laborieux et ne facilitent pas ses rapports avec des élèves difficiles. Arnold est fasciné par le violon, sa gestuelle et ses sons. Une révélation pour cet enfant à la timidité maladive. Peu à peu, au contact du talent brut d'Arnold et de l'énergie joyeuse du reste de la classe, Simon revit et renoue avec les joies de la musique. Aura-t-il assez d’énergie pour surmonter les obstacles et tenir sa promesse d’emmener les enfants jouer à la Philharmonie ?

    De ce premier film émane beaucoup de douceur, de bienveillance, de luminosité, d'espoir, d'optimisme, de tendresse. Et cela fait un bien fou dans une époque qui glorifie si souvent le cynisme. Si un film avait bien sa place dans cette compétition, c'est bien celui-ci dans lequel la musique classique reconstruit les êtres et le lien entre eux. Ce feel good movie ne serait pas ce qu'il est sans ses jeunes comédiens épatants (un prix spécial du jury leur a été décerné) et sans Kad Merad (qui lui n'a pas eu le prix qu'il aurait aussi mérité) qui interprète avec mesure, subtilité, lenteur, ce personnage dépressif qui va retrouver le goût de la vie et des autres au contact de ses jeunes élèves qui eux vont grandir et s'émanciper au contact de la musique.

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    Le festival, ce sont aussi des avant-premières parmi lesquelles "Brillantissime", gentille comédie de Michèle Laroque et surtout  mon coup de cœur : « Jalouse » de Stéphane et David Foenkinos.

    Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d'action s'étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage... Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.

    Comme dans le film de Thierry Klifa, l'exploration de leur part d'ombre permet de dresser le portrait de magnifiques personnages féminins trop rares au cinéma. Plus que "Jalouse", Nathalie Pêcheux est seule, malheureuse, fragile, confrontée aux tourments physiques et moraux qui vont avec l'âge qui avance, loin de l'image de la femme quinquagénaire forcément épanouie que les médias nous vendent un peu trop souvent. Comme dans leur film éponyme, les frères Foenkinos font une nouvelle fois preuve de beaucoup de "délicatesse" pour dessiner ce personnage qui en manque pourtant parfois. Tout comme dans La Délicatesse, ils s'intéressent ici à un personnage à un tournant de sa vie qui le fait basculer . Quoique Nathalie dise, quoiqu'elle fasse, ils parviennent à ne jamais nous la rendre antipathique. Il faut dire que Karin Viard excelle dans ce rôle riche et complexe qui réussit la gageure d'être agaçant et attendrissant. La dextérité avec laquelle elle passe d'un registre à un autre (parfois dans une même réplique) est fascinante notamment quand la jalousie presque attendrissante devient dangereuse. Il en faut du talent pour incarner un personnage qui dit à sa meilleure amie "Tu peux pas comprendre toi tout va bien, en plus ta fille elle est moche" sans nous être tout à fait antipathique. Là aussi (décidément !), c'est un film à la frontière des genres,  entre comédie et drame et qui lorgne même du côté du thriller, une comédie noire en somme. Un oxymore à l'image de son personnage principal d'une touchante cruauté. Un film à voir aussi pour Dara Tombroff ( qui incarne Mathilde, la fille de Nathalie), ancienne danseuse de l’Opéra de Bordeaux dont c’est ici le premier rôle et qui est d'une rare justesse. Un divertissement intelligent, à la fois délicat et grinçant, corrosif et tendre, des dialogues brillamment écrits (j'insiste: rarement des dialogues sont aussi bien écrits, aussi justes, sans doute aussi en raison de la bienveillance avec laquelle ses auteurs regardent les failles de leur personnage principal), une interprétation magistrale du rôle principal aux rôles "secondaires" (Marie-Julie Baup, Anne Dorval également parfaites) : la comédie de l'année qui en explorant la part sombre de son personnage principal la rend plus touchante, humaine et dont la caustique drôlerie est finalement le pudique masque de la mélancolie qui affleure et qui au dénouement nous cueille et nous émeut.

     

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    Egalement en avant-première « Le Brio » de Yvan Attal qui plus que la musique fait l’éloge de la mélodie des mots, avec moins de "brio" que dans "Ridicule" de Patrice Leconte mais tout de même avec beaucoup de conviction. Eloge de l'éloquence pourrait d'ailleurs le titre de ce film qui est un véritable hymne au pouvoir et à la beauté du langage. Les mots ici permettent de se cacher mais aussi de se libérer, de s'émanciper, d'exister

    Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés.

    Là encore, de la confrontation de deux mondes nait la force de la fiction. Deux personnages qui s'opposent par l'origine sociale, l'âge, le caractère, et au départ le langage. La qualité des dialogues et de l'interprétation nous font passer outre les invraisemblances (Neïla franchit les étapes avec une facilité déconcertante sans que nous la voyions vraiment se confronter à ses adversaires). Il faut dire que Camelia Jordana met toute son énergie dans ce rôle de composition dans lequel elle se glisse à merveille. Face à elle, Daniel Auteuil est une fois de plus remarquable dans ce rôle de misanthrope solitaire et malheureux qui retrouve au contact de sa jeune élève le goût de sourire et des autres. Une radiographie de notre société aux mondes parfois cloisonnés dont la rencontre improbable et les joutes jouissives permettent l'éclosion de l'émotion et du plaisir du spectateur, nous faisant occulter certaines facilités et ellipses scénaristiques. L'autre "feel good movie" de ce festival.

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     Le festival propose en effet aussi des documentaires parmi lesquels le très réussi "Mon Prince est parti..." de Thierry Guedj.

    Après un documentaire sur Al JArreau, Thierry Guedj réalise un nouveau documentaire, cette fois-ci consacré à un autre artiste qu’il admire  : Prince. Pendant presque un an, il a rencontré des personnes ayant eu un lien (direct, d'admiration, artistique, émotionnel, personnel)  avec l’artiste. Avec Larry Graham, Raphaël Melki, Antoine de Caunes, Jackie Lombard, Jean-Paul Gaultier, Mathieu & Hubert Blanc-Francard, Sandra Nkaké, Emma de Caunes, Matthieu Chedid, Juan Rozoff, Médéric Collignon, Guillaume Perret, Mathilda May, David Lanzmann, Alfred Bernardin, Madje Malki, Hakim Hachouche, Carla Estarque, Gérad Bar-David, Frédéric Goaty, Jeanne Added, Thomas de Pourquery, Georges Montredon, Bertrand Chamayou, Frédéric Yonnet

    Une façon originale de revisiter la carrière de l'artiste disparu l'an passé puisque celui-ci n'apparaît jamais à l'écran. Sa musique est pourtant omniprésente dans le regard (ému, souvent), dans les paroles et fredonnements de ceux qui l'ont côtoyé et admiré. Cela commence par Larry Graham, bassiste et ami qui chante "Purple rain" et nous voilà partis pour une heure de témoignages qui permettent d'esquisser la personnalité complexe de l'homme et surtout de l'artiste. Ainsi pour Jean-Paul Gaultier, il n'était "pas du tout politiquement correct". Pour Sinclair, ce qui le rendait exceptionnel était sa "quête permanente de nouveauté et de recherche". Il apparaît comme un artiste très perfectionniste, imprévisible qui pouvait par exemple décider de louer au Stade de France 3 semaines avant.  "Il ne fallait pas qu'il ait d'entraves sans sa création. C'est l'audace qui définit le niveau de l'artiste et son importance dans la société. Prince a eu de l'audace au début et jusqu'au bout." a également déclaré Mathilda May. La réussite de l'ensemble est indéniable, suscitant intérêt et curiosité pour l'artiste. J'en veux pour preuve que moi qui, je l'avoue, connaissais mal l'artiste n'ai eu qu'une envie à la fin de celui-ci : me plonger dans l'œuvre de Prince !

    La plus belle déclaration à son propos est sans doute celle de Sandra Nkaké : "cela donne envie d'être soi de l'écouter. " Finalement la définition parfaite de l'artiste et de l'art pour terminer ce compte rendu. Une définition qui sans aucun doute réunit le cinéma et la musique qui, séparés ou alliés, procurent cette féroce et inestimable envie d'être soi...

     

    PALMARES

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    Comme chaque année, un jury de professionnels avait pour passionnante charge de décerner les différents Ibis (du meilleur film, de la meilleure musique de film, du meilleur scénario, du meilleur acteur, de la meilleure actrice, du meilleur court-métrage AG2R La Mondiale, du prix du public Groupe Barrière). Le jury 2017était présidé par la réalisatrice et scénariste Diane Kurys (réalisatrice notamment de La Baule Les Pins) qui était entourée : du compositeur Laurent Perez del mar  (Ibis d'or de la meilleure musique 2016 pour "La tortue rouge"), de la productrice journaliste et présentatrice Daniela Lumbroso, de l'actrice, compositrice, interprète Elodie Frégé),  de l'acteur, humoriste, chanteur Elie Seimon.

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    Retrouvez mes bilans des éditions précédentes :

    mon compte rendu du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2014

    et mon compte rendu du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2015

    et mon compte rendu du Festival du Cinéma et Musique de Film de La Baule 2016.

    Retrouvez également mes premiers articles consacrés à cette édition 2017 :

    Programme détaillé et commenté

    L'hommage du Festival et Cinéma et Musique de Film de La Baule à Catherine Deneuve : critiques de films avec l'actrice ("Elle s'en va", La Sirène du Mississipi", "Les yeux de sa mère"... et de nombreuses autres)

    Jacques Tati à l'honneur : critique de "Playtime"

    Melville à l'honneur au festival : critiques du "Samouraï", "Le Cercle rouge", L'armée des ombres"

    En attendant "Tout les sépare de Thierry Klifa (en compétition au festival), ma critique de "Les yeux de sa mère" et le récit de ma rencontre avec l'équipe du film

    Retrouvez également mon recueil de nouvelles "Les illusions parallèles" (Editions du 38) dont une nouvelle se déroule intégralement dans le cadre du festival et dont j'aurai l'occasion de vous reparler la semaine prochaine. Toutes les critiques ici dans mon "actualité de romancière".

     

    Lien permanent Imprimer Catégories : CINE-CLUB DU CINEMA L'ARLEQUIN Pin it! 0 commentaire
  • Mon recueil de nouvelles noté 5/5 et coup de coeur d'un blog littéraire

     

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    Voici une nouvelle critique de mon recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma "Les illusions parallèles" publiée ce jour sur un blog littéraire (cliquez sur l'image ci-dessus pour y accéder). Merci à sa rédactrice pour ce coup de cœur et ce 5/5 sur son blog "Des plumes et des livres !"
     
     
     
    Et pour ceux qui ne l'auraient pas encore, il est toujours disponible : chez mon éditeur Les éditions du 38, en librairie directement ou à la commande, chez Amazon, Fnac...
     
     
    Et bien sûr n'hésitez pas à laisser votre avis sur Amazon, Fnac, Babelio etc.
  • Mon premier texte traduit...en allemand pour Short Edition

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    Voici mon premier texte traduit...en allemand ! En février dernier, je remportais le prix du jury d'un concours d'écriture de nouvelles organisé par Short Edition dont vous pouvez trouver des distributeurs d'histoires courtes un peu partout. Plus de 100 distributeurs sont ainsi disséminés en France et dans le monde. Un distributeur d'Histoires Courtes est même installé au Cafe Zoetrope - de Francis Ford Coppola - à San Francisco.
     
    Le distributeur continue à s'exporter et il y a quelques semaines a été installé le premier Distributeur en Suisse allemande, très précisément à la gare de Zurich. A cette occasion, Short Edition a choisi de faire traduire ma nouvelle lauréate "L'être romanesque" en allemand, une nouvelle qui sera ainsi disponible à la gare de Zurich.
     
    La voici donc en allemand pour les germanophones, ci-dessous, et dans sa version française toujours sur le site de Short Edition, ici.
     
    Et pour ceux qui veulent lire davantage de nouvelles, plus longues, mon recueil de 16 nouvelles Les illusions parallèles (Les éditions du 38) est toujours disponible.

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