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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 508

  • Avant-première exceptionnelle au Théâtre du Châtelet pour «Le Concert» de Radu Mihaileanu

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    Le Théâtre du Châtelet était jusqu'alors pour moi associé au souvenir d'une épique soirée des César, en 2006, (cliquez ici pour en lire le récit), il sera désormais indissociable de ce moment où Tchaïkovski m'a fait frissonner d'émotion et a, en un instant où fiction et réalité se sont rejointes et où la beauté de la seconde a éclipsé celle de la première, imposé un silence respectueux et admiratif et suspendu le souffle de cette salle magistrale.

    Europacorp, pour l'avant-première du film « Le Concert » de Radu Mihaileanu  dont l'intrigue se déroule en partie au Théâtre du Châtelet, avait donc, en toute simplicité :-), réservé le Théâtre du Châtelet et convié une bonne partie du cinéma français (et évidemment toute l'équipe du film: Radu Mihaileanu, Alexei Guskov,  Mélanie Laurent, François Berléand, Ramzy, Miou Miou...) dont l'arrivée était retransmise sur écran géant, à l'intérieur de la salle mais aussi dans une cinquantaine de cinémas, dans toute la France, dont les spectateurs ont également pu suivre l'avant-première et ce qui a suivi, retransmis en intégralité. Evidemment l'émotion était décuplée par le fait de se retrouver dans l'endroit même où le film a été tourné...

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    C'est la toujours très professionnelle Marie Drucker (une des rares à faire sortir des sentiers battus les traditionnelles interviews de fin de JT et à écouter les réponses davantage que ses questions) qui a d'abord présenté le déroulement de la soirée avant de laisser place à la projection.

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     C'est en Russie que débute ce concert-là, avec Andreï Filipov (Aleksei Guskov), désormais homme de ménage au Bolchoï, 30 ans après avoir été le plus grand chef d'orchestre de l'Union Soviétique et avoir dirigé ce même orchestre du Bolchoï. Mais voilà, il y a 30 ans c'était Brejnev qui était au pouvoir et Filipov avait vu son concert et sa carrière interrompus pour avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs. Resté tard pour faire le ménage, il tombe par hasard sur un fax adressé au directeur du Bolchoï : une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l'orchestre du Bolchoï à venir jouer à Paris. Andreï a alors la folle idée de réunir ses anciens amis musiciens, qui (sur)vivent aujourd'hui de petits boulots et de les emmener à Paris en les faisant passer pour le Bolchoï...

    Un sujet en or ! Des thèmes (récurrents chez le cinéaste) propices à susciter l'empathie du spectateur : une révoltante injustice et une imposture pour prendre une revanche sur celle-ci. De nouveau le cinéaste explore ainsi le thème des persécutions dont les Juifs ont été victimes, cette fois donc dans la Russie de Brejnev qui rayait les différences et broyait les individualités, pervertissant les idées initialement nobles du communisme qu'elle prétendait appliquer.

    D'abord un peu déroutée par le style, à des années lumière du subtil et bouleversant « Va, vis et deviens », il me faut un peu de temps pour m'habituer à cette exubérance, à ces personnages hauts en couleur, à cette Russie grisée et grise, à ce genre, nouveau pour le réalisateur, celui de la comédie. Le personnage de Filipov plus nuancé et grave parvient pourtant à lui seul à captiver l'attention.

     La stigmatisation d'une partie de la Russie qui s'est enrichie sur les ruines du communisme (parfois avec les mêmes que ceux qui en étaient les garants) et dépense avec ostentation et  mauvais goût, croyant que l'argent peut tout corrompre et acheter, la nostalgie du communisme et d'un temps pourtant dramatique sont des pistes passionnantes que Radu Mihaileanu effleure avec humour, parfois extravagance et néanmoins justesse.

    Certains de ses personnages sont attachants et traités avec beaucoup de tendresse ... alors que d'autres le sont caricaturalement, avec un ton frôlant la condescendance vraiment dommageable, avec un résultat à l'opposé de celui envisagé réduisant certains personnages à des clichés douteux : une fois à Paris les Juifs ne pensent qu'à vendre des téléphones portables et à s'enrichir, et les Russes, grégaires, ne pensent qu'à boire...

    C'est d'autant plus dommage que lorsque Radu Mihaileanu aborde le registre dramatique, on retrouve toute la sensibilité dont il sait faire preuve notamment dans les scènes entre Mélanie Laurent et Aleksei Guskov. Cette dernière illumine l'écran et son visage lumineux contraste joliment avec la gravité de celui d'Aleksei Guskov, leur face à face oriente la fin du film vers le registre dramatique dont on se dit qu'il est dommage qu'il n'ait pas été employé dès le début. On se dit aussi que cette caricature, certes dommageable, est sans doute plus de la pudeur  maladroite que du mépris volontaire, la fameuse « politesse du désespoir ».

    La fin du film portée par l' émouvante exaltation de Mélanie Laurent, la gravité attendrissante d'Aleksei Guskov, la caméra virevoltante de Radu Mihaileanu (mais peut-être parfois trop, ne nous laissant pas  le temps de nous attarder sur un regard, un geste, une note bien suffisants pour susciter l'émotion), et la musique de Tchaïkovski nous laissent entrevoir le chef d'œuvre qu'aurait pu être ce film inégal parsemé de trop courts instants de grâces et de quelques bonnes idées humoristiques (l'irrésistible traduction du Russe en Français, le personnage de Berléand au débit impressionnant...), porté pourtant par une idée en or et un cinéaste dont nous ne doutons pas de la sensibilité et des bonnes intentions.

    Dommage que des notes dissonantes faussent cette partition si prometteuse, ce bel hymne au pouvoir rédempteur et fédérateur de la musique... et que l'intensité captivante soit uniquement celle du dénouement(certes réussi) -le concert du faux Bolchoï au Théâtre du Châtelet- pour délaisser le reste qui a certainement aussi pâti du mélange, parfois incongru, des genres. (Sortie en salles: le 4 novembre)

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    Générique. La salle applaudit. Le rideau se lève sur les 55 musiciens de l'orchestre Lamoureux. La salle est envahie par une vague de silence et d'émotion. Les notes mélodieuses,  tantôt joyeuses et bouleversantes, mélancoliques et exaltantes, romantiques et tourmentées du concert pour violon et orchestre opus 35 de Tchaïkovski s'élèvent (et nous élèvent) dans le Théâtre du Châtelet comme dans la fiction quelques secondes plus tôt. Le lieu, les autres n'existent plus. Le temps non plus. Peut-être sommes-nous à la fin du  19ème? Peut-être Tchaïkovski va-t-il apparaître sur scène comme par miracle et magie ?  Paraît-il que ce concert n'a duré que 10 minutes.  Pour moi une brève éternité. Un sublime moment d'éternité éphémère...

     Ensuite il a bien fallu revenir. Au présent. A la foule. Au monde réel. A la lumière éblouissante. Aux voix dissonantes de la réalité. Toute l'équipe du film est montée sur scène interviewée par Marie Drucker, je vous laisse découvrir ces instants en photos et vidéos : vous entendrez les acteurs principaux du film comme Mélanie Laurent et François Berléand mais aussi le réalisateur Radu Mihaileanu... (dont vous pourrez aussi lire le résumé sur Filmgeek, La Cité des Arts et Buzzmygeek).

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  • De retour de "l'Enfer"... en partance pour "Le Concert"

    En partance pour l'exceptionnelle avant-première du "Concert" au théâtre du Châtelet, une note rapide pour vous dire que, venant de voir "L'Enfer" de Clouzot, je vous ferai gagner des places dès demain (vous pourrez bien sûr aussi trouver ma critique, le principe étant désormais de ne vous proposer des places que pour des films que j'ai  vus et appréciés).

     Vous trouverez aussi ces jours prochains ma critique en avant-première de "Away we go", le dernier Sam Mendès qui avait signé le chef d'oeuvre de l'année "Les Noces Rebelles" (cliquez ici pour lire ma critique des "Noces Rebelles") et bien sûr mon récit de cette soirée  au Châtelet ainsi que la critique du film de Radu Mihaileanu. A suivre donc!

    Et en attendant je vous propose l'envoûtante et hypnotique bande annonce de "L'Enfer" ci-dessous (enfin plutôt du film de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea écrit ét réalisé à partir des rushes de "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot.)

    Lien permanent Imprimer Catégories : ACTUALITÉ DES FESTIVALS DE CINÉMA Pin it! 3 commentaires
  • Soirée Courrier International (2ème partie) : concert du groupe « Girbig » au musée du Jeu de Paume

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    courrier1.jpgPour le lancement du second numéro de son Cahier de tendances, le Courrier International a eu l'excellente idée de célébrer l'évènement au musée du Jeu de Paume avec au programme l'exposition Fellini (voir article ci-dessous), un concert du groupe Girbig (voir article suivant ci-dessus), et avec la présence du lauréat du prix Courrier international du meilleur livre étranger 2009 ( Zoyâ Pirzâd pour « Le Goût âpre des kakis »); et l'idée encore plus excellente de m'y inviter...

     Après l'Italie de l'après-guerre avec Fellini, nous voilà embarqués dans les Etats-Unis des années 20/30 du Mississipi aux cabarets enfumés de Broadway grâce au groupe Girbig que j'ai découvert à l'occasion de ce concert. Loin de Fellini... Quoique... Le groupe le cite dans ses influences ( de même que Buster Keaton !) et le caractère intemporel et le rêve (auquel leur musique invite) rejoignent ceux de l'œuvre fellinienne.

      Dehors, il pleut, sans doute. La nuit a recouvert un Paris grisâtre, automnal et désolé et pourtant par la magie des images ( de Fellini) et de la musique, d'abord de Nino Rota puis de la voix de Girbig (au timbre si particulier, doux et grave, enchanteur et désenchanté) j'oublie le cadre, le temps, l'époque.  A côté de moi, blasés, indifférents, certains continuent à parler de choses banales avec sérieux, la société du spectacle (si chère à Fellini), éblouissante et aveugle continue à jouer son jeu nécessaire et futile,  bel et bien ici, pourtant;  alors que je suis ailleurs, évadée.  Dans un saloon exigu ? A New York ? En tout cas, leur musique, notamment influencée par Bob Dylan, mélange de blues et d'airs plus entraînants, mêlant influences country, folk, pop, rock  me transporte, loin, dans un film d'une beauté ténébreuse et tragique, traversé de moments de joie communicative.

    Leur blues entraînant mêle les sons de la guitare folk, du piano bastringue et de la contrebasse et enveloppe l'atmosphère d'une radieuse mélancolie.  Julien Girbig a joué pendant un an et demi « Amadeus » de Peter Shaffer, avec Lorant Deutsch et Jean Piat. On retrouve ainsi un côté théâtral dans cette musique, dans leurs dégaines qui nous embarquent dans un film mélodieusement burlesque et raffiné.

    N'hésitez pas à ouvrir cette boîte de Pandore (« Song from   a Pandora Box » distribué par Mosaic Music - http://www.myspace.com/girbig  )  qui ne répandra pas les maux sur terre mais, au contraire,  apaisera les vôtres... et vous emportera avec beaucoup de grâce dans une autre époque et un autre lieu d'une beauté mélancolique et entraînante, et vous donnera une furieuse envie de prendre la vie avec légèreté (mais pas à la légère), sérieusement ( mais sans se prendre au sérieux). N'attendez plus pour vous laisser embarquer dans leur univers...


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  • Soirée Courrier international (1ère partie) : exposition "Fellini La Grande Parade", au musée du Jeu de Paume

     

    courrier1.jpgPour le lancement du second numéro de son Cahier de tendances, le Courrier International a eu l'excellente idée de célébrer l'évènement au musée du Jeu de Paume avec au programme l'exposition Fellini, un concert du groupe Girbig (voir article suivant ci-dessus), et avec la présence du lauréat du prix Courrier international du meilleur livre étranger 2009 ( Zoyâ Pirzâd pour « Le Goût âpre des kakis »); et l'idée encore plus excellente de m'y inviter...

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    courrier4.jpgDans le cadre de « Tutto Fellini ! » , le musée du Jeu de Paume (par une exposition conçue par Sam Stourdzé ouverte au public depuis ce 20 octobre jusqu'au 17 janvier 2010), en association avec la Cinémathèque Française (rétrospective intégrale jusqu'au 20 septembre 2009 de Fellini cinéaste mais aussi scénariste, notamment pour des films de Rossellini, mais aussi conférences et notamment une conférence intitulée « La Strada, le temps de l'effroi », le jeudi 5 novembre) et l'Institut culturel italien de Paris ont décidé de rendre hommage au Maestro Fellini.

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    Ci-dessus, Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans "La Dolce vita"

     A l'instar de Tati à qui la Cinémathèque a récemment consacré une magnifique exposition (lire mon article ici), s'il est bien un cinéaste dont l'univers était tellement significatif, reconnaissable et en même temps mystérieux qu'il impliquait une exposition, c'est Fellini.  Un univers tel que le nom de son créateur est devenu un adjectif : fellinien. Synonyme d'étrangeté, d'exubérance, d'impertinence, de formes généreuses, d'onirisme, de poésie, de personnages improbables, d'êtres effroyables, de beauté visuelle flamboyante, de fantasmagorie cauchemardesque, ou de rêves sordides, cruels, mélancoliques, tendres.

    L'exposition nous plonge dans les origines de son univers retraçant sa carrière depuis ses débuts de caricaturiste de presse (premiers dessins publiés dans des hebdomadaires satiriques, gags comiques et sketchs pour émissions radiophoniques, puis collaboration avec Rossellini...) et nous fait parcourir les méandres de son processus créatif et de son débordant imaginaire. Ses thèmes de prédilection y sont ainsi explorés et éclairés : les rêves, l'illusion, le cirque, les médias, et bien sûr les femmes dont le sublime était parfois à la frontière du grotesque et inversement...

    "Son psychanalyste le  lui avait ainsi dit: Vous dessinez très bien, vous rêvez beaucoup : dessinez donc vos rêves ! ».  Cette plongée dans son inconscient matérialisée par ses rêves qu'il dessinait  est une des clefs de son univers. On décortique ainsi sa déconstruction du réel qui devint cette « Grande Parade ». Le monde devient un cirque onirique.   L'exploration de son contexte de création éclaire (un peu) son univers obscur et flamboyant dans lequel la magnificence ou l'extravagance de l'image primaient, avant le jeu des acteurs (qu'il faisait plus souvent compter que jouer pour postsynchroniser  les voix, parfois avec d'autres) avant le scénario (qu'il qualifiait d'"odieusement indispensable").

    Comme toute grande œuvre, cette exposition consacrée  à celle de Fellini nous montre l'intemporalité de son travail et à quel point il pouvait être clairvoyant et visionnaire  dans sa critique de l'hypertrophie médiatique, la publicité, la télé-poubelle, la société du spectacle... même si lui-même les a utilisés notamment en réalisant des publicités que l'exposition diffuse d'ailleurs.

    Des extraits de films et des images inoubliables devenues scènes mythiques jalonnent l'exposition : le visage de clown triste et malicieux de Giuletta Masina, inoubliable Gesolmina, la célèbre scène de la fontaine de Trevi avec Mastroainni et Anita Ekberg dans « La dolce vita »... Et puis évidemment ses acteurs : Anita Ekberg, son double Mastroianni, Giuletta Masina, Claudia Cardinale... et cette musique de Nino Rota qui accompagne l'exposition et nous immerge dans son univers joyeusement cauchemardesque, une folie délirante qui n'imprègne peut-être pas suffisamment l'exposition même si à travers cette judicieuse et complète sélection de photographies, d'extraits de films, de dessins, d'affiches, de magazines, de films amateurs, d'actualités d'époque et interviews parfois inédits (comme des photographies couleur de la « Dolce vita » ou de « 8 ½ ») c'est une véritable plongée dans l'univers iconoclaste et si reconnaissable de Fellini. Plus de 400 pièces qui en font la première grande exposition dédiée au Maestro.

    Une exposition qui, à défaut de la satisfaire entièrement suscite davantage encore notre curiosité et notre envie de voir « Tutto Fellini » ! Et puis surtout cette exposition  nous fait réaliser à quel point il était unique, fantasque, brillamment inimitable et singulier et dans une époque parfois un peu grise, et en manque de rêves, de poésie, d'imaginaire, cette exposition est un bonheur salutaire... que je vous recommande donc !

    Fellini, la Grande Parade -du 20 octobre 2009  au 17 janvier 2010

    À Concorde Mardi de 12h à 21h
    Du mercredi au vendredi de 12h à19h
    Samedi et Dimanche de 10h à 19h
    Fermeture le lundi
    Tél. 01 47 03 12 50

    www.jeudepaume.org

     

  • "La Strada" de Fellini (1954)

    A l'occasion de l'exposition actuellement consacrée à Fellini au musée du Jeu de Paume, en association avec la Cinémathèque française et l'Institut culturel italien de Paris, et avant de vous parler de cette exposition cet après-midi, je vous renvoie vers mon analyse de "La Strada"  publiée sur ce blog suite à une projection-débat dans le cadre du ciné-club du cinéma l'Arlequin, en 2006.

    Cliquez ici pour lire mon analyse de la Strada de Fellini

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    Lien permanent Imprimer Catégories : CRITIQUES DE CLASSIQUES DU SEPTIEME ART Pin it! 0 commentaire
  • "Sin nombre" de Cary Joji Fukunaga: le prix du jury du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2009 en salles aujourd'hui

     

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    Cary Joji Fukunaga, réalisateur de "Sin nombre"' entouré du jury palmarès du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2009 présidé par Jean-Pierre Jeunet
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    Si, aujourd'hui, je vous recommande d'abord et avant tout, la palme d'or du Festival de Cannes 2009 ("Le ruban blanc" de Michael Haneke, cliquez ici pour lire ma critique), je vous recommande également un autre lauréat d'un Festival de cinéma en 2009: "Sin nombre" de Cary Joji Fukunaga qui a reçu le prix du jury du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2009.(Cliquez ici pour en savoir plus)

  • « L’année brouillard » de Michelle Richmond (sélection Prix littéraire des lectrices de Elle 2010)

    année brouillard.jpgJe poursuis mes lectures de jurée du Prix des lectrices de Elle 2010 avec, aujourd'hui, « L'année brouillard » de Michelle Richmond qui nous embarque sur une plage proche de San Francisco, un matin de brouillard, avec Abby et Emma, la petite fille de son futur mari Jake. L'attention d'Abby est distraite un court instant, elle détourne le regard d'Emma. Parfois un court instant peut faire basculer un destin.  Pendant ce court instant Emma disparaît et l'existence d'Abby va se retrouver plonger en plein brouillard. Un autre. Celui de l'existence qui perd tout sens. Celui du temps qui s'égrène impitoyablement et qu'on voudrait remonter, maîtriser. Celui de la mémoire et des souvenirs dans lesquels Abby se replonge, avec l'énergie du désespoir. En vain. Bientôt Jake s'éloigne d'elle et perd tout espoir mais Abby va continuer à chercher, obstinément, aux portes de la folie, envers et contre tout. Tous. Et avec elle nous plongeons, happés, dans ce brouillard opaque, dès les premières pages des 500 que compte ce roman haletant.

    C'est ainsi par la voix d'Abby que nous sommes guidés, Abby dont ce livre est avant tout le subtil portrait. Par flash-backs, on revient sur les moments de son existence en lesquels elle puise forces et faiblesses et grâce auxquels elle tente de trouver un espoir malgré cette douleur incommensurable et abstraite, mais aussi une logique, une raison aux évènements qui se sont enclenchés jusqu'à cette seconde fatidique où tout a basculé. La disparition, de surcroît inexpliqué, forcément violente, d'un être cher, une peur que chacun a éprouvée ou crainte, qui fait que l'identification est immédiate. Le lecteur est aussitôt en empathie avec Abby, éprouvant le poids de sa culpabilité.

    D'une rigueur photographique (Abby est photographe), mais aussi avec une grande pudeur, ce roman m'a passionnée. D'abord pour le portrait de son personnage principal dans la psychologie duquel nous sommes plongés, grâce à un style précis, sensible. Ensuite parce qu'est aussi une réflexion documentée et passionnante sur la mémoire. Enfin, parce que Michelle Richmond nous emmène vraiment ailleurs, dans l'intériorité d'Abby mais aussi de San Francisco au Costa Rica dans un ailleurs angoissant et palpitant, par la simple force des mots qu'elle manie avec un indéniable talent.

    Si je devais émettre une réserve, ce serait peut-être sur le personnage de Jake, un peu plus flou, mais après tout cela s'explique aussi par le fait que l'histoire est vécue à travers les pensées, tourmentées, d'Abby.

    Un livre sur l'obstination, la volonté, le pardon, l'absence, aussi. Un livre qui a la beauté mystérieuse, inquiétante et envoûtante, du brouillard. Un livre qui vous poursuit très longtemps après la dernière ligne, Michelle Richmond nous ayant si bien fait croire à l'existence d'Abby qu'elle nous laisse imaginer la suite de son destin comme si ces personnages, par-delà celle qui les a créés avaient une existence propre.

    Mon premier grand coup de cœur de cette sélection. Un livre dont la belle et minutieuse écriture, le portrait saisissant et touchant de son personnage principal, mais aussi tous les espoirs et angoisses auxquels il fait forcément écho, me hantent encore...

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