27/05/2010
Proclamation du 41ème Grand Prix des Lectrices de Elle 2010
Le cinéma est loin d'être ma seule passion, mon goût immodéré pour la lecture l'a même précédée et c'est une autre longue histoire dont je vous parlerai peut-être un jour. Le Grand Prix des Lectrices de Elle permet ainsi à des lectrices du magazine (suite à un questionnaire et une critique de livre) d'être sélectionnées pour faire partie de ce jury qui existe depuis 41 ans et qui, chaque année, couronne un roman, un document et un policier. Je faisais ainsi partie du jury 2010, vous avez ainsi pu lire ici mes critiques d'un certain nombre des 28 livres reçus.
Hier soir, dans les fastueux salons France-Amériques de l'Avenue Franklin Roosevelt avait lieu la proclamation des résultats précédée d'un débat informel avec les lauréats, chacun d'eux s'installant à la table des jurées pour répondre à leurs questions. Eric Fottorino dont j'avais particulièrement aimé le livre "L'homme qui m'aimait tout bas" (voir critique plus bas) a été le premier à se prêter à l'exercice prouvant une nouvelle fois que la simplicité, la gentillesse et l'humilité sont les marques du talent.
Voici un petit résumé de ses propos: Ecrire pour lui revient à élucider une vérité sur lui-même. La disparition de son père lui a fait tomber le masque du roman. L'écriture a été pour lui une forme de thérapie. "L'écriture c'est toujours imparfait mais de toutes les imperfections c'est celle qui m'a parue la plus à ma portée". Il a également abordé les réactions de son entourage à la lecture de ce livre très personnel avec d'une part l'idée que le livre leur restituait quelque chose et gardait vivant quelqu'un qui était mort et d'autre part l'idée que cela n'intéresserait personne. Eric Fottorino a également parlé du livre qu'il vient de publier qui cette fois évoque son père biologique voulant que "ce livre soit pour un vivant". "Je le connais depuis 2006 donc j'ai voulu comprendre quelque chose de lui, qui il était, ses origines". "Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin." Ce texte est pour lui comme une "lutte contre la montre". "Est-ce que les mots peuvent faire quelque chose contre la mort?" Eric Fottorino a notamment demandé à son père biologique ce que c'était pour lui que d'être juif. "Etre juif c'est avoir peur" a répondu ce dernier. "Avec ce livre j'ai voulu revisiter nos rendez-vous manqués. J'ai toujours fait en sorte que nos rendez-vous n'aient pas lieu car j'aurais eu l'impression de trahir mon père "[ celui évoqué dans "L'homme qui m'aimait tout bas]. "Ecrire est une façon de crier en silence".
C'est ensuite Véronique Ovaldé qui est intervenue accompagnée de son éditrice. L'une et l'autre ont évoqué la manière de travailler ensemble, en osmose à voir leur complicité, et l'admiration de la seconde pour la première, et Véronique Ovaldé a notamment parlé de son processus d'écriture (elle écrit une première phrase dont elle déroule ensuite le fil, l'importance des noms dans ses romans, l'importance des lieux imaginaires aussi...) et tout ce qui lui échappe, la part d'inconscient dont son éditrice relie les éléments épars.
Le débat a été suivi de la photo des jurées et des lauréats et d'un coctktail au cours duquel j'ai eu le plaisir de faire connaissance avec plusieurs autres jurées lectrices de ce blog (un grand plaisir du blog que de faciliter les échanges, j'espère que cette fois celles qui sont venues me voir oseront laisser un commentaire:-)) et d'autres jurées blogueuses comme Marie-Claire d' "A bride abattue" avec qui j'échangeais par email déjà depuis un moment.
Puis ce fut l'heure de la proclamation des résultats en présence de nombreux écrivains comme Philippe Grimbert, l'auteur du sublime "Un Secret", Franz-Olivier Giesbert, Gonzague Saint-Bris...
Si j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ces livres, à découvrir des styles de livres ou des univers vers lesquels je ne serais pas allée spontanément (je lis et relis en général plus de littérature classique que de littérature contemporaine et je lis en général très peu de témoignages ou "documents"), à déballer chaque mois mon paquet cadeau contenant la précieuse littérature, j'avoue regretter un peu que les lectrices faisant partie du jury soient uniquement des numéros. Je vais aussi retrouver le plaisir de glaner dans les librairies et ma bibliothèque et de faire mes propres choix de lecture. Si vous aimez lire, si vous avez du temps (le rythme est assez soutenu), je vous recommanderais néanmoins l'expérience.
Je vous laisse découvrir les noms des lauréats, trois livres qui ont en commun le thème de la filiation.
PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2010 CATEGORIE ESSAI/ DOCUMENT: "L'homme qui m'aimait tout bas" d'Eric Fottorino
Le livre commence par ces mots : « Le 11 mars 2008 en fin de journée, dans un quartier nord de La Rochelle, mon père s'est tué d'un coup de carabine ». Une mort violente, brutale...même si cela frôle le pléonasme. Une mort en tout cas incompréhensible. L'occasion et la nécessité pour l'écrivain de revenir sur ses liens avec ce père qu'il aimait tant et qui « l'aimait tout bas », qui « préféra toujours le silence aux paroles », à ce père dont il s'est inspiré pour tant de ses personnages. Ecrire pour continuer à vivre. Malgré l'incompréhension. Atténuer la douleur incommensurable, perpétuelle, insoluble, la colère, la culpabilité si éprouvante. Une manière de ne pas le faire disparaître. Ce père adoptif qui lui donnera une identité en l'adoptant, à 9 ans.
Eric Fottorino, directeur du Monde et auteur depuis 1991, dresse ici le beau portrait d'un homme courageux, généreux, discret, secret même, charismatique, libre avant tout, et de son existence entre Nice et Tunis, des liens pudiques qu'ils ont tissés au fil des années, de leur passion commune pour le cyclisme, de leurs silences respectueux et empreints de tendresse. Le portrait du personnage qu'il était, qu'il devient à part entière, le rendant immortel par la magie, la douceur, le pouvoir des mots. Le faisant revivre ainsi un peu le temps de raviver les souvenirs. Le temps de s'adresser à lui parfois directement sans doute emporté par les mots et la colère de se heurter à un mur de silence éternel et de douleur insondable.
Une manière d'exprimer la colère contre cet insoluble silence et mystère, de partager, soulager un peu, cette mort, ce vide qu'un lieu, un geste, un nom rappellent quotidiennement, impitoyablement. En exergue la phrase de Montherlant évoque le poids de cette douleur « Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil ».
Il a sans doute fallu beaucoup de douleur et de courage pour évoquer avec tant de sincérité et de pudeur un lien si personnel. Si personnel, intime, mais aussi si universel grâce au talent de son auteur qui, jamais, ne tombe dans le pathos et nous livre ici un témoignage d'amour, de douleur nostalgique et poignant en lequel quiconque a éprouvé la profondeur et la violence du chagrin vainement révolté face au deuil se reconnaîtra forcément, touché en plein coeur.
PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2010 CATEGORIE POLICIER: "Les Visages" de Jesse Kellerman
"Les Visages" est un polar se déroulant à New York, élu meilleur thriller de l'année par le New York Times. Le roman commence dans une galerie d'art, plus précisément celle dont Ethan Muller est propriétaire. Il découvre une série de dessins d'une qualité exceptionnelle dont le mystérieux auteur qui vit dans un appartement miteux, Victor Crack, a disparu... Cela n'empêche pas Ethan Muller de vendre ses dessins jusqu'à ce qu'un policier à la retraite reconnaisse sur certains portraits de Victor Crack les visages d'enfants victimes d'un mystérieux tueur en série, des années plus tôt. Ethan va alors mener sa propre enquête qui va le mener bien plus loin qu'il ne l'aurait imaginé...et que le lecteur l'aurait sans doute imaginé.
Ma première réaction a été de me dire : encore une histoire sordide et en plus de disparitions ou meurtres d'enfants, sujets déjà abordés dans deux autres romans de la sélection (celui-ci, pour le sordide; et celui-là, mon préféré des trois). Le livre est précédé d'une citation de Dubuffet : « Le vrai art est toujours là où on ne l'attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L'art déteste être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt » puis les premiers mots du narrateur sont « Au début, je me suis mal comporté. » Ces deux citations pourraient résumer ce roman qui est d'abord un portrait du monde l'art contemporain à New York, un monde cynique et opportuniste. C'est aussi l'histoire d'un homme qui s'est « mal comporté », et qui peu à peu va tisser des liens inattendus avec son passé. Un homme qui, à l'image de ce roman, est plutôt antipathique, et va nous emporter bien malgré nous dans son histoire.
Il faut dire que Jesse Kellerman ne ménage pas les techniques et les rebondissements pour y parvenir. D'abord, le personnage principal narrateur s'adresse régulièrement au lecteur, faisant preuve d'autocritique et d'autodérision, histoire d'avoir l'empathie du lecteur en attendant d'emporter sa sympathie. Puis, alors que l'attention du lecteur aurait pu faiblir, il « met en scène » des interludes (qui se reproduiront à divers passages du roman) dont le premier nous renvoie au 18ème siècle et nous plonge dans l'histoire passée des ancêtres d'Ethan, une histoire passée qui va rejoindre et éclairer le présent. Ensuite, il manie avec dextérité le langage, l'adaptant judicieusement aux personnages dont il transcrit les pensées, évitant un ton monocorde et ennuyeux. Enfin, l'astucieux renversement de situation final nous laisse forcément une forte impression.
Plus qu'un polar, « Les Visages » est d'abord une réflexion souvent ironique, et lucide, sur l'art contemporain mais c'est aussi et surtout une histoire de filiation, une histoire qui relie habilement passé et présent, et dont les visages qu'il révèle sont autant ceux des tableaux, des victimes que les vrais visages, à nu, d'un père et son fils. C'est finalement la partie la plus intéressante du roman, l'intérêt principal étant de nous plonger dans les pensées de l'un et de l'autre qui ne se parlent plus et dont les fêlures et les blessures sont finalement si proches. L'intérêt aussi de montrer un homme écartelé, Ethan. Entre deux femmes (l'une représentant son passé, cynique et indépendante, l'autre son potentiel avenir, plus douce et tentant de le relier à des racines). Entre deux vies possibles.
Mais ce qui m'a à nouveau marquée dans ce roman, c'est l'utilisation de « recettes » très cinématographiques. La voix du narrateur ressemble à une voix off avec cette dérision dont savent faire preuve un grand nombre de voix off dans les films américains. Avec ses flashbacks. Avec son rebondissement final destiné à nous laisser forte impression, une image forte. Avec ce langage très direct qui vise l'efficacité avant tout.
La construction est donc extrêmement habile, et ne révèle son ingéniosité et son vrai visage qu'à la toute dernière page. Malgré mes réticences initiales liées au sujet, malgré certains passages qui, au cinéma, pourraient être qualifiés de racoleurs, Jesse Kellerman a un indéniable talent pour tenir le lecteur en haleine, le dérouter et le surprendre...même si une description encore plus précise du milieu de l'art lui aurait procuré davantage encore de profondeur.
PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2010 CATEGORIE ROMAN: "Ce que je sais de Vera Candida" de Véronique Ovaldé
Véronique Ovaldé nous emmène dans une Amérique du Sud imaginaire, sur l'île de Vatapuna, où naissent trois femmes d'une même lignée avec le même destin : enfanter une fille sans jamais pouvoir révéler le nom du père. Elles sont toutes éprises de liberté, téméraires mais aussi mélancoliques et victimes de la même triste fatalité. Seule Vera Candida osera briser les chaînes du destin, prendre son destin en main en fuyant Vatapuna dès ses 15 ans et en partant pour le continent, à Lahomeria, pour se forger une nouvelle vie, sans passé... C'est aussi là qu'elle rencontre Itxaga, journaliste à l'Indépendant.
L'idée de ces chaînes du destin et de la fatalité qu'une femme brisera était aussi judicieuse qu'intéressante. Tout comme celle de ces lieux à la fois imaginaires et si réalistes, empreints de la chaleur, de la moiteur d'une Amérique du Sud qui n'échappe pas à la corruption. Sans doute l'écriture de Véronique Ovaldé est-elle vive et marquée d'une certaine légèreté (d'humour même), idée plutôt astucieuse pour évoquer les passés de ces femmes qui sont de véritables fardeaux.
Véronique Ovaldé a un style bien à elle mais qui semble tellement maniéré (phrases interminables, parfois des majuscules quand il n'en faut pas ou sans majuscules quand il en faudrait...) que cela en perd (à mes yeux) tout intérêt. Je n'ai rien contre la modernité littéraire revendiquée et marquée par des audaces stylistiques, même parfois hasardeuses, même quand elle prend des libertés avec la grammaire ... à condition que cela ne freine pas la lecture et l'enrichisse d'une manière ou d'une autre. En ce qui me concerne, cela a constitué un frein à l'envie de savoir ce qu'elle savait de Vera Candida.... Pour moi trop de style et surtout d'obstination à en faire preuve et le démontrer, tue le style et surtout le fil de l'histoire. Le titre en est un parfait exemple...
Et puis je suis un peu lasse de ces destins sordides que je retrouve livres après livres (de cette sélection en tout cas), quels qu'en soient les lieux et époques.
Véronique Ovaldé signe ainsi certes des portraits de femmes fortes que je n'ai néanmoins pas réussi à trouver attachantes. Les chaînes de leurs destins transforment ce qui aurait pu être des contes enchanteurs en contes désenchantés. Un livre qui aura au moins le mérité de nous parler d'ici (un "ici ailleurs" néanmoins souvent glauque) en nous emmenant ailleurs. Il faut ainsi reconnaître que Véronique Ovaldé parvient à nous faire croire en cet ailleurs... tout en nous dissuadant d'y aller !
Et en guise de conclusion, je vous propose la critique du roman que j'ai préféré de toute la sélection et que je vous recommande vivement: "La Délicatesse" de David Foenkinos, David Foenkinos dont je me souvenais de la louable discrétion (là où d'autres cherchaient grossièrement à accaparer l'attention...non, non, je ne citerai pas de noms...) au Forum International Cinéma et Littérature de Monaco (une raison qui en vaut bien une autre :-)).
« La Délicatesse » est le huitième roman de David Foenkinos. Ce pourrait être un premier. Pour la fraîcheur. Pour son apparente légèreté. Pour le plaisir inédit que sa lecture procure.
C'est l'histoire d'une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise.
Un livre dont l'auteur ose l'intituler « La délicatesse » dans une société (pas seulement littéraire) souvent brutale, cela force déjà le respect. Un livre qui nous parle des hasards des rencontres, de celles qui vous font d'autant plus chavirer qu'elles sont inattendues voire improbables, cela force l'attention. Et un livre qui nous parle des surprises du destin, cela (ren)force mon intérêt.
Et puis, surtout, au-delà de la thématique, il y a la délicatesse avec laquelle David Foenkinos décrit ses personnages, ses situations, et avec laquelle son écriture, à la fois pudique et sensuelle, nous charme, progressivement, là et quand on ne l'attend pas comme ce Markus qui, dans le roman, charme Nathalie. Il pourrait aussi être un double de l'auteur puisque c'est avec le langage que Markus charme Nathalie. Avant tout.
Son écriture sensible émaillée d'une réjouissante fantaisie (aphorismes, digressions aussi savoureuses que décalées) fait de ce roman une passionnante histoire autant qu'une aventure ludique pour le lecteur que Foenkinos, avec, décidément, une délicatesse quasiment amoureuse, n'oublie jamais, ce qui n'est finalement pas si courant...
Et même s'il est aussi question de deuil, le second degré est là pour dédramatiser, sans pour autant effacer l'émotion, bel et bien présente, qui nous fait accompagner Nathalie dans sa renaissance amoureuse.
On se dit que Stéphane Brizé pourrait en faire un très beau film sur le deuil et l'espoir, avec une ironie salutaire qui ne nous touche pas moins en plein cœur, avec douceur, sincérité et humour ... tout en délicatesse donc. Et que ce livre a aussi quelque chose de truffaldien. Finalement intemporel. Il a aussi le charme incomparable des rencontres impromptues.
Avec Foenkinos, la littérature n'est pas sinistre mais joyeuse car lucide, ludique, romantique, anticonformiste. Et il nous fait croire (ou nous conforte dans l'idée, selon notre degré d'optimisme) que la vie peut agréablement nous surprendre au moment où on s'y attend le moins. Pouvoir inestimable de certains (rares) auteurs...
(D'autres vidéos viendront compléter cet article dans la journée).
09:43 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, elle, magazine |
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25/03/2010
Devenez jurée du Grand Prix des Lectrices de Elle 2011
Depuis plusieurs mois, je vous parle de mes lectures de jurée du Grand prix des lectrices de Elle 2010 pour lequel je serai d'ailleurs invitée au Salon du Livre demain (je vous en reparle demain soir sur ce blog). Si vous aussi voulez vivre cette expérience à votre tour et faire partie du jury 2011, vous trouverez toutes les informations ci-dessous.
Un Grand Jury de 120 lectrices, divisé en 8 jurys de 15 lectrices chacun, est constitué à partir de vos réponses au questionnaire qui se trouve sur la page suivante.De septembre à avril, et tour à tour, 15 lectrices de chaque jury choisissent, parmi les 7 livres proposés chaque mois par la rédaction de ELLE, un roman, un document et un policier. Les 120 lectrices du Grand Jury participent donc successivement à cette sélection mensuelle et, au fur et à mesure, lisent les 8 romans, les 8 documents et les 8 policiers nommés ‘’livres du mois’’.
En fin de sélection, le Grand Jury désigne, parmi les 24 livres finalistes, les 3 vainqueurs du Grand Prix des Lectrices de ELLE, dans chaque catégorie : roman, document et policier.Durant l’année, les jurées auront donc chacune à lire 28 titres : 3 chaque mois et 7 lorsqu’elles voteront à leur tour pour les « livres du mois ».
Exemple : si vous faites partie du jury de septembre, vous recevrez 7 livres et vous en choisirez 3. Chaque mois suivant, vous recevrez les 3 livres élus par les 7 autres jurys.
Les lectrices jurées doivent attendre 3 ans pour poser à nouveau leur candidature. Compte tenu des impératifs d’acheminement postal, seules sont autorisées à participer les lectrices originaires de France, Suisse, Belgique et Luxembourg.
Il ne vous reste plus qu’à remplir consciencieusement votre questionnaire de candidature sur la page suivante et à l’envoyer par courrier ou par mail pour devenir peut-être l’une des 120 jurées du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2011.
Cliquez ici pour accéder au questionnaire de candidature.
Le reste de l'actualité c'est sur "In the mood for Cannes" , " In the mood for Deauville " et "In the mood for luxe".
12:11 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : livre, littérature, elle, magazine |
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07/02/2010
« Sauver sa peau » de Lisa Gardner ( Sélection prix littéraire des lectrices de Elle 2010)
Après que le magazine Elle de cette semaine du 5 février 2010 ait repris deux lignes de mon article sur « La Délicatesse » de David Foenkinos (qui reste mon grand coup de cœur de cette sélection), l'occasion donc pour moi de vous le recommander à nouveau, me revoilà plongée dans les histoires de tueurs en série avec « Sauver sa peau » de Lisa Gardner. Cela ne fera jamais que le quatrième livre de cette sélection dont le thème principal est la disparition d'enfants...
Annabelle Granger, l'héroïne de ce roman, pendant tout son enfance et son adolescence, s'est ainsi habituée à changer continuellement et brusquement de ville, de prénom, de nom, de maison... sans jamais savoir pourquoi. La découverte, dans une chambre souterraine de l'ancien hôpital psychiatrique de Boston, des cadavres de 6 fillettes mortes des années auparavant fait la une des journaux. Un nom sur un médaillon identifie une des petites victimes : Annabelle Granger. Vingt-cinq ans après, Annabelle décide de sortir enfin de l'ombre et d'affronter son mystérieux passé.
Voilà donc encore une histoire sordide de disparition d'enfants avec pour toile de fonds un hôpital psychiatrique où furent internés de dangereux criminels, enfin un en particulier. Passé mon agacement devant ce sujet tristement récurrent (pour ne pas dire opportuniste, ah bah si c'est dit...) dans la littérature policière contemporaine, je me suis donc plongée dans les péripéties d'Annabelle Grangerr. Il faut reconnaître à Lisa Gardner deux qualités : savoir créer de la sympathie pour son personnage principal auquel s'identifie ou du moins s'associe rapidement le lecteur et celle de savoir créer du suspense, et un climat de menace, et nous inciter à tourner les pages avec avidité. La méthode, elle, est peut-être moins glorieuse. A la manière d'un soap opera, la dernière ligne de chaque chapitre se termine ainsi toujours par une révélation sur le point d'être faîte, un coup de fil ou une apparition énigmatiques qu'il faut en général attendre deux chapitres suivants pour connaître. La méthode est infaillible !
Cette course contre la montre avec d'un côté Annabelle qui tente de connaître la vérité, et de l'autre son mystérieux poursuivant qui menace à chaque instant de réapparaître est inévitablement haletante. La fin n'est pas vraiment à la hauteur de cette attente croissante avec un face à face final grandguignolesque entre Annabelle et deux tueurs sans parler du dénouement qui laisse présager une suite toujours à la manière d'un soap opera. L'écriture (très simple) vise, quant à elle, avant tout l'efficacité.
Lisa Gardner s'est paraît-il imposée aux Etats-Unis sur la liste des meilleures ventes et elle est régulièrement comparée à Mary Higgins Clark et Patricia Mac Donald. Elle s'inscrit en effet dans cette lignée où l'intrigue prime sur l'écriture et où tous les moyens sont bons pour retenir l'attention du lecteur. Pour les amateurs du genre donc.
18:09 Écrit par Sandra Mézière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littératuer, magazine, jury, elle, maagazine, lisa gardner |
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13/01/2010
« Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé-Sélection Prix des lectrices de Elle 2010
Cela faisait un moment que je ne vous avais pas proposé de critiques de livres lus dans le cadre du Grand Prix de lectrices de Elle 2010 dont je fais toujours partie du jury. Il faut dire qu'à l'exception de « La Délicatesse » de David Foenkinos, cette noirceur qui semble commune à tous les livres de la sélection me désespère, une règle à laquelle ne déroge pas vraiment ma dernière lecture: « Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé.
Véronique Ovaldé nous emmène dans une Amérique du Sud imaginaire, sur l'île de Vatapuna, où naissent trois femmes d'une même lignée avec le même destin : enfanter une fille sans jamais pouvoir révéler le nom du père. Elles sont toutes éprises de liberté, téméraires mais aussi mélancoliques et victimes de la même triste fatalité. Seule Vera Candida osera briser les chaînes du destin, prendre son destin en main en fuyant Vatapuna dès ses 15 ans et en partant pour le continent, à Lahomeria, pour se forger une nouvelle vie, sans passé... C'est aussi là qu'elle rencontre Itxaga, journaliste à l'Indépendant.
L'idée de ces chaînes du destin et de la fatalité qu'une femme brisera était aussi judicieuse qu'intéressante. Tout comme celle de ces lieux à la fois imaginaires et si réalistes, empreints de la chaleur, de la moiteur d'une Amérique du Sud qui n'échappe pas à la corruption. Sans doute l'écriture de Véronique Ovaldé est-elle vive et marquée d'une certaine légèreté (d'humour même), idée plutôt astucieuse pour évoquer les passés de ces femmes qui sont de véritables fardeaux.
Véronique Ovaldé a un style bien à elle mais qui semble tellement maniéré (phrases interminables, parfois des majuscules quand il n'en faut pas ou sans majuscules quand il en faudrait...) que cela en perd (à mes yeux) tout intérêt. Je n'ai rien contre la modernité littéraire revendiquée et marquée par des audaces stylistiques, même parfois hasardeuses, même quand elle prend des libertés avec la grammaire ... à condition que cela ne freine pas la lecture et l'enrichisse d'une manière ou d'une autre. En ce qui me concerne, cela a constitué un frein à l'envie de savoir ce qu'elle savait de Vera Candida.... Pour moi trop de style et surtout d'obstination à en faire preuve et le démontrer, tue le style et surtout le fil de l'histoire. Le titre en est un parfait exemple...
Et puis je suis un peu lasse de ces destins sordides que je retrouve livres après livres (de cette sélection en tout cas), quels qu'en soient les lieux et époques.
Véronique Ovaldé signe ainsi certes des portraits de femmes fortes que je n'ai néanmoins pas réussi à trouver attachantes. Les chaînes de leurs destins transforment ce qui aurait pu être des contes enchanteurs en contes désenchantés. Un livre qui aura au moins le mérité de nous parler d'ici (un "ici ailleurs" néanmoins souvent glauque) en nous emmenant ailleurs. Il faut ainsi reconnaître que Véronique Ovaldé parvient à nous faire croire en cet ailleurs... tout en nous dissuadant d'y aller !
17:37 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : livres, littérature, prix des lectrices de elle, elle, magazine elle, véronique ovaldé |
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07/12/2009
« Belle Epoque » de Kate Cambor (sélection prix littéraire des lectrices de Elle 2010)
Cinquième des sept livres que je dois lire ce mois-ci pour le jury du prix littéraire des lectrices de Elle 2010, « Belle Epoque » de Kate Cambor était un premier roman particulièrement prometteur. Signée par une historienne vivant aux Etats-Unis, il ambitionnait de nous raconter la Belle Epoque à travers trois destinées et celles de ceux qu'ils ont côtoyés : le fils d'Alphonse Daudet, la petite-fille de Victor Hugo et le fils du professeur Charcot respectivement nommés Léon, Jeanne et Jean-Baptiste. Héritiers de noms illustres mais aussi de la jalousie et de l'admiration suscitées par leurs aînés. Jeanne est la seule qui n'a pas souhaité avoir de destin propre, qui a toujours revendiqué sa condition de petite-fille de Victor Hugo, ce grand-père tant admiré qui avait écrit pour elle « L'Art d'être grand-père ». Léon va vivre entre littérature, journalisme et politique et Jean-Baptiste va partir explorer les mers et continents. Ces trois jeunes gens sont très liés et ont presque grandi ensemble, vivant la même jeunesse dorée. Jeanne épousera ainsi Léon avant de divorcer pour épouser Jean-Baptiste avant... de divorcer à nouveau. En suivant les fils de leurs destinées nous croisons d'autres noms tout aussi illustres : Flaubert, Zola, Tourgueniev, Goncourt... et les grands faits de cette époque : le scandale de Panama, l'affaire Dreyfus...
Quelle ambition, certes louable, que de vouloir raconter l'histoire de la Belle Epoque. Pour la vulgariser, Kate Cambor a donc choisi trois personnages au centre des évènements qui l'ont jalonnée et qui vont voir les attentes qu'ils ont suscitées anéanties autant par « leurs propres démons » que par les évènements internationaux. Leur quête identitaire et leur envie de s'écrire une histoire va se heurter à l'Histoire, la grande, en pleine ébullition. Plus que de vivre à la Belle Epoque, ils en incarnent les espoirs et les désillusions, les réussites et les défaites, « les possibilités et les frustrations ».
Kate Chambor à force de vouloir vulgariser a peut-être trop simplifié des évènements parfois complexes, et à trop vouloir romancer donne souvent l'impression de broder sur des sentiments, des évènements, des personnalités qu'elle rend ainsi certes vivants, humains mais auxquels elle fait perdre de l'épaisseur et de la crédibilité. Plutôt que de m'immerger dans l'époque, cela n'a fait que me tenir à distance, ayant l'impression qu'elle ne cessait d'extrapoler, de prêter à ses personnages des pensées qu'ils n'ont pas forcément eues.
Quant à l'aspect historique, les évènements relatés figurent dans tous les livres d'Histoire et Kate Cambor ne nous apprend finalement pas grand-chose. En alternant entre roman et essai historique, elle a finalement fait perdre de la crédibilité et de l'intensité à l'un et à l'autre. Les incessants retours en arrière nous empêchent de suivre les histoires de Jeanne, Léon et Jean-Baptises comme celles d'un roman et les évènements historiques au lieu de les intégrer à cette Histoire donnent souvent l'impression d'être catalogués à des moments inopportuns.
Sans doute ma plus grande déception de cette sélection tant la quatrième couverture nous promettait un voyage historique alléchant mais après tout il ne s'agit que d'un premier roman avec ses faiblesses inhérentes qui a au moins le mérite de nous replonger dans cette époque palpitante jalonnée de grands bouleversements qui ont fait changer la face du monde entre grandes découvertes, grands hommes et montées des totalitarismes! Ainsi l'explique très bien Kate Cambor : «Personne mieux que Léon Daudet, Jean-Baptiste Charcot et Jeanne Hugo ne reflète les contradictions et les confusions inhérentes à cette génération. Ils ont grandi à l'époque où les voitures à chevaux circulaient dans Paris et ils sont morts alors que les avions s'emparaient du ciel. Enfants, on leur parlait d'une Europe pas si lointaine gouvernée par des rois et des conquérants corses; adultes, ils ont vu avec terreur et incrédulité des dictateurs et des assassins en chemise brune asservir un continent apeuré et docile.»
11:15 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture, littérature, livres, belle epoque, kate cambor, victor hugo, elle, magazine elle, prix littéraire |
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28/11/2009
"Les Fantômes de Saint-Michel" de Jake Lamar (Sélection prix littéraire des lectrices de Elle 2010)
Voici le quatrième livre des sept que je dois lire ce mois-ci, dans le cadre de ma participation au jury du prix des lectrices de Elle 2010 : « Les Fantômes de Saint-Michel » de l'Américain Jake Lamar, parisien d'adoption depuis 1993. C'est en toute logique que l'auteur a donc situé l'intrigue de son dernier roman, à Paris, la fontaine Saint-Michel ayant inspiré le titre (il s'agit ici de fantômes du passé, au sens abstrait donc, ne vous attendez pas à voir apparaître des spectres effrayants ! ) jouant ici un rôle central.
Marva Dobbs est une figure emblématique de la communauté afro-américaine de Paris. Son restaurant Soul Food Kitchen dont la bonne réputation n'est plus à faire est en permanence complet, fréquenté par de nombreuses célébrités et par les Américains de passage ou vivant à Paris. A plus de soixante ans, elle est toujours amoureuse de son mari français, Loïc. Leur fille Naima vit à New York où elle débute une carrière dans le cinéma. Marva a une liaison avec le nouveau cuisinier Hassan, qui a plus de la moitié de son âge, une liaison à laquelle elle est décidée à mettre fin avant d'apprendre qu'il a disparu. Au même moment un attentat est perpétré dans un organisme culturel américain. Quelques heures plus tard, Marva disparaît à son tour de l'hôpital où elle était soignée après avoir eu un accident de voiture. Naïma est rappelée en catastrophe par son père, elle revient à Paris et découvre que ses parents avaient bien des secrets...
Une fois encore, comme plusieurs autres romans de cette sélection, « Les Fantômes de Saint-Michel » est un roman dont la construction est davantage cinématographique que littéraire : flashbacks (particulièrement abondants ici !), rythme haletant souvent au mépris de la psychologie des personnages (pas tous, certains étant certes d'une réjouissante complexité), langage très simple pour que le lecteur se forge facilement des images... et pour couronner le tout ici, fin des plus ouvertes pour déjà préparer et susciter l'envie d'une inéluctable suite !
Ce roman a donc les qualités de ses défauts précités : rythme trépidant et donc pas une seconde d'ennui, facilité d'écriture et de lecture. Mais aussi avec ses limites avec pour principal effet de nous laisser un désagréable goût d'inachevé. En raison du grand nombre de personnages secondaires d'abord que Jake Lamar abandonne parfois en route. En raison d'une fin particulièrement frustrante ensuite qui donne l'impression que rien n'est résolu, que les personnages n'ont finalement pas évolué, et que nous avons été menés en bateau pour rien et que ce roman n'a été écrit que pour nous donner envie de lire la suite (ce qui est de ce point de vue d'ailleurs particulièrement réussi, l'attachement aux personnages principaux que Jake Lamar crée avec beaucoup d'habileté nous donnant envie de savoir quelles seront leurs destinées). En raison de la multitude d'évènements historiques, enfin, de fantômes du passé convoqués (combat entre libérateurs de Paris et occupants en 1944, attentat du RER Saint-Michel en 1995, tragique massacre des Algériens le 17 octobre 1961), qu'il aurait été intéressant de creuser davantage et qui semblent n'être là que pour donner une justification au titre et aux hasards et coïncidences du destin, même si leur rapprochement est loin d'être dénué d'intérêt et même la bonne idée du roman .
Par ailleurs, le regard d'Américain à Paris de Jake Lamar alourdit l'ensemble de détails inutiles pour tout Français connaissant un petit minimum Paris... même s'il parvient à éviter les clichés.
Malgré tout, la dextérité de l'auteur pour nouer et dénouer les fils de l'intrigue, le caractère complexe et attachant de ses personnages, les liens qu'il tisse entre les fils capricieux de leurs destins, la peinture de la vie française des expatriés noirs américains rendent son roman attrayant et divertissant. Dommage qu'il manque de profondeur même si la menace du 11 septembre avant lequel se déroule l'intrigue et l'ombre qu'elle fait planer procurent à l'ensemble un autre degré de lecture et un relief ambigu et intéressant.
17:59 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, jake lamar, les fantômes de saint-michel, magazine elle, elle, prix littéraire |
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09/11/2009
"Les Visages" de Jesse Kellerman (sélection prix littéraire de Elle 2010)
Je viens de terminer la lecture d'un deuxième roman sur les sept que compte la sélection de ce mois-ci dans le cadre du jury des lectrices de Elle 2010, cette fois un polar se déroulant à New York, élu meilleur thriller de l'année par le New York Times.
Le roman commence dans une galerie d'art, plus précisément celle dont Ethan Muller est propriétaire. Il découvre une série de dessins d'une qualité exceptionnelle dont le mystérieux auteur qui vit dans un appartement miteux, Victor Crack, a disparu... Cela n'empêche pas Ethan Muller de vendre ses dessins jusqu'à ce qu'un policier à la retraite reconnaisse sur certains portraits de Victor Crack les visages d'enfants victimes d'un mystérieux tueur en série, des années plus tôt. Ethan va alors mener sa propre enquête qui va le mener bien plus loin qu'il ne l'aurait imaginé...et que le lecteur l'aurait sans doute imaginé.
Ma première réaction a été de me dire : encore une histoire sordide et en plus de disparitions ou meurtres d'enfants, sujets déjà abordés dans deux autres romans de la sélection (celui-ci, pour le sordide; et celui-là, mon préféré des trois). Le livre est précédé d'une citation de Dubuffet : « Le vrai art est toujours là où on ne l'attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L'art déteste être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt » puis les premiers mots du narrateur sont « Au début, je me suis mal comporté. » Ces deux citations pourraient résumer ce roman qui est d'abord un portrait du monde l'art contemporain à New York, un monde cynique et opportuniste. C'est aussi l'histoire d'un homme qui s'est « mal comporté », et qui peu à peu va tisser des liens inattendus avec son passé. Un homme qui, à l'image de ce roman, est plutôt antipathique, et va nous emporter bien malgré nous dans son histoire.
Il faut dire que Jesse Kellerman ne ménage pas les techniques et les rebondissements pour y parvenir. D'abord, le personnage principal narrateur s'adresse régulièrement au lecteur, faisant preuve d'autocritique et d'autodérision, histoire d'avoir l'empathie du lecteur en attendant d'emporter sa sympathie. Puis, alors que l'attention du lecteur aurait pu faiblir, il « met en scène » des interludes (qui se reproduiront à divers passages du roman) dont le premier nous renvoie au 18ème siècle et nous plonge dans l'histoire passée des ancêtres d'Ethan, une histoire passée qui va rejoindre et éclairer le présent. Ensuite, il manie avec dextérité le langage, l'adaptant judicieusement aux personnages dont il transcrit les pensées, évitant un ton monocorde et ennuyeux. Enfin, l'astucieux renversement de situation final nous laisse forcément une forte impression.
Plus qu'un polar, « Les Visages » est d'abord une réflexion souvent ironique, et lucide, sur l'art contemporain mais c'est aussi et surtout une histoire de filiation, une histoire qui relie habilement passé et présent, et dont les visages qu'il révèle sont autant ceux des tableaux, des victimes que les vrais visages, à nu, d'un père et son fils. C'est finalement la partie la plus intéressante du roman, l'intérêt principal étant de nous plonger dans les pensées de l'un et de l'autre qui ne se parlent plus et dont les fêlures et les blessures sont finalement si proches. L'intérêt aussi de montrer un homme écartelé, Ethan. Entre deux femmes (l'une représentant son passé, cynique et indépendante, l'autre son potentiel avenir, plus douce et tentant de le relier à des racines). Entre deux vies possibles.
Mais ce qui m'a à nouveau marquée dans ce roman, c'est l'utilisation de « recettes » très cinématographiques. La voix du narrateur ressemble à une voix off avec cette dérision dont savent faire preuve un grand nombre de voix off dans les films américains. Avec ses flashbacks. Avec son rebondissement final destiné à nous laisser forte impression, une image forte. Avec ce langage très direct qui vise l'efficacité avant tout.
La construction est donc extrêmement habile, et ne révèle son ingéniosité et son vrai visage qu'à la toute dernière page. Malgré mes réticences initiales liées au sujet, malgré certains passages qui, au cinéma, pourraient être qualifiés de racoleurs, Jesse Kellerman a un indéniable talent pour tenir le lecteur en haleine, le dérouter et le surprendre...même si une description encore plus précise du milieu de l'art lui aurait procuré davantage encore de profondeur.
14:32 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture, littérature, livre, les visages, jesse kellerman, new york, elle, prix des lectrices de elle |
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03/11/2009
« La Délicatesse » de David Foenkinos (sélection prix des lectrices de Elle 2010)
Je poursuis mes lectures des livres qui me sont envoyés par le magazine Elle dans le cadre de ma participation à son jury de lectrices du prix littéraire 2010, avec ce mois-ci, 7 livres à lire. J'ai décidé de commencer mes lectures par « La Délicatesse » de David Foenkinos dont je me souvenais de la louable discrétion (là où d'autres cherchaient grossièrement à accaparer l'attention...non, non, je ne citerai pas de noms...) au Forum International Cinéma et Littérature de Monaco (une raison qui en vaut bien une autre :-)).
« La Délicatesse » est le huitième roman de David Foenkinos. Ce pourrait être un premier. Pour la fraîcheur. Pour son apparente légèreté. Pour le plaisir inédit que sa lecture procure.
C'est l'histoire d'une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise.
Un livre dont l'auteur ose l'intituler « La délicatesse » dans une société (pas seulement littéraire) souvent brutale, cela force déjà le respect. Un livre qui nous parle des hasards des rencontres, de celles qui vous font d'autant plus chavirer qu'elles sont inattendues voire improbables, cela force l'attention. Et un livre qui nous parle des surprises du destin, cela (ren)force mon intérêt.
Et puis, surtout, au-delà de la thématique, il y a la délicatesse avec laquelle David Foenkinos décrit ses personnages, ses situations, et avec laquelle son écriture, à la fois pudique et sensuelle, nous charme, progressivement, là et quand on ne l'attend pas comme ce Markus qui, dans le roman, charme Nathalie. Il pourrait aussi être un double de l'auteur puisque c'est avec le langage que Markus charme Nathalie. Avant tout.
Son écriture sensible émaillée d'une réjouissante fantaisie (aphorismes, digressions aussi savoureuses que décalées) fait de ce roman une passionnante histoire autant qu'une aventure ludique pour le lecteur que Foenkinos, avec, décidément, une délicatesse quasiment amoureuse, n'oublie jamais, ce qui n'est finalement pas si courant...
Et même s'il est aussi question de deuil, le second degré est là pour dédramatiser, sans pour autant effacer l'émotion, bel et bien présente, qui nous fait accompagner Nathalie dans sa renaissance amoureuse.
On se dit que Stéphane Brizé pourrait en faire un très beau film sur le deuil et l'espoir, avec une ironie salutaire qui ne nous touche pas moins en plein cœur, avec douceur, sincérité et humour ... tout en délicatesse donc. Et que ce livre a aussi quelque chose de truffaldien. Finalement intemporel. Il a aussi le charme incomparable des rencontres impromptues.
Avec Foenkinos, la littérature n'est pas sinistre mais joyeuse car lucide, ludique, romantique, anticonformiste. Et il nous fait croire (ou nous conforte dans l'idée, selon notre degré d'optimisme) que la vie peut agréablement nous surprendre au moment où on s'y attend le moins. Pouvoir inestimable de certains (rares) auteurs... Je vous le recommande vivement !
17:30 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : livres, littérature, la délicatesse, david foenkinos, elle, prix des lectrices de elle 2010 |
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21/09/2009
« Les pièges du crépuscule » de Frank Tallis (Sélection prix des lectrices de Elle 2010)
Je poursuis aujourd'hui mes critiques des livres que je reçois en tant que membre du jury du Prix des lectrices de Elle 2010 (cliquez ici pour lire mes critiques précédentes) avec le roman sélectionné dans la catégorie policier pour le mois d'octobre : « Les pièges du crépuscule » de Franck Tallis. Devant chaque roman, j'éprouve toujours cette même fébrilité qu'un enfant devant ses cadeaux de noël et même lorsque le cadeau se révèle ne pas être à la hauteur des mes espérances comme ce fut le cas avec celui-ci dont le titre était pourtant particulièrement poétique et intrigant, la satisfaction de la découverte et de la plongée dans un nouvel univers, aussi obscur soit-il, l'emportent sur la déception.
Résumé : Au début du XXe siècle, à Vienne, le corps d'un moine est découvert devant une des églises de la ville. Le psychiatre Max Liebermann est appelé sur les lieux par son meilleur ami, l'inspecteur Rheinhardt. Il apparaît que la victime, considérée par beaucoup comme un saint homme, était en fait un farouche militant antisémite. Si rapidement les soupçons se portent sur la communauté hassidique, Liebermann cherche une autre vérité à cette pénible affaire. Car pour tous les Juifs de la capitale autrichienne, l'atmosphère se fait de plus en plus lourde, attisée par le maire en personne... Et tandis que la haine grandit, une ombre inquiétante l'accompagne, celle d'une créature de glaise, magique et vengeresse, le golem...
La seule originalité de ce roman (qui est aussi le quatrième roman de la série « Les carnets de Max Libermann) réside dans la profession de Libermann, psychologue de son état et disciple de Freud (d'ailleurs présent dans le roman), cette profession et le regard qui en découle apportant un éclairage différent aux enquêtes qu'il mène avec son complice, l'inspecteur Rheinhardt.
Frank Tallis étant lui-même docteur en psychologie, psychologue clinicien renommé, spécialiste des troubles obsessionnels et enseignant au King's Collège et à l'institut psychiatrique de Londres, tout ce qui concerne la psychologie et la psychanalyse est particulièrement documenté, crédible et intéressant. Les passages consacrés aux théories freudiennes sont donc les seuls à avoir retenu mon attention, l'enquête en elle-même ne paraissant finalement être qu'un prétexte à leur exposition et à des déambulations et une plongée dans l'obscurantisme viennois.
Pour le reste ce duo de gourmands mélomanes à la Holmes-Watson manque singulièrement de profondeur et de consistance pour être aussi immortel que celui précité même si le personnage de Libermann cherchant dans les âmes tandis que Rheinhardt cherche dans les faits ne manque pas d'intérêt.
Reste la fascinante ville de Vienne, et son « inquiétante étrangeté », pour reprendre un terme freudien, ville pétrie de contradictions, où se mêlent et se confrontent éros et thanatos.
Les personnages secondaires sont trop nombreux et pas assez exploités pour qu'on y attache une réelle attention et dommage que le sujet des rêves de Libermann, Miss Lydgate, ne soit présente que de manière anecdotique et uniquement dans ses carnets, sa présence aurait apporté un peu de piment à l'intrigue.
Et puis le style très clinique et les dialogues, souvent creux et inutiles, ont fortement contribué à me détacher de ces « pièges du crépuscule » dans lesquels j'étais pourtant encline à tomber.
Demain : retour de l'actualité cinématographique sur inthemoodforcinema.com...
00:05 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, frank tallis, elle, les pièges du crépuscule, prix des lectrices de elle 2010 |
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22/08/2009
« Enfant 44 » de Tom Rob Smith (sélection du Prix littéraire des lectrices de Elle 2010)
Après « Paris-Brest » de Tanguy Viel, catégorie roman, « L'homme qui m'aimait tout bas » d'Eric Fottorino, catégorie document, je termine cette première sélection mensuelle du Prix littéraire des lectrices de Elle 2010, dont je fais partie du jury, par le livre sélectionné dans la catégorie policier : « Enfant 44 » de Tom Rob Smith.
Résumé : Hiver 1953, Moscou. Le corps d'un petit garçon est retrouvé sur une voie ferrée. Agent du MGB, la police d'État chargée du contre-espionnage, Leo est un officier particulièrement zélé. Alors que la famille de l'enfant croit à un assassinat, lui reste fidèle à la ligne du parti : le crime n'existe pas dans le parfait État socialiste, il s'agit d'un accident. L'affaire est classée mais le doute s'installe dans l'esprit de Leo. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Leo est contraint à l'exil avec sa femme Raïssa, elle-même convaincue de dissidence. C'est là, dans une petite ville perdue des montagnes de l'Oural, qu'il va faire une troublante découverte : un autre enfant mort dans les mêmes conditions que l'« accident » de Moscou. Prenant tous les risques, Leo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d'eux des ennemis du peuple...
C'est donc en 1953 que se déroule l'histoire d' « Enfant 44 », l'année de la mort de Staline, l'année où Khrouchtchev prit le pouvoir. Cet « Enfant 44 » pourrait aussi s'intituler « Plongée dans l'enfer du communisme stalinien» tant chaque page, chaque fait, terrible souvent, rappellent à quel point ce régime était aveuglé par son fanatisme terrifiant et à quel point le principe d'égalité fallacieux, tellement malmené, était un prétexte à une société inique qui broyait les âmes, les sensibilités, l'honneur de chacun et à quel point il représentant l'horreur absolue. La suspicion régnait. La suspicion d'anticommunisme et d'hostilité au régime, crime suprême, seul crime d'ailleurs puisque dans cet Etat parfait le crime ne pouvait exister.
C'est d'abord cet aspect historique qui m'a passionnée, cette démonstration de ce régime que nous connaissons évidemment mais dont Tom Rob Smith, par le biais de cette intrigue haletante, fait l'implacable démonstration de l'absurdité et de la rigidité des règles. On la suit d'autant mieux que cette démonstration prend les traits de Leo, ce bel officier tellement zélé, membre du MGB, le contre-espionnage, poste crucial puisque tout le monde était soupçonné d'espionnage pour un rien : une lecture, un geste, un mot, un regard. Peu à peu Leo va prendre conscience de la folie de ce régime dont il était un des plus fervents défenseurs et même un acteur. Ses péripéties périlleuses, ses découvertes révoltantes vont progressivement lui ouvrir les yeux sur une effroyable réalité.
Mais au-delà de l'aspect historique, c'est avant tout un vrai thriller, haletant, puisque Leo est sur les traces d'un tueur en séries coupable d'actes monstrueux que ce régime absurde et la dureté de l'existence qu'il implique ont d'une certaine manière enfanté. Ce roman a donc la rudesse de cette époque, et certains évènements, particulièrement sordides, sont parfois difficilement supportables mais le personnage de Leo est tellement attachant que nous passons outre. C'est avant tout le portrait d'un homme, le réveil d'une âme dans une époque qui les broyait.
L'écriture est simple (parfois un peu trop), directe, rythmée, très cinématographique : rien d'étonnant à cela puisque Tom Rob Smith, dont c'est ici le premier roman, a travaillé pendant cinq ans comme scénariste. Ridley Scott ne s'y est d'ailleurs pas trompé puisqu'il a décidé de l'adapter au cinéma. En résulte parfois des raccourcis un peu faciles, des « ficelles » récurrentes et peut-être un regret : celui du manque de descriptions des lieux, Tom Rob Smith se concentrant sur les faits et l'action. On pourrait aussi lui reprocher une fin abracadabrantesque (mais paraît-il que son histoire est inspirée de faits réels même si on ignore dans quelle mesure, ce qui ne la rend que plus effroyable et stupéfiante) et une happy end très hollywoodienne qui contraste avec la noirceur de l'ensemble mais apporte peut-être aussi une bouffée d'air frais nécessaire après cette plongée palpitante, sombre et bien documentée, dans l'enfer du système soviétique.
00:05 Écrit par Sandra Mézière dans PRIX LITTERAIRE DES LECTRICES DE ELLE 2010 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, lecture, elle, magazine elle, jury des lectrices de elle, prix littéraire, enfant 44, tom rob smith, union soviétique, ridley scott |
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