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  • Jury du Grand prix du Cinéma de ELLE 2012 – Compte-rendu et critiques des 7 films en lice

     

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    A peine revenue du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012 (au sujet duquel vous pouvez retrouver de nombreux articles sur mon blog « In the mood for Deauville » en attendant le bilan complet, demain) et pas encore tout à fait à la réalité, me voilà repartie pour une immersion cinématographique grâce au jury du Grand Prix Cinéma de Elle 2012 dont je faisais partie ce week end, au Mk2 Bibliothèque, après avoir fait partie du jury littéraire du magazine il y a quelques années. Encore un jury de cinéma, me direz-vous (le 15ème, il me semble), mais la soif insatiable des découverte cinématographiques, le plaisir de vivre au rythme de projections et discussions enflammées sur celles-ci avec des inconnus, grâce à ce langage universel créant des liens immédiats, demeurent intacts, 14 ans après avoir intégré un jury de festival pour la première fois. Sept films dont la sortie en salles est prévue entre le 24 octobre et le 26 décembre 2012 ont été sélectionnés pour ce prix. La remise du prix aura lieu le 22 octobre au Grand Palais, à Paris. C’est là seulement que nous connaîtrons l’issue des votes (il y a trois jurys dans trois villes différentes, Paris, Lyon et Lille). 

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     L'an passé, c'est "Polisse" de Maïwenn (dont vous pouvez retrouver ma critique, ici) qui avait remporté le prix.

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    Au programme de cette -belle- sélection 2012 : des films très divers parmi lesquels deux comédies (« Nous york » de Géraldine Nakache et Hervé Mimran, « Populaire » de Régis Roinsard), des films sélectionnés, voire primés, à Cannes (« Au-delà des collines » de Cristian Mungiu – double prix d’interprétation féminine et prix du scénario-, « La Chasse » de Thomas Vinterberg –prix d’interprétation masculine-, « Les Bêtes du Sud Sauvage » de Benh Zeitlin – caméra d’or de Cannes 2012, grand prix et prix de la révélation du Festival du Cinéma Américain de Deauville-, « Trois mondes » de Catherine Corsini), un film danois historique et de passion amoureuse en costumes (« A royal affair » de Nikolaj Arcel).

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     Les critiques issues des débats furent souvent élogieuses, parfois particulièrement cruelles, et heureusement pour certains cinéastes qu’ils ne purent les entendre. Après avoir débattu, nous avons attribué des notes à chacun des films. Une fois de plus, tenant à ne jamais attribuer de notes à des films sur mes blogs (tout comme un film pour moi ne PEUT être nul, il ne peut se réduire à une note et si cette note signifiait quelque chose pour établir un classement, elle ne signifierait plus rien ici), je ne vous livrerai pas les miennes ici mais simplement mon classement, le film y figurant en premier étant celui que je souhaite voir gagner ; pour savoir si mon souhait sera exaucé il faudra attendre le 22 octobre…

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    Vous trouverez ci-dessous un simple avis sur chaque film et prochainement je vous livrerai des critiques plus détaillées de chacun d’entre eux.

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    1. « Les Bêtes du Sud sauvage »  de Benh Zeitlin

     L’ayant vu au Festival du Cinéma Américain de Deauville il y a 10 jours, je tenais à le revoir avant d’attribuer une note et je ne m’attendais pas à être ainsi, à nouveau, emportée par une émotion joliment dévastatrice. « Quand le cinéma est beau comme le vôtre,  quand les films sont beaux comme le vôtre, cela rassemble », avait déclaré la présidente du jury Sandrine Bonnaire lors de la cérémonie du palmarès du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012 lors de laquelle le film avait été couronné du Grand Prix et du prix de la révélation Cartier.

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    Ci-dessus, Benh Zeitlin, lors de la cérémonie du palmarès de Deauville (photo inthemoodfordeauville.com )

    A Cannes, déjà, où je l'avais manqué et où le film a notamment été couronné de la caméra d’or, c’était une incessante litanie « il faut voir Les Bêtes du Sud sauvage ». Alors, ce film méritait-il autant de louanges et autant de prix ?

    « Les Bêtes du Sud sauvage » est le premier long-métrage de Benh Zeitlin adapté de « Juicy and Delicious», une pièce écrite par Lucy Alibar, une amie de Benh Zeitlin qui a coécrit le scénario avec lui. Il se déroule dans le Sud de la Louisiane, dans le bayou, «le « bathtub », une terre sauvage et âpre où vit Hushpuppy (Quvenzhané Wallis), une petite fille de 6 ans et son père Wink (Dwight Henry). Soudain cette nature rebelle s’emballe, les glaciers fondent, des aurochs apparaissent, le monde s’effondre pour Hushpuppy (la nature qui l’environne mais aussi le sien, son monde, puisque la santé de son père décline) ; elle va alors partir à la recherche de sa mère.

    Ne vous fiez pas à mon synopsis réducteur car ce film possède tout ce qu’un synopsis ou une critique ne pourront jamais refléter. Il en va ainsi de certains films, rares, comme de certaines personnes qui possèdent ce charme indescriptible, cette grâce ineffable, ce supplément d’âme que rien ni personne ne pourront décrire ni construire car, justement, il n’est pas le fruit d’un calcul mais une sorte de magie qui surgit presque par miracle (et sans doute grâce à la bienveillance et la sensibilité du regard du cinéaste) comme celle qui peuple les rêves de Hushpuppy.

    Dès les premières secondes, malgré la rudesse de la vie qu’il décrit, malgré l’âpreté de cette terre et celle du père de Hushpuppy, ce film vous séduit et vous emporte pour ne plus vous lâcher. C’est à travers les yeux innocents et l’imagination débordante de Hushpuppy que nous sommes embarqués dans cette histoire guidés par sa voix qui nous berce comme un poème envoûtant.

    La vie grouille, palpite, dans chaque seconde du film, dans cet endroit où elle est (et parce qu'elle est) si fragile, son cœur bat et résonne comme celui de ces animaux qu’écoute Hushpuppy pour, finalement, faire chavirer le vôtre. Un monde qu'il donne envie de préserver avant que les marées noires ne le ravagent et que la magie n'en disparaisse à jamais.

    Son monde est condamné mais Hushpuppy (incroyable présence et maturité de la jeune Quvenzhané Wallis) , avec son regard attendrissant, opiniâtre et frondeur résiste, lutte, et s’invente un univers magique où le feu s’allume au passage d’une belle femme, où elle résiste aux aurochs du haut de ses 6 ans. Benh Zeitlin filme à hauteur d'enfant et du regard d'Hushpuppy imprégnant tout le film de son riche imaginaire.

    Film inclassable : autant une histoire d’amour ( d’un réalisateur pour une terre sauvage et noble qui se confond avec la mer dans un tumulte tourmenté que pour ses habitants, fiers et courageux viscéralement attachés à leur terre mais aussi d’une fille pour son père et réciproquement dont les relations sont faites de dureté attendrissante), fantastique ou fantasmagorique que conte philosophique et initiatique, « Les bêtes du sud sauvage » est aussi un poème onirique qui mêle majestueusement tendresse et rudesse (des êtres, de la terre), réalité et imaginaire, violence (des éléments) et douceur (d’une voix), dureté et flamboyance (comme lors de ce défilé d'une gaieté triste pour célébrer la mort). Voilà, ce film est beau et contrasté comme un oxymore.

    Un film d'une beauté indescriptible, celle des êtres libres, des êtres qui résistent, des êtres qui rêvent, envers et contre tout, tous et cela s’applique aussi bien au film qu’à celui qui l’a réalisé avec un petit budget et des acteurs non professionnels sans parler des conditions de tournage puisque l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon de BP s’est produite le premier jour du tournage le 20 avril 2010.

    Un film universel, audacieux et dense, un hymne à la vie et l’espoir, au doux refuge de l'imaginaire aussi quand la réalité devient trop violente, un film d’une beauté âpre et flamboyante qui vous emmènera loin et vous accompagnera longtemps comme cette voix (texte de la voix off dit par Hushpuppy magnifiquement écrit), ce regard et cette musique qui reflètent ce mélange de force et de magie, de grâce et de détermination ( une musique dont Benh Zeitlin est le coauteur, elle fut même utilisée pour la campagne d’Obama) et, à l'image de son affiche, un feu d'artifices d'émotions. Un film rare qui méritait indéniablement son avalanche de récompenses. Je vous en reparlerai plus longuement au moment de sa sortie.

    Sortie en salles : le 12 décembre 2012

    Sortie en salles : le 12 décembre 2012

    2.« Au-delà des collines » de Cristian Mungiu

     

    Si je devais mettre de côté toute émotion, et ne juger que d’un point de vue purement cinématographique, ce film dominerait à mon avis la sélection tant j’ai été époustouflée par la perfection atteinte par celui-ci qui possède en commun avec le précédent de confronter deux univers (le monde du bayou et le reste du monde pour le film précédent, le couvent et le reste du monde, ce monde au-delà des collines, si proche et lointain, et sa modernité, certes relative, ici).

    « Alina (Cristina Flutur) revient d’Allemagne pour y emmener Voichita (Cosmina Stratan), la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais imée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est difficile d’avoir Dieu comme rival. »

    Ce film s'inspire de deux livres de la journaliste Tatiana Niculescu qui traitaient de l'affaire dite de Tacanu,  de 2005 : une jeune religieuse schizophrène avait été retrouvée morte après un exorcisme.

    Je doute que ce film l’emporte tant les avis des jurées étaient divisés à propos de celui-ci, certaines l’ayant trouvé lent et ennuyeux alors, que, au contraire, je n’ai pas vu passer ses 2H30 tant chaque plan d’une beauté –souvent sombre-picturale, trouve sa justification ultérieure, tant chaque seconde du film apporte un élément comme une preuve accablante, tant cette lenteur aussi concilie la forme et le fond, reflétant ainsi le rythme de vie au ralenti de ce couvent chrétien orthodoxe mais aussi cette forme de lancinante indifférence qui se révèlera meurtrière.

     La situation de l’intrigue dans ce couvent importe (presque) peu, le réalisateur ne condamne pas forcément plus la religion que tout autre groupe. Sa portée est beaucoup plus universelle et peut s’appliquer à n’importe quel groupe dans lequel l’indifférence peut tuer (une dictature comme celle qui exista en Roumanie), dans lequel le silence ou l’effet de groupe peuvent être meurtriers.

     Le souci du détail, la véracité qui en émane lui procurent un intérêt presque documentaire et les longs plans séquences parfois fixes   sont d’une justesse et parfois d’une cruauté (non à cause de ce qui se passe mais plutôt à cause de ce qui ne se passe pas) terrifiantes. Le film fait aussi preuve d’un symbolisme appuyé qui se justifie ici entièrement par le fait que la religion est justement affaire de symboles.

    Une histoire de foi redoutablement universelle empreint de l’implacable douleur d’un meurtre commis par innocence. Un double  prix d’interprétation à Cannes entièrement justifié tant les deux protagonistes semblent vivre et non jouer, que ce soit  la retenue pour l’une, la fougue pour l’autre, avec des regards pareillement enflammés par une foi (en l’amour, en Dieu) différente pour chacune. Bouleversant. Cinq ans après la palme d’or, ce film coproduit par les Dardenne méritait aussi son prix du scénario pour sa justesse et tant chaque seconde du film semble être « utile » (j’oserais même le comparer à un film policier dans lequel les preuves s’accumulent) et justifier son terrible dénouement. Mon second coup de cœur de cette sélection.

    Photo ci-dessus inthemoodforcannes.com, Cristian Mungiu et ses deux comédiennes lors de la conférence de presse de clôture du Festival de Cannes 2012

    Sortie en salles : le 21 novembre 2012

    3. « A royal affair » de Nikolaj Arcel

     

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    Là aussi, d’une certaine manière deux mondes s’affrontent et l’idée de faute causera la perte des protagonistes.

    « A royal affair » est l'histoire vraie d'un homme ordinaire qui gagne le cœur d'une reine et démarre une révolution. Centré sur le triangle amoureux constitué par Christian VII (Mikkel Folsgaard), roi cyclothymique et débauché, l'idéaliste Struensee ( Mads Mikkelsen), médecin imprégné de la pensée des Lumières, et la jeune reine Caroline Mathilde (Alicia Vikander), Royal Affair relate l'épopée d'idéalistes audacieux qui, vingt ans avant la révolution française, risquèrent tout pour imposer des mesures en faveur du peuple. »

    Il faut d’abord souligner qu’il s’agit là d’un première long-métrage, ce dont on ne se douterait pas à première vue tant l’écriture, la photographie, la direction d’acteurs et la réalisation sont maitrisées.

    Ce film sous-titré « Une passion secrète qui changea à jamais l’avenir d’une nation » est passionnant et à plus d’un titre. Il débute comme un conte de fée, une jeune princesse anglaise va épouser le roi du Danemark et devenir reine mais la santé mentale fragile de son époux, sa vie de débauche et les complots de cour vont rapidement le transformer en intrigue politique, historique et amoureuse passionnante et nous plonger dans cet épisode historique bien connu des Danois et méconnu du reste du monde.

    Le réalisateur a eu la bonne idée de traiter de manière contemporaine un fait historique, d’abord parce que Struensee était lui-même avant-gardiste et visionnaire en faisant appliquer les idées des philosophes des Lumières bien avant la Révolution française.

     Le film est porté par une musique inspirée ( comme souvent lorsqu’elle est signée Gabriel Yared), une photographie qui passe rapidement des couleurs lumineuses d’une vie idéalisée à celles plus grisâtres des réalités de la cour, et l’interprétation remarquable du trio –Mikkel Boefolsgaard qui interprète le roi Cristian VIII a obtenu le prix d’interprétation au Festival de Berlin 2012 et il faut dire qu’il est bluffant dans le rôle de ce roi débauché, égocentrique, manipulable et finalement surtout fragile et plus touchant qu’il n’en a l’air- et face à lui, Mads Mikkelsen qui incarne à merveille le charisme et le mystère de cette figure illustre et Alicia Vikander parfaite dans le rôle de cette reine qui gagne peu à peu en autorité, force et détermination.   Ce sont les relations de ce trio et l’évolution de ces personnages qui rendent ce film passionnant avec quelques scènes magistrales comme celle lors de laquelle l’un d’entre eux monte à l’échafaud. Un premier film passionnant, historique et moderne, romanesque et instructif, étonnamment maitrisé.  

    Sortie en salles : le 21 novembre 2012

     4.« La chasse » de Thomas Vinterberg

     Ce film a apparemment bouleversé grand nombre de jurées (et est donc le sérieux prétendant au prix Elle face aux « Bêtes du sud sauvage »). Il repose avant tout sur l’incroyable prestation de Mads Mikkelsen (oui, celui-là même qui joue Struensee dans « A royal affair ») couronnée du prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes. Le film tourne en effet entièrement autour de son personnage principal avec lequel nous sommes d’emblée en empathie, ce qui fait que certains autres personnages sont parfois moins nuancés (d’emblée persuadés de son innocence ou au contraire de sa culpabilité). Il est donc ici à nouveau question de l’idée de faute, de crime même, et d’homme broyé par le groupe.

     " Après un divorce difficile, Lucas (Mads Mikkelsen), quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s'applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s'illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l'hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité. » 

    Le mensonge peut-il s’incarner dans l’innocence ? Quelle place donner à la parole de l’enfant, ici sacralisée ?  Quatorze ans après le cruel et magistral « Festen » qui révélait le passé pédophile d’un père d’une rare abjection, Vinterberg traite d’un sujet similaire avec un film qui en est quasiment le contraire puisque, ici, à l’inverse, c’est l’innocent qui passe pour coupable.

     Le sujet a déjà été traité maintes fois au cinéma et on songe évidemment au film de Cayatte « Les risques du métier ». Si celui-ci ne présente pas d’originalité particulière, il n’en est pas moins une démonstration implacable (comme le film de Mungiu) de la violence du groupe se transformant en meute, le chasseur qu’est aussi Lucas devenant l’homme traqué, l’homme à abattre.

     Si la tension est présente du début à la fin, elle doit beaucoup et surtout à l’interprétation nuancée et magistrale de Mads Mikkelsen (prix d'interprétation du Festival de Cannes 2012), un homme qui reste digne bien que broyé par le mensonge et la rumeur.

    Mads Mikkelsen lors de la conférence de presse de clôture du Festival de Cannes 2012 - Photo inthemoodforcannes.com

    Sortie en salles : le 14 novembre 2012

    5.    « Trois mondes » de Catherine Corsini

    A nouveau ce sont ici des mondes qui se confrontent, se rencontrent, c’est même le sujet du film. Trois mondes incarnés par Al, Juliette et Véra. Il est là encore question de faute, de pardon, de rédemption, et de la relativité du bien et du mal ( comme dans le film de Mungiu).

    « Al (Raphaël Personnaz) est un jeune homme d’origine modeste à qui tout réussit : il se marie dans huit jours avec la fille de son patron et doit prendre la tête de l'entreprise de son futur beau-père. Une nuit, après une soirée arrosée à fêter dignement tous ces projets d’avenir, il renverse un inconnu. Poussé par ses deux amis d’enfance, il abandonne le blessé et s’enfuit. De son balcon, Juliette (Clotilde Hesme) a tout vu. Hantée par l’accident, elle va aider Véra (Arta Dobroshi), la femme du blessé, à retrouver l’homme qu’elle a vu fuir. »

    Dans « Partir » déjà, Catherine Corsini confrontait des mondes qui n’auraient pas dû se rencontrer, c’est cette fois le sujet au centre de ce nouveau long-métrage. Dès les premières secondes, Catherine Corsini place son film sous le signe de l’urgence et de la tension et du côté de Al. Le film oscille entre un cinéma à la Claude Sautet (mon cinéaste de prédilection, donc un compliment ) avec les scènes sous la pluie de rigueur qui rapprochent les personnages et, selon ses propres dires, de thrillers celle-ci citant Hitchcock ou James Gray dont la principale qualité est justement de savoir mêler thriller et histoire d’amour.

    Catherine Corsini ne choisit finalement ni l’une ni l’autre, ce qui laisse une impression d’inachevé (mais, après tout, à l’image de ces mondes qui n’achèveront pas la rencontre forcée et entamée). Le film n’en reste pas moins palpitant mais inégal dans les mondes qu’il relate : dommage que les personnages moldaves n’échappent pas aux clichés, elle semble ici avoir plus d’attachement pour le personnage de Al sur lequel commence et se termine le film, et tirer un constat pessimiste puisque chacun, finalement, restera dans son monde.

     De cette confrontation l’un d’eux, bien que détruit, aura peut-être juste gagné en liberté. Là encore, le film est porté par ses interprètes principaux : Raphaël Personaz qui, par l’intensité de son jeu, et sa présence magnétique, me fait penser à Alain Delon ; Arta Dobroshi (inoubliable dans « Le silence de Lorna » des Dardenne) et Clothilde Hesme, écartelé entre deux mondes mais, comme toujours, très juste.

    Un film que je vous recommande malgré ses criantes invraisemblances scénaristiques (Al se rend à l’hôpital auprès de celui qu’il a renversé risquant d’être démasqué; Juliette a une liaison brève avec Al qui tombe dans ses bras, sans doute réunis par la violence de ce qu’ils ont vécu, mais elle est quand même enceinte et lui sur le point de se marier; Juliette qui ne travaille pourtant pas pour les services secrets retrouve Al miraculeusement en en disposant que du numéro de sa plaque d’immatriculation)

    Je serai plus brève sur les deux films suivants.

    6.    « Populaire » de Régis Roinsard

    « Printemps 1958. Rose Pamphyle (Déborah François), 21 ans, vit avec son père, veuf bourru qui tient le bazar d’un petit village normand. Elle doit épouser le fils du garagiste et est promise au destin d’une femme au foyer docile et appliquée. Mais Rose ne veut pas de cette vie. Elle part pour Lisieux où Louis Echard (Romain Duris), 36 ans, patron charismatique d’un cabinet d’assurance, cherche une secrétaire. L’entretien d’embauche est un fiasco. Mais Rose a un don : elle tape à la machine à écrire à une vitesse vertigineuse. La jeune femme réveille malgré elle le sportif ambitieux qui sommeille en Louis… Si elle veut le poste, elle devra participer à des concours de vitesse dactylographique. Qu’importent les sacrifices qu’elle devra faire pour arriver au sommet, il s’improvise entraîneur et décrète qu’il fera d’elle la fille la plus rapide du pays, voire du monde ! Et l’amour du sport ne fait pas forcément bon ménage avec l’amour tout court… »

    De ce film au sujet improbable se dégage un charme joliment suranné qui doit beaucoup à la mise en scène très imprégné du cinéma des années 1950 et à ses brillantes références (clins d’œil à « Vertigo », influence de Demy etc) ainsi qu’ aux prestations de Déborah François et Romain Duris qui manient le second degré avec une dextérité admirable et qui sont d’une justesse irrésistible du début à la fin servis par de belles répliques et desservis par un scénario qui tourne en rond et incroyablement prévisible (c’est le concept même de la comédie romantique, me direz-vous, mais certaines tout de même savent nous réserver quelques surprises) et d’une naïveté, à la fois confondante et rafraîchissante.

     Le film repose sur leurs épaules car, pour le reste, j’avoue être restée à distance. Pour moi, un film doit reposer sur un besoin viscéral de raconter une histoire, de traiter d’un sujet… sans doute est-ici seulement l’envie de divertir (même si en filigrane, il est question de l’émancipation des femmes en cette fin des années 1950), ce n’est sans doute pas si mal mais pour moi pas suffisant.

    Je vous le recommanderais donc pour deux seules raisons, l’incroyable numéro d’acteurs de Romain Duris et Déborah François…et pour les nostalgiques des années 50, les décors étant particulièrement soignés et remarquables.  Une parenthèse légère (dans tous les sens du terme) et néanmoins rafraîchissante. Pourquoi pas…

    Sortie : le 28 novembre 2012

    7.  « Nous York » de Géraldine Nakache et Hervé Mimran

    Venons-en maintenant à l’unique véritable déception de cette sélection. J’en attendais peut-être trop de ce « Nous York » après avoir été si agréablement surprise par « Tout ce qui brille », film joyeux, rafraîchissant, pétillant, lumineux, d'une tendre drôlerie et justesse, intelligemment écrit et interprété. Si « Nous York » n’est pas une suite, il surfe indéniablement sur le succès du premier reprenant des personnages identiques.

    « Michaël (Manu  Payet), Nabil ( Nader Boussandel) et Sylvain (Baptiste Lecaplain), trois trentenaires de Nanterre, débarquent à New-York par surprise à l'occasion de l’anniversaire de Samia (Leïla Bekhti), leur amie d'enfance. C'est Gabrielle (Géraldine Nakache), elle aussi une amie de toujours qui a tout organisé. Les deux copines ont quitté leur cité depuis deux ans pour tenter leurs chances aux États-Unis. Samia est l'assistante personnelle d'une célèbre comédienne avec qui elle partage un sublime appartement. Gabrielle, quant à elle, travaille dans une maison de retraite où elle a lié une relation tendre avec Mme Hazan, une française placée ici par ses enfants.Transposés à New-York, les liens étroits tissés depuis toujours prennent un relief particulier, au rythme des péripéties de leur séjour, du quotidien new-yorkais des deux amies et de la découverte de la ville culte... ».

    Certes, la petite bande semble s’entendre à merveille et s’amuser à jouer, à découvrir New York mais en oublier un peu trop le « eux », le spectateur au seul profit du Nous. Certes le film contient de nombreux beaux plans (je dois même avouer que les comédies sont rarement aussi bien filmées) et que le regard émerveillé de Français débarquant aux Etats-Unis imprègne l’image et donne à New York des couleurs chatoyantes et parfois nouvelles.

     Pour le reste… j’ai eu l’impression d’un immense gâchis, que le talent d’écriture des deux auteurs s’est perdu dans une admiration béate pour New York, totalement hypnotisés et paralysés par cette beauté de d'acier tant de fois filmée, aussi par l’envie de filmer la ville en long, en large et en travers et de filmer leur bande d’amis en oubliant totalement le scénario et réduisant le film à une suite de saynètes sans réelle consistance entre situations convenues, prévisibles et parfois plans interminables et inutiles. Les personnages censés être trentenaires sont particulièrement enfantins (peut-être le reflet d’une génération qui essaie de prolonger l’enfance mais en tout cas contrairement à « Tout ce qui brille », je ne m’y suis pas reconnue).

    Je suis néanmoins moins sévère que les autres jurées (vous pouvez me croire), beaucoup ayant attribué la note de 0 au film et ayant considéré qu’il n’y avait que le « générique à sauver ».

    CONCLUSION

     7 films et un voyage dans autant d’univers passionnants malgré des thématiques communes (l’individu broyé par le groupe, la faute et le pardon, des mondes qui se confrontent et qui n’auraient jamais dû se rencontrer, la relativité du Bien et du Mal, l'innocence de l'enfance).

     Retrouvez bientôt ici mes critiques détaillées de chacun d’entre eux et rendez-vous le 22 octobre pour l’annonce du lauréat et la remise du prix (je peux d’ores et déjà vous dire qu’il ne s’agira pas de « Nous York », vous l’aurez compris.)  Les discussions avec les autres jurées ont été un réel plaisir. Si certaines d'entre elles passent par ici, je les invite à laisser un petit commentaire et leurs avis sur les films sélectionnés.

    Découvrez les 6 blogs inthemood: http://inthemoodlemag.com , http://inthemoodforfilmfestivals.com , http://www.inthemoodforcinema.com , http://www.inthemoodforcannes.com , http://www.inthemoodfordeauville.com , http://www.inthemoodforluxe.com et suivez-moi sur mes différents comptes twitter (le principal: @moodforcinema ).

  • Proclamation du 41ème Grand Prix des Lectrices de Elle 2010

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    Le cinéma est loin d'être ma seule passion, mon goût immodéré pour la lecture l'a même précédée et c'est une autre longue histoire dont je vous parlerai peut-être un jour. Le Grand Prix des Lectrices de Elle permet ainsi à des lectrices du magazine (suite à un questionnaire et une critique de livre) d'être sélectionnées pour faire partie de ce jury qui existe depuis 41 ans et qui, chaque année, couronne un roman, un document et un policier. Je faisais ainsi partie du jury 2010, vous avez ainsi pu lire ici mes critiques d'un certain nombre des 28 livres reçus.

     Hier soir, dans les fastueux salons France-Amériques de l'Avenue Franklin Roosevelt avait lieu la proclamation des résultats précédée d'un débat informel avec les lauréats, chacun d'eux s'installant à la table des jurées pour répondre à leurs questions. Eric Fottorino dont j'avais particulièrement aimé le livre "L'homme qui m'aimait tout bas" (voir critique plus bas) a été le premier à se prêter à l'exercice prouvant une nouvelle fois que la simplicité, la gentillesse et l'humilité sont les marques du talent.

    Voici un petit résumé de ses propos: Ecrire pour lui revient à élucider une vérité sur lui-même. La disparition de son père lui a fait tomber le masque du roman. L'écriture a été pour lui une forme de thérapie. "L'écriture c'est toujours imparfait mais de toutes les imperfections c'est celle qui m'a parue la plus à ma portée". Il a également abordé les réactions de son entourage à la lecture de ce livre très personnel avec d'une part l'idée que le livre leur restituait quelque chose et gardait vivant quelqu'un qui était mort et d'autre part l'idée que cela n'intéresserait personne. Eric Fottorino a également parlé du livre qu'il vient de publier qui cette fois évoque son père biologique voulant que "ce livre soit pour un vivant".  "Je le connais depuis 2006 donc j'ai voulu comprendre quelque chose de lui, qui il était, ses origines". "Ce n'est pas le chemin qui est difficile,  c'est le difficile qui est le chemin." Ce texte est pour lui comme une "lutte contre la montre". "Est-ce que les mots peuvent faire quelque chose contre la mort?" Eric Fottorino a notamment demandé à son père biologique ce que c'était pour lui que d'être juif. "Etre juif c'est avoir peur" a répondu ce dernier. "Avec ce livre j'ai voulu revisiter nos rendez-vous manqués. J'ai toujours fait en sorte que nos rendez-vous n'aient pas lieu car j'aurais eu l'impression de trahir mon père "[ celui évoqué dans "L'homme qui m'aimait tout bas]. "Ecrire est une façon de crier en silence".

    C'est ensuite Véronique Ovaldé qui est intervenue accompagnée de son éditrice. L'une et l'autre ont évoqué la manière de travailler ensemble, en osmose à voir leur complicité, et l'admiration de la seconde pour la première, et Véronique Ovaldé a notamment parlé de son processus d'écriture (elle écrit une première phrase dont elle déroule ensuite le fil, l'importance des noms dans ses romans, l'importance des lieux imaginaires aussi...) et tout ce qui lui échappe, la part d'inconscient dont son éditrice relie les éléments épars.

    Le débat a été suivi de la photo des jurées et des lauréats et d'un coctktail au cours duquel j'ai eu le plaisir de faire connaissance avec plusieurs autres jurées lectrices de ce blog (un grand plaisir du blog que de faciliter les échanges, j'espère que cette fois celles qui sont venues me voir oseront laisser un commentaire:-)) et d'autres jurées blogueuses comme Marie-Claire d' "A bride abattue" avec qui j'échangeais par email déjà depuis un moment.

    Puis ce fut l'heure de la proclamation des résultats en présence de nombreux écrivains comme Philippe Grimbert, l'auteur du sublime "Un Secret", Franz-Olivier Giesbert, Gonzague Saint-Bris...

    Si j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ces livres, à découvrir des styles de livres ou des univers vers lesquels je ne serais pas allée spontanément (je lis et relis en général plus de littérature classique que de littérature contemporaine et je lis en général très peu de témoignages ou "documents"), à déballer chaque mois mon paquet cadeau contenant la précieuse littérature, j'avoue regretter un peu que les lectrices faisant partie du jury soient uniquement des numéros. Je vais aussi retrouver le plaisir de glaner dans les librairies et ma bibliothèque et de faire mes propres choix de lecture. Si vous aimez lire, si vous avez du temps (le rythme est assez soutenu), je vous recommanderais néanmoins l'expérience.

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    Je vous laisse découvrir les noms des lauréats, trois livres qui ont en commun le thème de la filiation.

    PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2010 CATEGORIE ESSAI/ DOCUMENT:  "L'homme qui m'aimait tout bas" d'Eric Fottorino

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    Le livre commence par ces mots : « Le 11 mars 2008 en fin de journée, dans un quartier nord de La Rochelle,  mon père s'est tué d'un coup de carabine ».  Une mort violente, brutale...même si cela frôle le pléonasme. Une mort  en tout cas incompréhensible. L'occasion et la nécessité pour l'écrivain de revenir sur ses liens avec ce père qu'il aimait tant et qui « l'aimait tout bas », qui « préféra toujours le silence aux paroles », à ce père dont il s'est inspiré pour tant de  ses personnages. Ecrire pour continuer à vivre. Malgré l'incompréhension. Atténuer la douleur incommensurable, perpétuelle, insoluble, la colère, la culpabilité si éprouvante. Une manière de ne pas le faire disparaître. Ce père adoptif qui lui donnera une identité en l'adoptant, à 9 ans.

    Eric Fottorino, directeur du Monde et auteur depuis 1991, dresse ici le beau portrait d'un homme courageux, généreux, discret, secret même, charismatique, libre avant tout, et de son existence entre Nice et Tunis, des liens pudiques qu'ils ont tissés au fil des années, de leur passion commune pour le cyclisme, de leurs silences respectueux et empreints de tendresse. Le portrait du personnage qu'il était, qu'il devient à part entière, le rendant immortel par la magie, la douceur, le pouvoir des mots. Le faisant revivre ainsi un peu le temps de raviver les souvenirs. Le temps de s'adresser à lui parfois directement sans  doute emporté par les mots et la colère de se heurter à un mur de silence éternel et de douleur insondable.

    Une manière d'exprimer la colère contre cet insoluble silence et mystère, de partager, soulager un peu, cette mort, ce vide qu'un lieu, un geste, un nom rappellent quotidiennement, impitoyablement. En exergue la phrase de Montherlant évoque le poids de cette douleur « Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil ».

    Il a sans doute fallu beaucoup de douleur et de courage pour évoquer avec tant de sincérité et de pudeur un lien si  personnel. Si personnel, intime, mais aussi si universel grâce au talent de son auteur qui, jamais, ne tombe dans le pathos et nous livre ici un témoignage d'amour, de douleur  nostalgique et poignant en lequel quiconque a éprouvé la profondeur et la violence du chagrin vainement révolté face au deuil se reconnaîtra forcément, touché en plein coeur.

    PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2010 CATEGORIE POLICIER: "Les Visages" de Jesse Kellerman

    vsaiges.jpg"Les Visages" est un polar se déroulant  à New York, élu meilleur thriller de l'année par le New York Times. Le roman commence dans une galerie d'art, plus précisément celle dont Ethan Muller est propriétaire. Il découvre une série de dessins d'une qualité exceptionnelle dont le mystérieux auteur qui vit dans un appartement miteux, Victor Crack, a disparu... Cela n'empêche pas Ethan Muller de vendre ses dessins jusqu'à ce qu'un policier à la retraite reconnaisse sur certains portraits de Victor Crack les visages d'enfants victimes d'un mystérieux tueur en série, des années plus tôt. Ethan va alors mener sa propre enquête qui va le mener bien plus loin qu'il ne l'aurait imaginé...et que le lecteur l'aurait sans doute imaginé.

    Ma première réaction a été de me dire : encore une histoire sordide et en plus de disparitions ou meurtres d'enfants, sujets déjà abordés dans deux autres romans de la sélection (celui-ci, pour le sordide; et celui-là, mon préféré des trois). Le livre est précédé d'une citation de Dubuffet : « Le vrai art est toujours là où on ne l'attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L'art déteste être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt » puis les premiers mots du narrateur sont « Au début, je me suis mal comporté. » Ces deux citations pourraient résumer ce roman qui est d'abord un portrait du monde l'art contemporain à New York, un monde cynique et opportuniste. C'est aussi l'histoire d'un homme qui s'est « mal comporté », et qui peu à peu va tisser des liens inattendus avec son passé. Un homme qui, à l'image de ce roman, est plutôt antipathique, et va nous emporter bien malgré nous dans son histoire.

    Il faut dire que Jesse Kellerman ne ménage pas les techniques et les rebondissements pour y parvenir. D'abord, le personnage principal narrateur s'adresse régulièrement au lecteur, faisant preuve d'autocritique et d'autodérision, histoire d'avoir l'empathie du lecteur en attendant d'emporter sa sympathie. Puis, alors que l'attention du lecteur aurait pu faiblir, il « met en scène » des interludes (qui se reproduiront à divers passages du roman) dont le premier nous renvoie au 18ème siècle et nous plonge dans l'histoire passée des ancêtres d'Ethan, une histoire passée qui va rejoindre et éclairer le présent. Ensuite, il manie avec dextérité le langage, l'adaptant judicieusement aux personnages dont il transcrit les pensées, évitant un ton monocorde et ennuyeux. Enfin, l'astucieux renversement de situation final nous laisse forcément une forte impression.

    Plus qu'un polar, « Les Visages » est d'abord une réflexion souvent ironique, et lucide, sur l'art contemporain mais c'est  aussi et surtout une histoire de filiation, une histoire qui relie habilement passé et présent, et dont les visages qu'il révèle sont autant ceux des tableaux, des victimes que les vrais visages, à nu, d'un père et son fils. C'est finalement la partie la plus intéressante du roman, l'intérêt principal étant de nous plonger dans les pensées de l'un et de l'autre qui ne se parlent plus et dont les fêlures et les blessures sont finalement si proches.  L'intérêt aussi de montrer un homme écartelé, Ethan. Entre deux femmes (l'une représentant son passé, cynique et indépendante, l'autre son potentiel avenir, plus douce et tentant de le relier à des racines). Entre deux vies possibles.

    Mais ce qui m'a à nouveau marquée dans ce roman, c'est l'utilisation de « recettes » très cinématographiques. La voix du narrateur ressemble à une voix off avec cette dérision dont savent faire preuve un grand nombre de voix off dans les films américains. Avec ses flashbacks. Avec son rebondissement final destiné à nous laisser forte impression, une image forte.  Avec ce langage très direct qui vise l'efficacité avant tout.

     La construction est donc extrêmement habile, et ne révèle son ingéniosité et son vrai visage qu'à la toute dernière page. Malgré mes réticences initiales liées au sujet, malgré certains passages qui, au cinéma, pourraient être qualifiés de racoleurs, Jesse Kellerman a un indéniable talent pour tenir le lecteur en haleine, le dérouter et le surprendre...même si une description encore plus précise du milieu de l'art  lui aurait procuré davantage encore de profondeur.

    PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2010 CATEGORIE  ROMAN: "Ce que je sais de Vera Candida" de Véronique Ovaldé

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    Véronique Ovaldé nous emmène dans une Amérique du Sud imaginaire, sur l'île de Vatapuna, où naissent trois femmes d'une même lignée avec le même destin : enfanter une fille sans jamais pouvoir révéler le nom du père. Elles sont toutes éprises de liberté, téméraires mais aussi mélancoliques et victimes de la même triste fatalité. Seule Vera Candida osera briser les chaînes du destin, prendre son destin en main en fuyant Vatapuna dès ses 15 ans et en partant pour le continent,  à Lahomeria, pour se forger une nouvelle vie, sans passé... C'est aussi là qu'elle rencontre Itxaga, journaliste à l'Indépendant.

    L'idée de ces chaînes du destin et de la fatalité qu'une femme brisera était aussi judicieuse qu'intéressante. Tout comme celle de ces lieux à la fois imaginaires et si réalistes, empreints de la chaleur, de la moiteur d'une Amérique du Sud qui n'échappe pas à la corruption. Sans doute  l'écriture de Véronique Ovaldé est-elle vive et marquée d'une certaine légèreté (d'humour même), idée plutôt astucieuse pour évoquer les passés de ces femmes qui sont de véritables fardeaux.

    Véronique Ovaldé a un style bien à elle mais qui semble tellement maniéré (phrases interminables, parfois des majuscules quand il n'en faut pas ou sans majuscules quand il en faudrait...) que cela en perd (à mes yeux) tout intérêt. Je n'ai rien contre la modernité littéraire revendiquée et marquée par des audaces stylistiques, même parfois hasardeuses, même quand elle prend des libertés avec la grammaire ... à condition que cela ne freine pas la lecture et l'enrichisse d'une manière ou d'une autre. En ce qui me concerne, cela a constitué un frein à l'envie de savoir ce qu'elle savait de Vera Candida....  Pour moi trop de style et surtout d'obstination à en faire preuve et le démontrer, tue le style et surtout le fil de l'histoire.  Le titre en est un parfait exemple...

    Et puis je suis un peu lasse de ces destins sordides que je retrouve livres après livres (de cette sélection en tout cas), quels qu'en soient les lieux et époques.

     Véronique Ovaldé signe ainsi certes des portraits de femmes fortes que je n'ai néanmoins pas réussi à trouver attachantes. Les chaînes de leurs destins transforment ce qui aurait pu être des contes enchanteurs en contes désenchantés. Un livre qui aura au moins le mérité de nous parler d'ici (un "ici ailleurs" néanmoins souvent glauque) en nous emmenant ailleurs. Il faut ainsi reconnaître que Véronique Ovaldé parvient à nous faire croire en cet ailleurs... tout en nous dissuadant d'y aller !

    delicatesse.jpgEt en guise de conclusion, je vous propose la critique du roman que j'ai préféré de toute la sélection et que je vous recommande vivement: "La Délicatesse" de David Foenkinos, David Foenkinos dont je me souvenais de la louable discrétion (là où d'autres cherchaient grossièrement à accaparer l'attention...non, non, je ne citerai pas de noms...) au Forum International Cinéma et Littérature de Monaco (une raison qui en vaut bien une autre :-)).

    « La Délicatesse » est le huitième roman de David Foenkinos. Ce pourrait être un premier. Pour la fraîcheur. Pour son apparente légèreté. Pour le plaisir inédit que sa lecture procure.  

     C'est l'histoire d'une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise.

     Un livre dont l'auteur ose l'intituler « La délicatesse » dans une société (pas seulement littéraire) souvent brutale, cela force déjà le respect. Un livre qui nous parle des hasards des rencontres, de celles qui vous font d'autant plus chavirer qu'elles sont inattendues voire improbables, cela force l'attention. Et un livre qui nous parle des surprises du destin, cela (ren)force mon intérêt.

     Et puis, surtout, au-delà de la thématique, il y a la délicatesse avec laquelle David Foenkinos décrit ses personnages, ses situations, et avec laquelle son écriture, à la fois pudique et sensuelle, nous charme, progressivement, là et quand on ne l'attend pas comme ce Markus qui, dans le roman, charme Nathalie. Il pourrait aussi être un double de l'auteur puisque c'est avec le langage que Markus charme Nathalie. Avant tout.

     Son écriture sensible émaillée d'une réjouissante fantaisie (aphorismes, digressions aussi savoureuses que décalées) fait de ce roman une passionnante histoire autant qu'une aventure ludique pour le lecteur que Foenkinos, avec, décidément, une délicatesse quasiment amoureuse, n'oublie jamais, ce qui n'est finalement pas si courant...

     Et même s'il est aussi question de deuil, le second degré est là pour dédramatiser, sans pour autant effacer  l'émotion, bel et bien présente, qui nous fait accompagner Nathalie dans sa renaissance amoureuse.

     On se dit que Stéphane Brizé pourrait en faire un très beau film sur le deuil et l'espoir, avec une ironie salutaire qui ne nous touche pas moins en plein cœur, avec douceur, sincérité et humour ... tout en délicatesse donc. Et que ce livre a aussi quelque chose de truffaldien. Finalement intemporel. Il a aussi le charme incomparable des rencontres impromptues.

     Avec Foenkinos, la littérature n'est pas sinistre mais joyeuse car lucide, ludique, romantique, anticonformiste. Et il nous fait croire (ou nous conforte dans l'idée, selon notre degré d'optimisme) que la vie peut agréablement nous surprendre au moment où on s'y attend le moins. Pouvoir inestimable de certains (rares) auteurs...  

    (D'autres vidéos viendront compléter cet article dans la journée).

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  • Devenez jurée du Grand Prix des Lectrices de Elle 2011

    Depuis plusieurs mois, je vous parle de mes lectures de jurée du Grand prix des lectrices de Elle 2010 pour lequel je serai d'ailleurs invitée au Salon du Livre demain (je vous en reparle demain soir sur ce blog). Si vous aussi voulez vivre cette expérience à votre tour et faire partie du jury 2011, vous trouverez toutes les informations ci-dessous.

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    Un Grand Jury de 120 lectrices, divisé en 8 jurys de 15 lectrices chacun, est constitué à partir de vos réponses au questionnaire qui se trouve sur la page suivante.De septembre à avril, et tour à tour, 15 lectrices de chaque jury choisissent, parmi les 7 livres proposés chaque mois par la rédaction de ELLE, un roman, un document et un policier. Les 120 lectrices du Grand Jury participent donc successivement à cette sélection mensuelle et, au fur et à mesure, lisent les 8 romans, les 8 documents et les 8 policiers nommés ‘’livres du mois’’.

     En fin de sélection, le Grand Jury désigne, parmi les 24 livres finalistes, les 3 vainqueurs du Grand Prix des Lectrices de ELLE, dans chaque catégorie : roman, document et policier.Durant l’année, les jurées auront donc chacune à lire 28 titres : 3 chaque mois et 7 lorsqu’elles voteront à leur tour pour les «  livres du mois ».
    Exemple : si vous faites partie du jury de septembre, vous recevrez 7 livres et vous en choisirez 3. Chaque mois suivant, vous recevrez les 3 livres élus par les 7 autres jurys.

    Les lectrices jurées doivent attendre 3 ans pour poser à nouveau leur candidature. Compte tenu des impératifs d’acheminement postal, seules sont autorisées à participer les lectrices originaires de France, Suisse, Belgique et Luxembourg.

        Il ne vous reste plus qu’à remplir consciencieusement votre questionnaire de candidature sur la page suivante et à l’envoyer par courrier ou par mail pour devenir peut-être l’une des 120 jurées du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2011.

    Cliquez ici pour accéder au questionnaire de candidature.

    Cliquez ici pour accéder à mes critiques des livres sélectionnés pour le Grand Prix des lectrices de Elle 2010.

    Le reste de l'actualité c'est sur "In the mood for Cannes" , " In the mood for Deauville " et "In the mood for luxe".

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  • « Sauver sa peau » de Lisa Gardner ( Sélection prix littéraire des lectrices de Elle 2010)

    gardner.jpgAprès que le magazine Elle de cette semaine du 5 février 2010 ait repris  deux lignes de mon article sur « La Délicatesse » de David Foenkinos (qui reste mon grand coup de cœur de cette sélection), l'occasion donc pour moi de vous le recommander à nouveau, me revoilà plongée dans les histoires de tueurs en série avec « Sauver sa peau » de Lisa Gardner. Cela ne fera jamais que le quatrième livre de cette sélection dont le thème principal est la disparition d'enfants...

    Annabelle Granger, l'héroïne de ce roman, pendant tout son enfance et son adolescence, s'est ainsi habituée à changer continuellement et brusquement de ville, de prénom, de nom, de maison... sans jamais savoir pourquoi.  La découverte, dans une chambre souterraine de l'ancien hôpital psychiatrique de Boston, des cadavres de 6 fillettes  mortes des années auparavant  fait la une des journaux. Un nom sur un médaillon identifie une des petites victimes : Annabelle Granger. Vingt-cinq ans après, Annabelle décide de sortir enfin de l'ombre et d'affronter son mystérieux passé.

    Voilà donc encore une histoire sordide de disparition d'enfants avec pour toile de fonds un hôpital psychiatrique où furent internés de dangereux criminels, enfin un en particulier. Passé mon agacement devant ce sujet tristement récurrent (pour ne pas dire opportuniste, ah bah si c'est dit...) dans la littérature policière contemporaine, je me suis donc plongée dans les péripéties d'Annabelle Grangerr. Il faut reconnaître à Lisa Gardner deux qualités : savoir créer de la sympathie pour son personnage principal auquel s'identifie ou du moins s'associe rapidement le lecteur  et celle de savoir créer du suspense, et un climat de menace, et nous inciter à tourner les pages avec avidité. La méthode, elle, est peut-être moins glorieuse. A la manière d'un soap opera, la dernière ligne de chaque chapitre se termine ainsi toujours par une révélation sur le point d'être faîte, un coup de fil ou une apparition énigmatiques qu'il faut en général attendre deux chapitres suivants pour connaître. La méthode est infaillible !

    Cette course contre la montre avec d'un côté Annabelle qui tente de connaître la vérité, et de l'autre son mystérieux poursuivant qui menace à chaque instant de réapparaître est inévitablement haletante. La fin n'est pas vraiment à la hauteur de cette attente croissante avec un face à face final grandguignolesque entre Annabelle et deux tueurs sans parler du dénouement qui laisse présager une suite toujours à la manière d'un soap opera. L'écriture (très simple) vise, quant à elle, avant tout l'efficacité.

    Lisa Gardner s'est paraît-il imposée aux Etats-Unis sur la liste des meilleures ventes et elle est régulièrement comparée à Mary Higgins Clark et Patricia Mac Donald. Elle s'inscrit en effet dans cette lignée où l'intrigue prime sur l'écriture et où tous les moyens sont bons pour retenir l'attention du lecteur. Pour les amateurs du genre donc.

     Cliquez ici pour lire mes précédentes critiques des livres concourant pour le prix littéraire des lectrices de Elle 2010.

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