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cinéma - Page 273

  • Compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2007: la (dé)raison du coeur

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    931ec2993da17997fdcf2d067d4bfa0d.jpgL’affiche de ce Festival 2007 signée Mariano Otero, où deux baigneuses arborant pour maillot, l’une le drapeau britannique, l’autre le drapeau français, s’élancent dans la mer dans un geste complice et symétrique rappelle à la fois les Baigneuses de Picasso et la générosité des formes des personnages de Botero. Une affiche à l’image de ce festival : généreux et célébrant allègrement l’entente cordiale des deux pays.

    Quelques jours après la clôture du festival, après ces trois jours de  festival, 259200 secondes, et après que quelques heures de pellicules aient défilé sous mes yeux avides, toujours autant, de découvertes cinématographiques, restent seulement les beaux moments, de vie et de cinéma, les impressions marquantes, à la manière d’un film de David Lynch, mêlant images floues, couleurs, impressions sonores parcellaires et déstructurées.

    Quelles couleurs alors ?

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    Gris d’abord : le gris du quartier dans lequel vivent Angie et Rose, les deux « héroïnes » du film d’ouverture « It’s a free world… » de Ken Loach qui, renvoyées d’une agence de recrutement, décident de créer une agence pour immigrés, parfois clandestins.

    Noir aussi. Comme la noirceur du dessein des deux jeunes femmes, comme la noirceur du destin de ceux qu’elles exploitent. Ken Loach annonce d’emblée la couleur avec ce titre ironique, voire cynique, à l’image des prénoms des deux jeunes femmes, en trompe l’œil. Rose. Et Angie. Angie et son visage d’ange blond. Angie qui apparaît d’abord comme une victime ; Angie affamée de revanche sociale dont le fils, d’abord absent puis hors champ puis présent, mais si peu, semble n’être qu’un prétexte. Elle incarne un personnage rigide, calculateur, froid, sans scrupules. La morale n’est pas sauve, et c’est tant mieux : Ken Loach, par le prisme de ce personnage ambivalent d’ange démoniaque, vêtu de noir, qui exploite l’autre pour de fallacieuses raisons, dénonce une réalité sociale contemporaine, encore une fois, avec plus d’efficacité que n’importe quel discours politique. Il a encore frappé. Très fort. Un film dont on ressort bousculés. Par ce monde libre qui engendre une autre sorte d'enfermement, bien plus insidieux et invisible. Sortie en France: le 2 janvier 2008.

    Noir comme le court métrage « A neutral corner » de Emily Greenwood qui a reçu le prix Kodak et qui nous embarque pour un voyage sensoriel dans l’au-delà, avec une habile déconstruction entre l’image et le son, l’univers sonore nous transportant dans un hôpital, dans les pensées suppliantes d’un mourant, l’univers visuel nous confrontant à une réalité sombre, presque abstraite, à un visage ressemblant de plus en plus à celui de la mort, et à son train d’enfer.

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    Blanc comme la Toundra Arctique de « Free north » de Asif Kapadia  (Hitchcock d’or à Dinard, en 2001, pour « The Warrior ») qui nous emmène avec Saiva et sa fille adoptive Anja dans un Nord lointain et hostile, inhumain,  éloigné de toute civilisation. Saïva est la seule survivante d’une tribu d’autochtones décimée par une troupe de soldats aux airs et méthodes de nazis. Un jour, Saïva trouve un homme évanoui et blessé. Malgré ses craintes, elle le ramène avec elle et avec lui, c’est la civilisation, l’humanité, la réalité qui s’immiscent dans leur quotidienneté blanche, à la fois irréelle et routinière et sombre, sans lueur d’avenir ni d’espoir.   Commence alors un huis-clos paradoxalement étouffant dans ces espaces vierges  et menaçants à perte de vue. L’Enfer c’est cet autre qui le ramène avec lui. La vie aussi. La tension monte peu à peu et l’un des premiers plans d’un chien tué méthodiquement par la lame tranchante de Saïva (terrifiante et fascinante Michelle Yeoh), les regards glacés et déterminés qu’elle jette annoncent un dénouement fatal. Cet autre va amener avec lui le désir, la jalousie. L’humanité et ses passions, ses travers aussi. Les mots sont distribués avec parcimonie. Les regards sont lourds de sens.  Il y a forcément quelqu’un de trop. C’est le surgissement brusque de la folie du désir, de l’amour, de la possession dans un univers qui en était dépourvu. Les réactions sont condamnées à être animales dans un univers où on ne vit pas mais survit et quand l’humanité surgit ces êtres presque déshumanisés sont prêts à tout pour la sauvegarder, la frôler, l’enlacer, y compris céder à une brutalité animale, à voler une âme, quitte à y perdre la sienne. Le caractère intemporel de cette fable obscure, sous le sceau de la malédiction, dans les paysages d’une beauté tragique et inquiétante,  la rend d’autant plus dérangeante et troublante, voire choquante dans son dénouement. Far north est un film radical dans plusieurs aspects qui nous dépeint un monde où on tue pour vivre, un monde ici et ailleurs, avant et maintenant, aujourd’hui et demain.  Métaphore sur la folie des hommes engendrée par le totalitarisme, volontairement ou non, Far north pourrait justifier, peut-être malgré lui, la vengeance, la violence qui engendre la violence.  Malgré ce bémol, cela demeure un film signé par un cinéaste avec un véritable univers à la fois répugnant et fascinant, sans concessions, avec un parti pris radical, courageux dans le fond comme dans les conditions de tournage (en grande partie au Spitzbergen…il fallait quand même le faire). Un film qui, quoiqu’il arrive, ne vous laissera pas de glace...et vous glacera probablement le sang.

    Rouge aussi alors comme la blancheur enneigée entachée de sang, un rouge violent et vif comme l’univers qui l’a engendré.

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    Rouge des tissus aussi,  vert des feuillages : les couleurs du Bangladesh natal qu’une jeune femme, dans «  Rendez-vous à Brick Lane » de Sarah Gavron,  doit quitter pour un mariage arrangé à Londres. La poésie chatoyante des images nous captive dès les premières minutes du film et nous entraînent dans un univers impressionniste dont, comme l’héroïne, nous aurions aimé ne pas sortir. Le contraste est d’autant plus brutal avec l’arrivée à Londres, dans un quartier de maisons semblables, grises, ternes. Elle enjolive ce passé dans un ailleurs idéalisé malgré le suicide de sa mère d’ailleurs habilement mis en scène par un hiatus entre les couleurs, le son et le tragique de l'évènement, sa mère qui ne supportait plus cette vie. A Londres, elle tombe amoureuse d’un jeune homme, d’un symbole, aussi, surtout, celui de l’intégration (le jeune homme porte au départ des signes ostensibles du matérialisme occidental etc) parce que elle « voulait  se sentir chez elle ». Mais dans le monde d’après 11 septembre devenu paranoïaque et fou, les certitudes s’ébranlent, et les yeux de la jeune femme s’ouvrent sur ses désirs profonds et la voie du bonheur. Avec les tours ce sont ses rêves qui s’écroulent, la réalité qui lui explose en pleine face et qui lui permet enfin de se révéler, d’oser dire qui elle est.  Malgré certains revirements de situations abruptes, se dégage de ce film un charme poétique et un optimisme final empreint de réalisme et dénué de la mièvrerie qu’on aurait pu redouter. Les couleurs vives de ce pays remémoré comme enchanteur, la voix intérieure de ce personnage attachant contribuent au charme de ce film. Et puis cette blancheur finale. La blancheur (re)trouvée qui contraste avec les couleurs vives de son pays d’origine, peut-être aussi surtout de son imaginaire. Une nouvelle naissance. Une nouvelle vie qu’elle accepte, affrontant, acceptant la réalité qu’elle choisit enfin.

     « Brick Lane » a reçu le prix Première du public des mains de Sophie Guillemin. En recevant son prix, la réalisatrice, Sarah Gavron, a expliqué qu’avec ce film elle voulait « toucher le public le plus vaste », « franchir les barrières des cultures, de pays » en prenant un « réel risque qu’il ne soit jamais montré », que certains même « tenaient à ce qu’il ne soit jamais montré ». « Brick Lane » s’est également vu décerner le prix du meilleur scénario.

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    Noirs comme les couleurs guerrières qu’ Hallam Foe peint sur son visage, le Hitchcock d’or de cette édition 2007. Le film de David MacKenzie est centré sur un adolescent (interprété par Jamie Bell, l’interprète de Billy Elliot qui avait d’ailleurs aussi reçu le Hitchcock d’or à Dinard) perturbé par la mort de sa mère, dont il tient responsable sa belle-mère, un adolescent qui a pour  exutoire à sa détresse et pour manie d’espionner les gens. Il va s’éprendre du sosie de sa mère croisé dans la rue, et  une relation quasiment incestueuse, en tout cas ambiguë, va s’instaurer entre eux.  On aurait aimé connaître les raisons de ce prix.  Josiane Balasko, la présidente de ce jury 2007, n’en a malheureusement pas dit un mot lors de la clôture. C'est probablement le coeur qui a parlé... J’avoue être restée hermétique à ce film dont les motivations des personnages, dont les situations abracadabrantesques et les failles scénaristiques créent une distance avec le spectateur, dont le seul mérite est d’évoquer la veuve et l’orphelin et de nous faire passer de l’antipathie (relative) à l’empathie (relative) pour ce personnage étrange et perdu.

     « Hallam Foe » a également reçu le prix du meilleur directeur de la photographie.

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    Rouge comme la flamme de la passion de Jane Austen dans le film "Becoming Jane" de Julian Jarrold  qui retrace les débuts de l’auteure à une époque où, dans la société britannique, les femmes ne servaient qu'à faire des mariages, si possible avec de riches héritiers. Passion pour l’écriture qu’elle accomplit en un geste presque sensuel, drapée dans sa robe rouge, passion pour un Irlandais qui  lui fit défier les conventions de l’époque, des conventions qui apparaissent aujourd’hui surannées et contribuent à créer un film dont la forme, policée, est à l’image du fond.  Comme tout écrivain qui se respecte, Jane Austen s’est inspirée de son existence, et le résultat donne donc un mélange de « Raison et sentiments » et « Orgueil et préjugés » et une sensation de déjà vu. Reste le charme de James MacAvoy et Anne Hathaway  qui rendent cette histoire romantique crédible et un peu plus actuelle et , quand même, agréable à suivre.

    Et puis des sons, quels sons alors ?

    0880fe53911728c06d810abe2378c4d8.jpgLes voix comme des complaintes mélancoliques des deux acteurs principaux de « Once » de John Carney, un film dans lequel la musique cristallise les sentiments des deux personnages principaux (interprétés par Glen Hansard et Marketa  Irglova, dont les voix sont aussi justes que leur jeu), un film où la musique prend le pas sur les paroles et le scénario, mais qu’importe, ce film agit comme un argumentaire mélodieux  et irréfutable, et nous conquiert progressivement pour nous charmer totalement lors de sa dernière scène. Le cœur l’emporte sur la raison, là encore, sa sincérité, sa « passion et son courage » pour reprendre les mots de Josiane Balasko lors de la clôture lorsqu’elle leur a remis une « mention spéciale »  (tout en précisant qu’elle n’avait rien à leur offrir si ce n’était l’« amitié et l'admiration » du jury, cette mention spéciale créée pour l’occasion étant avant tout honorifique, et venant à point nommé pour ce film musical inclassable) l’emportant finalement sur ses faiblesses cinématographiques. Avant la projection, le toujours discret, passionné et dynamique   directeur du festival, Hussam Hindi, nous avait prévenus : après la projection nous serions enfermés dans la salle pour une surprise, déplorant malicieusement l’absence de l’équipe pour présenter le film. A peine la projection terminée, des notes de musique s’élèvent dans un silence recueilli et admiratif. Mes deux voisines, que je n’ai pas la malchance de connaître, donneuses de leçon, ayant bavardé pendant tout le début du film,  après avoir ponctué de leurs soupirs de lassitude la projection, de désabusés « et en plus ça marche » au regard de l’enthousiasme qui s’empare peu à peu du public faisant bientôt ressembler la salle de cinéma à une salle de concert et se terminant par une ovation mémorable, exhibant leur cynisme et leur indifférence comme une médaille, méprisant l’émotion des autres qui n’ont probablement pas compris ce qu’elles ont visiblement compris. Je me laisse emporter par mes émotions, par ce petit moment de magie fugace et délectable, faisant fi des sarcasmes de mes clairvoyantes voisines, me glorifiant de leur mépris, de leur  pseudo snobisme intellectuel, heureuse de n’être pas encore imperméable aux choix du cœur, et d’écouter parfois plus les sentiments que la raison, toute cinématographique soit-elle. A voir prochainement : ma vidéo du « concert » sur dailymotion. Le lien vous sera indiqué ici.

    5eed5a838c235362190e715d5b23ece4.jpgD’autres impressions encore, de plus en plus floues. Le long plan séquence sur la plage de Dunkerque de "The Atonement" (l' Expiation en français qui sortira sous le tire "Reviens-moi", plus attractif sans doute...mais moins intéressant au regard de ce qui constitue l'intérêt principal du film) de Joe Wright, un mélo comme on n’en fait plus dont la seconde partie ne tient malheureusement pas les promesses de la première,  romanesque à souhait, d’une incandescence réjouissante,  dont le souffle épique et entraînant  ne tient malheureusement pas la longueur. Un film sur un amour contrarié, sur les rapports troublants entre art et vérité, dont la forme épouse intelligemment le fond.

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    Et puis le film de clôture, parce qu’il le faut bien, toujours, un jour ou l’autre : une adaptation d’Agatha Christie, « L’heure zéro » signée Pascal Thomas qui ne nous évade pas tout à fait de la réalité puisque ce film se déroule à Dinard dans une vieille demeure, la Pointe aux Mouettes, un Dinard menaçant (pas suffisamment) et intemporel où se retrouve toute la famille Neuville, dans une atmosphère électrique, avec à la clef une mort inéluctable puisqu’on est chez Agatha Christie, et le meurtrier le plus improbable, puisqu’on est chez Agatha Christie. Avec ce film Pascal Thomas s’amuse : avec les temporalités et les époques dont il brouille astucieusement les repères. Avec le ton du film, celui de la farce qui sied finalement à une adaptation d’Agathie Christie, qui, de Miss Marple à Hercule Poirot, affectionne le second degré, l’autodérision, le décalage.  Laura Smet en épouse déjantée, Melvil Poupaud en mari écartelé entre deux femmes aussi étranges l'une que l'autre, Alessandra Martines en gouvernante, et Danielle Darrieux en vieille dame indigne sont assez réjouissants, suffisamment pour se laisser prendre au jeu de ce qu’il ne faut pas prendre pour davantage que ce qu'il aspire visiblement à être : une farce ludique, prétexte à des numéros d’acteurs, où le second degré prime sur la résolution du crime.

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    Dernière couleur. Le bleu. Bleu à l’âme de fin de festival. Trois couleurs: bleu, aussi. L’envie de revoir ce film de Kieslowski et sa lumière cristalline, sa musique salvatrice qui libèrent peu à peu de l’emprise de la douleur… Un autre film nous attend toujours quelque part. Le cinéma est une histoire sans fin (mais si).

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    Dernier son. Celui de la mer. Bleue elle aussi, évidemment, bleu argentée même. Profiter des dernières heures du festival, premières heures automnales au parfum pourtant encore estival, pour m’y ressourcer.  La mer réconfortante avec le roulement répétitif et la mélopée lénifiante de ses vagues qui meurent sur le sable et renaissent aussitôt. Mer mortelle et immortelle. Comme un éternel recommencement. A l’année prochaine Dinard donc, pour un autre recommencement,  pour la 19ème édition d’un festival de plus en plus majeur, à la sélection toujours aussi réjouissante, à l’enthousiasme intact malgré le nombre des années et la notoriété grandissante. C’est la marque des grands : rester soi-même, malgré tout. Restez vous-même et surtout ne changez rien!

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                                                   Palmarès du 18 ème Festival du Film Britannique de Dinard:

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    Le jury du 18ème Festival du Film Britannique de Dinard

    Le grand prix est attribué par le jury à :
    Hallam Foe de David Mackenzie

    Le prix se compose d'une aide à la distribution et d'un soutien direct au réalisateur.
    Il contient également :
    Le prix LTC qui offre le développement d'une copie série du film primé (ou du prochain film du vainqueur si ce dernier à été développé dans un autre laboratoire).
    Le prix LVT qui offre le sous titrage du film primé par le Jury ( ou du prochain film du vainquer si celui-ci est déja sous-titré).
    Le prix Ciné Cinéma qui offre une campagne de promotion sur ses antennes lors de sa sortie en salle.

    Une mention spéciale est attribuée par le jury à :
    Once de John Carney

    Le trophée Hitchcock blanc, Kodak limited

    Le trophée Hitchcock blanc, Kodak limited, récompensant le meilleur directeur de la photo, décerné par le jury, est attribué à :
    Hallam Foe de David MacKenzie
    (Kodak y ajoutant un prix spécial (pellicule pour le prochain film du directeur).

    Le trophée Grand Marnier Lapostolle

    Le trophée Grand Marnier Lapostolle pour le prix du meilleur scénario, décerné par le jury, à été attribué à :
    Rendez Vous à Brick Lane de Sarah Gavron

    Le trophée Hitchcock d'Argent

    Le trophée Hitchcock d'Argent, prix du public, décerné par les spectateurs, a été attribué à :
    Rendez Vous à Brick Lane de Sarah Gavron

    Le trophée Hitchcock de bronze

    Le trophée Hitchcock de bronze, décerné par l'association "la règle du Jeu" est attribué à :
    Garage de Lenny Abrahamson
    Ce prix permet une distribution dans 40 salles du Grand ouest.

    Le prix Entente Cordiale

     Le prix Entente Cordiale du British Council a été attribué au court métrage :
    Friends Forever de Marçal Forès
    Le prix d'une valeur de 1500 euros récompense le Meilleur Film de fin d'études issu de la compétition Femis/ NFTS

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    Sylvie Mallet, la Présidente du Festival avec Josiane Balasko, présidente du jury 2007 et Marie-José Nat, présidente du festival 2007.
    Sandra.M
  • In the mood for news (4) : "L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", le film de la semaine …et de l’année ?

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    c87c08ab2d4c77af7d64a5dcf22cd22c.jpgCette semaine, « in the mood for news », le bulletin d’informations cinématographiques de “In the mood for cinema” sera entièrement consacré à "L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » d’Andrew Dominik, indéniablement le film de la semaine et peut-être de l’année, présenté en avant-première au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2007 où il a créé l’évènement et divisé le public, les uns criant au chef d’œuvre, les autres, s’ennuyant et partant avant la fin du film,  aveugles ou insensibles à sa beauté sidérante et ensorcelante.

    Voici ci-dessous le récit de la conférence de presse et ma critique du film repris de mon blog consacré à ce 33ème Festival du Cinéma Américain de Deauville « In the mood for Deauville » (http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com ). Vous pourrez également retrouver des vidéos exclusives de cette présentation et de cette conférence de presse en cliquant sur le lien suivant : voir les vidéos de la présentation et la conférence de presse de "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" (en m'excusant pour leur mauvaise qualité et leur brièveté, celles-ci étant prises avec un appareil photo assez rudimentaire, la durée des vidéos étant de surcroît très limitée sur ce blog.)

    La conférence de presse de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford au 33ème Festival du Cinéma Américain de Deauville

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    L’assassinat de Jessie James par le lâche Robert Ford. Voilà qui résonne comme le titre d’un film de série B. Voilà qui est tout sauf un film de série B. Un film majeur, sublime, singulier, qui m’a enthousiasmée et captivée comme rarement je l’ai été cette année au cinéma. Mais avant d’en revenir au film et à sa projection :  petit flash back sur la conférence de presse qui s’est déroulée auparavant, du moins est-ce ainsi qu’on appelle ce curieux rituel  qui la veille avec George Clooney pour "Michael Clayton" avait eu des allures d’empoignade, qui cet après-midi avait des airs d’évènement. L’atmosphère est électrique dans la foule des journalistes, tous médias prestigieux qu’ils représentent, certains s’étant vus refusés la veille l’accès à la conférence pour «  Michael Clayton ». Le sésame indispensable  est apparemment cette fois gris. La hiérarchie festivalière qui ignore toute démocratie (la démocratie s’arrêterait-elle à l’entrée d’une salle de presse ?) est parfois obscure.  Nous entrons par quatre.   J’entre. Un garde du corps, épuisé, nous toise d’un regard méprisant. Les CRS entourent la salle de conférence. Allons-nous voir un lion en cage ? Nous voilà en tout cas enfermés avec lui dans le zoo. Un lion traqué plutôt. Après la décontraction et le professionnalisme de Michael Douglas, les excès d’enthousiasme du  non moins charismatique George Clooney, Brad Pitt est visiblement tendu, sur la défensive, (on le serait à moins…) distribuant ses sourires avec parcimonie. Exténué sans doute, la traque a paraît-il commencé dès le début de l’après-midi, dès l’aéroport, puis à l’hôtel Royal. Ne jamais baisser la garde. Comme Jessie James. Véritable métaphore de sa propre existence. Brad Pitt est parfois craint parce qu’admiré. Jessie James est admiré parce que craint. Mais leurs célébrités, certes si dissemblables dans leurs causes, les enferment dans une pareille solitude, méfiance, les condamne à être constamment aux aguets, à l’affût d’un regard perfide, d’une attaque imprévue, à être coupés de la vie. Ils sont deux victimes de personnes aspirant à la célébrité « sans savoir pourquoi, croyant qu’ils vont ainsi devenir de meilleurs humains » ajoute Brad Pitt. Ils provoquent tous deux des bagarres d’un genre certes différent, l’un entre des vautours d’un genre nouveau (à l’aéroport, donc), l’autre entre ceux qui veulent sa tête, d’une autre manière ( dans des plaines gigantesques).  Deux êtres, finalement et évidemment humains, dont on a voulu faire des légendes.  Et la même lassitude, alors compréhensible, semble s’être emparée d’eux. La conférence de presse débute par l’évocation de la complexité du film, à l’image des films des années 1970 qui « prenaient leur temps ». La première version faisait ainsi 4H30. Celle-ci fait 2H35. Rassurez-vous : vous ne les verrez pas passer.  Mais cette similitude entre sa propre existence et le personnage de Jessie James n’est certainement pas la seule raison pour laquelle Brad Pitt a choisi de produire ce film sur le célèbre hors-la-loi et de l’incarner.

    A une question sur « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford, Andrew Dominik avoue qu’il ne l’a pas vu et Brad Pitt répond que lui l’a vu mais que, contrairement au film de Ford, celui d’Andrew Dominik, raconte davantage la véritable histoire de Jesse James  que la légende. Brad Pitt  précise que lorsqu’il choisit de s’investir dans un projet, il ne réfléchit évidemment pas pour savoir si le film aura du succès ou non. Ce qui compte surtout pour lui c’est « l’histoire et les gens qui travaillent sur un projet ». Il évoque aussi sa société de production « Plan B », dont il avoue que le nom n’est pas trop inspiré (inspiré par son prénom et celui de l’autre cofondateur qui s’appelait également Brad) parce que souvent il voyait des films qui n’aboutissaient pas comme il l’aurait souhaité.  A Casey Affleck, un journaliste demande s’il considère davantage son personnage comme un traitre ou une victime. Casey Affleck répond qu’il est « les deux et bien d’autres choses ». L’intérêt du film et leur implication dans celui-ci résulte selon eux avant tout de  son absence de manichéisme. Les films projetés depuis le début du festival ( à l’exception du film en compétition ce matin « For your consideration » qui a tenté de dire maladroitement ce que Marc Fitoussi a exprimé si justement avec « La vie d’artistes » mais revenons à  nos moutons, lions) dénotent d’ailleurs  une exigence scénaristique, une complexité, bien loin des standards caricaturaux hollywoodiens. Quelqu’un demande à Casey Affleck si c’est un avantage ou un inconvénient d’être le frère de Ben Affleck.  Il répond, visiblement agacé, que cela permet qu’on lui pose de telles questions… Probablement pour la énième fois. Puis, il répond avec humour qu’il a pu « le jeter au requin » et voir avant d’y être lui-même jeté, l’effet que cela produit. Pour l’équipe, ce film est un conte de fée, ce que reflètent les images floues et donc tordues de la réalité, comme vues par le prisme  d’un daguerréotype.  La conférence de presse s’achève et en entendant ces questions relativement banales, je ne me doute pas encore que je vais voir ce film inoubliable, captivant  et si novateur. Nous sommes enfermés dans la salle de conférence quelques minutes avant de pouvoir sortir pour que le public ne s’y engouffre pas et que Brad Pitt puisse repartir tranquillement pour se réfugier, se reposer loin des traqueurs carnassiers.

    La projection au CID du Festival de Deauville : un western psychologique

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    D’abord il est difficile de définir ce film qui reprend certes les codes du western mais qui les détourne majestueusement. Tout comme le titre nous donne une fausse piste. Evidemment il s’agit bien de l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Mais au final, peut-on parler d’assassinat ? Ou d’une bête traquée qui, lasse ou provocante, défie la mort ? Peut-on parler de lâcheté à propos de Robert Ford ? Ce titre, finalement très brillant et loin d’être anodin, évacue d’emblée ce que nous savons déjà parce que l’intérêt est ailleurs. Et si ce film renouvelle le genre, c’est parce qu’il instille la psychologie, aux antipodes du manichéisme habituellement érigé en principe du western.  Les héros sont aussi vulnérables.  Ils ne sont pas invincibles. C’est en effet un duel psychologique palpitant. Une lutte entre deux hommes. Une lutte interne pour chacun d’eux aussi. Robert Ford partagé entre sa vénération pour Jesse James et son désir de gloire de cet homme érigé en héros qu’il vénère autant qu’il désirerait prendre sa place.  Entre l’adoration et la haine.  Entre l’innocence, l’arrogance et  l’ambition. Finalement si proches et peut-être si indissociables. Qui peut mieux haïr que celui qui a le plus adulé. La passion est versatile dans ses excès. Jesse James  est en proie  à ses démons. Robert Ford idolâtre Jesse James. Jesse James lui demande un jour s’il veut « être lui » ou « être comme lui ». La passion, elle aussi, elle surtout,  a des raisons que la raison ne connaît pas.

    Quelques plans font songer à « La prisonnière du désert » et pourtant ce film ne ressemble à aucun autre. La course des nuages que le réalisateur filme à l’envie et par lequel débute le film nous fait d’abord craindre un film caricatural. Il annonce simplement la poésie de ce film imprégné d’une lumière crépusculaire. De noirceur et de blancheur mêlées, contrastées, fascinantes. Les interprétations parfaites et même impressionnantes de Brad Pitt et Casey Affleck ajoutent à l’intensité de ce film magistral. Notre respiration est suspendue. Tout peut basculer d’un instant à l’autre. Le doute s’immisce dans les esprits. Le lion peut rugir à tout instant. Un regard qui se brouille. Une agitation inhabituelle. Rien ne lui échappe. C’est d’une intensité hitchcockienne. Voilà, c’est un western hitchcockien, un western d’auteur. Rien n’est superflu.

    Ce film est l’histoire d’une légende interprétée par une autre. Un film d’une grande modernité qui renouvelle le genre. Un western qui s’appréhende comme un thriller psychologique. Une œuvre sombrement poétique et mélancolique, lyrique. Un voyage dans des âmes tourmentées et complexes. Un grand film d’une rare richesse psychologique et d’une grande beauté formelle. Qui nous parle d’un monde qui a fait d’un criminel un héros. Qui nous parle aussi du nôtre. Qui fabrique des légendes.  Des lions en cage, celle de leur âme, celle que leur fabriquent ceux qui les traquent, impitoyablement, inlassablement. Un film unique, éblouissant, qui me donne finalement l’impression d’avoir accompagné la course des nuages dans leur voyage sombrement poétique d’une beauté et d’une profondeur indicibles  et tellement magique. Un film qui vous berce, ensorcelle et hypnotise de sa lueur incomparable bien après le générique de fin. Un film à ne manquer sous aucun prétexte et que je retournerai d'ailleurs voir dès demain, et dont il n'est pas exclu que je vous reparle... départie de l'agitation et l'effervescence deauvillaise.

    Remarques: -Ce film a été présenté en compétition lors de la dernière Mostra de Venise. Brad Pitt y a remporté la coupe Volpi du meilleur acteur...un prix amplement mérité.

    A suivre : mon compte-rendu du 18ème Festival du Film Britannique de Dinard…avec un peu de retard !

    Sandra.M

  • "Un secret" de Claude Miller: le vibrant écho du passé

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     Un petit garçon malingre, François,  voit indistinctement son image à travers un miroir tacheté de noir. Ce premier plan en dit déjà tellement… Puis, ce petit garçon, à travers son regard d’adulte, (interprété par Mathieu Amalric) nous raconte
    son histoire et celle de ses parents, Maxime (Patrick Bruel) et Tania (Cécile de France), l’histoire qu’il a apprise de la bouche de Louise (Julie Depardieu), la voisine et amie : l’histoire d’un secret.

    Dans un des plans suivants, le même petit garçon marche à côté de sa mère Tania, Tania dont on ne voit d’abord que le corps sculptural qui contraste tellement avec celui, si frêle, du petit garçon. Un petit garçon qui s’imagine un frère beau et glorieux au point de laisser une assiette à table pour lui, devant le regard terrassé de ses parents comme si le poids du secret, de cet enclos de silence, devenu celui de l’inconscient, avait tellement pesé sur sa famille qu’il avait deviné sans savoir.

    Les images du passé, en couleurs, alternent  judicieusement avec celles du présent, en noir et blanc, (dans le roman le passé est écrit au présent et inversement) un présent que le passé pourtant si sombre, va venir éclairer en révélant l’existence de ce frère, Simon, à l’époque où Maxime s’appelait encore Grinberg et non Grimbert, ces deux lettres pour lui porteuses de mort, porteuses aussi de son douloureux secret profondément enfoui.

    Revenons à ce premier plan auquel de nombreux autres feront ensuite songer : ces plans de corps sublimes au bord de la piscine, au milieu de couleurs chaudes, d’une gaieté insolente. Le dos nu de Tania lorsque Maxime la voit pour la première fois. Son corps qui, dans une acrobatie parfaite, fend l’air et le bleu du ciel puis de la piscine, lorsqu’elle plonge. Les corps décharnés et sans vie des camps. Les corps, leur force et leur fragilité, symboles de vie et de mort, tout le temps mis en parallèle. Ce corps que Maxime sculpte jour après jour, ce corps qui nie presque son identité juive à une époque où le régime nazi fait l’apologie du corps, à une époque où les images de Jeux Olympiques filmées par Leni Riefenstahl défilent sur les écrans, à une époque où il faut porter une étoile sur le cœur, une étoile que Maxime refuse de porter, parce que, pour lui, montrer son identité juive signifie souffrir, mourir et faire prendre des risques à son enfant. Le corps, encore, de François, cet enfant si chétif que son père regarde avec des éclairs d’amertume, cet enfant qui « lui a échappé », cet enfant qui suscite une douloureuse et cynique réminiscence de son passé. Pourquoi ? C’est ce fameux secret que je ne vous dévoilerai pas ici. Celui de trois amours fous qui font déraisonner, qui s’entrechoquent finalement, qui se croisent et qui bouleversent plusieurs existences. 

    09816a19f6ce3e65072514e6bcdcd29d.jpg L’ambiguïté du personnage de Maxime parcourt et enrichit tout le film : Maxime qui exhibe son corps, qui nie presque sa judaïté, qui fera dire à son père sur le ton de l’humour, certes, qu’il a un fils antisémite, à qui dans son roman Philippe Grimbert attribue des « ambitions de dandy ». L’ambiguïté est encore accrue quand il tombe amoureux de Tania : une femme blonde aux yeux bleus, sportive comme lui, et ce qui n’arrange rien, sa belle sœur, dont il tombe amoureux, pour couronner le tout, le jour de son mariage. Tania, si différente de sa femme, Hannah (Ludivive Sagnier), la timide, la mère parfaite, plus mère que femme dans le regard de Maxime, dans son regard hypnotisé par Tania, son double, celle qui lui ressemble tellement. Hanah : celle pour qui Maxime  est pourtant tout. Et qui le signifiera tragiquement.

    Avec Un Secret, Claude Miller a fait beaucoup plus que transcrire en images le roman éponyme de Philippe Grimbert, il a écrit et réalisé une adaptation particulièrement sensible et personnelle, d’abord par la manière dont il filme les corps, les mains qui s’accrochent les unes aux autres, les mains qui en disent tant, et puis ces regards lourds de sens, de vie, de désespoir, de passion,  magnifiquement orchestrés par le chef d’orchestre Claude Miller pour nous donner cette mélodie bouleversante du passé. Par la manière dont présent et passé se répondent. Comme ce plan de François qui regarde son père à travers le grillage d’un court de tennis. Un grillage qui rappelle celui, abject, du passé, des camps.

    a788e745b9da21fec24ae9070ccbaa56.jpgPassé et présent se répondent  constamment en un vibrant écho. L’entrelacement de temporalités rendait d’ailleurs le roman quasiment inadaptable, selon les propres propos de Philippe Grimbert. Claude Miller y est pourtant admirablement parvenu. Echo entre le passé et le présent donc, Echo c’est aussi le nom du chien dans le roman. Celui dont la mort accidentelle fera ressurgir le passé, cette douleur ineffable intériorisée pendant tant d’années. Maxime s’effondre alors sur la mort de son chien alors qu’il avait surmonté les autres. Il s’effondre, enfin abattu par le silence meurtrier, le poids du secret et de la culpabilité.

    Ce n’est pas « le » secret seulement que raconte ce film mais « un » secret, un secret parmi tant d’autres, parmi tous ceux que cette époque a engendrés.  Des secrets qui s’emboîtent et dont la révélation devient insoluble. Doit-on et peut-on tout dire ?

    La chanson de Charles Trenet, Tout ça c’est pour nous, est d’une douloureuse légèreté.  La musique, l’autre, pourtant sublime, qui était dans la première version que j’ai vue en février ne subsiste que dans la bande annonce : la preuve que Claude Miller a voulu éviter l’outrance mélodramatique. Son film n’en a pas besoin.

    Claude Miller signe en effet un film d’une intensité et d’une densité dramatiques rares, empreint de la passion irrépressible, tragiquement sublime, qui s’empare de Maxime et Tania. Il nous raconte une transgression amoureuse, une passion dévastatrice, une quête d’identité, un tango des corps : un grand film tout simplement où il témoigne de l’acuité de son regard de metteur en scène (il témoigne d’ailleurs aussi dans un autre sens : il témoigne aussi de son passé), de ces films qui vous font frissonner, vous étreignent, vous bouleversent, tout simplement et ne vous bouleversent pas avec des « recettes » mais subrepticement, sincèrement. 

     Claude Miller offre là à Ludivine Sagnier, Julie Depardieu, Patrick Bruel et Cécile de France un de leurs plus beaux rôles. Ces deux derniers ne jouent pas, leur passion dévaste l’écran, l’envahit, en déborde. Une fatale évidence.

    Le psychanalyste Philippe Grimbert a écrit ce livre, en grande partie autobiographique, après la découverte d’un cimetière de chiens dans le jardin de la fille de Pierre Laval. Là, les dates qui pourraient être celles d’enfants morts dans les camps, s’alignent avec obscénité, alors que les enfants morts pendant la guerre n’ont même pas eu de tombe, eux, n’ont pas eu droit à une sépulture et sont partis en fumée. De cette découverte indécente est né ce livre. Ce film et ce livre constituent le tombeau de ces enfants et participent au devoir de mémoire. Parce que l’oubli est une menace constante, parce que l’Histoire se complait trop souvent dans une amnésie périlleuse. Et puis,  pour que le petit garçon, qui a délivré son père de son secret, distingue enfin une image précise dans le miroir… L'image de son passé et de son identité et de son corps retrouvés.

     Sandra.M

  • In the mood for news (3): semaine du 3 octobre

    L’info festivals de la semaine

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    Le Festival du Film Britannique de Dinard débute demain J’y serai pour la neuvième année consécutive. Vous pourrez lire mes reportages en direct à partir de demain donc (si possible, sinon vous pourrez évidemment lire un compte-rendu exhaustif à mon retour). Je vous ai déjà dévoilé la programmation dans mes précédents articles. (cliquez ici pour y accéder)

     Voici quelques conseils pratiques si vous désirez venir au festival:

    - Les accréditations (professionnelles) et les pass  (vendus au public à Dinard début juin) ne sont plus délivrés mais vous pouvez en revanche acheter des tickets à la séance pour 5 euros, dans les salles où les films sont projetés. Il vous faudra néanmoins arriver assez à l’avance aux projections. (Renseignements: cliquez ici)

    - Pour le logement, vous trouverez tous les renseignements nécessaires (ici) : comptez plutôt sur la chance et un désistement car tous les hôtels de Dinard sont complets.

    Le Festival du Film Britannique de Dinard ne ressemble à aucun autre festival : surtout pas à Cannes, ni même à Deauville. La convivialité et la cinéphilie y priment avant tout. Je vous le recommande.

    -Pour tout savoir pour venir au festival: cliquez ici.

    -Pour accéder à la grille de programmation, cliquez ici.

    -Autres liens utiles:

    -Site officiel du Festival du Film britannique 2007

    -Le Web de la feuille du festival

    -Mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2006

    -Mon compte-rendu du Festival 2005

    -Site officiel de l'Office de Tourisme de Dinard

    Le film de la semaine: Un Secret de Claude Miller

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     Vous pourrez lire ma critique ici dans la soirée. J’ai eu la chance de voir ce film en projection test en début d’année. Je me revois encore ressortir de la salle, ébranlée, bouleversée aussi, comme ayant reçu un vrai coup de poing cinématographique,  historique, émotionnel aussi, peut-être davantage, il est vrai. Je retourne donc le voir cet après-midi pour vous en écrire une critique et vous parler du livre de Philippe Grimbert qui l’a inspiré aussi, une critique  je l’espère plus cinématographique qu’émotionnelle : je ne promets rien. En tout cas, d’ores et déjà, je vous recommande ce film : à voir absolument !

    Le rattrapage de la semaine : La face cachée de Bernard Campan

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    A priori le style, intimiste,  sied mal à un ancien Inconnu. Mais après tout le cinéma est là pour bousculer les préjugés. Se souvenir de Se souvenir des belles choses : Bernard Campan y campait déjà un personnage à des années lumière de ceux qu’il a interprétés  avec les Inconnus, avec beaucoup de justesse.

     Après des années de vie commune,  Isa et François ne se voient plus, ne se voient plus réellement. Emmuré dans ses questionnements et sa douleur existentielle, François ayant l'impression de voir sa vie se dérouler hors de lui ne voit plus ceux d'Isa, qu’elle aussi est en quête de sa réalité. C’est une quête et une enquête aussi :  « La face cachée » est un thriller de l’intime, énigmatique, qui nous fait avancer par touches impressionnistes. Le film est divisé en 4 week end : les personnages ne sont pas socialement situés. Derrière la banalité des situations : l’universalité des fêlures. La forme est en harmonie avec le fond : de nombreux plans séquences, parfois pesants,  à dessein, comme le long tunnel dans lequel sont les personnages, comme le long et inexorable tunnel de l’existence qui les étouffe,  comme lorsqu’ils avancent dans cette forêt à la fois majestueuse et oppressante, comme la forêt de questions trop grandes pour eux, qui les dépassent. La face cachée, c’est cette part inconnue de l’autre, cette part insondable, cette part recouverte par la forêt. Karin Viard interprète avec beaucoup de nuance cette femme qui surjoue sa gaieté et sa légèreté, son bonheur d’être pour masquer  le poids de son existence, sa douleur muette à laquelle François est sourd, lui dont la douleur est si bavarde. Le plan de la fin, de Karin Viard, cachée derrière Campan, dans l’ombre,  puis se retrouvant face à lui, dans sa vraie lumière, enfin, pourrait résumer tout le film.  La face cachée c’est ce masque que nous portons tous à un moment ou à un autre. C’est la part d’ombre d’un masque parfois lumineux. La face cachée c’est aussi la posture de l’adulte qui est resté un enfant, qui a toujours ses douleurs d’enfance, là, avec lui, tapies dans l’ombre. C’est la réalité qu’on ne veut pas voir en face (alors que son meilleur ami interprété par  Anglade est  lui, en plein dans la réalité, dans le concret de son mariage, François s'enfonce dans ses questionnements abstraits).  La face cachée est elliptique comme l’existence qu’il ne parvient pas à saisir. La face cachée, c’est ce qu’on aimerait fuir mais le canoe kayak continuera à avancer,  (ceux qui ont vu le film comprendront) quoiqu’il arrive.  La face cachée ce sont aussi des moments de grâce insaisissables parce qu’on est déjà ailleurs ou dans l’après. Même la fugue de Bach qui rythme judicieusement n’aidera pas à cette fuite-là.  La face cachée est un film empreint de la maladresse touchante de l’adolescence : sans compromis, parfois agaçant ou parfois naïf  avec ses métaphores  aériennes, maritimes ou ferroviaires redondantes sur l’existence mais tellement à fleur de peau qu’il nous touche et nous renvoie forcément à nos propres masques et questionnements. Un film grave, voire austère,  dont on ressort en se disant que l’essentiel est là : se souvenir des belles choses, oui, mais surtout les saisir dans l’instant présent. Un film d’auteur : il fallait déjà oser. On attend la suite avec impatience…

    Sandra.M

  • In the mood for news (2): semaine du 26 septembre 2007

    L’info théâtre de la semaine

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    Il y a deux ans, je vous avais vivement recommandé la pièce de Florian Zeller intitulée « L’Autre » (pour lire ma critique de cette pièce, cliquez ici). Elle reprend à partir du 2 octobre au Studio des Champs Elysées dans le 8ème (Informations :   01 53 23 99 19  et  www.comediedeschampselysees.com ).

    Seul Aurélien Wiik qui y était d’ailleurs remarquable reste dans la distribution. Il est rejoint par Sara Forestier dont ce sera le premier rôle au théâtre et par  Stanislas Merhar, la musique est composée par  Christophe.

    L’info festivals de la semaine

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    Marie-José Nat sera la présidente du Festival du Film Britannique de Dinard 2007.

    Jocelyn Quivrin viendra compléter le jury

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    ¨Programme complet du Festival du Film Britannique de Dinard 2007:

    Compétition    BRICK LANE de Sarah Gavron

    Compétition    FAR NORTH de Asif Kapadia

    Compétition    HALLAM FOE de David Mackenzie

    Compétition    JANE de Julian Jarrold

    Compétition    ONCE de John Carney

    Compétition    THE MIDNIGHT DRIVES de Mark Jenkin

    Avant- Première    AND WHEN DID YOU LAST SEE YOUR FATHER de Anand Tucker

    Avant- Première    ATONEMENT de Joe Wright

    Avant- Première    BUILD A SHIP, SAIL TO SADNESS de Laurin Federlein

    Avant- Première    GARAGE de Lenny Abrahamson

    Avant- Première    HOW ABOUT YOU de Anthony Byrne

    Avant- Première    I AM BOB de Donald Rice (court métrage)

    Avant- Première    I REALLY HATE MY JOB de Oliver Parker

    Avant- Première    IT'S A FREE WORLD… de Ken Loach

    Avant- Première    KINGS de Tom Collins

    Avant- Première    L'HEURE ZERO de Pascal Thomas

    Avant- Première    MON MEILLEUR ENNEMI de Kevin Macdonald

    Avant- Première    MRS RATCLIFFE'S REVOLUTION de Billie Eltringham

    Avant- Première    NEVER APOLOGIZE de Mike Kaplan

    Avant- Première    RUBY BLUE de Jan Dunn

    Avant- Première    THE ENGLISHMAN de Ian Sellar

    Avant- Première    THE MARK OF CAIN de Marc Munden

    Avant- Première    THIS IS ENGLAND de Shane Meadows

    Avant- Première    WAZ de Tom Shankland

    Hommage    A ROOM FOR ROMEO BRASS de Shane Meadows

    Hommage    DEAD MAN'S SHOES de Shane Meadows

    Hommage    ONCE UPON A TIME IN THE MIDLANDS de Shane Meadows

    Hommage    TWENTY FOUR SEVEN de Shane Meadows

    Rétrospective Foot    CARTON ROUGE de Barry Skolnick

    Rétrospective Foot    THE GAME OF THEIR LIVES de Daniel Gordon

    Rétrospective Foot    JIMMY GRIMBLE de John Hay

    Rétrospective Foot    THE VAN de Stephen Frears

    Regards Croisés    NAISSANCE DES PIEUVRES de Céline Sciamma

    Femis vs NFTS    CARCASSE de I. El Mouala El Iraki

    Femis vs NFTS    FBIZoo de Y. Angely/J. Vray

    Femis vs NFTS    SAUF LE SILENCE de Léa Fehrer

    Femis vs NFTS    THE END FOR BEGINNERS de David Lalé

    Femis vs NFTS    FOR THE LOVE OF GOD de Joe Tucker

    Femis vs NFTS    FRIENDS FOREVER de Marçal Forès

    Sélection courts métrages Kodak    BROKEN de Vicki Psarias

    Sélection courts métrages Kodak    ELA de Silvana Aguirre Zegarra

    Sélection courts métrages Kodak    EVOL de Chris Vincze

    Sélection courts métrages Kodak    EX MEMORIA de Josh Appignanesi

    Sélection courts métrages Kodak    NEUTRAL CORNER de Emily Greenwood

    Sélection courts métrages Kodak    OUT OF MILK de Nicola Morris

    Sélection courts métrages Kodak    VAGABOND SHOES de Jackie Oudney

    Sélection courts métrages G. Higgins    ATTACK de Timothy Smith

    Sélection courts métrages G. Higgins    BADGERED de Sharon Colman

    Sélection courts métrages G. Higgins    DADDY'S LITTLE HELPER de D. Wilson

    Sélection courts métrages G. Higgins    DOG FLAP de Jack Herbert

    Sélection courts métrages G. Higgins    DREAMS AND DESIRES de Joanna Quinn

    Sélection courts métrages G. Higgins    GOODBYE TO THE NORMALS de JF Smith

    Sélection courts métrages G. Higgins    THE HANDYMAN de Simon Rumley

    Sélection courts métrages G. Higgins    PHOBIAS de Bert & Bertie

    Pour en savoir plus sur le Festival du Film Britannique de Dinard :

    Mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2005

    Mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2006

    L’info politiquement correct de la semaine

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    Les frères Affleck lors de l'avant-première de "Gone baby gone" au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2007. Photo: Sandra.M

    « Gone baby gone », le premier film de Ben Affleck en tant que réalisateur dont je vous ai parlé lors de son avant-première deauvillaise ( cliquez ici pour lire l’article concernant l'avant-première deauvillaise du film) ne sortira pas en Grande-Bretagne en raison des similitudes avec l’affaire Maddie McCann (la petite fille du film, enlevée, s'appelle ...Madeleine)alors que le film a été écrit avant les faits.

    L’info bloguesque de la semaine :

    De nouvelles vidéos ont été mises en ligne cette semaine sur mon blog « In the mood for Deauville » (http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com ) consacré au 33ème Festival du Cinéma Américain de Deauville.

    Le film de la semaine du 26 septembre recommandé par  « In the mood for cinema » :

    38543448fd3825ed35989a9cba92237b.jpg  « 7H58 ce samedi-là » (Before the devil knows you’re dead) de Sidney Lumet. (Avec Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Marisa Tomei, Albert Finney… Durée : 1H55)

    7H58 ce samedi-là a été projeté en avant-première, hors compétition au 33ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, à l’occasion de l’hommage que le festival a rendu à Sidney Lumet. Olivier Marchal a d'abord rendu hommage à Sidney Lumet particulièrement ému de récompenser celui qui a suscité sa vocation de policier et de cinéaste, de même que celle du maire de Deauville (vocation non pas de policier ou de cinéaste, hein, mais d'homme d'Etat).

    Il y a des jours comme ça où, en une fraction de seconde, tout peut basculer dans la tragédie, comme à 7H58 ce samedi-là, dans la vie des Hanson. Ce samedi matin-là, tout semble pourtant normal dans la banlieue de New York où ils vivent  (le père passe un test de conduite, sa femme ouvre la bijouterie familiale) si ce n’est que leur fils aîné, Andy,  s’inquiète pour son contrôle fiscal du lundi suivant et si ce n’est que Hank, le cadet, est enfermé dans des problèmes d’argent apparemment inextricables. Et après 7H58, quand les deux frères ont la judicieuse idée de braquer la bijouterie de leurs parents, plus rien ne sera jamais pareil.

    Ce film est à l’image du personnage d’Andy : d’abord profondément antipathique, nous prenons peu à peu fait et cause pour lui. Il est aussi à l’image des vies des deux frères par qui le drame arrive : des vies fragmentées, désorientées. Voilà d’ailleurs les deux qualités du film : sa structure narrative brillante (ou sa démonstration stylistique appuyée, c’est selon) et la force de ses personnages. En résulte une véritable leçon de cinéma...

    Ce film vous prend à la gorge au fur et à mesure que l’étau se resserre autour des deux frères, il vous captive, vous capture même, et vous enserre dans son cycle infernal: impossible de s’échapper, nous sommes pourtant aussi libres de sortir de la salle que les deux frères l’étaient face à leur destin, avant 7H58 donc. Au lieu d’adopter une construction linéaire, Sidney Lumet met en scène une pluralité de points de vue, un montage habilement déstructuré et une succession de flash-backs qui accentuent la tension dramatique, et le sentiment d’urgence et de drame insoluble. La caméra de Sidney Lumet va ainsi ausculter les causes (finalement plus profondes et surtout beaucoup moins matérielles qu’il n’y parait de prime abord) et les conséquences du drame, va nous plonger dans les âmes et vies sombres des protagonistes, va nous conduire à voir en un homme cupide et impitoyable un ancien enfant blessé. Par une habile construction scénaristique, notre antipathie initiale pour le personnage de Andy évolue peu à peu, la « réalité » apparaît moins manichéenne : Hank ( Ethan Hawk, méconnaissable) apparait de moins en moins victime (du destin ?) au fur et à mesure que son frère Andy (Philip Seymour Hoffman, bluffant, à nouveau)l’est de plus en plus à nos yeux devenus plus indulgents à son égard.  Un film qui a la couleur d’une blessure à vif, celle de la trahison et celle de l’enfance, les plus douloureuses et profondes, et le rythme d’une course contre la mort, contre le diable. Le titre anglais « Before the devil knows you’re dead » est tiré du proverbe irlandais : « May you be in heaven half an hour before the devil knows you’re dead » qui signifie « Puisses-tu atteindre le paradis une demi-heure avant que le diable n’apprenne ta mort ».  Une course que nous savons perdue d’avance, non moins prenante. Entre thriller et tragédie familiale, après le très moyen « Jugez-moi coupable » Sidney Lumet, malgré ses 84 ans,  d’après le premier scénario de Kelly Masterson, signe un thriller dramatique qui prouve la jeunesse et la vitalité de son regard.  Nommé 4 fois à l’Oscar du meilleur réalisateur pour Douze hommes en colère, Un Après-midi de chien, Network main basse sur la télévision et Verdict, il ne serait pas étonnant qu’il figure de nouveau parmi les nominés avec ce film particulièrement maîtrisé.

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    Sidney Lumet lors de l'hommage du Festival du Cinéma Américain de Deauville-Photo: Sandra.M

    L'émotion d'Olivier Marchal qui a rendu hommage à Sidney Lumet

                                                                                    Sandra.M

  • Ciné-club Claude-Jean Philippe : « Quand la ville dort » (The Asphalt jungle) de John Huston

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    Tous les dimanches à 11H, le Cinéma l’Arlequin (76 rue de Rennes-75006 Paris) propose une séance de ciné-club  présentée  depuis…1991  par Claude-Jean Philippe qui anime également les débats après la projection. Saint-Germain des-Prés reste l’antre des cinémas d’art et essai parisiens au premier rang desquels l’Arlequin. Des séances que je vous recommande…

    Prochaines projections : Avant-première de « Retour en Normandie » de Nicolas Philibert le 30 septembre, « La déesse » de Satyajit Ray le dimanche 7 octobre, « La fièvre dans le sang » de Elia Kazan le dimanche 14 octobre et « Le plein de super » de Alain Cavalier le 21 octobre.

    Ce matin le film projeté était : «  Quand la ville dort » (The Asphalt jungle) de John Huston

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    Film de 1950- Durée : 1H52

    D’après le roman de William R.Bennett

    Avec Sterling Hayden (Dix), Louis Calhern ( Emmerich), Jean Hagen (Doll) ; James Whitmore(Gus), Sam Jaffe (Riedenschneider), Mark Laurence (Cobby), Marilyn Monroe (Angela)

    Un malfaiteur distingué évadé de prison, Doc Riedenschneider,  prépare un nouveau cambriolage dans une bijouterie dont le butin s’élèverait à un demi-million de dollars. Il réunit la somme nécessaire à l'opération puis une équipe (Louis ; briseur de coffres, le chauffeur-barman bossu Gus, le taciturne Dix Handley  comme homme de main, et Emmerich le financier avocat de bonne société marié à une femme maladive et amoureux  de l’insouciante Angela) .

    Dès les premiers plans, John Huston instaure une atmosphère obscure et nocturne: des rues désertes et oppressantes, marquées par le temps, sombres, menaçantes, des immeubles délabrés, comme un écho aux physiques accidentés de ceux qui y déambulent et s’y égarent.  Une jungle fatale. La jungle de la ville, quand la ville, l’autre, dort. La fatalité du film noir.

    Huston comme souvent est fasciné par le milieu des gangsters et notamment par les romans de Bennett et la précision de sa peinture de l’humanité, par  la présence  des personnages qu’il décrit. Il dépeint en effet des personnages dont le destin tragique est inscrit, inéluctable, victimes de leurs passions et leurs obsessions qui les condamnent.  Huston s’intéresse avant tout aux fêlures des personnages qui les conduiront à leurs pertes, qui les rendent si humains et induisent l’identification du spectateur. Chaque esquisse est brillante, un simple geste ou une simple parole suffisent souvent à définir un personnage, à déceler leur part d’humanité et de fragilité ordinaires : le bookmaker que l’argent fait transpirer, le barman bossu et accessoirement chauffeur lors du cambriolage  défenseur ds chats, le spécialiste des coffres  qui évoque la fièvre de ses enfants comme un honnête père de famille tout en volant des bijoux. Ces gestes sont aussi emblématiques de ce qui conduira chacun à sa perte. Dans une scène célèbre Riedenschneider sera ainsi victime de son amour des femmes : hypnotisé par la danse lascive d’une jeune femme, il ne verra pas les policiers qui le guettent. La scène n’est pas dénuée d’ironie. L’ironie du désespoir ou plutôt ici, des désespérés. Le personnage de Dix interprété par Sterling Hayden est à la fois violent, orgueilleux, solitaire mais aussi touchant et son allure à la fois dégingandée et brutale campe magnifiquement ce personnage ambivalent et emblématique du film noir, condamné à mourir. Qu’elles soient prêtes à mourir par amour (Doll) ou à aimer aussi vite qu’à dénoncer par opportunisme (formidable personnage d’Angela, apparition lumineuse de Marilyn Monroe, innocemment cynique), les femmes, quant à elles,  sont ici moins aveugles et victimes qu’il n’y paraît, même si elles ne sont qu’un rouage dans la machine infernale de la fatalité.

    Si le film, un polar noir et dense,  sorte de radiographie implacable de l’échec , est avant tout un classique du septième art pour la richesse de ses personnages, la précision de leurs motivations, la mise en scène et le décor étouffant qui semble encercler les personnages comme leur destin fatal les asphyxie, sont aussi remarquables, et le son des sirènes qui s’apparentent à des « cris d’âmes en enfer » renforcent cette impression de tragédie inéluctable et suffocante. Pour que surgisse la lumière, il faudra attendre l’ultime seconde, la seule scène à se dérouler de jour et hors de la ville, au milieu de chevaux aussi carnassiers que libres… Ultime seconde hors de la jungle. Ultime et fatale seconde : tel est le destin des protagonistes d’un film noir dont « Quand la ville dort » est un modèle du genre à ne pas manquer et  que copièrent ou dont s’inspirèrent ensuite de nombreux cinéastes.

    -Filmographie de John Huston en tant que réalisateur :

    Les Gens de Dublin (1987)

    L'Honneur des Prizzi (1986)

     Au-dessous du volcan (1984)

     Annie (1982)

     A nous la victoire (1981)

     Phobia (1980)

     Le Malin (1979)

     Avec les compliments de Charlie (1979)

     L'Homme qui voulut être roi (1975)

    Fat city (1973)

     Le Piege (1973)

     Juge et Hors-la-loi (1972)

     Les Complices de la dernière chance (1972)

     La Lettre du Kremlin (1969)

     Promenade avec l'amour et la mort (1969)

     Davey des grands chemins (1969)

     Casino Royale (1967)

     Reflets dans un oeil d'or (1967)

     La Bible (1966)

     La Nuit de l'iguane (1964)

     Freud, passions secrètes (1962)

     Le Dernier de la liste (1962)

     Les Désaxés (1961)

    Ce film est projeté dans 1 salle(s)

     Le Vent de la plaine (1960)

     Les Racines du ciel (1958)

     Le Barbare et la geisha (1958)

     Dieu seul le sait (1957)

     Moby Dick (1956)

     Plus fort que le Diable (1954)

     Moulin Rouge (1953)

     The African Queen (1951)

     La Charge victorieuse (1951)

     Quand la ville dort (1950)

    Ce film est projeté dans 1 salle(s)

     Les Insurgés (1949)

    Key Largo (1948)

     Le Trésor de la Sierra Madre (1947)

     Let there be light (1946)

     La Bataille de San Pietro (1945)

     Griffes jaunes (1942)

     Le Faucon maltais (1941)

     

    Sandra.M
  • In the mood for news (1)

    Aujourd’hui, j’inaugure  une nouvelle rubrique  intitulée « in the mood for news ».  Chaque mardi, je vous présenterai  ainsi mon journal cinématographique avec l’actualité cinématographique de la semaine, le film de la semaine à venir  recommandé par "In the mood for cinema" et l’actualité festivalière. Je vous invite aussi à réagir à cette actualité dans les commentaires.

              Le film de la semaine recommandé par « In the mood for cinema » :

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    « Le mariage de Tuya » de Wang Quan’an présenté en ouverture du Festival du Film Asiatique de Deauville 2007 (Cliquez ici pour lire ma critique ) et surtout Ours d’or de la 57ème Berlinale.

    -Autre(s) film (s) sortant cette semaine vu (s) par « In the mood for cinema » :

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    -Death at a funeral (Joyeuses funérailles) de Frank Oz avec Matthew Macfadyen, Rupert Graves, Keely Hawes, Jane Asher, Daisy Donovan, Alan Tudyk, Kris Marshall, Peter Dinklage, Ewan Bremmer, Andy Nyman, Peter Egan, Peter Vaughan 

    Pitch: Les membres d'une famille anglaise désunie se retrouvent lors de la veillée funèbre du patriarche qui vient de mourir. Lorsqu'un inconnu arrive sur les lieux et menace de faire une révélation sur la vie intime du décédé, les deux fils vont vraiment tout faire pour cacher ce secret dérangeant aux invités.

     Présenté en avant-première au 33ème Festival du Cinéma Américain de Deauville où il a suscité l'hilarité générale (précisons qu'il y avait peu de comédies au programme pour justifier ce peu d'exigence du public deauvillais). L'oxymore du titre annonçait un film réjouissant, antipolitiquement correct, impression réhaussée par le savoureux générique (c'est en général mauvais quand on est réduit à évoquer seulement un générique de film:-)).  Il l'est la moitié du film : jusque-là, le  ton est corrosif et les personnages savamment déjantés.  Malheureusement ces joyeuses funérailles s'essoufflent progressivement pour finalement s'éteindre dans la deuxième partie, et tombent dans la vulgarité facile et les gags archi prévisibles. Un film qui ne tient pas les promesses de son titre impertinent et de son début, et donc... allez voir "Le mariage de Tuya"!

    -L’info Oscars de la semaine :

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     « Persépolis », le film d’animation de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, prix du jury du Festival de Cannes 2007, a été retenu par le CNC pour représenter la France aux Oscars. C’est le 22 janvier que l’Académie des Oscars dévoilera les nominations dont les 5 films qui concourront pour l’Oscar du meilleur film étranger. « Persépolis » succédera-t-il à « Indochine » dernier film français à avoir obtenu l’Oscar du meilleur film étranger, en 1993 ? A suivre…

    -L’info box office de la semaine :

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     En 5 jours, le jubilatoire « La vengeance dans la peau » de Paul Greengrass dont  la projection deauvillaise avait été ponctuée d’applaudissements effrénés, le troisième volet des mésaventures de Jason Bourne a totalisé 480 471 entrées sur 509 salles en 5 jours.

    -L’info festivalière de la semaine

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    Le Festival du Film Britannique de Dinard dévoile aussi peu à peu son programme et son jury.

    Le jury sera présidé par Josiane Balasko et composé (pour l’instant) de : Cécile Cassel, Sylvie Testud, Laurent Gerra, Linh Dan Pham, Claire Nebou, Robin Renucci, Imelda Staunton, Michael Grigsby… Un(e) juré( e) sélectionné ( e) par la rédaction Ouest-France de Saint-Malo (comme je le fus en 1999)  sur lettre de motivation viendra compléter le jury.

    Programme provisoire du Festival du Film Britannique (en cliquant sur le nom du film vous accéderez aux fiches du site internet officiel du Festival du Film Britannique de Dinard )

    Films en compétition

    Jane (Becoming Jane)
    de
    Julian Jarrold
    Avec Anne Hathaway, James McAvoy, Julie Walters, James Cromwell, Maggie Smith

    Rendez-vous à Brick Lane (Brick Lane)
    de
    Sarah Gavron
    Avec Tannishtha Chatterjee, Satish Kaushik, Christopher Simpson, Harvey  Virdi

    Far North
    de
    Asif Kapadia
    Avec Michelle Yeoh, Sean Bean, Michelle Krusiec, Sophie Wu, Bjarne Østerud

    Hallam Foe
    de
    David Mackenzie
    Avec Jamie Bell, Sophia Myles, Ciaran Hinds, Jamie Sives, Ewen Bremner, Claire Forlani

    Once
    de
    John Carney
    Avec Glen Hansard, Markéta Irglovà…

    The Midnight Drives
    de
    Mark Jenkin
    Avec Colin Holt, Sam Mills, Megan Robertson, Alex Reid, Mary Woodvine, John Woodvine, Mark Pearce

    Avant-premières

    How About You      
    de Anthony Byrne
    Avec Vanessa Redgrave, Imelda Staunton, Brenda Fricker, Hayley Atwell, Joss Ackland

    I Really Hate My Job
    de Oliver Parker
    Avec Neve Campbell, Shirley Henderson, Danny Huston, Alexandra Maria Lara, Anna Maxwell Martin, Oana Pellea

    It’s a Free World
    de Ken Loach
    Avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zureck…

    L’Heure zéro
    de Pascal Thomas
    Avec Laura Smet, Chiara Mastroianni, Melvil Poupaud, François Morel, Danielle Darrieux, Alessandra Martines

    Mark Of Cain
    de Marc Munden
    Avec Matthew McNulty, Gerard Kearns, Shaun Dooley, Leo Gregory

    Mon meilleur ennemi (My enemy’s enemy)
    de Kevin Macdonald

    Ne jamais s’excuser (Never Apologize)
    de Mike Kaplan
    Avec Malcolm McDowell

    Ruby Blue
    de Jan Dunn
    Avec Bob Hoskins, Josiane Balasko, Jody Latham, Josef Altin…

    This is England
    de Shane Meadows
    Avec Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley, Andrew Shim, Vicky McClure, Joseph Gilgun…

    Garage de Lenny Abrahamson

    Avec Conor Ryan, Patt Shortt, Ann-Marie Duff

    Le site internet du Festival du Film Britannique de Dinard avec cette année la feuille du festival, version web.

    Sandra.M