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  • Critique en avant-première- “In the air” de Jason Reitman avec George Clooney, Vera Farmiga, Anna Kendrick…

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    Quoi de mieux pour s'évader en cette période hivernale que d'aller voir un film intitulé « in the air » ? Détrompez-vous pourtant, il vous ramènera au contraire à la réalité de notre époque, à l'image de « Thank you for smoking » et « Juno », les deux premiers longs métrages de Jason Reitman qui se penchaient déjà sur des maux de notre société. Ce film n'en est pas moins réussi et divertissant mais pas seulement car surtout d'une nuance salutairement audacieuse contrairement à « Thank you for smoking » que j'avais trouvé finalement très conventionnel, démagogique et politiquement correct à force de revendiquer si ostensiblement ne pas vouloir l'être. Pour cette troisième réalisation, Jason Reitman a donc choisi d'adapter le roman de Walter Kirn « Up in the air ».

    Le protagoniste d' « In the air », Ryan Bingham est un professionnel du licenciement, il est ainsi chargé par des sociétés d'annoncer à leurs employés qu'ils vont être licenciés. Sa profession l'amène à parcourir les Etats-Unis et à passer beaucoup de temps dans les airs, dans les aéroports, les hôtels des aéroports, les bars des aéroports. Il collectionne les miles et atteindre les 10 millions de miles est son rêve le plus cher. Cette vie lui permet de fuir tout engagement : mariage, propriété, famille mais lorsque, lors d'un de ses nombreux voyages,  il rencontre son double féminin Alex (Vera Farmiga), tout se complique d'autant plus que, dans le même temps, son patron (Jason Bateman) l'incite à faire évoluer ses méthodes. Sur les conseils d'une jeune collaboratrice ambitieuse Natalie Keener (Anna Kendrick), il décide ainsi de faire désormais les licenciements par vidéo conférence, ce qui l'amènera à limiter ses voyages. Dans un premier temps Natalie l'accompagne...

    A lire ce synopsis, probablement vous attendez-vous à voir une énième comédie romantique dont le cynique protagoniste ouvre subitement les yeux sur le monde qui l'entoure et termine son existence  heureux et avec plein d'enfants de celle dont il est tombé amoureux, évidemment au premier regard. Alors, pour la deuxième fois, détrompez-vous et c'est là le grand atout d' « In the air » que celui de jouer avec les codes. Les codes d'un genre cinématographique d'un côté, les codes de notre société de l'autre.

    « In the air » est en effet une parfaite métaphore d'une société mondialisée qui n'a jamais communiqué si rapidement avec autant de moyens pour y parvenir. Nous n'avons jamais eu autant de moyens et de facilités à communiquer et voyager mais ces communications et ces voyages restent souvent illusoires et superficiels. Ne restent bien souvent que des images parcellaires des lieux et des personnes croisés telles ce que nous voyons du haut d'un avion. Un survol plus qu'un vol. A l'image de tous ces lieux que parcourt Ryan : uniformisés, froids, sans âme où il arrive et repart, sans attache.  Même l'amour se calcule par critères et en termes de rapidité comme dans cette scène où Natalie énumère les critères de son homme idéal tel un produit de consommation.

    Et puis il joue avec les codes du genre cinématographique, « in the air » mêlant habilement documentaire (les témoignages sont, pour la plupart, ceux de vrais licenciés ancrant ainsi l'intrigue dans une vraie réalité économique et lui donnant judicieusement cette humanité dont le film dénonce l'absence dans notre société actuelle qui veut aller toujours plus vite quitte à annoncer des licenciements par ordinateur) répondant aux codes de la comédie romantique pour mieux nous dérouter, et, en un plan magistral, nous montrer la violence fracassante du retour sur terre lorsqu'on a pour habitude de survoler et fuir la réalité. Et c'est pour cela que je parle d'audace... Quand je vois les films d'une société de production française que je ne citerai pas mais que vous reconnaîtrez tous qui construit toutes ses productions sur le même modèle (un pitch accrocheur, un scénario qui ne l'est pas forcément, des têtes d'affiche et  des personnalités venant de l'univers télévisuel, des décors exotiques ...), écrire et produire des scénarii nuancés relève de l'audace. Le film y gagne, à l'image de son personnage principal, en profondeur et en lucidité sur le monde qui l'entoure et nous entoure.

    « In the air » n'en est a pour autant un film démoralisant. Certes lucide sur notre société matérialiste, uniformisée et individualiste, il n'en est pas moins par moments (peut-être justement de par cette lucidité) irrésistible, le scénario regorgeant de bonnes idées, d'instants jubilatoires et les trois acteurs principaux étant parfaits dans leurs rôles respectifs avec une mention spéciale pour George Clooney qui, de par ses  choix de rôles, se construit une carrière des plus cohérentes, et est ici parfait en homme a priori cynique (mais pas tant que ça pour ne pas forcer le trait et rester dans la nuance) qui voit ses certitudes et son style de vie être ébranlés. Les décors et la lumière épousent intelligemment ce passage du contrôle au chaos, de la frénésie de son existence à davantage de calme, de réflexion, d'un univers déshumanisé à l'humanisation. Si la prise de conscience reste assez prévisible, les chemins pour y parvenir sont traités avec une nuance réjouissante pour le spectateur,  le cinéaste ayant par ailleurs l'intelligence de ne pas faire un discours moralisateur et  de ne pas nous dicter un choix de vie plutôt qu'un autre.   Ajoutez à cela une bande originale particulièrement réussie, des dialogues délectables et vous serez forcément ravis de ce voyage dans les airs.

    Résultat : 6 nominations aux Golden globes (dont celles de meilleur acteur dans un drame pour George Clooney et celle meilleur film). Rendez-vous dès demain matin pour en voir les résultats sur inthemoodforcinema.com !

    Sortie en salles: le 27 janvier 2010

    Article lié à celui-ci:

    La conférence de presse de George Clooney et la présentation de "Michael Clayton" au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2007

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  • Alain Delon au Festival Premiers Plans d'Angers 2010 pour l'hommage à Jean-Pierre Melville

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     Alain Delon viendra au Festival Premiers Plans d'Angers pour rendre hommage au cinéaste Jean-Pierre Melville. Les 14 films de Melville sont ainsi projetés dans le cadre du festival ainsi que des films de ses "héritiers": Scorsese, Jarmusch, Tarantino...

    Alain Delon inaugurera cet hommage le samedi 23 janvier, à 14h, au centre des Congrès. La présentation du "Cercle rouge" sera suivie d'une rencontre avec ce dernier... Etant une inconditionnelle du cinéma de Melville, d'Alain Delon et "Le cercle rouge" étant un de mes films préférés, je vais essayer d'être présente... A suivre!

    Je vous propose également, ci-dessous,  mon analyse de "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville.

    Liens:

    Articles liés  à Alain Delon sur inthemoodforcinema.com :

    Documentaire sur Alain Delon

     « Les Montagnes russes », 

     « Sur la route de Madison »,

    « Love letters ».

     « La Piscine » de Jacques Deray

     Le Guépard » de Visconti

    Soirée Paramount du lancement du DVD de "Borsalino"

    Le programme de la rétrospective Jean-Pierre Melville au Festival Premiers Plans d'Angers

    Analyse de "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville

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     L'armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969) , d'après le roman de Joseph Kessel de l'Académie Française, avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Jean-Pierre Cassel, Simone Signoret, Paul Crauchet, Claude Mann, Christian Barbier, Serge Reggiani/ Musique: Eric Demarsan/ Directeur de la photographie: Pierre Lhomme/ Décors: Théobald Meurisse.

    Synopsis d’un scénario ciselé

    Octobre 1942. " Ingénieur distingué des Ponts et Chaussées, soupçonné de pensée gaulliste, semblant jouir d’une certaine influence ", Philippe Gerbier (Lino VENTURA) est interné dans un camp français puis transféré au quartier général de la Gestapo de l’hôtel Majestic à Paris. Il s’en évade en tuant une sentinelle et en sacrifiant l’autre homme arrêté. A Marseille, il est chargé avec Félix (Paul CRAUCHET) et Le Bison (Christian BARBIER) d’exécuter Doinot, qui les a trahis. Jean-François (Jean-Pierre CASSEL), un ancien ami de régiment de Félix, entre dans le réseau et réussit sa première mission : livrer un poste émetteur à Mathilde (Simone SIGNORET), membre du réseau de Paris. Il en profite pour rendre visite à son frère, Luc Jardie, grand bourgeois rêveur dont il ignore qu’il est le chef de son réseau de résistance. Gerbier, qui se cache à Lyon sous le nom de Roussel, organise l’embarquement de huit personnes à bord d’un sous-marin pour l’Angleterre ; parmi eux, Luc Jardie (Paul MEURISSE). Pendant ce temps, Félix, arrêté par la Gestapo lyonnaise, est torturé. Mathilde, grâce à un astucieux stratagème, réussit à s’introduire, avec Le Bison et Le Masque (Claude MANN), dans le Q.G. de la Gestapo. Hélas, il est trop tard : Félix est mourant. Jean-François, qui s’était fait arrêter volontairement pour prévenir Félix, est lui aussi torturé. Son sacrifice est inutile : Félix est déclaré intransportable. Jean-François se suicidera sans que personne ne sache ce qu’il est réellement devenu. Gerbier, arrêté au cours d’une rafle, est condamné à mort. Mathilde réussira à le sauver in extremis. Alors qu’il se fait se cachant dans une cabane, Jardie lui annonce l’arrestation de Mathilde ; elle avait commis la faute de garder sur elle la photo de sa fille qu’elle adorait, malgré les conseils de Gerbier qui lui avait demandé de la détruire ; aussi les Allemands en font-ils un moyen de pression. Prétendant reprendre des contacts, Mathilde est relâchée. Jardie démontre qu’il n’y a qu’une seule solution (la tuer)et va même jusqu’à prouver que c’est elle-même qui le demande. Dans une rue proche de l’Étoile, là où le film avait commencé, elle s’effondrera sous les balles du Bison. Ni Jardie, ni Gerbier, ni Le Bison, ni Le Masque ne verront la fin de la guerre...

    Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, L’armée des ombres est un film qui pourrait être considéré comme résolument classique, néanmoins la singularité de traitement de son thème principal et la singularité de traitement formel du temps notamment, nous amèneront à nuancer cette impression et à voir dans quelle mesure le film de Melville est loin d’être consensuel, à l’image des réactions contrastées, parfois même virulentes, qu’il suscita.

    Genèse d’ un film singulièrement instructif

    L’armée des ombres est le onzième film de Melville et le troisième film qu’il consacre à la période de l’Occupation, une période qu’il connaissait bien pour l’avoir vécue dans la Résistance, s’étant engagé à Londres aux côtés du Général De Gaulle . Le premier de ces films fut Le silence de la mer en 1949 adapté du roman de Vercors paru dans la clandestinité, et dans lequel le refus d’un vieil homme et de sa nièce d’adresser la parole à un officier allemand logeant dans leur maison incarnait déjà l’esprit de résistance. Le second fut Léon Morin, prêtre, en 1961, qui était le récit de la fascination d’une veuve pour un jeune prêtre et qui était également situé au cours de cette période trouble. Enfin, l’armée des ombres sortit en 1969. Ce film est l’adaptation du roman éponyme de Kessel publié en 1943, date depuis laquelle Melville n’avait cessé de rêver de son adaptation. Les souvenirs personnels liés à son passé d’agent de liaison constituent l’autre source d’inspiration comme peut le souligner la phrase d’exergue du film empruntée à Courteline : « Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus...vous êtes une jeunesse lointaine. » Il est d’autant plus significatif que ce film soit signé Jean-Pierre Melville que ce nom est celui qu’il avait choisi pour entrer dans la Résistance alors qu’il s’appelait encore Jean-Pierre Grumbach. Melville est ainsi son patronyme de clandestin emprunté à l’auteur de Moby Dick qu’il admirait. Il passa ainsi en Grande-Bretagne en 1942 et participa au débarquement en France et en Italie. Il dira ainsi « dans ce film j’ai montré pour la première fois des choses que j’ai vues, que j’ai vécues. Toutefois ma vérité est, bien entendu, subjective et ne correspond certainement pas à la vérité réelle. D’un récit sublime, merveilleux documentaire sur la Résistance (L’armée des ombres de Joseph Kessel) j’ai fait une rêverie rétrospective ; un pèlerinage nostalgique à une époque qui a marqué profondément ma génération. » Il dira encore : « je l’ai porté en moi 25 ans et 14 mois exactement. Il fallait que je le fasse et que je le fasse maintenant, complètement dépassionné, sans le moindre relent de cocorico. C’est un morceau de ma mémoire, de ma chair. »

    Une image inédite de la Résistance : une Résistance démythifiée

    Même si, de son propre aveu, Melville n’a pas cherché à effectuer une reconstitution réaliste mais plutôt « une rêverie rétrospective, un pèlerinage nostalgique à une époque qui a pourtant marqué ma génération » , ces ombres rappellent fortement celles de personnages ayant réellement existé. Melville s’est en effet inspiré de parcours de résistants. Luc Jardie rappelle ainsi Jean Moulin, aussi bien dans son apparence vestimentaire que dans quelques détails sur sa vie qui parsèment le film. La vie de Lucie Aubrac a également inspiré le récit. Les personnages de L’armée des ombres sont à l’opposé des héros romantiques que symbolisent en général les Résistants. Ils sont d’abord guidés par l’intérêt collectif même si parfois il leur arrive de succomber à des intérêts individuels remettant en cause leurs objectifs, notamment Mathilde dont la fille est menacée même si le doute plane jusqu’à la fin du film quant aux éventuelles dénonciations auxquelles elle se serait adonnées. L’armée des ombres est ainsi autant un film sur la Résistance que sur les contradictions humaines, plus exactement les contradictions entre les intérêts individuels et l’intérêt collectif, contradictions exacerbées dans ces conditions extrêmes. Alors que les films d’après guerre étaient unanimes pour faire l’éloge inconditionnel de la Résistance et par conséquent unanimement manichéens, Melville se refuse à toute complaisance et se refuse à l’héroïsation de ces résistants qu’il ne présente pas comme des hommes exceptionnels mais comme des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. Loin d’assimiler chaque acte de ses personnages à des exploits il en scrute la banalité tragique et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. La séquence au Majestic en fournit un exemple flagrant. Pour se sauver d’une mort certaine Gerbier sacrifie un autre détenu, probablement un résistant comme lui, en lui demandant de courir pour détourner l’attention. Ce geste est précédé d’une suite de regards entre les deux hommes dans un silence pesant en cet instant décisif. Le vol du temps est suspendu, l’instant n’en paraît que plus crucial, la peur des personnages n’en est que plus prégnante. L’horloge est ainsi ostensiblement montrée deux fois, un de leurs « geôliers » baille à plusieurs reprises. Les deux prisonniers sont filmés en champ, contre-champ, l’autre résistant a le visage dans l’ombre préfigurant sa mort si bien qu’il est à peine perceptible tandis que celui de Gerbier est clairement visible. La caméra les scrute, les contourne, les domine. Melville ne glorifie donc pas la Résistance mais en offre une radiographie minutieuse, contrairement à des films comme Paris brûle-t-il ou La bataille du rail dans lesquels les résistants sont irréprochables et passent leur temps à accomplir des exploits. La lecture du dossier de Gerbier arrêté semble être une sorte de prologue puisque, dans le dossier en question, son attitude est qualifiée de « distante », distance avec laquelle Melville nous enjoigne de regarder ces évènements historiques, paradoxalement voir le général, le global, en nous montrant des actions précises. Il ne la décrit pas avec emphase et avec une admiration aveuglée mais il recrée avec un certain réalisme le travail dans l’ombre, des résistants. Plutôt que de situer son film par rapport à des faits historiques, il le centre sur les personnages, leur dévouement, leurs trahisons, leurs peurs, leurs erreurs. Il nous décrit des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas des mythes déshumanisés. Si Melville évite l’écueil du manichéisme et de la glorification, il évite aussi celui du mélodrame, raison pour laquelle les deux frères Jardie pourtant tous deux résistants ignorent tout de leurs activités respectives, ce qui nous épargne une éventuelle séquence larmoyante inadéquate dans cet univers de murmures et d’ombres silencieuses et évanescentes. Melville le dira ainsi lui-même « J’ai voulu éviter le mélodrame, ça vous manque ? ». Cette ignorance de leurs situations respectives est aussi le témoignage que dans cet univers toute fraternité est impossible. Ainsi lorsque Félix sent une main sur son épaule, il s’empresse d’empoigner son revolver, ne pouvant plus croire ou penser d’emblée à un geste de fraternité mais se croyant forcément l’objet d’une agression de l’ennemi. Les résistants sont donc ici loin d’être irréprochables et un parallèle est même parfois implicitement établi avec ceux qu’ils combattent. Ainsi, lorsque les résistants conduisent le jeune homme qui les a trahis au lieu de son exécution ce dernier croise le regard d’une jeune fille, regard exprimant de la pitié, celle-ci croyant certainement à une arrestation , façon d’assimiler leurs méthodes à celles de l’ennemi. L’assassinat du traître donne ensuite lieu à une séquence magistrale. Cette scène lourde de non dits et d’angoisses de part et d’autre se déroule dans une pièce qui rappelle la chambre ascétique et austère du Samouraï et donc qui insinue ainsi que leurs méthodes franchissent les frontières de la loi. Tout est fait pour que sa mort suscite notre compassion et notamment l’indécision interminable de ces défenseurs de la liberté (indécision quant au moyen à employer pour procéder au meurtre) qui doivent en l’espèce devenir des assassins. Il est jeune, ne tente pas de se débattre et ne tente pas de se sauver, et on ne nous renseigne pas sur la faute qu’il a commise et tout concourt dans la mise en scène à ce que nous croyions que Félix, qui vient l’arrêter, soit un policier. La compassion suscitée chez le spectateur atteint son paroxysme lorsque, alors que le « traître » n’avait pas prononcé une parole, sa mort s’ensuit de l’écoulement de larmes sur ses joues. On est alors plus que jamais plongés dans un univers de contradictions où il faut employer les méthodes de l’ennemi pour en combattre l’action. La Gestapo et les Résistants sont en effet obligés de recourir aux mêmes méthodes, à savoir des enlèvements et des exécutions sans jugements. La séquence au cours de laquelle Félix est arrêtée et torturée fait ainsi écho à celle où lui-même avait dû tuer le jeune traître. Loin d’être toutes utiles, héroïques et récompensées leurs actions sont ici parfois viles, silencieuses, et inutiles. Ainsi, Jean-François se sacrifie inutilement pour Félix qui sera lui-même torturé. Il y a bien un but à tous ces actes (la Libération de la France) mais il semble démesurément lointain alors que chaque petite action paraît être payée d’un prix exorbitant. Tout est devenu irrationnel et le titre du livre de Jardie que Gerbier feuillette dans sa cachette « Essai sur la logique et de la théorie de la science » semble venir cyniquement en contrepoint, parce-que tout est alors justement irrationnel, « illogique ». Gerbier lui-même, protagoniste de l’histoire, ne survit qu’au prix d’une humiliation qui ébranle la confiance en lui-même. Il courra sous les balles de l’ennemi alors qu’il s’était promis de rester impassible. Ses amis ont compté sur sa faiblesse en lui lançant une corde à l’endroit jusqu’auquel ils avaient prévu qu’il courrait. Même un résistant doit trahir son courage pour continuer de servir sa cause. Même Jardie à qui Gerbier voue une immense admiration sera présent dans la voiture qui les conduira jusqu’à Mathilde pour la tuer, ce qui fera dire à Gerbier « Vous dans cette voiture de tueurs, il n’y a donc plus rien de sacré dans ce monde. » A la fin aucun d’entre eux ne survivra… même si Gerbier sauvera sa conscience cette fois mort en ne courrant pas. On nous précise même les atroces souffrances de certains, ainsi Le Bison est « décapité à la hache ». Jardie, quant à lui, est mort en ne donnant qu’un nom « le sien ». L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Melville nous montre donc la Résistance dans son effroyable banalité, dans sa terrifiante humanité, sans fards, sans artifices dramaturgiques ou mélodramatiques, sans grandiloquence élogieuse, par le truchement d’un film qui a une allure de tragédie. C’est le quotidien d’hommes et femmes qui risquent leur vie pour des exploits minuscules comme transporter un poste de radio, à l’image de Jean-François dont ce sera la première action de résistance et qui déjà risquera deux fois d’être arrêté. Melville démythifie la Résistance en nous montrant des hommes qui non seulement doivent abattre des traîtres mais qui doivent également constamment se battre avec eux-mêmes, leurs doutes, leurs peurs, leurs lâchetés. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. La musique entêtante et angoissante, et les couleurs d’un froid cinglant du film renforcent cette impression. Pas plus que la résistance n’y est dépeinte comme constamment héroïque et irréprochable, la France n’est dépeinte unanimement au service de sa Libération. Melville montre ainsi l’engagement de fait de l’administration française dans la répression contre les juifs (camp d’internement en zone Sud géré par l’administration et la gendarmerie française qui remettent Philippe Gerbier à la Gestapo ou encore en montrant l’action de la milice, notamment lors d’un contrôle d’un restaurant de Lyon qui amène à l’arrestation de Gerbier. Soulignons néanmoins que d’un autre côté Melville montre également la France qui venait en aide aux résistants : le coiffeur, le douanier complice, les fermiers qui hébergent les aviateurs alliés en attente de départ pour Londres, le châtelain qui utilise ses terres pour faire atterrir les alliés.

    La mise en scène d’un film noir : le Résistant, emblême paroxystique de la solitude du (anti)héros melvillien.

    C’est donc un univers sombre, cruel, sordide qui nous est dépeint et qui n’est pas sans rappeler l’univers de gangsters que Melville s’attache habituellement à filmer que ce soit dans le Doulos, le Samouraï ou Le deuxième souffle etc. On songe ainsi à la phrase d’exergue du Samouraï : « il n’y a pas pire solitude que celle du tigre ». Les hommes de la résistance sont là aussi plongés dans ce « cercle rouge », ce « cercle de la mort où les hommes ont la chance de tous se retrouver un jour ». Tant de similitudes avec ce cinéma policier qu’il affectionnait tant firent dirent à certains qu’il réalisait un « film de gangsters sous couverture historique » … à moins que ses « films de gangsters » n’aient été à l’inverse le moyen d’évoquer cette idée de clandestinité qu’il avait connu sous la Résistance. Dans ses précédents films, Melville se serait donc abrité derrière des intrigues policières comme il s’abritait derrière ses indéfectibles lunettes, pour éviter de raconter ce qui lui était le plus intime. L’armée des ombres se distingue certes par son sujet des films « de gangsters » de Melville mais dans son traitement, il se rapproche davantage du film noir que du film de guerre. On retrouve en effet les thèmes chers au cinéaste : la fidélité à la parole donnée, les codes qui régissent les individus vivant en communauté et les mêmes acteurs jouent dans ses deux « catégories » de films, encore faudrait-il y voir deux catégories distinctes et nous allons voir que les points communs foisonnent. Ainsi Paul Meurisse et Lino Ventura étaient déjà à l’affiche du Deuxième souffle et Serge Reggiani avait interprété un rôle dans le Doulos. Par ailleurs, les poursuites rappellent celles entre policiers et truands. Ainsi certaines scènes de L’armée des ombres, sorties de leur contexte pourraient très bien figurer dans un film policier notamment lorsque Félix est arrêté dans une rue tranquille puis encadré et entraîné brutalement par deux hommes surgis de nulle part vers une voiture qui démarre en trombe. La chambre où le traître est exécuté rappelle ainsi celle de Jeff Costello/Delon dans Le Samouraï. Leur allure vestimentaire rappelle également celle des gangsters, notamment le chapeau qu’arbore la plupart du temps les Résistants du film et qui renvoie au fameux chapeau de Jeff Costello dans Le Samouraï. Gangsters et Résistants sont obsédés par le secret et les uns et les autres ont bien souvent une double vie. Les personnages vivent ici aussi dans la clandestinité afin de pouvoir réaliser leur objectif qui est de libérer la France tout comme ils vivent en clandestinité quand ils sont dans l’illégalité. Enfin les protagonistes de ces deux types de films sont également soumis à la solitude, à l’angoisse, au danger. Les Résistants ne sont pas ici des jeunes aventuriers intrépides comme on l’a souvent vu au cinéma. Melville casse délibérément cette image. Il montre des combattants de l’ombre dans leur quotidien. Ils se cachent, fuient, attendent dans un silence quasi absolu. On les voit douter des leurs convictions et parfois poussés par la peur à trahir, trahison qui engendre une exécution par la suite. On retrouve également l’influence du cinéma américain de ce cinéaste qui était un grand admirateur de Wyler. Melville rend même explicitement hommage au cinéma américain en reprenant le son du Coup de l’escalier dans la scène de l’ambulance où Mathilde vient sauver Félix. Ce son saccadé, haché, semble faire écho aux battements de cœur des Résistants que nous imaginons derrière leur impassibilité de façade. Ils martèlent aussi le temps qui passe et l’étirement des secondes dont chacune d’entre elles peut être décisive ou fatale. Tout comme le montrera ensuite Louis Malle avec le controversé Lacombe Lucien, la frontière entre le traître et le héros, l’homme de loi et le hors la loi, est bien fragile, surtout à cette époque troublée au cours de laquelle Melville nous montre ainsi qu’elle devait parfois être franchie, ainsi le nécessitait le passage de la lumière à l’ombre pour ensuite revenir à une autre lumière, celle de la Libération.

    La forme au service du fond : des ombres et des silences au service d’une armée secrète

     Du film émane une lancinante mélancolie. L’esthétique est en effet ici au service de la suggestion plutôt que de la démonstration ostentatoire, le son au service du murmure qui sied au secret de l’action alors qu’une musique démonstrative aurait été au service de l’action tonitruante. Le temps semble s’étirer jusqu’au malaise autant pour le spectateur que pour les personnages comme dans la scène de l’assassinat du traître où le spectateur est en empathie avec lui de même qu’il est en empathie avec celui que Gerbier sacrifiera pour s’enfuir du Majestic. La musique de Eric Demarsan, parfois dissonante, renforce cette impression de noirceur, d’harmonie impossible.

    Une mise en scène épurée au service d’une atmosphère claustrophobique

    La claustrophobie psychique des personnages se reflète dans les lieux de l’action et est renforcée d’une part par le silence, le secret qui entoure cette action et d’autre part par les « couleurs », terme d’ailleurs inadéquat puisqu’elles sont ici proches du noir et blanc et de l’obscurité. Le film est en effet auréolé d’une lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit, des rues éteintes, de ces ombres condamnées à la clandestinité pour agir. Ainsi, lors de la scène du meurtre du traître, ils sont enfermés dans une petite pièce obscure, fermée par une porte aux vitraux colorés, comme si elle symbolisait cet extérieur vivant et lumineux qui leur est désormais inaccessible. Ils sont condamnés à l’ombre. Les personnages sont souvent pris au piège. Ainsi quand Gerbier ne doit pas se cacher, il est le plus souvent prisonnier. Les personnages sont constamment confrontés à leurs propres angoisses et peu nombreux sont les Français hors de leur « cercle rouge », de leur armée du moins, qui s’y immiscent pour leur venir en aide : la famille de fermiers, les châtelains ou d’autres qui , comme le barbier interprété par Serge Reggiani, préfèrent ignorer leur action même s’ils les aident ponctuellement. L’armée des ombres se démarque ainsi des films qui montrent une majorité de Français soutenant une Résistance invariablement héroïque. Par ailleurs le temps est constamment distendu renvoyant le spectateur à ses propres angoisses. Tavernier ira même jusqu’à dire qu’il stylise autant que Bresson dans Le condamné à mort s’est échappé. Dès le premier plan on éprouve cette sensation d’étirement du temps. La place est d’abord vide puis on entend les bruits de bottes hors champ puis on distingue les soldats allemands qui arrivent vers nous. C’est un plan fixe. Puis vient le générique mais le décor est alors gris et il pleut abondamment. L’atmosphère, sombre, pluvieuse, est déjà plantée. Le récit lui-même est claustrophobique, enfermé sur lui-même et semble sans issue. Ainsi, en effet, le film commence par une trahison et par le meurtre de celui qui a donné un résistant et il s’achève par l’exécution « nécessaire » de Mathilde par ses propres compagnons. Le film commence à l’arc de triomphe et s’achève à l’arc de triomphe. Par ailleurs les deux indices temporels sont ceux du début, le 20 octobre 1942 et de la fin, le 23 février 1943, un peu moins d’une année qui enferme le récit et les personnages dans leurs tragiques destins. Un sentiment oppressant se dégage du film et pas même les panneaux de la fin ne viendront le démentir puisqu’ils nous annoncent la mort de tous les protagonistes, le plus souvent torturés et exécutés. Ils nous renvoient ainsi au défilé militaire du début et ce qui s’est passé entre les deux semble n’y avoir rien changé, ce qui exacerbe encore l’horreur vaine des actes commis.

    L’implicite et le silence au service de la polysémie

    La grande force de ce film réside dans ses silences, ses non dits qui engendrent des scènes judicieusement polysémiques. Cet implicite concerne tout d’abord la violence. Alors que Claude Berri dans Lucie Aubrac n’avait pu s’empêcher de montrer la torture elle n’est ici que suggérée, notamment par le visage tuméfié de Félix ou encore de Jean-François lorsqu’ils sont arrêtés par la Gestapo. Le film est à l’image de la première scène qui nous désigne d’abord les Champs Elysées déserts. Du hors champ provient ensuite le son de pas cadencés, qui entrent progressivement dans le champ sous la forme d’une colonne de soldats allemands. Cette scène se répètera plusieurs fois d’une certaine manière : là où les personnages se taisent, les images et le son hors champ disent. Ainsi en est-il dans cette scène magnifique om Gerbier s’échappe du Majestic et se réfugie chez un barbier interprété par Serge Reggiani. Après un long travelling qui accompagne sa fuite, tandis que des bruits de hurlements et de cris fusent à l’extérieur, Gerbier se fait raser la barbe et aperçoit le portrait de Pétain. Les deux hommes ne s’adressent pas la parole mais la tension est à son comble. Son rasage terminé, Gerbier tend un billet au barbier qui lui répond qu’il va descendre à l’étage inférieur pour aller chercher de la monnaie. Gerbier lui dit que cela n’est pas la peine. Le barbier descend quand même et lui rapporte un manteau. Dans un film résolument manichéen il serait descendu pour téléphoner et le dénoncer. Ici, il lui a sauvé la vie. Tout aussi significatif est le silence entre Gerbier et Mathilde et de leurs mains qui se tiennent furtivement après que cette dernière l’ait aidé à s’évader et à échapper à une mort certaine. Même les gestes d’affection s’effectuent dans l’ombre et dans le silence. L’ambiguïté culmine à la fin du film. Arrêtée par la Gestapo, Mathilde ressort au bout de deux jours, saine et sauve. On ignore si elle a parlé. Ses amis de la Résistance seront contraints de l’abattre. Les apercevant elle ne fuit pas. Son regard exprime un questionnement, une terreur indicible, une supplique : le doute plane. Lors du tournage Melville lui-même aurait laissé toute liberté à Simone Signoret dans l’interprétation de la scène. Jardie après avoir dit « Nous allons tuer Mathilde parce-qu’elle nous en prie » avouera à Gerbier « ce n’est qu’une hypothèse. » Le meurtre de Mathilde évoque d’ailleurs le degré de cynisme que les circonstances leur ont fait atteindre. Seul Le Bison, alors le plus proche de la criminalité, est horrifié par cette décision déclarant « Je tuerai tous les types que vous voulez, mais pas elle ». Cette scène met ainsi en exergue la déshumanisation de ceux qui agissent pour défendre l’humanité et qui dont dû franchir pour y arriver les frontières qu’ils voulaient rétablir. La scène est d’autant plus significative que c’est Luc Jardie, surnommé par son frère « Saint-Luc », qui le persuade de la nécessité de son exécution.

    La réception du film : un film sujet à polémique

    La polémique résulte de deux aspects presque antinomiques : la fidélité de Melville au Général de Gaulle et la vision contrastée et humanisée, démythifiée, de la résistance, le deuxième aspect atténuant en effet le premier. Dans l’Express du 15 septembre 1969, Claude Veillot dira ainsi « Melville réveille ses ombres », ombres d’une époque pas si lointaine qui , aujourd’hui encore hantent le cinéma et même la télévision au regard des nombreux films consacrés à ce sujet, notamment à Jean Moulin. Tout d’abord le film remporta un vif succès auprès du public. Tourné en extérieur en France et aux studios de Boulogne, de janvier à mars 1969, il fut présenté pour la première fois à Paris le 12 septembre 1969. Sorti en septembre 1969, il totalisa ainsi 1401822 spectateurs, notamment 338535 à Paris. Les critiques, quant à eux, reprochèrent à Melville, son indéfectible fidélité au Général de Gaulle qui incarnait certes la Résistance française mais à l’époque davantage encore celui qui était au pouvoir lors des évènements de Mai 1968. Un film en rupture avec l’image de la Résistance dans le cinéma Français et avec les simplifications manichéennes d’après guerre. René Clément fut l’un des premiers à évoquer la Résistance avec La bataille du rail (1946) consacré à la lutte des cheminots contre l’occupant, le Père tranquille (1946) qui raconte la vie d’un quinquagénaire tranquille en réalité chef d’un réseau de la Résistance et Les Maudits( 1947). Avant lui Un ami viendra ce soir de Raymond Bernard en 1945 et Jéricho d’Henri Calef la même année avaient déjà montré les Français comme unanimement engagés contre la guerre. Les films qui succédèrent à ceux-ci empruntèrent la même optique d’idéalisation montrant une France unanimement engagée contre l’occupant, une image flatteuse et héroïque. Avec L’armée des ombres Melville apporte une note discordante sur la Résistance et plus largement sur l’attitude des Français pendant la guerre, un film qui s’éloigne des images et des simplifications unanimement manichéennes d’après-guerre, même si trois ans auparavant avec La ligne de démarcation Chabrol avait déjà ouvert la voie. Il trouve ensuite un écho avec Le chagrin et la pitié d’Ophuls en 1971. Le cinéma évolue et derrière le masque du Résistant irréprochable apparaissent bientôt luttes internes, délateurs et marché noir. Uranus de Claude Berri, en 1990, et son aspect grandguignolesque noircit encore le tableau ne faisant pas preuve de la même nuance que Melville. Louis Malle avec Lacombe Lucien raconte l’histoire d’un jeune paysan qui cherche à entrer dans la Résistance et qui, n’y parvenant pas, rejoint les miliciens qui traquent les militants. Ainsi en 1974 Michel Foucault dans un entretien accordé aux Cahiers du cinéma de juillet août 1974 disait à propos de Lacombe Lucien et Le chagrin et la pitié « Quand on voit ces films, on apprend ce dont on doit se souvenir. Ne croyez pas tout ce qu’on vous a raconté autrefois. Il n’y a pas de héros. » Il faudra attendre Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré en 1982 pour que la comédie ose s’emparer du sujet...même si on se souvient du grinçant La traversée de Paris de Claude Autant-Lara en 1943 qui évoquait le marché noir et la passivité collective. A la suite de Melville apparaît donc un cinéma à l’image de la réalité, moins dichotomique et idyllique que ce qu’on aimerait y voir.

    Le gaullisme : sujet dichotomique et délicat dans cette période d’après 68

     Comme le souligneront notamment les Cahiers du cinéma d’octobre 1969, pour beaucoup de critiques L’armée des ombres est alors l’image de « la résistance telle que vue et jouée par les gaullistes, et le premier et plus bel exemple cinématographique de l’Art gaulliste, fond et forme. » ou encore « une résistance digne, compassée, pisse-froid, de bon ton et bonne conduite où l’on finit par tuer mais « proprement » et la mort dans l’âme, un combat noble pour les nobles, une cause non seulement « sacrée » mais un Dieu (épisode de Londres où De Gaulle « apparaît aux compagnons) etc ». Même si le personnage de Luc Jardie renvoie implicitement à Jean Moulin le seul à être explicitement évoqué est en effet le général De Gaulle même si son nom n’est jamais cité. Le nom de De Gaulle évoque alors davantage celui qui a démissionné le 28 avril 1969 qu’un symbole de la Résistance. De Gaulle apparaît d’abord dans l’embrasure d’une porte, ce qui permet furtivement de le reconnaître puis on le voit en amorce et on devine une stature imposante en voyant le regard de Luc Jardie se dirigeant vers le hors champ, en hauteur, vers « le ciel » (pour filer la métaphore des Cahiers) de celui qui lui remet une médaille. Cette scène a d’ailleurs fait beaucoup rire le public à sa sortie. On peut d’ailleurs encore y voir une référence au cinéma américain qui avait pour habitude de mettre en scène des personnages historiques pour donner un poids historique à ses films. On assiste donc à une critique divisée entre ceux pour qui il s’agit d’un film « d’une simple dignité » comme Jean de Baroncelli le 16 septembre 1969 ou ceux pour qui, comme Marcel Martin dans Les lettres françaises, il s’agit d’un « échec complet ». Dans Le Figaro Louis Chauvet le qualifia de « description interminable du superflu au détriment de l’essentiel ». Peut-être est-ce d’ailleurs au contraire ce qui fait l’intérêt du film, nous montrer les détails au service du général, la banalité au service de l’héroïsme. En tout cas, il est indéniable comme le souligna Etienne Fuzelier dans L’Education que ce film « aurait été impossible tout de suite après la guerre ». Celui qui se définissait comme un « bourgeois artiste » a donc signé un film à son image : singulier, mystérieux, ombrageux qui comme tout grand film n’aura pas laissé ses contemporains indifférents.

    Pour reprendre l’expression employée par Renoir dans French Cancan, le film de Melville, en apportant un éclairage différent à l’Histoire a encore une fois montré « le rôle social des illusionnistes » …

  • Inthemoodforcinema dans les coulisses de France 2 et du JT de 13h avec Elise Lucet et Lilian Thuram

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    Il y a deux jours, j'apprenais que j'étais choisie par France 2 pour visiter les coulisses du 13h d'hier midi, rencontrer sa présentatrice Elise Lucet et l'invité du jour Lilian Thuram venu évoquer son livre « Mes étoiles noires ». Une visite impromptue à France Télévisions qui place décidément cette semaine sous le signe de la télévision puisque je viens de rejoindre l'équipe de TV Mayenne pour m'occuper de la rubrique cinéma ( une nouvelle télévision sur le web qui vient de recevoir l'agrément du CSA et qui émettra à partir de début février, je vous en reparlerai plus en détails notamment à cette occasion, une nouvelle aventure qui m'enchante, un passionnant projet que celui de participer à un nouveau média qui me passionne d'autant plus que c'est dans ma région d'origine où j'ai depuis longtemps l'envie de développer des projets dans le domaine cinématographique ;  je n'en abandonne pas pour autant l'écriture -ni Paris!-, bien au contraire avec notamment un projet de court et un autre de long-métrage (une comédie romantique se déroulant dans cette même région) qui me tiennent particulièrement à cœur.  A bons entendeurs...)!

    Moi qui suis depuis très longtemps passionnée d'information et qui suis une inconditionnelle des journaux télévisés de France 2 avec une préférence pour ceux d'Elise Lucet, Laurent Delahousse et Marie Drucker qui ont en commun de poser des questions pertinentes et incisives avec beaucoup de psychologie... cette perspective m'enchantait évidemment... Elise Lucet a par ailleurs la particularité de donner la sensation de faire preuve d'une empathie rare pour ses invités quels que soient leurs domaines... et de trouver le ton juste entre une nécessaire neutralité journalistique et un soupçon d'émotion contrôlée qui humanise son journal.

     Depuis quelques mois, je trouve d'ailleurs que les journaux de France 2 ont trouvé un réel équilibre entre l'actualité nationale et internationale (trop souvent délaissée et dédaignée par le journal  d'une célèbre chaîne concurrente dont je me demande encore comment son 13h si soporifique  traitant si souvent de sujets anecdotiques peut encore faire une telle audience) entre l'information pure et des dossiers de qualité oscillant eux-mêmes entre magazines et documentaires d'investigation, sans oublier les 5 minutes du 13 h qui apportent toujours une salutaire respiration dans une actualité souvent lourde. Le journal du dimanche avec son magazine « 13h15 le dimanche » a aussi montré que l'on pouvait faire du jt un vrai magazine d'information sans tomber dans la démagogie ou le divertissement et les face-à-face  entre un politique et un invité d'un domaine différent, s'y révèlent toujours instructifs.

     J'étais donc particulièrement curieuse de découvrir les coulisses du 13h, surtout au lendemain d'un « A vous de juger » qui a suscité pas mal de remous (Vincent Peillon qui devait débattre avec Eric Besson ayant fait faux bond au dernier moment, annonçant son absence pendant le direct par un communiqué de l'AFP, ne permettant pas à la chaîne de prendre les  dispositions nécessaires pour le remplacer, et demandant par la même occasion la démission de la directrice de l'information de France 2 : Arlette Chabot).

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     Le plateau du 13h est le seul à ne pas se trouver dans les sous-sols de France Télévisions (comme celui du 20H que j'ai également visité  et à avoir vue sur la Seine. Une ouverture vers l'extérieur à l'image de ce que représente ce journal. L'actualité internationale primait évidemment hier avec la catastrophe haïtienne. Sur le plateau où défilaient des images, parfois insoutenables, souvent bouleversantes, régnait une émotion palpable mais ce qui m'a surtout étonnée c'est l'impression de sérénité qui domine sur le plateau, qui s'apparente d'ailleurs sans doute davantage à de la concentration. Rien de grave ne semble pouvoir arriver en ce lieu qui devient, l'espace de quelques minutes, le réceptacle des drames de la planète. Dans les coulisses, outre Haïti, la défection de Vincent Peillon de la veille est donc évidemment au centre des conversations.

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    Lilian_Thuram.jpgC'est aux premières loges, à côté des invités dont Lilian Thuram, dans le salon exigu installé sur le plateau, juste derrière les caméras, que j'ai ainsi assisté au déroulement du JT. Ce dernier, invité des 5 dernières minutes, a ensuite rejoint Elise Lucet pour évoquer son livre  « Mes étoiles noires ». Un livre qui (oserai-je l'avouer), à l'image de son engagement social ou politique, m'intéresse davantage que ses exploits sportifs (quoique son match contre la Croatie en 1998 est probablement un des rares que j'ai regardés).  Ce livre aspire à « enrichir nos connaissances et nos imaginaires » pour « lutter contre le racisme et l'intolérance ». A partir d'entretiens avec des spécialistes et des historiens, Lilian Thuram a ainsi dressé des portraits  d'hommes et de femmes, des « étoiles noires » qui serviront de repères, de modèles pour « changer les imaginaires » et « casser les préjugés », que ce soit ceux que l'Homme projette sur lui-même ou sur les autres...Lilian Thuram évite intelligemment l'écueil du plaidoyer  pour le communautarisme ou la discrimination positive. Il rappelle ainsi certaines bases d'un racisme insidieux comme l'idée  qu'il existe plusieurs races-cela m'étonne d'ailleurs toujours quand certains évoquent ce terme de « race » qui appartient à une triste Histoire, un terme que reprennent parfois des journalistes ou animateurs en toute « innocence »- (alors qu'il n'existe qu'une espèce d'homme « l'Homo sapiens ») ou comme celle qui consiste à attribuer des qualités à ces prétendues races. Son récit commence aux origines de l'humanité, par Lucy   et se termine par Barack Obama dont le débat sur l'assurance maladie à l'occasion duquel il a dû subir des insultes ignominieuses et racistes parfois même venant de responsables politiques a montré que certaines idées abjectes, encore ancrées dans certains esprits, pouvaient ressurgir  Comment se construire quand on ne connaît pas son Histoire ou son histoire : telle est la faille béante que tente de combler cet instructif ouvrage...

    L'équipe de France 2 m'a ensuite proposé de me faire dédicacer « Mes étoiles noires » par Lilian Thuram et moi qui n'ai jamais demandé d'autographes de ma vie, j'accepte néanmoins volontiers ce souvenir qui grave cet instant singulier, et de poser pour une photo souvenir.

    Après le jt et après qu'une étonnante fébrilité ait repris le dessus aux abords du plateau à peine celui-ci terminé, j'ai eu la chance de pouvoir visiter les principaux plateaux de France Télévisions, une plongée passionnante dans des dédales de la chaîne. Des lieux à la fois familiers et étranges découverts vides, sombres et silencieux, loin des lumières chaleureuses des projecteurs... Tout paraît finalement et paradoxalement si petit, si calme, si « simple » vu par le prisme de la réalité loin de l'agitation médiatique.

    Un seul regret : ne pas avoir eu le temps de poser de vraies questions à Elise Lucet mais, qui sait, peut-être y aura-t-il une suite... allez savoir...

    Ci-dessous, ma toute première vidéo avec ma caméra kodak zi8 récemment acquise d'où des mouvements brusques également liés à la fébrilité régnant sur le plateau... (il faut bien se trouver des excuses...:-)) mais avec le temps et un minimum d'expérience, je promets de m'améliorer...

    Je remercie France 2 de m'avoir si chaleureusement accueillie et ouvert les portes de ce cénacle de l'information, et Myriam d'avoir été la très sympathique guide de cette passionnante immersion et de cette visite privilégiées dans l'envers du décor : du plateau du soir 3 à celui du 20H, en passant par celui de « Ce soir ou jamais" ou d' "A vous de juger" ...

    Articles liés à celui-ci :

    Ma critique du documentaire « Apocalyspe » et de « Louis XV, le soleil noir » diffusés sur France 2.

     Encore de belles surprises à venir sur inthemoodforcinema.com avec, dès demain, ma critique en avant-première de « In the air ».

  • Cérémonie et Palmarès des Prix Lumières 2009 à l’Hôtel de Ville de Paris

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    lumieres1.jpgAprès  France 2 hier midi (récit à suivre sur le blog), direction l'hôtel de ville pour la remise des Prix Lumières du cinéma 2009 dans ses somptueux salons servant pour la première fois de cadre à la cérémonie qui célébrait sa quinzième édition. Pour l'occasion, un générique prestigieux avait été réuni : Régis Wargnier (président d'honneur de la cérémonie), la très et trop rare Isabelle Adjani, Xavier Giannoli, Patrick Poivre d'Arvor, Charles Berling, Firat Ayverdi (la découverte de « Welcome » de Philippe Lioret), Mathilda May...

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    A l'instar des Golden globes américains (dont vous pourrez retrouver le palmarès sur inthemoodforcinema.com), les Lumières récompensent les meilleurs artistes du cinéma français et francophone de l'année écoulée. Egalement à l'instar des Golden Globes, ces prix préfigurent en général les César. A n'en pas douter la tonalité en sera donc engagée et politique (Haïti, l'identité nationale- Régis Wargnier a ainsi évoqué un « débat truqué et tronqué »- se sont invitées à la cérémonie...) et « Un Prophète » sera sans aucun doute à l'honneur.  Pour son très beau film "Un Prophète" (dont vous pouvez retrouver ma critique en cliquant ici) Jacques Audiard a ainsi reçu le prix du meilleur réalisateur et le jeune Tahar Rahim (absent tout comme Jacques Audiard pour cause de Golden globes) a reçu le prix du meilleur acteur, des acteurs reconnus aux carrières prestigieuses étaient ainsi nommés pour ce prix alors que la sienne débute tout juste (ce qu'il a reconnu avec beaucoup d'humilité, voire vidéo ci-dessous, un prix non moins mérité): Vincent Lindon (particulièrement convaincant dans « Welcome » pour lequel il était nommé mais davantage encore à mon avis dans « Melle Chambon »), Yvan Attal (sidérant dans « Rapt »), François Cluzet (bluffant dans « A l'origine" ), Romain Duris (nommé pour « Persécution » que je n'ai pas encore vu) .

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    Mia Hansen-Love a reçu le prix du scénario pour "Le Père de mes enfants" (prouvant ainsi, contrairement à une remarque initiale du remettant de son prix, Frédéric Beigbeder, qu'un scénario peut être écrit seul, même si elle était l'unique nommée dans cette catégorie à avoir écrit son scénario seule), un prix mérité pour un film que je vous recommande à nouveau. 

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     La surprise est venue de « Welcome » de Philippe Lioret récompensé du prix du meilleur film, sans doute autant pour ses qualités (certaines) que pour son sujet...

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    Le moment d'émotion pendant lequel la salle a suspendu son souffle  est évidemment venu d'Isabelle Adjani (voir ma vidéo dans l'article ci-dessous ou en cliquant ici).

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    Des récompenses qui ont une nouvelle fois montré à quel point le cinéma est un métier de passion, de liberté, d'obstination, voire de déraison...et parfois même de « courage » pour reprendre le terme d'Isabelle Adjani.

    La seule faute de goût de cette cérémonie s'étant jusque-là parfaitement déroulée et sans trop de formalités malgré son lieu chargé d'Histoire et d'apparats est sans doute « Danse macabre » de Pedro Pires ,  le court-métrage mis à l'honneur (projeté lors de la cérémonie) un cheminement funeste certes très esthétique qui fait danser le cinéma avec la mort mais au sujet d'un réalisme déprimant qui aurait difficilement pu être plus angoissant... (si vous voulez commencer votre journée avec optimisme et entrain, rengardez-donc la bande-annonce  de ce ballet macabre ci-dessous...).

    La cérémonie a été ponctuée de deux hommages : l'un à Jocelyn Quivrin (lauréat 2007 du prix Lumières du meilleur espoir masculin), l'autre à Eric Rohmer. Le court-métrage écrit et réalisé par Jocelyn Quivrin  « Acteur » a ainsi été projeté (voir sa bande annonce ci-dessous), un film qui, selon Frédéric Beigbeder qui lui a rendu hommage, montre combien l'acteur en question ne « voulait pas séparer le cinéma de la vie » et qu'il savait « rester naturel dans des conditions qui ne sont pas naturelles. » Ironie du sort, Jocelyn Quivrin devait réaliser « Maestro », un long-métrage inspiré de sa rencontre avec...Eric Rohmer.


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    La soirée s'est terminée par un cocktail dans les salons dorés de l'hôtel de ville en présence des lauréats et remettants, l'occasion de passer une excellente soirée en compagnie de mes collègues blogueuses de Esprit paillettes et Cinémaniac sur les blogs desquelles vous trouverez également un compte rendu de la cérémonie et de cette fin de soirée qui a davantage ressemblé à une danse joyeuse dans les dédales majestueux de la mairie de Paris... qu'à une "danse macabre".

     PALMARES « LES LUMIERES 2009 »

    Meilleur Film - « Welcome » de Philippe Lioret

    Meilleur Réalisateur - Jacques AUDIARD pour « Un prophète »

    Meilleur Scénario - Mia HANSEN-LOVE pour « Le Père de mes enfants »

    Meilleur Acteur - Tahar RAHIM pour « Un prophète » de Jacques Audiard

    Meilleure Actrice - Isabelle ADJANI pour « La Journée de la jupe » Jean-Paul Lilienfeld

    Meilleur Espoir Féminin - Pauline ETIENNE pour « Qu'un seul tienne et les autres suivront » de Léa Fehner.

    Meilleur Espoir Masculin - Vincent LACOSTE et Anthony SONIGO pour « Les Beaux Gosses » de Riad Sattouf

    Meilleur Film Francophone - « J'ai tué ma mère » de Xavier Dolan (Québec)

    Prix du Public mondial TV5Monde - « Où est la main de l'homme sans tête » de Stéphane et Guillaume MALANDRIN (Belgique, Pays-Bas, France)

    Prix de la CST (Commission supérieure technique de l'image et son) - Glynn SPEECKAERT directeur photo pour « À l'origine » de Xavier Giannoli.

    D'autres photos et vidéos viendront prochainement enrichir cet article...

  • Vidéo: Isabelle Adjani reçoit le prix d'interprétation féminine de la 15ème cérémonie des Lumières

    Hier soir avait lieu la 15ème cérémonie des Lumières à l'Hôtel de ville de Paris où la trop rare Isabelle Adjani a reçu le prix d'interprétation féminine pour "La journée de la jupe" de Jean-Paul Lilienfeld. En attendant le palmarès complet et le récit de cette soirée, retrouvez ma vidéo (ma première avec mon caméscope de poche d'où une qualité approximative...j'en conviens:-) mais je promets de m'améliorer...) de ce moment d'émotion...

     

  • Cérémonie des Lumières 2010: le palmarès dès ce soir sur inthemoodforcinema.com

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    Ci-dessus, photo du plateau du 13h de France 2 par inthemoodforcinema.com

    En attendant de vous raconter ma visite des coulisses de France 2 et notamment de son JT de 13H (je vous parlerai aussi du livre de Lilian Thuram croisé à cette occasion intitulé "Mes étoiles noires"), je vous rappelle que ce soir aura lieu la cérémonie des Lumières à la mairie de Paris. J'y serai et vous pourrez bien entendu trouver un compte rendu exhaustif sur ce blog. En attendant, je vous renvoie vers la liste des nommés et vers mes critiques de quelques uns de ces films nommés: "A l'origine" de Xavier Giannoli, "Un Prophète" de Jacques Audiard, "Welcome" de Philippe Lioret, "Coco avant Chanel" d'Anne Fontaine, "Le Père de mes enfants" de Mia Hansen-Love . Si on s'attend à un triomphe d'"Un Prophète", le choix pour les meilleurs acteurs et actrices risque en revanche d'être cornélien étant ainsi nommés dans ces catégories: Isabelle Adjani, Dominique Blanc, Valeria Bruni-Tedeschi, Sandrine Kiberlain, Audrey Tautou, et Yvan Attal, François Cluzet, Romain Duris, Vincent Lindon, Tahar Rahim... A suivre sur inthemoodforcinema.com...

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  • "In the air" de Jason Reitman: la bande annonce... avant ma critique

    intheair.jpgUn peu débordée pour de nombreuses raisons (je vous parlerai de quelques unes d'entre elles très bientôt...) donc exceptionnellement aujourd'hui, uniquement une bande annonce, celle de "In the air" de Jason Reitman que je viens de voir et  pour lequel j'ai eu un réel coup de coeur, en particulier en raison de son scénario d'une nuance salutaire... Vous pourrez bien entendu très bientôt lire ma critique détaillée.

    A suivre sur inthemoodforcinema.com (notamment): le compte rendu de ma visite au jt de 13h, mon compte rendu et mes vidéos de la cérémonie des Lumières à la mairie de Paris, la critique de "In the air" de et le retour des critiques des films à l'affiche.

  • « Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé-Sélection Prix des lectrices de Elle 2010

    veracandida.jpgCela faisait un moment que je ne vous avais pas proposé de critiques de livres lus dans le cadre du Grand Prix de lectrices de Elle 2010 dont je fais toujours partie du jury. Il faut dire qu'à l'exception de « La Délicatesse » de David Foenkinos,  cette noirceur qui semble commune à tous les livres de la sélection me désespère, une règle à laquelle ne déroge pas vraiment ma dernière lecture:  « Ce que je sais de Vera Candida » de Véronique Ovaldé.

    Véronique Ovaldé nous emmène dans une Amérique du Sud imaginaire, sur l'île de Vatapuna, où naissent trois femmes d'une même lignée avec le même destin : enfanter une fille sans jamais pouvoir révéler le nom du père. Elles sont toutes éprises de liberté, téméraires mais aussi mélancoliques et victimes de la même triste fatalité. Seule Vera Candida osera briser les chaînes du destin, prendre son destin en main en fuyant Vatapuna dès ses 15 ans et en partant pour le continent,  à Lahomeria, pour se forger une nouvelle vie, sans passé... C'est aussi là qu'elle rencontre Itxaga, journaliste à l'Indépendant.

    L'idée de ces chaînes du destin et de la fatalité qu'une femme brisera était aussi judicieuse qu'intéressante. Tout comme celle de ces lieux à la fois imaginaires et si réalistes, empreints de la chaleur, de la moiteur d'une Amérique du Sud qui n'échappe pas à la corruption. Sans doute  l'écriture de Véronique Ovaldé est-elle vive et marquée d'une certaine légèreté (d'humour même), idée plutôt astucieuse pour évoquer les passés de ces femmes qui sont de véritables fardeaux.

    Véronique Ovaldé a un style bien à elle mais qui semble tellement maniéré (phrases interminables, parfois des majuscules quand il n'en faut pas ou sans majuscules quand il en faudrait...) que cela en perd (à mes yeux) tout intérêt. Je n'ai rien contre la modernité littéraire revendiquée et marquée par des audaces stylistiques, même parfois hasardeuses, même quand elle prend des libertés avec la grammaire ... à condition que cela ne freine pas la lecture et l'enrichisse d'une manière ou d'une autre. En ce qui me concerne, cela a constitué un frein à l'envie de savoir ce qu'elle savait de Vera Candida....  Pour moi trop de style et surtout d'obstination à en faire preuve et le démontrer, tue le style et surtout le fil de l'histoire.  Le titre en est un parfait exemple...

    Et puis je suis un peu lasse de ces destins sordides que je retrouve livres après livres (de cette sélection en tout cas), quels qu'en soient les lieux et époques.

     Véronique Ovaldé signe ainsi certes des portraits de femmes fortes que je n'ai néanmoins pas réussi à trouver attachantes. Les chaînes de leurs destins transforment ce qui aurait pu être des contes enchanteurs en contes désenchantés. Un livre qui aura au moins le mérité de nous parler d'ici (un "ici ailleurs" néanmoins souvent glauque) en nous emmenant ailleurs. Il faut ainsi reconnaître que Véronique Ovaldé parvient à nous faire croire en cet ailleurs... tout en nous dissuadant d'y aller !

    Cliquez ici pour lire mes  autres critiques  des livres sélectionnés pour le Grand Prix des lectrices de Elle 2010.

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