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EVENEMENTS CINEMATOGRAPHIQUES DIVERS - Page 2

  • Palmarès et compte-rendu de jurée au Festival International du film de Boulogne-Billancourt 2012

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    Ci-dessus, le jury blogueurs du Festival du Film de Boulogne-Billancourt 2012: Thomas Clément, Didier Allouch et moi-même.

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    Les lauréats du Festival International du Film de Boulogne-Billancourt 2012


    Exceptionnellement, vous aurez constaté que ce blog a été délaissé ces derniers jours pour cause de Festival du Film de Boulogne-Billancourt où j’ai eu le plaisir d’être membre du jury présidé par le journaliste Didier Allouch et également composé du blogueur-animateur des Tomcasts Thomas Clément.

    « La Philosophie de ce Festival est de privilégier tout ce qui fait aimer la vie » avait ainsi déclaré Claude Pinoteau, le Président d’honneur de ce festival, dans son édito. Cette édition y est indéniablement parvenue. Il y va des bons festivals comme des beaux voyages : j’en reviens joyeusement nostalgique et gaiement exténuée, la tête pleine de belles rencontres, avec l’irrépressible envie de reprendre un billet immédiatement, malheureusement si rien n’empêche de repartir en voyage, il me faudra attendre une année pour repartir au Festival de Boulogne-Billancourt. Comme pour un voyage, l’atmosphère dépend principalement des organisateurs et des accompagnateurs et dans les deux cas les conditions étaient idéales. Un festival convivial comme ceux qui prennent de l’ampleur n’arrivent parfois pas à le rester. Cette 13ème  (ou 14ème ? Je ne sais plus vraiment…) expérience de jurée, quelques jours après avoir été membre du jury de la critique du Festival du Film Asiatique de Deauville 2012,  restera ainsi parmi les plus agréables. Quand le cynisme est tristement à la mode, c’était finalement une gageure d’organiser un festival qui a pour slogan « le festival qui souffle positif ».

    Boulogne-Billancourt était la ville idéale pour un festival de cinéma puisque dans ses studios ont été tournés plus de 500 films parmi lesquels des chefs d’œuvre comme « Le dernier métro » de François Truffaut et des films dont vous pouvez d’ailleurs retrouver des critiques ici : « Borsalino » de Jacques Deray, « Ridicule » de Patrice Leconte…ou « César et Rosalie » de Claude Sautet. La boucle est bouclée puisque son cinéma avait pour objectif de « faire aimer la vie », à l’image du festival de Boulogne-Billancourt donc. Et s’il vous manque encore une raison de venir au festival, sachez que les recettes, cette année, étaient reversées au profit du fonds de dotation Bernard Giraudeau ( qui aident les malades du cancer et leurs familles), une finalité généreuse pour un festival qui l’est tout autant.

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    Tout a commencé par la projection en avant-première du « Prénom », l’adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, également réalisateurs du film,  une pièce qui a connu un grand succès au Théâtre Edouard VII : pas moins de 250 représentations !

    Vincent (Patrick Bruel), la quarantaine, va être père pour la première fois. Cela s’annonce comme un dîner convivial comme un autre, celui organisé chez Élisabeth (Valérie Benguigui) et  Pierre (Charles Berling), sa sœur et son beau-frère. Il y retrouve également Claude (Guillaume de Tonquedec, photo ci-dessus), un ami d’enfance.
    En attendant l’arrivée d’Anna (Julie El Zein, photo ci-dessus), sa jeune épouse en retard, on le presse de questions sur sa future paternité dans la bonne humeur générale... jusqu’à ce qu’il donne, fièrement, le prénom choisi pour l’enfant à naître. Sa réponse plonge la famille dans la stupéfaction, et engendre le chaos.

    Le casting est identique à celui de la pièce à l'exception de Charles Berling, qui incarne Pierre, le beau-frère de Vincent, reprenant ainsi le rôle interprété par Jean-Michel Dupuis.

    Adapter une pièce de théâtre constitue toujours un défi qui consiste à ne pas tomber dans l’écueil et la facilité du théâtre filmé. La scène d’introduction qui présente les personnages et qui reprend la voix off déjà utilisée dans la pièce instaure un rythme haletant, un ton incisif et rompt avec l’unité de lieu. Evidemment le sujet fait d’emblée songer à « Carnage » (la pièce de Yasmina Reza adaptée récemment par Roman Polanski). Finalement dans les deux cas, une histoire de mots qui font éclater une vérité blessante et qui révèlent des maux enfouis et des frustrations. Dans « Carnage » un enfant en blessait un autre au visage et lors de la déclaration destinée aux assurances,  le père du « coupable » demandait à remplacer le terme «armé » d’un bâton par celui de « muni ».

      Polanski ne s’était pas contenté de filmer une pièce de théâtre mais avait proposé une vraie mise en scène signifiante avec un cadrage, parfois étouffant, par une manière de placer sa caméra dans l’espace et de diviser cet espace au gré des clans qui se forment, par des gros plans ou des plongées ou contre-plongées qui révèlent toute la laideur de ses personnages. Si la mise en scène du « Prénom » n’est pas aussi inspirée, elle n’en est pas statique pour autant. Et tandis que dans « Carnage », tout n’est qu’amertume et cynisme, chacun n’agissant que sous un seul diktat, celui de l’égoïsme censé régir la vie de chacun, dans « Le prénom », il s’agit d’autre chose…

    « Le Prénom » devient en effet finalement un révélateur qui va faire ressurgir les rancœurs de chacun. Celui-ci étant souvent un indice social ou même politique, il va faire éclater les préjugés sociaux et politiques que même des amis peuvent avoir entre eux et que Vincent prend plaisir à exagérer, par provocation. Les masques tombent alors. Dommage que celui de Vincent ne tombe jamais vraiment (son personnage et le film y auraient gagné en épaisseur) et que son arrogance et sa provocation ne soient là que pour faire tomber ceux des autres qui finalement n’en révèleront d’ailleurs pas beaucoup plus sur leurs réelles personnalités que ce que leur catégorisation initiale laissait supposer sur celles-ci, si ce ne sont quelques secrets. « Le Prénom » n’en est pas moins une satire sociale réjouissante aux dialogues ciselés qui, à n’en pas douter, déplaira à ceux qui fustigent le politiquement correct et en argueront plutôt que de s’y reconnaître.

     Mention spéciale à Valérie Benguigui absolument irrésistible même si sa diatribe de femme/sœur/enfant mal aimée casse le rythme du film. Bruel est parfait en vieil enfant gâté, agent immobilier provocateur, sûr de lui, arrogant. Il avait déjà prouvé dans « Un secret » de Claude Miller à quel point il pouvait l’être. A défaut d’être un très grand film (ce qu’il n’a d’ailleurs pas la prétention d’être), « Le Prénom » est un très bon divertissement, gentiment cruel, d’une ironie finalement tendre malgré sa causticité à voir a fortiori en cette période électorale dont il vous divertira tout en jouant avec les codes politiques et sociaux auxquels celle-ci nous cantonne parfois.

    Mais Boulogne-Billancourt c’est avant tout et surtout une compétition, cinq films très différents avec pour point commun de « souffler positif », cinq films parmi lesquels nous avions la lourde et passionnante tâche de décerner les prix du meilleur réalisateur, du meilleur acteur et de la meilleure actrice tandis que le jury jeunes présidé par la comédienne Zoé Félix devait décerner le prix du meilleur film. Si les sujets étaient parfois sombres : maladie d’Alzheimer, solitude, perte de l’innocence, conflit-israélo palestinien en arrière-plan, ou même invasion nazie, les cinéastes en compétition, par la légèreté, la folie poétique, la lumière, la musique cherchaient avant tout à donner de l’espoir. Cinq histoires dans lesquelles les personnages partaient en quête d’un autre ou d’eux-mêmes. Pour ne rien dévoiler de nos délibérations, je n’évoquerai donc que les films primés, de manière moins exhaustive que d’habitude.

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    Nous avons attribué le prix de la meilleure actrice à la jeune comédienne Lou de Laâge (photo ci-dessus) pour le film « Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer » de Thomas Bardinet, ce dont je me réjouis d’autant plus qu’elle irradiait déjà dans le très beau premier film de Frédéric Louf « J’aime regarder les filles » dont je vous ai parlé à maintes reprises (dont vous pouvez également retrouver ma critique ici ainsi que l’interview du réalisateur et de l’acteur principal). Dans ce film, elle interprète Natacha, comédienne au théâtre comme dans la vie. C’est le début des vacances et le cœur de Nino balance entre cette dernière rencontrée dans le train et la délicieuse Nathalie qu’il connaît depuis toujours. Celle-ci refuse que «l’homme de sa vie» s’éloigne d’elle aussi inexorablement que son enfance… Ce film possède toute la fraîcheur, l’innocence et la violence mêlées de l’adolescence, toute la fragilité aussi. Le réalisateur Thomas Bardinet a fait de ce qui aurait pu être un défaut une force : du manque de moyens (il occupe tous les postes du film et a tourné sans équipe technique), de la photographie parfois très sombre émane la sensation de voir une adolescence telle qu’elle est dans le souvenir, au milieu d’une sorte de brouillard qui, à la fois, l’idéalise et la radicalise, comme dans un conte. Le décor est parfois inexistant tout comme les parents le sont d’ailleurs (nous ne voyons jamais leurs visages) pour laisser la part belle au jeu, aux visages des jeunes interprètes qui interprètent un texte volontairement très écrit, de manière un peu théâtrale, comme dans les films de Rohmer, référence assumée, le ton rappelant fortement ses contes moraux. Si toute la distribution est remarquable, Lou de Laâge est indéniablement au-dessus du lot et confirme la révélation de « J’aime regarder les filles » tant elle dévore l’écran. Située dans les années 50 l’intrigue a un caractère intemporel, presque anachronique. Les métaphores parfois un peu simplistes comme le papillon de la fin pour signifier le passage à l’âge adulte, au lieu de faire tomber le film dans la mièvrerie lui donne une jolie candeur parfaitement assumée, mélange de gravité et de légèreté propre à cet âge. Un réalisateur à suivre qui a su sublimer ses jeunes interprètes et tirer profit des limites budgétaires. Pour moi, la plus belle et rafraîchissante surprise de ce festival…et, rassurez-vous, il ne s’agit pas là d’un énième biopic comme son titre pourrait le laisser croire, Nino Ferrer n’étant là que comme une référence musicale et judicieuse pour établir un parallèle avec l’adolescence du jeune Nino.

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    Pour le prix du meilleur acteur, il nous a été impossible de départager Mehdi Dehbi et Jules Sitruk (photo ci-dessus) dans « Le Fils de l’autre » de Lorraine Lévy. Alors qu’il s’apprête à intégrer l’armée israélienne pour effectuer son service militaire, Joseph (Jules Sitruk) découvre qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents et qu’il a été échangé à la naissance avec Yacine (Mehid Dehbi), l’enfant d’une famille palestinienne de Cisjordanie. La vie de ces deux familles est brutalement bouleversée par cette révélation qui les oblige à reconsidérer leurs identités respectives, leurs valeurs et leurs convictions. Si, comme moi, vous avez vu « La folle histoire de Simon Eskenazy » (La suite de « L’homme est une femme comme les autres » de Jean-Jacques Zilberman), vous n’avez pas pu oublier Mehdi Dehbi qui y interprétait avec pudeur et nuance un jeune travesti alors que son rôle aurait pu facilement tomber dans la caricature et la vulgarité. Dans « Le fils de l’autre », il porte un message plein d’espoir, celui d’une réconciliation a priori impossible que sa personnalité faîte de deux identités réunit. Son jeu est d’une sensibilité, d’une justesse, d’un magnétisme tellement éclatants, au-delà du message, qu’il nous était impossible de ne pas le primer. Face à lui, Jules Sitruk (que vous avez découvert dans « Monsieur Batignole » il y a quelques années) fait également preuve d’une belle maturité et présence et d’une émotion communicative. Malgré un trop grand nombre d’ellipses, des réactions parfois un peu trop édulcorées des personnages, la réalisation appliquée, la photographie particulièrement soignée  portent un message d’espoir apaisant et, espérons-le, pas seulement utopique, dans une zone qui en a bien besoin. Ce film efficace et émouvant plein de bienveillance sur la quête d’identité et de la réconciliation avec soi et « l’autre » que Lorraine Lévy revendique comme « idéologique » et non « politique » a également reçu le prix du public.

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    C’est à un film espagnol que nous avons choisi d’attribuer le prix du meilleur réalisateur (et que le jury jeunes présidé par Zoé Félix a choisi d’attribuer le prix du meilleur film ex-æquo) : « Crebinsky » de Enrique Otero. Enfants, les deux frères Feodor et Mijail et leur vache Muchka sont emportés par des pluies torrentielles vers un coin perdu de la côte. Isolés du monde, ils grandissent au pied d’un phare.. Aujourd’hui adultes, ils survivent en récupérant les objets venus de la mer, « las crebas » et vivent dans leur propre univers imaginaire. Si ce film a remporté les suffrages des deux jurys, c’est notamment parce que c’est celui qui possède l’univers le plus marqué, et qui témoigne le plus d’un vrai parti pris, d’un point de vue et d’un regard de cinéaste. Enrique Otero assume ses multiples références : à Chaplin, Jeunet, Kusturica…des références à la hauteur desquels il est évidemment difficile d’arriver mais de ce film se dégage un charme burlesque, une folie poétique, une singularité loufoques incontestables… Un cinéaste à suivre !

    Enfin, nous avons choisi d’attribuer une mention spéciale au film australien « Lou » de Belinda Cheyko (ce film a également reçu le prix du meilleur film du jury jeunes). Aussi rapidement que le père de Lou sort de sa vie, son grand-père y fait irruption en semant le désordre dans la petite maison que Lou partage avec sa jeune maman et ses deux soeurs. Doyle, le grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer, confond Lou avec sa propre femme. En entrant dans son drôle de jeu, Lou croit pouvoir utiliser Doyle contra sa mère. Sans s’y attendre, elle découvre ce que c’est qu’être aimée. D’un sujet qui aurait pu être scabreux, Belinda Cheyko, par une mise en scène d’une étonnante maîtrise et sensibilité pour un premier film, signe un film lumineux, tendre, plein de délicatesse, un nouveau départ plein d’espoir porté également par la jeune Lily Bell-Tindley parfaitement dirigée à l’image des autres enfants du film.

    En clôture du festival, était projeté « Indian palace » de John Madden (son nouveau film après « The Debt »), une comédie romantique qui met en scène des retraités britanniques qui partent en Inde car la vie y est moins chère avec pour destination le Marigold Hotel. Porté par une sublime photographie, malgré un rythme inégal et des lacunes scénaristiques, la qualité de la distribution, le regard bienveillant porté sur l’Inde, la causticité des dialogues, la manière de considérer les personnes âgées (et de considérer qu’elles ont un avenir et ne sont pas condamnées à attendre la fin), en font là aussi un divertissement de qualité, idéal pour terminer ce festival sur une note à son image : optimiste.

     N’oublions pas non plus la projection de « Sur la piste du Marsupilami » dont je vous parlerai ultérieurement en détails, film réalisé par Alain Chabat dont là aussi la drôlerie des saynètes qui s’y succèdent et la qualité de la distribution font oublier les potentielles lacunes scénaristiques. Une mention spéciale à Lambert Wilson pour l’humour sur lui-même dont il y fait preuve (pour une scène qui à elle seule vaut le déplacement) et à Alain Chabat pour le débat avec les enfants qui a suivi au moins aussi drôle et tendre que le film.

     

    Le festival projetait également « La vie est belle », la fable tragique, inoubliable et éloquente, la démonstration brillante et implacable par l’absurde de toute la folie humaine signée Roberto Benigni dont vous pouvez retrouver ma critique complète en cliquant ici.

    Ce festival possède décidément tous les pouvoirs et en plus de « souffler » positif, souffle aussi un peu de magie puisque, comme Woody Allen dans « La rose pourpre du Caire », il permet aux acteurs de sortir de l’écran et nous rejoindre. J’ai donc eu le plaisir de remettre leurs prix sur scène à Jules Sitruk et Mehdi Dehbi…en espérant vraiment que ce prix qu’ils méritent amplement leur portera bonheur pour la suite.

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    Photo ci-dessus et ci-dessous, copyright Patrick Monin

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    Vous l’aurez compris, le Festival International du Film de Boulogne-Billancourt est un évènement plein de bienveillance à l’image des films projetés qui nous donne le privilège de découvrir de nouveaux talents. Résultat : malgré un soleil insolent plusieurs projections ont affiché complet.

    Un grand merci à mes collègues jurés, Thomas Clément et Didier Allouch, pour leur charmante compagnie, à Brigitte Fossey, marraine du festival, et à Zoé Félix pour leurs lumineuses présences, et à Caroline Mitchell, à sa petite et non moins compétente et sympathique équipe pour leur très chaleureux accueil. Merci à Delphine Rouiller de m’avoir permis d’utiliser ici les photos du festival.

    Pour en savoir plus : le site officiel du Festival du Film de Boulogne-Billancourt, sa page Facebook, son compte twitter.

    Prochain festival à suivre en direct sur mes blogs : le 65ème Festival de Cannes du 16 au 27 mai (sur http://inthemoodlemag.com , http://www.inthemoodforcinema.com

    http://www.inthemoodforcannes.com ).

     

    Palmarès du Festival International du Film de Boulogne-Billancourt  2012

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    > Prix du Public : Le Fils de l'Autre de Lorraine Levy
    > Meilleur film ex-aequo : Crebinsky de Enrique Otero, et Lou de Belinda Chayko
    > Meilleur réalisateur : Enrique Otero pour Crebinsky
    > Meilleure actrice : Lou de Lââge pour Nino, une adolescence imaginaire de Nino Ferrer
    > Meilleur acteur ex-aequo : Jules Sitruck et Medhi Dehbi pour Le fils de l'Autre

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  • Festival International des Jeunes réalisateurs de Saint Jean de Luz 2011 : palmarès et compte-rendu

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    Samedi dernier s’est achevée la 16ème édition du Festival des Jeunes Réalisateurs de Saint Jean de Luz que j’ai eu le plaisir d’être invitée à découvrir. Un festival qui, au fil des années, a gagné en notoriété mais n’a rien perdu de la convivialité caractéristique des débuts d’un festival qui s’éclipse parfois au fil des ans. Comme son nom l’indique, le principe du festival est de ne projeter que des films de jeunes réalisateurs, jeunes non pas forcément en âge mais dans leur carrière de réalisateurs de longs-métrages puisque le festival ne projette que des premiers et des deuxièmes films.

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     J’ai vu tous les films de la sélection, à savoir 10 films en compétition, 2 avant-premières hors compétition et 8 courts-métrages en compétition…même si j’en avais déjà vu certains comme « En secret » et « On the ice » déjà en compétition du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville, preuve de la qualité de la sélection (la qualité de la compétition de ce dernier Festival du Cinéma Américain ayant été, comme chaque année ou presque, remarquable).

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     Un festival qui remplit pleinement ses objectifs, celui de découvrir des talents et d’être un lieu d’échanges (après chaque projection se tient un débat avec l’équipe du film animé avec enthousiasme par Patrick Fabre, le délégué général du festival) au cinéma Le Sélect, à deux pas de la rue principale et du charmant port de Saint Jean de Luz… Un festival qui a l’humilité de mettre en avant les cinéastes qu’il présente et non ses organisateurs (ce n’est pas le cas partout…).

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     Découvrir un festival et même si je ne compte plus le nombre de ceux que j’ai déjà parcourus ou auxquels j’ai participés, cela reste toujours un plaisir et c’est aussi découvrir ses codes (et c’est d’autant plus agréable lorsqu’un festival est aussi accessible) et ses incontournables comme Claude Pinoteau et Georges Lautner qui y ont même leurs fauteuils attitrés, semble-t-il présents et assidus chaque année….et on les comprend !

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    Ce festival propose des films très divers, avec néanmoins pour points communs cette année, autre celui d’être des premiers et seconds films, de mettre en scène des personnages, souvent de femmes fortes et courageuses,  enfermés dans une réalité oppressante (guerre, absence de logement, dictature, deuil, solitude) qui trouvent finalement une lueur d’espoir dans l’évasion, sous diverses formes. Des films souvent très lumineux pour mettre en scène des sujets graves.

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    Ci-dessus, le jury lors de l'ouverture et ci-dessous lors de la clôture

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    C’est Mélanie Laurent qui a fait l’ouverture du festival avec « Les Adoptés », également en compétition, qui a reçu le prix du jury et le prix du public, 10 ans après avoir été elle-même membre du jury du festival. L’histoire d’une famille de femmes unies par un bel et fragile équilibre qui se rompra quand l’une d’entre elles tombera amoureuse. Elles n’auront pas le temps de le reconstruire, un drame frappant l’une d’elles qui se retrouve dans le coma. Il faudra alors vivre avec l’absence et le manque, s’adopter (il s’agit bien évidemment ici d’une adoption symbolique), tisser des liens nouveaux, un nouvel équilibre peut-être encore plus fort car soudé par le drame… Mélanie Laurent a "le malheur" d’être polyvalente : elle chante (avec talent), joue, réalise, et a même présenté la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, ce qui est forcément mal vu dans un pays où on souhaite mettre dans  des cases mais ce qui montre surtout qu’elle est une artiste à part entière, guidée par le désir de créer. Elle dit que ce sont avant tout les idées de mise en scène qui l’ont conduite à réaliser ce film, et c’est ce qui en fait la grande qualité et la faiblesse. La réalisation est sensible, inspirée, et témoigne d’un vrai regard de cinéaste, très influencée par le cinéma indépendant américain. Elle fait alterner humour et larmes, et une réalisation lumineuse, portée par des comédiens de talent malheureusement encore peu connus (Marie Denarnaud et Denis Ménochet) à tel point que Mélanie Laurent qui ne souhaitait pas jouer au préalable à dû s’y résoudre pour que le film puisse être monté, qui vient contrebalancer la dureté du sujet, le tout porté par la douceur des Nocturnes de Chopin. Un film lumineux et tendre sur un sujet grave, qui n’échappe pas à quelques longueurs mais en tout cas très prometteur pour la suite. Peut-être le fait que le sujet ne soit pas personnel explique-t-il que ce petit plus  qui rende un film marquant et poignant lui fasse défaut. Mélanie Laurent a également eu la bonne idée de tourner à Lyon sans que le lieu soit pour autant clairement identifiable, sa caméra étant principalement centrée sur ses acteurs principaux, leurs émotions. « On fait des films pour soi avec des équipes, avec des acteurs mais aussi pour le public. Et pour moi donc c’est le plus beau des prix » a-t-elle déclaré en recevant son prix du public.

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    Mon vrai coup de cœur du festival est signé Thierry Binisti, s’intitule « Une bouteille à la mer » et a reçu le prix du meilleur film (Chistera d’or), adapté du roman de Valérie Zenatti « Une bouteille à la mer de Gaza ». C’est l’histoire de Tal  (Agathe Bonitzer), une jeune Française installée à Jérusalem avec sa famille. A dix-sept ans, elle a l’âge des premières fois : premier amour, première cigarette, premier piercing. Et premier attentat, aussi. Après l’explosion d’un kamikaze dans un café de son quartier, elle écrit une lettre à un Palestinien imaginaire où elle exprime ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Elle glisse la lettre dans une bouteille qu’elle confie à son frère pour qu’il la jette à la mer, près de Gaza, où il fait son service militaire. Quelques semaines plus tard, Tal reçoit une réponse d’un mystérieux « Gazaman » (Mahmoud Shalaby)…..  Sujet sensible pour un film qui l’est tout autant. Cela commence par le fracas d’une bombe et s’achève par une lumière d’espoir. Thierry Binisti ne tombe jamais dans l’angélisme ni la diabolisation de l’un ou l’autre côté du mur. Il les montre au contraire si différents mais si semblables dans leurs craintes et leurs aspirations, et dans l’absurdité de ce qu’ils vivent. Film épistolaire d’un genre nouveau, il nous fait tour à tour épouser le point de vue de l’un puis de l’autre. Une poignante histoire d’amour mais surtout un vibrant hymne à la tolérance et à la paix qui m’a fait verser une petite larme. Agathe Bonitzer épouse parfaitement la belle maturité de son jeune personnage et face à elle Mahmoud Shalaby est bouleversant. Ce film sortira en salles le 28 décembre. Je vous en reparlerai plus longuement d’ici là.

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    Autre grand vainqueur de ce festival, « Bullhead » dont l’acteur principal Matthias Schoenaerts est reparti avec un prix d’interprétation et dont le réalisateur Michael R.Roskam a également été récompensé du Chistera du meilleur réalisateur. Un film qui a le mérite de ne pas laisser indifférent. Jacky est issu d'une importante famille d'agriculteurs et d'engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d'hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent… Pour moi, c’est un peu l’imposture de ce festival. Si le prix d’interprétation était amplement mérité, Matthias Schoenarts faisant passer dans son regard toute l’inhumanité apparente, et l’humanité meurtrie de son personnage, en revanche la réalisation relève davantage de l’exercice de style pour film de fin d’études, le réalisateur insistant avec beaucoup de lourdeur sur l’animalité du personnage soulignée encore par la mise en scène en long, en large et en travers sans parler des personnages qui rivalisent de bêtise et de violence, que le réalisateur tente de dédramatiser par un humour noir (ou plutôt obscur).

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    Dommage quand d’autres films auraient mérité de figurer au palmarès comme « Louise Wimmer », le grand oublié du jury signé Cyril Mennegun. « Insoumise et révoltée, Louise Wimmer a tout perdu. Armée de sa voiture et de la voix de Nina Simone, elle va tout faire pour reconquérir sa vie. » nous dit le synopsis. Louise Wimmer c’est une femme comme il y en a tant d’autres, que nous croisons sans le savoir, qui se drapent dans leur fierté pour dissimuler leurs malheurs. Son histoire se déroule par bribes mais reste heureusement elliptique pour conserver le caractère universel du sujet, ce qui donne encore plus de force au récit. Nous devinons qu’elle s’est retrouvée à la rue suite à une séparation, ce que tout son entourage ignore. Au lieu d’en faire une femme pitoyable, il en fait une femme noble et fière et même au départ un peu antipathique que le spectateur au fil du récit, accompagnant dans ses échecs révoltants, prend en empathie. Il est incompréhensible que Corinne Masiero n’ait pas eu le prix d’interprétation tant son visage âpre marqué par la vie qui en devient beau tant Cyril Mennegun la filme avec justesse, empathie, et dignité, dévore l’écran, nous happe, tant elle donne corps et âme à cette femme qui ressemble à la fois à tant d’autres et aucune autre qui dort dans sa voiture dans l’attente de son logement social. Je partage l’émotion qui a submergé le délégué général du festival quand il a dû interviewer le réalisateur et son actrice juste après la projection. Une belle leçon d’humanité (mais qui, surtout ne se donne pas des airs de leçon ). Sans oublier la musique de Nina Simone symbole de liberté et d’emprisonnement aussi puisque c’est la seule musique qu’elle peut écouter, symbole de sa pauvreté. Cyril Mennegun est avant tout réalisateur de documentaires (notamment de « Tahar  l’étudiant », portrait de Tahar Rahim qui sera d’ailleurs l’acteur principal de son prochain film comme il l’a révélé à Saint Jean de Luz) et son expérience nourrit prodigieusement son film qui a de troublants accents de réalisme, sa caméra ne quittant pas cette femme. Un film plein de vie, de violence dramatiquement quotidienne aussi, empreint d’un regard jamais complaisant. Cyril Mennegun a ainsi raconté que c'est après avoir croisé, lors du tournage d'un documentaire, une femme qui s'appelait Corinne et vivait dans sa voiture, mais qu'il n'a "jamais pu filmer" et qu'il a "perdu assez vite", qu'est née l'idée du film, une histoire semble-t-il aussi proche de ce qu’a pu vivre la comédienne (que Cyril Mennegun dit avoir découverte dans un téléfilm diffusé un soir à la télévision). "Ce film est empreint de ce qu'elle est » a-t-il ainsi déclaré. On la retrouvera bien heureusement prochainement dans le prochain film de Jacques Audiard.

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    Egalement en compétition, deux films dont je vous parlais précédemment, déjà évoqués dans mon compte rendu du Festival du Cinéma Américain de Deauville, « On the ice » et « En secret », deux films en apparence très différents mais qui, d’une certaine manière, montrent des adolescents qui étouffent et suffoquent . Dans « En secret » de l’Iranienne Maryam Keshawarz, Atafeh et sa meilleure amie Shireen fréquentent les soirées branchées du Téhéran underground. Elles essayent de profiter au mieux de leur jeunesse quand Mehran, le frère et complice d’Atafeh, devient membre de la police des mœurs. Alors qu’il désapprouve sévèrement leur besoin de liberté, Mehran tombe amoureux de Shireen. Ses sentiments vont vite tourner à l’obsession et mettre à l’épreuve l’amitié des jeunes filles.  « En secret » a reçu le prix du public du dernier Festival de Sundance. Le film montre  ce qui devrait être la légèreté de la jeunesse mais qui est étouffée par le poids l’intégrisme, dont la seule lueur d’espoir semble être dans la fuite, là où le bonheur semble être condamné au secret. La jeune et talentueuse actrice Sarah Kazemy, présente à Saint Jean de Luz a ainsi expliqué que si elle retournait en Iran, elle ne pourrait sans doute plus en sortir. Bouleversant témoignage sur un Etat qui oppresse la jeunesse, toute tentative de pensée libre, tout désir et qui scrute les moindres et faits et gestes (omniprésence des caméras dans la sphère privée et publique). Si le style est parfois rpesque « clipesque », le sujet habilement traité en fait presque un documentaire sur une réalité qui nie l’individu, où faire la fête ou doubler des films américains, ou s’aimer, est considéré comme subversif, condamnable. Un film courageux et nécessaire.

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    C’est aussi à Téhéran que nous emmènent Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi dans « Poulet aux prunes », mais un tout autre Téhéran, d’abord nous sommes en 1958 et ensuite l’atmosphère est ici celle du conte enchanté et enchanteur.Depuis que son violon tant aimé a été brisé, Nasser Ali Khan, un des plus célèbres musiciens de son époque, a perdu le goût de vivre. Ne trouvant aucun instrument digne de le remplacer, il décide de se mettre au lit et d'attendre la mort. En espérant qu'elle vienne, il s'enfonce dans de profondes rêveries aussi mélancoliques que joyeuse, qui, tout à la fois, le ramènent à sa jeunesse, le conduisent à parler à Azraël, l'ange de la mort, et nous révèlent l'avenir de ses enfants... Au fur et à mesure que s'assemblent les pièces de ce puzzle, apparaît le secret bouleversant de sa vie : une magnifique histoire d'amour qui a nourri son génie et sa musique... Mélancolique, poétique, nostalgique, « Poulet aux prunes » mêle habilement les genres, les techniques, les émotions. La musique y est une bouleversante réminiscence du passé. Dommage comme l’ont souligné quelques personnes dans le public que le titre ne fasse pas honneur à la poésie mélancolique et lumineuse qui émane de ce film, même s’il témoigne d’un moment clé du film (et est aussi le titre de la bd dont il s’inspire). Dommage que le jury ait préféré, pour le prix du meilleur réalisateur, la violence et l’esbroufe de « Bullhead » plutôt que ce film qui traite  d’un sujet tragique avec poésie, sans mièvrerie, avec une construction habile et des comédiens réjouissants. Quel plaisir de voir Edouard Baër dans le rôle de l’Ange de la mort ou de retrouver Maria de Medeiros!  Le tout au son envoûtant des sanglots longs des violons.

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    La déception, et d’ailleurs l’unique déception, de la sélection est venue du film « De force » de Frank Henry, une déception d’autant plus grande qu’au casting figure Isabelle Adjani qui a joué dans tant de chefs d’œuvre et reste sans doute la plus grande comédienne française. Alors comment a-t-elle pu accepter (et même être emballée à en croire le réalisateur) un film aussi invraisemblable et ennuyeux (le comble pour un film qui se veut de divertissement pur). Du casting (improbable rôle d’Anne Consigny), au scénario (pas crédible une seconde, qui ne nous tient jamais en haleine et aligne les invraisemblances) même jusqu’au son (paroles parfois incompréhensibles d’Eric Cantona), la déception est totale pour un film dont le synopsis et le casting était pourtant si prometteurs.

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    A contrario, « Forces spéciales » de Stéphane Rybojad, le film de clôture, n’est peut-être pas un grand film mais il remplit pleinement sa mission de divertissement. Afghanistan. Elsa Casanova, grand reporter, est prise en otage par les talibans. Devant l’imminence de son exécution, une unité des Forces Spéciales est envoyée pour la libérer. Dans des paysages à la fois hostiles et magnifiques, une poursuite impitoyable s’engage alors entre ses ex-ravisseurs qui n’entendent pas laisser leur proie leur échapper et ce groupe de soldats qui, au péril de leur vie, n’ont qu’un objectif : la ramener vivante. Entre cette femme de caractère et ces hommes de devoir, contraints d’affronter ensemble les pires dangers, vont se nouer des liens affectifs, violents, intimes…

    Surtout le débat qui a suivi le film s’est révélé passionnant et, a postériori, a donné encore plus d’intérêt au film. Raphael Personnaz a ainsi raconté comment il s’était réellement entraîné auprès des forces spéciales, et le réalisateur é évoqué ses précédents reportages (notamment pour « Envoyé spécial ») qui ont nourri ce film tourné dans des conditions particulièrement difficiles (au Tadjikistan). Il avait d’ailleurs déjà tourné un documentaire sur les « Forces spéciales ».

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    Egalement hors compétition « JC comme Jésus Christ » de Jonathan Zaccaï, farce très drôle sur le milieu du cinéma dans laquelle Vincent Lacoste interprète un jeune réalisateur prodige qui a obtenu la palme d’or à 15 ans et dont, à 17 ans, le seul vrai problème est de passer le bac.  Dommage que cela se réduise à une farce justement, relevant plus d’une suite de sketchs que du scénario construit et surtout que le milieu du cinéma y soit traité uniquement comme une vaste imposture dépourvue de toute passion ou intelligence, et regardé avec un certain mépris… A prendre au 36ème degré donc et à voir  pour d’Elsa Zylberstein qui se moque d’elle-même, semble-t-il avec beaucoup de plaisir.

    Côté compétition de courts-métrages, c’est l’humour cruel et dévastateur qui l’a emporté avec « Aime-moi » de David Courtil. Dommage que mon favori « Alexis Ivanovitch vous êtes mon héros » de Guillaume Gouix déjà favori à Cabourg soit à nouveau reparti sans récompenses. « Alex et Cerise s’aiment d’un amour joyeux. Un jour, Alex est agressé devant Cerise et la peur l’empêche de réagir. Alors que Cerise fait de cette histoire une simple anecdote, Alex la vit comme une réelle humiliation. Et si son amour-propre le faisait passer à côté du bonheur. » Le fait que Guillaume Gouix soit acteur n’est sûrement pas étranger au jeu des comédiens qui résonne ici si juste (Swann Arlaud est réellement remarquable et me fait aussi penser à cette phrase de Pierre Duculot à propos de son actrice principale lors du festival de Cabourg « la beauté des filles ordinaires qui ne le sont pas », Swann Arnaud a ainsi la beauté d’un garçon ordinaire dont Guillaume Gouix révèle la belle fragilité, cela confirme d’ailleurs au passage le talent de découvreur d’acteurs de Jean-Pierre Améris puisque, Swann Arlaud, comme Pierre Niney, dont je vous parlais  lors de la sortie de « J’aime regarder les filles » jouait dans « Les Emotifs anonymes », son dernier film.) Guillaume Gouix arrive à rendre particulièrement touchant ce personnage radieux et joyeusement désinvolte qui, en une fraction seconde, blessé dans son orgueil, va tout remettre en question, découvrant ne pas être le héros qu’il aurait aimé être aux yeux de son amoureuse. Ce film recèle de ces instants de vérité dont parle si souvent Lelouch ( même si ce court-métrage n’a rien d’un Lelouch) qui auraient à eux seuls valu une récompense à ce film très juste et sensible.

    Quoiqu’il en soit, un festival avec une programmation de belle qualité avec un objectif louable, celui de permettre de découvrir les talents de demain, le tout dans un cadre particulièrement agréable que je connaissais certes déjà mais que j’ai redécouvert avec plaisir. A noter également : l’accueil particulièrement chaleureux de l’équipe du festival. Je vous le recommande et en attendant n’oubliez pas d’aller voir « Une bouteille à la mer », le 28 décembre.

     Pour en savoir plus : http://www.fijr-sj.com

    Retrouvez également prochainement quelques conseils gastronomiques et touristiques à Saint Jean de Luz sur mon blog http://www.inthemoodforluxe.com .

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    Concert de musique de films sur la place Louis XIV le jour de la clôture

     

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    Ci-dessus, les très expressives et originales photos de Maxime Bruno exposées dans le hall du Sélect. A découvrir également les photos de Christophe Brachet, l'autre photographe du festival.

     

    PALMARES COMPLET DU FESTIVAL

    CHISTERA du Meilleur Réalisateur parrainé par CINE +

     Michaël R. ROSKAM pour le film « Bullhead» (Belgique)

     CHISTERA du Meilleur Film parrainé par France BLEU

    « Une bouteille à la mer » de Thierry BENISTI (France)

     CHISTERA de la Meilleure Interprétation Féminine

    Sandra HULLER dans « L’amour et rien d’autre » de Jan SCHOMBURG (Allemagne)

    CHISTERA de la Meilleure Interprétation Masculine parrainé par JOACASINO

     Matthias SCHOENAERTS dans «Bullhead » de Michaël R. ROSKAM (Belgique)

     CHISTERA DU PUBLIC

    « Les adoptés » de Mélanie LAURENT (France)

     CHISTERA DU JURY DES JEUNES parrainé par ALLIANZ

    « Les adoptés » de Mélanie LAURENT (France)

      CHISTERA DU JURY DU COURT-METRAGE parrainé par Suez-GDF

     « L’accordeur » de Olivier Treiner (France)

       CHISTERA DU PUBLIC DU COURT-METRAGE

     « Aime-moi » de David Courtil (France)

     

  • Rencontre avec Vincent Perez et Karine Silla Perez chez Europacorp pour la sortie de « Un baiser papillon »

     

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    Je vous parlais hier d’« Un baiser papillon », le premier film de Karine Silla (dont vous pouvez retrouver ma critique en cliquant ici) découvert en avant-première dans les locaux d’Europacorp, à l’invitation de Way to blue, avant d’avoir le plaisir d’y rencontrer la réalisatrice et un de ses acteurs principaux (et par ailleurs son mari) : Vincent Perez. Ces derniers temps les belles rencontres, notamment avec les équipes de films, se multiplient et c’est à chaque fois pour moi le même mélange de plaisir et d’appréhension. Plaisir de pouvoir échanger sur la genèse d’un film, de partager mon enthousiasme ou mes interrogations. Appréhension de poser des questions maintes fois entendues, appréhension de poser une question maladroite sachant à quel point et à juste titre un artiste est à fleur de peau a fortiori au moment de la sortie d’un film, appréhension de préjugés sur les blogs. Mais le plaisir l’emporte toujours. Et il faut avouer que pour l’instant je n’ai que de bons souvenirs de ce genre de rencontres, les préjugés venant plutôt de journalistes qui ne considèrent pas toujours d’un bon œil cette masse indifférenciée que sont les blogs pour un certain nombre d’entre eux. (je reviens plus tard sur ce sujet à l’occasion de la diffusion du documentaire « Tous critiques ? » dont je n’ai eu le temps de vous parler que brièvement pour l’instant et dans lequel j’interviens sur ce sujet). Après avoir fait connaissance avec les 6 autres blogueurs (que, pour une fois, je ne connaissais pas) dans le hall d’Europacorp où sont diffusées les bandes-annonces de la société (dont la palme d’or « The Tree of life » de Terrence Malick dont je vous ai brièvement parlé à Cannes mais dont vous pourrez retrouver ma critique détaillée demain), direction le restaurant jouxtant le bâtiment principal d’Europacorp.

    Vincent Perez ( « Cyrano de Bergerac », « Indochine », « La Reine Margot », « Fanfan la Tulipe », « Demain dès l’aube »…  et mercredi à l’affiche également de « Monsieur Papa » de Kad Merad mais aussi réalisateur  de deux longs-métrages : « Peau d’ange » en 2002 et « Si j’étais toi » en 2007) arrive le premier, souriant, affable, nous saluant un à un, et engageant immédiatement la conversation pressentant sans doute la légère fébrilité de l’assistance et coupant ainsi intelligemment court à tout éventuel malaise ou silence, et évoquant le film avant même que nous abordions le sujet, pour lui un vrai « combat », nous racontant d’emblée qu’il « devait se faire chez Pathé et a été sauvé en distribution au dernier moment chez Europacorp » et nous demandant avec anxiété si nous l’avions vu et aimé (question à laquelle il n’est jamais évident de répondre même quand on a aimé le film, sans donner l’impression de tomber dans la flagornerie). Quelques minutes plus tard Karine Silla (actrice  notamment dans « Je vais te manquer » de Amanda Sthers mais aussi dans  « Il est plus facile pour un chameau », de Valeria Bruni-Tedeschi, également  coscénariste de « Peau d’ange » de Vincent Perez) le rejoint, avec une complicité évidente.

     Comme toujours de la dizaine de questions que j’avais préparées je n’en poserais que 4 ou 5, juge sans appel de la qualité de mes questions, supprimées à la dernière minute par mon propre et impitoyable tribunal, mais ayant eu mes réponses aux principales. Ci-dessous les réponses mêlées à mes propres questions et celles des autres blogueurs. Extraits d’une conversation à bâtons rompues avec un couple engagé, passionné, désireux de partager son enthousiasme pour ce projet porté de longs mois  qui a redoublé mon envie et mon énergie de croire aux miracles, de continuer à travailler obstinément et contre vents et marées et de croire à mes projets et rêves fous et qui m’a permis de constater une fois de plus que le talent est synonyme de modestie et simplicité, ou en tout cas de l’intelligence d’y laisser croire.

     Karine Silla a d’abord évoqué la durée du tournage : 7 semaines après 2 ans et demi « sans interruption », « d’acharnement ».( « Un baiser papillon » étant son premier film, elle n’est pas passée au préalable par la case court-métrage).

    Elle est aussi revenue sur le titre (à mon sens d’ailleurs très judicieux qui reflète les idées d’envol, d’espoir, de métamorphose  présentes dans le film mais aussi l’univers coloré de la cinéaste) synonyme du « côté éphémère » des choses. L’atmosphère de conte dans laquelle nous plonge le film et qui adoucit la dureté de certains sujets abordés était pour elle importante, essentiellement concernant les décors « que ce soit pour la chambre de la petite fille » vue à travers son regard ou « lorsque la Tour Eiffel s’illumine. »

    Karine Silla a aussi insisté sur l’aspect populaire du film, sur son « amour des gens » qu’elle voulait transmettre, que lui a transmis notamment son grand-père qu’elle accompagnait sur les marchés.  « A chaque fois, je voulais qu’il y ait un impact populaire comme la musique de Vivaldi. J’avais envie de faire un film sur les autres et sur ce qui nous rassemble et non sur ce qui nous divise comme la peur de la mort et de la mort des autres. » « Chaque petit rôle quand on arrivait sur le plateau était pour moi le personnage principal. J’aime les gens profondément. J’ai abordé ces petits rôles de la même façon »

    Karine Silla et Vincent Perez sont surtout apparus très déterminés : « On n’a rien lâché », « Ce film était tellement nécessaire, si je ne le faisais pas, je voyais le précipice. » Pour Vincent Perez concernant les thèmes du secret, de la maladie évoqués dans le film : « Ce sont des histoires que tout le monde vit » et pour Karine Silla : «  ce sont des histoires qui, tout au long de notre vie, se sont répétées. »

    Concernant ses points communs avec le personnage Vincent Perez a évoqué son côté : « obsessionnel dans mon travail. Mon travail, je le trimballe à la maison. (…)Je n’ai pas envisagé de construire un personnage mais d’être sincère, dans une sincérité. J’ai tendance à me réfugier derrière un personnage, j’ai toujours aimé fabriquer un personnage donc c’est un peu nouveau. »

    A propos des voitures brûlées évoquées dans le film: « Ce sujet m’est sensible. On a toujours un fait, un sujet dont tout le monde parle. Cela fait 17 ans que je travaille dans les prisons de France. Cela me donne un autre regard sur la société. J’y vais de façon anonyme»

     

    Karine Silla a également évoqué son travail en amont du tournage : « C’était un scénario fort. C’était mon outil de travail. J’avais besoin de m’appuyer sur le travail. J’ai trop connu la danse pour faire de l’à peu près ». « Trois prises c’était le grand luxe. J’avais fait un plan de travail extrêmement chargé avec des scènes difficiles à faire. J’avais travaillé avec chaque acteur. On avait réglé en amont les problèmes qui auraient pu se poser pendant le film. » « Tout à coup on ose et c’est possible. Ce film m’a donné une confiance folle d’oser. Cela m’a toujours fascinée d’avoir un rêve, d’oser et qu’il se réalise », « Pour moi, la vie c’est le mélange de volonté, de travail, et de miracle. »

    Parmi ces miracles, il y a eu notamment la musique, signée Angelo Badalamenti, connu avant tout pour ses musiques de films de David Lynch dont elle rêvait sans en avoir les moyens. Elle lui a envoyé une copie du film à Los Angeles et ce dernier ayant aimé le film lui a « donné » la musique.

    Concernant ses références, et à mon évocation de Wong Kar Wai, Karine Silla a confirmé y avoir pensé pour les scènes entre Paul (Jalil Lespert) et Natalya (Véronika Novak).  Vincent Perez lui fait remarquer que la scène du coiffeur pourrait être une scène d’Almodovar.

    Karine Silla a également évoqué brièvement son prochain film « Le père noël est africain » avec, notamment, Gérard Depardieu et Vincent Perez,  « toujours sur les relations humaines, toujours avec le même message ».

    Ce n’est là qu’un résumé de cet échange de 45 minutes qui, je l’espère, reflètera la générosité, l’empathie, la luminosité, la douceur de ce premier film riche de ses jolies maladresses et à l’image des personnalités de sa réalisatrice et d’un de ses acteurs principaux.

    « Un baiser papillon » sort dans 180 salles et 14 sur Paris.

    Merci à Way to blue pour l’invitation, à Europacorp pour l’accueil et à Karine Silla Perez et Vincent Perez pour leur disponibilité.   Et rendez-vous mercredi en salles pour découvrir « Un baiser papillon » .

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