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Jury du millénaire, ma sélection : pour ne pas oublier que le temps presse

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jury78.jpg Vous le savez (peut-être) : j’ai souvent fait partie de jurys de festivals de cinéma (11 pour être exacte), c’est même ce qui m’a amenée à créer ce blog, il y a 7 ans déjà. Pas pour le plaisir de juger car, vous l’aurez remarqué, je ne mets délibérément jamais de notes aux films sur ce blog mais, outre les aventures trépidantes et enrichissantes auxquelles cela a donné lieu, pour le plaisir de découvrir des pépites cinématographiques dont certaines, malheureusement, sont restées totalement méconnues.

 Cette fois, c’est différent, puisqu’il s’agit d’un jury d’un festival d’un genre un peu différent et pour lequel cette fois je n'ai pas été sélectionnée par concours d'écriture puisqu'il suffit d'être blogueur pour participer (le jury de blogueurs deviendrait-il à la mode après celui de Paris Cinéma , le premier de ce genre auquel j'ai participé, en juillet dernier?), un genre un peu différent donc dont l’objectif est non moins noble puisqu’il s’agit de rappeler que le temps presse. Ainsi, en 2000, 191 gouvernements se sont engagés pour réduire la pauvreté dans le monde. En 2009, 8 réalisateurs se sont mobilisés avec l’œuvre collective « 8 » qui réunissait 8 courts-métrages de grands cinéastes : Abderrahmane Sissako, Jan Kounen, Gus Van Sant, Gael Garcia Bernal, Gaspar Noe, Wim Wenders, Mira Nair et Jane Campion. L’objectif étant de défendre les 8 objectifs du Millénaire pour le Développement que sont : la pauvreté, la santé maternelle, la mortalité infantile, l’éducation, le VIH, le développement, l’égalité, l’environnement.

 

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 Cette année ce sont des réalisateurs amateurs qui se sont attelés au sujet. Des réalisateurs venant de 18 pays différents. Sur les 300 courts-métrages envoyés 16 ont été retenus et tous sont liés à une ONG. C’est parmi ceux-ci que seront remis les différents prix et notamment le prix des blogueurs qui sera attribué au lauréat le 26 janvier prochain.  C’est chez Danone Communities , partenaire de l'opération,  que j’étais conviée par Ulike.net à regarder ces courts-métrages mais n’étant pas disponible ce soir-là, c’est sur internet que je me suis rattrapée, regardant même certains films plusieurs fois pour finalement parvenir à les départager. Vous pouvez d’ailleurs en faire de même sur la chaîne youtube "Le temps presse".

Une sélection de festival, c’est toujours un voyage instructif  et celui-ci ne déroge pas à la règle. Un voyage dans les blessures et les plaies de notre millénaire, des plaies béantes qui ne cessent de s’agrandir et sur lesquelles il est plus qu’urgent d’agir et d’alerter l’opinion. Je n’ai jamais douté des pouvoirs du cinéma et il prouve ici une nouvelle fois à quel point c’est une arme à la fois pacifique et combattive, à quel point un film peut-être être plus bouleversant et convaincant qu’un long discours.

  Pour moi six films se sont nettement dégagés et le choix était d’autant plus cornélien que, bien évidemment, aucun sujet n’est supérieur à un autre. C’est donc la qualité cinématographique qui l’a emporté qui d’ailleurs pour ces trois films allait de paire avec la force du message, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi des films très différents même si cela a été un vrai crève-cœur d’évincer les trois autres films avec lesquels j’hésitais.

Liens internet : Site "le temps presse"/ chaîne youtube/ page facebook "le temps presse" / page Facebook du jury du millénaire/ Danone Communities

  1. « Amal »  de Ali Benkirane

 Si le choix des 3 films a été difficile, en revanche pour moi la première place était une évidence. Cela commence par une fenêtre qui s’ouvre. Cela s’achève par une bougie qui s’éteint. Entre les deux, une vie sacrifiée, celle d’une petite fille qui rêvait d’être médecin mais qui doit rester chez elle pour travailler et se trouver un mari. Dès les premiers plans, j’ai été happée par la richesse de la réalisation, de la narration,  du jeu, de la technique (qualité du son…) mais surtout par la beauté picturale absolument sidérante (et même la composition photographique des plans) qui tantôt rappelle un Rembrandt, tantôt rappelle un Monet, toute la beauté du monde à laquelle l’éducation permet d’accéder et à laquelle cette petite fille va devoir renoncer. La fenêtre qui s’ouvre au début, c’est l’océan de rêves et de possibles qu’elle croit avoir devant elle. La bougie qui s’éteint, c’est cette flamme et ce rêve qui l’animaient à jamais plongés dans l’obscurité. Cette scène où on lui apprend qu’elle va devoir cesser d’aller à l’école, avec un gros plan sur  son visage qui passe de la joie à la détresse, de l’espoir au désespoir, est absolument bouleversante. Le cadre et ses mains enserrent son visage, métaphore de la prison dans laquelle est enfermé son avenir. A ce plan succède celui d’un ciel en feu, cruellement beau, comme ce rêve qui brûle et s’éloigne. Un court-métrage poétiquement cruel et bouleversant, douloureux et poétique, d’une beauté visuelle poignante,  qui sonne constamment juste mais surtout qui est un plaidoyer pour la plus belle arme de la liberté et de la paix : l’éducation. Pour que jamais plus personne ne puisse dire « à quoi cela va lui servir tout ça ? ». Une belle leçon aussi quand dans certaines sociétés certains n’aspirent qu’à être sous les feux des projecteurs quand d’autres désirent ardemment avoir la liberté de pouvoir apprendre des métiers essentiels, dans l’ombre. Un vrai regard de cinéaste que celui d’Ali Benkirane que j’espère voir à l’avenir posé sur de nombreuses autres histoires et sujets !

 2.« I téliya » de Fatou Diarra

Sans doute le court-métrage qui illustre le mieux le thème « Le temps presse », dans toute sa tragique ironie. L’idée judicieuse a été de diviser le film en deux parties. La première, à Paris, où un avocat visiblement très stressé met beaucoup d’énergie à défendre des dossiers obscurs dans un cabinet d’avocats aussi gris, terne, désincarné que ceux qui l’occupent. Il travaille là avec une femme qui est apparemment sa compagne et qui, pour sa semaine de congés impromptue, décide de l’emmener au Mali, dans un dispensaire. Un Mali coloré, vivant et qui se meurt. Un dispensaire que nous ne verrons pas mais dont nous verrons le trajet qui y mène dans un bus chaotique où sur les visages s’écrivent les drames et toute l’horreur de la mortalité infantile. Une mortalité qui lui explose là en pleine face, sans cri, en silence, en douleurs, le temps d’un trajet qui voit une vie s’éteindre. Quel contraste entre ces deux mondes qui s’épuisent dans la même urgence rageuse. Le premier souvent pour des raisons fallacieuses. Le second pour des raisons vitales.  Qui plus que tout autre a besoin d’un avocat, un avocat qui reprend la parole pour nous livrer un vibrant plaidoyer dramatiquement réel et qui nous glace le sang, un avocat qui prend conscience de cet autre monde prisonnier de sa lenteur et sa tragédie mais où le temps presse, vraiment et tragiquement, un autre monde mais qui est aussi le nôtre, celui où des millions d’enfants meurent… Un court-métrage bouleversant qui prend le temps de nous faire éprouver que le temps presse à nous qui somme toujours pressés et si souvent aveugles, bavards et si souvent sourds à la détresse du monde.

 3.« Titanic » de J.B Nicolas et F.Tapiro

 J’ai choisi ce second court-métrage parce que, en une minute quarante-sept, il parvient à délivrer un message percutant et que, bien qu’il soit court, ce film témoigne d’une impressionnante maîtrise. Dans la réalisation. Les décors. Le jeu des comédiens, judicieusement décalé. Dans les dialogues avec un humour « so british ». L’idée de parodier un classique du cinéma pour montrer que le changement climatique justement n’en est pas du cinéma, là où certains n’y voient que de la fiction m’a semblée une idée ingénieuse, plus percutante qu’un long discours démontrant une nouvelle fois (et le démontrant brillamment) que « l’humour est la politesse du désespoir ».

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