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Critique de « L’illusionniste » de Sylvain Chomet (sur un scénario de Jacques Tati) : un conte d’une tendre mélancolie

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28 ans déjà que Jacques Tati est décédé, rendu néanmoins immortel par son incomparable et inoubliable personnage de Monsieur Hulot avec son  élégance maladroite, sa poésie burlesque et parfois mélancolique. En reprenant ce scénario inédit de Jacques Tati (dont il dit n’avoir modifié que 30%) Sylvain Chomet lui rend un vibrant hommage. Le personnage ne s’appelle pas ici Hulot mais Tatischeff (du vrai nom de Jacques Tati) et la longue silhouette hésitante et nonchalante rappelle davantage ce dernier que son personnage de Monsieur Hulot.

 C’est la fin des années 50 et le début d’une révolution pour le music hall avec le succès grandissant et incroyable du rock et la fin des numéros traditionnels comme celui de  Tatischeff, magicien à l’ancienne avec lapin de rigueur. Son public s’est clairsemé et les propositions de contrat se raréfient. Il part tenter sa chance à Londres où il connaît le même échec. Il se retrouve finalement dans le pub d’un village écossais où il rencontre Alice, une jeune fille pauvre et seule qu’il va prendre sous aile pourtant déjà bien fragile…

Cet « Illusionniste » n’a rien à voir avec le film de Neil Burger de 2006 ni d’ailleurs avec les films d’animation actuels. A l’heure de la 3D, Sylvain Chomet signe des films d’animation à l’ancienne (comme un écho à l’univers de son personnage de Tatischeff) desquels se dégage un charme nostalgique.

C’est évidemment un bonheur de retrouver la silhouette longiligne, élégante et si singulière de Jacques Tati même si ici le burlesque caractéristique du cinéaste n’est présent que par petites touches pour laisser la place à la mélancolie, la nostalgie, la gravité, la solitude, le pessimisme. C’est le triste constat de la fin d’une époque où la magie n’a plus sa place, où les ventriloques se retrouvent à la rue, où les clowns se pendent, saltimbanques d’un autre temps dévorés par une société de consommation vorace et impitoyable. C’est la mélancolie qui domine renforcée par l’atmosphère sombre et brumeuse d’Edimbourg où Sylvain Chomet a choisi de situer l’intrigue. La fin d’une époque. La fin d’un rêve. La fin des illusions, dans tous les sens du terme. Même Alice ne peut plus croire au pays des merveilles.

L’hommage à Tati ne s’arrête pas au nom et à l’allure du personnage : des cadrages  (de pied, jamais de gros plan comme chez Tati) au manège urbain qui rappelle  Playtime, en passant par l’absence de dialogues aux quelques images de « Mon oncle » aperçues dans un cinéma dans lequel se retrouve Tatischeff, Sylvain Chomet distille de nombreux clins d’œil au cinéaste.

Vous le savez peut-être, je ne suis pas une grande adepte de l’animation et je me prends à rêver de ce qu’aurait été ce film, sans aucun doute poignant, si Tati l’avait tourné, dans lequel lui aussi, à la manière de Chaplin nous aurait parlé des « Feux de la rampe » et de cette douleur incommensurable lorsqu’ils s’éteignent mais lorsque le cinéma nous abreuve de films qui rivalisent de surenchère dans l’hypnotisme visuel et sonore (comme )  la poésie mélancolique et nonchalante de Tati alliée à l’univers joliment nostalgique de Sylvain Chomet  font de  cette fantaisie poétique et tendre teintée de mélancolie et tristement drôle une respiration salutaire, nous laissant à la fois abattus et heureux. Abattus par tant d’illusions perdues et heureux de voir les derniers sursauts d’un monde et d’un cinéaste, irremplaçables et eux aussi disparus.

Retrouvez aussi mon article consacré à l’exposition « Deux temps, trois mouvements » à la Cinémathèque et ma critique de "PlayTime" de Jacques Tati.

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