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  • Mon bilan (anticipé) de l'année cinéma 2008

    ena1.jpg Le directeur de la rédaction de la revue des anciens élèves de l’ENA intitulée « L’ENA hors les murs » m’a fait l’honneur de me confier la passionnante tâche d’effectuer le bilan de l’année cinématographique 2008.

     Ce bilan sera publié dans la revue "l’ENA hors les murs" (parution: le 20 décembre),  je vous en reparlerai.

     La version que je vous livre ci-dessous (condensé et résumé de l’année cinématographique « In the mood for cinema ») est plus exhaustive et diffère légèrement de celle qui sera publiée.

     N’hésitez pas à faire part de vos commentaires et/ou critiques. (Il manque forcément quelques films de cette fin d’année 2008 que je n’ai pas encore vus et j'ai forcément fait quelques impasses ).

     

    Bilan de l’année cinéma 2008

    ena2.jpgEn mai dernier, Sean Penn alors Président du Festival de Cannes déclarait que les cinéastes que son jury primerait devraient « être conscients du monde dans lequel ils vivent ». Des propos qui reflètent la dichotomie de cette année cinématographique entre, d’une part,  une majorité de films particulièrement engagés, à thématiques sociales, politiques, de nombreux documentaires ou fictions documentaires abolissant les frontières entre les genres, et d’autre part, de poignantes histoires simples ou des films plus légers n’ayant d’autre but que de nous évader de la réalité, une dichotomie à l’image des trois films qui ont symbolisé cette année faste pour le cinéma hexagonal.

    Le cinéma : miroir du monde

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    Waltz with Bashir.jpgCette année, une majorité de films a donc aspiré à disséquer, éclairer ou souligner des périodes de l’Histoire, des situations politiques ou sociales : un miroir du monde dans lequel se reflètent et s’influencent intelligemment sa beauté et sa laideur, sa vérité et sa mythologie, sa réalité et sa fiction, un mélange duquel résulte une impression troublante qui ne nuit le plus souvent pas au propos mais au contraire le renforce, paradoxalement le crédibilise.

    Au premier rang de ces films hybrides se situe le grand oublié du palmarès du Festival de Cannes 2008, Valse avec Bashir d’Ari Folman : un documentaire d’animation d’une effroyable beauté sur la guerre du Liban (plus précisément sur le massacre de Palestiniens par les Phalangistes chrétiens en 1982) qui s’affranchit des règles qui séparent habituellement documentaire et fiction,  qui nous happe par la violence sublime des images, ces couleurs noires et ocre diaboliquement envoûtantes. Cette beauté insupportable  rend visible l’insoutenable et crée une distance salutaire, tout en soulignant l’ironie et l’amnésie (tragiques) et les échos (cyniques) de l’Histoire.

     C’est aussi au Liban, mais aujourd’hui, que nous emmène Khalil Joreige et Johanna Hadjithomas dans Je veux voir qui mêle avec beaucoup d’habileté fiction et documentaire, un film selon les propres termes des réalisateurs « éclairé par la présence improbable et onirique » de Catherine Deneuve qui « veut voir »  les stigmates de la guerre et qui, pour ce faire, part avec l’acteur Rabih Mroué sur les routes du Liban. Cette présence est à la fois un écho à la beauté du Sud et un contraste saisissant avec le spectacle de désolation des paysages en ruine, des vies dévastées : elle y est sublime de dignité et de courage. Le mélange si habile de fiction et documentaire mais aussi de mythologie cinématographique et de mémoire historique en font un film, un témoignage aussi, inclassable, captivant, troublant, jamais didactique dont le dernier plan et le dernier regard sont  sans doute parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir au cinéma.

     C’est aussi dans cette lignée que pourrait s’inscrire la lauréat de la palme d’or 2008, Entre les murs du Français Laurent Cantet qui, pourtant, est bel et bien une fiction mais qui donne brillamment l’illusion du documentaire, d’instants pris sur le vif.  Des murs qui renvoient des échos graves et poétiques, drôles et violents, d’une portée universelle, en alliant savamment humour et gravité. Un film « multiple, foisonnant, complexe » selon son réalisateur mais aussi une fenêtre ouverte sur les fracas du monde, l’exclusion culturelle et sociale qui ne stigmatise  ni les élèves ni les professeurs mais filme simplement deux réalités qui s’affrontent verbalement et qui dépassent parfois ceux qui les vivent.

     Pourrait aussi s’inscrire dans cette catégorie hybride : Johnny Mad Dog, le portrait sans concessions d’enfants soldats africains signé Jean-Stéphane Sauvaire ou dans un autre style, le documentaire/road movie truculent et épique d’Antoine de Maximy J’irai dormir à Hollywood qui, par ses rencontres insolites, inquiétantes, instructives touchantes  dresse un portrait des Etats-Unis,  d’un mythe confronté à la réalité et à ses blessures, ses craintes, ses failles.

     la vie moderne.jpgLe documentaire a aussi été à l’honneur cette année avec La vie moderne du maître du genre Raymond Depardon avec ses portraits de paysans saisissants de vérité mais aussi Je m’appelle Sabine le cri d’alarme et d’amour de Sandrine Bonnaire sur l’autisme.

     Parmi les fictions politiques et engagées figure également Hunger de Steve Mc Queen, lauréat de la Caméra d’or du Festival de Cannes 2008 : un  film réaliste et onirique, silencieux et si parlant, violent et idéaliste, sombre, carcéral, d’une radicalité éprouvante sur le « Blanket and No-Wash Protest » des prisonniers politiques de l’IRA dans lequel Mc Queen joue des contrastes avec un talent saisissant comme ces longs plans fixes qui augmentent encore l’impact du surgissement de la violence (et la crainte de ce surgissement) et celui du propos que la  froideur et le réalisme de la réalisation parsemée de moments d’onirisme souligne intelligemment.

     D’autres ont choisi de mettre en scène des personnalités politiques comme Paolo Sorrentino dans Il Divo : portrait d’Andreotti à l’humour noir décapant servi par une réalisation époustouflante et vertigineuse ou comme Oliver Stone dans W : l’improbable président dont la caméra, souvent placée là où ça fait mal,  n’ épargne rien au futur ex –président américain, soulignant souvent son ridicule, le montrant comme un enfant capricieux, plutôt rustre, pas très cultivé mais doté d’une mémoire considérable, un enfant dont la relation à son père  a bouleversé la face du monde, un enfant qui s’intéresse essentiellement au baseball mais qui, à 40 ans, trouve la foi, se convertit, cesse de boire, et se retrouve dans les pas historiques de son père, lequel aurait préféré y voir son frère qui, d’ailleurs, échouera.

    the visitor2.jpg C’est aussi parle biais de la fiction que d’autres thèmes « sociaux » ont été abordés comme la difficile condition des immigrés dans Le Silence de Lorna des frères Dardenne, prix du scénario du Festival de Cannes, douloureuse histoire d’amour entre deux êtres au bord du gouffre dans laquelle ces derniers montrent qu’ils restent les meilleurs cinéastes de l’instant, à la fois de l’intime et de l’universel, de ce basculement de l’existence en une précieuse et douloureuse seconde. Ken Loach, toujours aussi engagé,  dénonce aussi cette réalité sociale contemporaine dans le corrosif et percutant It’s a free world. C’est aussi le thème de The Visitor, grand prix du Festival du Festival du Cinéma Américain de  Deauville, film poignant sur l’amitié entre un professeur d’économie misanthrope et un jeune couple d’immigrés clandestins, un film qui ensorcelle doucement, parle de deuil, de retour à la vie, d’injustice, de tolérance, sans jamais être moralisateur, avec des personnages que nous laissons à leur rage et désespoir, avec regrets, mais que nous embarquons avec nous bien plus loin et bien après le générique de fin avec, en mémoire, le tempo douloureusement répétitif et le son sublimement retentissant du djembé, lors de la dernière scène, terrible et magnifique. Comme la plupart des films de ce 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville (parmi lesquels mon favori American Son de Neil Abramson) ce film reflète un visage sombre de l’Amérique. Inquiète. Vulnérable. Fébrile. Egarée. En recherche de figure paternaliste.

     C’est à une autre réalité politique que s’attaque Matteo Garrone dans Gomorra, fresque brutale et violente : celle de la Camorra Napolitaine.

     C’est par la comédie sociale que Pierre Jolivet, dans La très très grande entreprise a souhaité raconter le combat de citoyens ordinaires contre une entreprise tentaculaire et impersonnelle. Et même les studios Pixar avec le poétique, drôle et émouvant Wall-E s’affranchissent des frontières entre les genres en faisant une film d’animation politique et écologiste.

    parlez.jpg Avec Parlez-moi de la pluie c’est à l’engagement politique, qu’Agnès Jaoui, quant à elle, rend hommage. L’écriture de Bacri et Jaoui n’a pas son pareil pour faire danser l’humanité sous nos yeux et établir la météorologie des âmes en faisant s’enlacer pluie et soleil, force et faiblesse. Un hommage salutaire à l’engagement politique, à l’encontre de la mode poujadiste. Si, comme l’écrivait Kirkegaard cité dans le film, "l’angoisse est le possible de la liberté", la pluie sur les âmes, sans doute est-elle le possible de son soleil, teinté d’une bienheureuse mélancolie à l’image de ce film réconfortant, brillamment écrit et réalisé.

     Même Clint Eastwood, dans  L’Echange, recourt à la fiction pour évoquer  un problème contemporain à travers le combat d’une femme pour retrouver son fils face à l’injustice d’institutions corrompues, un film qui n’échappe malheureusement pas au manichéisme mais d’une beauté formelle renversante.

     miracle à.jpgCette liste ne serait pas complète sans évoquer le lyrique et mystique hommage de Spike Lee aux GI’S afro-américains dans Miracle à Santa  Anna ni sans évoquer le couple sulfureux Osvaldo Valenti et Luisa Ferida dans Une histoire italienne de Marco Tullio Giordana, mêlant l’histoire italienne trouble et troublante de ces deux acteurs  à l’Histoire italienne, surtout celle du fascisme pendant la Seconde Guerre Mondiale. 

    Le cinéma français à l’honneur 

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     Avec Entre les murs et sa palme d’or ( Pialat était le dernier cinéaste français à l’avoir obtenue avec Sous le soleil de Satan en 1987), et  deux autres films radicalement différents de ce dernier, 2008 a donc été l’année du cinéma français. Il est bien entendu impossible de ne pas évoquer l’écrasant et irrationnel  succès de Bienvenue chez les Ch’tis aux box office, plus gros succès du cinéma français de tous les temps avec 20,4 millions de spectateurs, un film qui a séduit le public par ses personnages et son histoire simples, même enfantins, dépourvus de méchanceté et de cynisme qui mettent la solidarité et l’amitié à l’honneur, film fédérateur, rassurant car sans surprises et sans aspérités, donnant au spectateur une image noble de lui-même ; sans doute davantage que par ses qualités scénaristiques et de mise en scène.

    Le mélodramatique  La Môme d’Olivier Dahan a également mis le cinéma français à l’honneur puisque Marion Cotillard, parmi une pluie de récompenses, a reçu le César mais aussi l’Oscar (succédant à Signoret qui l’avait obtenu en 1950 mais étant la première française à l’obtenir dans un film en langue française) : tourbillon vertigineux (admirable plan de la mort de Cerdan) aux images néanmoins hypnotiques, avec une caméra qui emprisonne, dicte l’émotion  et reflète une société impatiente, consumériste qui ne prend plus le temps. D’analyser. De la distance.  De se laisser envoûter par une émotion subreptice et non tapageuse.

     La Môme a donc accru la mode du biopic avec également cette année Sagan de Diane Kurys, un film empreint de liberté, de mélancolie, de cynisme, d’oisiveté, de solitude ravageuse à l’image de la vie tumultueuse et intense de l’écrivain mais aussi de la petite musique, si mélodieuse et mélancolique de ses mots. Il y eut aussi le très appliqué Coluche : l’histoire d’un mec, dépourvu de l’iconoclastie de son inspirateur éponyme mais porté par  un François-Xavier Demaison sidérant dévorant l’écran faisant revivre Coluche avec sa gestuelle et sa démarche si particulières, sa voix inimitable. Enfin avec le diptyque Mesrine de Jean-François Richet (et Sans arme ni haine ni violence de Jean-Paul Rouve)  c’est le symbole d’une époque, la nôtre, où la gloire apparaît comme la qualité ultime. Une époque où les médias sont fascinés par ce qu’ils dénoncent. Une époque où le pouvoir des images  l’emporte sur celui de la raison, ce que nous voyons sur ce que nous savons. L’illustration du besoin vorace et irrationnel du public  de tout savoir, de s’identifier, même à la vanité.

    Secret Défense.jpg Cette année, pour le cinéma français, a aussi été celle d’un cinéma décomplexé, qui n’hésite plus à pénétrer sur les terres d’un cinéma de genre dont les Américains avaient le monopole : que ce soit avec la comédie d’action Cash, avec l’adaptation de la bande dessinée Largo Winch, avec le thriller Pour elle, ou avec Secret défense  qui, grâce à la construction symétrique du scénario (qui met en parallèle le destin d’une jeune femme recrutée par la DGSE et celui d’un jeune homme embrigadé dans un mouvement terroriste, sans que cela soit caricatural ou artificiel), l’admirable travail de documentation et la consultation qui a précédé le tournage, la mise en scène aussi nerveuse qu’efficace, initie en France un film de genre haletant, populaire et exigeant, aux interprètes irréprochables. On observe aussi une multiplication des films utilisant un montage nerveux, une multiplicité de plans et de lieux, très inspirés de la saga des Jason Bourne.

    De poignantes histoires simples

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     Il n’y a sans doute rien de plus compliqué que de raconter une histoire simple, de la transcender par la sensibilité et le talent de son auteur, et cette année le cinéma a foisonné de poignantes histoires simples : Philippe Claudel, tout d’abord, avec Il y a longtemps que je t’aime , peinture bouleversante d’âmes grises et enfermées, a signé un véritable hymne à la vie.

     premier.jpgEnsuite James Gray avec Two lovers :  par des gestes, des regards, des paroles esquissés ou éludés, il dépeint de manière subtile la maladresse touchante et la cruauté cinglante d’un amour vain , un film d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments qui s’emparent des personnages  principaux, évidemment Joaquin Phoenix avec son regard mélancolique, fiévreux, enfiévré de passion, ses gestes maladroits, son corps même qui semble crouler sous le poids de l’existence, sa gaucherie adolescente. Un thriller intime qui exalte et respire  la beauté déchirante d’un amour contrarié, qui réinvente la comédie romantique en magnifiant une histoire simple, nous donnant presque à ressentir les battements de cœur tourmentés de ses protagonistes,  un film lumineux et douloureux, intense et inoubliable, profond et mélancolique comme la nouvelle de Dostoïevski dont il s’inspire mais aussi un film sur le poids de la famille, thème fétiche de James Gray que l’on retrouve dans un autre succès de cette année Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. 5 personnages. 5 membres d’une même famille. 5 journées déterminantes. 12 ans : ce film aurait pu se réduire à ce concept mais, surtout, il exhale l’inestimable parfum de l’enfance et la beauté cruelle de l’existence, fait s’entrelacer ces moments d’une beauté redoutable où bonheur et horreur indicibles semblent se narguer, et témoigne de toute l’ironie parfois d’une cruauté sans bornes de l’existence.

     Le cinéma affectionne d’ailleurs toujours autant les œuvres chorales et la famille comme Desplechin avec sa tragédie légère Un conte de noël ou avec Une histoire de famille, premier film très réussi d’Helen Hunt. Klapisch, un habitué du film choral  y est aussi revenu cette année avec Paris dans lequel il sublime et confronte l’éphémère dans la ville éternelle, un film qui chante, danse et célèbre la ville et la vie qu’elle incarne et contient.

    Avec Deux jours à tuer Jean Becker, lui aussi,  nous fait prendre conscience du poids de chaque seconde par ce film qui nous laisse à bout de souffle tout en nous insufflant un magistral souffle de vie.

     C’est par un conte poétique et désenchanté intitulé  La Frontière de l’aube que Philippe Garrel , injustement hué à Cannes,  nous ensorcelle et par une lenteur qui donne le temps au temps, le temps de s’imprégner de ses personnages,  son romantisme sans concessions, son aspect surréaliste et sa façon de saisir et juxtaposer des instants.  Un film aux frontières de la réalité, de la folie, de la mort, sur la passion dévastatrice, un amour fatal porteur d’une beauté à la fois sombre et lumineuse.

    Les habitués et les surprises du box office

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     Une année cinématographique ne serait pas digne de ce nom sans film de Woody Allen, cette année Vicky Cristina Barcelona : un moment unique et réjouissant, un vaudeville qui ne se contente pas de faire claquer les portes mais qui ouvre sur les âmes toujours tourmentées, du moins alambiquées, de ses protagonistes, un mélange de dérision, de sensualité, de passion, de mélancolie, de gravité, de drôlerie, de cruauté, de romantisme, d’ironie. Un hymne à la beauté et à l’art, réflexion sur l’amoralité amoureuse, les atermoiements du corps et du cœur. Une comédie romantiquement sulfureuse et mélancoliquement légère, alliant avec toute sa virtuosité  ces paradoxes et s’éloignant des clichés ou de la vulgarité qui auraient si faciles pour signer un film  aussi élégant que sensuel. Malgré ses 72 ans, le cinéaste fait preuve d’une acuité, d’une jeunesse, d’une insolence, d’une inventivité toujours étonnantes, remarquables et inégalées.

    quantum of solace.jpg Cette année était aussi celle du très attendu 22ème volet de la saga James Bond, Quantum of Solace transition réussie et nécessaire vers de nouvelles aventures dont une scène réussie sur un air de Tosca mérite à elle seule le détour, même si le scénario n’était pas à la hauteur du magistral Casino Royale,  présentant une véritable surenchère  (nombre de plans, scènes d’action, nombre de lieux) et un James Bond, beaucoup plus sombre et plus violent,  porté par un Daniel Craig néanmoins toujours irréprochable qui a su renouveler le mythe sans l’écorner.

     Un autre héros mythique très attendu était de retour cette année : Indiana Jones avec Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, cette fois-ci en pleine guerre froide  mais ayant conservé son humour sarcastique, ses scènes d’action trépidantes, époustouflantes, tonitruantes, sa désinvolture élégante, même dans les situations les plus dramatiques.

     Christophe Barratier après le triomphe de son premier film Les Choristes était lui aussi très attendu avec son deuxième film Faubourg 36 qui n’a pas remporté le même succès en salles, un  hommage au cinéma d’hier avec un style joliment désuet, musical, mélancolique, sentimental, photogénique et enthousiaste avec une résonance sociale finalement très actuelle.

      Astérix aux Jeux Olympiques avec son budget record de 78 millions n’a pas non plus atteint les sommets du box office attendus malgré un nombre de spectateurs dépassant les 6 millions.

     La comédie musicale Mamma mia !  adapté d’une comédie musicale à succès, film enchanté et enchanteur sur un air joliment suranné et naïf d’Abba, porté par une Meryl Streep époustouflante et à l’enthousiasme communicatif, a en revanche remporté un vif succès en salles.

     Cette année a également réservé son lot habituel de suites de comédies faciles qui n’ont pas connu le même succès que les films initiaux que ce soit Disco (Oteniente avait connu le succès avec Camping), ou Les Randonneurs à St Tropez (qui faisaient suite aux  Randonneurs de Philippe Harrel) .

     Mes amis, mes amours la (trop) gentille adaptation du roman éponyme de Marc Lévy n’a pas plus rencontré le public,  prouvant bien qu’il n’y a pas de recettes tout comme le prouvent les surprises du box office grâce au bouche à oreille comme Séraphine de Martin Provost.

    Les inclassables: des expériences sublimes et éprouvantes

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     Dans cette catégorie, je voulais surtout inclure deux films magistraux : There will be blood de Paul Thomas Anderson  et plus encore Into the wild de Sean Penn qui ont en commun d’être autant des expériences que des œuvres cinématographiques.

     There will be blood traite de la folie fiévreuse de l’or noir : une expérience captivante et éprouvante, étrange, dérangeante, cruelle, fascinante, hypnotique, vertigineuse, dans laquelle la sublime photographie dichotomique  reflète le combat interne de Plainview, grâce aussi à une musique intelligemment discordante où le sublime côtoie le grotesque  à l’image du personnage principal dont la construction scénaristique et visuelle épouse la folie au-delà des frontières du désenchantement. Un face à face de l’homme avec la nature,  une ascension puis descente aux enfers qui rappellent un autre film aussi éprouvant que sublime,  Into the wild de Sean Penn, véritable expérience sensorielle qui transgresse les codes habituels de la narration filmique procurant une sensation de liberté absolue, enivrante, créant une atmosphère sauvage et envoûtante, la photographie d’Eric Gautier révélant la beauté et la somptuosité mélancolique de la nature  comme elle révèle le personnage principal à lui-même confrontant l’intime au grandiose. Un road movie atypique et universel, tragique et lumineux animé d’un souffle lyrique. Un voyage aux confins du monde, de l’être, de nous-mêmes.

     Après le retour du western l’an passé avec le chef d’œuvre L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, il faut souligner le très  beau western signé Ed Harris, Appaloosa, véritable hommage au genre, ode à l’amitié, drôle et passionnante.

    Des images indélébiles

     

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    LornaB.jpg De cette année resteront aussi des images, d’acteurs remarquables (en plus de tous ceux précités): le regard de Catherine Deneuve (prix spécial du 61ème festival de Cannes avec Clint Eastwood) égaré puis reconnaissant puis passionné puis ouvrant sur un  océan d’histoires et de possibles dans Je veux voir, le talent de Sylvie Testud et de François-Xavier Demaison ou Josh Brolin pour épouser les personnalités qu’ils ont incarnées, le jeu criant de vérité d’Arta Dobroshi dans Le silence de Lorna, Catherine Frot virevoltante, rayonnante et malicieuse dans la comédie policière réjouissante de Pascal Thomas Le crime est notre affaire, Gérard Lanvin, impressionnant de froideur, de maîtrise de détermination, de charisme dans Secret Défense , mais encore  Kristin Scott Thomas dans Il y a longtemps que je t’aime, Albert Dupontel dans Deux jours à tuer, Samuel.L Jackson dans Harcelés, Nathalie Baye en aventurière égocentrique et fantasque à la fragilité qui affleure dans Passe-passe, et puis tous les acteurs de Musée haut, musée bas , la comédie chorale baroque de Jean-Michel Ribes sur la beauté de l’art qui peut joliment ravager, qui ronge et qui porte, qui fait de la rencontre avec l’art un véritable rendez-vous amoureux  qui perturbe, émeut, ébranle les certitudes, renforce, enrichit, nous élève, un film dont on ressort aussi étourdie par tant d’images, de visages désordonnés, ne parvenant pas à en retenir une seule comme ce zapping que Ribes semble vouloir pourtant aussi dénoncer.

     out.jpgResteront de cette année des images infiniment plus tristes avec la disparition de monstres sacrés du cinéma avec tout d’abord deux acteurs (deux légendes du cinéma américain) qui laissent derrière eux des filmographies impressionnantes, Paul Newman et Charlton Heston, et avec deux autres qui n’en ont pas eu le temps malgré leurs talents si prometteurs que ce soit celui de Heath Ledger ou de l’écorché vif et non moins talentueux Guillaume Depardieu. Et puis bien sûr, le maître du cinéma épique,  lyrique aussi doué pour le suspense  (Les 3 jours du Condor) que les fresques romanesques (Out of Africa) ou le western (Jeremiah Johnson) ou la comédie (Tootsie) : l’irremplaçable Sydney Pollack.

     Comme le disait Truffaut : « La vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». La preuve en est le film, magnifique et poignant, que pourrait être la vie de celui, si charismatique,  qui incarne désormais l’American dream, de celui (entre autres symboles tellement cinématographiques, d’un indéniable potentiel dramatique ) dont la grand-mère qui l’a élevé expire son dernier souffle (non sans avoir voté !) la veille du jour où son petit-fils en donne un nouveau au monde. Mais c’est là déjà une toute autre Histoire…

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    Pour tous les autres films ou pour lire les critiques détaillées des films précités, je vous invite à consulter la rubrique « Critiques des films à l’affiche en 2008 » (dans le sommaire, dans la colonne de gauche du blog), la liste de mes films incontournables de cette année 2008 (colonne de gauche du blog) et mes deux autres blogs « In the mood for Cannes » et « In the mood for Deauville ».

    fox3.jpg Je dresserai un bilan (encore) plus subjectif de cette année 2008 à la toute fin de l’année. En attendant, vous pourrez prochainement trouver d’autres films de cette année 2008 en avant-première sur ce blog : Australia de Baz Luhrmann, I feel good de Stephen Walker…

    J’en profite pour vous recommander l’instructive interview du directeur de la rédaction de « L’ENA hors les murs » sur « La figure présidentielle dans le cinéma français ».

    Sandra.M

  • Dernière de "Love letters" avec Alain Delon et Anouk Aimée, au théâtre de la Madeleine, ce 29 novembre

    loveletters.jpgCe samedi 29 novembre 2008, au théâtre de la Madeleine, aura lieu la dernière de "Love letters", la pièce de A.R. Gurney dont  Anouk Aimée et Alain Delon ont donné 20 représentations exceptionnelles.

    Cliquez sur le lien suivant pour lire mon article consacré à la Première de "Love letters" avec Anouk Aimée et Alain Delon sur lequel vous trouverez également tous les renseignements pratiques pour assister à la pièce. Il reste encore des places pour demain et après-demain...

     

  • La bande annonce d' "Australia" de Baz Luhrmann en attendant ma critique en avant-première, dès cette semaine

    Demain aura lieu l’unique projection presse du très attendu « Australia » de Baz Luhrmann avec notamment Nicole Kidman, que ce dernier retrouve 7 ans après "Moulin Rouge", mais aussi avec Hugh Jackman, un film qui aspire visiblement à remettre au goût du jour le cinéma romanesque et romantique à grand spectacle.

     

     En attendant de vous livrer ma critique, dès que j’aurai un peu de temps, probablement en fin de semaine, voici ci-dessous le pitch du film, la bande annonce et quelques photos.

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    Pitch : Australie du Nord, fin des années 30. Lady Sarah Ashley, aristocrate anglaise hautaine et renfermée, arrive au coeur des paysages sauvages de l'Australie et se retrouve à devoir gérer seule un gigantesque domaine. Contrainte pour sauver l'exploitation de partir vendre 2 000 têtes de bétails à des milliers de kilomètres, elle n'a d'autre choix que de faire équipe avec un cow boy local un peu rustre.
    Cette aventure à travers les terres aussi magnifiques qu'inhospitalières du pays transformera à jamais ces deux êtres que tout oppose. Au bout de leur périple, la ville de Darwin doit faire face aux bombardements japonais.

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    Distribué par : la Fox

    Durée : 2H40

    Sortie en salles en France : le 24 décembre 2008

  • Avant-première-"Je veux voir" de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige: mon coup de coeur du Festival de Cannes, le film incontournable de cette fin d'année

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    Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de ce film, mon coup de coeur du Festival de Cannes 2008 que je vous recommande inconditionnellement: un film atypique et inclassable, un véritable bijou cinématographique. Il sortira en salles la semaine prochaine, mercredi 3 décembre.

    Ci-dessous, ma critique du film écrite suite à sa projection dans la section Un Certain Regard du 61ème Festival de Cannes où il était présenté, ainsi que les vidéos de la présentation.

     En complément de cet article, vous pouvez aussi lire mon article consacré à la passionnante rencontre avec Catherine Deneuve organisée par le Ciné club de SciencesPo.

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    Ci-dessus, photos "In the mood for Cannes": L'équipe du film "Je veux voir" au Festival de Cannes 2008.
    Alors que dehors des rafales de vent et des pluies torrentielles s’abattent sur la Croisette, je profite de ces quelques minutes de calme pour écrire : un  silence, une pause dans la frénésie cannoise  presque déstabilisante me faisant réaliser que cette vie irréelle ne dure que l’espace de 12 jours et s’achèvera dans ce qui me semble être une délicieuse éternité, que la réalité peut reprendre ses droits, qu’elle le fera. Quelques minutes pour faire un flash-back sur toutes ces images de vie et de cinéma contrastées, fortes dans les deux cas,  lumineuses (dans le premier cas) et sombres (dans le second), oniriques (dans le premier cas) et cauchemardesques (dans le second). Entre apesanteur réelle et pesanteur fictive, écartelée entre des émotions que même la tempête ne balaiera pas, tout juste se fera-t-elle l’écho de leur puissance, de leur violence presque fascinante. Quelques minutes donc pour évoquer la projection de cet après-midi dans la section Un Certain Regard : « Je veux voir » réalisé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige dans lequel « joue » Catherine Deneuve.

    Pitch par l’équipe du film : « Juillet 2006. Une guerre éclate au Liban. Une nouvelle guerre mais pas une de plus, une guerre qui vient briser les espoirs de paix et l'élan de notre génération.  Nous ne savons plus quoi écrire, quelles histoires raconter, quelles images montrer. Nous nous demandons : " Que peut le cinéma ? ".
    Cette question, nous décidons de la poser vraiment. Nous partons à Beyrouth avec une " icône ", une comédienne qui représente pour nous le cinéma, Catherine Deneuve. Elle va rencontrer notre acteur fétiche, Rabih Mroué.  Ensemble, ils parcourent les régions touchées par le conflit. A travers leurs présences, leur rencontre, nous espérons retrouver une beauté que nos yeux ne parviennent plus à voir.  Une aventure imprévisible, inattendue commence alors…. ».

    Lors de la présentation du film au public, Khalil Joreige a déclaré : "Nous sommes très émus de présenter ce film aujourd’hui. Nous remercions Thierry Frémaux et l’équipe du Festival. Pour nous, ce film est une vraie aventure cinématographique qui, vous le verrez, devient de plus en plus intense et surprenante. Nous tenons à remercier Catherine Deneuve pour sa générosité et son audace, pour nous avoir permis de faire ce film." Et Joana Hadjithomas de conclure : "Je dédie cette projection à ceux qui auraient voulu être avec nous : notre équipe, nos familles, nos amis qui n’ont pas pu faire le voyage à cause des derniers événements."

    C’est donc de nouveau en miroir du monde pour reprendre les termes de Steve Mc Queen, le réalisateur de « Hunger » dont je vous parlais avant-hier que se positionne ce film. Un miroir dans lequel se reflètent et s’influencent intelligemment sa beauté et sa laideur, sa vérité et sa mythologie, sa réalité et sa fiction. « Je veux voir » est en effet un film inclassable qui mélange intelligemment fiction et documentaire, un mélange duquel résulte alors une impression troublante qui ne nuit pas au propos mais au contraire le renforce, paradoxalement le crédibilise. Un Certain Regard. Le nom de cette sélection était parfaitement choisi pour accueillir ce film. De regards il y est en effet beaucoup question.  Celui magnétique, troublé, inquiet, empathique, curieux de Catherine Deneuve. Un regard certain, en apparence en tout cas. C’est donc son regard ( elle est tantôt filmée de face, tantôt en caméra subjective) qui guide le nôtre. Le film commence ainsi : Catherine Deneuve est filmée de dos, à la fenêtre, à Beyrouth qu’elle regarde et surplombe. De dos avec cette silhouette tellement reconnaissable, celle de l’icône qu’elle représente pour les cinéastes qui l’ont choisie. Elle dit alors qu’elle veut voir. Elle veut voir les traces de la guerre. Elle veut voir ce qui ne lui paraît pas réel à travers l’écran de télévision (décidément, les films se répondent, troublant écho à celui d’hier).

    Cette rencontre ensuite avec Rabih Mroué qui sera son guide et chauffeur sonne tellement juste, semble tellement éclore sous nos yeux que nous sommes presque gênés d’être là et en même temps captivés. Catherine Deneuve, son personnage, qu’importe, demande si elle peut fumer autant par politesse que pour amorcer une conversation, une complicité, puis elle s’interroge sur le fait que Rabih ne mette pas de ceinture. Il lui explique que depuis la guerre les principes ont un peu volé en éclats. Elle précise qu’elle n’est pas pour l’ordre mais que c’est quand même dangereux. Son visage ne trahit presque aucune émotion et n’en est justement que plus émouvant, de même lorsqu’elle demande pour la deuxième fois si elle peut fumer et reparle de la ceinture de sécurité après un évènement dangereux. Comme si ces propos trahissaient sa peur et la rassuraient, leur réitération les rendant tragiquement drôles. Son ton posé contraste avec l’inquiétude que trahit ses paroles.

    Peu à peu ils s’éloignent de Beyrouth, on leur interdit de filmer, ou le scénario prévoyait qu’on fasse croire qu’on leur interdisait de filmer. Le résultat est le même. Nous ne savons pas. Que ce soit fictif ou réel l’essentiel est que cela soit tellement évocateur. Un avion passe et émet un puissant fracas, comme une bombe que l’on lâcherait. Catherine Deneuve sursaute et pour la première fois ou presque son corps trahit sa peur. Le chauffeur lui explique que l’avion  israélien a passé le mur du son, que le but est juste de faire peur. Rare évocation de la situation politique. Le film est là pour nous permettre de voir, pas pour nous prendre à parti ou expliquer. Juste voir la désolation après et à travers la beauté. Juste pour voir ce contraste violent et magnifique.

    Que ce soit Catherine Deneuve ou son personnage qui sursaute en entendant cet avion, peu importe, la peur se transmet, traverse l’écran, nous atteint, comme le sentiment de désolation de ces carcasses d’acier et de ferrailles que des pelleteuses charrient longuement, symboles de tant de vies et de passés volés en éclat, abattus, piétinés, niés.

    La relation semble se nouer entre les deux personnages ( ?) sous nos yeux , entre les deux êtres ( ?) peut-être, une relation faîte de pudeur, d’intensité créée par la peur, la force de cette rencontre, son caractère unique et son cadre atypique (la scène où il lui dit les dialogues de « Belle de jour » en Arabe, où il en oublie d’être attentif et se retrouve dans un endroit miné est à la fois effrayante et sublime, poétique et terriblement réaliste, l’instant poétique, cinématographique qu’ils vivent renforçant la peur créée par la soudaineté du surgissement d’une terrible réalité, potentiellement fatale). Une relation entre deux réalités, le cinéma et la réalité. Une belle rencontre en tout cas. Comme deux personnages de cinéma. Si réels (nous croyons vraiment à leur relation) et si cinématographique (ils forment sous nos yeux un couple qui pourrait être tellement cinématographique).

     La fin (Catherine Deneuve se rend à une réception en son honneur après cette journée que l’on devine si intense et éprouvante) pourrait être le début d’une fiction, une des plus belles fins qu’il m’ait été donné de voir au cinéma, qui prouve la force d’un regard, un regard décontenancé, un regard ébloui par les lumières d’une fête tellement décalées après celles de la journée, un regard qui cherche la complicité de celui devenu un ami, un regard qui cherche la réalité de ce qu’il a vécu ou ressenti dans celui d’un autre, un regard qui nous embarque dans son tourbillon d’émotions et d’intensité, tandis qu’un officiel obséquieux (non?) évoque « la formidable capacité de résilience des Libanais » comme il évoquerait la pluie et le beau temps. Le regard alors tellement passionné de Catherine Deneuve contraste avec la banalité du discours de ce dernier. Oui, un certain regard. Tellement troublé et troublant et expressif lorsqu’il croise le regard attendu qu’il ouvre une infinitude de possibles, qu’il ouvre sur le rêve, qu’il ouvre sur la puissance du cinéma, des images, d’une rencontre, qu’il ouvre sur un nouvel espoir. "Toute la beauté du monde". Malgré tout.

     La présence presque "improbable" et "onirique" de Catherine Deneuve comme l’ont définie les réalisateurs est à la fois un écho à la beauté du sud et un contraste saisissant avec le spectacle de désolation des paysages en ruine, des vies dévastées.  Elle y apparaît en tout cas magnifique de dignité et de courage. Oui, une belle leçon de dignité et de courage mais aussi de cinéma et d’espoir…

    Un film qui est dramatiquement (encore une fois) d’actualité alors que le Liban vit de nouveau une situation explosive, qui montre ce que l’on regarde parfois sans voir.

    Le mélange si habile de fiction et de documentaire, de mémoire historique et de mythologie cinématographique,  en fait un film, un témoignage aussi, inclassable, captivant, troublant,  jamais didactique, un film que l’on veut voir, et que l’on voudrait revoir, ne serait-ce que pour ce dernier regard échangé…

    Et puis en sortant, je me suis retrouvée à l’extérieur de la salle en même temps que Catherine Deneuve. Moi qui ne le fais jamais (autrement que  lorsque les équipes de films sont sur une scène ou dans une salle de cinéma), j’ai pris une photo. Juste pour immortaliser cet instant. Retenir ce regard. Celui du film ou de la réalité, ou des deux subtilement liés, d’un moment intense en tout cas…

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    Catherine Deneuve à la sortie de la projection de "Je veux voir" au 61ème Festival de Cannes. Photo "In the mood for Cannes"
  • Le palmarès du 8ème Festival International du Film de Marrakech

    marrakech22.jpgLe jury du 8ème Festival International du Film de Marrakech présidé par Barry Levinson a décerné son palmarès parmi les 15 longs métrages internationaux en compétition suivants :

    Etoile d’or/Grand Prix

    WILD FIELD de Mikhail Kalatozishvili-Russie 

    Prix du jury

    THE SHAFT de Zhang Chi-Chine

    Prix d’interprétation féminine

    Mélissa LEO pour le film Frozen River de Courtney Hunt- Etats-Unis

    Prix d’interprétation masculine

    Eero Aho pour Tears of April de Aku Louhimies- Finlande

    Pour en savoir davantage sur ce Festival International du Film de Marrakech, vous pouvez consulter le site internet officiel du Festival International du Film de Marrakech ou mon précédent article concernant ce festival.

  • Avant-première: "Hunger" de Steve Mc Queen: Caméra d'or du Festival de Cannes 2008

    "Hunger" de Steve Mc Queen a été présenté en ouverture de la section "Un Certain Regard" du 61ème Festival de Cannes. Il a remporté la prestigieuse Caméra d'or qui récompense le meilleur premier film toutes sections confondues.
    Voici ma critique écrite suite à la projection cannoise de ce film lors de l'ouverture et alors publiée sur "In the mood for Cannes". Un film brillant, l'oeuvre d'un cinéaste que je recommande, néanmoins à un public avisé.
    Ce film sort en salles mercredi prochain, 26 novembre.
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    L'équipe de "Hunger" saluée par Thierry Frémaux, sur scène, à l'issue de la projection lors de l'ouverture de "Un Certain Regard"-61ème Festival de Cannes, photos "In the mood for cinema"

    C’est avec des applaudissements d’impatience que la salle a accueilli Thierry Frémaux venu  pour ouvrir cette sélection Un Certain Regard 2008. Le festivalier n’aime pas attendre, toujours affamé de l’instant d’après, du film d’après, de l’émotion d’après qu’il ingurgitera et occultera déjà dans l’espoir de la suivante. Après s’être excusé d’avoir été retardé par un panda (à Cannes, nous avons pour principe de trouver l’incongru normal), un panda donc, après avoir salué la présence de Sergio Casttellito dans la salle (membre du jury longs-métrages), après avoir salué les membres du jury de la caméra d’or, avoir fait un clin d’œil aux Cahiers du Cinéma en évoquant les difficultés que connaît actuellement le journal (en saluant Jean-Michel Frodon, membre du jury de la Caméra d’or), le tout sans vraiment reprendre son souffle, après avoir ironisé sur le fait d’avoir Steve Mc Queen et Fassbinder pour ce 61ème festival (respectivement noms du réalisateur du film et d’un de ses interprètes principaux qui se nomme en réalité Fassbender),Thierry Frémaux a appelé sur scène le Steve Mc Queen en question venu présenter son premier film qui concourt ainsi pour la caméra d’or. A peine ce dernier avait-il eu le temps d’évoquer le "miroir du monde" que représente le cinéma que Thierry Frémaux a lancé la projection interrompant un discours réduit à une phrase.

    Après « Blindness » ce film "Hunger" en ouverture d’un Certain Regard,  en est à la fois l’écho et le contraire, donnant le ton  réaliste et politique, radical et sombre, carcéral même ( dans les deux cas des hommes se retrouvent face à l'inhumanité et dans un univers carcéral) de cette 61ème édition. C’’est en effet un film d’une radicalité éprouvante qui a été choisi pour faire l’ouverture d’Un Certain Regard mais avec aussi peu de didactisme que "Blindness" en faisait preuve avec excès, avec tellement de force de conviction que Blindness en était dépourvu .

    Pitch : Prison de Maze, Irlande du Nord, 1981. Raymond Lohan est surveillant, affecté au sinistre Quartier H où sont incarcérés les prisonniers politiques de l'IRA qui ont entamé le "Blanket and No-Wash Protest"   (une couverture pour seul vêtement et l’abandon de l’hygiène de base) pour témoigner leur colère. Détenus et gardiens y vivent un véritable enfer. Le jeune Davey Gillen vient d'être incarcéré. Il refuse catégoriquement de porter l'uniforme réglementaire car il ne se considère pas comme un criminel de droit commun. Rejoignant le mouvement du Blanket Protest, il partage une cellule répugnante avec Gerry Campbell, autre détenu politique, qui lui montre comment passer des articles en contrebande et communiquer avec le monde extérieur grâce au leader Bobby Sands qu'ils croisent lors de la messe dominicale. Lorsque la direction de la prison propose aux détenus des vêtements civils, une émeute éclate. Au cours des échauffourées, les prisonniers détruisent les cellules neuves où ils avaient été installés. La rébellion est matée dans le sang. La violence fait tache d'huile et plus aucun gardien de prison n 'est désormais en sécurité. Raymond Lohan est abattu d'une balle dans la tête. Bobby Sands s'entretient alors avec le père Dominic Moran. Il lui annonce qu'il s'apprête à entamer une nouvelle grève de la faim afin d'obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques de l'IRA. La conversation s'enflamme. Malgré les objections du prêtre, qui s'interroge sur la finalité d'une telle initiative, Bobby est déterminé : la grève de la faim aura lieu ...

    Lors de la conférence de presse du jury Sean Penn a déclaré que « Quel que soit notre choix pour la palme d’or, il y a une chose sur laquelle nous sommes tous d’accord : nous devons être certains que le cinéaste concerné est tout à fait conscient du monde dans lequel il vit ». Si « Hunger » avait été dans la compétition que juge le jury présidé par Sean Penn nul doute qu’il se serait inscrit dans cette catégorie. Si quelques phrases nous présentent le contexte historique en préambule, « Hunger » a en effet une portée universelle et intemporelle, et une résonance tragiquement actuelle.

    C’est d’abord le silence qui nous frappe, la violence latente, contenue, sous-jacente annoncée par des mains blessées jusqu’au sang qu’un gardien lave aussi méthodiquement qu’il enlevait quelques miettes tombées sur ses genoux quelques instants auparavant. Le malaise est d’ores et déjà palpable puis Mc Queen nous plonge progressivement dans l’univers carcéral avec ces hommes au regard  hagard, traqué et fou de détermination.

    La violence est soulignée par des sons stridents qui alternent avec des silences assourdissants, des souffles entrecoupés. Les scènes de violence sur les prisonniers, frénétiques, bruyantes, alternent avec des plans immobiles encore plus violents que les premiers par l’écho cynique qu’ils en donnent alors.

     Si j’ai  aussi comparé "Hunger" avec « Blindness », c’est parce que les silences sont ici plus éloquents que la voix off si tonitruante dans « Blindness », c’est parce que tout est dit tout en ne disant rien, c’est parce que la violence, radicale, n’est jamais gratuite ou autrement là que pour servir le propos, nous montrer ces hommes asservis par leurs bourreaux et par eux-mêmes, guidés par un idéal plus fort que l’emprisonnement et la vie.

     Réaliste et onirique (une plume, un flocon de neige, un insecte témoignent du regard sensible du plasticien que Mc Queen est d’abord).  Bruyant et silencieux. Violent et idéaliste. Silencieux et si parlant. Mc Queen joue des contrastes avec un talent saisissant comme ces longs plans fixes qui augmentent encore l’impact du surgissement de la violence (et la crainte de ce surgissement), et l’impact du propos.

     Le temps me manque pour vous parler de ce film aux accents loachiens dans son propos et sa force de conviction mais singulier dans sa mise en forme, révélant  par le regard pourtant si humain du cinéaste une inhumanité glaciale et glaçante : celle de la répression impitoyable des prisonniers politiques que la froideur de la réalisation parsemée de moments d’onirisme souligne intelligemment.

     Au bout de ce long tunnel se trouve une lueur dans un regard d’enfant, la lumière du jour, un souffle qui s’éteint et un autre qui proclame sa rage de vivre, de se battre, qui valaient la peine d’endurer ce film (pour le spectateur) et ce combat pour ses protagonistes semble nous souffler Mc Queen.

    Il ne serait pas étonnant que la radicalité signifiante et l’âpreté de « Hunger »  plaisent au cinéaste Bruno Dumont, véritable écho à son propre cinéma.  A suivre lors de l'annonce du palmarès Un Certain Regard samedi de la semaine prochaine...

    Au programme aujourd’hui, notamment la projection du très attendu « Un conte de noël » d’Arnaud Desplechin.

    Sandra.M

  • « Musée haut, musée bas » : comédie chorale baroque de Jean-Michel Ribes

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    Voilà un film qui, au moins, et avant tout, a le mérite (et le défaut) de ne ressembler à aucun autre, et d’être tour à tour percutant, agaçant virevoltant, drôle aussi. Le genre de film prédestiné à être détesté ou adoré et pourtant je ne me place dans aucune des deux catégories, ne parvenant pas à choisir entre le « musée haut » et le « musée bas » sans doute.

    Directeur du théâtre du Rond-point depuis 2001, Jean-Michel Ribes y a  créé, en 2004, la pièce « Musée haut, musée bas » qu’il a transformé en film homonyme sur les conseils de l’ex-agent devenu producteur Dominique Besnehard. Rien de plus périlleux que de transformer une pièce de théâtre en scénario, de risquer de la transformer en théâtre filmé, un reproche que Jean-Michel Ribes semble avoir anticipé en faisant virevolter, tournoyer, avancer, surplomber sa caméra, en multipliant démesurément les plans et les angles de vue à nous en donner le tournis sans que ce soit forcément justifié, le nombre vertigineux de personnages étant déjà suffisamment étourdissant.  Des personnages qui vont des gardiens harassés par la beauté littéralement ravageuse des œuvres auxquelles ils sont confrontés (passage que j’ai trouvé le plus intéressant) à un conservateur terrorisé par l’irruption de la nature dans son musée,  à un Ministre de la Culture imperturbable, des provinciaux passionnés d’Impressionnistes, une femme qui trouve tout merveilleux au désespoir de son mari qui trouve cela déprimant, une snob qui recherche désespérément Kandinsky et tant d’autres encore.

    Il aurait été facile de tomber dans l’écueil du mépris : mépris pour ceux que l’Art indiffère ou mépris pour l’Art qui méprise ceux qui n’en possèdent pas les codes. Or toute l’intelligence de ce film réside dans son titre et son désir de trouver l’équilibre entre le musée haut et le musée bas, entre le sublime et le ridicule, entre le méprisable et l’admirable, ce à quoi Jean-Michel Ribes est (presque) parvenu. Il ne se contente pas de faire une satire du monde de l’Art ou de la démocratisation de la culture, il lui rend aussi hommage (même si pas assez à mon goût.) Tourné au Petit palais, au Louvre, au musée Guimet, aux Beaux-Arts c’est aussi une promenade colorée, fantaisiste, décidément étourdissante, dans les couloirs labyrinthiques de l’Art et une réflexion sur le rapport de chacun à celui-ci.

     Ce film m’a autant charmée qu’exaspérer. Charmée par son audace, son aspect iconoclaste, par ses comédiens (provenant d’ailleurs souvent du théâtre), tous parfaits (et donc forcément bien dirigés) même si criant un peu trop parfois et nous donnant davantage l’impression d’être sur une scène de théâtre que devant une caméra (oui, malgré tout), mais réussissant tous à donner vie et crédibilité et épaisseur à leurs personnages malgré le peu de place qui leur est parfois donné, parfois seulement une réplique. Mention spéciale pour Isabelle Carré, irrésistible en femme incurablement joyeuse, face à son mari Pierre Arditi que cela déprime ; à André Dussolier  parfait en Jack Lang Ministre qui passe de la consternation à l’admiration feinte, qui passe d’une conversation avec le conservateur à une conversation avec un Mickey surréaliste avant de partir épingler une présentatrice ; à  Michel Blanc en gardien au bord de la folie débordé par une nature envahissante ; à Muriel Robin en snob obsédée par Kandinsky ; à Daniel Prévost en quête du parking Rembrandt marié à une allergique à Picasso. D’autres présentent moins d’intérêt comme cette prof qui demande aux élèves d’être calmes et silencieux, ce à quoi ils répondent systématiquement par des hurlements grégaires  (gag un peu trop répétitif et qui tend à montrer les enfants sous forme d’une masse inculte et désintéressée : musée bas sans doute).

     Exaspérée parce qu’à vouloir brosser trop de portraits, ils nous égare parfois :  on zappe d’une idée à l’autre, d’une personne à l’autre, d’une émotion à l’autre, sans rien approfondir, comme devant une télévision  abêtissante qu’il semble pourtant critiquer.  Il ébauche beaucoup de pistes, interroge le rapport de chacun à l’art. Une sorte de réflexion sur l’art donc, de mise en abyme aussi parfois, de critique aussi bien de ceux qui pensent que  l’art qui a du sens est condamné à être populaire et donc méprisable, à  l’art qui le devient simplement parce que nous le décrétons (comme ces performances d’un homme qui tue sa mère ou des visiteurs qui deviennent l’œuvre, ou d’autres qui ne sont pas sans rappeler le travail de certains comme Sophie Calle), une critique de l’art qui devient objet de consommation, aussi . Un film rempli de références qui parfois ressemble à une démonstration d’érudition (ça va d’un urinoir qui fait penser à celui de Duchamp à cette visiteuse-Victoria Abril, comme toujours fantasque et fantastique - qui confond Leveau et un veau à des plans qui singent de célèbres œuvres et nous le –dé-montrent un peu trop) : ce qui est d’ailleurs un atout du film. Un atout parce qu’il nous donne à voir et à être immergés dans un véritable bain de culture qui tend néanmoins à tout mélanger ...comme le fait la télévision aujourd’hui (paradoxe du film qui emprunte à ce qu’il critique). Un défaut parce qu’il tombe alors dans l’écueil que lui-même critique : égarer ceux qui ne possèdent pas les codes.

    L’absence de scénario trouve se justification finale dans une réflexion sur la confrontation entre nature et culture. Avant lui, beaucoup de philosophes comme Hegel se sont penchés sur cette question. Pour Ribes (théorie défendue dans le film par le conservateur interprété par Michel Blanc) et ainsi selon ce dernier, les arbres n’étaient pas beaux avant que Corot ne les ait peints. Ce n’est alors pas l’art qui imite le réel mais le réel qui est sublimé par l’art.  A ce sujet Jean-Michel Ribes tient un  discours relativement simpliste et finalement très politiquement correct à force de vouloir ne pas l’être (musée bas donc), confondant opposition entre nature et culture dans l’art, et  progrès et défense de l’environnement comme si ces deux derniers éléments étaient irrémédiablement incompatibles et tenant des propos comme ceux-ci : . « Moi je vous avoue ne pas trouver tout détestable dans le progrès. Je préfère habiter Venise que dans une yourte en roseaux et c'est vrai que je suis plus sensible au génie de Michel-Ange qu'à celui d'un champ de poireaux. J'aime la nature quand elle imite l'art, j'aime les jardins japonais parce qu'ils sont philosophiques avant d'être naturels. Je respire mieux dans un musée que dans une forêt. Et on semble oublier que beaucoup d'hommes passent leur vie à combattre quotidiennement la nature comme les médecins par exemple, qui luttent chaque jour contre cette chose très naturelle qu'est le cancer."

    J’en suis ressortie étourdie, en ayant l’impression d’avoir fait un tour de manège, agréable et perturbant,  comme si Warhol (l’esthétique du film s’inspire pas mal du pop art) avait rencontré Tati (les couloirs du musée rappellent parfois « Playtime », ou même certains plans s’inspirent de Tati), mais qu’ils ne s’étaient pas forcément bien entendus, comme s’ils n’avaient pas réussi à concilier musée haut et musée bas.

    Un film sans scénario mais pas sans saveur. Burlesque. Absurde. Fantaisiste. Inclassable. De jubilatoires numéros d’acteurs (Jean-Michel Ribes a eu le mérite de donner aussi des rôles à des acteurs de théâtre qui mériteraient de faire davantage de cinéma). De bonnes répliques percutantes. Des idées farfelues parfois savoureuses. Une réflexion intéressante sur l’art. Par moment, j’ai effleuré cette impression qui me (trans)porte tellement dans certains musées et qui fait que je peux aller des dizaines de fois à Orsay, au Louvre ou ailleurs et être toujours aussi transportée, éblouie,  joliment ravagée, par cette beauté qui ronge et qui porte, qui fait de la rencontre avec l’art un véritable rendez-vous amoureux qui perturbe, émeut, ébranle les certitudes, renforce, enrichit, nous élève : peut-être est-ce la raison pour laquelle le musée haut l’a emporté dans mon esprit. Mais là où une visite au musée m’enrichit, j’en suis finalement ressortie un peu vide, étourdie par tant d’images, de visages, d’idées désordonnées ne parvenant pas à retenir un ou une seule comme si le tout était dilué dans l’eau dévastatrice. Oui, c’est bien la nature qui a repris ses droits finalement…

     Sandra.M