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  • « La Femme d’à côté" de François Truffaut : l’amour à mort

     

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    François Truffaut, avec Alain Resnais, Claude Sautet,  Woody Allen, Alfred Hitchcock fait partie de ces cinéastes dont j’aime tous les films sans exceptions. J’ai d’abord découvert « Le Dernier Métro », « La Femme d’à côté », « L’Histoire d’Adèle.H »,  « La Mariée était en noir » avant la série des Antoine Doinel, puis « La Peau douce »  et je me souviens encore à quel point « La Femme d’à côté » m’avait marquée la première fois. Je l’ai revu bien souvent depuis et notamment avant-hier, à l’occasion de sa rediffusion sur Arte. Cette critique est la première d’une série que je consacrerai au cinéaste.

    Bernard Coudray (Gérard Depardieu) et Mathilde Bauchard (Fanny Ardant) se sont connus et aimés follement, passionnément, douloureusement, et séparés violemment, sept ans plus tôt. L’ironie tragique du destin va les remettre en présence lorsque le mari de Mathilde, Philippe Bauchard (Henri Garcin), qu’elle a récemment épousé, lui fait la surprise d’acheter une maison dans un hameau isolé, non loin de Grenoble, dans la maison voisine de celle qu’occupent Bernard, son épouse Arlette (Michèle Baumgartner), et leur jeune fils. (Une fenêtre sur cour que l’admirateur et grand connaisseur d’Hitchcock qu’était Truffaut n’a d’ailleurs certainement pas choisie innocemment.) Bernard et Mathilde taisent leur  passé commun à leurs époux respectifs et vont bientôt renouer avec leur ancienne passion.

    A mon sens,  personne d’autre que Truffaut n’a su aussi bien transcrire les ravages de la passion, sa cruauté sublime et sa beauté douloureuse, cette « joie » et cette « souffrance » entremêlées. Si : dans un autre domaine, Balzac peut-être, dont Truffaut s’est d’ailleurs inspiré, notamment pour « Baisers volés » (« Le Lys dans la vallée ») ou « La Peau douce » (Pierre Lachenay y donne ainsi une conférence sur Balzac). L’amour chez Truffaut est en effet presque toujours destructeur et fatal.

    La femme d’à côté est cette étrange étrangère au prénom d’héroïne de Stendhal, magnifiquement incarnée par la classe, l’élégance, le mystère, la voix ensorcelante et inimitable de Fanny Ardant, ici impétueuse et fragile, incandescente, ardente Fanny.

    Truffaut dira ainsi : "J'ai volontairement gardé les conjoints à l'arrière-plan, choisissant d'avantager un personnage de confidente qui lance l'histoire et lui donne sa conclusion : "Ni avec toi, ni sans toi ".  De quoi s'agit-il dans la "La Femme d'à côté" ? D'amour et, bien entendu, d'amour contrarié sans quoi il n'y aurait pas d'histoire. L'obstacle, ici, entre les deux amants, ce n'est pas le poids de la société, ce n'est pas la présence d'autrui, ce n'est pas non plus la disparité des deux tempéraments mais bien au contraire leurs ressemblances. Ils sont encore tous deux dans l'exaltation du "tout ou rien" qui les a déjà séparés huit ans plus tôt. Lorsque le hasard du voisinage les remet en présence, dans un premier temps Mathilde se montre raisonnable, tandis que Bernard ne parvient pas à l'être. Puis la situation, comme le cylindre de verre d'un sablier, se renverse et c'est le drame."

    Le rapport entre les deux  va en effet se renverser à deux reprises. Bernard va peu à peu se laisser emporter par la passion, à en perdre ses repères sociaux, professionnels et familiaux, à en perdre même la raison, toute notion de convenance sociale alors bien dérisoire. Le tourbillon vertigineux de la passion, leurs caractères exaltés, leurs sentiments dans lesquels amour et haine s’entremêlent, se confondent et s’entrechoquent vont rendre le dénouement fatal inévitable.  Chaque geste, chaque regard, chaque parole qu’ils échangent sont ainsi empreints de douceur et de douleur, de joie et de souffrance, de sensualité et de violence.

    Truffaut y démontre une nouvelle fois une grande maîtrise scénaristique et de mise en scène. Après « Le Dernier Métro » , la fresque sur l’Occupation avec ses nombreux personnages, il a choisi ce film plus intimiste au centre duquel se situe un couple, sans pour autant négliger les personnages secondaires, au premier rang desquels Madame Jouve (Véronique Silver), la narratrice, sorte de double de Mathilde, dont le corps comme celui de Mathilde porte les stigmates d’une passion destructrice. Elle donne un ton apparemment neutre au récit, en retrait, narrant comme un fait divers cette histoire qui se déroule dans une ville comme il y en a tant, entre deux personnes aux existences en apparence banales, loin de la grandiloquence d’Adèle.H, mais qui n’ en a alors que plus d’impact, de même que ces plans séquences dans lesquels le tragique se révèle d’autant plus dans leur caractère apparemment anodin et aérien. A l’image des deux personnages, la sagesse de la mise en scène dissimule la folie fiévreuse de la passion, et ce qui aurait pu être un vaudeville se révèle une chronique sensible d’une passion fatale. D’ailleurs, ici les portes ne claquent pas: elles résonnent dans la nuit comme un appel à l’aide, à l’amour et à la mort.

     Deux personnages inoubliables, troublants et attachants, interprétés par deux acteurs magnifiques. Truffaut aurait songé à eux pour incarner cette histoire, en les voyant côte-à-côte lors du dîner après les César lors desquels  « Le Dernier Métro » avait été largement récompensé.

    Il fallait un talent démesuré pour raconter avec autant de simplicité cette histoire d’amour fou, de passion dévastatrice, qui nous emporte dans sa fièvre, son vertige étourdissant et bouleversant, comme elle emporte toute notion d'ordre social et la raison de ses protagonistes. Un film qui a la simplicité bouleversante d’une chanson d’amour, de ces chansons qui « plus elles sont bêtes plus, elles disent la vérité ».

    Ce film sorti le 30 septembre 1981 est l’avant-dernier de Truffaut, juste avant « Vivement Dimanche » dans lequel Fanny Ardant aura également le rôle féminin principal.

    Un chef d’œuvre d’un maître du septième art : à voir et à revoir.

     Pour retrouver d’autres critiques de classiques du septième art sur « In the mood for cinema », rendez-vous dans la rubrique « Gros plan sur des classiques du septième art ».

     Sandra.M 

  • Avant-première- "L'échange" de Clint Eastwood: politique et manichéen

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    John Malkovich, au CID, présentant "L'échange", au 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, photo http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com
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    Photo ci-dessus, Clint Eastwood lors du 61ème Festival de Cannes (photo "In the mood for Cannes")
    Ci-dessus, John Malkovich présentant "L'Echange" au 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville (vidéo http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com )
     Ce film (qui sort demain en salles, en France) projeté en Première au Festival du Cinéma Américain de Deauville avait été projeté en compétition du 61ème Festival de Cannes. Vous pouvez retrouver ma critique écrite lors de ce 61ème Festival de Cannes ci-dessous et également sur "In the mood for Cannes", mon blog consacré à ce 61ème Festival de Cannes.
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    Ci-dessus, Angelina Jolie dans "L'échange"
    Critique publiée sur "In the mood for Cannes" lors de la présentation en compétition du 61ème Festival de Cannes de "L'échange":
     L'évènement d'hier c'était la projection de "L'échange" de Clint Eastwood. Les échos étaient tels que même en séance du lendemain dans la salle du 60ème, sorte de séance de rattrapage qui permet de voir les films le lendemain des projections dans le Grand Théâtre Lumière, la salle était comble 1 heure 30 avant le début de la projection, certains ayant déjà évoqué une potentielle palme d'or pour Clint Eastwood.

    C'est avec fébrilité que j'entrai donc dans la salle, m'apprêtant à vivre une expérience cinématographique aussi intense que "Sur la route de Madison" (mon préféré de Clint Eastwood cinéaste mais aussi acteur, voir ma critique de "Sur la route de Madison" en cliquant ici).

    Le synopsis était en effet particulièrement attractif et propice à un suspense eastwoodien. Clint  Eastwood revenait ainsi hier sur la Croisette de nouveau avec un film noir 5 ans après y avoir présenté "Mystic River" dans lequel jouait un certain Sean Penn...

    Synopsis: Los Angeles, 1928 : un samedi matin, dans une banlieue ouvrière, Christine  (Angelina Jolie) dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, Walter a disparu. Une recherche effrénée s’ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Désorientée par l’avalanche de policiers et de reporters et par ses propres émotions, Christine ramène le garçon à la maison. Mais au fond de son coeur elle sait qu’il n’est pas son fils.

    Il en va des films comme des personnes: il y en a que l'on aimerait savoir détester ou par lesquels on aimerait savoir être envoûté. J'aurais aimé porter (et être portée par) un enthousiasme inconditionnel pour ce film d'un des maîtres du cinéma américain, malheureusement j'en suis ressortie avec une impression très mitigée.

     Inspiré de faits réels le scénario a été écrit par Joe Michael Straczynski et nous plonge dans l'angoisse puis le combat de cette mère dont le fils était la raison de vivre et dont le retrouver est la raison de se battre. C'est d'abord un portrait de femme meurtrie, courageuse, déterminée, portée par la foi et un espoir irrationnel qu'Angelina Jolie incarne avec beaucoup de talent, de sensibilité, avec l'aura des stars hollywoodiennes des années 40 et 50, un cinéma auquel Clint Eastwood rend d'ailleurs ouvertement hommage, notamment en nimbant la photographie, magnifique, d'une lumière subtilement surannée.

    Vous vous demanderez alors probablement pourquoi ce film dont l'action débute en 1928 et qui traite d'une réalité lointaine est pressenti pour recevoir la palme d'or alors que Sean Penn a précisé qu'il faudrait que le lauréat ait "conscience du monde dans lequel il vit", tout simplement parce que, et c'est là le grand intérêt du film, en nous parlant des injustices hier, Clint Eastwood nous parle de celles d'aujourd'hui. A quelques détails près, le sujet est finalement effroyablement actuel et le combat de Christine a une résonance intemporelle et universelle, de même que la corruption, le poids de la religion dans la société ou encore le rôle de la presse .

    Au risque de susciter de nombreuses réactions de désapprobation, ce qui m'a avant tout gênée c'est ce qui m'avait gênée dans la fin du scénario de "Million dollar baby": son caractère outrancièrement mélodramatique et davantage encore ici, ce à quoi se prête le style, en l'occurrence celui du film noir: le manichéisme. Ainsi Angelina Jolie incarne une femme qui ne fléchit ni ne doute jamais, le capitaine Jones incarne la corruption sourde des autorités, prêtes à tout pour voiler la vérité, imposer la leur, (même interner une femme saine d'esprit, tenter de lui faire croire et de faire croire à tous qu'un enfant qui lui est étranger est le sien) et donner l'image d'une police exemplaire. La vérité face au mensonge. La justice du combat d'une femme pour retrouver son fils face à l'injustice d'institutions corrompues. L'identification devrait être immédiate et pourtant ce manichéisme a fait que je suis toujours restée à distance, certes constamment là, mais à distance.

     Par ailleurs, si le sujet n'avait été tiré d'un fait réel, j'aurais  eu du mal à adhérer à cette histoire de tueur en série  bourreau d'enfants(dont un instant j'ai imaginé qu'il serait manipulé par la police, créant de nouvelles ramifications dans cette histoire finalement un peu trop limpide à l'image de sa réalisation d'un classicisme certes impeccablement maîtrisé) .

     Clint Eastwood reste un raconteur d'histoire exemplaire, sachant magnifier ses histoires et ses acteurs par une réalisation fluide mais à force de trop vouloir magnifier, à force de vouloir lui aussi, avec beaucoup de conviction, nous imposer sa vérité, il en oublie d'en donner le sentiment ave tout ce qu'elle recèle d'ambivalence.  Certaines scènes demeurent particulièrement réussies comme celle qui nous glace le sang, de la confession de l'enfant ou celle dans laquelle un psychiatre tente de convaincre et se convaincre de la folie de Christine. Nous retrouvons alors ici l'ambivalence qui fait défaut au reste du film, chacune de ses paroles ayant un double sens, chaque rictus, chaque regard, chaque mot pouvant témoigner de sa folie. Une démonstration implacable du caractère alors subjectif de la vérité.

    Clint Eastwood toujours reparti bredouille de la compétition cannoise (à l'exception d'un prix d'interprétation pour Forest Whitaker  dans "Bird") n'a rien obtenu à nouveau pour "L'échange", il  a en revanche été récompensé par le jury présidé par Sean Penn d'un prix pour l'ensemble de sa carrière.

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    Ci-dessus, la montée des marches de Clint Eastwood et Angelina Jolie pour "L'échange" au 61ème Festival de Cannes-Photo L'Oréal Cannes-
    Sandra.M
  • Festival : Les 100 plus beaux films de l’histoire du cinéma au Reflet Médicis à partir du 19 novembre

     

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    Qu’est-ce qui fait qu’un film soit considéré comme un chef d’œuvre du septième art ? Pourquoi celui-là plus qu’un autre ? Un film intemporel ? Un film qui nous évade ? Un film qui nous fait réfléchir ?  Un film qui nous remet en questions ? Un film qui nous dérange ? Un film qui nous bouleverse ? Un film qui apporte un autre regard sur le monde ? Un film dont la mise en scène révèle un univers, reflète une pensée, dont le "travelling est affaire de morale" ? Un film qui est une "fenêtre ouverte sur le monde"? C’est l’épineuse question sur laquelle ont dû se pencher près de cent personnalités du cinéma (critiques, cinéastes, producteurs, scénaristes, directeurs de festivals…) pour établir la liste des « 100 plus beaux films » de toute l’histoire du septième art.

    La première chose qui m’a interpellée, voire dérangée, dans cette liste c’est l’absence de films des années 80, la quasi absence de films des années 90 (un seul : « Van Gogh » de Maurice Pialat) et des années 2000 (seulement deux : « Mulholland drive » de David Lynch et « Parle avec elle » de Pedro Almodovar), ce qui est d’autant plus surprenant de la part de professionnels. Manque de recul ? Excès de modestie ? Incapacité à juger un cinéma avec lequel ils sont en prise directe ? Automatisme de pensée, réponses ? C’est en tout cas surprenant de voir que le cinéma actuel est aussi mal jugé par ses contemporains, de surcroît ceux qui le font.

    On observe que Chaplin est le plus cité (5 fois),  devant Godard (3 fois),  que Renoir, Hitchcock, Resnais, Fellini sont également cités plusieurs fois, et que des films comme « 2001, Odyssée de l’espace » ou « ET » (Spielberg n’y figure d’ailleurs pas du tout) qui figurent toujours habituellement dans ce genre de classements n’y sont pas. Les années 50 y sont présentes en majorité.  Le cinéma policier est peu représenté. (Melville aurait pu y figurer…) Comme tout classement, cela demeure donc très subjectif…

    Vous pouvez trouver sur ce blog les critiques de quelques films figurant dans cette liste en cliquant ici pour accéder à la rubrique "Gros plan sur des classiques du septième art" :  vous y trouverez "La Grande illusion", "Le Guépard", "La Règle du jeu".

     Si je vous parle de cette liste, c’est parce qu’elle donne lieu à un festival du 19 novembre 2008 au 6 juillet 2009, un festival initié par Claude-Jean Philippe (dont je vous ai déjà parlé au sujet de son ciné club, le dimanche matin, à l’Arlequin) et qui aura lieu au cinéma Le Reflet Médicis. Une initiative louable qui a pour objectif de faire découvrir ou redécouvrir des chefs d’œuvre du cinéma, avec deux ou trois films projetés chaque semaine. Une excellente manière de plonger « in the mood for cinema ».

    Je vous recommande bien sûr tous ces films mais si je ne devais en choisir que quelques uns, je prendrais « L’Aurore », « Elle et lui », « Le Guépard », « Hiroshima mon amour », « Le Mécano de la Général », « Le Parrain », « Playtime »,  « La Règle du jeu », « Rio Bravo », « Le Dictateur », « Vertigo », « Certains l’aiment chaud », « La nuit du chasseur », « Pierrot le fou »… En fait, non, c’est impossible de choisir !

    Et vous quels sont les films de cette liste que vous préférez ? Quels sont les films ou les cinéastes que vous regrettez de ne pas y trouver ? Y a-t-il, selon vous, des films des années 80, 90, 2000 qui devraient figurer dans cette liste ? Quels sont  ceux (s'il y en a...) qui, selon vous, ne devraient pas y figurer ?

    Cinéma Le Reflet Médicis : 3-5 rue Champollion- 75005 Paris- Métro Saint-Michel ou Cluny

    Les cartes Les Ecrans de Paris, UGC illimité, et Le Pass y sont acceptés.

    Site internet : www.lesecransdeparis.fr  (notamment pour les horaires des projections)

    Page Facebook de l’opération 

    Liste des films projetés (par ordre alphabétique) et dates de projections

    Les 400 coups François Truffaut (1959-1h33) semaine du 3 au 9 décembre

    A bout de souffle Jean-Luc Godard (1960-1h29) semaine du 31 décembre au 6 janvier

    Andreï Roublev Andreï Tarkovski (1966-2h30) semaine du 11 au 17 mars

    Amarcord Federico Fellini (1974-2h07) semaine du 17 au 23 décembre

    America America Elia Kazan (1963-2h54) semaine du 29 avril au 5 mai

    Apocalypse now redux Francis Ford Coppola (1979-3h22) semaine du 25 au 31 mars

    L’Atalante Jean Vigo (1934-1h29) semaine du 17 au 23 juin

    L’aurore Friedrich Murnau (1927-1h37) semaine du 20 au 26 mai

    L’avventura Michelangelo Antonioni (1960-2h15) semaine du 1 au 6 juillet

    Barry Lyndon Stanley Kubrick (1975-3h07) semaine du 15 au 21 avril

    Certains l’aiment chaud Billy Wilder (1959-2h01) semaine du 25 au 31 mars

    Citizen Kane Orson Welles (1941-1h55) semaine du 19 au 25 novembre

    Chantons sous la pluie Stanley Donen (1952-1h42) semaine du 10 au 16 décembre

    Comme un torrent Vincente Minnelli (1958-2h17) semaine du 24 au 30 décembre

    La comtesse aux pieds nus Joseph Mankiewicz (1954-2h08) semaine du 10 au 16 juin

    Les contes de la lune vague après la pluie Kenji Mizoguchi (1953-1h37) semaine du 14 au 20 janvier

    Les contrebandiers de Moonfleet Fritz Lang (1955-1h23) semaine du 25 février au 3 mars

    Le cuirassé Potemkine Sergeï Eisenstein (1925-1h10) semaine du 31 décembre au 6 janvier

    Le dictateur Charles Chaplin (1940-2h06) semaine du 4 au 10 mars

    La dolce vita Federico Fellini (1960-2h40) semaine du 10 au 16 décembre

    El Luis Bunuel (1952-1h40) semaine du 15 au 21 avril

    Elle et lui Leo Mac Carey (1957-1h55) semaine du 17 au 23 décembre

    Les enfants du paradis Marcel Carné (1945-1h35 +1h27) semaine du 18 au 24 février

    Une étoile est née Georges Cukor (1954-2h31) semaine du 24 au 30 décembre

    Freaks Tod Browning (1932-1h05) semaine du 6 au 12 mai

    Gertrud Carl Dreyer (1964-1h59) semaine du 22 au 28 avril

    La grande illusion Jean Renoir (1937-1h53) semaine du 28 janvier au 3 février

    Le guépard Luchino Visconti (1963-3h25) semaine du 13 au 19 mai

    Haute pègre Ernst Lubitsch (1932-1h22) semaine du 27 mai au 2 juin

    Hiroshima mon amour Alain Resnais (1959-1h31) semaine du 4 au 10 février

    L’intendant Sansho Kenji Mizoguchi (1954-2h04) semaine du 28 janvier au 3 février

    Intolérance DW Griffith (1916-3h) semaine du 6 au 12 mai

    Ivan le terrible Sergei Eisenstein (1944 et 1946-1h40 et 1h29) semaine du 20 au 26 mai

    Johnny Guitar Nicholas Ray (1953-1h50) semaine du 22 au 28 avril

    King Kong Schoedsack et Cooper (1933-1h40) semaine du 25 février au 3 mars

    Laura Otto Preminger (1944-1h28) semaine du 1 au 7 avril

    Lettre d’une inconnue Max Ophuls (1948-1h26) semaine du 11 au 17 février

    La mort aux trousses Alfred Hitchcock (1959-2h16) semaine du 3 au 9 décembre

    Les lumières de la ville Charles Chaplin (1931-1h30) semaine du 4 au 10 mars

    M le maudit Fritz lang (1931-1h45) semaine du 24 au 30 juin

    Madame de… Max Ophuls (1953-1h40) semaine du 1 au 7 avril

    Manhattan Woody Allen, (1979-1h36) semaine du 29 avril au 5 mai

    Ma nuit chez maud Eric Rohmer (1969-1h50) semaine du 8 au 14 avril

    Le mécano de la générale Buster Keaton (1927-1h16) semaine du 18 au 24 mars

    Le mépris Jean-Luc Godard (1963-1h45) semaine du 10 au 16 juin

    Monsieur Verdoux Charles Chaplin (1947-2h13) semaine du 27 mai au 2 juin

    Mulholland drive David Lynch (2001-2h26) semaine du 26 novembre au 2 décembre

    Nosferatu Friedrich Murnau (1922-1h34) semaine du 1 au 7 avril

    La nuit du chasseur Charles Laughton (1955-1h33) semaine du 14 au 20 janvier

    Nuit et brouillard Alain Resnais (1955-32 mn) semaine du 4 au 10 février

    Parle avec elle Pedro Almodovar (2002-1h52) semaine du 3 au 9 décembre

    Le parrain Francis Ford Coppola (1972-2h55) semaine du 13 au 19 mai

    Une partie de campagne Jean Renoir (1936-40 mn) semaine du 17 au 23 juin

    The party Blake Edwards (1968-1h39) semaine du 18 au 24 mars

    La passion de Jeanne d’Arc Carl Dreyer (1928-1h59) semaine du 31 décembre au 6 janvier

    Pierrot le fou Jean-Luc Godard (1965-1h55) semaine du 8 au 14 avril

    Le plaisir Max Ophuls (1952-1h37) semaine du 28 janvier au 3 février

    Pickpocket Robert Bresson (1959-1h15) semaine du 7 au 13 janvier

    Playtime Jacques Tati (1967-2h06) semaine du 18 au 24 mars

    La prisonnière du désert John Ford (1956-2h) semaine du 11 au 17 février

    La règle du jeu Jean Renoir (1939-1h55) semaine du 19 au 25 novembre

    Rio Bravo Howard Hawks (1959-2h21) semaine du 14 au 20 janvier

    Le roman d’un tricheur Sacha Guitry (1936-1h20) semaine du 27 mai au 2 juin

    Rome ville ouverte Roberto Rossellini (1945-1h40) semaine du 7 au 13 janvier

    La ruée vers l’or Charles Chaplin (1925-1h36) semaine du 25 février au 3 mars

    Le salon de musique Satyajit Ray (1958-1h40) semaine du 3 au 9 juin

    Scarface Howard Hawks (1932-1h30) semaine du 1 au 6 juillet

    Les sept samouraïs Akira Kurosawa (1954-3h20) semaine du 3 au 9 juin

    La soif du mal Orson Welles (1958-1h35) semaine du 24 au 30 juin

    Les temps modernes Charles Chaplin (1936-1h27) semaine du 26 novembre au 2 décembre

    Tous en scène Vincente Minnelli (1953-1h53) semaine du 18 au 24 février

    Les vacances de mr Hulot Jacques Tati (1953-1h23) semaine du 17 au 23 juin

    Van Gogh Maurice Pialat (1991-2h38) semaine du 11 au 17 mars

    Vertigo Alfred Hitchcock (1958-2h09) semaine du 4 au 10 février

    Le voleur de bicyclette Vittorio De Sica (1948-1h30) semaine du 7 au 13 janvier

    Voyage à Tokyo Yasujiro Ozu (1953-2h16) semaine du 21 au 27 janvier

    Voyage au bout de l’enfer Michael Cimino (1978-3h03) semaine du 21 au 27 janvier

  • Première de la pièce « Love letters » de A.R. Gurney avec Alain Delon et Anouk Aimée au Théâtre de la Madeleine : comme au cinéma…

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    Alain Delon. Woody Allen. Alain Resnais. Voilà quelques uns des (rares) artistes dont je ne manquerais un film, ou en l’occurrence une pièce, sous aucun prétexte. Pour le premier d’entre eux, tant pis pour ceux qu’il agace, qui ignorent l’autodérision dont il sait aussi faire preuve (comme en interprétant le mégalomaniaque César et en jouant avec son image dans « Astérix aux Jeux Olympiques »), qui se méprennent sur son immodestie. Après tout n’est-ce d’ailleurs pas plutôt de la lucidité puisque figurent dans sa filmographie au moins 10 chefs d’œuvre du septième art et des noms de réalisateurs aussi prestigieux que ceux de Visconti, Melville, Godard, Clément, Verneuil, Losey, Antonioni, Verneuil et tant d’autres ? Pouvez-vous même me citer un seul acteur dans la filmographie duquel figurent autant de chefs d’œuvre, parmi lesquels, pour ne citer que ceux que je préfère « Le Guépard », « La Piscine », « Le Samouraï », « Monsieur Klein », « Plein soleil », « La Veuve Couderc », « Le Cercle rouge », « Mélodie en sous-sol », « L’Eclipse », « Rocco et ses frères » ? Après tout n’est-ce toujours pas mieux d’agacer, de susciter la controverse (son talent lui, d’ailleurs, n’est pas controversé) plutôt que de laisser indifférent, ne vaut-il pas mieux avoir trop de charisme que d’en être dépourvu ? En tout cas, voilà ce sur quoi inconditionnels et détracteurs pourront sans doute se mettre d’accord : Alain Delon n’a  plus rien à prouver.  Ses choix sont donc guidés par la sincérité et le plaisir : d’une rencontre, d’un texte, de jouer avec un ou une partenaire. (Mireille Darc dans « Sur la route de Madison », Anouk Aimée en l’espèce.)

    C’est donc la quatrième fois que je le vois au théâtre, après « Variations Enigmatiques », "Les Montagnes Russes " et « Sur la Route de Madison », le texte de la première de ces pièces et l’ambiguïté jubilatoire du personnage d’Abel Znorko qu’il y interprétait étant d’ailleurs selon moi la plus à la (dé)mesure de son talent.

    Théâtre de la Madeleine hier soir. Première de la pièce. Il me tarde d’entendre les trois coups décisifs. Le hasard m’a affublée d’une voisine aux gestes amples, au parfum capiteux et agressif, au rire tonitruant. Les trois coups, enfin, déjà. La lumière s’éteint. Derrière le rideau qui reste délibérément fermé quelques secondes encore, deux voix naissent, s’élèvent et déjà nous emportent dans leur histoire. La salle retient son souffle. Je retiens mon souffle. Pas à cause du parfum capiteux. Déjà oublié, presque devenu inodore même, celui-là. Non, je suis déjà dans une autre dimension, de l’autre côté de l’Atlantique, avec ces deux voix si reconnaissables et pourtant soudain différentes, presque mystérieuses. Puis le rideau s’ouvre…

     Face à nous Alain Delon et Anouk Aimée. Ou plutôt non : Alexa et Thomas qui lisent les lettres qu’ils se sont écrites tout au long de leur vie. On oublie Tancrède, Jeff Costello, Corey, Robert Klein, Roger Sartet, Gino. On ne voit que cet enfant malicieux. Cela commence par quelques phrases griffonnées sur des cahiers d’écoliers. Les deux acteurs sont simplement assis derrière un bureau, sans artifices, sans décor et pourtant…et pourtant nous avons l’impression de voir deux enfants espiègles, de parcourir avec eux le New Hampshire, de voir leurs cadres familiaux se dessiner, plutôt dissolu et aisé pour l’une, aimant et uni pour l’autre. Dans leurs gestes et leurs regards, nous voyons, devinons : la malice, l’effronterie, la naïveté de l’enfance, ses blessures parfois aussi, et leurs deux caractères, si différents. Les mots prennent vie, sens, forme.

    Nous oublions déjà le décor, son absence plutôt, le théâtre et ses autres spectateurs, le rire tonitruant et le manque de place pour cause de voisine indélicate. Nous sommes d’emblée plongés dans ces « Love letters », dans cette amitié qui s’ébauche, dans cet amour qui s’esquisse.  Au fil des lettres, au fil du temps, nous voyons leurs regards, leurs voix, leurs gestes changer, nous les devinons grandir, à l’image de leurs sentiments, et leur ambivalence. Leurs caractères  se révèlent: frondeuse, impertinente, fragile pour l’une; plus sage, respectueux, soucieux des convenances pour l’autre. Le destin, des kilomètres, la fierté, les malentendus vont les séparer mais ils vont continuer à s’échanger des lettres, quoiqu’il advienne. Des lettres incisives ou tendres, longues ou courtes, de louanges ou de reproches, amères ou drôles, crues ou plus en retenue, dont l’ absence ou la fréquence en diront plus long encore que les mots même.  

    Leurs espoirs et leurs désespoirs, leurs désirs et leurs désillusions se font écho, la distance est abolie par cette proximité scénique et en même temps recréée puisque jamais ils ne se regardent, mais le pouvoir des mots et bien sûr l’immense talent des deux interprètes nous transportent bien au-delà, à tel point que je n’ai réalisé que tardivement qu’un bruit assourdissant retentissait (j’imagine un feu d’artifice -?-qui a d’ailleurs laissé Anouk Aimée absolument imperturbable et a tout juste suscité une interrogation d’Alain Delon qui semblait même incluse dans le texte) et qu’il n’était pas un effet de mise en scène.

    On comprend aisément pourquoi Alain Delon a accepté de jouer ce texte (et je dis bien jouer et non lire) : pour Anouk Aimée (dont on se dit que, si elle aussi a tourné avec les plus grands parmi lesquels Carné, Lelouch évidemment, Demi, Fellini, Becker, Lumet, Cukor-, elle a encore de beaux rôles devant elle ) avec laquelle il n’avait jamais joué ou tourné, pour cette histoire poignante et universelle, pour les multiples émotions qu’elle suscite, nous faisant passer du rire aux larmes, jusqu’au dénouement qui à lui seul mérite le déplacement, secondes volées à la réalité et au parfum capiteux, cet instant si cinématographique où le samouraï, un autre guépard peut-être, ressurgit, un guépard blessé, terriblement touchant et vrai (que n’a-t-il pas fallu vivre et jouer auparavant pour nous bouleverser à ce point, en quelques mots, pour sembler les vivre si intensément,  la musique qui s’élève alors aussi sublime soit-elle est d’ailleurs superflue, le jeu et les mots pouvant en suggérer toute la cruelle , douloureuse, rageuse beauté) , en un mot :  magistral. Cette pièce, toute statique soit-elle a d’ailleurs un rythme et une progression dramatique très cinématographiques. J'ai eu l'impression d'être au cinéma, de voyager dans ces deux vies et ces deux âmes, à travers les Etats-Unis, et même plus loin. Un film beaucoup trop court.

    Une pièce sensuelle et mélancolique légère et profonde, douce et amère, mais aussi un hymne à l’écriture (à l’art même à travers la vocation ratée d’Alexa), à son pouvoir cristallisateur, sa sublime violence, au pouvoir inestimable, parfois mésestimé des mots, qui peuvent enchaîner ou libérer, parfois plus douloureux qu’un poignard ou plus doux qu’une caresse, à ce qu’ils disent et ce qu’ils dissimulent, ce qu’ils voilent et dévoilent.

    J’ai repensé à cette phrase dans le dernier film de Woody Allen que « le véritable amour romantique est celui qui n’est pas satisfait », une phrase que cette pièce, d’ailleurs comme « Sur la route de Madison »,  illustre magnifiquement. Une pièce qui nous donne envie d’écrire, d’histoires épistolaires douces et cruelles qui nous élèvent forcément,  nous perdent peut-être aussi, mais en tout cas nous font vibrer et exister bien au-delà des mots.

    Alain Delon serait presque trop charismatique pour ce personnage aux idées conventionnelles mais il se glisse néanmoins dans sa peau, presque trop étroite pour lui, avec grâce. Quant à Anouk Aimée... elle a joué cette pièce pour la première fois en 1990, avec Bruno Crémer d’abord, puis avec Jean-Louis Trintignant, puis Jacques Weber, et enfin avec Philippe Noiret ; et cela se voit. Elle habite ce personnage, ne trébuche pas une seconde, tour à tour capricieuse, presque arrogante, lumineuse et sombre, lunatique et attachante, et finalement surtout blessée et bouleversante.

    On les rêve dans un même générique de film. J’en imagine déjà le synopsis, qui sait: peut-être même en ai-je déjà écrit le scénario. A bons entendeurs…

    Ecrite par Albert Ramsdell Gurney, cette histoire d’amour épistolaire traduite dans plus de 30 langues, montée pour la première fois à New York en 1989, a été adaptée de l’Américain par Anne Tognetti et Claude Baignères et mise en scène par Alain Delon, ou plutôt « mise en place » comme il aime à le dire lui-même.

    Dépêchez-vous : seulement 20 représentations exceptionnelles sont prévues (jusqu’au 29 novembre) à moins que la pièce ne soit prolongée…  Je vous la recommande, mais je crois que vous l’aurez compris. Est-ce utile de préciser que la salle, à la fin de la représentation, était debout et les yeux embués de larmes?

    Articles publiés sur « In the mood for cinema » ayant un lien avec celui-ci :

    Critique de la pièce "Sur la route de Madison" avec Alain Delon, Mireille Darc

    Critique de "La piscine" de Jacques Deray avec Alain Delon, Romy Schneider

    Critique des "Montages russes" avec Alain Delon

    Critique du "Guépard" de Luchino Visconti avec Alain Delon, Claudia Cardinale...

    Soirée des 60 ans du Festival de Cannes 2007

    Informations pratiques :

    Au théâtre de la Madeleine, du vendredi 7 novembre à 19H au samedi 29 novembre à 19H

    Du mardi au samedi à 19H, matinées le samedi à 16H.

    Réservations: 01-42-65-07-09 ou sur fnac.com ou sur la page internet du Théâtre de la Madeleine consacrée à "Love Letters".

    De 29€ à 49€ et 10€ ( - de 26 ans, selon disponibilités, mardi, mercredi, jeudi)

     

    Sandra.M 

  • « The Visitor » de Thomas McCarthy : Grand Prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2008

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    La semaine dernière sortait en salles « The Visitor », le film auquel fut décerné le  Grand Prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2008 par le jury présidé par Carole Bouquet, le seul de la compétition que j’avais manqué et que j’étais donc impatiente de voir. A l’heure à laquelle les Etats-Unis retrouvent un nouvel espoir et un nouvel élan, ce film apporte un éclairage édifiant sur les dysfonctionnements et les injustices du système américain et de nouveau sur l’immense attente que suscite le nouveau président américain Barack Obama.

    Professeur d'économie dans une université du Connecticut, Walter Vale (Richard Jenkins), la soixantaine, est englué dans sa routine : il ne donne d’ailleurs plus qu’un cours par semaine, depuis 20 ans. Son seul loisir consiste à apprendre le piano, d’ailleurs sans grand enthousiasme. Lorsque l’Université l’envoie à Manhattan pour lire un article qu’il a cosigné (où il part seulement parce qu’on l’y oblige), il découvre qu’un jeune couple s’est installé dans l’appartement qu’il y possède : Tarek (Haaz Sleiman), d’origine syrienne et, et Zainab (Danai Jekesai Gurira), sa petite amie sénégalaise. Comme ils n’ont nulle part où aller, Walter leur propose de rester. Si Zainab est très réticente et méfiante, en revanche, Tarek, touché par la gentillesse de Walter, lui apprend le djembé. Malgré (ou grâce à) leurs différences, les deux hommes deviennent amis et Walter retrouve un sens à sa vie et lorsque Tarek est arrêté dans le métro, emprisonné, et menacé d’expulsion, Walter fait tout pour lui venir en aide…

     

    Si la portée du film est évidemment politique, du moins sociale, son propos n’est jamais appuyé. C’est avant tout l’histoire de deux hommes, ou même de quatre personnages (la mère de Tarek interprétée par Hiam Abbass va les rejoindre) qui a priori n’auraient jamais dû se croiser mais que la magie et les aléas de l’existence font se rencontrer, et changer. Les personnages, à l’image du scénario et de la mise en scène, sont d’une grande pudeur et sobriété, et ne tombent jamais dans les clichés.

    Si ce film nous montre (sans jamais démontrer avec ostentation), à travers l’exemple d’un drame humain, les conditions inhumaines de détention et d’expulsion des immigrés clandestins aux Etats-Unis et les conséquences d’une politique d’immigration rigide mais aussi de la paranoïa post 11 septembre, c’est aussi un hymne à la musique, la musique qui peut relier deux personnes que tout pourrait opposer, la musique qui leur sert de langage commun et qui transcende les différences, la musique qui redonne goût à la vie. Un échange et un enrichissement.

     

    « The visitor » ce pourrait d’ailleurs autant être Walter que Tarek : Walter qui rend visite à Tarek en prison mais aussi Tarek qui en s’installant chez Walter lui redonne le goût de vivre, Walter qui au début du film regarde la vie s’écouler derrière sa fenêtre et à la fin est « dans » la vie, dans sa belle et redoutable violence. Le djembé va devenir son cri de révolte et de vie, l’allié et le réceptacle de ses sentiments.

     

    Les 4 acteurs sont judicieusement choisis au premier rang desquels Richard Jenkins (habituellement abonné aux seconds rôles, qui trouve là son premier grand rôle), parfait en faux misanthrope retrouvant le goût des autres et de la vie, tout en retenue, mélancolie et révolte contenue qui explose dans une très belle scène où il crie son impuissance face au mur infranchissable de l’injustice, face au terrifiant silence de l’administration.

     

    Ce film poignant est empreint de la douceur mélodieuse d’un air de piano et de la force entraînante du djembé, il vous ensorcelle doucement, vous parle de deuil, de retour à la vie, d’injustice, de tolérance, de solitude, sans jamais être moralisateur ou didactique, mais il est alors plus parlant que n’importe quel discours.

     

     Avec ce second film après « The Station Agent », Thomas Mc Carthy (qui est également acteur) nous donne à voir une autre Amérique que celle des blockbusters avec un regard empli d’empathie, de justesse, de sensibilité et nous embarque avec ses personnages que nous quittons, laissons, à leur rage et désespoir, avec regrets, mais que nous embarquons avec nous bien plus loin et bien après le générique de fin, avec, en mémoire, le tempo douloureusement répétitif et le son sublimement retentissant du djembé, lors de la dernière scène, terrible et magnifique.

     

    Pour tout savoir sur le 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, rendez-vous sur mon blog consacré à celui-ci. Je reste persuadée qu’ « American son » de Neil Abramson aurait mérité de figurer au palmarès…

     

    Site officiel du film: http://www.tfmdistribution.com/thevisitor/

    Sandra.M

  • Un concours très « in the mood for cinema » : créez votre publicité pour CinéCinéma !

    pub1.jpgUne fois n’est pas coutume : c’est avec plaisir que je vous relaie un concours organisé par CinéCinéma, un panel de chaines de CanalSat sur lesquelles j’ai plaisir à m’évader, rêver, frissonner, m’émouvoir, parcourir les coulisses et l’Histoire du cinéma (le lot d’émotions étant aussi vaste que le choix de chaînes puisque CanalSat propose 7 chaînes cinéma avec les derniers succès du box office en exclusivité : Premier, Frisson, Emotion, Famiz, Star, Club, Classic) mais aussi de passionnants magazines pour cinéphiles comme « Bord cadre », bref des chaînes qui vous permettent de plonger « in the mood for cinema » sans modération et surtout de voir ce que ne proposent plus aujourd’hui les chaines généralistes à savoir les classiques du cinéma parmi lesquels de nombreux films critiqués sur ce blog (voir la rubrique « Gros plan sur des classiques du septième art »). Mon choix ce mois-ci : Le Parrain, Ma saison préférée (CinéCinéma Star), Lola (CinéCinéma Classic), Sur mes lèvres, La Californie, Pulp fiction (CinéCinéma Premier)…

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     CinéCinéma, en plus de vous immerger « in the mood for cinema », vous donne ainsi l’occasion de laisser libre cours à votre imagination débordante (si, si, débordante) en organisant un concours qui vous invite à créer votre propre publicité pour CinéCinéma. Cette publicité doit durer 20 secondes maximum et vous devez utiliser le principe du dialogue entre deux éléments, accessoires, objets emblématiques de l’histoire du cinéma. (Vous pouvez en voir 4 exemples, ici: http://www.youtube.com/user/CanalSatCineCinema, et voir la vidéo à la fin de cet article ). Une fois votre spot créé par vos méninges électrisées vous n’avez plus qu’à poster votre vidéo sur le site www.dailymotion.com/cinecinema . Si votre pub fait partie du top 3, elle passera à l’antenne et vous remporterez de magnifiques cadeaux.

    Moi-même lauréate d’un concours organisé par CanalSat (plus précisément Canal Plus) qui m’a permis d’être chroniqueuse dans l’émission Le Cercle, je vous recommande vivement de tenter votre chance pour celui-ci. C’est ludique, intelligent et ça peut rapporter gros ! Bonne chance à tous ! Vous avez jusqu’au 15 décembre pour envoyer votre chef d’œuvre !

    Pour tout savoir sur le concours rendez-vous sur la site de CinéCinéma sur lequel vous pourrez également tout savoir sur les programmes des chaînes cinéma : http://www.cinecinema.fr/concours/dailymotion/index.html. Ci-dessous, un des 4 exemples de publicités créé par CinéCinéma :

  • Rencontre avec Catherine Deneuve au Ciné club de Sciences Po : une étoile filante…

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    Frédéric Bonnaud et Catherine Deneuve, hier soir.

    je veux voir.jpgDe Catherine Deneuve, au-delà de tous ces films qui m’ont marquée (« Le dernier métro » de Truffaut, « Hôtel des Amériques » et « Le lieu du crime » de Téchiné étant sans doute les premiers que j’ai vus et aimés et que je revois toujours avec autant de plaisir), j’ai  surtout deux souvenirs, tous deux d’ailleurs liés au Festival de Cannes, la mémorable leçon de cinéma qu’elle y a donné en 2005 (cliquez ici pour lire le résumé de la leçon de cinéma de Catherine Deneuve, à Cannes, en 2005), et la projection de ce magnifique « documentaire » (qui est, aussi, une fiction) sur le Liban, « Je veux voir » de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas  (cliquez ici pour lire ma critique du film et pour voir les photos et vidéos de la présentation cannoise) qu’elle a présenté cette année dans la section Un Certain Regard, un documentaire bouleversant et intense dans lequel elle est extraordinaire et que sans doute peu d’actrices auraient eu le cran d’accepter, et le talent et l’humilité pour s’y prêter. Je crois que c’est d’ailleurs à ces deux occasions que je l’ai vraiment découverte et que j’ai compris vraiment ce qu’elle peut représenter, et surtout pourquoi elle incarne ainsi  LA star française, même si je n’aime pas ce mot galvaudé, et réducteur.

    Hier soir, c’est à l’invitation du Ciné club de Sciences Po qu’elle est venue dans les anciens  locaux  de l’ENA. Pas pour faire de la promotion. Simplement pour partager sa passion, ses expériences. La salle, pas très grande, est évidemment pleine. L’endroit,  plutôt monotone,  avec sa lumière blafarde, semble presque incongru. Après quelques échanges avec le journaliste Frédéric Bonnaud suite à la projection de « Belle de jour » de Buñuel et du court « Un chien andalou » de Buñuel avec la participation « scénaristique » de Dali  (dont il est amusant de constater que la scène de l’œil coupé heurte toujours les spectateurs, 80 ans après), comme prévu, à 20H Catherine Deneuve  arrive, apparait plutôt.  Les applaudissements sont timides et respectueux. Elle  fait d’abord part de son appréhension de se retrouver devant ces inconnus qui la connaissent, qui « connaissent beaucoup de [sa] vie », de sa crainte de nous décevoir. Et si elle ne nous avait rien dit, à peine sa respiration haletante, à peine, et son débit rapide l’auraient-ils trahie mais ce n’est certainement pas ce qui nous aurait marqué en premier. Non, ce qui nous aurait marqué c’est son extrême humilité (non une fausse modestie ou une coquetterie, une vraie humilité), son écoute attentive, sa passion intacte et sa curiosité insatiable pour tout ce qui concerne le cinéma.

    belle de jour2.jpg Elle évoque d’abord  le film de Buñuel que nous venons de voir, « Belle de jour », et son tournage difficile, un film auquel elle préfère d’ailleurs « Tristana » (moi aussi), le film suivant de Buñuel dans lequel elle a tourné. Sujet suivant. Un jeune homme commence sa question. « Vous étiez jeune à l’époque ». Rires de la salle. Et de Catherine Deneuve : « Vous riez parce qu’il a été maladroit. J’ai l’habitude. Pas de la maladresse. Mais de ces phrases mais c’est normal, cela fait plus de 40 ans…». Oui, elle m’a vraiment rappelée la Catherine Deneuve de « Je veux voir ».  A l’écoute. Avec ce souci de ne surtout pas blesser, davantage qu’un souci de sa propre image. C’est tellement rare… Elle cherche aussi ses mots, par souci d’exactitude, de sincérité.

    On se dit que pour elle ce doit être vraiment difficile : ces regards qui la scrutent, pour certains guettent la fêlure, les stigmates du temps, le fossé, pour certains -cyniques peut-être- rassurant, entre le cinéma et la réalité. Un autre jeune homme se trompe, attribue « Est Ouest » de Régis Wargnier à un cinéaste russe et au lieu d’être ironique ou blessante, elle admet que ce film était tourné en Russie, que la confusion était possible. Dans ce film elle a un second rôle. Mais pour elle peu importe. Quand on  lui demande ce qu’elle aime dans le métier d’actrice, elle dit que ce sont les films. Pas les rôles. Les films. Peu lui importe d’avoir un second rôle dans un projet qu’elle aime et dans lequel elle croit. Comme dans "Est-Ouest". Pour elle, le critère, c’est que le film ne tienne plus si on enlève le rôle, que le rôle, petit ou grand, soit essentiel au déroulement de l’histoire.

    On se demande ce qu’elle aurait fait si elle n’avait pas été actrice. Parce qu’elle ne voulait pas être actrice, Catherine Dorléac. Les hasards de la vie, des rencontres, un premier rôle à 15 ans pour accompagner sa sœur Françoise, et voilà,  aujourd’hui elle aime passionnément le cinéma, son métier, et transmettre cette passion.

    Elle a commencé à 15 ans donc. Elle dit qu’à l’époque ce qui l’intéressait c’était plutôt « l’amour, les sentiments », que sans le cinéma elle se serait « mariée très jeune »  sans doute, aurait « divorcé 5 ans après », aurait fait des études d’art, d’architecture peut-être, elle ne sait pas trop à dire vrai. Mais maintenant, elle voit des films. Beaucoup de films. Souvent même tard le soir à la télévision. Ca aussi c’est plutôt rare, les acteurs ne sont pas toujours des cinéphiles.

    Elle parle sans retenue mais avec beaucoup de pudeur. Des scènes de nudité aussi, qu’elle n’aime pas en tant qu’actrice, pas plus qu'en tant que spectatrice, ne voyant alors plus un acteur, un personnage mais une personne dénudée, à nu. Elle évoque ainsi la vulgarité et la familiarité auxquelles les scènes de nu exposent les acteurs, ont exposé Brigitte Bardot, ce dont elle a été témoin, à quel point les journalistes s’approprient ensuite ces scènes. On imagine combien le tournage de « Belle de jour » a dû être difficile pour elle avec Buñuel, peu loquace, déjà âgé, impressionnant, mais on imagine mal une autre actrice dans le rôle de Séverine.

    On se demande alors pourquoi elle n’a pas tourné dans « Belle toujours », l’hommage à « Belle de jour », une sorte de suite tournée par Manuel de Oliveira dans lequel Michel Piccoli a, lui, accepté de reprendre son rôle. Simplement pour ne pas démythifier le film de Buñuel. Elle dit d’ailleurs que Bulle Ogier qui l’a remplacée y est parfaite. Elle regrette simplement de n’avoir pu expliquer de vive voix les raisons de son refus à Manuel de Oliveira, que son refus, par personnes interposées, lui ait sans doute paru abrupte.

    On rêve de la voir au théâtre. Evidemment…  Mais probablement ne l’y verrons-nous jamais. Elle s’en dit incapable, à cause de l’appréhension de se retrouver devant toutes ces personnes silencieuses, là, à la regarder, la détailler. On en baisserait presque les yeux de peur de la gêner. Elle fait d’ailleurs régulièrement ce cauchemar, se retrouver sur scène sans avoir appris son texte.

    D’ailleurs, pendant toutes ces heures d’attente dans des journées de 8 ou 10 h de tournage, que fait-elle ? Eh bien, elle ne lit pas. Non, elle dort, pour rester concentrée.  Professionnelle.

    Elle vient de tourner le film d’une jeune réalisatrice (« La cuisine » de Julie Lopes-Curval) avec Marina Hands, et tournera certainement pour Téchiné l’an prochain même si le projet est encore flou et elle continue à suivre les films qu’elle a tournés, notamment « Un conte de noël » d’Arnaud Desplechin qu’elle dit avoir beaucoup aimé, dans lequel elle dit avoir tout aimé.  Elle dit cela les yeux brillants. Comme nous. Comme moi en tout cas à l’issue de cette heure trop courte, de ce beau moment, de cinéma, de réalité, je ne sais plus trop, surréaliste, comme un film de Buñuel ou une œuvre de Dali, comme « Un chien andalou ». Une heure déjà. Les applaudissements fusent. La salle se lève, respectueuse et admirative. Toujours constate-t-on que la salle a étrangement perdu sa monotonie et sa lumière blafarde.

    Une grande actrice. A l’image du film de Buñuel d’une certaine manière :  très réelle, ancrée dans la réalité et irréelle, liée à des souvenirs et rêves cinématographiques,  grave et ironique (elle n’a jamais hésité à se moquer d’elle même, contrairement à cette image de froideur à laquelle on a tenté de la réduire, et notamment dans « Mes stars et moi » de Laetitia Colombani, actuellement à l’affiche-voir critique ci-dessous-). Une femme passionnée et touchante, sincère et mystérieuse, et évidemment talentueuse. Une « star » qui en est une justement parce qu’elle ne joue pas à l’être, elle n’en a pas besoin. Rare, lumineuse, éblouissante, éphémère et éternelle. Oui, une étoile filante…

    La prochaine rencontre organisée par le Ciné club de Sciences Po aura lieu le 19 novembre pour le film « Ma mère » de Christophe Honoré avec, sous réserves, le réalisateur, Emma de Caunes et Louis Garrel . L’entrée est libre.

    Lien, pour en savoir plus sur le Cinéclub de Sciences Po et avoir le programme : http://www.bdarts.org

    Sandra.M