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l'ena hors les murs

  • Mon bilan de l’année cinéma 2009 (version longue de la publication dans le journal de l’ENA)

    ena8.jpgAvant de vous livrer, ces jours prochains, mon bilan personnel et émotionnel de cette très riche année cinématographique 2009 ainsi que mon top 10 de l'année cinéma, je vous propose, ci-dessous, mon bilan cinématographique de l'année 2009.

     Le journal de l'ENA (« L'ENA hors les murs ») m'a en effet à nouveau cette année confiée la lourde et passionnante tâche d'écrire le bilan de l'année cinéma 2009 pour son numéro de janvier.

     Ci-dessous la version  longue et légèrement différente de cet article (j'ai modifié et supprimé certaines parties dans la version de l'ENA pour répondre aux contraintes de publication) et pourtant (évidemment) pas exhaustive ... (je publierai ultérieurement la version courte et modifiée -par moi-même:-)- de cet article, tel que publié dans le journal de l'ENA).

     Je n'ai pas le temps de relire  ce soir donc merci d'avance de votre indulgence pour les éventuelles répètitions ou imprécisions...

     Cliquez ici pour lire mon bilan de l'année cinéma 2008 également publié dans « L'ENA hors les murs ».

    BILAN DE L'ANNEE CINEMA 2009:

    Jean Renoir estimait que « L'art du cinéma consiste à s'approcher de la vérité des hommes et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes ». En 2009, le cinéma, plus que jamais, semble s'être divisé en deux parties bien distinctes, sans doute à l'image d'un monde lui-même écartelé, divisé, avec d'un côté, des films ancrés dans la réalité, cherchant à la disséquer, à approcher la vérité, de l'autre des films, souvent fantastiques, de plus en plus surprenants, a priori éloignés du réel. Avec aussi d'un côté, des comédies, de l'autre des films relatant une sombre réalité.  Cette année aura été celle de la diversité : entre simplicité et complexité, comédies classiques et cinéma engagé, succès et échecs inattendus, révélations et confirmations. L'oxymore qui a servi de titre à un des premiers grands succès de cette année 200, Slumdog Millionaire (auréolé de 8 Oscars) -slumdog signifiant taudis- est à l'image de cette année cinématographique : riche de contradictions, mettant le cinéma à l'honneur parfois même à l'intérieur des films par une savante mise en abyme, trouvant dans son propre reflet une salutaire évasion ou compréhension du monde qu'il incarne.

    Un besoin d'évasion et de vérité : entre cinéma de l'intime et grand spectacle

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    Le premier point commun entre les grands succès de cette année est le besoin d'évasion, aussi bien des spectateurs souhaitant échapper à une actualité morose que des personnages des films, prisonniers de leur réalité, ou même prisonniers au sens propre avec d'un côté des films intimistes, centrés sur la « cellule » familiale,  de l'autre des films à grand spectacle, souvent fantastiques.

    Le grand succès critique (Grand prix à Cannes, prix Louis Delluc, nomination aux Oscars...) de cette année, « Un Prophète », se déroulant dans l'univers carcéral, témoigne de ce désir insaisissable de liberté, tout en conciliant drame intime et universel  par une habile métaphore de la société à l'intérieur de la prison où règne notamment le racisme mais aussi par le génie poétique de son réalisateur Jacques Audiard qui mêle fantasmagorie et réalisme, violence et poésie noire, meurtre et rédemption, divertissement et sujet de société. Un autre film « Qu'un seul tienne et les autres suivront », premier long métrage choral de Léa Fehner avait d'ailleurs pour même cadre cet univers carcéral.

    Entre le film phénomène « Paranormal Activity » (11000 dollars de budget pour plus de 20 millions de dollars de recettes rien qu'aux Etats-Unis), « Harry potter et le prince de sang mêlé »,,  « 2012 », « Twilight » (respectivement 2ème,  7ème, 11ème-pour le chapitre 1- du box office français) mais aussi « The box » les succès de cette année auront témoigné de cette volonté d'évasion, de même avec « L'étrange histoire de Benjamin Button » de David Fincher, une métaphore magistrale sur la course-évidemment perdue d'avance- contre le temps, contre la mort, une brillante allégorie sur l'effroyable écoulement de temps mais aussi et avant tout une magnifique histoire d'amour qui défie les apparences, la raison, le temps et même la mort. L'histoire de deux destins qui se croisent, que les fils du destin, tortueux, impitoyables et sublimes, finissent toujours pas réunir, malgré le fracas du temps, de leurs temps, s'écoulant irrémédiablement dans deux directions opposées. C'est encore une formidable prouesse technique (qui a nécessité 150 millions de dollars et 150 jours de tournage) qui l'est d'autant plus qu'elle n'est jamais là pour épater mais pour servir admirablement l'histoire. Le temps de la séance (2H44) épouse ainsi judicieusement le thème du film incitant à ne pas vouloir aller à tout prix contre le temps et à apprendre à l'apprivoiser, à laisser le temps au temps, profiter de chaque rencontre et chaque instant sans pour autant vouloir tout obtenir, réussir, immédiatement . Le charme est alors plus durable que celui, volatile, d'une beauté éphémère et incandescente. Un film à portée universelle sur la perte d'être chers,  la cruelle et inexorable fuite du temps, l'amour inconditionnel et intemporel.

    A l'inverse cette année aura été aussi celle de films intimistes mettant en scène des personnages prisonniers d'un quotidien suffocant avec, avant tout, le chef d'œuvre de cette année 2009, « Les noces rebelles » de Sam Mendès qui met en scène un couple unique et universel mais aussi le schisme potentiel entre ce que l'on est, ce que l'on voudrait devenir ou ce que l'on a rêvé de devenir ; les idéaux de jeunesse face à la réalité de la vie familiale ; opposant le courage d'échapper à une vie médiocre, confortable et conformiste à la  facilité, la lâcheté même, de s'y conformer. Cela, Sam Mendès peut l'exprimer en un plan : April (Kate Winslet) lumineuse, irréelle et déjà évanescente, dans l'embrasure d'une porte  ou une danse sensuelle exprimant autant la vie que la douleur de son renoncement... ou encore cette scène à la fois d'une atroce banalité et d'une rare intensité où le contraste avec la précédente et où les enjeux sont tels que notre souffle est suspendu comme lors du plus palpitant des thrillers. Quel(s) talent(s) faut-il avoir pour faire passer dans une scène en apparence aussi insignifiante autant de complexité, de possibles, d'espoir, d'horreur. Un film palpitant qui est aussi une réflexion sur le mensonge, l'espoir, les idéaux de jeunesse, la cruauté de la réalité, la médiocrité, l'hypocrisie et le conformisme de la société. Les vingt dernières minutes sont d'une intensité rare et font atteindre des sommets de perspicacité, de complexité à ce film dont on ressort touchés en plein cœur avec cette envie aussi de le faire battre encore plus vite et plus fort. ; une rue (le titre américain est « Revolutionary road) qui vous bousculera, vous portera et vous hantera bien après l'avoir quittée après un dénouement magnifiquement cruel. 

    Dans « Je l'aimais », l'adaptation du roman d'Anna Gavalda, Zabou Breitman a choisi la simplicité pour filmer ses personnages prisonniers des conventions et  cet amour éphémère et fantasmé qui s'écroule lorsqu'il est rattrapé par la réalité; sa caméra est au plus près des regards, souvent troublés, vacillant parfois comme eux, au plus près des battements de cœur. Un film qui a la force brûlante, douloureusement belle, des souvenirs inaltérables et qui nous plonge dans le souvenir, amer et poignant, des belles choses.

    On retrouve cette même volonté d'échapper au quotidien dans, « Joueuse », mais aussi  dans le film de Catherine Corsini au titre significatif « Partir » mais aussi dans « Melle Chambon », le bijou de délicatesse de Stéphane Brizé qui fait de ses personnages des héros du quotidien emprisonnés dans un fier et douloureux silence, dans la lancinance de l'existence. C'est aussi cette vérité humaine que capte magistralement Xavier Giannoli dans le bien nommé « A l'origine », dans lequel le mensonge qui va étouffer, porter,  puis enchaîner son auteur incarné dans le film par François Cluzet (d'ailleurs ancien prisonnier) sera le moyen d'échapper à cette prison.

    Cette prison de la cellule familiale sera portée à son paroxysme dans « Canine » avec son allégorie, perverse et décalée, de la manipulation mentale.

    Il est évidemment impossible de clore cette partie sans parler d' « Avatar », révolution et défi technique, projet pharaonique, film le plus cher de tous les temps mais aussi vibrant plaidoyer pour la défense de la planète, un hymne au rêve qui transcende les difficultés et handicaps, un hymne au pouvoir de l'imagination, cette imagination qui fait que, mêmes les deux jambes immobilisés, on peut faire un voyage des plus trépidants, voler et s'envoler vers une ailleurs fascinant, cette imagination qui peut donner corps, âme, vie à un peuple et une planète imaginaires. une belle et forte expérience cinématographique, par moments visuellement vertigineuse,  une plongée palpitante dans un fascinant univers avec des personnages attachants (malgré et grâce au virtuel, à la technique), un vibrant et émouvant plaidoyer  pour que la planète conserve son âme et son souffle, un puissant message que la simplicité des rapports entre les personnages porte malgré tout (et peut-être d'ailleurs porté grâce à cela), et surtout  un voyage spectaculaire dans l'imaginaire qui en exalte la magnifique force, créatrice et salvatrice. Finalement un film qui, aussi éloigné de la réalité puisse-t-il paraître nous ramène aux blessures de notre époque à un cinéma finalement plus engagé et ancré dans le réel qu'il n'y paraît.

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    Un cinéma engagé et ancré dans le réel

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    Dans le cinéma de 2009, le spectateur cherche visiblement à s'évader d'un quotidien étouffant mais en 2009 le cinéma cherche aussi plus que jamais à éveiller les consciences, à se faire le miroir grossissant et informant du monde, le reflet de sa poésie mais aussi de ses colères, ses blessures.  « Avatar » n'ayant pas été le seul hymne à la terre, « Home » projeté dans 130 pays le documentaire de Yann Arthus-Bertrand visuellement époustouflant, pédagogique mais qui est loin d'être exempt de contradictions, prouvant qu'il serait simpliste d'opposer simplement nature et culture, mais qui a le mérite, et non des moindres (!), -espérons-le- d'éveiller ou de réveiller les consciences, individuelles, politiques, étatiques. Avec la même optique, Nicolas Hulot, avec « Le syndrome du Titanic » aura connu un cuisant échec.

     C'est une autre cruelle réalité, cette fois de l'Amérique latine, que deux metteurs en scène ont mise en scène, et qui a coûté la vie au premier d'entre eux : Christian Poveda dans « La vida  loca » et Cary Joji Fukunaga dans « Sin nombre », éclairage édifiant sur la sombre et impitoyable réalité des gangs dont le style documentaire (caméra à l'épaule) épouse judicieusement l'impression de rage, de violence, de risque, d'urgence que connaissent les personnages principaux en lesquels  combattent innocence et violence, rage de vivre et de tuer pour vivre.

    Cette cruelle réalité est aussi celle de l'immigration également présent dans « Eden à l'ouest » de Costa-Gavras.

    Dans « Puisque nous sommes nés », Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, par des images d'une beauté âpre, à travers le regard de ces deux enfants, sidérants de maturité, nous montre quant à eux un Brésil où règnent les inégalités flagrantes et révoltantes mais qui semblent là-bas être devenus une morne habitude, et en nous parlant de ce pays ils évoquent évidemment le dénuement de tous les autres pays en voie de développement, la ségrégation économique du Brésil mais aussi d'ailleurs.

    Le cinéma permet aussi de donner de la voix à une révolte étouffée, celle de la jeunesse iranienne dans le lyrique « Les Chats persans » qui suit le  bouillonnement musical underground  en Iran et qui exprime à la fois l'audace, la révolte, l'imagination, la fureur de vivre de la jeunesse iranienne qui manifeste, et même joue de la musique ou dans des films au péril de sa vie. Si le film porte en filigrane un message politique et de liberté, le véritable héros du film reste la musique mais aussi la jeunesse iranienne qui la porte  comme un acte de résistance pacifiste. Un voyage musical sans cesse surprenant où la musique est un cri d'autant plus vibrant qu'il est constamment étouffé, un moyen d'exorciser une souffrance intolérable d'un peuple que son gouvernement contraint à sombrer dans le silence mais aussi la pauvreté. Quand jouer de la musique devient un acte de résistance, comble de l'absurdité qui témoigne de la bêtise de l'intolérance devenue la loi de l'Etat.

    Avec « L'armée du crime », c'est à une autre résistance d'une autre armée des ombres que Guédiguian, avec solennité et sobriété, rend hommage, celle de juifs résistants et communistes tandis qu'Haneke avec le multi primé « Le Ruban blanc «  (notamment palme d'or 2009) , un ruban blanc voile symbolique de l'innocence qu'on veut imposer pour nier la barbarie, explore les racines du mal par l'élégance moribonde du noir et blanc, poursuivant ainsi son examen de la violence en décortiquant ici les racines du nazisme, par une démonstration implacable et saisissante. La somptuosité glaciale  et glaçante de la réalisation, la perfection du cadre et des longs plans fixes où rien n'est laissé au hasard sont aussi paralysants que l'inhumanité qui émane des personnages qui y évoluent. Derrière ce noir et blanc, ces images d'une pureté étrangement parfaite,  à l'image de ces chérubins blonds symboles d'innocence et de pureté (que symbolise aussi le ruban blanc qu'on leur force à porter) se dissimulent la brutalité et la cruauté. Cette violence, thème cher à Haneke, est toujours hors champ, « cachée », et encore plus effrayante et retentissante. Ce ruban blanc c'est le symbole d'une innocence ostensible qui dissimule la violence la plus insidieuse et perverse. Ce ruban blanc c'est le signe ostentatoire d'un passé et de racines peu glorieuses qui voulaient se donner le visage de l'innocence. Une œuvre inclassable malgré ses accents bergmaniens. L'œuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, impressionnante d'un grand metteur en scène.

    Avec « The Messenger », grand prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville, Oren Movermann stigmatise les conséquences effroyables d'une guerre et ses douleurs et horreurs indicibles et parfois niées, une guerre qui n'a pas fini de panser ses plaies encore béantes.

    Avec « Rapt » (inspiré de l'affaire du Baron Empain) Lucas Belvaux, avec une angoissante austérité, analyse la barbarie et l'inhumanité contemporaine mais dénonce aussi, en filigrane, les outrances des médias, lunatiques et amnésiques. Comme dans « La Saint Victoire », il met en scène une société de l'image où cette dernière l'emporte sur les faits. Christian Clavier y incarne Cluzel, un homme politique intègre, humain, et pas un calculateur froid prêt à tout pour réussir et satisfaire ses ambitions personnelles. Avec beaucoup d'habileté François Favrat nous montre comment, malgré son intégrité, pour gravir les échelons et donc appliquer sa politique, Cluzel, machiavélien sans être machiavélique, va devoir faire des compromis avec ses principes, va être confronté à des dilemmes moraux, va devoir renoncer à certaines de ses idées pour en défendre d'autres et pour conserver le pouvoir. « La Sainte-Victoire » est une décortication des mécanismes du pouvoir et de ses compromissions qui réhabilite et interroge la notion souvent mise à mal d'intégrité.

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    Des succès et des échecs : entre incontournables et inattendus

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    Outre le cinéma fantastique, le grand vainqueur de cette année 2009 aura été la comédie, l'humour ayant été plus que jamais « la politesse du désespoir ». Ce sont surtout des comédies sur l'enfance et l'adolescence, essentiellement françaises, qui ont emporté l'adhésion du public au premier rang desquelles « Le petit Nicolas » (plus de 5 millions d'entrées),  « LOL » (3,6 millions d'entrées), « Neuilly sa mère » (2, 5 millions d'entrées), « La première étoile », ou encore des comédies étrangères comme « Very bad trip » sans oublier le phénomène  « Twilight » qui n'est pas une comédie mais également destiné à un public adolescent. « OSS 117 : Rio ne répond plus »  avec un humour salutairement décapant et moins formaté a, quant à lui, engrangé 2, 5 millions d'entrées. Et le grand vainqueur du box office français de cette année est une comédie d'animation qui totalise plus de 7, 8 millions de spectateurs : « L'Age de glace 3 ».

    Certains échecs ont été aussi inattendus que ces surprenantes réussites : Jean-Pierre Jeunet avec son tour de manège sépia « Micmacs à Tire-Larigot », Gérard Jugnot avec sa comédie noire sur l'intolérance religieuse « Rose et noir », Francis Huster qui a raté le retour de Jean-Paul Belmondo avec le larmoyant « Un homme et son chien ».

    Et puis il y a ceux qui, années après années, films après films, continuent à nous surprendre malgré leur imposante filmographie : Clint Eastwood avec « Gran Torino », un film qui nous enserre subrepticement dans son univers et nous assène le coup (et le moment) de grâce au moment où nous nous y attendons le moins ; Woody Allen qui, avec « Whatever works » parvient  encore à nous émouvoir et nous étonner, avec une  audace toujours aussi étonnante et réjouissante, avec cet hymne à la liberté amoureuse ou artistique, mais aussi hymne à la vie et ses »hasards dénues de sens. » ; Alain Resnais enfin qui, bien qu'octogénaire, avec « Les herbes folles » a signé le film le plus fou, jeune, inventif, iconoclaste de cette année.

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    De grands rôles plus que de grands films : entre révélations, contre-emplois et confirmations

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    Plus que de grands scénarii, cette année 2009 nous aura surtout offert de beaux personnages et de grands rôles permettant à des acteurs de se révéler et à d'autres de revenir là où on ne les attendait pas.  Evidemment on songe à celle qui, en recevant son prix d'interprétation à Cannes a espéré que son père aurait été « fier et choqué », Charlotte Gainsbourg  pour « Antéchrist » mais aussi à Isabelle Adjani dans le rôle inattendu d'un professeur de banlieue (« La Journée de la jupe » de Jean-Paul Lilienfeld ) dans un film au départ destiné seulement à la télévision. Dans « L'homme de chevet » ce  sont Sophie Marceau et Christophe Lambert qui ont incarné ces corps et  donné une âme à leurs personnages broyés par l'existence, cette dernière ayant signé cette année son grand retour avec pas moins de quatre films à l'affiche. Mickey Rourke en boxeur dans « The Wrestler », ou Christian Clavier en homme politique intègre ont aussi eu de très beaux contre-emplois sans oublier Kate Winslet dont, dans « les Noces Rebelles », chacune de ses expressions contient une infinitude de possibles, contribuant à ce suspense et cette sensation de suffocation intolérable avec une impression sur le spectateur à la fois jubilatoire et insoutenable.

    Et puis il y a ceux qui ont laissé éclater un talent qu'on leur connaissait déjà :  Kristin Scott Thomas dans « Partir »  avec son regard changeant, tour à tour celui d'une enfant perdue,  celui désarçonné d'une femme séduite puis tombant amoureuse, celui lumineux de femme éperdument amoureuse, celui d'une femme dévorée par la passion et sa violence ravageuse, celui d'une épouse blessée, humiliée, mais déterminée, celui d'une femme aux frontières de la folie et au-delà.  Face à elle, Yvan Attal, plus que convaincant dans son rôle de mari obséquieux devenant l'odieux maître d'un ignoble chantage pécuniaire est carrément époustouflant dans « Rapt »,émacié, méconnaissable mais faisant face,  avec son regard  renversant d'homme blessé mais debout, seul mais digne.

    Il faudrait encore parler de Penelope Cruz d'une mélancolie resplendissante dans « Etreintes brisées » ; Vincent Lindon  dans « Welcome » tout en violence et sensibilité, en force et fragilité maniant et alliant les contradictions et les ambiguïtés de son personnage avec un talent époustouflant mais aussi dans « Melle Chambon » dans lequel tout en lui fait oublier l'acteur pour nous mettre face à l'évidence de son personnage (  son mélange de force et de fragilité, de certitudes et de fêlures, sa façon maladroite et presque animale de marcher, de manier les mots, avec parcimonie, sa manière gauche de tourner les pages ou la manière dont son dos même se courbe et s'impose, dont son regard évite ou affronte.) Et puis, face à lui,  Sandrine Kiberlain, rayonnante, lumineuse, mais blessée qui parvient à faire passer l'émotion sans jamais la forcer.

    François Cluzet, dans « A l'oriogine » incarne un portrait d'homme touchant, énigmatique et dense qui porté par un acteur au sommet de son art nous emporte totalement  dans son aventure aussi improbable soit-elle (et pourtant inspirée d'une histoire vraie s'étant déroulée en 1997 dans la Sarthe), dans ses mensonges, dans ses contradictions, dans sa conquête.

    Enfin, Sandrine Bonnaire dans « Joueuse » , de dos, courbée puis droite et résolue, de face,  dans son regard, dur ou conquis, dans son sourire,  rare et ravageur, ses gestes, ses intonations, ses traits tirés puis illuminés, elle EST Hélène avec une justesse admirable sans en faire des tonnes, sans non plus donner l'impression de réaliser une performance.

    On a aussi redécouvert Christoph Waltz, acteur autrichien méconnu, récompensé du prix d'interprétation à Cannes ou encore Louis-Do de Lencquesaing qui dans « Le père de mes enfants », donne un visage humain à ce producteur, parvient à le rendre vivant, attachant, proche et mystérieux, incarnant cet homme solaire qui a fini par se suicider, à la fois robuste et vulnérable, fort et fragile.

    Quant aux révélations,  on pense évidemment à Firat Ayverdi dans « Welcome » mais surtout à l'interprétation magistrale de Tahar Rahim dans « Un Prophète  dans dont c'est le premier grand rôle et qui campe ici un personnage à la fois fragile, énigmatique, égaré,  malin,  angélique et (puis) diabolique dont le regard et la présence, le jeu nuancé magnétisent l'écran, et qui est pour beaucoup dans le caractère attachant de ce personnage tout en ambivalence, orphelin illettré fragile, influençable, qui va s'en sortir grâce à son intelligence et  qui va devenir un héros meurtrier.

     Mais sans doute les plus bouleversants ont-il été deux acteurs que la magie du cinéma a fait revivre dans « L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot » : Romy Schneider et Serge Reggiani, la première qui hante, capture, captive, éblouit, séduit l'écran, dont le jeu, les attitudes et le regard témoignaient d'une fascinante modernité et face à elle, Serge Reggiani qui épouse le visage de la folie maladive avec une rage bouleversante.

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    La mise en abyme : le cinéma à l'honneur

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    Peut-être parce que, comme le disait François Truffaut « Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps mort » le cinéma a-t-il autant été mis à l'honneur cette année à commencer dans le film précité,  « L'enfer d'Henri-Georges Clouzot » , un film avec des  images époustouflantes de beauté, d'inventivité, d'audace, de modernité qui concilie avec un perfectionnisme et une imagination rares le fond et la forme, créant des images d'une force hypnotique jamais atteinte pour travail à la confluence des arts qui frôle l'expérimental et l'abstraction. Un film d'une étrange beauté,  une expérience visuelle et sonore, sensuelle, novatrice et éblouissante qui prouve qu'il n'est peut-être pas besoin d'atteindre le budget d' « Avatar » pour innover, éblouir et surprendre, ce que Clouzot avait réussi avec ces images de 1964.

     Avec « Etreintes brisées », Pedro Almodovar, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre lui aussi  une véritable déclaration d'amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini... ).  Et à Penelope Cruz qu'il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée. «  Etreintes brisées » est un film labyrinthique d'une grande richesse : un film sur l'amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l'art. Un film d'une gravité mélancolique dans lequel,  à l'image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s'imbriquent, se confondent notamment grâce à une réalisation flamboyante sensuelle qui joue avec les temporalités et les genres. Un film gigogne d'une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d'un amour brisé en plein vol... Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d'une étreinte éternelle comme  dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquels il se réfère. Un film empreint de dualité sur l'amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma... le cinéma qui survit à la mort, à l'aveuglement, qui sublime l'existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l'immortalité...

     Avec « Inglourious basterds »  Quentin Tarantino signait lui aussi des plans qui sont ceux d'un grand cinéaste mais aussi d'un vrai cinéphile (comme ce plan magnifique qui est un hommage à « La Prisonnière du désert » de John Ford )  et d'un amoureux transi du cinéma. Il y a du Hitchcock dans ce film mais aussi du Chaplin pour le côté burlesque et poétique et du Sergio Leone pour la magnificence des plans, et pour cet humour ravageur, voire du Melville aussi pour la réalisation. Un film qui enlace avec brio poésie et sauvagerie, humour et tragédie. Et puis, il y a en effet le cinéma. Le cinéma auquel ce film est un hommage permanent, une déclaration d'amour passionnée, un hymne vibrant à tel point que c'est le cinéma qui, ici, va sauver le monde, réécrire la page la plus tragique de l'Histoire, mais Tarantino peut bien se permettre : on pardonne tout au talent lorsqu'il est aussi flagrant. Plus qu'un hommage au cinéma c'est même une leçon de cinéma, même dans les dialogues : « J'ai toujours préféré Linder à Chaplin. Si ce n'est que Linder n'a jamais fait un film aussi bon que « Le Kid ».  Le grand moment de la poursuite du « Kid ». Superbe . »  Le cinéma qui ravage, qui submerge, qui éblouit, qui enflamme (au propre comme au figuré, ici). Comment ne pas aimer un film dont l'art sort vainqueur, dans lequel l'art vainc la guerre, dans lequel le cinéma sauve le monde ? Quentin Tarantino avec ce septième long-métrage a signé un film audacieux, brillant, insolent, tragique, comique, lyrique, exaltant, décalé, fascinant, irrésistible, cynique, ludique, jubilatoire, dantesque, magistral. Une leçon et une déclaration d'amour fou et d'un fou magnifique, au cinéma.  Ce n'est pas que du cinéma d'ailleurs : c'est un opéra baroque et rock. C'est une chevauchée fantastique. C'est un ouragan d'émotions. C'est une explosion visuelle et un ravissement permanent et qui font passer ces 2H40 pour une seconde !

     Evidemment, on ne peut évoquer ces films sur le cinéma sans songer au « Bal des actrices » de Maïwenn, à « Visage » de Tsaï Ming-Liang et surtout  « Le père de mes enfants » de Mia Hansen-Love, un film sur le cinéma mais aussi l'engagement,  sur le caractère indissociable entre vie professionnelle et privée quand la matière principale d'un métier comme celui-là est humaine, et donc si complexe et fragile, quand il n'y a plus de distance entre le cinéma et la vie, quand le cinéma devient la vie.

    D'autres films ont aussi évoqué le cinéma de manière plus implicite et métaphorique comme  « Gran Torino » dans lequel un  mythe du cinéma américain que représente Clint Eastwood fait preuve d'autodérision et dans lequel il confirme le talent d'un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d'un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant.  Une belle leçon d'espoir, de vie, d'humilité. Et de cinéma...

    Xavier Giannoli quant à lui nous fait revenir « à l'origine » avec le film éponyme. Il nous fait croire à l'impossible. A une seconde chance. Aux routes qui ne mènent nulle part.  A ce que le cinéma lui aussi était à l'origine : un mensonge exaltant qui peut nous faire croire que tout est possible. Même si la réalité, un jour ou l'autre, finira par reprendre ses droits.

    La mise en abyme est également très présente dans  « Micmacs à tire-larigot » qui est aussi et avant tout un hommage au cinéma. En témoignent ces affiches de « Micmacs » plantés dans le décor, discrète mise en abyme pour nous signifier que le vrai héros, c'est finalement le cinéma. Il y a aussi ce très bel hommage au « Grand sommeil » d'Howard Hawks, ou encore à Tati avec cette scène de l'aéroport digne de « Playtime » sans parler de Dany Boon qui emprunte autant à Bourvil qu'à Chaplin et s'intègre merveilleusement à l'univers de Jeunet.

     Enfin, comment ne pas évoquer « This is it » de Kenny Ortega sorti quatre mois tout juste après la mort de Michael Jackson qui permet aussi de confronter un artiste, dans l'exercice de son art, à son image médiatique, si éloignée de ce que nous montrent ces images qui imposent le silence ; et de montrer le travail, l'exigence que cet art implique. Les références cinématographiques y foisonnent (on imagine quel bonheur cela aurait été de le voir sortir des images de films qu'il a tournées, où la magie du cinéma le faisait se retrouver avec Rita Hayworth et Humphrey Bogart, dans « Le Grand Sommeil » ou « Gilda »), et cet extrait de thriller en 3D montre aussi qu'il savait se référer au cinéma d'hier tout en influençant celui d'aujourd'hui.

    Nombreux sont donc ainsi les cinéastes à avoir  signé des films de cinéastes et de cinéphiles, des mises en abyme tortueuses et savoureuses, signant des déclarations passionnées au cinéma mais finalement aussi des hymnes à la vie que le cinéma exhale et exalte.

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    Des musiques inoubliables

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    Plus que des images fortes, cette année j'ai décidé de retenir des musiques fortes (comme celles précitées), peut-être parce que dans une époque où l'image est devenue omnisciente, omniprésente, manipulée, la musique  est porteuse de davantage d' « accents de vérités », expression chère à Claude Lelouch.

    Au premier rang de ces accents de vérité, la musique du film « Les chats persans » de Bahman Ghobadi, un miracle, un chant de résistance, un hymne à la liberté où la musique se fait l'écho d'une rage d'une force saisissante, un vibrant cri de liberté jalonné de notes de musique et d'humour d'une jeunesse qui résiste, envers et contre tout.

    Que dire de la BO incroyable qui, comme toujours chez Tarantino, apporte un supplément de folie, d'âme, de poésie, de lyrisme et nous achève... ou de celle de la fin de « Le père de mes enfants » qui rappelle un autre grand classique du cinéma.

    Dans « Melle Chambon »: la musique va alors devenir le langage qui va cristalliser les émotions des personnages, et les sanglots longs des violons (pas de l'automne, comme ceux de Verlaine, mais ici du printemps, avec une langueur plus mélancolique que monotone) exprimer la violence de leurs irrépressibles sentiments avec cette sensualité dans les gestes chorégraphiés, déterminés et maladroits.

    Un des grands succès de cette année, « Le concert » de Radu Mihaileanu (déjà plus de1,5 millions d'entrées) est d'ailleurs avant tout un hymne à la musique, celle de Tchaïkovski avec ses notes mélodieuses, tantôt joyeuses et bouleversantes, mélancoliques et exaltantes, romantiques et tourmentées du concert pour violon et orchestre, opus 35.

    Dans « Gran Torino » c'est la musique de Kyle Eastwood  d'une douceur envoûtante  qui nous assène le coup fatal.

    Dans « A l'origine »  c'est la musique de Cliff Martinez qui achève de rendre poétique ce qui aurait pu être prosaïque. Une poésie aussi inattendue que la tournure que prend cette histoire pour son protagoniste qui va finalement vivre les choses plutôt que les prévoir.

     Et puis il y a l'œuvre posthume du « king of pop » immortalisée dans « This is it » qui le fait entrer dans la légende et nous laisse avec une impression d'inachevé et un air de musique qui n'a pas fini de nous accompagner.

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    CONCLUSION

    2009 aura donc été une année phare pour la comédie et le cinéma fantastique mais aussi  pour les films de genre(s) conciliant les paradoxes et transcendant les genres (Un Prophète, Inglourious basterds, Etreintes brisées...),  nous faisant passer dans le même film d'un ton mais aussi un genre à un autre. 2009 aura vu le cinéma redevenir un évènement (sorties savamment orchestrées : This is it, Avatar, Home...), s'inventer et se réinventer des mythes et des légendes. Plus que jamais, en 2009, le cinéma aura signifié un besoin de rêve et d'évasion, de retour aux sources de l'enfance et de l'adolescence et, même si « la vraie vie est ailleurs », comme le dit Rimbaud mais aussi Frédéric Choffat dans son très beau film éponyme, c'est aussi dans son propre reflet et son propre univers que le cinéma en trouve finalement les clefs, en décèle les failles et les remèdes. Peut-être que finalement l'art du cinéma, en 2009, consistait à concilier cet apparent paradoxe défini par Renoir : s'approcher de la vérité des hommes tout en ne cessant pas de nous surprendre ...

  • Parution de "L'ENA hors les murs": mon bilan cinéma de l'année 2008

    ena8.jpgLe numéro de janvier (et non de décembre comme je vous l'avais annoncé précédemment) du magazine de l'association des anciens élèves de l'ENA intitulé  "L'ENA hors les murs" vient de paraitre (cliquez ici pour accéder à la page internet du magazine), vous pouvez y trouver mon bilan cinéma de l'année 2008 (également en ligne sur ce blog, dans une version un peu plus longue: ici).

     Je souhaite la bienvenue sur ce blog aux lecteurs du magazine qui le découvriraient à cette occasion et vous invite tous à laisser vos commentaires, remarques, critiques concernant ce bilan de l'année cinéma.

    Tous les films de l'année n'y figurent  pas, tout simplement parce que lorsque j'ai écrit cet article, je ne les avais pas encore tous vus (notamment "I feel good"  de Stephen Walker qui mériterait d'y figurer). Quant aux autres, je revendique la subjectivité du choix même si j'ai essayé de dresser un bilan aussi exhaustif que possible de cette année...

    Pour lire toutes mes critiques de cette année 2008 et en avoir une vue d'ensemble, rendez-vous dans la rubrique "Critiques des films à l'affiche en 2008" ou sur mes autres blogs:  "In the mood for Cannes" et "In the mood for Deauville".

    Sandra.M

  • Mon bilan (anticipé) de l'année cinéma 2008

    ena1.jpg Le directeur de la rédaction de la revue des anciens élèves de l’ENA intitulée « L’ENA hors les murs » m’a fait l’honneur de me confier la passionnante tâche d’effectuer le bilan de l’année cinématographique 2008.

     Ce bilan sera publié dans la revue "l’ENA hors les murs" (parution: le 20 décembre),  je vous en reparlerai.

     La version que je vous livre ci-dessous (condensé et résumé de l’année cinématographique « In the mood for cinema ») est plus exhaustive et diffère légèrement de celle qui sera publiée.

     N’hésitez pas à faire part de vos commentaires et/ou critiques. (Il manque forcément quelques films de cette fin d’année 2008 que je n’ai pas encore vus et j'ai forcément fait quelques impasses ).

     

    Bilan de l’année cinéma 2008

    ena2.jpgEn mai dernier, Sean Penn alors Président du Festival de Cannes déclarait que les cinéastes que son jury primerait devraient « être conscients du monde dans lequel ils vivent ». Des propos qui reflètent la dichotomie de cette année cinématographique entre, d’une part,  une majorité de films particulièrement engagés, à thématiques sociales, politiques, de nombreux documentaires ou fictions documentaires abolissant les frontières entre les genres, et d’autre part, de poignantes histoires simples ou des films plus légers n’ayant d’autre but que de nous évader de la réalité, une dichotomie à l’image des trois films qui ont symbolisé cette année faste pour le cinéma hexagonal.

    Le cinéma : miroir du monde

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    Waltz with Bashir.jpgCette année, une majorité de films a donc aspiré à disséquer, éclairer ou souligner des périodes de l’Histoire, des situations politiques ou sociales : un miroir du monde dans lequel se reflètent et s’influencent intelligemment sa beauté et sa laideur, sa vérité et sa mythologie, sa réalité et sa fiction, un mélange duquel résulte une impression troublante qui ne nuit le plus souvent pas au propos mais au contraire le renforce, paradoxalement le crédibilise.

    Au premier rang de ces films hybrides se situe le grand oublié du palmarès du Festival de Cannes 2008, Valse avec Bashir d’Ari Folman : un documentaire d’animation d’une effroyable beauté sur la guerre du Liban (plus précisément sur le massacre de Palestiniens par les Phalangistes chrétiens en 1982) qui s’affranchit des règles qui séparent habituellement documentaire et fiction,  qui nous happe par la violence sublime des images, ces couleurs noires et ocre diaboliquement envoûtantes. Cette beauté insupportable  rend visible l’insoutenable et crée une distance salutaire, tout en soulignant l’ironie et l’amnésie (tragiques) et les échos (cyniques) de l’Histoire.

     C’est aussi au Liban, mais aujourd’hui, que nous emmène Khalil Joreige et Johanna Hadjithomas dans Je veux voir qui mêle avec beaucoup d’habileté fiction et documentaire, un film selon les propres termes des réalisateurs « éclairé par la présence improbable et onirique » de Catherine Deneuve qui « veut voir »  les stigmates de la guerre et qui, pour ce faire, part avec l’acteur Rabih Mroué sur les routes du Liban. Cette présence est à la fois un écho à la beauté du Sud et un contraste saisissant avec le spectacle de désolation des paysages en ruine, des vies dévastées : elle y est sublime de dignité et de courage. Le mélange si habile de fiction et documentaire mais aussi de mythologie cinématographique et de mémoire historique en font un film, un témoignage aussi, inclassable, captivant, troublant, jamais didactique dont le dernier plan et le dernier regard sont  sans doute parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir au cinéma.

     C’est aussi dans cette lignée que pourrait s’inscrire la lauréat de la palme d’or 2008, Entre les murs du Français Laurent Cantet qui, pourtant, est bel et bien une fiction mais qui donne brillamment l’illusion du documentaire, d’instants pris sur le vif.  Des murs qui renvoient des échos graves et poétiques, drôles et violents, d’une portée universelle, en alliant savamment humour et gravité. Un film « multiple, foisonnant, complexe » selon son réalisateur mais aussi une fenêtre ouverte sur les fracas du monde, l’exclusion culturelle et sociale qui ne stigmatise  ni les élèves ni les professeurs mais filme simplement deux réalités qui s’affrontent verbalement et qui dépassent parfois ceux qui les vivent.

     Pourrait aussi s’inscrire dans cette catégorie hybride : Johnny Mad Dog, le portrait sans concessions d’enfants soldats africains signé Jean-Stéphane Sauvaire ou dans un autre style, le documentaire/road movie truculent et épique d’Antoine de Maximy J’irai dormir à Hollywood qui, par ses rencontres insolites, inquiétantes, instructives touchantes  dresse un portrait des Etats-Unis,  d’un mythe confronté à la réalité et à ses blessures, ses craintes, ses failles.

     la vie moderne.jpgLe documentaire a aussi été à l’honneur cette année avec La vie moderne du maître du genre Raymond Depardon avec ses portraits de paysans saisissants de vérité mais aussi Je m’appelle Sabine le cri d’alarme et d’amour de Sandrine Bonnaire sur l’autisme.

     Parmi les fictions politiques et engagées figure également Hunger de Steve Mc Queen, lauréat de la Caméra d’or du Festival de Cannes 2008 : un  film réaliste et onirique, silencieux et si parlant, violent et idéaliste, sombre, carcéral, d’une radicalité éprouvante sur le « Blanket and No-Wash Protest » des prisonniers politiques de l’IRA dans lequel Mc Queen joue des contrastes avec un talent saisissant comme ces longs plans fixes qui augmentent encore l’impact du surgissement de la violence (et la crainte de ce surgissement) et celui du propos que la  froideur et le réalisme de la réalisation parsemée de moments d’onirisme souligne intelligemment.

     D’autres ont choisi de mettre en scène des personnalités politiques comme Paolo Sorrentino dans Il Divo : portrait d’Andreotti à l’humour noir décapant servi par une réalisation époustouflante et vertigineuse ou comme Oliver Stone dans W : l’improbable président dont la caméra, souvent placée là où ça fait mal,  n’ épargne rien au futur ex –président américain, soulignant souvent son ridicule, le montrant comme un enfant capricieux, plutôt rustre, pas très cultivé mais doté d’une mémoire considérable, un enfant dont la relation à son père  a bouleversé la face du monde, un enfant qui s’intéresse essentiellement au baseball mais qui, à 40 ans, trouve la foi, se convertit, cesse de boire, et se retrouve dans les pas historiques de son père, lequel aurait préféré y voir son frère qui, d’ailleurs, échouera.

    the visitor2.jpg C’est aussi parle biais de la fiction que d’autres thèmes « sociaux » ont été abordés comme la difficile condition des immigrés dans Le Silence de Lorna des frères Dardenne, prix du scénario du Festival de Cannes, douloureuse histoire d’amour entre deux êtres au bord du gouffre dans laquelle ces derniers montrent qu’ils restent les meilleurs cinéastes de l’instant, à la fois de l’intime et de l’universel, de ce basculement de l’existence en une précieuse et douloureuse seconde. Ken Loach, toujours aussi engagé,  dénonce aussi cette réalité sociale contemporaine dans le corrosif et percutant It’s a free world. C’est aussi le thème de The Visitor, grand prix du Festival du Festival du Cinéma Américain de  Deauville, film poignant sur l’amitié entre un professeur d’économie misanthrope et un jeune couple d’immigrés clandestins, un film qui ensorcelle doucement, parle de deuil, de retour à la vie, d’injustice, de tolérance, sans jamais être moralisateur, avec des personnages que nous laissons à leur rage et désespoir, avec regrets, mais que nous embarquons avec nous bien plus loin et bien après le générique de fin avec, en mémoire, le tempo douloureusement répétitif et le son sublimement retentissant du djembé, lors de la dernière scène, terrible et magnifique. Comme la plupart des films de ce 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville (parmi lesquels mon favori American Son de Neil Abramson) ce film reflète un visage sombre de l’Amérique. Inquiète. Vulnérable. Fébrile. Egarée. En recherche de figure paternaliste.

     C’est à une autre réalité politique que s’attaque Matteo Garrone dans Gomorra, fresque brutale et violente : celle de la Camorra Napolitaine.

     C’est par la comédie sociale que Pierre Jolivet, dans La très très grande entreprise a souhaité raconter le combat de citoyens ordinaires contre une entreprise tentaculaire et impersonnelle. Et même les studios Pixar avec le poétique, drôle et émouvant Wall-E s’affranchissent des frontières entre les genres en faisant une film d’animation politique et écologiste.

    parlez.jpg Avec Parlez-moi de la pluie c’est à l’engagement politique, qu’Agnès Jaoui, quant à elle, rend hommage. L’écriture de Bacri et Jaoui n’a pas son pareil pour faire danser l’humanité sous nos yeux et établir la météorologie des âmes en faisant s’enlacer pluie et soleil, force et faiblesse. Un hommage salutaire à l’engagement politique, à l’encontre de la mode poujadiste. Si, comme l’écrivait Kirkegaard cité dans le film, "l’angoisse est le possible de la liberté", la pluie sur les âmes, sans doute est-elle le possible de son soleil, teinté d’une bienheureuse mélancolie à l’image de ce film réconfortant, brillamment écrit et réalisé.

     Même Clint Eastwood, dans  L’Echange, recourt à la fiction pour évoquer  un problème contemporain à travers le combat d’une femme pour retrouver son fils face à l’injustice d’institutions corrompues, un film qui n’échappe malheureusement pas au manichéisme mais d’une beauté formelle renversante.

     miracle à.jpgCette liste ne serait pas complète sans évoquer le lyrique et mystique hommage de Spike Lee aux GI’S afro-américains dans Miracle à Santa  Anna ni sans évoquer le couple sulfureux Osvaldo Valenti et Luisa Ferida dans Une histoire italienne de Marco Tullio Giordana, mêlant l’histoire italienne trouble et troublante de ces deux acteurs  à l’Histoire italienne, surtout celle du fascisme pendant la Seconde Guerre Mondiale. 

    Le cinéma français à l’honneur 

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     Avec Entre les murs et sa palme d’or ( Pialat était le dernier cinéaste français à l’avoir obtenue avec Sous le soleil de Satan en 1987), et  deux autres films radicalement différents de ce dernier, 2008 a donc été l’année du cinéma français. Il est bien entendu impossible de ne pas évoquer l’écrasant et irrationnel  succès de Bienvenue chez les Ch’tis aux box office, plus gros succès du cinéma français de tous les temps avec 20,4 millions de spectateurs, un film qui a séduit le public par ses personnages et son histoire simples, même enfantins, dépourvus de méchanceté et de cynisme qui mettent la solidarité et l’amitié à l’honneur, film fédérateur, rassurant car sans surprises et sans aspérités, donnant au spectateur une image noble de lui-même ; sans doute davantage que par ses qualités scénaristiques et de mise en scène.

    Le mélodramatique  La Môme d’Olivier Dahan a également mis le cinéma français à l’honneur puisque Marion Cotillard, parmi une pluie de récompenses, a reçu le César mais aussi l’Oscar (succédant à Signoret qui l’avait obtenu en 1950 mais étant la première française à l’obtenir dans un film en langue française) : tourbillon vertigineux (admirable plan de la mort de Cerdan) aux images néanmoins hypnotiques, avec une caméra qui emprisonne, dicte l’émotion  et reflète une société impatiente, consumériste qui ne prend plus le temps. D’analyser. De la distance.  De se laisser envoûter par une émotion subreptice et non tapageuse.

     La Môme a donc accru la mode du biopic avec également cette année Sagan de Diane Kurys, un film empreint de liberté, de mélancolie, de cynisme, d’oisiveté, de solitude ravageuse à l’image de la vie tumultueuse et intense de l’écrivain mais aussi de la petite musique, si mélodieuse et mélancolique de ses mots. Il y eut aussi le très appliqué Coluche : l’histoire d’un mec, dépourvu de l’iconoclastie de son inspirateur éponyme mais porté par  un François-Xavier Demaison sidérant dévorant l’écran faisant revivre Coluche avec sa gestuelle et sa démarche si particulières, sa voix inimitable. Enfin avec le diptyque Mesrine de Jean-François Richet (et Sans arme ni haine ni violence de Jean-Paul Rouve)  c’est le symbole d’une époque, la nôtre, où la gloire apparaît comme la qualité ultime. Une époque où les médias sont fascinés par ce qu’ils dénoncent. Une époque où le pouvoir des images  l’emporte sur celui de la raison, ce que nous voyons sur ce que nous savons. L’illustration du besoin vorace et irrationnel du public  de tout savoir, de s’identifier, même à la vanité.

    Secret Défense.jpg Cette année, pour le cinéma français, a aussi été celle d’un cinéma décomplexé, qui n’hésite plus à pénétrer sur les terres d’un cinéma de genre dont les Américains avaient le monopole : que ce soit avec la comédie d’action Cash, avec l’adaptation de la bande dessinée Largo Winch, avec le thriller Pour elle, ou avec Secret défense  qui, grâce à la construction symétrique du scénario (qui met en parallèle le destin d’une jeune femme recrutée par la DGSE et celui d’un jeune homme embrigadé dans un mouvement terroriste, sans que cela soit caricatural ou artificiel), l’admirable travail de documentation et la consultation qui a précédé le tournage, la mise en scène aussi nerveuse qu’efficace, initie en France un film de genre haletant, populaire et exigeant, aux interprètes irréprochables. On observe aussi une multiplication des films utilisant un montage nerveux, une multiplicité de plans et de lieux, très inspirés de la saga des Jason Bourne.

    De poignantes histoires simples

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     Il n’y a sans doute rien de plus compliqué que de raconter une histoire simple, de la transcender par la sensibilité et le talent de son auteur, et cette année le cinéma a foisonné de poignantes histoires simples : Philippe Claudel, tout d’abord, avec Il y a longtemps que je t’aime , peinture bouleversante d’âmes grises et enfermées, a signé un véritable hymne à la vie.

     premier.jpgEnsuite James Gray avec Two lovers :  par des gestes, des regards, des paroles esquissés ou éludés, il dépeint de manière subtile la maladresse touchante et la cruauté cinglante d’un amour vain , un film d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments qui s’emparent des personnages  principaux, évidemment Joaquin Phoenix avec son regard mélancolique, fiévreux, enfiévré de passion, ses gestes maladroits, son corps même qui semble crouler sous le poids de l’existence, sa gaucherie adolescente. Un thriller intime qui exalte et respire  la beauté déchirante d’un amour contrarié, qui réinvente la comédie romantique en magnifiant une histoire simple, nous donnant presque à ressentir les battements de cœur tourmentés de ses protagonistes,  un film lumineux et douloureux, intense et inoubliable, profond et mélancolique comme la nouvelle de Dostoïevski dont il s’inspire mais aussi un film sur le poids de la famille, thème fétiche de James Gray que l’on retrouve dans un autre succès de cette année Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. 5 personnages. 5 membres d’une même famille. 5 journées déterminantes. 12 ans : ce film aurait pu se réduire à ce concept mais, surtout, il exhale l’inestimable parfum de l’enfance et la beauté cruelle de l’existence, fait s’entrelacer ces moments d’une beauté redoutable où bonheur et horreur indicibles semblent se narguer, et témoigne de toute l’ironie parfois d’une cruauté sans bornes de l’existence.

     Le cinéma affectionne d’ailleurs toujours autant les œuvres chorales et la famille comme Desplechin avec sa tragédie légère Un conte de noël ou avec Une histoire de famille, premier film très réussi d’Helen Hunt. Klapisch, un habitué du film choral  y est aussi revenu cette année avec Paris dans lequel il sublime et confronte l’éphémère dans la ville éternelle, un film qui chante, danse et célèbre la ville et la vie qu’elle incarne et contient.

    Avec Deux jours à tuer Jean Becker, lui aussi,  nous fait prendre conscience du poids de chaque seconde par ce film qui nous laisse à bout de souffle tout en nous insufflant un magistral souffle de vie.

     C’est par un conte poétique et désenchanté intitulé  La Frontière de l’aube que Philippe Garrel , injustement hué à Cannes,  nous ensorcelle et par une lenteur qui donne le temps au temps, le temps de s’imprégner de ses personnages,  son romantisme sans concessions, son aspect surréaliste et sa façon de saisir et juxtaposer des instants.  Un film aux frontières de la réalité, de la folie, de la mort, sur la passion dévastatrice, un amour fatal porteur d’une beauté à la fois sombre et lumineuse.

    Les habitués et les surprises du box office

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     Une année cinématographique ne serait pas digne de ce nom sans film de Woody Allen, cette année Vicky Cristina Barcelona : un moment unique et réjouissant, un vaudeville qui ne se contente pas de faire claquer les portes mais qui ouvre sur les âmes toujours tourmentées, du moins alambiquées, de ses protagonistes, un mélange de dérision, de sensualité, de passion, de mélancolie, de gravité, de drôlerie, de cruauté, de romantisme, d’ironie. Un hymne à la beauté et à l’art, réflexion sur l’amoralité amoureuse, les atermoiements du corps et du cœur. Une comédie romantiquement sulfureuse et mélancoliquement légère, alliant avec toute sa virtuosité  ces paradoxes et s’éloignant des clichés ou de la vulgarité qui auraient si faciles pour signer un film  aussi élégant que sensuel. Malgré ses 72 ans, le cinéaste fait preuve d’une acuité, d’une jeunesse, d’une insolence, d’une inventivité toujours étonnantes, remarquables et inégalées.

    quantum of solace.jpg Cette année était aussi celle du très attendu 22ème volet de la saga James Bond, Quantum of Solace transition réussie et nécessaire vers de nouvelles aventures dont une scène réussie sur un air de Tosca mérite à elle seule le détour, même si le scénario n’était pas à la hauteur du magistral Casino Royale,  présentant une véritable surenchère  (nombre de plans, scènes d’action, nombre de lieux) et un James Bond, beaucoup plus sombre et plus violent,  porté par un Daniel Craig néanmoins toujours irréprochable qui a su renouveler le mythe sans l’écorner.

     Un autre héros mythique très attendu était de retour cette année : Indiana Jones avec Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, cette fois-ci en pleine guerre froide  mais ayant conservé son humour sarcastique, ses scènes d’action trépidantes, époustouflantes, tonitruantes, sa désinvolture élégante, même dans les situations les plus dramatiques.

     Christophe Barratier après le triomphe de son premier film Les Choristes était lui aussi très attendu avec son deuxième film Faubourg 36 qui n’a pas remporté le même succès en salles, un  hommage au cinéma d’hier avec un style joliment désuet, musical, mélancolique, sentimental, photogénique et enthousiaste avec une résonance sociale finalement très actuelle.

      Astérix aux Jeux Olympiques avec son budget record de 78 millions n’a pas non plus atteint les sommets du box office attendus malgré un nombre de spectateurs dépassant les 6 millions.

     La comédie musicale Mamma mia !  adapté d’une comédie musicale à succès, film enchanté et enchanteur sur un air joliment suranné et naïf d’Abba, porté par une Meryl Streep époustouflante et à l’enthousiasme communicatif, a en revanche remporté un vif succès en salles.

     Cette année a également réservé son lot habituel de suites de comédies faciles qui n’ont pas connu le même succès que les films initiaux que ce soit Disco (Oteniente avait connu le succès avec Camping), ou Les Randonneurs à St Tropez (qui faisaient suite aux  Randonneurs de Philippe Harrel) .

     Mes amis, mes amours la (trop) gentille adaptation du roman éponyme de Marc Lévy n’a pas plus rencontré le public,  prouvant bien qu’il n’y a pas de recettes tout comme le prouvent les surprises du box office grâce au bouche à oreille comme Séraphine de Martin Provost.

    Les inclassables: des expériences sublimes et éprouvantes

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     Dans cette catégorie, je voulais surtout inclure deux films magistraux : There will be blood de Paul Thomas Anderson  et plus encore Into the wild de Sean Penn qui ont en commun d’être autant des expériences que des œuvres cinématographiques.

     There will be blood traite de la folie fiévreuse de l’or noir : une expérience captivante et éprouvante, étrange, dérangeante, cruelle, fascinante, hypnotique, vertigineuse, dans laquelle la sublime photographie dichotomique  reflète le combat interne de Plainview, grâce aussi à une musique intelligemment discordante où le sublime côtoie le grotesque  à l’image du personnage principal dont la construction scénaristique et visuelle épouse la folie au-delà des frontières du désenchantement. Un face à face de l’homme avec la nature,  une ascension puis descente aux enfers qui rappellent un autre film aussi éprouvant que sublime,  Into the wild de Sean Penn, véritable expérience sensorielle qui transgresse les codes habituels de la narration filmique procurant une sensation de liberté absolue, enivrante, créant une atmosphère sauvage et envoûtante, la photographie d’Eric Gautier révélant la beauté et la somptuosité mélancolique de la nature  comme elle révèle le personnage principal à lui-même confrontant l’intime au grandiose. Un road movie atypique et universel, tragique et lumineux animé d’un souffle lyrique. Un voyage aux confins du monde, de l’être, de nous-mêmes.

     Après le retour du western l’an passé avec le chef d’œuvre L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, il faut souligner le très  beau western signé Ed Harris, Appaloosa, véritable hommage au genre, ode à l’amitié, drôle et passionnante.

    Des images indélébiles

     

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    LornaB.jpg De cette année resteront aussi des images, d’acteurs remarquables (en plus de tous ceux précités): le regard de Catherine Deneuve (prix spécial du 61ème festival de Cannes avec Clint Eastwood) égaré puis reconnaissant puis passionné puis ouvrant sur un  océan d’histoires et de possibles dans Je veux voir, le talent de Sylvie Testud et de François-Xavier Demaison ou Josh Brolin pour épouser les personnalités qu’ils ont incarnées, le jeu criant de vérité d’Arta Dobroshi dans Le silence de Lorna, Catherine Frot virevoltante, rayonnante et malicieuse dans la comédie policière réjouissante de Pascal Thomas Le crime est notre affaire, Gérard Lanvin, impressionnant de froideur, de maîtrise de détermination, de charisme dans Secret Défense , mais encore  Kristin Scott Thomas dans Il y a longtemps que je t’aime, Albert Dupontel dans Deux jours à tuer, Samuel.L Jackson dans Harcelés, Nathalie Baye en aventurière égocentrique et fantasque à la fragilité qui affleure dans Passe-passe, et puis tous les acteurs de Musée haut, musée bas , la comédie chorale baroque de Jean-Michel Ribes sur la beauté de l’art qui peut joliment ravager, qui ronge et qui porte, qui fait de la rencontre avec l’art un véritable rendez-vous amoureux  qui perturbe, émeut, ébranle les certitudes, renforce, enrichit, nous élève, un film dont on ressort aussi étourdie par tant d’images, de visages désordonnés, ne parvenant pas à en retenir une seule comme ce zapping que Ribes semble vouloir pourtant aussi dénoncer.

     out.jpgResteront de cette année des images infiniment plus tristes avec la disparition de monstres sacrés du cinéma avec tout d’abord deux acteurs (deux légendes du cinéma américain) qui laissent derrière eux des filmographies impressionnantes, Paul Newman et Charlton Heston, et avec deux autres qui n’en ont pas eu le temps malgré leurs talents si prometteurs que ce soit celui de Heath Ledger ou de l’écorché vif et non moins talentueux Guillaume Depardieu. Et puis bien sûr, le maître du cinéma épique,  lyrique aussi doué pour le suspense  (Les 3 jours du Condor) que les fresques romanesques (Out of Africa) ou le western (Jeremiah Johnson) ou la comédie (Tootsie) : l’irremplaçable Sydney Pollack.

     Comme le disait Truffaut : « La vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». La preuve en est le film, magnifique et poignant, que pourrait être la vie de celui, si charismatique,  qui incarne désormais l’American dream, de celui (entre autres symboles tellement cinématographiques, d’un indéniable potentiel dramatique ) dont la grand-mère qui l’a élevé expire son dernier souffle (non sans avoir voté !) la veille du jour où son petit-fils en donne un nouveau au monde. Mais c’est là déjà une toute autre Histoire…

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    Pour tous les autres films ou pour lire les critiques détaillées des films précités, je vous invite à consulter la rubrique « Critiques des films à l’affiche en 2008 » (dans le sommaire, dans la colonne de gauche du blog), la liste de mes films incontournables de cette année 2008 (colonne de gauche du blog) et mes deux autres blogs « In the mood for Cannes » et « In the mood for Deauville ».

    fox3.jpg Je dresserai un bilan (encore) plus subjectif de cette année 2008 à la toute fin de l’année. En attendant, vous pourrez prochainement trouver d’autres films de cette année 2008 en avant-première sur ce blog : Australia de Baz Luhrmann, I feel good de Stephen Walker…

    J’en profite pour vous recommander l’instructive interview du directeur de la rédaction de « L’ENA hors les murs » sur « La figure présidentielle dans le cinéma français ».

    Sandra.M