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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 230

  • Festival du Cinéma Américain de Deauville 2013 : programme (premiers éléments)

    Cliquez sur l'affiche pour lire mon article sur mon nouveau site http://inthemoodforfilmfestivals.com et retrouvez toute l'actualité du Festival du Cinéma Américain de Deauville sur mon blog http://inthemoodfordeauville.com .

     

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  • Critique - MELANCHOLIA, le chef d'oeuvre de Lars von Trier à ne pas manquer, à 20H45, ce 21 juin 2013, sur Ciné plus premier

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    Ce soir, ne manquez pas le chef d'oeuvre de Lars von Trier, "Melancholia", à 20H45, sur Ciné plus premier.

    "Melancholia" reste pour moi LE film du Festival de Cannes 2011 dans le cadre duquel je l'avais découvert, le film qui aurait indéniablement mérité la palme d’or, mais aussi LE film de l’année 2011 …et même un  immense  choc, tellurique certes mais surtout cinématographique.

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    De cette projection, je garde une impression à la fois jubilatoire et dérangeante, et de fascination, accentuée par le fait que j’ai vu ce film dans le cadre de sa projection cannoise officielle suite à la conférence de presse tonitruante en raison des déclarations pathétiques de Lars von Trier dont le film n’avait vraiment pas besoin et dont nous ne saurons jamais si elles lui ont coûté la palme d’or que, à mon avis, il méritait beaucoup plus que « Tree of life ».  Rarement (jamais ?) en 13 ans de Festival de Cannes, l’atmosphère dans la salle avant une projection ne m’avait semblée si pesante et jamais, sans doute, un film n’aura reçu un accueil aussi froid (d’ailleurs finalement pas tant que ça) alors qu’il aurait mérité un tonnerre d’applaudissements.

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    Je pourrais vous en livrer le pitch. Ce pitch vous dirait que, à l'occasion de leur mariage, Justine (Kirsten Dunst) et Michael (Alexander Skarsgård ) donnent une somptueuse réception dans le château de la sœur de Justine, Claire(Charlotte Gainsbourg) et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige inéluctablement vers la Terre...

     Mais ce film est tellement plus que cela…

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    Dès la séquence d’ouverture, d’une beauté sombre et déroutante, envoûtante et terrifiante (une succession de séquences et photos sur la musique de Wagner mêlant les images de Justine  et les images de la collision cosmique), j’ai été éblouie, subjuguée, happée par ce qui se passait sur l’écran pour ne plus pouvoir en détacher mon attention. Après ce prologue fantasmagorique et éblouissant,  cauchemardesque,  place au « réalisme » avec les mariés qui sont entravés dans leur route vers le château où se déroulera le mariage. Entravés comme Justine l’est dans son esprit. Entravés comme le sera la suite des évènements car rien ne se passera comme prévu dans ce film brillamment dichotomique, dans le fond comme dans la forme.

    Lars von Trier nous emmène ensuite dans un château en Suède, cadre à la fois familier et intemporel, contemporain et anachronique, lieu du mariage de Justine, hermétique au bonheur. La première partie lui est consacrée tandis que la seconde est consacrée à sa sœur Claire. La première est aussi mal à l’aise avec l’existence que la seconde semble la maitriser jusqu’à ce que la menaçante planète « Melancholia » n’inverse les rôles, cette planète miroir allégorique des tourments de Justine provoquant chez tous cette peur qui l’étreint constamment, et la rassurant quand elle effraie les autres pour qui, jusque là, sa propre mélancolie était incompréhensible.

    Melancholia, c’est aussi le titre d’un poème de Théophile Gautier et d’un autre de Victor Hugo (extrait des « Contemplations ») et le titre que Sartre voulait initialement donner à « La nausée », en référence à une gravure de Dürer dont c’est également le titre. Le film de Lars von Trier est la transposition visuelle de tout cela, ce romantisme désenchanté et cruel. Ce pourrait être prétentieux (comme l’est « Tree of life » qui semble proclamer chaque seconde sa certitude d’être un chef d’œuvre, et qui, pour cette raison, m’a autant agacée qu’il m’a fascinée) mais au lieu de se laisser écraser par ses brillantes références (picturales, musicales, cinématographiques), Lars von Trier les transcende pour donner un film d’une beauté, d’une cruauté et d’une lucidité renversantes.

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     C’est aussi  un poème vertigineux, une peinture éblouissante, un opéra tragiquement romantique, bref une œuvre d’art à part entière. Un tableau cruel d’un monde qui se meurt ( dont la clairvoyance cruelle de la première partie fait penser à « Festen » de Vinterberg) dans lequel rien n’échappe au regard acéré du cinéaste : ni la lâcheté, ni l’amertume, ni la misanthropie, et encore moins la tristesse incurable, la solitude glaçante face à cette « Mélancholia », planète vorace et assassine, comme l’est la mélancolie dévorante de Justine.

    « Melancholia » est un film bienheureusement inclassable, qui mêle les genres habituellement dissociés (anticipation, science-fiction, suspense, métaphysique, film intimiste…et parfois comédie certes cruelle) et les styles (majorité du film tourné caméra à l’épaule) .

    Un film de contrastes et d’oppositions. Entre rêve et cauchemar. Blancheur et noirceur. La brune et la blonde. L’union et l’éclatement. La terreur et le soulagement. La proximité (de la planète) et l’éloignement (des êtres).

    Un film à contre-courant, à la fois pessimiste et éblouissant. L’histoire d’une héroïne  incapable d’être heureuse dans une époque qui galvaude cet état précieux et rare avec cette expression exaspérante « que du bonheur ».

    Un film dans lequel rien n’est laissé au hasard, dans lequel tout semble concourir vers cette fin…et quelle fin ! Lars von Trier parvient ainsi à instaurer un véritable suspense terriblement effrayant et réjouissant qui s’achève par une scène redoutablement tragique d’une beauté saisissante aussi sombre que poignante et captivante qui, à elle seule, aurait justifié une palme d’or. Une fin sidérante de beauté et de douleur. A couper le souffle. D’ailleurs, je crois être restée de longues minutes sur mon siège dans cette salle du Grand Théâtre Lumière, vertigineuse à l’image de ce dénouement, à la fois incapable et impatiente de transcrire la multitude d’émotions procurées par ce film si intense et sombrement flamboyant.

    Et puis… comment aurais-je pu ne pas être envoûtée par ce film aux accents viscontiens (« Le Guépard » et « Ludwig- Le crépuscule des Dieux » de Visconti ne racontant finalement pas autre chose que la déliquescence d’un monde et d’une certaine manière la fin du monde tout comme « Melancholia »), étant inconditionnelle du cinéaste italien en question ?

    Le jury du 64ème Festival de Cannes  a d’ailleurs semble-t-il beaucoup débattu du « cas Melancholia ».  Ainsi, selon Olivier Assayas, lors de la conférence de presse du jury : « En ce qui me concerne, c’est un de ses meilleurs films. Je pense que c’est un grand film. Je pense que nous sommes tous d’’accord pour condamner ce qui a été dit dans la conférence de presse. C’est une œuvre d’art accomplie. »

    Kirsten Dunst incarne la mélancolie (d’ailleurs pas pour la première fois, tout comme dans « Marie-Antoinette » et « Virgin Suicides ») à la perfection dans un rôle écrit au départ pour Penelope Cruz. Lui attribuer le prix d’interprétation féminine était sans doute une manière judicieuse pour le jury de récompenser le film sans l’associer directement au cinéaste et à ses propos, lequel cinéaste permettait pour la troisième fois à une de ses comédiennes d’obtenir le prix d’interprétation cannois (se révélant ainsi un incontestable très grand directeur d’acteurs au même titre que les Dardenne dans un style certes très différent), et précédemment Charlotte Gainsbourg pour « Antichrist », d’ailleurs ici également époustouflante.

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     Un très grand film qui bouscule, bouleverse, éblouit, sublimement cauchemardesque et d’une rare finesse psychologique me laisse le souvenir lancinant et puissant  d’un film qui mêle savamment les émotions d’un poème cruel et désenchanté, d’un opéra et d’un tableau mélancoliques et crépusculaires.

    Alors je sais que vous êtes nombreux à vous dire réfractaires au cinéma de Lars von Trier…mais ne passez pas à côté de ce chef d’œuvre  qui vous procurera plus d’émotions que la plus redoutablement drôle des comédies, que le plus haletant des blockbusters, et que le plus poignant des films d’auteurs et dont je vous garantis que la fin est d’une splendeur qui confine au vertige. Inégalée et inoubliable.

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  • CONCOURS - Gagnez vos places pour l'avant-première du film "Le Congrès" d'Ari Folman, en présence du réalisateur

    Ce film figure sans aucun doute dans le top 3 de mon palmarès du Festival de Cannes 2013 où il était présenté, en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs 2013. Vous aussi pouvez avoir la chance de le voir en avant-première, le Samedi 29 juin au Mk2 Bibliothèque en présence du réalisateur, Ari Folman. Ce film sortira en salles en France le 3 juillet 2013.

    Pour achever de vous convaincre, je vous propose ma critique du film ci-dessous. Après celle-ci, retrouvez le concours vous permettant de remporter une des trois places mises en jeu.

    CRITIQUE – « Le Congrès » d’Ari Folman – Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs 2013

     

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    Cinq ans après « Valse avec Bachir » qui, déjà, avait su surprendre et éblouir la Croisette (en compétition officielle, il était reparti sans un prix), Ari Folman est donc de retour avec un film en trompe l’œil, en trompe l’œil puisque la réalité n’y est pas ce qu’elle semble être, en trompe l’œil parce qu’il débute comme un film classique pour ensuite nous plonger dans un tourbillon visuel et émotionnel  éblouissant et d’une inventivité rare. On se souvient du début de « Valse avec Bachir » (comment l’oublier ?), qui commençait par la course d’une meute de chiens face caméra. L’image nous heurtait de plein fouet : féroce, effrayante, belle et terrifiante. Ici, cela commence avec un plan sur le visage de Robin Wright, un visage d’une belle gravité sur lequel coule une larme tandis qu’une voix off, celle d’Harvey Keitel, son agent, lui assène ses « mauvais films, mauvais mecs »…lui reprochant même sa mère, laissant déjà entrevoir le ton décalé que le film (brillamment écrit) utilisera parfois. Et cette image est tout aussi féroce, belle et terrifiante, que l’était celle du début de « Valse avec Bachir ».

     « Le Congrès » est tout d’abord une adaptation d’un roman des années 1960 de l’écrivain de science-fiction Stanislas Lem intitulé « Le Congrès de futurologie » dans lequel se met en place une dictature chimique mondiale contrôlée par quelques grandes firmes pharmaceutiques. Dans le film d’Ari Folman, une firme nommée Nagasaki ( !) s’allie à une major hollywoodienne, la Miramount (toute ressemblance…).

     Robin Wright qui porte ici son nom  joue « à être elle-même », ou plutôt une Robin Wright dont la carrière n’est plus qu’un lointain souvenir, vivant avec ses deux enfants dans un ancien hangar au bout de la piste d’un aéroport en plein désert. Son fils, malade, s’évade en jouant avec un cerf volant rouge, frôlant dangereusement la zone sécurisée de l’aéroport. Le monde du cinéma s’est détourné d’elle. La seule proposition qu’elle reçoit :  se faire scanner,  être dépossédée totalement de son image et permettre ainsi à la Miramount de jouer avec comme ils l’entendent et de créer des films à partir des émotions de cette Robin Wright à jamais figée dans le temps enregistrées, tandis que l’autre continuer à vieillir inexorablement. Déjà une très belle idée…

     Dans la 2ème partie, et sans crier gare, le film bascule ensuite dans un monde animé, foisonnant, fascinant, effrayant parfois, surtout, aussi, en ce qu’il montre à quel point cette quête effrénée de virtualité, d’éternité, de spectacle, peut aboutir à un nouveau totalitarisme dans lequel les personnages et surtout les personnalités sont même consommés et finalement broyés.

    Cela manque certes parfois un peu de clarté mais  c’est aussi ce que j’aime dans le cinéma et qu’il nous propose trop rarement, lorsqu’il nous emmène totalement ailleurs, au risque de nous perdre. J’aime être entraînée dans un autre univers, étrange et mystérieux, et c’est d’autant plus intéressant ici que ce monde imaginaire est avant tout un reflet de notre propre monde, et de ses périlleuses tentations, même si les termes abordés sont peut-être trop nombreux : nostalgie du cinéma d’hier, course à la technologie, contre le temps, contre la réalité, au mépris d’autres recherches beaucoup plus vitales qui mériteraient cette même obsession.

    Le film est aussi jalonné de références cinématographiques qui vous feront croiser un Clint Eastwood inattendu, l’ombre d’Hitchcock et de Kubrick, apportant un aspect ludique à cette fable d’anticipation étourdissante.

    Robin Wright qui a déjà eu le courage de jouer avec son image en acceptant ce rôle, certes en or mais qui sans doute exige aussi pas mal de recul sur ce qui obsède les acteurs/trices, est bouleversante, notamment dans cette scène au cours de laquelle ses expressions sont scannées et qui dévoile l’étonnante palette de son jeu, par un habile stratagème de son agent.

    Avec ce film très (trop?) riche, empreint de pessimisme et de nostalgie, une nouvelle fois, Ari Folman s’affranchit des règles  cinématographiques qui veulent qu’un film soit cantonné à un genre pour nous embarquer dans un labyrinthe visuel et émotionnel dont on ressort bousculé, ému, ébloui, terrifié . La beauté formelle et la poésie cruelle qui en émane accroche notre attention même si la deuxième partie s’égare et nous égare parfois dans ses méandres (comme, après tout, le virtuel risque de nous égarer, faisant finalement et ainsi résonner la forme et le fond).  Une œuvre atypique, unique qui, comme « Valse avec Bachir », allie intelligemment forme et force du propos, où la forme, sublime, est au service du fond, brutal. Premier coup de cœur et de poignard de cette édition. Un film à voir et revoir dont je vous reparlerai .

    CONCOURS

    Comme il n’y a pas eu de concours ici depuis longtemps, deux petites questions très faciles auxquelles vous devrez répondre en envoyant vos réponses à inthemoodforcinema@gmail.com avec, pour intitulé de votre email « Concours Le Congrès ». Seuls les 3 gagnants (les 3 plus rapides à répondre) seront contactés. N'oubliez pas de mentionner vos coordonnées.

    1.  Dans quel pays se déroule l’action de « Valse avec Bachir »?

    2. Quel est le titre du film dont est extraite l’image ci-dessous et quel est son lien avec « Le Congrès »?

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  • CRITIQUE - ELLE S'EN VA d'Emmanuelle Bercot avec Catherine Deneuve

    Avant de vous livrer mon compte-rendu de ce Champs-Elysées Film Festival 2013 qui s’achèvera ce soir et dont vous pouvez encore profiter aujourd’hui, je vous propose la critique d’une des avant-premières du festival, « Elle s’en va », le nouveau film d’Emmanuelle Bercot.

    Un film avec Catherine Deneuve est en soi déjà toujours une belle promesse, une promesse d’autant plus alléchante quand le film est réalisé par Emmanuelle Bercot dont j’avais découvert le cinéma avec « Clément », présenté à Cannes en 2001, dans le cadre de la Section Un Certain Regard, alors récompensé du Prix de la jeunesse dont je faisais justement partie cette année-là, l’histoire poignante et  délicate (et délicatement traitée) de l’amour d’un adolescent pour une femme d’âge plus mûr (d’ailleurs interprétée avec beaucoup de justesse par Emmanuelle Bercot). Une histoire intense dont chaque plan témoignait, transpirait de la ferveur amoureuse qui unissait les deux protagonistes. Puis, il y a eu « Backstage », et l’excellent scénario de « Polisse » dont elle était coscénariste.

    L’idée du road movie avec Catherine Deneuve m’a tout d’abord fait penser au magistral « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige dans lequel le dernier regard de Catherine Deneuve à la fois décontenancé et ébloui puis passionné, troublé, troublant est un des plus beaux plans qu’il me soit arrivé de voir au cinéma contenant une multitude de possibles et toute la richesse de jeu de l’actrice.  « Elle s’en va » est un road movie centré certes aussi sur Catherine Deneuve mais très différent et né du désir « viscéral » de la filmer (elle n’est sans doute pas la seule mais nous comprenons rapidement pourquoi l’actrice a accepté ici) comme l’a précisé la réalisatrice avant la projection.

    L’actrice incarne ici Bettie (et non Betty comme celle de Chabrol), restauratrice à Concarneau, veuve (je vous laisse découvrir comment…), vivant avec sa mère (Claude Gensac !) qui la traite encore comme une adolescente. L’amant de Bettie vient de  quitter sa femme… pour une autre qu’elle. Sa mère envahissante, son chagrin d’amour, son restaurant au bord de la faillite vont la faire quitter son restaurant, en plein service du midi, pour aller « faire un tour » en voiture, puis pour acheter des cigarettes. Le tour du pâté de maisons se transforme bientôt en échappée belle. Elle va alors partir sur les routes de France, et rencontrer toute une galerie de personnages dans une France qui pourrait être celle des « sous-préfectures » du « Journal de France » de Depardon. Et surtout, son voyage va la mener sur une voie inattendue…et nous aussi tant ce film est une surprise constante.

    Après un premier plan sur Catherine Deneuve, au bord de la mer, éblouissante dans la lumière du soleil, et dont on se demande si elle va se « jeter à l’eau » (oui, d’ailleurs, d’une certaine manière), se succèdent  des plans montrant des commerces fermées et des rues vides d’une ville de province, un chien à la fenêtre, une poésie décalée du quotidien aux accents de Depardon. Puis Bettie apparaît dans son restaurant. Elle s’affaire, tourbillonne, la caméra ne la lâche pas…comme sa mère, sans cesse après elle. Bettie va ensuite quitter le restaurant pour ne plus y revenir. Sa mère va la lâcher, la caméra aussi, de temps en temps : Emmanuelle Bercot la filme sous tous les angles et dans tous les sens ( sa nuque, sa chevelure lumineuse, même ses pieds, en plongée, en contre-plongée, de dos, de face, et même à l’envers) mais alterne aussi dans des plans plus larges qui la placent dans des situations inattendues dans de « drôle[s] d’endroit[s] pour une rencontre », y compris une aire d’autoroute comme dans le film éponyme.

    Si l’admiration de la réalisatrice pour l’actrice transpire dans chaque plan, en revanche « Elle s’en va » n’est pas un film nostalgique sur le « mythe » Deneuve mais au contraire ancré dans son âge, le présent, sa féminité, la réalité. Emmanuelle Bercot n’a pas signé un hommage empesé mais au contraire un hymne à l’actrice et à la vie. Avec son jogging rouge dans « Potiche », elle avait prouvé (à ceux qui en doutaient encore) qu’elle pouvait tout oser, et surtout jouer avec son image d’icône.  « Elle s’en va » comme aurait pu le faire craindre son titre (le titre anglais est « On my way ») ne signifie ainsi ni une révérence de l’actrice au cinéma (au contraire, ce film montre qu’elle a encore plein de choses à jouer et qu’elle peut encore nous surprendre) ni un film révérencieux, mais au contraire le film d’une femme libre sur une autre femme libre. Porter une perruque improbable, se montrer dure puis attendrissante et s’entendre dire qu’elle a dû être belle quand elle était jeune » (dans une scène qui aurait pu être glauque et triste mais que la subtilité de l’écriture et de l’interprétation rendent attendrissante )…mais plus tard qu’elle sera « toujours belle même dans la tombe. » : elle semble prendre un malin plaisir à jouer avec son image.

    Elle incarne ici un personnage qui est une fille avant d’être une mère et une grand-mère, et surtout une femme libre, une éternelle amoureuse.  Au cours de son périple, elle va notamment rencontrer un vieil agriculteur (scène absolument irrésistible tout comme sa rencontre d’une nuit, belle découverte que Paul Hamy qui incarne l’heureux élu). Sa confrontation avec cette galerie de personnages incarnés par des non professionnels pourrait à chaque fois donner lieu à un court-métrage tant ce sont de savoureux moments de cinéma, mais une histoire et un portrait se construisent bel et bien au fil de la route. Le film va ensuite prendre une autre tournure lorsque son petit-fils l’accompagnera dans son périple. En découvrant la vie des autres, et en croyant fuir la sienne, elle va au contraire lui trouver un nouveau chemin, un nouveau sens, être libérée  du poids du passé.

    Si le film est essentiellement interprété par des non professionnels (qui apportent là aussi un naturel et un décalage judicieux), nous croisons aussi Mylène Demongeot (trop rare), le peintre  Gérard Garouste et la chanteuse Camille (d’ailleurs l’interprète d’une chanson qui s’intitule « Elle s’en va » mais qui n’est pas présente dans le film) dans le rôle de la fille cyclothymique de Bettie  et enfin  Nemo Schiffman, irréprochable dans le rôle du petit-fils. Ajoutez à cela une remarquable BO et vous obtiendrez un des meilleurs films de l’année 2013.

    Présenté en compétition officielle de la Berlinale 2013 et en compétition du Champs-Elysées Film Festival 20013, « Elle s’en va » a permis à Catherine Deneuve de recevoir le prix coup de cœur du Festival de Cabourg 2013.

    « Elle s’en va » est d’abord un magnifique portrait de femme sublimant l’actrice qui l’incarne en la montrant paradoxalement plus naturelle que jamais, sans artifices, énergique et lumineuse, terriblement vivante surtout.  C’est aussi une bouffée d’air frais et d’optimisme qui montre que soixante ans ou plus peut être l’âge de tous les possibles, celui d’un nouveau départ. En plus d’être tendre (parfois caustique mais jamais cynique ou cruel grâce à la subtilité de l’écriture d’Emmanuelle Bercot et le jeu nuancé de Catherine Deneuve), drôle et émouvant, « Elle s’en va »  montre que , à tout âge, tout peut se (re)construire, y compris une famille et un nouvel amour.  « Elle s’en va » est de ces films dont vous ressortez émus et le sourire aux lèvres avec l’envie d’embrasser la vie . Un bonheur ! Et un bonheur rare. Le film sort en salles le 18 septembre. Ne le manquez pas.

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  • 39ème Festival du Cinéma Américain de Deauville: l'affiche et le teaser

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    Nous savions déjà que :

     

    Retrouvez également cet article sur http://inthemoodforfilmfestivals.com, pour une meilleure lisibilité.

    Nous savions déjà que :

    -Vincent Lindon présidera le jury de ce 39ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, que le film d'ouverture

    -"Ma vie avec Liberace" de Steven Soderbergh fera l'ouverture du festival,  vendredi 30 août 2013, en présence de ses interprètes exceptionnels, Michael Douglas et Matt Damon. Ayant eu le plaisir de découvrir ce film à Cannes (le grand oublié du palmarès), et même si je vous vous en reparlerai plus longuement, je vous le recommande d'ores et déjà, pour la réalisation inspirée de Soderbergh mais aussi et surtout pour les prestations exceptionnelles de Michael Douglas et Matt Damon.

    -Steven Soderbergh donnera une master class (qui s'annonce passionnante!) le samedi 31 août

    Le Festival vient de dévoiler sa très belle affiche 2013. Comme chaque année, on y retrouve les couleurs de la bannière étoilée, les étoiles, les planches, le(s) parasol(s), référence à la paradoxale joyeuse mélancolie deauvillaise, référence aussi au cinéma d'hier que met également à l'honneur le festival, et évidemment à un classique du cinéma américain "Singing in the rain" de Stanley Donen et Gene Kelly. Découvrez également le teaser du festival, ci-dessus.

     

    Je vous rappelle que le hashtag officiel du festival est #Deauville2013, le site officiel http://festival-deauville.com, la page Facebook officielle https://www.facebook.com/Festival.Cinema.Americain.Deauvi... et le compte twitter officiel @DeauvilleUS et @lpscinema

    Pour me suivre en direct du festival, comme chaque année, ce sera sur mes différents sites et blogs, et sur twitter (compte principal  @moodforcinema et compte dédié au Festival  @moodfdeauville ) ainsi que sur ma page Facebook consacrée à ce festival http://facebook.com/inthemoodfordeauville .

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    Je partage aussi ma passion pour ce festival dans un roman publié chez Numeriklivres "Les Orgueilleux" (disponible partout: Numeriklivres, Fnac.com, chapitre.com etc) et pour la sortie duquel je vous fais gagner une liseuse électronique, ici. Par ailleurs, un peu avant le festival, en août prochain, chez ce même éditeur sortira mon recueil de nouvelles romantiques et cruelles sur les festivals de cinéma intitulé "Ombres parallèles" dont plusieurs se déroulent dans le cadre de ce festival

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  • Champs-Elysées Film Festival 2013 – Critique de « Blood pressure » de Sean Garrity– Compétition internationale

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    Pour commencer ce 1er jour du Champs-Elysées Film Festival, j’ai choisi un film de la compétition internationale intitulé « Blood pressure » réalisé par le Canadien Sean Garrity, projeté au cinéma Le Balzac (un cinéma que je vous recommande pour la qualité et l’originalité de ses programmations et notamment pour ses ciné-concerts et les nombreuses autres initiatives de son directeur -depuis 35 ans !- Jean-Jacques Schpoliansky qui a su en faire un vrai lieu de vie et de cinéma, et faire survivre son cinéma malgré la rude concurrence des grands groupes qui l’environnent ) présenté par son enthousiaste réalisateur Sean Garrity qui a déclaré faire des films comme ceux qu’il rêverait de voir au cinéma. Le film en question étant par ailleurs résumé dans le programme comme « Le thriller psychologique le plus troublant de l’année », voilà qui était pour le moins intriguant. Et intriguant, « Blood pressure » l’est particulièrement, et cela dès les premières secondes qui, je dois l’avouer, m’ont captivée comme cela ne m’était pas arrivé depuis un moment ! Alors que la caméra survole des maisons tristement identiques, une voix off lit une lettre anonyme d’un mystérieux bienfaiteur adressée à une femme qui vit justement dans une de ces maisons. Si elle accepte que le mystérieux bienfaiteur continue à lui écrire, elle devra déposer une feuille verte sur sa fenêtre, sinon elle n’entendra plus jamais parler de lui. Si cette lettre semble bienveillante, son caractère anonyme, son ton étrange ne la rendent que plus inquiétante, visiblement pas pour Nicole qui n’hésite pas bien longtemps avant de se laisser entraîner…mais jusqu’où ? Et surtout…par qui ?

    Sean Garrity capte ainsi immédiatement notre attention, d’abord parce que nous sommes placés au même niveau de connaissance que la destinataire de la lettre sur son expéditeur, l’identification est donc immédiate, ensuite parce que, avec beaucoup de subtilité, et simplement par un montage alerte et une réalisation astucieuse, Sean Garrity instaure un climat étrange, à la frontière des genres, un thriller intime et intimiste dans lequel le quotidien semble pouvoir basculer dans l’horreur à tout moment comme nous le font craindre, notamment, ces lettres rouges qui s’impriment sur les murs quand Nicole lit ces lettres en apparence inoffensives. 

    Ces lettres ne lui apportent en effet au début que des choses positives : le mystérieux bienfaiteur lui offre d’abord un soin de beauté en institut, des billets pour elle et son mari pour le voyage au Mexique où elle rêve  de s’évader depuis si longtemps sans parler de ce moment irréel sur un toit de la ville auquel elle a été conduite par des lumières disposées sur la route… S'instaure pourtant progressivement une distorsion entre ce que ressent le spectateur qui pressent le danger et la menace planer et la confiance aveugle que Nicole semble éprouver envers son expéditeur (qu'elle imagine d'ailleurs avec une douce voix féminine).

     Cette femme de 41 ans qui travaille aussi dans une pharmacie (élément qui aura ensuite son importance), délaissée par son mari et méprisée par ses enfants pour qui elle est juste là pour faire la cuisine et les emmener à leurs cours, va trouver une raison de vivre et se laisser entraîner dans ce jeu de pistes inquiétant et troublant, une sorte de rêve qui semble à tout instant pouvoir basculer dans le cauchemar.  Ces lettres vont lui donner l’adrénaline que son existence ne lui procurait pas ou plus et surtout un sentiment d’exister. Nicole est incarnée par Michelle Giroux (dont le visage même va changer de manière assez spectaculaire au fur et à mesure des lettres et de la confiance qu’elle prend en elle), parfaite dans ce rôle de de femme docile et se sentant inutile qui va devenir une vraie combattante.

     

    Par des éléments a priori anodins,  comme le regard de son collègue de pharmacie qui épie ses moindres faits et gestes (Serait-il le mystérieux expéditeur ? A moins qu’il ne s’agisse de son mari ? Ou de son amie qui semble tellement bien la connaître et si-trop ?-bienveillante ?), la manière de filmer en plongée, à travers une vitre comme si elle était épiée, la numérotation décroissante des lettres portant des messages de plus en plus précis et intrigants, le réalisateur instille ainsi une inquiétude croissante…et maintient notre intérêt, nous lançant sur de fausses pistes.

    A l’image de toutes ces routes qui se croisent, s’enchevêtrent et s’entrecroisent et que le réalisateur filme en plongée, Nicole est à un carrefour et elle doit choisir la (bonne ?) voie… Plus les lettres vont l’entraîner loin, plus Nicole va s’affirmer mais aussi s’enfoncer dans ses illusions jusqu’à un basculement (un peu trop ?) soudain qui va la confronter à la réalité.

    Même si l’écriture n’est pas parfaite (personnages secondaires caricaturaux et notamment le mari, quelques plans et artifices inutiles), grâce à la vivacité du montage, une réalisation inspirée, l’interprétation et une écriture précises, Sean Garrity nous captive jusqu’à la dernière seconde,  et jusqu’à une résolution totalement inattendue transformant le thriller en un film d’un romantisme désespéré et bouleversant. A l’image de ces routes qui s’entrecroisent filmées par Sean Garrity, l’écriture astucieusement déroutante  et notre imagination déroutée, ne cessent de nous faire prendre des chemins différents et palpitants.   Un thriller haletant, ludique, d’une indéniable originalité. Je vous le conseille, vous pouvez encore le rattraper ce vendredi 14, à 16H15, au cinéma Le Balzac donc.

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    Changement d’univers et de cinéma avec, ensuite, la projection de « Five dances » de Alan Brown, au cinéma le George V, dans le cadre des avant-premières américaines, présenté par son chorégraphe, un film qui sort le 19 juin 2013 dont je vous parlerai ultérieurement car trois projections m’attendent mais que je tenais à vous recommander dès aujourd’hui (il passe également le lundi 17, à 13H45 et le mardi 18 à 18H15), pour sa douceur séduisante, sa sensibilité lumineuse, l’interprétation nuancée, sa chorégraphie en 5 temps et 5 danses de l’émancipation et du premier amour du jeune Chip, jeune danseur qui débarque à New York pour intégrer une troupe de danse moderne à Soho.

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    Au programme aujourd’hui pour moi, deux films en compétition « How to make money selling drugs » et « Hide your smiling faces » puis, pour terminer la journée, l’avant-première de « Belle du Seigneur »  (que je vais voir avec autant d’impatience que d’appréhension, ce roman étant pour moi inadaptable et celui qui me bouleverse le plus et que je dévore, invariablement, à chaque lecture, , celui que j’aime autant pour sa satire si acerbe et juste d’une société avide d’ascension sociale- ah le pathétisme hilarant d’Adrien Deume et de sa médiocrité- que parce qu’il s’agit d’un sublime roman d’amour ( ou peut-être anti-roman d’amour d’ailleurs) puisque la passion étouffe ceux qui la vivent, sublimes et tragiques Ariane et Solal, Roman flamboyant, inoubliable dans lequel Albert Cohen décrit mieux que personne la naissance et la désagrégation de la passion. Un roman éblouissant et terrifiant. Comme les sentiments qu’il dépeint, qu’il dissèque. Un roman, une expérience même, que vous adorerez ou détesterez mais qui ne vous laissera sûrement pas indifférent), le tout au Gaumont Champs-Elysées. Pour en savoir plus sur la programmation, retrouvez mon article à propos de celle-ci, ici, et rendez-vous sur le site officiel du festival, là.

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  • Ouverture du Champs-Elysées Film Festival 2013

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    Hier soir, sur la terrasse du Publicis, en haut des Champs-Elysées, avec sa vue surplombant Paris sublimement vertigineuse, éblouissante et changeante, avait lieu l'ouverture de la 2ème édition du Champs-Elysées Film Festival, dans une atmosphère conviviale et décontractée, à l'image de ce festival à la riche programmation que vous pouvez retrouver dans mon article, ici.

     

     L'ouverture a eu lieu en présence de la Présidente du festival Sophie Dulac mais aussi des présidents de cette édition 2013, Olivier Martinez et Julie Gayet ou encore de Halle Berry (en la présence de laquelle aura lieu , ce soir,la soirée au profit de l'Association Les Toiles Enchantées qui apporte le cinéma aux enfants malades), Chris Colfer (qui a déchaîné les foules aux abords du Publicis hier soir) et de nombreux autres invités du 7ème art. J'avoue qu'il a été difficile de quitter ce lieu qui aurait été parfait pour une séquence de "Minuit à Paris" de Woody Allen, délicieusement intemporelle.

     Ayant le plaisir d'être blog partenaire du festival, je vais vous faire vivre au jour le jour ce festival, ses avant-premières françaises, américaines, mais aussi sa compétition de films indépendants américains ou encore ses master classes comme celle de Cédric Klapisch, à ne pas manquer, samedi.

    Aujourd'hui, outre la compétition de films indépendants dont vous pourrez retrouver mes premières critiques, demain, et outre la projection au profit des Toiles enchantées précitée, je vous recommande notamment "Grand Central" de Rebecca Zlotowski qui sera projeté, ce soir, à 20H45 à l'UGC George V et dont vous pouvez retrouver ma critique, ci-dessous.

    Critique de "Grand Central" de Rebecca Zlotowski

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    Dans ce nouveau film de Rebecca Zlotowski, Tahar Rahim incarne Gary, un jeune homme agile, frondeur, qui apprend vite, embauché dans une centrale nucléaire, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes et dangereuses. Là, où le danger est constant. Il va y trouver ce qu’il cherchait, de l’argent, une équipe à défaut d’une famille (on ne verra de sa vraie famille qu’une sœur dont le conjoint le rejette visiblement, et une grand-mère dont la porte restera impitoyablement fermée) même si elle le devient presque, mais aussi Karole ( Léa Seydoux), la femme de son collègue Toni (Denis Menochet). Tandis que les radiations le contaminent progressivement, une autre forme de chimie (ou d’alchimie), l’irradie, puisqu’il tombe amoureux de Karole. Chaque jour, la menace, de la mort et de la découverte de cette liaison, planent.

    La première bonne idée du film est de nous faire découvrir cet univers dans lequel des hommes côtoient le danger et la mort chaque jour, dans des conditions terrifiantes que Rebecca Zlotowski parvient parfaitement à transcrire notamment par un habile travail sur le son, des bruits métalliques, assourdissants qui nous font presque ressentir les vibrations du danger. A l’image d’un cœur qui battrait trop fort comme celui  de Gary pour Karole.  J’ignore ce qui est réel dans sa retranscription des conditions de vie des employés de la centrale nucléaire tant elles paraissent iniques et inhumaines mais j’imagine qu’elles sont tristement réelles puisque  Claude Dubout, un ouvrier qui avait écrit un récit autobiographique, « Je suis décontamineur dans le nucléaire », a été le conseiller technique du  film. Le film a par ailleurs été tourné dans une centrale nucléaire jamais utilisée, en Autriche, ce qui renforce l’impression de réalisme.

    Ne vous y trompez pas, « Grand Central » n’est néanmoins pas un documentaire sur les centrales nucléaires. C’est aussi et avant tout une histoire d’amour, de désirs dont la force est renforcée par la proximité d’un double danger. C’est un film sensuel, presque animal qui pratique une économie de dialogues et qui repose sur de beaux parallèles et contrastes. Parallèle entre l’amour de Gary pour Karole  qui se laisse irradier par elle et pour rester auprès d’elle. Parallèle entre le sentiment amoureux, presque violent, impérieux, qui envahit lentement et irrémédiablement celui qui l’éprouve comme la centrale qui contamine. Parallèle entre les effets du désir amoureux et les effets de la centrale : cette dose qui provoque « la peur, l’inquiétude », les jambes « qui tremblent », la « vue brouillée » comme le souligne Karole. Parallèle entre ces deux dangers que Gary défie, finalement malgré lui. Contraste entre cette centrale clinique, carcérale, bruyante et la nature dans laquelle s’aiment Gary et Karole et que Rebecca Zlotowski filme comme une sorte d’Eden, ou comme dans « Une partie de campagne » de Renoir, même si elle n’élude rien des difficiles conditions de vie des ces ouvriers/héros qui habitent dans des mobile-homes près des centrales, telle une Ken Loach française.

    Rebecca Zlotowski dresse le portrait de beaux personnages incarnés par d’excellents comédiens ici tout en force et sensualité au premier rang desquels Tahar Rahim, encore une fois d’une justesse irréprochable, Denis Menochet, bourru, clairvoyant et attendrissant, un beau personnage qui échappe au manichéisme auquel sa position dans le film aurait pu le réduire, ou encore Olivier Gourmet ou Johan Libéreau (trop rare).

    Encore un film dont je vous reparlerai qui à la fois nous emporte par la beauté de ses personnages, leur rudesse tendre, la radieuse force des sentiments (amitié, amour) qui les unit … et qui nous glace d’effroi en nous montrant les conditions de travail de ceux qui risquent chaque jour leur vie dans l’une de ces 19 centrales françaises.

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