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  • Conférence de presse du Festival de Cannes 2026 : programme de la sélection officielle de la 79e édition

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    Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des annonces après la conférence de presse...

    Dernière mise à jour : le 10/05/2026

    Ce jeudi, le Délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, et la Présidente, Iris Knobloch, ont dévoilé la sélection officielle de la 79e édition que nous pourrons découvrir sur la Croisette du 12 au 23 mai 2026. Cette conférence de presse s’est déroulée pour la première fois au Pathé Palace qui succède ainsi à l’UGC Montparnasse, à l’UGC Normandie et au Grand Hôtel. Il me semble que même avant de couvrir le Festival de Cannes, il y a donc une vingtaine d’années de cela, j’attendais déjà ces annonces avec impatience. Cette année n’a pas dérogé à la règle. C’est autant la passion du cinéma que celle de l’actualité qui dicte cette impatience, l’un et l’autre étant toujours fortement imbriqués à Cannes. Ce festival permet en effet toujours de prendre le pouls de l’état du monde, de ses secousses  de ses espoirs, de ses plaies, de ses dérives et de ses envies de liberté. La Palme d’or 2025, Un simple accident de Jafar Panahi, était un parfait exemple de ces élans, alors que, quelques mois plus tard, l’Iran est dramatiquement sous les feux des projecteurs.

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    En 2024, Les graines du figuier sauvage de l'Iranien Mohammad Rasoulof, qui aurait aussi mérité une Palme d’or, était déjà reparti avec un prix spécial du Jury, prouvant la grande vitalité du cinéma iranien, bien qu’entravé par les lois du régime. 

     Grâce à un sens de la mise en scène toujours aussi aiguisé, un courage admirable, des comédiens parfaits, un ton tragi-comique, une portée morale, politique et philosophique, qui interroge aussi notre propre rapport à la vengeance et notre propre humanité, et avec une fin glaçante d’une force indéniable, cette farce savoureuse et cette quête de vérité rocambolesque qu’est aussi Un simple accident méritait amplement cette Palme d’or 2025.

    Jafar Panahi avait dédié la projection de son film à « tous les artistes iraniens qui ont dû quitter l'Iran ».  Il ne fait aucun doute que sa voix les a défendus et a porté bien au-delà de l’Iran. Si l’art rend les étreintes éternelles, il donne aussi de la voix aux cris de rage et de détresse. Comme l’avait si justement remarqué la Présidente du jury de cette 78e édition, Juliette Binoche, lors de la remise de la Palme d’or, « l’art provoque, questionne, bouleverse » et est « une force qui permet de transformer les ténèbres en pardon et en espérance. » Comme ce film. Comme cette mariée et sa robe blanche qui résiste aux ténèbres de la vengeance. Dans le film de Jafar Panahi, la force n'est pas physiquement blessante, mais c'est celle des mots et des images, en somme du cinéma, qui feront surgir la vérité et ployer l'oppresseur. Une force pacifiste plus que jamais nécessaire.

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    C'est au jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook que reviendra cette année la responsabilité de décerner la Palme d'Or 2026 qui succèdera à Un simple accident.

    Chaque année, la conférence de presse du Festival de Cannes dépasse largement l'annonce d'une sélection : elle dessine une cartographie  sensible du monde. Les films sélectionnés sont autant de récits qui racontent notre monde mieux que de longs discours.

    L’actualité et plus largement l’Histoire sont d’ailleurs des thèmes redondants de cette édition, parmi les 2541 longs métrages soumis à la sélection, (1000 de plus qu’il y a 10 ans) venus de 141 pays dont 21 films en compétition finalement sélectionnés (pour le moment).

     « C'est une façon de ramener l'Histoire au présent, de la questionner au présent » a déclaré Thierry Frémaux. Nous pourrons ainsi découvrir le premier volet de La Bataille de GaulleL'Age de fer, réalisé par Antonin Baudry, hors compétition, avant sa sortie au cinéma le 3 juin. Quant au film de la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, Ben'Imana, il s'intéresse à la difficile réconciliation dans son pays. Il sera en sélection à Un certain regard. Dans La Troisième Nuit, Daniel Auteuil évoquera l'histoire d'un sauvetage d'enfants juifs dans la région de Lyon. László Nemes présentera Moulin, un film avec Gilles Lellouche sur le célèbre résistant. Notre Salut d'Emmanuel Marre portera sur le régime de Vichy. Et l’intrigue de Coward de Lukas Dhont se déroule pendant la Guerre 14…

    Comme le veut la tradition, c’est la Présidente du festival qui a d’abord pris la parole. Son discours, très engagé, a débuté par le rappel des origines du Festival de Cannes « né dans un moment de grande certitude, en 1939 exactement » alors que « les nouvelles qui nous viennent du monde sont tout sauf rassurantes. » « Quand le monde s’assombrit et perd ses repères, montrer des films venus de tous les horizons n’est pas un geste anodin. C’est défendre ce que l’humanité a de plus précieux. Sa capacité à penser librement. » Elle a ainsi rappelé le rôle politique et social du festival : « Le Festival de Cannes est un de ces endroits où une telle diversité de cultures ne s’oppose pas mais dialogue. Nous restons plus que jamais fidèles à nos valeurs. La liberté de s’exprimer, parfois de déranger. La liberté de créer pour tous les êtres humains. Pour ceux qui en sont privés parfois dans leurs propres pays. » Sur la présence de films réalisés par des femmes en réponse à ceux qui, chaque année, reprochent au festival leur présence trop discrète (qui en réalité est le reflet du pourcentage de films mis en scène par des réalisatrices), Iris Knobloch a déclaré : « le Festival de Cannes a une responsabilité claire : donner une visibilité claire. Mais la visibilité ne suffit pas. La lumière n’a de sens que si elle ouvre des portes. »

    Elle a également longuement évoqué la menace que représente l’Intelligence Artificielle et la résistance du Festival de Cannes qui défend « la liberté de créer pour tous les êtres humains mais seulement pour les êtres humains. Nous ne fermons pas les yeux mais nous refusons qu’elle dicte sa loi au cinéma. Derrière chaque image, il y a un cinéaste mais aussi des centaines de talents qui ont donné leur âme au service d’un projet commun. L’histoire nous touche car elle vient de quelqu’un qui a douté, aimé… L’IA sait imiter très bien mais elle ne saura jamais ressentir. »

    La Présidente a également rappelé l’attachement du Festival de Cannes « à la salle de cinéma. Expérience irremplaçable. La salle obscure reste un des rares lieux où nos différences coexistent sans nous diviser. On y entre parfois seuls. On en ressort plus proches les uns des autres. »

    Elle a ensuite rappelé que seraient cette année présentes quatre « figures du cinéma » :

    - le Président du jury du 79ème Festival de Cannes, le réalisateur Park Chan-wook « dont l’œuvre nous rappelle que le cinéma n’a pas de centre de gravité et qu’un film venu de Séoul peut déclencher un séisme culturel dans le reste du monde. »,

    - le réalisateur Peter Jackson à qui sera attribuée une Palme d’or d’honneur : « la technologie n’est rien sans le souffle de l’artiste », a souligné la Présidente du festival à son propos,

    - Barbra Streisand qui « a passé sa vie à briser les plafonds de verre avant même qu’on leur donne un nom », selon Iris Knobloch,

    - Eye Haïdara, maîtresse des cérémonies d’ouverture et de clôture, qui « incarne exigence, générosité, et capacité de rassembler », toujours selon la Présidente du festival.

    Elle a conclu en rappelant que « derrière une grande œuvre, il y a un être humain qui persévère. Le Festival de Cannes lui aussi persévère. Il reste un roc, un repère dans la tempête.  Ce festival est un équilibre délicat, un bien commun. Ce festival reste fragile et mérite d’être défendu chaque jour. » 

    Thierry Frémaux a ensuite pris la parole pour annoncer « 95% de la sélection ». En préambule, il a tenu à adresser une pensée « aux autres festivals, ceux qui, qui dans une ville, qui dans un pays, mettent le cinéma au cœur des choses, un cinéma qui marque sa singularité au fur et à mesure que les années avancent. » « Aujourd’hui, le langage du cinéma a gagné. Le langage du cinéma est partout. Les films vont nous confirmer l’extraordinaire vitalité de la création mondiale. »

    Thierry Frémaux a par ailleurs rendu hommage à Antoni Lallican, le photographe français tué en Ukraine en octobre 2025, victime d’une frappe de drone dans le Donbass, et à Lili Hinstin, figure respectée de la direction de festivals de cinéma comme celui de Locarno ou du Festival Nouvelles Vagues à Biarritz. Soulignant le courage des reporters de guerre et l’engagement des programmateurs, le Délégué général leur a dédié cette 79ème édition.

    « On a vu des choses très belles qui disent que le cinéma est dans un état de productivité, de créativité formidable » a-t-il tenu à souligner.

    Il a également insisté sur le rôle du documentaire qui « retrouve une existence » et est « aussi un langage qui vient dire un état du monde. » « Les films d’animation sont également de plus en plus présents », a-t-il aussi rappelé, nommant des films qui ont eu un succès international comme Valse avec Bachir, Persépolis ou, récemment, Amélie et la métaphysique des tubes et Arko. Il a ajouté que « Annecy » est le « plus grand festival d’animation au monde. »

    Cette année, « les Etats-Unis seront présents, les studios un peu moins. » « Si les studios sont moins présents à Cannes, c'est qu'ils sont moins présents tout court », selon le Délégué général. Nous notons ainsi qu’un seul film américain figure en compétition, le film d’Ira Sachs. James Gray pourrait cependant venir rejoindre la compétition avec son polar Paper Tiger. Ce serait alors sa septième sélection cannoise. « En dehors du cinéma des studios, un cinéma indépendant, un cinéma ailleurs qu'à Los Angeles, continue d'exister », a rappelé Thierry Frémaux. 

    Comme chaque année, la sélection dessine donc l’état du monde : « Ce qu’on se dit au terme de ces six mois intenses du processus de sélection, c’est que nous avons vu des films très intelligents. Notre mode de sélection :  qu’est-ce que telle ou telle œuvre vient dire de ce qu’est le cinéma contemporain. On a vu des films très intelligents. D’un haut niveau de cinéma. Mais aussi de pensée… ». « On a vu des gens qui vivent en groupe, comme si on avait la nostalgie de ça, d’un monde plus uni. » « On s’aperçoit que le monde occidental a besoin de douceur, de chanson de nature. Et d’autres de sécurité, de prospérité, qu’on apporte du soin aux enfants et aux familles. »

    En ce qui concerne la compétition, ont été annoncés pour l’instant 21 films et « 11 entrants » et un « film qui, normalement, y sera. Le contrat n’est pas encore complètement signé. » A la fin de la conférence, Thierry Frémaux a de nouveau précisé que la « compétition » sera « je l’espère autant que vous, augmentée d’un film ». Peut-être le film de James Gray.

    Cet article sera bien sûr complété au fur et à mesure des annonces officielles.

    Parmi tous ces films, j’attends tout particulièrement :

    -  Un film tourné au Costa Rica, une première sélection officielle pour le film de Valentina Maurel, Ton animal maternel (Un Certain regard)

    - Le film rwandais Ben’Imana de Marie-Clémentine Dusabejambo qui est le « premier film sur la réconciliation de cette tragédie qui a traversé le pays.  Une étonnante œuvre de cinéma. » (Un Certain Regard)

    - Dans le cadre de Cannes Première, le film de Daniel Auteuil, La Troisième nuit qui raconte le « sauvetage d’enfants pendant la Seconde Guerre mondiale ». J’avais beaucoup apprécié Le Fil découvert à Cannes en 2024, en séance spéciale, dont je vous parle ici. 

    - Hors compétition, le film de Vincent Garenq, L’Abandon, sur Samuel Paty « abandonné par les gens qui l’entouraient », selon les termes de Thierry Frémaux. « Le cinéma s’empare déjà du sujet et il nous a paru important de montrer ce film. »

    - Le nouveau film d’Agnès Jaoui, L’Objet du délit, « comédie contemporaine autour d’une troupe d’opéra qui va monter Les Noces de Figaro » avec Daniel Auteuil, Eye Haïdara.  Une « comédie qui ramène beaucoup à des questions que les sociétés contemporaines se posent sur les comportements, sur les uns et les autres ».

    L'affaire Marie-Claire, en Séance spéciale. Lauriane Escaffre et Yvo Muller y abordent le combat pour faire voter la loi autorisant l'avortement.

    -En compétition, Minotaure d’Andreï Zvyagintsev « qui n’est plus dans ce pays agresseur de l’Ukraine. Un film qui parle de la bourgeoisie. De la conscription, de la façon dont ils doivent faire des listes pour les envoyer à la guerre.  Une sorte de remake de La Femme infidèle de Chabrol qui mêle dans son film un certain nombre de sujets », selon Thierry Frémaux. Nous retrouvons donc le cinéaste russe neuf ans après le magistral Faute d’amour (qui figurait également en compétition) dont je vous avais parlé ici. Un très grand film qui aurait déjà mérité la Palme d’or qui m’avait rappelée un film qui l’avait justement obtenue qui nous interrogeait sur les petitesses en sommeil recouvertes par l’immaculée blancheur de l’hiver, un film rude et rigoureux, Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan. Une Palme d’or que Zvyagintsev aurait indéniablement mérité pour ce film, parfait de l’interprétation au scénario en passant par la mise en scène et même la musique, funèbre et lyrique, qui renforce encore le sentiment de désolation et de tristesse infinie qui émane de ces personnages que la richesse du scénario nous conduit finalement à plaindre plus qu’à blâmer. Du grand art.

    -En compétition, le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen, El ser querido. Thierry Frémaux a résumé le film comme l’histoire d’un « cinéaste sur un plateau, tout le temps en désir de mener à bien son projet. Un plateau traversé de toutes les questions qui se posent en matière comportementale. » On se souvient de As bestas présenté à Cannes Première en 2022. Ce film a pour cadre un village en déclin et la campagne de Galice, sauvage, grisâtre et monotone, qui constitue un personnage à part entière, à la fois fascinant et inquiétant, hostile et admirable.  Ajoutez à cela un scénario impeccable (de Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen), une interprétation de Marina Foïs et Denis Ménochet d’une justesse qui ne flanche jamais, et qui contribue beaucoup au parfait équilibre de l'ensemble, et vous obtiendrez un film âpre mais remarquable.

    - En compétition, le nouveau film de László Nemes, dont on se souvient du film choc, l’âpre Fils de Saul, présenté en compétition en 2015, dans lequel la profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de Voix sous la cendre, un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire ! Cette fois, il revient avec un film sur Jean Moulin, Moulin, incarné par Gilles Lellouche. Le fils de Saul

    -En compétition, le film de Cristian Mungiu tourné en Norvège, Fjord. Cristian Mungiu, avait obtenu la Palme d'or en 2007 pour Quatre mois, trois semaines et deux jours.

    - En compétition, le film du cinéaste belge, Emmanuel Marre, Notre salut, sur la « vie quotidienne du régime de Vichy. Comment des fonctionnaires se sont comportés et essayaient de gouverner le pays. »

    - En compétition, le film de Marie Kreutzer, Gentle Monster.  La « vie d’un couple quand l’un révèle une facette inattendue de sa personnalité et monstrueuse. Avec Léa Seydoux. » On se souvient du Corsage en 2022, en sélection Un Certain Regard, un film sur l’Impératrice Elisabeth d’Autriche qui avait reçu le prix de la meilleure création sonore. Une réflexion et métaphore astucieuse des règles auxquelles doivent se plier les femmes. Le portrait d’une révoltée dans lequel la forme épouse ainsi brillamment le fond. Marie Kreutzer (également scénariste de son film), elle aussi s’y échappe : des contraintes formelles et des règles, et même de la vérité. Elle apporte de la modernité dans cette œuvre à l’image de l’impératrice qu’elle dépeint : irrévérencieuse. Il y eut le Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui se jouait aussi des codes et des conventions, sans s'émanciper du glamour, indissociable du film d'époque en costumes, alors que Marie Kreutzer envoie tout valser pour aboutir à cette brillante allégorie de notre époque dans laquelle les apparences enserrent et emprisonnent les femmes dans un corset plus insidieux que celui d’Elisabeth mais parfois non moins destructeur. Une œuvre à l’image de sa création sonore, innovante, à juste titre récompensée, et de sa musique : intense, vibrante, marquante, engagée, puissante. 

    - En compétition, le film japonais Quelques jours à Nagi de Koji Fukada qui marque ainsi l’entrée en compétition du cinéaste. Un film sur le « Japon des solitudes qui se rencontrent. »

    - En compétition, Hope de Na Hong-Jin, un « film coréen d’un peu plus de 2h qui change en permanence de genre. C’est plutôt un film d’action. » a précisé Thierry Frémaux.

    - En compétition, deux ans après L’Innocence, pour mon plus grand plaisir, nous retrouvons l’incontournable, Hirokazu Kore-eda, Palme d’or 2018 pour Une affaire de famille. Il est de retour avec un film qui s’intitule Sheep in the box, un « film qui parle de l’IA. On retrouve ses thèmes : enfance innocence », selon Thierry Frémaux. Il sera pour la 8ème fois en compétition officielle. L’Innocence est un film qui m’avait rappelé le film de Lukas Dhont, Close (également présenté en compétition à Cannes, en 2022). C’est cela la beauté du cinéma : sonder la complexité des êtres, nous perdre pour mieux nous aider à trouver une vérité, nous trouver aussi parfois, nous éblouir pour nous éclairer. Et nous bouleverser.

    L'Innocence a obtenu le Prix du Scénario ainsi que la Queer Palm au Festival de Cannes 2023. 

    -Et justement, en compétition, nous retrouvons également Lukas Dhont dont j’avais tant aimé Close, Grand prix du Festival de Cannes 2022. Malgré la tragédie évoquée, le film de Lukas Dhont, d’une maîtrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, est empreint de poésie qui ne nuit pas au sentiment de véracité et de sincérité. Et puis il y a ce regard final qui ne nous lâche pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film. Un regard final qui résonne comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inonde tout le film de sa grâce innocente. Un film étourdissant de sensibilité, bouleversant.

     « On a vu le film seulement hier. Il revient avec ce film qui traite de la guerre de 14 dans une lumière inspirée des photos couleur de l’époque. Un film de pur cinéma qui existe très souvent par la seule grâce de la mise en scène et de la caméra », a précisé Thierry Frémaux.

    - En compétition, La boule noire de Javier Calvo et Javier Ambrossi. « Film historique à la grande inventivité de mise en scène dans lequel Penelope Cruz fait une apparition éclair mais inoubliable », selon Thierry Frémaux.

    - En compétition, La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet.  Avec Léa Drucker dont Thierry Frémaux a tenu à rappeler qu’elle avait « prononcé un discours assez inoubliable aux César cette année. »

    - Le nouveau film d’Asghar Farhadi, en compétition : Histoires parallèles. Thierry Frémaux a rappelé qu’il « ne peut pas tourner dans son pays, l’Iran. » « Un film avec des comédiens français, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert et Pierre Niney. Une histoire avec des gens qui se regardent d'un immeuble à l'autre, des destins qui se croisent».

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    -En compétition pour la septième fois, le nouveau film de Pedro Almodovar, un film déjà sorti en Espagne, Amarga Navidad, un peu plus d'un an après La Chambre d'à côté.

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    Vous pourrez aussi notamment découvrir :

    - un documentaire de Steven Soderbergh sur John Lennon (Séance spéciale)

    - le premier film de John Travolta, à Cannes Première : Vol de nuit pour Los Angeles

    - le nouveau film de Nicolas Winding Refn, Hors compétition, Her private hell

    - Karma de Guillaume Canet, Hors compétition, avec Denis Menochet et Marion Cotillard

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     © Christophe Brachet

    - La bataille De Gaulle – l’âge de fer réalisé par Antonin Baudry qui a un « passé de diplomate aux côtés de Dominique de Villepin. »  La première partie de ce biopic sur le général sera présentée Hors compétition. De Gaulle est incarné par Simon Abkarian.

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    © 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne Rhône Alpes Cinéma

    - En compétition, le nouveau film d’Ira Sachs, The man I Love, un « film sur le sida à New York frappant les artistes. » Thierry Frémaux a ainsi tenu à rappeler que « le sida continue à faire des ravages dans des pays qui n’ont pas accès aux médicaments permettant de le combattre. »

    - En compétition, le nouveau film de Jeanne Herry, Garance, avec Adèle Exarchopoulos

    - En compétition, L’Inconnue d’Arthur Harari, co-scénariste de la Palme d'Or de 2023, Anatomie d'une chute. Un « film adapté d’un roman graphique qui parle de schizophrénie, de beaucoup de choses. L’un des films les plus discutés dans le comité.  Un objet de cinéma extrêmement singulier. Le Festival de Cannes a toujours été marqué par les batailles d’Hernani. Rappelons que L’Avventura avait été sifflé. Que la Dolce Vita avait été mal accueilli, en recevant sa Palme d’or des mains de Simenon. »

    - Soudain de Hamaguchi Ryusuke, un « film franco-japonais tourné à Paris avec des comédiens français et japonais »

    Enfin, le film d’ouverture est signé Pierre Salvadori et s’intitule La Vénus électrique.

    Concernant les films français en compétition, il faudra compter avec : Histoire de la nuit de Léa Mysius, Garance de Jeanne Herry, L’Inconnue d’Arthur Harari, La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet, et des coproductions françaises ; Histoires parallèles de l’Iranien Asghar Farhadi et Notre Salut d’Emmanuel Marre.

    Le cinéma français est également très présent dans les autres sections : L'objet du délit, d'Agnès Jaoui, le film de Daniel Auteuil, La Troisième nuitL'Abandon, de Vincent Garenq, Karma, de Guillaume Canet, La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer d'Antonin Baudry, le film de Pierre Salvadori en ouverture, Full Phil de Quentin Dupieux, et L’Affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller (auteurs auparavant de Maria rêve).

    Notons la présence de cinq réalisatrices dans les films en compétition, ce qui reflète le pourcentage de films reçus réalisés par des femmes, 25 à 28%, selon Thierry Frémaux

    Trois films espagnols font également partie de la sélection, le signe d' «un certain mouvement dans le cinéma espagnol » selon Thierry Frémaux : Amarga Navidad de Pedro Almodovar, El ser querido de Rodrigo Sorogoyen, La bola negra de Javier Calvo et Javier. Le cinéma japonais est aussi très présent avec Sheep in the box de Hirokazu Kore-eda, Soudain de Hamaguchi Ryusuke, Quelques jours à Nagi de Koji Fukada, De toutes les nuits, les amants de Yukiko Sode, ou encore Le Château d'Arioka de Kiyoshi Kurosawa.

    Un cinéma qui sera donc marqué par le cinéma asiatique…avec un réalisateur sud-coréen pour président du jury.

    Les Rendez-vous du Festival de Cannes

    Le Festival de Cannes prolonge les projections de la Sélection officielle par des rencontres avec de grandes figures du cinéma contemporain. 

    Cette année, ces rendez-vous s’ouvriront avec Sir Peter Jackson, au lendemain de la remise de sa Palme d’or d’honneur. Cate Blanchett et Tilda Swinton participeront également à ces échanges, offrant aux festivaliers trois moments de dialogue privilégiés.

    Rendez-vous avec... Sir Peter Jackson
    Mercredi 13 mai 

    Rendez-vous avec... Cate Blanchett
    Dimanche 17 mai 

    Rendez-vous avec...  Tilda Swinton
    Jeudi 21 mai

    L’événement motorisé du 79e Festival de Cannes :

    Le film The Fast and the Furious en dérapage contrôlé sur la Croisette !

    La 79e édition du Festival de Cannes s’apprête à accueillir un événement cinématographique à grande vitesse : The Fast and the Furious, le film de 2001 à l’origine d’un phénomène culturel mondial, déboule sur la Croisette dans un fracas spectaculaire. Pour célébrer le 25e anniversaire d’une franchise qui a conquis le monde et a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du cinéma, le Grand Théâtre Lumière résonnera du rugissement inimitable des moteurs le mercredi 13 mai à 23h45.

    Cinéma de la plage

    Tous les soirs à 21h30, le Festival de Cannes se réinvente à la faveur de la nuit et transforme la plage Macé de la Croisette, située en face de l’hôtel Majestic, en cinéma à ciel ouvert. En Sélection officielle, non loin du Palais des Festivals, c’est une autre façon, ouverte à tous, de participer à la grande fête du cinéma ! Événement exceptionnel : le Cinéma de la Plage accueillera une avant-première mondiale avec la projection des Caprices de l’enfant roi de Michel Leclerc, en présence de toute l’équipe du film pour partager un moment privilégié, avec Artus, Doria Tillier, Julia Piaton et Franck Dubosc. Mais aussi Mon oncle de Jacques Tati en présence de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, fondateurs des Films de Mon Oncle et de Juliette Hochart, directrice du catalogue, Studiocanal, Je hais les acteurs en présence de Gérard Krawczyk, Ces Messieurs dames de Pietro Germi, Les Hommes du président de Alan J.Pakula, 

    Au total, 11 films seront projetés dont Top Gun pour les 40 ans du film. Au programme notamment : la projection des deux Palmes d’or de l’année 1966 (vous pourrez ainsi revoir Un homme et une femme, en présence de Claude Lelouch), le retour de Ken Loach, un souvenir de Carlos Saura et Viva Maria de Louis Malle, pour un hommage à Brigitte Bardot organisé par la Mairie de Cannes sur la plage Macé qui devient la Plage Brigitte Bardot.

    Cannes classics 2026

    Bruce et Laura Dern, Guillermo del Toro, Artavazd Pelechian, Dario Argento, Jerzy Skolimowski, et deux films contemporains, dont un évoquant l’existence de Michèle Firk, seront parmi d’autres les invités de Cannes Classics.

    Il y a bientôt vingt ans, alors que la relation du cinéma contemporain à sa propre mémoire était sur le point d’être bouleversée par l’apparition naissante du numérique, le Festival de Cannes a créé Cannes Classics, une sélection qui permet d’afficher le travail de valorisation du patrimoine effectué par les sociétés de production, les ayants droit, les cinémathèques ou les archives nationales à travers le monde.

    Devenu une composante essentielle de la Sélection officielle, Cannes Classics présente des films anciens dans des copies restaurées et des documentaires ayant trait à leur histoire. Le travail de restauration bat son plein sur tous les continents ; on est saisis par la vivacité retrouvée au présent des ombres, des noirs et blancs et des couleurs de ce que fut le cinéma ancien.

    Inspirant de multiples initiatives à travers le monde, Cannes Classics poursuit son travail de visite à l’histoire, chefs-d’œuvre reconnus ou raretés précieuses qui retrouveront le chemin du grand écran. Un bouillonnement qui, entre fictions et documentaires projetés, constituent un programme qu’on retrouvera en salle Buñuel, en salle Agnès Varda ou au Cinéma de la plage.

    Parce que Cannes se donne aussi comme mission d’enchanter le rapport du public d’aujourd’hui avec la mémoire du cinéma, Cannes Classics met le prestige du plus grand festival du monde au service du cinéma retrouvé, accompagnant toutes les nouvelles exploitations des grandes œuvres du passé : sortie en salles, diffusion sur plateformes ou en VOD, édition en DVD/Blu-ray.

    La sélection Cannes Classics 2026 est composée cette année encore de célébrations, de copies restaurées et de documentaires. Elle présentera 22 longs métrages, 3 courts métrages, de 6 documentaires. Il y aura aussi deux œuvres contemporaines.

    Cette édition sera dédiée à la mémoire de Dean Tavoularis, chef décorateur.

    Retrouvez le passionnant programme ici.

     

    Le jury

    Le Jury du 79e Festival de Cannes sera présidé par le réalisateur, scénariste et producteur sud-coréen Park Chan-wook. Il sera entouré de l'actrice et productrice américaine Demi Moore, de l’actrice et productrice irlandaise-éthiopienne Ruth Negga, de la réalisatrice et scénariste belge Laura Wandel, de la réalisatrice et scénariste chinoise Chloé Zhao, du réalisateur et scénariste chilien Diego Céspedes, de l'acteur ivoirien-américain Isaach De Bankolé, du scénariste écossais Paul Laverty et de l’acteur suédois Stellan Skarsgård.  Le Jury aura l’honneur de décerner la Palme d’or à l’un des 22 films en Compétition, après Un simple accident de Jafar Panahi remis par le Jury de Juliette Binoche, en 2025. Le palmarès sera révélé le samedi 23 mai prochain lors de la cérémonie de Clôture, retransmise en direct par France Télévisions en France et par Brut à l’international.

    Le jury de la Caméra d’or

    Après la cinéaste italienne Alice Rohrwacher, l’actrice, réalisatrice et scénariste québécoise Monia Chokri présidera le Jury de la Caméra d’or de la 79e édition du Festival de Cannes. Entourée de ses quatre jurés, elle récompensera un premier geste de mise en scène parmi les films de la Sélection officielle, de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des cinéastes. Le nom du film lauréat sera dévoilé lors de la cérémonie de Clôture le samedi 23 mai.

    Monia CHOKRI

    Actrice, réalisatrice & scénariste - Canada

     

    Michel BENJAMIN (AFC)

    Directeur de la Photographie – France 

     

    Cédric COPPOLA (SFCC)

    Critique de Cinéma – France

     

    Marine FRANCEN (SRF)

    Réalisatrice & scénariste – France

     

    Christophe MASSIE (FICAM)

    Directeur général délégué chez Eclair by Netgem – France

    SELECTION OFFICIELLE

    Film d’ouverture 

    LA VÉNUS ÉLECTRIQUE

    Pierre SALVADORI

     

    Hors Compétition

     

    Compétition

    AMARGA NAVIDAD

    Pedro ALMODÓVAR

     

    HISTOIRES PARALLÈLES

    Asghar FARHADI

     

    LA VIE D'UNE FEMME

    Charline BOURGEOIS-TACQUET

     

    LA BOLA NEGRA

    Javier CALVO & Javier AMBROSSI

     

    COWARD

    Lukas DHONT

     

    DAS GETRÄUMTE ABENTEUER

    Valeska GRISEBACH

     

    SOUDAIN

    HAMAGUCHI Ryusuke

     

    L'INCONNUE

    Arthur HARARI

     

    GARANCE

    Jeanne HERRY

     

    SHEEP IN THE BOX

    KORE-EDA Hirokazu

     

    HOPE

    NA Hong-jin

     

    NAGI NOTES (QUELQUES JOURS À NAGI)

    FUKADA Koji

     

    GENTLE MONSTER

    Marie KREUTZER

     

    NOTRE SALUT

     

    Emmanuel MARRE

    FJORD

     

    Cristian MUNGIU

    HISTOIRES DE LA NUIT

     

    Léa MYSIUS

     

    MOULIN

    László NEMES

     

    FATHERLAND

    Pawel PAWLIKOWSKI

     

    THE MAN I LOVE

    Ira SACHS

     

    EL SER QUERIDO

    Rodrigo SOROGOYEN

     

    MINOTAURE

    Andrey ZVYAGINTSEV

     

    Un Certain Regard

    TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

    Jane SCHOENBRUN   

    Film d'ouverture

     

    LES ÉLÉPHANTS DANS LA BRUME

    Abinash BIKRAM SHAH

    1er film

     

    LE CORSET

     

    Louis CLICHY

     

    BEN'IMANA

    Marie-Clémentine DUSABEJAMBO

    1er film

     

    CONGO BOY

    Rafiki FARIALA

     

    CLUB KID

    Jordan FIRSTMAN

    1er film

     

    UĻA

    Viesturs KAIRIŠS

     

    LA MÁS DULCE

    Laïla MARRAKCHI   

     

    EL DESHIELO

    Manuela MARTELLI

     

    SIEMPRE SOY TU ANIMAL MATERNO (TON ANIMAL MATERNEL)

    Valentina MAUREL

     

    YESTERDAY THE EYE DIDN'T SLEEP

    Rakan MAYASI

     

    I'LL BE GONE IN JUNE

     

    Katharina RIVILIS

    1er film

     

    QUELQUES MOTS D'AMOUR

    Rudi ROSENBERG

     

    EVERYTIME

    Sandra WOLLNER

     

    DE TOUTES LES NUITS, LES AMANTS

    SODE Yukiko

     

    Hors Compétition

     

    LA BATAILLE DE GAULLE : L'ÂGE DE FER

    Antonin BAUDRY

     

    KARMA

    Guillaume CANET    

     

    DIAMOND

    Andy GARCIA

     

    L'ABANDON

    Vincent GARENQ

     

    L'OBJET DU DÉLIT

     

    Agnès JAOUI

     

    HER PRIVATE HELL

    Nicolas WINDING REFN

     

    Séances de minuit

    FULL PHIL

    Quentin DUPIEUX   

     

    SANGUINE

    Marion LE CORROLLER  

    1er film

     

    ROMA ELASTICA

    Bertrand MANDICO

     

    JIM QUEEN

    Marco NGUYEN & Nicolas ATHANÉ

    1er film

     

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    GUN-CHE (COLONY)

    YEON Sang-ho

     

    Cannes Première

     

    LA TROISIÈME NUIT

    Daniel AUTEUIL

     

    THE MATCH

    Juan CABRAL et Santiago FRANCO

     

    KOKUROJO (LE CHÂTEAU D'ARIOKA)

    KUROSAWA Kiyoshi

     

    HEIMSUCHUNG (LE BOIS DE KLARA)

    Volker SCHLÖNDORFF

     

    VOL DE NUIT POUR LOS ANGELES

    John TRAVOLTA

     

    Séances Spéciales

     

    REHEARSALS FOR A REVOLUTION

    Pegah AHANGARANI

    1er film

     

    LES MATINS MERVEILLEUX

    Avril BESSON

    1er film

     

    L’AFFAIRE MARIE-CLAIRE

    Lauriane ESCAFFRE & Yvo MULLER

     

    AVEDON

     

    Ron HOWARD

     

    LES SURVIVANTS DU CHE

    Christophe Dimitri RÉVEILLE

    1er film

     

    JOHN LENNON : THE LAST INTERVIEW

    Steven SODERBERGH

     

    CANTONA

    David TRYHORN & Ben NICHOLAS

    COMPLÉMENTS DE SÉLECTION OFFICIELLE DU 22/04/2026

    Le 22 avril, les films suivants sont venus compléter la sélection officielle du 79ème Festival de Cannes avec notamment le très attendu Paper Tiger de James Gray qui rejoint les films en compétition mais aussi Ulysse de Laetitia Masson en clôture d’Un Certain Regard.

    COMPÉTITION

     

    PAPER TIGER

    James Gray

     

    UN CERTAIN REGARD

     

    VICTORIAN PSYCHO

    Zachary Wigon

    MÉMOIRE DE FILLE

    Judith Godrèche

    TITANIC OCEAN

    Konstantina Kotzamani

    1er film

    ULYSSE

    Laetitia Masson

    En clôture d'Un Certain Regard

     

    CANNES PREMIÈRE

     

    THE END OF IT

    Maria Martinez Bayona

    1er film

    MARIE MADELEINE

    Gessica Généus

    AQUI

    Tiago Guedes

    MARIAGE AU GOÛT D’ORANGE

    Christophe Honoré

    SI TU PENSES BIEN

    Géraldine Nakache

     

    SÉANCES SPÉCIALES

     

    PRINTEMPS

    Rostislav Kirpičenko

    1er film

    CENIZA EN LA BOCA

    Diego Luna

    TANGLES

    Leah Nelson

    1er film

    Animation

    LE TRIANGLE D'OR

    Hélène Rosselet-Ruiz

    1er film

    GROUNDSWELL

    Joshua et Rebecca Tickell

    Documentaire

     

    SÉANCE FAMILLE

    LUCY LOST

    Olivier Clert

    1er film

    Animation

     

    Le Prix de la Citoyenneté 2026

    Retrouvez, en cliquant ici, mon article consacré au Prix de la Citoyenneté 2025 qui fut attribué au film Un simple accident de Jafar Panahi, ainsi que ma critique du film.

    8ème édition

    Président du Jury 2025 :  Jean-Paul Salomé

    L’Association Clap Citizen Cannes à vocation philanthropique, culturelle et éducative se réfère aux valeurs de la République.

    Elle est à l’origine de la création du Prix de la Citoyenneté

    Nabil Ayouch, cinéaste franco-marocain, en est l’actuel Président. 

    Ce Prix est présent à Cannes pour sa 8ème édition. 

    Le Prix de la Citoyenneté se revendique universel, laïque et humaniste. Il a pour objet de récompenser les valeurs érigeant le citoyen en acteur engagé des démocraties. Il promeut, au niveau national, européen et international, la représentation de la citoyenneté dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia. Il a pour vocation de faciliter et d’élargir l’accès du public et notamment du jeune public aux œuvres cinématographiques. 

    Le jury 2026 est présidé par :

    Jean-Paul Salomé, réalisateur et scénariste français et constitué de :

    Mohamat-Aminee Benrachid, acteur sud-soudanais, tchadien

    Fabienne Servan-Schreiber, productrice française

    Micha Khalil, journaliste culture franco-libanaise Montecarlo Doualiya France Média Monde

    Michel Leclerc, réalisateur et scénariste français

     

    Deux rendez-vous : 

    Jeudi 21 mai à 15h00

    Débat : Cinéma et diversité, un enjeu citoyen

    Avec le soutien du Ministère délégué chargé de le l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. 

    Débat : Cinéma et solidarité

    Avec 

    Les membres du jury du Prix de la Citoyenneté présidé par le réalisateur Jean-Paul Salomé

    Gaëtan Bruel (Président du CNC)

    Sarah Rinaldi (Cheffe d'unité à la Commission européenne) 

    Julie-Jeanne Régnault (directrice générale de European Producers Club)

    Modérateur : Florian Krieg, rédacteur en chef du Film Français.

    Plage du CNC - Entrée libre

    Samedi 23 mai 2026 à 13h30 

    Remise du 8ème Prix de la citoyenneté 2025

  • Critique de UN SIMPLE ACCIDENT de Jafar Panahi – Prix de la Citoyenneté et Palme d’or du 78ème Festival de Cannes

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    Ce Festival de Cannes 2025 s’est achevé pour moi comme il avait débuté, par une histoire de son, en l’espèce le film en compétition The History of sound de Oliver Hermanus. Des sons qui viennent débusquer la nostalgie nichée au fond de nos cœurs. Un note finale implacable qui justifie la partition antérieure, tout en retenue. Celle d’une rencontre vibrante qui influe sur la mélodie d’une vie entière. L’art rend les étreintes éternelles : l’affiche de ce 78ème Festival de Cannes le suggérait déjà magnifiquement. Ce Festival de Cannes 2025 s’est terminé pour moi par un autre son, glaçant, celui qui accompagnait le dernier plan du film de Jafar Panahi qui me hantera longtemps comme ce fut le cas avec cette rose sur le capot dans le chef-d’œuvre qu’est Taxi Téhéran.

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    En février 2010, le pouvoir islamique avait interdit à Jafar Panahi de se rendre à la Berlinale dont il était l'invité d'honneur. Cette interdiction était intervenue après sa participation à des manifestations après la victoire controversée d'Ahmadinejad en 2009. Il avait ensuite été arrêté, le 1er mars 2010, puis retenu dans la prison d'Evin. Lors du Festival de Cannes, une journaliste iranienne avait révélé qu’il avait commencé une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements subis en prison. Comment ne pas se souvenir de la pancarte tenue par Juliette Binoche et de son siège vide de membre du jury cannois en 2010 ? Il fut libéré sous caution le 25 mai 2010, ce qui l’empêcha de venir défendre L’Accordéon sélectionné à la Mostra en 2010 et, en décembre de la même année, il fut condamné à six ans de prison et il lui fut interdit de réaliser des films et de quitter le pays pendant vingt ans. En février 2011, il fut tout de même membre du jury à titre honorifique à la Berlinale. En octobre 2011, sa condamnation a été confirmée en appel.

    Après le Lion d'or à la Mostra de Venise en 2000 pour Le Cercle, l'Ours d'or à la Berlinale en 2015 pour Taxi Téhéran, l’Ours d’argent pour Closed Curtain en 2013, Jafar Panahi vient donc de recevoir la Palme d'or du Festival de Cannes 2025 pour Un Simple accident, des mains de la présidente du jury (ironie magnifique de l’histoire), Juliette Binoche…, après avoir (notamment !) déjà remporté la Caméra d’or au Festival de Cannes 1995 pour Le Ballon blanc, le Prix du jury Un Certain regard en 2003 pour Sang et or,  le Prix du scénario au Festival de Cannes en 2018 pour Trois Visages et le prix spécial du jury de la Mostra de Venise en 2022 pour Aucun ours.

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    Pour Taxi Téhéran, filmer dans un taxi avait été un véritable défi technique. Trois caméras étaient ainsi dissimulées dans le véhicule. Jafar Panahi avait par ailleurs tout géré seul : le cadre, le son, le jeu des acteurs et donc le sien, tout en conduisant !  Cette fois, pour la première fois depuis vingt ans, il n’apparaît pas à l’écran.

    On se souvient du début de Taxi Téhéran. Un plan fixe : la ville de Téhéran grouillante de monde et de vie, vue à travers la vitre avant d’un taxi dont on perçoit juste le capot jaune. Le chauffeur reste hors-champ tandis que la conversation s’engage entre les deux occupants du taxi qui ne se connaissaient pas avant qu’ils ne montent l’un après l’autre dans le véhicule. L’homme fait l’éloge de la peine de mort après avoir raconté une anecdote sur un voleur de roues de voiture. « Si j’étais à la tête du pays, je le pendrais » déclare-t-il ainsi. La femme, une institutrice, lui rappelle que l’Iran détient le triste record mondial d’exécutions après la Chine. Avant de partir, l’homme révèle son métier : voleur à la tire. Ce premier tableau permet un début d’esquisse de la société iranienne mais aussi de planter le décor et d’installer le ton, à la fois grave et burlesque. Le décor est l’espace feutré du taxi qui devient un lieu de liberté dans lequel se révèlent les incongruités suscitées par l’absurdité des lois et interdictions en vigueur. L’ingéniosité du dispositif (qui nous rappelle que Panahi a été l’assistant de Kiarostami) nous permet de rester à l’intérieur du taxi et de voyager, pas seulement dans Téhéran, mais aussi dans la société iranienne, et d’en établir une vue d’ensemble.

    Un Simple accident commence aussi dans une voiture et comme le titre du film l’indique, par un « simple accident ». Sur les hauteurs de Téhéran, une famille (le père, la mère enceinte, et la petite fille) voyage en voiture sur une route cabossée et tombe en panne après avoir heurté un chien. Ce  « simple accident » va enrayer la mécanique… Rien ne laisse présager quel type d'individu sinistre est le conducteur de la voiture, si ce n’est peut-être la manière dont il qualifie la victime de l’accident,  ce avec quoi la petite fille est en désaccord. Il entre ensuite dans un hangar pour demander de l’aide. C’est là que travaille Vahid (Vahid Mobasheri), un ouvrier, qui semble reconnaître le son si particulier de sa démarche boiteuse. Le lendemain, Vahid suit le père de famille, l’assomme et l’embarque à l’arrière de sa camionnette. Mais cet homme est-il réellement Eghbal (Ebrahim Azizi) dit « La guibole » à cause de sa prothèse à la jambe ? Est-il vraiment le gardien de prison qui l’a autrefois « tué mille fois » ? L'idée ne nous quitte pas, qu'il se trompe, et que le châtiment soit encore plus inhumain que ce qui l'a suscité, en se déployant sur un innocent.… Vahid n’est d'ailleurs pas certain, lui qui s’était retrouvé dans cette situation éprouvante, simplement parce qu’il réclamait le paiement de son salaire d’ouvrier. Après avoir emmené celui qu'il pense être Eghbal dans un endroit désert, et l’avoir mis dans la tombe de sable qu’il a creusée, l’homme parvient à le faire douter qu’il fut vraiment son tortionnaire. Vahid va alors partir en quête d’autres témoins capables d’identifier formellement leur bourreau : une future mariée et son époux, une photographe, un homme qui ne décolère pas. Va alors se poser une question cruciale : quel sort réserver au bourreau ? Lui réserver un sort similaire à celui qu’ils ont subi, n’est-ce pas faire preuve de la même inhumanité que lui ? La meilleure des vengeances ne consiste-t-elle pas à montrer qu’il ne leur a pas enlevé l’humanité dont il fut dépourvu à leur égard ?

    Comme dans Taxi Téhéran, le véhicule devient un lieu essentiel de l’action de ce film tourné dans la clandestinité. Dans Taxi Téhéran, ce n’est qu’après plus de neuf minutes de film qu’apparaît le chauffeur et que le spectateur découvre qu’il s’agit de Jafar Panahi, révélant ainsi son sourire plein d'humanité, sa bonhomie. Son nouveau passager le reconnaît ainsi (un vendeur de films piratés qui, sans doute, a vendu des DVD de Jafar Panahi, seul moyen pour les Iraniens de découvrir ses films interdits et qui, comble de l’ironie, dit « Je peux même avoir les rushs des tournages en cours ») et lui déclare « c’étaient des acteurs », « C’est mis en scène tout ça » à propos d’une femme pétrie de douleur que Panahi a conduite à l’hôpital avec son mari ensanglanté, victime d’un accident de deux roues. Panahi s’amuse ainsi de son propre dispositif et à brouiller les pistes, les frontières entre fiction et documentaire. De même, dans Un Simple accident, le protagoniste n’apparaît pas tout de suite. Nous pensons d’abord suivre les trois membres de cette famille, et que le père sera le personnage principal, celui qui suscitera notre empathie…

     

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    Au-delà du portrait de la société iranienne sous le joug d'un régime autoritaire et inique mais malgré tout moderne, vibrante de vie, d’aspirations, Taxi Téhéran était aussi une déclaration d’amour au cinéma dont le taxi est une sorte de double : un espace salutaire de liberté, de jeu, de parole, d’irrévérence, de résistance. Le film devient ainsi une leçon de cinéma, le moyen pour Panahi de glisser quelques références. Le jeu de mise en abyme, de miroirs et de correspondances est particulièrement habile. Le cinéaste multiplie les degrés de lecture et les modes de filmage, de films dans le film, ce que filment les caméras dans le véhicule, ce que filme sa nièce avec son appareil photo, ce que filme son portable, démontrant ainsi la pluralité de possibles du cinéma.

    Le dispositif est beaucoup plus simple ici, il n’en recèle pas moins de puissance dénonciatrice, et d’autant plus de courage puisque le propos est encore plus clair et direct.

    Dans Taxi Téhéran, lorsque Jafar Panahi évoque aussi sa propre situation, avec une fausse innocence, et celle des prisons (« J’ai entendu la voix du type qui me cuisinait en prison » dit-il à son avocate), cela pourrait être le point de départ de Un Simple accident comme si les deux films se répondaient. Et lorsque cette dernière, suspendue de l’ordre des avocats, lui dit « comme si le syndicat des réalisateurs votait ton interdiction de tourner », l’ellipse qui suit, ou plutôt la pseudo-indifférence à cette phrase, en dit long. « Tu es sorti mais ils font de ta vie une prison », « Ne mets pas ce que je t’ai dit dans ton film sinon tu seras accusé de noirceur », « Il ne faut montrer que la réalité mais quand la réalité est laide ou compliquée, il ne faut pas la montrer ». Chaque phrase de l’avocate ressemble à un plaidoyer contre le régime. Un Simple accident pourrait être le prolongement de ce dialogue, même si Jafar Panahi n’apparait pas, ou justement parce que Jafar Panahi n’apparaît pas.

    Avec Un Simple accident, le cinéaste continue donc son exploration et sa dénonciation de la dictature iranienne. Il a choisi cette fois la forme d'un thriller, mais un thriller burlesque. Comment traiter autrement l’absurdité de ce régime ? Cette fois, il s’agit cependant de penser à l’après, de poser les questions morales et politiques concernant la manière dont il faudra traiter les tortionnaires du régime. Comme tout un pays, les cinq passagers de la camionnette sont hantés par ce qu’ils ont vécu. Ce trajet avec leur bourreau va mettre à l’épreuve leur humanité et leur avidité de justice. Mais va surtout révéler ce qui les différencie de celui qui les a torturés, qui a tué et violé.

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    Pour la première fois depuis quinze ans, Jafar Panahi était présent à Cannes pour défendre son film.  « Faire un film engagé n’a pas été facile » a -t-il expliqué. Si son film est un acte politique et un acte de courage (Jafar Panahi, malgré cette dénonciation frontale du régime, de ses oppresseurs mais aussi de sa corruption, est retourné en Iran après le festival), il est aussi une vraie œuvre de cinéma. Le film lui-même est ainsi une vengeance, ou du moins une revanche sur ses oppresseurs. Ils n’auront pas atteint sa liberté de dire, de filmer, de dénoncer, ni son humanité.

    L’an passé, Les graines du figuier sauvage de l'iranien Mohammad Rasoulof, qui aurait aussi mérité une Palme d’or, est reparti avec un prix spécial du Jury, prouvant la grande vitalité du cinéma iranien, bien qu’entravé par les lois du régime. 

    Grâce à un sens de la mise en scène toujours aussi aiguisé, un courage admirable, des comédiens parfaits, un ton tragi-comique, une portée morale, politique et philosophique, qui interroge aussi notre propre rapport à la vengeance et notre propre humanité, une fin glaçante d’une force indéniable, cette  farce savoureuse, quête de vérité rocambolesque méritait amplement cette Palme d’or.

    Jafar Panahi a dédié la projection de son film à « tous les artistes iraniens qui ont dû quitter l'Iran ».  Il ne fait aucun doute que sa voix les défendra et portera bien au-delà de l’Iran. Si l’art rend les étreintes éternelles, il donne aussi de la voix aux cris de rage et de détresse. Comme l’a si justement remarqué la présidente du jury de cette 78ème édition, lors de la remise de la Palme d’or, « l’art provoque, questionne, bouleverse », est « une force qui permet de transformer les ténèbres en pardon et en espérance. » Comme ce film. Comme cette mariée et sa robe blanche qui résiste aux ténèbres de la vengeance. La force n'est pas ici physiquement blessante, mais c'est celle des mots et des images, en somme du cinéma, qui feront surgir la vérité et ployer l'oppresseur.

    Voilà qui me donne aussi envie de revoir et de vous recommander un autre chef-d’œuvre du cinéma iranien, Copie conforme de Kiarostami, avec une certaine Juliette Binoche qui, en 2010, année où Panahi devait faire partie du jury, remporta le prix d’interprétation féminine à Cannes. (Et je pense aussi à ce petit bijou méconnu de Kiarostami, mais je m'égare). Copie conforme est un film de questionnements plus que de réponses. À l'image de l'art évoqué dans ce film dont l'interprétation dépend du regard de chacun, le film est l'illustration pratique de la théorie énoncée par le personnage principal. Un film sur la réflexivité de l'art qui donne à réfléchir. Un dernier plan délicieusement énigmatique et polysémique qui signe le début ou le renouveau ou la fin d'une histoire plurielle.

    Enfin, je vous parlerai ultérieurement d’un autre coup de cœur cannois, en compétition et qui aurait mérité aussi de figurer au palmarès, un autre film iranien, Woman and child de Saeed Roustaee qui, comme Jafar Panahi cette année, avait obtenu le Prix de la citoyenneté, pour Leila et ses frères, en 2022. Le jury du Prix de la Citoyenneté 2025 était présidé par le cinéaste Lucas Belvaux. Ce prix met en avant des valeurs humanistes, universalistes et laïques. Il célèbre l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs auxquelles répond incontestablement le film de Jafar Panahi (ci-dessous, la remise du prix à Cannes). Le jury a ainsi salué  la « façon dont la réalisation a utilisé le cinéma pour faire d'un simple accident une réflexion sur la responsabilité individuelle, le courage, et la nécessité d'arrêter le cycle de la violence.»

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    Un Simple accident sortira au cinéma en France le 1er octobre 2025.

     

  • Jury du Prix de la Citoyenneté du 77ème Festival de Cannes

     

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    Chaque année depuis sa création, je vous parle ici de ce prix indispensable qu’est le Prix de la Citoyenneté.  Le samedi 25 mai à 13h30, nous saurons quel film succèdera au lauréat 2023 : Les Filles d'Olfa de Kaouther Ben Hania (un prix et un film dont je vous avais longuement parlé, ici).

    L’association Clap Citizen Cannes, à l’initiative de ce prix,  a été créée en mai 2017 lors du 70ème anniversaire du Festival International du Film de Cannes. Les membres fondateurs sont Line Toubiana, Françoise Camet, Guy Janvier, et Jean-Marc Portolano. Le Président de l’association est Nabil Ayouch. Les Présidents d’honneur sont : Catherine Martin-Zay, Laurent Cantet, et Hélène Mouchard-Zay.

    En 2022, le jury du Prix de la Citoyenneté avait couronné un film iranien, le magistral, suffocant et bouleversant Leila et ses frères de Saeed Roustaee.

    Ce prix met en avant des valeurs humanistes, universalistes et laïques. Il célèbre l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs. Je vous recommande ainsi les pages passionnantes du site officiel du Prix de la Citoyenneté qui les définissent.

    Les films suivants ont reçu le Prix de la Citoyenneté les années passées : Capharnaüm de Nadine Labaki (2018)Les Misérables de Ladj Ly (2019), Un héros de Asghar Farhadi (2021), Leila et ses frères de Saeed Roustaee (2022). 

    Le Prix célèbre l'engagement d'un ou une cinéaste en faveur des valeurs citoyennes. Il sera remis pour la cinquième fois lors de d’édition du 77ème festival international du Film de Cannes à un film en compétition de la sélection officielle. Son objet est de "distinguer une œuvre de qualité artistique de premier plan qui exalte les vertus de la richesse humaine individuelle et collective, les engagements solidaires en faveur des femmes et des hommes, ainsi que la préservation des ressources de notre planète associées à la défense de la qualité environnementale en faveur des générations futures."

    Le Jury du Prix de la citoyenneté 2024

    Présidente du Jury 2024 :

    Valérie Donzelli (Réalisatrice, scénariste et actrice)

    Entourée de :

    Agathe Bonitzer (Actrice)

    Isabelle Chenu (Journaliste, cheffe du service Culture de RFI)

    Claus Drexel (Réalisateur, scénariste et metteur en scène allemand)

    Frédéric Sojcher (Réalisateur, écrivain et universitaire belge)

  • Critique – LES FILLES D’OLFA de Kaouther Ben Hania (Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes 2023)

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    Je vous parle chaque année du Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes, décerné à un des films de la compétition officielle. L’an passé, le jury du Prix de la Citoyenneté avait couronné un film iranien, le magistral, suffocant et bouleversant Leila et ses frères de Saeed Roustaee. Ce prix met en avant des valeurs humanistes, universalistes et laïques. Il célèbre l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs. Je vous recommande ainsi les pages passionnantes du site officiel du Prix de la Citoyenneté qui les définissent. Les films suivants ont reçu le Prix de la Citoyenneté les années passées : Capharnaüm de Nadine Labaki (2018), Les Misérables de Ladj Ly (2019), Un héros de Asghar Farhadi (2021), Leila et ses frères de Saeed Roustaee (2022). Pour en savoir plus sur le Prix de la Citoyenneté, rendez-vous sur le site officiel du prix.

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    Pour sa cinquième édition, le Prix de la Citoyenneté a donc été attribué au film tunisien de Kaouther Ben Hania, Les filles d’Olfa. Le jury du Prix de la Citoyenneté 2023, présidé par Maria de Medeiros, a également décidé de décerner une mention spéciale au film Jeunesse de Wang Bing, mettant ainsi doublement le documentaire à l’honneur, genre souvent délaissé par le Festival de Cannes. Si certains doutaient que le genre du documentaire puisse témoigner d’un univers et du regard d’un cinéaste, et qu’il puisse être véritablement une œuvre filmique, alors le film de Kaouther Ben Hania devrait définitivement les convaincre du contraire.

    Si le jury présidé par Ruben Östlund n’a attribué aucune récompense à ce cinquième long-métrage de la réalisatrice tunisienne, cette dernière reviendra néanmoins de Cannes avec 4 prix. En plus du Prix de la Citoyenneté, elle a ainsi reçu le Prix du Cinéma Positif, l’Œil d’or du meilleur documentaire et la mention du Prix François Chalais. La singularité, la force et l’audace de cette œuvre justifient amplement ces différentes récompenses. Bien que les sujets et les cadres de ces deux films soient bien différents, comme la palme d’or dévolue cette année à Justine Triet, le film de Kaouther Ben Hania explore les notions de mensonge et de vérité, et l’idée de réécriture de sa propre histoire, celle d’une écrivaine soupçonnée de meurtre dans le premier cas, celle d’une mère (Olfa) dont deux des quatre filles ont été, selon ses propres termes, « dévorées par le loup ».

    Le dispositif original et hybride de la réalisatrice consiste à ce que la mère (Olfa) et ses deux filles (Eya et Tayssir), les benjamines, nous racontent l’histoire de la disparition des deux aînées (Rhama et Ghofrane). Trois comédiennes se joignent également à elles : Hend Sabri dans le rôle d’Olfa et deux actrices dans les rôles des aînées disparues, Nour Karoui et Ichraq Matar. La réalisatrice a eu l’idée de ce dispositif pour faire surgir une vérité, et pour que la mère ne surjoue pas ou ne réécrive pas trop la réalité. Olfa, bien consciente de cette possibilité de romancer sa réalité, se compare d’ailleurs à Rose dans Titanic.  « Elle raconte son histoire et des acteurs vont jouer cette histoire. Donc je suis Rose. » résume-t-elle.

    Plusieurs modes de narration se superposent ainsi : les souvenirs d’Olfa et ceux de ses deux filles cadettes encore présentes, face caméra, une reconstitution de leurs souvenirs qu’elles rejouent, les scènes reconstituées jouées par les comédiennes qui incarnent les sœurs ainées disparues, les scènes rejouées par Olfa elle-même, les scènes reconstituées jouées par la doublure d’Olfa. Tout cela aurait pu devenir extrêmement complexe et confus. Au contraire, en ressort une extrême limpidité qui contribue au surgissement d’une vérité.

    L’histoire d’Olfa et de ses filles avait été fortement médiatisée en Tunisie, il y a quelques années. Cette mère célibataire de quatre filles, qui travaille comme femme de ménage, faisait alors le tour des émissions pour évoquer ses deux filles disparues qui ont fui en Libye rejoindre « le loup », en réalité radicalisées.  C’est à ses contradictions, entre obscurité et lumière, violence, amour et espoir que s’est intéressée la réalisatrice. Cette dichotomie entre ombre et lumière est astucieusement illustrée par la réalisation, et surtout par la photographie (de Farouk Laaridh). Chaque plan mériterait que l’on s’y attarde, et notamment le recours aux couleurs : blanc, noir avec des touches de rouge qui apparaissent comme des étincelles d’espoir ou de gaieté.

    L’utilisation du décor est aussi particulièrement judicieuse. La réalisatrice dit ainsi s’être inspirée du décor unique de Dogville de Lars von Trier et, comme dans Dogville, ce qui se dit et se « joue » devant nous est tellement captivant et brillamment mis en scène que l’environnement disparaît presque et importe finalement peu. C’est d’ailleurs cette confiance dans le spectateur et dans la force évocatrice et cathartique du cinéma qui constitue une des grandes richesses du film.

     Pour montrer l’absence des hommes dans la vie des cinq femmes mais aussi peut-être pour les rendre insignifiants, uniformes, unis dans la même violence ou impuissance, un seul acteur (Majd Mastoura) joue tous les hommes de l’histoire. Le dispositif est d’une telle puissance et fait surgir des moments d’une telle intensité qu’il ne parviendra pas à rejouer une scène particulièrement éprouvante.

    Le « personnage » d’Olfa est passionnant par son ambiguïté, sa complexité, ses zones d’ombre. Si le film interroge la notion de vérité, il nous interpelle aussi sur le cycle de la violence, celle-ci se reproduisant de générations en générations. La reconstitution de la nuit de noces d’Olfa est effroyable mais témoigne aussi de ce jeu troublant avec la vérité. Olfa met alors en scène les comédiens et la façon dont elle l’envisage témoigne autant de la violence qu’elle a subie que de celle qu’elle porte désormais en elle. De victime du patriarcat, elle est passée à celle qui le défend, dirigeant le corps et le destin de ses filles, considérant leurs corps comme « dangereux », devenant possessive et dirigiste, jusqu’à l’extrême, jusqu’à la violence.

    Les reconstitutions sont d’autant plus troublantes que les deux cadettes ont atteint l’âge qu’avaient les aînées lors de leur départ. En les confrontant à celles qui les incarnent, c’est comme si un lien plus fort encore, gémellaire, les unissaient, mais aussi comme si elles se voyaient dans un miroir.

    Les béances que le film explore ne sont pas seulement celles de la famille mais aussi celles de la Tunisie, qui apparaît comme une société encore très patriarcale. Sous Ben Ali, le voile étant interdit, les filles et notamment les deux ainées d’Olfa considèrent alors comme un acte de rébellion de l’arborer, et comme un signe paradoxal de leur liberté, de résistance à leur mère qui reproduit sur elles les violences qu’elle a elle-même subies (la reconstitution de la scène lors de laquelle elle frappe une de ses filles est effroyable).

    Cette mise en abyme, cette théâtralisation du réel est aussi intéressante pour les questions avec lesquelles elle nous laisse et que cela fait émerger, les doutes sur la réécriture de la réalité également. Finalement, c’est aussi à une « anatomie d’une chute » que procède Kaouther Ben Hania, presque une enquête pour comprendre comment deux jeunes filles gaies et lumineuses ont pu ainsi se radicaliser, se tourner vers la noirceur, l’obscurantisme et la violence aveugle et inouïe. La musique d’Amine Bouhafa amplifie encore l’émotion. Par ce dispositif, la réalisatrice exalte aussi le rôle de la parole, là où elle n’était plus possible avec celles qui ne voulaient plus entendre que leur vérité, dogmatique. Le dernier regard face caméra nous hantera longtemps et renforce nos interrogations. Ce documentaire qui ne cède jamais au manichéisme, et qui brouille intelligemment la frontière entre réalité et fiction, pour mieux enfanter la vérité, est aussi original que fascinant, citoyen, instructif et poignant.

  • CRITIQUE de LEILA ET SES FRÈRES de Saeed Roustaee - Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes 2022

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    Leila et ses frères de Saeed Roustaee était présenté en compétition dans le cadre du 75ème Festival de Cannes à l’occasion duquel il a remporté le Prix FIPRESCI (jury de la fédération internationale de la presse cinématographique) et le Prix de la Citoyenneté* (je vous explique ce en quoi consiste ce prix en bas de cette page), lequel avait d’ailleurs déjà récompensé un formidable film iranien l’année précédente : Un héros de Asghar Farhadi.  Leila et ses frères sortira en DVD et Blu-ray le 29 mars, sera disponible en VOD dès le 23 mars et en achat digital dès le 16 mars.

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    Ci-dessus et ci-dessous, photos prises lors de la remise du Prix de la Citoyenneté au Festival de Cannes 2022.

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    Par ailleurs, ce samedi 11 mars 2023, à 14h, le film Leila et ses frères sera projeté au Grand Orient de France, dans le cadre d’un Ciné-Débat sur le thème de la liberté, ouvert à tous (inscription préalable obligatoire, informations en bas de cet article), qui sera sans aucun doute passionnant, a fortiori au regard de la situation actuelle en Iran et de l’effroyable répression qui tente de museler les courageuses tentatives d’émancipation de la population iranienne au cri de "Femme. Vie. Liberté", depuis le 16 septembre 2022, date de la mort en détention de la jeune Jina Mahsa Amini, arrêtée à cause d'un voile « mal » porté selon les forces de l'ordre iraniennes. Autant de bonnes raisons de vous parler de ce film incontournable, d’une force sidérante.

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    La loi de Téhéran (2019), son deuxième long-métrage après Life and a day (2016), avait permis à Saeed Roustaee de signer une arrivée retentissante dans le paysage cinématographique. Ce thriller social palpitant sur le trafic de drogue était, déjà, avant tout un état des lieux et une critique de l’Iran et de la corruption qui gangrène le pays.

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    Au début de Leila et ses frères, la caméra se rapproche d’un vieil homme qui fume, seul, dans un décor spartiate, jusqu’à se rapprocher de son visage marqué par la fatigue, les ans, la pauvreté. Un brillant montage alterné nous présente aussi un de ses fils et sa fille. Le premier se retrouve en plein chaos, en raison de la fermeture de son usine provoquée par le détournement de fonds commis par le patron. La mise en scène est nerveuse, évoque déjà une forme de suffocation. Les plans de groupe sont magistraux, presque picturaux, avec ces hommes aux casques jaunes qui sont réprimés par ceux aux casques noirs de l’armée, en un ballet tragique. Au calme du père s’opposent donc ces images de confusion au milieu de laquelle s’immisce la caméra. Une porte se ferme devant le vieil homme de dos. Le nom du film s'inscrit. Le cadre est planté, celui de deux mondes, d’une société dichotomique, et d’un gouffre infranchissable. Celui de destins en souffrance.

    Leila (Taraneh Alidoosti) a dédié toute sa vie à ses parents et à ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule en effet sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Après avoir perdu son emploi de l’usine en faillite, Alireza (Navid Mohammadzadeh) est contraint de retourner vivre dans l’appartement exigu de ses parents. Il retrouve là deux de ses frères, vivant péniblement de petits boulots. Leila est surtout au service de ses parents. Manouchechr (Payman Maadi) vit de combines et arnaques diverses. Farhad (Mohammad Ali Mohammadi) est au chômage. Parviz (Farhad Aslani), aussi, avec ses 5 enfants. Le patriarche opiomane (Saeed Poursamimi) ne prête aucun intérêt à la détresse de ses enfants et à leur envie de s’en sortir. Son rêve est en effet de devenir le « parrain » de la famille, titre honorifique traditionnel. Il compte bien parvenir à ses fins en offrant l’intégralité des pièces d’or qu’il possède au mariage du fils de l’un de ses cousins. Afin de sortir ses frères de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entraînent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.

    Comme dans La loi de Téhéran, au-delà de portraits (ciselés) des personnages, c’est celui de l’Iran qui apparaît en filigrane. Un pays sous embargo américain et soumis aux soubresauts de la situation politique américaine (un tweet de Trump peut faire ainsi exploser la situation économique), soumis à l’inflation galopante, à la corruption, à la crise économique, aux traditions, au conservatisme religieux, à l’oppression patriarcale. Une société en crise dans toutes ses strates, totalement sous emprise et étouffée socialement, économiquement et politiquement. La tragédie familiale est donc la métaphore de celle de tout un pays qui essaie de s’en sortir, écrasé par le poids des traditions et du pouvoir. Dans ce marasme apocalyptique, des personnages se débattent pour s’en sortir.

    Le père symbolise à la fois ce pouvoir inique, écrasant, ces traditions étouffantes qui méprisent les femmes au point que son visage s’illumine après avoir fait déshabiller son petit-fils nouveau-né pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un garçon salué au cri de "quelle merveille". Face à lui et aux autres hommes de la famille (et même face à sa mère), Leila est d’une force, d’un courage, d’une combativité qui forcent l’admiration, symbole de ce pays qui aujourd’hui essaie de combattre l’oppression, de se tenir fièrement debout. Elle essaie d’éduquer le regard de ses frères à sortir des schémas traditionnels et patriarcaux. A son pragmatisme, sa combativité et son progressisme s’opposent les traditions dans lesquelles ils sont ancrés. De nombreux plans la montrent au milieu de ses frères ou face à ses frères jusqu’à ce qu’elle sorte du cadre, se retrouve dans l’ombre et descende des escaliers qui semblent la mener en enfer.

    Le scénario est d’une richesse exemplaire, de même que les dialogues : « J'ai peur même des bonnes choses. Quand tout va bien, je me dis que ça ne peut pas durer. Je déteste les gens faillibles et j'ai peur des gens infaillibles. Même le bonheur me fait peur. » « Quand on t'inculque des convictions à la place de la réflexion, ça donne ça. »  « Moi j'ai compris que grandir c'est au fur et à mesure renoncer à ses désirs. »

    Saeed Roustaee ne délaisse aucun de ses personnages, faisant peu à peu éclater leurs personnalités, leurs secrets et mensonges. L’un a par exemple divorcé deux mois avant sans le dire à personne…  Manouchehr monte des arnaques. Et finalement tout cela le mènera à une impasse telle que la seule solution sera la fuite. La respiration semble d’ailleurs être uniquement dans un ailleurs, hors du pays.

    De nombreuses scènes sont d'une force inouïe comme une scène lors de laquelle Leila s’oppose à ses frères ou encore à sa mère et son père, d’une violence telle qu’elle s’achève par une gifle. Mais c’est surtout dans les silences et les regards que résident la force et la singularité de ce film.

    La musique du compositeur américain d'origine iranienne Ramin Kousha se fait plus présente et poignante à la fin du film comme un écho au chaos et aux déchirements familiaux avec notamment une danse mémorable sur Sokoot de Mohsen Yeganeh et Tavalod de Moein et Hayedeh.

    Au-delà de son scénario et de l’interprétation magistrale des acteurs qui incarnent les membres de cette famille déchirée, la grande force du film est sa mise en scène qui épouse le sentiment de suffocation des personnages dans ce misérable appartement. Ou qui au contraire les surplombe tel un démiurge écrasant et menaçant comme dans la salle du mariage, cette scène de mariage au flamboiement éphémère qui contraste avec l'atmosphère grisâtre de ce qui précède et ce qui suit est sans aucun doute une des scènes les plus fortes du film, une séquence particulièrement marquante. Ou quand le patriarche se retrouve seul éclairé sur l’estrade face à une salle plongée dans l’ombre. Que dire encore de cette scène où en un regard d’une rare intensité entre Alireza et une jeune femme dans le reflet d’une vitre puis dans l’embrasure d’une porte, on comprend toute une vie de regrets et un amour perdu !
    La force des silences et des regards culmine lors du dénouement, dans les regards que s’échangent le frère et la sœur devant le père, ces trois personnages étant alors dans la même pièce ensemble mais séparés, au contraire du début où ils étaient séparés mais ensemble dans leur souffrance. Et ces yeux de Leila qui se ferment et qui en disent tant…

    Le cinéma iranien regorge de tant de chefs-d’œuvre, de Kiarostami à Panahi, et de films que je vous recommande sur la situation en Iran. Mais celui-ci possède une résonance d’autant plus forte avec les évènements récents. Voyez-le. Vous en ressortirez sous le choc. Celui que suscitent les grands films. Suffocant, marquant et bouleversant.

    Digressions sur le cinéma iranien...

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    J’aurais de nombreux autres films iraniens à vous recommander notamment Taxi Téhéran  de Jafar Panahi dont le titre résume le projet. Cela pourrait être aussi Cinéma Téhéran tant les deux mots, Cinéma et Taxi, sont presque ici synonymes. Une déclaration d’amour au cinéma. Comme cette rose sur le capot de la voiture pour « les gens de cinéma sur qui on peut toujours compter », sans doute les remerciements implicites du réalisateur, au-delà de la belle image qui clôt le film et nous reste en tête comme un message d'espoir. Un hymne à la liberté. Un plaidoyer pour la bienveillance. Un film politique. Un vrai-faux documentaire d’une intelligence rare. Un état des lieux de la société iranienne. Un défi technique d’une clairvoyance redoutable. Bref, un grand film.  Et cette rose, sur le capot, au premier plan, comme une déclaration d'optimisme et de résistance. Entre ces deux plans fixes du début et de la fin : la vie qui palpite malgré tout. La fin n’en est que plus abrupte et forte. Un film qui donne envie d’étreindre la liberté, de savourer la beauté et le pouvoir du cinéma qu'il exhale, exalte et encense. Un tableau burlesque, édifiant, humaniste, teinté malgré tout d’espoir. Un regard plein d’empathie et de bienveillance. Ma critique complète, ici.

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    Je vous recommande aussi des films moins connus comme Les chats persans de Bahman Ghobadi ou encore Téhéran de Nader T.Homayoun qui montre un peuple désenchanté qui, à l'image de la dernière scène,  suffoque et meurt, et ne parvient pour l'instant qu'à retarder de quelques jours cette inéluctable issue. Un premier film particulièrement réussi, autant un thriller qu'un documentaire sur une ville et un pays qui étouffent et souffrent. Un cri de révolte salutaire, une nouvelle fenêtre ouverte sur un pays oppressé.

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    Et sans rapport avec la situation en Iran mais parce que c’est un des films les plus poétiques qu'il m'ait été donné de voir,  24 frames, le dernier de Kiarostami, disparu en juillet 2016,  des courts-métrages réunis par le producteur Charles Gillibert.  Chacune de ces « frames » est mémorable. De ces deux chevaux dansant langoureusement sous la neige sur fond de musique italienne, à surtout, ce dernier cadre. Une fenêtre à nouveau s’ouvrant sur des arbres qui se plient. Devant un bureau avec un écran avec, au ralenti, un baiser hollywoodien. Et, devant l’écran, une personne endormie. La magie de l’instant lui est invisible. Comme un secret partagé,  pour nous seuls, spectateurs, éblouis, de cet ultime plan du film et de la carrière de cet immense cinéaste. Comme une dernière déclaration d’amour au cinéma. A la fin des 5 minutes de ce baiser au ralenti sur l’écran de l’ordinateur s’écrivent ces deux mots, “The End”, sur une musique qui célèbre l’amour éternel. Une délicate révérence. Deux mots plus que jamais chargés de sens. Un film et une carrière qui s’achèvent sur l’éternité du cinéma et de l’amour. Un pied de nez à la mort. Son dernier geste poétique, tout en élégance. Et finalement peut-être la plus belle des réponses à l'oppression et à la violence.
     
    *Présentation du Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes

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    Line Toubiana (retrouvez ici son interview en 2018 dans laquelle elle nous présente le Prix de la Citoyenneté), Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano ont créé en 2017 une association, Clap Citizen Cannes. Ces quatre fondateurs de l'association, tous critiques et cinéphiles passionnés, sont attachés aux valeurs d'humanisme, d'universalisme et de laïcité de la Citoyenneté.  Le président  de l'association est Laurent Cantet (palme d'or 2008 pour  son mémorable Entre les murs). Cette association a pour but de décerner le prix de la citoyenneté à un des films de la sélection officielle du Festival du Film International de Cannes. Le film primé incarne des valeurs humanistes, laïques et universalistes. Le président du jury de la première édition du Prix de la Citoyenneté était le cinéaste Abderrhamane Sissako. Le prix a obtenu le soutien et l’appui logistique de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, respectivement Directeur général et Délégué général du Festival de Cannes pour décerner ce "Prix de la Citoyenneté". Encore un prix vous direz-vous certainement. Certes, mais celui-ci me semble tout particulièrement nécessaire "parce que le monde change et parce que notre société est de plus en plus ouverte sur le monde". Il  est ainsi  destiné à accompagner son évolution : "Quel meilleur vecteur que le cinéma et sa puissance créatrice pour évoquer, analyser et réfléchir à l'évolution des réalités humaines, sociales, politiques, territoriales ?" peut-on ainsi lire sur le site officiel du prix.

    Ce Prix s'inscrit dans 2 traditions :

    Celle de la citoyenneté telle qu’elle a été définie dans la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen de 1789 

    - Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 

    Celle de la résistance à l’oppression

     ...sous toutes ses formes que symbolise si bien Jean Zay, ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts qui a créé le premier Festival de Cannes en 1939, en opposition à la Mostra de Venise soutenue à l'époque par le pouvoir fasciste. 

    Cet prix met en avant des valeurs humanistes, des valeurs universalistes et des valeurs laïques. Ce nouveau « Prix » célèbre ainsi l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs.   "Le prix de la citoyenneté du Festival International du Film de Cannes doit permettre l'émergence de valeurs humanistes, universelles et laïques, fondatrices d'une communauté de destins". Je vous recommande ainsi les pages passionnantes du site officiel du prix de la citoyenneté qui définissent ces valeurs. Les films suivants ont reçu le Prix de la Citoyenneté : Capharnaüm de Nadine Labaki (2018), Les Misérables de Ladj Ly (2019) Un héros de Asghar Farhadi (2021), Leila et ses frères de Saeed Roustaee (2022). Pour en savoir plus sur le Prix de la Citoyenneté :  https://www.xn--prix-de-la-citoyennet-v5b.fr/.

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    Retrouvez aussi ce article sur mon site entièrement consacré au Festival de Cannes : "In the mood for Cannes".

  • 72ème Festival de Cannes : présentation du Prix de la Citoyenneté 2019

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    L'an passé, je vous avais parlé de ce nouveau prix remis à un film de la compétition du Festival de Cannes (retrouvez, en bas de cette note, mon article complet sur le Prix de la Citoyenneté 2018 avec la critique du film lauréat, la présentation détaillée du prix et l'interview de sa cofondatrice, Line Toubiana).

    Cette année à nouveau, le film lauréat sera choisi "pour ses qualités artistiques et ses valeurs d'humanisme, de laïcité et d'universalisme", des valeurs plus que jamais essentielles.

    Le cinéaste Amos Gitaï présidera le jury 2019. Il sera accompagné de : Raja Amari (réalisatrice tunisienne), Eva Bettan (journaliste française, France Inter), Emmanuel Gras (réalisateur français), Marème N'Diaye (actrice sénégalaise). Le Prix est attribué par l'association Clap Citizen Cannes présidée par Laurent Cantet. Les Présidentes d'honneur sont Catherine Martin-Zay et Hélène Mouchard-Zay.

    Ne manquez pas la table ronde autour du thème "Cinéma et Citoyenneté", à 11H au Pavillon des Cinémas du Monde avec pour intervenants notamment Amos Gitaï et les autres membres du jury du Prix de la Citoyenneté.

    Le Jury du Prix de la Citoyenneté montera les marches avec ses partenaires le 23 Mai.

    La remise du Prix de la Citoyenneté aura lieu le 25 Mai à 11H, au Salon des Ambassadeurs du Festival de Cannes,, notamment en présence du réalisateur ou de la réalisatrice du film primé, des membres du jury, les Présidentes honoraires de l'association et le Délégué Général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux.

    CRITIQUE DU PRIX DE LA CITOYENNETE 2018, VIDEOS DE LA REMISE DU PRIX, PRESENTATION DETAILLEE DU PRIX DE LA CITOYENNETE  ET INTERVIEW DE SA COFONDATRICE LINE TOUBIANA

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    En mai 2018, en plus du Prix du Jury du Festival de Cannes, Capharnaüm, troisième long métrage de Nadine Labaki, recevait le Prix de la Citoyenneté. Une projection en avant-première du film a eu lieu  au CNC après la remise du prix à Cannes.

     

     Ci-dessus, le discours de Nadine Labaki au CNC la semaine dernière.

    Retrouvez, ci-dessous, après la critique du film, la présentation détaillée de ce Prix de la Citoyenneté avec, notamment, une interview de Line Toubiana, membre cofondatrice du prix avec Françoise Camet, Guy Janvier et Jean-Marc Portolano.

    Créé cette année et attribué par un jury de professionnels (présidé par Abderrahmane Sissako pour l’édition 2018), ce prix sera chaque année décerné à un des films de la compétition officielle du Festival de Cannes.  Le jury du Prix de la Citoyenneté visionne ainsi l’ensemble des films de la compétition officielle avant de choisir celui qui, parmi ceux-ci, se verra décerner cette noble récompense.

     

    Si, comme tous les ans, plusieurs films évoquaient l’âpreté du monde contemporain, le film de Nadine Labaki était sans aucun doute celui qui correspondait le mieux aux valeurs humanistes, laïques et universalistes défendues par ce prix.

    À l'intérieur d'un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : «  Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? », Zain lui répond : « Pour m'avoir donné la vie ! ». Capharnaüm retrace l'incroyable parcours de cet enfant en quête d'identité et qui se rebelle contre la vie qu'on cherche à lui imposer.

    Zain vit ainsi avec ses parents, frères et sœurs dans un appartement insalubre et spartiate qui appartient à un marchand du quartier pour lequel travaillent les enfants pour pouvoir payer le loyer. Ils transforment aussi des médicaments en stupéfiants avant de les revendre quand ils ne sont pas contraints de mendier dans la rue. Dans leur vie ne subsiste ainsi aucune lueur, ni d’enfance, ni de joie, ni d’espoir, comme dans le regard de Zain qui, à lui seul, semble exprimer toute la colère et la détresse de ses frères et sœurs face à ce quotidien misérable. Il ne s’adoucit qu’en présence de sa sœur Sahar dont il comprend rapidement qu’elle va être vendue au boutiquier. Après avoir tenté en vain et avec opiniâtreté  de la sauver de cette terrible destinée, il s’enfuit…

    Dès les premiers plans, le regard buté, boudeur, déterminé, et d’une tristesse insondable du petit Zain accroche notre attention et notre empathie pour ne plus les lâcher jusqu’à la respiration finale. Avant cela, constamment en mouvement, la caméra épouse sa fébrilité, et son énergie portée par sa rage contre les adultes, contre son destin, contre le malheur et la violence qui constamment s’abattent sur lui et qui le contraignent à en devenir un bien avant l’heure.

    Nous suivons Zain dans le chaos poussiéreux, ce dédale tentaculaire qu’est le bidonville de Beyrouth, ce capharnaüm gigantesque et oppressant. Téméraire, il tente de survivre malgré la dureté révoltante de son quotidien. Sur son chemin, il rencontre Cafardman, personnage burlesque, lunaire, drôle et tragique, qui semble là pour nous rappeler  que « l’humour est la politesse du désespoir ».  Ainsi, dans ce capharnaüm, même les héros de l’enfance ont le cafard. Zain dort d’abord dans un parc d’attractions, celui où travaille Cafardman. Plans sublimement tristes de Zain qui erre dans ce lieu censé être de jeu et de joie devenu fantomatique et sinistre, comme un vestige de son enfance à jamais inaccessible et révolue. Il y rencontre une immigrée éthiopienne qui a quitté son travail d’employée de maison après être tombée enceinte. Elle élève seule Yonas, son bébé qu’elle entoure et grise d’amour, qu’elle cache aux autorités de crainte qu’ils ne soient expulsés.  A la tendresse dont elle entoure son bébé, s’opposent l’indifférence glaciale et même la violence et les coups que Zain a subis de la part de ses parents. Quand elle disparait, il s’occupe pourtant du bébé, le nourrit, le trimballe partout avec lui, et déploie une force admirable pour celui-ci. Leur duo improbable est poignant, d’autant plus que le bébé est d’une rare expressivité et que la réalisatrice en fait un personnage à part entière. Malgré tout ce qu’il a affronté et subi, ce petit homme qu’est Zain, malgré ce regard duquel semble avoir disparu toute candeur, conserve en lui une humanité salvatrice qu’il déploie pour s’occuper de Yonas comme un pied-de-nez à ce cercle vicieux de la violence et de l’indifférence et de l’absence de tendresse.

    Capharnaüm de Nadine Labaki.jpg

    Les acteurs sont des non professionnels dont l'existence tragique ressemble à celle des personnages, et l’émotion qui se dégage du film en est décuplée. La réalisatrice s’est ainsi véritablement imprégnée  du réel. Elle  a effectué trois années de recherche et le tournage a duré six mois avec plus de 520 heures de rushes. Au premier rang des acteurs, Zain, qui porte le même prénom que son personnage, et qui se nomme Zain Al Rafeea, un petit Syrien de 14 ans, réfugié au Liban avec sa famille et découvert par une directrice de casting à Beyrouth.  Avec son naturel déconcertant, son énergie phénomènale, sa force, son regard noir et déterminé, il crève littéralement l’écran et nous emporte avec lui dans sa course folle contre le destin et contre cette roue du malheur qui semble tout emporter et broyer sur son passage, a fortiori l’humanité.

    Si dans la première version projetée à Cannes en mai dernier, la musique était parfois trop emphatique, en particulier au dénouement, cette nouvelle version resserrée présentée au CNC est absolument parfaite et quand enfin ce capharnaüm s’apaise, la lueur d’espoir qu’il laisse entrevoir est sidérante d’émotion. Comme une démonstration et une plaidoirie implacables du petit Zain et de tous les enfants qu’il représente. Le regard final face caméra, face au monde, face à nous et le sourire esquissé sont parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Une respiration, enfin, après cette étouffante descente aux Enfers sans répit, malheureusement celle que vivent tant d’enfants comme le petit Zain. Ce n’est pas pour rien que Nadine Labaki joue l’avocate qui défend Zain dans le procès qui l’oppose à ses parents. Rarement l’enfance maltraitée aura connu telle plaidoirie. Ajoutez à cela un souffle romanesque, une réalisation vive et inspirée et vous obtiendrez un film bouleversant d’une rare intensité et d’une force incontestable. Oui, un film humaniste et universel, et citoyen : indéniablement.

    Quelques vidéos du jury du Prix de la Citoyenneté, de ses fondateurs, du Président de l'association Citizen Clap Laurent Cantet, et de Nadine Labaki à Cannes.

    Nadine Labaki à Cannes lors de la remise du Prix de la Citoyenneté

    Discours de Danièle Heymann, membre du jury du Prix de la Citoyenneté, lors de la remise du prix 

    Laurent Cantet à propos du Prix de la Citoyenneté à Cannes

    Abderrahmane Sissako à propos du Prix de la Citoyenneté à Cannes

    Line Toubiana lors de la présentation du film au CNC

     

    A propos du Prix de la Citoyenneté : présentation du prix

    Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes 2018.png

    Line Toubiana (retrouvez son interview en bas de cet article), Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano ont créé en 2017 une association, Clap Citizen Cannes. Ces quatre fondateurs de l'association, tous critiques et cinéphiles passionnés, sont attachés aux valeurs d'humanisme, d'universalisme et de laïcité de la Citoyenneté.   Le président  de l'association est Laurent Cantet (palme d'or 2008 pour  son mémorable Entre les murs).

    Laurent Cantet.jpg

    Photo - Copyright Haut et Court

    Cette association a pour but de décerner le prix de la citoyenneté  à un des films de la sélection officielle du Festival du Film International de Cannes dont l'édition 2018 aura lieu du 8 au 19 Mai.

    Le film primé incarnera des valeurs humanistes, laïques et universalistes. Le président du jury de la première édition du prix de la citoyenneté sera le cinéaste Abderrhamane Sissako.

    Sissako.jpg

    Timbuktu.jpg

    Le prix a obtenu le soutien et l’appui logistique de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, respectivement Directeur général et Délégué général du Festival de Cannes pour décerner ce "Prix de la Citoyenneté" qui sera remis à un film de la sélection officielle et pour la première fois à l’issue du Festival de  Cannes 2018.

    Encore un prix vous direz-vous certainement. Certes, mais celui-ci me semble tout particulièrement nécessaire "parce que le monde change et parce que notre société est de plus en plus ouverte sur le monde". Il  est ainsi  destiné à accompagner son évolution : "Quel meilleur vecteur que le cinéma et sa puissance créatrice pour évoquer, analyser et réfléchir à l'évolution des réalités humaines, sociales, politiques, territoriales ?" peut-on ainsi lire sur le site officiel du prix.

    Ce Prix s'inscrit dans 2 traditions :

    • Celle de la citoyenneté telle qu’elle a été définie dans la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen de 1789 
    - Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 
    • Celle de la résistance à l’oppression
     ...sous toutes ses formes que symbolise si bien Jean Zay, ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts qui a créé le premier Festival de Cannes en 1939, en opposition à la Mostra de Venise soutenue à l'époque par le pouvoir fasciste. 
     
    Cet prix met en avant des valeurs humanistes, des valeurs universalistes et des valeurs laïques. Ce nouveau « Prix »  célèbre ainsi l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs.   "Le prix de la citoyenneté du Festival International du Film de Cannes doit permettre l'émergence de valeurs humanistes, universelles et laïques, fondatrices d'une communauté de destins". Je vous recommande ainsi les pages passionnantes du site officiel du prix de la citoyenneté qui définissent ces valeurs.
     
    Abderrhamane Sissako  présidera le jury. Le Prix de la citoyenneté pour sa première édition pouvait difficilement trouver meilleur président tant ses films, dont son chef-d'œuvre Timbuktu, défendent ces valeurs.
    A ses côtés :
    -Francescoa Giai Via, critique de cinéma et professionnel de la culture et notamment directeur artistique du festival Annecy cinéma italien.
    -Danièle Heymann, journaliste française et critique de cinéma officiant notamment au Masque et la plume sur France inter. Elle a également été membre du jury du Festival de Cannes 1987.
    -Patrick Bézier, directeur général d'Audiens, groupe de protection sociale des secteurs de la culture, de la communication et des médias.
    -Léa Rinaldi, réalisatrice et productrice indépendante (Alea Films), spécialisée dans le documentaire d'immersion.

    Pour en savoir plus, je vous encourage à découvrir le site internet du prix de la citoyenneté, extrêmement bien conçu sur lequel vous pourrez également participer à un quizz sur la citoyenneté et ainsi tester vos connaissances : https://www.prix-de-la-citoyenneté.fr

    Pour adhérer à l'association (vous recevrez alors une invitation à la remise des prix au salon des Ambassadeurs à Cannes. Une projection privée du film primé sera par ailleurs réalisée à l'automne 2018 à Paris, en compagnie de Laurent Cantet et des membres du jury) : https://www.helloasso.com/associations/clap-citizen-cannes/adhesions/bulletin-adhesion-prix-de-la-citoyennete-festival-de-cannes-2018

     INTERVIEW DE LINE TOUBIANA

    Line Toubiana est cofondatrice du prix de la citoyenneté, elle est également romancière. Je vous recommande ainsi vivement Un lieu à soi, écriture croisée sur deux lieux très différents, Cannes  et Beaumont du Gâtinais, petit village ignoré en campagne française, savoureux jeu d'oppositions et d'échos symboliques. Elle est aussi journaliste : retrouvez ici sa passionnante interview de Gilles Jacob dans son émission Le cinéma parlant pour son excellent Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes (dont je vous parle également longuement, ici, LE livre incontournable pour tous ceux que le Festival de Cannes intrigue ou intéresse). 

    Un lieu à soi Line Toubiana.jpg

     

    Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes de Gilles Jacob - Plon.gif

     

    Bonjour Line Toubiana,

    -Vous êtes cofondatrice de ce nouveau prix, le prix de la citoyenneté, une judicieuse initiative qui permettra de récompenser un film défendant des valeurs citoyennes parmi les films de la compétition officielle du Festival de Cannes. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce prix ?  En quoi, selon vous, un nouveau prix et celui-ci en particulier, était-il nécessaire ?

    L'idée de ce prix est née à la faveur du 70 ème anniversaire du Festival de Cannes qui rappelle la mémoire de Jean Zay, fondateur du Festival de Cannes. Il nous a semblé nécessaire de remettre à l'honneur les valeurs essentielles de la citoyenneté qui étaient siennes : résistance à l’oppression, humanisme, universalisme et laïcité.

    - On imagine aisément que la création d’un tel prix au sein du plus grand festival de cinéma au monde nécessite une importante logistique mais aussi des moyens conséquents. Pourquoi est-ce important d’adhérer à l’association ?

    Nous avons d’abord obtenu l’accord du président Pierre Lescure qui nous a assuré du soutien logistique du Festival. Nous avons de ce fait créé notre association Clap Citizen Cannes et avons demandé à Laurent Cantet (Palme d’or 2008) d’en être le Président. Les trois autres membres fondateurs, Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano  et moi-même sommes fiers de la constitution de notre jury dont le président est Abderrhamane Sissako.

    La mise en œuvre de ce Prix en amont, et sur place à Cannes, exige un investissement important et des partenaires. Si nous avons quelques contributions, celles-ci restent encore très justes. C’est pourquoi le soutien d’adhérents nombreux nous aiderait à réaliser cette manifestation dans de bonnes conditions. Je ne peux qu’encourager l’adhésion qui est en ligne sur notre site. Je tiens à signaler, si besoin est, que nous sommes tous les 4 fondateurs et organisateurs de ce Prix, parfaitement bénévoles.  Le site : https://www.prix-de-la-citoyenneté.fr

    Les adhérents seront invités à la projection du film primé en avant-première lors de la sortie nationale du film, à Paris ou à Cannes, en présence du réalisateur.

    Nous sommes ravis d’avoir également un partenariat au Festival de Cannes avec France média Monde qui va contribuer à donner un rayonnement et une visibilité internationale à notre prix.

    -Vous êtes également auteure (vous avez notamment coécrit Un lieu à soi  - Editions L’Harmattan, déclaration d’amour à Cannes, pleine de sensibilité et de douce mélancolie) mais aussi critique de cinéma. Vous animez ainsi une émission de cinéma. Et vous couvrez le Festival de Cannes depuis de nombreuses années. Depuis quand couvrez-vous ainsi le festival ? Quel regard portez-vous sur celui-ci et sur son évolution ? Si un film projeté dans le cadre du festival depuis sa création devait pour vous symboliser les valeurs que défend le prix de la citoyenneté, quel serait-il ?

    Cela fait effectivement très longtemps que je suis passionnée de cinéma, du Festival de Cannes et de la ville de Cannes. Comme l’indique le titre de mon ouvrage Un lieu à soi je me sens cannoise à part entière, mais aussi citoyenne du monde ! J’ai couvert le festival aussi bien pour la presse écrite que pour la radio et je l’ai vu grandir et évoluer jusqu’à devenir le plus grand évènement artistique mondial. Grâce à Gilles Jacob, ses prédécesseurs et successeurs, le Festival promeut le cinéma international d’auteur, de qualité, de haut niveau artistique. Si je garde bien sûr un regard quelque peu nostalgique sur l’Ancien Palais et le Blue bar, je ne suis pas moins admirative des proportions gigantesques qu’a pris ce festival d’année en année.

     Il est difficile de choisir un film le plus citoyen parmi des centaines, mais je mettrais en avant le cinéma  des frères Dardenne qui est le plus en accord avec les valeurs de ce prix.

    - Si vous aviez eu à remettre le prix de la citoyenneté parmi un film de la compétition officielle du Festival de Cannes  2017, lequel selon vous aurait le mieux incarné les valeurs défendues par le prix ?

    Sans hésiter pour le film The Square de Ruben Ostlund, film dérangeant et provocateur mais qui prône sans concession, avec force et talent, la nécessité de la vraie solidarité et de l’altruisme dans notre société en proie à la violence et à la misère.

    -Que pensez-vous de la sélection officielle 2018, en particulier au regard du prix de la citoyenneté qui sera décerné parmi un de ces films ?

    Il y a beaucoup de cinéastes engagés dans cette sélection très prometteuse des valeurs que défend ce Prix : Asghar Farhadi, Stéphane Brizé, Spike Lee, Kirill Serebrennikov… Mais un film citoyen n’est pas seulement militant. Je pense que le Jury a pour cette première année, la chance d’avoir une matière idéologique et artistique à débattre, de superbe tenue.

    - Vous avez l’honneur d’avoir pour président de l’association Laurent Cantet et pour président du jury de la première édition, Abderrhamane Sissako. Pouvez-vous nous dire en quoi ils incarnent les valeurs défendues par ce prix, les raisons de ces choix et comment ces derniers ont accueilli la création de ce prix ?

    Ces deux grands cinéastes se sont imposés tout naturellement dans le choix des deux présidences. Nous avons eu effectivement le grand honneur qu’ils acceptent tout aussi volontiers d’être les personnalités phares de l’association et du premier Jury du Prix de la citoyenneté.

    Leurs filmographies respectives interrogent le monde sur les questions de liberté, de tolérance, de transmission, de respect de l’homme et de sa dignité.. Aussi bien les films Timbuktu d’Abderrhamane Sissako qu’Entre les murs de Laurent Cantet portent, chacun à sa manière, au plus haut point, les valeurs que défend ce Prix d’une citoyenneté toujours vigilante.

    Pour plus de précision consulter le site du Prix de la Citoyenneté : https://www.prix-de-la-citoyenneté.fr

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  • CAPHARNAÜM de Nadine Labaki : Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes 2018

     

    capharnaum.jpg

     

    En mai dernier, en plus du Prix du Jury du Festival de Cannes, Capharnaüm, troisième long métrage de Nadine Labaki, recevait le Prix de la Citoyenneté. Une projection en avant-première du film a eu lieu la semaine dernière au CNC après la remise du prix à Cannes.

     

     Ci-dessus, le discours de Nadine Labaki au CNC la semaine dernière.

    Retrouvez, ci-dessous, après la critique du film, la présentation détaillée de ce Prix de la Citoyenneté avec, notamment, une interview de Line Toubiana, membre cofondatrice du prix avec Françoise Camet, Guy Janvier et Jean-Marc Portolano.

    Créé cette année et attribué par un jury de professionnels (présidé par Abderrahmane Sissako pour l’édition 2018), ce prix sera chaque année décerné à un des films de la compétition officielle du Festival de Cannes.  Le jury du Prix de la Citoyenneté visionne ainsi l’ensemble des films de la compétition officielle avant de choisir celui qui, parmi ceux-ci, se verra décerner cette noble récompense.

     

    Si, comme tous les ans, plusieurs films évoquaient l’âpreté du monde contemporain, le film de Nadine Labaki était sans aucun doute celui qui correspondait le mieux aux valeurs humanistes, laïques et universalistes défendues par ce prix.

    À l'intérieur d'un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : «  Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? », Zain lui répond : « Pour m'avoir donné la vie ! ». Capharnaüm retrace l'incroyable parcours de cet enfant en quête d'identité et qui se rebelle contre la vie qu'on cherche à lui imposer.

    Zain vit ainsi avec ses parents, frères et sœurs dans un appartement insalubre et spartiate qui appartient à un marchand du quartier pour lequel travaillent les enfants pour pouvoir payer le loyer. Ils transforment aussi des médicaments en stupéfiants avant de les revendre quand ils ne sont pas contraints de mendier dans la rue. Dans leur vie ne subsiste ainsi aucune lueur, ni d’enfance, ni de joie, ni d’espoir, comme dans le regard de Zain qui, à lui seul, semble exprimer toute la colère et la détresse de ses frères et sœurs face à ce quotidien misérable. Il ne s’adoucit qu’en présence de sa sœur Sahar dont il comprend rapidement qu’elle va être vendue au boutiquier. Après avoir tenté en vain et avec opiniâtreté  de la sauver de cette terrible destinée, il s’enfuit…

    Dès les premiers plans, le regard buté, boudeur, déterminé, et d’une tristesse insondable du petit Zain accroche notre attention et notre empathie pour ne plus les lâcher jusqu’à la respiration finale. Avant cela, constamment en mouvement, la caméra épouse sa fébrilité, et son énergie portée par sa rage contre les adultes, contre son destin, contre le malheur et la violence qui constamment s’abattent sur lui et qui le contraignent à en devenir un bien avant l’heure.

    Nous suivons Zain dans le chaos poussiéreux, ce dédale tentaculaire qu’est le bidonville de Beyrouth, ce capharnaüm gigantesque et oppressant. Téméraire, il tente de survivre malgré la dureté révoltante de son quotidien. Sur son chemin, il rencontre Cafardman, personnage burlesque, lunaire, drôle et tragique, qui semble là pour nous rappeler  que « l’humour est la politesse du désespoir ».  Ainsi, dans ce capharnaüm, même les héros de l’enfance ont le cafard. Zain dort d’abord dans un parc d’attractions, celui où travaille Cafardman. Plans sublimement tristes de Zain qui erre dans ce lieu censé être de jeu et de joie devenu fantomatique et sinistre, comme un vestige de son enfance à jamais inaccessible et révolue. Il y rencontre une immigrée éthiopienne qui a quitté son travail d’employée de maison après être tombée enceinte. Elle élève seule Yonas, son bébé qu’elle entoure et grise d’amour, qu’elle cache aux autorités de crainte qu’ils ne soient expulsés.  A la tendresse dont elle entoure son bébé, s’opposent l’indifférence glaciale et même la violence et les coups que Zain a subis de la part de ses parents. Quand elle disparait, il s’occupe pourtant du bébé, le nourrit, le trimballe partout avec lui, et déploie une force admirable pour celui-ci. Leur duo improbable est poignant, d’autant plus que le bébé est d’une rare expressivité et que la réalisatrice en fait un personnage à part entière. Malgré tout ce qu’il a affronté et subi, ce petit homme qu’est Zain, malgré ce regard duquel semble avoir disparu toute candeur, conserve en lui une humanité salvatrice qu’il déploie pour s’occuper de Yonas comme un pied-de-nez à ce cercle vicieux de la violence et de l’indifférence et de l’absence de tendresse.

    Capharnaüm de Nadine Labaki.jpg

    Les acteurs sont des non professionnels dont l'existence tragique ressemble à celle des personnages, et l’émotion qui se dégage du film en est décuplée. La réalisatrice s’est ainsi véritablement imprégnée  du réel. Elle  a effectué trois années de recherche et le tournage a duré six mois avec plus de 520 heures de rushes. Au premier rang des acteurs, Zain, qui porte le même prénom que son personnage, et qui se nomme Zain Al Rafeea, un petit Syrien de 14 ans, réfugié au Liban avec sa famille et découvert par une directrice de casting à Beyrouth.  Avec son naturel déconcertant, son énergie phénomènale, sa force, son regard noir et déterminé, il crève littéralement l’écran et nous emporte avec lui dans sa course folle contre le destin et contre cette roue du malheur qui semble tout emporter et broyer sur son passage, a fortiori l’humanité.

    Si dans la première version projetée à Cannes en mai dernier, la musique était parfois trop emphatique, en particulier au dénouement, cette nouvelle version resserrée présentée au CNC est absolument parfaite et quand enfin ce capharnaüm s’apaise, la lueur d’espoir qu’il laisse entrevoir est sidérante d’émotion. Comme une démonstration et une plaidoirie implacables du petit Zain et de tous les enfants qu’il représente. Le regard final face caméra, face au monde, face à nous et le sourire esquissé sont parmi les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Une respiration, enfin, après cette étouffante descente aux Enfers sans répit, malheureusement celle que vivent tant d’enfants comme le petit Zain. Ce n’est pas pour rien que Nadine Labaki joue l’avocate qui défend Zain dans le procès qui l’oppose à ses parents. Rarement l’enfance maltraitée aura connu telle plaidoirie. Ajoutez à cela un souffle romanesque, une réalisation vive et inspirée et vous obtiendrez un film bouleversant d’une rare intensité et d’une force incontestable. Oui, un film humaniste et universel, et citoyen : indéniablement.

    Quelques vidéos du jury du Prix de la Citoyenneté, de ses fondateurs, du Président de l'association Citizen Clap Laurent Cantet, et de Nadine Labaki à Cannes.

    Nadine Labaki à Cannes lors de la remise du Prix de la Citoyenneté

    Discours de Danièle Heymann, membre du jury du Prix de la Citoyenneté, lors de la remise du prix 

    Laurent Cantet à propos du Prix de la Citoyenneté à Cannes

    Abderrahmane Sissako à propos du Prix de la Citoyenneté à Cannes

    Line Toubiana lors de la présentation du film au CNC

     

    A propos du Prix de la Citoyenneté : présentation du prix

    Prix de la Citoyenneté du Festival de Cannes 2018.png

    Line Toubiana (retrouvez son interview en bas de cet article), Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano ont créé en 2017 une association, Clap Citizen Cannes. Ces quatre fondateurs de l'association, tous critiques et cinéphiles passionnés, sont attachés aux valeurs d'humanisme, d'universalisme et de laïcité de la Citoyenneté.   Le président  de l'association est Laurent Cantet (palme d'or 2008 pour  son mémorable Entre les murs).

    Laurent Cantet.jpg

    Photo - Copyright Haut et Court

    Cette association a pour but de décerner le prix de la citoyenneté  à un des films de la sélection officielle du Festival du Film International de Cannes dont l'édition 2018 aura lieu du 8 au 19 Mai.

    Le film primé incarnera des valeurs humanistes, laïques et universalistes. Le président du jury de la première édition du prix de la citoyenneté sera le cinéaste Abderrhamane Sissako.

    Sissako.jpg

    Timbuktu.jpg

    Le prix a obtenu le soutien et l’appui logistique de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, respectivement Directeur général et Délégué général du Festival de Cannes pour décerner ce "Prix de la Citoyenneté" qui sera remis à un film de la sélection officielle et pour la première fois à l’issue du Festival de  Cannes 2018.

    Encore un prix vous direz-vous certainement. Certes, mais celui-ci me semble tout particulièrement nécessaire "parce que le monde change et parce que notre société est de plus en plus ouverte sur le monde". Il  est ainsi  destiné à accompagner son évolution : "Quel meilleur vecteur que le cinéma et sa puissance créatrice pour évoquer, analyser et réfléchir à l'évolution des réalités humaines, sociales, politiques, territoriales ?" peut-on ainsi lire sur le site officiel du prix.

    Ce Prix s'inscrit dans 2 traditions :

    • Celle de la citoyenneté telle qu’elle a été définie dans la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen de 1789 
    - Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 
    • Celle de la résistance à l’oppression
     ...sous toutes ses formes que symbolise si bien Jean Zay, ministre de l’Education nationale et des Beaux-Arts qui a créé le premier Festival de Cannes en 1939, en opposition à la Mostra de Venise soutenue à l'époque par le pouvoir fasciste. 
     
    Cet prix met en avant des valeurs humanistes, des valeurs universalistes et des valeurs laïques. Ce nouveau « Prix »  célèbre ainsi l'engagement d'un film, d'un réalisateur et d'un scénariste en faveur de ces valeurs.   "Le prix de la citoyenneté du Festival International du Film de Cannes doit permettre l'émergence de valeurs humanistes, universelles et laïques, fondatrices d'une communauté de destins". Je vous recommande ainsi les pages passionnantes du site officiel du prix de la citoyenneté qui définissent ces valeurs.
     
    Abderrhamane Sissako  présidera le jury. Le Prix de la citoyenneté pour sa première édition pouvait difficilement trouver meilleur président tant ses films, dont son chef-d'œuvre Timbuktu, défendent ces valeurs.
    A ses côtés :
    -Francescoa Giai Via, critique de cinéma et professionnel de la culture et notamment directeur artistique du festival Annecy cinéma italien.
    -Danièle Heymann, journaliste française et critique de cinéma officiant notamment au Masque et la plume sur France inter. Elle a également été membre du jury du Festival de Cannes 1987.
    -Patrick Bézier, directeur général d'Audiens, groupe de protection sociale des secteurs de la culture, de la communication et des médias.
    -Léa Rinaldi, réalisatrice et productrice indépendante (Alea Films), spécialisée dans le documentaire d'immersion.

    Pour en savoir plus, je vous encourage à découvrir le site internet du prix de la citoyenneté, extrêmement bien conçu sur lequel vous pourrez également participer à un quizz sur la citoyenneté et ainsi tester vos connaissances : https://www.prix-de-la-citoyenneté.fr

    Pour adhérer à l'association (vous recevrez alors une invitation à la remise des prix au salon des Ambassadeurs à Cannes. Une projection privée du film primé sera par ailleurs réalisée à l'automne 2018 à Paris, en compagnie de Laurent Cantet et des membres du jury) : https://www.helloasso.com/associations/clap-citizen-cannes/adhesions/bulletin-adhesion-prix-de-la-citoyennete-festival-de-cannes-2018

     INTERVIEW DE LINE TOUBIANA

    Line Toubiana est cofondatrice du prix de la citoyenneté, elle est également romancière. Je vous recommande ainsi vivement Un lieu à soi, écriture croisée sur deux lieux très différents, Cannes  et Beaumont du Gâtinais, petit village ignoré en campagne française, savoureux jeu d'oppositions et d'échos symboliques. Elle est aussi journaliste : retrouvez ici sa passionnante interview de Gilles Jacob dans son émission Le cinéma parlant pour son excellent Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes (dont je vous parle également longuement, ici, LE livre incontournable pour tous ceux que le Festival de Cannes intrigue ou intéresse). 

    Un lieu à soi Line Toubiana.jpg

     

    Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes de Gilles Jacob - Plon.gif

     

    Bonjour Line Toubiana,

    -Vous êtes cofondatrice de ce nouveau prix, le prix de la citoyenneté, une judicieuse initiative qui permettra de récompenser un film défendant des valeurs citoyennes parmi les films de la compétition officielle du Festival de Cannes. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce prix ?  En quoi, selon vous, un nouveau prix et celui-ci en particulier, était-il nécessaire ?

    L'idée de ce prix est née à la faveur du 70 ème anniversaire du Festival de Cannes qui rappelle la mémoire de Jean Zay, fondateur du Festival de Cannes. Il nous a semblé nécessaire de remettre à l'honneur les valeurs essentielles de la citoyenneté qui étaient siennes : résistance à l’oppression, humanisme, universalisme et laïcité.

    - On imagine aisément que la création d’un tel prix au sein du plus grand festival de cinéma au monde nécessite une importante logistique mais aussi des moyens conséquents. Pourquoi est-ce important d’adhérer à l’association ?

    Nous avons d’abord obtenu l’accord du président Pierre Lescure qui nous a assuré du soutien logistique du Festival. Nous avons de ce fait créé notre association Clap Citizen Cannes et avons demandé à Laurent Cantet (Palme d’or 2008) d’en être le Président. Les trois autres membres fondateurs, Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano  et moi-même sommes fiers de la constitution de notre jury dont le président est Abderrhamane Sissako.

    La mise en œuvre de ce Prix en amont, et sur place à Cannes, exige un investissement important et des partenaires. Si nous avons quelques contributions, celles-ci restent encore très justes. C’est pourquoi le soutien d’adhérents nombreux nous aiderait à réaliser cette manifestation dans de bonnes conditions. Je ne peux qu’encourager l’adhésion qui est en ligne sur notre site. Je tiens à signaler, si besoin est, que nous sommes tous les 4 fondateurs et organisateurs de ce Prix, parfaitement bénévoles.  Le site : https://www.prix-de-la-citoyenneté.fr

    Les adhérents seront invités à la projection du film primé en avant-première lors de la sortie nationale du film, à Paris ou à Cannes, en présence du réalisateur.

    Nous sommes ravis d’avoir également un partenariat au Festival de Cannes avec France média Monde qui va contribuer à donner un rayonnement et une visibilité internationale à notre prix.

    -Vous êtes également auteure (vous avez notamment coécrit Un lieu à soi  - Editions L’Harmattan, déclaration d’amour à Cannes, pleine de sensibilité et de douce mélancolie) mais aussi critique de cinéma. Vous animez ainsi une émission de cinéma. Et vous couvrez le Festival de Cannes depuis de nombreuses années. Depuis quand couvrez-vous ainsi le festival ? Quel regard portez-vous sur celui-ci et sur son évolution ? Si un film projeté dans le cadre du festival depuis sa création devait pour vous symboliser les valeurs que défend le prix de la citoyenneté, quel serait-il ?

    Cela fait effectivement très longtemps que je suis passionnée de cinéma, du Festival de Cannes et de la ville de Cannes. Comme l’indique le titre de mon ouvrage Un lieu à soi je me sens cannoise à part entière, mais aussi citoyenne du monde ! J’ai couvert le festival aussi bien pour la presse écrite que pour la radio et je l’ai vu grandir et évoluer jusqu’à devenir le plus grand évènement artistique mondial. Grâce à Gilles Jacob, ses prédécesseurs et successeurs, le Festival promeut le cinéma international d’auteur, de qualité, de haut niveau artistique. Si je garde bien sûr un regard quelque peu nostalgique sur l’Ancien Palais et le Blue bar, je ne suis pas moins admirative des proportions gigantesques qu’a pris ce festival d’année en année.

     Il est difficile de choisir un film le plus citoyen parmi des centaines, mais je mettrais en avant le cinéma  des frères Dardenne qui est le plus en accord avec les valeurs de ce prix.

    - Si vous aviez eu à remettre le prix de la citoyenneté parmi un film de la compétition officielle du Festival de Cannes  2017, lequel selon vous aurait le mieux incarné les valeurs défendues par le prix ?

    Sans hésiter pour le film The Square de Ruben Ostlund, film dérangeant et provocateur mais qui prône sans concession, avec force et talent, la nécessité de la vraie solidarité et de l’altruisme dans notre société en proie à la violence et à la misère.

    -Que pensez-vous de la sélection officielle 2018, en particulier au regard du prix de la citoyenneté qui sera décerné parmi un de ces films ?

    Il y a beaucoup de cinéastes engagés dans cette sélection très prometteuse des valeurs que défend ce Prix : Asghar Farhadi, Stéphane Brizé, Spike Lee, Kirill Serebrennikov… Mais un film citoyen n’est pas seulement militant. Je pense que le Jury a pour cette première année, la chance d’avoir une matière idéologique et artistique à débattre, de superbe tenue.

    - Vous avez l’honneur d’avoir pour président de l’association Laurent Cantet et pour président du jury de la première édition, Abderrhamane Sissako. Pouvez-vous nous dire en quoi ils incarnent les valeurs défendues par ce prix, les raisons de ces choix et comment ces derniers ont accueilli la création de ce prix ?

    Ces deux grands cinéastes se sont imposés tout naturellement dans le choix des deux présidences. Nous avons eu effectivement le grand honneur qu’ils acceptent tout aussi volontiers d’être les personnalités phares de l’association et du premier Jury du Prix de la citoyenneté.

    Leurs filmographies respectives interrogent le monde sur les questions de liberté, de tolérance, de transmission, de respect de l’homme et de sa dignité.. Aussi bien les films Timbuktu d’Abderrhamane Sissako qu’Entre les murs de Laurent Cantet portent, chacun à sa manière, au plus haut point, les valeurs que défend ce Prix d’une citoyenneté toujours vigilante.

    Pour plus de précision consulter le site du Prix de la Citoyenneté : https://www.prix-de-la-citoyenneté.fr