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Cannes - Page 5

  • Les Chefs Font Leur Cinéma à Cannes : casting de rêve pour l’édition 2017 !

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    Retrouvez ce même article sur mon site http://inthemoodforhotelsdeluxe.com, en cliquant ici.

    Chaque année, je vous parle ici de la formidable initiative "Les Chefs font leur Cinéma à Cannes" organisée par Nespresso sur la plage devenue éponyme le temps du festival.

    C'est avec d'autant plus d'enthousiasme que je vais vous en parler cette année que, au programme, figure mon chef préféré (Pierre Gagnaire, je vous avais ainsi parlé sur Inthemoodforhotelsdeluxe.com de ma visite de son restaurant mais aussi du formidable dîner des 65 ans du Festival de Cannes dont il était le chef -cf mes photos ci-dessous-  ) et, cerise sur le gâteau, celui-ci orchestrera des dîners qui auront pour thématique mon cinéaste de prédilection (Claude Sautet, et pour l'occasion en bas de cet article, je vous propose ma critique de "Un cœur en hiver", chef-d'œuvre du cinéaste moins connu que ses autres films comme "César et Rosalie" dont vous pouvez également retrouver ma critique, ici) mais aussi notamment Arnaud Tabarec, éminent chef de l'Hôtel Five Seas de Cannes (qui compte désormais un nouveau restaurant Le Roof dont je vous parlerai ultérieurement). J'aurai l'immense joie de déguster la cuisine de Pierre Gagnaire à cette occasion. Vous pourrez bien sûr retrouver mon récit de ce grand moment ici et sur http://inthemoodforhotelsdeluxe.com.

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    Vous pouvez ainsi retrouver, en cliquant ici, mon compte rendu de mon dîner signé Jean-François Piège sur la plage Nespresso au Festival de Cannes 2016 (quelques photos ci-dessous).

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    Retrouvez également mon compte rendu de mon dîner signé Florent Ladeyn sur la plage Nespresso au Festival de Cannes 2015, en cliquant ici (photo ci-dessous).

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    Cette année, Du 17 au 28 mai 2017, Nespresso fêtera le 10ème anniversaire de son partenariat avec le Festival International du Film de Cannes.

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    Réveil en douceur(s) avec les Petits Déjeuners Vertuo 

    Cham­pion du Monde de Pâtis­se­rie, le Chef Jérôme de Oli­veira confec­tion­nera des petits déjeu­ners gas­tro­no­miques à La Plage Nes­presso les jeudi 18, samedi 20, dimanche 21 et mer­credi 24 mai 2017. Outre ses déli­cieuses vien­noi­se­ries, brioches aux pra­lines roses, flans et autres Bubble Cakes arti­sa­naux, Jérôme de Oli­veira dévoi­lera son exquise Tarte Confi­dences au café ver­tuo. L'en­semble des mer­veilles sucrées éla­bo­rées par le Chef sera pro­posé en accord avec les Grands Crus Ver­tuo. L'oc­ca­sion pour les fes­ti­va­liers de bien com­men­cer la jour­née et de (re)décou­vrir le café au for­mat Mug. 

    Les Chefs font leur Cinéma

    Au dîner, les Chefs se suc­cé­de­ront et déli­vre­ront tour à tour leur inter­pré­ta­tion de l'uni­vers d'un réa­li­sa­teur. Chaque soir, une soixan­taine de convives vivra ainsi une expé­rience très convoi­tée tant gas­tro­no­mique que ciné­ma­to­gra­phique.

    Cette année, ce sont Arnaud Taba­rec (Res­tau­rant Le Roof, Cannes), Pierre Gagnaire (Res­tau­rant Pierre Gagnaire, Paris, 3*** Miche­lin), Arnaud Faye (Res­tau­rant La Chèvre d'or, Èze, 2** Miche­lin) et Ales­san­dro Negrini (Res­tau­rant Il Luogo di Aimo e Nadia, Milan, 2** Miche­lin) qui ont été rete­nus au cas­ting de ces dîners d'ex­cep­tion sur la Plage Nes­presso. 

    Au sein d'une ambiance rap­pe­lant l'uni­vers d'un réa­li­sa­teur, les Chefs offri­ront à dégus­ter une ou plu­sieurs recettes construites autour des Grands Crus d'ex­cep­tion Nepal Lam­jung et Kili­man­jaro Pea­berry. Issus de ter­roirs rares, ces cafés Pure Ori­gine ont été conçus pour offrir de nou­velles expé­riences et des saveurs inédites aux clients des tables étoi­lées. 

    Jeudi 18 mai 2017, Arnaud Taba­rec ouvrira les fes­ti­vi­tés avec un "Flying Din­ner" ren­dant hom­mage à l'uni­vers coloré de Pedro Almo­do­var (pré­sident du Jury du Fes­ti­val de Cannes 2017). 

    Dans une ambiance typi­que­ment espa­gnole, le Chef du res­tau­rant can­nois Le Roof pro­po­sera une ribam­belle de tapas gas­tro­no­miques, parmi les­quels un oeuf par­fait en cap­puc­cino "cham­pi­gnons-ara­bica" ou encore une bou­chée de pou­let pané au cho­rizo, jus infusé au Grand Cru Indriya from India.

    Vér­itable monu­ment de la gas­tro­no­mie, l’ico­no­claste Pierre Gagnaire pren­dra la suite les ven­dredi 19 et samedi 20 mai 2017 pour des dîners aussi sen­sibles et ins­pi­rés que l’uni­vers de Claude Sau­tet, ré­al­is­ateur choisi par le Chef. Pas­sion­né de cine­́ma et pro­fon­de­́ment tou­ché par le « por­trai­tiste du cine­́ma fran­çais », Pierre Gagnaire contera ses his­toires gas­tro­no­miques autour de plats aux saveurs éto­nnantes, à l’image de l’au­da­cieux Cro­quant gla­cé à la vanille Tahaa, asperge verte, morilles et cara­mel au Grand Cru Exclu­sive Selec­tion Nepal Lam­jung. 

     

    Autre sur­doué de la cui­sine Fran­çaise, Arnaud Faye, réce­mment nom­mé à la tête du res­tau­rant La Chèvre d’Or où il défend deux étoiles, se frot­tera lui aussi à l’uni­vers cha­leu­reux de Pedro Almodo­́var lors de dîners les mardi 23 et mer­credi 24 mai 2017. Sen­sible à l’uni­vers très humain du ré­al­is­ateur espa­gnol, Arnaud Faye affirme que cui­sine et cine­́ma ont de com­mun l’en­vie de pro­cu­rer des sen­sa­tions. Son ém­otion, le Chef la par­ta­gera notam­ment au tra­vers d’un explo­sif « bomba » aérien, auber­gine confite et Grand Cru Exclu­sive Selec­tion Kili­man­jaro Pea­berry. 

     

    Enfin, Ales­san­dro Negrini, aco­lyte de Fabio Pisani au res­tau­rant dou­ble­ment éto­ilé Il Luogo di Aimo e Nadia à Milan, clo­̂t­ur­era le bal le ven­dredi 26 mai 2017. Pour son dîner, le Chef Ita­lien ren­dra hom­mage à l’uni­vers d’un autre ita­lien : Mat­teo Gar­rone (Gomorra, Tale of Tales). Tou­ché par la poe­́sie et la « force de la matière brute » se dég­ageant des œuvres du ré­al­is­ateur, Ales­san­dro Negrini rég­al­era ses convives de mets cré­atifs, construits autour de pro­duits ita­liens d’ex­cep­tion tels que la scar­moza fumée, la ricotta de buf­flonne, le risotto Car­na­roli ou encore l’huile d’olive de Nocel­lara. Sobre­ment inti­tu­lé « Black cof­fee & Lemon » son des­sert au Grand Cru Exclu­sive Selec­tion Kili­man­jaro Pea­berry pro­met des sen­sa­tions gas­tro­no­miques inédites. Nul doute qu’au cœur de l’am­biance can­noise, les quelques pri­vi­le­́giés invi­tés aux dîners Nes­presso vivront des ins­tants culi­naires d’ex­cep­tion. 

     

    Informations pratiques :

    La Plage Nes­presso sera ouverte du 17 au 27 mai 2017. Elle accueillera en libre accès tous les jour­na­listes accre­́d­ités au Fes­ti­val de Cannes (en face de l’Ho­̂tel Mar­riott).

    Les Petits déje­uners Ver­tuo se déro­ul­eront les jeudi 18, samedi 20, dimanche 21 et mer­credi 24 mai 2017 (petits-déje­uners signés par le Cham­pion du Monde de la Pâti­ss­erie, Jérôme de Oli­veira).

    Les dîners « Les Chefs font leur Cine­́ma » auront lieu :


    - Jeudi 18 mai 2017 – Flying Din­ner Hom­mage à Pedro Almodo­́var par Arnaud Taba­rec

    - Ven­dredi 19 et Samedi 20 mai 2017 – Dîner Hom­mage à Claude Sau­tet par Pierre Gagnaire

    - Mardi 23 et mer­credi 24 mai 2017 – Dîner Hom­mage à Pedro Almodo­́var par Arnaud Faye

    - Ven­dredi 26 mai 2017 – Dîner Hom­mage à Mat­teo Gar­rone par Ales­san­dro Negrini

    Pour la sep­tième année, Nes­presso sou­tient les talents de demain au tra­vers du Grand Prix Nes­presso, déce­rné par le Jury de la Semaine de la Cri­tique pre­́s­idé cette année par Kle­ber Men­don­ça Filho. Cette réco­mpense a vu éme­rger des cinéastes aussi talen­tueux que l’ame­́r­icain Jeff Nichols ou l’ar­gen­tin San­tiago Mitre.

     

    A  l’occasion du 70ème Festival de Cannes, Nespresso mettre à l’honneur la création sous toutes ses formes. Le Grand Prix Nespresso de le Semaine de la Critique et la deuxième édition du concours Nespresso Talents révéleront les talents émergents ; alors que gastronomie et cinéma évolueront main dans la main lors de dîners célébrant le 7ème art, confectionnés par de grands Chefs.

    De jour comme de nuit, La Plage Nespresso sera une fois encore le théâtre des plus belles festivités de cette nouvelle quinzaine cannoise.

    Des engagements en faveur de la jeune création

    Pour la septième année, Nespresso soutient les talents de demain au travers du Grand Prix Nespresso, décerné par le Jury de la Semaine de la Critique présidé cette année par Kleber Mendonça Filho.

    Cette récompense a vu émerger des cinéastes aussi talentueux que l’américain Jeff Nichols ou l’argentin Santiago Mitre.

    Lancé en 2016, le concours Nespresso Talents permet quant à lui aux cinéastes professionnels comme aux amateurs d’exprimer leur créativité. La compétition repousse les limites de la réalisation classique en demandant aux participants de tourner leurs films au format vertical (9:16), un angle entièrement inédit. Ouvert aux candidatures depuis le 11 février jusqu’au 7 avril 2017 sur une plateforme dédiée, Nespresso Talents permettra aux apprentis cinéastes sélectionnés de remporter des fonds de financement et un voyage exclusif au Festival de Cannes 2017, où ils seront mis à l’honneur.

    La Plage Nespresso dès les premiers rayons de soleil

    Investie par tous les festivaliers depuis plusieurs années, La Plage Nespresso reprend du service en 2017. Vivant au rythme du festival, La Plage offre un cadre privilégié pour prolonger l’expérience cannoise de la plus belle façon qui soit.

    Cette année, ce lieu d’exception s’animera dès 9h du matin, avec des petits déjeuners signés par le Chef Pâtissier Jérôme de Oliveira, où le café Nespresso Vertuo coulera à flots.

    A midi, les festivaliers prendront place sur la terrasse pour un déjeuner avec vue sur la Méditerranée ; alors que le bar de La Plage accueillera les rendez-vous, séances photo ou les pauses entre deux projections des professionnels.

     

    La Plage Nespresso

    Boulevard de la Croisette

    06400 Cannes

    www.nespresso.com/cannes

    Retrouvez également ces informations sur le site de l'Agence 14 septembre, ici.

    Critique de UN COEUR EN HIVER  de Claude Sautet

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     Lorsqu’on me demande mon film culte,  je cite le plus souvent soit « Le Guépard » de Luchino Visconti, soit « Un cœur en hiver » de Claude Sautet, suscitant régulièrement la perplexité chez mes interlocuteurs concernant le second, et la mienne en retour de constater que beaucoup ne connaissent pas ce film. Je l’ai revu hier après deux ou trois ans et la fascination est restée intacte. Après un certain nombre de visionnages, il me bouleverse, me fascine et m’intrigue toujours autant. Si vous ne l’avez pas encore vu, ou si vous l’avez vu mais n’en gardez qu’un souvenir mitigé je vais essayer de vous convaincre de (re)voir ce film que je considère comme un chef d’œuvre. « Un cœur en hiver » est adapté d’une nouvelle « La Princesse Mary » extraite d’un recueil de nouvelles de Lermontov « La Princesse Mary » mais également inspiré de la vie de Maurice Ravel.

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    Maxime (André Dussolier) et Stéphane (Daniel Auteuil) sont (apparemment) amis et travaillent ensemble dans l’atmosphère feutrée d’un atelier de lutherie. Les violons sont toute la vie de Stéphane, contrairement à Maxime qui vient de tomber amoureux d’une jeune violoniste, Camille (Emmanuelle Béart), rapidement intriguée puis attirée par la retenue singulière de Stéphane. Pour Stéphane, véritable « cœur en hiver », ce n’est qu’un jeu dont il conte l’évolution à son amie Hélène (Elisabeth Bourgine). Stéphane semble n’aimer qu’une seule personne au monde : son maître de violon, Lachaume (Maurice Garrel).

     Sur la tombe de Claude Sautet au cimetière Montparnasse, il est écrit : « Garder le calme devant la dissonance », voilà probablement la phrase qui définirait aussi le mieux son cinéma et peut-être même le mieux « Un cœur en hiver » : d’abord parce que son cinéma est un cinéma de la dissonance, de l’imprévu, de la note inattendue dans la quotidienneté (ici, l’arrivée de Camille dans la vie de Maxime et par conséquent dans celle de Stéphane comme c’est le cas de l’arrivée de David dans « César et Rosalie » ou de Nelly dans « Nelly et Monsieur Arnaud ») et ensuite parce que cette épitaphe fait référence à la passion de Claude Sautet pour la musique, une passion qui s’exprime pleinement ici puisque la musique est un personnage à part entière. Le tempo des films de Sautet est ainsi réglé comme une partition musicale, impeccablement rythmée, une partition dont on a l’impression qu’en changer une note ébranlerait l’ensemble de la composition.

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    C’est par elle, la musique, que Camille s’exprime (d’ailleurs Maxime le dira, elle ne se livre que lorsqu’elle joue) : tantôt sa mélancolie, sa violence (ainsi cette scène où elle enregistre en studio et qu’elle manie l’archet comme une lame tranchante), son désarroi, ses espoirs. C’est aussi à travers elle que Stéphane ressent et exprime ses (rares) émotions notamment lorsqu’un « c’est beau » lui échappe après avoir écouté Camille jouer. La musique ici, aussi sublime soit-elle (celle des  sonates et trio de Ravel) n’est pas forcément mélodieuse mais exprime la dissonance que connaissent les personnages. C’est un élément d’expression d’une force rare, bien plus que n’importe quel dialogue.

    La passion est donc celle pour la musique mais aussi celle qui s’exprime à travers elle, l’autre : la passion amoureuse. Celle qui s’empare de Camille pour cet homme hermétique au regard brillant, transperçant qui la fascine, l’intrigue, la désempare.  Le trouble s’empare d’elle dès sa première répétition à laquelle Stéphane assiste. Elle ne parvient pas à jouer, dit qu’elle reprendra un autre jour et puis quand Stéphane quitte la pièce, elle reprend comme si de rien n’était. Ensuite, venue rejoindre Maxime dans l’atelier de lutherie, ce dernier occupé, elle l’attend en compagnie de Stéphane et lui confie ce qu’elle n’avait jamais dit à personne, lui parlant de ses rapports compliqués avec son agent et amie Régine (Brigitte Catillon). Enfin, troisième rencontre déterminante : Stéphane vient la voir jouer, seul, sans Maxime pour la première fois. Ils s’évadent un instant de la répétition pour aller boire un café après avoir traversé la rue sous la pluie. Leurs mains s’effleurent presque subrepticement, négligemment. Stéphane la protège de la pluie avec sa veste. Puis, il l’écoute assis au café, avec son regard scrutateur. Puis, c’est l’absence et le silence de Stéphane mais c’est trop tard : Camille est déjà bouleversée, amoureuse. A priori, racontées ainsi rien d’extraordinaire dans ces trois scènes, pourtant le scénario et la mise en scène de Sautet et surtout ses personnages sont d’une telle richesse que chacune d’elle est plus haletante qu’une scène d’un palpitant thriller. Aucun plan n’est inutile. Comme dans un thriller, chaque plan a une implication sur la résolution.

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     Tous les films de Sautet se caractérisent d’ailleurs aussi par le suspense (il était fasciné par Ford et Hawks ) : le suspense sentimental avant tout, concourant à créer des films toujours haletants et fascinants.  Claude Sautet citait ainsi souvent la phrase de Tristan Bernard : « il faut surprendre avec ce que l’on attend ». On ne peut certainement pas reprocher au cinéma de Claude Sautet d’être démesurément explicatif, c’est au contraire un cinéma de l’implicite, des silences et du non-dit. Pascal Jardin disait  de Claude Sautet qu’il « reste une fenêtre ouverte sur l’inconscient ».

    Le souffle du spectateur est suspendu à chaque regard (le regard tellement transperçant de Stéphane, ou de plus en plus troublé de Camille) à chaque note, à chaque geste d’une précision rare. Je n’ai encore jamais trouvé au cinéma de personnages aussi « travaillés » que Stéphane, ambigu, complexe qui me semble avoir une existence propre, presque exister en dehors de l’écran. Là encore comme un thriller énigmatique, à chaque fois je l’interprète différemment, un peu aussi comme une sublime musique ou œuvre d’art qui à chaque fois me ferait ressentir des émotions différentes. Stéphane est-il vraiment indifférent ? Joue-t-il un jeu ? Ne vit-il qu’à travers la musique ? « La musique c’est du rêve » dit-il. Ou, selon cette citation de La Rochefoucauld que cite Sautet  fait-il partie de ceux qui pensent que« Peu de gens seraient amoureux si on ne leur avait jamais parlé d’amour » ? A-t-il peur d’aimer ? Ou n’y croit-il simplement pas ? Est-il sincère quand il dit avec une froide tranquillité que Maxime n’est pas un ami, juste « un partenaire ».

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    Le film commence ainsi de nuit dans l’atelier et se termine de jour dans un café et entre ces deux moments, Stéphane passera de l’ombre à la lumière, d’une personnalité ombrageuse à (peut-être, là aussi, l’interprétation varie à chaque visionnage) un homme capable d’aimer. Un personnage assez proche du personnage de Martial dans « Quelques jours avec moi » (un autre film de Sautet méconnu que je vous recommande, où son regard se fait encore plus ironique et acéré, un film irrésistiblement drôle et non dénué de –douce-cruauté).  « Les films de Claude Sautet touchent tous ceux qui privilégient les personnages par rapport aux situations, tous ceux qui pensent que les hommes sont plus importants que ce qu’ils font (..). Claude Sautet c’est la vitalité. » disait ainsi Truffaut.

    Et puis certaines scènes font pour moi partie des plus belles et cruelles du cinéma. Cette scène où dans une voiture, Camille lui avoue l’amour qu’il lui inspire et se livre à lui, ce à quoi Stéphane répond avec tranquillité, jubilation peut-être, froidement en tout cas : « je ne vous aime pas ». Cette scène me glace le sang à chaque fois. Et puis la scène où Camille veut l’humilier à son tour. Elle se maquille outrageusement, le rejoint au café où il a ses habitudes où il dîne avec son amie Hélène. Camille lui crie sa rancœur, sa passion, cherche à l’humilier. La scène est tranchante, violente et sublime comme la musique de Ravel jouée par Camille.

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    Et puis comment ne pas parler de la distribution, absolument parfaite, à commencer par Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart, sans aucun doute leurs meilleurs rôles auxquels ils semblent se livrer (ou se cacher) corps et âme, d’autant plus ambigus puisqu’ils vivaient alors ensemble. Emmanuelle Béart est à la fois mystérieuse, sensuelle, forte, fragile, fière, brisée, passionnée et talentueuse (elle apprit ainsi le violon pendant un an). Daniel Auteuil donne vie à ce Stéphane énigmatique, opaque, cinglant, glacial, austère qui se définit lui-même comme sournois, parfois révoltant, parfois touchant avec ce regard perçant, tantôt terriblement là ou terriblement absent. L’un comme l’autre, dans leurs regards, expriment une multitude d’émotions ou de mystères. Mais il ne faudrait pas non plus oublier les seconds rôles : André Dussolier, personnage digne qui échappe au cliché de l’amant trompé et qui obtint d’ailleurs le César du meilleur second rôle. Jean-Luc Bideau qui dans une scène courte mais intense aligne les clichés sur la culture et l’élitisme (magnifique scène de dialogue où là aussi Stéphane dévoile une trouble (et pour Camille troublante) facette de sa personnalité). Myriam Boyer, Brigitte Catillon, Elisabeth Bourgine (les femmes de l’ombre avec, chacune à leur manière, une présence forte et déterminante).

     « Un cœur en hiver »  obtint le lion d’argent à Venise. Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart passèrent à côté des César de meilleurs acteurs (que leur ravirent Claude Rich pour « Le souper » et Catherine Deneuve, pour « Indochine »). Claude Sautet obtint néanmoins le césar du meilleur réalisateur (le seul avec celui de Dussolier malgré sept nominations) et celui du meilleur film fut cette année-là attribué à Cyril Collard pour « Les nuits fauves ». Tous les postes du film auraient mérités d’être récompensés : le scénario, l’image d’Yves Angelo, le travail sur la musique de Philippe Sarde, le scénario  de Jacques Fieschi et Claude Sautet…

    On retrouve là encore ce qui caractérise les films de Claude Sautet : les scènes de groupe (dont « Vincent, François, Paul et les autres est le film emblématique) et la solitude dans et malgré le groupe, l’implicite dans ce qui n’est pas- les ellipses- comme dans ce qui est-les regards- (Ah le regard tranchant de Daniel Auteuil! Ah, ce dernier plan !), des scènes de café ( « A chaque film, avouait Sautet, je me dis toujours : non, cette fois tu n’y tournes pas. Et puis, je ne peux pas m’en empêcher. Les cafés, c’est comme Paris, c’est vraiment mon univers. C’est à travers eux que je vois la vie. Des instants de solitude et de rêvasseries. ») les personnages filmés à travers les vitres de ces mêmes cafés, des scènes de pluie qui sont souvent un élément déclencheur, des scènes de colère (peut-être inspirées par les scènes de colère incontournables dans les films de Jean Gabin, Sautet ayant ainsi revu « Le jour se lève » …17 fois en un mois!), des femmes combatives souvent incarnées par Romy Schneider puis par Emmanuelle Béart, des fins souvent ouvertes et avant tout un cinéma de personnages : César, Rosalie, Nelly, Arnaud, Vincent, François, Paul, Max, Mado, …et les autres, des personnages égarés affectivement et/ou socialement, des personnages énigmatiques et ambivalents.

     On a souvent dit de Claude Sautet était le peintre de la société des années 70 mais en réalité la complexité des sentiments de ses personnages disséquée avec une rare acuité est intemporelle.  S’il est vrai que la plupart de ses films sont des tableaux de la société contemporaine, notamment de la société d’après 1968, et de la société pompidolienne, puis giscardienne, et enfin mitterrandienne,  ses personnages et les situations dans lesquelles il les implique sont avant tout universels, un peu comme « La Comédie Humaine » peut s’appliquer aussi bien à notre époque qu’à celle de Balzac.

    Le personnage de Stéphane ne cessera jamais de m’intriguer, intrigant le spectateur comme il intrigue Camille, exprimant tant d’ambiguïté dans son regard brillant ou éteint. Hors de la vie, hors du temps. Je vous le garantis, vous ne pourrez pas oublier ce crescendo émotionnel jusqu’à ce plan fixe final polysémique qui vous laisse ko et qui n’est pas sans rappeler celui de Romy Schneider à la fin de « Max et les ferrailleurs » ou de Michel Serrault (regard absent à l’aéroport) dans « Nelly et Monsieur Arnaud » ou de Montand/Frey/Schneider dans « César et Rosalie ». Le cinéma de Claude Sautet est finalement affaire de regards, qu’il avait d’une acuité incroyable, saisissante sur la complexité des êtres, et jamais égalée. Alors que le cinéma est de plus en plus univoque, explicatif, c’est plus que salutaire.

     Une histoire d’amour, de passion(s), cruelle, intense, poétique, sublime, dissonante, mélodieuse, contradictoire, trouble et troublante, parfaitement écrite, jouée, interprétée, mise en lumière, en musique et en images.

    Un peu comme l’ours en peluche du « Jour se lève » qui a un œil qui rit et un autre qui pleure, nous ressortons des films de Sautet et de celui-là en particulier, entre rires et larmes, bouleversés, avec l’envie de vivre plus intensément encore car là était le véritable objectif de Claude Sautet : nous « faire aimer la vie »…et il y est parvenu, magistralement. Personne après lui n’a su nous raconter des « histoires simples » aux personnages complexes qui nous parlent aussi bien de « choses de la vie ».

    Claude Sautet, en 14 films, a su imposer un style, des films inoubliables, un cinéma du désenchantement enchanteur, d’une savoureuse mélancolie, de l’ambivalence et de la dissonance jubilatoires, une symphonie magistrale dont chaque film est un morceau unique indissociable de l’ensemble, et celui-ci pour moi le plus beau et bouleversant.

    Retrouvez également ma critique de "César et Rosalie" de Claude Sautet en cliquant ici.

    FILMOGRAPHIE  DE CLAUDE SAUTET

    Né à Montrouge (près de Paris) en 1924, Claude Sautet est mort à Paris le samedi 22 juillet 2000 à l’âge de soixante-seize ans…

     Longs-métrages réalisés par Claude Sautet

     Bonjour sourire (1955)

    Classe tous risques (1960)

     L’Arme à gauche (1965)

    Les Choses de la vie (1970)

     Max et les Ferrailleurs (1970)

    César et Rosalie (1972)

    Vincent, François, Paul et les autres (1974)

    Mado (1976)

    Une histoire simple (1978)

     Un mauvais fils (1980)

    Garçon ! (1983)

    Quelques jours avec moi (1988)

    Un cœur en hiver (1991)

     Nelly et Monsieur Arnaud (1995)

     

     A voir : le documentaire de N.T.Binh  « Claude Sautet ou la magie invisible »

    A noter: Claude Sautet a également travailler comme ressemeleur de scénarii pour de nombreux cinéastes et notamment sur  (parmi de nombreux autres films ) « Borsalino » de Jacques Deray.

  • La conférence de presse du Festival de Cannes 2017 en direct ici ce jeudi 13 avril à 11H


    Conférence de Presse - Festival de Cannes 2017... par CannesFestTV  

     

    En attendant de suivre le 70ème Festival de Cannes en direct sur mes blogs Inthemoodforcannes.com, Inthemoodforcinema.com et Inthemoodforfilmfestivals.com mais aussi sur mes réseaux sociaux (twitter : @Sandra_Meziere et @moodforcannes, Instagram : @sandra_meziere et Facebook : http://facebook.com/inthemoodforcannes ), suivez la conférence de presse officielle avec l'annonce de la sélection sur le Dailymotion  Festival de Cannes (ci-dessus), YouTube, et les comptes officiels du festival Facebook et twitter.  A 11h ce jeudi ! Les annonces promettent d'être enthousiasmantes pour cette édition anniversaire ! A ne pas manquer.

     


    Bande Annonce TV Festival de Cannes 2017 par CannesFestTV

  • L'affiche du Festival de Cannes 2017 : Claudia Cardinale à l'honneur !

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    Crédit de l’affiche

    Bronx (Paris). Photo : Claudia Cardinale © Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images

    L’agence Bronx (Paris) / www.bronx.fr signe l’affiche du 70e Festival de Cannes.

    L’identité visuelle a été créée par Philippe Savoir (Filifox) / www.filifox.com.

    Cette édition 2017 du Festival de Cannes s'annonce décidément joyeuse, festive, audacieuse, étincelante ( rouge et or), virevoltante, glamour si on en croit la sublime affiche de cette année mettant en scène une Claudia Cardinale libre et rayonnante, après les annonces concernant la maîtresse des cérémonies (Monica Bellucci) et le président du jury (Pedro Almodovar). Nous connaitrons le programme de cette édition anniversaire du festival lors de la conférence de presse officielle du 13 avril, sur les Champs-Elysées.

    Le festival a ainsi choisi "cette comédienne aventurière, cette femme indépendante, cette citoyenne engagée. La politique d’ouverture et d’accueil va souffler cette année, comme chaque année, sur la Croisette, pendant 12 jours d’images d’un monde qui ose se dire, se montrer, se regarder."

    Voilà ce qu'a déclaré Claudia Cardinale:


    « En plus d’être honorée et fière d’avoir été choisie pour porter les couleurs de la 70e édition de Cannes, commente Claudia Cardinale, je suis très heureuse du choix de cette photo. C’est l’image même que je me fais de ce Festival : un rayonnement. Cette danse sur un toit de Rome, c’était en 1959. Nul ne se souvient du nom du photographe, je l’ai oublié aussi. Mais cette photo me rappelle mes débuts, et une époque où je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour monter les marches du plus célèbre palais du cinéma. Joyeux anniversaire ! »

    Ci-dessous, mes photos de l'inoubliable projection du "Guépard" en version restaurée, dans le cadre du Festival de Cannes.

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    Vous pourrez bien entendu suivre le festival en direct sur mes blogs Inthemoodforcinema.com, Inthemoodforfilmfestivals.com et Inthemodforcannes.com et sur mes réseaux sociaux:

    Twitter: @Sandra_Meziere / @moodforcannes

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    Facebook : http://facebook.com/inthemoodforcannes

  • Le 70ème Festival de Cannes sur mon blog "In the mood for Cannes 2017" (Inthemoodforcannes.com)

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    Comme chaque année, pour tout savoir sur le Festival de Cannes, c'est sur mon blog consacré à celui-ci, Inthemoodforcannes.com, que cela se passe, alors que l'accréditation vient de m'être délivrée pour la 17ème année consécutive. Pour retrouver les premiers éléments concernant cette 70ème édition, rendez-vous sur "In the mood for Cannes" en cliquant ici, en attendant la conférence de presse du 13 avril. Vous pourrez également y trouver tous mes bons plans et notamment toutes les bonnes adresses pour profiter au mieux du festival et de votre séjour, et bien sûr de nombreuses archives.

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  • Un samedi soir à la Librairie du Cinéma du Panthéon

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    Cela aurait pu être une scène d'un film de Claude Sautet. Ces films que j'aime tant. Qui nous font aimer la vie. Qui nous rappellent qu'il suffit parfois d'un moment, d'un regard, d'une rencontre, ou de la pluie battante, à la fois effrayante et rassurante, de l'autre côté de la vitre, pour nous donner le sentiment, à l'abri du fracas,  que tout soudainement est plus mélodieux, vibrant, vivant, intense. Intérieur soir. Dehors, la pluie donc. Ce n'était pas dans un café comme dans les films de Sautet mais dans une librairie et la pluie était bel et bien là pour exacerber la force de l'instant, pour souligner l'amitié indéfectible de "Vincent, François, Paul et les autres", pour donner plus de sel aux "choses de la vie".  Cette librairie, c'est celle que je préfère. La Librairie du Cinéma du Panthéon, juste au-dessus du cinéma éponyme et du discret, voire secret, Salon de thé décoré par Catherine Deneuve, entre la Sorbonne et le Panthéon.

    Le rendez-vous était donné à partir de 17H. 17H10, une seule personne. La crainte irrationnelle que ce soit la seule... Et puis, par je ne sais quel tour de magie, en une fraction de seconde, une joyeuse cacophonie. De belles rencontres. Des retrouvailles réjouissantes. D'amicales surprises. Des lecteurs ayant même déjà lu les livres venus me rencontrer. De passionnants échanges. Et beaucoup d'émotions. La crainte de faire attendre (certains se sont beaucoup amusés de me voir constamment m'excuser). Le plaisir de voir des amis et/ou lecteurs se rencontrer, sympathiser, échanger mais aussi de les voir découvrir avec bonheur cette magnifique librairie. Et pour moi le sentiment d'avoir vécu une soirée hors du temps à ne pas le voir défiler jusqu'à ce que le libraire éteigne les lumières car l'heure de fin initialement prévue était largement dépassée...

    Merci à tous ceux, nombreux, qui ont bravé les éléments pour venir (et la présence de chacun m'a profondément touchée), à ceux qui n'ont pu venir tout en me laissant un sympathique message, et au libraire pour son accueil enthousiaste et particulièrement chaleureux mais aussi pour la belle mise en avant des livres dans la librairie. Mon roman "L'amor dans l'âme" est en rupture de stock à la Librairie du Cinéma du Panthéon mais peut bien sûr toujours y être commandé (et sera bientôt à nouveau disponible dans les rayons). Quant au recueil "Les illusions parallèles", il en reste encore quelques exemplaires.

    Ci-dessus quelques clichés de la soirée. Pour ceux avec les invités, rendez-vous sur mon compte Facebook privé et personnel.

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  • 2016 : une année de festivals de cinéma

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    2016 a été une année particulièrement riche pour moi, grâce à  la concrétisation d'un rêve, devenir un auteur publié (et l'aventure ne fait que commencer, et quelle aventure !), mais aussi les habituels festivals de cinéma, six cette année, et autant de belles rencontres dont 2016 ne fut pas avare. Sans doute en 2017 me consacrerai-je davantage à d'autres projets (mais jamais loin du cinéma) mais je ne sais pas encore si je pourrai résister aux invitations aux habituels rendez-vous festivaliers.  A suivre...

    En attendant, retrouvez le compte rendu de chacun de ces festivals ( et des  César) en cliquant sur leurs affiches.

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  • Critique de MAL DE PIERRES de Nicole Garcia

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     Nicole Garcia était cette année à nouveau en compétition au Festival de Cannes en tant que réalisatrice (elle a également souvent gravi les marches comme comédienne). Après avoir ainsi été en lice pour « L’Adversaire » en 2002 et pour  « Selon Charlie » en 2005, elle l'était cette fois avec un film dans lequel Marion Cotillard tient le rôle principal, elle-même pour la cinquième année consécutive en compétition à Cannes. L’une et l’autre sont reparties sans prix de la Croisette même si ce beau film enfiévré d’absolu l’aurait mérité.  « Mal de Pierres » est une adaptation du roman éponyme de l’Italienne Milena Agus publié en 2006 chez Liana Lévi. Retour sur un de mes coups de cœur du Festival de Cannes 2016…

    Marion Cotillard incarne Gabrielle, une jeune femme qui a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence. Elle ne rêve que de passion. Elle livre son fol amour à un instituteur qui la rejette. On la croit folle, son appétit de vie et d’amour dérange, a fortiori à une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage. « Elle est dans ses nuages » dit ainsi d’elle sa mère.  Ses parents la donnent à José parce qu’il semble à sa mère qu’il est « quelqu’un de solide » bien qu’il ne « possède rien », un homme que Gabrielle n’aime pas, qu’elle ne connaît pas, un ouvrier saisonnier espagnol chargé de faire d’elle « une femme respectable ».  Ils vont vivre au bord de mer… Presque de force, sur les conseils d’un médecin, son mari la conduit en cure thermale à la montagne pour soigner ses calculs rénaux, son mal de pierres qui l’empêche d’avoir des enfants qu’elle ne veut d’ailleurs pas, contrairement à lui. D’abord désespérée dans ce sinistre environnement, elle reprend goût à la vie en rencontrant un lieutenant blessé lors de la guerre d’Indochine, André Sauvage (Louis Garrel). Cette fois, quoiqu’il advienne, Gabrielle ne renoncera pas à son rêve d’amour fou…

    Dès le début émane de ce film une sensualité brute. La nature toute entière semble brûler de cette incandescence qui saisit et aliène Gabrielle : le vent qui s’engouffre dans ses cheveux, les champs de lavande éblouissants de couleurs, le bruit des grillons, l’eau qui caresse le bas de son corps dénudé, les violons et l’accordéon qui accompagnent les danseurs virevoltants de vie sous un soleil éclatant. La caméra de Nicole Garcia caresse les corps et la nature, terriblement vivants, exhale leur beauté brute, et annonce que le volcan va bientôt entrer en éruption.

    Je suis étonnée que ce film n’ait pas eu plus d’échos lors de sa présentation à Cannes. Marion Cotillard incarne la passion aveugle et la fièvre de l’absolu qui ne sont pas sans rappeler celles d’Adèle H, mais aussi l’animalité et la fragilité, la brutalité et la poésie, la sensualité et une obstination presque enfantine. Elle est tout cela à la fois, plus encore, et ses grands yeux bleus âpres et lumineux nous hypnotisent et conduisent à notre tour dans sa folie créatrice et passionnée. Gabrielle incarne une métaphore du cinéma, ce cinéma qui « substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ». Pour Gabrielle, l’amour est d’ailleurs un art, un rêve qui se construit. Ce monde c’est André Sauvage (le bien nommé), l’incarnation pour Gabrielle du rêve, du désir, de l’ailleurs, de l’évasion. Elle ne voit plus, derrière sa beauté ténébreuse, son teint blafard, ses gestes douloureux, la mort en masque sur son visage, ses sourires harassés de souffrance. Elle ne voit qu’un mystère dans lequel elle projette ses fantasmes d’un amour fou et partagé. « Elle a parfaitement saisi la dimension à la fois animale et possédée de Gabrielle, de sa folie créatrice » a ainsi déclaré Nicole Garcia lors de la conférence de presse cannoise. « Je n’ai pas pensé à filmer les décors. Ce personnage est la géographie. Je suis toujours attirée par ce que je n’ai pas exploré » a-t-elle également ajouté.

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    Face à Gabrielle, les personnages masculins n’en sont pas moins bouleversants. Le mari incarné par Alex Brendemühl représente aussi une forme d’amour fou, au-delà du désamour, de l’indifférence, un homme, lui aussi, comme André Sauvage, blessé par la guerre, lui aussi secret et qui, finalement, porte en lui tout ce que Gabrielle recherche, mais qu’elle n’a pas décidé de rêver… « Ce personnage de femme m’a beaucoup touchée. Une ardeur farouche très sauvage et aussi une sorte de mystique de l’amour, une quête d’absolu qui m’a enchantée. J’aime beaucoup les hommes du film, je les trouve courageux et pudiques» a ainsi déclaré Marion Cotillard (qui, comme toujours, a d'ailleurs admirablement parlé de son personnage, prenant le temps de trouver les mots justes et précis) lors de la conférence de presse cannoise du film (ma photo ci-dessus).  Alex Brendemühl dans le rôle du mari et Brigitte Roüan (la mère mal aimante de Gabrielle) sont aussi parfaits dans des rôles tout en retenue.

    Au scénario, on retrouve le scénariste notamment de Claude Sautet, Jacques Fieschi, qui collabore pour la huitième fois avec Nicole Garcia et dont on reconnaît aussi l’écriture ciselée et l’habileté à déshabiller les âmes et à éclairer leurs tourments, et la construction scénaristique parfaite qui sait faire aller crescendo l’émotion sans non plus jamais la forcer. La réalisatrice et son coscénariste ont ainsi accompli un remarquable travail d’adaptation, notamment en plantant l’histoire dans la France des années 50 heurtée par les désirs comme elle préférait ignorer les stigmates laissées par les guerres. Au fond, ce sont trois personnages blessés, trois fauves fascinants et égarés.

    Une nouvelle fois, Nicole Garcia se penche sur les méandres de la mémoire et la complexité de l’identité comme dans le sublime « Un balcon sur la mer ». Nicole Garcia est une des rares à savoir raconter des « histoires simples » qui révèlent subtilement la complexité des « choses de la vie ».

    Rarement un film aura aussi bien saisi la force créatrice et ardente des sentiments, les affres de l’illusion amoureuse et de la quête d’absolu. Un film qui sublime les pouvoirs magiques et terribles de l’imaginaire qui portent et dévorent, comme un hommage au cinéma. Un grand film romantique et romanesque comme il y en a désormais si peu. Dans ce rôle incandescent, Marion Cotillard, une fois de plus, est époustouflante, et la caméra délicate et sensuelle de Nicole Garcia a su mieux que nulle autre transcender la beauté âpre de cette femme libre qu’elle incarne, intensément et follement  vibrante de vie.

    La Barcarolle de juin de Tchaïkovsky et ce plan à la John Ford qui, de la grange où se cache Gabrielle, dans l’ombre, ouvre sur l’horizon, la lumière, l’imaginaire, parmi tant d’autres images, nous accompagnent  bien longtemps après le film. Un plan qui ouvre sur un horizon d’espoirs à l’image de ces derniers mots où la pierre, alors, ne symbolise plus un mal mais un avenir rayonnant, accompagné d’ un regard qui, enfin, se pose et se porte au bon endroit. Un très grand film d’amour(s). A voir absolument.