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Critique – « Un baiser papillon » de Karine Silla Perez avec Valeria Golino, Vincent Perez, Elsa Zylberstein, Jalil Lespert, Nicolas Giraud, Cécile de France

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Pas encore tout à fait remise de mes pérégrinations cannoises et me laissant encore bercer par le joyeux, perturbant et irréel brouillard dans lequel elles m’ont plongée, en attendant de vous livrer mon bilan de ce Festival de Cannes 2011, je vous propose une courte critique de film dont je rencontre deux éminents membres de l’équipe cet après-midi.

« Un baiser papillon » est le premier film de Karine Silla Perez (elle vient également d’écrire une pièce de théâtre interprétée par Elsa Zylberstein et Vincent Pérez et intitulée « Le temps qui passe »). Le temps qui passe, tel aurait d’ailleurs également pu s’intituler « Un baiser papillon ».

Synopsis : Billie (Valeria Golino) et Louis (Vincent Perez) forment un couple uni et amoureux, seulement Billie est atteinte d’un cancer et tarde à le révéler à Louis, une maladie qui aura des conséquences sur tout leur entourage, et sur l’envie de vivre et de prendre son envol de chacun…. Marie (Elsa Zylberstein), l'amie de Billie, sa confidente et comédienne reconnue, redouble d'acharnement pour donner la vie tandis qu'Alice (Cécile de France) son infirmière, qui étouffe de plus en plus dans son quotidien, lui maintient que la vie « c'est maintenant et dans l'instant ».

Pour un premier film, Karine Silla Perez n’a pas choisi le genre le plus facile, celui du film choral qui brasse autant de personnages que de sujets et non des moindres (le secret, la vie, l’amour, la mort, l’espoir, l’art, la liberté…), des personnages sur lesquels elle porte un regard tendre, sensible, délicat et bienveillant et qu’elle parvient à nous faire appréhender et aimer en quelques plans : de l’infirmière qui aspire à la liberté au frère de Louis, interprété par Jalil Lespert, l’écorché vif au cœur tendre en passant par les filles de Billie et Louis (les vraies filles de Karine Silla Perez).

 Chaque personnage pourrait donner lieu à un film et c’est ce qui, à la fois, enrichit le film et frustre le spectateur comme le personnage de Samuel (interprété par Nicolas Giraud, également à l’affiche de « Voir la mer » de Patrice Leconte, que je vous recommande) qui ne semble vivre que pour et par Vivaldi et qui succombe au charme d’une violoncelliste qui en fait une interprétation vibrante et passionnée.

Si « Un baiser papillon », est un hymne à la vie, malgré les rudes épreuves de l’existence, c’est aussi à un hymne à l’art qui sublime l’existence malgré les sacrifices qu’il impose. La danse, la musique, le théâtre, la peinture sont ainsi les moyens d’expression respectifs des personnages. L’art qui sublime le présent et donne à  l’éphémère de l’existence des accents d’éternité, judicieuse mise en abyme puisque c'est aussi l'objectif plus ou moins conscient de Karine Silla avec son film. Cet amour de l’art se ressent aussi dans la réalisation très soignée, poétique. A chaque personnage est associée une couleur (rouge pour Marie la passionnée, bleu pour Alide l’infirmière etc). Plus que de forcer le trait, ces couleurs transforment chaque portrait en esquisses délicates tout en assumant les règles du genre (celles du mélo) magnifiant et poétisant l’envol et la métamorphose de chacun des personnages. Elle dépeint ainsi l’existence et leurs existences par petites touches pour en donner un portrait plein d’espoir et coloré.

Ce papillon est fragile, maladroit, fascinant, insaisissable. Karine Sylla Perez dépeint ainsi sa colère contre le malheur avec beaucoup de douceur et de féérie, et orchestre les destins de ses différents personnages avec beaucoup de sensibilité, un conte porté par la poignante musique d’Angelo Badalamenti. J’attends maintenant avec beaucoup d’impatience son prochain film, en espérant qu’il permettra à la chrysalide cinéaste Karine Sylla Perez, à l’univers indéniable mais encore fragile et maladroit, de devenir un flamboyant papillon.

 Sortie en salles le 1er juin

Commentaires

  • Bonjour, quel bel article ! J'ai réservé une page à paraître concernant ce film sur mon blog. J'aime beaucoup le cinéma "des femmes" et leur regard bien particulier qu'elles savent porter sur les sujets abordés. Souvent plus approfondis et mieux traités que les cinéastes masculins qui, trop souvent effleurent l'essentiel de la vie. Les réalisatrices, au contraire, ne vont pas vers la facilité et nous réservent souvent de bien belles surprises.
    Encore merci pour cette lecture et ce beau commentaire.

  • Bonjour,

    critique très intéressante,

    me concernant, la première chose qui a capté toute mon attention est la pureté et le réalisme qui se ressentent dès la première scène. Ce film choral parle de la vie, du secret que chacun garde enfoui au fond de soi comme une croix trop lourde à porter. Une maladie sans rémission possible, le fait de ne pouvoir transmettre la vie, un secret de famille : ces choses de la vie qui nous rendent plus forts pour pouvoir vivre en surmontant cette fatalité. Ce film est comme une peinture de l'atelier de Billie : limpide et stylisée.

    Ce film découvert au sein de la salle de projection de Europacorp fut suivi ce jour d'une table ouverte très intéressante dans laquelle Karine Silla et Vincent Perez ont parlé avec beaucoup de soin de ce film très émouvant..

  • J'y suis allée poussée par ton avis...
    Je suis consternée.
    J'ai trouvé ce film affligeant !

  • Ton article est bien plus "gentil" que celui de Pascale. Comme j'ai une amie qui apparait dedans, j'irai sans doute le voir et me ferai ma propre opinion.

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